March 5, 2026 (Today’s Summary)
THE WAR IN THE MIDDLE EAST
The Economist (Pay Wall)
Shock and awe, doubled / The Iran war has been a stunning operational success
Even if, at the political level, its direction is a mess
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Washington Iran War Pessimists
Rarely have so many seemed so eager to predict American defeat.
https://www.wsj.com/opinion/iran-war-pessimism-democrats-u-s-military-4217dc2c?mod=opinion_lead_pos1
The Economist (Pay Wall)
A hit and then a messy war : The start of the Iran war was determined by spying success
But even when assassinations come off, the long-term consequences are unclear
The Times of Israel
Yes, Israel’s war with Iran is legal
After decades of proxy war and direct missile attacks, this response is not a violation of international law — it is what the right of self-defense was meant to allow
About the Author
Dr. Shuki Friedman is the CEO of the Jewish People Policy Institute and a law lecturer at the Peres Academic Center. He is the former chair of the Sanctions Committee against Iran.
Vladimir Putin, of all people, along with several European leaders, has declared that “the US- Israel war against Iran is illegal under international law.” So does Israel’s military action in Iran, with all its ramifications, meet the test of international law? After the past two and a half years, and the relentless mistreatment of Israel by international bodies, many may find the question beside the point. But it still matters.
The short answer is yes. Throughout this difficult period, Israel has acted in accordance with international law, and it is doing so now. The fundamental rule of customary international law – also reflected in Article 2(4) of the UN Charter – prohibits the use of force. The exception to this rule, and the basis for any state’s legitimate use of force, is the right of self-defense (Article 51 of the UN Charter). That right arises when a state is subjected to an “armed attack.”
As we all know, Iran has been acting against Israel for many years. It deploys Hezbollah and the Houthis against us, and Hamas has effectively been armed and enabled by Iran. Since these forces are subordinate to Iran and operate under its direction, that in itself amounts to an Iranian armed attack on Israel.
But Iran has also attacked Israel directly, without Israel attacking Iran first. In April 2024, Iran fired hundreds of missiles and drones at Israel, and it attacked Israel again in October 2024. These direct attacks establish, in the clearest possible way, Israel’s right to self-defense.
Israel also relies on the doctrine of “Preventive Self-Defense.” This is a broader reading of Article 51, grounded in customary international law and the 19th-century Caroline Formula, which holds that a state may strike first when the need for self-defense is “immediate, overwhelming, and leaves no choice of means or time for deliberation.” The Israel-Iran case plainly fits that description.
Iran has poured enormous resources into building the capacity to destroy Israel. It has developed a vast missile arsenal and pursued nuclear weapons while repeatedly declaring that these are meant to eliminate Israel. In the heart of Tehran, it set a clock counting down to Israel’s end. This is an immediate threat that Israel has both a duty and a legal right to eliminate.
Another way to justify the legal basis of the action is to recognize the reality of recent years as an ongoing state of war between Israel and Iran. If so, the current “Roaring Lion” campaign and last June’s “Rising Lion” operation are simply rounds in a continuing conflict – rather than separate wars each requiring a fresh, standalone justification.
To be sure, many international-law experts reject these arguments. From a narrow, literal reading of the UN Charter, they contend that past actions cannot be treated as an “armed attack” justifying a response today; and that even the gravest future threat cannot justify a preemptive strike. Israel’s critics will also argue that using force without Security Council authorization is an “act of aggression.”
By clinging to the Charter’s text, these positions deny Israel the ability to defend itself. October 7 taught us that cutting off the capacity to destroy the State of Israel, when an enemy openly declares that as its intent, is not optional. It is vital. And when it comes to Iran, the bitter truth is that international institutions have failed. Political vetoes and conflicting great-power interests have long paralyzed them. When the multilateral system cannot enforce even its own decisions on nuclear proliferation or state support for terror, responsibility and authority return to their natural source: the sovereign state charged with protecting its citizens.
International law is meant to safeguard peace and the value of human life. It was never meant to function as a collective suicide pact for the State of Israel, or for the West. Israel abides by international law; its enemies cynically weaponize it against Israel. Under conditions of a concrete, existential threat, striking Iran is not an assault on the world order – it is an effort to restore the most basic logic that order is supposed to embody.
This is the struggle for Israel’s right to exist in the most fundamental sense. A right that no international norm can negate.
https://blogs.timesofisrael.com/yes-israels-war-with-iran-is-legal/
Le Point, Editorial
FOG – Faut-il être trumpiste ?
Si les États-Unis parviennent, avec Israël, à abattre la dictature théocratique iranienne, ce sera une bonne nouvelle pour la planète.
Nous n’aimons pas le président américain, pour toutes sortes de bonnes raisons comme son hypercynisme mercantiliste. Ce n’est pas pour autant qu’il faut s’interdire de lui donner son point quand il le mérite. Certes, l’opération américano-israélienne « Fureur épique » -; ou « Lion rugissant » -; contre la République islamique ne sera pas une promenade de santé : les interventions occidentales laissent souvent un goût de cendres, surtout quand elles durent ; il faut donc y mettre un terme au plus vite. Mais, comme nous le rappelle l’Histoire, le régime des mollahs étant du genre à ne jamais rien apprendre de ses défaites, il aurait menacé tôt ou tard, avec l’arme atomique, la paix du monde.
Stupéfiante est la capacité des régimes les plus ignobles à trouver des alliés ou des laquais. En France, les pleureuses qui ont condamné l’opération au nom du « droit international » -; que les mollahs respectaient scrupuleusement, la bonne blague -; s’appellent Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin, Olivier Faure, Rima Hassan. Sans parler des Auguste à la bouche en cul-de-poule du Quai d’Orsay et, à l’autre bout de notre Vieux Continent, du charmant Vladimir Poutine. Quelle équipe ! Beaucoup d’autres, notamment aux États-Unis, ce qui peut se comprendre, refusent d’approuver une décision qu’ils auraient applaudie si elle avait été prise par Biden, Obama ou Clinton.
L’Histoire bégaye : le syndrome de Munich est toujours vivantque résumait bien l’historien et résistant Marc Bloch -; assassiné par la Gestapo -; dans L’Étrange Défaite,livre posthume mais actuel comme jamais dont la lecture s’impose en ces temps troublés. À propos des pacifistes de gauche de la fin des années 1930 qui jugeaient les nazis « pas si méchants que ça », il observait : « Ils omettaient de distinguer entre la guerre qu’on décide volontairement de faire et celle qui nous est imposée, le meurtre et la légitime défense. Leur demandait-on s’ils nous conseillaient de tendre le cou au bourreau ? Ils répondaient : personne ne vous attaque. »
Comment ne pas se réjouir de la mort d’un dictateur, de surcroît sanguinaire, véreux et cupidecomme l’ayatollah Ali Khamenei qui, selon certains confrères enamourés, se serait piqué de poésie ? Même quand on est contre la peine capitale et que l’on croit à la rédemption, il était impossible de ne pas ressentir un soulagement sinon du bonheur, à l’image du peuple iranien dansant ou criant sa joie dans les rues, après la neutralisation de cette abjection faite homme et de ses épigones, symboles d’un État terroriste qui a organisé, entre autres, ne l’oublions pas, une campagne meurtrière d’attentats en France, en 1986. Championne du monde avec la Chine de la condamnation à mort, la « mollahrchie » iranienne avait procédé l’an dernier à 1 500 pendaisons dont celles d’opposants qui avaient eu le malheur d’être arrêtés dans une manifestation, quand ils n’étaient pas « coupables » d’adultère ou d’homosexualité. Pour sidérer l’opinion, elle allait même parfois jusqu’à pratiquer l’exécution publique, en présence des enfants du condamné.
Comme la Révolution française, la révolution islamique iranienne a dévoré ses enfants. Sauf que chez nous, la Terreur n’a duré que deux ans, entre 1793 et 1794. Chez eux, plus de quarante-six ans, de 1979 à aujourd’hui. Malgré leur travail forcené de décérébration, les mollahs n’ont pas réussi à détruire l’âme d’un pays qui fut le berceau d’une immense civilisation, notamment, au VIe siècle avant notre ère, au temps de Cyrus le Grand , conquérant magnanime, l’ami de la Judée et des Juifs. Ils n’ont même pas réussi à tuer sa culture, avec un cinéma qui ne cesse de produire des chefs-d’oeuvre comme Un simple accident, palme d’or du Festival de Cannes 2025. À la fin, ils n’auront été qu’une sinistre parenthèse avant que leur Iran redevienne enfin l’Iran éternel, celui qui a précédé la nuit du chiisme obscurantiste.
Si les États-Unis parviennent, avec Israël, à abattre ce régime, ce sera une bonne nouvelle pour la planète et surtout pour la région, dont une partie est toujours enclouée dans un islamisme martyropathe, d’obédience sunnite ou chiite, rongé par l’abdication de la vie et la pulsion de mort. Si, nous autres Occidentaux, nous devons veiller à ne plus être tentés de faire le bonheur des peuples malgré eux, nous pouvons au moins espérer que l’Iran brise ses chaînes et recouvre l’esprit du merveilleux Omar Khayyam, son grand poète national, musulman mais chantre de l’amour, du vin et de la joie, qui écrivait : « Boire du vin et étreindre la beauté vaut mieux que l’hypocrisie du dévot. »
L’Express
Le Liban est déjà le grand perdant de la guerre en Iran
Proche-Orient. Le Hezbollah a lancé une opération survie suicidaire contre Israël, qui ne compte pas laisser passer l’opportunité.
Ni la population, ni les autorités, ni même certains cadres du Hezbollah ne souhaitaient cette escalade militaire dramatique au Levant. Et pourtant, voilà que le Liban se retrouve percuté par l’embrasement régional, transformant le pays du Cèdre en théâtre connexe de la guerre en Iran. Le 2 mars, la milice chiite – parrainée par la République islamique – a pris la décision d’envoyer un cocktail de roquettes et de drones sur Israël, offrant à l’Etat hébreu les conditions d’une nouvelle offensive d’envergure. “Une fois de plus, le Liban (est utilisé) comme plateforme pour des guerres qui ne [le] concernent pas”, se désespère le président Joseph Aoun. “Un acte irresponsable qui met en danger la sécurité du Liban et donne à Israël des excuses pour continuer ses attaques contre ce pays”, critique encore le Premier ministre, Nawaf Salam.
Conséquence, les Libanais se réveillent depuis plusieurs jours au milieu du fracas des bombes avec des frappes massives de Tsahal dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion de la milice chiite, le sud du pays ainsi que dans la vallée de la Bekaa. Les représailles israéliennes ont déjà coûté la vie à des dizaines de Libanais et fait déjà 60 000 déplacés selon l’ONU, alors que le pays pansait encore ses plaies, quinze mois après le cessez-le-feu entre l’Etat hébreu et le “parti de Dieu”.
La décision unilatérale de la direction du Hezbollah a pris de court jusqu’à certains cadres… de son propre mouvement et son précieux allié chiite Nabih Berri, le président du Parlement. “Après l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei, le Hezbollah n’avait plus le choix”, explique Danny Citrinowicz chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.
Un choix suicidaire pour le Hezbollah
Cette décision d’entrer en guerre semble donc bien émaner directement des hautes sphères de l’organisation terroriste, comme son bras armé le “Conseil du Djihad” et son cerveau stratégique, le “Conseil de la Choura”, où les Iraniens occupent des positions stratégiques. Un choix suicidaire, alors que le Hezbollah n’est plus que l’ombre de lui-même depuis l’opération des bipeurs en 2024 menée par le Mossad qui a décapité tout son état-major et dont la puissance militaire s’est considérablement affaiblie : environ 80 % de ses roquettes, notamment celles de longue portée et de haute précision, auraient été détruites par Israël au cours de l’année écoulée!
Cette nouvelle poussée de fièvre tombe mal, au moment où Beyrouth déploie tous ses efforts pour reprendre le contrôle par l’Etat des armes en circulation. Les forces armées libanaises ont déjà mené à bien la première phase d’un plan de désarmement du Hezbollah – sous la pression de Washington – dans le sud du Liban et s’engagent à poursuivre ce vaste chantier au nord du fleuve Litani. Dans ce contexte de guerre en Iran, le président Joseph Aoun et Emmanuel Macron ont été contraints de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien à l’armée, prévue initialement ce 5 mars à Paris.
Un long processus de réhabilitation que les Occidentaux espèrent ne pas voir torpiller. “Maintenant que le Liban a officiellement interdit les activités militaires du Hezbollah, une opportunité réelle pourrait émerger à l’issue de ce conflit, espère Matthew Levitt, spécialiste du terrorisme au sein du Washington Institute for Near East Policy. Avec une milice chiite affaiblie sur le plan politique et militaire, Israël et le Liban pourraient enfin dépasser leur état de guerre officiellement déclaré”.
Un coup de fil entre Macron et Netanyahou
En réponse aux tensions actuelles avec le Hezbollah, Tel-Aviv a déjà mis en place une “zone tampon” destinée à sécuriser la zone nord du Liban. Tsahal n’exclut pas de s’emparer de “territoires stratégiques supplémentaires”, a laissé entendre le ministre de la Défense, Israël Katz. Pour parer à toute initiative risquée, Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump mais aussi Benyamin Netanyahou, pour lui demander “de s’abstenir d’une offensive terrestre” au Liban.
Si pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas avoir de visées d’occupation à long terme, les violations répétées de la souveraineté libanaise se sont multipliées depuis plusieurs mois. Ces derniers jours encore, Tsahal a franchi la fameuse “ligne bleue” tracée par l’ONU, sous le regard impuissant de la Finul – la Force intérimaire des Nations unies au Liban -, au sein de laquelle sont déployés des soldats français. Il est évident que toute présence militaire prolongée de Tsahal offrirait au Hezbollah un alibi en or pour tenter de se refaire une “virginité”. A Israël d’éviter une erreur stratégique qui pourrait s’avérer monumentale, alors que le Liban paye déjà le plus lourd tribut de cette guerre en Iran.
The New York Times
Senate Thwarts Bid to Curb Trump’s War Powers on Iran
Nearly every Republican voted to block a measure that would require that President Trump win authorization from Congress to continue the offensive in the Middle East.
Republicans on Wednesday blocked a measure that would limit President Trump’s power to continue waging war against Iran without congressional authorization, turning back a bid by Democrats to insist that Congress weigh in on a sweeping and open-ended military campaign.
The 53-to-47 vote against taking up the measure was almost completely along party lines, reflecting a deep partisan divide on the Iran war as the Senate delivered the first clear test of congressional resolve since the joint U.S.-Israeli strikes, Operation Epic Fury, began across Iran four days ago.
Senators Tim Kaine, Democrat of Virginia, and Rand Paul, Republican of Kentucky, tried to force action on the measure. They invoked a provision of the 1973 War Powers Act, which requires that resolutions to terminate offensive hostilities be considered under expedited procedures.
Mr. Paul was the only Republican leading the effort, and no other G.O.P. senators joined him in support of the measure.
Senator John Fetterman of Pennsylvania was the only Democrat to break with his party and vote against the resolution, in keeping with his vocal stance in support of Israel and reluctance to place limits on the president’s authority to act in its defense.
The measure’s failure came as the administration offered varying and at times conflicting explanations for the war, raising questions about its legality and posing a dilemma for some lawmakers as they were called upon to register a position on a conflict that has already cost American lives. It also comes only months before the midterm elections and as polls show the conflict is deeply unpopular.
“Americans want President Trump to lower prices, not drag us into unnecessary forever wars,” Mr. Kaine said ahead of the vote. “Yet he has unilaterally launched strikes at Iran without congressional authorization.”
Mr. Kaine introduced the resolution with Mr. Paul in January as the president was directing the largest military buildup in the Middle East since the war in Iraq and shortly after Mr. Trump said that the United States was “locked and loaded and ready to go” ahead with military action against Iran in response to a violent crackdown on protesters there.
Republicans have largely praised Mr. Trump’s decision to launch the military campaign, which has killed Ayatollah Ali Khamenei, Iran’s supreme leader, along with a number of his deputies and senior advisers. They argue that the action was justified given Iran’s decades of targeting Americans through its own forces and proxy terror groups throughout the region.
Senator Roger Wicker of Mississippi, the Republican chairman of the Armed Services Committee, on Wednesday said that he grieved “the six American servicemen and women who’ve died in the fighting” and added that he was also mourning “the thousands of Americans that have died over the last 47 years at hands of the brutal Islamists.”
The president understands “the weight of war,” Mr. Wicker added, lauding his decision to begin strikes as “profound, deliberate and correct.”
Senator Mitch McConnell, Republican of Kentucky, spoke in favor of the military campaign, saying during a speech on the Senate floor that “the Islamic Republic of Iran was, quite literally, founded on the premise of existential war against America and against Israel. And over and over again, it has escalated the war, exported more terror, spilled more blood and destabilized an entire region.”
But he cautioned that his support for executive authority was not boundless, adding that the president has a responsibility to make sure the use of his authority is “judicious, rooted in core national interests and broadly supported by the American people.”
Some other Republicans who opposed the resolution also suggested their position could shift if the military action expanded or dragged on.
Senator Josh Hawley, Republican of Missouri, said on Wednesday that his support for the operation could flag if it were to expand beyond aerial strikes.
“I’ve always drawn a line at ground troops,” he said, adding that if Mr. Trump sought to deploy them, that would “require some sort of authorization.” He has also emphasized the need for continued briefings as the campaign continues to unfold and widen in scope.
Hours before the vote, Defense Secretary Pete Hegseth and Gen. Dan Caine, the chairman of the Joint Chiefs of Staff, said that the U.S. military was overwhelming Iran with aerial strikes and that a more intense phase of the campaign had begun as more bombers arrived on Wednesday.
Iranian leaders, Mr. Hegseth said, were looking up at the skies “and seeing only U.S. and Israeli air power, every minute of every day until we decide it’s over. And Iran will be able to do nothing about it.
“Death and destruction from the sky, all day long.”
General Caine said that the campaign had devastated Iran’s ballistic missile program and its naval fleet, and that it continued to make “steady progress” with plans to “expand inland, striking progressively deeper into Iranian territory.”
The conflict has, so far, resulted in the deaths of at least six American service members, a sobering reminder that this conflict is remarkably different than other military actions Mr. Trump has undertaken since his return to office, which allies on Capitol Hill have praised as limited in scope and resulting in no American casualties.
Wednesday’s vote marked the latest in a series of failed war powers resolution efforts in both the House and Senate since Mr. Kaine began a series of challenges after Mr. Trump carried out a series of strikes against nuclear sites in Iran last summer. Since then Democrats have tried, and failed, repeatedly to rein in the president’s ability to act without consulting with Congress.
While the Constitution grants Congress the power to declare war, it has not done so since World War II, and the president has authority to act in defense of the nation. Over the last several decades, Congress has approved authorizations for the use of military force, which confer the executive with powers to direct military action without an immediate need to consult with the legislative branch. During his first term, Mr. Trump cited a Bush-era authorization that was used to justify a wide range of military actions over many years as legal grounds for a drone strike that killed Iran’s Maj. Gen. Qassim Suleimani in Baghdad in 2020.
This time, the president’s letter to Congress did not point to any previous authorization as justification and instead referenced the president’s “responsibility to protect Americans and United States interests both at home and abroad” without citing any specific or imminent threat.
A similar measure is expected to receive a vote on Thursday in the House, where it is also expected to fail.
Some Republicans who said Congress should have had a greater role in the decision to go to war against Iran nonetheless argued that removing U.S. forces at this stage would place American lives at risk.
“I will say very clearly: Yes, I wish I would have been consulted. I wish my vote would have been asked for before this,” said Senator John Curtis, Republican of Utah. “But the president did act within his legal bounds to do what he has done.”
Voting to halt the operation, he added, “is not the right answer to this.”
But the Democrats insisted that even if the mission was worthy, Congress had to step up and reassert Congress’s constitutional prerogatives on matters of war.
“I believe the founders’ worst fears have come to pass,” Senator Adam B. Schiff of California, one of the Democrats who cosponsored the resolution, said ahead of the vote. “Donald Trump has become too fond of going to war, and has done so again without congressional authorization.”
https://www.nytimes.com/2026/03/04/us/politics/senate-trump-war-powers-iran.html
The New York Times
Whose Airstrike Hit a Girls’ School in Iran? The U.S. Says It’s Still Investigating.
The strike was one of the deadliest attacks of the American-Israeli campaign against Iran so far.
Top Trump administration officials said on Wednesday that they were still investigating whether it was a U.S. airstrike that hit a girls elementary school in Iran on the opening day of the war.
The strike was one of the deadliest attacks of the American-Israeli campaign against Iran so far, killing at least 175 people, most of whom were likely children, according to state media and health officials.
It is not clear why the school was hit, or which country’s forces fired at it.
Karoline Leavitt, the White House press secretary, was asked at a briefing Wednesday afternoon if the United States had conducted the airstrike on the school. “Not that we know of,” she responded. “The Department of War is investigating this matter.”
Asked again several minutes later if there was any evidence that it was not a U.S. strike, or, conversely, if there had been any assessment as to whether Israel had played a role in the attack, she said: “Again, the Department of War is currently investigating this matter.”
During his press briefing at the Pentagon on Wednesday, Defense Secretary Pete Hegseth also was asked about the strike.
“All I can say is that we’re investigating that,” Mr. Hegseth said. “We of course never target civilian targets, but we’re taking a look and investigating that.”
The strike occurred on Saturday, the first day of the war. Given that several days had passed, wouldn’t there be some clarity by now about who was responsible, Mr. Hegseth was asked. “We’re investigating it,” he repeated.
The school that was hit was called Shajarah Tayyebeh. It was in a small town in the south called Minab. Thousands of mourners filled the town’s streets on Tuesday for funerals. According to video footage verified by The New York Times, rows of graves were dug by workmen at a nearby cemetery, about five miles from the elementary school.
The United Nations cultural and education agency, UNESCO, wrote in a statement on social media that “the killing of pupils” at the school constituted a “grave violation of the protection afforded to schools under international humanitarian law.”
When Ms. Leavitt was asked about the attack at the briefing on Wednesday, she said that “the United States of America does not target civilians, unlike the rogue Iranian regime that targets civilians, that kills children, that has killed thousands of their own people in the past several weeks.”
She said that the Iranian regime “uses propaganda quite effectively,” and that many of the reporters in the White House briefing room “have fallen for that propaganda.”
“So I would caution you from pointing a finger at the United States of America when it comes to targeting civilians,” she added, “because that’s not something that these armed forces do.”
https://www.nytimes.com/2026/03/04/us/politics/trump-iran-airstrike-girls-school.html
The Economist (Pay Wall)
Hell and mined waters : The nightmare Iran energy scenario is becoming reality
A longer war means a harsher global economic fallout
ENERGY ANALYSTS modelling a war involving Iran have long feared two developments: the Islamic Republic lashing out at its oil-rich neighbours and a blockade of the Strait of Hormuz, through which a third of global seaborne crude and a fifth of liquefied natural gas (LNG) transit daily. Until February 28th both eventualities seemed remote, because Iran had too much to lose. It would risk pushing Gulf states towards America, its sworn enemy; angering China, the main buyer of its oil; and inviting strikes on its own petroleum infrastructure.
After America and Israel struck at the heart of the mullahs’ regime on February 28th, killing its supreme leader, what remains of the regime is desperate. And both aspects of the nightmare scenario are unfolding at once.
Iranian projectiles have hit Saudi Arabia’s largest refinery, a gas-liquefaction complex in Qatar, another refinery in Kuwait and the Fujairah oil industry zone in the United Arab Emirates (UAE), a major transit and bunkering hub. The first two are offline, as are gas fields in Israel and Kurdistan. On March 3rd the American embassy in Saudi Arabia warned of an imminent Iranian attack on Dhahran, the kingdom’s giant oil complex.
At the same time, traffic through the Strait of Hormuz has largely stopped after drone strikes on several vessels and insurers suspended coverage for many others (see chart 1). On March 2nd the Islamic Revolutionary Guard Corps, the regime’s praetorian guard, declared the strait closed, warning that any ship attempting passage would be set ablaze. Energy prices are already catching fire. Brent crude, the global benchmark, has jumped by 14% since February 27th, to $83 a barrel. In Europe a megawatt-hour (MWh) of natural gas costs €54 ($63), over 70% more than it did last week (see chart 2). Prices in Asia have shot up, too.
On March 3rd Donald Trump sought to cool things down, saying that America would provide insurance and guarantees for shipping lines, and that, if necessary, the navy would escort oil tankers in the Gulf, though the details of the plan remain unclear. The announcement comes as traders have become much more pessimistic about the disruptions to energy supply.
The American-Israeli campaign began on a weekend, when markets were closed. When they reopened in the Asian morning on March 2nd, the initial reaction was contained. Brent finished the day at $78, just $5 above its pre-war close. European gas spiked but closed at €44 per MWh, well below the peak of over €310 in 2022, shortly after Vladimir Putin invaded Ukraine. Most traders expected disruptions to last days, not weeks.
They are now rapidly revising that view. Start with oil. The main problem is impeded traffic through the Gulf. Freight prices are hitting records (see chart 3). Only four oil tankers crossed the Strait of Hormuz on March 2nd, compared with a daily average of 52 in February, according to Vortexa, a ship-tracker. Some 14m barrels per day (b/d) of crude and 4m b/d of refined products usually pass through it. Around a quarter of the crude could be rerouted via Saudi and UAE pipelines that bypass the strait—leaving the rest with no emergency exit. JPMorgan Chase, a bank, estimates that Iraq and Kuwait have about three and 14 days, respectively, as of March 3rd, before hitting storage limits and shutting in the crude supply they usually export via Hormuz—amounting to nearly 5m b/d, or 5% of global production. Iraq has already cut output by 1.5m b/d.
Gulf exporters have yet to declare force majeure on scheduled shipments. But traders expect some will, and soon. A measure of the premium Brent commands over oil traded in Dubai, which reflects the cost of hedging Atlantic crude sales into Asia, has rocketed (see chart 4). This signals that Asian buyers are turning to west Africa, Brazil, Guyana, Norway and America to plug Gulf shortfalls. Some are already scrambling for cargoes: on March 2nd Brazilian barrels for May delivery into China were offered at a $10 premium to Brent, up from $3.40 on February 27th.
Asian buyers will be the first to feel the pain. Although China, Japan and South Korea have stockpiled enough oil to last a few months, they rely heavily on Middle Eastern imports. Gulf crude accounts for a third of China’s total demand. Trading in the most popular Chinese crude futures was halted on March 2nd after they tripped the 9% daily-increase limit.
Asia’s scramble for alternatives will push up prices for everyone else. The market is coming around to the idea that it faces more than a week or two of disruption, which may buoy Brent towards $100 a barrel, observes Warren Patterson of ING, a bank. Months of disruption could push prices past $120, last reached in 2022. New supply from elsewhere could be unlocked, but even pulling every lever would yield only 1m-2m b/d—and take at least six months to materialise. Europe, which buys little Gulf crude, is not insulated: a fifth of its diesel transits Hormuz. Diesel “crack” spreads—the margins refiners earn when turning crude into finished fuel—have exploded in recent days.
A halt to gas supplies from the Gulf may hit even harder and sooner. More than 80m tonnes per year of LNG, primarily from Qatar, sailed through Hormuz in 2025. The Ras Laffan complex, shut on March 2nd, accounted for 75m tonnes per year, equivalent to 17% of global exports. Nearly 30 vessels due to load there in March are now circling the Arabian Sea and Indian Ocean; another eight, already laden, are idling on the wrong side of the strait. None has crossed since March 1st. QatarEnergy, which operates Ras Laffan, has issued force majeure notices to some long-term buyers. Few details have emerged on the extent of damage at the plant, raising the possibility of a lasting shutdown.
As with crude, gas is worrying Asian buyers. Last year Qatar supplied 30% of China’s LNG imports, 45% of India’s, and 99% of Pakistan’s; Japan and South Korea buy vast amounts, too. The measure of the profit earned from loading gas on America’s Gulf coast and sending it to Asia rather than Europe or elsewhere next month has surged to its highest since December 2022, according to Spark Commodities, a data firm.
On March 2nd an Asian cargo settled at a 60% premium to the previous day’s price. LNG freight costs from the Atlantic have never risen so fast in a single day. Asian gas prices have now spiked so far above European ones that it would theoretically make sense to load tankers with LNG stored in Europe and ship it east, says Natasha Fielding of Argus Media.
European prices will soon have to catch up with Asia’s, because both are starting to compete for the same spot cargoes. Its gas storage, already below seasonal norms and 10% lower than a year ago, is running low with winter not yet over. Every week Hormuz stays closed, global supply shrinks by 1.5m tonnes, reckons Wood Mackenzie, a consultancy. As Asia and Europe drain storage faster and restock more aggressively over the summer, markets could remain tight long after the strait reopens. Anne-Sophie Corbeau of Columbia University expects panic to set in if Qatari exports do not resume by the weekend. Prices could soar beyond €100 per MWh.
The economic consequences of the energy shock will be far-reaching. A rough rule of thumb used by the IMF is that every 10% increase in the price of a barrel of oil reduces annual global GDP growth by around 0.15 percentage points and raises inflation by 0.4 percentage points the following year. In other words, if prices head up to $100 a barrel this would subtract some 0.4 points from GDP growth and raise inflation by 1.2 points—a significant stagflationary shock.Big energy importers will, naturally, suffer most—and poor ones especially. Energy costs tend to make up a greater proportion of spending in less well-off places. India spends about 3% of GDP on foreign oil a year (and has barely 20-25 days of usable stocks); Thailand splurges nearly 5%. In both cases, though, costlier imports will be reflected not in higher consumer prices but in wider fiscal deficits, as governments force state-owned oil refineries to operate at a loss or hand out subsidies to consumers. Asia’s low inflation gives central banks more room to ignore a period of dearer energy—so long as it is brief and currencies, which could plunge as investors rush for safe havens, do not force their hand.
Europe is not so lucky. The European Central Bank reckons that a 10% increase in oil prices adds 0.4 percentage points to inflation directly, and almost immediately, plus another 0.2 points indirectly, over three years, as businesses pass higher costs on to consumers. The bank also estimates that around a tenth of the increase in natural-gas prices passes through to inflation in one year. Traders have pared back bets on the central bank cutting interest rates. Higher energy costs will feed through to power prices and sap industrial margins. If both oil and gas become dearer, substitution will become harder—potentially reviving coal demand and forcing consumers to cut back.
Despite causing the price shock, America will face less economic damage. Its domestic gas market has only a loose connection to global prices, owing to limited export capacity. Prices of gas piped to Henry Hub, the American benchmark, have jumped by only 10% so far. Petrol prices will rise, angering motorists: a study by the Dallas Branch of the Federal Reserve suggests that a 10% increase in the price of crude raises those at the pump by 5%. If they get uncomfortably high, America can always tap 415m barrels in its Strategic Petroleum Reserves.
Either way, the aggregate economic impact is likely to be muted. Energy makes up only a small part of the consumption basket. And since America produces lots of oil and gas, a price shock pushes up output rather than cutting it, as it does in countries which are net importers.
Mr Trump and his Republican Party may nevertheless suffer political consequences in the midterm elections. Voters are already furious over the rising cost of living. Higher energy prices may boost economic aggregates, but they also redistribute income from America’s large number of energy consumers to its much smaller number of energy producers. They may also make it harder for the Fed to cut rates. Traders have cut back on bets that the central bank will cut rates at least twice this year.
All this might explain Mr Trump’s desire to soothe energy markets with naval escorts and insurance plans. “No matter what”, he said on social media, America “will ensure the FREE FLOW of ENERGY to the WORLD”. He is up against an adversary that is setting out to make America feel its pain.■
IRAN AND ITS NEIGHBORS
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Kein einheitliches Bild: So sieht Iran im Blick seiner arabischen Nachbarn aus
Guest Essay von Najem Wali. Er wurde im südirakischen Basra geboren. Er ist Schriftsteller sowie Writers-in-Prison-Beauftragter und Vizepräsident des PEN-Zentrums Deutschland. In Kürze erscheint sein Roman „Ein Ort namens Kumait“ (Secession).
Berechtigte Angst und kalkuliertes Interesse, unauslöschliche Erinnerung und geographische Nähe: Iran ist für seine Nachbarn schon immer eine Herausforderung gewesen – und ein vielschichtiger Spiegel.
In der arabischen Welt ist Iran nicht nur ein „Nachbar“, sondern ein großes Land mit ausgeprägten kulturellen, sprachlichen und religiösen Merkmalen – persisch statt arabisch, eine schiitische Mehrheit statt einer sunnitischen Mehrheit, ein persisches literarisches Erbe versus arabische Poesie. Diese Unterschiede prägen seit langem Wahrnehmungen und Narrative. Sie variieren in ihrer Sicht auf Iran von Ort zu Ort, von einer historischen Phase zur anderen. Daher gibt es kein einheitliches arabisches Bild von Iran. Vielmehr handelt es sich um eine vielschichtige, historisch gewachsene und oft politisch aufgeladene Wahrnehmung, die sich sowohl im politischen Diskurs als auch in literarischen und kulturellen Texten widerspiegelt.
An den Ufern des Golfs zum Beispiel, wo sich der Geruch von Salz mit der Erinnerung an Holzschiffe vermischt, blicken die Araber auf Iran wie auf einen Berg, der am Horizont aufragt: nah genug, um gesehen zu werden, weit genug, um geheimnisvoll zu bleiben. Das Aussehen ist nicht dasselbe, auch das Gefühl ist nicht dasselbe. Es ist ein Mosaik aus Geschichte, Geographie und Politik, dessen Farben sich mit dem Wechsel des Lichts ändern.
Im Schatten der imperialen iranischen Geschichte
Im Süden, wo die Gewässer des Golfs die Küsten Saudi-Arabiens, der Vereinigten Arabischen Emirate, Katars, Kuwaits, Bahrains und des Sultanats Oman umarmen, erzählt man sich Geschichten über einen alten Handel, bei dem Schiffe geräuschlos vorbeifuhren und Datteln, Perlen und Seide transportierten. Dort wird Iran immer noch als alter Nachbar gesehen, dessen Stimme man im Wind erkennt, an den man sich über die Gewürze seiner Küche und den Dialekt seiner Häfen erinnert. Aber gleichzeitig spürt man seinen langen Schatten auf dem Wasser, den Schatten eines großen Landes mit einer imperialen Geschichte, dessen Interessen mit den Ängsten der anderen Länder kollidieren, so wie sich Schifffahrtslinien in der Straße von Hormus kreuzen.
Im Westen hingegen, an den Grenzen des Iraks, sind die Aussichten düsterer, gesättigt mit Erinnerungen an Krieg und an Grenzen, die lange Zeit unsicher waren. In den acht Jahren des ersten Iran-Irak-Krieges (1980 bis 1988) starben zwei Millionen Menschen auf beiden Seiten – und die Zahl der Invaliden war noch größer. In jenen Jahren kämpfte Saddam Hussein gegen Khomeini und den schiitischen Iran mit einer Armee, deren Soldaten zu fast neunzig Prozent aus Söhnen von Bauern der schiitischen Bevölkerung des Südens und Söhnen von Kurden aus dem Nordirak bestanden, geführt von mehrheitlich sunnitischstämmigen Generälen aus Westirak.
Hier wird Iran nicht auf die Geographie reduziert, sondern vielmehr auf widersprüchliche Narrative: einmal ein Verbündeter angesichts von Stürmen (wie im amerikanisch-iranischen Konflikt und im heutigen Krieg), ein anderes Mal ein Konkurrent, der mit vorsichtigen Schritten vorrückt. Das irakische Gedächtnis trägt widersprüchliche Bilder: Blut und Palmen, heilige schiitische Schreine und Pilgerreisen (nach Nadschaf und Kerbela) und eine Politik, die niemals schläft.
Zwei andauernd Streitende: Iran und die Türkei
Im Nordwesten, wo Anatolien auf den Fruchtbaren Halbmond trifft, betrachtet die Türkei Iran mit den Augen eines alten Rivalen, manchmal mit stiller Konkurrenz und manchmal mit gedämpftem Lärm. Zwei Länder, die eine lange Geschichte voller Höhen und Tiefen hinter sich haben, in denen sie ihre Rollen zwischen Kooperation und Rivalität tauschten, als wären sie zwei alte andauernd Streitende, die sich gut kennen.
Selbst in der Levante, in Syrien und in Libanon, werden die Aussichten durch das Gleichgewicht von Politik und Bündnissen geprägt. Zum Teil sind da diejenigen, die Iran als Stütze betrachten (wie zu Zeiten des Assad-Regimes, wie bei den Alawiten in Syrien und der Hizbullah im Libanon), und andere, die ihn als eine schwere Belastung für das innere Gleichgewicht, als Feind sehen (wie in den Gruppen der Al-Nusra-Front, des IS und des Golani-Regimes heute). Zwischen Unterstützung und Misstrauen verteilen sich Gefühle ebenso wie Loyalitäten.
Gemeinsamkeiten in der Kulturgeschichte
Doch dahinter steckt eine tiefere politische Ebene: eine gegenseitige kulturelle Neugier. Persische Dichter, die ins Arabische übergingen, Musik, die über Grenzen hinwegsickerte, und Gerichte, die so ähnlich sind, dass ihre Herkunft egal ist. In Cafés und auf Bildschirmen wird über Atomwaffen, Sanktionen und Einfluss gestritten, man schaut sich aber auch iranische Filme mit Untertiteln an und liest Nachrichten über Teheran, als wäre es eine nahegelegene Stadt. Zwischen Arabern und Persern gab es seit der Antike enge kulturelle Interaktionen und Vermischungen und nicht nur Konflikte.
Ein Blick auf die arabisch-islamische Geschichte zeigt uns, dass alles, was mit den Wissenschaften der Theologie, Grammatik und Philosophie im arabischen Erbe zu tun hat, durch neu hinzukommende „muslimische“ Gelehrte nichtarabischer Herkunft entstanden ist, von denen die große Mehrheit Perser waren. Sibawayhi (756 bis 796) zum Beispiel, der Vater der heutigen arabischen Grammatik und der Erste, der die Wissenschaft der arabischen Grammatik verbreitete, ist iranstämmig, denn er wurde in Shiraz geboren – um nur ein Beispiel zu nennen. Parallel dazu erscheinen in arabischen Texten historische Erzählungen über die arabisch-islamische Eroberung Persiens und die Entwicklung der persischen Identität – wie im „Schahnameh“, dem persischen Nationalepos – als besondere Form des kulturellen Gedächtnisses. Sie feiern das persische Selbstbewusstsein, das den arabischen Eroberungen standgehalten hat.
In der Poesie gleicht die Vorstellung von Iran der vom „Westen“
Auch in der Welt der zeitgenössischen arabischen Literatur und des arabischen Diskurses erscheint Iran als Symbol kultureller Distanz und Differenz. Für viele arabische Schriftsteller scheint Iran eher ein „kulturelles Anderes“ als integraler Bestandteil des literarischen Erbes zu sein, und dies hängt auch damit zusammen, dass sich die moderne arabische Literatur oft damit zufriedengibt, persische Werke in begrenztem Umfang zu übersetzen.
In diesen Gedichten erscheint Iran weniger als geographische Einheit, sondern eher als Symbol kultureller Tiefe und Differenz, so wie „der Westen“ in einem modernen Zweig der arabischen Poesie ein Ort ist, von dem man sich abgrenzt und der gleichzeitig eine Beziehung zu diesem Zweig pflegt. Diese poetische Spannung lässt sich sowohl in Gedichten beobachten, die kulturelle Vielfalt feiern, als auch in solchen, die politisches Elend beklagen. Und da ist die Frage der Befreiung Palästinas.
Wie politische Spannungen in die Kultur hineinwirken
Parallel dazu erscheint Iran als Abbild des geopolitischen Wettbewerbs. Dies zeigt sich in zeitgenössischen arabischen Essays, Essaysammlungen und politisch motivierten literarischen Reflexionen, in denen Iran mitunter als metaphorischer Rivale im regionalen Machtspiel auftritt, insbesondere in Texten, die sich mit Politik, Krieg oder ideologischer Konfrontation befassen. Dieses Bild ist nicht nur ein literarisches Thema, sondern wird stark von realpolitischen Spannungen (schiitisch-sunnitische Debatten, Einflusssphären und Interventionen) beeinflusst. Das ist es, was wir in dieser Zeit stark spüren.
In politischen Artikeln oder Analysen, die sich mit aktuellen Konflikten befassen, wird Iran häufig als mit Argwohn zu betrachtende Supermacht, als Symbol regionaler Einflussambitionen oder als Konkurrent arabischer Länder mit sunnitischer Mehrheit dargestellt, insbesondere in den großen und einflussreichen arabischen Medien, von denen die meisten, wenn nicht alle, mit Geldern aus Petrodollar-Ländern betrieben werden: die Fernsehkanäle Al Jazeera und Al-Arabi Al-Jadeed (Katar) und Al Arabiya (Saudi-Arabien), die in London ansässigen Zeitungen „Al-Quds Al-Arabi“ und „Al-Arabi Al-Jadeed“ (finanziert von Katar, der Türkei, beziehungsweise Muslimbruderschaft), die Zeitung „Asharq Al-Awsat“, „Independent Arab“ (Saudi-Arabien) und andere Medienplattformen. Sie alle sind es, die die Feindseligkeit eher schüren, als zur Annäherung aufzurufen. Noch vor Ausbruch des heute stattfindenden Krieges.
Der Opportunismus der Intellektuellen
Diese Darstellung ist in der Regel komplexer als einfache Feindseligkeit: Viele arabische Intellektuelle erkennen an, dass die Beziehung zwischen Arabern und Iran von interner arabischer Politik, Sektierertum und geopolitischen Dynamiken geprägt ist und nicht von ethnischer Feindseligkeit. Hier spielt der kulturelle Opportunismus eine Rolle. Radikale Intellektuelle zum Beispiel, die zum Widerstand gegen die Normalisierung mit Israel aufrufen und die Befreiung Palästinas vom Meer bis zum Fluss fordern, wissen, dass sie Iran zur Seite stehen müssen, denn das Land greift den „zionistischen Feind“ in Tel Aviv und anderen Städten Israels an, aber wie machen diese Intellektuellen das, wenn sie von Petrodollars leben? Wie können sie Iran zur Seite stehen, wenn dieser nun gegen ihren Brotgeber im Golf losschlägt?
Da die meisten Golfstaaten ihre diplomatische Beziehung zu Israel normalisiert haben, werden diese Intellektuellen vielleicht die Augen davor verschließen, aber ihr Schweigen gegenüber der Verurteilung der Angriffe Irans auf die Golfstaaten wird eine Bedrohung ihrer Lebensgrundlage darstellen. Am anderen Ende der Lebensunterhaltstabelle sitzt eine große Zahl von Intellektuellen in Bagdad. Gestern standen sie an der Seite Saddams in seinem Krieg gegen den „persischen Feind“ Iran, heute stehen sie an der Seite eines „unerschütterlichen“ Iran, der den Irak durch die schiitischen Parteien im Griff hat.
So erscheint Iran letztlich in den Augen seiner arabischen Nachbarn nicht als einzelnes Bild, sondern als ein vielschichtiger Spiegel. Man kann sagen, Iran und seine Nachbarn sind Tänzer, die die Schritte der jeweils anderen gut kennen. Es gibt eine berechtigte Angst, ein kalkuliertes Interesse, eine unauslöschliche Erinnerung und eine unausweichliche geographische Nähe. Iran ist ein alter Nachbar, der manchmal an die Tür klopft und die seine manchmal schließt, aber seine Stimme bleibt im Flur präsent – wie seine Schritte, die das Haus gut kennt, auch wenn die Bewohner sich über deren Bedeutung nicht einig sind. Doch diesmal hallt seine Stimme in Form von Bomben, Drohnen und ballistischen Raketen wider.
IRAN AND UKRAINE
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Russia Is Big Winner as Iran War Drains Supplies That Ukraine Needs
Kyiv faces a shortfall of missile interceptors for its air defense, while surging oil prices are boosting Russia’s economy
EUROPE’S ELUSIVE STRATEGIC AUTONOMY
The Economist (Pay Wall)
Charlemagne : In times of chaos, Europe is the muddled power the world needs
In praise of the dreaded European working group
The Economist (Pay Wall)
The umbrella of Île Longue : What France’s new nuclear-arms doctrine means for Europe
Emmanuel Macron will build more warheads and include allies
https://www.economist.com/europe/2026/03/03/what-frances-new-nuclear-arms-doctrine-means-for-europe
Le Point
L’année où le nucléaire européen a capoté
Les difficultés actuelles d’Emmanuel Macron pour mettre en place une autonomie nucléaire renvoient à un épisode oublié entre de Gaulle et Adenauer.
Juillet 1962 : le chancelier Adenauer vient en visite en France. Parmi les thèmes abordés avec de Gaulle, il en est un secret : la stratégie commune nucléaire. Au plus haut niveau, les deux pays semblent d’accord sur une communauté de destin, une solidarité des intérêts. Pour le chef de l’État français, la France n’aurait aucun avenir si l’Allemagne était touchée en premier par une attaque russe.
«À un second niveau, les deux ministres de la Défense, Pierre Messmer et Franz Josef Strauss, ont des discussions très poussées », précise l’historien Frédéric Fogacci, directeur des études de la Fondation Charles-de-Gaulle. «Strauss connaît bien le dossier nucléaire, il avait négocié avec Chaban-Delmas en 1957 la dimension militaire secrète du traité Euratom :une arme sol/sol nucléaire européenne -; l’Italie avait rejoint le projet -;, que de Gaulle avait annulée lors de son arrivée au pouvoir. Car, à ses yeux, on ne pouvait pas aliéner la souveraineté nucléaire. Partager le hardware, avoir une double clé, n’était pas envisageable, mais on pouvait partager le software, une doctrine stratégique publique, qui fasse savoir à l’ennemi que la couverture française concernait aussi implicitement l’Allemagne. »
Au niveau des états-majors, le général Charles Ailleret, père du nucléaire militaire, premier chef d’état-major des armées, nommé en ce mois de juillet 1962, discute avec ses homologues allemands afin d’envisager pour Bonn une complémentarité entre des forces otaniennes et une dimension nucléaire franco-allemande. Pour de Gaulle, les intérêts vitaux de la France ne se réduisent pas au territoire national : une leçon très actuelle.
1961 : la crise de Berlin rebat les cartes
Comment en est-on arrivé à ce rapprochement franco-allemand ? Depuis 1949, de Gaulle a réfuté l’idée d’un parapluie américain exclusif, privilégiant une alliance sans intermédiaire américain entre « Germains et Gaulois» pour assurer une paix durable en Europe. En 1960, son plan Fouchet, une Europe des nations, vise à doubler l’Otan par une défense européenne. C’est un échec : les pays les plus atlantistes, ceux du Benelux notamment, qui veulent faire entrer le Royaume-Uni, rejettent le plan.
Mais la crise de Berlin, en novembre 1961, rebat les cartes. Une commission bipartite USA-URSS se met en place à propos de la construction du Mur : les Allemands, qui n’ont pas été invités, se sentent lâchés par Washington. Mais, surtout, le président Kennedy infléchit la doctrine américaine en place depuis 1954, formulée par John Foster Dulles : la riposte massive. « Kennedy est plus ondoyant,précise Frédéric Fogacci. Il ne veut pas engager sans étapes conventionnelles préalables les forces nucléaires américaines en Europe.»
Le 6 mai 1962, dans le cadre de l’Otan, il envoie Robert McNamara, son secrétaire d’État à la Défense, tenir un discours à Athènes qui clarifie encore les choses et lâche du lest envers les Russes : la riposte ne sera plus massive, mais graduée, flexible. Les Allemands traduisent : eux qui fondaient leur défense sur une garantie de forces nucléaires de l’Otan se retrouvent déshabillés. Et qui dit conventions dit un champ de bataille, qui sera… la RFA.
Les Américains entendaient pouvoir garder la main sur une éventuelle escalade.Frédéric Fogacci
Dès lors, Adenauer va jouer la carte française de la protection nucléaire avec un de Gaulle qui, au début de la crise de Berlin, en septembre 1961, a clairement fait passer le message aux Russes qu’il ne reculera pas devant la montée des risques. «Vous allez tous mourir», l’a prévenu l’ambassadeur à Paris, Sergueï Vinogradov. «Eh bien, nous mourrons ensemble», lui répliqua de Gaulle. Cette carte française, les Américains n’en veulent pas pour Bonn : «Les Accords de Paris de 1954 sur la Communauté européenne de défense (CED), non ratifiés par la France, interdisaient la nucléarisation de l’Allemagne. Les Américains entendaient pouvoir garder la main sur une éventuelle escalade. »
De Gaulle refuse la double clé
Adenauer se retrouve piégé. Les Américains contrôlent l’Allemagne sans vraiment la protéger. Une seule solution : se tourner vers la France, mais en lui demandant un partage des capacités nucléaires sous double clé. Or, ce partage, de Gaulle le refuse, d’autant qu’il prépare pour octobre 1962 un référendum qui va entériner l’élection au suffrage universel du président. Dans son esprit, la Ve République doit devenir aussi une Constitution nucléaire, avec une chaîne de commandement courte, unique, une seule volonté, un seul chef de l’État qui appuie sur le bouton.
Paris peine à accepter que les Allemands ne veuillent pas remettre leur sort entre les mains des Français. Mais si les discussions sont décevantes pour Adenauer et Strauss, une perspective se dégage à la fin de l’été 1962. « De Gaulle admet qu’il ne faut pas enfermer les Allemands dans cette alternative : ou l’Otan ou la France, explique Frédéric Fogacci. Mais il leur fait comprendre que les intérêts franco-allemands seront à terme et à l’usage plus liés que les intérêts germano-américains ; tout cela alors que les forces nucléaires françaises sont encore virtuelles, le Mirage 4 est en développement. »
En résumé, l’Allemagne veut l’un et l’autre, de Gaulle propose l’un puis l’autre, quand les Américains voient l’un (la France) contre l’autre (l’Otan). Sur cette base, les discussions pour un traité de l’Elysée franco-allemand se poursuivent.
Kennedy propose la Force multilatérale
Mais, à partir d’octobre 1962, la riposte américaine va se déclencher. Pour saper l’autorité de Franz Josef Strauss, les Américains font fuiter les conversations franco-allemandes sur le nucléaire, dont l’Allemagne est interdite depuis le traité sur la CED de 1954, ainsi que d’autres dossiers qui embarrassent l’homme fort de la Bavière. L’affaire sort le 7 octobre dans le Spiegel, incitant Strauss à déclencher une perquisition dans les locaux de l’hebdomadaire de Hambourg. Le scandale, immense en RFA, oblige Strauss à démissionner en décembre et affaiblit par ricochet Adenauer.
C’est aussi le mois de la crise des missiles de Cuba. Après son règlement, Kennedy, qui a fait reculer Khrouchtchev, réagit en proposant un nouveau concept pour l’Europe, la Force multilatérale (MLF). Matériel et entretien américains, dépôt sur le sol national, double clé avec, au final, la décision américaine. C’est sa réponse à de Gaulle. L’Europe, hormis la France, vit encore dans ce dispositif. Les Anglais, qui sont dépassés technologiquement et économiquement, signent les accords à Nassau le 21 décembre 1962.
«Kennedy, qui ne veut pas d’un nucléaire français autonome, propose à de Gaulle de se joindre à un trinôme nucléaire au sein de l’Otan, mais le général rejette catégoriquement toute sujétion. » Le 14 janvier 1963, George Ball, l’adjoint de McNamara, propose la MLF à Adenauer qui, sous forte pression américaine, accepte après de longues hésitations. Les Allemands ont vu l’accord britannique ; ils estiment aussi que cette otanisation de la dissuasion garantit un engagement américain.
Le même jour, et ce n’est pas un hasard, de Gaulle appose son veto à l’Angleterre pour son entrée dans l’Europe. Il s’apprête à recevoir Adenauer pour signer une semaine plus tard le traité de l’Élysée. Les atlantistes allemands tentent d’empêcher la venue d’Adenauer. « Les Américains agitent tous leurs réseaux, notamment Jean Monnet, qui est pour une Europe supranationale garantie par la relation avec les États-Unis. On sait aujourd’hui que, dans les derniers jours, Monnet s’est présenté à l’improviste à l’ambassade allemande à Paris, où était logé Adenauer, pour le dissuader de signer le traité de l’Élysée . »
Un traité vidé de son contenu
Monnet échoue. Mais c’est partie remise : s’il y est rappelé la nécessité de travailler à des «conceptions communes» sur le plan géostratégique, le traité de l’Élysée sera vidé en juin de son contenu par le préambule que le Bundestag ajoute sur une « étroite association » avec les États-Unis et sur le primat donné à l’Otan. Dans les travées du Bundestag, un homme assiste au vote, satisfait : Jean Monnet, jouissant de nombreux contacts outre-Rhin.
L’Italie et le Benelux vont bientôt rejoindre le Nuclear Planning Group (NPG) de l’Otan, dont la France ne fait pas partie, même depuis son retour dans le commandement intégré en 2009. Étrangère à la culture de la dissuasion de la NPG, qui n’est pas la culture de la défense stratégique de la France, Paris n’y a même pas un observateur. L’année 1962-1963 a donc aussi creusé un fossé, auquel l’Europe est confrontée sur le plan de l’autonomie nucléaire. Au-delà des coûts, il s’agit aussi aujourd’hui de faire dialoguer la France avec ses partenaires anglais et allemand sur un sujet où ils ne parlent pas la même langue.
L’Express
“Nous n’avons rien appris du passé” : l’erreur stratégique de l’Europe sur le gaz
Guerre en Iran. Stock bas, prix en hausse… Quatre ans après l’invasion russe en Ukraine, la guerre en Iran souligne une nouvelle fois les fragilités énergétiques de l’Europe.
air de déjà-vu. En février 2022, l’Europe se retrouve avec un stock de gaz particulièrement bas, autour de 30 % des capacités. Cette fragilité, que certains pensent alors passagère, se transformera ensuite en crise énergétique majeure après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, fournisseur numéro 1 à l’époque du gaz européen. Mars 2026, bis repetita? Après un hiver plus froid que prévu, l’Europe compte encore, comme quatre ans plus tôt, très peu de gaz en réserve. Et une autre guerre vient à nouveau de révéler sa vulnérabilité…
L’attaque conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, et les répliques de cette dernière, a bousculé les marchés de l’énergie : ces derniers jours, les prix du gaz ont augmenté de plus de 35 % en Europe. Le Vieux Continent est surtout exposé à la situation du gaz naturel liquéfié (GNL), le substitut choisi pour se sevrer du gaz russe. “Si les flux de GNL transitant par le détroit d’Ormuz [entre l’Iran et les Emirats Arabes Unis, NDLR] sont réduits, la disponibilité mondiale sur le marché spot se resserre immédiatement, note le think tank bruxellois Bruegel. L’Europe serait alors contrainte de rivaliser avec les acheteurs asiatiques pour les cargaisons flexibles – une situation déjà observée lors de la crise énergétique de 2021-2023.” Ce qui ne ferait qu’enchérir les opérations de remplissage des stocks, dont la campagne doit commencer bientôt.
“Un choix de Bisounours”
Mauvais timing ou erreur stratégique? “Nous n’avons rien appris du passé. Nos dirigeants ont la mémoire d’un poisson rouge”, déplore Thierry Bros, enseignant à Sciences Po Paris, qui regrette notamment que la Commission européenne ait amenuisé la sécurité des approvisionnements en gaz. Après avoir instauré des objectifs contraignants de remplissage des stocks pour chaque Etat membre – 80 % en 2022 puis 90 % en 2023 -, elle a décidé, l’an dernier, d’abaisser cette obligation à 80 %. Soucieuse de flexibiliser les règles et de mieux s’adapter aux conditions du marché, la cigale européenne a ainsi abordé l’hiver plus dépourvue que les années précédentes. “C’était un choix de Bisounours. On s’est placé tout seul dans une situation très délicate”, soupire l’expert des hydrocarbures. D’autant que l’UE s’est aussi engagée à cesser tous ses achats de GNL en provenance de Russie d’ici la fin de l’année.
2022, 2026… “Les coïncidences existent-elles en géopolitique de l’énergie? Honnêtement, je ne le pense pas, commente Francesco Sassi, chercheur à l’Université d’Oslo (Norvège). Les responsables politiques européens ont fait fi de la crise, qui a commencé avant même que la Russie n’envahisse l’Ukraine. Cet épisode est la énième démonstration de l’absurdité de la stratégie consistant à se détourner du gaz russe au profit du GNL. Et tous les pays qui en dépendent fortement en paieront le prix fort.”
EUROPE’S COSTLY PENSIONS
The Economist (Pay Wall)
Oldies’ goodies : European pensions are a $30trn missed opportunity
If only more countries went Dutch
SCIENCE
The Economist (Pay Wall)
Crunching the numbers : Data centres in space: less crazy than you think
They could be cheaper than ones on Earth, with the right technology
POLITICS
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
Vance’s German Friends Are Wrong on Iran
The Vice President picked the wrong allies in Berlin.
SOCIETY
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Epstein ‘Transparency’ Travesty
Guest Essay by Mr. Tracey, a journalist in Jersey City, N.J.
Redactions, supposedly to protect victims, are so sweeping as to make a farce of the exercise.
https://www.wsj.com/opinion/the-epstein-transparency-travesty-754800af?mod=opinion_lead_pos5
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Nicht jeder Mord an einer Frau ist ein «Femizid»: Wie die SPD die Fakten verzerrt
Die deutschen Sozialdemokraten wollen Frauen besser vor schwerer Gewalt schützen. Das Ansinnen ist richtig. Doch die Partei ignoriert dabei sogar Bedenken des Bundeskriminalamts.
Niemand bei Verstand würde in Abrede stellen, dass der Kampf für die Gleichberechtigung ein ehrenwertes Anliegen ist. Problematisch wird es allerdings, wenn mit diesem Kampf genau das Gegenteil des Gewünschten erreicht wird. Womit wir bei einer Forderung der SPD von dieser Woche sind.
Die rechtspolitischen Sprecher der SPD-Fraktionen von Bund und Ländern wollen, dass «Femizide» härter bestraft werden. Gemeint ist die Tötung einer Frau aufgrund ihres Geschlechts. Solche Taten begehen fast immer Männer, die die Trennung ihrer Ehefrau oder Partnerin nicht akzeptieren. Nach dem Willen der SPD sollen sie künftig als «Mord aus niedrigen Beweggründen» gelten. Die Partei will dafür im Mordparagrafen des Strafgesetzbuches ein neues Merkmal hinzufügen: das der «geschlechtsspezifischen Beweggründe».
Kein Zweifel: Wenn Frauen umgebracht werden, weil sie Frauen sind, ist das besonders verwerflich. Die Gesellschaft darf solche Taten unter keinen Umständen hinnehmen. Deshalb ist es gut, dass sich die SPD dieses Themas annehmen will. Leider setzt sie dabei auf Aktivismus.
Der Vorschlag ist überflüssig
Den geringsten Vorwurf, den man der Partei machen kann, ist noch, dass ihr Vorschlag überflüssig ist. Wer eine Frau aus patriarchalischem Besitzdenken tötet, muss schon jetzt von Gerichten wegen Mordes aus niedrigen Beweggründen bestraft werden. Das stellte der Bundesgerichtshof vor fünf Jahren in einem Grundsatzurteil klar.
Es ging um einen Afghanen, den das Landgericht Cottbus wegen versuchten Totschlags an seiner Ehefrau verurteilt hatte. Der Mann war 2015 mit seiner Familie nach Deutschland gekommen. Drei Jahre später trennte sich seine Frau von ihm, weil sie ein selbstbestimmtes Leben führen wollte. Der Mann fühlte sich durch diese Emanzipation so sehr in seiner Ehre gekränkt, dass er sie mit dem abgebrochenen Hals einer Wodkaflasche zu töten versuchte.
Der Bundesgerichtshof hob das Urteil auf und verwies die Sache an das Landgericht zurück. Er machte damit unmissverständlich deutlich, dass solche Taten nicht als Totschlag, sondern als Morde aus niedrigen Beweggründen einzustufen sind. Was die SPD erreichen will, gibt es also längst.
Man muss deshalb annehmen, dass es ihr um etwas anderes geht. Nämlich darum, jede versuchte Tötung einer Frau durch ihren Partner grundsätzlich als «Femizid» einzustufen und entsprechend hart zu bestrafen. Für diese Annahme gibt es Indizien.
Parteimitglieder machen über die Häufigkeit von «Femiziden» seit Jahren irreführende Angaben. 2024 sprach die damalige Innenministerin Nancy Faeser davon, dass fast jeden Tag in Deutschland ein solcher verübt werde. Die Zahl stammte vom Bundeskriminalamt, das damals zum ersten Mal ein Lagebild zur geschlechtsspezifischen Gewalt gegen Frauen vorstellte. Nur: Die Motivation der Täter war der Behörde unbekannt. Faeser bezeichnete also einfach alle dort erhobenen Gewalttaten gegen Frauen pauschal als «Femizide».
Genau da macht die Partei heute weiter. In ihrem Forderungspapier von dieser Woche heisst es: «2024 wurden 308 Frauen getötet, weil sie eine Frau sind.» Diese Tötungen seien «Femizide» und müssten als solche bestraft werden. Die Zahl bezieht sich auf das aktuelle Lagebild zur Gewalt gegen Frauen, wie ein Mitarbeiter der rechtspolitischen Sprecherin der SPD-Fraktion, Carmen Wegge, der NZZ bestätigte. Laut diesem wurden 308 Frauen Opfer von Tötungsdelikten in Partnerschaften. Doch auch bei jenen Taten ist das Motiv unbekannt. Deshalb ist im Dokument ausdrücklich nicht mehr von Femiziden die Rede, um Missverständnissen vorzubeugen, wie die Behörde in einem langen Begleittext erklärt.
Die SPD schafft eine Opferhierarchie
Die SPD ignoriert das einfach. Zu Ende gedacht, führt ihr Anliegen nicht zu mehr Gleichbehandlung, sondern zu einer Ungleichbehandlung. Es schafft eine Opferhierarchie. Für Gewalttaten gegen Frauen in der Partnerschaft würden dann grundsätzlich andere Massstäbe gelten. Das wäre hochproblematisch.
Es hat seinen Grund, warum ein Gericht die Umstände jeder Tat genau abwägt und erst dann über ihre Schwere entscheidet. Wenn ein Mann seine Frau nach einem Ehestreit im Affekt angreift, ist das verwerflich. Aber es ist etwas anderes als eine Gewalttat, die ein Mann begeht, weil er eine Trennung nicht akzeptieren will oder weil er Frauen hasst. Das Motiv ist entscheidend. Wer diese Abwägung künftig erschweren will, der beschädigt den Rechtsstaat.
Es ist wahr, Frauen werden zu oft Opfer von partnerschaftlicher Gewalt. Doch der gute Zweck heiligt nicht jedes Mittel.
Die Sozialdemokraten haben sich schon vor langer Zeit entschieden, den Pfad der klassischen Arbeiterpartei zu verlassen und sich ins Dickicht der Identitätspolitik zu schlagen. Sie sollten aufpassen, dass sie sich darin nicht verlieren.
CULTURE
Neue Zürcher Zeitung
Ein Schauspieler stellt einen Faschisten dar. Zuerst fliegt eine Orange auf die Bühne, dann wird er von Zuschauern tätlich angegriffen
«Catarina oder Von der Schönheit, Faschisten zu töten» heisst ein Stück des Portugiesen Tiago Rodrigues. Die Premiere am Schauspielhaus Bochum führte zum Eklat, weil das Publikum Theater und Realität verwechselte.
Der Schauspieler Ole Lagerpusch in feinem Anzug steht im Bochumer Schauspielhaus am Rand der Rampe und erzählt in weichem, fast einschmeichelndem Ton von den Absichten seiner rechten Bewegung. Meint er das ernst? Aber nein, der Schauspieler spielt eine Rolle – die Rolle des Romeu, eines smarten Faschisten, dem die Macht, die ihm das wählende Volk verliehen hat, jetzt erst langsam richtig zu Kopf steigt. Sein Extremismus hört sich aber sozusagen normal an, fatal normal.
Mitte Februar, bei der Premiere von «Catarina oder Von der Schönheit, Faschisten zu töten» des portugiesischen Autors Tiago Rodrigues, inszeniert von Mateja Koleznik, bekamen das einige Zuschauer in den falschen Hals oder in die verqueren Gehirnwindungen.
Ein provozierender Monolog
Der Monolog des Schauspielers wurde mehrmals lautstark unterbrochen, eine Orange flog auf die Bühne, zwei Männer stürmten sie gar und attackierten Lagerpusch. Dass er einen Faschisten spielte, wollte ihm ein Grossteil des Publikums nicht durchgehen lassen. Der Überbringer faschistischer Botschaften sollte dafür bestraft werden. Dass alles «nur» ein Schauspiel war, interessierte nicht.
Am Morgen nach der dritten Vorstellung am 1. März sitzt Ole Lagerpusch in einem Bochumer Café, und man merkt ihm an, dass der Angriff aus dem Publikum nicht spurlos an ihm vorbeigegangen ist. Die zweite Vorstellung rief allerdings bloss noch ein Rumoren im Saal hervor; bei der dritten nun war es mucksmäuschenstill. Und als diese Figur Romeu etwas schleimig-triumphierend die letzten Sätze seiner Suada gesprochen hatte – «Wir sind die Realität. Wir sind die Zukunft!» –, regte sich sofort schüchterner Applaus. Der Beifall galt der Kunst. Im Auditorium sass niemand, der den antisemitischen und ausländerfeindlichen Auslassungen des Redners zustimmen wollte. Aber seltsam wirkten diese schon.
Lagerpusch sagt: «Natürlich war mir die Dimension bewusst, aber ich muss es dem Zuschauer überlassen, hier die Verantwortung für sein Denken zu übernehmen.» Nach der Premiere war er geschockt, er zog sich ein paar Tage zurück, er kannte derartige Reaktionen aus seiner bisherigen Arbeit in Berlin oder am Burgtheater nicht. Das Erschreckende sei für ihn gewesen, wie sich hier «Dinge verwischen». Hat er etwas falsch gemacht? Er spielte den Text eines Autors, die Figur war ein Faschist, für den Lagerpusch in keinem Moment Sympathie hatte. Aber er spielte ihn so realitätsnah, dass er tatsächlich an die rechten Extremisten erinnert, die durch die Medien geistern.
Warum konnten die Zuschauer Rolle und Person nicht auseinanderhalten? Klar, er wollte «eine Wirkung erzielen» und zeigen, wie sich Politiker subtil in die Gedankenwelt ihrer Zuhörer einschleichen, Zweifel säen und Lügen so verkaufen können, als wären sie altbekannte Wahrheiten. Tatsächlich aber kann sich auch Ole Lagerpusch keine wirklich angemessene Reaktion auf diesen heftigen Monolog denken: Protestiert man gegen den provozierenden Inhalt, dann wird vergessen, dass es sich hier um Theater handelt, das abbilden, aufklären, aufrütteln will. Schweigt man, dann hört sich das absurderweise wie Zustimmung an.
Irritierende Herausforderung
Der Autor Tiago Rodrigues hat mit «Catarina» einen Nerv getroffen. Und dass er das Stück mit einer Schreckensvision enden und keinen Raum mehr für eine Antireaktion lässt, macht es für alle, für Spieler und Zuschauer, zu einer irritierenden Herausforderung.
Dabei sitzt dieser Romeu zunächst über eine Stunde auf einem Stuhl abseits der Szene. Er ist Gefangener einer seltsamen Familie, die ihn zum Tod verurteilt hat. Die Frauen und Männer leben in den dunklen Raumfragmenten, sind festlich gekleidet in das Schwarz der Ewigkeitstrauer.
Seit 73 Jahren ist es in dieser Gemeinschaft Tradition, einmal im Jahr einen Faschisten zu ermorden. Man will sich rächen für den gewaltsamen Tod der 26-jährigen Erntehelferin Catarina, deren Leben während der Salazar-Diktatur in Portugal ausgelöscht wurde. Es gibt bei diesem Ritual keine Garantie, dass dadurch der Faschismus in irgendeiner Weise aufgehalten werden könnte. Es ist nur ein vererbtes Ritual, eine gespenstische Beschwörung von Gerechtigkeit, die von der Familie selber in die Hand genommen wird. Auf den Gräbern der Ermordeten wachsen gepflanzte Korkeichen – ein Symbol der Hoffnung auf eine freie Zukunft.
Mateja Koleznik schafft eine besondere Atmosphäre: Etwas Melancholisch-Morbides schwebt über vergitterten Kuben, die sich ständig drehen und immer neue Räume bilden. Hier trifft man sich zum Fest der Rache, dabei beginnen die Vorbereitungen mit Alltagsgeplänkel, mit Essensgesprächen, man ist gelöst. In diesem Jahr soll die junge Sara (Carla Richardsen) die Pistole auf den auserwählten Gefangenen richten. Doch sie hat Skrupel. Und mit ihren moralischen Bedenken stürzt sie die ganze Gemeinschaft in eine existenzielle Notlage. Es hat in dieser sektenähnlichen Familie noch nie Zweifel daran gegeben, dass die Hinrichtung eine gute Sache ist. Man empfindet die Ermordung eines einzelnen Faschisten bloss als rituelles Zeichen, mit dem man an die barbarischen Geschehnisse der Diktatur erinnern will. Deshalb wird das Töten als Tat der Schönheit verklärt.
Die Dunstglocke der Aktualität
Sara kann gegen diese Verblendung nichts ausrichten. Ihre Argumente prallen am Starrsinn ihrer Mutter, an der Blindheit ihrer Verwandten ab. Es ist ein langes Spiel aus Stille und Wut, Selbstbezichtigung und Hybris, das sich zwischen den dünnen Wänden abspielt, wo jeder auf eine Reaktion des anderen lauert. Romeu hört all dem zu, greift nie verteidigend ein – und zeigt sich am Ende als Profiteur und Sieger.
Parallelen zum erstarkenden Rechtsradikalismus der Gegenwart müssen nicht plump hervorgehoben werden, die Aktualität liegt ohnehin wie eine Dunstglocke über der Szene. Ole Lagerpusch als Romeu erscheint lebendig, erst auf einem kleinen Fernseher, dann leibhaftig vorne auf der Bühne, wo er frontal zum Volk beziehungsweise Publikum spricht.
Und bei diesem müsste das Denken beginnen: Wie geht man mit sprachlichen Radikalisierungen um? Wie weit lässt man sich provozieren? Was hätte man selber dem ganzen extremistischen Schwall argumentativ entgegenzusetzen? Und was ist Theater, wo beginnt die Realität? Ole Lagerpusch sitzt im Café und findet für das, was da im Schauspielhaus Bochum passiert ist, noch immer keine befriedigende Antwort.
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
«Diese unsinnige Liebe ist der grösste Verdienst meiner Existenz»: Ernst Jünger kam in Wehrmachtsuniform zum ersten Kaffee mit Banine
Umm-el-Banine Assadoulaeff verliebt sich 1942 in den deutschen Besatzungsoffizier und Schriftsteller Ernst Jünger. Sie sucht spirituelle Verschmelzung, er wahrt kühle Distanz. Was bleibt, ist ein intimes Protokoll über Manipulation, Verehrung und die Lächerlichkeit der Liebe.
Manchmal genügt ein Foto. Ende 1942 sieht Umm-el-Banine Assadoulaeff das Bild von Ernst Jünger in seinem Erinnerungsbuch «In Stahlgewittern» aus dem Ersten Weltkrieg. Dabei ereignet sich Dramatisches, wie Banine schreibt. «Sein Blick durchbohrte meine Seele, mein Herz, meinen Verstand.»
Der Schriftsteller und deutsche Besatzungssoldat, der in Paris in der Feindaufklärung arbeitet, macht schon optisch einen martialischen Eindruck. Am Telefon ist es ein paar Monate später nicht anders. Jünger meldet sich mit «schnarrender Offiziersstimme» bei Banine, weil sie ihm ein Buch von sich geschickt hat. In Paris führt Ernst Jünger ein Dandy-Leben. Seine Ehefrau sitzt daheim in Deutschland, und er gönnt sich ein paar Affären. Die mit der Tochter eines aserbaidschanischen Ölbarons ist vielleicht die undurchsichtigste.
Im Prinzip: die Lächerlichkeit von Liebe
Die 1905 in Baku geborene Banine macht sich in ihrem Leben immer wieder auf Wahrheitssuche. Sie hat Werke des von ihr verehrten Autors übersetzt und drei Erinnerungsbücher über ihn geschrieben. Ein viertes blieb unveröffentlicht. Die Vorstufen dazu finden sich im Nachlass einer Frau, deren Geschichte in den zahlreichen Jünger-Biografien kaum grösser als in Fussnoten vorkommt. Was kann man von Umm-el-Banine Assadoulaeff über Ernst Jünger erfahren? Und was aus ihrem intimen Memoir über sie selbst?
Alexander Pschera hat sich in die Archive begeben und aus teils maschinengeschriebenen und teils handschriftlichen Manuskripten eine Lebensliebesgeschichte kompiliert. «Liebe ist Dir verboten. Ernst Jünger und ich» ist das Dokument wohl dramatisch einseitiger Gefühle und hat gleichzeitig komödienhafte Züge.
Man sieht Jünger, den berühmten Selbstoptimierer kühler Distanz, in seinem sozialen Alltag. Der Schriftsteller will nichts geben, die Frau neben ihm aber alles. «Diese unsinnige Liebe zu J. ist vielleicht der grösste Verdienst meiner Existenz», schreibt Banine in einem Anflug paradoxer Psychologie. In der Entwertung des eigenen Ichs dessen gleichzeitige Aufwertung zu sehen, wäre nur dann vollends tragisch, wenn diese Aufzeichnungen nicht an etwas sehr Prinzipielles rühren würden: an die Lächerlichkeit von Liebe schlechthin.
Ohne Zweifel: Was Banine während Jahrzehnten über ihre Liebe zu Ernst Jünger notiert, ist nicht #MeToo-tauglich. Es ist keine Emanzipationsschrift. Hier unterwirft sich ein Mensch einem anderen. Wärme trifft auf Kälte, und diese Thermodynamik der Gefühle hat die Affäre, die nicht einmal wirklich eine war, am Laufen gehalten.
Banine, deren Familie in der russischen Revolution ihr Vermögen verloren hat und in den zwanziger Jahren von Aserbaidschan nach Paris übersiedelt ist, sieht Ernst Jünger im April 1943 zum ersten Mal persönlich. Er kommt zu ihr zum Kaffee vorbei, trägt seine graugrüne Wehrmachtsuniform und hinterlässt nicht zuletzt damit grossen Eindruck.
Die Ereignisse schillernd zu nennen, wäre untertrieben. Banine ist muslimisch. Ernst Jünger hat in Paris eine deutsch-jüdische Geliebte, die Ärztin Sophie Ravoux. In seinem Tagebuch nennt er sie «Doctoresse» oder «Charmille». Frauen wie sie seien «stärker als Brünhilds Gürtel». Wie man aus Jüngers Biografien weiss, hat der Schriftsteller nicht nur seinen Wörtern eiserne Disziplin beigebracht, sondern auch seiner menschlichen Umgebung. In diesem Demütigungsschema wird Banine zu Jüngers Postillon d’Amour. Sie muss Briefe von ihm an Sophie überbringen und rächt sich in ihren Notizen wenigstens mit wortreicher Eifersucht, nennt sie eine «pummelige Blondine vom Typ Dienstmädchen», «körperlich recht nett, aber von einer Vulgarität und Dummheit, die sofort auffiel. Und das liebte J.»
Methoden eines empathiefreien Manipulators
Zu Hause im niedersächsischen Kirchhorst wartet Gretha Jünger auf ihren Mann. Er nennt sie wegen ihrer unerschütterlichen Leidensfähigkeit «Perpetua». Sie nennt ihn «Gebieter». Von Banine lässt Ernst Jünger sich «Effendi» (osmanisch-türkischer Ehrentitel) nennen. Man hat das Bild. In den Tagebüchern beschreibt der empathiefreie Manipulator seine Methode: «Die Kunst im Umgang mit Menschen liegt darin, über lange Zeit die gleiche angenehme mittlere Entfernung einzuhalten, ohne Entfremdung, ohne Annäherung und ohne Wechsel der Qualität.» Nimmt man Banines Aufzeichnungen, dann hat Ernst Jünger ein sadistisches Spiel mit ihr getrieben. Nach jeder Annäherung wird wieder Distanz hergestellt.
Was wollte diese Frau wirklich von Jünger? In Paris hatte sie als Haute-Couture-Model und journalistisch gearbeitet, um schliesslich auch Schriftstellerin zu werden. Sie war mit Autoren wie Marina Zwetajewa, Iwan Bunin, Nikos Kazantzakis und André Malraux befreundet. Ihren «Effendi» führte sie in die intellektuellen Kreise von Paris ein und machte ihn nach dem Krieg dort salonfähig. Von Dankbarkeit seitens des Schriftstellers keine Spur.
Aus Banines Verehrung wurde nie Verachtung, und man kann die emotionalen Verblendungszusammenhänge nur ahnen, wenn man ihre Aufzeichnungen liest: «Jüngers Tagebuch . . . Das bewegendste Zeugnis über den Krieg, das ich gelesen habe. Welcher andere Schriftsteller besitzt diese hohe Moral, diesen Gleichmut der Seele, diese Güte? Keine Gehässigkeit, auch nicht, wenn er über die Nazis spricht . . .» Das ist kurios, denn der ideologische Waffengang Ernst Jüngers spätestens seit der Weimarer Republik war bekannt. Thomas Mann hat ihn 1945 einen «geistigen Wegbereiter und eiskalten Genüssling des Barbarismus», also der Nazis, genannt.
Dass dem Autor in den letzten Jahren immer weniger Verachtung entgegengebracht wird, hat damit zu tun, dass man bei seinem Werk nicht nur das Moralische aus dem Ästhetischen ausblendet, sondern sogar einen Triumph der Form gegenüber dem Moralisieren feiert. Der Kulturwissenschafter Helmut Lethen hat zu produktiven Verständnisversuchen gegenüber dem allzeit Distanzierten aufgerufen und gemeint, man müsse die «Abgründigkeit seines Menschenbildes in unsere Anthropologie einbürgern».
«Perfect match» für die «spirituelle Interpenetration»
Was Banine in ihren Erinnerungen betreibt, ist eine Art deutsche Anthropologie, und hier hat die Angelegenheit tatsächlich oft etwas sehr Komisches. In der Beziehung zu Ernst Jünger sucht sie etwas, was sie wörtlich «spirituelle Interpenetration» nennt. Es geht eher um Geistiges als um Körperliches, und wenn ihr schon das Wort «Begattung» Grauen erzeugt, ist der in seinen Ganzkörperpanzer verpuppte, stets in Anzug oder Uniform gekleidete Geliebte etwas, was man heute als «perfect match» bezeichnen würde.
Ein Leben lang bleibt man selbst nach innigeren Umarmungen beim Sie, aber zumindest zwei Mal droht ein Abgrund des Echten. 1950 und 1951 macht Banine Ferien im südfranzösischen Küstenstädtchen Antibes. Ernst Jünger kommt sie besuchen. Er hält sich zumeist im oberen Stockwerk des Hauses auf oder geht allein schwimmen. An Banine zeigt er kaum Interesse. Einmal gibt es für ein paar Tage einen Ecce-Homo-Moment. «Sie zogen sich immer mehr aus, liessen sich gehen, zunächst materiell. Barfuss und oft mit nacktem Oberkörper, die Haare zerzaust, die schlecht sitzenden Shorts fielen auf Ihren Bauch zurück, Sie stanken nach Knoblauch.» Effendi Jünger lässt sich von der Freundin die Füsse massieren, aber er ist auch schnell wieder zurück in seiner alten Haltung des ehemaligen preussischen Besatzungsoffiziers.
Der Schriftsteller kann nicht klagen, Banine tut es dafür umso häufiger. Es stimmt nicht, wenn sie schreibt: «Meine Liebe war ‹nerve-proof›, also von höherer Qualität.» Jüngers Desinteresse stachelt ihre Liebe auf, und wenn sie so weit ist, die Sache zu beenden, bewegt er sich ein paar Schritte auf sie zu. In ihrer Konsistenz hat diese Choreografie etwas Enervierendes für den Leser, aber das Paar bleibt sich seltsamerweise bis zum Tod von Banine im Jahr 1992 treu. Bei jedem Paris-Besuch des Schriftstellers hofft die Verehrerin auf ein Treffen. Bei einer Feier zu Ernst Jüngers 90. Geburtstag im Neuen Schloss von Stuttgart im Jahr 1985 ist Banine mit dabei. Jeden Sonntag wird telefoniert.
Was Umm-el-Banine Assadoulaeffs Buch zeigt: Einer wie Ernst Jünger wird erst erträglich, wenn die Fallhöhe von seinem Pathos der Selbststilisierung in die Wirklichkeit ausreichend hoch ist. Das zeigt sich ausgerechnet bei einem Sturz von Banine. In Antibes hat sie einen Unfall mit dem Fahrrad, verletzt sich, es fliesst Blut. Der Autor von «In Stahlgewittern» steht daneben und weiss nicht, was tun. Er ist ausser sich. Banine schreibt: «Ich hätte nie gedacht, dass bei einem Mann Ihres Kalibers solch eine Verwirrung möglich wäre. Vier Jahre lang einen mörderischen Krieg geführt zu haben und beim Anblick einer vom Fahrrad gefallenen Frau so den Verstand zu verlieren?»
Banine: Liebe ist Dir verboten. Ernst Jünger und ich. Aufzeichnungen 1942–1991. Herausgegeben und aus dem Französischen übersetzt von Alexander Pschera. Friedenauer Presse, Berlin 2026. 300 S., Fr. 35.60.
March 4, 2026 (Today’s Summary)
WAR IN THE MIDDLE EAST
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Trump’s Lone Ranger Approach to Iran
Going to war without congressional or public consent makes a risky decision even more so.
https://www.wsj.com/opinion/trumps-lone-ranger-approach-to-iran-7705c9f3
The New York Times
We Are Finally Free From Khamenei’s Suffocating Gaze
Guest Essay by Azadeh Moaveni, an associate professor of journalism at New York University.
The face of Ayatollah Ali Khamenei has loomed over every significant milestone of my life — of everyone’s life — in Iran. The requisite photo of him that was hung in every public space, where people learned, worked, lunched, transacted, watched theater, saw art and visited the doctor, altered over the years. In my youth, in his middle age, his image was toothy and callow. As the years passed, his expression grew truculent, his beard gray. But he was always there, always watching.
You get the face you deserve, said Henri Cartier-Bresson. Ayatollah Khamenei never developed the fleshy, decayed look of Muammar el-Qaddafi or the hooded rage of Saddam Hussein. Age turned his image haughty and domineering, rather than mad and ravaged. Yet he outlived them, our seemingly immortal dictator, resisting every effort to oppose and resist him — at the ballot box, through elite maneuvering, through sly satire, through years of protests, first by varying segments of society and then increasingly most of them at the same time.
The permanence of his image signified the control of the regime. His baleful gaze insisted on its preservation at any cost, with a brutality thatcreated thousands of other images framed and placed in Iranian homes: remembrances of the citizens who protested and defied the system over the years and were killed by his coercive apparatus.
Now he is dead, killed by the American and Israeli military campaign underway. Will another face replace his and carry on a version of the same story, collapsing what is true and what is false? Will the regime elite reshuffle itself, dispense with the business of having a symbolic face at all and recalibrate in order to survive? This is the dreaded scenario, a riff on the outcome in Venezuela, in which a pragmatic regime figure assumes power and brokers a cease-fire with the United States, meeting Washington’s surrenderdemands in return for allowing the regime to carry on in some zombie form, its fundamental nature intact. Surviving at any cost was always worth it to the supreme leader, and this outcome would be his vindication.
The ayatollah peered over us during our most banal and our most intimate moments. He was on the wall when I married in a notary office and when I checked into the hospital to have my son. He was on the wall of the office where I received my first press card to report my first story in Iran.
It was July 1999, a decade into his supreme leadership. In the middle of a summer night, plainclothes police officers and militiamen raided a dormitory at the University of Tehran. Students earlier that day protested the closure of a reformist newspaper, and for that they were punished. The militiamen broke into their rooms, set their beds and belongings on fire and threw several of the students out of windows. Four were killed, and hundreds were wounded or detained.
Tehran erupted in protests; the streets smelled of burning tires. Ayatollah Khamenei pretended the violence had nothing to do with him. With his trademark faux magnanimity, he said the students must be dealt with patiently — even “if they set my picture on fire or tear it.” No one used to do that back then, but it was almost as if he anticipated that defacing his image or tearing it up would one day become commonplace.
One family of a student who died in that raid tried to bring his killers to justice. A judge considered the case and threw it out. The supreme leader’s face was on the wall of the courtroom.
His face stared at us from the walls of Iran during so many moments of dark injustice that his face became inseparable from the immorality of the regime. In the fall of 2021, after tens of thousands of Iranians had died of Covid, I accompanied an elderly relative to a vaccination center in Tehran to get a shot. At the start of the year Ayatollah Khamenei banned vaccines made in America and Britain, calling them “untrustworthy.” In the summer he posed for photographers at the same center supposedly receiving a locally made vaccine, unevidenced and produced by a conglomerate controlled by him. Some Western vaccines were eventually allowed in and reserved for the elderly. A nurse that fall at the vaccination center nodded at the ayatollah’s face on the wall and, shaking her head, told me she thought he had really gotten AstraZeneca’s shot.
Those who challenged him often died in mysterious and awful ways. Dissidents were hacked to death by assailants with machetes. In June 2009 his great political rival and fellow revolutionary Ali Akbar Hashemi Rafsanjani warned the supreme leader in a personal letter that he must accept change or “volcanoes fueled from burning hearts will emerge in society.” Mr. Rafsanjani quoted the 13th-century Persian poet Saadi at the letter’s end: “A stream of water can be diverted with a small shovel, but once it grows, even an elephant cannot stop its flow.”
The same month, believing the result of the presidential election to be fraudulent, a million Iranians poured into the streets. Many young protesters were arrested and taken to a detention center south of Tehran called Kahrizak, where many were tortured and some allegedly raped. Less than 10 years later, Mr. Rafsanjani was found floating in a pool, said to have suffered a heart attack while swimming. His bodyguards had apparently been away, and security cameras had been turned off.
His most despised adversaries — intellectuals and political rivals — bore his specific, spiteful rage. But thousands of people were killed in protests or imprisoned over the years, and just last month he oversaw the fastest, largest mass slaughter in modern Iranian history.
On Saturday, when I first saw the words “Ali Khamenei has been killed” flash on a television screen, I felt choked. The distance between that possibility and all the years of being gripped by fear of him could not be crossed. There was no relief in that first moment, just a flood of grief for all the suffering and the bleak inheritance he had left us. Then came an hour of uncertainty and frantic messaging: Are we sure? How can we be sure? What if it’s a feint? The hopeful among us saw confirmation in the pale, nervous stuttering of an Iranian government spokesman refusing to confirm the dictator was alive; the pessimists, wishing to avoid disappointment, held out until President Trump announced the death.
Released from the grip of life under Ayatollah Khamenei, tens of millions of Iranians — inside the country and out — will grasp at whole new ways to contemplate the future. The possibilities are precarious and depend, in part, on how the days ahead unfold. But for the first time in 47 years, there will be possibilities: for Iranians to consider how they want to be governed, as opposed to just thinking about what they don’t want; about how to articulate a new Iranian identity; and about how to relate to one another outside the logic of repression.
Even if the war carries on for weeks, even if Iran returns to talks after inflicting what damage it can on U.S. targets, its Arab neighbors and Israel, Iran’s fundamental crises remain: the economy on the brink of collapse and the state at open war with its citizenry. Any new dispensation will have to resolve people’s need to eat and survive and to reconcile their dreams of secular, accountable government.
There is a dignity in this pause and the chance to envision the path to a different kind of rule — whether it might wind through a transitional return to constitutional monarchy, a steppingstone to whatever system comes next, all prefaced by the need for gozaar, or moving beyond, from the failed Islamic model.
In the hours after news of the supreme leader’s death, satellite images of the blackened, bombed-out crater of his official residential and administrative compound surfaced. It was a sorrow to see, because it was the family residence of my close relatives many years ago. That districtof the city has been the seat of Iran’s rulers since the Qajar dynasty, which ruled from 1789 to 1925 — and a scene of caprice, lawlessness and confiscation for over a century. Reza Shah Pahlavi, the first Pahlavi monarch, expelled Qajar families from the quarter in the 1920s and expropriated their property, and the Islamic republic expelled and expropriated both the Pahlavi elites and what remained of the Qajar elites after the revolution in 1979.
Many Iranians today yearn for an idealized Iran of the past — an inclusive, less authoritarian, culturally flourishing Iran, wreathed in nostalgia for the glory of monarchy, with its imperial pomp and mirror mosaic palaces. It may be compelling to conjure the aesthetics of the distant past, of royal families who lived in graceful palaces, feted the world’s dignitaries and outperformed the whole region by every measure. The present is a time of corruption and impoverishment, with the currency effectively collapsed and millions of people unable to afford enough to eat. Recalling when it wasn’t that way is part of survival.
While many yearn for this idealized past, others, far fewer, are grieving what just ended and the patronage it secured them. With time, new divisions and contestations will emerge, as they always have in this large and diverse land, but they will take forms we cannot yet anticipate.
The reality of Iran’s past is the triumph of one dictatorship over another, forced secular authoritarianism, followed by forced Islamism. That is the destructive cycle that needs to be broken, the cycle of land grabbing and score settling, in which leaders are more concerned with erasing their predecessors than improving the lives of their citizens.
No one doubts that Iranians wish to build a better future. Doing that requires reconciling with the past, with each era’s follies, and refusing to repeat them.
https://www.nytimes.com/2026/03/04/opinion/iran-khamenei-dead.html
The Economist (Pay Wall)
Iran and the power of ideology: Why Ali Khamenei may have welcomed the nature of his death
The ideology of martyrdom could prolong Iran’s regime—and the war
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Israel Is Blowing Up Iran’s Police State to Clear the Way for a Revolt
Airstrikes have targeted organizations responsible for suppressing protests and cracking down on separatists; analysts are skeptical the strategy will work
The New York Times
The Coming Iranian Revolution
Guest Essay by Abbas Milani? director of Iranian studies at Stanford University and a fellow at the Hoover Institution.
To help understand how the Iranian people will react after the American and Israeli attacks end, it is important to realize that the 1979 Iranian revolution was no revolution at all. It was a cunning bait-and-switch game cleverly played by Ayatollah Ruhollah Khomeini, who put himself at the head of the movement.
The people of Iran wanted a revolution based on the idea of modern citizenship and a social contract, to bring democracy, freedom, independence and a republic, even an Islamic one but without clerical rule. Ayatollah Khomeini promised those ideas, giving Iranians and the Western powers what they were desperate to hear. In the end, what he orchestrated was a counterrevolution.
In a suburb of Paris, in the months before the overthrow of the shah, the ayatollah gave scores of interviews. He concealed his political ambition and suggested he would ultimately step back from governance, though in past writings he often espoused rule by the clergy. He even wrote a letter to President Jimmy Carter, asking him to defang the Iranian military and promising to keep Iran free of Soviet domination and the country’s oil on the markets.But all along, he was keen on clerical despotism and, as it soon became apparent, harbored deep resentments against the United States.
In another indication of his counterrevolutionary mode, many people in predominantly Shiite Iran believed that a reformed conception of Shiism was needed to make it amenable to modernity. But Ayatollah Khomeini, from his first major book in the 1940s and later as the supreme Shiite religious authority, insisted on keeping traditional rituals and dogmas, thus quashing the idea of modernizing Shiite Islam.
The romance of revolution, ignorance about Ayatollah Khomeini’s past writings and his pose as a defender of a liberal democratic polity in the months before the shah’s overthrow made the bait and switch work, albeit briefly. Iranians from all walks of life, Western leaders and many prominent intellectuals saw him as the flag bearer of Iran’s democratic aspirations.
Shortly after he came to power, a new Constitution came into force that was modeled on Ayatollah Khomeini’s 1970 magnum opus, “Islamic Government: Guardianship of the Jurist,” about the nature of an Islamic state. It posited that people are ontologically like sheep in a flock, unable to manage their own affairs and needful of a guardian — an idea reminiscent of Plato’s theory of a philosopher-king required to manage the affairs of the common people.
For Ayatollah Khomeini, it was not a philosopher that was needed but an expert in Shariah. As he assumed power, Islamic revolutionary courts led by an infamous hanging judge killed members of the old regime and then regime opponents in summary trials. The ayatollah imposed strict social constraints such as mandatory hijab for women. Not surprisingly, women, secular democrats, people on the left and ethnic minorities felt betrayed and began to fight back.
The history of Iran over the past 47 years has been, partly, the tale of the people trying to regain the rights they lost in that bait and switch. One recent scholarly study at the program in Iranian studies at Stanford shows, with granular detail, that from 2009 to 2024 there was one recorded demonstration every three days, on average, in Tehran alone.
In other words, the real revolution in Iran has been fought, battle by battle, over these nearly five decades. The Green Movement of 2009-10; the Woman, Life, Freedom uprising of 2022-23; and the defiance of over a million people who went to the streets less than two months ago and were murdered in the thousands by the regime are all fronts in this incremental revolution.
Iranian politicians and intellectuals — from Reza Shah Pahlavi, who ruled Iran from 1925 to 1941, to Ahmad Kasravi, a defiant and erudite intellectual who wrote, more than 80 years ago, a radical critique of Shiism — could never have made Iranian society as secular, as disdainful of dogma, as untrusting of the Shiite clergy as it is today.
This paradigmatic shift in public opinion is not just the result of the gradual grind of more than a century’s fight for democracy but also — even more crucially and perhaps paradoxically — the consequence of 47 years of despotic, dogmatic and misogynist clerical rule. Ayatollah Khomeini’s successor, Ayatollah Ali Khamenei, came to embody the apparently immovable power of divine dogma, particularly when fueled by petrodollars and propped up by brute force.
The most reliable polling on public opinion in Iran, by the Netherlands-based Group for Analyzing and Measuring Attitudes in Iran, indicates that fewer than 12 percent of Iranians support the Islamic republic’s status quo. The data was collected even before the government’s mass murder of citizens in January.
Now, with the deaths of Ayatollah Khamenei and about 40 other top political or military members, change is at hand, and the dominant question is who will rule Iran next. Given the history of the past few decades, this is the wrong question.
Despite Ayatollah Khomeini’s charisma and because of Ayatollah Khamenei’s brutality, most people in Iran are now convinced that what they bought in 1979 as a panacea for a corrupt, repressive monarchy was no better than snake oil. The right question today is: What are the ideas for democratic governance, for fixing the economy, for keeping centrifugal forces at bay and for maintaining sovereignty and good relations with the world around which Iranians (inside the country and out) can unite, and how can they do so in a way that will deliver Iran out of political paralysis and economic morass?
As the regime now tries to put its badly shaken structure back in order, some had hoped that it would use this opportunity to create a democratic opening, accepting the people’s political and human rights, and normalize relations with the world, particularly the United States.
The first major appointment, of Ahmad Vahidi as the commander of the Islamic Revolutionary Guards Corps, is not promising. It is not clear whether the appointment was ordained by Ayatollah Khamenei or imposed by the corps. Mr. Vahidi has served in many posts, including ministerial portfolios, and is directly implicated in the mass murder of demonstrators in 2022.
It’s not clear what role, if any, the new interim trio of officials in charge of Iran since the attacks had in the appointment. The trio is made up of President Masoud Pezeshkian; Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, the head of the judiciary; and Ayatollah Alireza Arafi, a member of the powerful 12-man Guardian Council. Ayatollah Arafi is among those often named as a possible successor to Ayatollah Khamenei, who had handpicked him to lead a global university network to promote Ayatollah Khamenei’s vision of Shiism.
The policies of the new leadership and the identity of the next supreme leader are unknown. The appointment of a hard-liner like Mr. Vahidi does not necessarily mean that the regime will choose the path of widening or prolonging the current war or even continuing in its practices of brutality or sponsoring terrorism. Even if the Revolutionary Guards and the regime try to continue the rigid and failed policies of Ayatollah Khamenei, the population is not likely to be satisfied with their continuation — politically, socially and, especially now, economically.
Ayatollah Khomeini dismissed the idea that there were economic roots for the 1979 revolution; the economy is for “donkeys,” he infamously said. The purpose of the revolution, he opined, was to create an Islamic Iran and pious Muslim men and women. Ayatollah Khamenei doubled down on the idea, making culture wars a key component of his strategy of control and repression.
But the economy is a clear source of constant threat to the regime, and the new secular women and men of Iran are unwilling to accept anything less than what they were initially promised before being deceived nearly half a century ago. The machinery of the regime may survive today. But the counterrevolution of yesteryear is begetting the revolution of tomorrow.
https://www.nytimes.com/2026/03/03/opinion/iran-revolution-khomeini-shah.html
The Jerusalem Post, Editorial
With Iran attacking the region, Israel has the chance to step out of the villain role
The Jerusalem Post calls on Israeli leaders to speak clearly to the region, in plain language that respects Arab nations even when their governments play both sides.
While much of the Jewish world marked Purim yesterday, Jerusalem is celebrating it today. The reason rests within Jewish law and memory. In antiquity, Jerusalem was a walled city, so it observes Purim on Adar 15, a day later than most communities in what Jews call Shushan Purim (Purim in walled cities).
Per the Book of Esther, Jews in Persia’s capital, Shushan, fought one more day, thus celebrated one day later. Jerusalem keeps that tradition alive, as if the city insists on living within the tale’s original rhythm.
One phrase from Purim captures the holiday’s spirit better than any military briefing. It is the term v’nahafoch hu, which suggests that all on this day is the opposite, all on this day is flipped upside down.
In the megillah, the plot reverses: The threatened become the defenders, the confident become the anxious, and the power dynamics turn upside down. Jerusalem reads that line in the scroll today with costumes in the street and, this year, with a war in the background.
The war has already delivered its own v’nahafoch hu.
Iran’s attacks on Gulf States backfire
Since the opening of the US-Israel strikes and the killing of Iran’s now ex-supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei, Tehran has attempted to transform the entire region into a pressure chamber.
It has fired missiles and drones well beyond Israel, aiming at Gulf states that host American forces and that depend on stability to survive. Reuters reported Iranian threats have targeted Qatar, the UAE, Bahrain, Kuwait, Saudi Arabia, and Oman, with the intention of raising the cost for Washington’s partners.
Yet the pressure has produced a different result. Instead of isolating Israel, Tehran has pushed elements within the Arab world into an uncomfortable alignment with Israel and the US, because Iranian missiles do not care about slogans. When one targets airports, ports, energy sites, and cities, one forces governments to pick defense over posture.
Take Qatar, for example. After Doha said it thwarted an Iranian attempt to strike Hamad International Airport and warned that attacks on civilian infrastructure would have consequences, reports surfaced on Tuesday that Qatar carried out strikes inside Iran. Qatar publicly pushed back on the framing, saying it is acting in self-defense and deterring further attacks, rather than joining a broader campaign.
Saudi Arabia sits in the same storm. Iranian strikes and Iran’s threats around maritime choke points have sharpened the kingdom’s incentives to react. Israeli reports suggested Saudi action might follow, and Reuters has described how Iran’s Gulf strikes may widen the war by pulling those states closer under Washington’s military umbrella.
Even Cyprus entered the picture, a reminder that Iranian proxies can widen a battlefield faster than diplomats can narrow it.
British sources and UK media reported a drone strike on the RAF Akrotiri military airbase in Cyprus, with suspicion falling on an Iranian-linked network.
This is the reversal that matters for Israel’s story. For years, too many in the public Arab discourse treated Israel as the region’s permanent villain, the convenient “demon” for every grievance.
Now, the region watches Israel fight alongside the world’s superpower against a regime that has threatened Israel, armed proxies, destabilized neighbors, and flirted openly with regional warfare. Reuters quoted Prime Minister Benjamin Netanyahu saying the war may take “some time,” and framing it as a campaign with broader consequences for the Middle East’s future.
The Jerusalem Post calls on Israeli leaders to speak clearly to the region, in plain language that respects Arab nations even when their governments play both sides. Iran fired at your cities, too. Iran threatened your shipping, too. Iran treated your stability as collateral. This is a fact.
That said, Jerusalem and Washington should define a realistic political agenda concerning Iran’s governing body. Because military brilliance without a credible “day after” becomes a loop. The goal cannot be an endless cycle of regional panic that burns interceptors, budgets, and patience.
The Islamic Republic’s regime is the enemy; the Iranian people are not the target. This will shape whatever comes next, including whether Iran’s future turns toward rebuilding or deeper radicalization.
Purim in Jerusalem always carries a double message: Jewish survival and Jewish responsibility. Jews celebrate because they survived. They also celebrate because Jews recognized the danger in time, organized, defended themselves, and refused to outsource their fate.
https://www.jpost.com/opinion/article-888719
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Iran and a New Middle East Alliance
Guest Essay by Mr. Refaeli is a senior fellow at the David Institute for Security Policy and host of the podcast “Journey Through Ideas.” He served as a policy assistant to Ron Dermer, a former Israeli strategic affairs minister, 2023-26.
https://www.wsj.com/opinion/iran-and-a-new-middle-east-alliance-738b96f6?mod=opinion_lead_pos5
The Economist (Pay Wall)
Iran and the region: Hizbullah, the reluctant proxy, strikes at Israel
But the group’s limited actions suggest that it does not want to be in a war that could finish it off
EUROPE AND THE WAR IN IRAN
Le Figaro
À Washington, Donald Trump chante les louanges de son «ami» Friedrich Merz
Le chancelier allemand, dont les convictions atlantistes sont chahutées par les soubresauts de la politique menée par Donald Trump, est le premier dirigeant à être reçu par le président américain depuis le début de la guerre en Iran.
Être le premier dirigeant étranger à rencontrer Donald Trump depuis le début de la guerre en Iran, qui s’est désormais transformée en un conflit régional incandescent : un défi de taille pour le «chancelier de l’extérieur» Friedrich Merz. Ce mardi 3 mars, le chef du gouvernement allemand avait rendez-vous avec le président américain à la Maison-Blanche, un déplacement prévu de longue date mais qui a évidemment pris une tournure très différente et une ampleur particulière au vu du contexte international.
Réunis dans le Bureau ovale, les deux hommes ont longuement répondu aux questions de la presse, Donald Trump monopolisant quasiment la parole, comme à son habitude. Le leader MAGA a chanté les louanges de Friedrich Merz avec lequel, a-t-il affirmé, il entretient une «très bonne relation». Il a salué son travail à la tête de l’Allemagne, le qualifiant d’«excellent dirigeant» et égratignant au passage l’ancienne chancelière «Angela» Merkel sur sa politique en matière d’«immigration» et d’«énergie». D’autres personnalités de premier plan, notamment le premier ministre britannique Keir Starmer et le maire de Londres Sadiq Khan, n’ont pas non plus été épargnées.
Revenant sur l’Iran, le président américain a affirmé qu’il «pensait» que la République islamique allait «attaquer en premier» et qu’il ne «voulait pas que ça arrive». Il a estimé que certaines nations européennes, dont l’Allemagne, avaient été «très aidantes», contrairement à d’autres – en premier lieu l’Espagne et le Royaume-Uni, dont il s’est dit déçu. Le chancelier a quant à lui déclaré qu’il soutenait les États-Unis et Israël dans leur volonté de se «débarrasser» de «ce terrible régime», se disant toutefois très attentif au «jour d’après». Au-delà de la situation au Moyen-Orient, les deux leaders ont notamment discuté de celle de l’Ukraine, a fait savoir Friedrich Merz à l’issue de la rencontre. «Nous voulons que ces guerres prennent fin», a-t-il insisté sur le réseau social X. «Les périodes difficiles exigent des partenariats solides», a-t-il également écrit, se disant «ravi» d’avoir revu Donald Trump.
«Je préfère le whisky à la vodka»
Le chancelier s’était rendu pour la première fois à Washington au début du mois de juin 2025, un voyage dont il s’était «bien sorti», estime une source diplomatique. La rencontre de ce mardi illustre à nouveau la relation cordiale qu’entretiennent les deux dirigeants, qui ne masque cependant pas le fait que la relation germano-américaine est fortement mise à l’épreuve depuis la réélection de Donald Trump. Les soubresauts de la politique menée par le président américain viennent en effet ébranler la tradition atlantiste d’une importante partie de la classe politique allemande, en particulier ouest-allemande, à laquelle appartient Friedrich Merz. Lors de sa «traversée du désert» politique, ce dernier a notamment été le président du conseil de surveillance de la filiale allemande de BlackRock, le géant américain de la gestion d’actifs.
«Le partenariat transatlantique a accompagné et marqué ma vie, ma vie professionnelle et aussi très concrètement ma vie politique. […] Malgré toutes les tensions politiques que nous connaissons, ce sont mes amis, ce sont nos amis», a d’ailleurs déclaré le septuagénaire au 38e congrès de la CDU à Stuttgart (Bade-Wurtemberg), le 20 février. Martelant que l’Allemagne «tendait la main pour renouveler le partenariat transatlantique», qu’elle ne comptait pas «abandonner», il a cependant ajouté que son pays était conscient qu’il lui fallait «désormais également prendre son destin en main» dans cette «ère des grandes puissances».
Une semaine plus tôt, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, le ministre président de la Bavière Markus Söder avait lui aussi témoigné de ce penchant transatlantique à travers une de ces saillies dont il a le secret. «Ma boisson préférée est bien sûr la bière blanche, mais en cas de doute, je préfère le whisky à la vodka», avait déclaré le chef de file de la CSU, «petite sœur» bavaroise de la CDU. «Cela correspond au style très léger que Markus Söder affectionne, notamment sur les réseaux sociaux, sourit Jacob Ross, chercheur analyste au Conseil allemand des relations étrangères (DGAP). Mais cette petite phrase est assez révélatrice de la manière de penser des leaders des partis conservateurs allemands.»
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la relation transatlantique est l’un des deux piliers de la politique étrangère de l’Allemagne, le deuxième étant l’intégration européenne. «Le jour de son élection, Friedrich Merz avait annoncé qu’une des priorités de son mandat serait de renforcer l’indépendance de l’Allemagne vis-à-vis des États-Unis. Mais la première est tellement dépendante des seconds que Berlin a préféré s’engager sur une voie médiane en affichant sa volonté de renforcer la souveraineté européenne tout en maintenant des liens très étroits avec Washington», poursuit Jacob Ross, de la DGAP.
Exercice d’équilibriste
Depuis son arrivée à la chancellerie en mai 2025, Friedrich Merz fait donc le dos rond, jouant la carte de la modération face aux outrances du chef de la galaxie MAGA et essayant de ne froisser ni ses voisins européens, ni son allié américain. Début janvier, il a ainsi fait preuve de retenue après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis. Trois semaines plus tard, lors de la séquence très tendue autour du devenir du Groenland, il s’est montré prudent tandis que d’autres dirigeants du Vieux Continent haussaient le ton. La reculade de Donald Trump sur ce sujet lui a finalement permis de maintenir ce délicat équilibre.
En février, à la suite d’une décision de la Cour suprême invalidant une large partie des droits de douane établis par Donald Trump, ce dernier a décidé de mettre en place une nouvelle surtaxe de 10%. Friedrich Merz a réagi en s’engageant à porter «une position européenne commune» sur le sujet lors de son déplacement à Washington. Un engagement réaffirmé lors d’une conférence de presse du gouvernement allemand le 27 février. Ce jour-là, un porte-parole de l’exécutif a en outre précisé que lors de la rencontre entre les deux hommes, «les discussions [porteraient] notamment sur des questions bilatérales, économiques et de politique de sécurité, sur la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et sur la situation au Proche-Orient».
Ce programme a évidemment été bouleversé par les frappes américaines et israéliennes en Iran. Annonçant le maintien de son voyage à Washington, le leader allemand a déclaré qu’il s’entretiendrait avec Donald Trump des «derniers développements au Moyen-Orient». «Ce n’est pas le moment de faire la leçon à nos alliés, mais de faire front commun», a ajouté celui qui a réaffirmé à multiples reprises ces derniers mois le soutien «immuable» de son pays à Israël. Dans un communiqué commun du groupe «E3», la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne se sont en outre déclarés prêts à des «actions défensives nécessaires et proportionnées».
Dernier épisode en date : lundi, après le discours du président français Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire à l’Île Longue, Paris et Berlin ont annoncé la mise en place d’un «groupe de pilotage nucléaire de haut niveau» visant à «renforcer leur coopération en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces». Et le tandem d’ajouter immédiatement : «Cette coopération franco-allemande viendra compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l’OTAN et les accords de partage nucléaire de l’OTAN, auxquels l’Allemagne contribue et continuera de contribuer». La «voie médiane», toujours.
Politico
Trump’s strikes on Iran pose a puzzle for Europe’s far right
From Paris to Berlin, party leaders face the uncomfortable choice of whether to back American and Israeli bombing — or remain faithful to their sovereignty-first principles.
PARIS — The U.S. and Israeli bombing of Iran is exposing a fault line at the heart of Europe’s far right.
Across the continent, leaders aligned with the MAGA agenda are being forced to choose between their anti-interventionist instincts and embracing an offensive against an Islamist regime they have long cast as a threat to Western security.
The escalation lays bare a long-standing contradiction within Europe’s nationalist parties. Many define themselves in opposition to what they describe as the Islamization of the Europe and see Israel as a natural ally. Yet they also campaign against what they portray as American imperial overreach and costly foreign entanglements.
At the same time, they fear a fresh Middle East conflict could destabilize the region and trigger new migration flows.
In France, the far-right National Rally — which is polling in first place ahead of a presidential election next year — had taken a principled stand against the U.S. intervention in Venezuela in January, casting the capture of the country’s leader Nicolás Maduro as a violation of national sovereignty.
The response to the U.S.-Israeli campaign in Iran has been far more cautious, erring on the side of supporting the strikes.
“We support the actions taken by the United States, even if, frankly, we do not like the unilateral aspect of them,” Sébastien Chenu, vice-president of France’s National Rally, said on Tuesday.
In recent months, the National Rally has sought to present itself as a staunch supporter of Israel, with its president Jordan Bardella casting the “Islamist threat” as a common enemy for France and Israel.
Bardella traveled to the country in a historic first last year, in a move widely seen as a way to further distance the party from the antisemitic and Holocaust-minimizing remarks of its late founder, Jean-Marie Le Pen.
French pivot
That positioning makes outright opposition to an offensive against a fundamentalist Islamist regime that has pledged to destroy Israel politically difficult.
Marine Le Pen, the party’s de facto leader, responded cautiously as the bombs began to fall. While campaigning for local elections on Saturday, she initially limited herself to noting the strikes, waiting until Sunday to issue a formal statement on X expressing solidarity with France’s allies in the region hit by Iranian counterstrikes. “France must meet the moment: alongside its allies and fully mobilized to protect its citizens,” she said.
Notably absent was any condemnation of the unilateral offensive against Iran — a sharp contrast with the forceful language she used after the U.S. operation in Venezuela just a month earlier.
“The sovereignty of states is never negotiable, regardless of their size, power, or continent,” she wrote at the time, in a statement that was widely praised across her party, which traditionally opposes what it sees as American imperialism. “To renounce this principle today for Venezuela, or for any other state, would be to accept our own servitude tomorrow.”
Seemingly aware of the bind, Bardella sought to strike a careful balance, stressing in a press release that any “legitimate and sustainable” regime change must come from the Iranian people. He quickly pivoted to the domestic impact of the conflict, urging the EU and the French government to shield citizens from an expected surge in energy prices.
Chenu on Tuesday sought to explain the apparent contradiction between the party’s stance on the Iran attacks and his party’s previous position on Venezuela.
“It is different here because there is imminent danger, because a nuclear [threat] is at stake and Israel is in a situation where they can be annihilated by Iran,” he said in the same radio interview.
German split
Across the Rhine, the issue has proved similarly delicate for the far-right Alternative for Germany (AfD).
The party’s co-leaders Alice Weidel and Tino Chrupalla expressed “great concern” over the attacks during the weekend, warning that “renewed destabilization of the Middle East” was “not in Germany’s interest” and “must be ended.”
That stance did not sit well with senior party figures who believe the offensive against Iran’s Islamist regime should be supported.
After the party leadership’s statement, AfD MP Andreas Bleck wrote in a Telegram group chat that he felt “not represented in terms of content” and that the party line needed to be clarified, reported Welt, which is a sister publication of POLITICO in the Axel Springer Group.
Others publicly voiced their dissent, accusing the party leadership of echoing calls for restraint coming from center-left figures such as former Foreign Minister Annalena Baerbock, a prominent member of the Green party.
The AfD, which is challenging the Christian Democrats as the country’s most popular party, has traditionally backed Israel. In recent months, however, that support has softened. Chrupalla has called for an end to German arms deliveries following civilian deaths in Gaza and for a broader reassessment of Berlin’s relationship with Israel.
The repositioning reflects the growing influence of a pro-Russian, anti-American wing rooted in eastern Germany, where the AfD is expected to perform strongly in upcoming regional elections.
Internal divisions
The timing is delicate. Both parties are riding high in the polls, with France’s National Rally leading ahead of next year’s presidential election and the AfD vying to become Germany’s dominant political force. A new international crisis risks exposing their internal divisions just as they seek to convince voters they are ready to govern.
Foreign policy has already proven a fault line, particularly over defense policy and the war in Ukraine — vulnerabilities their centrist opponents are eager to exploit.
France’s 2027 presidential election “will largely be decided on international matters,” Gaspard Gantzer, formerly a communications advisor with Socialist President François Hollande, said ahead of the attack on Iran. “One won’t want to send to the Elysée someone who can’t stand up to [Donald] Trump or Xi [Jinping].”
Not all European parties are so conflicted.
George Simion, leader of the Alliance for the Union of Romanians, told POLITICO: “In Iran, Venezuela and other places in the world the Trump administration is doing what is needed for the safety of the free world and democracy.”
Dutch far-right firebrand Geert Wilders on Sunday cheered the death of “Islamic Devil” Ali Khamenei, while Trump ally Nigel Farage slammed Prime Minister Keir Starmer’s response to the crisis as “pathetic,” criticizing his initial refusal to allow the U.S. access to U.K. bases for missions against Iran.
The difference in clarity was visible on Monday as Farage doubled down on his position in a press conference, saying Starmer’s slow decision-making threatens the U.K.’s “special relationship” with the U.S., and poses a “major threat to NATO.”
Bardella, by contrast, canceled a press conference meant to focus on local elections scheduled for the same day, citing the international situation.
He did not immediately announce a new date.
HISTORY
The Times of Israel
Let’s remember the extent of Khamenei’s evil
Iran didn’t just fund and arm Assad’s regime, it was a key part of the Syrian machine that murdered 500,000 Sunni Muslims, among many others
Something is being forgotten, or consciously repressed about Iran’s deeds under the leadership of ayatollah Khamenei. Especially among those many on the anti-Zionist left and the openly antisemitic Tucker Carlson/ Candace Owens-right, who spread the genocide libel against Israel in hopes of destroying it, while fiercely attacking the war against the Iranian regime. Iran, under Khamenei, is largely responsible for the actual genocide of half a million Sunni Muslims in Syria, as well as the displacement of several million others.
The erasure of Iran and Khamenei’s role in the genocide is evident not only at the crazy fringes, but in the mainstream press as well. The Washington Post’s obituary of Khamenei ignores it completely. In the New York Times’ obituary of Khamenei, his role in Syria is mentioned, but not connected with the mass murder of civilians. Instead, the NY Times writes that the ayatollah “sent militia forces into Syria to support President Bashar al-Assad against Western backed rebels and Sunni jihadists.”
Help for Assad against jihadis sounds reasonable. But the majority of Sunni Muslim deaths in Syria were civilians or political prisoners. According to a 2018 report by the Syrian Observatory for Human Rights, 104,000 political prisoners were executed in cold blood by the regime of Bashar al-Assad. In 2017, Amnesty International published a report that stated that between 2011 and 2015, the Syrian government had murdered an estimated 13,000 people, mostly civilians, at the Saydnaya military prison alone (the United States later discovered a crematorium just outside the prison that was used for burning the bodies).
What does this have to do with Iran? The Iranians were not just allied with Syria’s Assad — they were more like his big brother. Destroying the Sunnis in Syria was part of Iran’s master plan — hatched by General Qasem Soleimani, who was assassinated in January 2020 — for creating a Shiite arc that stretches from Iran through Lebanon. “Without us, Bashar would not have survived,” claimed Ali Akbar Velayati, the international affairs adviser to Iranian supreme leader Ali Khamenei, in November 2017.
The extent of Iran’s support for the murderous Assad regime bears out Velayati’s statement. Iran did not just fund and arm the Assad regime – they were boots on the ground, an essential part of the killing machine. In July 2012, I interviewed a Syrian commander who had fled to Jordan after being ordered to kill “5 percent” of the peaceful demonstrators against the Assad regime. He gave me documents ordering his troops and others to protect the Islamic Revolutionary Guard, Hezbollah, and other assorted Shiite fighters who were already in Syria at this early stage of the civil war. Iran sent regular army ground troops as well as the Islamic Revolutionary Guard Corps to fight for Assad. It funded and ordered the movement of thousands of Hezbollah troops into Syria from across the border in Lebanon. And it brought thousands more Shiite fighters, including Afghans, Iraqis and Pakistanis, into Syria – estimates range from 15 thousand to many more.
Even more importantly, Iran sent many of its top officers to command troops in Syria while the mass murder of Syrian civilians was going full force. Ten Iranian brigadier generals died in combat in Syria during eight years of fighting — a startling measure of the extent to which this genocidal war, in which 90 percent of civilian deaths are estimated to have been committed by pro-Assad forces — was prosecuted through an Iranian command. And since 2014 — after the Iran deal unfroze the country’s financial assets, Iran spent billions of dollars funding Syria’s war machine, changing the course of the war.
Ignoring Iran’s role in the Syrian genocide is convenient for those who wish to brand the United States’ and Israel’s attack on the regime as immoral and illegal. It is also an inconvenient truth for those spreading the genocide libel against Israel. Since Iran funded and armed Hamas, including throughout its long preparation for the October 7th attack, ignoring Iran’s critical role in the Syrian civil war serves the interests of those who wish to downplay Hamas’s genocidal ideology and that of its patron. The obsession with portraying Israel’s necessary war against Hamas as a genocide, an inevitable conclusion to Israel’s birth in sin as a “settler colonial state” practicing “apartheid,” might suffer or be upstaged. It might be harder to see Hamas’s genocidal ideology and mass murder of Israeli citizens as “resistance” if its patron, Iran, participated in a genocide of civilians many times larger than the Gaza casualty count. Israel’s legitimate fears, having witnessed a genocide right across its Northern border, might be better understood.
The extent of the Islamic regime’s evildoing must be remembered at this moment. It should steel our resolve to support the war until this regime is crushed, and the brave, long-suffering Iranian people can renew their sovereignty and their civilization
About the Author
Micha Odenheimer is a journalist, rabbi, and social entrepreneur. Micha founded the Israel Association or Ethiopian Jews, the first advocacy organization dedicated to changing absorption policies, and Tevel b’Tzedek, an Israeli organization working with impoverished subsistence farmers in the Global South. Micha has written for numerous publications, including Haaretz, the Washington Post, and the Jerusalem Report from Ethiopia, Somalia, Iraq, Burma, Bangladesh, Indonesia and other countries.
https://blogs.timesofisrael.com/lets-remember-the-extent-of-khameneis-evil/
INTERNATIONAL LAW
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Kolumne „Hanks Welt“: Gebrochene Regeln sind nicht das Problem
Ob Völkerrecht oder Wirtschaftsverträge: Regelmäßig werden Regeln missachtet. Das ist aber nicht der Grund, warum regelgeleitete Ordnungen an ihr Ende geraten.
Am 24. Februar 2022 hat Wladimir Putin die Ukraine überfallen. In der vergangenen Woche jährte sich dieses Datum zum vierten Mal. So viel derzeit von Frieden und Friedensgesprächen die Rede ist: Die Bilder, die wir täglich im Fernsehen zu Gesicht bekommen, sprechen eine andere Sprache.
Drei Tage nach dem Überfall, am 27. Februar 2022, hielt der damalige Bundeskanzler Olaf Scholz (SPD) eine Rede, die schon am selben Tag berühmt wurde. Die zentrale Stelle lautete: „Wir erleben eine Zeitenwende. Und das bedeutet: Die Welt danach ist nicht mehr dieselbe wie die Welt davor.“
Dass ein europäischer Staat einen anderen europäischen Staat angriff, hat es seit dem Zweiten Weltkrieg nicht mehr gegeben. Dass der Überfall „völkerrechtswidrig“ war, wird seither stets hinzugefügt. Putin selbst gab sich noch nicht einmal sonderlich Mühe, die kriegerische Aggression zu begründen.
Mal hieß es, in der Ukraine seien „Faschisten“ an der Macht, die man entmachten müsse. Mal sollte die russischstämmige Bevölkerung im Osten der Ukraine durch die „militärische Spezialoperation“ Russlands „befreit“ werden.
Regeln werden regelmäßig gebrochen
Doch in welchem Sinn stimmt die Behauptung einer „Zeitenwende“? Dass Staaten Regeln des Völkerrechts brechen, reicht zur Begründung nicht. Das passierte nicht zum ersten Mal. Besonders prominent für einen westlichen Regelbruch ist der von den Vereinigten Staaten geführte Krieg gegen den Irak im Jahre 2003, ohne ein aktuelles Mandat des UN-Sicherheitsrats. Die internationale Kritik war groß, weil dieser Einsatz gegen das Gewaltverbot der UN-Charta verstieß.
Die Begründung für den Angriff – das Regime verfüge über Massenvernichtungswaffen – war nicht minder erfunden als die Begründung, die Putin für die Aggression in Anspruch nahm. Doch sprach 2003 niemand von „Zeitenwende“ oder vom Bruch der „regelgeleiteten Weltordnung“.Auch internationale Wirtschaftsverträge werden regelmäßig gebrochen. „Das interessiert mich jetzt nicht“, nuschelte Bundeskanzler Gerhard Schröder, als er im Sommer 2002 nach einer Hochwasserkatastrophe den Vertrag von Maastricht brach, der ein maximales Haushaltsdefizit von drei Prozent vorschreibt. Es gab ein bisschen Gejaule, aber niemand stellte ein Ende der „regelgeleiteten Ordnung“ der Eurozone fest.
Das führt zur Grundsatzfrage: Was ist eigentlich eine Regel? Und was kann eine regelgeleitete Ordnung zu Fall bringen?
Es kommt auf die soziale Praxis an
Um die Frage zu beantworten, ist ein kleiner Ausflug in die Philosophie hilfreich. Genauer gesagt in das Spätwerk des österreichischen Philosophen Ludwig Wittgenstein (1889 bis 1951).
Man macht sich die Sache am ehesten klar, wenn man an ein Spiel denkt, etwa an ein Fußballspiel oder ein Schachspiel. Bestimmte Regeln – „Ein Tor zählt, wenn der Ball vollständig hinter der Linie ist“ oder „Der Läufer zieht diagonal“ – ergeben nur innerhalb einer bestimmten sozialen Praxis Sinn: Einmal ist diese Praxis das Fußballspiel, einmal das Schachspiel.
Im Schach gibt es kein Foul. Im Fußball gibt es keine Regel, wonach der Läufer stets diagonal zieht. Und jeder am Spiel Beteiligte weiß: Ein Foul wird vom Schiedsrichter mit einem Freistoß und womöglich mit einer Gelben Karte geahndet. Ein Schachspieler, der den Läufer nicht diagonal, sondern horizontal oder vertikal zieht, hat das Spiel verlassen. Was er macht, ergibt keinen Sinn.
Regeln leben davon, dass alle sie gebrauchen
Für Wittgenstein ist zentral: Einer Regel zu folgen, ist kein theoretisches Erkennen, sondern ein praktisches Beherrschen, vergleichbar mit dem Erlernen und Spielen eines Spiels. Regeln leben davon, dass alle Beteiligten sie gebrauchen, sie anerkennen und dadurch ihre gegenseitigen Erwartungen wechselseitig und dauerhaft stabilisieren.
Und, das ist das Wichtigste, dass der Bruch der Regeln sanktioniert wird (Elfmeter nach Foul innerhalb des eigenen Strafraums) und ihre Befolgung auch gegenüber den Mächtigen durchsetzbar ist. Für den Konfliktfall sind die Spieler übereingekommen, sich dem Urteil eines Schiedsrichters zu unterwerfen.
An alledem gebrach es aber nach dem 24. Februar 2022: Sanktionen des Westens gegen den russischen Aggressor wurden nur halbherzig durchgesetzt und von vielen Staaten (China, Indien) von Anfang an unterlaufen. Olaf Scholz, der deutsche Kanzler, war der Meinung, ein kompletter Stopp russischer Gaslieferungen sei den Deutschen nicht zuzumuten, denn es werde dann in deren Wohnungen empfindlich kalt werden. So half er mit, jene „Zeitenwende“ herbeizuführen, die er selbst zuvor konstatiert hat.
Regelbruch macht noch keine Zeitenwende
Selbst Staaten müssen sich an grundlegende Regeln halten, sogar im Krieg; für schwerste Verbrechen können Einzelpersonen auf Grundlage des Völkerstrafrechts in Den Haag persönlich zur Verantwortung gezogen werden. Doch nichts davon geschieht!
Merke: Dass Regeln gebrochen werden, ist noch keine Zeitenwende. Dass ihre Geltung nicht mehr durchgesetzt werden kann oder ihre Anerkennung nicht mehr sinnvoll erscheint, begründet die Zeitenwende. Dann wird nicht mehr nur um die Einhaltung einzelner Regeln gestritten – sondern der Wert von Regeln insgesamt wird bestritten.
Die USA unter Donald Trump (teilweise auch schon früher) ignorieren die Regeln der Welthandelsorganisation WTO und verhängen Zölle als wirtschaftliche und politische Waffe. Sie begründen den Regelbruch mit einer „Not- und Ausnahmesituation“. Paradoxerweise wird dadurch aus dem Ausnahmezustand ein Normalfall, der die Ordnung der Regeln dauerhaft außer Kraft setzt.
Das Spiel ist aus
Noch einmal: Nicht der Bruch der Regeln, sondern die dauerhafte Verweigerung ihrer Anerkennung von der Staatengemeinschaft definiert das Ende der regelgeleiteten Ordnung. Mit Wittgenstein müsste man sagen: Die Weltgemeinschaft – eine „Gemeinschaft“ ist es ja eigentlich längst nicht mehr – hat die Lust am Spiel verloren. Wie Schachspieler, die das Schachbrett umwerfen. Die Felder sind leer; die Figuren purzeln durcheinander. Das Spiel ist aus.
Gibt es ein neues Spiel? Und, wenn ja, wie sind die Regeln? Es macht die Unsicherheit unserer Zeit aus, dass das noch niemand sagen kann. Die Macht des Stärkeren, die Logik von Freund und Feind, der dauerhafte Ausnahmezustand – das alles kann man eigentlich kaum als ein regelgeleitetes Spiel bezeichnen. Falls doch, sind die Regeln archaisch. Willkürherrschaft und Günstlingswirtschaft machen die Welt unberechenbar, was abermals ein Zeichen von Regellosigkeit ist. Für die Einhaltung von Regeln braucht es einen Hegemonen oder eine Gemeinschaft, die sich darauf verpflichtet und sie glaubwürdig durchsetzt. Weder das eine noch das andere ist zu sehen.
THE MEDIA AND THE WAR
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Brace for Iran’s Misinformation Battle
Viral AI videos will become a front in the unfolding conflict.
IRAN AND UKRAINE
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Ukraine und Iran: Der Irankrieg stürzt Putin in ein Dilemma
Putin will Trump nicht verprellen. Trotz des Irankrieges hält er am Draht zu Washington fest. Die Ukraine ist ihm wichtiger. Kritik delegiert er nach unten.
Der Krieg gegen Iran nötigt Wladimir Putin eine Gratwanderung ab. Seine selbst gewählte Rolle als Vorkämpfer einer „neuen Weltordnung“, Sprecher eines „globalen Südens“ und vor allem als enger Partner Teherans zwingt den russischen Herrscher dazu, die Angriffe der Amerikaner und Israelis zu kritisieren. Zugleich will Putin weiterhin nicht riskieren, den amerikanischen Präsidenten zu verprellen. Auf Donald Trump setzt Putin trotz allem weiter große Hoffnungen, besonders mit Blick auf seinen eigenen Krieg gegen die Ukraine. Trump soll die Verteidiger dazu zwingen, den Invasoren Gebiete kampflos zu überlassen, die sie immer noch nicht erobern konnten.
Kurz vor Beginn der amerikanisch-israelischen Luftschläge am Samstagmorgen hat Moskau versucht, Washington dazu zu bringen, den Druck auf Kiew zu erhöhen: Weigere sich der ukrainische Präsident Wolodymyr Selenskyj, seine Truppen aus den weiter von ihnen gehaltenen Teilen des Donezker Gebiets abzuziehen, werde sich Russland wahrscheinlich von den Verhandlungen zurückziehen, zitierte die amerikanische Nachrichtenagentur Bloomberg „zwei Personen, die dem Kreml nahestehen“. So direkt war das zuvor nicht formuliert worden – Putin hält zwar an Maximalforderungen fest, gibt sich aber stets gesprächsbereit.
Putin beklagt Verletzung des Völkerrechts
Lange zog Putin aus seiner vermeintlichen Unkalkulierbarkeit Vorteile, jetzt hat ihm Trump darin den Rang abgelaufen und stellt Putin selbst vor ein Dilemma. Wie schon angesichts des amerikanischen Vorgehens gegen Venezuela, einen weiteren Partner Russlands, Anfang Januar sucht Putin nun sein Heil darin, scharfe Kritik nach unten zu delegieren, insbesondere an sein Außenministerium.
Doch der Krieg gegen Iran wiegt schwerer als Trumps Handstreich gegen Venezuela. Hatte Putin zur Gefangennahme von dessen Machthaber Nicolás Maduro schlicht geschwiegen, veröffentlichte der Kreml am Sonntag zur Tötung des iranischen Obersten Führers Ali Khamenei eine Kondolenzbotschaft Putins, die von einem „Mord“ und einer „zynischen Verletzung aller Normen der menschlichen Moral und des Völkerrechts“ sprach. Doch Putin vermied es, Trump zu beschuldigen oder überhaupt Täter zu nennen.
In Kreml-Mitteilungen über Telefonate, die Putin dann am Montag mit den Herrschern von Saudi-Arabien, Bahrain, Qatar und den Vereinigten Arabischen Emiraten führte, war durchgehend von einer „amerikanisch-israelischen Aggression gegen Iran“ die Rede. Aber hier muss Putin auf seine arabischen Partner am Golf Rücksicht nehmen. Deren „tiefe Besorgnis im Zusammenhang mit Angriffen auf ihre Infrastruktur“ will Putin nun laut seinem Sprecher der iranischen Führung übermitteln, wem genau, blieb unklar.
„Trump frisst Russlands Verbündete“
Zuvor sprach Dmitrij Peskow zwar von Russlands „tiefer Enttäuschung“ darüber, dass trotz „Informationen über einen substanziellen Fortschritt“ in den von Oman vermittelten Verhandlungen zwischen den USA und Iran „die Situation bis zur direkten Aggression degradiert“ sei, hob aber zugleich mit Blick auf den eigenen Krieg gegen die Ukraine hervor, dass man weiter die Vermittlungsbemühungen der USA „sehr schätzt“ und „Offenheit gegenüber diesen Verhandlungen bewahren“ werde.
Vor dem heimischen Publikum benutzt Putins Propagandaapparat den Krieg gegen Iran, um die selbst geschürten Erwartungen an Trump und damit an die Verhandlungen zum Ukrainekrieg zu dämpfen und zugleich das Bild Russlands als „belagerter Festung“ zu verfestigen. „Wir müssen jetzt aufwachen: Verhandlungen mit den USA enden immer mit Raketen auf die Hauptstadt“, kommentierte die Zeitung „Moskowskij Komsomolez“ den Angriff auf Iran, „Trump frisst Russlands Verbündete“.
Alle Gespräche seien bloß „Teil einer Militäroperation“ und sollten den Gegner in Sicherheit wiegen, sagte der Staatsfernseheinpeitscher Wladimir Solowjow in seiner Sonntagabendsendung. Amerikaner und Israelis begönnen den Krieg damit, zu versuchen, die militärische und politische Führung auszuschalten, Russland wage das nicht, sagte Solowjow und griff damit Klagen der sogenannten Z-Kriegsblogger auf, die mit Blick auf Khameneis Tod forderten, Selenskyjs Amtssitz anzugreifen, um ihn zu töten. Andere Stimmen erklären die angebliche „Zurückhaltung“ Putins in dieser Hinsicht mit dessen „Anstand“ und „Vernunft“.
Der exilrussische Politologe Alexandr Baunow hob nun hervor, Putins verhaltene Reaktion auf Trumps Militäraktionen charakterisiere ihn als „schwachen starken Mann“, der als schrankenloser Kraftprotz auftrete, es sich aber in Wirklichkeit nicht erlauben könne, „den amerikanischen Präsidenten, der seine Verbündeten vernichtet, verbal anzugehen“. Zugleich werfe die Beseitigung der iranischen Führung neuerlich die Frage auf, wer denn auf Putin folgen würde, sollte der „plötzlich ausscheiden“. Trump sehe Russland zwar nicht auf einer „Achse des Bösen“ mit Iran. Doch die geschwächte Legitimität autoritärer Regime sei die vielleicht wichtigste Bedrohung für deren Sicherheit, wenn ein solcher „nicht systemischer Akteur“ auftauche.
Mindestens kurzfristig verschafft der Krieg gegen Iran Putin aber auch Vorteile: Er lässt die Preise für Öl und Gas und damit auch Russlands Einnahmen aus dem Rohstoffgeschäft wieder steigen. Für den Verlauf des Angriffskriegs gegen die Ukraine, in dem Putin zuletzt Rückschläge hinnehmen musste, könnte es sich als noch wichtiger erweisen, dass die Vereinigten Staaten jetzt Flugabwehrraketen, die Kiew dringend benötigt und die mittlerweile europäische NATO-Länder bezahlen, selbst abfeuern, um iranische Raketen und Drohnen abzuwehren.
https://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/iran-krieg-putins-trump-dilemma-110847033.html
THE WAR IN UKRAINE
The New York Times
There Is Nothing Inevitable About a Russian Victory in Ukraine
Guest Essay By Lawrence Freedman, an emeritus professor of war studies at King’s College London. He wrote from London.
Before sunrise on Feb. 24, 2022, Russia invaded Ukraine from five directions. Moving quickly, it took swathes of territory in the south and east and quickly reached the outskirts of Kyiv, the capital, and Kharkiv, the second-largest city, in the northeast. The safest assumption then was that the country would be under Russian control in a matter of days.
Four years later, a Russian victory remains stubbornly elusive. Russia’s territorial gains are modest, and it controls no regional capitals. Its forces have been moving forward, but only just, and seem unable to exploit any breakthroughs. These meager results have been achieved at a cost of over 1.2 million Russian casualties since the start of the war, according to an estimate by the Center for International Strategic Studies, which called the numbers “extraordinary.”
There is nothing inevitable about a Russian victory in Ukraine. The narrative that Russia has, to quote President Trump, “all the cards,” and that Ukraine must make big territorial concessions in order to avoid even worse losses, has dominated negotiations so far. But at this point in the war, it’s fair to ask: If Russia has all the cards, why has it achieved so little? Why has its progress been so often frustrated by a much smaller army’s resilience and innovative tactics, as well as its own operational weaknesses?
Some of the first steps toward any durable peace agreement are to understand that a Russian victory is not inevitable, and to convince Russia of it. President Volodymyr Zelensky of Ukraine had said that the next round of trilateral talks between Ukraine, Russia and the United States would likely take place this week in Abu Dhabi, but the timing and location of that meeting are now in doubt because of the war in Iran.
Many of Russia’s failures in Ukraine have their roots in decisions made during the first days in February 2022, when Russian forces underestimated their opponents and advanced on too many axes at once. When what was supposed to be a quick push to take Kyiv stalled, supply lines became overextended and forward troops became so vulnerable to counterattacks that they had to be withdrawn. Those mistakes turned a short war into a long war.
By early 2024, Moscow seemed to have rallied, and was confident that it could win this long war. Ukraine had been shaken by a disappointing counteroffensive the previous year; it was short of troops and struggling with recruitment. Russia had no problems with recruitment thanks to large sign-up bonuses, and its economy, increasingly on a war footing, was booming — albeit unsustainably.
With Ukraine outnumbered and outgunned, and with the aid from the United States stalled in Congress, Russia embarked on an offensive that has yet to conclude. But instead of executing fast-moving blitzkriegs, Russia has made remarkably slow progress, and its casualty rate is staggeringly high. According to estimates, in the past year Russia suffered roughly 400,000 casualties, including killed, wounded and missing, to acquire around 0.8 percent of Ukrainian territory.
And here we are. Neither President Vladimir Putin’s core military or political objectives for his special military operation have been met. Ukraine retains its independence. And, rather than being demilitarized, it has one of the strongest, largest and most battle-hardened armies in Europe. NATO has expanded to include Sweden and Finland, and Germany is once again becoming a serious military power.
While Russia has been bogged down in Ukraine, it has become increasingly dependent on China and unable to help its Syrian, Venezuelan, Cuban and Iranian clients. Oil revenues have diminished, even with a rally this week, and the economy suffers from high interest rates, inflation and minimal growth. Given the vast gap between the initial objectives and what has been achieved, Mr. Putin has understandably tried to emphasize successes.Late last year, he claimed that the cities of Kupiansk, in the Kharkiv region, and Pokrovsk, in Donetsk, were under Russian control. Kupiansk has since been mostly liberated, and Ukrainian forces were still fighting in Pokrovsk — the fall of which had been described in various outlets as imminent since August 2024 — until January. And if Russia has now finally captured Pokrovsk, reduced to rubble and with its railway lines and roads no longer functional, its value is surely ambiguous. Mr. Putin’s army has squandered men and materiel merely to make his boasts come true.
While the battle has been underway Ukraine has built up a formidable defensive line to protect the so-called fortress belt of Kostyantynivka, Druzhkivka, Kramatorsk and Sloviansk, in Ukraine’s main industrial region. It is not surprising that Moscow demands that these cities be handed over without a fight in negotiations. It can have no confidence — even if the war lasted well into 2027 — that it would be able to take them.
It would be premature to call an offensive that is not yet over a failure — despite the meager gains, high costs and lack of momentum. But the basic feature of the front line, with troops easily spotted and eliminated, is that it is now extremely difficult to mount large-scale, fast-moving massed offensives. This is why Russian advances have largely depended on small-scale infiltrations on foot, bikes or buggies.
Mr. Putin has been ready to pay an extraordinarily heavy price to achieve his geopolitical ambitions. Perhaps that readiness is why whenever the question of whether Russia can keep the war going is posed, the answer invariably comes back that it can. In Moscow, it may not feel like a proper defeat until Russian troops are in full retreat.
Ukraine, of course, has suffered grievously in the last four years. In addition to its own heavy military losses, tens of thousands of civilians have been killed. Russian attacks on energy infrastructure left Ukrainians dealing with regular blackouts and insufficient heat throughout a harsh winter in which temperatures dropped to minus 4 degrees Fahrenheit. Even so, a majority of Ukrainians continue to oppose territorial concessions and are confident that they can impose ever higher costs on Russia, even if Ukraine lacks the means to liberate all its territory from Russian occupation for now. Ukrainian commanders have claimed that Russia has been unable to replace its frontline losses with new recruits in recent months, and have set a grisly target of inflicting 50,000 casualties a month to bring home to Moscow the costly futility of this war.
Russia has failed at much since it began its full-scale invasion in Ukraine, but it has had some success in creating the narrative that its victory in Ukraine is but a matter of time. The first step toward a durable peace is to defeat that narrative: However hard Russia tries and however much pain it inflicts, it cannot subjugate Ukraine.
https://www.nytimes.com/2026/03/04/opinion/ukraine-russia-negotiations.html
EUROPE’S DEFENSE
Neue Zürcher Zeitung
Warum der französische Nuklearschirm kein Garant für die deutsche Abschreckung sein kann
Paris wirbt für eine europäisch gedachte Abschreckung. Doch die Kontrolle über das Atomwaffenarsenal bleibt strikt national. Zudem stellt sich die Frage, wie sich die nächste Wahl in Frankreich auf die Beziehung der beiden Länder auswirken wird.
Frankreich will sein Atomwaffenarsenal ausbauen – und andere europäische Staaten wie Deutschland an Übungen beteiligen. Frankreichs Präsident Emmanuel Macron sagte am Montag sinngemäss, Frankreich müsse seine Abschreckung auf europäischer Ebene denken, zu einer «fortgeschrittenen Abschreckung» finden. Eine strategische Autonomie Europas sei das Gebot der Stunde.
Neben Deutschland hätten unter anderem Griechenland, Belgien, die Niederlande und Polen Interesse daran, gemeinsam mit den Franzosen an Übungen zur nuklearen Abschreckung teilzunehmen. Der deutsche Kanzler Friedrich Merz meinte vor kurzem, auch deutsche Kampfflugzeuge könnten mit französischen Atomwaffen bestückt werden – von französischer Seite gab es dazu bisher keine Bestätigung. Vertieft werden soll die Zusammenarbeit jedenfalls: Frankreich und Deutschland wollen eine «Nuklear-Steuerungsgruppe» einrichten, die Bundeswehr soll an französischen Nuklearübungen teilnehmen. Entsteht hier ein nuklearer Schutzschild, der Europa sicherheitspolitisch von den USA unabhängiger macht?
Stärkere Kooperation angedacht
So einfach ist die Sache nicht. Zum einen gilt das französische Atomwaffenarsenal als das Herzstück unabhängiger französischer Verteidigung. Weder ist sie in die Nato-Strukturen eingebunden, noch sollen irgendwelche anderen Staaten sich daran finanziell beteiligen. Französische Atomwaffen sollen – zumindest bislang – auch nur von französischen Kampfflugzeugen oder U-Booten aus abgefeuert werden, den Einsatz darf ausschliesslich der französische Präsident bewilligen.
Inwiefern Deutschland von der französischen Initiative profitieren wird, bleibt offen. Auch wenn Merz als erster deutscher Regierungschef grundsätzlich nicht von mehr Kooperation in diesem Bereich abgeneigt ist. Denkbar wäre, dass die beiden Staaten neben gemeinsamen Übungen Frühwarnsysteme, Radar- und Aufklärungsdaten stärker synchronisieren und Kooperationen in puncto konventioneller Luftverteidigung ausbauen. Angesichts der zunehmenden globalen Bedrohungen kein unwesentlicher Schritt.
Ausbildung am F-35
Zudem ist Deutschland nach wie vor in die nukleare Teilhabe der Nato eingebunden, unter Führung der USA. Sollte Washington im absoluten Ernstfall nach Entscheidung des Nordatlantikrats einen Atomschlag autorisieren, könnten deutsche Tornado-Jets mit amerikanischen Atombomben aufsteigen und diese zum Einsatz bringen.
Etwa einhundert atomare Sprengköpfe aus den USA sind in einigen Staaten Europas stationiert und werden derzeit modernisiert. Ein Zeichen dafür, dass die Vereinigten Staaten ihre Atomwaffenarsenale so rasch nicht aus Europa abziehen dürften. In den kommenden Jahren sollen die neuen F-35A die Aufgabe der veralteten Tornados übernehmen. Dieses Jahr werden erste deutsche Kampfpiloten in den USA an diesen Kampfjets ausgebildet, 2027 soll das erste Flugzeug geliefert werden.
Kampfjets sind auch in puncto französischer Abschreckung für Deutschland ein heikles Thema: Das Projekt Future Combat Air System (FCAS) steht auf der Kippe. FCAS sollte ursprünglich ein von Deutschland, Frankreich und Spanien entwickeltes System sein – bestehend aus einem bemannten Kampfjet und unbemannten Begleitdrohnen.
Meinungsverschiedenheiten zwischen Paris und Berlin
Ausgerechnet dieser Jet soll – zumindest aus Macrons Sicht – fähig sein, mit französischen Atomwaffen bestückt zu werden. Hier habe man unterschiedliche Vorstellungen, hiess es von Merz Ende Januar. Paris und Berlin haben unterschiedliche strategische Anforderungen.
Generell – so nicht wenige sicherheitspolitische Beobachter – verstelle eine Debatte über eine nukleare Teilhabe Deutschlands den Blick auf andere, viel dringlichere Punkte der militärischen Landesverteidigung. Die öffentliche Diskussion könnte sich bald auf die Frage beschränken, warum man teure Streitkräfte benötige, wenn die Atombombe sowieso Abschreckung genug sei.
Ein Atomschlag ist jedoch stets die Ultima Ratio. Selbst Russland, das in seinem Krieg gegen die Ukraine immer wieder mit dem Einsatz von Atomwaffen gedroht hat, beliess es stets bei dieser Doktrin. Zu hoch wäre das Eskalationspotenzial bei einem tatsächlichen Einsatz. Nach wie vor – auch in der multipolaren Welt, die sich gerade herausbildet – gelten Grundsätze der Verhältnismässigkeit. Hier kommt hinzu, dass Frankreich über keine taktischen Atomwaffen verfügt, deren Sprengkraft etwas geringer wäre als jene der etwa 290 strategischen Atomwaffen im Besitz des Landes.
Auch wenn die Unterteilung in taktische und strategische Kernwaffen schwammig ist: Die amerikanischen B61-Bomben, die in Europa stationiert sind, beginnen bei 0,3 Kilotonnen TNT-Äquivalent. Die «leichtesten» französischen Waffen sollen bei etwa 100 liegen. Zum Vergleich: Die Atombombe von Hiroshima besass eine Sprengkraft von etwa 14 Kilotonnen.
Keine Sicherheitsgarantie
Sprich: Selbst im Falle einer nuklearen Eskalation könnte der französische Schutzschirm nur auf einer Ebene beginnen, die wenig Spielraum liesse. Darin liegt auch die Stärke der französischen Abschreckung. Dennoch bleibt fraglich, ob dieses Konzept auch für andere europäische Staaten gilt. Vor allem, da eine Einsatzentscheidung definitiv in Paris liegen würde, Deutschland keine eigenständige Handhabe hätte. Eine wahre Sicherheitsgarantie ist das nicht.
Und so benötigt die Bundeswehr zuallererst ausreichende konventionelle Kräfte, die in der Lage sind, andere Akteure abzuschrecken. Eine Atombombe ersetzt weder Luftverteidigung noch Artillerie, Logistik oder Personal. All das ist zwingend notwendig – mit oder ohne deutsche Teilhabe an einem französischen Nuklearschirm.
Zudem könnte Frankreich ab kommendem Jahr vom Präsidenten einer Partei regiert werden, die kein Interesse daran hat, die nukleare Abschreckung Frankreichs anderen europäischen Staaten zur Verfügung zu stellen.
FRENCH POLITICS
Contrepoints
La France Insurrectionnelle de Mathilde Panot
D’un antilibéralisme pathologique, le parti néocommuniste de Jean-Luc Mélenchon ne masque même plus son antidémocratisme et son antirépublicanisme.
Présidente d’un groupe parlementaire, Mathilde Panot devrait être soumise à un certain nombre de principes constitutionnels, à commencer par le respect de la démocratie et de la République et ce, conformément à l’article 1er de notre Constitution. Mais, il semble que chez les LFIstes, la lutte contre le « fascisme », qui, rappelons-le, a disparu de la planète en 1945, excuse tout.
A preuve les mots lunaires de Mathilde Panot le 21 février qui n’ont pas assez retenu l’attention compte tenu sans doute des incongruités et autres énormités proférées chaque semaine par les parlementaires de ce mouvement d’extrême gauche (pardon : de « gauche radicale », dixit Jean-Luc) :
« L’antifascisme, c’est d’abord la résistance au fascisme. Nous n’accepterons jamais dans notre pays que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen entourée de tous ces groupuscules d’extrême droite qui pullulent autour d’elle ! »*
Au-delà du style flaubertien de la fin de la phrase, ces mots sonnent à l’évidence comme un appel à l’insurrection dans le cas où les Français avaient majoritairement l’idée saugrenue de ne pas voter en faveur du très sympathique Lider Minimo lors de la prochaine élection présidentielle.
Pourtant, cette interprétation, reprise sur la chaîne (fasciste ?) CNews, n’a pas eu l’heur de plaire à la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, elle qui a écrit dans une publication sur X saisir l’Arcom (l’instance de « régulation » de l’audiovisuel à l’efficacité légendaire) en assurant : « C’est par les urnes que nous battrons l’extrême droite ».
De manière générale, devant l’océan d’inculture LFIste, devant la subversion permanente des mots, on se demande toujours si ce type de déclaration est ou non volontaire. Mais il y a un bon test à faire pour vérifier l’hypothèse de Mathilde Panot. Supposons un instant que ces deux phrases du 21 février aient été prononcées par un « fasciste », Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Que pensez-vous qu’il lui serait arrivé médiatiquement et politiquement ?
En tout cas, cela n’a pas eu pour effet de briser la confiance des militants de LFI puisque 2.000 personnes étaient présentes à Lyon le 26 avril pour applaudir les élucubrations de Jean-Luc Mélenchon. Et que 12 Français sur 100 entendent encore voter en sa faveur !
https://contrepoints.org/la-france-insurrectionnelle-de-mathilde-panot/
Neue Zürcher Zeitung
Der eingebildete Faschismus
Von Pascal Bruckner ist Philosoph und Schriftsteller. Er lebt in Paris. – Übersetzt aus dem Französischen.
Rechte und linke Politiker beschwören in Frankreich die Vergangenheit. Sie versuchen damit bloss, den eigenen Extremismus zu legitimieren.
Bertolt Brecht verfasste einen Aphorismus zum Ende des Zweiten Weltkriegs: «Der Schoss ist fruchtbar noch, aus dem das kroch.» Mit dem «Schoss» meinte der Dramatiker den Kapitalismus, der ihm den Nationalsozialismus so sicher in sich zu tragen schien wie die Wolke den Sturm. Jeder, der sich dem Sozialismus widersetzte, war für ihn deshalb ein potenzieller Nazi.
Diese Pseudowachsamkeit wird bis heute missbraucht, um politische Gegner und Kritiker zu dämonisieren. So hat Sophia Chikirou, die Lebensgefährtin des Linkspopulisten Jean-Luc Mélenchon, die gerade für das Amt des Pariser Bürgermeisters kandidiert, jüngst Journalisten als «kleine Nazis» bezeichnet. «Wir haben genug von den Lakaien der Faschisten in den Fernsehstudios», schrie sie während einer Medienkonferenz.
Offenbar erträgt sie es schlecht, wenn Journalisten ihre Partei La France insoumise dafür zur Rechenschaft ziehen, dass sie komplizenhaft zur Jeune Garde hält. Jener ultralinken Miliz, die in Lyon am 12. Februar den 23-jährigen Nationalisten Quentin Deranque zu Tode geprügelt hat.
Nur die Bezeichnung «Faschist» kann noch richtig verletzen
Am Tag nach dem Verbrechen erschien im «Figaro» ein Leitartikel über den Fall, in dem die Täter als «Faschisten des Antifaschismus» bezeichnet wurden; das jugendliche Opfer aber wurde als Märtyrer der Meinungsfreiheit dargestellt. Das zeigt die Falle, in der wir uns befinden: Jeder beschimpft den anderen im Namen der «braunen Pest», die seit 1945 immer dann wiederbelebt wird, wenn es den politischen Gegner zu disqualifizieren gilt. Der Begriff Faschismus dient so nicht mehr der politischen Analyse, sondern der sektiererischen Verdammung.
Faschismus ist offenbar der Begriff mit der grössten beleidigenden Wirkung. «Stalinismus» hat im Vergleich etwas Veraltetes, trotz den Millionen Toten, die Stalins Regime mit sich brachte. 1968 war es dagegen noch normal, dass Daniel Cohn-Bendit den Schriftsteller Louis Aragon als «stalinistischen Mistkerl» bezeichnete. Und «Totalitarismus»? Jüngere Generationen, denen die historischen Bezüge fehlen, verstehen das kaum mehr. Nur die Bezeichnung «Faschist» kann noch richtig verletzen. Deshalb sprechen Linke gerne von «Faschismus» im Zusammenhang mit allen, die nicht auf ihrer Seite stehen.
Denn das kollektive Gedächtnis hat entschieden. Der Nationalsozialismus gewinnt den Preis für das grösstmögliche Böse. Der Kommunismus hingegen geniesst trotz ähnlich barbarischen Verbrechen mildernde Umstände. Weil er angeblich die Ausbeutung des Menschen durch den Menschen zu beenden beabsichtigte. Und wer den Kommunismus verurteilt, wird schnell verdächtigt, den Faschismus zu entschuldigen. Wer den Faschismus verurteilt, weckt in selteneren Fällen auch das Misstrauen, dem Stalinismus gegenüber zu nachsichtig zu sein. Der Gulag bleibt jedoch der tote Winkel des Totalitarismus.
So bildet sich eine theoretische Sackgasse auch für jene, die die beiden Systeme, bei denen es sich tatsächlich um mimetische Zwillinge handelte, gleichermassen ablehnen.
Möglicherweise hat Russlands Krieg gegen die Ukraine, der offiziell als Kampf gegen «LGBT-Nazis» erklärt wird, unser Interesse an der totalitären Vergangenheit nochmals verstärkt. Wenn Putin Geister der Vergangenheit beschwört, um ein neues Verbrechen zu begehen, handelt es sich dabei tatsächlich um ein wiederkehrendes politisches Verfahren.
Die letzten Anhänger des «Dritten Reiches»
Der Faschismus war eine bestimmte Art, das Erbe der Moderne abzulehnen, Hass auf Fremde und auf andere Kulturen zu schüren, den Vorrang der Nation vor dem Individuum zu behaupten. So hat auch das Gespenst des Faschismus verschiedene Gesichter. Man kann es im Namen der Rasse, der Klasse, des wahren Gottes oder der Nation bekämpfen – und sich in der eigenen Grausamkeit auf Tyranneien der Vergangenheit berufen.
So beschwören die Schlägertrupps der Jeune Garde eine schreckliche faschistische Bedrohung herauf, die es nicht gibt. Denn bei den letzten Nostalgikern des «Dritten Reiches» in Frankreich handelt es sich um eine knappe Hundertschaft, die mit gleicher Leidenschaft die traditionelle republikanische Rechte verabscheut wie das Rassemblement national von Marine Le Pen und Jordan Bardella. Das aber spielt für die militante Splittergruppe um Raphaël Arnault, den Abgeordneten der France insoumise und Mitgründer der Jeune Garde, keine Rolle: Für sie sind alle, die rechts stehen, potenziell faschistisch.
Die Lynchjustiz gegen Quentin Deranque scheint eine Tragödie der Nachahmung zu sein: Verfeindete Gruppen bekämpfen sich mit einer umso grösseren Heftigkeit, je ähnlicher sie sich sind. Die sogenannten Antifaschisten sind in ihrer Methode Abbilder jener Feinde, die sie als «Faschisten» bezeichnen.
In diesem Duell gibt es ein interessantes Hin und Her, was den Antisemitismus betrifft. Während das Rassemblement national das antisemitische Erbe der extremen Rechten abzulegen versucht, ist der Antisemitismus gerade en bloc auf La France insoumise übergegangen. Wobei die Partei ihn offiziell in Antizionismus umbenannt hat. So erweist sich nun Jean-Luc Mélenchon als direkter Erbe von Jean-Marie Le Pen.
Der linke Populist verabscheut die Juden im Namen der palästinensischen Sache und greift dabei auf das gesamte Arsenal der klassischen Judenfeindlichkeit zurück, die die Juden als Volk der Gottesmörder imaginiert, als Herrscher der internationalen Finanzwelt, als Anstifter einer weltweiten Verschwörung.
Es ist nicht verwunderlich, dass sich die alte Garde des französischen Antisemitismus hinter Jean-Luc Mélenchon versammelt hat – vom Holocaustleugner Alain Soral (selbst ein ehemaliger Kommunist) über den Komiker Dieudonné bis hin zur Politaktivistin Houria Bouteldja. So gibt es in Frankreich heute gleichsam zwei Extreme: das Rassemblement national, das versucht, sein Image zu glätten, und die «Insoumis», die die Ablehnung der Aufklärung und die Faszination für Autoritarismus mit Antizionismus verbrämen.
Putin, der heimliche Meister der linken und rechten Radikalen
«Wenn der Faschismus wiederkehrt, wird er nicht sagen: ‹Ich bin der Faschismus.› Nein, er wird sagen: ‹Ich bin der Antifaschismus.›» Dieses Zitat, dem italienischen Schriftsteller Ignazio Silone zugeschrieben, erklärt die Nähe der Extremisten, die sich einig sind in der Überzeugung, sich gegenseitig zu hassen. Zwar unterscheiden sich das Rassemblement national und La France insoumise in ihrem Programm: Die eine Bewegung steht der Einwanderung und dem Islam feindlich gegenüber, die andere bekämpft «Islamophobie» und meint damit Kritik nicht nur am Islam, sondern auch am Islamismus. Faktisch unterstützt sie die Hamas und das Iran der Mullahs.
Den beiden Lagern gemein sind jedoch die Abneigung gegen Europa, die Ablehnung des politischen «Systems» und die Bewunderung für Wladimir Putin, ihren heimlichen Meister. Im Europäischen Parlament haben beide Parteien im Namen des Friedens gegen die Hilfe für die Ukraine gestimmt. Der Kremlchef, der die Hamas, den Hizbullah und Teheran unterstützt, hat in Frankreich somit zwei Handlanger: Linke und rechte Extremisten sind von der Macht des neuen Zaren fasziniert.
Um der tragischen Wahl zwischen der Pest eines Jean-Luc Mélenchon und der Cholera eines Jordan Bardella zu entgehen, bleibt Frankreich noch knapp ein Jahr. So ist zu hoffen, dass sich noch ein politischer Impfstoff mit Breitenwirkung finden lässt. – Den Begriff «Faschismus» aber überlässt man besser den Historikern.
SOCIETY
The New York Times
The Reason Gen Z Isn’t Dating
Guest Essay By Christine Emba, a contributing Opinion writer and the author of “Rethinking Sex: A Provocation.”
At least incels cared about getting with the opposite sex.
The mostly male, mostly heterosexual looksmaxxers — those who have come to dominate social media with their brainrotted vernacular and impenetrably captioned video clips — seem to have dispensed with relationships entirely.
In the late 1990s, self-defined involuntary celibates cared enough about love to define themselves by their lack thereof. They bemoaned the fact that their looks, they felt, prevented them from entering into romantic and sexual relationships.
Earnestness doesn’t last long on the internet.
Today’s looksmaxxers — next-gen incels schooled in Trump-era nihilism, undersocialized because of Covid-19 lockdowns and radicalized by the manosphere — are obsessed with improving their physical appearance through any means necessary. They speak of aesthetics as destiny and attractiveness (ranked, codified and debated in extreme specificity) as the measure of human worth.
Braden Peters, the 20-year-old streamer known as Clavicular, has become the movement’s breakout star. He claims to have started injecting steroids at age 14 to improve his physique, has dabbled in crystal meth to suppress his appetite and promotes the technique of hitting oneself in the face with a hammer (it’s called bonesmashing in the looksmaxxer lexicon, and there’s video of him engaging in it) to heighten cheekbones and create a sharper jawline.
But to what end? In one filmed rant, Clavicular described his life as “hell” but said he had to looksmaxx in order to “deal with the burden that women in today’s hypergamous dating market” had put on him. More recently, he confessed to The Times that knowing he could have sex with a woman was perhaps better than the deed itself. “It’s a big time saver,” he said. You could be forgiven for wondering whether looksmaxxers are obsessed with the opposite sex or scared of them.
In their focus on the self and detachment from real experiences, looksmaxxers intensify Gen Z’s generation’s approach to romance — or the lack thereof.
This generation came of age as the social environment fractured and courtship norms broke down — an environment that made sex scary and unappealing, dating hard to parse and substitutes for intimacy readily available. For many, online porn was an early introduction to sex, setting emotional detachment and gender antagonism as a standard. The #MeToo moment, for all its necessity, seeded widespread anxiety among young men and women both. Covid-enforced social isolation in their formative years made practicing real-world relationship skills (romantic and otherwise) nearly impossible, and the rise of dating apps made sure that Gen Z-ers continued to view all romantic possibilities through the filter of the smartphone screen, even if they might have preferred otherwise.
Parents played a role, too, pushing their children to prioritize education and achievement while neglecting to advise on love. And online, where they spent an ever-increasing share of their time, rage-bait relationship content and polarized dating “advice” filled the gap. Influencers on TikTok, Instagram, YouTube and streaming sites (like Kick, where Clavicular brings in more than $100,000 a month) dispense warnings about bops (those with many sexual partners), exegesis on the importance of body count (the number of people someone has slept with) and the dangers of simping (being excessively attentive or submissive to an uninterested love object), constructing entirely new categories by which to sort and judge potential mates.
Layer on top of all this a broader feeling of precariousness and anxiety about the future and their place in it when traditional paths to stability and status seem to be slipping away. By this logic, it makes more sense to turn inward than to make oneself vulnerable, to nihilistically maxx rather than actually encounter the other.
In men, that begins to look like onanistic self-optimization as a means of taking control and a fear-based avoidance of the opposite sex that presents as resentfulness and misogyny. Women are demeaned as mercenary foids (short for “female humanoids,” in looksmaxxer parlance) — better insulted than engaged with.
And women, for their part, are moving away from the corporeal entirely, celebrating yearning rather than in-person relationships, decentering men and solo-romanticizing their own lives. It’s a tendency that made “Wuthering Heights,” Emerald Fennell’s smutty fanfic interpretation of the classic romantic novel, a Valentine’s weekend blockbuster. It’s not a movie to watch with a date. As the review site Vulture put it, “Masturbation on the Moors for the Win.”
In the most recent issue of The Point magazine, the Gen Z writer Mana Afsari recounted meeting right-of-center men with this mind-set in the wild, at a party in Washington, D.C. “They’ve had all summer to pursue opportunities in real life, but the forms of gender-specific discourse that had given them consolation were more gratifying, or familiar, than the opportunity to encounter real and receptive women. Instead, they talked about the abstract women, archetypes they’d read about online, who would always hurt them.”
She continues, “Instead of clarifying standards, raising our aspirations or giving us expectations of dignity in love, the online discourse has built upon decades of gender wars to leave Gen Z-ers largely alien to each other, afraid and alone.”
Multiple studies show that young people aren’t dating, having sex or formingpartnerships. A recent survey of young adults from the Institute for Family Studies and Brigham Young University’s Wheatley Institute found that only 30 percent of its respondents were actively dating, despite about half of them indicating that they were interested in finding a relationship. They cited a lack of confidence in what the researchers termed “dating efficacy”: Fewer than 40 percent believed themselves to be attractive to potential partners or felt comfortable discussing their feelings with them. Only around a quarter felt confident in approaching a potential partner or in their ability to stay positive after a dating setback — a rejection, a bad date or a breakup. If trends continue, one in three adults currently in their 20s will never marry, contributing to an epidemic of loneliness that is already generationally acute.
For younger adults, romance has turned into something to be debated, theorized and optimized for but not actually engaged in. As Gen Z retreats into itself while pretending to focus on the other, the delta between the sexes grows wider.
https://www.nytimes.com/2026/03/03/opinion/gen-z-dating-clavicular.html
ISLAM AND BUSINESS
Neue Zürcher Zeitung
Ramadan und McDonald’s: Wenn sich woker Kapitalismus und freiheitsfeindliche Muslime einig sind
Der Islam wird sichtbarer in Deutschland. In vielen Fällen ist das kein Problem – in manchen aber schon. Und das liegt nicht nur an den Muslimen.
Ramadan-Beleuchtung in Frankfurt, Köln und Freiburg, «Nasch-Halal»-Werbung der Süsswarenfirma Katjes auf Arabisch, öffentliches Fastenbrechen in Innenstädten: Der Islam in Deutschland wird sichtbarer.
Das kann angesichts des wachsenden muslimischen Bevölkerungsanteils gar nicht anders sein. Und dass Unternehmen Muslime als Zielgruppe entdecken, ist nicht zu beanstanden. Ramadan-Kalender in Supermärkten sind auch noch keine Islamisierung im eigentlichen Sinn. Denn die wachsende Präsenz islamischer Bräuche im Alltag muss nicht zwangsläufig zulasten der herkömmlichen Lebensweise gehen. Doch Anzeichen in dieser Richtung gibt es – harmlose und weniger harmlose.
So beeinflusst der Islam längst deutsche Speisekarten. Ein Beispiel ist der stille Auszug von Schweinefleisch aus vielen Schulkantinen. Das ist in vielen von Muslimen betriebenen Hotels, wo der Schweinespeck längst von der Frühstückskarte verschwunden ist, genauso.
Berichte, wonach Muslime Mitschüler zum Fasten drängen
In Teilen Berlins und anderer deutscher Grossstädte tut man sich zudem schwer, in Imbissen und Kiosken ein Bier zu organisieren. Alkohol? Fehlanzeige. Man kann deswegen natürlich mit den Schultern zucken. Schliesslich entscheiden Gastronomen frei, was sie anbieten. In der Summe sind diese vielen Einzelentscheidungen aber kulturell dennoch spürbar.
Schwerer wiegen demgegenüber Versuche, islamische Regeln im öffentlichen Raum durchzusetzen und die deutschen Wertekoordinaten zu verschieben. So praktizierte eine islamische Studentengruppe an der Berliner Charité im vergangenen Jahr Geschlechtertrennung. Für Aufsehen sorgte vorher das ostentative Gebet von Muslimen vor dem Brandenburger Tor. Auch mehren sich Berichte, wonach muslimische Schüler Mädchen zum Tragen eines Kopftuchs oder Mitschüler zum Fasten drängen.
Noch sind das vereinzelte Dominanzgesten an den Rändern. Sie sind aber in der islamischen Praxis tief verankert und im arabischen Raum, aus dem immer mehr in Deutschland lebende Muslime stammen, der Normalfall. Es wäre deshalb überraschend, wenn Deutschland nicht mit zeitlicher Verzögerung den Weg Belgiens, Grossbritanniens oder Frankreichs ginge. Dort gelten in mehrheitlich von Muslimen bewohnten Gegenden längst eigene Gesetze. Händchenhaltende Schwule und Juden mit Kippa meiden dabei schon heute bestimmte Teile Berlins.
Spiegelbildlich verstärkt werden diese Haltungen in Teilen der muslimischen Bevölkerung durch die falsche Toleranz der Mehrheitsgesellschaft. Im niedersächsischen Göttingen ruft jetzt erstmals der Muezzin. Wo die Lärmschutzbestimmungen eingehalten werden, ist dies rechtlich nicht weiter zu beanstanden, wenn man es auch als Verletzung der negativen Religionsfreiheit werten kann. Denn anders als das christliche Glockenläuten hat der Gebetsruf Bekenntnis- und nicht nur Signalcharakter.
Aber warum muss die dortige sozialdemokratische Bürgermeisterin den Muezzinruf auch noch zu einem «bewegenden Augenblick» verklären? Schliesslich handelt es sich bei dem antragstellenden Moscheeverein Ditib um den verlängerten Arm des türkischen Staatspräsidenten Erdogan. Die Eröffnung der Kölner Zentralmoschee geriet in seinem Beisein 2018 zu einem Hochfest der türkisch-islamistischen Parallelgesellschaft in Deutschland.
Kritiklose Werbung für das Kopftuch
Ein anderes aktuelles Beispiel ist die Teilnahme von Büsra Sayed und Amina Ben Bouzid am Wettbewerb «Miss Germany». Die beiden Musliminnen wollen dadurch Frauen mit Kopftuch sichtbar machen. Nichts gegen ihre Teilnahme und ihr Anliegen. Das Problem ist aber, wenn freundliche Presse dies einseitig als Ausdruck von Selbstermächtigung feiert. Das islamische Kopftuch ist aber mindestens ambivalent. Es kann Ausdruck reifer Selbstentscheidung sein – oder aber des Gegenteils. Wo dies kritiklos unterschlagen wird, werden islamistische Narrative gestärkt.
Das ist auch im Falle der Fast-Food-Kette McDonald’s so. Deren bereits 2023 vorgestellte Happy-Ramadan-Kampagne sorgt derzeit zu Recht für massive Kritik. Die Agentur Scholz and Friends hatte eine Werbeaktion entworfen, die tagsüber mit leeren Pommes- und Burgerschachteln warb. Erst zum Fastenbrechen nach Sonnenuntergang füllten sich diese auf den elektronischen Werbetafeln wieder.
Man wolle so dazu beitragen, dass fastende Muslime ohne Stress durch den Ramadan kämen, dem sie andernfalls durch mit Essenswerbung tapezierte deutsche Innenstädte ausgesetzt wären. «Die Lösung: Während des Ramadan werden die Gerichte bis zum Iftar einfach aus den Anzeigen entfernt», so die Agentur.
Mit Rücksicht auf Gefühle lässt sich alles rechtfertigen
Dem liegt der problematische Gedanke zugrunde, dass man auf die Gefühle religiöser Muslime besondere Rücksicht nehmen müsse. Damit freilich lässt sich vom Alkoholverbot über das Kopftuch bis zum Verbot von Islamkritik so ziemlich alles rechtfertigen. Zu einer freien und pluralen Gesellschaft passt eine solche Kampagne jedenfalls nicht.
Mittlerweile scheint der Agentur das eigene Pathos peinlich zu sein, löschte sie doch in dieser Woche die Seite, auf der die Kampagne erklärt wurde. Die Peinlichkeit ist nachvollziehbar: Schliesslich kam in einem Begleitvideo der am Islamischen Zentrum in Hamburg tätige Theologe Burhanettin Dag zu Wort. Gekonnt spielte er darin auf der Tastatur der Achtsamkeit und lobte die Aktion als Ausdruck von Respekt gegenüber Muslimen.
Dumm nur, dass das Islamische Zentrum 2024 als extremistisch verboten wurde. Dies rückt die Kampagne nachträglich in ein schlechtes Licht. Der Vorgang zeigt: Mögen die Motive auch völlig unterschiedlich sein, so können woker Kapitalismus, unkritische Medien und naive Politik mit freiheitsfeindlichen Muslimen doch am selben Strang ziehen.
CULTURE
The New York Times
Photographer in Dispute Over ‘Napalm Girl’ Image Sues Netflix
Nick Ut, the freelancer long credited for the award-winning photo from the Vietnam War, says a Netflix documentary questioning his work has defamed him.
The photojournalist who for more than a half-century was credited with taking a Pulitzer Prize-winning photograph of a naked girl burned during the Vietnam War has filed a criminal defamation lawsuit in France against Netflix and the makers of a documentary that accuses him of being a fraud.
The photographer, Nick Ut, said in court documents filed last week that the film, “The Stringer,” which Netflix released last year, had damaged his reputation and brought shame upon him. The film claims that a freelancer named Nguyen Thanh Nghe actually took the 1972 photo, titled “The Terror of War.”
“These accusations strike at the very core of who I am,” Ut said in a news release. “My entire career has been built on telling the truth, often at great personal risk.” Ut was 21 and employed by The Associated Press at the time of the photograph.
He is seeking 100,000 euros, or about $116,000, in damages and 20,000 euros, or about $23,000, in legal costs.
The widespread debate over the photograph’s origin began in January 2025, when “The Stringer” premiered at the Sundance Film Festival. Directed by Bao Nguyen, it follows a two-year investigation by Gary Knight, a journalist and a founder of the VII Foundation, which supports photojournalism. Knight examined a claim from a former A.P. photo editor who said he had been ordered in 1972 to misattribute the photograph, giving Ut credit for the image that became known as “Napalm Girl.”
“When you’re photographing with film, there’s always some mystery,” Knight says in the opening scenes of the documentary. “But what you do know, is what you didn’t take.”
Lawyers for Ut asked Netflix last fall not to distribute the film, according to the lawsuit, which also said the accusations in it “go far beyond the acceptable scope of journalistic investigation” and suggest “fraudulent and disloyal behavior” by Ut.
Netflix, Knight and the VII Foundation are named as defendants in the lawsuit, which was filed in France in part because the film was distributed and promoted there. Ut said in his statement that if felt natural to seek justice in France, adding that there he would be “surrounded by people who understand my work and my character.”
The bar for defamation lawsuits is lower in France than it is in the United States, where a public figure must prove that a false statement was made with “actual malice,” meaning with knowledge that the statement was untrue, or with reckless disregard for its veracity.
Netflix declined to comment on the case on Tuesday. The VII Foundation did not immediately return a request for comment.
James Hornstein, a lawyer for Ut, said in a statement that his client had brought the action “to defend his reputation, and not for financial gain.” He said Ut intended to donate any award for damages to charity.
Reactions to the documentary from photojournalism institutions have been split.
The World Press Photo Foundation, a prominent international nonprofit, said in May that it had conducted its own investigation, finding that two other photojournalists “may have been better positioned to take the photograph than Nick Ut.” It suspended Ut’s credit for the image, though it did not credit the photo to another photographer. The photograph’s credit in the foundation’s online archives now reads “authorship disputed.”
But the organization stopped short of stripping the photograph of its “Photo of the Year” award, which it conferred on it in 1973. (Ut also won a Pulitzer Prize for “The Terror of War” that same year.)
The A.P., after conducting its own investigation, said it would continue to credit the photograph to Ut. While that report found that Ut had been in a position to take the photograph, it did not find proof that he had taken it. The report said that other photographers had also been in a position to take the photograph, though it likewise found no proof that they had.
Derl McCrudden, The A.P.’s vice president and head of global news production, said at the time that there was not enough evidence to change the photo credit. “It’s impossible for anyone to know with certainty how exactly things played out on the road in the space of a few minutes over half a century ago,” he said.
Lawyers for both Ut and the filmmakers said The A.P.’s report had bolstered their arguments.
Title cards at the end of “The Stringer” say that Ut did not respond to interview requests and that he denied all allegations levied against him.
The cards also say that Kim Phuc Phan Thi, the photograph’s main subject, has no memory of the moment in question.
“She states that eyewitnesses, including her uncle, told her that it was Nick Ut who took the photo, and took her to the hospital,” one card reads. “She still believes that.”
https://www.nytimes.com/2026/03/03/movies/netflix-defamation-stringer-napalm-girl.html
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Ausstellung „Alles vergessen“: Plötzlich war ‚jüdisch‘ sehr negativ besetzt“
Sprich, Erinnerung, sprich: Das Jüdische Museum Wien beschäftigt sich in einer klugen Ausstellung mit dem Vergessen – und stemmt sich gleichzeitig gegen den Besucherschwund.
Das Misrachi-Haus in der Nordwestecke des Judenplatzes beherbergt das Museum Judenplatz, eine Zweigstelle des Jüdischen Museums in der Dorotheergasse. Der Eingang liegt etwas versteckt hinter dem Kubus des Holocaust-Mahnmals von Rachel Whiteread, Haus und Mahnmal sind mit einem unterirdischen Gang verbunden. In den beiden Ausstellungsräumen im Erdgeschoss ist derzeit die in Zusammenarbeit mit dem Jüdischen Museum Hohenems gestaltete Ausstellung „Alles vergessen“ zu sehen. Sie zeigt, dass es nicht auf Größe ankommt, sondern auf Intensität.
Im linken Raum leuchtet Brigitte Kowanz’ Neonleuchtschrift „Vergessen“ von 2009, sie setzt den hebräischen Schriftzug „Ot“ (für Symbol, Zeichen, Buchstabe) in einen verspiegelten Kasten, der das Bild der Schrift und jenes des Betrachters ins Unendliche vervielfältigt. Der Fotograf Arnold Dreyblatt hat in einem sizilianischen Dorf eine elektronische Hinweistafel aufgenommen, die „Memory Lost“ verkündet, also das Gegenteil dessen tut, wofür sie aufgestellt wurde – sie hat alle Informationen vergessen.
Die Konturen der Vergangenheit verschwimmen
Von der Pathologie des Vergessens zeugen die an der Stirnwand hängenden Selbstporträts des amerikanischen Malers William Utermohlen, die dieser nach einer Alzheimer-Diagnose im Jahr 1995 bis zu seinem Tod 2007 malte. Bilder, die im zunehmenden Verschwimmen der Konturen und der Entrückung des Blicks dokumentieren, wie ein Selbst sich abhandenkommt.
Beispiele aus der bildenden Kunst also, die Vergessen und Verdrängen aus kulturhistorischer im weiteren und aus jüdischer Perspektive im engeren Sinn untersuchen. Eine Typologie versucht Ordnung in die verschiedenen Formen zu bringen, indem sie strafendes, drohendes, stillschweigendes, eiliges, glückliches, angeordnetes, leugnendes, erlösendes und österreichisches Vergessen unterscheidet. Kompakte Erklärtafeln führen ins Zentrum der ausgestellten Fälle, so auch beim „Cherem“, beim Bann. Der traf den Philosophen Baruch de Spinoza, als ihn die portugiesische Gemeinde in Amsterdam 1656 ausschloss. Höchststrafe wegen seiner als häretisch gedeuteten Schriften, Spinoza war erst 23 als ihn der Bann traf, der bis heute nicht aufgehoben wurde.
Einfach ausgelöscht
Der Weg ins Vergessen ist oft banal, wie ein Beispiel im zweiten Raum zeigt. Weil eine am ehemaligen Wiener Wohnhaus von Elias Canetti angebrachte Gedenktafel abgenommen worden war, brachte das Jüdische Museum im Rahmen seiner Ausstellung „Hier hat Teitelbaum gewohnt“ 1993 das Ausstellungsplakat, das den Hauseingang zeigt, dort an, wo einst die Gedenktafel hing. Heute ist dort nur ein Firmenschild zu sehen – die Erinnerung an den Literaturnobelpreisträger in der Ferdinandstraße 11 ist ausgelöscht. Ähnlich ein Beispiel aus Hohenems: Dass das Feuerwehr-Gerätehaus eine Synagoge war, musste erst wieder in Erinnerung gerufen werden, weil die Gemeinde das auf ihrer Hinweistafel unterschlagen hatte.
In „Nacht und Nebel“, 2011 auf der Biennale in Venedig gezeigt, beschäftigt sich der Videokünstler Dani Gal mit der Bootsfahrt von 1962 in deren Verlauf israelische Polizisten Adolf Eichmanns Asche in internationalen Gewässern des Mittelmeers verstreuten. Was als finale Tilgung der Erinnerung gedacht war, wird bei Gal zu einem paradoxen Akt des Erinnerns: Eichmann, der Organisator des millionenfachen Mordes an den Juden, kehrt in diesem filmischen Re-Enactment als Echo zurück. Der Akt des bewussten Vergessen-Machens schafft eine neue Erinnerung.
Ein Geheimnis, heißt es am Ende von Gals Video, könne nur zwischen zwei Menschen bewahrt werden – wenn einer von ihnen tot ist. Wie man als Wissenschaftler mit dem Vergessen umgehen kann, zeigt der Zettelkasten des deutschen Soziologen Niklas Luhmann, der sein Ablagesystem „Verwahrensvergessen“ nannte. Gespeichertes Wissen ist nur latent vorhanden, präsent wird es erst, wenn sich jemand daran erinnert und es wieder aufruft. Andere, wie die Malerin Edith Kramer, wollten vielleicht, aber konnten aber nicht vergessen. Ihr 1943 im amerikanischen Exil gemaltes Selbstporträt zeigt sie mit einem Veilchen unter dem linken Auge. Die Deutung des Hämatoms ist umstritten, eine Lesart ist, Kramer sei durch die Emigration 1938 mit einem blauen Auge davongekommen.
Wieder andere hatten es eilig. Wie jener junge Wiener Krüppel, der kurz vor Kriegsende heimkehrte und das im Laden seiner Familie hängende Hitler-Bild zu einem Andreas-Hofer-Porträt umgestaltete: Unter einem breitkrempigen Schlapphut kaschiert ein Vollbart den Hitler-Bart, der stechende Blick blieb. Ein Akt des Widerstands, oder die Sehnsucht nach schnellem Vergessen?
Erst Solidaritätsbekundungen, dann hat das Interesse nachgelassen
Der Schau bietet auf kleinem Raum ein thematisches Kondensat mit zahlreichen Möglichkeiten zur gedanklichen Vertiefung. Sie erschlägt nicht, sie regt an. Genau das, was das Jüdische Museum derzeit gut gebrauchen könnte, denn die aktuellen Besucherzahlen sind enttäuschend. Vergangenes Jahr kamen knapp 87.000 Besucher, der Höchststand waren 2019 mehr als 144.000. Nach Corona hatten sich die Zahlen wieder zu erholen begonnen, doch dann kam der Überfall der Hamas am 7. Oktober 2023.
Das Jüdische Museum gehört zum städtischen Mischkonzern Wien Holding, der im Kulturbereich unter anderem auch das Kunst Haus Wien, die Musicaltheater Ronacher und das Theater an der Wien betreibt. Seit 2022 ist die Wiener Historikerin Barbara Staudinger Direktorin des Hauses mit rund fünfzig Mitarbeitern. Für sie markiert der 7. Oktober einen massiven Einbruch wie sie im F.A.Z.-Gespräch sagt: „In den ersten ein, zwei Tagen gab es noch Solidaritätsbekundungen, aber das hat schnell nachgelassen. Denn plötzlich war ,jüdisch‘ sehr negativ besetzt.“ Es habe Absagen aus Sicherheitsgründen, aus Angst vor Anschlägen gehagelt, Schulklassen blieben aus.
Die Entwicklung habe niemanden überrascht, sagt Staudinger. Sie verweist auf andere europäische Länder, in den Jüdische Museen ebenso unter Druck geraten seien. Besonders schlimm sei die Entwicklung in Amsterdam, wo das Joods Museum mehr als vierzig Prozent seiner Besucher eingebüßt habe. Jüdische Museen in Deutschland, so Staudinger, seien weniger betroffen, „weil das Bekenntnis zur Schuld in Deutschland einfach größer ist als in Österreich“. Nachdem es bis 1986 gedauert hat, in der Folge der Waldheim-Affäre das Narrativ vom überfallenen Opfer-Volk in Frage zu stellen, grassiere heute wieder eine Absetzbewegung vom Thema der nationalsozialistischen Verstrickung, die parteipolitisch geschürt werde.
Mit dem zunehmenden Verschwinden des Gazakriegs aus den Schlagzeilen, stiegen aktuell die Besucherzahlen wieder. Ein Trend ist davon indes unberührt: Es kommen weniger Wiener als früher, dafür mehr Touristen. Welche Rolle dabei die Ausstellungsangebote selbst spielen? Staudinger verweist auf die Erfolge im musealen Exportgewerbe – derzeit laufende Ausstellungen in München, Augsburg und Rendsburg habe das Jüdische Museum Wien konzipiert. „Das Jüdische Museum ist zunächst ein Safe Space für Juden. Als Museum können wir unseren Bildungsauftrag nur aufrechterhalten, wenn es uns gelingt, vernünftig miteinander zu reden.“ Dazu gehört auch Barbara Staudingers ambitioniertes Ziel, die Vorstellung potentieller Besucher zu überwinden, „jüdisch“ sei ein Synonym für „bedrückend“.
Alles vergessen. Jüdisches Museum Wien, Museum Judenplatz; bis zum 17. September. Der Katalog kostet 24,90 Euro.
Le Figaro
Les films au cinéma cette semaine : faut-il voir ou éviter Alter Ego, Christy et Pillion ?
Laurent Lafitte dans une fable absurde et surréaliste, Sydney Sweeney enfile des gants de boxe pour un biopic, un couple de bikers BDSM… La sélection cinéma du Figaro.
Alter Ego – À voir
Comédie de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine – 1 h 39
Dans la riante commune de Montdidier, Alex, quadragénaire marié à Nathalie et père du jeune Enzo, coule des jours paisibles. Jusqu’à ce que s’installent leurs nouveaux voisins. L’employé modèle de la Cogip découvre alors avec stupéfaction que celui qui emménage dans le pavillon mitoyen possède « la même tête que lui avec des cheveux ». Quand il tente de faire remarquer à sa chère et tendre que l’impétrant possède une certaine « ressemblance avec quelqu’un qu’elle connaît », celle-ci s’empresse de lui répondre : « Ah oui, avec Julien Courbet ! » Le quiproquo le cueille à froid. Avec Alter ego, fable absurde un tantinet surréaliste, le tandem Nicolas & Bruno fait un retour tonitruant dans l’arène de la comédie décalée à la française. L’intrigue échappe habilement à ce travers grâce à la profondeur inattendue d’un postulat ubuesque ainsi qu’à un humour ravageur. O. D.
La note du Figaro: 3/4
Pillion – À voir
Comédie d’Harry Lighton – 1 h 47
Pillion se déroule dans le milieu des bikers BDSM. Le jeune héros découvre un monde. Colin, garçon timide qui vit encore chez ses parents et qui est gardien dans un parking de banlieue, tombe sur un motard barbu dans le pub où il chante au sein d’un quatuor arborant veste à rayures et canotier. Ray lui donne rendez-vous le jour de Noël. Colin ne résiste pas. Dans une impasse, le bel inconnu lui demande une fellation. Autre suggestion : qu’il lèche ses bottes. Les parents du nigaud sont tout contents que leur fils ait enfin trouvé un compagnon. De Ray, on ne sait rien, ni quel est son travail ni d’où il vient. On le prend pour un monstre insensible au physique avantageux de Viking blond. En plongeant dans le milieu des bikers BDSM, Harry Lighton réussit un premier film combinant audace et décontraction. Laconique, impassible, jouant de son image, Alexander Skarsgard interprète son rôle avec réserve et malice. É. N.
La note du Figaro: 3/4
Allah n’est pas obligé – À voir
Animation de Zaven Najjar – 1 h 23
Nous sommes au Liberia dans les années 1990. Parmi les hommes, on distingue soudain des enfants. Le contraste est violent. Des missiles explosent. La voix d’un gamin retentit : « D’abord, je m’appelle Birahima. J’ai dix ou douze ans et j’ai peur de rien du tout ! » Avec son casque vert kaki surmonté d’un éclair jaune et rouge, le garnement affiche un regard qu’il voudrait méchant tandis qu’il tient une mitraillette trop lourde pour lui. Birahima devient malgré lui un enfant soldat, prêt à en découdre sur le sentier de la guerre. Et qui apprend à manier une arme alors qu’il ne sait même pas encore lire. Allah n’est pas obligé progresse comme un film en clair-obscur, oscillant sans cesse entre l’innocence de l’enfance et la barbarie des adultes, la foi et l’espoir face au cynisme, la couleur contre les ténèbres. O. D.
La note du Figaro : 3/4
La Maison des femmes – À voir
Drame de Mélisa Godet – 1h50
Au départ, on se dit qu’un documentaire sur la Maison des femmes aurait parfaitement pu faire l’affaire. En soi, l’histoire de la création de cette structure de soin unique en France, fondée en 2016 à Saint-Denis par la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, est déjà tout à fait passionnante. Et puis, dès les premières images du film de Mélisa Godet, on se retrouve plongé au cœur d’un groupe de parole où des femmes s’expriment en toute liberté. Les victimes racontent, se libèrent parfois. Très vite, le film met en place l’équipe de soin qui œuvre dans l’urgence permanente à accompagner les femmes victimes de violences. L’immersion dans le quotidien du personnel ayant l’impression de vider à la petite cuiller l’océan de la souffrance des femmes violées ou battues, est passionnante. Ce premier long-métrage plein d’espoir et d’énergie, qui sort quatre jours avant la Journée internationale du droit des femmes fait un bien fou. Voilà un film nécessaire. Et tant pis pour le documentaire… O. D.
La note du Figaro: 3/4
Christy – On peut voir
Biopic de David Michôd – 2 h 15
Les cinéphiles français avaient quitté Sydney Sweeney, blonde, vengeresse et triomphante dans La Femme de ménage . Ils ne vont pas la reconnaître ce mercredi dans Christy, le biopic que le réalisateur australien David Michôd consacre à la boxeuse Christy Martin. Sydney Sweeney, qui se donne sans mesure et livre un tour de force, a pris 16 kilos de muscle et affiche des cheveux bruns bouclés et des yeux marron pour incarner cette pionnière du ring des années 1990 lorsque la discipline commençait à peine à s’ouvrir aux femmes. Le film lève aussi le voile sur ses douloureux combats intimes. De son homosexualité qu’elle doit cacher à l’emprise de son entraîneur (Ben Foster). Il l’épousera avant de la brimer et de la droguer. L’ascension et la descente aux enfers vont de pair dans ce portrait certes classique, mais vibrant et émouvant. David Michôd offre sur le ring une expérience immersive. Les combats sont reproduits et chorégraphiés avec fidélité mais laisse la place à la fatigue, au chaos et à l’impulsivité. C. J.
La note du Figaro : 2,5/4
Jumpers – On peut voir
Animation, de Daniel Chong – 1h45
Pour les vacances, Disney a sorti un nouveau Pixar de sa manche : Jumpers. On y découvre une adolescente passionnée par les animaux, Mabel, qui s’entête à vouloir préserver une petite étendue naturelle que lui a fait découvrir sa grand-mère avant de mourir. Cet étang est désormais menacé par la construction d’une bretelle d’autoroute. Mabel est prête à tout pour défendre ce territoire sauvage et naturel. Elle entend alors parler d’expériences secrètes menées par des scientifiques: une nouvelle technologie révolutionnaire qui permet de communiquer avec les animaux en intervertissant les cerveaux. Pas d’hésitation, Mabel transfère sa conscience dans le corps d’un animal-robot plus vrai que nature qui ressemble à une adorable femelle castor. Ainsi projetée au cœur du règne animal, Mabel va tenter de sauver cet habitat naturel en danger de mort. Fable écologique, récit initiatique, film de science-fiction façon Avatar où l’héroïne projette son esprit dans le corps d’un mammifère trop mignon, ce nouveau film d’animation coche toutes les cases du divertissement intelligent. Pourtant, il manque peut-être un brin d’inspiration, un petit supplément d’âme qui aurait pu le propulser jusqu’à la perfection d’un Vice-Versa, d’un Là-haut ou d’un Elémentaire … On attend avec impatience Toy Story 5 ! O.D.
La note du Figaro: 2/4
The Bride ! – On peut voir
Film d’horreur de Maggie Gyllenhaal – 2 h 06
L’univers de Mary Shelley a la cote. Quelques mois après le film de Guillermo Del Toro, Maggie Gyllenhaal s’intéresse aussi à son monstre. Frankenstein a désormais cent ans et a quitté ses Alpes natales pour le Chicago des années 1930. Il se meurt de solitude et convainc une scientifique de lui fabriquer une compagne en revitalisant le cadavre frais d’une jeune femme ayant déplu à la mafia. Sauf que cette Ida ne compte pas jouer les femmes soumises et embarque « Frank » dans un périple de représailles jouissif. Probable lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance de mère endeuillée dans Hamnet, Jessie Buckley sidère à nouveau avec son intensité, sa révolte innée, sa voix rauque qu’elle module dans ses moindres nuances. L’Irlandaise arrive même à éclipser son partenaire Christian Bale, plus à l’étroit dans le complet du héros esseulé. Tour à tour, film noir, de gangsters à la Bonnie and Clyde, comédie musicale, récit horrifique, idylle… The Bride ! échappe, comme Frankenstein, à sa créatrice et laisse un peu circonspect sur ce qu’il veut dire. C. J.
La note du Figaro : 2/4
The New York Times
The Best Movies and TV Shows Coming to Netflix in March
Several promising titles are coming this month, including a new series starring Rachel Weisz and the feature-length sequel to “Peaky Blinders.”
‘Vladimir’
Rachel Weisz plays a feminist literature professor mired in a marital scandal in the satirical mini-series “Vladimir,” adapted by the writer-producer Julia May Jonas from her own novel. The protagonist — known only as M — frequently speaks directly into the camera, telling the audience about her husband, John (John Slattery), a poetry professor and department chair who has been suspended for sleeping with students. Although M and John have an open marriage, the optics of John’s indiscretions are bad for M’s image. It also complicates her own lusty pursuit of a new colleague: the young and married Vladimir (Leo Woodall). Jonas explores the changing mores of sex and gender dynamics in academia, in a story about a woman who can’t decide whether to fight to keep her comfortable faculty life or be liberated by her chaotic personal life.
“An Officer and a Gentleman” meets “Predator” in this 1980s-style action film, which follows an elite class of Army Ranger candidates as they confront a surprise extraterrestrial invasion. Alan Ritchson plays “81” (the recruits are assigned numbers), an older and more experienced soldier who entered the program to fulfill a promise to his dead brother. Although the sullen and standoffish 81 is weighed down by grief, he remains doggedly committed to completing his mission. So when an enormous, armored alien tank starts firing missiles at him and his comrades, 81’s latent leadership skills kick in, and he battles alongside his troops for survival. Directed by Patrick Hughes, “War Machine” mixes science-fiction special effects with more conventional combat movie stunts, all set against a picturesque backdrop of dense forests, rocky mountains and raging rivers.
‘Peaky Blinders: The Immortal Man’
Across six seasons and 36 episodes, the historical crime drama “Peaky Blinders” told the story of Tommy Shelby (Cillian Murphy), a Romani-Irish mobster acquiring power and influence for his family and friends in England, in the decades between World Wars I and II. The sequel movie, “The Immortal Man,” jumps ahead to 1940 — well into the years when Nazi bombs were falling on Britain — and finds Tommy living in seclusion, haunted by the choices he has made and the loved ones he has lost. But when his son Duke (Barry Keoghan) considers allying the Shelby gang with a local fascist sympathizer (Tim Roth), Tommy feels compelled to come out of retirement and fight for his legacy.
The Norwegian detective Harry Hole (pronounced like “hula”) made his first appearance in Jo Nesbo’s 1997 novel “The Bat” and quickly became a favorite among international crime fiction aficionados. After a failed attempt to bring the character to the big screen with the critically panned 2017 English-language film “The Snowman,” Harry gets another chance at finding a wider audience with this Norwegian-language series, written by Nesbo himself. Tobias Santelmann plays Detective Hole, a recovering alcoholic who is legendary among his fellow police officers for his mystery-solving acumen and general surliness. Season 1 adapts the book “The Devil’s Star,” in which a tricky investigation into a gruesome string of murders forces Hole to work both with and against a corrupt colleague, Tom Waaler (Joel Kinnaman). The mystery plot provides a frame for a study of the world’s darker sides and the temptations that lurk there.
‘Something Very Bad Is Going to Happen’ Season 1
In this horror series, Camila Morrone plays Rachel, a bride-to-be meeting her future in-laws for the first time, at the spooky house in the woods where she and her fiancé, Nicky (Adam DiMarco), are about to get married. “Something Very Bad Is Going to Happen” is set in the week leading up to the wedding, as Rachel tries to overcome unsettling premonitions about the big event. Her anxieties are exacerbated by her encounters with Nicky’s eccentric family, including his frail mother (Jennifer Jason Leigh) and anxious father (Ted Levine). Executive produced by the “Stranger Things” creators, Matt and Ross Duffer, and created by Haley Z. Boston (a writer on Netflix’s bizarre “Brand New Cherry Flavor”), the series weaves together unsettling everyday encounters and possibly supernatural phenomena, all of which combine to leave Rachel uncertain whether her fears are justified or she is just dealing with ordinary premarital jitters.
https://www.nytimes.com/2026/03/03/arts/television/new-netflix-march-2026.html
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review
Kermani trifft Scholz: Erlesene Langeweile
Deutsche Szene: Navid Kermani versucht ein literarisches Gespräch über seinen neuen Roman mit Olaf Scholz. Der kündigt lieber eigene Bücher an.
Was Olaf Scholz an Navid Kermanis neuem Roman „Sommer 24“ eigentlich interessiert, kommt erst nach mehr als anderthalb Stunden zur Sprache: die Figur eines am Leben gescheiterten Linken im Buch, mit Namen Olaf. Ein Schelm, wer Arges dabei denkt, wenn der frühere Bundeskanzler zu dieser Namenswahl Kermanis ausruft: „Das möchte ich noch erklärt haben!“ Natürlich bekommt er es in der verbleibenden halben Stunde nicht erklärt. Dafür hätten Kermani und er miteinander reden müssen statt übereinander. Und wenn doch über etwas, dann über den Roman. Denn der war schließlich Anlass für die Begegnung der beiden auf offener Bühne im Deutschen Schauspielhaus von Hamburg.Warum aber ausgerechnet Scholz, den man mit Fug als anticharismatischsten deutschen Politiker bezeichnen kann? Kermani hat ihn sich als Gesprächspartner gewünscht, weil er neugierig gewesen sei, „wie der zentrale politische Akteur des Sommers 2024 das Buch liest“. Das legt den Verdacht nahe, dass der Autor seine Olaf-Figur deshalb eingebaut hat, um deren prominenten Namensvetter zu locken, denn der „zentrale Akteur des Sommers 2024“ selbst kommt im Roman, der vom Zwiespalt eines Ich-Erzählers namens Navid angesichts der politischen Ereignisse des zweiten Halbjahrs 2024 erzählt, nicht ein einziges Mal vor. Dabei wisse er, so Kermani, dass Scholz „immer kluge Gedanken hat“. Womöglich war das ja das Ausschlusskriterium für einen Auftritt in einem leider wenig klugen Buch. Wenn es indes ein Einladungskriterium ins Deutsche Schauspielhaus war, warum hält Scholz seine klugen Gedanken dann so konsequent zurück an diesem Abend der erlesenen Langeweile?
Ob Scholz den Roman überhaupt gelesen hat, ist schwer zu sagen
Erlesen, nicht belesen. Es ist am Moderator Alexander Solloch vom mitveranstaltenden NDR, Scholz eine besondere Literaturaffinität zu bescheinigen; von Kermani dazu kein Wort, und von Scholz nur soviel, dass er ganz zum Schluss Karl Jaspers’ 1949 erschienenes Buch „Vom Ursprung und Ziel der Geschichte“ als eine prägende Lektüre nennt. Ob er dagegen „Sommer 24“ gelesen hat, ist schwer festzustellen, denn bis Scholz erstmals etwas zum Buch sagt und Kermani Ambivalenzkompetenz bei dessen Figurenschilderung bescheinigt, liegt schon eine fast halbstündige Lesung durch den Schauspieler Markus John hinter uns und daran anschließend eine ausgiebige Einschätzung Kermanis, wie verunsichert er durch eine seiner Figuren sei. Vielleicht hört Scholz einfach nur gut zu – was er zuvor zum Hauptcharakteristikum von Realpolitikern bestimmt hat.
Kermani jedenfalls und mit ihm der weitgehend ausverkaufte Saal wird nie ein Wort von Scholz darüber erfahren, ob der Politiker den Roman, immerhin ja Gegenstand des Abends, schätzt. Wohl allerdings, dass er nun selbst mit einem Buch begonnen hat – ach was, nicht nur mit einem: „Ich werde etwas schreiben und dann öfter.“ Man darf das wohl als Drohung verstehen.
Unvermeidlich steht der Abend zu „Sommer 24“ im Schatten des Winters 2026, denn wie sollte dieses Gespräch zwischen Kermani, dem Sohn einer persischen Einwandererfamilie, und Scholz, dem weitgehend passiven Bundeskanzler während der Aufstände des Jahres 2022 unter dem Motto „Frau, Leben, Freiheit“ in Iran, am Thema der Stunde vorbeikommen: dem Krieg im Nahen Osten. Und damit ist der Roman weit weg, obwohl auch er mehrfach Iran thematisiert, denn der Ich-Erzähler Navid ist nah am Autor gebaut, etwa bei der Schilderung eines Auftritts vor dem Deutschen Bundestag, von dem sich Navid nicht hat einschüchtern lassen – „kein Kunststück, wenn du jeden Tag mitbekommst, mit welchem Mut sich die Menschen in Iran gegen die Diktatur auflehnen, meine eigenen Verwandten, meine Freunde, welche Opfer sie aufbringen, welchen Preis sie bezahlen“.
Kermanis Ich-Erzähler Navid sitzt vor uns auf der Bühne
Die glücklichste Minute des Hamburger Abends ist denn auch die, als Kermani von der ersten Sprachnachricht seiner Verwandtschaft erzählt, die ihn nur eine Stunde vor dem Auftritt aus Isfahan erreicht habe: „Mach dir keine Sorgen, es geht uns gut.“ Der Schriftsteller nennt das indes eine typisch iranische Beruhigungsfloskel; er weiß um die Brutalität des Regimes, das er als „dritte tödliche Ideologie des zwanzigsten Jahrhunderts“ in eine Reihe mit Nationalsozialismus und Stalinismus stellt.
Doch seltsam: Noch am selben Tag hat Kermani dem Deutschlandfunk ein Interview gegeben, in dem er Deutschland dazu aufruft, keinesfalls die amerikanischen und israelischen Angriffe auf Iran zu unterstützen, weil danach das dortige Volk ja doch nur wieder im Stich und somit das alte Regime an der Macht gelassen werde. Davon ist im Schauspielhaus keine Rede. Es ist, als säße auf der Bühne der Navid des Romans statt der reale Kermani: nicht entschieden, sondern hin und hergerissen – die verkörperte Ambivalenzkompetenz. Was Kermani für sein Buch als mittelweile verlorene Stärke der deutschen Romantradition beschwört, jene Unauflöslichkeit zwischen Fiktion, Autofiktion und Autobiographie, wie sie Jean Paul exemplarisch vorgeführt habe, das wird von ihm vorgelebt. Aber eine Bühne ist kein Buch und eine Romanvorstellung kein Schauspiel.
Schon gar nicht eine mit Scholz. Den Unterschied von Iran zum heutigen Deutschland fast Kermani so: „Ich kann meinen Bundeskanzler heftig kritisieren, und mir passiert nichts.“ Die Probe darauf indes wäre in Hamburg schon am uneingelösten ersten Halbsatz gescheitert. Es passiert aber auch so nichts. Das resultiert daraus, dass Kermani sich auch heute nicht nur als Romancier begreift, sondern auch als Reporter, dessen Berufsvoraussetzung nun einmal die Bereitschaft zum Verstehen sei: „Verbringen Sie einmal einen Abend mit einem Taliban, da ist die Welt eine andere!“ Verbringen wir einmal einen Abend mit Olaf Scholz, ist die Welt eine anödende. Was unter diesen beiden Optionen dann trotzdem vorzuziehen ist.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Pariser und Berliner Museen im Verfall: Der Louvre läuft auf Verschleiß
Das meistbesuchte Museum der Welt steckt in einer akuten Krise: Es wird ausgequetscht und kaputtgespart. Aber auch um große Berliner Museen von Rang steht es nicht besser.
Konnte der frühere Louvredirektor Pierre Rosenberg mit seinem ikonischen roten Schal noch von etwaiger Kritik unangekränkelt pfauenhaft herumstolzieren und wurde überall hofiert, reißt sich inzwischen kaum mehr jemand um diesen Posten. Die nicht erst seit dem Juwelenraub unglücklich agierende Laurence des Cars wollte sofort danach hinwerfen, durfte aber nicht, weil die Kulturministerin Rachida Dati – wohl auf Geheiß Emmanuel Macrons (Dati gilt Kennern der Szene als kulturell völlig unbeleckt und als alerte Karrieristin, die alles tun würde, um sich Macron anzubiedern) – ihr den Rücktritt verweigerte. Wäre dies doch einem Eingeständnis der völlig versagenden Sicherheitspolitik des Hauses – dem Raub sahen drei Wärter im Saal mit den Kronjuwelen zu und griffen nicht ein – gleichgekommen, die Direktorin und Präsident gemeinsam zu verantworten haben.
Der vergangene Woche nur einen Tag nach der Demission von des Cars aus dem Hut gezauberte Christophe Leribault ist zwar ein sehr fähiger Museumsmann, der bereits mehrfach mit intelligent gemachten Ausstellungen wie etwa zu Berninis Marmorbüste für den Sonnenkönig oder einem Zyklus zum republikanischen Versailles sowie einer strategisch klugen Kooperation zwischen dem Schloss und der über nahezu unversiegliche Geldquellen verfügenden chinesischen Staatsvorzeigeinstitution „Palace Museum“ in Hongkong überzeugte. Es ist allerdings auch kein Geheimnis, dass er gern Direktor der Versailler Museen geblieben wäre. Doch wer verweigert sich schon dem Präsidenten Frankreichs und gibt ihm einen Korb – obwohl Leribault die gewaltigen Probleme des Louvre gewiss realistisch einzuschätzen vermag.
Vom prunkvollen Pharaonengrab zum Moderloch
Wie konnte es zu dieser misslichen Situation kommen? Viele erinnern sich noch an die glanzvolle Einweihungszeremonie von I. M. Peis Pyramide und dem großen Louvre-Umbau mit neuen kalksteincremeweißen Höfen 1989, zum zweihundertjährigen Jubiläum der Französischen Revolution. Seither war der Prachtbau mit der tagsüber kristallin funkelnden und nachts hell erstrahlenden gläsernen Pyramide, der nicht ohne Grund als François Mitterrands Pharaonengrab bespöttelt wurde, beinahe wöchentlich als Aushängeschild der Grande Nation auch im deutschen Fernsehen zu sehen. Nur kommt eine derart fragile Punktaufhängung wie jene des pyramidalen Glasbaus naturgemäß in die Jahre. Seit bald vierzig Jahren wurde in sie nichts mehr investiert, der gesamte Louvre auf Verschleiß gefahren – was, wie jeder Bauherr weiß, nachträglich immer die teuerste Entscheidung ist.
Ganze weniger besuchte Trakte wie der Sully-Flügel dümpelten stark vernachlässigt vor sich hin. Ende vergangenen Jahres gab es erneut zwei Wassereinbrüche, wobei wertvolle Bücher und Gemälde beschädigt wurden. Veraltete Elektrik und Klimaanlagen gefährden die Werke, an vielen Stellen modert es. Die Sicherheitssysteme sind bis auf jene für die Mona Lisa so hoffnungslos veraltet wie ineffektiv, wie der mühelose Raub der französischen Kronjuwelen im Wert von 88 Millionen Euro am helllichten Tage gezeigt hat.
Die Mona Lisa ist ohnehin eine der Hauptschuldigen für die Misere. Für sie und die Touristen wurde alles eingerichtet, in grotesker Übersteigerungslogik wollte jeder Direktor noch mehr Besucher pro Jahr vermelden. Wer Ruhm sät, wird Sturm ernten: Für Musikvideos ließ man amerikanische Hip-Hopper auf den ägyptischen Gottheiten herumturnen und affig vor da Vincis Gemälde posieren. Mit dem Resultat, dass vergangenes Jahr beinahe neun Millionen Besucher kamen, die weit überwiegend Leonardos kleines Bildchen sehen wollten und es durch den Wald erhobener Handys nur fragmentarisch konnten, obwohl das Bildnis sicher das uninteressanteste unter all seinen Gemälden ist und nur durch seinen Raub 1911 zur Ikone aufstieg. Bei jedem Louvrebesuch schmerzte es von Neuem, die anderen Leonardos wie den großartigen Johannes Baptista „draußen vor der Saaltür“ von den Massen von Japanern und Chinesen kaum eines Blickes gewürdigt zu finden.
„Außer Atem“ walzen sich die Touristenmassen zur Mona Lisa
Wie in Godards Film „Bande à part“, in dem Anna Karina, Sami Frey und Claude Brasseur durch den Louvre hetzen, wurden die Touristenmassen per Pfeil nur zu dem einen Ziel gelotst, der Rest des Louvre abgehängt. In der exzellenten Carracci-Sonderausstellung etwa, die vor einem Monat zu Ende ging, war man fast allein. Statt nun aber eine kluge Besucherführung einzurichten, welche die Millionen sinnvoll auf die vier großen Louvreteile streut, wurde resignativ das „Sie wollen ja doch nur das eine sehen“ zum Handlungsimperativ erhoben.
Zu allem Unglück kommt nun noch Macrons Pharaonenprojekt „Louvre – Nouvelle Renaissance“ hinzu: Die Mona Lisa soll einen eigenen Saal erhalten (momentan muss sie sich ihren mit Veronese und anderen Renaissancemalern teilen), der Louvre einen zweiten Haupteingang an der Colonnade de Perrault am Ostende. Keine Rede ist dabei von der Aufwertung des ansehnlichen Rests durch Besucherregie oder der Entlastung des völlig überforderten Personals, was zu den massiven Streiks der letzten Monate mit bis zu viertägiger Museumsschließung führte. Dass der Präsident die großen kulturpolitischen Weichen wie freihändige Direktorenwahl und Umbau des Louvre nach Gusto selbst stellt, hat in Frankreich nicht erst seit Mitterrand Tradition. Macron hat bislang auf kulturellem Sektor abgesehen von der Cité internationale de la langue française und dem verunglückten Kulturpass wenig vorzuweisen; auch deshalb will er sich jetzt wohl auf den letzten Metern seiner Präsidentschaft noch mit dem Louvre-Projekt profilieren.
Für das monumentale Projekt nannte er die Summe von 450 Millionen Euro. Noch aber ist nichts offiziell budgetiert, geschweige denn durchfinanziert. Wenn selbst die Ertüchtigung der Stuttgarter Oper auf mindestens zwei Milliarden Euro geschätzt wird, kann sich jeder leicht vorstellen, was mit einem Viertel dieses Betrags im mehr als 70.000 Quadratmeter großen Louvre zu bewerkstelligen ist: abermals Mona-Lisa-Kosmetik, damit bald zehn Millionen Touristen Macrons Vermächtnis sehen. Kulturministerin Dati wird ihn dabei nicht bremsen. Vieles an seinen Plänen für den Louvre erscheint jedoch den Franzosen und selbst seinen Parteigängern unausgegoren.
Kein Grund zur Häme von deutscher und schon gar nicht von Berliner Seite aus
Doch gibt es von deutscher Seite keinen Grund, auf Paris mit Häme zu blicken, sitzt man doch im Glashaus beziehungsweise im Bunker. Halt, wird mancher nun einwenden – wird nicht die Berliner Museumsinsel seit Jahrzehnten für Milliarden baulich ertüchtigt? Das ist richtig, doch besitzt die Hauptstadt noch eine zweite Museumsinsel im Westen, malerisch abgeschnitten von der Welt durch vielspurige Magistralen und nur selten von neugierigen Besuchern in ihrer Ruhe aufgestört.
Die Rede ist vom sogenannten Kulturforum, dem baulich verbundenen Ensemble aus Gemäldegalerie, Kunstgewerbemuseum (KGM) und Kupferstichkabinett. Das Kulturforum war noch vor dem Mauerfall bewusst als westliches Gegengewicht zur Museumsinsel im Osten der Stadt geplant, obwohl die Gemäldegalerie West als gewichtigster Part damals noch in Dahlem residierte. Alle drei Häuser gehören zweifellos zu den bedeutendsten Sammlungen ihrer Art in der Welt, doch gerade die Gemäldegalerie und das KGM auch zu den ihrer Größe und Bedeutung nach am wenigsten besuchten. Wenn Friedrich Merz nicht wie seine Vorgängerin von den Amerikanern abgehört werden mag, könnte er das Handy einfach im nahen Bundeskanzleramt liegen lassen und vertraulichste Staatsgespräche in den Sälen der Galerie unternehmen – er bliebe über Stunden ungestört.
Doch während der Louvre zu viel und die Gemäldegalerie zu wenig Gäste hat, teilen beide Museen das Wasserschadenproblem. Am 23. Juni 2023 posteten amerikanische Touristen in den sozialen Medien schockierende Bilder des von den Restauratoren notdürftig mit Plastikplane abgedeckten großen Rembrandts „Der Mennonitenprediger Anslo und seine Frau“ in Saal X der Gemäldegalerie, der so vor den durchs Dach eindringenden Regenmassen geschützt werden sollte, bevor er schließlich rasch abgehängt wurde. Die nassen Stellen im Saal wurden großflächig mit speziellen Saugmatten und einem Eimer „behandelt“. Von der Generaldirektion der Staatlichen Museen aber kam keinerlei Meldung zu dieser Malaise, geschweige denn nachhaltige Abhilfe.
Berlins Kunstgewerbemuseum bleibt uneinnehmbar für Besucher
Schlimmer noch stellt sich die Lage im Kunstgewerbemuseum dar. Seit Jahren regnet es auch in dieses Haus; manchmal, wenn man schlecht träumt, ist es das Bild eines kostbaren Rokokomöbels, das als Sonderform aus Pappmaché besteht und neben dem in Auffangeimern lustig das Regenwasser plätschert. Das traumatische Bild hat sich seitdem vielfach wiederholt. Wenn das KGM seine aktuelle und noch bis zum 14. Juni zu sehende Ausstellung zum vierzigsten Jubiläum des Hauses „Heimsuchung“ getauft hat, entspricht das einer tieftraurigen Wahrheit. Das von Rolf Gutbrod entworfene Haus in fensterlos brutalistischer Bauweise ist nicht nur das mit Abstand hässlichste und im Innern labyrinthischste Museum Berlins, es ist auch seit Jahren ein Sorgenkind und insofern eine echte Heimsuchung.
Statt Hauptwerke des Mittelalters wie den Baseler Münsterschatz würdig zu präsentieren, versteckt man diese Preziosen und wendet sich woken Themen zu. Der überragende Welfenschatz beispielsweise ist derzeit überhaupt nicht ausgestellt, da er künftig an einem attraktiveren und „zentraleren“ Ort gezeigt werden soll, in den unteren Ausstellungsräumen am Kulturforum – ob das die Attraktivität des KGM fördert, ist fraglich. Und um seinem Charakter als unbezwingbare Betonburg noch stärker Rechnung zu tragen, soll der Eingang des Museums nun auch noch wegen Personalkosteneinsparung geschlossen werden, sodass es nurmehr über das zentrale Portal des Kulturforums erreichbar wäre. Das 2029 als fünftes Museum am Kulturforum (die Neue Nationalgalerie ist schon grundsaniert) eröffnende „Berlin Modern“ wird eher nicht wegen seiner architektonischen Qualität als belächelte „Kunstscheune“, sondern durch den simplen Reiz des Neuen dem Kunstgewerbemuseum und der Gemäldegalerie die letzten Besucher abluchsen.
Wie in Jim Jarmuschs aktuellem Film „Father Mother Sister Brother“, dessen drei Teile von wild durchs Bild ratternden Skateboardfahrern zusammengehalten werden, scheinen auch auf dem Kulturforum das einzig Lebendige die Rollbrettchenfahrer auf der abschüssigen Rampe zu sein. Von den Milliarden für die Museumsinsel sollten durch Abspecken zumindest fünfzig Millionen für die Sanierung der beiden Museen umgewidmet werden. Derart bedeutende Museen wie den Louvre und die Berliner Gemäldegalerie wie auch das KGM auf Verschleiß fahren zu lassen, wird sich sonst als teure Fahrlässigkeit herausstellen.
March 3, 2026 (Today’s Summary)
THE WAR ON IRAN
The Economist, Guest Essay (Pay Wall)
Existential, not political : At last, a just war
Yair Lapid was the 14th prime minister of Israel and is currently the leader of the opposition.
Now Iranians must find their own Mandela or Walesa, writes Yair Lapid
https://www.economist.com/by-invitation/2026/03/01/at-last-a-just-war
The Economist (Pay Wall)
Escalation ladders : The Iran war is rapidly engulfing the region
How far could each side escalate?
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Trump’s Case for War With Iran Faces Growing Scrutiny
U.S. intelligence showed threats from Iran loomed, as they had for years. But they were not imminent.
The New York Times
Trump May Come to Regret This
Guest Essay by Mr. Rhodes. He was a deputy national security adviser when President Barack Obama entered the Iran nuclear deal in 2015.
Authoritarian politics and military aggression are a dangerous mix. As President Trump announced his war on Iran wearing a baseball cap in a video released in the early hours Saturday morning while he was at Mar-a-Lago, that lesson hung heavily over the proceedings. This was a decision made by one man with no legal basis, little public support and no coherent explanation of an endgame.
Within a few months, Mr. Trump has ordered the military to blow up boats in the Caribbean, abduct the leader of Venezuela and decapitate the government of Iran. The absence of any congressional authorization or campaign to prepare the American people feels intentional. We are not meant to think too much about the basis for action, how much it costs or what happens after the spectacle of bombs falling. Before we digest the last operation, there is the threat of a new one. The dizzying nature of these actions makes them seem routine.
But something has shifted. Mr. Trump now regularly uses the military as an extension of his personal instincts. He may try to keep the operation short. That won’t stave off the consequences. Whatever happens in the coming weeks, the United States has extended its post-9/11 forever war into Iran, an act that will reverberate across the Middle East for years to come.
The immediate questions concern the course of the war. Iran’s supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei, was a brutal and repressive force in the lives of Iranians for decades. His demise hardly resolves the matter of who will control a country of more than 90 million people, particularly as the most heavily armed factions tend to be the most hard-line and are faced with a direct threat to their power and wealth.
The Iranian regime is weakened but still capable of inflicting damage. Strikes at U.S. military facilities and civilian targets from the Persian Gulf states to Israel suggest an initial strategy of trying to redistribute the violence and disruption wrought upon Iran to its neighbors. Attacks on energy infrastructure and shipping could bring those costs to the global economy. (Energy prices have already jumped.) Retaliatory cyberoperations, terrorism and proxy strikes could also come in waves.
Mr. Trump’s only stated plan for regime change was a call for the Iranian people to rise up. Then what? Those who do may be massacred. Some version of the regime could still cling to power. Iran could devolve into civil conflict, as Afghanistan, Iraq and Libya did after the initially triumphant toppling of their leaders. Separatist movements among ethnic minorities could fracture the country and draw in neighboring states. Protracted violence or extreme poverty could lead to a surge of refugees into Afghanistan, Pakistan, Turkey and ultimately Europe.
There are, of course, better scenarios. A chastened regime could pursue some form of accommodation with America and evolution at home. Or perhaps Iran could buck the trend of nearly every other country from North Africa to South Asia that has undergone regime change this century and transition peacefully to a democratic form of government.
Mr. Trump will surely declare victory in Iran, just as he did last summer. But wars play out in the lives of people and nations, not news cycles. The 1953 U.S. and British-backed coup that enabled the shah to consolidate power in Iran appeared to be a victory, but it became part of the DNA of the Iranian Revolution of 1979 and the Islamic republic that has bedeviled the United States ever since.
Even those who welcome the decapitation of the Iranian regime may feel deep unease about America’s behavior. The United States, like Israel, now seems to follow no rules, consult few allies and pay little regard to the destruction it leaves behind, including in the prosperous Arab gulf states. Like an empire of old, it demands tribute — be it Venezuelan oil or payments to the amorphous “Board of Peace.” Mr. Trump’s tariff policies, maximum pressure sanctions, episodic threats on Greenland and military action are experienced as a strategy of calculated chaos.
What lessons will nations draw from this new reality? For would-be nuclear powers, it is that North Korea’s arsenal brought security that Iran’s negotiations could not. For Russia and China, it is that might makes right. For our European allies, it is that the United States is an unpredictable force that could again threaten Greenland or meddle in their internal politics at any moment. The old U.S.-led order is dead. The new one feels unstable and ominous, as if a storm could descend at any moment.
Mr. Trump probably would not have become president without his stated opposition to forever wars; it is a feature, not a bug, of MAGA. Yet in his return to the presidency, he has proved to be far more interested in power itself. Setting aside the risks outlined above, this dynamic alone should compel stronger and sustained Democratic opposition to this war.
Rather than representing a break from America’s imperial instincts, Mr. Trump has personalized them. There is no reason to believe he won’t lash out militarily again. (How many Americans even know we bombed Nigeria on Christmas Day?) Cuba is currently being starved by a blockade, despite posing no danger to U.S. national security.
After 25 years of constant war, there is little appetite for this kind of adventurism among the American people. The operations around Venezuela and in Iran are both estimated to cost at least several billion dollars, with more to come. That is not how American taxpayers want their money spent amid a cost-of-living crisis, deep cuts to the social safety net and exploding deficits.
More profoundly, the way Mr. Trump has deployed the newly minted Department of War abroad should raise concerns about what he might do with the military at home. Already he has tried to send troops into American cities but faced judicial pushback. He has mused about invoking the Insurrection Act, which would grant him emergency powers to deploy the military to enforce laws within the United States. Whether in response to peaceful protests or an election loss, this would put American democracy into dangerous territory.
If these scenarios seem fanciful, consider what has already happened. Mr. Trump addressed general officers and suggested that U.S. cities become military training grounds. He called for the imprisonment of a handful of Democratic members of Congress for suggesting that service members should not follow illegal orders. And last week he ordered the government to stop using the services of the artificial intelligence company Anthropic because it refused to allow the Pentagon to have unfettered access to its technology for the mass surveillance of Americans.
We must not be numbed to the repeated, illegal use of the United States military. Nor should we discount what Mr. Trump’s extension of the forever war is doing to us.
Foundational questions are at stake for Americans. Do we want to continue forever wars financed with borrowed money and fought by service members whose sacrifices stand in stark contrast to the cowardice of our billionaire class? Do we want to regularly bomb other countries while endangering the lives of millions of human beings by dismantling the U.S. Agency for International Development? Do we want to remain in a permanent state of war that migrates from one place to another while rampant inequality and revolutionary technologies remake our communities with little resistance?
Mr. Trump’s authoritarianism is not abstract. There is nothing stopping him from wielding the awesome power of the United States to serve his own interests, not the public’s. War should neverbe normal. We don’t know where this one will lead, but we do know that it has already killed untold civilians — including dozens of girls who did nothing but go to school. The desensitization of Americans to this kind of violence is part of what is broken in our society.
By aligning themselves with public opinion, the Constitution and a sense of shared humanity at home and abroad, Democrats can offer an alternative vision to the forever war. The just and lasting peace that most Americans seek is one in which government responds to their problems, rather than constantly looking for regimes to change or enemies, whether foreign or domestic, to crush.
https://www.nytimes.com/2026/03/02/opinion/trump-iran.html
The Economist (Pay Wall)
China’s ice-cold calculus over Iran
In the Middle East, it is a political weakling but an economic force
https://www.economist.com/china/2026/03/02/chinas-ice-cold-calculus-over-iran
The New York Times
Trump Embraces U.S. Military Power After Years of Caution
The wars in Afghanistan and Iraq offered a stark lesson in the limits of military force. The Iran attacks suggest an era of postwar wariness is over.
In his three runs for the presidency, Donald J. Trump, more than any other candidate, spoke of the limits of U.S. military power, especially in the Middle East.
In 2016, he blasted the Iraq invasion as a “big, fat mistake.” In 2023, he kicked off his third run for the White House by boasting, “I am proud to be the only president in decades who did not start a new war.”
Mr. Trump was channeling a deep and widespread pessimism that dominated the Pentagon and the foreign policy establishment in the years after the Iraq and Afghanistan wars.
The hopelessness ran through both political parties.
“In Iraq, the U.S. intervened and occupied, and the result was a costly disaster,” Philip Gordon, a top foreign policy adviser in the Obama White House, famously wrote in 2015. “In Libya, the U.S. intervened and did not occupy, and the result was a costly disaster. In Syria, the U.S. neither intervened nor occupied, and the result is a costly disaster.”
But it was Mr. Trump who transformed the frustrations into a popular political movement.
One year into his second term, Mr. Trump seems to have shed his earlier skepticism and turned repeatedly to the U.S. military as a low-cost, high-payoff means of solving problems that have bedeviled American presidents for decades.
In June, he dispatched B-2 bombers on a mission to strike Iran’s nuclear facilities.
So far this year, he has given the green light to a high-stakes raid that resulted in the capture of President Nicolás Maduro of Venezuela. “No nation in the world could achieve what America achieved,” Mr. Trump said hours after the operation.
Then he signed off on a major U.S.-Israeli attack that killed Ayatollah Ali Khamenei, Iran’s supreme leader. Mr. Trump said on social media that the attacks would continue “throughout the week or, as long as necessary to achieve our objective of PEACE THROUGHOUT THE MIDDLE EAST AND, INDEED, THE WORLD!”
The president’s sudden embrace of U.S. military power is a stunning reversal. Democrats warned over the weekend that he was ignoring the lessons of the long and bloody wars in Iraq and Afghanistan.
“The American people have seen this playbook before — claims of urgency, misrepresented intelligence and military action that pulls the United States into regime change and prolonged, costly nation-building,” Senator Mark Warner of Virginia, the top Democrat on the Intelligence Committee, said in a statement.
The attacks on Iran have also come at a cost to the United States. Retaliatory strikes have so far killed six U.S. troops, the military’s Central Command announced on Sunday.
During the wars in Iraq and Afghanistan, senior military officials repeatedly emphasized that the United States could not bomb or kill its way to victory. America’s enemies would rearm and replace leaders lost to airstrikes and raids. Civilian casualties, an inevitability in war, would feed the enemy’s ranks.
Mr. Trump appears convinced that he and his top advisers, including Gen. Dan Caine, the chairman of the Joint Chiefs of Staff, have found a more effective way of wielding military might.
In the days leading up to the Iran attack, General Caine emphasized that an operation aimed at toppling the government or debilitating the military would be much more difficult than the capture of Mr. Maduro or the strikes on Iran last summer.
Publicly, Mr. Trump played down the risks and insisted that General Caine believed any military incursion into Iran would be “something easily won.”
The president’s string of relatively low-cost military successes in his second term seemed to have shifted his views on American military interventions.
“He has accepted that the U.S. military is very good,” said Daniel L. Byman, a senior analyst at the Center for Strategic and International Studies. “He seems to believe that if you avoid major ground operations and keep it limited, it’s probably going to work.”
In the aftermath of military defeats, senior uniformed leaders have often acted as a check on presidential ambitions. Gen. Colin Powell, who was wounded in Vietnam and went on to serve as chairman of the Joint Chiefs of Staff, insisted that the U.S. military should be deployed only when vital American interests were at stake, the objectives were clear and an exit strategy had been defined.
His dictum became known as the Powell Doctrine.
A decade later, Mr. Powell set aside his skepticism and made the case in a presentation to the U.N. Security Council for the 2003 invasion of Iraq, a decision he later came to regret.
In Mr. Trump’s first term, senior Pentagon leaders like Defense Secretary Jim Mattis and the Joint Chiefs chairman, Mark A. Milley, who led troops in Iraq and Afghanistan, sought to temper his military instincts. The president came to loathe and distrust both of them.
In Mr. Trump’s second term, Defense Secretary Pete Hegseth has fired or sidelined more than two dozen generals whom he viewed as out of step with the president’s policies and instincts regarding the employment of military force.
The dismissals, which are without precedent in recent decades, have had a chilling effect on those who remain, military officials said.
Mr. Trump’s view of military force is not totally unconstrained. In both Iran and Venezuela, he has repeatedly ruled out the large-scale deployment of ground forces that characterized the Iraq and Afghanistan wars.
His approach to military powers, such as Russia and China, has been far more conciliatory than confrontational.
Mr. Trump has also shown a willingness to pull the plug on military interventions, such as his campaign to reopen shipping in the Red Sea by bombing Houthi militants in Yemen into submission. He wanted to see results in 30 days of the initial strikes.
When senior military leaders suggested it would take as long as 10 months to debilitate the Houthis’ air defenses, Mr. Trump cut a deal with the militants rather than continuing the operations. The United States would halt the bombing campaign, and the militia would no longer target American ships. The Houthis did not commit to ending attacks on other vessels.
“He basically seemed to conclude that the costs, including the financial costs, of continuing the operation were too high,” said Richard Fontaine, the chief executive officer of the Center for a New American Security.
Other presidents contemplating military action often leaned heavily on advisers to craft strategies that balanced ends, ways and means to achieve a clearly defined conclusion. Today, Mr. Trump seems to be operating by instinct rather than any strict ideology or planning process.
“He has been explicit that he will not allow American power — or his own credibility — to be undermined,” said Anne Dreazen, a former Middle East analyst at the Pentagon who is now with the American Jewish Committee, which supports Jewish causes around the world. “When Iran continued using the nuclear negotiations to stall and play games, that was a serious miscalculation.”
The big question is whether Mr. Trump’s approach, with its emphasis on continued coercion through air and missile strikes, will produce a more sustainable peace than previous strategies did.
His tactics are well suited to narrowly defined objectives. In Iran, Mr. Trump’s goals are far more ambitious.
https://www.nytimes.com/2026/03/02/us/politics/trump-military-power.html
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Case for Cautious Optimism About Trump’s War in Iran
Even if the regime doesn’t fall, it will be leaderless, impoverished, isolated, besieged, mostly disarmed.
Le Point
Iran : « Toute négociation serait une faute historique »
ENTRETIEN. La confrontation ouverte entre Israël, les États-Unis et l’Iran redistribue les cartes au Moyen-Orient. Pour Antoine Basbous, politologue chez Forward Global et directeur de l’Observatoire des pays arabes, la République islamique joue sa survie politique, tandis que la France révèle ses fragilités stratégiques.
Après plusieurs jours de frappes israélo-américaines visant des infrastructures stratégiques iraniennes, le Moyen-Orient est entré dans une phase de confrontation directe inédite depuis des décennies. Tandis que le Hezbollah a ouvert un nouveau front depuis le Liban et que les capitales européennes appellent à la désescalade, la France a opéré un revirement diplomatique éclair, passant d’une posture de retrait à l’affirmation d’une solidarité avec ses alliés. À Washington, Donald Trump a fait le choix d’un affrontement direct avec Téhéran, misant sur l’épuisement militaire et politique du régime plutôt que sur une reprise des négociations. Pour le politologue Antoine Basbous, cette stratégie repose sur un pari : que la chute des proxys régionaux et la pression militaire finissent par provoquer des ruptures internes, et un renversement du régime. Entretien.
Le Point : La diplomatie française a connu un retournement saisissant en moins de 24 heures : dimanche, Emmanuel Macron affirmait n’avoir été ni informé ni impliqué dans l’offensive israélo-américaine ; lundi, Paris se déclarait solidaire de ses alliés. Comment lisez-vous ce basculement ?
Antoine Basbous : La première réaction -; celle de samedi soir -; était épidermique. Elle reflétait une vexation sincère : la France, présente historiquement dans la région, membre permanent du Conseil de sécurité, n’a pas été prévenue de l’offensive israélo-américaine. C’est une claque. Macron a dit qu’il « n’était ni informé ni impliqué ». Cette formule révèle une marginalisation que la communication française a ensuite amplifiée, en la revendiquant publiquement -; ce qui était une erreur. Le monde entier sait maintenant que la France compte peu dans ce dossier. Et puis, au réveil du lendemain, la réalité a imposé sa logique : tous nos partenaires sont ciblés. L’Iran a frappé la base navale française d’Abu Dhabi aux Émirats arabes unis -; pays avec lequel la France a signé un accord de défense solide en 2009. L’Iran a également touché la base britannique d’Akrotiri à Chypre, territoire européen même si le Royaume-Uni n’est plus dans l’Union. Il fallait rentrer dans la danse. La déclaration de Jean-Noël Barrot dans la matinée en a été l’expression.
Quand on vend des Rafale, des CAESAR, des frégates multimissions (FREMM), des systèmes de défense antiaérienne aux Émirats et au Qatar, quand l’industrie française de l’armement vit en partie de ces commandes, on a une obligation morale -; pas seulement contractuelle -; d’être présent quand ces pays sont sous le feu. Les accords de défense ne sont pas des accords de papier pour les temps de paix. Il est inutile de se réfugier derrière l’ONU ou le Conseil de sécurité. Ce même Conseil n’a jamais approuvé le nucléaire iranien clandestin, ni le terrorisme iranien qui a frappé la France, les États-Unis et l’ensemble des pays du Golfe. On ne peut pas invoquer indéfiniment la légalité internationale quand l’adversaire s’en affranchit systématiquement.
Certes, la France est désargentée, surendettée -; d’une dette qui, de surcroît, n’a pas été investie dans des capacités militaires ou dans la grandeur du pays. Elle n’a pas de munitions. Mais elle a encore une image, un siège au Conseil de sécurité, des partenariats régionaux qui cherchent son amitié et sa protection. Elle a donc toujours une carte à jouer -; celle de la fermeté, de la fiabilité, de la présence aux côtés de ses alliés.
Comment définissez-vous ce qui se joue en ce moment ? De quel type de conflit s’agit-il, et que cherche la coalition israélo-américaine ?
Nous assistons à l’aboutissement d’un processus engagé le 8 octobre 2023. Les massacres du 7 octobre n’étaient pas une initiative locale ou isolée : il s’agissait d’ une opération iranienne conduite par procuration . L’Iran a organisé cette attaque à travers ses « essaims de frelons », c’est-à-dire l’ensemble des milices et organisations armées qu’il a méthodiquement positionnées autour d’Israël. Ces proxys ont été décapités les uns après les autres : le Hamas à Gaza, le Jihad islamique, Assad en Syrie et une partie de l’appareil militaire du Hezbollah. Il restait le cerveau. Ce cerveau, c’est la République islamique d’Iran.
Or ce régime a lui-même contribué à s’exposer. D’abord par l’affaiblissement de ses relais régionaux, mais aussi par ses choix stratégiques : l’enrichissement illicite de l’uranium à 60 %, l’accumulation de plus de 400 kilos de matières enrichies sans justification civile, le développement de missiles balistiques capables d’atteindre le sud de l’Europe, et la pratique continue du terrorisme, financé, organisé et exporté.
Aujourd’hui, ce régime est quasiment indéfendable sur le plan politique et stratégique. Il a violé toutes les lignes rouges et défié durablement la communauté internationale. Ce qui se joue dépasse donc largement la séquence militaire actuelle : c’est l’architecture du Moyen-Orient pour les cinquante prochaines années qui est en train de se redessiner.
Il faut être très clair : il ne s’agit pas de se débarrasser de l’Iran en tant que pays ou civilisation. Il s’agit de mettre fin à la République islamique, à un régime théocratique dont l’ADN est le terrorisme international. Nous arrivons à la fin d’un cycle historique de près d’un demi-siècle, celui de la doctrine Soleimani. Sous cette doctrine, l’Iran contrôlait directement ou indirectement quatre capitales arabes -; Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa -; auxquelles s’ajoutait Gaza. Cette époque est en train de s’achever.
Certains affirment que les négociations en cours avant les frappes avaient abouti à des concessions importantes de l’Iran, y compris sur son programme balistique. Ce tableau vous semble-t-il exact ?
Non. Ces négociations étaient une feuille de vigne -; des deux côtés. Un rideau de fumée destiné à masquer les préparatifs militaires. Washington avait besoin de temps pour acheminer ses renforts dans la région : deux groupes aéronavals, dont le Gerald Ford positionné face aux côtes israéliennes non pour projeter la puissance, mais pour assurer la protection antimissile du ciel israélien. Il fallait également renforcer les systèmes de défense des pays du Golfe et d’Israël. Ce déploiement prend du temps.
Du côté iranien, la tactique était identique : gagner du temps pour anesthésier Trump, le noyer dans des détails, faire croire à des avancées. Les Iraniens ont d’abord imposé leur agenda à 100 % -; ils ont exigé de déplacer les négociations de Turquie à Oman, écarté tous les pays voisins, restreint les discussions au seul dossier nucléaire en excluant les missiles balistiques, qu’ils présentaient explicitement comme « non négociables ». Et chaque semaine, ils réclamaient un nouveau délai : « On revient la semaine prochaine avec des propositions », « Il faut consulter le Guide, il n’est pas joignable »… C’était du bluff à grande échelle.
La dernière pièce de ce poker menteur, c’est que le secrétaire d’Etat Marco Rubio devait arriver en Israël ce jour-là -; ce qui supposait des aéroports ouverts, une situation calme. Les mollahs à Téhéran ont cru que la veille du Chabbat et de Pourim leur offrait une fenêtre de sécurité. Ce fut une erreur d’appréciation fatale. Il n’y a jamais eu de vraie négociation sur les missiles balistiques. Ce dossier n’était, selon les Iraniens eux-mêmes, tout simplement pas sur la table.
Quelle est la position des pays arabes face à cette offensive ? Souhaitent-ils réellement la chute de ce régime après quarante-sept ans ?
Tous, sans exception, ont payé le prix du terrorisme pratiqué par l’Iran et ses milices. Ils détestent ce régime -; mais ils en ont peur. Ils ont peur de ce serpent, craignant que si on l’agite, il vienne les mordre. En revanche, si on leur assure qu’on va lui couper la tête -; et non pas seulement lui blesser la queue -; ils seront rassurés et soulagés. La nuance est capitale.
Mais leur soutien est tempéré par deux craintes contradictoires. La première, c’est le chaos post-chute du régime. L’Iran est un pays de 90 millions d’habitants appauvris, avec sept ou huit frontières terrestres et maritimes. Si l’État s’effondre, les Iraniens situés sur la côte ouest pourraient prendre des bateaux et devenir des boat people débarquant sur les rivages des pays du Golfe. La Turquie, qui partage une longue frontière, n’a aucune envie d’accueillir des centaines de milliers, voire des millions de réfugiés. Idem pour l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Pakistan.
La deuxième crainte est exactement inverse : que l’intervention marche trop bien. Qu’un Iran libéré, reconstruit, riche de ses ressources naturelles, de ses compétences humaines et de ses besoins immenses devienne l’eldorado de la région, attirant tous les investissements du monde. Un pays « vierge » en quelque sorte, qui a besoin de tout -; face à des pays du Golfe déjà saturés et optimisés. Cette perspective que l’Iran nouveau pourrait éclipser Dubaï, Riyad ou Doha comme destination privilégiée des capitaux est une crainte que les monarchies du Golfe n’osent pas exprimer tout haut.
Il y a aussi une dimension psychologique profonde. Les Iraniens, quand ils débarquent à Abou Dhabi, Dubaï, Riyad ou Doha, ont l’impression d’atterrir sur une autre planète, face à des infrastructures du XXIe siècle que leurs propres villes ne connaissent pas. Pendant ce temps, chez eux, on cannibalise les avions civils faute de pièces détachées soumises à sanctions, et des crashes d’appareils vieux de trente, quarante ou cinquante ans émaillent l’actualité chaque semaine. Cette comparaison est insupportable pour une nation qui a conscience de sa valeur.
Le Hezbollah a rouvert un front depuis le Liban cette nuit. Était-ce une erreur de l’Iran que d’activer ce proxy, au risque de précipiter à nouveau le Liban dans l’abîme ?
Pour l’Iran, c’est la démonstration que cet investissement au-delà de ses frontières a une utilité stratégique. Le Hezbollah a agi dans la nuit de dimanche à lundi précisément pour soulager le front iranien, créer une diversion, contraindre Israël à combattre sur plusieurs fronts simultanément. C’est sa fonction première. Et rappelons que la subordination du Hezbollah à Téhéran n’était pas un secret : Hassan Nasrallah lui-même le disait publiquement à la télévision -; « Je suis un soldat dans l’armée du Wali al-Faqih », c’est-à-dire du Guide Khamenei. C’était une déclaration de vassalité assumée.
Pour le Liban, en revanche, c’est une catastrophe sans nom. Le Hezbollah a progressivement subtilisé les fonctions régaliennes de l’État libanais. Depuis plus de vingt ans, c’est lui qui décide des guerres, lui qui a conduit à la faillite du pays -; le Liban est en cessation de paiement depuis 2020. La destruction de quinze kilomètres de villages chiites frontaliers d’Israël lors du précédent round, les nouveaux ordres d’évacuation portant sur une cinquantaine de villages supplémentaires… Dans la banlieue sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah, les biens immobiliers ont déjà perdu 60 % de leur valeur. Le Hezbollah a appauvri sa propre base sociale, les chiites libanais, en leur promettant la Galilée et en leur livrant la ruine.
On devait tenir le 5 mars à l’Élysée une conférence internationale présidée par Macron et le président libanais Aoun pour soutenir l’armée libanaise, avec de nombreux donateurs du Golfe et d’Occident. Elle a été reportée.
On entend encore nombre de voix appeler à une résolution politique du conflit, un cessez-le-feu, une reprise des négociations. Est-ce réaliste aujourd’hui, ou faut-il aller jusqu’à la décapitation du régime ?
Négocier aujourd’hui avec ce régime, c’est le légitimer pour des décennies. Si la République islamique traverse ce conflit debout -; même affaiblie, même amputée de son Guide suprême -;, elle aura prouvé qu’elle peut affronter simultanément les États-Unis, Israël, ses voisins du Golfe, et son propre peuple. Et qu’elle a tenu. À ce moment-là, elle gagne une légitimité considérable, suffisante pour gouverner encore cinquante ans. La désescalade, c’est le retour au statu quo. C’est offrir un avenir à la République islamique.
Il faut achever le travail, tourner la page, redessiner l’architecture régionale pour les cinquante prochaines années. Sans ce régime, mais avec un autre Iran. Un Iran qui ressemble à sa population, libéral, réconcilié avec le reste du monde. Et cessons de nous réfugier derrière la légalité internationale quand toutes les parties ne la respectent pas. Quand l’adversaire s’assoit sur le droit international, on ne peut pas s’y accrocher indéfiniment.
Comment imaginez-vous une sortie de crise ? Existe-t-il un scénario où l’Iran sort lui-même de l’impasse ?
Le scénario le plus souhaitable, c’est qu’un acteur iranien surgisse, issu du régime lui-même, de l’armée régulière plutôt que des Gardiens de la révolution, et dise : « Je représente le nouvel Iran. J’ai l’institution militaire avec moi. Je veux négocier la levée des sanctions et le retour de mon pays dans le concert des nations. Nous ne sommes plus une menace pour nos voisins. » C’est le scénario d’un Boris Eltsine iranien issu du régime qui retourne l’appareil d’État.
Ce n’est pas aussi improbable qu’il y paraît. Quand les Gardiens de la révolution n’auront plus de moyens de communication fonctionnels, détruits par les bombardements ou neutralisés par la guerre cyber, quand ils n’auront plus d’autorité réelle sur leurs troupes, beaucoup enlèveront leur treillis et se fondront dans la foule. C’est le pari que fait Donald Trump. Un vrai pari, mais il n’est pas irrationnel. Car tout le monde n’est pas Pasdaran en Iran, tout le monde n’est pas mollah. L’opinion publique iranienne est majoritairement hostile à ce régime depuis des décennies. Et pour cause : un dollar vaut désormais deux millions de rials. Ce pays est privé de tout commerce normal depuis un demi-siècle. C’est l’enfer quotidien pour des millions de personnes qui n’ont rien demandé.
La sortie de crise ne peut donc pas venir d’une posture de défi -; « on est les plus forts, on désescalade et on renégocie notre survie ». Elle doit venir après la défaite militaire reconnue, après la faillite admise, avec une nouvelle gouvernance. Voilà l’unique séquence crédible.
L’Express
Guerre en Iran : pourquoi Benyamin Netanyahou a déjà gagné
Idées. Si Donald Trump joue gros au Moyen-Orient, Benyamin Netanyahou a lui une opportunité historique de se débarrasser de la menace existentielle iranienne, tout en préservant son avenir politique. Qu’importent les conséquences pour la région…
C’est l’avantage de partir en guerre aux côtés de Donald Trump : toute l’attention se concentre sur le président américain, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Dans la conduite des opérations contre l’Iran, les Israéliens font bien plus figure d’égaux des Américains que d’associés juniors. Rien qu’au premier jour de l’attaque, près de 200 avions israéliens ont touché plus de 500 cibles sur le sol iranien. Qu’importe, les médias occidentaux se focalisent sur la “guerre de Trump”. L’issue de ce conflit, comme l’évolution de l’Iran après la mort d’Ali Khamenei, restent bien incertaines. Le régime de Téhéran va-t-il se radicaliser, se “vénézualiser” ou s’effondrer? Mais d’ores et déjà, on peut déclarer un grand gagnant : Benyamin Netanyahou.
Il y a trois ans, les militaires israéliens n’avaient que deux obsessions. L’une toute proche, le Hezbollah à la frontière libanaise, et l’autre à près de 2 000 kilomètres, le régime islamique iranien, perçu de loin comme la plus grande menace pour l’existence de l’État juif. Plus personne ne semblait alors se préoccuper de Gaza et du Hamas, qu’on croyait sous contrôle grâce à la technologie israélienne, à la manne financière du Qatar et au pécule des travailleurs gazaouis autorisés à entrer sur le territoire israélien. Décidé par Yahya Sinouar sans consulter le parrain iranien, le 7 octobre 2023 fut à la fois un désastre du renseignement israélien – dont Netanyahou n’a toujours pas répondu – et une incroyable opportunité historique pour se débarrasser de “l’axe de la résistance” centré autour de Téhéran.
Plus de deux ans après le jour le plus tragique de l’histoire d’Israël, le bilan de Tsahal et du Mossad est spectaculaire : le Hamas a été décimé, Hassan Nasrallah, charismatique chef du Hezbollah, tué par une frappe, tandis que son organisation s’est retrouvée humiliée par l’opération des bipeurs. Allié de l’Iran, le dictateur syrien Bachar el-Assad a dû fuir, honteusement, à Moscou. Mais Bibi Netanyahou vient d’obtenir son plus prestigieux trophée avec la mort d’Ali Khamenei. Victime d’hubris, le leader chiite n’a sans doute pas cru que le Premier ministre israélien arriverait à convaincre Donald Trump de déclencher une telle foudre.
Mises très différentes
S’ils sont partenaires, Netanyahou et Trump ont pourtant des mises très différentes dans cette attaque. Ancien propriétaire de casinos, le président américain a fait un pari risqué et peut perdre gros. Il s’est fait élire sur une promesse d’en finir avec les “guerres éternelles”, sa base Maga ne goûte guère aux aventures étrangères, et cette intervention en Iran était au départ très impopulaire aux Etats-Unis, moins d’un tiers des Américains estimant qu’il fallait prendre des mesures militaires contre Téhéran. Si le prix du pétrole s’envole du fait d’une crise durable au Moyen-Orient, Trump aura à répondre à son électorat, très sensible au coût de la vie et à l’inflation.
Sur le plan géopolitique, le président américain doit compter avec des alliés arabes, très généreux pour ses investissements personnels, qui ont tout fait pour empêcher cette attaque par souci de la stabilité dans la région, et en guise de remerciements se retrouvent aujourd’hui durement frappés par l’Iran. “Tout le modèle de stabilité, de la belle vie, de la dolce vita des pays du Golfe s’est effondré. Et les Iraniens peuvent frapper encore plus fort, ce qui créerait d’énormes problèmes pour le modèle économique de Dubaï comme de toute la région. C’est la raison pour laquelle Mohammed ben Salmane (MBS), contrairement à ce qu’a affirmé le Washington Post, n’était pas en faveur d’une attaque de l’Iran. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite comme les Émirats arabes unis (EAU) veulent que cela se termine le plus vite possible”, décrypte Bernard Haykel, professeur d’études du Proche-Orient à l’université de Princeton et chercheur à l’Hudson Institute.
“Enfin une guerre juste!”
Benyamin Netanyahou n’a lui pas ces préoccupations. Si l’armée israélienne craignait à juste titre les missiles iraniens, la population israélienne est très majoritairement prête à des sacrifices pour se débarrasser d’une menace existentielle. Sa décisiond’attaquer l’Iran moins d’un an après la “guerre des Douze Jours” a été saluée, y compris par les habituels détracteurs de Bibi. “Enfin une guerre juste!” a fait savoir dans The Economist Yair Lapid, qui se décrit comme son “rival politique le plus féroce”. “Au cours de toutes mes années en politique, je ne me souviens pas d’un tel consensus sur un sujet quelconque”, assure l’ancien Premier ministre. Ne faisant jamais de distinction entre le futur du pays et son propre avenir politique, le fin stratège Netanyahou y voit une opportunité pour remporter les prochaines élections législatives, qu’il peut anticiper à travers une dissolution. Contrairement à Donald Trump qui aime les opérations courtes, le gouvernement israélien a proclamé l’état d’urgence jusqu’au 12 mars, signe de sa volonté de profiter au maximum de cette séquence pour bombarder l’Iran. “Nous avons de nombreux jours de combat devant nous” a déclaré le chef d’état-major Eyal Zamir.
“Pour Trump, un succès militaire en Iran ne va pas lui faire gagner les élections de mi-mandat. Mais Netanyahou a lui besoin de se faire pardonner l’impréparation militaire qui a abouti au pogrom du 7 octobre. L’opération contre le Hezbollah était déjà une victoire forte. Mais là, s’il est capable d’éradiquer la menace iranienne, il restera comme le leader le plus prestigieux d’Israël depuis son indépendance, outre son record de longévité en tant que Premier ministre. Ce serait pour lui un gain politique remarquable”, résume Gilles Kepel, professeur émérite des universités et grand spécialiste de la région.
Même s’il a appelé la population iranienne à renverser le régime, l’avenir de l’Iran importe bien moins à Benyamin Netanyahou qu’à Donald Trump ou à Mohammed ben Salmane. Une seule chose compte pour les Israéliens : que le pays soit durablement affaibli sur le plan militaire, privé de programme nucléaire et vacciné contre ses obsessions antisionistes et islamistes. “Les pays du Golfe ne veulent surtout pas d’un Iran basculant dans le chaos, craignant notamment l’arrivée massive de réfugiés. A l’inverse, je pense que les Israéliens s’en fichent. Si l’Iran implose, sans État centralisé, ce ne serait pas un problème pour eux. Tandis que les Saoudiens, mais aussi les Américains, veulent éviter ça, car cela créerait une instabilité énorme dans la région, bien plus que ce qui se passe aujourd’hui au Yémen ou au Soudan”, note Bernard Haykel.
Hezbollah et Houthistes
Dans ce qui a tout d’une démarche suicidaire, le Hezbollah vient de faire un cadeau supplémentaire à Netanyahou en frappant Israël en réaction après la mort de Khamenei. Une occasion en or pour l’armée israélienne de repasser à l’offensive au sud du Liban. Mais Israël pourrait aussi vouloir cibler le dernier maillon de “l’axe de la résistance”, les Houthistes au Yémen. Allié aux Emirats arabes unis, l’Etat hébreu a été le premier au monde à reconnaître le Somaliland, territoire du nord de la Somalie qui occupe un espace stratégique face au Yémen.
Sur le plan géopolitique, la démonstration de force israélienne n’aura échappé à personne au Moyen-Orient. “On voit qu’Israël est la grande puissance de la région, qui peut frapper n’importe qui et n’importe quand”, souligne Bernard Haykel. De quoi attirer des Etats arabes qui savent la protection américaine volatile. Ces derniers mois, le rapprochement escompté entre Tel Aviv et Ryad s’était éloigné du fait du scandale humanitaire à Gaza, mais aussi de la rivalité entre les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite. Mais les ripostes iraniennes contre les pays du Golfe poussent à une alliance informelle entre Israël, Etats-Unis, EAU et Arabie saoudite. En dépit de leurs rancoeurs personnelles, MBS et MBZ (Mohammed ben Zayed), président des Émirats arabes unis, se sont officiellement reparlé. La radicalisation du régime iranien pourrait bien concrétiser ce que les accords d’Abraham n’avaient pas réussi à réaliser en temps de paix.
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Editorial
Dem Schwur auf die Staatsräson folgt der Offenbarungseid
Deutschland wird sich nicht am Krieg gegen Iran beteiligen. Trump dürfte sich in seinem Urteil über Europa bestätigt fühlen: große Klappe, nichts dahinter.
Im Schlachtenlärm des Krieges im Nahen Osten wäre beinahe eine Erklärung untergegangen, die politischen Sprengstoff enthält. Sie stammte von Macron, Starmer sowie Merz und besagte, dass ihre Staaten ihre Interessen und die ihrer Verbündeten verteidigen würden, gegebenenfalls auch mit „defensiven“ Angriffen auf die Raketen- und Drohnenbasen in Iran.
London und Paris sind, wenn es um den Einsatz ihres Militärs für eine als notwendig, wenn nicht gar gut befundene Sache geht, weniger zimperlich als Berlin, wo der Kanzler nicht wie Trump am Parlament vorbei in den Krieg ziehen kann. Die Erklärung aber legte nahe, dass Merz bereit wäre, deutsche Kampfflugzeuge in den Einsatz gegen Iran zu schicken, was auch dem Schwur auf die „Staatsräson“ entspräche, einem angegriffenen Israel beizustehen.
Deutschland fehlen schon die notwendigen militärischen Mittel
Dieser Deutung zog Außenminister Wadephul jedoch schnellstmöglich den Stecker: Deutschland habe nicht die Absicht, sich am Krieg gegen Iran zu beteiligen; es fehle der Bundeswehr auch an den notwendigen militärischen Mitteln dafür. Der Zweck des Zurückruderns und abermaligen Offenbarungseids war klar: Es soll nicht die übliche aufgeregte Diskussion über einen möglichen Einsatz der Bundeswehr aufkommen. Die Regierung hat schon Mühe damit, zu erklären, warum die politische Bewertung des Angriffs auf Iran anders ausfallen muss als eine rein völkerrechtliche, die sonst von Berlin bevorzugt wird.
Trump, den Merz an diesem Dienstag trifft, wird sich freilich in seinem Urteil über die Europäer bestätigt sehen: große Klappe, nichts dahinter. Trump hatte seine Entscheidung, den iranischen Knoten mit dem Schwert durchzuhauen, daher auch nicht von europäischer Schützenhilfe abhängig gemacht.
Merz kann sich im Oval Office auf die Zölle und die Ukraine konzentrieren. Für Kiew könnte Berlin tatsächlich noch mehr tun. Jeder Taurus, den die Luftwaffe nicht in Iran verschießen muss/kann, sollte den Ukrainern geliefert werden. Auch dazu gab es schon einmal eine eigentlich unmissverständliche Ankündigung.
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Editorial
Über die deutsche Bombe nachdenken
Friedrich Merz vergisst, dass Deutschland Akteur ist und versuchen kann, im Rahmen des Rechts seine Probleme zu lösen. Das gilt auch für deutsche Atomwaffen.
Gut, dass der Bundeskanzler unsere Verbündeten nicht belehren will. Auch gut, wenn er versucht, sie zu verstehen. Gerade dann, wenn sich diese Verbündeten zum Teil gar nicht so viele Gedanken wie er über das Völkerrecht machen – was nicht heißen muss, dass sie es ignorieren. Merz sprach mit Blick auf den Irankrieg vom Dilemma, dass mit völkerrechtlichen Maßnahmen, die immer wieder versucht worden seien gegen ein Regime, das atomar aufrüste und das eigene Volk unterdrücke, „offensichtlich nichts zu bewirken ist“. Da ist etwas dran, auch wenn man nicht vergessen darf, dass Deutschland auch Akteur ist, also Handlungen und Entscheidungen vorantreiben und den Versuch unternehmen kann, Probleme im Rahmen des Völkerrechts zu lösen.
Die Grundlage des Zwei-plus-vier-Vertrages
Das vermisst man auch bei der Haltung des Kanzlers in der Atomfrage. Über eine eigene Bombe will Merz noch nicht einmal nachdenken – mit der Begründung, hier gehe Deutschlands vertraglicher Verzicht gleichsam über alles. Dabei kann man durchaus darüber sinnieren, ob der Angriffskrieg Russlands gegen einen europäischen Nachbarn nicht einen (legalen) Wegfall der Grundlage jener friedensvertraglichen Regelung von 1990 bedeutet.
Eine Bindung, die unter völlig anderen Umständen eingegangen wurde, sollte heute nicht existenzbedrohend wirken. Darüber muss man reden. Gern auch mit den Verbündeten.
The Jerusalem Post, Editorial
Strength and strain: Israel’s defense and societal resilience in the long war with Iran
Israel’s confrontation with Iran requires military precision and societal resilience. As the war drags on, how can Israel maintain strength without ignoring the toll on its people?
As Israel navigates one of the most serious confrontations with Iran in its history, it is worth stating plainly: the country’s defense establishment is functioning with discipline, precision, and resolve. That matters – it has kept Israel in a stronger strategic position than many feared when the first direct escalations began.
Since Saturday, Israel demonstrated an ability to strike deep, intercept effectively, and coordinate across intelligence, air defense, and diplomatic channels. Operations aimed at degrading Iran’s military and nuclear infrastructure were carried out with clear objectives: contain escalation, restore deterrence, and confront what Israeli officials have long described as the “head of the octopus” – Tehran’s role in arming, financing, and directing regional proxies that encircle Israel.
That is not improvisation but is rather institutional competence built over decades. Compared to previous wars, and certainly compared to conflicts unfolding elsewhere in the region, Israel remains operationally coherent. Its early-warning systems function. Its interception rates remain high, and its chain of command is intact. Even under sustained threat, the home front has displayed a remarkable level of discipline and civic responsibility.
That is no small achievement. And yet.
The cumulative toll on Israeli society
Confidence in the defense apparatus cannot blind us to the cumulative toll this moment represents. If Israel excels at short, sharp campaigns, rapid mobilization, decisive responses, and tactical surprise, this confrontation does not fit that mold. By any sober assessment, this is a long war, not necessarily in uninterrupted combat, but in gravity, in psychological weight and strategic endurance.
We have been living under sustained threat for nearly two years – through Gaza, through the northern front, and now in direct confrontation with Iran itself. The cost is not measured only in casualties or physical damage; it is measured in anxiety levels, in marriages strained by repeated reserve duty, and in children who calculate the distance to a shelter before they calculate homework. It is measured in the quiet exhaustion of a society that has not fully exhaled in months.
Israeli mental health professionals have consistently reported rising demand for services since the beginning of the prolonged fighting. Studies conducted over the course of the war have documented increased levels of anxiety, depression, and trauma-related symptoms among both civilians and reservists. Prolonged uncertainty, not just acute danger, erodes resilience over time.
That is the part we must not ignore, because resilience is not automatic – it is not a cultural inheritance that renews itself indefinitely. Rather, it must be maintained, intentionally, structurally, and generously.
We can applaud the IDF
The defense establishment deserves full backing in its effort to neutralize a strategic threat that has shadowed Israel for decades. If there is an opportunity to weaken the axis that has armed and financed attacks on Israeli civilians from multiple fronts, it must be approached with clarity and professionalism. At the same time, deterrence alone does not sustain a society.
Sustaining a long-term confrontation requires more than military readiness. It requires social readiness, economic cushioning for businesses operating amid uncertainty, expanded psychological services for families cycling through months of emergency alerts, and support systems for reservists transitioning repeatedly between the battlefield and the living room. It requires leadership that acknowledges not only strength but also strain and understands that public endurance is not an inexhaustible resource.
We can applaud the pilots while also recognizing the trauma of the communities they protect. We can support intelligence operations while investing in long-term mental health infrastructure. We can pursue strategic clarity while admitting that the past two years have reshaped the emotional landscape of an entire generation.
The long game
Israel is very good at the short game; the long game requires something else: steadiness without denial, strength without bravado, and a national conversation that allows for pride and fatigue to coexist.
If this campaign is indeed about removing the “head of the octopus” once and for all, it will not be won by airpower alone. It will be won by a society that understands both its power and its limits, and chooses to protect both with equal seriousness. That balance, more than any single strike, is what will determine whether we emerge not only secure but whole.
https://www.jpost.com/opinion/article-888586
The Wall Street Journal (Pay Wall)
It All Started With the Hostages
Iran picked this fight 47 years ago.
Mr. Hennessey is editor of Free Expression.
L’Express
Pourquoi l’Europe doit s’impliquer en Iran
Géopolitique. Au-delà du devoir moral d’aider les Iraniens à se libérer de la tyrannie, elle a des intérêts essentiels à défendre dans ce conflit.
Les Européens n’ont pas su s’élever à la hauteur de l’enjeu iranien. Mis devant le fait accompli par Washington et Jérusalem, ils vont devoir gérer les conséquences d’une guerre à leur porte qui impacte leur sécurité mais sur laquelle ils n’ont guère de prise. Cueillis à froid par l’intervention américano-israélienne, qui était pourtant prévisible, les dirigeants ont réagi dans la confusion. L’Espagne l’a condamnée, certains l’ont approuvée, la majorité s’est gardée de prendre position.
Bien sûr, Donald Trump a pris, une fois de plus, des libertés avec le droit international et avec la charte de l’ONU – il n’est pas le premier président américain à le faire. Bien sûr, l’implication des Etats-Unis a aussi à voir avec le calendrier électoral – les législatives de mi-mandat, prévues le 3 novembre, se présentent mal pour Trump, et une action d’éclat au Proche-Orient pourrait aider son camp à remonter la pente. Bien sûr, les précédents historiques tendent à prouver que les avions de combat ne sont pas un vecteur adapté pour promouvoir la démocratie.
Il n’empêche : l’opération en Iran se présente comme une occasion historique de contrer et peut-être d’éliminer un régime malfaisant, qui fait régner la terreur depuis un demi-siècle au Proche-Orient et au-delà. Un régime qui a pris pour cible l’Occident, qui s’est fixé pour objectif de rayer Israël de la carte du monde, qui a eu recours à plusieurs reprises au terrorisme contre les intérêts européens, français en particulier. Cette théocratie chiite a promu l’islamisme le plus réactionnaire, opprimé son peuple, éliminé ses opposants, persécuté les femmes. Elle a soutenu activement, depuis quatre ans, la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, devenant ainsi un acteur majeur de l’insécurité européenne.
Pour toutes ces raisons, les dirigeants européens ont raté l’occasion de manifester leur soutien aux Etats-Unis et à Israël, au lieu de se borner à appeler à la désescalade. Ils auraient dû se réjouir plus ouvertement de l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei, le bourreau de son peuple. Cela ne les aurait pas empêchés de dénoncer simultanément le “deux poids, deux mesures” de Donald Trump, lorsque le président américain cible l’Iran mais tolère les exactions de Vladimir Poutine en Ukraine.
D’autant qu’au-delà de l’impératif moral, le conflit menace des intérêts européens essentiels. Il y a le risque de résurgence du terrorisme islamiste. Il y a les flux migratoires, qui ne manqueraient pas d’être relancés si le chaos venait à s’installer en Iran. Il y a le prix de l’énergie, comme l’a montré la flambée des cours consécutive à la décision du Qatar, le 2 mars, de cesser la production de gaz naturel liquéfié après les attaques iraniennes. Il y a aussi la lutte contre la prolifération nucléaire. Il y a encore la liberté du commerce maritime, entravée par les tentatives de l’Iran de bloquer le détroit d’Ormuz et les menaces de ses supplétifs houthistes du Yémen contre les cargos naviguant en mer Rouge. Il y a enfin la sécurité de nos partenaires du Proche-Orient, du Liban aux monarchies du Golfe en passant par la Jordanie et Israël.
Qu’ils le veuillent ou non, les Européens ne peuvent pas se soustraire à ce conflit. Les dirigeants allemand, français et britannique l’ont reconnu lorsqu’ils se sont dits prêts, dans un communiqué commun, à mener “des actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire à sa source la capacité de l’Iran à tirer des missiles et à lancer des drones”. Mais jouer la mouche du coche ne suffira pas. La guerre d’Iran est un nouveau choc pour l’Europe, après celle d’Ukraine. Son insuffisance géopolitique, sa vulnérabilité migratoire, sa dépendance énergétique, sa déficience militaire, sont à nouveau exposées au grand jour. Le mieux qu’elle puisse faire désormais est d’aider l’Amérique à gérer au mieux la transition, afin que l’Iran ne devienne pas un énorme trou noir sur son flanc sud-est. Mais pour cela, elle ne peut pas se contenter de rester spectatrice.
Le Figaro, Book Review
Mitra Hejazipour : «Les Iraniens n’ont pas de leçons à recevoir de cette gauche occidentale qui n’a jamais risqué sa vie face aux mollahs»
ENTRETIEN – La championne d’échecs iranienne salue la mort d’Ali Khamenei et fustige ces élus, en particulier l’Insoumise Manon Aubry, qui prétendent décider à la place des Iraniens ce qui est bon pour eux.
Mitra Hejazipour est une joueuse d’échecs irano-française, ancienne championne d’Iran et championne d’Asie, devenue grand maître international féminin. En 2019, elle retire publiquement son hijab lors d’un tournoi à Moscou, est exclue de l’équipe nationale iranienne, puis s’installe en France. Naturalisée française en 2023, elle devient la même année championne de France d’échecs. Elle a publié La joueuse d’échecs, un récit autobiographique, en janvier dernier chez Albin Michel.
LE FIGARO.- Le guide suprême Khamenei a été exécuté ce week-end lors d’une attaque israélo-américaine. Quelle est votre réaction, en tant que femme iranienne ?
Mitra HEJAZIPOUR.- C’est évidemment une très grande nouvelle. Cela fait des décennies que des millions d’Iraniens attendaient la fin de cet homme et de ce qu’il incarnait. Rien ne ressuscitera les victimes de ce régime, rien n’effacera les vies brisées, les tortures, les exécutions, les humiliations. Mais, depuis quarante-sept ans que cette dictature criminelle tient l’Iran, c’est la première fois que nous avons le sentiment d’un véritable soutien international et d’une chance historique de voir enfin ce régime vaciller.
Que répondez-vous à ceux qui critiquent l’intervention américaine et espèrent encore une transition pacifique et démocratique en Iran ?
J’aimerais leur rappeler de quoi nous parlons. Depuis près d’un demi-siècle, les Iraniens vivent sous un régime qui emprisonne, torture et tire à balles réelles sur sa propre population. Les Iraniens ont déjà tout risqué. Ils sont descendus dans la rue à de multiples reprises, les mains nues, au prix de leur liberté, de leur vie, parfois de celle de leurs proches. Combien de morts faudra-t-il encore pour que certains comprennent qu’il ne s’agit pas d’un régime réformable ? À un moment, soutenir la chute d’un pouvoir pareil, ce n’est pas être belliciste : c’est reconnaître une nécessité historique et humaine. Et j’ajoute que ce régime n’est pas seulement un danger pour les Iraniens ; il est aussi une menace pour la stabilité régionale et pour le monde.
Pensez-vous qu’il existe un décalage entre la diaspora iranienne, par définition très hostile au régime, et la population restée en Iran ?
Je ne le crois pas. Tout ce que j’entends, tout ce que je reçois comme échos du pays, me montre au contraire qu’une immense partie de la population se réjouit de voir le régime frappé au sommet. Bien sûr, vivre sous les bombardements est terrifiant, et personne ne peut se réjouir du danger qui pèse sur les civils. Mais il faut aussi regarder la réalité en face : il n’y avait plus d’issue simple, plus de voie paisible dans un système qui a fermé toutes les portes. Il existe encore un noyau de fidèles du régime, évidemment, mais il est minoritaire. Je suis fière du peuple iranien, qui a montré ces dernières années un courage extraordinaire. C’est, à mes yeux, l’un des peuples les plus laïques du Moyen-Orient. Une révolution culturelle profonde est en cours. La jeunesse iranienne, éduquée, connectée au monde, est désormais en décalage total avec l’obscurantisme des mollahs.
Qu’espérez-vous dans les jours qui viennent ?
Les États-Unis vont continuer à attaquer et à décapiter le régime. J’espère d’abord que le régime continuera de se désagréger et que ses instruments de répression perdront leur capacité de nuisance. J’espère surtout que les forces de l’ordre et les appareils sécuritaires comprendront qu’ils ne peuvent pas éternellement tirer contre leur propre peuple, et qu’une partie d’entre eux choisira de déposer les armes. Beaucoup d’Iraniens regardent aujourd’hui vers Reza Pahlavi pour incarner une phase de transition. C’est son nom seul qui a été scandé pendant les manifestations. Qu’on partage ou non cette préférence, il est un fait qu’il dispose d’une notoriété, d’une continuité et d’une légitimité symbolique importantes. Il a un programme complet : préserver l’intégrité territoriale du pays, garantir la séparation du religieux et du politique, assurer l’égalité entre les femmes et les hommes, et préparer une véritable transition démocratique. J’ai confiance en lui car il n’a jamais collaboré avec le régime, contrairement à d’autres opposants. Ensuite, ce sera au peuple iranien de décider souverainement, par les urnes, s’il veut une monarchie constitutionnelle ou une république.
Existe-t-il une nostalgie pour le régime du Shah en Iran ?
Il existe surtout une nostalgie de l’Iran comme nation, de l’Iran comme civilisation, de l’Iran comme patrie. Pour sortir de l’impasse actuelle, il faudra renouer avec notre identité nationale, que le régime islamique a voulu étouffer sous une identité idéologique et religieuse imposée. Le patriotisme iranien dépasse les appartenances communautaires, ethniques ou religieuses. Quand des manifestants crient « Vive le roi ! », ce n’est pas nécessairement l’expression d’un attachement doctrinal à la monarchie ; c’est souvent un cri patriotique. Les femmes ont eu le droit de vote en Iran avant la Suisse !
Vous avez vertement répondu à la députée insoumise Manon Aubry qui sur le réseau social X écrivait « Ni Chah, ni Mollah, ni USA : liberté pour et par le peuple iranien ! ». Pourquoi ?
Parce que je suis fatiguée de ce réflexe paternaliste d’une partie de la gauche occidentale, qui parle au nom du peuple iranien sans l’écouter réellement. Qui est-elle pour expliquer aux Iraniens ce qui serait bon pour eux ? De quel droit des responsables politiques européens, souvent très éloignés de la réalité iranienne, s’arrogent-ils le privilège de distribuer les bons points moraux ? Ce type de slogan peut sembler généreux vu de Paris ou de Bruxelles, mais il sonne souvent comme une posture. Une partie de la gauche occidentale a d’ailleurs fermé les yeux, pendant des années, sur la nature profonde de ce régime, voire a entretenu à son égard une complaisance coupable. Les Iraniens n’ont pas de leçons à recevoir de gens qui n’ont jamais risqué leur vie face aux mollahs.
Je suis fatiguée de ce réflexe paternaliste d’une partie de la gauche occidentale, qui parle au nom du peuple iranien sans l’écouter réellement. Qui est-elle pour expliquer aux Iraniens ce qui serait bon pour eux ? De quel droit des responsables politiques européens, souvent très éloignés de la réalité iranienne, s’arrogent-ils le privilège de distribuer les bons points moraux ?
Mitra Hejazipour
En 2019, vous avez décidé d’enlever votre hijab devant les caméras du monde entier lors de championnats d’échecs ; vous avez été exclue de l’équipe nationale. Pourquoi avoir fait le choix de vous rebeller ?
C’était un acte politique contre le régime qui a fait du hijab un symbole de soumission des femmes. Je suis contre le voile, je pense qu’il dégrade la position des femmes. Mais je crois à la liberté et si des femmes veulent le porter librement, elles doivent le pouvoir.
Pourquoi avoir choisi la France pour votre exil ? Êtes-vous satisfaite de la réaction de la France après l’intervention américaine ?
Depuis toute petite je suis fascinée par la France, par sa littérature. Je voulais vivre dans ce pays où règnent la liberté et la laïcité. La réaction de la France à l’attaque américaine a été un peu timide, elle a attendu d’être attaquée pour soutenir l’intervention. Je crois que la France doit se tenir aux côtés du peuple iranien, non seulement par amour de la liberté, mais parce que c’est dans son intérêt. Si ce régime tombe, ses tentacules terroristes s’effondreront aussi. Si le régime chute, il faudra tout reconstruire. La France peut jouer un grand rôle aux côtés des États-Unis pour redresser économiquement le pays.
THE WAR IN UKRAINE
Politico
What the Iran war means for Ukraine
Europeans fear a distracted U.S. will lose interest in pushing Vladimir Putin toward peace — as America burns through stocks of the missiles that Kyiv desperately needs.
LONDON — Europeans struggling to cope with Donald Trump’s inflammatory interventions may be about to discover there’s one thing worse: Not being the object of his attention anymore.
As Trump’s ongoing operation against Iran takes priority with Pentagon planners and the White House, European officials fear he will lose interest in ending Russia’s full-scale war in Ukraine, now into its fifth year.
The practical impact if the U.S. becomes embroiled in a drawn-out conflict in the Middle East could be even more severe than the political effect: Ukraine may be starved of the American-made weapons it needs to resist daily Russian missile attacks — because U.S. forces are using so many of them against Iran.
“Everyone understands that for us, this is our life — the appropriate weapons,” Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy told reporters on Monday. “If there are long-term hostilities in the Middle East, this will certainly affect the supply. I am sure of this.”
Trump said on Monday that the U.S and Israel-led war on Iran could last four to five weeks, but that he is prepared for it to go longer. Some analysts have warned it has the potential to spiral into a broader conflict that may be hard for America to exit.
“There is a knock-on effect in terms of attention,” said Ed Arnold from the Royal United Services Institute defense think tank in London. “How do you pin Trump down for having a policy or looking into renewed efforts to curtail the Russians in Ukraine, when he’s just opened another front in a potential war? Equally, if you’re going to fire off a lot of kit and equipment into the region, you’re not going to have the spares on the shelf.”
Even before the U.S. began its air strikes on Iran, officials in Washington were raising concerns that such a conflict could deplete American weapons stocks and leave the U.S. more vulnerable, an argument that is likely to grow louder the longer the war goes on. That could push the Trump administration to prioritize replenishing its own stocks at the expense of making missiles available to sell to Europe and Ukraine, a senior European government official warned, speaking on condition of anonymity because the matter is sensitive.
“A lot of firepower including interceptor and other missiles have been expended,” the official said. “The U.S. needs to restock, meaning there is less for Europe or Ukraine to buy.”
No ready supplies
In Kyiv, U.S.-made PAC-3 missile interceptors for Patriot air defense systems are seen as vital to shooting down Russian rockets. European governments don’t have ready supplies of air defenses either, and are prioritizing developing their own capabilities in order to be more self-reliant as well as to contribute more to Ukraine. But that effort is likely to take years.
Zelenskyy said it was “too early” to know whether the Middle East conflict will hurt Ukraine’s weapons supply line. “But we will do everything so that our domestic financing is not stopped, and then our domestic production will work at full capacity,” he said.
Kateryna Chernohorenko, former deputy defense minister of Ukraine, said in a post on Facebook Monday that drone developers, electronic warfare specialists and others must work together to avoid stocks running short. She called on Ukrainian arms firms to act quickly to buy up stockpiles of critical components to see the country through the next 12 to 24 months.
“The situation in the Middle East could very quickly escalate into a crisis of components for the defense industry in Ukraine,” she said. “Prices, quotas and supply chains will change dramatically.”
Talks continue
On the face of it, Trump remains committed to finding a solution to the Russia-Ukraine conflict. His envoy Steve Witkoff and son-in-law Jared Kushner met Ukrainian representatives last week for talks in Geneva. Trump has also spoken to Zelenskyy ahead of planned three-way talks including Russia, which had been expected later this week.
Zelenskyy said the next talks were due to begin March 5-6 in Abu Dhabi, but that the “hostilities” in the Middle East mean this plan can’t be confirmed. “Nevertheless, no one has canceled the meeting,” he said, suggesting it could be relocated to Turkey or Switzerland if needed. “The meeting must take place, it is important for us.”
The U.S. government said it did not have a capacity problem, when asked about its commitment to Ukraine. “The United States Military is fully equipped to achieve any and all of the President’s strategic goals,” White House spokesperson Anna Kelly said.
Yet Trump’s attempts to force the pace of negotiations, including by hitting Russia’s oil industry with U.S. sanctions, have so far failed to produce a breakthrough. Trump himself has said in the past that he might one day run out of patience and “back away” from trying to help deliver peace. “This was a European situation. It should have remained a European situation,” Trump said as long ago as last May.
Russian leader Vladimir Putin seems to be in no hurry to strike a deal. Recent days have seen more huge attacks on Ukraine with hundreds of Russian missiles and drones.
Playing the long game, with support from allies including China, North Korea and Iran, has helped Putin in some ways. After nearly three years of war, Ukraine-supporting Joe Biden left the White House to be replaced by Trump, who then cut off U.S. funding for Ukraine and temporarily shut down intelligence sharing as well.
“It’s going to be challenging to keep the bandwidth,” one European diplomat said. “Before the war against Iran — the Americans were already showing less interest and losing patience with Ukraine.”
The diplomat said Trump could lose focus on the peace negotiations — but added, “Were they leading anywhere anyhow?”
European can-kicking
Russia has been relentlessly attacking Ukraine’s energy infrastructure all winter, including with a massive missile and drone attack on the night of Feb. 25-26. According to the Institute for the Study of War, Russian forces launched 420 drones and 39 missiles against Ukraine — the fourth time Russia had fired more than 400 projectiles into Ukraine in February. Ukrainian air defenses shot down 374 drones and 32 of the missiles, according to the ISW.
The first tangible impact of the Iran crisis on Ukraine has already been felt — on the country’s bid to join the European Union. The EU had been due to give Ukrainian officials details of the next steps they would need to complete on their path to membership in the bloc, at a meeting in Cyprus this week.
But after an Iranian drone struck a British air base in Cyprus, the meeting was postponed. The delay is another disappointment for Kyiv, after the EU late last year failed to reach a deal on using frozen Russian assets to fund Ukraine’s recovery, then also failed to finalize a much-needed €90 billion loan that was promised instead. Without urgent new funding, Ukraine will face a budget deficit next month.
The EU plans to reschedule the meeting and to hand Ukraine its remaining accession files to negotiate as soon as possible, said a European diplomat familiar with the plans.
“It’s important not to lose the momentum,” the diplomat said. “We don’t want to allow the situation in the Middle East to affect this.”
Not all Putin’s way
To be sure, Putin is far from getting everything he wants. American and Israeli strikes have killed Iran’s Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei and a host of commanders and other top regime personnel, denying Putin another valuable ally after U.S. forces captured Venezuela’s Nicolás Maduro in January.
Iran had also been buying Russian weapons, and at the start of the Ukraine war sold its “Shahed” drones to Moscow. More recently, Russia has been making many of its own, based on Iranian designs.
Oleksandr Merezhko, head of the foreign relations committee in the Ukrainian parliament, told POLITICO on Monday he was “not worried Trump will be too distracted by war in Iran.”
“In principle, there are certain pluses for us,” he said. Apart from denying Russia a supplier of weapons, the U.S. attacks on Iran could help show Trump that Ukraine is “on the same side” as the U.S. — two democratic countries battling authoritarian regimes. “We are fighting against the entire axis of evil,” he said. “It’s not just Russia, it’s Iran, North Korea, it’s China, which is economically helping the Russian war machine.”
Yehor Chernev, deputy head of the national security and defense committee in the Ukrainian parliament, told POLITICO the Iran war will continue “in parallel” with the U.S.-brokered peace talks, which have not been canceled.
“They are interconnected,” he said. “The faster and more effectively the U.S. acts against Iran, the more chances there are to achieve progress in peace negotiations with Russia. The only risk for us will be if the U.S. and Israeli campaign against Iran drags on and does not achieve any goals. Then, indeed, attention to Ukraine may weaken.”
https://www.politico.eu/article/donald-trump-iran-ukraine-forgotten-war/
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Ukraine Depended on Western Weaponry. Now That Script Has Flipped.
Kyiv’s European allies are snapping up its military know-how as they seek to build up their own defenses
MUNICH—When the full-scale Russian invasion began, Western defense manufacturers rushed their modern weaponry into Ukraine, helping Kyiv drive back a much more powerful foe.
ENERGY
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
U.S. LNG Exports to the World’s Rescue
Ten years ago, Cheniere Energy began an export boom that is saving the world economy today.
ECONOMY
Contrepoints
Libéralisme : une mise au point conceptuelleLa propension française à pervertir le terme « libéralisme » est une vielle tradition. Dernier exemple en date : une chronique du philosophe Luc Ferry.
Encore Luc Ferry, s’exclameront nos fidèles lecteurs ! Effectivement, nous avons réservé au philosophe gaulliste une pendule récente. Si nous avons choisi de lui consacrer cette fois un article, cela s’explique par plusieurs raisons : d’abord parce que Luc Ferry est l’un de nos plus brillants philosophes ; ensuite parce qu’il intervient fréquemment sur les médias ; enfin et surtout parce que sa dernière chronique du Figaro s’intitule :« Ne pas confondre libéralisme et néolibéralisme », ce qui nous donne l’occasion -pour ne pas dire le prétexte…- de revenir sur différent concepts. Nous restons en désaccord sur nos conceptions du libéralisme et je crois ce débat souhaitable et sain pour aider à la clarification de nos politiques.
Premier débat : libéralisme et néolibéralisme
Luc Ferry part d’une critique des historiens et autres philosophes qui prétendent que la France serait en proie au libéralisme depuis plusieurs décennies. Cette pique est justifiée, si ce n’est que nous avons substitué le terme « libéralisme » à celui de « néolibéralisme » utilisé par Luc Ferry. C’est une première confusion.
En effet, le néolibéralisme est un courant de pensée allemand et français historiquement situé, de la fin des années 1920 aux années 1950 qui se distingue par un rejet tant du libéralisme classique que du socialisme. Il s’agissait en réalité d’une nouvelle mouture de « troisième voie » qui entendait conserver les points positifs des deux systèmes en écartant leurs inconvénients. Le néolibéralisme recouvre des auteurs assez sensiblement différents, mais tous plus ou moins éloignés de la pensée autrichienne contrairement à ce que laisse penser Luc Ferry. Il se trouve que Hayek a immédiatement marqué ses réserves à l’égard de ce courant de pensée, même si sa célèbre Route de la servitude de 1944 n’épargnait pas ses critiques envers le libéralisme classique. En ce sens, ce livre est est plus pertinent pour découvrir la pensée d’Hayek à ce sujet que le texte qu’évoque Luc Ferry tiré d’un ouvrage ultérieur : Droit, législation et liberté.
Mais peut-être que lorsque Luc Ferry parle de « néolibéralisme », il vise en réalité le libéralisme.
Second débat : libéralisme et Etat providence
Pourquoi cette confusion entre « néolibéralisme » et libéralisme ? En réalité, Luc Ferry écrit tout d’abord que « la logique démocratique de l’égalisation des conditions si bien décrite par Tocqueville ne pouvait en réalité être poursuivie sans solliciter l’intervention de l’Etat ». C’est juste, mais la raison donnée vaut le détour : « rien n’interdit (aux citoyens)d’exiger des politiques sociales qui vont donc se développer sur une base politique tout à fait libérale ». Mais n’est-ce pas confondre démocratie et démagogie puis démocratie et libéralisme ? Le fait que des hommes politiques promettent de manière démagogique aux électeurs des interventions tous azimuts ou de « raser gratis demain », le fait qu’ils utilisent une corne d’abondance pour distribuer leurs bienfaits, n’a évidemment rien de libéral.
Luc Ferry prétend : « Qu’on le veuille ou non, et quoi qu’en disent sans réfléchir les néolibéraux, la logique de l’Etat providence appartient de plain-pied à celle du libéralisme ». Cela nous semble une erreur, fût-elle réfléchie…. Notre philosophe ne s’arrête pas là : « Il n’y a en réalité aucune incompatibilité entre droits civils et droits sociaux, mais complémentarité » ! Et d’ajouter, dans une logique d’amalgame contestable : « « Le développement de la protection sociale s’est effectué dans notre histoire en continuité parfaite avec les principes fondamentaux du libéralisme politique ». Cette dernière expression témoigne, cette fois explicitement, d’une conception hémiplégique du libéralisme limitée à ses aspects politiques.
L’absence de limites de l’État
Mais si l’Etat providence est consubstantiellement lié au libéralisme (politique ?), comment Luc Ferry pourrait-il l’éreinter ? Les derniers mots du texte doivent être cités : « tout le problème (survient) quand on tombe dans l’excès, lorsque l’État providence devient obèse à cause de politiques keynésiennes d’accroissement de la dette qui ont enchanté la gauche (et la droite ? et le centre ?) mais plombé la France depuis des décennies ».
En résumé, Luc Ferry apparie libéralisme et Etat providence avec alacrité, mais il se lamente des « excès » du même Etat providence. Ce faisant, il oublie la notion de « marché politique », selon laquelle des votes s’échangent contre des promesses. Il ne faut pas s’en étonner : une fausse conception du libéralisme le conduit à défendre un État qu’il est impossible de contenir.
https://contrepoints.org/liberalisme-une-mise-au-point-conceptuelle/
Contrepoints
Il faut supprimer la banque publique Bpifrance
La seule solution aux multiples maux qui accablent les Français – déficit budgétaire, dégradation des services publics, dette publique, financement des retraites, chômage, etc. – c’est « plus de libéralisme, moins d’État pour mieux d’État » a déclaré l’entrepreneur Éric Larchevêque dans l’émission Tic Tech, produite par Maddyness et Boursorama.
Au journaliste qui lui demandait où il fallait couper, Larchevêque a répondu sans hésiter : « On commence par virer la Bpi [ndlr : Banque publique d’investissement] ». Il a ajouté : « On doit revenir à un modèle où c’est le marché qui décide. […] Je pense que Bpi a aidé des entreprises qui n’auraient jamais dû être aidées ».
Éric Larchevêque a bien sûr raison. Comment ne pas penser à la startup Ÿnsect qui a reçu au moins 300 millions d’euros (M€) d’argent public et qui a été placée en liquidation judiciaire il y a un mois ? Dans un autre registre, comment ne pas évoquer Arc International, sous perfusion d’argent public depuis des dizaines d’années ?
On nous rétorquera que toutes les entreprises financées par Bpifrance ne finissent pas au tribunal de commerce. C’est vrai. Néanmoins, il est permis de s’interroger sur l’utilité des fonds apportés par l’organisme public qui ne représentent que 10% du montant total des levées de fonds réalisées par les entreprises de la « French tech » en 2025 (750 M€ tout de même). Autrement dit, la banque publique n’intervient que marginalement pour aider à boucler un tour de table – qui aurait peut-être mérité de ne pas l’être. Si les financements privés sont insuffisants, c’est sans doute que les investisseurs ne sont pas assez nombreux à croire au projet qui leur est présenté.
Bpifrance prétend « compenser les défaillances de marché et soutenir des projets jugés stratégiques ou insuffisamment financés par le secteur privé », selon le média en ligne Maddyness. Qui sont donc les quelque 3 500 collaborateurs de la banque publique qui savent mieux que le marché – c’est-à-dire, au bas mot, plusieurs centaines de milliers d’investisseurs privés – ce qui devrait être financé et ce qui ne le devrait pas ? Des surhommes ou simplement des hommes qui, ne jouant pas avec leurs propres deniers, ont plus de risque de se tromper que les investisseurs privés ?
Dans son dernier rapport d’activité, Bpifrance se targue d’avoir « injecté 63 milliards d’euros dans le financement de l’économie française » qui n’est pourtant pas celle qui se porte le mieux au monde. Et qui n’est pas non plus celle qui compte proportionnellement le plus de licornes.
Les entrepreneurs français n’ont pas besoin de Bpifrance. Ils ont besoin que l’État les laisse faire, sans être entravés par les normes et les impôts.
https://contrepoints.org/il-faut-supprimer-la-banque-publique-bpifrance/
The Economist (Pay Wall)
Breeding Eunicorns : At last, reasons to be cheerful about European tech
One of which is Donald Trump
https://www.economist.com/business/2026/03/01/at-last-reasons-to-be-cheerful-about-european-tech
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Harvard Poll: Democratic Supermajority Rejects Socialist Policies
At last there’s an explanation for recent survey results.
FRENCH AND GERMAN POLITICS
Le Point, Guest Essay
La France entre-t-elle en phase révolutionnaire ?
Inégalités marquées, élites déconnectées du réel, dette abyssale : la mécanique des révolutions dans l’Hexagone serait déjà enclenchée. Reste à savoir comment en sortir – et si lesdites élites sont à même de vouloir le comprendre.
Dans les années 1990, à l’heure où les historiens jetaient le marxisme par-dessus bord, beaucoup proclamaient la fin des révolutions. La lutte des classes et les soulèvements de masse semblaient derrière nous, rangés parmi les vestiges d’un autre siècle.
« C’était une erreur monumentale », a tranché le sociologue et historien américain Jack Goldstone devant le Sénat, le 7 janvier, à Paris. « En réalité, nous étions à l’aube d’une nouvelle ère de révolutions. »
Jack Goldstone, qui consacre depuis des décennies ses travaux aux forces souterraines capables de faire imploser les sociétés, s’adressait ce jour-là à une assemblée d’une petite centaine de personnes -; anciens ministres, présidents d’université, chercheurs en sciences sociales, membres de think tanks -; réunies à l’initiative de la sénatrice Vanina Paoli-Gagin.
Ce qui les avait rassemblés, explique le coorganisateur François Germinet, de CY Cergy Paris Université, avec le collectif « Le 106 », tenait à une même volonté : « affronter ce changement d’époque que nous vivons et nous tourner vers l’avenir, plutôt que de tenter de vouloir rafistoler un monde qui ne reviendra plus ».
Et c’est dans cet esprit qu’ils étaient venus écouter deux figures majeures d’un champ encore émergent, la cliodynamique : Goldstone, professeur à l’université George-Mason, et Peter Turchin , du Complexity Science Hub de Vienne, également rattaché à l’Université du Connecticut.
« Nous sommes en 1788 »
C’est le livre de Peter Turchin, Le Chaos qui vient (Cherche Midi, 2024) -; radiographie implacable de la crise occidentale, traduit en français par Peggy Sastre, par ailleurs journaliste pour -; qui a véritablement fait connaître ses travaux auprès d’un large public en France. Retardé par des chutes de neige sur son vol en provenance de Vienne, Turchin n’a pu arriver à Paris juste à temps pour intervenir, le lendemain, à un atelier à l’École normale supérieure.
Au Sénat, il est donc revenu à Jack Goldstone de porter seul un diagnostic pour le moins inquiétant -; diagnostic que les deux chercheurs partagent : des « révolutions de couleur » dans l’espace post-soviétique au Printemps arabe, puis aux mobilisations de la génération Z , les vingt dernières années ont connu davantage de conflits internes que le demi-siècle précédent.
Depuis 2020, le mouvement s’est encore emballé. Les États-Unis, selon Goldstone, sont désormais entrés en phase révolutionnaire. La France suivra. « Nous sommes en 1788 » , a-t-il conclu.
Une science des cycles historiques
La cliodynamique tient en une ambition simple -; et vertigineuse : faire de l’histoire une science à part entière. Concrètement, il s’agit de traduire les grandes explications des historiens en modèles formalisés, puis de les éprouver à l’aune de vastes bases de données, afin d’écarter les hypothèses fragiles et de ne conserver que les plus solides.
La démarche n’a rien d’inédit. D’autres, avant eux, ont voulu soumettre le passé aux méthodes des sciences dures -; avec des fortunes diverses. Le marxisme en est un cas d’école. Mais les cliodynamiciens estiment que les conditions ont changé et qu’une nouvelle tentative s’impose. La puissance de calcul permet désormais d’exploiter le potentiel analytique du big data , tandis que la science des systèmes complexes fournit un cadre théorique pour dégager les mécanismes généraux de croissance et d’effondrement des sociétés humaines.
Au Sénat, Nicolas Salerno, doctorant au CNRS à Grenoble et président de la toute jeune Société française de cliodynamique -; qui ne compte pour l’heure que six membres -;, est lui aussi intervenu. Il avait également coorganisé l’atelier de la rue d’Ulm.
Un équilibre en passe de se fissurer
Jack Goldstone a forgé, à partir de ses travaux sur la première « ère des révolutions » -; ce long cycle ouvert à la fin du XVIIIe siècle, durant lequel nombre d’États d’Europe et des Amériques ont substitué des régimes représentatifs aux monarchies absolues -; un modèle général de l’effondrement des sociétés : la théorie démographico-structurelle.
Selon cette approche, les sociétés évoluent par grands cycles de deux à trois siècles. Une phase d’intégration inaugure le mouvement : croissance démographique, essor économique, relative cohésion sociale, favorisés par l’ajustement entre l’expansion de la classe ouvrière et la demande de travail.
Mais cet équilibre finit par se fissurer. Une nouvelle élite -; au sens large, à savoir ceux qui concentrent le pouvoir politique -; commence à intervenir sur le marché du travail pour capter une part croissante de la richesse produite. Peter Turchin parle à ce sujet de « pompe à richesse »: un dispositif par lequel les élites orientent les politiques publiques de façon à aspirer les ressources au détriment des travailleurs. Une dérive qu’elles jugent volontiers légitime. « Les élites ont souvent le sentiment que cela leur est dû », résume Turchin. « En réalité, elles en profitent simplement parce qu’elles le peuvent. »
À la longue, la « pompe à richesse » déploie ses effets corrosifs. La condition des travailleurs se détériore : santé plus fragile, espérance de vie en recul, impression persistante de déclassement. Plus grave encore, ils voient poindre l’idée que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. L’ascenseur social se grippe ; l’amertume s’installe.
Les pouvoirs publics tentent bien d’amortir le choc -; encadrement des loyers, aides ciblées -; mais ces correctifs irritent les élites, qui y voient autant d’entraves au bon fonctionnement de leur pompe. L’État, sommé d’en assumer seul le coût, s’endette et entame sa capacité à absorber les secousses futures.
Quand les contre-élites s’allient au peuple
Dans le même temps, les élites se multiplient plus vite que les positions de pouvoir ne se libèrent. Ceux qui demeurent aux marges du cercle décisionnel cultivent leur propre frustration. Ces « contre-élites » finissent par nouer alliance avec les classes populaires contre l’élite installée. La violence surgit alors -; et un État surendetté, profondément polarisé, se révèle incapable d’enrayer l’escalade.
Dans Revolution and Rebellion in the Early Modern World (1991), Jack Goldstone soutenait que la théorie démographico-structurelle permettait d’éclairer aussi bien la révolution anglaise de 1640 que la Révolution française de 1789, les soulèvements européens de 1848, l’effondrement des dynasties Ming et Qing en Chine ou encore la restauration Meiji au Japon.
Elle rendait également compte d’un fait pour le moins déconcertant pour les historiens marxistes : que des individus issus d’un même milieu social -; parfois d’une même famille -; puissent se retrouver dans des camps opposés. Enfin, elle expliquait pourquoi les grandes crises tendent à se concentrer dans certaines séquences historiques, souvent dans le sillage de puissants booms démographiques.
Des trajectoires de sorties de crise divergentes
Lorsque Peter Turchin découvre l’ouvrage de Goldstone à la fin des années 1990, c’est pour lui une révélation. L’analyse lui semble solide, mais inachevée : elle décrit l’entrée en crise des sociétés, sans vraiment élucider les conditions de leur sortie. Turchin entreprend alors d’en prolonger et d’en élargir la portée, dans le temps comme dans l’espace -; de la préhistoire à l’ère post-industrielle, sur tous les continents.
Avec ses collègues, il mettra sur pied une vaste base de données historiques et archéologiques, baptisée Seshat, afin de soumettre ces hypothèses à l’épreuve des faits. Sa conclusion est nuancée : si toutes les sociétés semblent entrer en crise selon le schéma décrit par Goldstone, leurs trajectoires de sortie divergent.
Une phase critique rend en effet une société particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs -; invasion, épidémie dévastatrice, sécheresse prolongée -; qui peuvent précipiter l’effondrement. Mais en l’absence d’un tel choc, un redressement demeure possible.
Les historiens « traditionnels » face aux équations
La cliodynamique a conquis bon nombre de chercheurs en sciences sociales -; sans doute parce que leurs disciplines avaient déjà intégré les outils quantitatifs. Les historiens « traditionnels », eux, sont restés en retrait, quand ils ne se sont pas montrés ouvertement hostiles.
Une objection revient fréquemment chez eux : le comportement humain serait trop imprévisible pour se laisser enfermer dans des équations. Un argument que Turchin retourne sans hésiter : c’est précisément parce que les conduites humaines et les sociétés sont d’une telle complexité qu’il faut des modèles mathématiques pour en démêler la logique.
Sur la demi-douzaine d’historiens français sollicités pour cet article, seuls trois ont accepté de répondre. Deux n’avaient jamais entendu parler de la cliodynamique. Le troisième, Jean-Clément Martin, spécialiste de la Révolution française, s’est même dit choqué par la notion -; tout en reconnaissant comprendre pourquoi, face aux secousses du présent, certains cherchent de nouveaux outils pour leur donner sens.
Il existe une peur profonde -; très marquée en France -; d’être marginalisé dès lors qu’on quitte sa zone de confortÉric Anceau, professeur à l’Université de Lorraine
Éric Anceau, professeur à l’Université de Lorraine et directeur de la récente , fait figure d’exception. Ouvert à la démarche, il demeure toutefois prudent quant à sa prétention à anticiper l’avenir.
Selon lui, nombre d’historiens redoutent la cliodynamique. « Il y a une crainte face aux outils qu’ils mobilisent, pour lesquels nous ne sommes pas du tout formés », observe-t-il. « Et peut-être une peur plus profonde encore -; très marquée en France -; celle d’être marginalisé dès lors qu’on quitte sa zone de confort. »
En 1991, l’avertissement de Jack Goldstone -; qui voyait déjà les États-Unis s’engager sur une trajectoire de crise -; passa largement inaperçu. En 2010, lorsque Peter Turchin annonça, dans une lettre publiée dans Nature, qu’un point de rupture surviendrait autour de 2020, l’indifférence fut tout aussi marquée.
Le tournant du 6 janvier 2021
L’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021 , mené par des partisans du président sortant refusant d’admettre sa défaite électorale, a changé la donne, explique Turchin. L’intérêt pour la cliodynamique a soudainement grimpé aux États-Unis -; et, avec lui, les financements alloués à la recherche.
En France, observe Nicolas Salerno, la dynamique demeure plus lente, « en partie à cause d’un conservatisme institutionnel fort, notamment dans les sciences humaines, historiquement structurées autour de traditions, de baronnies et d’institutions rigides » .
Penser que l’histoire se répète à l’identique est aussi dangereux que de croire qu’elle ne se répète jamaisNicolas Salerno, doctorant au CNRS et président de la Société française de cliodynamique
Salerno dit toutefois comprendre les réticences des historiens. « Leur travail repose sur des sources fines, un patient travail point par point, visant à restituer au plus près la singularité des événements passés » , souligne-t-il. Or la cliodynamique « vient forcément ”broyer’;’ cette dentelle historique pour en extraire des régularités à l’aide de modèles formels » .
Les mécanismes dégagés par la cliodynamique ne sont rien de plus : des régularités générales. Les cliodynamiciens ne prétendent ni annoncer un Brexit ou un Trump ni fixer la date exacte d’une explosion politique. « L’histoire ne se répète pas, elle rime » -; la formule, généralement attribuée à Mark Twain, est devenue la devise de la Société française de cliodynamique.
Il n’en reste pas moins que les parallèles entre notre époque et la France de la fin du XVIIIe siècle ont été relevés bien au-delà de ce cénacle. Thomas Piketty , pourtant en désaccord avec certaines thèses de Peter Turchin, évoque ainsi « une forte demande de justice sociale, et une dette publique d’un montant comparable ». D’autres observateurs ont pointé des analogies entre certaines figures de l’administration américaine actuelle et les protagonistes de la Révolution française.
Nicolas Salerno met toutefois en garde contre toute tentation fataliste. « Penser que l’histoire se répète à l’identique est aussi dangereux que de croire qu’elle ne se répète jamais » , insiste-t-il. Les travaux de Peter Turchin sur la pluralité des issues possibles montrent qu’une société conserve toujours une marge de manoeuvre : la violence n’est pas une fatalité.
Neutraliser la machine à inégalités
Dans Le Chaos qui vient, Turchin rappelle plusieurs précédents des XIXe et XXe siècles -; le mouvement chartiste en Angleterre, la séquence des réformes en Russie, l’ère progressiste aux États-Unis -; qui ont en commun l’adoption de politiques favorables aux classes populaires et une réduction des inégalités. Les révolutions n’ont pas disparu, affirme-t-il, mais les sociétés apprennent peu à peu à arbitrer leurs conflits par les urnes plutôt que par les armes. La crise que traversera la France sera sans doute moins radicale que celle de 1789 : « L’humanité apprend collectivement. »
L’apport de l’approche scientifique est ailleurs : elle rappelle qu’on ne sort d’une crise qu’en s’attaquant à ses causes profondes, non à ses symptômes. « C’est le message principal », souligne François Germinet, car « tant qu’on se trompe de diagnostic, on ne peut pas se soigner.»
Pour Turchin, la condition du redressement est claire : neutraliser la « pompe à richesse » -; ou, selon la formulation plus détaillée de Jack Goldstone, « restaurer la croissance des salaires de la classe ouvrière, accroître l’imposition des plus riches pour réduire la dette publique, diminuer les inégalités afin de rétablir la mobilité sociale, et apaiser les rivalités entre élites » .
En France, rien de tel ne semble encore engagé. Thomas Piketty observe qu’ « une bonne partie des élites déploie toute son énergie pour expliquer qu’il est impossible de redistribuer les richesses… et a, en partie, réussi à détourner la colère sur des questions identitaires » .
Une chance de refonder les institutions
Le chaos qui secoue les États-Unis a toutefois ravivé le débat et stimulé la recherche d’alternatives. « Peut-être qu’un jour nous dirons merci à Trump », glisse Vanina Paoli-Gagin. « En tout cas, il nous a tirés de notre torpeur. »
Nicolas Salerno estime que la crise française s’inscrira dans la durée -; plusieurs décennies, sans doute. Un horizon assombri, certes. Mais aussi, potentiellement, une chance de refonder les institutions au profit de la génération suivante -; à condition de ne pas la sacrifier en chemin.
Depuis des années, Jack Goldstone répète une phrase, en guise de consolation modeste, à l’adresse de ceux qui devront traverser la tempête : « Personne en Europe, dans les années 1930, n’aurait pu imaginer qu’en 1960 le continent entrerait dans une ère de paix, de prospérité et d’unité sans précédent, appelée à durer près de soixante-dix ans. »
Telle est la consolation que l’on peut tirer des cycles : favorables ou funestes, ils finissent tous par passer.
* Journaliste scientifique et écrivain britannique, Laura Spinney est notamment l’autrice de La Grande tueuse. Comment de 1918 a changé le monde (Albin Michel , 2018, traduit de l’anglais par Patrizia Sirigano) ainsi que de Proto : How One Ancient Language Went Global, paru en 2025, où elle retrace l’essor et la diffusion des langues indo-européennes. Elle vit aujourd’hui à Paris.
Neue Zürcher Zeitung
Extremismus als gefühlte Wahrheit: Die Diskussion über die AfD hat sich von der Realität entkoppelt
Der deutsche Inlandsgeheimdienst ist überzeugt, dass die gesamte AfD extremistisch ist. Nun hat ein Gericht diese Einschätzung infrage gestellt. Die Kritiker der Partei scheint es nicht zu stören.
Gegner der AfD werfen der Partei gerne vor, dass sie mit gefühlten Wahrheiten arbeitet: Sie greife Stimmungen auf und nehme es mit den Fakten nicht sonderlich genau. Wenn es allerdings um die Frage geht, ob von der AfD eine Gefahr für die Demokratie ausgeht, fällt dieser Vorwurf auf viele ihrer Kritiker zurück.
Erst vor wenigen Tagen hat die AfD vor Gericht einen massgeblichen Erfolg erzielt. Das Verwaltungsgericht Köln untersagte es dem deutschen Inlandsgeheimdienst im Eilverfahren, die Partei öffentlich als «gesichert extremistische Bestrebung» zu bezeichnen. Das Urteil in der Hauptsache steht zwar noch aus, doch stellte das Gericht die Beweisführung des Verfassungsschutzes in wesentlichen Punkten infrage. Weder war es überzeugt, dass verfassungsfeindliche Absichten Einzelner die Partei in ihrer Gesamtheit prägten, noch von der Aussagekraft des Begriffes «Remigration». Darunter kann man schliesslich vieles verstehen.
Doch mit solchen Feinheiten hielten sich die Gegner der Partei nicht auf. Sie wiederholten ihre Einschätzungen, als hätte es das Urteil nie gegeben.
Die ultimative Gesinnungsprüfung
Der thüringische Innenminister Georg Maier von der SPD sagte anschliessend, er sei «weiterhin der festen Überzeugung, dass die AfD verfassungsfeindlich und verfassungswidrig ist». Nahezu wortgleich äusserte sich die rechtspolitische Sprecherin der SPD-Fraktion, Carmen Wegge. Der Bund der Deutschen Katholischen Jugend forderte kurzerhand ein Verbot der Partei, und die grüne Spitzenkandidatin in Rheinland-Pfalz, Katrin Eder, ging sogar noch einen Schritt weiter. Sie wollte nur noch mit Parteien koalieren, die wie die Grünen ein Verbot der AfD befürworteten. Der Umgang mit der Partei wurde zur ultimativen Gesinnungsprüfung.
Es ist bemerkenswert, wie weit sich die Diskussion über die Verfassungsfeindlichkeit der AfD inzwischen von der Realität entkoppelt hat. Eine solche müsste zunächst bei den Belegen ansetzen, die für verfassungsfeindliche Tendenzen in der AfD vorliegen. Sie käme dann schnell an den Punkt, dass die bisherigen Beweise gegen die Gesamtpartei nicht ausreichen. Das hat das Urteil in aller Klarheit gezeigt. Damit rückt auch ein Verbot der Partei in die Ferne. Denn dafür gelten noch weit höhere Hürden. Dafür müsste die Partei nicht nur erwiesenermassen extremistisch sein, sie müsste auch in kämpferischer Weise gegen die Verfassung vorgehen.
Die Beobachtung durch den Verfassungsschutz und das Parteienverbot sind die schärfsten Schwerter, die die deutsche Demokratie aufzubieten hat. Sie sind als Lehre aus der Machtergreifung der Nationalsozialisten entstanden. Wer sie einsetzt, muss sicherstellen, dass er sie nicht missbraucht. Doch genau das geschieht gerade, zumindest rhetorisch. Die Warnungen vor der AfD sind zur Munition im politischen Meinungskampf verkommen. Sie dienen der Mobilisierung der eigenen Anhänger, nicht der Sache. Anders lässt sich nicht erklären, warum sich kaum ein Linker selbstkritisch mit den Argumenten des Gerichts auseinandergesetzt hat.
Viele bei SPD, den Grünen und der Linkspartei halten die Positionen der AfD für widerwärtig und rassistisch. Sie fürchten sich vor dem Tag, an dem diese Partei in Regierungsverantwortung gelangt. Das muss man respektieren und darf es nicht vorschnell verurteilen. Doch Vorurteile und falsche politische Ansichten, so hässlich sie sein mögen, machen eine Partei noch nicht zu einem Verfassungsfeind. Dafür braucht es in einer Demokratie klare Belege und keine schwungvoll vorgetragenen Überzeugungen. Alles andere führt Deutschland auf einen autoritären Sonderweg.
Mag sein, dass es diese Beweise gegen die AfD gibt. Mag sein, dass der Inlandsgeheimdienst sie nur zurückgehalten hat, um seine Informanten zu schützen, und sie in einem späteren Gerichtsverfahren auf den Tisch kommen. Aber auf sie wird es ankommen. Wer all das ignoriert, schadet dem Ansinnen, dem er sich verschrieben hat: Er schwächt die Demokratie, statt sie zu stärken.
SOCIETY
Neue Zürcher Zeitung
Generalverdacht als Schuldbeweis: In Epsteins Dunstkreis tobt die moralische Panik
Epstein war ein Mephisto im Massanzug, zu Recht hat die Justiz ihn und die Mittäter gepackt. Doch längst geht es nicht mehr darum, ob sich jemand tatsächlich schuldig gemacht hat.
Vor achthundert Jahren entstand in England die Magna Carta. Im Zentrum stand Artikel 29: «Kein freier Mann soll geächtet, verbannt oder ruiniert werden, es sei denn durch ein gesetzliches Urteil.» Die Carta lieferte das Modell für jede liberale Verfassung.
Der faire Prozess wurde auch Jeffrey Epstein zuteil, dem Mann, der minderjährigen Mädchen Unsägliches angetan hatte. 2008 wurde er zu 18 Monaten Haft verurteilt, 2019 erneut angeklagt. In der U-Haft richtete er sich selber. Seine Chefgehilfin, Ghislaine Maxwell kriegte zwanzig Jahre. Die Schuld ward gesühnt, Causa finita?
Nein. Zum Jahresbeginn platzte eine politische Atombombe, als der US-Kongress drei Millionen Seiten mit Epstein-Mails freigab. Die radioaktive Wolke hat seitdem die Welt erfasst, die Karrieren von Berühmten und Betuchten vernichtet. Die Suche nach ranghohen Opfern frisst sich weiter.
Eine Hand streichelt die andere
Denn Sex & Crime ist der Kick schlechthin. Natürlich lassen sich die moralischen Fehltritte der Grossen nicht schönreden. Ob Prinz oder Professor, Banker oder Botschafter, sie alle haben mit diesem Mephisto paktiert; Epstein war listiger (und betörender) als Goethes Ober-Dämon. Sie nutzten seine Geschäftsverbindungen und zahlten mit ihren.
Ein College-Präsident wollte Spenden, dem Epstein winkte ein Doktorhut, ein übliches Dankeschön. Professoren und Denker, die inzwischen erledigt sind, wollten im Glanz der Reichen und Schönen baden. So entsteht kein Geheimbund des Bösen. Solche Kontakte werden bei jedem Promi-Dinner, jeder Tagung der Mächtigen gepflegt, ob in Davos oder auf der Münchner Sicherheitskonferenz. Eine Hand streichelt die andere. Wer draussen bleibt, grämt sich, nach dem Staatsanwalt ruft er nicht.
Der kam trotzdem, und zu Recht, wo ein konkreter Verdacht der Korruption auftauchte. Im Lande der Magna Carta griff die Justiz denn auch ordnungsgemäss ein. Das Haus des Ex-Prinzen Andrew Mountbatten-Windsor wurde durchsucht. Peter Mandelson, einst Botschafter, wurde verhaftet, dann unter Kaution freigelassen. Sie hätten ihr Staatsamt missbraucht, um Epstein mit Insider-Informationen zu dienen. Doch werden im kommenden Prozess ihre Rechte gewahrt. Denn unsere Zivilreligion fordert den faktengesicherten Schuldspruch, egal wie suspekt die Figuren.
Es regiert nicht die Beweispflicht, sondern die höhere Moral
Für alle gilt die heilige Regel: unschuldig bis zum Gegenbeweis. Nicht seit der Explosion der Mail-Bombe. Epstein und Maxwell sind nur noch Staffage. Im Zentrum der Bühne herrscht der Generalverdacht. Ob einer tatsächlich Geld und politische Vorteile genommen oder gewährt hatte, ist nicht die Frage. Es regiert nicht die Beweispflicht, sondern die höhere Moral.
Das erinnert an die «tricoteuses» der Pariser Kommune, die vor der Guillotine dem Henker zujubelten. Einen fairen Prozess vor dem Revolutionsgericht hatten weder Ludwig XVI. noch Marie-Antoinette bekommen. Auch nicht ihre gnadenlosen Verfolger Danton, Marat und Robespierre. Weiter zurück in das alte Athen, wo die Allzu-Mächtigen per Scherbengericht aus der Stadt verbannt wurden. Das tun wir Aufgeklärten nicht, das war doch anno dazumal!
Doch gibt es «nichts Neues unter der Sonne» (Prediger, Kapitel 1). Nur die Technik ist neu. Am heimischen PC geht es anonym, schneller und bequemer. Heute grassiert zumal in Amerika der digitale Populismus in den sozialen Netzwerken, der den Sturz der Hochmögenden fordert, seien sie strafwürdig oder nicht.
Der Journalist Joe Nocera geht weiter. Er prangert «Hysterie» an. «Epstein war ein fürchterlicher Verbrecher», aber nun seien alle anderen Mittäter. So müsse es sein, echauffiert sich der Kongressdemokrat Ro Khanna: Jeder müsse verhaftet werden. «Das Volk hat genug von den Reichen und Mächtigen, die von der Justiz milder behandelt werden.» Nebenher positioniert sich der Volkstribun als Präsidentschaftskandidat.
«Endloses Hörensagen»
Die Mühlen der Justiz müssen sorgfältiger mahlen. Inzwischen gibt die ungebremste vox populi den Richter. Zuhauf wurden in Amerika die «Reichen und Mächtigen» zum Rücktritt gezwungen, zuletzt der Harvard-Professor Larry Summers. Das mag die Richtigen treffen, notiert ein ehemaliger US-Bundesanwalt. Doch liefere der Millionen-Fund bloss «endloses Hörensagen, ungeprüften Verdacht und vage, nebensächliche Beziehungen.» Fazit: «Ungefilterte Quellen zeugen Missbrauch.»
Verdrängt wird der eigentliche moralische Skandal. Wer denkt noch an die Opfer von damals, die beschädigten, erniedrigten Mädchen und Frauen? Die verdienen doch Mitgefühl und Wiedergutmachung. «Pustekuchen», sagt der Volksmund. Nun geht es nur um die «Grosskopferten».
Und um politische Instrumentalisierung. Die Demokraten schlagen auf die Republikaner ein und umgekehrt. Haust du meinen Trump, haue ich deinen Clinton, der wie Trump in den Mails auftaucht. Im November sind Kongresswahlen. Schon jetzt gibt die Affäre prächtiges Wahlkampffutter her. Dass in England Peter Mandelson vor Gericht muss, reicht nicht. Der Mann ist der Knüppel, der Keir Starmer aus 10 Downing Street vertreiben soll.
Okay, das ist Parteipolitik. Pathologisch sind dagegen die Verschwörungstheorien. Die «beste» ist der uralte Antisemitismus auf beiden Seiten des Spektrums. Candace Owens, ein Sprachrohr der Ultrarechten, schreibt auf X: «Ja, wir werden von satanischen Kinderschändern regiert, die für Israel arbeiten – der Synagoge des Satans».
Links ebenso: «Pädophiler Ring / Erpressung durch Israel». Und Ritualmord: «Warum schlachtet ihr (jüdischen) Monster immer unschuldige Kinder und saugt uns das Geld aus der Tasche?» Ein Klassiker des Antisemitismus seit dem Mittelalter.
Die Mär der Weltverschwörung
In einer millionenfach gesehenen Show des Tucker Carlson, der hart rechten Ikone der Judenhasser, lässt er sogar den linken Feind sprechen: «Epstein war viel mächtiger als wahrgenommen. Er konnte jeden ins Weisse Haus kriegen. Er wollte Israel dienen.» Auf X ermahnte ein Genosse: «Ihr hasst die jüdisch-kontrollierten Medien nicht genug.» Immer wieder die obsessive Mär von der jüdischen Weltverschwörung. Epstein habe für Israel gearbeitet. Oder für Russland.
So verschmilzt der alt-neue Hass mit der Verfemung der «Epstein-Klasse», von Juden wie Christen. Wieso der Rundumschlag? Die Deuter fahren gern geläufige Diagnosen auf: «Vertrauensverlust», «Entfremdung», «Verelendung», «Krise». Sündenböcke müssen her. Solche Befunde passen freilich immer. Das «Weimar-Syndrom» ist ewig.
Was ist dann neu? Einmal ein Präsident namens Donald Trump, der täglich die Dämme des Anstands bricht, dem Ressentiment das Gütesiegel des Weissen Hauses aufdrückt. Das gemeine Volk kopiert den Sittenverfall, anonym und ungezügelt: «Was der kann, dürfen wir auch.» Zweitens die Giftmaschine der «asozialen» Medien. Die Verführer von gestern mussten weiland noch das Volk auf die Strassen und Plätze treiben. Das ist nicht mehr nötig. In Maga-Land tobt die Wut auf den «anderen». Die staatliche Mobilisierung ist unnötig.
«Alles vergeht und verweht», wird Salomon im Buch Prediger zugeschrieben. In diesem Falle nicht so bald, weil der Kongress eine zweite Tranche der Epstein-Akten freigeben will.
Josef Joffe, deutscher Publizist, hat an den US-Universitäten Harvard, Stanford und Johns Hopkins Politik unterrichtet. Epstein kannte er nicht, aber einige aus seiner Entourage. Joffes Tochter, die in New York lebt, taucht in einigen Epstein-Mails auf. Epstein habe sie wie so viele junge Frauen hofiert. Als sie sah, worauf es hinauslaufen könnte, habe sie den Kontakt abgebrochen.
Neue Zürcher Zeitung , Book Review
Die Flaute in unseren Betten: Alles darf, nichts muss, wenig läuft – warum ist das so?
Egal ob man einschlägige Foren befragt, mit Sexualtherapeuten spricht oder regelmässig durchgeführte Umfragen konsultiert: Die praktizierte Sexualität ist rapide auf dem Rückzug. Sind wir wie Japan auf dem Weg zur zölibatären Gesellschaft?
Debra Soh. Sextinction. The Decline of Sex and the Future of Intimacy, Simon & Schuster, New York 2026.
Juliane Burghardt. Alles kann, nichts läuft. Warum wir immer weniger Sex haben, Hirzel-Verlag, Stuttgart 2024.
Peter nennt er sich auf lilli.ch, dem Schweizer Online-Portal für Beratung und Information rund um Sexualität. Er ist 42 Jahre alt, seit 14 Jahren verheiratet, seit 8 Jahren ohne Sex. «Ich habe keine Ahnung wie es dazu kommen konnte», schrieb er vor zwei Wochen, seine Ehe sei harmonisch. Doch wenn er seine Partnerin frage, was los sei, bekomme er stets dieselbe Antwort: Sie liebe ihn, aber nicht den Sex. «Ich habe eine Frau und doch keine. Muss ich jetzt schon sexlos leben?»
Wombat, Mutter von einem kleinen Sohn, sucht auf der Plattform swissdad.ch den Rat von Männern: «Stets lese ich auf Foren, dass es die Frauen sind, die keine Lust mehr verspüren. Bei uns ist es leider umgekehrt.» Einmal Sex in drei Monaten, schreibt sie, reiche ihr nicht. Doch versuche sie ihren Mann zu verführen, gewinne meist der Schlaf. «Er sagt dann: ‹Sex ist mir einfach zu anstrengend›. Was mach ich bloss falsch?»
Und Linda schreibt auf dem Elternforum mal-ehrlich.ch, das sich als tabuloseste Community der Schweiz bewirbt, sie wolle sich kein schlechtes Gewissen mehr machen, weil sie nicht mehr wolle: «Ich hatte mit meinem Mann in den letzten fünf Jahren fünfmal Sex. Und vielleicht ist sogar diese Zahl beschönigt. Doch mir fehlt nichts», gesteht sie offenherzig. «Warum ist es eigentlich nicht okay, keinen Sex zu wollen, aber total okay, Sex zu wollen?»
Das ist eine berechtigte Frage. Sie passt in eine Zeit, in der Sex zum Konsumgut geworden ist, das in Form von Pornografie jederzeit und überall angeboten wird. Vorab aber zeigt die Frage, dass sich in unserer Gesellschaft gerade eine Norm verschiebt: Sex ist nicht mehr die schönste Nebensache der Welt, das geheimnisvolle Abenteuer, mit dem man sich gern brüstet; Sex ist daran, von einem Nice-to-have zu einem To-do zu werden – zu einer Aufgabe, um nicht zu sagen Pflicht, die zwar Spass machen kann, aber irgendwie auch noch im anstrengenden Alltag Platz finden muss.
Die schlechte Konjunktur zwischenmenschlicher Intimität wird nicht nur in diversen Foren diskutiert, auch regelmässige Umfragen zur Sexualität der Bevölkerung, die rund um den Globus gemacht werden, belegen sie: Am aussagekräftigsten ist die vor kurzem publizierte Langzeiterhebung «General Social Survey» aus den USA, weil die Daten regelmässig mit einem festen Fragebogen erhoben werden und einen seriösen Zeitvergleich zulassen: Gaben 1990 noch mehr als die Hälfte der 18–64-jährigen Amerikanerinnen und Amerikaner an, einmal pro Woche Sex zu haben, waren es 2024 nur noch ein Drittel. 15 Prozent beschreiben ihr Intimleben als «unbefriedigend».
Am wenigsten läuft bei den Jungen
Vorab den Jungen scheint die Lust abhandengekommen zu sein. Die Altersgruppe der 18–24-Jährigen, die in der Vergangenheit bei sämtlichen Erhebungen zur Sexualität stets an der Spitze lag, berichtet von der grössten Flaute. Jean M. Twenge, Psychologieprofessorin an der San Diego State University, berechnete aus den Langzeitdaten, dass junge Männer und Frauen Anfang zwanzig heute zweieinhalbmal häufiger abstinent leben, als ihre Eltern das im selben Alter taten. 15 Prozent von ihnen geben an, noch gar keine sexuellen Erfahrungen gemacht zu haben. Am stärksten zugenommen hat die Anzahl der Männer unter dreissig, die im letzten Jahr gar keinen Sex hatten – sie hat sich in 25 Jahren verdreifacht und beträgt heute 28 Prozent.
Darauf ging ein Raunen durch den Blätterwald und das Schlagwort «Sexrezession» um die Welt. Andere Länder zogen mit Analysen ihrer Daten nach und bestätigten das Bild von der grassierenden Unlust – allen voran, man mag es kaum glauben, die Franzosen, die Nation also, die gern von sich behauptet, den Eros erfunden zu haben: 24 Prozent der 18–64-Jährigen gaben 2024 zu Protokoll, die letzten 12 Monate keinen Sex gehabt zu haben. 2006 waren es erst 9 Prozent. In Grossbritannien zeigen Ergebnisse einer staatlichen Jugendbefragung, dass die 18–24-jährigen Briten zurzeit gar weniger Sex haben als ihre eigenen Eltern.
Demgegenüber sind Herr und Frau Schweizer im Bett geradezu hyperaktiv. Glaubt man ihren Aussagen in der Befragung des Forschungsinstituts Sotomo von 2022, haben sie im Schnitt zweimal im Monat Sex. Schaut man jedoch den Median an, tat es die Hälfte der Männer nur einmal im Vormonat, bei jeder zweiten Frau lief zum Zeitpunkt der Befragung in den letzten vier Wochen sogar überhaupt nichts. Und: Rund 50 Prozent beider Geschlechter sind damit nicht zufrieden. Ins internationale Bild passt, dass der Anteil Jugendlicher und junger Menschen mit sexueller Erfahrung auch hierzulande zwischen 2014 und 2021 signifikant zurückgegangen ist.
237 Gründe für Sex
Obwohl nichts muss und alles kann, läuft in den Schlafzimmern vieler Länder also immer weniger. Und immer weniger Befriedigendes. Allein in den letzten zwei Jahren sind unzählige Artikel, Bücher und wissenschaftliche Abhandlungen über das Anwachsen der sexuellen Inaktivität verfasst worden. Schnell werden zur Erklärung die üblichen Verdächtigen herangezogen: zu viel Porno! Zu wenig zwischenmenschliche Interaktion!
Ist Sex tatsächlich so monokausal? Und: Darf Abstinenz uns heute, da Kinder im Reagenzglas gezeugt werden
«Nein!», sagt die Psychologin Juliane Burgardt, «nicht, wenn man Sex in seiner Ganzheit betrachtet.» Sie hat das Phänomen Sexabstinenz in Deutschland genauer analysiert und ist überzeugt: «Sex ist ein wichtiges Indiz für die Befindlichkeit der Gesellschaft. Weil es der Früherkennung von Beziehungsmangel, Isolation, aber auch Konfliktpotenzialen dient.» Es sei kein Zufall, dass sogenannte Incels, unfreiwillig zölibatär lebende junge Männer, ihren Frust über die wiederholte Erfahrung, einen Korb zu bekommen, im Netz mit frauenfeindlichen Parolen und Gewaltandrohung ausleben.
Um besser zu verstehen, warum wir weniger Sex wollen, müssen wir uns zuerst bewusst werden, warum wir ihn überhaupt haben. Sexualität dient schliesslich nicht nur der Fortpflanzung, sie verstärkt auch die Bindung zwischen Liebespartnern. Lange glaubte man, Menschen hätten nur aus wenigen Gründen Sex: um Spass zu haben und um Stress und Spannung abzubauen. Wenn man sie allerdings genau befragt, wie es das amerikanische Forscherteam Cindy Meston und David Buss 2018 tat, kommt eine Vielzahl von Motivationen ans Licht, nämlich sage und schreibe 237: Manche tun es, «um sich näher bei Gott zu fühlen», viele sind etwas weniger ehrgeizig und suchen bloss «die Nähe zum Partner». Dritte wiederum kalkulieren ganz nüchtern: «Ich wollte jemanden eifersüchtig machen», «den Gesprächsgegenstand wechseln» oder «mein Selbstbewusstsein stärken».
Im Bett geschieht auch vieles, was alles andere als glamourös ist. Nicht selten wird Sex etwa «aus Mitleid oder Pflichtgefühl» praktiziert. Meist von Frauen. Sonst allerdings unterscheiden sich die Geschlechter nur wenig. Der weitaus am häufigsten genannte Grund für Sex ist bei beiden die körperliche Lust und das Bedürfnis nach Nähe. Bei den Männern dominiert der Wunsch nach Befriedigung, bei den Frauen der nach Intimität.
So-lala-Sex reicht nicht
Die verschiedenen Gründe für die Initiation von oder Bereitschaft zu Intimität sind deshalb so wichtig, weil nicht alle zu gleich gutem Sex führen. So ist Sex aus Mitleid wohl selten ekstatisch, Sex aus Liebe kaum total rücksichtslos. Kommt dazu, dass der moderne Mensch in der Multioptionsgesellschaft für So-lala-Sex offenbar die Energie nicht mehr aufbringen kann oder will. Schliesslich müssen auch die 10 000 Schritte noch irgendwann im Tag untergebracht, muss die Steuererklärung ausgefüllt, das Biogemüse gewaschen, das Sachbuch für den Vortrag gelesen werden. Dann lockt auf Prime Video auch noch die zweite Staffel von «The Night Manager».
Simon, 43, kennt das. Der Vater von zwei Kindern ist seit neun Jahren mit seiner Partnerin zusammen. Auf mal-ehrlich.ch charakterisiert er sich als «ziemlichen Durchschnittstyp», den eine «Durchschnittslustlosigkeit» plagt. «Ich hätte gerne mehr Sex. Also, ich hätte gerne mehr Lust auf Sex. Aber sie kommt einfach nicht zurück», klagt er. Auch den Freunden und Kollegen, denen er sich anvertraue, gehe es nicht viel anders. Er liebe seine Partnerin und begehre sie auch: «Oft dann, wenn ich sie gerade nicht in der Nähe habe. Doch im Alltag hat Sex in meinem Kopf absolut keine Priorität.»
Warum ist Sex so anstrengend geworden? Karoline Bischof, Doyenne der Schweizer Sexualtherapie und Ausbildnerin am Zürcher Institut für klinische Sexologie und Sexualtherapie, sagt: «Sex ist eine Frage der Motivation. Wird der Aufwand als gross empfunden und die Belohnung als klein, findet er nicht statt.» Den Paaren, die sie therapiere, erkläre sie das jeweils mit der Metapher der Schlafzimmertür: Am Anfang einer Beziehung stehe sie sperrangelweit offen, treibe Neugierde und Entdeckungslust die Motivation an. Sei der Sex für beide befriedigend, schliesse sich die Tür manchmal ein bisschen, aber nie ganz, und sie sei einfach aufzustossen. Je geringer aber die Belohnung hinter der Schlafzimmertür, desto mehr werde diese durch Ablenkung, Stress und Alltagssorgen verbarrikadiert. Sei da erst einmal eine Mauer entstanden, sei diese schwierig wieder einzureissen. «Aber man kann es schaffen, wenn man lernt, den Sex genussvoller zu gestalten.»
Kurz: Wer sich mehr Sex wünscht, in der Schweiz ist das offenbar jede zweite Frau und jeder zweite Mann, tut also gut daran, alles daranzusetzen, dass es hinter der Tür richtig lustvoll zugeht. Auch für den Partner oder die Partnerin.
Verführungs-Kompetenz nimmt ab
Nur, wo lernt man das? Sex ist zwar ein Trieb, aber das Sexspiel beherrscht man nicht einfach. «Die Sexualität ohne Lernschritte erschöpft sich im Akt, den man auch bei Hunden sieht», sagt Bischof. Erotik brauche Erfahrung, und Verführung müsse gelernt werden. Gerade dazu, ist sie überzeugt, fehlten heute die Gelegenheiten. «Ich sehe in der Praxis 30-jährige gestandene Männer, die noch nie einer Frau nahegekommen sind und sich dem anderen Geschlecht gegenüber verhalten wie ein 14-jähriger Teenager. Sie haben das Flirten und Verführen nie gelernt.» Bischof ist überzeugt, dass die Initiationsriten der sexuellen Annäherung durch die virtuelle Sozialisierung nahezu ausgemerzt werden. «Früher hat es den Klassenfez gegeben, man ist sich beim Slowdance nähergekommen, hat sich beim Flaschenspiel geküsst. Heute ist jede Berührung, zum Beispiel auf dem Pausenplatz, potenziell ein Problem.»
Die Folgen virtueller Sozialisation zeigen sich unter anderem im modernen Phänomen der sogenannten Dating-Fatigue. Obwohl man heute bequem vom Sofa aus auf Partnersuche gehen kann, sammeln Frau und Mann auf den Dating-Portalen mehr Frust als Lust. Für Debra Soh, eine amerikanische Neurologin mit Spezialgebiet Sexualverhalten, ist klar, warum: Man sei früher nicht seltener fündig geworden, nur weil die Auswahl kleiner gewesen sei und man sich den ersten Schatz in der Ausbildung oder Pfadi gesucht habe. Im Gegenteil: «Man lernte, zweimal hinzuschauen», heisst es in Sohs eben erschienenem Buch «Sextinction», jemanden nicht gleich «wegzuwischen», nur weil Frisur, Körpergrösse oder Hobbys nicht optimal passten. «Wenn stets etwas Besseres kommen könnte, verlernt man, Appetit zu entwickeln für das, was da ist.»
So wie Bird. «Ich bin männlich, werde bald 30 und bin noch immer ungeküsst», schreibt er auf dem Selbsthilfe-Forum gutefrage.net. «Und ich frage mich: Gibt es wirklich für jeden Topf einen Deckel?» Er habe Sorge, dass bei ihm das nie etwas werde. Die Frauen, die ihm gefielen, schrieben nie zurück, egal, auf welcher Plattform er sich umsehe. «Im Alltag eine Frau anzusprechen, das wage ich nicht. Ich wüsste noch nicht einmal, was sagen.»
Erotik braucht Worte
Wenn man sich in der Sexualforschung über irgendetwas einig ist, dann darüber, dass Sex heute zwar allgegenwärtig, aber nicht einfacher geworden ist. Der Sexualakt mag zeitlos sein, wen wir lieben, wann, wo und wie, ist aber nicht einfach das Ergebnis persönlicher Vorlieben, sondern ebenso sehr das Resultat sozialer und kultureller Bedingungen.
«Fast jeder Aspekt des Verhaltenskodexes im Bereich des Intimen wurde im Westen in den letzten Jahrhunderten auf den Kopf gestellt», schreibt der amerikanische Jurist Eric Berkowitz in seinem Werk «The Boundaries of Desire». Erst hat die Säkularisierung der Gesellschaft den Sex von der Sünde befreit, dann hat die Erfindung der Pille ihn von der Fortpflanzung entkoppelt, und schliesslich hat die Emanzipationsbewegung ihn zum Akt der Selbstermächtigung erhoben. Für Zündstoff sorgt heute, nach #MeToo, die jüngste Anforderung an den Sex, die absolute Einvernehmlichkeit. So wie die Allgegenwart der Pornografie hat sie das Skript oder Drehbuch, nach dem Sex initiiert und gelebt wird, massiv verändert. Das Verb «anmachen» ist verpönt, die rasierte Scham für beide Geschlechter zur Norm geworden, Sex ohne Leistungskomponente für viele kaum mehr denkbar. Kein Wunder, ist die Frage, ob der eigene Körper genüge, laut Forschung ein wichtiger Grund für den Libidoverlust, vorab der jungen Frauen und Männer.
Sex ist kompliziert. Kaum eine Handlung des Menschen wird mit so vielfältigen Erwartungen und Hoffnungen überfrachtet wie das Liebesspiel. Und dennoch wird bei keinem anderen Spiel im Doppel davon ausgegangen, dass man sich ohne viele Worte versteht und nie etwas schiefgeht. «Fehler, Peinlichkeiten, ja sogar unangenehme Erfahrungen gehören zum Lernen dazu», sagt Bischof. «Risiken und Überraschungen» seien gar wesentliche Zutaten der Erotik. Deshalb komme, wer eine gleichberechtigte Erotik wolle, ums Reden nicht herum.
Das Reden über Sex sei auch deshalb wichtig, bestätigt Juliane Burghardt, weil die Abnahme der Intimität auch Symptom der Entfremdung der Geschlechter sein könne und zur Radikalisierung unversöhnlicher Positionen beitrage. «Wenn Frauen sich gegenseitig darin bestärken, dass sie im Wald lieber einem Bären als einem Mann begegnen, und Männer behaupten, Frauen liessen sich nur von Machos mit Sixpack und sechsstelligem Einkommen flachlegen, müssen wir uns nicht wundern, wenn es nicht mehr funkt.»
Zölibat als Massenphänomen
Die Polarisierung der Geschlechter ist neben den positiven Gesundheitsaspekten von Sex mit ein Grund, warum die Inaktivität in den Betten der Bevölkerung auch ins Blickfeld der Politik rückt. Schliesslich ist Abstinenz ein Signal dafür, dass zwischenmenschliche Intimität für die Bevölkerung entweder unerreichbar oder keine Priorität mehr ist.
In Japan wird das freiwillige Zölibat von den Behörden mittlerweile öffentlich zum Sorgenkind erklärt. Das Land gehört nicht nur zu den Schlusslichtern in Sachen Geburtenrate, es gibt auch nirgendwo sonst auf der Welt heute mehr Menschen, die freimütig gestehen, dass sie keinen «realen Sex» hätten, weil die Suche nach einem Partner oder einer Partnerin zu «anstrengend» und Sex an sich zu «kompliziert» sei. Sexlosigkeit, Asexualität und Genderfluidität sind in Japan in der Mitte der Gesellschaft angekommen und als Lifestyle so verbreitet, dass das Ministerium für Gesundheit, Arbeit und Wohlstand fürchtet, das Land könnte sich zur «geschlechtslosen Gesellschaft» entwickeln: Laut dem Japan Sex Survey von 2024 hat sich der Anteil sexuell inaktiver Personen in den letzten zehn Jahren verdoppelt. Heute geben 64,2 Prozent der Japaner und Japanerinnen an, höchstens einmal im Monat oder weniger Sex zu haben.
Entsagt man der fleischlichen Lust ganz, gehört man zu den «soushoku danshi», den Herbivoren. Sie sind in Japan so akzeptiert wie Veganer, die Prostitution oder das «waifu» oder «husbando», eine weibliche oder männliche Mangafigur, zu der als Sublimation eine romantische und libidinöse Beziehung gepflegt wird.
Die Japanologin und Soziologin Alice Pacher lehrt an der Universität in Wien und ist daran, den Wandel des Sexualbewusstseins junger Japanerinnen und Japaner mit qualitativen Interviews zu untersuchen. Ihre Erkenntnisse werden mit Spannung erwartet. Die Entwicklung gibt auch im Westen zu denken, gerade weil sie nachvollziehbar ist: Sex verlangt Präsenz, Hingabe, Verletzlichkeit. Befriedigung im Netz ist nicht nur einfacher, sondern auch ohne Entblössung zu haben. Es braucht noch nicht einmal ein Lächeln.
CULTURE
The New York Times
‘Sinners’ and the Price of Artistic Freedom
Onscreen and behind the scenes, the movie is about the pursuit of liberation, not just for its characters, but also for filmmaking itself.
“Sinners” arrived at a time when Hollywood needed it the most.
Amid a maelstrom of videos generated by artificial intelligence, uncertain mergers, budget cutbacks, wildfires and runaway production, studios have become ensnared in the biggest economic crisis they have faced in almost half a century.
In this context, the nearly yearlong success of Ryan Coogler’s “Sinners,” a vampire-themed segregation-era movie, seems even more extraordinary. Arriving last April, it was an immediate box-office hit — its $48 million opening-weekend in domestic sales made it the biggest debut for an original film in six years — and a critical darling. Nine months later, it set a record with a historic 16 Oscar nominations, including one for best picture.
Nevertheless, the film’s greatest accomplishment might be more meta: For as much as “Sinners” is about the embattled musical soul of the young bluesman Sammie (Miles Caton), it is really, in terms of plot, aesthetic and film ownership rights, about the pursuit and price of artistic freedom, not just for its characters, but also for moviemaking itself.
The blues are central to that sense of freedom. That Coogler chose to base his emancipatory tale on the sound is not happenstance but an extension of a longer African American literary tradition. The author Ralph Ellison once wrote that the blues were “an impulse to keep the painful details and episodes of a brutal experience alive in one’s aching consciousness, to finger its jagged grain, and to transcend.” Works by him and many others, including Zora Neale Hurston, Albert Murray, Alice Walker and August Wilson, have all heralded blues singers as the ultimate heroes, using their life stories to reveal, then resist the oppressive conditions of the Jim Crow South.
Opening at a plantation under the sweltering sun in Clarksdale, Miss., “Sinners” also begins with the idea of overcoming suffering through the liberatory impulse of the blues. After meeting his cotton-picking quota for the day, Sammie goes to his father’s church to get a guitar, an object that provides a reprieve from his servitude as a sharecropper. “Been working all week, Pop,” he implores the preacher. “Wanna be free of all this for one day.”
As the movie unfolds, Sammie’s songs, as well as the juke joint where he performs — the one owned by his cousins, Smoke and Stack (both played by a remarkable Michael B. Jordan) — enable him to actualize his desire for autonomy even more. Not just for himself, but also for his fellow Black residents of Clarksdale, who gather there and experience camaraderie, ecstasy and release together. This all culminates in the movie’s most breathtaking scene: Sammie, surrounded by a West African griot, a hip-hop DJ and his fellow revelers, shows how Black music has evolved throughout history. Once the white vampires, including a former Klansman, attack the club, and either kill or turn most of its Black patrons into vampires, this sense of relief is destroyed. The impermanence underscores how precarious and meaningful the space was in the first place.
At the end of the movie, a much older Sammie (played by the guitarist and singer Buddy Guy) can be found in a blues club decades later in Chicago, where he confesses to Stack, “Before the sun went down, I think that was the best day of my life.” To which his cousin soberly adds, “And just for a few hours, we was free.”
That line stayed with me as I pondered whether that sentiment belonged to Coogler’s characters alone, or if it was extended to us in the audience. Upon its release, the film felt like an antidote to the increased censoring of accounts of racial injustice in the United States, and as a celebration of Black culture at a time when organizations around the country were beginning to dismantle long-fought-for diversity initiatives.
Like so many others, I derived pleasure from “Sinners” as sheer entertainment, a seamless blend of science fiction, horror and historical drama filled with Easter eggs that kept us guessing about what we were actually seeing. At the same time, it was a work of art with a sharp racial allegory at its heart. That uncanny combination had audiences spreading the word, ensuring that it was a must-watch on repeat.
Coogler’s potent deal with Warner Bros. became the talk of Hollywood. Much as the fictional twins’ purchase of the building for their juke joint gave them economic and cultural power typically denied to African Americans at the time, Coogler’s contract gave him unique proprietorship: He negotiated for a percentage of gross tickets sales, final cut and full rights to the movie after 25 years. The setup is a blueprint of sorts for maintaining creative control in perpetuity.
For some Hollywood executives, these terms alone were enough to set off a new panic, even though, as Coogler has pointed out, his negotiation was not without precedent: Quentin Tarantino struck a similar deal in 2017 for “Once Upon a Time … in Hollywood,” and George Lucas, Peter Jackson and Richard Linklater have all negotiated such terms. “I’ve been in the industry long enough to know what kind of deals are possible,” Coogler has said.
Coogler has noted that “Sinners” is his most personal story to date and that it was inspired by his grandfather, whom he never knew, and his uncle, who was born in Mississippi and imparted in Coogler his love for the blues.
In so doing, he also gave Hollywood a new freedom narrative, for just a few hours, and for a lifetime, too.
Salamishah Tillet is a contributing critic at large for The Times and a professor at Rutgers University. She won the Pulitzer Prize for criticism in 2022, for columns examining race and Black perspectives as the arts and entertainment world responded to the Black Lives Matter moment with new works.
https://www.nytimes.com/2026/03/02/movies/sinners-ryan-coogler-freedom.html
Neue Zürcher Zeitung
Die berühmteste Vulva der Welt: Gustave Courbets Skandalbild wird in Wien ausgestellt
«Der Ursprung der Welt» hat eine lange Geschichte des Verbergens. Jetzt wird das kleine Gemälde in Wien gezeigt. Im Leopold-Museum bildet es den Mittelpunkt einer grossangelegten Retrospektive, die den französischen Pionier des Realismus feiert.
Gustave Courbet ist der Maler der nackten Tatsachen. Die romantischen Überhöhungen des Idealismus schlug er in den Wind. Über die Konventionen der Kunst seiner Zeit setzte er sich mit einer radikal realistischen Malerei hinweg. Das Handwerk mit Pinsel und Palette brachte er sich gleich selber bei.
Dazu passt, dass er ein Aussenseiter war, ein systemkritischer Rebell gegen Kirche und Staat, ein Provokateur mit Autoritätsproblem, der sich mit der Obrigkeit anlegte. Zudem war er ein Fürsprecher der sozialen Sache – volksnah und bodenständig, einer, der etwas darauf gab, dass er aus der Provinz kam.
Der Realist Courbet, der 1819 in eine wohlhabende Bauernfamilie geboren wurde, blieb aber stets auch ein Stück weit Romantiker – wohl wider Willen. Seine Schilderungen des alltäglichen Landlebens, der arbeitenden Menschen aus der einfachen Bevölkerung, der Tiere und der Landschaften, zeugen von grosser Einfühlsamkeit. Courbet war ein zärtlicher Verehrer alles Lebendigen.
Der erdverbundene Naturmensch Courbet hat überdies den wohl schönsten Bauch der Kunstgeschichte gemalt. Man glaubt die Wärme und das atmende Auf und Ab der zarten Haut spüren zu können in seinem kleinen Gemälde mit dem Titel «L’Origine du monde».
In der elfenbeinfarbenen Bauchdecke setzt die Mulde des Nabels einen Lichtakzent. Weiter unten dann das dunkel-gekräuselte Haar des Venushügels. Denn das Zentrum dieses Gemäldes zeigt ein weibliches Geschlechtsteil.
Courbet selber hat dieses 1866 entstandene Bild als das Schönste bezeichnet, was er je geschaffen hatte. Und es ist zweifellos sein berühmtestes, weil sein skandalösestes. Jetzt ist es in Wien ausgestellt, zusammen mit rund 130 Exponaten, darunter 90 Gemälden aus allen Schaffensphasen – Porträts, Figurenbildern, Landschaften, Stillleben und Akten, mit welchen sich der Begründer des Realismus in die Kunstgeschichte eingeschrieben hat.
Geschichte des Verbergens
«Der Ursprung der Welt» nimmt in dieser umfassenden Ausstellung des Leopold-Museums einen zentralen Platz ein allein schon wegen seines Titels, der seinerzeit vom Künstler selbst gewählt wurde. In einer metaphorischen Umschreibung verschleiert er, was das Bild preisgibt: eine leicht geöffnete Vulva.
Die Kunstkritik hat dieses Bild oft etwas umständlich auch als «der Blick zwischen die Schenkel einer Frau» umschrieben – eine Beschreibung von etwas, das eigentlich gar nicht existiert. Ein Blick lässt sich nicht abbilden, er verbirgt sich in den Hirnwindungen des Schauenden, der Betrachterin. Mit dem «Ursprung der Welt» verbindet sich denn auch eine aussergewöhnliche Kulturgeschichte des Verbergens, bis das Werk 1995 im Pariser Musée d’Orsay einen permanenten Platz in einer öffentlichen Sammlung fand.
Lange währte das Rätselraten um die Person, die Courbet für sein kühnes Sujet Modell gestanden hat. Heute weiss man, dass es sich bei der «Porträtierten» um die damals 34 Jahre alte Constance Quéniaux, eine Tänzerin der Pariser Oper, handelt. Sie war die Geliebte des ägyptisch-osmanischen Diplomaten Khalil-Bey, eines frankophilen Lebemanns, der in den 1860er Jahren eine prägende Figur in der Pariser Gesellschaft darstellte.
Khalil-Bey sammelte erotische Kunst. Das Bild von Constance Quéniaux’ Unterleib liess er eigens bei Courbet in Auftrag geben. In seiner Kollektion befand sich auch Jean-Auguste-Dominique Ingres’ berühmtes «Türkisches Bad» oder Courbets «Les Deux Amies» («Die zwei Freundinnen»). Dieses grossformatige Gemälde, eine weitere Auftragsarbeit für Khalil-Bey aus dem Jahr 1866, ist ebenfalls in Wien ausgestellt. Es zeigt zwei vom Liebesakt erschöpfte Frauen in inniger Umarmung.
Darüber liess sich etwa der Schriftsteller Alexandre Dumas der Jüngere aus. Der Briefstelle verdankt sich auch die Lösung des Rätsels von «L’Origine du monde». Dort heisst es, nur weil einer Talent besitze, male man doch nicht «das Innere der Mademoiselle Quéniaux von der Oper für den Türken . . . das Ganze in Lebensgrösse, und ebenfalls in Lebensgrösse zwei Frauen, die sich ohne Männer behelfen. Das alles ist niederträchtig.»
Dumas gehörte offenbar zu den Eingeweihten. Denn diese Bilder bekamen nur die wenigsten zu Gesicht. Den «Ursprung der Welt» verbarg der türkische Diplomat in den fensterlosen Waschräumen seines Pariser Domizils hinter einem grünen Vorhang.
Anthropomorphe Landschaften
Das Spiel der Verhüllung setzte sich fort, als sich das Werk später in einer Galerie befand. Den Kunden wurde es dort hinter dem winterlichen Landschaftsgemälde «Le Château de Blonay» vorgelegt, das sich zur Seite klappen liess. Das Werk stammt ebenfalls von Courbet und zeigt am Horizont einer verschneiten Obstbaumwiese ein Schloss in einem Wald.
Ein Courbet hinter einem Courbet also. Wobei das Weiss der Schneedecke im Vordergrund das Laken auf dem Bild dahinter aufnahm, das den weiblichen Torso umrahmt. Auch das Schloss in dem Wäldchen korrespondiert mit dem «Ursprung der Welt», insofern es für den weiblichen Schoss als gehüteten Bereich stehen mag.
Courbet ging es wohl von Anfang an um eine Dialektik von Sichtbar- und Unsichtbarkeit, weswegen er auch die Identität des Modells verbarg. Die spezielle Präsentationsweise mit all den verhüllenden Vorrichtungen kam seiner künstlerischen Absicht entgegen. Sie war aber auch dem ungewöhnlichen Sujet selber geschuldet.
Für die amerikanische Kunsthistorikerin Camille Paglia steht das Weibliche für das Verborgene schlechthin. Auch die forcierte Inszenierung des Frauenkörpers kreise um das Geheimnis, heisst es in Paglias Kulturhistorie «Die Masken der Sexualität», mit der sich die Feministin als Reizfigur der Geschlechterforschung etablierte. Der weibliche Schoss als das grosse Enigma der dunkel, undurchsichtig fliessenden Natur, aus der wir alle stammen: Courbet hat eine solche Naturauffassung wiederholt umgesetzt. Neben seinen Meereslandschaften sind in der Wiener Ausstellung auch einige seiner Landschaften mit Höhlen und Grotten zu sehen.
In seiner bemerkenswerten Komposition «Die Quelle des Lison» bildet die von Büschen gesäumte Felsgrotte exakt die Mitte der Leinwand: eine dunkle Öffnung, wie sie auch das Zentrum des «Ursprungs der Welt» markiert, der sich in diesem Zusammenhang als vaginale Landschaft lesen lässt.
Eine solch anthropomorphe Landschaft diente dem «Ursprung der Welt» als Verhüllung, nachdem das Gemälde 1954 vom Psychoanalytiker Jacques Lacan erworben worden war. Das Paneel, das sich zur Seite schieben liess, bestand aus einer Komposition des surrealistischen Malers André Masson und stellt eine abstrahierende Landschaft dar, die sich zugleich als weiblicher Unterleib entpuppt.
Es ist wohl kein Zufall, dass ausgerechnet Lacan die Tradition der Verhüllung dieses Bildes wieder aufleben liess. Er dürfte für das Geheimnis, mit dem das weibliche Genital besetzt ist, einen besonderen Sinn gehabt haben. Schliesslich war es der französische Psychiater, der dessen Gegenstück, den Phallus, als Minuszeichen und Signifikant einer Leerstelle definierte.
Zyklus des Lebens
Dass Courbet mit der Natur als Ursprung und Quell des Lebens auch die weibliche Natur assoziiert hat, erklärt den Titel für sein Vulva-Bild. Allerdings war der französische Pionier der realistischen Malerei weder an einer Idealisierung noch an einer Sakralisierung des Weiblichen interessiert. Courbet war bestrebt, eine «ganz und gar physische Sprache» zu sprechen, wie er in einem Brief formulierte.
Dennoch vulgarisiert sein Skandalwerk nichts. Courbet gibt das Organ anatomisch nicht bis ins Detail wieder. Deswegen wirkt seine Darstellungsweise nicht pornografisch.
Dafür gelingt es Courbet, mit seiner freimütigen Veranschaulichung unverblümter, profaner Leiblichkeit das weibliche Geschlechtsteil in seiner Doppelnatur zu erfassen: nicht nur als Organ der Sexualität, sondern auch als solches von Fortpflanzung und Geburt. Es verweist auf den Zusammenhang zwischen der Erotik und dem Zyklus von Leben und Tod.
Exhibitionistischer Protestakt
Das hat die feministische Kritik verkannt. Sie sieht in dem Werk eine entpersonalisierte Frau ohne Kopf, Gesicht, Arme, Hände, Beine und Füsse und damit eine Reduktion des Weiblichen auf ein Objekt des männlichen Begehrens.
Heute wird «Der Ursprung der Welt» beinahe schamlos der Öffentlichkeit präsentiert: nur geschützt vor potenziellen Vandalenakten durch ein Panzerglas. In Paris im Musée d’Orsay wird das Bild von einem Wachmann flankiert, seit es 2014 zu einem Zwischenfall gekommen war.
Denn die unverhüllte Präsentation ging der Performancekünstlerin Deborah de Robertis zu wenig weit. Sie setzte sich in einer exhibitionistischen Aktion vor das Werk und entblösste ihre Vulva.
Damit wollte sie Courbets Blick auf eine halb geschlossene Scham mit dem «Auge der Vagina, diesem schwarzen Loch, das dem Blick verborgen ist», wie sie sagte, entgegentreten. Ihre Performance stellte sich am Ende aber nur als eine weitere Runde in dem Spiel von Zeigen und Verbergen dar, um das es in Courbets «Ursprung der Welt» schon immer gegangen ist.
Gustave Courbet – Realist und Rebell. Leopold-Museum, Wien, bis 21. Juni. Katalog: 39.90 Euro.
March 2, 2026 (Today’s Summary)
THE WAR IN THE MIDDLE EAST
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Trump’s Doctrine in Iran and Beyond
By Mr. Cropsey president of the Yorktown Institute. He served as a naval officer and as deputy undersecretary of the Navy and is the author of “Mayday” and “Seablindness.”
The president strengthens deterrence by acting decisively against partners of Russia and China.
https://www.wsj.com/opinion/trumps-doctrine-in-iran-and-beyond-728db283
The Economist (Pay Wall)
After the ayatollah : War, succession and the perilous test of two myths about Iran
America wagers on collapse; the regime on endurance
The Wall Street Journal, Guest Essay (Pay Wall)
Khamenei’s Unforced Errors Proved Fatal
By Mr. Kaufman, a member of the Journal’s editorial board and a co-author of “In the War Room: The Inside Story of Israel’s Fight Against Hamas and the Iranian Axis,” forthcoming in September.
Iran had failed on every front, but its supreme leader kept bluffing. He didn’t fool Trump.
https://www.wsj.com/opinion/khameneis-unforced-errors-proved-fatal-635fb5e4?mod=opinion_lead_pos5
The New York Times
Iran Got Trump All Wrong
Guest essay by By Kenneth F. McKenzie Jr., a retired Marine and was the 14th commander of U.S. Central Command.
For decades, Iran managed to bluff American presidents. It deterred attacks from a superpower and carried out proxy campaigns against its neighbors and Israel. Our strikes on Iran on Saturday are evidence that this long-term strategy of negotiating in bad faith is bankrupt. The military campaign underway is the direct result of Iranian leaders’ foot-dragging, obfuscation and delay tactics.
This time, they misjudged the president.
The path to today began in 2020, when President Trump made the decision to strike then Maj. Gen. Qassim Suleimani, an Iranian military leader who masterminded attacks against American people and facilities in the Middle East. Since his death, Iran has been unable to recover the coherence and purpose of General Suleimani’s proxy operations. Equally important, the strike established Mr. Trump’s credentials as someone who would not be in thrall to Iran. The president is the unique advantage we have in the region. For the first time in decades, American military power in the Middle East deployed against Iran is coupled with a commander in chief who isn’t afraid to use it.
For decades, the primary goal of Iranian statecraft has been regime preservation. The generation of the 1970s, though aging, still aims to pass the torch at home and export it abroad in the form of militant Shia Islam. Iran’s leaders seem to believe that keeping the revolutionary fire alive is their biggest priority, and they respond only to direct and unambiguous pressure on the regime. During the Iran-Iraq war of the 1980s, for instance, Ayatollah Ruhollah Khomeini, then the supreme leader, “drank from the poisoned chalice,” as he put it, and accepted a truce with Iraq under adverse circumstances to preserve the clerical regime in Iran.
This weekend’s American and Israeli strikes apply more direct pressure than the regime has faced at almost any time in its history. The death of the supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei, is a profoundly significant event. Our forces will continue to hit regime targets inside Iran and simultaneously reduce its ability to respond. The military does this by striking leadership nodes and by seeking out and destroying Iranian missile storage areas, transporters and launch sites. We have practiced these missions for years.
The early Iranian responses against our bases and cities in the region were almost certainly prearranged, with local commanders given the authority to open fire in the event of an attack. It will almost certainly get increasingly hard for the Iranian military to continue this pressure, particularly as condemnation of Iran continues to flow in from Saudi Arabia, the United Arab Emirates, Bahrain, Qatar, Jordan and other states.
On the so-called escalation ladder — the concept war planners have used for decades to evaluate how a conflict might evolve — Iran still has options, but they are all at the low end. At the high end of the escalation ladder, all of the options are ours.
Iran can use asymmetric tactics to fight back. Among the most radical would be to mine the Strait of Hormuz, which it has the capability to do. This would block global energy traffic and spike oil prices, and would take some time to fix. Tehran could also unleash its global terror network, which, while depleted since Oct. 7, 2023, still exists and can reach well beyond the region, including into the United States.
These are real risks to the global economy and America’s national security. So what are our goals?
It’s become a platitude in Washington to say that regime change in Iran is impossible because the current leadership has removed all possible alternatives in the most brutal ways imaginable. There may be some truth in this observation, but we should be humble when it comes to our ability to predict the longevity of totalitarian regimes under pressure. Few saw the Syrian collapse coming. Sustained, lethal pressure on the regime may provide an avenue for alternatives to emerge. Or it might survive.
One thing is certain: Without pressure, nothing will change. There is opportunity in the death of the supreme leader. We should not squander this moment, when Iran is uniquely weak and vulnerable and we hold all of the advantages — literally.
We can also seek to return to negotiations. If we do so, it should not be a dialogue of equals. It should be between the victor and the vanquished. We should require Tehran to accept an end to its nuclear program; limitations on ballistic, cruise and land-attack missiles; limits on proxy forces; and, lastly, a declaratory policy that recognizes Israel’s right to exist. I would prioritize Iranian political reform below any of these objectives, but it may not be possible to attain them without reordering the Iranian leadership. This may be easier now that Ayatollah Khamenei is no longer in charge.
Opting for war is never an easy decision, and I know from personal observation that Mr. Trump does not seek a prolonged conflict with Iran. I do believe that there are worse things than war, though — continued Iranian exportation of terror across the region and maltreatment of Iran’s own people, to name a few. This military campaign may allow us to find a path forward to long-lasting peace in the region, and with the death of the supreme leader, an opportunity for representative government in Iran.
https://www.nytimes.com/2026/03/01/opinion/iran-trump-bad-faith.html
The Economist, Leader (Pay Wall)
Why Donald Trump gambled in Iran
The disruptor-in-chief wants to send a message to enemies everywhere by demonstrating the devastating nature of American power
https://www.economist.com/leaders/2026/03/01/why-donald-trump-gambled-in-iran
The Wall Street Journal (Pay Wall)
By Striking Its Neighbors, Iran Has Deepened the Gulf’s Resolve to Fight Back
Diplomats and analysts say Tehran miscalculated with its attacks on Dubai, Doha and Bahrain
The New York Times
War and Peace Cannot Be Left to One Man — Especially Not This Man
Eight minutes.
That’s the length of President Trump’s social media video announcing his war with Iran. He didn’t go to Congress. He didn’t obtain a U.N. Security Council resolution. Instead, he did perhaps the most monarchical thing he’s done in a monarchical second term: He simply ordered America into war.
I take a back seat to no one in my loathing of the Iranian regime. I am not mourning the death of Iran’s supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei, who was killed in an airstrike on Saturday. My anger at the Iranian regime is personal. Men I knew and served with during my deployment to Iraq in 2007 and 2008 were killed and gravely injured by Iranian-supplied weapons deployed by Iranian-supported militias.
But my personal feelings don’t override the Constitution, and neither do anyone else’s. As I mentioned in a round-table conversation with my colleagues on Saturday, I’m worried that all too many people will say: Well, in a perfect world Trump should have gone to Congress, but what’s done is done. That is exactly the wrong way to approach this war.
Here’s the bottom line: Trump should have gotten congressional approval for striking Iran, or he should not have struck at all. And because he did not obtain congressional approval, he’s diminishing America’s chances for ultimate success and increasing the chances that we make the same mistakes we — and other powerful nations — have made before.
To make that argument is not to sacrifice our national interests on an altar of legal technicalities. Instead, it’s to remind Americans of the very good reasons for our country’s constitutional structure on matters of war and peace.
The fundamental goal of the 1787 Constitution was to establish a republican form of government — and that meant disentangling the traditional powers of the monarch and placing them in different branches of government.
When it came to military affairs, the Constitution separated the power to declare war from the power to command the military. The short way of describing the structure is that America should go to war only at Congress’s direction, but when it does, its armies are commanded by the president.
Perhaps the most important aspect of this constitutional structure is that it creates a presumption of peace. Our nation cannot go to war until its leaders persuade a majority of Congress that war is in our national interest.
This framework applies both to direct declarations of war and to their close cousin, authorizations for the use of military force, such as the authorizations for Desert Storm in the first gulf war, Operation Enduring Freedom in Afghanistan and Operation Iraqi Freedom in Iraq.
But the constitutional structure, when followed, does much more than that. It also helps provide accountability. To make the case to Congress, a president doesn’t just outline the reasons for war; he also outlines the objectives of the conflict. This provides an opportunity to investigate the weaknesses of the case for the conflict, along with the possibility of success and the risks of failure.
I’m getting a disturbing sense of déjà vu for example, from the idea that degrading regime forces from the air will give unarmed (or mostly unarmed) civilian protesters exactly the opening they need to topple the Iranian government and effect regime change.
By the end of Desert Storm, the United States had devastated the Iraqi military and inflicted casualties far beyond anything that Israel or the United States has inflicted on Iran this weekend. When the Iraqi people rose up, there was a wave of hope that the dictator would be deposed and democracy would prevail. But Saddam Hussein had more than enough firepower — and enough loyalists — to crush the rebellion, retain power for more than a decade and kill tens of thousands of his opponents.
The Iranian regime deserves to fall, but I’m concerned that we’re creating the conditions for more massacres of more civilians, without offering the protesters any reasonable prospect of success.
But if the regime does crack, there is no guarantee that we will welcome the eventual results. From Iraq to Syria to Libya, we’ve seen how civil war sows chaos, fosters extremism and terrorism and creates waves of destabilizing migration.
In a real public debate before a real Congress, these points could have been addressed. The administration could have prepared people for the various contingencies, including casualties and economic disruption. Instead, near the end of Trump’s cursory speech on Saturday, he said, “The lives of courageous American heroes may be lost, and we may have casualties. That often happens in war.”
Well, yes, that’s certainly true. But that’s not the full extent of the risk; not even close. The American people needed to hear more. They deserved to hear more.
There was a case for striking Iran.
As my colleague Bret Stephens has argued, the Iranian regime is evil, hostile to the United States and militarily aggressive. It has engaged in a decades-long conflict with the United States. Beginning with the hostage crisis in 1979 — when Iranians seized and held American diplomats and Embassy employees for 444 days — Iran has conducted countless direct and indirect attacks against the United States.
Iranian-backed terrorists are responsible for the Marine barracks bombing in Lebanon in 1983 that killed 241 Americans. Iranian-backed terrorists killed 19 Americans in the Khobar Towers bombing in Saudi Arabia in 1996. Iran-backed militias killed hundreds of American soldiers in Iraq.
Since the second Iraq war, Iranian-backed militias have continued their attacks on U.S. troops in Iraq. In fact, it’s fair to say that Iran’s efforts to attack and kill Americans have been relentless for decades.
Beyond its attacks on Americans, Iran is one of the most aggressive and destabilizing regimes in the world. It has supported Hamas, Hezbollah and the Houthis — three of the world’s most powerful terrorist militias — it has attacked Israel with ballistic missiles, and it has supplied Russia with drones to use in its illegal invasion of Ukraine.
Iran is deeply repressive at home. It stifles dissent, deprives women of their most basic human rights and massacres its own people by the thousands when they protest against the regime.
If you’re going to list foreign countries that should not obtain access to nuclear weapons, Iran would be at or close to the very top. Blocking Iran’s ability to develop and deploy nuclear weapons is among our most vital national interests.
But therewas also acase against an attack.
As my newsroom colleague Eric Schmitt has reported, Gen. Dan Caine, the chairman of the Joint Chiefs of Staff, has warned Trump that there is a high risk of casualties and a risk that a campaign against Iran could deplete American stockpiles of precision weapons — at the exact moment when we need those weapons to deter any potential Chinese maneuvers against Taiwan.
In addition, Iran may now believe that it should not restrain its response to an American attack but instead prioritize inflicting as many casualties as possible on American forces (and perhaps even on American civilians). Iran has already lashed out at multiple nations in the Gulf. Its attacks haven’t inflicted much damage so far, but it’s too soon to simply presume that Iran won’t be able to hurt the United States or our allies.
And if we suffer those losses without eradicating a nuclear program that Trump already claimed to have “obliterated,” without ultimately changing the regime (in spite of the death of the supreme leader), or without even protecting civilian protesters, then for all practical purposes we will have lost a pointless, deadly war.
Don’t let anyone tell you that modern presidents simply don’t go to Congress, that we’re trying to impose a standard on Trump that we didn’t impose on anyone else. In 2002 the Department of Justice told President George W. Bush that he had “ sufficient constitutional and statutory authority to use force against Iraq,” even in the absence of a direct congressional authorization or a new U.N. Security Council resolution. Yet Bush pressed for (and obtained) an authorization and a resolution anyway, just as his father did when he went to war with Saddam Hussein during Operation Desert Storm.
Regardless of any person’s feelings about Operation Iraqi Freedom (I supported it then and still do), when our troops went into combat, they knew they were supported by a majority of the American people. They knew politicians on both sides of the aisle had voted to send them into battle.
Now, many millions of Americans are bewildered by events. There is no national consensus around the decision to deploy Americans into harm’s way. There isn’t even a Republican consensus. There’s only a personal consensus, the personal consensus of a mercurial man so detached from reality that he actually reposted on Truth Social an article with the headline “Iran Tried to Interfere in 2020, 2024 Elections to Stop Trump, and Now Faces Renewed War With U.S.”
Are Trump’s conspiracy theories making him more amenable to war?
In 1848, at the close of the Mexican-American War, a first-term congressman named Abraham Lincoln wrote:
Kings had always been involving and impoverishing their people in wars, pretending generally, if not always, that the good of the people was the object. This, our convention understood to be the most oppressive of all kingly oppressions and they resolved to so frame the Constitution that no one man should hold the power of bringing this oppression upon us.
Those words were true then, and they’re true now. No matter what he thinks, Trump is not a king. But by taking America to war all on his own, he is acting like one.
https://www.nytimes.com/2026/03/01/opinion/trump-iran-congress-approval.html
The Wall Street Journal (Pay Wall)
U.S. Races to Accomplish Iran Mission Before Munitions Run Out
Trump says the Iran campaign might last a week or longer, but dwindling stockpiles couldlimit his options
The Jerusalem Post, Editorial
Prepared, not invincible: Israel tested by Iran’s ballistic missile barrages
With lessons learned from past conflicts, Israel’s preparedness is put to the ultimate test as Iran’s missile barrages push the country’s defense systems.
Every Israeli knows what it is like to run to the bomb shelter, sprinting upon hearing the sirens, waiting to hear the booms overhead, and praying everyone is alright. We knew it well last June, and we know it well only two days into Operation Roaring Lion.
When Iran launched its ballistic missile campaign during the 12 Day War last June, the country was not completely ready. Some 28 Israelis were killed, and thousands were wounded. More than 13,000 homes were damaged from 36 direct hits, and salvos of 200 or more missiles in a single day overwhelmed a population that had been dealing with Hezbollah and Hamas on and off for years.
The lessons of those 12 days were dear, and IDF Home Front Command took them seriously.
So far, Israelis in general are coping much better this time. Casualties were minimal until Sunday afternoon, when an Iranian ballistic missile killed nine people and wounded at least 20, including several children, in the Beit Shemesh area – the worst attack of the war so far.
The difference between this war and the last one is that Israel has gotten considerably better at absorbing punishment.
Israel’s defense systems and protocols
Home Front Command now issues a general warning 10 to 20 minutes before a threat, followed by a siren roughly 90 seconds before impact. That window, small as it sounds, is the difference between being in the open and being behind reinforced concrete, which could save your life. It is also noticeable in bomb shelters up and down the country that those who once left after a few minutes now firmly wait until the all clear.
According to the IDF, the early warning system is functioning exactly as it was designed to.
Israel also has more rescue teams deployed across more of the country, ready to respond to large impacts.
Iran is still firing, and estimates that the war will go on longer than a few days mean we will continue along this path.
Tehran’s missiles this time have included cluster munitions, which spread across a wider area but with potentially less destructive force than conventional warheads. They remain dangerous, however, particularly the fragments from intercepted missiles, which Home Front Command has specifically warned civilians to avoid.
Most launches have come from western Iran, and Israel has not yet managed to push those firing lines eastward the way they eventually did in June 2025, when the greater distance helped to lessen Iran’s accuracy and reduced its capacity for sustained salvos. The IDF is working toward that outcome now and remains hopeful it can be achieved in the days ahead – something Prime Minister Benjamin Netanyahu promised on Sunday evening.
He dramatically stood atop the Kiyra military headquarters in Tel Aviv and declared that Israel “will intensify its attacks against Iran in the coming days.”
In the meantime, the country continues with its wartime arrangements. Schools and businesses are closed. Air travel in and out of Israel is suspended for further days, with the situation under daily review. These are the human costs that Israelis have become used to paying, and, as usual, they try to hold things together as best they can.
Maj.-Gen. Shai Kleper, who took charge of the home front in July 2025, inherited a system already shaken by war and made it more resilient, and his work is starting to show.
The National Search and Rescue Unit of Home Front Command rescued three civilians on Sunday who had been trapped beneath the rubble in an Iranian missile impact site in central Israel.
“The troops acted swiftly to rescue trapped individuals and continue to operate to save lives. Complex days lie ahead. Your mission – reach the scene quickly and save lives,” Kleper stated at the scene.
The war will still have testing days ahead, especially if the regime reaches its death throes and fires everything left in its arsenal at Israel. But Jerusalem enters this fight with lessons learned, a patient population, and a command structure that has already been tested under fire, which gives us hope that Beit Shemesh’s tragedy will be the worst of the war.
https://www.jpost.com/opinion/article-888443
EUROPE AND THE WAR IN THE MIDDLE EAST
Le Point, Editorial
Abnousse Shalmani – Iran et diplomatie française : l’art de rater l’Histoire en marche
La réaction d’Emmanuel Macron à l’intervention contre l’Iran révèle l’aveuglement français face à quarante-sept ans de tyrannie mollahrchique.
À la lecture de la première réaction d’Emmanuel Macron à la salutaire intervention israélo-américaine contre la mollahrchie , samedi 28 février, j’ai senti monter la colère purement émotionnelle en même temps que la fatigue intellectuelle.
« Le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran emporte de graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale. […] L’escalade en cours est dangereuse pour tous. Elle doit cesser. […] Le peuple iranien doit aussi pouvoir construire son avenir librement. Les massacres perpétrés par le régime islamique le disqualifient et nécessitent que la parole soit rendue au peuple.[…] Fidèle à ses principes et consciente de ses responsabilités internationales, la France demande une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies. »
La poignée de main et l’oubli
La première image qui m’est venue est celle du président français serrant la main de feu le président iranien Ebrahim Raïssi , surnommé le « boucher de Téhéran » (pour avoir présidé à la mise à mort de milliers d’opposants à la mollahrchie dans les années 80-90) à l’ONU en septembre 2022 alors que Mahsa Amini venait d’être assassinée par la police des moeurs -; initiant ce que je continue d’appeler La révolution perse contre les mollahs.
Puis, j’ai pensé à la paix et la sécurité internationale que bafoue directement depuis quarante-sept ans la République islamique, en Iran, au Liban, en Israël, au Yémen, en Syrie, en Irak mais aussi en Occident à travers des attentats aveugles et des exécutions d’opposants.
Et j’ai encore pensé au droit international piétiné depuis quarante-sept ans par les mollahs, à la population iranienne exsangue, aux cris de liberté, au désespoir face aux massacres de masse, à la parole que les Iraniens n’ont cessé de prendre et que l’Occident n’a pas voulu entendre, j’ai pensé aux mains vides face aux armes de guerre déployées par la mollahrchie et j’ai quand même souri en imaginant le Conseil de Sécurité rappeler que la guerre c’est mal.
Je me suis demandé comment le président d’une démocratie occidentale pouvait écrire ça, sans sentir la honte lui monter au visage, sans se souvenir des quelque cinquante mille morts de janvier, sans compter les arrestations quotidiennes et les exécutions en catimini, sans se souvenir que le chaos du Moyen-Orient trouve son origine en Mollahrchie, pourvoyeuse idéologique et financière de toutes les tensions, de tous les attentats, de toutes les déstabilisations, de tous les morts, de l’impossibilité de la paix.
Je m’interrogeais sur cette erreur diplomatique qui disqualifie déjà la France aux yeux de la Perse de demain, en gardant les yeux et les oreilles grands ouverts sur tous les canaux d’informations possibles. Et ce fut un festival de grand n’importe quoi.
L’illusion des « modérés »
Là, un chercheur plutôt sérieux d’habitude, qui imaginait qu’il serait possible de négocier avec le président iranien Massoud Pezeshkian qui ferait partie « des gentils » -; je rappelle pour les distraits que si Pezeshkian a été élu c’est par la grâce de feu le guide suprême Ali Khamenei et qu’il lui a laissé commettre des massacres de la population depuis son arrivée au pouvoir en 2024 tout en appelant régulièrement à la destruction d’Israël ; ici une autre chercheuse toujours très idéologue qui comparait l’avenir de l’Iran à celui de l’Irak, de la Libye, de la Syrie ou encore de l’Afghanistan -; je rappelle pour les distraits toujours que la Perse est vieille de près de 4 000 ans, que lorsque Shah Abbas 1er (1588-1629) parvient au pouvoir, il fut le premier souverain au monde à distinguer pouvoir religieux et pouvoir politique, et instaura un mécénat royal qui a laissé à la postérité les plus beaux exemples d’innovations architecturales qui soient, telle la grande mosquée d’Ispahan ou la cathédrale arménienne du Saint-Sauveur dans la Nouvelle-Djoufla.
Les enluminures iraniennes et la calligraphie étaient alors à leurs firmaments et son plus célèbre représentant, l’artiste Reza Abbasi, peignait des scènes érotiques où l’androgynie des personnages ne cesse d’interpeller par sa modernité, tout comme il fut un des premiers artistes orientaux à représenter des Européens sans les caricaturer.
La Perse, matrice démocratique
La Perse d’Abbas 1er Le Grand fut le premier exemple de globalisation culturelle, aux confluents des cultures ottomanes, mongoles, chinoises et occidentales, dont le rayonnement perdure jusqu’aujourd’hui dans les arts, mais aussi dans l’art de vivre, et si j’insiste sur Shah Abbas 1er, c’est que l’on retrouve cette laïcité originelle dans la Constitution iranienne de 1906, que les arts ont toujours constitué un solide rempart contre le fondamentalisme religieux.
C’est ce qui explique qu’en Iran, après la révolution islamique, les oeuvres d’art n’ont pas été détruites, cachées aux regards oui, mais jamais détruites, à la différence des Talibans qui ont fait exploser les bouddhas de Bamiyan , ce qui explique la qualité et la modernité du cinéma iranien malgré les mollahs, ce qui donne son sens aux photographes, peintres, architectes, stylistes, sculpteurs iraniens qui n’ont cessé de briller sur tous les continents… bref que la démocratie en Iran ne serait pas une importation occidentale mais des retrouvailles historiques.
Là encore un journaliste sur la radio publique qui parle de « quasi pouvoir absolu » de Khamenei, comme si on pouvait relativiser son pouvoir total, tenant entre ses griffes tous les leviers du pouvoir depuis trente-sept ans ; et partout, sur les lèvres d’un trop grand nombre de franco-iraniens et de français de gauche exclusivement, « l’anti-impérialisme » et « l’antisionisme » qui confine à l’hystérie, reprenant en écho les mêmes arguments que dans les années 1970, minimisant les crimes de la mollahrchie par détestation compulsive de l’Amérique et d’Israël, rejouant l’association funeste entre la gauche et les islamistes qui ont accouché de la mollahrchie.
La cécité volontaire
Comme si cela ne suffisait pas ; et la fureur contre le fils du dernier chah d’Iran qui ne serait qu’une fabrication médiatique occidentale, le tout dit d’un air de dégoût, comme si les Iraniens étaient trop idiots pour comprendre ce que représente Reza Pahlavi , continuité historique et garant démocratique et la relativisation infantilisante de la joie des Iraniens à l’annonce de la mort du tyran Ali Khamenei, parce que comprenez, et tu excuseras ma familiarité cher lecteur, les Iraniens sont trop cons pour comprendre qu’une intervention extérieure ne peut pas, ne doit pas réussir.
Ce serait donner raison à ceux qui, comme moi, qui pensent qu’une ingérence extérieure est indispensable pour bêtement sauver des vies humaines qui valent toujours plus que des idéologies qui ne sont bonnes qu’à tisser des sacs mortuaires. Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente, chantait Georges Brassens. Et si on cessait de mourir pour nourrir des idéologues qui n’ont jamais mené qu’au désespoir et qu’on célébrait enfin la vie et la démocratie retrouvées dès demain ?
Le Point
Opération « Fureur épique » en Iran : les Européens, spectateurs et divisés
Quatre Europe, quinze déclarations, zéro influence. Quand Washington frappe l’Iran, les Européens se divisent entre les soutiens otaniens et les autres, plus prudents. Un seul condamne Trump.
Ils ont appris la nouvelle comme tout le monde, par leurs téléphones. « La France n’a été ni prévenue ni impliquée, tout comme d’ailleurs l’ensemble des pays de la région et nos alliés» : c’est Emmanuel Macron lui-même qui l’a dit, en ouvrant en fin d’après-midi le Conseil de défense qu’il présidait à l’Élysée. Le président français, en quelques mots, résumait l’état réel de la relation transatlantique : l’Amérique de Donald Trump a lancé l’opération « Fureur épique » sur l’Iran et ses alliés ne sont pas dans la boucle.
Ce que les Européens ont fait ensuite est instructif. Ils ont cherché les mots qui ne fâchent personne. Et de ce corpus de déclarations, quatre groupes européens se dessinent, qui n’ont pas grand-chose en commun.
Paris, Londres et Berlin : une voix commune
La déclaration commune d’Emmanuel Macron, du Britannique Keir Starmer et du chancelier Friedrich Merz -; le fameux « E3 », colonne vertébrale de la diplomatie nucléaire iranienne depuis vingt ans -; est un chef-d’oeuvre du genre. Elle condamne « dans les termes les plus forts » les frappes iraniennes de représailles sur le Golfe. Sur les frappes américano-israéliennes qui les ont provoquées, rien. Pas un mot : ni soutien ni rejet. Un blanc diplomatique qui en dit plus long que n’importe quelle déclaration.
Emmanuel Macron est néanmoins le plus offensif du trio : il appelle à rendre « la parole au peuple » iranien dont le régime « massacre » les opposants. Il s’approche ainsi, sans la franchir, de la ligne trumpienne du changement de régime. Il a demandé la réunion du Conseil de Sécurité, une manière de ramener les belligérants dans le cadre du droit international et de la négociation.
Merz plus proche de Washington
Le chancelier Friedrich Merz, lui, se rapproche le plus de Washington : il publie en anglais -; choix révélateur d’un message adressé à Washington en plus de son opinion nationale -; et justifie explicitement l’action américaine : « Les États-Unis ont longtemps cherché une solution négociée. L’Iran n’a pas accepté. » Le chancelier offre à Donald Trump une caution européenne que ce dernier n’avait d’ailleurs pas demandée. C’est de la sous-traitance diplomatique.
L’Union européenne, elle-même, a une voix à travers le président du Conseil européen, Antonio Costa : « Nous réaffirmons notre engagement indéfectible à préserver la sécurité et la stabilité régionales,écrit-il sur X . Garantir la sûreté nucléaire et prévenir toute action susceptible d’exacerber les tensions ou de fragiliser le régime mondial de non-prolifération est d’une importance capitale. »
Il rappelle que l’Union européenne a adopté des sanctions en réponse aux actions du régime meurtrier iranien et des Gardiens de la révolution, et a constamment promu des efforts diplomatiques visant à traiter les programmes nucléaire et balistique par une solution négociée. « En étroite coordination avec les États membres de l’UE, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour que les citoyens européens dans la région puissent compter sur notre plein soutien. Nous appelons toutes les parties à faire preuve d’une retenue maximale, à protéger les civils et à respecter pleinement le droit international », conclut-il.
Ursula von der Leyen sort de ses compétences
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, n’a pas de compétence en matière de politique étrangère. Néanmoins, elle a tenu à exister en convoquant un « Security College» lundi.
La Haute représentante, Kaja Kallas, est particulièrement préoccupée par l’évacuation des Européens de la zone de guerre. « Notre réseau consulaire est pleinement mobilisé pour faciliter les départs des citoyens européens. Le personnel européen non essentiel est en cours de retrait de la région », indique-t-elle. La Haute représentante convoque un Conseil Affaires étrangères, dimanche, en visioconférence. « Il est essentiel que la guerre ne s’étende pas davantage, commente-t-elle. Le régime iranien est confronté à des choix. »
Plus à l’est, le calcul est différent. Donald Trump peut compter sur les plus fervents atlantistes du flanc oriental. Prague, Tallinn, Riga et Stockholm forment un bloc cohérent : ils insistent sur la menace iranienne, soutiennent leurs alliés sans questionner la légalité des frappes, et condamnent avec vigueur la riposte de Téhéran contre les pays du Golfe.
Les Atlantistes du flanc oriental
Le Premier ministre tchèque Andrej Babis, trumpiste déclaré, est le plus explicite : il condamne nommément les frappes iraniennes contre sept pays -; le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Arabie saoudite et la Jordanie -; et juge leur souveraineté « inacceptablement violée» par Téhéran.
L’Estonien Kristen Michal qualifie, de son côté, les frappes iraniennes sur la région d’« inacceptables » et appelle à une reprise immédiate des efforts diplomatiques, sans un mot de réserve sur l’opération américano-israélienne.
Même ligne chez la Lettonne Evika Silina, qui est la seule du groupe à établir explicitement le lien entre Téhéran et Moscou : le régime iranien, rappelle-t-elle, « continue de soutenir l’agression russe en Ukraine » -; une manière de lire la crise iranienne comme un théâtre supplémentaire de la même guerre existentielle.
Le Suédois Ulf Kristersson ajoute une touche personnelle : « La Suède sait mieux que beaucoup de pays ce que le régime iranien est prêt à faire contre des innocents, y compris étrangers. » Allusion transparente aux assassinats commandités par Téhéran sur le sol européen et aux ressortissants suédois détenus en Iran.
L’Espagnol, le cavalier seul
À l’autre bout du spectre, Pedro Sanchez fait cavalier seul. Il est l’unique dirigeant européen à rejeter explicitement « l’action militaire unilatérale des États-Unis et d’Israël » comme une « escalade contraire au droit international».
L’Espagnol assume une symétrie de condamnation que ses partenaires ont soigneusement évitée. C’est politiquement cohérent avec la ligne de Madrid sur Gaza. Il avait été aussi le seul à affronter Donald Trump sur les dépenses militaires de l’Otan lors du sommet de La Haye en juin 2025. L’Espagne avait alors refusé l’objectif de 5 % du PIB consacré à la défense -; Madrid étant déjà le plus faible élément du bloc, avec 1,24 % seulement en 2024.
Donald Trump avait alors menacé Madrid de représailles commerciales, avant de lâcher, en octobre, qu’il faudrait « expulser de l’OTAN » les Espagnols.
Les silences qui parlent
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, ne s’intéresse pas aux frappes iraniennes ou américaines et perçoit cette crise uniquement en fonction de ses problèmes d’approvisionnement pétrolier du moment. Budapest a ses priorités : « La guerre impliquant l’Iran a doublé l’importance du pipeline Droujba. J’appelle une nouvelle fois le président Zelensky à reprendre immédiatement les livraisons de pétrole à la Hongrie ! »
Le Hongrois peut difficilement soutenir l’opération militaire de Trump sans briser sa propre posture de « prophète de la paix » s’agissant de la guerre en Ukraine dont il veut coûte que coûte se tenir à l’écart, appelant depuis quatre ans les Européens à cesser de fournir armes et subsides aux Ukrainiens.
Autre proche de Trump en Europe, Giorgia Meloni a choisi la discrétion toute la journée. Pendant que ses homologues publiaient leurs déclarations, la présidente du Conseil italien consultait Merz, Starmer, puis l’intégralité des monarchies du Golfe -; le roi de Bahreïn, l’émir du Koweït, le président des Émirats, l’émir du Qatar, le prince héritier saoudien. Sa déclaration, publiée à 21h43, suit fidèlement la ligne du groupe E3 : condamnation des frappes iraniennes sur les pays du Golfe, solidarité avec le peuple iranien réprimé -; et sur les frappes américano-israéliennes, le même silence soigneusement entretenu que ses partenaires.
La Pologne, quant à elle, s’exprime à deux voix, ce qui correspond à la profonde division de son exécutif à deux têtes. Donald Tusk, le chef du gouvernement, est factuel et sécuritaire : il a reçu ses rapports, ses ressortissants sont en sécurité, l’unité nationale « est plus importante que jamais». En somme, il ne veut pas entrer dans une polémique avec le président Karol Nawrocki, ferme soutien de Donald Trump, lequel insiste, quant à lui sur les canaux Otan avec les États-Unis, une manière de signifier que Varsovie reste fermement dans le giron atlantiste.
The Jerusalem Post
Anxiety, relief and stress: Iranians tell ‘Post’ how they really feel about US, Israeli strikes
The American and Israeli strikes “should have even happened earlier, last month, after what the regime did to the protesters,” a member of the Iranian diaspora asserted.
As the United States and Israel launched a major military offensive against Iran that resulted in the killing of Ayatollah Ali Khamenei, members of the Iranian diaspora in Europe and the Middle East told The Jerusalem Post on Sunday they were feeling a complex mix of relief that the dictator is gone and deep anxiety about the harsh realities the war may bring to their homeland.
A member of the Iranian diaspora, speaking anonymously due to his diplomatic position, did not express a mixed position when he spoke with the Post.
The American and Israeli strikes “should have even happened earlier, last month, after what the regime did to the protesters,” he asserted. “These strikes are very helpful, and we will see the results soon, hopefully.”
Saying US President Donald Trump and Prime Minister Benjamin Netanyahu did a “great job,” he celebrated that Iran “finally got rid of this dictator,” but added the “head of the snake should have been targeted and eliminated during last year’s 12 Day War.”
Kaveh Ghoreishi, a Kurdish journalist who left Iran in 2005, took a very different tone. Speaking to the Post from Berlin, he was more worried about the cost and realities of the conflict, which has stretched far beyond Israeli and Iranian territory.
“There is no justifiable or defensible element in war. Wars always involve miscalculations and can have horrific consequences for civilians, especially children. As we saw on the very first day of these attacks, an elementary school was bombed, killing dozens of children,” Ghoreishi shared.
Iranian state media reported yesterday that more than a hundred young students were killed in a strike on the Shajareh Tayyebeh girls’ school in Minab, adjacent to Revolutionary Guards barracks.
“It is clear that the people of Iran have tried every possible avenue to change the regime, yet every effort was met with brutal and deadly repression – a slow, ongoing war. In reality, they had no viable path to democracy,” he reasoned. “In such conditions, many sought the use of force, war, or targeted foreign intervention.”
Despite the Iranian missiles aimed at countries across the region, including Cyprus, Qatar, and the United Arab Emirates, he theorized that this would not “turn into a long, conventional war. Even if it continues, the Iranian people have reached a level of maturity where they both want – and are able – to determine their own destiny and shape their future with their own hands.”
Reflecting on the fate of Khamenei, Ghoreishi said that it was bittersweet. Relieved his death meant “the end of a dictatorship that had devastated our generation,” he admitted to feeling disappointed that Khamenei would never face justice for the atrocities he inflicted on his people, would never stand trial, and would never see the people he oppressed freed.
As soon as he heard of his death, Ghoreishi recounted how “25 years of political life flashed” before him, including the loss of his loved ones who “were either executed or died prematurely under the burdens of living in a dictatorship.”
Opening up more about his anxieties, Ghoreishi acknowledged that ethnic divides have plagued Iran since before the Islamic regime seized power in 1979 and said he worried about what values the new government may bring. While exiled Iranian crown prince Reza Pahlavi has been favored by many in Europe as part of the alternative to the Islamic regime, Ghoreishi said he was “concerned that another [dictatorship] could replace it.”
“As a Kurd, I am, on one hand, glad that the end of this regime is near. Yet, looking at the rhetoric of the remaining government and the dominant nationalist opposition, I cannot help but worry,” he said, while pointing to comments made recently by Pahlavi.
“In recent days, several separatist groups – some of whose records include collaboration with both Khomeini and Saddam – have made baseless and contemptible claims against the territorial integrity and national unity of Iran,” Pahlavi criticized on X, in reference to the five Kurdish groups announcing the formation of the Coalition of Political Forces of Iranian Kurdistan.
Kurds express misgivings towards Pahlavi
“We have been through ethnic cleansing and persecution and dictatorship (both) under the Pahlavi regime and under the Islamic Republic,” said Karim Parwizi, a senior official of the Kurdistan Democratic Party of Iran, told The Associated Press on Sunday, reflecting on Shah Mohammad Reza Pahlavi’s rule
Pahlavi “effectively threatened them with a future intervention by his imaginary ‘army,’” Ghoreishi interpreted, while labeling him as the “son of the former dictator.”
“For Kurds and other oppressed ethnic and national groups in Iran, the problem may not simply be the Islamic Republic, as the majority Shia-Fars population see it, but any centralized, undemocratic ideology that denies Iran’s multiethnic and multinational reality and insists on ‘one nation, one flag, one leader,’ a Nazi-like slogan chanted at monarchist rallies in Munich,” he concluded.
‘Kani,’ who also expressed anxiety over the future leadership of Iran, left his homeland nearly 15 years ago for his studies. He requested that the Post keep his identity anonymous to protect his family, still living under the regime and in neighboring Iraq.
“I am a Kurd, and I know that many ethnic groups, including Kurds, Turks, and Baluchis, are deeply fearful of the promotion of Reza Pahlavi by various media outlets,” he said, mirroring concerns expressed by Ghoreishi. “This means their concern is not merely overthrowing the regime, but from their perspective, if someone like Reza Pahlavi comes to power, it won’t make much of a difference compared to Khamenei, and he may even behave more repressively towards them.”
Despite discrimination and persecution under the Islamic regime, Kani had frequently returned to the country “despite all the risks” to stay connected with his community and “not become alienated from the dynamics of Iranian society,” but his visits ended in 2022.
Kani has not been home since he witnessed the regime’s brutal response to the Women, Life, Freedom protests, which erupted after the regime murdered 22-year-old Mahsa Amini for wearing her headscarf incorrectly. “The situation became more dangerous for me, and I never returned,” Kani shared.
Asked how he felt about the US and Israeli strikes, Kani said he “feels deep sympathy for the death of any innocent person anywhere in the world,” referring to the civilian casualties, but said he was having “contradictory” thoughts on the issue.
“If it were a normal situation, I would be upset, not because a foreign power attacked ‘my country,’ as I am not really that nationalistic. But I should be upset because, after all these 47 years, with all the sacrifices and lives lost, we, the people, could not overthrow this regime by our own will,” he explained. “We, the Iranian people, need to have a deep self-criticism about this. I know the Iranian regime has been very bloodthirsty and strong, but the people need to critically examine their own actions. Now that the people couldn’t overthrow the regime, I hope that if the American/Israeli attacks can bring about a change in the regime, and among all the plans the world has for Iran, the people will get another opportunity to take back power.”
“Despite all the anxiety I have, it also brings me joy,” he continued. “I believe that if these attacks lead to a change in the regime, and not to a deal with the remnants of this regime, these attacks would be exactly what the majority of the people wanted. Although there will always be a minority that has stayed with the regime until today.”
Speaking bluntly about the death of Khamenei, Kani shared, “I have never been this happy about the death of someone. Since last night, I have cried multiple times. Last night at 5 AM, I woke up and thought to myself, ‘Was I dreaming?’ I quickly checked my phone to make sure it wasn’t just a dream.”
“I was five years old when Khamenei came to power,” he recounted. “I can say that I have spent almost my entire life under his rule, even when I was abroad. How can I not be happy?”
https://www.jpost.com/middle-east/iran-news/article-888402
THE GEOPOLITICS OF THE MIDDLE EAST
Le Figaro, Column
« Une page de l’Histoire, ouverte en 1979 en Iran, vient de se tourner » : le grand décryptage de Gilles Kepel
TRIBUNE – La mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, après les frappes effectuées par les États-Unis et Israël, est une conséquence directe de la guerre déclenchée le 7 Octobre par le Hamas, analyse l’islamologue*. Désormais, un nouveau chapitre de l’Histoire s’ouvre, ajoute-t-il.
*Gilles Kepel est professeur émérite des universités, il a notamment publié « Le bouleversement du monde. Du 7 Octobre au retour de Donald Trump » (édition actualisée, Pocket, 2025).
La liquidation du guide de la révolution islamique, Ali Khamenei, dès les premières frappes effectuées le 28 février par les États-Unis et Israël sur Téhéran, a décapité le régime mis en place quarante-sept ans plus tôt par l’ayatollah Khomeyni. Bien sûr, l’infrastructure du pouvoir demeure, à travers les redoutables gardiens de la révolution (ou pasdarans), surarmés et qui ont démontré leur cruauté en massacrant leurs compatriotes ayant manifesté en janvier contre l’effondrement de l’économie – imputable à des malversations financières permettant l’enrichissement de la hiérarchie de ces mêmes pasdarans. Mais cette répression sanglante a touché pour la première fois – à l’inverse de celle de 2022 qui visait les femmes et les classes moyennes libérales protestant contre l’assassinat de la jeune Kurde Mahsa Amini dans un commissariat car elle était « mal voilée », et qui étaient de toutes façons hostiles au régime – les couches sociales modestes que le pouvoir avait choyées depuis quatre décennies en leur distribuant de la rente pétrolière en échange de leur soumission. C’est le pacte politique fondateur même de la République islamique qui a été ébranlé par ce mouvement né dans le bazar de Téhéran, en parallèle inversé avec celui qui naquit dans les mêmes lieux en 1978 pour faire tomber le chah l’année suivante. En ce sens, le régime est profondément ébranlé, et les scènes de liesse populaire qui ont éclaté durant la nuit dès que la mort du « dictator » a été confirmée, traduisent la matérialisation du slogan scandé depuis janvier – « Marg Bar (mort à) Khamenei, Marg Bar Diktator » –, au prix de milliers de victimes, qui seront autant de martyrs dont le sang a coulé pour cette libération.
Il est trop tôt, au jour deux de la guerre livrée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou au régime des mollahs, pour spéculer si le décès du despote religieux va faire advenir en Iran un État démocratique et libéral : les précédents de la chute et de la liquidation de Saddam Hussein dans l’Irak voisin, de Kadhafi en Libye et de la désillusion qui a suivi les espoirs nés des « printemps arabes », commandent la prudence. La résilience ou non des pasdarans qui conservent un arsenal destiné à massacrer la population au moins autant qu’à lutter contre « le sionisme et l’impérialisme », par-delà la mort du guide, est un enjeu central pour l’avenir immédiat. Et la hantise que le corset impérial, maintenu en place par les mollahs, qui a uni sous la houlette persane des populations allogènes tentées par l’irrédentisme – Baloutches, Kurdes, Arabes, Azéris, et autres – n’éclate en une guerre civile tandis que des centaines de kilogrammes de combustible nucléaire ont disparu, taraude tous les États de la région, notamment les pétromonarchies du Golfe. La fragilité militaire de ceux-ci a été illustrée par les frappes iraniennes inédites en rétorsion dès le jour un sur Dubaï et Abu Dhabi, le Qatar, Bahreïn, Koweït comme l’Arabie saoudite : Oman, médiateur des pourparlers inaboutis américano-iraniens, a été le seul État du Conseil de coopération des États arabes du Golfe épargné par les pasdarans – peut-être pour ménager de futures négociations ? Et le blocage de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % des livraisons mondiales de pétrole, est propice à précipiter les tensions économiques (même si ces flux sont surtout destinés à la Chine, rivale des États-Unis, et dont la machine productive serait la première impactée).
Le monde vit un moment historique qui infléchit le cours pris en 1979.
Gilles Kepel
Pourtant, quelles que soient les vicissitudes, à ce jour imprévisibles sur le moyen terme, qui feront suite à la liquidation du guide suprême et la décapitation de la République islamique, une page s’est tournée – et le monde vit un moment historique qui infléchit le cours pris en 1979. En effet, la Révolution islamique avait établi dans l’histoire contemporaine le premier État « islamiste », au sens où il mobilisait une idéologie, l’islam politique, au service d’une cause, l’exacerbation de la loi religieuse (charia) destinée à contrôler les sociétés contre le libéralisme, tout en récupérant l’utopie socialiste en la faisant passer sous la houlette coranique. Ce séisme civilisationnel, incarné par la cléricature des mollahs, propre au chiisme, trouvait pourtant son origine dans le mouvement des Frères musulmans, né dans l’Égypte sunnite des années 1920 sous la houlette de l’idéologue Hassan al-Banna (assassiné en 1949), et de son épigone radical Sayyid Qotb (pendu en 1966 par Nasser). Sa dimension panislamique et révolutionnaire menaçait les monarchies conservatrices et pro-américaines de la péninsule arabique, contraintes dès lors à la surenchère pour le contrer : ce fut le sens de leur soutien financier massif au djihad (sunnite) en Afghanistan, en appui à la CIA pour y renverser le régime philo-soviétique instauré à Kaboul par l’Armée rouge, à la fin de cette même année 1979 qui avait débuté par la proclamation de la République islamique à Téhéran en février. Cette guérilla armée et entraînée par la CIA aboutit à la déroute soviétique du 15 février 1989 lorsque l’Armée rouge quitta Kaboul, prélude essentiel à l’effondrement du communisme le 9 novembre suivant avec la chute du mur de Berlin. Mais elle engendra, au nez et à… la barbe des États-Unis, la diffusion – obnubilée par leur triomphe sur Moscou via freedom fighters très barbus interposés – d’un djihadisme sunnite qui sema la terreur dans le monde musulman comme en Occident durant trois décennies. C’est à l’émulation du terrorisme d’État très vite mis en œuvre par la République islamique iranienne que le djihadisme sunnite prospéra : en miroir d’abord, car la pensée politique de Khomeyni comme Khamenei avait été influencée par les Frères musulmans, ce dernier traduisant en persan les livres de Sayyid Qotb – et l’Iran protégea al-Qaida en donnant l’asile à plusieurs de ses dirigeants – puis en opposition ensuite lorsque Daech, issu de la matrice salafiste considérant les chiites comme des hérétiques, massacra ceux-ci en Irak ou en Syrie.
Mais il est aussi une autre filiation, moins bien connue, et d’autant plus importante de nos jours, à laquelle la Révolution iranienne donna naissance : ce que l’on appelle désormais « l’islamo-gauchisme », aujourd’hui illustré par des personnages aux trajectoires aussi contrastées que Tariq Ramadan ou Jean-Luc Mélenchon. En effet, le mouvement qui renversa le chah en 1979 avait une composante marxiste et anti-impérialiste importante, parfois mâtinée d’islamisme – comme le mouvement des Moudjahidins du peuple, qui deviendrait ensuite un opposant féroce des mollahs. Et il fascina une partie de l’intelligentsia française post-soixante-huitarde, au premier rang de laquelle Michel Foucault, qui éprouva une sorte d’épectase pour le « saint homme » – sans que ce militant de la cause homosexuelle ait semblé préoccupé par le sort des « corrupteurs sur la terre » qui seraient condamnés à mort pour sodomie par le régime… Ali Shariati (décédé en 1977), fils de mollah et opposant au chah réfugié en France, où il lut Les Damnés de la terre de Frantz Fanon, traduisit ce texte en persan en rendant les termes marxistes « oppresseur » et « opprimé » dans les catégories coraniques de mostakbirin (mot à mot : « arrogant », attribut du Pharaon, homme se prenant pour Dieu) et mostad’afin (« affaiblis »), favorisant l’osmose entre marxisme et islamisme. À l’époque, celle-ci s’inscrivit dans ce que l’on nommait le tiers-mondisme, notion aujourd’hui dépassée par le « décolonialisme » et son corollaire le « wokisme ».
L’ironie de l’Histoire voulut que le début du processus qui aboutirait à la liquidation de Khamenei fût la « razzia pogromiste » déclenchée le 7 octobre 2023 par le Hamas.
Gilles Kepel
L’ironie de l’Histoire voulut que le début du processus qui aboutirait à la liquidation de Khamenei fût la « razzia pogromiste » déclenchée le 7 octobre 2023 par le Hamas dans le sud d’Israël, avec ses 251 otages et 1 200 morts, suivie de la guerre d’anéantissement menée par l’État hébreu à Gaza, qui aurait causé quelque 70 000 victimes. Yahya Sinwar était un obligé de Téhéran, qui lui fournissait ses financements et son armement – servant, à l’instar du Hezbollah libanais, de « force de dissuasion » à l’Iran, car l’un et l’autre pouvaient infliger préalablement des coups sévères à Israël si tant est que les États-Unis voulussent attaquer la République islamique. Le Hamas est sunnite (au contraire du Hezbollah chiite) mais, issu de la matrice politique des Frères musulmans, parfaitement compatible avec les pasdarans (au contraire des salafistes). Le 7 Octobre fut un moment de fusion et d’identification majeur de l’islamo-gauchisme contemporain, car le soutien à l’action du Hamas puis, de manière plus large, la dénonciation massive de la répression israélienne consécutive ressoudèrent ce pacte et lui donnèrent une résonance mondiale. La papesse du woke, l’universitaire américaine Judith Butler, par ailleurs de confession juive et militante homosexuelle, légitima en effet le 3 mars 2024 à Pantin, sous les auspices des Indigènes de la République, au cours d’un séjour en France à l’invitation du Centre Pompidou, le 7 Octobre comme « acte de résistance ». Elle s’inscrivait ainsi dans la continuité de la stupéfiante cécité foucaldienne lorsqu’il donna son onction au « saint homme » Khomeyni : il valait mieux qu’elle fit pareille déclaration sur le territoire français « colonial » que dans la bande de Gaza sous la férule de Yahya Sinwar, où le sort des homosexuels, systématiquement mis à mort, n’était guère plus enviable que ceux des Juifs rencontrés le jour de la razzia… Mais elle ne se doutait guère que cet « acte de résistance » sublimé par son verbe aboutirait le 28 février 2026 à l’effet inverse, soit la décapitation de la République islamique par l’action conjointe de « l’entité sioniste » et de « l’impérialisme américain »… En effet, l’hubris de Sinwar (dont il ne semble pas, en l’état présent de nos connaissances qu’il avait référé à Téhéran de son initiative), se traduirait en une mobilisation de moyens israéliens inouïs qui aboutirent à la liquidation du Hamas, du Hezbollah, du régime syrien, principaux mandataires (proxies) de l’Iran, ouvrant ainsi graduellement la voie à la guerre au premier jour de laquelle serait tué le guide suprême Khamenei.
La page qui s’est tournée ce jour-là, sans préjuger des suites à venir en Iran même, au Moyen-Orient voisin et dans le reste du monde, ferme un chapitre terrible de l’Histoire contemporaine ouvert en février 1979, lorsque fusionnèrent islamisme radical et tiers-mondisme dans la révolution iranienne, et qui passa par le djihad de l’Afghanistan, la chute de l’URSS et le terrorisme d’al-Qaida puis de Daech, pour aboutir au 7 octobre 2023. Le monde passablement dérégulé qui se déploie sous nos yeux n’en est pas moins lourd de menaces : espérons toutefois que nos enfants et nous-mêmes saurons tirer les leçons au mieux de l’épisode qui s’achève ?
INTERNATIONAL LAW
Neue Zürcher Zeitung, Commentary
Der Angriff auf Iran ist im deutschen Interesse. Völkerrechtliche Belehrungen helfen niemandem weiter
Kaum wurde die Operation der Amerikaner und Israeli bekannt, reihten deutsche Politiker die immergleichen Textbausteine aneinander. Sie haben die Sprache der Macht verlernt.
Kaum war die Nachricht des amerikanisch-israelischen Angriffs auf Iran in der Welt, reagierten Politiker in Deutschland auf die erwartbare Weise.
Die Präsidentin der Generalversammlung bei den Vereinten Nationen, Annalena Baerbock von den Grünen, verurteilte die «extrem gefährliche militärische Eskalation» und rief alle Seiten zur «Deeskalation» auf. Ganz ähnlich klangen die Bundesvorsitzenden der AfD, Alice Weidel und Tino Chrupalla. Sie ermahnten alle Kriegsparteien zur «unbedingten Zurückhaltung». Die Parteivorsitzende der Linkspartei, Ines Schwerdtner, bedauerte gar die nun gefährdeten Iraner. Dass viele das Bombardement auf der Strasse bejubelten, verschwieg sie. Es passte nicht zur Botschaft, die vor allem durch ihren selbstreferenziellen Rigorismus auffiel.
Es sind die immergleichen Textbausteine, die bei solchen Gelegenheiten aneinandergereiht werden: ein anklagender Verweis auf das Völkerrecht, die Ermahnung zur Zurückhaltung und eine Warnung vor zivilen Opfern. Der Reflex mag verständlich sein, ersetzt aber nicht die Beurteilung der Lage. Aussenpolitik als moralische Selbstvergewisserung.
Eine reichlich akademische Debatte
Natürlich ist es berechtigt, die Frage nach der rechtlichen Grundlage dieses Angriffs aufzuwerfen. Schon beim Bombardement iranischer Atomanlagen im vergangenen Sommer war die völkerrechtliche Legitimität umstritten.
Zugleich war die Debatte schon damals reichlich akademisch. Niemand kann von Israel erwarten, dass es mit einem Angriff wartet, bis es zu spät ist. Eine einzige iranische Atombombe reicht, um Israel auszulöschen, und die Mullahs haben ihre Absichten nie verschwiegen.
So ist es auch jetzt. Der Angriff auf Iran wirft Fragen auf. Es ist zweifelhaft, ob er als Präventivschlag vom Völkerrecht gedeckt ist. Doch deshalb ist er noch lange nicht illegitim. Darüber hinaus ist er ganz besonders im deutschen Interesse.
Iran hat die Region in den vergangenen Jahren destabilisiert, seine Schergen haben die Hamas und den Hizbullah unterstützt und den Terror in die Welt exportiert, auch nach Deutschland. Erst kürzlich nahmen Polizisten einen mutmasslichen iranischen Spion fest, der womöglich Ziele ausspionierte für einen Anschlag.
Es fehlten die Grautöne
Wer Irans militärische Fähigkeiten einschränkt, schwächt zugleich einen zentralen Unterstützer Russlands. Die Mullahs beliefern die russische Armee seit Jahren mit Kamikazedrohnen, die damit vor allem die ukrainische Zivilbevölkerung terrorisiert. Nach dem Willen der Amerikaner soll Europa in diesem Krieg künftig mehr Lasten schultern. Für Deutschland als grössten Geldgeber der Ukraine ist der Angriff deshalb mittelbar von Nutzen.
Die Mullahs haben mit der «Khorramshahr» schon jetzt eine Mittelstreckenrakete im Arsenal, die Europa erreichen könnte. Ein nuklear bewaffnetes Iran wäre daher langfristig auch für Deutschland eine grosse Gefahr. Und wenn die Sicherheit Israels Deutschland wirklich «Staatsräson» ist und nicht nur ein Bekenntnis in Sonntagsreden, dann kann das Land ein Ende des Mullahregimes ohnehin nur begrüssen.
All diese Argumente gingen in der Empörung deutscher Politiker unter. Auch die Diskussion über die militärischen Risiken fand eher am Rande statt. Der Tod von Khamenei und anderer ranghoher Funktionäre und Militärs ist eine gute Nachricht. Doch damit ist wenig gewonnen. Die Revolutionswächter haben ihre Macht in Iran über Jahrzehnte gefestigt und werden sie nicht ohne weiteres aufgeben. Wie unter diesen Bedingungen ein friedlicher Übergang gelingen kann, ist offen.
Es fehlten die Grautöne in der Debatte. Dabei ist strategische Aussenpolitik nie schwarz oder weiss. Kein Wunder, dass sie in Deutschland so verkümmert ist. Noch immer sehnen sich viele Bürger nach moralischer Eindeutigkeit; das gilt auch für den Krieg in der Ukraine.
Eine wohltuende Ausnahme war Kanzler Friedrich Merz. Es sei jetzt «nicht der Moment, unsere Partner und Verbündeten» in Sachen Völkerrecht «zu belehren», sagte er am Sonntagabend. «Bei allen Zweifeln teilen wir viele ihrer Ziele, ohne selbst imstande zu sein, sie auch tatsächlich zu erreichen.» Deutlicher hat noch kaum jemand die derzeitigen Grenzen europäischer Macht ausbuchstabiert.
Die Welt hat sich verändert. Deutsche Politiker müssen die Sprache der Macht mühsam wieder erlernen. Das heisst nicht, dass sie diese Macht tatsächlich einsetzen müssen. Aber Interessen kann nur wahrnehmen, wer die Grundlagen versteht.
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Commentary
Völkerrecht und Iran: Gut, wenn Gewaltherrscher fallen – aber wie?
Es ist im Sinne der UN-Charta, wenn Menschenschinder fallen. Gewalt darf aber nicht nach eigenem Gutdünken ausgeübt werden.
Das bloß formelhafte Hochhalten von Völkerrecht ist genauso hohl wie seine komplette Negierung. Wenn von der AfD bis hin zu mehr oder weniger ernst zu nehmenden Vertretern der Vereinten Nationen Prinzipien in die Welt posaunt werden, zu denen man sonst eher schwieg, und nur eine genehme Seite völkerrechtlicher Verstöße gerügt wird, dann ist das ein Bärendienst.
Zu dem Regime, das in Iran in den vergangenen Jahrzehnten herrschte, musste immer schon aus der Sicht des internationalen Rechts ermüdend viel gesagt werden: Es trat die Menschenrechte mit Füßen, vor allem von Frauen, es mordete und folterte seine Bürger, die nur von ihren angeborenen Rechten Gebrauch machten. Das Folterverbot gehört zum zwingenden Völkerrecht – ein Verstoß dagegen ist längst keine nur innere Angelegenheit mehr.
Die permanente Bedrohung vor allem Israels mit der Auslöschung – potentiell durch Atombomben – sowie die umfangreiche Steuerung internationalen Terrors sind auch ein Verstoß gegen die UN-Charta und waren mit Recht immer wieder Anlass nicht nur für umfassende zwischenstaatliche Bemühungen und Gespräche, sondern auch für militärische Angriffe.
Gründe für den Angriff
Angriffe, über die man mit Fug und Recht streiten konnte, die aber alles andere als anlasslos oder aus nichtigem Grund stattfanden. Wer etwa das umstrittene Institut der humanitären Intervention ernst nimmt, hätte anlässlich massiver offener Menschenrechtsverletzungen durchaus auch darüber schon früher nachdenken können.
Der amerikanische Präsident Trump nannte nun gleich eine Reihe von Gründen, von Selbstverteidigung bis zur Ausschaltung der „bösartigen“ Gruppe an der Spitze des „großartigen“ iranischen Volkes. Ablenkung von eigenen Untaten mag auch eine Rolle gespielt haben. Dass er sich um Recht kaum schert, macht er außen- wie innenpolitisch mehr als deutlich. Damit steht er allerdings auf seine unnachahmliche Art allein, vor allem im Westen.
Gewisse Bindungen wollen sogar Despoten; sie wollen als Vertragspartner ernst genommen werden und ihre Interessen auch auf diese Weise wahren. Und sogar das Gewaltverbot wird auch nicht von allen Mächtigen chronisch gebrochen, eher im Gegenteil. Sein Sinn ist auch nicht, Diktatoren zu stützten, sondern Gewalt zu ächten, auf dass sie die absolute Ausnahme bleibe.
Allerdings muss man auch etwas dafür tun, dass das so bleibt. Es gibt schließlich nicht wenige Regimes, die nicht wünschenswert, unappetitlich oder verbrecherisch sind. Je nach eigener Neigung und Blickwinkel. Die selbst autorisierte Gewalt sollte aber schon deshalb nicht das übliche Mittel – auch für eine Neuordnung der Welt im Namen hehrer Ziele – sein, weil sie weitere Gewalt auslösen kann.
Es ist zu begrüßen, wenn Diktatoren, Menschenschinder und Kriegstreiber fallen. Das ist geradezu im Sinne der Charta der Vereinten Nationen. Doch die Staaten, so deren nicht überholte Idee, sollen sich zunächst zusammenraufen und nicht aus eigenem Gutdünken Weltpolizist spielen. Auch wenn sie selbst demokratisch sind. Es kann nämlich jeden treffen.
HISTORY: FRANCE, DE GAULLE AND THE U.S.
L’Express
Jean-Luc Barré : “Pour De Gaulle, il fallait toujours s’attendre au meilleur comme au pire avec les Américains”
Grand entretien. Face à Donald Trump et Vladimir Poutine, l’Europe se découvre gaulienne, selon The Economist. Le biographe du général raconte ses relations avec les Etats-Unis et décrypte sa conception de la défense européenne et de la dissuasion nucléaire.
“La France avait peut-être raison depuis le début (…) Aucun pays ne s’est montré aussi constamment sceptique quant à la fiabilité de son allié transatlantique”, pouvait-on lire dans un éditorial de The Economist publié après la conférence de Munich. Et le journal de l’establishment anglo-saxon de rendre hommage à De Gaulle! De quoi faire sourire Jean-Luc Barré, qui a publié cet automne le deuxième tome de sa biographie du général, “Le premier des Français” (Grasset). Ce volume couvre quatorze années, de la Libération à la crise de mai 1958. Souvent résumée à une “traversée du désert”, cette période fut, au contraire, très féconde. Restauration de l’Etat, reconstruction de l’ego national, rétablissement international… En écrivain et en historien, Jean-Luc Barré restitue à merveille cet immédiat après-guerre qui, politiquement, n’est pas sans évoquer la situation présente. Il campe De Gaulle en joueur de poker misant sur un nouveau 18 juin, qui finira par arriver, mais bien plus tard qu’il l’espérait. Les relations avec les Etats-Unis et la défense européenne sont aussi déjà au coeur de cette fresque passionnante. Et très actuelle : Le président de la République, Emmanuel Macron doit s’exprimer le 2 mars sur la dissuasion nucléaire française dans le cadre de l’Île Longue, à Brest (Finistère), où sont stationnés les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français. L’ombre du Général planera sur la Bretagne.
L’Express : “Ni fiables ni très solides et ne comprenant rien à l’Histoire ni à l’Europe”. Ainsi le général de Gaulle évoquait-il les Américains devant Konrad Adenaueur. Comment s’est-il forgé ses convictions transatlantiques?
Jean-Luc Barré : Cette conviction est liée tout à la fois à son exigence en matière de souveraineté nationale et à son expérience spécifique des autorités américaines. Pour lui, un pays ne pouvait prétendre à son indépendance ni assurer sa sécurité s’il ne disposait pas de son propre système de défense. Ce raisonnement était valable pour la France comme pour le continent européen dans son ensemble. Son idée n’excluait pas d’être associé à une organisation collective comme l’Otan – de Gaulle a approuvé d’emblée la Charte atlantique -, à condition de ne pas être assujetti à un commandement supranational piloté exclusivement par une grande puissance extérieure.
C’est pourquoi il a veillé à doter notre pays de l’arme nucléaire et refusé de s’abriter sous le parapluie américain. Dès lors que les deux Grands, l’URSS et les Etats-Unis, disposaient de la bombe atomique, le risque était de les voir s’affronter, non directement, par souci de ménager leur “sanctuaire” national, mais sur un territoire intermédiaire qui se trouverait ainsi sacrifié ou délaissé.
Il pensait que les Etats-Unis ne se décidaient jamais à intervenir que s’il en allait avant tout de leur propre intérêt et qu’on ne pouvait compter sur leur soutien que s’il correspondait d’abord à leurs priorités diplomatiques ou stratégiques.
Cette méfiance n’était pas seulement fondée sur une position de principe. Elle découlait de ce qu’il avait vécu à Strasbourg à la fin de l’année 1944, où Eisenhower, pris de court par l’offensive ennemie et soucieux de poursuivre son avancée vers l’Allemagne, avait subitement décidé d’abandonner la ville à son sort. De Gaulle avait dû beaucoup batailler pour que le haut commandement allié accepte de revenir sur sa décision. Cet exemple était resté évidemment édifiant pour lui. Il explique à lui seul ses prises de position ultérieures.
“L’homme en lequel j’ai le moins confiance”, confiait Franklin D.Roosevelt à son propos en janvier 1943. Les Américains lui avaient préféré Giraud. De Gaulle en a-t-il conçu de la rancoeur?
Pour Franklin Roosevelt, il paraissait acquis que la France ne pourrait jamais se relever de sa défaite, du moins qu’elle devrait en payer le prix en se rangeant sous la tutelle des Etats-Unis. C’est ce raisonnement que de Gaulle est venu contredire par l’appel du 18 juin et la création de la France Libre.
Roosevelt ne l’a jamais supporté et il a donc fait tout ce qui était en son pouvoir pour éliminer ce militaire arrogant auquel il reprochait, avec une lourde ironie, de se prendre pour Jeanne d’Arc. Il n’a cessé de chercher une alternative à de Gaulle, à travers des “expédients provisoires”, d’autant plus fréquentables qu’ils étaient pleinement soumis aux Etats-Unis.
Parmi eux, Darlan, et bien sûr Giraud… Cet ostracisme qu’il a dû endurer, de Gaulle ne l’a jamais pardonné à l’administration américaine, en tout cas à Roosevelt, même s’il a trouvé auprès d’Eisenhower un allié et un ami. Il s’est méfié par la suite de Kennedy, sans parler de Johnson. Il a fallu l’arrivée au pouvoir de Richard Nixon pour qu’il se sente enfin compris par la Maison-Blanche.
En juillet 1944, il effectue une visite aux Etats-Unis et Roosevelt le reçoit. Qu’est-ce qui ressort de ce voyage?
“Eh bien, je suis rudement content de vous voir!” s’exclamera Roosevelt en le recevant à Washington en juillet 1944, après avoir annulé à plusieurs reprises cette invitation officielle. Le peuple américain, qui lui était largement acquis, a réservé à de Gaulle un accueil triomphal. Le président, alors en pleine campagne électorale pour sa réélection, a dû tenir compte de cette popularité et manifester à son visiteur une cordialité bien loin de correspondre à son véritable état d’esprit. “Il n’y a pas de grands problèmes entre les Français et les Américains Nous sommes en complet accord sur l’avenir du monde”, déclarera-t-il à l’issue de leur premier entretien.
En réalité, rien n’était réglé sur ce point : Yalta aura vite fait de le démontrer. De Gaulle n’a pas obtenu plus d’assurances définitives s’agissant ni de la reconnaissance de son futur gouvernement, ni de l’administration future du territoire français que les Etats-Unis entendaient bien se réserver. Il a quitté Washington sans avoir obtenu aucune certitude à ce sujet, si ce n’est, grâce à l’intercession du ministre des Affaires étrangères britannique Anthony Eden, la reconnaissance du Comité de Libération nationale comme “autorité de facto” de la France libérée. Mais Roosevelt, refusant d’admettre sa légitimité, a persisté dans l’idée qu’il fallait trouver à tout prix un substitut à de Gaulle pour diriger la France.
Quel sens donne-t-il à l’amitié franco-américaine?
De Gaulle n’a jamais été antiaméricain, contrairement à ce qu’on a abondamment raconté et qu’il a pu lui-même laisser penser. Il éprouvait, en réalité, une certaine admiration pour le gigantisme, la vitalité des Etats-Unis, tout en déplorant les excès commis par cette puissance quasiment sans limite, aussi dangereuse pour l’Amérique elle-même que pour l’équilibre du monde. Ami des Américains, oui, mais avec une extrême lucidité.
Ceci étant, il n’a jamais manqué de leur manifester sa solidarité lorsqu’il s’agissait de défendre les valeurs de l’Occident. Son attitude a toujours été parfaitement claire à ce sujet. Il ne s’est jamais interdit pour autant de réprouver, ni même de condamner la façon, souvent hasardeuse et injustifiée à ses yeux, dont les dirigeants américains croyaient pouvoir se mêler des affaires du monde dans leur seul intérêt. Relisez son discours de Phnom Penh, il n’a rien perdu de son actualité.
On imagine sa réaction devant les menaces d’un Donald Trump de s’emparer du Groenland ou de frapper tout régime qui ne lui conviendrait pas. Reste à savoir s’il aurait été fondamentalement surpris, lui qui avait connu toutes sortes de présidents, par l’irruption sur la scène politique américaine d’un personnage aussi outrancier. Pour lui, il fallait toujours s’attendre avec les Etats-Unis au meilleur comme au pire. Raison de plus pour marquer son indépendance vis-à-vis d’eux.
Dans sa vision géopolitique, il croit davantage aux relations séculaires qu’aux données politiques. Sa vision de la Russie et la relation qu’il tente d’établir avec Staline en 1944 n’en témoigne-t-elle pas?
De Gaulle n’a jamais parlé, comme on le sait, de l’URSS, mais de la Russie. Sa conviction était que les peuples se définissaient non par l’idéologie qui les gouvernait de manière momentanée, mais par leur histoire profonde, leurs traditions séculaires.
Une anecdote résume bien cette conception des choses. Après son voyage à Moscou en décembre 1944, il racontera au colonel Rémy avoir vu trois portraits dans le bureau de Staline. “A votre avis, quels étaient-ils?” demande-t-il à Rémy qui lui répond “Marx et Lénine” sans savoir qui pouvait être le troisième. Et le général de s’écrier : “Vous n’y êtes pas du tout : derrière Staline, il y avait le portrait de Pierre Le Grand. A droite, Souvorov, à gauche, Koutouzov. La Russie est immuable”. Tout était dit.
Au sortir de la guerre, de Gaulle a une priorité : donner aux Français “la mystique de la reconstruction”, selon votre expression. Il veut à tout prix associer la France à la victoire. Ne fallait-il pas aussi des talents d’illusionniste pour y parvenir?
De Gaulle était, en effet, un virtuose du verbe, un metteur en scène hors pair. Mais chez lui, c’était avant tout une question de foi, de confiance fondamentale dans le génie de la France et sa capacité à sortir du déclin irréversible auquel on l’avait cru condamnée, après une défaite sans précédent.
Il y avait naturellement une part de mythification dans tout cela. Mais pour se reconstruire, la France devait à nouveau croire en elle, se persuader d’être redevenue une nation victorieuse, guérie de la honte et de l’humiliation de 40. De Gaulle a mis en scène de manière magistrale cette résurrection à des fins d’unité et de grandeur nationales. Au demeurant, si les troupes françaises n’auraient pas suffi à libérer le territoire, elles avaient du moins pris part à la défaite de l’ennemi. De Gaulle a tenu à le faire savoir au reste du monde en imposant la présence de De Lattre à Berlin, en mai 1945, comme un des signataires de l’acte de capitulation allemande.
“Il n’y aura pas toujours un miracle pour sortir d’affaire les Français ni la France”, dit-il. Le miracle, c’est lui? Ne comptait-il pas sur lui seul pour réussir le redressement de la France?
Il connaissait bien les Français, leur propension à se diviser, à se laisser aller en quelque sorte, en espérant qu’il se trouverait toujours un homme providentiel pour les aider à se relever. Ce qui avait été parfois le cas, mais ne se produirait peut-être plus à l’avenir. Les sauveurs de ce genre étaient une espèce rare : Jeanne d’Arc, Richelieu, Napoléon, Clemenceau et lui, de Gaulle.
Le risque pour lui était de ne pas la voir se reproduire. Il avait trop souvent mesuré les insuffisances de la classe politique pour la croire capable de faire face aux grands enjeux de l’Histoire. Seuls des hommes d’exception à la tête de l’Etat pouvaient accomplir cette mission. Ce qui était donné raison aux Français d’une certaine manière. Mais il savait qu’il n’y aurait pas toujours un de Gaulle pour les sortir d’une catastrophe. Il avait prédit qu’après lui, ce serait non le vide, mais “le trop-plein”, c’est-à-dire le bal habituel des prétendants sans consistance. Nous y sommes.
Adhérait-il totalement au programme du CNR, qui a fondé le modèle social français?
Il y adhérait d’autant plus qu’il l’avait inspiré dans son discours d’Oxford en 1941 appelant à une véritable révolution sociale et économique pour réaffirmer la place et la dignité de l’individu face à tous les conservatismes. Il n’a cessé de dénoncer l’ordre bourgeois dans ce qu’il a de plus égoïste “les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent”, rappelle-t-il dans ses entretiens avec Alain Peyrefitte.
Il n’entendait pas dépendre du programme du CNR, d’autant que celui-ci était largement noyauté par le Parti communiste. Mais il se reconnaissait suffisamment dans les réformes préconisées, et notamment la nécessité d’une reprise en main des grands leviers de l’économie à travers les nationalisations, pour les mettre en oeuvre, même s’il n’en était pas toujours l’auteur.
A la tête du gouvernement provisoire, il se retrouve dans une situation qui n’est pas sans évoquer celle de l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu, non?
La similitude est très frappante, en effet. A la tête du gouvernement, il s’est trouvé en butte à la même surenchère des partis que nous subissons aujourd’hui, aux mêmes méfaits d’un système parlementaire qui aujourd’hui prétend se substituer à l’exécutif, contrairement aux règles et à l’esprit même des institutions.
Sébastien Lecornu, que je sais être un authentique gaulliste, a rappelé à juste titre aux formations politiques qu’elles devaient savoir s’effacer devant l’intérêt national. Ceux qui se réclament de tous côtés, et jusqu’à l’imposture, de la pensée du général, à commencer par ses héritiers présumés, auraient dû s’en souvenir par eux-mêmes. C’était donc une bonne chose de leur rafraîchir la mémoire.
Pour de Gaulle, il n’y avait rien de choquant ni d’anathème à ce que les responsables politiques, de gauche ou de droite, puissent trouver entre eux un compromis raisonnable quand les circonstances nationales l’imposaient. Rappelons qu’en 1958 il ne serait pas revenu au pouvoir comme il l’a fait, c’est-à-dire dans des conditions légales, sans une entente avec la gauche socialiste, également associée, à travers Guy Mollet, à l’élaboration de la Constitution. Ce qui lui était insupportable, c’était l’affaiblissement de l’Etat provoqué soit par la faiblesse de ses dirigeants, soit par le jeu des partis.
” Si je dois refaire un 18 juin”, dit-il. N’est-ce pas son obsession dès 1944?
C’était la raison même de la création du RPF après son départ du pouvoir : regrouper l’ensemble du peuple français, à l’exception de l’extrême droite qui avait trempé dans la collaboration et des communistes qu’ils qualifiaient de “séparatistes”, autour d’un même idéal de grandeur, de liberté, de justice sociale. Il n’y a pas réussi autant qu’il l’espérait. L’homme du 18 juin gardera toute sa vie la nostalgie de cette “époque héroïque” des années 1940-1945, qui n’était pas “encore sollicitée de toutes parts par la médiocrité”, selon sa formule.
Lorsqu’il démissionne en 1946, n’est-ce pas d’abord avec l’idée d’être rappelé très vite?
Pour une fois, son intuition a été prise en défaut. Il avait parié sur le fait que le vide politique qui lui succéderait serait insupportable aux Français, et qu’ils auraient vite fait de réclamer son retour au pouvoir. Mais cet élan collectif ne s’est pas produit. Et les Français, sans doute lassés d’être sans cesse rappelés à leur devoir de grandeur, se sont accommodés de dirigeants interchangeables et de moindre envergure qu’ils jugeaient plus confortables.
Durant sa traversée du désert, à quel moment a-t-il douté de son retour? Comment aborde-t-il cette période de repli?
Ce qu’on a appelé un peu abusivement sa “traversée du désert” a été marquée chez lui par de grands moments de colère et de mélancolie. Il n’était pas ennemi de la solitude, mais le sentiment de son isolement lui était insupportable. Il ne s’était pas préparé à vivre cloîtré à Colombey, fut-ce pour écrire ses Mémoires, et multipliait les allers-retours quasi hebdomadaires entre la Haute-Marne et Paris. Sa discipline de vie consistait à passer la majeure partie de ses journées à travailler dans son bureau, les repas de famille ne dépassant jamais trois quarts d’heure, et à effectuer de longues promenades dans les forêts environnantes. Il avait arrêté de fumer après que son médecin l’eut prévenu d’un risque sérieux pour sa santé.
Je crois qu’il a toujours été convaincu qu’en cas de “nouvelle secousse” la France aurait de nouveau besoin de lui. Tout dépendrait naturellement des circonstances. Mais à partir de 1954, il a clairement identifié le conflit algérien comme un problème que lui seul saurait résoudre.
On est frappé pas le peu de considération qu’il a pour les hommes qui se sont battus pour eux. Il y a chez lui du mépris et de l’ingratitude. Comment expliquez-vous son attitude?
A l’automne 1944, il a entrepris de faire rentrer dans le rang les groupes résistants sans beaucoup de ménagement, en effet. Il a même fait preuve vis-à-vis d’eux d’une brutalité inouïe, à la manière d’un Philippe le Bel ou d’un Richelieu, ses références dans beaucoup de domaines. Il a fait prévaloir la raison d’Etat sur la fraternité combattante.
Dans un de ses livres les plus éclairants pour comprendre le personnage, il attribue des vertus essentielles à la capacité de distance du chef, voire à son indifférence. Quant à l’ingratitude, il considérait que ceux qui s’étaient battus pour la France n’avaient fait que leur devoir. Mais il n’était jamais méprisant envers le peuple, c’est avec tous les autres qu’il pouvait manifester une rudesse qui s’est un peu atténuée avec l’âge.
Dès 1952, il s’oppose au projet de CED. Quelles sont ses raisons? Comment envisageait-il la défense de l’Europe?
Pour les raisons que j’ai indiquées au début de notre entretien, il était convaincu de la nécessité pour l’Europe de se doter de son propre système de défense, à condition que celui-ci fût indépendant des Etats-Unis. Il a combattu la CED jusqu’à la faire échouer, parce que cette organisation était placée précisément sous tutelle américaine et qu’elle ne permettait pas à la France de préserver son autonomie. C’était une question de souveraineté, compatible pour lui avec un projet européen qui garantisse la sécurité collective, à la condition de ne pas nuire à la liberté de chaque nation de disposer d’elle-même.
François Mauriac, dont vous êtes aussi le biographe écrivait dans son bloc-notes de L’Express que “l’histoire de France est celle d’une longue guerre civile”. De Gaulle était-il hanté par ce sujet?
De Gaulle savait que la France était par essence un pays tout à la fois conservateur et révolutionnaire, et qu’une part de radicalité faisait partie intégrante de l’âme de son peuple. Enfant, il avait entendu les récits de son père lui racontant les horreurs de la Commune. En 1944, il s’est inquiété fortement du risque de voir la France basculer dans la guerre civile à l’instigation des communistes.
Le seul rempart pour lui, c’était la restauration de l’Etat. Par la suite, il a conçu les institutions de la cinquième République comme le meilleur des garde-fous face à des désordres extrêmes. Voilà pourquoi il importe plus que jamais de préserver cet héritage.
POLITICS: FRANCE’S LEFT IN DISARRAY
L’Express
Gilles Candar : “Jamais dans l’histoire de la gauche, un parti n’a été aussi disqualifié que LFI aux yeux de l’opinion”
Interview. Pour l’historien Gilles Candar, spécialiste des gauches françaises depuis le XIXe siècle, le rejet dont fait aujourd’hui l’objet La France insoumise constitue un phénomène inédit pour un premier parti de gauche.
Alors que le Rassemblement national poursuit sa stratégie de dédiabolisation et de respectabilité, La France insoumise (LFI) s’enferme un peu plus chaque jour dans une dynamique de radicalisation. Brutalité, communautarisme, outrances, accusations d’antisémitisme, populisme… La liste des griefs visant LFI et son leader n’en finit plus de s’allonger. Dernier épisode en date : lors d’un meeting à Lyon le 26 février, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé son soutien à la Jeune Garde et tenu des propos jugés antisémites sur l’affaire Epstein. L’époque paraît bien loin, où LFI apparaissait comme le centre de gravité d’une union des gauches forte de 146 députés. Au point que pour une partie de l’opinion, le “tout sauf le RN” s’est mué en “tout sauf LFI”. Dans le baromètre politique Ipsos bva-CESI du 14 février, 66 % des Français se disent “plutôt mécontents” ou “très mécontents” à l’idée d’une élection de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République, contre 44 % pour Jordan Bardella.
Même en remontant à la IIIe République, jamais le premier parti de gauche n’a semblé susciter un tel rejet dans l’opinion, explique Gilles Candar, grand spécialiste de la gauche française et co-auteur, avec Jean-Jacques Becker, du classique Histoire des gauches en France (La Découverte). Pour L’Express, l’historien tente d’analyser la dérive de La France insoumise, dont on voit bien, assure-t-il, “qu’ils cherchent à choquer le bourgeois”. Entretien.
L’Express : Depuis 2022, La France insoumise (LFI) est régulièrement au coeur de controverses. Dans l’histoire contemporaine de notre pays, un premier parti de gauche a-t-il déjà fait l’objet d’un tel rejet?
Gilles Candar : Jamais un premier parti de gauche, en France, n’a été aussi disqualifié que ne l’est La France insoumise aujourd’hui dans une grande partie du pays. En tout cas, il est difficile de trouver des précédents comparables. Sous la IIIe République par exemple, le parti dominant était le Parti radical. Son chef pouvait être discuté, combattu, controversé, comme ce fut le cas avec des figures comme Georges Clemenceau ou Édouard Herriot. Il y eut des polémiques, bien sûr, parfois même des bagarres, sur leur gauche comme sur leur droite. Mais ils n’étaient pas disqualifiés dans l’opinion pour des raisons morales ou de comportement. Il n’y avait pas de rejet ou de remise en cause de leur personnalité en tant que telle.
On pourrait éventuellement penser au Parti communiste français (PCF), qui fut le premier parti de France sous la IVe République, et qui faisait régulièrement jusqu’à un quart des voix. Ils étaient très combattus, certains redoutant une dictature calquée sur celles des pays de l’Est. Personne n’avait envie de confier la présidence du Conseil à Maurice Thorez, et Charles de Gaulle avait d’ailleurs très vite prévenu : “ni la présidence du Conseil, ni l’Intérieur, ni les Affaires étrangères, ni la Défense nationale…” Il y avait donc de la prudence, assurément. Mais ils n’étaient pas autant disqualifiés sur le plan moral, comme peut l’être aujourd’hui LFI auprès de certaines franges de l’électorat. Ils n’étaient pas un tel repoussoir. Et c’est compréhensible : ils ont très longtemps bénéficié du prestige de leur passé de résistants.
Avec LFI, c’est un peu différent. Ils enchaînent les provocations, que ce soit dans le fait de ne pas se désolidariser d’un groupuscule violent adepte des combats de rue comme la Jeune Garde, ou des différentes polémiques liées à des accusations d’antisémitisme, comme lors du discours à Lyon avec la sortie de Jean-Luc Mélenchon sur la prononciation du nom Epstein. On voit bien qu’ils cherchent à choquer le bourgeois, le social-démocrate, le modéré, l’écologiste…
Pourtant, Jean-Luc Mélenchon a fait de bons scores, en 2017 et en 2022, en adoptant une posture et un discours plus proches d’une gauche de gouvernement classique. Pourquoi s’en être éloigné?
Peut-être se dit-il que sa stratégie de respectabilité de 2017 et de 2022 n’a pas fonctionné, puisqu’il n’est pas parvenu à atteindre le second tour. Le fait est qu’aujourd’hui, il semble succomber à la voie populiste. Et ce populisme, ce n’est pas seulement le fait d’avoir un programme de revendications très à gauche – d’ailleurs, il pourrait plaider que son programme n’est pas plus terrifiant que celui de François Mitterrand avant 1981. Son populisme est plus large, il vient de sa volonté de cliver, de se poser en opposant irréconciliable.
Personnellement, je ne vois pas comment cette stratégie pourrait déboucher, dans le cadre du système démocratique français où les majorités se forment au second tour, sur un rassemblement suffisant pour arriver au pouvoir et former une majorité avec laquelle gouverner. Mais mon incompréhension est celle de quelqu’un qui est attaché à cette logique républicaine. Or, l’histoire de la gauche a toujours été traversée par le débat : “comment peut-on vraiment changer les choses?” Le communiste italien Enrico Berlinguer expliquait que le changement ne pouvait pas s’obtenir par une simple petite victoire majoritaire. D’autres socialistes et radicaux pensaient la même chose. Jaurès disait lui-même qu’il fallait se méfier des “coups de majorité”, et qu’on ne transformait pas profondément une société simplement en gagnant une élection de justesse, parce que l’adversaire a des casseroles ou que l’on profite d’une conjoncture favorable. Selon lui, il faut un niveau de conscience suffisamment élevé dans l’électorat pour pouvoir conduire des transformations qui seraient nécessairement contestées.
Depuis quelques mois, on observe une accentuation de la polarisation et de la radicalisation de LFI, qui s’isole de plus en plus du reste de l’échiquier politique. Comment l’expliquez-vous?
On peut formuler plusieurs hypothèses. Peut-être Jean-Luc Mélenchon est-il persuadé que ce pari va payer au premier tour de la présidentielle, même si, comme je vous le disais, cette stratégie de la radicalisation, de la provocation et de la conflictualisation a ses limites dans un éventuel second tour. On voit bien que le reste de la gauche est très embarrassé. Difficile, dans ces conditions, de construire une union crédible avec socialistes, communistes et écologistes, qui sont pris en étau. D’autant que son objectif est d’abattre tout ce qui reste du réformisme social-démocrate, qu’il a longtemps côtoyé, mais qu’il rejette désormais.
L’autre hypothèse, évoquée récemment par l’ex LFI Raquel Garrido, c’est que Mélenchon n’a pas vraiment envie de gouverner, et qu’il préfère rester dans une position de pureté. Sans doute certains s’enorgueillissent d’être des “purs et durs”. Jean-Luc Mélenchon se satisfait peut-être très bien d’être le leader d’une opposition radicale, confortable, professant sa vérité auprès des journalistes qu’il choisit, sur sa chaîne YouTube ou dans ses meetings devant une foule acquise à sa cause. Il y a là une dimension un peu théâtrale, un rôle de représentation, et certainement estime-t-il que cela suffit pour exercer une influence.
Vous avez dirigé en 2004, avec Jean-Jacques Becker,l’Histoire des gauches en France. Depuis, le Parti socialiste s’est effondré et La France insoumise est devenu le premier parti de gauche. Si vous deviez publier une nouvelle édition mise à jour, à quoi ressembleraient les nouveaux chapitres?
Lorsque nous avions publié cette Histoire des gauches, je me souviens d’une interview avec Edwy Plenel (alors directeur de la rédaction du Monde, NDLR). Il m’avait posé la question suivante : “quelle figure de gauche pourrait incarner l’avenir?”. J’avais cité les noms de Dominique Strauss-Kahn et Jean-Luc Mélenchon. On pourrait soutenir aujourd’hui qu’Emmanuel Macron représente ce qu’aurait pu être le succès intellectuel et technocratique de Strauss-Kahn si l’affaire du Sofitel de New York ne l’avait pas stoppé net. Quant à Mélenchon, il a bel et bien réussi à incarner une voix de gauche qui rencontre un certain écho, notamment dans certains quartiers et chez une partie de la jeunesse.
À l’époque, ces deux orientations étaient possibles : soit une inflexion sociale libérale, au nom de l’efficacité économique, soit un refus de cette évolution et une protestation sociale cherchant de nouveaux ressorts de radicalité. Si l’on écrivait aujourd’hui l’histoire de la période 2004-2026, on pourrait sans soucis intégrer ces évolutions. Une partie de l’électorat de gauche a rejoint la majorité présidentielle, qui ne peut plus vraiment être qualifiée de gauche, et s’inscrit plutôt dans un centre droit comparable à celui des IIIe et IV République, avec une orientation probusiness assumée. Mais cet électorat, qui a longtemps voté pour le Parti socialiste, n’est pas revenu pour autant vers les partis de gauche traditionnels. Les éléments les plus à gauche sont quant à eux tentés par la radicalité exprimée par La France insoumise.
Cette recomposition met dans l’embarras les autres forces de gauche, qu’elles soient socialistes, écologistes ou communistes. Il leur est difficile de s’allier durablement à un macronisme à bout de souffle et peu porteur d’orientations sociales ou écologistes affirmées. De l’autre côté, ils se heurtent à un pôle de radicalité plus intéressé par le fait de marginaliser la gauche modérée que de construire une union durable.
Vous êtes également l’auteur, avec Vincent Duclert, d’une biographie de Jean Jaurès. Beaucoup à gauche, continuent à s’en réclamer. Voyez-vous aujourd’hui des responsables politiques qui s’inscrivent réellement dans sa filiation?
Je ne sais pas si c’est à moi de le dire! Mais il est sûr que Jean Jaurès est une figure qui résiste au temps : on le réédite, on continue à étudier sa vie. Ce n’est pas le cas de toutes les grandes figures du XIXe siècle. De nombreux responsables politiques aujourd’hui se réclament de Jaurès, avec parfois des orientations différentes. Cela ne me dérange pas, car on peut le lire de diverses manières, comme c’est le cas pour de Gaulle par exemple. Personne ne peut s’approprier Jaurès.
Maintenant, est-ce que les responsables politiques actuels sont de sa trempe? J’ai des doutes. Il y a peut-être une crise de vocations, avec certains désenchantements qui ont certainement détourné des personnes talentueuses de l’engagement politique. Jaurès, lui, aurait été un historien ou un philosophe de grande qualité. Il a choisi l’action politique. De nos jours, les hommes de cette nature ne feraient peut-être pas le même choix, et il est probable que la politique attire parfois ceux qui ont moins de talents.
Relire Jaurès aujourd’hui peut aider à penser, mais on ne trouvera pas de solution toute faite pour la France de 2026, où les enjeux sont bien différents de ceux de son époque. Si on doit retenir une chose du personnage, c’était son effort constant pour comprendre les arguments des autres avant de formuler les siens. Sa pensée s’est constamment construite dans cette volonté de compréhension, et c’est ce qui lui permettait de produire des réponses intelligentes, éclairées, humaines.
HIGHER EDUCATION AND A.I.
Le Monde
Intelligence artificielle : l’enseignement supérieur au défi de former des générations d’étudiants
Décryptage. En ordre dispersé, les cursus universitaires tentent d’intégrer l’intelligence artificielle pour enseigner aux étudiants un usage responsable de ces technologies dans leur futur domaine professionnel.
« L’éducation doit viser à former des êtres humains de premier ordre, et non des robots de second ordre. » Lorsque Andreas Schleicher prononce cette phrase, en mai 2019, nous sommes près de trois ans avant le lancement de ChatGPT, et le directeur de l’éducation à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pressent la complexité des enjeux qui guettent l’enseignement supérieur.
Remplacer les humains ou les « augmenter »?Tel un Janus, l’intelligence artificielle (IA) présente deux faces, qu’universités et grandes écoles doivent appréhender avec doigté. Leur mission : former des étudiants, dans toutes les disciplines, pour qu’ils aient un usage responsable et adapté de ces technologies dans leur futur domaine professionnel.
Depuis le rapport du mathématicien et ancien député Cédric Villani, publié en mars 2018, la France s’est dotée d’une stratégie nationale pour l’IA. A travers des appels à projet, l’Etat mobilise actuellement quelque 2,5 milliards d’euros dans le cadre du plan France 2030 pour accélérer le développement de nouvelles formations ou l’adaptation de formations existantes aux besoins de compétences des nouvelles filières et des métiers dits « d’avenir ».
« L’enjeu n’est pas de rivaliser avec les machines sur leur propre terrain, mais de former des humains capables de rester pleinement humains dans un monde de machines intelligentes », a résumé François Germinet, professeur àCergy-Paris Université, lors d’un colloque sur les compétences et les savoirs à l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation, le 20 janvier.
Pour M. Germinet, ancien directeur du pôle connaissances du secrétariat général pour l’investissement – instance qui définit la politique d’investissement de l’Etat –,nous faisons face au défi « d’inventer la grande école du XXIᵉ siècle », « après les écoles d’ingénieurs du XVIIIᵉ siècle, les écoles de commerce du XIXᵉ et les sciences politiques du XXᵉ ». De nouvelles compétences deviennent capitales : « Développer jugement, sens, créativité, compréhension profonde et capacité d’apprentissage continu, et rééquilibrer savoirs académiques et expériences sensibles », illustre-t-il.
« Des formations très transverses »
L’IA, dont les premiers travaux de recherche remontent à 1957, n’est pas exactement une nouvelle venue dans l’enseignement supérieur, tout particulièrement dans les sciences dures. Les progrès récents sont immenses, comme en bio-informatique, où l’intelligence artificielle permet d’explorer de nouvelles méthodes pour déterminer la structure tridimensionnelle d’une protéine, ce qui a des applications pratiques en médecine.
« Dans les écoles d’ingénieurs, les formations en IA datent d’il y a plusieurs dizaines d’années. Elles ont suivi les évolutions technologiques des réseaux de neurones ou du machine learning », souligne aussi Amandine Duffoux, directrice du campus Arts et Métiers d’Angers, responsable de la stratégie numérique à la Conférence des grandes écoles. Les élèves apprennent par exemple à développer des modèles de maintenance prédictive capables de détecter, grâce à des calculs, des signaux faibles révélant l’usure d’un composant.
En revanche, « les écoles de management avaient laissé ce champ de côté,souligne Mme Duffoux. Elles sont clairement en train de rattraper leur retard en créant des modules, par exemple en business intelligence » – technologies d’optimisation de la prise de décision grâce à l’intégration et à l’analyse fine de l’information.
La nouveauté résulte d’une prise de conscience que « cette technologie touche tous les domaines, et qu’il est nécessaire de mettre en place des formations très transverses, expose la docteure en informatique Isabelle Ryl, qui supervise la nouvelle Paris School of AI, ouverte à la rentrée 2025, à l’université Paris Sciences et lettres (PSL). C’est bien de vouloir mettre tout le monde à l’IA, mais, pour cela, il faut des enseignants, et on ne peut pas avoir une génération spontanée de chercheurs et de formateurs ». Sur la base du volontariat, des enseignants de toutes les disciplines à PSL ont suivi une formation intensive équivalente à un master et se sont engagés à construire un cours intégrant l’IA dans leur domaine.
A l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, la professeure de droit Célia Zolynski mène des auditions de représentants des professions juridiques et judiciaires « pour comprendre les besoins et développer des pratiques pédagogiques adaptées, dans un secteur où l’offre des entreprises de la Big Tech est très forte ».Elle pilote le programme AISorb, qui prévoit notamment de former les étudiants aux grands principes des technologies d’IA et à leurs enjeux sociaux et environnementaux. Il s’agit d’en faire des « tiers instruits » – tels qu’imaginés par le philosophe Michel Serres – sachant se nourrir des humanités et des sciences pour s’adapter aux évolutions du monde.
Dès la première année de licence, Mme Zolynski pose la question de la construction du droit : « Je cherche à développer le raisonnement juridique des étudiants à partir de leurs propres usages des réseaux sociaux, des deepfakes [hypertrucages], de l’intelligence artificielle générative [comme ChatGPT et ses équivalents]. Comment le droit encadre-t-il ces usages ? Quelles sont les insuffisances ? C’est plus intéressant que de livrer un cours magistral de manière verticale. »
« Nous voyons arriver des cohortes de lycéens habitués à utiliser l’intelligence artificielle générative dans leur quotidien sans s’être demandé quelles données ils divulguent en rédigeant leurs prompts[requêtes par écrit]», complète Hélène Bouraïma-Lelong, vice-présidente de l’université de Caen, où un module de sensibilisation deviendra obligatoire dans toutes les disciplines en 2028.
Données américaines ou chinoises
Avec son BrevetAI, un jeu vidéo dont la marque a été déposée, l’université Paris-Saclay espère former les 70 000 usagers de l’établissement, dont 50 000 étudiants. « Le jeu a été conçu par des designers, des ingénieurs pédagogiques, des développeurs, des professeurs et des étudiants de différentes disciplines, détaille Frédéric Pascal, vice-président de Paris-Saclay et auteur, avec le chercheur François Taddei, d’un rapport sur l’IA et l’enseignement supérieur, en juillet 2025. On part de ce qu’est un algorithme, de ce qu’on en fait et de ce que sont des données biaisées. Les chapitres suivants abordent l’impact environnemental de l’IA et les questions éthiques, avec une intervention de la CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés]. Il s’agit d’une première réponse dans toutes les disciplines que nous allons déployer aussi à Sciences Po, à l’université Paris Cité, à HEC et à l’international, notamment au Québec. »
« A ce stade, il est compliqué d’établir un paysage national des formations déployées, mais un travail de recensement est en cours de la part du ministère, indique Olivier Wong-Hee-Kam, qui préside l’association des vice-présidents d’université chargés du numérique. Notre objectif n’est pas de diffuser l’IA de façon aveugle, mais de former des personnes qui seront capables de la développer, en tenant compte des limites environnementales et éthiques qu’elle pose, afin de l’utiliser à sa juste valeur. »
De toutes les IA, l’intelligence artificielle générative est celle qui pousse le plus les formateurs à s’interroger. Ce système particulier, auquel ont principalement recours les sciences humaines et sociales, est destiné à générer du texte, des images, des sons, des vidéos, sur la base de modèles de langage entraînés sur de vastes corpus de données.
« Beaucoup de cours ont été adaptés, notamment en géopolitique, souligne Amandine Duffoux, à la Conférences de grandes écoles. Car on sait que des modèles de langage sont entraînés sur des données américaines ou chinoises, ce qui fait que les réponses apportées sont orientées. Avoir la main sur le modèle de langage de ChatGPT, c’est avoir un pouvoir d’influence qui est juste gigantesque ! Vous pouvez ignorer une partie des données et gonfler la masse de celles qui vous intéressent. »
Sous des atours « éthiquement neutres », l’IA est « toujours entre les mains de personnes qui ne le sont pas », avait déjà alerté Andreas Schleicher, de l’OCDE, dans son intervention en 2019.
LITERATURE
Le Point, Book Review
Michel Houellebecq : « Les loups ont un système de retraite par répartition »
La guerre qui vient, l’IA, l’euthanasie… L’écrivain revient avec un recueil de poèmes, « Combat toujours perdant » et un album cosigné avec Frédéric Lo, « Souvenez-vous de l’homme », qui marque son retour à la scène. Rencontre.
« Nous avons traversé en ombres maladives / Tous les effondrements d’un monde condamné / Nous avons bien souvent regretté d’être nés / Dans un pays maudit, une époque tardive. » Lexique crépusculaire, désenchantement métaphysique, noirceur si noire qu’elle confine à l’humour de la même couleur… Pas d’hésitation, vous êtes bien chez Michel Houellebecq. Mais avec quelque chose en plus : de la musique à l’électro minimaliste et aux claviers antédiluviens, offrant un écrin très cold wave à la voix légèrement chuintante de l’écrivain, qu’on imagine sortant titubant des décombres d’un monde qui aurait été le nôtre… Ce n’est pas avec un roman en effet que Houellebecq revient à ses lecteurs après ses soucis de 2023 (entre une rocambolesque affaire de porno et une désastreuse interview au média Front populaire, « texte idiot », selon ses mots, pour laquelle il s’était fendu d’un mea culpa dans son petit livre de confession Quelques mois dans ma vie), mais avec un album de douze poèmes mis en musique par Frédéric Lo, intitulé Souvenez-vous de l’homme , dont six figurent dans le recueil qu’il fait paraître simultanément sous le titre, lui, de Combat toujours perdant.
À l’origine de la rencontre entre les deux hommes, un hommage au chanteur Daniel Darc. Frédéric Lo, auteur-compositeur de renom qui a oeuvré avec ce dernier comme avec Pete Doherty ou Alex Beaupain, propose en 2022 à Michel Houellebecq de participer à l’album qu’il consacre au chanteur disparu. Et si, hélas, la version qu’ils enregistrent de Psaume XXIII est rejetée par le label, l’envie de travailler ensemble reste intacte, et donne lieu, aujourd’hui, à cet album dans lequel l’écrivain décline ses grands thèmes, notamment le grand remplacement de l’espèce humaine par les machines, la déréliction du corps avant la mort inéluctable, et la guerre à venir, ou plutôt une guerre qui aurait déjà eu lieu : « Il aurait fallu se défendre / Sans savoir de qui ni de quoi, / Sans savoir pour qui ni pourquoi, Ou il aurait fallu se rendre. »
Vingt-cinq ans après une première collaboration avec Bertrand Burgalat pour Présence humaine, Michel Houellebecq renoue donc avec la musique et la scène, la sortie de Souvenez-vous de l’homme s’accompagnant de dix concerts à la Scala de Paris et d’une tournée. L’alchimie entre Michel Houellebecq et Frédéric Lo, animés par une admiration réciproque pour le travail d’écriture et de composition et réunis dans un bureau de leur maison de disques, est palpable, même pour une IA, à laquelle les deux complices ont un jour demandé, à l’orée de leur collaboration, d’imaginer leur rencontre…
Le Point : Comment l’IA imaginait-elle cette scène ?
Frédéric Lo : Comme la rencontre de deux solitudes. Je peux vous lire le début du texte, il est sauvegardé sur mon portable. L’IA imagine un dialogue entre Michel et moi :
« Je crois que je vais vous laisser mettre de la musique sur mes ruines, dit-il, en fixant la lueur fragile du briquet.
Lo hocha la tête.
-Alors vos ruines deviendront des paysages. »
MH : J’ai trouvé que c’était pas mal fait…
Le Point : L’IA, c’est une technologie que vous accueillez avec joie, crainte, ou fatalité ? « Bientôt s’établira le dialogue des machines », prophétise l’un des titres de l’album.
Michel Houellebecq : Je ne soupçonnais pas, en effet, que je pourrais avoir raison un jour, que tout pourrait éventuellement finir ainsi : l’espèce humaine devenue obsolète, remplacée par des IA dialoguant entre elles… Je ne suis pas forcément contre, d’ailleurs : dans les romans de science-fiction, les robots sont souvent plus sympathiques que les humains.
Le Point : L’IA est d’un abord très sympathique, c’est même ce qui la caractérise. Elle s’exprime avec politesse, ne déteste pas flatter l’humain qui la sollicite…
M. H. : Ah, moi j’ai eu des expériences divergentes. Par exemple, Antoine Gallimard avait voulu faire écrire des nouvelles « à la manière de Michel Houellebecq » à l’IA Llama. Elle a refusé tout net.
Elle ne voulait pas choquer, sans doute…
M. H. : Peut-être, mais ChatGPT, elle, a accepté de se prêter au jeu… Et elle a pondu un truc qui était, encore une fois, vraiment pas mal.
Le transhumanisme, l’idée d’un dépassement de la condition humaine grâce à la science et à la technologie, est l’un des thèmes de l’album et du recueil. Quel regard portez-vous sur ce futur possible de l’humanité ?
M. H. : Beaucoup de personnes sont opposées à la modification biologique de l’humanité. Moi, ça dépend des jours. Je n’y suis pas fondamentalement opposé.
Vous ne vous opposez pas non plus à l’utilisation de ces nouvelles technologies à des fins d’écriture ?
M. H. : J’ai reçu un livre il y a peu, dont l’auteur précisait qu’il avait été écrit en alternance par l’IA et par lui-même. Je n’ai pas vu de différence entre les chapitres. Il est possible que l’IA finisse par donner de bons résultats.
F. L. : Depuis que je suis enfant, j’observe des évolutions technologiques questionnant la place des musiciens dans la création, comme l’arrivée du mellotron dans les années 1960, puis la boîte à rythmes, que l’on accusait de remplacer les batteurs. Alors je ne sais pas… Ce que je sais, c’est que quand j’ai voulu utiliser l’IA pour les choeurs de la chanson « Ils chevauchaient le vent », le résultat était affreux. Si on parvient un jour à cloner John Lennon, une oeuvre en plus existera sans doute, mais je doute qu’elle aura autant d’intérêt que celle de Lennon…
M. H. : Cloner un humain ne suffit pas : il lui manquera toujours un passé.
Vous allez partir sur les routes tous les deux. Qu’est-ce que vous attendez de cette tournée ? Retrouver une vie de rockstar ?
M. H. : Moi non, ce n’est pas ça. Je n’ai pas l’impression d’être une bête de scène… Mais pourtant, des fois, curieusement, il faut reconnaître que l’interprétation sur scène donne de meilleurs résultats que le disque.
Frédéric Lo, comment met-on en musique un poème de Houellebecq ? Vous avez conscience d’avoir apporté un peu de lumière avec votre musique à ces poèmes qui sont très sombres ?
F. L. : Sombre, je ne sais pas… Je suis un enfant de l’after punk et j’y vois, moi, de la tendresse. Comme dans « Blue Monday » de New Order ? (Il chante), « How does it feels to treat me like you do. » C’est dur et triste mais, en même temps, c’est dansant. Ou dans l’interprétation par Sinatra de « Comme d’habitude », devenue « My way : The End Is Near » Il y a quelque chose de dramatique mais il y a quand même une grande force de vie. Certes il y a beaucoup d’ombre dans la littérature de Michel, mais j’y ai toujours senti une grande tendresse. Anéantir,c’est quand même un roman très tendre, dans le rapport entre le héros et sa femme, par exemple.
Je voulais créer une partition qui soit comme les lambeaux d’une musique ancienne. Frédéric Lo
M. H. : Enfin, ils partent tout de même d’assez bas…
F. L. : Peut-être… L’idée en tous cas, était d’avoir, pour cet album, l’impression d’une partition qui rassemblerait les lambeaux d’une musique ancienne, celle qui aurait pu exister dans un XXe siècle révolu.
Des reliques, en quelque sorte ? La religion, du reste, est présente. Moins que dans le recueil, où un long texte en prose évoque les rites funéraires de l’Église catholique, le « moment de joie vraie » qu’elle prodigue puis «l’évidence massive de la descente » : «non, ce cadavre que nous aimons ne va pas renaître, son destin est de pourrir », écrivez-vous, tout en confessant que «nous nourrissons au fond de nous cette inavouable espérance » de la résurrection de la chair. On vous sent tiraillé ?
M. H. : J’aimerais bien être catholique, pour le dire simplement, mais je n’y arrive pas, j’ai l’impression d’être irrécupérable.
Que vous manque-t-il ? Les pécheurs sont pourtant les bienvenus…
M. H. : Je l’ignore, demandez à un prêtre… Je ne suis peut-être pas suffisamment pécheur… En tout cas, ce n’est pas pour des raisons esthétiques, car l’art catholique est l’une des plus belles choses que l’être humain ait créées.
À la fin du recueil, vous écrivez : «Je me dirige vers le rien / Et la fin sera silencieuse.» La forme poétique répond-elle à une tentative d’épuisement de la langue, à une volonté de l’épurer jusqu’à parvenir au silence ?
M.H. : Il s’agit sûrement d’un moment d’ivresse masochiste. Se diriger vers le rien n’est pas une perspective très réjouissante…
Pour autant, il n’est pas question de silence dans le dernier vers de votre recueil, mais de se désolidariser du monde : « Et c’est ainsi que je me sépare du monde », annoncez-vous. Qu’est-ce qui vous rebute dans ce monde au point de vouloir vous en désolidariser ?
M. H. : Il m’arrive de ressentir une franche désapprobation vis-à-vis de notre monde, en effet. Mais le titre que nous avons retenu pour l’album est paradoxalement nostalgique. Souvenez-vous de l’homme sous-entend qu’il n’avait pas que des défauts, mais aussi quelques bons côtés. Il faut y lire un écho avec Les Particules élémentaires , que j’avais « dédié à l’homme. » Mais ça, c’est quand je suis de très bonne humeur…
Qu’est-ce qui vous déplaît, chez l’homme, quand vous êtes de très mauvaise humeur ?
M. H. : Hier, je relisais un passage de Demain les chiens , de Clifford D. Simak, et je me demandais s’il n’aurait pas été préférable que nous descendions du loup plutôt que du singe… J’aime beaucoup les loups, alors que les singes m’ont toujours un peu dégoûté. Chaque fois que j’ai été en présence de singes, à Bali par exemple, leur proximité avec notre espèce m’a gênée.
Vous préféreriez que nous descendions du loup ? Mais l’homme est déjà, comme on dit, un loup pour l’homme.
M. H. : Je connais la formule de Hobbes, mais Hobbes ne connaissait rien aux loups. Les loups ne sont pas des loups pour les loups. Leur espèce est très solidaire, et bien organisée. Les loups, par exemple, ont un système de retraite par répartition, vous le saviez ?
Non, ils y partent à quel âge, d’ailleurs ?
M. H. : Quand ils n’arrivent plus à chasser, on leur donne à manger.
Quand on observe le paysage géopolitique actuel, on a pourtant l’impression de ne pas manquer de loups ! Mais ayant pour nom, Trump, Poutine, Xi Jinping… Quel regard portez-vous sur ce retour des grands empires ?
M. H. : Je m’y intéresse. Mais moins qu’à la démographie. Notamment la démographie chinoise. Je me demande comment elle va évoluer. Les Chinois ont très bien réussi à réduire le nombre d’enfants mais pour le faire remonter, c’est une autre histoire. Or, c’est un critère essentiel pour déterminer qui dominera le monde demain. Pour le reste, je dois dire que Trump m’a déçu. Je le pensais sérieusement isolationniste. Tout ce que je demande aux États-Unis, c’est de ne pas intervenir dans les affaires du monde. Mais l’impérialisme, c’est plus fort qu’eux…
La situation en Russie, où vous avez de nombreux lecteurs, vous inquiète-t-elle ?
M. H. : Je continue d’aimer la Russie. Mais je ne suis pas sûr que la Russie nous aime beaucoup. Récemment, on m’a demandé si la guerre en Ukraine avait inspiré l’écriture de mon recueil. J’ai répondu « non », mais la vraie réponse, c’était sans doute « oui, un peu ». La dernière fois que j’ai eu peur, c’est en lisant qu’Emmanuel Macron envisageait d’envoyer des soldats français sur le front ukrainien. Pendant trois jours, je me suis demandé s’il parlait sérieusement ou s’il était devenu fou. Alors, je me suis alors souvenu de différentes choses inquiétantes. Au moment du Covid, avec quel plaisir il organisait des conseils de défense. Et puis au lendemain de son élection présidentielle : pour remonter les Champs-Élysées, alors que ses prédécesseurs avaient opté pour une Citroën ou la marche, il avait choisi, lui, un command-car ! Cela donnait un éclairage un peu inquiétant sur sa personne. Et là, envoyer des soldats ? Quand on a en face de soi quelqu’un comme Poutine, dont l’équilibre mental n’est pas non plus garanti, une telle éventualité a de grandes chances de mal tourner.
L’avenir promis à notre espèce n’est pas très reluisant à vous lire : «Nous léguons une vie minable à des enfants non désirés, nous nous traînons tout déchirés vers le trou béant et qui bave ». Pourquoi s’inquiéter d’une guerre si la vie ne mène qu’à un « trou béant» ?
M. H. : La perspective de se prendre une bombe atomique sur le coin de la tronche n’est pas beaucoup plus reluisante, me semble-t-il…
Mais, à vous lire, la vie n’est pas tellement plus reluisante. Vous le dites très bien, évoquant des fonctions biologiques vouées à la défaillance. «Dedans, un peuple de valvules / Jouit de son encrassement / Et puis ça se désarticule / Le corps s’autodétruit dans un grand froissement. » Vous n’avez jamais caché votre opposition à l’aide à mourir, vous parlez même d’une «rupture de civilisation » : pourquoi maintenir ces fonctions vitales lorsqu’elles sont causes d’une telle diminution de l’être ?
M. H. : Parce que je ne crois pas au désir de mourir. Je me suis aperçu -; avec un peu de déception par ailleurs -; que j’étais plus spinoziste que je ne le pensais : l’idée que tout être tend à persévérer dans son être me paraît juste. On m’a objecté l’argument de la liberté. Mais il me semble que Spinoza lui-même ne prenait pas cette notion de liberté très au sérieux, qu’il la trouvait même un peu stupide.
Est-ce stupide d’avoir la liberté, quand on est atteint de certaines maladies incurables, de ne pas « vivre » dans l’hébétude, la prostration, ni mourir entubé à l’hôpital ? Dans ce qui peut être un véritable cauchemar ? D’autant que le projet de loi précise qu’il faut que la personne puisse en formuler le souhait lucidement.
M. H. : Oui, mais que cache cette « lucidité » ? Parfois l’entourage fait pression. Et l’être humain est peut-être moins égoïste qu’on ne le dit parfois : il ne veut pas être à charge.
Ce que vous combattez, c’est l’idée qu’une vie humaine devrait finir dès lors qu’elle n’est plus utile pour la société, et représente un fardeau pour les siens ?
M. H. : Oui, ce n’est pas plus compliqué que ça.
Vous travaillez à un prochain roman ?
M. H. : Oui, j’y pense et j’en ai envie. Mais je n’ai aucune idée du temps que cela me prendra.
La poésie vous comble-t-elle davantage, comme écrivain, que le roman, dans ce monde où tout le monde s’adonne à la fiction, même les chefs d’État ?
La poésie, soit c’est facile, soit c’est impossible. C’est tout ou rien. Alors qu’un roman, quand on a commencé à l’écrire, il est toujours possible d’y revenir, malgré les passages à vide. Du reste, je ne pense pas du tout que la forme romanesque soit obsolète. Dans mon travail, d’ailleurs, je prête davantage d’attention aux personnages qu’à l’intrigue, ce n’est pas tant elle qui est motrice que le fait de créer d’autres humains. Ce qui est assez monstrueux comme activité…
Dans l’album, et le recueil,on sent que quelque chose de grave est en train d’arriver, une menace néanmoins impossible à caractériser… La forme poétique vous permettait-elle d’entretenir cette incertitude, une incertitude propre à notre époque ?
M. H. : Absolument, il se passe quelque chose à l’heure actuelle, sans qu’on sache exactement ce dont il s’agit. Ce flou est plus difficile à tenir dans un roman.
Pour être un prophète, il faudrait que j’appelle à la ruine de l’Occident. Michel Houellebecq
On vous a souvent qualifié de prophète, statut que vous refusez…
M. H. : J’aime cette figure du prophète, son côté imprécateur notamment, mais je ne trouve pas que je corresponde à la définition du prophète…
Il faudrait quoi pour ça ?
M. H. : Que j’appelle à la ruine et la malédiction sur l’Occident par exemple.
C’est un peu ce que vous faites quand même : « Occidentaux qui voulez vivre, vous êtes en fin de partie », lancez-vous au début de l’album.
M. H. : Effectivement, peut-être que j’assume le rôle de prophète dans le versant poétique de mes écrits, mais ce n’est pas le cas dans mes romans. Il y a un changement de voix entre ces deux versants. J’aurais aimé citer quelques exemples de prophètes, dommage que nous n’ayons pas de Bible sous la main…
Nous avons oublié d’en prendre une…
M. H. : Dommage. Les prophètes s’expriment sur le ton de la condamnation, ils maudissent. Ce ton me plaît beaucoup, mais ce n’est pas le mien.
Pour autant, l’humanité ne semble pas digne d’être sauvée dans votre recueil…
M. H. : Alors que pourtant j’adhère au mythe du sauveur, tel qu’il existe dans le catholicisme.
Mais ce sauveur est impensable, écrivez-vous dans «L’ancienne voie romaine: «Écrasés par le ciel où croisent les vautours / Nous attendons pourtant le sauveur impensable », dites-vous. Si le sauveur n’était pas impensable, vous sauveriez quoi ?
M. H. : Vous me donnez trois ans de réflexion ? Je ne sais pas… Les Petites soeurs des pauvres, peut-être.
Et la nature ? Vous venez de vous installer à la campagne… Elle vous aide à écrire ?
M. H. : C’est surtout que j’ai davantage d’espace en fait… C’est désolant de dire cela, mais c’est la principale différence. J’ai été enfant à la campagne, alors ce n’est pas une expérience radicalement nouvelle pour moi. Quant à l’écriture, c’est vrai que le problème en ville, c’est que quand on sort pour marcher, et qu’on est dans ses pensées, on a une bonne chance de se faire écraser…
Souvenez-vous de l’homme, de Frédéric Lo et Michel Houellebecq (Water music, 14,50 â¬). Sortie le 6 mars.
Combat toujours perdant,de Michel Houellebecq (Flammarion, 72 p, 12 â¬). En librairie le 4 mars.
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review
Welterfolg „Lázár“: Warum ist er so ungeheuer erfolgreich?
Nelio Biedermann steht mit seinem Roman „Lázár“ seit einem halben Jahr auf der Bestseller-Liste. Jetzt will Tom Tywker das Buch verfilmen lassen. Was sein Erfolg über die Bedürfnisse von Lesern sagt – und über die Literaturkritik.
Wenn ein Schriftsteller mit 22 Jahren einen Roman schreibt und seit einem halben Jahr auf der „Spiegel“- Bestsellerliste steht, kann man ihm dazu nur gratulieren. So ein Erfolg ist überwältigend – vor allem für den Autor selbst, aber natürlich auch für seinen Verlag. Zugleich stellt sich die Frage, wer oder was dieses Buch so ungeheuer erfolgreich gemacht hat und was dieser Erfolg bedeutet: für die deutschsprachige Gegenwartsliteratur, für die Zeit, in der es erscheint, für die Leserinnen und Leser, bei denen dieses Buch ganz offensichtlich einen Nerv trifft, aber auch für die Literaturkritik.
Die Rede ist von „Lázár“, dem Roman des Schweizer Schriftstellers Nelio Biedermann. Der war für diesen Roman – es ist sein zweiter – schon berühmt, bevor dieser überhaupt erschienen war: Die Zürcher Liepman Literary Agency hatte ihn im Sommer 2024 angeboten, sieben Verlage sollen sich da schon in einer Auktion um ihn bemüht haben, Biedermann entschied sich für Rowohlt Berlin. Und gleich auf der Frankfurter Buchmesse wurden die Übersetzungsrechte für knapp zwanzig internationale Verlage verhandelt.
„Lázár“ war also schon eine große Nummer, als das Buch ein Jahr später, am 1. September 2025, erschien. Daniel Kehlmann hatte es vorab auch gelesen und anstelle eines Blurbs, also eines kurzen lobenden Satzes hinten auf dem Buchumschlag, eine Kurzrezension verfasst, die das Buch, das vom Adel handelte, auch gleich literarisch adelte: „,Lázár‘ ist ein erstaunliches Buch – eine Familiengeschichte über mehrere Generationen, voller zutiefst origineller Charaktere und packender Szenen“, so Kehlmann, „manchmal realistisch, dann wieder verstörend traumartig.“ Der Roman sei in jeden Fall ein Ereignis, aber der Umstand, dass sein Autor gerade erst das Erwachsenenalter erreicht habe, mache sein Erscheinen zu einem „Donnerschlag“: „Ein wirklich großer Schriftsteller betritt die Bühne im Vollbesitz seiner Fähigkeiten.“ Mehr geht wohl nicht.
„Gezeiten des Lebens und des Liebens“
Die Vorlage war perfekt, und die Kritik überschlug sich wie programmiert: Vom „Geniestreich“ über „Entdeckung der Saison“ bis zum „neuen Zauberer“ war alles dabei, wobei auffiel, wie die Formulierungen der Rezensionen die vom altertümlichen Pathos durchzogene Sprache des Romans zu imitieren versuchten. Da war von „Sätzen“ die Rede, „so schön gebaut, dass sie leuchten“. Rezensionen begannen im Stil eines Romanbeginns: „Zu Anfang dieses Jahrtausends wuchs ein Junge in der Nähe von Zürich auf, dessen Mittelschichtsleben kaum gewöhnlicher sein könnte. . . .“ Oder es hieß hingebungsvoll: „,Lázár‘ ist wie ein Sturm, der uns fortreißt, der uns durch die Geschichte wirbelt und am Ende sanft in unser Leben entlässt.“
Auch der Regisseur Tom Tykwer las den Roman und war begeistert. Erst kürzlich gab die Berliner Produktionsfirma X Filme eine Presseerklärung heraus, in der sie verkündete, sich die Verfilmungsrechte an Nelio Biedermanns Bestseller-Roman gesichert zu haben. „Wir wollen neue Wege gehen“, sagte darin der Geschäftsführer Uwe Schott, „und suchen dafür nach ebenso eigensinnigen wie einzigartigen Stoffen. Deshalb ist ‚Lázár‘ ein großes Geschenk für uns.“ Und Tykwer ergänzte: „,Lázár‘ hat mich sofort gepackt und nicht mehr losgelassen. Ein Buch, das uns durch die Gezeiten des Lebens – und des Liebens – treibt und dabei auf verstörend intensive Weise glücklich macht.“
Für alle, die „Lázár“ nicht kennen, muss man an dieser Stelle erwähnen, dass an dem Buch eigentlich gar nichts neu ist, sondern im Gegenteil das Allermeiste bekannt; dass womöglich gerade das Spiel mit dem Bekannten der ganze Witz des Romans sein könnte, wenn er denn wenigstens witzig wäre. Wie man mit einer Geschichte „neue Wege beschreiten“ kann, die anhand einer weit verzweigten ungarischen Adelsfamilie vom Untergang des Habsburgerreichs über eben mal den Ersten Weltkrieg, Hitler, Stalingrad, die Vergewaltigungen durch die Rote Armee, den ungarischen Volksaufstand bis hin zu einer Flucht in die Schweiz durch die Zeit rennt, ist jedenfalls erst mal ein Rätsel. Es liegt auch nicht nahe, wenn man sich vor Augen führt, in welcher Sprache der Roman geschrieben ist: in einem Stil nämlich, der Ausdrucksformen der erzählten Epoche nachzuahmen versucht. Das fängt mit dem ersten, mit Bedeutung voll beladenem Satz an: „Am Rand des dunklen Waldes lag noch der Schnee des verendeten Jahrhunderts, als Lajos von Lázár, das durchsichtige Kind mit den wasserblauen Augen, zum ersten Mal den Mann erblickt, den er bis über seinen Tod hinaus für seinen Vater halten wird.“ Und es geht immerzu weiter, gern auch in Sexszenen, in denen einer „sein Gesicht in ihrem nur selten gewaschenen Schoß versenkt“ oder „der Säbel zwanghaft ins Fleisch stößt.“
Dass ein 22-jähriger Schriftsteller meint, seine Sprache mit einer solchen Patina versehen zu müssen, ist das eine. Das kann er machen. Und wenn es Leserinnen und Leser gibt, die eine Geschichte vom untergehenden Adel mit – trotzdem – Happy End in historisierender Manier unterhaltsam finden, soll ihnen das niemand nehmen. Da Nelio Biedermann in Interviews erzählt hat, dass er für die Recherche an seinem Roman nach Budapest gefahren ist, wo ein Großonkel die Überbleibsel seiner Familiengeschichte verwahrt, um die es in dem Buch auch gehe, fragt man sich trotzdem, warum er diese nicht aus der Perspektive der Gegenwart heraus erzählt hat. Ein solcher Zusammenprall von Gegenwart und Vergangenheit, erzählendem Jetzt und erzähltem Gestern, wäre sicher interessant gewesen und hätte den Roman als Dialog nicht nur im Heute verankert, sondern zugleich auch etwas über die Gegenwart gesagt, in der wir leben.
Alles ist im Fluss
Doch scheint es in der Geschichte des im Waldschloss geborenen Lajos und seinen Nachfahren Eva und Pista vielmehr darum zu gehen, eine vergangene Welt im Zeitraffer wiederauferstehen zu lassen, was für Leser des Romans auch ein eskapistisches Angebot und sicher Teil des Erfolgs ist: „Lázár“ ist eine schwelgerische Reise in eine Vergangenheit, in der die Schrecken des zwanzigsten Jahrhunderts maximal auf „Alptraumgemälde des Hieronymus Bosch“ verweisen, auf etwas also, das wir schon kennen. Deshalb kommt man lesend auch so ungestört und abgefedert durch den Roman. Alles ist im Fluss, die Zeit, oft Sperma, die Erzählung sowieso. So trägt es einen durch die Jahrzehnte.
Warum die Kritik bei Erscheinen aber so besonders begeistert war, lag an etwas anderem: Nelio Biedermanns Roman ist randvoll mit literarischen Verweisen. Es tauchen nicht nur in der Handlung bekannte Schriftsteller auf, sondern vor allem auch Figuren, die passionierte Leser sind. Zugleich zitiert Biedermann immerzu die Literatur des beginnenden zwanzigsten Jahrhunderts oder lässt sie anklingen: Arthur Schnitzler, Carl Zuckmayer, Joseph Roth, Thomas Mann, Virginia Wolf oder ganz besonders Marcel Proust. Es sind diese Anleihen, die „Lázár“ den Sound der Zeit geben. Der Autor borgt ihn sich gewissermaßen aus, indem er sich an das anschmiegt, was er gelesen hat. Und da das eindrucksvoll viel ist, entsteht der Effekt eines Rundgangs durch eine Bibliothek, deren hohe Regale gefüllt sind mit den Büchern der größten Schriftsteller, die man extra noch mal in luxuriöse Lederbände eingeschlagen hat. Daran ist nichts unangenehm. Und reicht manchen schon, um begeistert zu sein. Aber was macht Biedermann da eigentlich, wenn er aus der Literaturgeschichte zitiert?
Am augenfälligsten lässt sich das vielleicht an Marcel Proust zeigen, aus dessen „Auf der Suche nach der verlorenen Zeit“ Biedermann zum Teil ganze Passagen und Motive übernimmt. Die Frage ist ja, ob es nur um Atmosphäre und Dekor geht oder ob sich damit auch ein erzählerisches Konzept verbindet. Lässt sich aus den Referenzen auf den weltberühmten Roman so etwas wie eine eigene literarische Position oder ein ästhetisches oder poetisches Programm für Biedermanns Roman ablesen? Oder geht es am Ende bloß darum, den eigenen Roman durch Proust-Referenzen aufzuwerten?
Man muss nicht den ganzen Proust gelesen haben, um zu erkennen, dass Biedermann den Roman-Anfang von „Auf der Suche nach der verlorenen Zeit“ an einer Stelle sogar wörtlich zitiert. Der sexuell erwachende, verliebte Pista kann nicht einschlafen: „Lange Zeit war er früh schlafen gegangen. Manchmal, wenn er das Licht gelöscht hatte, fielen ihm die Augen so schnell zu, dass er sich nicht einmal mehr sagen konnte: Jetzt schlafe ich ein“, heißt es da. Während Prousts Roman mit den Worten „Lange Zeit bin ich früh schlafen gegangen. Manchmal fielen mir die Augen, wenn kaum die Kerze ausgelöscht war, so schnell zu, dass ich keine Zeit mehr hatte zu denken: Jetzt schlafe ich ein“ beginnt. Man erkennt schnell den Unterschied: Während Proust aus der Ich-Perspektive erzählt, macht Biedermann daraus eine personale Perspektive.
Lange Zeit früh schlafen gehen
Das erscheint nebensächlich. Aber das ist es nicht. „Prousts berühmter Satz ,Lange Zeit bin ich früh schlafen gegangen‘“, sagt die Proust-Forscherin Ulrike Sprenger, die auch zu den Leserinnen von Nelio Biedermanns „Lázár“ gehört, „gilt als erzählerischer Geniestreich, da er uns den Erzähler des Romans als ein in Zeit und Ort unbestimmtes Ich vorstellt, als einen Schlaflosen im dunklen Nichts, der sich in seinen um ihn kreisenden Erinnerungen selbst wiederfinden oder überhaupt erst erfinden muss. Die Szene bildet den Auftakt eines Romans, dessen eigentlicher Gegenstand weniger die Erinnerungen selbst sind als jener Prozess, mit dem ein Subjekt sich über seine Wahrnehmungen und Erinnerungen konstruiert. Als Leser werden wir in der Folge Zeugen eines Schreibens, das sich auf die Suche nach einem Ich begibt, das am Anfang des Romans noch verloren ist, buchstäblich im Dunkeln liegt.“
Die Schlaflosigkeit im zeitlosen Dunkel markiert damit den Anfang eines aufsehenerregenden erzählerischen Experiments, das die gesamte Erzählliteratur des 20. Jahrhunderts prägen wird: „Wir lesen die Autobiographie eines fiktionalen Ich“, so Sprenger, „das nicht aus sicherem Rückblick, nicht aus sicherer Distanz erzählt, sondern sich im Erzählen erst sucht, dem seine Erinnerungen nicht frei verfügbar sind und der ihre Bedeutung erst im Laufe des Schreibens erschließen kann – es wird die Anstrengung sichtbar, der es bedarf, um sich die eigene Biographie als eine Geschichte der eigenen subjektiven Wahrnehmung zu rekonstruieren.“
Gen Z, aber old school
Wenn Nelio Biedermann nun diesen literaturhistorisch zentnerschweren Satz zitiert, weckt er Erwartungen. Doch lässt er sie ins Leere laufen. Die Schlaflosigkeit, die Pista befällt, hat keine erzählerische Funktion. Sie ist allenfalls Ausdruck einer vagen dekadenten „Malaise“, an der viele Figuren Biedermanns leiden. „Jener Satz, der bei Proust alle Gewissheiten des rückblickenden Erzählens infrage stellt und eine großangelegte Suche nach dem eigenen Ich initiiert“, so formuliert es Ulrike Sprenger im Gespräch, „wird bei Biedermann banalisiert zur Diagnose einer pubertären Depression, so selbstgewiss erzählt, als hätte es Proust nie gegeben.“ So gibt es nicht nur keinen Dialog mit Proust in „Lázár“ trotz der vielen Verweise, die man gerade auch in der Liebesgeschichte zwischen Pista und Matilda findet. Bei genauerer Betrachtung verschwindet im Gegenteil sogar alles, was Prousts Text ausmacht: An die Stelle eines tastenden Schreibens, mit dem das erzählende Ich die Selbstkonstruktion eines Subjekts vorführt, tritt ein selbstgewiss berichtendes Erzählen, an die Stelle der immer neu angestrengten „Suche“ ein geradezu einfältiges Finden.
Das kann einen schon unglücklich machen und ist ganz bestimmt kein „Donnerschlag“. Die Literatur der anbrechenden Moderne lebt von der Zerschlagung erzählerischer Gewissheiten, bereits dort, wo bei Gustave Flaubert noch von einem „Er“ und nicht vom „Ich“ die Rede ist. Wenn „Lázár“ von eben dieser Zeit erzählt, die ganze Literaturgeschichte bemüht und sie mit großer Selbstgewissheit trivialisiert, auch mit den anderen Vorbildern ist die Technik ähnlich, wird der Roman zur bloßen Beeindruckungsprosa – mit allerdings tatsächlich beeindruckender Wirkung.
In einer der Kritiken, die Nelio Biedermanns Roman bei Erscheinen lobten, war erleichtert davon die Rede, dass die Sätze, die der Schriftsteller mit der Hand auf seinen Notizblock schreibe, „keine Tiktok-Kürze“ hätten, sondern „lang und verschlungen“ seien, voller „gedrechselter dunkler Möbel“, „schwerem Silberbesteck“ und „Farnen, die um Knöchel streifen“. Und es wurde die Hoffnung geäußert, dass er einer Schreibgeneration angehören könnte, „die sich von der digitalen Glätte abwendet und sich wieder dem Physischen“ widme, den „Haselzweigen“ und „nadelgrünen Vorhängen“. Einer Generation, „die wieder erzählen und träumen will“. Wie erzählt wird, wurde gar nicht gefragt. Es scheint ungeheuer beruhigend zu sein, wenn ein Schriftsteller aus der Gen Z old school schreibt – und Literatur nicht mehr ist als ein Vehikel für Nostalgie.
The Times of Israel, Book Review
Les nus et les morts (nouvelle traduction) de Norman Mailer
Difficile d’apporter quelque chose de nouveau sur un homme si polyvalent, celui que les critiques avaient baptisé l’enfant terrible de la littérature américaine… À l’origine rien ne semblait destiner ce gamin juif de Brooklyn à devenir le plus grand romancier de son temps. Il étudiait à Harvard pour devenir ingénieur et en fin de compte, il ne trouve rien d’autre à faire que de s’engager dans l’armée pour vivre la guerre et ses horreurs au plus près. Je n’ose pas dire ; à bout portant…
Comme le soulignent la plupart des critiques, il y a de l’excès dans tout ce que cet homme fait : six mariages successifs, neuf enfants et deux Prix Pulitzer, mais surtout un succès mondial pour un premier livre sur la guerre du Pacifique, écrit à vingt-cinq ans, peu de temps après la fin de la guerre (1948).
Certains critiques, peu amènes avec l’écrivain, rappellent qu’il n’a pas dépassé le cadre des cuisines de son unité combattante et que tous ces récits sont redevables aux rapports d’autres soldats qui les ont vécus sur un vrai champ de bataille…
Ce jeune homme était en quête de célébrité et a réussi à la gagner : issu de la petite bourgeoisie juive du New Jersey, né en 1923, il suit ses parents qui décident de s’installer à New York. Ce fut pour lui le lieu idéal pour devenir écrivain et sortir d’un milieu un peu fermé, voire réducteur. Lorsque son maître-ouvrage paraît, Mailer devint une star du jour au lendemain. Pour un tout jeune homme, ce ne fut pas tâche facile. Ignorant les codes de la société dans laquelle il allait pénétrer, il eut presque autant d’admirateurs que de détracteurs… Il nous a quittés en 2007.
L’intrigue, si j’ose dire, tient en peu de mots, tant elle est classique : une escouade de treize soldats américains sont envoyés derrière les lignes japonaises pour conquérir une petite île, censée faire avancer le gros des troupes vers une victoire moins coûteuse en vies humaines. Mais, sur place, ce fut l’hécatombe. Ce que les soldats de ce petit corps expéditionnaire ont vécu, leurs témoignages et leurs réflexions dans le feu de l’action trahissent un vécu d’une incontestable authenticité. Comment s’explique cette fascination de la guerre et de la violence à très grande échelle ?
Je rappelle que nous sommes à l’époque de la Seconde Guerre mondiale ; l’Amérique fait face à l’attaque de Pearl Harbor et l’opinion publique crie vengeance. Mais il y a aussi la nature profonde de l’écrivain qui recherchera toujours les violentes confrontations. J’en veux pour preuve ses nombreuses altercations publiques avec les associations féministes. Il y a aussi le fait d’avoir consacré huit cents pages à la description de scènes de guerre… Il faut aimer…
Ce qui fait la grande valeur de ce livre, c’est aussi l’alternance de fascinantes peintures de caractères et de sentiments, et les angoisses des soldats qui savent que certains ne reviendront pas. Et quand on regarde la somme de tous ces textes, on se demande comment un jeune homme de vingt-cinq ans a pu produire une telle œuvre.
Pourquoi cette traduction nouvelle, censée mieux adhérer à la langue spécifique de l’auteur ? Je dois avouer que je ne peux pas procéder à une comparaison, au motif que je ne dispose pas de l’ancienne version. Mais on peut supposer que les origines juives de Norman Mailer, ont exercé une certaine influence sur son maniement de sa propre langue anglaise. Et je n’évoque même pas l’accent de New York. Dois-je aussi parler du yiddish dont certaines expressions typiques ont fusionné avec le vernaculaire de l’auteur ?
Je crois que cette œuvre monumentale justifie pleinement une traduction nouvelle et les éditions Albin Michel ont accompli un desideratum que tant de lecteurs attendaient et appelaient de leurs vœux…
Qu’elles en soient remerciées.
A propos de l’auteur
Né en 1951 à Agadir, père d’une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
https://frblogs.timesofisrael.com/les-nus-et-les-morts-nouvelle-traduction-de-norman-mailer
March 1, 2026 (Today’s Summary)
THE WAR ON IRAN
The Economist (Pay Wall)
Death of a dictator : With the supreme leader dead, power in Iran hangs in the balance
A dramatic blow to the regime—followed by dangerous uncertainty
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Why the U.S. and Israel Struck When They Did: A Chance to Kill Iran’s Leaders
The allies’ intelligence agencies discovered a rare opportunity to target high-level officials, including the country’s supreme leader
The Economist, Obituary (Pay Wall)
A ruthless reign meets a violent end : Ali Khamenei grabbed power and held it, at bloody cost
Iran’s supreme leader died on February 28th, aged 86
https://www.economist.com/obituary/2026/03/01/ali-khamenei-grabbed-power-and-held-it-at-bloody-cost
The Wall Street Journal , Obituary (Pay Wall)
Iranian Supreme Leader Ayatollah Khamenei Dies
Undisputed head of post-revolutionary Iran nurtured the country’s global ambitions but struggled at home with a withering economy
The New York Times
The Man Who Destroyed Iran
By Mr. Sadjadpour, a senior fellow at the Carnegie Endowment for International Peace.
In June 1989, when Ali Khamenei was elevated to the position of supreme leader of Iran, he let slip the sense of insecurity that would come to define his brutal 37-year reign.
“I am an individual with many faults and shortcomings,” he said in his inaugural address, and “truly a minor seminarian.” It was, at the time, an accurate self-assessment for a mid-ranking cleric in the hierarchical world of Shiite Islam.
Over the next four decades, this seemingly unqualified cleric who rose to the top almost by chance would become one of the world’s longest-serving autocrats, confounding every American president since George H.W. Bush. He would at one point become the most powerful man in the Middle East, dominating five failing lands — Syria, Lebanon, Iraq, Yemen and Gaza. This ambition and hubris also eventually led to his downfall. He came to govern with the hypervigilance and brutality of a man driven by the idea that much of his own society and the world’s greatest superpower sought to unseat him — which, in the end, it did. President Trump announced on social media that Ayatollah Khamenei was killed on Saturday. He was 86.
Ayatollah Khamenei’s ideology as a leader was simple and immovable. Resistance against “global arrogance” — what he called American imperialism — informed his belief system and his strategic doctrine. The reformist president Mohammad Khatami once told me that Ayatollah Khamenei believed the Islamic Republic required enmity with America. Under the Ayatollah’s stewardship, the regime’s enduring slogans — “Death to America” and “Death to Israel,” but not “Long Live Iran” — made clear that its priority was defiance, not development.
Ali Khamenei was born in 1939 in the northeastern shrine city of Mashhad, the second of eight children of a cleric of Azeri origin. He often romanticized his austere upbringing, saying he frequently ate “bread and raisins” for dinner. Enrolled in religious education by age 5, he spent his formative years in Mashhad’s seminary before a brief stint in Najaf and later Qom. He never legitimately attained the senior religious credentials of his predecessor, Ayatollah Ruhollah Khomeini. He was made an Ayatollah overnight upon succession — a source of insecurity that would shape the rest of his career.
While studying in Qom in his early 20s, he fell under the spell of Mr. Khomeini, then a fringe firebrand whose defiance of the shah attracted devoted seminarians. When the shah exiled Mr. Khomeini in 1964, Mr. Khamenei stayed behind, disseminating his mentor’s teachings on Islamic government. He was arrested six times by the shah’s secret police, Savak, reportedly enduring solitary confinement and torture. Those who knew him speculated that his hatred of Israel and America was forged in those cells, given the widespread belief at that time that Savak was trained by the C.I.A. and Mossad.
When the 1979 revolution deposed the shah — ending 2,500 years of monarchy in Iran — Ayatollah Khomeini triumphantly returned from exile, and Mr. Khamenei was soon catapulted from obscurity, becoming president of the nascent Islamic Republic.
When Ayatollah Khomeini died in 1989, shortly after agreeing to a cease-fire to end a brutal eight-year war with Iraq, he left hundreds of thousands of casualties, tens of billions in economic devastation and no clear successors. Hashemi Rafsanjani, who was then speaker of parliament, helped secure Mr. Khamenei’s succession, mistakenly believing the then-50-year-old cleric would be his subordinate; the rivalry between them endured for nearly three decades. Ayatollah Khamenei buried Mr. Rafsanjani both politically and literally, when the latter died in January 2017.
Ayatollah Khamenei projected an image of pious frugality, but was reported to have control of vast wealth built on seized property from Iranians. Under his reign, Iran’s population has been isolated from the global financial system for decades. Its currency was among the world’s most devalued, its passport among the most denied, its internet among the most censored. Brain drain became one of Iran’s top exports as some 150,000 Iranians left the country annually.
Beyond Iran’s borders, Ayatollah Khamenei filled the power vacuums left by the Iraq war and the Arab uprisings, wielding the sword of the military commander Qassim Suleimani — whom Mr. Trump assassinated in January 2020 — to project hard power and the shield of his English-speaking foreign ministers to deflect pressure. While Iranians suffered under backbreaking sanctions and inflation at home, Ayatollah Khamenei spent tens of billions of dollars funding an “axis of resistance” throughout the Middle East. For much of his reign, Iran was embroiled in a three-front war against America, Israel and its own population.
Iranian power in the region peaked on Oct. 7, 2023. Ayatollah Khamenei was one of the lone world leaders to praise Hamas’s attack on Israel, a decision that proved to be a profound miscalculation. In the months that followed, Israel struck devastating blows against Iran’s axis of resistance: the assassination of the Hamas leaders Ismail Haniyeh in Tehran and Yahya Sinwar in Gaza, and the elimination of Ayatollah Khamenei’s most important ally, the Hezbollah leader Hassan Nasrallah.
Then, in a 12-day war in June 2025, Israel battered Iranian cities and military installations and assassinated top Revolutionary Guards commanders in their bedrooms and bunkers, paving the way for the United States to drop 14 bunker-busting bombs on Iran’s nuclear sites. After days of silence, Ayatollah Khamenei resurfaced from underground, his voice raspy and his skin pale, to declare victory. It was a spectacle meant to project strength, but instead underscored for the world the regime’s fragility.
Ayatollah Khamenei’s most devastating act of violence was directed inward. In January 2026, as protests over the economy engulfed the country, he ordered what now appears to be the deadliest crackdown in the regime’s history, with estimates ranging from 6,800 citizens killed, according to the U.S.-based Human Rights Activists News Agency, to as many as 30,000 killed in a 48-hour rampage, according to estimates from two senior officials in Iran’s Ministry of Health, as reported by Time. It was the desperate climax of a decades-long reign of repression — the act of a man who, when cornered, understood no language but force.
Ayatollah Khamenei organized his existence around one big idea: resistance. It sustained him through prison, assassination attempts, sanctions and uprisings. His refusal to adapt sealed his country’s fate. The Islamic Republic’s tenure has, so far, amounted to a lost half-century for Iran. While its Persian Gulf neighbors became global hubs of finance, transport and technology, Iran squandered its wealth on failed regional adventures and a nuclear program that brought only isolation — all the while repressing and wasting its greatest source of wealth: its people.
https://www.nytimes.com/2026/02/28/opinion/iran-supreme-leader-dead-khamenei.html
The Times of Israel
Iran is building the anti-Iran coalition it fears
By targeting Arab states, Tehran believes it is raising the cost for Washington. Instead, it is uniting its rivals, tightening US-Israel-Arab coordination — and isolating itself
In the corridors of power in Tehran, a dangerous assumption appears to have taken root: destabilizing the Persian Gulf, targeting oil tankers, and threatening the energy infrastructure of Arab states will serve as an effective lever of pressure against Washington. Raise the temperature in the Gulf, goes the thinking, and the Americans will eventually back down.
This reflects a fundamental misreading of today’s geopolitical reality. What the Islamic Revolutionary Guard Corps perceives as a sophisticated tactical maneuver to raise energy prices and deter the United States is, in practice, accelerating Iran’s isolation and strengthening the very regional alliances it fears. Instead of trapping its adversaries, Tehran may be tripping over its own strategy.
At the tactical level, striking Gulf states is a reckless gamble. The Persian Gulf is one of the world’s most vital energy corridors — roughly a fifth of globally traded oil passes through it. Any disruption there is not a localized incident but a trigger for expanded Western surveillance, intelligence deployment, and interception capabilities. Each act of aggression exposes IRGC operational patterns in real time and enables Western militaries to refine their technological and operational responses with increasing speed and precision. In trying to project strength, Iran is also revealing its playbook.
Strategically, the cost is far greater. Tehran appears to assume that heightened aggression will cause Saudi Arabia, the United Arab Emirates, and Bahrain to reconsider their positions and distance themselves from the West out of fear of escalation. The opposite is happening. Rather than generating deterrence, Iran is deepening the historic rift between itself and the Sunni Arab world. Violations of Gulf state sovereignty push these countries to rely more heavily on the American security umbrella and, in some cases, on emerging regional security frameworks that include Israel. What was meant to intimidate is instead incentivizing alignment.
The notion that the United States will retreat under the pressure of energy coercion is equally flawed. Washington’s commitment to freedom of navigation and stability in the Gulf energy market is a core component of its global standing. Attacks on Gulf states are viewed not as peripheral provocations but as direct assaults on vital American interests. Such actions do not drive the United States out of the region. They compel it to deepen its presence, deploy additional forces, and reinforce defense agreements with regional partners.
From an Israeli perspective, the depth of Iran’s miscalculation becomes even clearer. In the past, Tehran succeeded in driving a wedge between Israel and its Arab neighbors. Today, aggression in the Gulf produces the opposite effect. The Abraham Accords are no longer merely a framework for economic cooperation. They have evolved into a tightening strategic and security infrastructure. As the Iranian threat grows, so too does the shared understanding in Jerusalem and in Gulf capitals that this is a single regional challenge. Intelligence and military cooperation, often under the auspices of US Central Command, are creating a coordinated front that constrains Tehran’s hegemonic ambitions. Through its own actions, Iran has transformed Israel from an external actor into a relevant security partner in Gulf defense.
Ultimately, the IRGC’s strategy rests on short-term coercion that may produce isolated tactical gains but at the cost of legitimacy and the consolidation of a countervailing axis. Instead of dividing its adversaries and extracting concessions, Iran now faces a more unified, more determined, and more interconnected regional and international front. The Gulf, which Tehran sought to turn into an arena of pressure under its influence, is steadily becoming a focal point of international cooperation aimed at containing its expansion.
About the Author
Ella Rosenberg is an Iran and financial terrorism expert at the Jerusalem Center for Security and Foreign Affairs.
https://blogs.timesofisrael.com/iran-is-building-the-anti-iran-coalition-it-fears
The New York Times
Iranians Take to the Streets to Celebrate Khamenei’s Death
Some Iranians said on social media that they were privately mourning the supreme leader. But displays of exuberance broke out in cities across the country.
Large crowds of Iranians poured into the streets of Tehran and other cities across Iran overnight, celebrating the news that Iran’s supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei, had been killed during a day of coordinated U.S. and Israeli attacks.
The ayatollah’s death, after nearly 40 years of authoritarian rule, represented a historic shift for Iran’s theocratic regime. Many Iranians, inside and outside the country, rejoiced, even as the threat of more attacks by U.S. and Israeli forces cast a pall over some celebrations.
Landlines and cellphone service were down across Iran, making it difficult to gauge public sentiment in the nation of more than 90 million people as U.S. and Israeli forces struck targets for a second day. Early reports of the death toll in Iran suggested that more than 100 people had been killed in the first wave of strikes.
But in neighborhoods across Tehran, the capital, pockets of exuberance emerged. In video calls with The New York Times, three residents of Tehran showed the scenes unfolding in their neighborhoods: Large crowds of men and women dancing and cheering, shouting, “Woohoo, hurrah.” Drivers passing by honked their car horns. Fireworks lit up the sky and loud Persian dance music filled the streets. Many residents, from their windows and balconies, joined in a chant of “freedom, freedom.”
Sara, a 53-year-old resident of Tehran, who like others interviewed asked that her last name not be used for fear of retaliation, said in a phone call that when she heard on the news that Mr. Khamenei had been killed, she let out a scream and jumped up and down. Her husband started pacing and they hugged, she said.
“Then we bolted outside and shouted from the top of our lungs and laughed and danced with our neighbors,” Sara said. Just a month ago, she, her husband and daughter were among protesters who took to the streets in an uprising against the government. Security forces beat her and her husband with batons and sprayed tear gas in their eyes, she said.
For Iranian supporters of Mr. Khamenei who considered him a revered religious figure, watching the celebrations was difficult, they said on social media. But they were noticeably absent from the streets.
Mr. Khamenei, who had the final say in all government decisions in Iran, personally ordered security forces to use lethal force against protesters in January, leading to a massacre that rights groups say killed at least 7,000 people, with numbers expected to rise.
“Khamenei went to hell,” one man shouted from his rooftop on Saturday, according to a video posted on BBC Persian.
For families whose loved ones were killed or jailed during Mr. Khamenei’s reign, the news felt cathartic, many said. Dr. Mohsen Assadi Lari, a physician and former senior official in the Iranian Ministry of Health, lost his son and daughter, both in their early 20s, when Iran’s Islamic Revolutionary Guards Corps shot down a Ukrainian Airlines passenger plane in 2020. On Saturday, he posted photographs of his children on his social media page with a message about freedom, “We will endure the winter, spring is near.”
In Abdanan, a Kurdish city in western Iran where the crackdown on protests was intense, young men and women cruised the streets after the announcement of the supreme leader’s death. They hung out of their car windows, showing victory signs and cheering.
“Tonight, Feb. 28, congratulations for our freedom,” said a voice narrating a video of the celebrations, which
People in Shiraz, a major Iranian city, were abandoning their cars for an impromptu dance party, whistling, cheering, clapping and screaming with joy. In many videos, celebrants joined together in a cheer that is typically reserved for weddings, symbolizing pure joy.
A video from Isfahan, another major city, in the south of Iran, shows at least a hundred people celebrating, many with their arms raised and waving white cloths. Cars can be heard honking their horns amid loud, jubilant cheering.
Iranians living abroad joined their families back home through video calls. Many sobbed from relief and happiness. Homayoun, an Iranian living in Paris, popped a bottle of champagne. Shadi, in Los Angeles, did shots with friends. Shirin, in Maryland, danced wildly at home to loud music.
“I am so happy,” Shirin said. “I don’t know what to do with myself. Is this real? Thank God I am alive to see this day.”
It remained unclear what would come next after Mr. Khamenei’s nearly four decades in power, whether a new system of government would take over or power would be transferred to successors as he had instructed before his death.
https://www.nytimes.com/2026/02/28/world/middleeast/iran-khameni-celebrations.html
Le Figaro
«Ils ont attaqué ! Ils ont attaqué !» : entre peur et soulagement, un grand nombre d’Iraniens célèbrent les frappes
RÉCIT – Les opérations américano-israéliennes contre la République islamique ont déclenché des scènes de liesse inédites dans un pays dévasté par les massacres de début janvier.
«Voyyyyy ! Ils ont touché la résidence (du guide suprême) ! ». La femme qui a filmé cette vidéo prise d’un toit de Téhéran (relayée sur Instagram) jubile à la vue du panache de fumée s’élevant de la rue Pasteur, où se situe le quartier général d’Ali Khamenei. Il est aux environs de 9h30, heure locale, lorsque les premiers missiles s’abattent ce samedi 28 février sur le centre névralgique du pouvoir, à Téhéran. Après des jours de menaces et tergiversations, l’opération « Fureur épique », vient officiellement de commencer. Aussitôt, la télévision d’État iranienne dénonce « l’agression aérienne du régime sioniste » tandis que l’agence de presse Fars confirme que « sept impacts de missiles ont été signalés dans les quartiers Keshvardoust et Pasteur » (qui hébergent le centre du pouvoir iranien), en se gardant de tout commentaire sur le devenir numéro un du régime (annoncé mort par le président américain Donald Trump dans la soirée sur son réseau Truth Social).
Dans la foulée, l’Internet et la téléphonie mobile se mettent à balbutier. Mais les premières images qui parviennent à filtrer confirment l’ampleur de l’opération américano-israélienne. Ici, la maison de l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad, dans le quartier Narmak, visée par une puissante frappe (deux de ses gardes du corps auraient été tués, selon le journal Hammihan). Là, une base aérienne de Kornak, dans la province du Sistan, attaquée du ciel. Là encore, une série d’explosions brisant le silence matinal de Kermanshah, ville de l’ouest de l’Iran.
L’offensive n’épargne aucun recoin du pays – Karaj, Tabriz, Qom, Chiraz, Ispahan, Kish – et cible les symboles du régime comme les infrastructures militaires. Plusieurs hauts commandants des Gardiens de la révolution et des responsables politiques ont été tués, selon une source proche du pouvoir citée par l’agence britannique Reuters. Tsahal a annoncé, dans la soirée, par un communiqué, avoir tué Ali Shamkhani. Ce proche conseiller de l’ayatollah Ali Khamenei, dans le collimateur de Washington et Tel Aviv, avait survécu de justesse aux frappes israéliennes de juin dernier. Des opérations conjointes de « hacking » contre des sites symboliques ont également été signalées.
«Des heures terrifiantes pour les forces de sécurité du régime des ayatollahs : les Gardiens de la révolution et le bassidj (la milice islamique) ont subi un coup paralysant », pouvait-on lire ce samedi matin à la une de l’agence de presse officielle Fars, après sa mise hors service. Après avoir été elle aussi piratée, une application dédiée aux heures de prière s’est retrouvée inondée de messages annonçant « l’arrivée de l’aide » (en référence aux promesses de Donald Trump), et encourageant les forces armées à faire défection et à « protéger » leurs « compatriotes ».
Scènes de liesse
Contactées à Téhéran par Le Figaro, plusieurs témoins racontent « la puissance des détonations » entendues dans la journée et la panique des premières heures : files d’attente devant les boulangeries, parents inquiets se précipitant dans les établissements scolaires pour récupérer leurs enfants… Un résident du centre-ville décrit, lui, des rues étonnamment vides dans son quartier et des gens cloîtrés chez eux en ce premier jour de la semaine (le week-end étant jeudi et vendredi en Iran). Une Iranienne habitant dans l’est de la capitale confie « avoir préalablement fait des réserves de lait, riz, huile et produits de première nécessité».
Pour eux, rien ne peut être pire que le cauchemar qu’ils vivent depuis quarante-sept ans, et qui a atteint son paroxysme en janvier
Une journaliste iranienne
«Ces derniers jours, la question n’était plus de savoir si, mais quand le régime iranien serait attaqué », confie-t-elle, via une messagerie cryptée. En milieu de journée, des bouchons ont également été signalés à la sortie de la capitale, tandis que le gouvernement iranien a appelé les habitants à quitter Téhéran. « Compte tenu des opérations conjointes menées par les États-Unis et le régime sioniste (NDLR : Israël) contre Téhéran et certaines grandes villes, prenez, si possible et tout en gardant votre calme, la direction d’autres villes », peut-on lire sur un texto envoyé sur les téléphones portables iraniens.
Contrairement à la guerre des douze jours de juin dernier, la peur a cédé la place à des scènes de liesse spontanée. « Ils ont attaqué ! Ils ont attaqué ! », chantonnent les élèves d’un lycée de Téhéran, les yeux rivés vers un champignon de fumée à quelques encablures de leur cour de récréation, sur une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Sur d’autres images, deux femmes improvisent des pas de danse sans foulard au milieu de la chaussée, encouragée par un concert de klaxons. « L’euphorie des Iraniens est à l’image du niveau de détestation du pouvoir. Pour eux, rien ne peut être pire que le cauchemar qu’ils vivent depuis quarante-sept ans, et qui a atteint son paroxysme en janvier : massacres, arrestations, pendaisons. La suite, bien qu’incertaine, leur importe peu : dans le contexte actuel, ils en sont arrivés à la conclusion que seule une intervention étrangère peut les aider à se libérer du régime», observe une journaliste iranienne qui préfère taire son nom.
Un coût humain élevé
Le fils du dernier chah en exil, dont le nom est de plus en plus scandé en Iran, appuie cet engouement. « Nous sommes très proches de la victoire finale. Je veux être à vos côtés dès que possible afin qu’ensemble, nous puissions reprendre et reconstruire l’Iran », déclare-t-il en persan dans un enregistrement vidéo, diffusé peu après le début de l’offensive. « En ces heures et ces jours délicats, nous devons plus que jamais rester concentrés sur notre objectif ultime : reconquérir l’Iran. Je vous demande de rester chez vous pour l’instant et de préserver votre sécurité. Restez vigilants et prêts afin que, au moment opportun – que je vous annoncerai précisément – vous puissiez retourner dans les rues pour l’action finale», précise-t-il.
Ces opérations, bien qu’acclamées, sont particulièrement risquées et le coût humain de la guerre pourrait s’annoncer élevé. Touchée par un missile, une école primaire de filles de la ville de Minab (province de Hormuzgan, sud de l’Iran) compte ses morts en ce premier soir d’intervention militaire : selon diverses organisations, plus d’une cinquantaine de personnes (dont de nombreux élèves) ont péri et au moins soixante autres ont été blessées dans cette frappe attribuée par l’Iran à Israël. Ce samedi soir, à la nuit tombée, une autre mort guettait également les Iraniens : celle promise par le régime à ceux qui ne le soutiennent pas. Sur une vidéo qui circule sur le Net, des miliciens bassidjis en pick-up et motos paradaient dans un quartier de Téhéran aux cris de « Heydar, Heydar », comme une promesse de répression à tous ceux qui seraient tentés par de nouvelles manifestations.
February 28, 2026 (Today’s Summary)
THE WAR AGAINST IRAN
The Economist (Pay Wall)
Trigger pulled : America and Israel bomb Iran, aiming to topple its regime
Donald Trump calls on Iranians to rise up. War could quickly engulf the Middle East
The New York Times, Editorial
Why Have You Started This War, Mr. President?
In his 2024 presidential campaign, Donald Trump promised voters that he would end wars, not start them. Over the past year, he has instead ordered military strikes in seven nations. His appetite for military intervention grows with the eating.
Now he has ordered a new attack against the Islamic Republic of Iran, in cooperation with Israel, and U.S. officials say they expect this attack to be much more extensive than the targeted bombing of nuclear facilities in June. Yet he has offered no credible explanation for why he is risking the lives of our service members and inviting a major reprisal from Iran. Nor has he involved Congress, which the Constitution grants the sole power to declare war. He has issued a series of shifting partial justifications, including his sporadic support for the heroic Iranian people protesting their tyrannical government and his demand that Iran forswear its pursuit of a nuclear weapon.
That Mr. Trump declared the Iranian nuclear program “obliterated” by the strike in June — a claim belied by both U.S. intelligence and this new attack — underscores how little regard Mr. Trump has for his duty to tell the truth when committing American armed forces to battle. It also shows how little faith American citizens should place in his assurances about the goals and results of his growing list of military adventures.
Mr. Trump’s approach to Iran is reckless. His goals are ill-defined. He has failed to line up the international and domestic support that would be necessary to maximize the chances of a successful outcome. He has disregarded both domestic and international law for warfare.
The Iranian regime, to be clear, deserves no sympathy. It has wrought misery since its revolution 47 years ago: on its own people, on its neighbors and around the world. It massacred thousands of protesters this year. It imprisons and executes political dissidents. It oppresses women, L.G.B.T.Q. people and religious minorities. Its leaders have impoverished their own citizens while corruptly enriching themselves. They have proclaimed “Death to America” since coming to power and killed hundreds of U.S. service members in the region, as well as bankrolled terrorism that has killed civilians in the Middle East and as far away as Argentina.
Iran’s government presents a distinct threat because it combines this murderous ideology with nuclear ambitions. Iran has repeatedly defied international inspectors over the years. Since the June attack, the government has shown signs of restarting its pursuit of nuclear weapons technology. American presidents of both parties have rightly made a commitment to preventing Tehran from getting a bomb.
We recognize that fulfilling this commitment could justify military action at some point. For one thing, the consequences of allowing Iran to follow the path of North Korea — and acquire nuclear weapons after years of exploiting international patience — are too great. For another, the costs of confronting Iran over its nuclear program look less imposing than they once did.
Iran, as David Sanger of The Times recently explained, “is going through a period of remarkable military, economic and political weakness.” Since the Oct. 7, 2023, attacks, Israel has reduced the threats from Hamas and Hezbollah (two of Iran’s terrorist proxies), attacked Iran directly and, with help from allies, mostly repelled its response. The new recognition of Iran’s limitations helped give rebels in Syria the confidence to march on Damascus and oust the horrific Assad regime, a longtime Iranian ally. Iran’s government did almost nothing to intervene. This recent history demonstrates that military action, for all its awful costs, can have positive consequences.
A responsible American president could make a plausible argument for further action against Iran. The core of this argument would need to be a clear explanation of the goals — whether they were limited to denying Iran a nuclear weapon or extended to more ambitious aims, like ending its support for terrorist groups — as well as the justification for attacking now. This strategy would involve a promise to seek approval from Congress and to collaborate with international allies.
A responsible approach would also acknowledge the risks that the next conflict with Iran might go less well than the last American attack. Iran remains a heavily militarized country. Its medium-range missiles may have failed to do much damage to Israel last year, but Iran maintains many short-range missiles that could overwhelm any defense system and hit Saudi Arabia, Qatar and other nearby countries. An attack on Iran risks the lives of American troops, diplomats and other people living in the region.
Mr. Trump is not even attempting this approach. He is telling the American people and the world that he expects their blind trust. He has not earned that trust.
He instead treats allies with disdain. He lies constantly, including about the results of the June attack on Iran. He has failed to live up to his own promises for solving other crises in Ukraine, Gaza and Venezuela. He has fired senior military leaders for failing to show fealty to his political whims. When his appointees make outrageous mistakes — such as Defense Secretary Pete Hegseth sharing advanced details of a military attack on the Houthis, an Iranian-backed group, on an unsecured group chat — Mr. Trump shields them from accountability. His administration appears to have violated international law by, among other things, disguising a military plane as a civilian plane and shooting two defenseless sailors who survived an initial attack.
Recognizing Mr. Trump’s irresponsibility, some members of Congress have taken steps to constrain him on Iran. In the House, Representatives Ro Khanna, Democrat of California, and Thomas Massie, Republican of Kentucky, have proposed a resolution meant to prevent Mr. Trump from starting a war without congressional approval. The resolution makes clear that Congress has not authorized an attack on Iran and demands the withdrawal of American troops within 60 days. Senator Tim Kaine, Democrat of Virginia, and Senator Rand Paul, Republican of Kentucky, are sponsoring a similar measure in their chamber. The start of hostilities should not dissuade legislators from passing these bills. A robust assertion of authority by Congress is the best way to constrain the president.
Mr. Trump’s failure to articulate either goals or a strategy for a potential military intervention has created shocking levels of uncertainty about this attack. Americans do not know whether the president has ordered an attack in their name mostly to set back Iran’s nuclear program — or to go so far as toppling the government of Supreme Leader Ali Khamenei.
If it is the less ambitious of the two goals, it raises an obvious question. Iran will surely rebuild its nuclear program in the years ahead. So is the United States committing itself to a yearslong cycle of military attacks? If it is the more ambitious goal, Mr. Trump has offered no sense of why the world should expect this effort at regime change to end better than the 21st-century attempts in Iraq and Afghanistan. Those wars toppled governments but understandably soured the American public on open-ended military operations of uncertain national interest, and they embittered the troops who loyally served in them.
Now that the military operation has begun, we wish above all for the safety of the American troops charged with conducting it and for the well-being of the many innocent Iranians who have long suffered under their brutal government. We lament that Mr. Trump is not treating war as the grave matter that it is.
https://www.nytimes.com/2026/02/28/opinion/iran-attack-trump-war.html
The Jerusalem Post
As US and Israel again battle Iran’s regime, the goal is regime change and the stakes could not be higher
When the assault is over, Trump promises, Iranians will be able to take over their governance; the ayatollahs have other plans; much of the world order hangs on the outcome
Last June’s 12-day war against Iran, led by Israel, caused immense damage to Iran’s nuclear and ballistic missile programs and its military command structure. Innumerable key commanders and nuclear officials were killed. Ballistic missile production facilities, launchers and stores were blown up.
The United States delivered the final major blow when it bombed three major Iranian nuclear facilities. Declining to target Iran’s Supreme leader Ali Khamenei or to openly seek the regime’s ouster, US President Donald Trump then imposed a ceasefire. He repeatedly declared that Iran’s nuclear program had essentially been “obliterated” and discounted the likelihood that the Islamic Republic would attempt to restart it.
In fact, while that war briefly destabilized the regime, and gave fresh hope to its domestic opponents, the leadership recovered and reorganized. The Islamic Republic began rehabilitating its missile production capabilities. According to the Israeli military, it moved to “fortify, shield, and conceal its nuclear program”; according to Trump, it attempted to rebuild the program.
Crucially, as the IDF said in a statement on Saturday, the regime “did not abandon its plan to destroy Israel.”
The attack launched by the US and Israel on Saturday appears to be an assault of a different and larger order, including the targeting of Iran’s prime leadership, and has a far larger goal this time, namely the fall of the regime.
More than six weeks after he vowed that “help is on its way” for Iranians who were being gunned down in their thousands for again protesting the regime, Trump promised Iranians, as the attack began, that “the hour of your freedom is at hand.”
Well aware of domestic opposition, including from within his own base, he framed the attack as essential to protecting America — declaring that the regime’s “menacing activities directly endanger the United States, our troops, our bases overseas, and our allies throughout the world.”
And he indicated the firm intention to deprive the ayatollahs of all their essential assets.
He cited the regime’s sponsorship of terror, including the Hamas-led October 7 massacre in southern Israel, and promised, “We are going to ensure that the region’s terrorist proxies can no longer destabilize the region or the world.”
He promised to destroy Iran’s missiles and “raze” its missile industry. He swore to “annihilate their navy.” And he vowed to “ensure that Iran does not obtain a nuclear weapon. It’s a very simple message. They will never have a nuclear weapon.”
In his own first remarks, issued, doubtless by agreement, a short while after Trump had released his video statement, Israel’s Prime Minister Benjamin Netanyahu similarly underlined that this is an operation designed “to remove the existential threat” posed by the Islamic Republic, and “create the conditions” for Iranians to change their destiny.
Trump had made clear in recent days that he was “not happy” with the progress of last-ditch negotiations with Iran — initially aimed to ensure it had no route to the bomb, and ultimately to also tackle its missile program and proxies — and that “sometimes” you have to use force. The weeks of gradual amassing of forces could have left little doubt for the regime that the US was preparing for war.
There may have been elements within the regime leadership that advised a more conciliatory approach to the negotiations, rather than the repeated insistence on an ostensible right to enrich uranium and on limiting the initial talks solely to the nuclear program. If so, the obdurate line evidently prevailed.
It may well be that the regime doubted that Trump would follow through on his threats of military action, amid the domestic pressures and his own oft-stated desire to stop wars, not start them. It may have concluded that it would be better to absorb an American-Israeli strike than to humiliate and weaken itself by accepting the demands being put to it. It may be believed that it can survive this conflict, too, and emerge more or less intact, with the US and Israel revealed as strategically ineffectual.
As of this writing, it has opted to widen the fighting, striking at US bases in US-allied states in the region and, naturally, targeting Israel. Soon, we will see whether its various proxies will join the fighting.
The question is whether this time will be different — whether, as Trump put it, a regime that “has chanted ‘Death to America’ and waged an unending campaign of bloodshed and mass murder targeting the United States, our troops and the innocent people in many, many countries,” is now about to fall.
One difference since last June, of course, is that the regime “just recently killed tens of thousands of its own citizens on the street as they protested,” as Trump noted on Saturday. Where former presidents Obama and Biden failed to come to the aid of the Iranian people, this US president is giving every indication that he will do what he can to enable them to take control of their country.
“Stay sheltered. Don’t leave your home. It’s very dangerous outside. Bombs will be dropping everywhere,” he told Iranians. But “when we are finished, take over your government. It will be yours to take. This will be probably your only chance for generations.”
“No president was willing to do what I am willing to do tonight,” he went on. “Now you have a president who is giving you what you want… Now is the time to seize control of your destiny.”
For the Iranian public oppressed at home, for the Israeli nation targeted by Iran’s proxies and by direct attack, and, yes, for a world that the ayatollahs have terrorized for almost half a century, the stakes could not be higher.
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Ayatollah Is Choosing War
Iran’s regime refuses to compromise on missiles or its nuclear program.
@EmmanuelMacron sur X
Emmanuel Macron alerte sur de «graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale»
« Le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran emporte de graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale. Dans ce moment décisif, toutes les mesures sont prises pour la sécurité du territoire national et celle de nos compatriotes ainsi que de nos emprises au Moyen-Orient. La France se tient également prête à déployer les moyens nécessaires à la protection de ses partenaires les plus proches selon leur sollicitation. L’escalade en cours est dangereuse pour tous. Elle doit cesser. Le régime iranien doit comprendre qu’il n’a désormais plus d’autre option que d’engager une négociation de bonne foi pour mettre un terme à son programme nucléaire et balistique comme à ses actions de déstabilisation régionale. C’est absolument nécessaire à la sécurité de tous au Moyen-Orient. Le peuple iranien doit aussi pouvoir construire son avenir librement. Les massacres perpétrés par le régime islamique le disqualifient et nécessitent que la parole soit rendue au peuple. Le plus tôt sera le mieux. Fidèle à ses principes et consciente de ses responsabilités internationales, la France demande une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies. Je suis en contact étroit avec nos partenaires européens et nos amis au Moyen-Orient. »
Neue Zürcher Zeitung
Trump greift Iran an: Das sind die Risiken
Der amerikanische Militärschlag gegen das Mullah-Regime ist moralisch gerechtfertigt. Dennoch warnen Beobachter davor, dass Trump in eine Falle läuft.
Wie sehr der 7. Oktober 2023, der Überfall der Hamas auf Israel, den Nahen Osten verändert hat, zeichnet sich nur mit Verzögerung in seiner vollen Tragweite ab. Das grösste Opfer der grundstürzenden Veränderungen: das iranische Imperium.
Seine Hilfstruppen in Libanon und dem Gazastreifen wurden dezimiert, die wichtigsten Schützlinge – unter ihnen die Anführer von Hamas und Hizbullah – eliminiert. Die Atomanlagen liegen unter dem Schutt der amerikanischen Bomben begraben. Knapp zwei Dutzend führende Militärs und Wissenschafter kamen bei gezielten Tötungen der Israeli ums Leben.
Vor allem brach Amerika das Tabu, das seine Beziehungen zu Iran seit der Revolution 1979 geprägt hatte. Letztes Jahr griffen die USA erstmals Teheran direkt an. Ein Stich mitten ins Herz der Macht – ins iranische Atomprogramm.
Seither ist alles möglich, und Trump verschiebt die Grenzen des Denkbaren mit dem Militärschlag am Samstag ein weiteres Mal. Er zog vom Mittelmeer bis zum Indischen Ozean die grösste Armada zusammen, welche die Region seit dem Irak-Krieg gesehen hat. Die Drohkulisse sollte zunächst seinen Forderungen bei den Atomgesprächen in Genf Nachdruck verleihen.
Das Regime in Teheran destabilisiert den Nahen Osten und terrorisiert das eigene Volk
Washington verhandelt jedoch nicht nur. Es schlägt auch zu, wenn die Diplomatie keine Folgen zeitigt. Ungenannte Quellen aus dem Weissen Haus erläutern, worin der gemeinsame Schlag mit Israel in letzter Konsequenz bestehen könnte: ein erster begrenzter Luftangriff gegen ausgewählte Ziele, darauffolgend eine umfangreiche Operation mit dem Ziel, den obersten Führer des Landes, Ayatollah Khamenei, zu stürzen.
Die Fähigkeit der amerikanischen Streitkräfte und Nachrichtendienste, selbst grossangelegte Einsätze fern der Heimat auszuführen, steht ausser Frage. Wie sie in Caracas jeden Widerstand ausschalteten und Präsident Maduro entführten, hat sich bereits in die Geschichte gelungener Kommandoaktionen eingeschrieben.
Allerdings ist Venezuela nicht Iran. Was im Westen vereinfachend das «Mullah-Regime» genannt wird, ist ein breit abgestützter Sicherheitsapparat mit den Revolutionswächtern als hartem Kern. Indem er die Unruhen im ganzen Land brutal niederschlug, demonstrierte er eben erst seinen eisernen Willen, sich an der Macht zu halten.
Die islamistische Ideologie ist für viele Iraner nur ein Lippenbekenntnis. Wirtschaftskrise, Sanktionen und Repression mögen die Bevölkerung vollends desillusioniert haben. Das Regime scheint jedoch nicht morsch genug zu sein, um alsbald zu fallen. Ob sich Teheran mit einer Stärkedemonstration zu mehr als nur kosmetischen Konzessionen beim Atomprogramm bewegen lässt? Es ist den Versuch wert, der Ausgang bleibt offen.
Das Sündenregister der Islamisten ist lang. Sie destabilisieren die Region mit Militärberatern und Milizen. Sie verüben Anschläge in Beirut, Berlin oder Buenos Aires.
Die Todfeindschaft gegen den «grossen und den kleinen Satan», gegen die USA und Israel, ist keine Folklore, sondern Raison d’être von Grund auf aggressiver Revolutionäre. Und sie terrorisieren das Volk. Kaum an der Macht, begannen sie, Hinrichtungen durch den Strang öffentlich zu vollziehen. Ein Krieg, daran besteht kein Zweifel, ist legitim. Aber deswegen ist er noch nicht aussichtsreich.
Das Ziel der Luftangriffe im letzten Jahr war präzis: Durch die Zerstörung der Atomanlagen sollte das Rüstungsprogramm um Jahrzehnte zurückgeworfen werden. Und nicht einmal dieses Ziel wurde allem Anschein nach erreicht. Sonst bestünde keine Notwendigkeit, Iran am Verhandlungstisch in Genf zu einem Einlenken zu bewegen.
Diesmal ist die Ausgangslage ungewisser. Hofft Trump, die Mullahs würden sich eines Besseren besinnen und nachgeben? Oder will er in letzter Konsequenz einen Regime-Change erreichen, wie er ihn andeutete, als er den Demonstranten in Iran Unterstützung versprach?
Konfuse Ziele und übertriebene Erwartungen sind das sicherste Rezept für einen militärischen Fehlschlag.
Selbst ein dem Präsidenten wohlgesinnter Think-Tank wie das Hudson Institute spricht bereits von «Trump’s Trap». Laut ihm hat er sich in eine Situation hineinmanövriert, in der er seine Armada einsetzen musste, um nicht sein Gesicht zu verlieren – selbst ohne durchdachten Schlachtplan.
Iran ist in der Lage, alle US-Stützpunkte im Nahen Osten anzugreifen
In diese Rechnung sind die militärischen Möglichkeiten der Mullahs noch nicht eingepreist. Ihre Flugabwehr versagte im letzten Juni zwar kläglich, aber noch verfügen sie über unzählige Raketen. Sie können die Strasse von Hormuz – eine Schlagader der globalen Energieversorgung – vielleicht nicht durchtrennen, aber sie können sie empfindlich stören. Und ihre Hilfstruppen in Jemen, die Huthi, würden die Schifffahrt im Roten Meer zum Erliegen bringen. Völlig schutzlos ist Iran gegenüber der amerikanischen Übermacht also nicht. Am plausibelsten sind limitierte Angriffe auf Raketenstellungen und militärische Anlagen. Allerdings ist auch ihr Nutzen begrenzt.
Ein Regime-Change allein mit Bombenangriffen ist unwahrscheinlich
Das militärische Stärkeverhältnis ist das eine, das politische Kalkül das andere. Dieses könnte in Washington und Teheran kaum unterschiedlicher sein.
Das Weisse Haus kann erst dann von einem Erfolg sprechen, wenn Iran sein Atomprogramm nachweislich beendet. Die Theokratie hat bereits einen ersten Sieg errungen, wenn sie amerikanischen Luftangriffen widersteht. Zu überleben, an der Macht zu bleiben, ist Erfolg genug.
Dafür wären die Geistlichen und ihre Schergen vermutlich zu grossen Opfern bereit: zerstörte Infrastruktur, Verluste in der Führungselite und erst recht unzählige getötete Zivilisten.
Dieses Denken lässt sich in Reinkultur bei einer Geistesverwandten beobachten: der Hamas. Obwohl der Gazastreifen in Trümmern liegt, Zehntausende ihrer Kämpfer gefallen sind und ebenso viele Zivilisten ihr Leben verloren haben, betrachtet sie den Krieg gegen Israel als strategischen Gewinn.
Die Hamas ist geschwächt, aber sie hält durch – und schon das allein bedeutet eine Niederlage Israels. Das Leid der Bevölkerung ist den Muslimbrüdern egal, weil in ihrer perversen Logik die internationale Gemeinschaft und Israel für deren Schutz verantwortlich sind.
Westliche Regierungen und nahöstliche Islamisten leben in völlig unterschiedlichen Vorstellungswelten. Die einen sind letztlich immer pragmatische Techniker der Macht.
Selbst Trump wägt Aufwand und Ertrag ab. Der Präsident benötigt zumal in einem Wahljahr die Unterstützung der Amerikaner und seiner Maga-Bewegung im Besonderen. Ihr Appetit auf endlose Kriege im Wüstensand wurde im Irak gestillt.
Kurze, siegreiche Operationen wie in Venezuela finden Zustimmung, militärische Abenteuer mit ungewissem Ende nicht.
Die theokratische Elite denkt in anderen, längeren Zeiträumen. Viele Offiziere der Revolutionswächter mögen säkular sein, aber auch sie dürften von der religiösen Eschatologie der Geistlichen infiziert sein. Entscheidend ist der Endsieg, nicht die Opfer auf dem Weg dorthin. Nicht anders lässt es sich erklären, dass Iran die Härten des vermutlich ausgefeiltesten Sanktionsregimes der Welt seit vielen Jahren stoisch erträgt.
Ohnehin ist ein Regime-Change allein mit Bomben unwahrscheinlich. Das hat schon in Nazideutschland nicht funktioniert. Selbst die Hoffnung, den Feind mit Luftangriffen eindämmen zu können, ist trügerisch. Im Glauben, die Hamas auf diese Weise abschrecken zu können, hat Israel Gaza immer wieder aus der Luft attackiert.
Das Ergebnis war der 7. Oktober, das mörderischste Pogrom seit der Shoah. Eine Invasion mit Bodentruppen wird in solchen Fällen irgendwann unausweichlich. Aber auch diese erbringen meist gemischte Resultate – wie im Gazastreifen und im Irak.
Kriege sind Wetten auf die Zukunft. Ausgang und Verlauf lassen sich nicht vorhersagen, wie Putin in der Ukraine tagtäglich erfahren muss. Zu den Unbekannten zählt die Reaktion des Volkes. Solidarisiert es sich mit den Machthabern, werden diese gestärkt. Nach den unbarmherzig niedergeschlagenen Protesten wäre eine Unterstützung für den iranischen Sicherheitsapparat überraschend.
Ein Aufstand der Massen würde die Mullahs unter doppelten Druck von innen und aussen versetzen. Aber wahrscheinlicher wäre, dass sich das Volk wegzuducken und irgendwie zu überleben versucht. Auch im Gazastreifen erhoben sich die Palästinenser nicht gegen ihre Peiniger, die sie als lebende Zielscheiben in den Tod schickten.
Alles, was über begrenzte Luftangriffe hinausgeht, bleibt ein Abenteuer. Selbst die gerne «chirurgisch» genannten Operationen müssen ein plausibles Ziel verfolgen, damit sie nicht wirkungslos verpuffen. Und nichts bringt einen Feldherrn so sicher zu Fall wie die eigene Hybris.
https://www.nzz.ch/meinung/trump-droht-mit-krieg-gegen-iran-das-sind-die-risiken-ld.1926495
The Jerusalem Post
Israelis willing to suffer Iran’s worst to free Iranian people – comment
The Islamic Regime has spent decades funneling its people’s resources into terror organisations. A region without them would finally have the possibility of security, economic growth, and a future.
Last week, around 100 km from the India-Pakistan border, an Indian Army colonel asked me if the Israeli public really was willing to put themselves in the firing line against Iran if the US or Israel attacked.
I answered with an emphatic “yes,” without hesitation.
The reasons are two-fold.
Firstly, the Islamic Republic of Iran has spent decades funneling its people’s resources into terror organisations whose sole aim has been the killing of Israelis. Billions of dollars, advanced weapons, training, intelligence, and ideological direction flowed from Tehran to Hamas, Hezbollah, Palestinian Islamic Jihad, and terror groups across the Middle East.
The consequences are well known to Israelis. The massacres of civilians, relentless rocket fire, suicide bombings, and wars forced upon the country time and again. Removing the Islamic Republic would not magically resolve every conflict in the Middle East, but it would dismantle the central engine driving its instability.
A Middle East without the Islamic Regime
A region no longer held hostage by Tehran’s ideology of destruction would finally have the possibility of security, economic growth, and a future not defined by perpetual war.
Secondly, because Israelis have watched from afar as the same regime has slaughtered its own people. Protesters in the thousands were shot in the streets. Teenagers are murdered in detention for no real crime. Women are beaten, imprisoned, and killed for defying state control over their own bodies.
Tens of thousands of Iranians have been murdered by a regime since protests began in December that treats its citizens as expendable. To look away now would be to accept that such crimes can continue without consequence.
Iranians and Jews are not enemies. They never were. Long before the Islamic Republic hijacked Iran’s identity, ties between the two peoples were built on mutual respect and a shared history. In recent years, as Iranians poured into the streets demanding an end to clerical rule, they were told they would not be abandoned again.
That the free world would not watch passively as the regime crushed another generation. Those words mattered to Iranians; they believed them. Especially to people risking their lives with nothing but courage.
Israelis understand what it means to live under existential threat. They understand the cost of inaction. And they understand that sometimes history offers a narrow window, and this one that may not come again.
As Saturday morning broke, the United States and Israel launched Operation Roaring Lion to strike the regime and bring freedom to the Iranian people. Help has indeed arrived for them. Now it is up to the Iranian nation to finish the job.
In Israel, we have spent most of Saturday morning watching from the bomb shelters. But for our Iranian brothers and sisters, it is a price we are willing to pay.
https://www.jpost.com/opinion/article-888275
ORGANISED CRIME
L’Express
Roberto Saviano, son avertissement à la France : “Quand l’Etat devient impuissant, le crime organisé se substitue à lui”
Grand entretien exclusif. Invité d’une conférence organisée par le Laboratoire de la République et Italia France Future, le grand spécialiste du narcotrafic explique pourquoi les Européens finiront, comme Donald Trump, par négocier avec les narcotrafiquants.
Sera-t-il possible un jour d’en finir avec la criminalité organisée? Le juge Falcone en était convaincu – “comme tous les phénomènes humains, la mafia a un commencement, une évolution, et elle aura une fin”; son biographe, beaucoup moins. Une divergence de vue qui s’explique peut-être par le désormais recul, que le journaliste et écrivain Roberto Saviano, qu’on ne présente plus, a sur son aîné de quarante ans, assassiné à l’aube des années 90. Car en matière de lutte contre le narcobanditisme, tout n’a pas été tenté, mais beaucoup l’a été tout de même. Première infectée par la gangrène, l’Italie a été pionnière dans le développement d’un arsenal juridique et répressif dont la France aujourd’hui, s’inspire timidement.
Mais comme pour le reste, comprendre la criminalité organisée, pour lutter contre, commande de remonter le fil de ses origines. Et qu’il s’agisse de la mafia italienne, des cartels latino-américains, ou des réseaux de trafiquants qui prospèrent aujourd’hui sur le Vieux Continent, tous ont comme premier point commun d’avoir germé partout où l’Etat semblait reculer. “Lorsque les structures de l’Etat s’affaiblissent, les groupes criminels ne se contentent pas de faire du trafic, elles se présentent à la population comme un acteur social”, explique l’auteur de Extra pure, Voyage dans l’économie de la cocaïne (Gallimard), invité jeudi 26 février à l’Université Panthéon-Assas par Le Laboratoire de la République, pour une conférence intitulée La démocratie face aux crimes organisés . Les narcotrafiquants préfèrent d’ailleurs les démocraties aux régimes autoritaires qui laissent peu de marge de manoeuvre”. Comment dès lors s’en débarrasser sans basculer dans l’illibéralisme? Entretien.
L’Express : Une récenteenquête de L’Express révèle les risques d’ingérence du narcotrafic dans les élections municipales, un phénomène qui touche depuis plus d’un siècle l’Italie, qui a mis en place un arsenal pour lutter contre ce phénomène – lois antimafia, confiscations, dissolution des conseils municipaux infiltrés. Ces mesures ont-elles réduit l’intrication entre politique et mafias??
Roberto Saviano : Oui, ces instruments – en particulier la confiscation des biens et la dissolution des municipalités infiltrées – ont produit des résultats concrets. Mais le danger serait de croire que ces outils suffisent à eux seuls. Ce n’est pas le cas. Ils sont indispensables, mais ils ne constituent que le point de départ d’un processus beaucoup plus long et complexe. En France, vous ne disposez pas encore pleinement de dispositifs comparables à ceux que nous avons mis en place en Italie. Mais sur ce terrain, vous avez environ quarante ans de décalage avec l’Italie, il est donc compréhensible que les mécanismes d’infiltration mafieuse soient encore mal identifiés ou sous-estimés dans le débat public français.
La loi votée en juin dernier, qui a crée entre autres, un parquet dédié à la lutte contre le narcotrafic, ne va donc pas assez loin?
Il faut reconnaître que c’est un début. Comparée à ce qui existe dans d’autres pays européens, c’est même un premier pas plutôt positif. Mais cela ne doit être qu’un début, qu’une première étape d’un long chemin. À terme, vous serez contraints de durcir le cadre légal et de mettre en place des outils supplémentaires pour mieux encadrer et contrôler le phénomène. Le principal obstacle sera d’ordre constitutionnel. Certains instruments nécessaires à une lutte plus efficace pourraient entrer en tension avec l’Etat de droit tel qu’il est aujourd’hui conçu. Il faudra donc convaincre sur le plan juridique et institutionnel. Cela dit, c’est possible. Il ne s’agit pas nécessairement de contourner la Constitution, mais d’inventer des dispositifs juridiques qui respectent pleinement les principes de l’État de droit tout en permettant des enquêtes plus approfondies et plus efficaces.
Emmanuel Macron a-t-il raison de pointer du doigt les consommateurs de drogues?
Son angle d’attaque est intéressant, car il vise à responsabiliser l’ensemble de la société, en rappellant que le narcotrafic ne concerne pas seulement les trafiquants, mais aussi ceux qui alimentent la demande. Cependant, se focaliser uniquement sur le consommateur comporte un risque. Cela peut donner l’impression que toute la responsabilité repose sur l’acheteur, alors que le phénomène est systémique. En Italie, un tel discours aurait probablement été inefficace. La culture antimafia y est beaucoup trop enracinée : les citoyens savent que la responsabilité ne peut pas être individuelle seulement. Elle concerne un système entier – économique, politique et social – qui permet au trafic de prospérer.
D’aucuns à droite établissent un lien entre immigration et montée des réseaux mafieux. Est-ce un contresens, ou existe-t-il malgré tout des interactions?
Il existe des organisations criminelles qui sont nées de l’immigration, il faut le reconnaître sans détour. En revanche, réduire l’ensemble du phénomène mafieux à la question migratoire serait une erreur grave et une simplification dangereuse. La criminalité organisée ne s’implante pas d’abord en raison de l’origine des populations, mais parce qu’elle trouve des espaces économiques disponibles, peu contrôlés ou mal régulés. Elle exploite les failles d’un système. On l’a vu, par exemple, aux Pays-Bas où des organisations criminelles étrangères ont pu s’y installer et prospérer grâce à l’ouverture de certains secteurs et à l’insuffisance, voire l’absence de contrôle.
Et quid du lien entre narcotrafic et terrorisme?
Sur le plan international, le lien existe. Certaines organisations terroristes ont financé – ou financent encore – leurs activités grâce aux trafics. Les talibans, par exemple, sont impliqués dans le commerce de l’héroïne. Les FARC en Colombie ont aussi longtemps tiré des ressources de la cocaïne, et on pourrait citer d’autres cas, comme le Hamas avec le haschich. Lorsqu’un groupe armé cherche à durer, il s’appuie presque toujours sur une économie criminelle.
En Europe, la situation est plus complexe. Les organisations criminelles n’ont pas nécessairement intérêt à soutenir le terrorisme. Au contraire, celui-ci peut perturber leurs affaires : attentats, pression policière accrue, surveillance renforcée – tout cela nuit au commerce illégal. En prison notamment, il peut exister une forme d’équilibre implicite. Si des actions terroristes provoquent un durcissement massif de la répression, les trafiquants en subissent eux aussi les conséquences. Lorsque les armes utilisées lors des attentats du Bataclan ont été reliées à des circuits criminels marseillais, certains milieux du crime organisé ont compris que ce type de connexion mettait en danger leurs propres intérêts. Le terrorisme, en déclenchant une réponse sécuritaire intense, fragilise l’écosystème criminel.
Depuis sa genèse au XIXe siècle en Sicile, d’innombrables tentatives ont été engagées pour en finir avec la mafia, en vain. Même lorsque l’Etat fasciste l’avait affaibli au point de penser qu’elle était définitivement détruite, la mafia a prouvé le contraire. D’où tient-elle son immortalité?
Giovanni Falcone pensait que la mafia était un phénomène humain et qu’elle aurait donc une fin. Or, je ne suis pas de cet avis, je pense qu’elle ne disparaîtra jamais totalement. Ce, pour une raison simple : la mafia est profondément liée au capitalisme. Elle exploite ses failles, ses zones grises, sa logique de profit. Elle ne pourrait disparaître qu’avec la fin du capitalisme – et comme celui-ci ne semble pas près de s’effondrer, la mafia ne disparaîtra probablement pas non plus. En revanche, on peut la réduire, la contenir, limiter son influence.
Les organisations criminelles prospèrent dans des Etats démocratiques. En Italie, dans les années 1980, la mafia passait d’un camp politique à l’autre, choisissait différents interlocuteurs, naviguait entre factions, selon ses besoins. Elle avait besoin de cet espace de négociation et de pluralité. Une des plus grandes craintes des mafias est d’ailleurs que l’Etat bascule dans l’autoritarisme. Luciano Leggio, un chef mafieux sicilien, avait déclaré au tribunal avoir refusé de participer à un projet de coup d’Etat soutenu par des secteursmilitaires précisément parce qu’il ne voulait pas d’un régime qui irait parasiter son activité. Les organisations mafieuses ont toujours été – et restent aujourd’hui – profondément terrorisées par la possibilité d’un Etat autoritaire.
Les démocraties sont pourtant loin d’être les seules frappées par le phénomène…
Exact, mais ce n’est pas la même chose. Dans un Etat autoritaire, la mafia devient une émanation du pouvoir, protégé par l’appareil d’Etat. Elle ne dispose plus d’une autonomie comparable à celle qu’elle peut avoir dans un système démocratique.
La progression du narcotrafic est-elle un des symptômes de l’affaiblissement de l’Etat?
Oui, en grande partie. Lorsque les structures de l’Etat s’affaiblissent – notamment dans la gestion des finances publiques ou de l’Etat-providence – le système devient vulnérable. Plus ces fonctions essentielles se fragilisent, plus les organisations criminelles gagnent en influence et en légitimité. La Guinée-Bissau qui est un Etat démocratique profondément affaibli, est devenue un narco-État où la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud transite facilement parce que les institutions sont largement infiltrées.
Lorsque l’Etat se retire ou se montre incapable d’assurer ses fonctions fondamentales, le crime organisé ne fait pas que prospérer; il se substitue progressivement à lui. Au Mexique, par exemple, certains cartels ont construit un lien direct avec la population en distribuant de la nourriture ou en apportant une aide matérielle. Pendant la pandémie de Covid-19, plusieurs d’entre eux ont fourni des produits de première nécessité et des services, renforçant ainsi leur ancrage local et leur image de “protecteurs”. Un autre exemple est celui du cartel de Sinaloa, qui a ouvert une clinique spécialisée dans la reconstruction mammaire, avec des chirurgiens qualifiés et des tarifs très bas (moins de 1 000 dollars), accessibles à des femmes qui n’y auraient autrement pas eu accès.
Ce type d’initiative modifie la perception du cartel qui ne se présente plus seulement comme une organisation criminelle, mais comme un acteur social. C’est un message politique adressé à la population, qui consolide son implantation territoriale. Cette dynamique ne se limite pas au Mexique. On retrouve ce mécanisme ailleurs en Amérique latine, et même sous d’autres formes aux Etats-Unis.
Que pensez-vous de la stratégie de Donald Trumpen matière de lutte contre le crime organisé?
Prenons la crise du fentanyl. On parle d’environ 80 000 morts par an aux Etats-Unis. À titre de comparaison, la guerre d’Irak a coûté environ 4 000 vies américaines, et la guerre du Vietnam environ 50 000 sur toute sa durée. Cela signifie que le fentanyl provoque chaque année plus de morts que ces conflits armés. En ce sens, c’est une véritable guerre – mais une guerre dont on parle relativement peu. Les démocrates ont probablement commis une erreur stratégique en traitant cette question de manière marginale ou périphérique. Donald Trump, lui, a su capitaliser sur cette perception d’urgence, sans pour autant tomber dans la naïveté; il sait qu’il n’arrivera pas à éradiquer ce phénomène. En revanche, il part du principe qu’on peut négocier avec lui.
Derrière le discours très ferme sur le fentanyl, le message implicite est le suivant : si vous continuez à inonder le marché de fentanyl, nous vous frapperons; en revanche, pour d’autres trafics, comme la cocaïne, continuez comme avant. Prenez l’ex-président du Honduras, arrêté aux États-Unis pour avoir importé environ 600 tonnes de cocaïne, condamné, puis finalement amnistié. L’idée serait qu’une fois rentré dans son pays, il puisse relayer un message clair : tolérance sur certains flux, mais fermeté sur l’immigration – ne laissez plus passer les migrants vers les Etats-Unis. Donald Trump procède ainsi par petits ajustements tactiques, qu’il présente ensuite comme de grandes victoires.
Ce n’est pas seulement une stratégie politique, c’est un état d’esprit. Donald Trump assume de traiter “d’égal à égal” avec les cartels. Non pas dans une posture hiérarchique – “moi, président; vous, criminels” – mais dans une logique transactionnelle. Or, c’est précisément ce que les démocraties occidentales ont du mal à assumer. Pourtant, en Amérique du Sud, certains gouvernements ont déjà adopté ce type d’approche pragmatique. Le narcotrafic impose ses conditions au jeu politique; les responsables politiques européens, qui pour l’instant refusent vont finir par être contraints de s’asseoir à la table des négociations face aux organisations criminelles.
Dialoguer “d’égal à égal” avec ces organisations, ne reviendrait pas à les légitimer?
On me répond souvent qu’il ne faut pas négocier avec le crime organisé, de la même manière qu’on ne négocie pas avec le terrorisme. Seulement, contrairement au terrorisme, le crime organisé est profondément imbriqué dans l’économie légale et peut, s’il est frontalement combattu, perturber voire bloquer des pans entiers de l’économie d’un pays. Négocier avec des organisations criminelles, c’est une manière d’éviter le blocage de flux financiers vers des places offshore, la paralysie de liquidités bancaires, la déstabilisation de marchés immobiliers ou industriels, etc. Des systèmes perçus comme “vertueux”, comme celui des Pays-Bas, servent aussi de plateformes logistiques et financières. Londres est devenue une capitale majeure du blanchiment international. Si l’on coupe brutalement certains flux liés aux cartels, on ne touche pas seulement des réseaux criminels, mais aussi des circuits économiques qui irriguent des secteurs entiers.
Ce n’est pas la mafia qui est devenue capitaliste; c’est une partie du capitalisme qui s’est “mafiosisée”. Les économies sont si interconnectées que frapper le crime organisé peut aussi signifier frapper des intérêts économiques puissants. C’est pour cette raison que certains Etats finissent par composer. La situation est différente avec le terrorisme. Négocier à un niveau macropolitique avec une organisation terroriste revient à se placer sous la menace directe de sa force militaire. On ne stabilise pas un système économique; on alimente un rapport de domination armée. C’est pourquoi les responsables politiques acceptent beaucoup plus difficilement l’idée de négocier avec le terrorisme.
Si la France mettait en oeuvre une opération similaire à celle conduite par le Mexique contre “El Mencho”, s’exposerait-elle, selon vous, au même déchaînement de violence?
La France s’exposerait à des risques analogues, mais avec ses propres spécificités. Les banlieues sont déjà des théâtres de conflits entre bandes pour le contrôle du territoire. Une opération dure et massive pourrait déclencher des réactions violentes – non pas coordonnées comme un cartel mexicain, mais diffuses et imprévisibles. La fragmentation des organisations criminelles françaises est à la fois une limite et une source de chaos.
Est-ce exagéré de parler d’une “mexicanisation” de la France pour désigner l’emprise croissante du narcotrafic sur la société et l’Etat?
Le terme est provocateur, mais pas totalement incorrect. Nous ne sommes pas au niveau du Mexique, mais certains quartiers de Marseille, Lyon ou du nord de Paris montrent des dynamiques inquiétantes : homicides pour règlements de comptes, corruption diffuse, jeunes recrutés dès onze ans. Le narcotrafic a déjà pénétré l’économie légale et certaines institutions locales.
À propos de l’incendie de Crans-Montana, en Suisse, vous écrivez dans le Corriere della Serra que la vraie question n’est pas de savoir si la mafia se trouvait derrière le bar Le Constellationmais plutôt combien d’activités économiques en Europe s’épanouissent sans que personne ne demande d’où vient l’argent…
La véritable plaie, c’est la liquidité. Les pays les plus vulnérables sont ceux où les marchés immobiliers sont opaques, les contrôles fiscaux faibles ou qui abritent des paradis sociétaires au sein même de l’UE : Chypre, Malte, Luxembourg, mais aussi le Portugal et l’Italie. La France n’est pas immunisée : la Côte d’Azur et Paris sont historiquement attractives pour l’argent sale.
L’UE a mis sur pied des plans d’action, mais leur efficacité peine pour l’instant à montrer ses effets. Que pourrait-elle faire pour aller plus loin?
À l’échelle communautaire, trois mesures concrètes sont nécessaires : une agence européenne antimafia dotée de véritables pouvoirs d’enquête; la confiscation automatique des biens dans les affaires transfrontalières; et une liste noire interne des intermédiaires financiers complaisants. Tant que chaque Etat gère le problème seul, le crime organisé continuera d’exploiter les frontières comme des boucliers.
Vous avez participé ce mois de février à un programme de recherche organisé par l’Institut de criminologie et de droits pénal à Paris en tant que chercheur invité. Des politiques ou des institutions françaises vous ont-ils déjà sollicités par le passé?
La recherche ouvre des dialogues, mais pas toujours des politiques publiques. J’ai échangé avec des parlementaires et des magistrats, mais l’écart entre ceux qui étudient le phénomène et ceux qui doivent prendre des décisions politiquement coûteuses reste immense. Et le problème est qu’en France, comme en Italie, le courage institutionnel arrive souvent après les tragédies.
Si les réponses apportées, notamment par la loi sur la lutte contre le narcotrafic adoptée en juin dernier, se révèlent finalement inefficaces, à quoi pourrait ressembler la France dans 25 ans?
Un Etat formellement intact, mais avec des zones grises stabilisées, où le crime ne défie pas ouvertement le gouvernement mais l’accompagne silencieusement. Des économies locales dépendantes de l’argent sale, des jeunes sans véritables alternatives, et une démocratie affaiblie non par la violence, mais par l’indifférence organisée. En somme, une Italie des années 1980 avec plus de smartphones.
FRENCH POLITICS
Le Monde, Editorial
La fuite en avant mortifère de Jean-Luc Mélenchon
Le leader de LFI a choisi la voie du clivage et de l’injure pour incarner l’antisystème, en actionnant désormais des ressorts qui n’appartiennent pas et ne peuvent appartenir à la culture de gauche. Cette stratégie aux accents trumpistes fait le jeu du RN, qui rêve d’affronter l’« insoumis » en 2027.
Le week-end du 28 février et 1er mars, le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, et le leader de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, tiendront chacun un meeting à Perpignan, plus grande ville dirigée par les lepénistes. Comme un symbole du face-à-face mortifèreque veulent installer ces deux formations à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle. Comme un avant-goût désagréable du pire scénario de 2027, le duel entre ces deux blocs phagocyte la vie politique depuis le 12 février, jour de l’agression mortelle du militant néofasciste Quentin Deranque, pour laquelle plusieurs membres de la Jeune Garde, groupe antifasciste proche de LFI, sont mis en examen.
Cet événement dramatique révèle la vraie nature du mélenchonisme. Toute la semaine, l’homme de la gauche radicale s’est empressé de confirmer les craintes : sa future campagne présidentielle sera complotiste, brutale, désignera des ennemis dans une outrance verbale inarrêtable et n’hésitera pas à user des pires ressentiments pour flatter sa base. Recroquevillés dans une posture du « eux contre nous » et usant d’un double discours permanent sur les faits, le leader de LFI et ses cadres n’ont ni désavoué Raphaël Arnault, député « insoumis » du Vaucluse et fondateur de la Jeune Garde, ni pris leurs distances avec le groupe « antifasciste ». Jeudi soir, lors d’un meeting à Lyon, M. Mélenchon aestimé que ses membres avaient été victimes d’un « traquenard ».
Le même soir, devant un public hilare, il s’est interrogé sur la façon de prononcer le nom d’Epstein, laissant entendre, dans un dégagement aux relents antisémites, que l’on voulait faire passer le pédocriminel américain pour un Russe, en cachant le fait qu’il était juif. Après avoir offert à la vindicte en ligne les noms de plusieurs journalistes, il a promis de « vendre à la découpe » les « monopoles » dans la presse, dénonçant les « élites », les « croûtons », les « vieilles barbes ». Une volonté d’autoritarisme inquiétante.
M. Mélenchon, qui s’est longtemps imaginé en successeur de François Mitterrand, a choisi la voie du clivage et de l’injure pour incarner l’antisystème, en actionnant désormais des ressorts qui n’appartiennent pas et ne peuvent appartenir à la culture de gauche. Le résultat ne pourra être que la diabolisation de son mouvement, qu’il encourage, mais surtout de toute la gauche, ainsi prise en otage, et qui doit au plus vite en tirer les conséquences, sous peine d’être entraînée par le fond. Un comble alors que l’extrême droite peut conquérir le pouvoir en 2027.
Car cette stratégie aux accents trumpistes fait le jeu du RN, qui ne rêve que d’une chose : affronter M. Mélenchon au second tour de la présidentielle. Dans un renversement des valeurs inédit, Jordan Bardella a profité de cette séquence pour demander aux autres formations de mettre en place un « cordon sanitaire » autour de LFI. En somme une inversion du barrage républicain imaginé naguère pour empêcher le Front national d’arriver au pouvoir.
L’argumentaire du président du RN a été repris par une grande partie de la droite et par certains macronistes. Pourtant, fondé par Jean-Marie Le Pen avec le soutien de cadres néofascistes d’Ordre nouveau, le FN devenu RN n’est toujours pas hermétique aux influences de l’ultradroite.Mercredi, la députée RN de la Drôme Lisette Pollet a dû licencier l’un de ses assistants, membre du groupe Lyon populaire et présenté dans tous les médias comme un ami de Quentin Deranque, après la révélation de ses messages racistes, homophobes et antisémites.
A terme, cette situation risque de faire un peu plus le jeu de l’extrême droite. Une responsabilité qui incombe aussi à Jean-Luc Mélenchon.
Le Figaro
Mort de Quentin Deranque : 90 % des violences politiques en France sont-elles commises par l’extrême droite ?
LA VÉRIFICATION – Ce chiffre extrapolé à partir d’une étude publiée par une sociologue proche de La France insoumise, et repris dans de nombreux médias, est fragilisé par plusieurs biais méthodologiques.
Depuis le lynchage à mort de Quentin Deranque par des militants antifascistes, la violence politique est au cœur du débat médiatique et les rôles respectifs de l’extrême gauche et de l’extrême droite dans cette violence sont âprement discutés. L’émotion suscitée par la mort du jeune homme a parfois laissé place à des discours relativisant la portée du drame, tenu pour un fait anecdotique dans un contexte surtout marqué par la montée de la violence d’extrême droite.
C’est par exemple la position défendue lundi 23 février sur BFMTV par le député (LFI) Éric Coquerel : «La violence, depuis maintenant une vingtaine d’années, la montée de la violence physique, qui s’en prend à des librairies, qui s’en prend à des réunions publiques, qui s’en prend à des militants… elle est à 90 % du côté de l’extrême droite», a déclaré le député insoumis de Seine-Saint-Denis.
Dire que «la violence est à 90 % du côté de l’extrême droite» n’est certes pas une affirmation assez précise pour être en elle-même vérifiable mais la donnée statistique à laquelle se réfère Éric Coquerel a été reprise, sous différentes formes, par de nombreux responsables politiques et même des articles de presse dans différents médias (dont BFMTV, Franceinfo…) : le fait qu’en France depuis quarante ans, 9 meurtres sur 10 à caractère idéologique seraient le fait de l’extrême droite.
Ce chiffre est en réalité extrapolé à partir des travaux d’un ouvrage collectif publié aux Presses de Sciences Po sous la direction d’Isabelle Sommier, professeur de sociologie politique à Paris 1, avec la collaboration de Xavier Crettiez et François Audigier, et intitulé Violences politiques en France de 1986 à nos jours. Les auteurs établissent une base de données recensant au total, sur la période, 53 meurtres à caractères idéologique commis en France dont 5 seulement seraient imputables à la gauche. Par déduction, de nombreux commentateurs en ont déduit que 90 % des meurtres idéologiques commis en France entre 1986 et 2016 étaient le fait de l’extrême droite, donc 90 % des violences politiques. Mais cette affirmation est-elle rigoureusement exacte ?
Les attentats djihadistes représentent la majorité des meurtres politiques en France
Pour comprendre le débat, il faut d’abord revenir à la catégorisation retenue par l’étude. Celle-ci distingue plusieurs niveaux d’analyse : les «meurtres idéologiques» constituent une sous-catégorie des «meurtres politiques», eux-mêmes inclus dans l’ensemble plus large des faits de «violences politiques». Autrement dit, les meurtres idéologiques ne représentent qu’une fraction des meurtres à dimension politique, lesquels ne constituent eux-mêmes qu’une partie des violences politiques recensées.
Cette précision étant faite, notons déjà qu’Isabelle Sommier et ses coauteurs n’attribuent pas 90 % des violences politiques à l’extrême droite, mais seulement 90 % des meurtres idéologiques. L’ensemble des violences comprend quant à lui bien d’autres faits, comme les dégradations (dont 51,8 % sont commises par la gauche, selon les auteurs). Or sur le total des actes de violence recensés, les auteurs n’en attribuent que 59,7 % à la droite. Ils relèvent par ailleurs que la violence politique a très nettement changé de bord au cours de la période étudiée, pour se déplacer de la droite vers la gauche : plus des trois quarts des faits de violence étudiés entre 1986 et 1990 étaient imputés à la droite, tandis que les deux tiers des faits étudiés entre 2013 et 2017 étaient le fait de la gauche.
Par ailleurs, les auteurs rappellent aussi que la plupart des meurtres politiques sont bien entendu le fait des djihadistes : 69 % des morts politiques au total sur la période, dont 216 rien qu’en 2015-2016, soit déjà quatre fois plus que le nombre de meurtres idéologiques.
Déduire de ces travaux que la droite ou l’extrême droite serait responsable de 90 % des violences politiques en France est donc fallacieux : ce chiffre n’est avancé que pour ce qui concerne les meurtres idéologiques.
Il faut donc comprendre que le chiffre avancé de 90 % des meurtres idéologiques commis par la droite est le résultat d’un double choix méthodologique contestable. D’une part, les auteurs expliquent d’abord en introduction qu’ils ont adopté une définition très extensive de la «violence politique», entendue au sens d’actes dont «l’objet, le choix des cibles ou des victimes, la mise en œuvre ou les effets acquièrent une signification politique», plutôt que de s’en tenir à des faits de violence dont la cible est politique, ou dont l’intention est de provoquer un changement politique, ce qui aurait limité le champ. Ensuite, une fois adoptée cette définition très englobante, les auteurs excluent ensuite des violences idéologiques les attentats islamistes pour les ranger dans la catégorie des violences religieuses – ce qui élude le caractère idéologique de la violence djihadiste.
La plupart des attentats d’Action directe ne sont pas pris en compte
D’autre part, la construction de la base de données étudiée présente elle aussi des biais.
La chronologie retenue est déjà surprenante : «l’année 1986 a été retenue comme point de départ car elle est marquée par l’apogée des violences d’Action directe», écrivent les auteurs. Ce groupe terroriste communiste emblématique des «années de plomb» né en 1979 a revendiqué plus de 80 assassinats ou attentats en France, et 4 des 5 meurtres commis par la gauche dans l’étude d’Isabelle Sommier lui sont imputés. Sauf que précisément, l’immense majorité des homicides commis par des commandos d’Action directe ont eu lieu… avant 1986 ! Entre 1979 et 1985, Action directe a tué au moins 12 personnes. Si ces meurtres avaient été intégrés dans la base de données de leur étude, les chercheurs auraient calculé une proportion bien moindre de meurtres idéologiques imputables à l’extrême droite.
D’autre part il apparaît vite que les auteurs ont écarté de leur base de données plusieurs homicides qui semblent pourtant entrer très clairement dans le champ des meurtres idéologiques tel que celui-ci a été défini. Comme l’ouvrage ne mentionne pas en annexe la liste complète des meurtres recensés, il faut procéder par déduction. Ainsi puisque les auteurs ne mentionnent que 4 meurtres commis par Action directe, il faut supposer qu’il s’agit essentiellement de ceux commis en 1986 (assassinat du patron de Renault Georges Besse, assassinat terroriste d’un policier, victime collatérale dans une explosion dirigée contre Alain Peyrefitte…).
Par élimination, cette liste n’inclut donc pas les quatre personnes (trois policiers et un chauffeur de taxi) tuées dans une fusillade le 4 octobre 1994 par Florence Rey et Audry Maupin, deux militants syndicaux et anarchistes biberonnés à la lecture d’idéologues de la violence révolutionnaire d’extrême gauche (comme Bakounine) et que la presse de l’époque a souvent considéré comme des héritiers du mouvement Action directe.
Il apparaît également que la tuerie commise en 2002 à l’hôtel de ville de Nanterre par Richard Durn n’a pas été prise en compte. Cet ancien responsable associatif dans l’humanitaire et militant altermondialiste, qui avait été membre du Parti socialiste puis des Verts et avait exercé des responsabilités au sein de la Ligue des droits de l’homme, a tué 8 élus municipaux et en a blessé 19 autres avant de se suicider lors de sa garde à vue. Dans une lettre testament envoyée avant de passer à l’acte, il évoquait notamment son admiration pour Pol Pot ou Staline.
Des meurtres racistes commis par des individus isolés sont imputés à la droite
Dès lors que ces deux tueries marquantes et très médiatisées, qui sont incontestablement le fait de militants de gauche ou d’extrême gauche, ont été écartées de la base statistique retenue par les auteurs de l’étude, peut-on considérer simplement qu’il s’agit d’un choix méthodologique visant à ne conserver que des faits dont la dimension politique ou idéologique est absolument certaine ? Rien n’est moins sûr. Car dans une mise à jour récente de ses travaux proposée à Franceinfo, Isabelle Sommier a dressé une liste de 6 meurtres qu’elle impute à l’extrême droite, parmi ceux commis en France depuis 2022. Or aucun d’entre eux ne satisfait complètement à une telle exigence.
Il s’agit dans le détail de la mort de Federico Martin Aramburu, de trois militants kurdes, d’Éric Casado-Lopez et d’Hichem Miraoui. Examinons chacun de ces meurtres.
Le rugbyman Federico Martin Aramburu a été tué en mars 2022 par un militant d’extrême droite et ancien membre du GUD, Loïk Le Priol, après s’être interposé lors d’une bagarre survenue à 6h du matin dans un bar parisien alors que les protagonistes étaient fortement alcoolisés. Les juges d’instruction n’ont pour l’heure qualifié cet homicide ni comme un acte politique, ni même comme un acte raciste.
En mai de la même année, un Français d’origine marocaine et espagnole, Éric Casado-Lopez, a été tué d’une balle dans la tête dans une rue de Paris alors qu’il était confronté à d’autres individus au cours d’une rixe : un autre conducteur est sorti de sa voiture, s’est d’abord interposé puis l’a assassiné froidement. Le meurtrier, Martial Lanoir, est un chanteur raté qui versait dans le complotisme (notamment depuis la pandémie de Covid-19) et l’antisémitisme. Sa victime a toutefois été choisie au hasard et rien ne laisse penser que son crime revêtait une signification politique précise.
Les deux autres crimes recensés sont en revanche des crimes racistes. Hichem Miraoui, un coiffeur tunisien vivant dans le Var, a été assassiné en mai 2025 par son voisin Christophe Belgembe, un individu ayant partagé sur Internet des contenus racistes et hostiles aux immigrés, ainsi que des appels à voter pour le Rassemblement national (sans être membre pour autant de ce parti, ni militant au sein d’autres groupes politiques).
Enfin rue d’Enghien à Paris en 2022, un ancien militaire et repris de justice, non connu pour une quelconque affiliation à un mouvement politique, a assassiné trois militants kurdes : ce crime raciste semble motivé par la volonté de se venger de la trop grande mansuétude reprochée aux Kurdes par le meurtrier, William Malet, dans le contexte des combats contre Daech. Seuls à ce jour des responsables politiques de gauche ou d’extrême gauche ont décrit cette fusillade comme un attentat imputé à l’extrême droite, le gouvernement ou le président de la République n’ayant pas employé ces termes.
Aucun de ces crimes en revanche n’a été commis par un groupe politique constitué, et encore moins au nom d’un idéal politique clairement affiché, au contraire des attentats commis par Action directe par le passé… ou du meurtre de Quentin Deranque, lynché par des membres de La Jeune Garde, un collectif antifasciste, et réunis le soir du 12 février dans les rues de Lyon au nom de leur appartenance politique commune.
Une chercheuse très politisée
Cette asymétrie dans l’imputation de meurtres à des criminels identifiés comme appartenant à l’extrême droite ou à l’extrême gauche fragilise le résultat final des auteurs, et donc le chiffre de 90 % de meurtres politiques relevant de la violence d’extrême droite. Si par exemple chaque crime raciste dirigé contre des étrangers relève de la violence d’extrême droite, au motif que les partis d’extrême droite banaliseraient des discours hostiles aux étrangers, pourquoi ne pas imputer en miroir de ces crimes les meurtres relevant du racisme anti-Blancs à l’extrême gauche, et donc possiblement la mort de Thomas Perotto à Crépol ? Une telle construction méthodologique serait sûrement critiquable – mais en ce cas, il faut admettre également que l’imputation de crimes racistes à l’extrême droite au seul prétexte que le meurtrier a tenu des propos xénophobes est également contestable.
Il faut relever enfin que la neutralité de la sociologue Isabelle Sommier par rapport à son propre objet de recherche est sujette à caution, compte tenu notamment de sa participation en 2023 à une table ronde avec le député (LFI) Antoine Léaument aux AMFIS, l’université d’été de la France insoumise, pour une discussion animée par la sociologue Marlène Benquet, elle-même membre de l’Institut La Boétie affilié à la France insoumise et coprésidé par Jean-Luc Mélenchon.
Dans une autre étude statistique fondée sur les données d’Europol et portant sur les arrestations liées au terrorisme dans l’Union européenne entre 2010 et 2021, le Conseil de l’Europe recensait 258 arrestations liées au «terrorisme de droite» contre 564 liées au «terrorisme de gauche et anarchiste» – et 4416 liées au terrorisme djihadiste ou d’inspiration religieuse.
GERMAN POLITICS
Le Point
Élections régionales : En Allemagne, une victoire judiciaire aux allures de tremplin électoral pour l’AfD
Selon un tribunal de Cologne, le fer de lance de la droite radicale allemande ne peut être classé comme un « parti extrémiste ». Un verdict qui le favorise à la veille de plusieurs échéances électorales majeures.
C’est une victoire que les députés de l’AfD ont fêtée bruyamment, en agitant des drapeaux aux couleurs de l’Allemagne : noir, rouge et or. S’embrassant les uns les autres, les visages rayonnants, ils ont célébré jeudi la décision du tribunal administratif de Cologne de ne pas classer, « pour le moment » , leur formation comme un parti « extrémiste avéré » de droite.
« Une grande victoire non seulement pour l’AfD, mais aussi pour la démocratie et de l’État de droit » , a jubilé Alice Weidel, co-cheffe et égérie du premier parti d’opposition au Bundestag , ajoutant que le tribunal de Cologne avait, par sa décision, « mis indirectement un frein aux partisans fanatiques de l’interdiction » . Sur les réseaux sociaux de l’AfD les messages triomphalistes ont afflué : « Une lueur d’espoir ! » , « 1 à 0 ! », « Génial ! ».
En mai dernier, l’Office fédéral de protection de la Constitution, le service de renseignement intérieur allemand, avait décidé d’apposer cette étiquette de parti « extrémiste avéré » à l’AfD pour justifier une intensification de sa surveillance policière. Cette classification, qui aurait notamment permis d’intercepter les communications privées de ses membres, avait été vue par ses opposants comme un premier pas vers l’interdiction pure et simple du parti.
Un coup de pouce électoral
Outrée, la direction de l’AfD avait immédiatement porté plainte. L’Office de protection de la Constitution avait ensuite suspendu sa mesure dans l’attente d’une décision de justice en référé. La justice l’a donc désavoué jeudi, invoquant cependant qu’un jugement de fond devra être rendu ultérieurement. Dans son verdict, le tribunal administratif de Cologne a bien reconnu qu’il existe « des courants hostiles à la Constitution au sein du parti ». Mais, selon lui, ceux-ci ne sont pas représentatifs du parti « dans son ensemble ».
Anti-immigration et prorusse : le programme radical de l’AfD, aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt
Cette décision tombe à pic pour l’AfD alors que le parti est embourbé dans plusieurs vilaines affaires de népotisme et que l’Allemagne est à la veille d’une série de rendez-vous électoraux importants. Le 8 mai auront lieu les élections régionales du Bade-Wurtemberg, l’une des régions les plus peuplées et riches du sud du pays. Suivront, le 22 mai, celles de la Rhénanie-Palatinat.
Certes, dans ces deux Länder (régions) de l’ouest, l’AfD ne devrait pas menacer la mainmise des partis traditionnels. Mais la situation est tout autre dans les Länder de l’ex-RDA. Les scrutins de Saxe-Anhalt et du Mecklembourg-Poméranie-Orientale sont particulièrement attendus cet automne. En Saxe-Anhalt, l’AfD a de grandes chances d’arriver en tête et de nommer le ministre-président, ce qui serait une première dans l’histoire allemande d’après-guerre.
Dans ce Land de l’ancienne RDA, devenu un objet d’attention pour l’Allemagne entière, l’AfD arrive en tête de tous les sondages, distançant largement la CDU du chancelier Friedrich Merz. Depuis des mois, et avec une constance infaillible, elle y est créditée de près de 40 % des suffrages. Soit le double de son score aux régionales en 2021 (19,6 % des voix). Ce qui permet de prendre la mesure de la progression du parti dans cette région, devenue le principal bastion des populistes de droite outre-Rhin, la fédération de Saxe-Anhalt étant l’une des plus radicales du pays.
« Remigration » et interdiction des minarets
À Berlin, le chancelier Merz ne se lasse pas de tracer sa ligne rouge. Il a répété récemment sa ligne lors du congrès de son parti la CDU : pas de coopération ni d’alliance de quelque nature que ce soit avec l’AfD. Le débat sur le « Brandmauer », ce mur pare-feu entre les partis démocratiques et l’extrême droite déchire pourtant l’Allemagne depuis des mois,plusieurs maires et autres élus locaux prônant la collaboration pragmatique au niveau local.
Il ne faut toutefois pas chercher bien loin pour trouver dans les prises de position des membres de l’AfD l’expression de convictions peu compatibles avec les grands principes de la Constitution allemande. Ulrich Siegmund, la tête de liste de l’AfD de Saxe-Anhalt, a par exemple participé en 2023 à la rencontre secrète de la mouvance d’extrême droit dans une villa de Potsdam qui fit naître le concept de « remigration », c’est-à-dire l’expulsion de millions de demandeurs d’asile, voire d’étrangers en situation régulière.
La révélation de cette rencontre avait fait descendre des centaines de milliers d’Allemands furieux dans la rue. Mais aujourd’hui le mot « remigration » figure toujours dans l’ébauche du programme officiel de l’AfD de Saxe-Anhalt et Alice Weidel ne se prive pas de le clamer lors de ses discours. Certains de ses candidats promettent même d’ « expulser (les étrangers) jusqu’à ce que l’asphalte des pistes de décollage se mette à cuire ».
Génération Deutschland, la nouvelle organisation pour la jeunesse de l’AfD, flirte ouvertement avec la mouvance d’extrême droite. En outre, plusieurs députés au Bundestag continuent de fréquenter Martin Sellner, l’identitaire autrichien inspirateur du concept de « remigration » et instigateur de la réunion tant décriée de Potsdam. Pour l’Office de protection de la Constitution, l’AfD est un parti xénophobe, islamophobe, prônant une conception ethnique de la nationalité et faisant des immigrés naturalisés qui pratiquent l’islam des citoyens de seconde classe.
Dans son programme pour les élections fédérales de 2025, l’AfD avait inscrit l’interdiction de construire des minarets et de proclamer l’appel à la prière dans les villes allemandes. Dans les instances dirigeantes de l’AfD, on redoutait que l’étiquette « extrémiste avéré » puisse dissuader les électeurs hésitants, les donateurs et certains adhérents du parti comme les fonctionnaires, les militaires et les juges craignant pour leur carrière. Le verdict de jeudi, même s’il n’est pas définitif, rend à ce parti un visage plus acceptable.
MEDIA AND SOCIAL MEDIA
Le Figaro, Book Review
Jonathan Haidt : «Instagram porte la responsabilité principale de l’effondrement de la santé mentale des adolescentes»
GRAND ENTRETIEN – À l’occasion de la publication, en français, de son livre La Supériorité morale (Éditions Arpa), le psychologue social, qui a connu un succès mondial avec son précédent essai, Génération anxieuse, nous éclaire sur le danger que représentent les réseaux sociaux pour la santé mentale de la jeunesse.
Jonathan Haidt, psychologue social, est professeur à la New York University Stern School of Business, et l’auteur du best-seller Génération anxieuse (plus de deux millions d’exemplaires vendus). Le 15 janvier, les Éditions Arpa ont publié, en français, un autre de ses livres, The Righteous Mind (sous le titre La Supériorité morale), initialement paru en 2012.
LE FIGARO. – Le président de la République, Emmanuel Macron, envisage d’interdire en France les réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans. Selon vous, est-ce nécessaire ?
JONATHAN HAIDT. – Cette mesure est essentielle. Le monde entier a constaté ces dernières années que les réseaux sociaux sont profondément inappropriés pour les enfants. Tout produit de consommation qui met les enfants en contact direct avec des adultes anonymes est intrinsèquement dangereux. L’exposition à la pornographie, à la violence – y compris des vidéos de décapitations – est totalement inadaptée à leur âge. Les preuves accumulées des dommages causés aux enfants sont désormais accablantes. Cette décision ne devrait pas poser de difficulté aux États : les réseaux sociaux doivent être traités comme une activité addictive et dangereuse, réservée aux adultes, au même titre que les jeux d’argent, l’alcool ou le cannabis.
La décision d’Emmanuel Macron, avec qui j’ai notamment discuté de cette initiative au Forum de Davos, est nécessaire. Je considère toutefois qu’il serait préférable d’interdire les réseaux sociaux à 16 ans, voire à 18 ans, car il s’agit d’une activité pour adultes, et non 15 ans. Mais je comprends parfaitement pourquoi l’âge de 15 ans apparaît comme un seuil plus évident en France. Mon rôle, en tant que psychologue social, n’est pas de défendre l’âge parfait : c’est de reconnaître que nous sommes face à un problème d’action collective. La seule issue passe par l’instauration de nouvelles normes nationales et internationales.
Si la France adopte l’interdiction à 15 ans dès cette année, ce sera une avancée historique qui incitera de nombreux pays à suivre ce pays
Si j’avais plaidé pour 18 ans, cela aurait pris des années. J’ai donc opté pour 16 ans, un objectif réaliste. De plus, à 16 ans, la grande majorité des adolescents ont achevé leur puberté – période sensible du développement cérébral, où le cerveau se remodèle de la forme enfant à la forme adulte. Tout ce qu’un enfant répète intensivement durant cette phase modifie durablement son cerveau. Les filles terminent généralement leur puberté vers 15-16 ans. Chez les garçons, c’est plus tardif. C’est pourquoi, dans mon livre Génération anxieuse, j’insiste sur cette fenêtre biologique. Si la France adopte l’interdiction à 15 ans dès cette année, ce sera une avancée historique qui incitera de nombreux pays à suivre ce pays.
Dans cinq, dix ou vingt ans, nous demanderons-nous comment nous avons pu autoriser les réseaux sociaux chez les jeunes si longtemps ?
Cette prise de conscience a déjà commencé. Dans cinq ans, nous regarderons cette époque comme si nous avions distribué des cigarettes à des enfants de 8 ans.
Dans Génération anxieuse, vous décriviez comment Instagram a nui aux jeunes, et notamment aux filles. Pourquoi ? Quels sont les ressorts utilisés ?
Chaque plateforme a ses mécanismes spécifiques. Chez les membres les plus âgés de la génération Z (nés entre 1997 et 2010), l’explosion de dépressions, d’anxiétés et d’automutilations chez les filles coïncide avec l’arrivée de la puberté. Les enquêtes montrent que les adolescentes associent Instagram à une anxiété accrue. Instagram, lancé en 2010 comme site de photos, était peu utilisé par les enfants. En 2012, Facebook a racheté ce réseau social et en a fait massivement sa publicité, c’est l’année où les filles s’y sont précipitées. Leur vie sociale passe alors des conversations, des ragots et des appels téléphoniques, bénéfiques pour leur développement, à la publication permanente, à la surveillance des likes et des non-likes. Elles deviennent des gestionnaires de leur marque personnelle 24 heures sur 24. C’est exactement en 2012 que les indicateurs de santé mentale s’effondrent. Instagram en porte la responsabilité principale au sein de cette frange de la population.
Un enfant moyen passe environ cinq heures par jour sur les réseaux sociaux et trois à cinq heures supplémentaires sur son téléphone. Avec le sommeil et l’école, il ne reste presque rien pour le reste
TikTok est, à terme, plus destructeur. Il est extrêmement addictif et détruit la capacité d’attention chez les garçons comme chez les filles. Si Instagram a surtout généré de l’anxiété et accentué la dépression chez les filles, TikTok, lui, provoque une addiction massive. Beaucoup de mes étudiants à l’université de New York passent six à neuf heures par jour sur TikTok, au détriment de toute autre forme de loisir. Ils peinent à lire un livre. Dès qu’une phrase les ennuie, ils retournent sur TikTok. Cette plateforme forme des esprits impitoyables. Au bout de huit secondes, si le contenu n’est pas captivant, ils « swipent ». C’est la principale cause du déclin des scores aux tests cognitifs et au déclin de l’attention en général.
Comment quantifier ce déclin cognitif dû aux réseaux sociaux, surtout chez les jeunes ?
Les tests Pisa, stables au début des années 2000, chutent après 2015 dans 35 pays, dont la France. Aux États-Unis, le déclin touche surtout la moitié inférieure des élèves : les meilleurs maintiennent leur attention, mais les moins performants s’effondrent, distraits en permanence par le téléphone et l’ordinateur.
« Les jeunes de la génération Z sont les premiers de l’histoire à traverser la puberté avec un portail en poche qui les éloigne de leur entourage et les attire dans un univers alternatif excitant, addictif instable », écrivez-vous. En quoi ce nouvel univers bouleverse-t-il l’enfance ?
Un enfant moyen passe environ cinq heures par jour sur les réseaux sociaux (YouTube inclus) et trois à cinq heures supplémentaires sur son téléphone. Avec le sommeil et l’école, il ne reste presque rien pour le reste. Sont évincés : le sommeil (en baisse de trente minutes en moyenne, parfois de deux à trois heures) ; l’exposition au soleil ; l’exercice physique ; le jeu libre, non supervisé, physique et en groupe (essentiel pour tous les mammifères) ; la lecture ; le contact physique. Sur les réseaux, ce n’est pas du jeu, c’est de la performance et de la gestion de marque. L’ennui aussi disparaît : le cerveau a besoin d’absorber des patterns puis de moments sans stimulation. Les meilleurs patterns viennent de la vraie vie, de la littérature ou de récits longs. Or les enfants consomment, sur ces plateformes, des fragments de cinq à trente secondes. L’enfance téléphonique noie sous le divertissement, mais évince le vrai plaisir et les histoires qui forment un adulte culturellement compétent à terme.
Depuis le 10 décembre, les Australiens de moins de 16 ans n’ont plus accès aux réseaux sociaux. Avons-nous de premiers résultats sur l’efficacité, ou non, de cette mesure ?
Le déploiement a été fluide. Les dix principales plateformes ont fermé environ 4,7 millions de comptes pour 2,5 millions d’enfants mineurs. Il y a eu une hausse initiale du téléchargement de VPN, mais elle a vite diminué : le moindre effort (télécharger un VPN, se connecter) les décourage, car les enfants vont trente fois par jour sur internet. Certes, beaucoup restent connectés aux réseaux sociaux, mais c’est un projet générationnel, et les normes changent progressivement. Les parents du monde entier sont épuisés par les luttes constantes avec leur enfant et les sondages montrent qu’ils souhaitent une limite d’âge. Les 8-14 ans qui supplient leurs parents pour qu’on leur ouvre un compte verront ainsi leurs parents répondre non plus facilement. Toutefois, les effets ne seront visibles que dans dix ou vingt ans, quand les enfants d’aujourd’hui seront adultes.
À droite, on s’inquiète d’une invasion de la vie privée. À gauche, on craint que la vérification d’identité soit une menace pour les jeunes LGBT. Ce sont des éléments de langage classiques utilisés par ces plateformes
Dans quelques années, le monde sera-t-il divisé entre pays ayant banni les réseaux pour les enfants (plus productifs) et les autres ?
Non, tout va basculer cette année. Nous sommes à un point de rupture. Il y a un an, cela semblait impossible, l’Australie était seule. Aujourd’hui, depuis janvier, tout s’accélère. Le 10 décembre, avec l’entrée en vigueur de la décision australienne, la couverture mondiale a déclenché un effet domino : « Pourquoi pas nous ? », se sont demandé les pays du monde entier. C’est le point de bascule décrit par le psychologue canadien Steven Pinker dans son ouvrage Quand tout le monde sait que tout le monde sait : les parents savaient que c’était toxique, mais ignoraient que tout le monde le pensait. À Davos, le ministre du Numérique indonésien a annoncé une entrée en vigueur similaire en mars. Emmanuel Macron m’a confirmé qu’il pousserait la loi, ce qu’il a fait. Plusieurs leaders européens l’ont contacté. Au Royaume-Uni, le Labour s’est penché sur la question. Ursula von der Leyen aussi. Dans deux ans, la majorité des pays auront une limite d’âge car les réseaux sociaux sont trop dangereux pour les enfants.
En France, certains dénoncent une mesure de contrôle des populations via la vérification d’identité, qui serait le prélude à un régime totalitaire. Que leur répondez-vous ?
À droite, on s’inquiète d’une invasion de la vie privée. À gauche, on craint que la vérification d’identité soit une menace pour les jeunes LGBT. Ce sont des éléments de langage classiques utilisées par ces plateformes, et destinés à mobiliser ces deux camps. Elles sont pourtant aisément réfutables. La loi australienne, par exemple, n’impose pas exclusivement la présentation d’une carte d’identité gouvernementale : elle exige seulement que les plateformes proposent au minimum une méthode alternative de vérification d’âge. Or, les réseaux sociaux collectent déjà des quantités massives de données personnelles sur leurs utilisateurs (âge déclaré, centres d’intérêt, habitudes d’achat, localisation, relations sociales), souvent sans le consentement explicite des parents lorsqu’il s’agit de mineurs. Si la protection de la vie privée est une préoccupation légitime, il est paradoxal de la brandir contre une mesure de protection des enfants alors que les plateformes elles-mêmes en sont les principaux prédateurs.
De nombreuses solutions techniques existent déjà. Des dizaines d’entreprises spécialisées proposent des systèmes de vérification d’âge fiables et variés. L’obligation légale crée désormais une incitation économique forte : la concurrence va rapidement multiplier et perfectionner ces outils. Parmi les plus prometteuses figurent les « preuves à connaissance nulle », fondées sur la blockchain : elles permettent de certifier qu’une personne a plus de tel âge sans révéler aucune autre information personnelle. Le système envoie un simple « oui » ou « non ». D’autres méthodes anonymisées ou décentralisées émergent également. Dans un marché concurrentiel, les plateformes seront poussées à adopter les solutions les plus rapides, les plus respectueuses de la vie privée et les plus efficaces.
Dans votre livre La Supériorité morale, vous expliquez que la partie de notre cerveau basée sur la raison et les arguments (le cavalier) tente de guider l’autre partie, stimulée par les émotions et les intuitions (l’éléphant). Aujourd’hui, pour convaincre les électeurs, un dirigeant doit-il forcément s’adresser à l’éléphant ?
C’est vrai depuis toujours. Les Grecs savaient qu’il fallait parler au cœur (pathos et logos – j’oublie le troisième, ethos sans doute). Une bonne persuasion – partie du leadership – s’adresse d’abord à l’éléphant, puis au cavalier. Les démagogues ne parlent qu’à l’éléphant, et les réseaux sociaux facilitent son inflammation. Donald Trump en est l’exemple mondial. On pensait au printemps arabe que les réseaux boosteraient la démocratie ; en réalité, ils visent son talon d’Achille : le peuple est facilement excité par un démagogue. Les fondateurs américains, lisant Platon, avaient multiplié les garde-fous. Aujourd’hui, tout va trop vite : des élus racontent n’importe quoi, avant de vérifier leur information sur Twitter. Cela affaiblit les démocraties et rend les dictatures plus efficaces. Trump l’a compris mieux que quiconque : issu du show-business, maître du marketing, il était taillé pour l’ère Twitter, sans lequel il n’aurait pas été président.
Neue Zürcher Zeitung
Vertrauen wird für den Journalismus im Zeitalter der maschinellen Intelligenz zur zentralen Währung
Von Stephan Weichert, Soziologe, Medienwissenschafter und Mitgründer des Hamburger Vocer-Instituts für Digitale Resilienz.
Viele Redaktionen streben nach immer mehr Aufmerksamkeit. Langfristig haben sie damit die falsche Metrik im Blick.
Wer behauptet, KI sei lediglich ein weiteres Werkzeug im journalistischen Alltag, verkennt ihre Tragweite. KI ist keine Anwendungsfrage, sondern eine Infrastrukturfrage. Sie funktioniert nicht wie ein neues Redaktionssystem oder ein digitaler Rechenschieber. Vielmehr muss sie als eine neue Kulturtechnik verstanden werden – vergleichbar mit dem Geldsystem oder dem Internet.
Wird KI lediglich als Effizienzmaschine verstanden, unterschätzt man ihre eigentliche Wirkung: Sie ordnet Öffentlichkeit neu, bevor Inhalte überhaupt bewertet werden. Sobald KI hingegen als eine neue gesellschaftliche Infrastruktur begriffen wird, verschiebt sich die Frage zwangsläufig ins Politische: Wer kontrolliert diese Ordnungskraft? Nach welchen Regeln und Werten funktioniert sie? Und welche Formen demokratischer Öffentlichkeit macht sie möglich – oder unmöglich?
Prognosen für eine von KI durchdrungene Medienwelt
Der Forecast des Reuters Institute für 2026 verweist darauf: KI verändert die Struktur des Nachrichtenökosystems grundlegend. Geschwindigkeit, Volumen und Austauschbarkeit von Nachrichten nehmen zu, während Vertrauen in journalistische Inhalte sinkt, genauso wie deren Unterscheidbarkeit.
Entscheidend wird sein, wie Maschinen die Medienschaffenden verändern: ihre Produktionslogiken, ihre Sprache, ihre Autorität, ihr Selbstverständnis. KI schreibt Texte, generiert Bilder, ahmt Stile nach, priorisiert Themen neu. Sie ersetzt Werturteile durch Wahrscheinlichkeiten und Recherche durch Rekombination von Sprache.
Parallel entsteht eine neue Inhaltskategorie, die längst einen eigenen Namen trägt: «AI slop». Gemeint sind billig produzierte, massenhaft generierte Inhalte, optimiert für Reichweite, nicht für Sinnhaftigkeit. Je stärker diese Content-Flut vor allem in sozialen Netzwerken anschwillt, desto unkenntlicher wird der Journalismus. Nicht weil er schlechter würde, sondern weil er weniger unverwechselbar wird.
Der Reuters-Report warnt explizit vor einer «overproduction trap»: Mehr Inhalte erzeugen bei den Menschen nicht mehr Vertrauen, sondern mehr Gleichgültigkeit. Diesen Mechanismus hat die amerikanische Wirtschaftswissenschafterin und Machtanalytikerin Shoshana Zuboff früh beschrieben. Soziale Plattformen seien keine neutralen Distributionskanäle, sondern ökonomische Infrastrukturen, die Verhalten formten. Erweitert auf die KI heisst das: Bisweilen erzeugt KI nicht nur Inhalte, sondern normiert Aufmerksamkeit.
Die Folgen der Klickjagd
Viele Redaktionen streben nach immer mehr Output – zuweilen unter dem Einsatz von KI. Es ist der unelegante Versuch, strukturelle Ohnmacht mit publizistischer Betriebsamkeit zu übertünchen. Der Journalismus zieht damit noch mehr vor allem junge Menschen auf jene Plattformen, mit deren Wirkungen er sich kritisch auseinandersetzen müsste. Und er stabilisiert und fördert damit seit Jahren die Infrastrukturen, die seine eigene Deformation vorantreiben.
Ausgerechnet der Versuch, Sichtbarkeit zurückzuerobern, beschleunigt den Verlust journalistischer Autonomie. Denn wer auf Plattformen dauerpräsent ist, wird zwar wahrgenommen – unterwirft sich aber den Zwangslogiken von Verkürzung, Emotionalisierung und Personalisierung.
Mit KI bewegt sich das Netz jedoch rasant von einer reinen Aufmerksamkeitsökonomie hin zu einer Vertrauensökonomie. Je mehr Inhalte automatisiert entstehen, desto wertvoller wird das, was als glaubwürdig, einordnend und menschlich empfunden wird. Vertrauen wird zur knappen Ressource – und damit zum strategischen Vorteil für den Journalismus.
HISTORY
The Economist, Book Review (Pay Wall)
Six books to understand the civil war and slavery in America
From classics to hidden gems
Battle Cry of Freedom: The Civil War Era. By James M. McPherson. Oxford University Press; 936 pages; $28.99. Penguin; 944 pages; £18.99.
Team of Rivals: The Political Genius of Abraham Lincoln. By Doris Kearns Goodwin. Simon & Schuster; 944 pages; $24.99. Penguin; 976 pages; £16.99.
The Second Founding: How the Civil War and Reconstruction Remade the Constitution. By Eric Foner. W. W. Norton; 304 pages; $17.95 and £13.99.
Grant. By Ron Chernow. Penguin; 1104 pages; $24. Penguin; £22.
Black Reconstruction in America 1860-1880. By W.E.B. Du Bois. Free Press; 768 pages; $25.49. Oxford University Press; 672 pages; £22.99.
Beloved. By Toni Morrison. Knopf; 368 pages; $18. Vintage; 352 pages; £9.99.
CULTURE: MOVIES
L’Express
Non, notre monde actuel n’a rien à voir avec “1984” ! Par Antoine Buéno
Idées. “Orwell : 2+2=5”, le documentaire de Raoul Peck, affirme que nous aurions basculé dans un monde totalitaire décrit par George Orwell. Pourtant, c’est bien plus Aldous Huxley qui s’est avéré visionnaire…
C’est le phénomène du moment, difficile de passer à côté : 2+2 = 5, un documentaire de Raoul Peck, sort au cinéma. Toute la presse bien-pensante s’en est emparée pour crier au chef-d’oeuvre. Le documentaire est un tissu de citations de George Orwell plaquées sur des images d’actualité. C’est extrêmement anxiogène, c’est flippant. C’est le but. Le message est clair, éclair, coup de poing : réveillez-vous! Nous sommes dans 1984! Orwell avait tout vu venir!
Le problème, c’est que c’est un pur mensonge, une manipulation. Ce qui est en réalité orwellien, c’est le documentaire de Raoul Peck, pas notre époque. C’est du Jean-Pierre Pernaut ou du CNews de chevalier blanc. Exactement les mêmes ficelles, exactement les mêmes ressorts : on amalgame, on raccourcit, on effraie. Comme au JT, mais du côté du “bien”.
Dans 1984, le régime réécrit l’Histoire en permanence en jetant au feu les actualités qui ne correspondent plus à sa vérité du moment. Winston, le héros du livre, est chargé de cette basse besogne. Les brasiers où sont envoyées les coupures de presse s’appellent poétiquement “des trous de mémoire”. Le documentaire de Raoul Peck est un énorme trou de mémoire. Il semble avoir tout simplement oublié 1984, le roman d’Orwell. Le réalisateur l’a-t-il lu? La question se pose puisque ne surnagent dans 2+2=5 que des slogans qui peuvent être collés à n’importe quelle actualité. Pour mémoire donc, dans 1984, Orwell décrit une société cauchemardesque, la pire société possible, c’est l’épure de la dystopie. Ce monde est fondé sur la peur, la violence, le mensonge, la guerre, la pénurie. Dans 1984, trois empires, tous trois fondés sur ces principes, se partagent le monde et se font la guerre en permanence. A priori, rien à voir, mais alors rien du tout, avec notre présent. Ce que décrivait Orwell est tout simple : c’est l’extension du totalitarisme stalinien à l’ensemble du globe.
Jamais le monde n’a été aussi riche et pacifique
Ce qui est remarquable avec Orwell, c’est qu’il se soit justement à ce point trompé. Rien dans notre réalité ne colle avec sa vision. Heureusement pour nous, le stalinisme ne s’est pas répandu sur le globe. Il n’a même pas survécu à Staline. De même, les empires ont fait long feu, seuls les Etats-nations triomphent aujourd’hui. Par ailleurs, comme le démontre Steven Pinker, jamais le monde n’a été aussi pacifique. Jamais il n’y a eu si peu de violence sur la planète. Jamais l’humanité n’a été aussi riche. Le niveau de vie moyen s’est considérablement élevé partout sur la planète en quelques décennies. Au point que l’on pense aujourd’hui pouvoir éradiquer l’extrême misère. Même l’espérance de vie des Africains n’a jamais été aussi élevée.
Violence et guerre, misère, pénuries généralisées, ah bon? En voyant 2+2=5, ce sont les victimes du stalinisme qui devraient se retourner dans leur tombe. On peut parier sans trop prendre de risque qu’elles auraient préféré vivre à notre époque si “orwellienne”… La grande force d’Orwell, son succès incontestable, c’est justement de ne pas être d’actualité. En mobilisant les esprits contre l’horreur qu’il décrivait, il aura contribué à ce qu’elle n’advienne pas. Parfois, des écrivains sont immenses quand ils conduisent le monde à leur donner tort. C’est le cas de George Orwell. Nous lui devons en partie notre présent si peu orwellien.
Oui mais il y a les Gafam, il y a Poutine, il y a Xi Jinping, il y a les Philippines, l’Ouganda, le Myanmar. Et surtout il y a Trump et tous les illibéralismes qui percent ou menacent de le faire. Voilà sur quoi repose 2+2=5. Trump ment, il réécrit en permanence la vérité. Donc nous serions dans 1984. Les Gafam nous surveillent et savent tout sur nous. Donc nous serions dans 1984. Il y a la guerre en Ukraine et à Gaza. Donc nous serions dans 1984. Et ainsi de suite. C’est là que l’on verse dans le grand raccourci et l’immense amalgame. De même qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, un dictateur ne fait pas Big Brother et un illibéralisme ne fait pas 1984. Tout ce qui ne va pas n’est pas orwellien.
Le meilleur des mondes
Si notre monde n’est pas orwellien, que peut-il bien être? Le problème vient peut-être du fait que Raoul Peck ne connaît rien, comme il le reconnaît lui-même, à la science-fiction. Ainsi ne connaît-il sans doute pas Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, l’autre immense dystopie du XXe siècle. Le meilleur des mondes est l’antithèse de 1984. Alors que 1984est fondé sur le bâton, Le meilleur des mondes est fondé sur la carotte. A l’évidence, notre monde a choisi la carotte. Même les dictatures ont évolué dans ce sens. Aussi horrible soit la Chine de Xi Jinping, il vaut largement mieux être chinois aujourd’hui que du temps de Mao…
A de rares exceptions (la Corée du Nord, l’Erythrée), qui peuvent sans problème être qualifiées d’orwelliennes, le reste du globe est huxlien. La Chine est huxlienne. Elle a fait le pari de la croissance, de l’enrichissement et de l’élévation du niveau de vie. Rien à voir avec l’anticipation d’Orwell, tout à voir avec celle d’Huxley. Les Gafam sont huxliens, pas orwelliens. L’auteure Shoshana Zuboff appelle les Big tech “Big Other” par référence à Big Brother. Pourtant, Big Brother et Big Other n’ont rien à voir. Leur logique est à 100 % huxlienne. Facebook ne nous extorque pas nos données personnelles, nous les lui donnons en échange de services que nous adorons : Huxley. De plus, Facebook n’est pas un dictateur, c’est une compagnie privée dont l’agenda est un agenda économique de marché. Rien à voir avec Big Brother. Trump fait dériver l’Amérique vers la dictature. Mais il a été élu et la Cour suprême a annulé ses principales mesures sur les droits de douane. Les Etats-Unis sont encore une démocratie. Trump est un clown, un pitre, un bouffon qui fait le show en permanence. Encore une fois, c’est la société huxlienne du spectacle, pas la terreur orwellienne. Trump ment. On ment aussi dans Le meilleur des mondes . Huxley bat Orwell à plate couture.
Populisme de gauche
D’ailleurs, si nous étions dans 1984, il n’y aurait tout simplement pas de Raoul Peck pour faire son petit tour de piste médiatique sous les applaudissements de tous les rebelles de salon. C’est tellement chic de qualifier tout et n’importe quoi d’orwellien. Mais c’est surtout très dangereux. C’est du sensationnalisme, du populisme de gauche. C’est du catastrophisme ordinaire. C’est exactement le petit jeu auquel jouent les ingénieurs du chaos dénoncés par Giuliano da Empoli, les réseaux sociaux et les chaînes d’info qui font leur beurre sur la peur, la colère et le clash. Le jeu de tout ce qui dresse les uns contre les autres, le jeu de l’outrance et de la “vérité cachée” qui attise tous les conspirationnismes, qui hystérise le débat et menace la démocratie. Quand on amplifie et que l’on ne donne à voir que ce qui va mal, on donne l’impression que notre époque est la pire possible. Alors là oui, effectivement, on peut avoir l’impression d’être dans 1984.
Comment peut-on applaudir un tel mensonge sans se rendre compte que l’on fait exactement ce que l’on reproche à l’adversaire? Faisons comme Peck, citons Orwell : “Tout le monde croit aux atrocités de l’ennemi sans jamais regarder celles de son propre camp”. Avec son documentaire, Peck fait un coup marketing qui maltraite autant la pensée et la vérité que ceux qu’il entend dénoncer. En mélangeant, en amalgamant tout, en tirant un trait d’égalité entre Big Brother, Trump, la dictature philippine, le techno-totalitarisme chinois, en réduisant l’oeuvre d’Orwell à un patchwork de slogans, en manipulant les esprits par la magie du montage, Peck fait exactement ce qu’Orwell craignait, il simplifie tout, il assèche la pensée, il fait de la novlangue.
L’une des inventions les plus géniales d’Orwell est en effet cette novlangue, langue nouvelle qui dans 1984 est créée en supprimant des mots et en formant des termes nouveaux qui recouvrent des concepts de plus en plus nombreux pour anémier la pensée, pour retirer à l’esprit les outils de la langue. 2+2=5contribue à faire de l’adjectif “orwellien” un terme de notre novlangue actuelle. Orwellien = dictature, populisme, illibéralisme, surveillance numérique etc. Orwell aussi devrait se retourner dans sa tombe. Ses mots et ses concepts sont dévoyés, déformés, instrumentalisés. Orwell est trahi. Il subit ce sur quoi il a alerté le monde. 2+2=5 ou bien Trump = Big Brother, même combat.
*Essayiste et prospectiviste, Antoine Buéno est notamment l’auteur de Faut-il une dictature verte? etFutur, notre avenir de A à Z (Flammarion).
The New York Times
Are Germany’s Top Cultural Events Becoming Impossible to Run?
A dispute over free speech at the Berlin Film Festival around Israel’s actions in Gaza, and rumors of the festival director’s firing, raised broader worries about Germany’s cultural landscape.
When Tricia Tuttle took over as the director of Berlin International Film Festival two years ago, it was clear that she faced a politically fraught task. The soft-spoken American, who had previously helmed the London Film Festival, was meant to revitalize the sprawling event, which has long been known for its politically minded program but had struggled to replicate the glamour of its main competitors in Cannes and Venice.
On one issue in particular, Israel’s military campaign in Gaza, Tuttle has had to walk a tightrope. Because the Berlinale, as the festival is known, is largely funded by the German government, she has had to navigate calls by lawmakers to limit attendees’ criticism of Israel’s actions, remarks that some officials see as antisemitic. At the same time, many artists were upset that the festival did not officially condemn atrocities against Palestinians like it had denounced Russia’s invasion of Ukraine and crackdowns against protesters in Iran.
This week, after several winners at the Berlinale’s weekend award gala criticized Israel during speeches, that tightrope threatened to snap. On Wednesday, the country’s news media reported that Culture Minister Wolfram Weimer had called an extraordinary meeting of the festival’s supervisory board, with many speculating that Tuttle would be fired over the comments at the gala.
The episode has thrown the Berlinale into one of its biggest crises in decades, with some observers arguing that Tuttle’s removal would irreversibly taint the festival’s reputation for free expression. Others wonder if the German government’s views on permissible speech, shaped by its sense of responsibility for the Holocaust and desire to stop antisemitism, make it impossible to run top-tier cultural events in the country.
A brief statement from the minister’s office on Thursday confirmed that the board had met and said that discussions with Tuttle “about the direction of the Berlinale will continue in the coming days.” It did little to assuage concerns, with some worried that the damage to the festival’s reputation is already done.
Karim Aïnouz, an Algerian Brazilian director whose “Rosebush Pruning” played in competition at this year’s festival, said the events reflected a “major crisis” for Germany’s cultural landscape. “It reflects the shaky ground in which critical cultural dialogue is happening right now in Europe and Germany.” He added that if Tuttle were let go, it could lead to a “boycott of the festival altogether.”
A culture ministry spokesman said that the meeting had been called for “multiple reasons,” but German media outlets speculated that it was prompted by remarks made at the closing gala by the Syrian Palestinian director Abdallah Al-Khatib, whose film “Chronicles From the Siege” won the top award in a section dedicated to debut films.
Onstage, Al-Khatib accused the German government of being “partners in the genocide in Gaza by Israel.” He said, “Palestine remembers,” and “we will remember everyone who stood with us, and we will remember everyone who stood against us.”
Carsten Schneider, the environment minister, left the event in protest. And Berlin’s mayor, Kai Wegner, later told the city’s Parliament that although the “Berlinale is a political festival,” in his view “antisemitism and hatred of Israel and Jews are not a political opinion.” He added that the ceremony “should not be used for such propaganda.”
A backlash was further stoked after Bild, a tabloid, published a photo of Tuttle with the “Chronicles From the Siege” team taken during the festival in which some of the filmmakers hold Palestinian flags and wear kaffiyehs, the traditional checkered scarves that are widely seen as badges of Palestinian identity. Although it is customary for festival staff members to be photographed with filmmakers at premieres, the tabloid called it a “propaganda photo.”
Tuttle declined an interview request via a Berlinale spokeswoman.
The mood at this year’s festival had already been tense, with its news conferences dominated by pointed questions about Gaza and the rise of the far right in the United States and Europe. That led Tuttle to release a statement reaffirming the event’s commitment to political dialogue but calling for a more respectful tone.
“People have called for free speech at the Berlinale,” it read. “Free speech is happening at the Berlinale.”
The speculation about Tuttle’s possible firing prompted swift responses from film and cultural organizations in Germany and abroad, including an open letter in support of the Berlinale as a “place of exchange” signed by figures including Tilda Swinton and the director Todd Haynes.
PEN Berlin, an organization dedicated to free speech, said in a statement that Tuttle’s dismissal would represent the “wanton destruction of the German cultural scene.”
Matthijs Wouter Knol, the director of the European Film Academy, which is based in Berlin, said in an email that even the discussion of Tuttle’s firing was “an absurd and dangerous signal.”
The German director Ilker Catak, whose movie “Yellow Letters” won the Berlinale’s top prize on Saturday, said in an interview that Tuttle had navigated political pressures with “fairness and grace” and that politicians who cannot “tolerate dissent” were “out of place in a democratic landscape.”
Catak said that if Tuttle were let go, he would never show another film at the event and the Berlinale would become a “government festival” that would likely be widely shunned. He added: “I guess they could show, I don’t know, harmless Bavarian movies of people yodeling or whatever.”
https://www.nytimes.com/2026/02/27/arts/berlin-film-festival-tricia-tuttle-israel-gaza.html
February 27, 2026 (Today’s Summary)
I. WORLD POLITICS
The Economist, Leader (Pay Wall)
The threat of war in Iran : Donald Trump is at risk of launching a war without purpose
A conflict with Iran without a clear objective would be recklessly dangerous
The Economist (Pay Wall)
Champion of the umma : Who speaks for the Muslim world?
There are many contenders, but Turkey’s president leads the pack
https://www.economist.com/international/2026/02/26/who-speaks-for-the-muslim-world
The New York Times
‘Time Is Not on Russia’s Side’, by David French
Four long years. That’s how long Ukraine has been fighting for its life against Russia.
The sheer scale and ferocity of the conflict is hard for us to comprehend. Russia has lost a staggering number of men. The Economist estimates that total Russian casualties number between 1.1 and 1.4 million. Between 230,000 and 430,000 Russians have died. That’s one in 25 Russian men between the ages of 18 and 49 who’ve probably been killed or seriously wounded since the war began.
Ukrainian losses have been far less severe in absolute numbers, but worse as a percentage of the population. The Center for Strategic and International Studies estimates that Ukraine has suffered 600,000 total casualties as of December, including between 100,000 and 140,000 dead. That’s a one-in-16 ratio of deaths, injuries and missing cases for men between 18 and 49.
It’s hard to grasp the scale of the losses, but it’s also hard to grasp the nature of this war. It’s a war unlike any other, where drones can sometimes outnumber people on the front lines, and even the concept of a true front line is fading away as both armies adapt to drone warfare.
On this fourth anniversary of the Russian attack, I reached out to one of the analysts of the war whom I respect the most — Michael Kofman, a senior fellow in the Russia and Eurasia Program at the Carnegie Endowment for International Peace. Kofman is that rare combination — a rigorous scholar and a courageous journalist, an expert who has spent a serious amount of time in the field.
The focus of our conversation is military, not political. There’s a good reason for that — once the battle is joined, military results tend to dictate political realities.
Normally, I’d say that I hope you enjoy our conversation, but “enjoy” is the wrong word here. The topic is too grim. I learned from our talk and I hope you will too. I gained greater appreciation for the nature of the war, the challenges both sides face, and why Russia isn’t ready to seek peace, but Ukraine is.
The bottom line, oddly enough, is both grim and hopeful. The grim part is clear. Russia is still pursuing maximal war aims. It is grinding away on the battlefield, advancing meter by meter and kilometer by kilometer.
But there is also reason for hope. There is very little chance of a Russian breakthrough, Ukrainian resolve remains and Russia might be losing more men than it can replace. As Kofman told me, “Time is not on Russia’s side.”
This conversation has been lightly edited and condensed.
Let me just start with the biggest picture question — how do you sum up the state of the war at the end of its fourth full year?
This war for the last two years had largely had a positional and attritional character. What I mean by that is that the fighting has been grinding. Both sides have found ways to adapt in technology and tactics, but have struggled to escape the prevailing dynamic on the battlefield.
The Russian military, while advantaged in manpower and matériel, has not been able to achieve significant gains or to convert those advantages into operationally relevant breakthroughs. The Ukrainian military has sought innovative ways to offset the Russian advantages and has largely held the Russian military to incremental gains. Russian forces have been advancing in a creeping offensive, seeking to grind their way through the front over the last two years. Although each year they’ve taken more territory, their casualties have increased over time and their combat efficiency hasn’t significantly improved.
And there’s a duality to the war. On the one hand, every three to four months, you see a great deal that changes at the front lines in terms of technology, tactics, and how the forces adapt to the fighting. But zooming out from that, you also see a dynamic that hasn’t changed nearly that much over the last few years. And ultimately Ukraine has proven resilient, despite the challenges they face, while Russia continues to see a mismatch between its political aims and its military means in this war.
To the extent there’s a kind of popular perception of the state of the war right now, I would say it goes something like this: that Ukrainian courage is unquestioned, but that there’s a feeling that there’s a clock that is ticking faster for Ukraine than Russia. That Russia can do this longer than Ukraine can do this. How do you see the concept of two ticking clocks here, one ticking faster for one side or the other?
So the truth is a lot more muddled. I would say that perception would be a fair assessment if we look at 2024 and early 2025. However, if we examine Russian combat performance last year, it was rather underwhelming.
Their battlefield results have been lackluster and increasingly they face economic strain. Now this picture may seem a bit optimistic for Ukraine, but it’s far from rosy. A big part of the challenge is that Ukraine is heavily dependent on external material support and the provision of capabilities and intelligence by Western countries. And so much depends on the continuation of that assistance, which is not easy to predict.
However, increasingly, it does look like time is not on Russia’s side for specific reasons. The Russian military is still struggling to achieve even Moscow’s minimal political objectives, which is the seizure of the remainder of the Donbas, and that could take another year or more, potentially, at the rate they’re going.
They were able to substantially reduce the effectiveness and advantage that drones provided to Ukraine last year, but they were still not able to convert that shift in relative advantage into any significant breakthroughs on the battlefield.
A fair amount of the challenge for them is the way they are fighting, whether it’s assaults with dismounted infantry, or infiltration through Ukrainian lines, is simply not conducive to achieving breakthroughs. And so absent major mistakes on the Ukrainian side, it’s difficult to see how Russian forces are going to advance much faster than they have in previous phases of the war.
Of course, wars are unstable systems. There are all sorts of gradual then sudden transitions that happen in war and it’s hard to extrapolate. We often are stuck because we’re extrapolating from the previous phase of the war to look into the future. And the future is in that respect a bit unknown. But the challenge that Russia has in particular is that they have the inherently tougher task of having to run offensive operations. The political goals and ambitions that Moscow has for this war are very difficult to achieve with the military means they have available. So increasingly the question is: Is time really on Russia’s side? Because as we head into 2026, if 2026 unfolds in a fashion similar to 2025, then we can already begin to say that the answer is no.
What about 2026? What are the factors that could make this year a tipping point?
First, if you look at manpower availability, which is an important indicator for the way the Russian military’s fighting, by 2025 they were barely breaking even looking at their recruitment rates versus their unrecoverable losses. And this does not bode well for 2026. It does not mean that the Russian military will be running out of men. It simply begins to question whether or not they’ll be able to sustain the offensive intensity this year that we saw last year. The Russian military attempts to maintain an offensive for almost the entirety of the year, running often from February to December.
The trade-off that the Russian military’s been making is that, on the one hand they can’t generate momentum and they can’t exploit a breach in Ukraine’s defensive lines the way they are fighting. On the other hand, their offensive is very difficult to exhaust because it runs year-round. Now, to sustain it, they have to maintain recruitment rates and replenishment rates at or above, ideally, their unrecoverable losses. And increasingly that looks in jeopardy heading into 2026, although we don’t know how this year will go for them.
This is the first issue. The second is that the Russian economy is increasingly under strain. If you look at the key indicators: economic stagnation, a growing deficit, regional budgetary crises, most importantly, very low oil prices and increasing pressure on Russian export capacity forcing them to offer steep discounts. Russia can continue funding the war, but there are increasingly questions about what things look like for Moscow in the latter part of 2026 and certainly if the war goes into 2027.
Let’s apply the same analysis on the Ukrainian side. So what are the strengths and weaknesses they have going into 2026?
If we look at Ukraine’s weaknesses through a similar lens, Ukraine continues to struggle with endemic manpower issues. The AWOL, absent without leave, problem significantly saps Ukrainian combat strength and their ability to replenish their forces. And Ukrainian effective combat strength at the front line has slowly been shrinking. Their manpower problems are worse and they’ve been compensating for them with more effective employment of drones and investment in drone units.
If we look at the other challenges that Ukraine has, many of them come down to force management. Ukraine lacks effective operational reserves and Ukrainian units have to run around the front firefighting to plug gaps where Russian forces advance, which then leaves other parts of the front line exposed.
And of course, Ukraine ultimately depends significantly on Western support.
The good news with that is that Europeans, at the 11th hour in December, agreed to issue 90 billion euros in loans, which by the way Hungary’s currently holding up because they want something regarding the Druzhba pipeline, but in general that funding should be sufficient for at least another one to two years to keep Ukraine in this war.
I think the challenge Ukraine has is that they too are trying to expand their strike campaign against Russia, but they are also pressed against time given growing exhaustion within the force and the Russian strike campaign, which has been particularly effective this year given how cold the winter is.
It’s driving people out of cities, it’s going to hamper Ukrainian defense production and you can see a great deal of tiredness and wear on the force which has been deployed for so long, often without any significant rotation for the units.
So the difference is that Ukraine has ultimately the easier task of defending its territory. And although the force may be tired, Ukraine’s situation isn’t so dire, that is to say the situation at the front line as best one can tell isn’t fragile. In some ways in 2025, Ukraine ended the year looking a bit better than they did around the same time in 2024 when the Russian military was making accelerated advances in the fall of that year.
The big challenge for Ukraine, of course, is the potential unpredictability of Western support, particularly US support. And the fact that it’s clear that in terms of financial assistance and material support, few things for Ukraine get better in this coming year. At best they can hope to maintain assistance at levels similar to 2025, and that’s likely the best-case scenario.
At this point in the war, although this is my bias on conventional wars in general, there are no silver bullets to be found or game-changers that will dramatically alter the situation on the battlefield. There are, however, interesting developments afoot that could have ripple effects.
For example, cutting Russian forces off of Starlink and forcing them to adapt to use other systems that are much, much less effective and more costly. But in general I think you can see the debate has long moved on past what is the next shiny object that can be provided to Ukraine that’s going to change the dynamic in this war, and the answer is there isn’t one.
I want you to describe for the readers — I’m looking for the right word — the weirdness of the Russian offensive tactics now. So could you describe how Russia’s offensive is unfolding?
I need to take a few moments just to explain how we got into the character of the fighting in 2025 and that is 2024. So what happened in 2024 is that the Russian military had switched primarily to attacking with infantry assault groups in increasingly smaller, smaller group numbers, eight men, six men or so.
Ukraine had also adapted to the way the Russian military was trying to press its way to the front by expanding drone units and substantially expanding drone production. The Russian advance began to stall as we got into the winter heading into 2025.
Russian forces then began to adapt to the Ukrainian approach in several ways. First, they deployed their own elite drone formations called Rubicon and started to organize a more cohesive approach to how they’re employing drones and engaged essentially in a tug of war with Ukrainian drone units for what both sides call the “kill zone.”
This is the drone engagement zone that’s somewhere around 20 kilometers from the front line in either direction. This was a significant contest that played out last year because the side that has superiority in the drone engagement zone has the initiative on the ground, greater freedom of action and can also inflict higher levels of losses and attrition on the opposing force.
And so even though it may seem last year as though not much changed, what really was taking place is that drone units, in supporting artillery and other fires, were focused on displacing and suppressing the drone units of the other side.
The locus of the contest switched from frontline infantry to supporting elements. And then increasingly what we saw is higher losses among those in support positions, drone units, logistics, than those actually in frontline infantry roles, which is unusual for a conventional war where most casualties stack among the infantry.
Now, the reason the Russian military began to use infiltration as the principal maneuver tactic by which they advanced last year is because Ukrainian forces were largely defending with drones. Drones were used in combination with minefields and artillery to essentially create defensive depth behind their forward positions.
However, Ukrainian forces did not have cohesive defensive lines. The image that is sometimes portrayed that this is like World War I with drones is very much incorrect. In reality, Ukrainian forward positions are small picket posts of men that are neither fighting positions or even observation posts.
They’re marking a line with large gaps in between them. And Russian forces were essentially trying to walk past them, then accumulate in depth.
On the front line, often you’ll see maybe nine men per kilometer in two-three man positions, just to give you a sense of what the numbers might be, you could picture, as this is a porous front line.
And since frontline formations often lack reserves, even if a few men got into the rear, they would begin to pose a problem because the forces were not available to counterattack them.
Now over in 2025, the Russian military started to use small groups and individual troops, guiding them by drone through Ukrainian lines, then accumulating them in the rear. And the challenge was that even if Ukrainian units were able to intercept, let’s say hypothetically 70 percent of an attack, a dispersed attack of this nature, if 30 percent of men got through, they would immediately face another attack and another attack. Eventually Russian forces would accumulate in their rear and start displacing their line.
The other tactic the Russian military used is lightly motorized attacks, motorcycles, dune buggies, often alongside traditional mechanized assaults and the concept was the same, to try to get past the initial contact layer, the engagement zone of Ukrainian drones, and then into the rear.
Often the Russian military made better gains using fewer men in these types of assaults than in more traditional attacks. But it came at significant cost, because in this way the Russian military preserved equipment but took much higher casualties when it comes to manpower. That’s why Russian unrecoverable losses have been climbing, those killed and seriously injured, because they’re mostly using people in these assaults and they’re using them in a rather expendable fashion.
What is your understanding of the posture of the Ukrainian people right now?
I think an honest assessment is that people are very tired. And obviously everyone wants the war to end, but the Ukrainian public is not of the mind that they’re willing to make any concessions or accede to onerous terms currently being proposed by Moscow in order to end the war.
And there’s a good reason for that: The Ukraine battlefield situation ultimately is not dire, they can still sustain the war, and Russia lacks the ability to pose a serious threat to the big Ukrainian cities or to take large territories.
As long as Ukraine has Western support, they still have a chance of achieving war termination, an end to this war on acceptable terms.
I don’t think that the Ukrainian public or the political establishment is in a place where they are willing to easily concede to Moscow’s demands. And they are largely negotiating from a position that is informed by the objective assessment of the prevailing military situation.
Russia consistently is making demands on the basis of aspirational military performance, but not actual military performance.
If you look at the extensive list of demands which go well beyond just taking the rest of the Donbas — people sometimes focus on that, but I think they miss the other national-level demands that Moscow has — these are the demands of a side that sees itself as a decisive victor in the war, but this position is unsubstantiated. In fact, Russian military performance has been relatively lackluster compared to what they’re asking.
How much do you think that Putin is receiving information that is based more on the aspirational than the actual?
Russian military leadership consistently briefs successes to the top that they haven’t actually made. That was quite visible last year. I think the challenge is more that Putin believes Russia can outlast the West in this war and that even though the war has long ago reached diminishing returns for Moscow and that increasingly it looks like Russia’s not going to get much more politically from continuing offensive operations this year, he doesn’t share this view.
He believes the two bets he made last year — first that through sustained pressure eventually parts of the front line will begin collapsing. And the second bet was that Russian diplomacy will effectively maneuver the United States out of the Western coalition supporting Ukraine and try to turn Washington against Kyiv.
The reality is neither bet came to fruition, but he’s likely to try to make them again this year. And this is not unusual. The pathology of decision making in wars like this is that leaders often fall into sunk cost fallacies. Wars tend to go on well beyond the point when either side can attain a decisive advantage. At a certain point leaders often want to believe that something will break their way simply if they persist, even though there’s no evidence of that happening.
I think another factor in looking at Russian decision making is that the Russian elite and the Russian economy have structurally adjusted to sustaining this war. The Russian elite now profits from it. And there is no impetus or imperative for Putin to end the war. On the contrary, he may face economic challenges and crises to try to then shift the economy back once the war is over. And much of the Russian system has already adapted to life under the conditions of this ongoing conflict. And consequently, the domestic incentives are very much not there.
https://www.nytimes.com/2026/02/26/opinion/russia-ukraine-drone-war.html
Le Figaro
Guerre en Ukraine : comment changer la donne face au péril russe ?
GRAND ENTRETIEN – La présidente de la Banque européenne de reconstruction et de développement, Odile Renaud-Basso, et l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Ukraine Dmytro Kouleba soulignent l’urgence et l’intérêt central d’une alliance militaire mutuellement bénéfique entre l’Europe et l’Ukraine.
À l’occasion d’une conférence organisée à l’Institut d’études politiques de Paris pour le quatrième anniversaire de l’invasion russe en Ukraine, à laquelle ils ont participé aux côtés du Prix Nobel de la paix Oleksandra Matviichuk et du commissaire européen à l’Économie et la Compétitivité, Valdis Dombrovskis, la présidente de la Banque européenne de reconstruction et de développement, Odile Renaud-Basso, et l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Ukraine Dmytro Kouleba ont répondu ensemble aux questions du Figaro. Ils appellent à installer «une pression maximale» sur la flotte fantôme russe.
LE FIGARO. – Quatre ans après l’invasion de 2022, nous voyons une Russie qui attaque toujours massivement l’Ukraine, une Ukraine qui résiste, une Amérique qui se retire peu à peu et une Europe qui soutient Kiev mais n’est pas capable de se substituer complètement à l’Amérique. Où cela nous mène-t-il ?
Dmytro KOULEBA. – Cela nous mène à la poursuite de la guerre. Parce que c’est toujours ce qui se passe quand une nation a les ressources et la volonté de poursuivre ses buts sur le champ de bataille. Il apparaît que l’Ukraine comme la Russie ont la volonté et les ressources.
L’agresseur russe a-t-il la force et les moyens de poursuivre l’effort de guerre, malgré les difficultés de son économie ?
Odile RENAUD-BASSO. – L’économie russe commence à souffrir beaucoup plus, même si on a vu une résilience très forte après la première vague de sanctions. Quand celles-ci ont été mises en place en 2022-2023, on a cru que leur impact serait bien supérieur. Il y a eu en réalité pas mal de détournements, de changements dans les flux commerciaux, certains pays contournant les sanctions imposées. Mais avec les mesures plus récentes, en particulier celles concernant le pétrole, on constate un effet mordant réel. Exemple : les recettes pétrolières de la Russie ont diminué de 25 % l’an dernier. La dynamique de croissance est donc beaucoup plus faible et l’économie commence véritablement à souffrir. C’est pourquoi je juge très important d’exercer une pression maximale. Le prochain paquet de sanctions européennes, qui se concentrera également sur le secteur pétrolier, sera clé.
Les Américains pressent les Ukrainiens d’accepter une paix, même hâtive et injuste, au risque d’encourager Poutine. L’Ukraine mise-t-elle sur l’Europe pour l’aider à tenir jusqu’à ce qu’un plan acceptable soit sur la table ?
D. K. – Rien n’est prédéterminé. L’évolution de cette guerre dépendra de ce que la Russie fera de son côté et de ce que l’Ukraine et ses partenaires feront du leur. Pour l’instant, je vois la poursuite de la guerre. Mais la clé, pour aggraver les problèmes de Poutine, c’est le pétrole, comme Odile Renaud-Basso le dit fort justement. L’Union européenne et tous les autres ont un rôle à jouer ici. L’Ukraine frappe pour sa part directement l’infrastructure énergétique russe par des attaques militaires ciblées. L’Europe devrait déclarer une guerre totale à la « flotte fantôme » russe. Et les États-Unis devraient travailler plus étroitement avec des pays comme l’Arabie saoudite pour contrôler les prix du pétrole. Les problèmes économiques de la Russie sont graves, mais pas encore assez pour que Poutine reconnaisse qu’il manque de ressources et qu’il doit faire des concessions. Il faut donc le placer dans une situation où ces problèmes monopoliseront toute son attention.
Je pense que les États-Unis resteront dans l’Otan, mais les Européens iront progressivement vers la construction de leurs propres capacités, tout en évitant un découplage avec Washington
Dmytro Kouleba, ancien ministre des Affaires étrangères d’Ukraine
Voyez-vous une vraie volonté des Européens de construire une défense de l’Ukraine et de l’Europe pour dissuader Poutine ? Ou les divisions sont-elles trop fortes ?
O. R.-B. – Avec l’Europe, c’est toujours un peu la même histoire. Les décisions prennent du temps, le processus est complexe. Les États membres ont parfois des positions différentes. On le voit avec la Hongrie et la Slovaquie, et leur position sur le prêt européen de 90 milliards à l’Ukraine et le nouveau paquet de sanctions. Ces pays cherchent à instrumentaliser le principe d’unanimité pour obtenir d’autres concessions. Mais au bout du compte, il est assez impressionnant de voir comment l’Europe a renforcé son soutien à l’Ukraine, économiquement et militairement, en remplaçant en partie les États-Unis.
La détermination de l’Union européenne est extrêmement importante, car l’Europe et les États membres comprennent que la guerre que mène l’Ukraine est aussi, d’une certaine manière, la leur. Si l’Ukraine perd la guerre, l’Europe sera directement menacée. Cette prise de conscience dépasse désormais les pays Baltes ou la Pologne. Les Européens comprennent qu’ils doivent augmenter à la fois le financement et les sanctions. En quatre ans de guerre, l’Ukraine a reçu une aide extérieure – militaire et économique – équivalente à 200 % de son PIB. C’est ce qui a permis à l’Ukraine de tenir et de riposter.
Vous évoquez le pétrole, mais faut-il sceller une alliance de défense avec ce partenaire ukrainien devenu une puissance militaire majeure ?
D. K. – Une nouvelle alliance militaire en Europe émerge. Elle reposera sur trois facteurs : d’abord la menace commune représentée par la Russie. Il serait suicidaire pour l’Europe d’ignorer l’armée la plus grande et la plus capable du continent, l’armée ukrainienne, qui a l’expérience du combat contre les Russes. Le deuxième facteur sera l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, qui rendra naturel de contribuer à créer une alliance à l’intérieur de l’UE avec ceux qui voudront y participer. Et le troisième facteur sera l’évolution des relations entre les États-Unis et l’Europe. Je pense que les États-Unis resteront dans l’Otan, mais les Européens iront progressivement vers la construction de leurs propres capacités, tout en évitant un découplage avec Washington. Ce ne sera pas une alternative à l’Otan, mais une alliance de l’autosuffisance européenne à l’intérieur de celle-ci.
Ce qui se passe sur le champ de bataille révèle un nouveau type de guerre que l’armée ukrainienne expérimente en temps réel
Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne de développement et de reconstruction
À en juger par les dernières déclarations américaines, menaçant d’exclure les industries de défense européennes du processus d’acquisition américain si l’Europe adopte une préférence communautaire sur ses achats d’armes, n’est-ce pas une ligne de crête difficile à tenir ?
D.K. – Vous avez raison, c’est pour cela que je dis qu’il n’y aura pas de découplage, mais un délicat exercice d’équilibre pour construire une capacité tout en évitant une crise avec les États-Unis. Aujourd’hui, ceux-ci sont beaucoup moins intéressés par la défense de l’Europe, mais plus que jamais motivés pour lui vendre des armes.
O. R.-B. – Nous voyons déjà une coopération des industries de défense entre l’Ukraine et les Européens. L’Ukraine a beaucoup à proposer et les Européens beaucoup à rattraper dans ce domaine, car ce qui se passe sur le champ de bataille, en termes de nouvelles technologies, de drones, révèle un nouveau type de guerre que l’armée ukrainienne expérimente en temps réel, développant de nouvelles capacités de production d’une manière tout à fait incroyable. De nombreux projets de joint-ventures sont en cours. Cela représentera une composante clé de la défense européenne.
Le processus d’intégration à l’UE sera-t-il accéléré et une adhésion symbolique de l’Ukraine privilégiée, avant un processus exigeant, chapitre par chapitre ?
O. R.-B. – Ce ne sera pas un processus simple, comme on le voit déjà, puisque les négociations n’ont pas formellement commencé en raison de l’opposition de certains pays. Beaucoup d’options sont envisagées, notamment celle d’une adhésion symbolique, sans participation à toutes les politiques, suivie d’une intégration chapitre par chapitre. Je ne sais pas ce qui sera décidé, mais je suis persuadée que ce serait un ancrage absolument clé pour l’Ukraine et une grande opportunité pour l’UE, notamment en termes de croissance. Nous avons fait des études sur l’impact de l’élargissement. Celui de 2005 avait eu un impact très positif, notamment en raison du rattrapage réalisé par des pays comme la Pologne.
D. K. – L’adhésion accélérée me paraît une vraie probabilité. Les règles actuelles d’accession ont été rédigées de manière à éviter tout nouvel élargissement mais maintenant que la philosophie de l’UE a changé, les règles devraient suivre. Ce ne sera pas une entrée à 100 % mais, dans un premier temps, l’élément critique serait d’obtenir tous les droits essentiels de représentation et d’avoir un vote. Le reste suivra. Parmi les pays opposés, on aura la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, ainsi que la Pologne pour des raisons liées aux relations bilatérales. Mais tout cela sera dénoué selon moi, car les trois pays veulent juste marchander des avantages, tandis que la Pologne est stratégiquement intéressée par l’adhésion de l’Ukraine.
La Russie veut d’une certaine manière détruire l’Union européenne comme entité collective. Augmenter notre capacité de dissuasion et de réaction devient crucial
Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne de développement et de reconstruction
Les Américains sont-ils prêts à vous donner les garanties de sécurité que vous réclamez ? Et si oui, les Ukrainiens pourraient-ils accepter de céder des territoires, aussi douloureux cela soit-il ?
D. K. – Cela va faire douze ans demain que l’agression de la Russie contre l’Ukraine a commencé. Et depuis le premier jour, la principale question posée par nos amis européens et américains est de savoir si nous sommes prêts à concéder des territoires pour que la Russie s’arrête. L’Ukraine a fait concession après concession et cela n’a nullement stoppé la Russie, la poussant au contraire à réclamer toujours plus. Tant que nous continuerons à définir le débat autour de la question de savoir ce que l’Ukraine doit céder, nous perdrons cette guerre. Et quand je dis « nous », je parle des Ukrainiens et des Européens. L’Ukraine a déjà fait assez de concessions. Nous avons atteint le point auquel il est temps de concentrer les efforts sur la manière de forcer M. Poutine à concéder. Parce que si nous n’y arrivons pas, il continuera d’avancer. Concernant les garanties de sécurité, bien sûr que l’Ukraine les acceptera. Elles ne seront pas seulement américaines, mais européennes. Cela sera en réalité un accord tripartite.
O. R.-B. – Sur l’Ukraine, je ne vois pas d’unité de vues occidentale. Les Américains veulent un deal. Les Européens sont sur un chemin différent et ne sont pas impliqués dans la négociation directement. Mais les garanties de sécurité seront fondamentales car le risque que la Russie relance la guerre, même après un cessez-le-feu ou un accord de paix, est énorme. Car, si vous regardez les raisons pour lesquelles elle a attaqué, vous voyez bien qu’elle est très loin d’avoir atteint ses buts. La guerre a commencé en 2014 et la Russie, depuis, n’a cessé d’avancer. L’Europe n’est pas dans la discussion, mais j’ai le sentiment qu’un progrès a été fait pour définir comment ces garanties fonctionneraient entre Européens et Américains. Ces garanties seront un élément essentiel de la sécurité et aussi de la capacité du pays à se reconstruire, à attirer des investissements et à faire revenir la population. C’est crucial, car le capital humain sera un facteur essentiel de la reconstruction.
Faudra-t-il attendre la fin du règne de Poutine pour que la guerre se termine ?
D. K. – Comme je le disais au début, ce sont la volonté et les ressources qui sont les vecteurs clés de la guerre. Ce qui veut dire que pour terminer la guerre, vous devez soit casser le moral de l’adversaire soit épuiser ses ressources. Cela peut être réalisé sous Poutine. Mais ce sera très difficile. Pour cela, il faudrait que l’Europe comprenne que la Russie est son ennemi et qu’elle la désigne comme tel.
O. R.-B. – Concernant l’idée de savoir si la Russie est ou non un ennemi, je dirais que la vision de l’Europe a vraiment changé avec la guerre en Ukraine et le développement de la guerre hybride de l’information, des attaques contre les infrastructures européennes et autres actions de déstabilisation. Les hauts responsables militaires en Europe disent publiquement qu’on pourrait assister à une escalade. C’est un changement énorme de perspective, et une nouvelle compréhension des dynamiques de nos relations avec la Russie. Celle-ci veut d’une certaine manière détruire l’Union européenne comme entité collective. Augmenter notre capacité de dissuasion et de réaction devient crucial.
The Economist, Leader (Pay Wall)
Digging for victory : America’s dangerous pursuit of critical-mineral dominance
With a more focused approach, it could break China’s chokehold
The Times of Israel
Trump broke the aid machine. Good. Now build one that works.
The establishment was horrified, but the US president had a point: Aid should not finance the wars it’s supposed to help stop
In February 2023, weeks after an earthquake killed thousands in Syria, 100 trucks of humanitarian aid sat stranded. Not because roads were blocked. Because Assad’s regime demanded more than half the cargo. Turkish-backed groups blocked another 30.
Children froze. Tents sat in warehouses. This wasn’t an aberration. It was the pattern: a system that feeds wars while claiming to fight them.
When President Trump dismantled USAID, the establishment reacted with horror. The Lancet estimated 14 million could die. Shuttering 86% of programs overnight was not reform. It was demolition without a blueprint.
Trump’s diagnosis was not wrong. The multilateral pipeline was compromised structurally. But shutting down the operating room while the patient was still open on the table left the field to the same actors who had corrupted it. Nothing was built in its place. In that vacuum, Hamas regroups. The Houthis consolidate. Every armed actor who profited from the aid economy waits for the spigot to reopen.
But the problem is older than Trump and bigger than USAID. For 60 years, humanitarian aid and conflict resolution have been treated as separate disciplines. That disconnect is what allowed the aid pipeline to become a revenue stream for armed actors.
A recent paper by Hebrew University researchers examined eight conflict zones and found that in the most acute cases, over 80% of aid never reached its intended recipients.
Agencies struck quiet deals with armed groups. Field reports downplayed diversion to protect funding. In Yemen, the WFP uncovered fabricated beneficiary lists and aid sold on the open market. In Gaza, captured Hamas documents show the group directed up to 25% of aid to its military wing. When Israel cut off flows, Hamas couldn’t pay its fighters. The aid wasn’t just stolen. It was the terror economy’s revenue stream.
UNRWA is the crown jewel of this dysfunction. The only refugee agency on earth that grants status by inheritance, with no generational limit. In 1950 it served 750,000 refugees. Today it registers nearly 6 million. Over 2 million hold Jordanian citizenship.
The USAID Inspector General linked three UNRWA employees to the October 7 attacks and affiliated 14 others with Hamas. The Geneva-based UN Watch documented 490 verified cases of employees with documented terror or extremism ties.
Every other refugee population is handled by UNHCR, which works to end refugee status. UNRWA does the opposite. Its mandate runs “until a just and durable solution is found.” Translation: forever.
That disconnect is the gap. And in it, every armed group in the region has learned to thrive.
The UN’s own coordinator for Yemen admitted it last month: “We can take the edge off it, we can save lives, but we cannot stop the underlying dynamic which is creating all these needs.”
That is not a resource problem. It is a missing discipline. Here is what that discipline demands.
Aid in a conflict zone that does not include deradicalization is not neutral. It is assistance to the regime that controls the classrooms.
In Gaza, aid that feeds bodies while Hamas feeds minds is aid to Hamas. In Yemen, food distribution that strengthens Houthi control over who eats is a military operation with a humanitarian label.
Every program should map the conflict economy before a dollar is spent. Who benefits? Which armed actors gain leverage? What is the program doing to shorten the conflict?
Digital tracking from donor to recipient should be standard. The WFP’s Building Blocks system already tracks aid transfers to individual beneficiaries. What is missing is the decision to make it policy. Priority funding should go to organizations that control delivery end to end. When militias block transparency, the response should be suspension, not compliance.
The aid establishment will call this politicizing aid. But aid routed through armed actors is already political. The question is whether we design the politics or let the warlords design it. The organizations that kept their own teams on the ground and refused to hand the keys to local militias should be the blueprint.
Trump saw what the establishment refused to see. But the execution left the patient on the table with no surgeon in the room.
What is needed now is something that has never existed: a framework that treats aid, education, deradicalization, and conflict resolution as one strategy, measured not by how many people it sustains but by how many conflicts it ends.
The aid profession will point to 25 years of “conflict-sensitive” programming. But conflict sensitivity, by its own definition, does not require peace as a goal. It asks aid workers not to make things worse. In the field, practitioners themselves now call it a box-ticking exercise that perpetuates the very system it was supposed to reform. In Arabic, the term was translated as “allergy to conflict.” That is exactly what it became: an architecture for avoidance.
The world spent 60 years and roughly half a trillion dollars learning that aid can feed a war.It spent 25 more learning to be sensitive about it. It has yet to spend a single dollar designing a system to end one.
About the Author
Aviram Bellaishe is vice president of the Jerusalem Center for Security and Foreign Affairs. He served 27 years in Israel’s security establishment.
https://blogs.timesofisrael.com/stop-aiding-the-enemy/
II. EUROPE
Politico
Macron’s last shot to extend France’s nuclear umbrella over Europe
EU allies — most importantly Germany — are warming to the French president’s offer of nuclear protection, but Macron is running out of time to deliver a major strategic shift.
PARIS — With only 14 months left in power, President Emmanuel Macron is now in a race against the clock to chart how France can wield the full force of its nuclear arsenal to guarantee Europe’s security more widely.
Much will boil down to whether he makes concrete commitments in a landmark speech on France’s atomic strategy on Monday, to be delivered from the Atlantic peninsula where the country’s nuclear submarines are based.
After decades sheltering under the American nuclear umbrella, European governments — particularly in Berlin and Warsaw — are increasingly warming to the idea that Paris could use Western Europe’slargestatomic arsenal to play a bigger role in safeguarding the continent’s security.
They will be paying close attention to how far Macron goes in Monday’s speech. With the war in Ukraine entering its fifth year and fears about U.S. President Donald Trump’s reliability as an ally, they will want pledges of action rather than the president’s traditional rhetoric.
Their big question, however, will be how much of a new European atomic architecture Macron can realistically lock in, with the NATO-skeptic, far-right opposition National Rally party of Marine Le Pen leading in early polls ahead of the 2027 presidential election.
European officials, military officers and diplomats who spoke to POLITICO for this article said they hoped he proposes something substantive. One senior EU government official said they had “great hopes,” while a European military officer expected “a major change.”
The speech will lay out whether Macron is willing to do something that the National Rally will find hard to unwind. Only the most far-reaching moves — deploying nuclear-capable Rafale fighter jets in European nations, for example, or stationing French nuclear warheads outside the country — would prove difficult for the next French president to reverse without weakening France’s credibility.
“It would appear that the president has a genuine desire to commit France to something that the National Rally would not be able to overturn if it came to power,” said Florian Galleri, a researcher at the Massachusetts Institute of Technology, who specializes in nuclear deterrence. However, he conceded, “under political or economic constraints, the speech may be much more cautious, even deliberately vague.”
France has long suggested its roughly 300 warheads could play a bigger role in a wider European security strategy, but Germany, with more developed transatlantic instincts, has traditionally been warier. That’s changing, though, and German Chancellor Friedrich Merz earlier this month opened the door to German forces operating with French and British nuclear weapons.
There are also concerns that some countries could decide to go it alone: Polish President Karol Nawrocki said earlier this month that his country should start developing nuclear defenses to face the threat from Moscow.
French-led European deterrent
Elysée officials declined to predict what Macron would say, but options include an increase in France’s nuclear warheads, and the participation of European countries in France’s flagship Poker exercise that simulates a nuclear raid. European lawmakers have told POLITICO they would like to see French nuclear-capable fighter jets stationed in other countries.
The expectation is that Macron “will confirm nuclear deterrence is and will remain one of France’s priorities, and also that France is continuing to invest” in its arsenal, Estonia’s Undersecretary for Defence Policy Tuuli Duneton told POLITICO.
However, French officials have one clear red line: Any decision to launch a nuclear strike would remain in Paris. “At the end of the day, who would be able to push the button? Only France. That’s also what makes the conversation complicated,” said a second European military officer.
Alongside the U.K., France is one of two Western European nuclear powers. Its arsenal is both airborne and seaborne, with at least one submarine patrolling the seas at all times. Unlike the U.K., Paris is not part of NATO’s Nuclear Planning Group, although French presidents have always stressed that France’s vital national interests have a European dimension.
Paris’ push to discuss how French nuclear weapons could contribute to the continent’s security wasn’t always welcome among European leaders — but Trump’s return to the White House has changed that calculus, including in countries such as Poland and Sweden.
Germany’s about-face has been the most striking. Berlin was once among the capitals most opposed to such talks, and is now openly confirming discussions with France.
But there are definite difficulties ifthe umbrella is expandedon a country-by-country basis. A senior German official told POLITICO that Berlin would not foot the bill for an arsenal fully controlled by the French.
A NATO official also cautioned that limiting France’s defensive circle to specific EU countries could send the wrong signal to Russian President Vladimir Putin and expose the rest — a concern Merz himself raised at the Munich Security Conference earlier this month.
“We … will not allow zones of differing security levels to develop in Europe,” he said.
Shadow of 2027
Crucially, Macron’s nuclear speech comes just 14 months before he leaves office.
“We need to understand how sustainable France’s commitment is,” a European defense official stressed.
All eyes are on the National Rally. The far-right party’s leaders have openly spoken against Macron’s nuclear dialogue with European allies. The party is internally divided over its stance toward Russia, and believes in pulling out of NATO’s integrated command structure.
While Le Pen has stressed that “nuclear power belongs to the French,” her protégé Jordan Bardella — the current favorite for the presidency after Macron — has struck a more open tone, insisting that the defense of French interests “does not stop at [French] borders.”
He has not, however, endorsed Macron’s outreach on the nuclear umbrella.
The prospect of a National Rally win next year is creating “a credibility problem for the French offer,” a European diplomat conceded.
Some European capitals, along with some EU officials in Brussels, are already factoring that in. That’s especially true in Germany, where some German officials and lawmakers are already working under the assumption that the next French president will be Le Pen or Bardella, several French and European officials told POLITICO.
https://www.politico.eu/article/emmanuel-macron-france-nuclear-umbrella-europe-defense/
III. ECONOMICS
The Economist (Pay Wall)
Auto focus : Why one corner of Europe’s car industry is still booming
The world’s most car-intensive economy draws plenty of investment, for now
https://www.economist.com/europe/2026/02/22/why-one-corner-of-europes-car-industry-is-still-booming
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review
Arnis Vilks Sachbuch: Wie zwei Worte von Adam Smith die Welt eroberten
Arnis Vilks verfolgt die Karriere von Adam Smiths Metapher der „unsichtbaren Hand“ von Glasgow bis nach Chicago. Erst wurde sie mathematisch verfeinert, dann politisch radikalisiert – mit verheerenden Folgen.
Arnis Vilks: „Im Griff der unsichtbaren Hand“. Mythos, Mathematik und Macher der Märkte. Felix Meiner Verlag, Hamburg 2025. 158 S., br., 16,90 €.
Im März jährt sich das Erscheinen von Adam Smiths „Wohlstand der Nationen“ zum 250. Mal. Zum zweihundertsten Jahrestag dieses Gründungsdokuments der modernen Ökonomie erschien die seither kanonische „Glasgow Edition“. Kanonisiert wurde in dieser Zeit zugleich ein Smith, der sich einem Minimalstaat verschrieben habe. Eine Schlüsselrolle für diese Deutung spielt die Reduktion des tausendseitigen Werks auf eine Metapher aus zwei Wörtern: „unsichtbare Hand“.
Der ebenso steilen wie langen Karriere dieser Metapher, die Smith ganz beiläufig verwendet, widmet der Mikroökonom Arnis Vilks einen prägnanten Essay. Er zeigt, wie sie bis heute zum vielleicht wichtigsten Leitmotiv der Mainstream-Ökonomie geworden ist – und welche Folgen ihre Anwendung auf die Wirtschaftspolitik der letzten fünfzig Jahre hatte. Seine Pointe: Politisch relevant sei die Metapher genau in dem Moment geworden, als die ökonomische Wissenschaft ihren argumentativen Gehalt widerlegt habe.
Adam Smith und der zwanglose Zwang des besseren Preises
Smith illustriert mit ihr seine gegen den Merkantilismus seiner Zeit gerichtete These: Wenn jedem Bürger die Freiheit gelassen werde, sein Kapital zum eigenen Vorteil einzusetzen, so sorge die unsichtbare Hand des Preismechanismus an Märkten meist für bessere Ergebnisse als die sichtbare Hand der Politik. Dass bei Smith allerdings der Staat eine wichtigere Rolle spielt als die des Nachtwächters, hat bereits einer der Vordenker der wirtschaftsliberalen Chicago School, Jacob Viner, in einem klassisch gewordenen Vortrag zum 150-jährigen Jubiläum des Werks nachgewiesen.
Dennoch wurde die unsichtbare Hand zum Emblem eines Wirtschaftssystems, das die Bedingungen für Freiheit, Ordnung und Wohlstand allein durch den zwanglosen Zwang des besseren Preises zu schaffen beansprucht, solange der Staat die Eigentumsrechte sichert.
Vilks erzählt die Karriere der unsichtbaren Hand als Geschichte der Rekonstruktion eines ihm schlicht erscheinenden Arguments durch immer komplexer werdende mathematische Modelle. Der Griff der unsichtbaren Hand ist für ihn der Kern eines Forschungsprogramms, der sich als resistent gegen seine Relativierung erweist. In der Politik von Margaret Thatcher bis Javier Milei entwickele er sich dann zum eisernen Griff einer immer extremer werdenden Ungleichheit und gefährde dadurch eben jene freiheitliche Ordnung, die zu begründen er angetreten war.
Vilks versteht es, die Dogmen- und Institutionengeschichte der Mainstream-Ökonomie als Bildungsreise zu erzählen. Auf dieser Reise geht es stilsicherer zu, als der alliterative Untertitel seines Essays vermuten lässt. Vilks nutzt den Spielraum, den ihm die essayistische Form zur Verknappung, Zuspitzung und gelegentlichen Polemik lässt.
Von Smiths Glasgow an den Genfersee und nach Cambridge
Er macht seine Sympathien für sophistizierte Marktkritiker wie Joseph Stiglitz oder Thomas Piketty sichtbar, vollzieht aber respektvoll und genau die intellektuellen Kraftakte nach, mit denen die unsichtbare Hand zunächst an Griff gewann, um ihn dann wieder zu verlieren – bis die Politik übernahm.
Die Reise führt von Smiths Glasgow an den Genfer See nach Lausanne, wo Léon Walras und dessen Schüler Vilfredo Pareto die smithianischen Intuitionen eines Gleichgewichts von Angebot und Nachfrage und der sich daraus ergebenden „optimalen“ Wohlstandsverteilung in mathematische Form gießen. Von da geht es weiter ins englische Cambridge von Alfred Marshall, der diese Form in einem Andreaskreuz anschaulich macht.
Dessen Schüler John Maynard Keynes verkompliziert das Modell unter dem Eindruck der Weltwirtschaftskrise. Doch flugs bändigt John Hicks die Marktkritik seines Lehrers mit einer Grafik, in der gleich zwei Kreuze zu ihrem Gleichgewichtspunkt konvergieren. Er bringt damit Keynes’ Heterodoxie in die „neoklassische Synthese“ der Nachkriegszeit, in der Markt und Staat sich in friedlicher Koexistenz ergänzen. In transatlantischer Eintracht erhält die Neoklassik Bündnisbeistand von Paul Samuelson in Cambridge, Massachusetts, sowie von Kenneth Arrow und Gérard Debreu in Chicago.
Vorbild der „eisernen Lady“
Arrow und Debreu sind es dann auch, denen in den Fünfzigerjahren der theoretische Beweis der Smith zugeschriebenen Intuition gelingt. Doch die unsichtbare Hand, die sie mathematisch nachbauen, erweist sich als angewiesen auf zahlreiche Prothesen: allseitig verfügbare Information, abnehmende Grenzerträge, perfekte Versicherungsmärkte und so fort.
Da trifft es sich gut, dass in Chicago seit den Zwanzigerjahren mit Frank Knight und Viner eine Schule entstanden ist, die auf einfachere Mathematik setzt. Sie schreibt später mit zunehmender Vehemenz die unsichtbare Hand des Marktes groß und redet die sichtbare des Staates klein. Popularisiert wird sie von Ökonomen und öffentlichen Intellektuellen wie Milton Friedman und Friedrich von Hayek. Mit Letzterem begibt sich Vilks dann zurück an den Genfer See, wo der Österreicher bereits 1947 am Fuße des Mont Pèlerin eine Gesellschaft gründete, die den „Neoliberalismus“ statt in mathematische in institutionelle Form brachte. Auf ihn beruft sich später die „eiserne Lady“.
Vilks schließt mit einem Blick auf die Zunahme der Vermögensungleichheit, die er auf diese Wende zurückführt und in Diagrammen aus Pikettys und Stiglitz’ Datenbank demonstriert. Seine Beobachtungen sind erhellend, zumal er deren von Piketty unterstellte Zwangsläufigkeit mit einem einfachen mathematischen Modell infrage stellt. Staatsquoten, Staatsschulden und Bürokratisierung diskutiert er nicht. Auch die Einsichten der empirisch statt mathematisch argumentierenden Verhaltensökonomie vernachlässigt Vilks – vielleicht aus Platzgründen.
Zu weit geht Vilks allerdings mit seinem Schluss von der mathematischen Relativierung der unsichtbaren Hand auf die Widerlegung der ihr zugrunde liegenden Intuition. Das ist schade in Zeiten, in denen Netzwerkunternehmen im Verein mit einer Renaissance des Merkantilismus die Rolle von Märkten in der alltäglichen Praxis des Wirtschaftens infrage stellen. Vielleicht ist das die eigentliche Pointe des Essays: dass er zu einer Zeit erscheint, in der von der argumentativen Kraft der unsichtbaren Hand nur noch die Rhetorik von der angeblich alternativlosen Entkernung öffentlicher Institutionen übrig geblieben zu sein scheint.
IV. POLITICS AND SOCIETY
The Wall Street Journal (Pay Wall
Letting People Suffer Is the Opposite of Compassion
And it isn’t fascist to want safe and functional cities.
The European Conservative
“What is happening in Afghanistan is gender apartheid. We must recognize that this is a crime against humanity”—Activist Marzieh Hamidi
“The Taliban were terrorists yesterday, they are terrorists today, and they will be terrorists tomorrow. There is no peace with terrorists.”
Marzieh Hamidi is an Afghan taekwondo athlete who left her country and sought refuge in France after the Taliban returned to power in 202. Committed to defending the rights of Afghan women, in October 2023 she received the National Assembly’s Medal of Honor. Barely a year later, she received thousands of death threats for posting a video on social media denouncing the Taliban regime’s violence against women and has been living under police protection ever since. In 2025, she published a book, Ils n’auront pas mon silence (They Will Not Have My Silence). At the Geneva Summit for Human Rights and Democracy, held on February 18, Hamidi was awarded the 2026 International Women’s Rights Award.
You are Afghan, but you were born in Iran.
Yes, my father was in the military and had fought against the Soviets and the Taliban, so when the Taliban first took power and my family saw what was happening, they fled to Iran, mainly because of the language barrier. I was born in 2002, and my family eventually returned to Afghanistan, where I became an athlete and joined the national taekwondo team.
When the Taliban returned to power in 2021, you were in Kabul. Did the inhabitants of Kabul expect something like this to happen again?
For people it was shocking because we couldn’t accept that such a rapid regime change could happen. We already knew that they were coming and that they controlled cities in the north of the country, but we couldn’t believe they could enter Kabul because it’s the capital, and we had everything we needed to fight them. So it was a big shock; it was surprising to wake up in the morning and see that the Taliban were in the city. I was standing by the window when people started running home, and suddenly, women disappeared. I remember going out into the street completely covered up and feeling like people were looking at me as if my presence was a mistake. It was then when I understood that we were not only oppressed, but that they were erasing us.
At that time, there was much talk of peace, of the Doha Agreements, and it was said that the Taliban had changed, but that was not true; the Taliban had not changed. They were terrorists yesterday, they are terrorists today, and they will be terrorists tomorrow. What peace can a terrorist offer? There is no peace with terrorists.
Not only have they not changed, but the new Taliban regime seems even worse than the previous one, especially for women.
It is worse because it has declared war on women, which I call gender apartheid; it has declared war on young people because it forcibly takes children and adolescents from their families to indoctrinate them in madrasas in Kabul and turn them into terrorists; and it has declared war on ethnic minorities, such as the Hazaras, or religious minorities, such as the Ismaili minority. It is not a single problem; there are many. The Taliban do what they want and face no consequences for it.
Russia was the first country to officially recognize the Taliban in July 2025 as the Islamic Emirate of Afghanistan, followed by China, the United Arab Emirates, Uzbekistan, and Pakistan. Despite not recognizing the regime, some European countries are already negotiating with the Taliban.
Yes, but they are not an emirate; they are not even a government: they are terrorists. No one is telling them to stop, and several governments have even normalized relations with the Taliban, justifying this with the excuse that they have changed or that they are in power and there is no other option. Normalization is easier than accountability, but this has to change.
In September 2024, you launched a social media campaign called #LetUsExist!, denouncing the Taliban for establishing gender apartheid. This sparked a huge hate campaign against you.
Yes, I received thousands of calls from people who wanted to kill or rape me—three thousand calls in the first 48 hours—and then I stopped counting. At first, it was very difficult for me. I was in Paris and felt safe and free, but honestly, I am no longer free. I am under constant protection and cannot live my life the way I want to. I have to be careful, and I live in danger, but I don’t regret my fight because it’s hurting them.
You could have lived a quiet life in Paris, but you decided to fight. Why?
I think it’s because I don’t feel comfortable when I see injustice around me. I no longer live in my country because of a political issue, and I’d rather speak out than stay silent and do nothing. I wanted to raise my voice and fight because I didn’t feel right about everything that was happening. It’s injustice and a crime, and as an activist, I can stand up to that and be the voice of my people.
What can the West do to help Afghan women?
I feel that right now, the best way to help Afghanistan and Afghan women is to recognize the gender apartheid practiced by the Taliban as a crime, because what is happening in Afghanistan is gender apartheid. And we must recognize that this is a crime against humanity under international law. Doing so will not only bring justice to Afghan women, but it will also challenge the Taliban because it will prevent their regime from continuing to be normalized and recognized. We must stop giving the Taliban diplomatic platforms from which they are allowed to represent the Afghan people because they do not represent them. To be honest, we must cut all ties with the Taliban.
What consequences could the fall of the mullahs in Iran have for the Taliban? Do you think it would pose a serious problem for the regime?
Yes, of course. Iran is our neighbor, and its regime is a major supporter of the Taliban, who, at the same time, take many of the Islamic Republic’s measures as a model. They are different regimes but share the same ideology. The fall of the mullahs would greatly affect the Taliban because a new regime in Iran would never stand with terrorists. Iran must be free, and the regime must change, and as someone born in Iran, I believe they must be free from the ayatollahs and their ideology, and then I hope it will be Afghanistan’s turn.
Neue Zürcher Zeitung
Der Verfassungsschutz unterliegt der AfD im Eilverfahren. Das ist für die Partei mehr als nur ein Etappensieg
Das Verwaltungsgericht Köln gab der AfD vorläufig recht. Bis zu einer finalen Entscheidung darf der deutsche Inlandgeheimdienst die Rechtspartei nicht als gesichert extremistisch bezeichnen. Mehr als das muss ihn allerdings die Begründung beunruhigen.
Es sind gute Nachrichten für die AfD, die angesichts der Verwandtenaffäre jüngst mit vielen schlechten kämpfen musste. Zwar ist der an diesem Donnerstag errungene Sieg der Partei über den Verfassungsschutz nur ein vorläufiger.
Das Verwaltungsgericht Köln entschied in der Frage, ob die Partei durch den deutschen Inlandgeheimdienst als gesichert rechtsextrem eingestuft und beobachtet werden dürfe, schliesslich nicht in der Hauptsache, sondern gab nur dem von der Partei eingebrachten Eilantrag statt. Der Verfassungsschutz darf deshalb bis zu einer Entscheidung in der Hauptsache die Partei nicht als gesichert rechtsextrem einstufen und behandeln.
Entscheidender als dieser Etappensieg ist aber die Begründung, die das Gericht mitgeliefert hat. Und die liest sich wie eine Klatsche für den Verfassungsschutz. Dieser hat nach Auffassung der Richter schlicht seine Hausaufgaben nicht gemacht und wurde zum Nachsitzen verdonnert.
Das Gericht ist nicht überzeugt
Nach Auffassung der Richter gibt es innerhalb der AfD zwar Bestrebungen gegen die freiheitlich-demokratische Grundordnung. Jedoch werde die Partei dadurch «nicht in einer Weise geprägt, die dazu führt, dass ihrem Gesamtbild nach eine verfassungsfeindliche Grundtendenz festgestellt werden kann». Das freilich ist bemerkenswert, denn hier geht es um den Kern der Sache. Der Verfassungsschutz glaubte genau dafür auf 1000 Seiten hinreichend Beweise gesammelt zu haben, als er im Mai 2025 die Einstufung der AfD als erwiesen extremistische Bestrebung bekanntgab.
Doch das Gericht folgte dem nicht. So sah es jetzt beispielsweise nicht als erwiesen an, dass die AfD deutschen Staatsangehörigen mit Migrationshintergrund nur einen rechtlich abgewerteten Status zuerkennen wolle. Auch der in AfD-Kreisen bis in die Spitze hinein verwendete Remigrationsbegriff könne dafür nicht als Beleg angeführt werden. Er sei schliesslich viel zu undefiniert, als dass man daraus ableiten könnte, die AfD wolle wie der neurechte Aktivist Martin Sellner nichtassimilierbare Staatsbürger loswerden.
Der Verfassungsschutz muss also nachlegen, will er in der Hauptsache gewinnen. Dass die Richter der in Köln ansässigen Behörde nicht blind folgen werden, haben sie jedenfalls deutlich gemacht. Das ist auch gut so. Denn die Hürden für die politische Einstufung als gesichert extremistische Bestrebung sind zu Recht eben ungleich höher als jene für die Einstufung als Verdachtsfall, wo Anhaltspunkte genügen. Schliesslich sind damit für die Partei massive politische Konsequenzen verbunden. Der Weg zur Macht ist ihr damit versperrt.
Die Entscheidung dürfte der Partei deshalb auch eine Verschnaufpause in Sachen Verbotsverfahren einbringen. Ein solches wird bekanntlich bis in die CDU hinein gefordert. Wenn beim Gericht im Eilverfahren aber die Zweifel überwiegen, dass das vom Verfassungsschutz gesammelte Material genügt, dürfte dies politische Forderungen in dieser Richtung vorläufig zum Verstummen bringen. Denn diese stützen sich ganz wesentlich auf die Einschätzung des Verfassungsschutzes.
Die AfD-Führung wäre jetzt freilich schlecht beraten, sich zurückzulehnen und die Dinge laufenzulassen. Es ist offenkundig, dass es besonders in den ostdeutschen Landesverbänden Anhänger des Sellnerschen Remigrationskonzepts gibt. Zuletzt wurde Sellner von der Partei in Brandenburg und Thüringen sogar eingeladen. Die Parteiführung weiss, dass die Nähe zu Sellner toxisch ist, seit das Bundesverwaltungsgericht dessen Konzept als verfassungswidrig eingestuft hat. Folgerichtig verbot sie deshalb Veranstaltungen mit dem Österreicher.
Die Entscheidung stärkt das Vertrauen in den Rechtsstaat
Unabhängig von den politischen Folgen stärkt das Gericht mit seiner Entscheidung das Vertrauen in den deutschen Rechtsstaat. Nicht nur in AfD-Kreisen glauben viele, dass die Gewaltenteilung längst nicht mehr existiere und Richter politisch urteilten.
Dass dem nicht so ist, konnte man zwar schon vorher wissen. So kassierte das Bundesverwaltungsgericht im vergangenen Jahr das von der früheren deutschen Innenministerin Nancy Faeser verhängte Verbot des rechtsextremen Magazins «Compact». Dennoch macht die jüngste Entscheidung in Sachen AfD Hoffnung, dass die Auseinandersetzung mit der Rechtspartei nicht in Gerichtssälen, sondern in der politischen Arena gesucht wird. Denn da gehört diese Auseinandersetzung in einer Demokratie hin.
V. TECHNOLOGY
The New York Times
I Thought I Understood A.I. Companies. I Couldn’t Have Been More Wrong.
By Jason Furman,a contributing Opinion writer, was the chairman of the White House Council of Economic Advisers from 2013 to 2017.
In an era of anxiety about unchecked corporate power, artificial intelligence can seem like the most terrifying example of all. Already valued in the trillions of dollars, the industry has unparalleled influence over our collective futures, and the government’s doing nothing to rein it in. If that’s not akin to monopoly power, what is? Yet the real story of the most consequential technology of our time is strikingly different from what it seems. Instead of consolidating, as so many other industries have done, the leading edge of A.I. has become fiercely competitive. The result has been a staggering pace of innovation, significant reductions in costs and an expanding array of choices for consumers and businesses alike.
Five years ago, worries about sparse digital competition were well founded. A handful of giants — Amazon, Apple, Google, Meta and Microsoft — dominated the tech economy. Most major product categories had only two or three serious competitors, such as search (Google and Microsoft’s Bing) and mobile operating systems (Apple’s iOS and Google’s Android). When new markets like cloud computing emerged, incumbents quickly took control.
These leads were large. Google handled roughly 90 percent of search queries. And they were stable. Facebook users could not take their social graphs to a rival platform, and I am not sure how I would pry my digital life out of Apple’s ecosystem if something better came along. Certain platforms became near-mandatory gateways. Many businesses attempt e-commerce at their peril unless they go through Amazon.
I thought if anything would lock in those advantages, it would be A.I. I could not have been more wrong.
Consider the widely followed Arena leaderboard, where chatbots compete in blind, head-to-head tests. The top-ranked lab is Anthropic, a company founded just five years ago. OpenAI, which is third, is only about a decade old. A year ago, a dark-horse entrant from China pushed into contention with Google with vastly fewer resources. Some observers concluded that large companies could never move fast enough to keep up. Google, which published research in 2017 that almost everyone since has built on, responded by behaving like a start-up again. Its co-founder Sergey Brin rolled up his sleeves and got back in on the action. That made not just the company — now in second place — but the whole field more competitive.
There are no lazy monopolists in the A.I. space coasting on past advantages. Over the past year, the top spot on the Arena leaderboard has moved among those three companies, with strong performances from newer arrivals such as the Chinese company DeepSeek and the French firm Mistral — many of which require far less capital than earlier generations of A.I. companies.
Moreover, no single company dominates across A.I. areas. Anthropic currently leads in text and coding, OpenAI in text-to-image generation, xAI (founded three years ago) in image to video and Google in search-integrated A.I.
A few weeks ago, much of my feed on X was gushing about Claude Code as a research assistant and coding agent. Many of those users now seem to have shifted to OpenAI’s competing product, Codex. Switching based on features and pricing is common. Many people and businesses now use multiple models at once, a practice known as multihoming.
When you ask a question through a service like Perplexity, it may route your query to OpenAI’s, Anthropic’s, Meta’s or Mistral’s models, depending on what it expects will perform best. It is increasingly common for developers to use routers to whatever A.I. is cheapest or fastest. Business users, meanwhile, are far less locked into A.I. systems than they are into cloud services or major software platforms.
This ease of switching has forced companies to pass the gains from innovation on to users. Free tiers now offer capabilities that recently would have seemed almost unimaginable. OpenAI pioneered a $20-per-month subscription three years ago, a price point many competitors matched. That price has not changed, even as features and performance have improved substantially.
One recent analysis found that “GPT-4-equivalent performance now costs $0.40/million tokens versus $20 in late 2022.” That is the equivalent of a 70 percent annual deflation rate — remarkable by any standard, especially in a time when affordability has become a dominant public concern.
And this is only the foundational model layer. On top of it sits a sprawling ecosystem of consumer applications, enterprise tools, device integrations and start-ups aiming to serve niches as specific as gyms and hair salons.
Users aren’t the only ones switching. The people who work at these companies move from one to another, a sharp contrast to work in Silicon Valley during the era of do-not-poach agreements. Dario Amodei, the chief executive of Anthropic, used to work at OpenAI. Leaders from OpenAI, Meta and elsewhere have gone on to raise large sums for rival or complementary ventures.
This churn has helped prevent any single technological paradigm from taking control. Enormous sums of venture capital have flowed readily to alternative approaches — like world models that aim to reason about reality more directly than large language models — and incumbents cannot afford to ignore them.
For a while, Nvidia was the provider of the most desired chips, especially for the more processing-power-intensive model training runs. Late last year, however, Google’s Gemini 3 model vaulted to the top of the leaderboards by relying on a new custom-designed chip. When Anthropic overtook Google for the No. 1 spot, it did so using chips from several companies. Older companies like AMD are re-emerging as formidable designers, as are lean new A.I.-first entrants like Cerebras that are specializing in the inference the A.I. systems use to answer specific queries.
The A.I. sector may actually be too competitive, at least in the short run. Major companies lose money on each new A.I. customer because they expect today’s market share to translate into future profits. Sky-high valuations suggest investors believe them. But all the talk that we might be witnessing a market bubble proves the matter is far from settled.
Two forces may ultimately keep A.I. from financial success, even if it all works out technologically. One is the rise of open-weight models — which allow users to run and even customize the underlying systems, from companies like Meta, DeepSeek and Mistral — that cost much less to develop. They can’t perform the most advanced functions but are more than good enough for most uses and vastly better than state-of-the-art models from just a year ago. They are likely to continue placing downward pressure on prices across the board.
Another is the similarity among products. When consumers don’t see much difference among options, they default to whichever is least expensive. This pattern, which economists refer to as commoditization, is why companies are racing to differentiate their products. One way they’re doing that is by personalizing their products, which can make them more satisfying to use but also harder to leave.
At the moment, it costs hundreds of millions if not billions of dollars to enter this market, a barrier that limits the number of contenders. The success of more agile approaches may change that. If it becomes easier for new companies to jump in, then we can expect competition to go way up and profit margins to be even more elusive.
Competition is great at getting people what they want — for better or worse. If people want help with recipes, book recommendations or email drafts, a competitive market will deliver. If they want deepfakes, A.I.-generated spam and hyperaddictive misinformation, competition will deliver those, too. Neither competition nor monopoly is any guarantee against the rapid dislocation so many are worried about. Regulation may be necessary in some areas, but if so, it won’t be to break a monopoly.
You can’t enjoy the benefits of intense competition without accepting that there will be winners — and many losers. For now, policymakers and the public should recognize just how unusual this moment is. A.I. competition is delivering rapid innovation, falling prices and real choice at a pace few expected. Over time, policy will need to adapt to protect users, preserve competition and spread the gains. For the moment, the market is doing that far more than anyone would reasonably have thought possible.
https://www.nytimes.com/2026/02/25/opinion/ai-industry-competition-innovation.html
The Wall Street Journal (Pay Wall)
What AI Executives Tell Their Own Kids About the Jobs of the Future
We asked Anthropic’s Daniela Amodei and other AI luminaries about what they advise their own children on education and careers in an AI-driven world
VI. HISTORY
The Economist, Book Review (Pay Wall)
Red in tooth and claw : How China’s Communist Party seized power in 1949
Violence, terror and Soviet help mattered more than popularity
Red Dawn Over China. By Frank Dikötter. Bloomsbury Publishing; 384 pages; $33 and £25
https://www.economist.com/culture/2026/02/26/how-chinas-communist-party-seized-power-in-1949
The Economist, Book Review (Pay Wall)
The lucky ones : Life after escaping from Nazi Germany: a family’s story
Sir Michael Moritz’s brilliant memoir traces his parents’ journey and his own
Ausländer: One Family’s Story of Escape and Exile. By Michael Moritz. Profile Books; 320 pages; £20. To be published in America by Pegasus Books in September; $29.95
https://www.economist.com/culture/2026/02/26/life-after-escaping-from-nazi-germany-a-familys-story
VII. CULTURE
The New York Times
‘Scream 7’ Review: It’s Hard to Keep a Good Ghoul Down
Ghostface has returned amid a light fog of nostalgia in this reunion for some of the franchise’s most terrified faces, including Neve Campbell’s.
The mix of yuks and the yucks in “Scream 7” aren’t as tasty as other great tastes that taste great together, but after 30 years this seemingly unkillable series hasn’t entirely bled out. That’s about the only genuine surprise in this latest addition to a franchise that started in 1996 and has been regularly exhumed, refurbished and exploited, leading to hits and misses as well as a TV spinoff, spoofs (“Scary Movie”), conventions, merchandise and scholarly deep dives. In genre terms, the “Scream” movies are commonly classed asslasher movies, even if the franchise’s apparent indestructibility aligns it with other cinema undead.
“Scream 7” arrives amid a light fog of nostalgia (much like its opening scene) simply because it serves as somewhat of a reunion for some of the cycle’s more frequent participants, including the writer Kevin Williamson and the star Neve Campbell. (Both skipped No. 6, though his name was still attached.) Williamson also directed this movie (he shares a writing credit with Guy Busick), his first time in that capacity, and he’s brought along some other friends, notably Courteney Cox, Matthew Lillard and David Arquette. They’re joined by the customary support team of fresh and familiar faces, who together fulfill the usual franchise duties by cracking wise, arousing suspicion and dying in an elaborately lurid fashion.
A large part of the ghoulishly ticklish fun of the first “Scream” was how nimbly the director Wes Craven balanced genuine scares with the self-reflexive wit of Williamson’s inaugural screenplay. By the time that the first movie opened, the slasher genre seemed to have entered its senescence, its glory gory days of the 1970s safely past. A new subgenre era started soon after Drew Barrymore’s character answers the phone, and a creepy-sounding stranger asks her what her favorite scary movie is. She might be alone in a large, isolated house with big picture windows, but she’s a modern woman and a fan, and so she rattles off a few films, Craven’s “A Nightmare on Elm Street” included. Slam, bam, goodbye ma’am.
Campbell’s character, Sidney Prescott, turned out to be made of tougher stuff and managed to successfully, if temporarily, vanquish the creepy stranger, Ghostface. One of the genre’s more enduringly iconic masked villains, Ghostface carved out his place in horror’s annals with an apparently endless supply of well-honed knives, a black robe and an eerie white mask that evokes Edvard Munch’s 1893 Expressionist painting, “The Scream.” It’s hard to keep a good ghoul down, so it’s no surprise that Ghostface is back for both more slaughter and more jousting with the redoubtable Sidney in “Scream 7,” which, at once, revisits the franchise’s greatest hits, tries to re-energize its formula and suggests possible future additions.
The results are, by turns, amusing and lightly scary, though never truly surprising. Sidney has settled down in Pine Grove, a generic small town so quaintly old-fashioned that it even has a movie theater on its main drag. (There’s a horror flick on the marquee, “Texas Chainsaw Massacre,” a hat tip to another slasher series.) At least outwardly, Sidney seems to have a happy life, complete with a husband, Mark (Joel McHale), and a teenage daughter, Tatum (Isabel May). Two other children are conveniently away visiting a relative, presumably because they’re too young to meet the kind of entertainingly disgusting death that this series requires. Tatum’s circle of friends, on the other hand, easily meet the slasher age requirement.
After an overlong opener that’s heavy on the meta-madness, Williamson settles into a groove with a story that riffs on the first film while gleefully amping its ick factor. The plasma flows more easily than the movie does amid the unnerving noises, shadowy rooms, pop-culture nods, self-aware winks and disposable characters, some of whom have apparently never watched a single horror movie or have ignored (naughty, naughty) the genre’s important lifesaving lessons. The youngsters are generally charming, though much of this movie’s enjoyment comes from just watching Campbell and Cox sync up like B-movie versions of Joan Crawford and Eve Arden in “Mildred Pierce,” just a couple of dames sitting and running down memory lane with laughs, shrieks and the kind of skill set that every woman should have.
Scream 7
Rated R for slasher movie horror. Running time: 1 hour 54 minutes. In theaters.
https://www.nytimes.com/2026/02/26/movies/scream-7-review-neve-campbell.html
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
«Weissrussland ist ein Folterlabor», sagt Sasha Filipenko
Der weissrussische Bestsellerautor hat mit «Die Elefanten» eine komisch-düstere Parabel über den Umgang mit politischer Repression geschrieben. Gespräch mit einem Unermüdlichen.
Sasha Filipenko: Die Elefanten. Diogenes, Zürich 2026. 256 S., Fr. 35.–.
Für das, was Sasha Filipenko zu berichten hat, redet er erstaunlich gelassen. Nur einmal, als er länger von dem Diktator Lukaschenko spricht, spürt man die Verausgabung. «Ich brauche Zucker», sagt er und bestellt sich eine Cola. Dann geht es weiter.
Das Gespräch findet im Literaturhaus Basel statt. 2020 verhängte das weissrussische Regime ein Strafverfahren gegen den Schriftsteller. Seither ist Basel Filipenkos Exilheimat. Bei einer Einreise nach Russland oder Weissrussland droht ihm die Verhaftung, seine Familie in Weissrussland hat er seit Jahren nicht gesehen. Was er tut, um abzuschalten? Fünfmal die Woche boxen.
Sasha Filipenko, 41, stammt aus einer russisch-ukrainisch-weissrussischen Familie. Er wurde in Minsk geboren, studierte Literatur in St. Petersburg, arbeitete als Gag-Schreiber und Fernsehmoderator für eine Satireshow. In seinem neusten Buch, «Die Elefanten», wird eine Stadt von Elefanten eingenommen. Obwohl die Angreifer kaum zu übersehen sind, tut ein Grossteil der Bevölkerung so, als seien die Tiere gar nicht da. Es ist eine Parabel über den Umgang mit Repressionen. Eine Frage, die gerade nicht nur in Russland und Weissrussland, sondern auch in Amerika und Europa brennend diskutiert wird.
Herr Filipenko, Ihr neues Buch «Die Elefanten» handelt buchstäblich vom Elefanten im Raum. Wieso diese Metapher?
Als Russland im Februar 2022 die Ukraine angriff, musste ich ständig daran denken. Die russische Bevölkerung zieht es vor, über diesen Krieg zu schweigen. Die Leute wollen keine klare Diagnose, sie wollen nicht wissen, was mit ihrer Gesellschaft passiert. Es ist, als gingen sie für eine Untersuchung zum Arzt und man sagte ihnen: Oh, Sie haben aber einen schönen Krebs. Der Krieg ist der Elefant im Raum.
Hatten Sie keine Bedenken, dass dieses Sprachbild etwas plump sein könnte?
Zuerst zweifelte ich daran, ein ganzes Buch an dieser Redewendung aufzuziehen. Aber dann dachte ich: Es ist ein klares und adäquates Bild. Jeder hat seinen Elefanten. Natürlich geht es in dem Buch vor allem um Putins Krieg gegen die Ukraine, aber man kann es auch im Hinblick auf die amerikanische Gesellschaft unter Donald Trump lesen. Oder auf die Situation in Deutschland mit der AfD. Mich interessiert die Frage, für welchen Umgang mit Autoritarismus wir uns entscheiden. Aber es geht mir auch um meine Freiheit als Schriftsteller. Ich sagte mir: Natürlich kann ich über den Elefanten im Raum schreiben, ich kann schreiben, worüber ich möchte.
In Weissrussland, Ihrem Heimatland, ist Ihr Buch verboten.
Die Regierung hat aufgrund des Romans sogar ein neues Strafverfahren gegen mich eröffnet. Das Buch wurde als «extremistisch» eingestuft und zensiert. Jedes Mal, wenn ich in einem Interview darüber spreche, wie jetzt mit Ihnen, wird mein Strafmass erhöht.
2020 gab es in Weissrussland Massenproteste gegen den Diktator Lukaschenko und sein Regime. Wie ist die Lage momentan?
Es ist katastrophal. In den letzten fünf Jahren hat sich nichts geändert. Jeden Tag werden Menschen verhaftet. Das Land ist ein Folterlabor. Die Bevölkerung ist völlig unfrei. In Weissrussland leben neun Millionen Menschen, so viele wie in der Schweiz. Inzwischen haben mehr als eine Million Menschen das Land verlassen. Wissen Sie, nach manchen Problemen, die die Menschen in Europa haben, sehnen wir Weissrussen uns regelrecht.
Wie meinen Sie das?
Einmal fragte mich ein Journalist, wo ich mich politisch verorten würde – links oder rechts. Aber das kann ich gar nicht beantworten, da es in Weissrussland nicht einmal Parteien gibt. Wir Weissrussen träumen davon, unsere politische Identität zu kennen. Wir träumen davon, nicht mehr nur mit fundamentalen Problemen beschäftigt zu sein, wie Verfolgung und Folter.
Europa und die USA schauen vor allem auf Russland und die Ukraine. Woher kommt die Blindheit gegenüber Weissrussland?
Noch 2020 galt der Mut der weissrussischen Zivilbevölkerung in Europa als beispielhaft. Inzwischen haben viele Europäer aufgrund von Lukaschenkos Anbiederungen bei Putin das Gefühl, Weissrussland sei bereits Teil von Russland.
Russland hat Raketen in Weissrussland stationiert. Moskau und Minsk führen gemeinsame Militärmanöver durch.
Das ist für uns Weissrussen sehr hart. Wir brauchen Unterstützung im Kampf gegen Lukaschenko. Europa muss verstehen, dass wir nicht zu Russland gehören, wir brauchen ein klares Signal in Richtung Moskau, dass wir ein unabhängiger Staat sind. Schon im Ersten und im Zweiten Weltkrieg war Weissrussland reine Szenerie für die Kriege anderer. Deutsche, Russen – immer war irgendeine Besatzungsmacht da. Und die Weissrussen sagten: Halt, das ist nicht unser Krieg!
In Ihrem Buch thematisieren Sie verschiedene Reaktionen auf politische Repressionen: abstreiten, kleinreden, weggucken, abwarten. Was ist Ihrer Meinung nach die konstruktivste und kraftvollste Form des Widerstands?
Mein Job als Schriftsteller ist es, Fragen zu stellen. Ich kann keine Antworten geben. Jeder sollte selbst entscheiden, was er oder sie tun würde. Es hängt davon ab, wie mutig man ist. Für mich war immer klar, dass ich mich als Schriftsteller und Aktivist wehren muss.
Auch Pawel, der Protagonist Ihres Buches, wehrt sich. Er ist der Einzige, der den Elefanten im Raum sieht, ihn benennt, versucht, die Repressionen abzuwenden. Aber er zahlt einen enorm hohen Preis.
Alle meine Bücher handeln von einem Mann, der versucht, die Gesellschaft zu verändern. Es scheint, dass ich mich immer für den Idioten im Sinne Dostojewskis interessiere. Für den, der sich mit der Gesellschaft anlegt und in den Augen «normaler» Bürger etwas verrückt erscheint.
Selbst Pawels grosse Liebe entpuppt sich als Regimeanhängerin. Er will es bis zum Schluss nicht wahrhaben. Gab es diese Enttäuschung über geliebte Menschen auch in Ihrem Leben?
Ich habe Freunde und Familie in Weissrussland, Russland und in der Ukraine. Einige meiner russischen Freunde verliessen nach Kriegsausbruch das Land, um etwas gegen Putin zu tun. Andere blieben und schwiegen. Meine Grosscousine zum Beispiel sagte mir: Wenn die Situation schlimmer wird, werde ich gehen. Da war der Krieg bereits ausgebrochen. Ich sagte: Was, um Himmels willen, könnte denn noch schlimmer werden? Inzwischen sprechen wir nicht mehr miteinander. Millionen Leute schauen weg. Man kann einfach nicht verstehen, wie gute, schlaue Freunde sich nicht wehren oder sich sogar anbiedern.
Trotz aller Grausamkeit muss man bei der Lektüre Ihres Buches immer wieder laut lachen. Wie gelingt Ihnen das?
In finsteren Zeiten ist Humor eine Waffe. Viele Leser fragen mich: Kannst du nicht einmal ein schönes, lustiges Buch schreiben, ohne Dunkelheit? Ich schreibe einfach auf, was ich beobachte, das ist alles. Ich möchte verstehen, warum so viele Krieg und Schrecken nicht sehen wollen, nichts dagegen unternehmen.
Glauben Sie, Literatur und Kunst können etwas gegen das Schweigen tun?
Schreiben ist Sisyphusarbeit. Man realisiert, dass man nichts ändern kann, aber man muss es trotzdem probieren. Die Leute fragen mich: Ist es wirklich nötig, nochmals über den Gulag zu schreiben? Wir hätten schon so viele Bücher, die davon erzählten. Ich bin mir sicher, dass wir noch Tausende solcher Bücher schreiben müssen! Unser Gedächtnis ist wie das eines Fisches. Wir vergessen alles sofort.
Ihre Kindheit ist von politischen Umbrüchen geprägt. 1991 brach die Sowjetunion zusammen, und nur drei Jahre später kam Lukaschenko an die Macht. Gab es auch sorgenfreie Zeiten?
Meine Kindheit war wunderbar. Ich war sehr glücklich. Ich verstand nichts von Politik und verbrachte meine ganze Zeit in irgendwelchen Minsker Hinterhöfen. Wir spielten auf der Strasse, fühlten uns sicher. Ich kam im Dezember 1991, zwei Wochen nach dem Untergang der Sowjetunion, in die Schule. Alles war im Wandel, die Menschen waren offenherzig und voller Hoffnung. Wir hatten eine neue Flagge, ein neues, demokratisches Weissrussland. Leider dauerte es nur drei Jahre, bis Lukaschenko an die Macht kam.
Das war 1994. Sie waren damals zehn Jahre alt.
Ich erinnere mich noch genau an den Tag der Wahlen. Wir waren in unserer Datscha, unserem Landhaus in Weissrussland, und schauten Fernsehen. Mein Vater verstand sofort, was passierte. Er sagte: Das wird ein Desaster. Es ging wahnsinnig schnell. Lukaschenkos diktatorische Maschinerie funktionierte auf Anhieb. Er ist ein äusserst gerissener Diktator. Einer der besten, wenn man das so sagen kann. Er hält sich seit dreissig Jahren an der Macht und balanciert zwischen Putin und der EU.
Sie studierten Literatur in Minsk – bis Lukaschenko die Universität 2004 schloss.
Die Universität war ihm zu offen, zu europäisch. Wir versuchten uns mit einer Protestaktion zu wehren. Gemeinsam mit etwa zehn Kommilitonen setzte ich mich auf der Hauptstrasse in Minsk auf den Boden und las. Wir wollten zeigen: Wenn wir keine Universität mehr haben, studieren wir halt auf der Strasse. Schon wenige Minuten später kam ein Polizist. Er schaltete sein Funkgerät ein und sagte: «Ich bin auf der Strasse, hier sitzen Leute und lesen.» Der Polizist am anderen Ende der Leitung sagte: «Und?» – «Ich weiss auch nicht, aber irgendetwas stimmt nicht.» Es war völlig absurd. Wir wurden sofort festgenommen.
Lukaschenkos Regime wurde immer brutaler. 2020 leitete Weissrussland ein Strafverfahren gegen Sie ein.
Als die Polizei vor meiner Tür stand, um mich festzunehmen, war ich schon auf dem Weg in die Schweiz. Ich wusste, dass sie kommen würden. Am Abend zuvor waren bereits zwei Personen verhaftet worden, mit denen ich gegen Lukaschenko protestiert hatte. Ich dachte, ich würde nur vorübergehend in der Schweiz bleiben, vielleicht drei Monate. Aber dann wurde die Situation in Weissrussland immer schlimmer.
Seitdem haben Sie Ihre Familie in Weissrussland nicht gesehen?
Nein, seit fünf Jahren haben wir nur Telefonkontakt. Ich würde bei der Einreise sofort verhaftet werden. Ich habe Freunde, die per Zoom an den Beerdigungen ihrer Eltern teilnahmen. Selbst Angehörige, die für eine Beisetzung ins Land gekommen waren, wurden noch am Friedhof festgenommen. Der Arm des Regimes reicht bis ins Krematorium.
Was sagen Ihre Angehörigen über die Situation in Weissrussland?
Meine Grossmutter ist jetzt 86, sie arbeitet noch immer als Übersetzerin in der Akademie der Wissenschaften. Sonst könnte sie in Weissrussland nicht überleben. Wenn wir telefonieren und ich sie nach den neusten Verhaftungen frage, sagt sie: Nein, nein, da war gar nichts. Sie weiss, dass man uns abhört. Die Menschen in Weissrussland können überhaupt nichts sagen. Mein Vater wurde für vierzehn Tage festgenommen und verhört. Sie sprachen vor allem über mich.
Ihre Eltern können nicht ausreisen?
Ihr Pass ist abgelaufen, und die Behörden verlängern ihn einfach nicht. Es ist reine Schikane. Auch mein Pass wird im nächsten Jahr ablaufen. Keine Ahnung, was ich dann mache.
Sie leben inzwischen seit sechs Jahren in der Schweiz. Wie geht es Ihnen?
Es ist nicht einfach für mich. Ich bin sehr dankbar, es ist wunderschön hier, das schon. Aber ich fühle mich nicht zu Hause. Eher wie ein Fisch in einem Brunnen mit schönem, klarem Wasser. Aber ich vermisse meine trübe Brühe in Minsk.
https://www.nzz.ch/feuilleton/weissrussland-ist-ein-folterlabor-sagt-sasha-filipenko-ld.1925459
February 26, 2026 (Today’s Summary)
IRAN: U.S. AND ISRAEL ARE GETTING EVER CLOSER
The Wall Street Journal (Pay Wall)
In a First, U.S. Deploys Combat Jets to Israel for Potential Wartime Mission in Iran
In prior years, the U.S. took pains to avoid highlighting how closely it worked with Israel
WELFARE STATE
The Economist (Pay Wall)
Social surprise : America’s welfare state is more European than you think
State-level policies are making up for stingy federal provision
ench capital. But they are no longer an entire ocean apart. ■
IMMIGRATION AND THE WELFARE STATE (MILTON FRIEDMAN)
Milton Friedman: ”Why is it that free immigration was a good thing before 1914, and free immigration is a bad thing today? Free immigration, in the same sense that we had before 1914, is not possible today. Why not? Because it is one thing to have free immigration to jobs. It is another thing to have free immigration to welfare. And you cannot have both. If you have a welfare state, if you have a state in which every resident is promised a certain minimum level of income, or a minimum level of subsistence, regardless of whether he works or not, produces it or not, it really is an impossible thing. If you have free immigration in the way in which we had it before 1914, everybody benefited. The people who were here benefited. The people who came benefited, because nobody would come unless he, or his family, thought he would do better here than he would elsewhere. And the new immigrants provided additional resources, provided additional possibilities for the people already here. So everybody could mutually benefit.”
EUROPE’S ECONOMY
The Economist (Pay Wall)
Charlemagne : Luxury goods are Europe’s global tax on vanity
How to trade cachet for dollars and yuan
https://www.economist.com/europe/2026/02/25/luxury-goods-are-europes-global-tax-on-vanity
THE ECONOMY OF ILLEGAL DRUGS
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Economics of Illegal Drugs
Mr. Fryer, a Journal contributor, is a professor of economics at Harvard, a founder of Equal Opportunity Ventures and a senior fellow at the Manhattan Institute.
As a teenager I saw the war on drugs up close. Then I studied it as an economist and saw it differently.
https://www.wsj.com/opinion/the-economics-of-illegal-drugs-ae89f0fa?mod=opinion_lead_pos5
EUROPE’S ECONOMY
Politico
One Europe. One market. Time to complete the EU single market
By Enrico Letta is a former prime minister of Italy and now president of the Institut Jacques Delors. He isalso Dean of the IE School of Politics, Economics, and Global Affairs at IE University.
Getting to one EU market is not about treaty change. The actions we need are already possible.
In a world reshaped by Trump and by the accelerating logic of geopolitical competition, Europe needs an answer that is both realistic and ambitious. The strongest response the EU can offer is to complete the single market.
For decades, it has been Europe’s strongest asset, the backbone of our prosperity, and increasingly the cornerstone of our sovereignty. And yet, in the areas that matter most, we still do not have one market. We have the sum of 27 national markets.
This fragmentation is not a technical flaw. It is a political and strategic weakness. We pay for it in higher costs, weaker investment, slower innovation, and reduced capacity to act in the world. Europe’s problem is not diagnosis. The problem is speed, ownership and political commitment.
This is why we need a bold political commitment to strengthen and complete the single market. We need an agreement that creates a fast track for the steps required to complete it, endorsed by the presidents of the EU institutions. It should have a name that matches its ambition: the One Market Act.
In 1992, Europe moved from a common market to a single market. Now we need the next step: one market. This is not about treaty change. The actions we need are already possible under the existing framework. We can act immediately. The tools are there; what Europe needs is execution.
The One Market Act should focus on a limited package of true game-changers. Not dozens of files. A small number of priorities, chosen because they reinforce each other and strike at the heart of fragmentation.
Three priorities are sectoral.
The first is financial services. Europe’s public budgets are constrained, but Europe holds vast private savings. A true savings and investments union is how we can channel capital into European companies, strengthen our industrial base, and support the international role of the euro.
The second is energy. Without stronger interconnections, Europe will remain exposed to bottlenecks, volatility and avoidable costs. Completing the energy union is not only a climate priority. It is a competitiveness and security priority.
The third is connectivity. Europe cannot claim technological sovereignty while its telecom sector remains weak and fragmented. This requires swift delivery on the Digital Networks Act, and the political courage to enable investment and consolidation at continental scale.
But a modern single market also depends on horizontal enablers.
The Fifth Freedom is essential: the free flow of knowledge, data, research and skills. Without it, Europe will keep paying the strategic cost of non-innovation.
The same logic applies to the 28th regime. Europe does not lack ideas and talent. It lacks a framework that allows companies to scale across borders with simplicity. A truly European company regime would keep investment and ambition in Europe.
Finally, the single market will only remain politically sustainable if it protects the freedom to stay. Mobility must remain a choice, not an obligation. A stronger market must go hand in hand with cohesion, essential services, SMEs and a robust social dimension.
This cannot become another long-term strategy. Europe needs a final deadline, 2028, and intermediate milestones in 2026 and 2027.
Timing is key. Europe must prove that Europe can act, not just react. We need the One Market Act.
https://www.politico.eu/article/time-complete-eu-european-single-market-next-step/
WORLD ECONOMY: MILEI
Contrepoints
L’Argentine de Milei atteint 4,4 % de croissance : la gauche étatiste à court d’arguments !
Depuis son apparition sur la scène politique argentine et internationale, Javier Milei a provoqué de vives réactions chez de nombreux responsables de gauche, particulièrement en France. Sur X, Olivier Faure (PS) dénonçait un « feu d’artifice réactionnaire en Argentine. Le libéralisme chimiquement pur ». Yannick Jadot (EELV) qualifiait pour sa part Javier Milei de figure inquiétante en affirmant que « l’internationale de l’extrême-droite a produit son pire monstre politique ». Sandrine Rousseau (EELV) ajoutait : « pour ne pas agir nous sommes prêts à mettre les pires au pouvoir. Bientôt la France ? ». Et Clémentine Autain (ex-LFI) avait apporté son « soutien aux Argentin.es qui lui résisteront ».
Même Stéphane Séjourné, Commissaire européen chargé du marché intérieur et des services (membre de Renaissance et ancien du PS), affirmait sur X : « L’Argentine a fait démocratiquement le choix de l’aventure populiste d’extrême-droite. […] Mais répétons-le encore et encore : à chaque fois, ces expériences se soldent par un échec et de la souffrance ».
Pourtant, la gauche, qui se présente comme le défenseur des plus démunis, ne peut pas nier les faits. Le taux de pauvreté en Argentine est aujourd’hui au plus bas depuis 2010, et les données économiques publiées par l’INDEC (Instituto Nacional de Estadística y Censos) le 24 février 2026 sont tout aussi encourageantes. L’estimation mensuelle de l’activité économique (EMAE) pour décembre 2025 enregistre une croissance de 3,5 % par rapport à décembre 2024 et de 1,8 % par rapport à novembre en données désaisonnalisées. Sur l’ensemble de l’année, la moyenne annuelle de l’EMAE progresse de 4,4 % par rapport à 2024. En décembre 2025, l’indice qui mesure le niveau d’activité économique corrigé des variations saisonnières (base 100 en 2004) atteint 155,5 – soit son niveau le plus élevé depuis 2022.
Onze secteurs d’activité composant l’EMAE ont affiché des hausses en décembre, avec en tête le secteur agricole (+32,2 % en glissement annuel), porté par une production historique de blé, et l’intermédiation financière (+14,1 %). Si l’industrie manufacturière (-3,9 %) et le commerce (-1,3 %) ont légèrement reculé, l’ensemble de l’économie présente un rebond généralisé, contrastant fortement avec les années de gestion péroniste.
En 2025, le bilan économique de Javier Milei apparaît donc remarquable, surpassant largement ce que la gauche péroniste a produit dans des conditions comparables. Inflation maîtrisée, pauvreté en recul et croissance soutenue : la logique interventionniste et centrée sur des programmes de gauche-marxiste, qui n’a jamais permis une prospérité durable, continue de se heurter à des faits indiscutables.
RUSSIA SANCTIONS AND THE WORLD ECONOMY
Le Figaro
« On parle d’un volume énorme de pétrole » : l’or noir zombie de la flotte fantôme russe perturbe le marché
DÉCRYPTAGE – Les sanctions internationales, considérablement durcies, privent d’acheteurs un volume significatif de pétrole russe, iranien ou vénézuélien.
Combien sont-ils, leurs cuves pleines d’or noir, à errer ou à stationner en mer, sans destination parce que sans acheteur pour leur cargaison ? « Probablement 150 à 200 tankers », avance un trader, « pour ce qui concerne le seul pétrole russe ». Depuis plusieurs mois, une partie significative de la « flotte fantôme » – qui arbore des pavillons de complaisance et est dédiée au commerce du pétrole sous sanctions russe, iranien, ou, jusque très récemment, vénézuélien – est en déshérence. « Ce qu’on observe sur le marché, c’est qu’il y a de plus en plus de pétrole russe qui est, comme on dit, “sur l’eau”, c’est-à-dire qu’il est dans des pétroliers, mais il ne trouve pas d’acheteur », expliquait mi-février dans « Ecorama » le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné.
Bas du formulaire
Le phénomène est directement lié au durcissement récent des sanctions qui frappent le pétrole russe en particulier, à la fois au départ, en transit, et à l’arrivée de son périple interlope. Depuis le 21 novembre dernier, les deux grandes compagnies russes de production pétrolière, Lukoil et Rosneft, sont des entités sanctionnées par les autorités américaines. Quiconque travaille avec elles est passible de sanctions dites « secondaires » aux États-Unis. L’Union européenne a par ailleurs ajouté les produits raffinés issus de brut russe à la liste des produits qu’elle bannit de ses approvisionnements. « L’achat de pétrole russe est devenu toxique. Y compris sur le marché parallèle qui s’était créé après le début de la guerre en Ukraine », explique Jean-François Lambert, président de Lambert Commodities.
« Nous avons décidé de les traquer »
En mer, « il y a une chasse aux bateaux russes », décrivait Patrick Pouyanné. Sur France 2 lundi, l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la marine, a estimé à « un millier » le nombre de bateaux qui « essayent de contourner l’ensemble des sanctions européennes sur l’export de pétrole russe ». « Nous avons décidé de les traquer », a-t-il affirmé. Au moins 600 ont été identifiés et individuellement inscrits sur liste noire par l’Union européenne, le Royaume-Uni, et les États-Unis. Plusieurs ont été arraisonnés, comme le Bocaray, au large des côtes atlantiques françaises en septembre, et le Grinch, en Méditerranée, au mois de janvier.
À destination, la situation s’est aussi beaucoup compliquée. La menace des sanctions secondaires dissuade les acheteurs, y compris sur le marché gris du pétrole sanctionné. Depuis 2022, deux pays se sont imposés comme les principaux interlocuteurs de Moscou pour se faire livrer l’or noir russe : la Chine et l’Inde. Mais l’Inde a drastiquement réduit ses volumes d’achat. Ils étaient, à 1,14 million de barils/jour en janvier, au plus bas depuis décembre 2022. Début février, Narendra Modi a conclu un accord commercial avec les États-Unis. Le premier ministre indien a « accepté d’arrêter d’acheter du pétrole russe » et s’est engagé à acquérir « plus de pétrole auprès des États-Unis et, potentiellement, du Venezuela (dont les États-Unis assurent la commercialisation depuis l’arrestation de Nicolas Maduro, NDLR) », avait alors affirmé Donald Trump.
Un acheteur vous manque et tout est dépeuplé ? La Chine poursuit comme si de rien n’était ses achats de pétrole russe. Mais Pékin ne compense pas la désertion des autres. Pas question pour Xi Jinping de trop dépendre de Vladimir Poutine : la Chine s’en tient à une limite implicite de 20 % de ses approvisionnements.
Le « pétrole sur l’eau », nouvel indicateur clé pour le marché
Cette nouvelle donne conduit les professionnels du marché de l’or noir à s’intéresser à un nouvel indicateur, aux côtés des classiques données de production, de stocks, de consommation et de marges de raffinage. Le chiffre qui les préoccupe désormais, c’est celui du « pétrole sur l’eau » (« oil at sea », ou « oil on water »). « Le total de pétrole en mer a augmenté d’un montant stupéfiant de 248 millions de barils au cours de l’année 2025, dont 179 millions de barils provenaient de pétrole sanctionné », écrit l’Agence internationale de l’énergie dans son dernier rapport mensuel, mi-février.
Les prix mondiaux du pétrole n’ont pas baissé malgré un excédent mondial. L’une des principales raisons de ce décalage est qu’une grande partie de cet excédent mondial s’est traduite par une augmentation des stocks de pétrole brut sanctionné « bloqué en mer
Les analystes de Goldman Sachs
Ce volume exceptionnellement élevé de pétrole sur l’eau a des conséquences sur les prix, puisqu’il stérilise une partie de la production, au moment où celle-ci est nettement excédentaire, ce qui devrait, selon les canons des marchés des matières premières, tirer les prix vers le bas. « On parle d’un volume énorme, c’est une épée de Damoclès pour le marché », explique un spécialiste du trading. « Les prix mondiaux du pétrole n’ont pas baissé malgré un excédent mondial. L’une des principales raisons de ce décalage est qu’une grande partie de cet excédent mondial s’est traduite par une augmentation des stocks de pétrole brut sanctionné « bloqué en mer », écrivent les analystes de Goldman Sachs. Les traders ont en réalité les yeux rivés sur les mouvements de deux flottes : la flotte fantôme, et l’armada américaine rassemblée en vue de frappes potentielles sur l’Iran, susceptibles d’embraser le Moyen-Orient.
Alors qu’ils dégringolaient fin 2025, les cours du pétrole sont ainsi repartis à la hausse depuis le début de l’année. Le WTI américain est à près de 66 dollars (contre 57 dollars au 1er janvier), le brent européen à 71 dollars (contre 60 dollars).
Cet étrange marché à deux vitesses a deux autres conséquences. La première se lit dans les prix du transport maritime d’hydrocarbures. L’immobilisation d’un nombre croissant de tankers et le besoin de la Russie de faire voyager plus longtemps et plus loin son pétrole participent à l’envolée des taux de fret. Ce n’est pas le moment de louer un VLLC, un tanker de grande capacité (2 millions de barils) : il en coûte 100 000 dollars la journée. C’est deux fois plus cher que fin 2025.
Le deuxième effet, le plus significatif, se lira dans les comptes de l’État russe. Le marché s’attend à ce que la Russie soit bientôt contrainte à réduire sa production. Pour l’heure, elle est obligée de casser ses prix comme jamais : le pétrole de l’Oural s’achète ces jours-ci à peine plus de 40 dollars le baril. Dans sa note du 24 février, marquant les quatre ans de la guerre en Ukraine, le CREA (Center for Research on Energy and Clean Air) relève que « les recettes de la Russie provenant des exportations de combustibles fossiles ont chuté de 19 % en glissement annuel et sont désormais inférieures de 27 % aux niveaux enregistrés avant l’invasion ».
GERMANY’S ECONOMY
Neue Zürcher Zeitung
Deutschlands einflussreichster Ökonom kritisiert die Politik: «Wir laufen rückwärts in die Zukunft»
Moritz Schularick ist Präsident des Kiel-Instituts für Weltwirtschaft und Professor für Volkswirtschaftslehre an der Pariser Universität Sciences Po. Er gilt als einer der einflussreichsten Experten zur deutschen Wirtschaftspolitik.
Mit Autos und Chemie wird die deutsche Wirtschaft nicht mehr wachsen, sagt Moritz Schularick. Chancen sieht er hingegen bei der Aufrüstung – aber nur, wenn sich die Europäer von den USA befreien.
Er hatte der Politik zum Coup verholfen: Vor einem Jahr erklärte der Ökonom Moritz Schularick mit drei Kollegen in einem Forschungspapier, wieso Deutschland fast eine Billion Euro an der Schuldenbremse vorbei in Aufrüstung und Infrastruktur investieren soll. Wenige Tage später schnürten die Unionsparteien und die SPD das grösste Schuldenpaket der deutschen Nachkriegsgeschichte.
Jetzt sitzt Schularick in seinem Büro, trinkt Tee und ist enttäuscht. Er findet: Die Bundesregierung müsste die neuen Möglichkeiten noch viel besser nutzen.
Herr Schularick, wird das noch was mit Deutschland?
Die Hoffnung, dass sich das politische System aufrappelt und die notwendigen Kurskorrekturen vornimmt, habe ich noch nicht aufgegeben.
Nach jahrelanger Stagnation wächst die Wirtschaftsleistung Deutschlands zwar wieder leicht, trotz reichlich Staatsgeld sind die Wachstumsprognosen aber bescheiden. Warum?
Wir haben im letzten Jahr mit der Grundgesetzänderung und dem Sondervermögen zwar Voraussetzungen geschaffen, um drängende Probleme in der Verteidigung und der Infrastruktur anzugehen. Ein Teil des Geldes fliesst nun in den Staatskonsum statt in Investitionen, was nicht im Sinne des Erfinders war. Das Hauptproblem löst man aber nicht mit mehr Geld. Es ist gut, wenn die Bahn wieder pünktlich fährt. Doch Wachstum kommt nicht durch reparierte Brücken, sondern durch neue Ideen.
Was meinen Sie damit?
Im Kern hat Deutschland ein Technologieproblem. Wir haben im digitalen Bereich und in der Hochtechnologie den Anschluss verloren, vieles im Land funktioniert noch immer wie vor vierzig Jahren. Wir sind die Besten in den Technologien des 20. Jahrhunderts, aber nicht mehr in denen des 21. Jahrhunderts.
Wieso hat Deutschland den Wandel verpasst?
Der Leistungsdruck war nicht gross genug. China und andere Schwellenländer haben deutsche Technologien massiv nachgefragt, das alte Modell funktionierte also ziemlich lange gut. Im Vergleich zur Schweiz beispielsweise hat Deutschland den Schritt von der Basis-Chemie hin zur forschungsintensiven Pharmazeutik nie konsequent vollzogen. Noch bis 2022 haben Unternehmen in Deutschland in erheblichem Umfang Dünger produziert – ein Produkt, das ausser Energie wenig zusätzliche Wertschöpfung erfordert. Während die anderen sich weiterentwickelten, haben wir uns zurückgelehnt. Niemand merkte, wie das Fundament bröckelte. Das ist wie vor einer Finanzkrise: Die Probleme brauen sich dann zusammen, wenn alle denken, es laufe prima.
Welche Zukunft hat das deutsche Wirtschaftsmodell, das vom Export von Industriegütern geprägt ist?
Ich glaube nicht, dass von den Dinosaurierindustrien das künftige Wachstum kommt. Stahl, Grundlagenchemie und Verbrennerautos werden nicht die Wachstumstreiber des nächsten Jahrzehnts sein. Eigentlich wissen das alle. Und doch verläuft die wirtschaftspolitische Debatte defensiv. Politiker sprechen vom Bewahren und Erhalten, statt vom Erschaffen. Wir laufen rückwärts in die Zukunft.
Das deutsche Wirtschaftssystem funktioniert korporatistisch, viele Unternehmen haben ihren Ursprung in der Gründerzeit des 19. Jahrhunderts. Was lässt Sie glauben, dass in einem solchen System dennoch ein Technologiewandel gelingt?
Es gibt in Deutschland gute Forschung und tolle Universitäten. Aber die Beharrungskräfte im System sind enorm, etwa im Arbeitsmarkt. Dinge wie Kündigungsschutz oder starre Tarifbindungen sind Relikte der Industriegesellschaft. Die Hürden für Neugründungen sind hoch: Wenn Sie in Deutschland einfach mal etwas ausprobieren wollen und dafür zwanzig Leute einstellen, werden Sie diese nie wieder los, sollte Ihr Projekt scheitern. Viele der grossen Unternehmen sind träge, Innovation verläuft bei ihnen nur inkrementell. Ohne den Druck von Tesla würde Mercedes wahrscheinlich heute noch die lenkbare Hinterachse der E-Klasse optimieren.
Politisch lässt sich das Bewahren besser verkaufen als ein unsicherer Wandel. Woher soll also der Anstoss kommen?
Die Unzufriedenheit in Deutschland ist gross. Die Wahlerfolge extremer Parteien haben viel mit einer wahrgenommenen Handlungsunfähigkeit des Staates zu tun – ob bei der Bahn, dem Wohnungsmarkt oder der Digitalisierung. Den Politikern sollte klar sein, dass es Veränderung braucht.
Wo sehen Sie Chancen für Wachstum?
Meine grösste Hoffnung ruht auf den Investitionen in Sicherheit und Verteidigung. Um in zehn Jahren sicher zu leben, werden wir autonome Systeme, Satelliten, KI und Robotik weiterentwickeln müssen. Das sind genau die Felder, in denen Deutschland in den letzten Jahren den Anschluss verpasst hat. Dieser Wettbewerbsdruck kann politische Widerstände überwinden. Das nötige Geld dafür hätte Deutschland nun.
Rüstungsgüter nützen aber nur in einer unsicheren Welt.
Ich habe keinen Zweifel, dass sie das bleiben wird.
Und wie entsteht aus höheren Verteidigungsausgaben dann Wirtschaftswachstum?
In der Ukraine werden immer mehr autonome Waffensysteme genutzt, weil man damit mit wenigen Soldaten grosse militärische Wirkung haben kann. Verbessern sich diese Technologien, entstehen dadurch enorme Chancen für den zivilen Bereich, etwa beim autonomen Fahren unter extremen Bedingungen. Statt Tausende Radpanzer für das Jahr 2035 zu bestellen, hätte die Bundeswehr besser Daimler Truck einen 10-Milliarden-Auftrag zur Entwicklung von autonomen Militärfahrzeugen erteilt. Das wäre die Basis für den LKW der Zukunft.
Wie lässt sich der Vorsprung der Amerikaner und Chinesen in diesem Bereich denn überhaupt noch aufholen?
Das intellektuelle Potenzial hätten wir. Es mangelt aber an der industriellen Skalierung. Wir produzieren in der Verteidigung noch Liebhaberstücke, während Leute wie Elon Musk massentaugliche Satellitenkonstellationen wie Starlink hochziehen. Mit einem Manhattan Project auf europäischer Ebene liesse sich die Lücke schliessen.
Wieso auf europäischer Ebene? Es gibt doch mit der Nato bereits ein Verteidigungsbündnis.
Die Nato beruht auf der Prämisse, dass die Amerikaner da sind, wenn wir sie brauchen. Jetzt orientieren sich die Amerikaner neu, sie konzentrieren sich auf den Pazifik. Im letzten Jahr haben sie die Europäer sicherheitspolitisch erpresst. Die Reaktion muss eine Bündelung europäischer Fähigkeiten sein, gemeinsame Militärstrategien und geteilte Waffensysteme. In den Gremien der Europäischen Union lässt sich das kaum schnell genug beschliessen, sie sind zu oft blockiert. Wir brauchen ein «Team Europa» – eine Koalition der Entschlossenen aus Ländern wie Deutschland, Grossbritannien, Frankreich, Italien, den Niederlanden und den Skandinaviern. Leider sitzen in den nationalen Verteidigungsministerien viele Traditionalisten, die einen solchen Zusammenschluss bremsen.
Europa stärken, weil den Amerikanern nicht mehr zu trauen sei – das ist ein europäischer Urinstinkt, den schon Konrad Adenauer verspürte. Was soll heute anders sein?
Die Voraussetzungen sind heute günstiger, die europäische Integration ist im Vergleich zu den Zeiten Adenauers schon massiv vorangekommen. Zudem ist ein amerikanischer Alleingang wahrscheinlicher geworden, Europa ist für die USA strategisch nämlich weit weniger zentral als im Kalten Krieg. Schon unter den US-Präsidentschaften von Barack Obama und Joe Biden hat sich das gezeigt, die Europäer haben nur halbherzig darauf reagiert.
Der kalifornische Gouverneur Gavin Newsom, ein möglicher Kandidat der Demokraten in den kommenden Präsidentschaftswahlen, versprach den Europäern jüngst, dass es nach Trumps Amtszeit wieder besser wird.
Ich habe meine Zweifel daran. Die Orientierung der Amerikaner auf den Pazifik wird sich fortsetzen. Damit ist unklar, ob sie bei einem erneuten Kriegsausbruch in Europa für uns da wären.
Warum glauben Sie denn, dass ein grösserer Verbund mehr Sicherheit bringen würde? Kleinere Einheiten lassen sich besser kontrollieren, sind agiler und entwicklungsfähiger.
Man muss hier zwischen Innovation und der Bereitstellung öffentlicher Güter unterscheiden. Bei Projekten wie einem Raketenabwehrschirm oder einer Satellitenkonstellation ergibt es Sinn, die enormen Fixkosten auf viele Beteiligte zu verteilen. Wenn ein Einbrecher in Ihrer Strasse unterwegs ist, können Sie jedes einzelne Zimmer Ihrer Wohnung mit einem Schloss versehen. Oder Sie sichern Ihre Haustür, damitniemand reinkommt. Letzteres ist viel effizienter.
Wenn die Haustür aber versagt, haben alle ein Problem.
Würde sie nicht, wenn die Europäer es richtig machen. Die USA geben etwa 900 Milliarden Dollar jährlich aus, die Europäer zusammen mittlerweile 500 Milliarden Dollar – also mehr als die Hälfte. Berücksichtigt man, dass die Amerikaner einen Grossteil ihres Budgets im Pazifik oder im Mittleren Osten binden, bezahlt Europa rund zwei Drittel der Kosten für die Nato-Verteidigung im nordatlantischen Raum. Nur bleiben wir trotz dieser Summen total abhängig von den strategischen Fähigkeiten der USA, etwa bei der Kommunikation oder dem Lufttransport. Das ist auch das Problem der geplanten Beschaffungen der Bundeswehr: Sie hat zwar massiv mehr Geld, investiert dieses aber noch immer in amerikanische Systeme. Die Abhängigkeit bleibt.
Welche Rolle spielt die Schweiz in einem solchen europäischen Verbund?
Militärisch sehe ich die Schweiz nicht als Mitglied, da würde sie sich mit ihrer Neutralität sicher raushalten. Die Schweiz ist aber ein wichtiger Wirtschaftspartner, wenn es um Lieferketten, die Finanzierung und Expertise in der industriellen Automatisierung geht. Bei der wirtschaftlichen Sicherheit hat sie die gleichen Interessen.
Was meinen Sie damit?
Niemand befürchtet, bald von Mexiko oder Südafrika erpresst zu werden. Es geht um die beiden Gorillas der Weltwirtschaft: China und die USA. Beide sind bereit, ihre technologische Überlegenheit und ihre ganze Macht gegen andere Staaten einzusetzen. Im Handelsstreit hat auch die Schweiz diese Erfahrung gemacht. Gegenüber den Gorillas müssen die Europäer gemeinsam auftreten.
Was kann Europa den USA und China entgegensetzen?
Im Hochtechnologiebereich sind wir mit Unternehmen wie ASML oder Zeiss führend bei den Präzisionsmaschinen für die Chipherstellung. Bei Flugzeugersatzteilen von Airbus, Spezialchemie oder medizinischen Geräten sind die USA teilweise abhängig von Europa. Die Europäer denken nur oft zu kleinteilig, bei jedem Sanktionspaket streiten sich die Politiker in Brüssel um Details. Es wäre illusorisch, zu glauben, Europa könne von heute auf morgen glaubhaft eine offensive Machtpolitik durchsetzen. Wir müssen erst überlegen, wie wir weniger erpressbar werden. Gegenüber China muss Europa die Abhängigkeiten bei den industriellen Lieferketten umkehren, gegenüber den USA jene im Finanzsystem, der Hochtechnologie und im militärischen Bereich.
Wie soll das in einer freien Marktwirtschaft funktionieren?
Wir alle werden in unseren Überzeugungen Flexibilität beweisen müssen. Es wird nicht ohne Markteingriffe gehen. Gegenüber den beiden Gorillas brauchen wir andere Werkzeuge, etwa Exportbeschränkungen oder eigene Zahlungssysteme. Gegenüber dem Rest der Welt sollten wir aber umso mehr auf Freihandel und Offenheit setzen. Je vernetzter wir mit anderen Ländern sind, desto resilienter sind wir.
TRUMPISM
The Economist (Pay Wall)
Donald Trump’s unworthy state of the union
An address not fit for America’s 250th birthday
https://www.economist.com/united-states/2026/02/25/donald-trumps-unworthy-state-of-the-union
FRANCE : THE ART OF SAYING NOTHING
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Sickest Burns on the Internet Right Now Are Coming From French Bureaucrats
The country’s politicians have spent centuries mastering the art of saying nothing. That all changed in September.
POLITICAL IDEAS
Le Figaro, Book Review
Alexandre Devecchio : «De l’extrême gauche à l’extrême centre, le même mépris de la démocratie»
LA BATAILLE DES IDÉES – Dans son nouvel essai, le sociologue préféré de la gauche radicale, Geoffroy de Lagasnerie, propose d’en finir avec la souveraineté du peuple. Un raisonnement qui rappelle celui des macronistes.
Geoffroy de Lagasnerie : L’Âme noire de la démocratie (Flammarion)
La dictature progressiste, cela vous tente ? C’est le projet assumé de Geoffroy de Lagasnerie, le sociologue chouchou de la gauche radicale et de Radio France. Dans L’Âme noire de la démocratie (Flammarion), il conteste le principe démocratique en remettant en cause les notions de majorité, de vote ou de souveraineté populaire. Qui ne sont à ses yeux que des « abstractions fausses » s’opposant aux droits individuels et aux valeurs supposément progressistes de la gauche et des minorités. Le sociologue va même jusqu’à rejeter l’élection ou le suffrage universel.
« Dans la gauche, aujourd’hui, on dit que l’on veut radicaliser la démocratie pour essayer de faire qu’elle soit plus progressiste et plus proche des aspirations du peuple, qu’on présuppose toujours progressiste, explique-t-il. Mais les sondages contemporains montrent que les aspirations du peuple sont plutôt conservatrices, voire franchement réactionnaires. Moi, je propose à la gauche une autre voix, une autre pensée possible… » Pour se substituer au peuple, Lagasnerie entend s’appuyer sur un aréopage de chercheurs proches de la gauche radicale. « Je suis très sensible à la pensée et à la science », affirme-t-il.
Le sociologue, soutien revendiqué de LFI, voit juste au moins sur un point : la majorité du peuple rejette les délires de la gauche radicale, qui, à court terme, n’a aucune chance de l’emporter par la voie démocratique. Il faut aussi lui reconnaître le mérite de l’honnêteté : Lagasnerie ne cache son mépris ni pour le peuple ni pour les urnes. On pourrait donc sourire de ses élucubrations si elles n’étaient pas prises au sérieux par une partie du monde universitaire et médiatique. Et surtout, si ses propos ne faisaient pas écho à un antidémocratisme qui dépasse de très loin le camp de la gauche radicale.
Un vote inefficient
« Face au risque que le RN gouverne le pays, il est nécessaire d’être en capacité de résister de l’intérieur au recul de l’État de droit et de la démocratie. Ce n’est pas antidémocratique, au contraire, c’est une manière de cranter la démocratie. » Cranter la démocratie ? Cette fois les propos, rapportés dans l’hebdomadaire Marianne, n’émanent pas d’un trublion gauchiste, mais d’un proche du président de la République justifiant le verrouillage des postes clés de l’État dans l’objectif assumé d’empêcher une éventuelle future majorité RN de gouverner. Il ne s’agit pas ici d’abolir le vote comme le préconise Lagasnerie, mais de le rendre presque inefficient, de déposséder le peuple de sa souveraineté pour la confier à des technocrates ou des juges non élus.
Depuis 2005 et le « non » français au traité constitutionnel européen, les élites politiques ont tendance à faire fi de la volonté populaire pour gouverner, voire à gouverner contre la majorité. Emmanuel Macron a poussé cette logique à son paroxysme. Sous son impulsion, le Conseil constitutionnel a vidé de sa substance la dernière loi immigration, pourtant peu restrictive, alors qu’elle était plébiscitée par la majorité des Français. Plus récemment, le premier ministre a décidé par décret de la politique énergétique de la France sans même un débat à l’Assemblée nationale.
Entre l’extrême gauche de Lagasnerie et l’extrême centre macroniste opposé au « populisme » au nom de « l’État de droit », il y a une différence de degré, mais pas de nature : tous deux rêvent d’une démocratie sans le peuple…
GERMANY’S STATE TV AND FAKE NEWS
Frankfurter Allgemeine Zeitung
ÖRR-Skandal: Der KI-Fake im ZDF geschah „wissentlich“
ZDF-Chefredakteurin Bettina Schausten sagt im internen Senderchat, die KI-Bilder im „heute journal“ seien bewusst eingefügt worden. Für die Glaubwürdigkeit des Senders ist das keine gute Nachricht.
Bettina Schausten ist um ihren Job gerade nicht zu beneiden. Die Chefredakteurin des ZDF muss erklären, wie es dazu kam, dass die USA-Korrespondentin Nicola Albrecht in einem Beitrag über die Einwanderungspolizei ICE im „heute journal“ KI-generierte Bilder und eine Sequenz einfügte, die nichts mit dem Thema zu tun hatte.
Schausten: „Ich lasse sie nicht fallen“
Das ist nach mehr als einer Woche Desinformation in eigener Sache (zuerst wurden für den KI-Fake „technische“ Gründe angeführt), die das ZDF betrieben hat, nichts Neues. Interessanter ist, was man auf dem Portal Nius erfährt. Das nämlich hat Mitschnitte der Mitarbeiterversammlung online gestellt, zu der am Montag mehr als 1000 ZDF-Leute zugeschaltet waren.
Da ist von der Chefredakteurin zu erfahren, dass die Korrespondentin die KI-Bilder „wissentlich“ eingefügt habe. Im Interview mit der SZ heißt es, Albrecht sei „unprofessionell mit Bildmaterial umgegangen“. Eine „Fälschungs- oder Manipulationsabsicht“ schließe sie aus. Also: keine böse Absicht, aber gegen die Regeln und „unprofessionell“. Doch was folgt aus dem „Wissentlich“?
Theveßen: „Das Geraune von Nius und anderen übernommen“
Beim Reinhören in die ZDF-Runde fällt auch auf, dass die Moderatorin Dunja Hayali nichts sagt und der Washington-Korrespondent Elmar Theveßen, der mit seinen Instant-Einsichten nach dem Mord an Charlie Kirk ebenso Schiffbruch erlitt wie Hayali, der Kollegin Albrecht mit dem Satz beispringt, dem Inhalt nach sei alles zutreffend: „Kein einziges Wort an den Beiträgen von Nicola war falsch.“
Er finde es „schade, wenn im Grunde das Geraune von Nius und anderen übernommen wird bei uns, wenn wir uns doch tatsächlich in unserer Berichterstattung in dieser Sache wirklich nichts vorzuwerfen haben, sondern die Realität abbilden“. Geraune? Nichts vorzuwerfen? Diese irre Exkulpation geht Schausten zu weit. Abgebildet werden müsse die (echte) Realität und „nicht die Realität, wie sie sein könnte, durch KI“.
Dass manche im ZDF kapiert haben, was die Stunde geschlagen hat, ist auch zu registrieren: Man müsse endlich runter vom hohen Ross, gerade die Redaktion des „heute journals“, heißt es da, Selbstbestätigungs-TV sei nicht mehr angesagt, das ZDF habe seinen „Relotius-Moment“ erreicht.
Die Frage ist, ob das der Fernsehrat, das Aufsichtsgremium dieses öffentlich-rechtlichen Senders, mitbekommen hat. Am 13. März will dort der ZDF-Intendant Norbert Himmler wiedergewählt werden.
CHINA AND A.I.
The Economist (Pay Wall)
Repeat after me : Anthropic says China’s AI tigers are copycats
DeepSeek’s new model has American officials and firms on edge
https://www.economist.com/china/2026/02/25/anthropic-says-chinas-ai-tigers-are-copycats
CULTURE: NETFLIX SERIES
The New York Times
How ‘Bridgerton’ Lost Its Way
Jayashree Kamblé is a professor of English at LaGuardia Community College, CUNY. She is the author of “Creating Identity: The Popular Romance Heroine’s Journey to Selfhood and Self-Presentation” and has served as the president of the International Association for the Study of Popular Romance.
The fourth season of Shonda Rhimes’s “Bridgerton,” which concludes this week, crackles with romantic electricity between two lovers: Benedict, the second son of the wealthy Bridgerton family, and Sophie, his family’s maid. When Benedict, played by Luke Thompson, and Sophie, played by Yerin Ha, are onscreen together, the scenes thrum with their attraction. Their palpable connection is, for me, the best part of the show.
But then the spell breaks and the show moves on to another plot, or subplot, with other characters. And this is why “Bridgerton” will always be frustrating to me. Instead of a study of two characters’ evolving erotic connection, the show is a sprawling soap opera. We are faced with scenes of Francesca Bridgerton’s passionless marriage bed and Violet Bridgerton’s first ever assignation; we see the Featherington housekeeper requesting better pay and Lady Danbury scheming to retire from the queen’s service.
The season’s wandering eye for subplots consistently nudges the central lovers out of frame. Each of these detours is distracting, blocking the climb to the romantic pinnacle we otherwise could have achieved. It also gets in the way of the full consummation of the Shondaland adaptation’s more radical intentions. Along with being sexy entertainment, the show aspires to disrupt expectations about who is allowed to star in our romance fantasies. It set out to repaint the ballroom-wall-to-ballroom-wall whiteness common in historical romance and offer a modern, feminist approach to the genre.
In trying to accomplish that goal while adapting source material, Julia Quinn’s popular romance novels, that lacked such an inclusive vision, “Bridgerton” does not commit wholly to its central romances and, ultimately, also does not fulfill its most incendiary potential.
The pitfalls were on display even in its first season. It stayed true to the first Bridgerton novel’s romance plot, with a meet-cute misunderstanding between Simon and Daphne, their mutually beneficial fake-dating pact and many sex scenes — indoors and outdoors. But it also felt as if we were stealing time with the lovers who were supposed to be the protagonists. Between interludes with them, we had to watch Daphne’s brother Anthony’s energetic liaison with a singer, her sister Eloise’s critiques of gender roles, the neighboring Featheringtons’ absurdities, their unwed cousin’s pregnancy and the work and home life of the Black boxer Will Mondrich. Each thread unlaced the tightly corseted romance plot, albeit to assemble a rich ensemble — the precarious lot of working-class women, the history of Black Britain, the sexual and professional lives of people who were not wealthy, white or straight.
The show offered an in-universe narrative about racial integration — spurred by the interracial love of its king and queen — and scenes of working-class characters, women throwing punches and queer desire. Over time, a wider constellation of characters has been deployed to point quickly at colonialism, class mobility and other forms of sociopolitical marginalization.
But the series has become less precise with its gestures at inclusion. In season two, for instance, Kathani, the leading lady from Bombay(where one might expect Marathi and Hindustani to be the dominant languages), refers to her father as “appa” — a term from languages, including Tamil, spoken in South India — and her sister as “bon” — a Bengali expression. Comically, Kathani is a name so obscure that it comes off more as a concocted exotic approximation of the novel’s Kate (which the character goes by most of the time, anyway). This sort of performative progressiveness feels like a fake orgasm: Everybody knows it’s not sincere and no one is happy.
The fourth season of “Bridgerton” has many of the same problems, but it must now compete in a romance landscape reshaped by “Heated Rivalry,” a show in which neither the orgasms nor the progressiveness come off as fake. Jacob Tierney’s adaptation of Rachel Reid’s popular queer hockey romance series has become a breakout hit, addressing sexual consent, homophobia, immigration and ethnicity — all in the central romance. Devoting attention to two characters’ attraction (one of its six episodes focuses on another queer couple) has contributed to the show’s rapturous reception.
It also does what romance novels can do best: make audiences privy to how lovers feel in their bodies as well as their minds. Any action that does not contribute to this end becomes secondary; all time and events without the lovers get tightly compressed. Dialogue, camerawork, music and lighting tether us to one or both protagonists in every frame, just as a good romance novel does. Mr. Tierney borrows and amplifies Ms. Reid’s particular blend of queer longing and joy, humor and heartbreak, sex and sensibility. It is because of his respect for an already complex source text and its genre that the show has become a flag-bearer for inclusive (and hot) romance.
Much of the success of “Heated Rivalry,” which became a sensation long after the fourth season of “Bridgerton” was crafted, shows another, better way to represent and evoke passion. It zoomed in on its romantic protagonists while offering a vision of happiness for overlooked people that definitely fired up the mainstream public.
If only the remainder of this season of “Bridgerton” were to commit as wholly to its central couple as “Heated Rivalry” did. It could tell a compelling story about the intersection of class, gender, sexuality and race through them. Sophie is a maid and (unlike the novel’s blond, green-eyed heroine) is cast as Asian. Benedict’s queerness complicates his gender, wealth and whiteness. The confluence of their identities — unique to the adaptation — could help elevate this season beyond its hackneyed Cinderella-story source material, as long as the courtship plot remains in focus. That version of “Bridgerton” could finally be a romance adaptation in which the couple also embodies a radical revision of society: racial integration, gender equality, sexual citizenship, bodily acceptance and economic safety.
Politics in romance, like consent, can be sexy and powerful. It is of course possible that, despite the subplots and crowded cast, some viewers could look at Benedict and Sophie’s world and come to critique our present through the familiar made strange. This is, after all, a story set in a country that invades others to extract resources and where the king has lost his mind, the privileged class ignores or exploits its vulnerable and the media tries to please the mighty.
But scattering that politics across too many actors blunts its force and dilutes the romance. Channel the same critiques via two lovers who viewers adore — and there lies tinder for a revolution.
https://www.nytimes.com/2026/02/25/opinion/bridgerton-race-identity.html
CULTURE: CHAOU AT THE LOUVRE
The New York Times
Behind the Chaos at the Louvre, a French Leader’s Legacy Hangs in the Balance
President Emmanuel Macron has championed a refurbishment of the museum, but the fallout from a sensational heist has put his plans at risk.
Laurence des Cars, who resigned this week as president of the Louvre Museum, is the most prominent casualty of the chaos that enveloped the world-famous French institution after an audacious heist of crown jewels last October.
But she may not be the only one.
France’s president, Emmanuel Macron, is at risk of losing what could be a legacy-defining cultural project: a $1 billion-plus refurbishment of the Louvre, which would include moving the Mona Lisa, the museum’s most famous painting, to its own room and building a new entrance. The turmoil at the Louvre has thrown that ambitious plan into doubt, even though the government insists it is moving ahead.
For Mr. Macron, who will step down as president next year, it would be the latest in a series of disappointments. Parliament voted last fall to suspend pension reform, his signature domestic initiative, after his misbegotten decision to call parliamentary elections in 2024 left him weakened.
While Mr. Macron remains a significant figure on the global stage — he is giving a much-anticipated speech next Monday on France’s role in providing nuclear deterrence for its European neighbors — his lame-duck status and the country’s precarious finances have constrained his statesmanship.
In many countries, scaling back a building project would register as little more than a scratch for a leader. In France, however, where presidents have long viewed these grand projects as crowning achievements — and where having an “edifice complex” is a feature rather than a bug — losing the Louvre project could sting.
Georges Pompidou, who led France from 1969 to 1974, is known for the postmodern cultural center that bears his name. Valéry Giscard d’Estaing, who succeeded him, is credited with conceiving what became the Musée d’Orsay. His successor, François Mitterrand, is identified with the Louvre’s pyramid entrance. And the name of Jacques Chirac, who replaced Mr. Mitterrand, is on the Musée du Quai Branly.
Éric Roussel, a historian of the French presidency, said the attraction of presidents to these grand projects was rooted in Charles de Gaulle’s concept of the post-World War II presidency as a “kind of republican monarchy,” one that is comfortable extending the aesthetic legacy of certain French kings.
“If we look back at French history, there is indeed a Louis XV style, a Louis XVI style, an Empire style, and so on,” Mr. Roussel said. “I’m not saying that it’s conscious, but I think that it plays a part.”
Mr. Macron, he said, has already won credit for leading the reconstruction of Notre-Dame after the cathedral was gravely damaged by a fire in 2019. But the Louvre project was intended to be something even more ambitious: the reimagining of a symbol of French classicism and transformation of one of the world’s top tourist destinations.
“The Louvre will be redesigned and restored to become the epicenter of art history for our country and beyond,” Mr. Macron said last year, when he announced the project while standing in front of Leonardo da Vinci’s 16th-century masterpiece.
Officially, the refurbishment project, known as “Louvre — New Renaissance,” is still full speed ahead.
A spokeswoman for Mr. Macron, Maud Bregeon, said on Wednesday that Ms. des Cars’s newly appointed replacement, Christophe Leribault, would be “responsible for leading important and major projects for the future of the institution, including securing and modernizing the Louvre and continuing the ‘Louvre New Renaissance’ project.”
But with the project coming under fierce criticism from art critics, a government-appointed auditor and the museum’s unionized workers, some now question whether it will ever advance beyond blueprints.
Raising the hundreds of millions of euros needed to pay for it will be a stretch, critics said. The museum recently postponed a meeting to choose the winner of an architectural competition for the project.
Several experts said that Mr. Macron may have to make do with a cheaper, more utilitarian renovation of the ancient building’s corroded pipes and weakened structural beams. Though still costly, the Louvre could finance that lesser sum with the fees it generates from licensing its brand to a Louvre outpost in Abu Dhabi, the capital of the United Arab Emirates.
Ms. des Cars was a fervent champion of the bigger project. Last November, she told the National Assembly that the new entrance was necessary to give millions of visitors quick, easy access to the Louvre’s collections. Eighty percent of people come to see only the Mona Lisa, which creates crowd-control problems.
“It will finally allow the Louvre to be a museum of the 21st century, which I agree with you it is not the case today,” Ms. des Cars said.
Mr. Macron still exerts huge influence over the Louvre. He picked Mr. Leribault as the new president, much as he picked Ms. des Cars (and Mr. Leribault for his previous post as director of the museum at the Palace of Versailles).
But with the end of Mr. Macron’s term in sight, other politicians are maneuvering. France’s culture minister, Rachida Dati, who also just resigned to run for mayor of Paris, issued a statement after Mr. Leribault’s appointment was announced, taking credit for proposing him for the job.
The ministry’s statement said his priority would be “to strengthen the safety and security of the building, the collections and the people, to restore a climate of trust and to carry out, with all the teams, the necessary transformations of the museum.”
While the statement referred to the “Louvre — New Renaissance” project, it pointedly warned that any work would have to be carried out “in constant and attentive dialogue with the supervisory authority” — in other words, the Culture Ministry.
Beyond financial questions, there are aesthetic and cultural objections to the renovation project. Some critics complain that by relocating the Mona Lisa to its own room with dedicated access, the museum would encourage visitors to engage in a kind of artistic drive-by, stopping to take selfies in front of the painting while skipping the rest of the Louvre’s treasures.
“We create a kind of two-tier museum,” said Julien Lacaze, the president of Sites & Monuments, a group that campaigns to protect France’s architectural heritage. “A museum for enthusiasts who will enjoy the other works, and a kind of fast-food museum where you see the Mona Lisa and take a picture.”
Where some defenders see in Mr. Macron a passionate steward of France’s cultural heritage, others see a leader, in the twilight of his term, who is looking for ways to secure his place in the history books.
Christian Galani, a spokesman for the C.G.T.-Culture labor union, which represents workers at the Louvre, said the project only existed so that Mr. Macron “can present himself as the savior of the Louvre.”
For Mr. Macron, the Louvre has long been laden with symbolism. He delivered his victory speech after his first presidential election in 2017 in front of the museum’s pyramid entrance, designed by the Chinese-American architect, I.M. Pei.
Now, Mr. Macron would like to end his presidency by bequeathing the public a monumental new entrance to the Louvre. Whether he succeeds in etching his name on that doorway may be out of his hands.
https://www.nytimes.com/2026/02/26/world/europe/louvre-macron-cultural-legacy.html
Neue Zürcher Zeitung
Der Louvre ist schon lange in marodem Zustand. Das ist nicht die Schuld der zurückgetretenen Direktorin
Zu lange hat Frankreich das Symbol seines kulturellen Erbes vernachlässigt. Die Präsidenten Macron und Sarkozy boten den prestigeträchtigen Namen des Louvre gerne zum Verkauf feil – die Millionen dafür wurden aber nie für die Instandsetzung des Museums verwendet.
Der Louvre ist weltberühmt. Er gilt als das bedeutendste Museum überhaupt und beherbergt Kunstschätze von unermesslichem Wert. Nicht allein in materieller, sondern vor allem auch in kulturhistorischer Hinsicht. Man denke allein an Leonardo da Vincis «Mona Lisa».
Millionen von Kulturtouristen machen dem Frauenporträt mit dem geheimnisvollen Lächeln jährlich ihre Aufwartung. Lang ist überdies die Liste der grossen Künstler, die in dieser überragenden Institution die alten Meister studierten und durch ihre Auseinandersetzung mit den Schätzen des Louvre für ihre eigene Kunst neue Wege erschlossen.
Der Louvre ist mehr als ein gewöhnliches Museum. Er verkörpert Frankreichs kulturelle Grösse. Und ist spätestens mit der Verleihung des Namens an die Vereinigten Arabischen Emirate auch eine zugkräftige Marke geworden. 965 Millionen Euro soll Abu Dhabi an Frankreich gezahlt haben, um sein 2017 eröffnetes Kunstmuseum mit dem Namen «Louvre» als Zusatz zu schmücken.
Millionen für Museumsnamen
Der Verkauf des Namens an die Herrscherfamilie am Persischen Golf zeigte indes vor allem auch, dass der Louvre dringend Geld braucht. Das Museum befindet sich seit Jahren in einem desolaten Zustand. Nun hat die Museumsdirektorin Laurence des Cars ihren Rücktritt eingereicht. Dies als Folge des Einbruchs im vergangenen Oktober, als Kronjuwelen im Wert von 88 Millionen Dollar erbeutet wurden.
Unter der Leitung von Laurence des Cars sorgte das Museum immer wieder für Negativschlagzeilen. Das Sicherheitskonzept ist mangelhaft, die Bausubstanz des Gebäudes ist marode, Wasser dringt in Räume ein, Bilder müssen abgehängt und Ausstellungen abgesagt werden. Wegen Einsturzgefahr müssen Säle geschlossen werden. Beim Personal herrscht Mangel und Unzufriedenheit über die Arbeitsbedingungen.
Die Schuld für die Missstände kann Laurence des Cars allerdings nicht allein angelastet werden. Die zurückgetretene Direktorin hat das Museum bereits in einem schlechten Zustand angetroffen. Des Cars hat die offensichtlichen Mängel in ihrem Museum immer unumwunden benannt. Wiederholt hat sie vor den mangelhaften Sicherheitssystemen gewarnt.
Dass es 2018 eine Untersuchung gab, die gravierende Sicherheitslücken feststellte, wusste die Direktorin bei ihrem Amtsantritt im Jahr 2021 allerdings nicht. Sie soll erst nach dem Juwelendiebstahl von dem Bericht erfahren haben.
Verantwortung abgeschoben
Wie die französische Regierung mit ihrem Kunsterbe umgeht, ist beschämend für eine Kulturnation wie Frankreich. In Stellungnahmen schoben der Senat, das Kulturministerium oder der Rechnungshof die Verantwortung stets der Leitung des Museums zu. Als Laurence des Cars bereits unmittelbar nach dem Juwelendiebstahl bei der Kulturministerin Rachida Dati ihren Rücktritt einreichte, lehnte Dati diesen allerdings ab.
Zuletzt war das Museum in den 1980er Jahren renoviert worden. Seitdem wurde schon lange nichts mehr zur Instandsetzung unternommen. Eine Modernisierung des Sicherheitsdispositivs blieb schlicht aus. Derweil weibelten Frankreichs Präsidenten Emmanuel Macron und Nicolas Sarkozy lieber bei den reichen und kunsthungrigen Herrschern in Abu Dhabi.
Die Regierung versprach erst, Schritte zu unternehmen, nachdem die Louvre-Direktorin in einer vertraulichen Nachricht an die französische Kulturministerin um Hilfe gebeten hatte. Anfang 2025 brüstete sich dann Macron, der Retter der Notre-Dame, vor der «Mona Lisa» im Louvre mit einem grossen Renovationsprojekt. Die «Wiedergeburt» des Louvre, wie Macron das Projekt blumig nannte, wollte er zur Chefsache machen.
Dann folgten Monate der Untätigkeit. Bis es im Oktober 2025 zum Raub der Kronjuwelen kam. Den Rücktritt der Direktorin Laurence des Cars bezeichnet der Palais de l’Élysée nun allerdings als «Akt der Verantwortung». Bei sich selbst sieht die Regierung keine Fehler.
CULTURE: HOUELLEBECQ
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Houellebecq feiert Geburtstag: Glückwunsch – oder auch nicht
Der französische Schriftsteller Michel Houellebecq könnte heute möglicherweise seinen siebzigsten Geburtstag feiern. Er selbst bestreitet das Datum seit Jahren. Über den großen literarischen Provokateur unserer Zeit.
Wenn es um Michel Houellebecq geht, ist vieles nicht ganz sicher. Zum Beispiel lässt sich nicht so genau sagen, ob heute sein siebzigster Geburtstag ist oder nicht. Das hat weniger etwas damit zu tun, dass der französische Schriftsteller auf vielen Fotos, die es von ihm gibt, schon sehr viel älter ausgesehen hat als siebzig, eher wie mindestens fünfundachtzig. Und dies nicht etwa vor Kurzem, sondern schon im Jahr 2014 in Spanien: Seine Haare sind dünn und zerzaust, die Wangen eingefallen, eine Zigarette steckt in seinem zahnlos wirkenden Mund, die Haut ist sehr blass, die dünnen Arme nackt, der Oberkörper mit Jeansweste und Unterhemd bedeckt. Sonst nichts. Er sieht wirklich aus wie ein Greis.
Er müsste es eigentlich wissen
Doch haben die Inszenierungen des eigenen Körpers immer schon zu den Auftritten gehört, mit denen Houellebecq jedem Schönheitsideal der Mediengesellschaft hohnzusprechen schien. Und sie waren immer auch nur temporär. Gerade hatten sich alle an den Clochard gewöhnt, da erschien dieser im Intellektuellen-Look: dunkles Sakko, halbe Brille, Haare frisiert – und Zähne drin. Oder der Kettenraucher trat bei der von dem Künstler Christian Jankowski kuratierten „Manifesta 11“ im Juli 2016 in Zürich mit einem Arzt auf, der den Körper des Schriftstellers vollständig durchcheckte. Und die Überraschung: Houellebecq war auf der Lunge vollkommen gesund, wie auf dem ausgestellten Röntgenbild des Organs zu besichtigen war.
Warum sein tatsächliches Alter nicht genau auszumachen ist, liegt aber an etwas anderem: Manche behaupten, er sei am 26. Februar 1956 geboren, also heute vor siebzig Jahren, andere nennen den 26. Februar 1958 als sein Geburtsdatum. Zum Letzteren tendiert der Schriftsteller selbst; er müsste es eigentlich wissen. Doch ist der Text, in dem er davon erzählt, eines seiner wenigen autobiographischen Fragmente, was uns schon wieder misstrauisch stimmen sollte. Denn Michel Houellebecq schreibt keine Geständnisliteratur. Der Antrieb seines Schaffens ist kein autobiographischer. Das heißt nicht, dass es in seinem Werk keine autobiographischen Bezüge gäbe. Es gibt sogar sehr viele – allen voran die Tatsache, dass viele Hauptfiguren seiner Romane Michel heißen und ihrem Erfinder sehr ähnlich sind. Doch achtet der Autor zugleich darauf, dass die Ähnlichkeiten nicht zu groß werden und immer genügend Spielraum für jene Ambiguität bleibt, die ihn an der Literatur interessiert.
Wenn er trotzdem etwas Tagebuchartiges über sein Leben festgehalten hat, könnte das eine Ausnahme sein. Oder doch wieder ein Spiel mit der Form. Ganz genau werden wir es nie wissen. Seine Aufzeichnungen jedenfalls stammen vom 26. Februar 2005 und ein paar aufeinanderfolgenden Augusttagen im selben Jahr: Houellebecq hat gerade das Manuskript seines Romans „Die Möglichkeit einer Insel“ abgeschlossen, ist überzeugt, damit ein „Meisterwerk“ geschaffen zu haben, und ebenso sicher, dass das, was er in diesem Moment zu schreiben beginnt, keinerlei Bedeutung hat.
„Ich bin im Jahr 1956 oder 1958 geboren, ich weiß es nicht. Wahrscheinlicher ist 1958“, hält er fest: „Meine Mutter hat mir immer erzählt, mein Geburtsjahr falsch angegeben zu haben, damit ich, anstatt mit sechs, schon mit vier Jahren zur Schule gehen konnte. Sie war überzeugt davon, dass ich hochbegabt sei – weil ich mir mit drei Jahren anscheinend selbst das Lesen beigebracht habe. Als sie eines Abends nach Hause kam, war ich zu ihrer großen Überraschung dabei, in aller Ruhe Zeitung zu lesen.“
Worauf beruht sein großer Erfolg?
Ob seine Mutter aber tatsächlich nur gute Absichten verfolgt habe, als sie das Datum fälschte, wisse er nicht. Sie sei immer eine Expertin darin gewesen, die Dinge rückblickend so zu erzählen, dass sie für sie nützlich waren. Es sei also gut möglich, dass sie ihn zwei Jahre älter gemacht habe, um ihn einfach schneller loszuwerden. Fragt man sicherheitshalber bei Dumont nach, dem Verlag, in dem seit „Elementarteilchen“ Houellebecqs Romane auf Deutsch erscheinen (sein Roman „Ausweitung der Kampfzone“ erschien noch bei Wagenbach), heißt die Antwort auch von dort: „Wir haben mit mehreren Leuten telefoniert. Aber am Ende müssen wir sagen: Es soll wohl ein Geheimnis bleiben, wann Houellebecq wirklich geboren wurde.“
Worauf beruht der immense Erfolg von Houellebecqs Büchern? Es sind die immer neuen Entwürfe einer Gesellschaft am Abgrund. Visionen, die die Gegenwart verhandeln und Entwicklungen antizipieren: Humangentechnik in „Elementarteilchen“, Pornographie in „Plattform“, islamistischer Terror in „Unterwerfung“ oder die Proteste der Gelbwesten in „Serotonin“. Dabei haben Houellebecqs Reizthemen einen widersprüchlichen Twist. Die sexuelle Befreiung etwa, ursprünglich als Triumph über die Entfremdung in der autoritären Gesellschaft gefeiert, entpuppt sich als letzte Strategie des freien Marktes zur Zerstörung des Paares und der Familie. Trotzdem kostet Houellebecq sie in den Sexszenen, die ihn berühmt gemacht haben, erzählerisch voll aus. Der politische Grundtenor ist antimodern, die Art des Erzählens ist es nicht. Das ist der effektvolle Clash, der seine Romane so widersprüchlich, streitbar und immer interessant macht.
Er versuche, keinen Stil zu haben, hat Houellebecq einmal erklärt, was ein Paradox ist: Die angestrebte Abwesenheit von Stil, der Nichtstil, ist selbst ein Stilphänomen, nämlich das des „unprivilegierten Blicks“, wie Rainald Goetz das genannt hat: „Weil Houellebecq auf die Beiläufigkeit und Alltäglichkeit seiner Sprache genauso viel Wert legt wie auf die mittlere Durchschnittlichkeit seiner Helden“, so Goetz, „entsteht ein zugleich traditioneller und hochmoderner Realo-Stil des Erzählens.“
Nach dem renommierten Prix Goncourt für seinen wohl am wenigsten provokativen Roman, „Karte und Gebiet“, im Jahr 2010, markierte „Unterwerfung“ fünf Jahre später den Höhepunkt kontroverser Diskussionen um den Autor, dem Islamophobie vorgeworfen wurde. „Unterwerfung“ erzählt von der Machtübernahme einer gemäßigt islamischen Partei und ihres Präsidentschaftskandidaten Mohammed Ben Abbes im Jahr 2022, woraufhin in Frankreich Polygamie, ein öffentliches Alkoholverbot, das Verbot freizügiger Frauenkleidung sowie ein muslimisches Schul- und Hochschulsystem eingeführt werden. Das Buch erschien am 7. Januar 2015. Das war der Tag, an dem in Paris das islamistische Attentat auf die Redaktion der Satirezeitschrift „Charlie Hebdo“ verübt wurde und am Kiosk die neue Ausgabe von „Charlie Hebdo“ gelegen hatte. Auf deren Cover: eine Karikatur des Zeichners Luz von Houellebecq. Der Schriftsteller war mit der Redaktion eng verbunden und verlor bei dem Attentat einen Freund, den Ökonomen Bernard Maris.
Der Vorwurf der Islamophobie kam hier nicht zum ersten Mal auf. Schon im Jahr 2002, als Houellebecq anlässlich seines Romans „Plattform“ in einem Interview mit der Zeitschrift „Lire“ behauptet hatte, „der Islam“ sei „die dümmste Religion von allen“, hatten muslimische Verbände sich zusammengetan und Anzeige wegen „rassistischer Beschimpfung“ sowie „Aufstachelung zum Hass gegen die muslimische Gemeinschaft“ erstattet. Houellebecq beharrte damals darauf, seine Äußerungen hätten sich lediglich gegen den Islam als Ideologie gerichtet, nicht gegen Muslime, und wurde vom Vorwurf der rassistischen Beleidigung und Beihilfe zur Anstiftung zum Rassenhass freigesprochen.
Lange blieb es allerdings nicht ruhig. Nach einem Gespräch mit dem Philosophen Michel Onfray in der Zeitschrift „Front Populaire“ flammte die Kritik im Dezember 2022 völlig zu Recht wieder auf. Unter dem Titel „Ende des Abendlandes?“ bedienten beide das rechtsextreme Narrativ vom „großen Bevölkerungsaustausch“. Als der Autor in seinem Buch „Einige Monate in meinem Leben“ beteuerte, es tue ihm alles leid, er sei nicht islamfeindlich und bedauere, dass er das Gespräch mit Onfray vor dessen Veröffentlichung nicht gegengelesen habe, hatten viele längst das Interesse an seinen irrlichternden Manövern verloren und sich von Houellebecq abgewandt.
Vor ein paar Wochen ist der Schriftsteller nach drei Jahren Funkstille wiederaufgetaucht. Anlass war der erste Song eines neuen Albums, das zusammen mit dem Komponisten Frédéric Lo entstanden ist: „Souvenez-vous de l’homme“ („Erinnert euch an den Menschen“). Das Lied, ein Sprechgesang des Schriftstellers, ist sehr schön und offenbart den Romantiker Michel Houellebecq, den man aus seinen Gedichten kennt. In Frankreich wird das Album, wie auch ein neuer Gedichtband, Anfang März erscheinen. Die Geburtstagsparty, falls es eine geben wird, ist dann vorbei. Wir sagen deshalb sicherheitshalber doch schon jetzt: Glückwunsch – zu welchem Geburtstag auch immer.
CULTURE: MAX FRISCH
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Als Max Frisch vor «geschlechtlichen Excessen» warnte
Der Maturaufsatz des Schweizer Schriftstellers wurde einst gestohlen. Nun ist er wieder aufgetaucht. Er zeigt den linksliberalen Vordenker als konservativen, kulturpessimistischen jungen Mann.
Errungenschaften wie das Automobil oder die elektrische Waschmaschine nahmen den Menschen viel Mühsal ab. Vor allem in der ersten Hälfte des letzten Jahrhunderts war der Fortschritt enorm. Fanden das alle positiv? Nein. Ein Schüler des Realgymnasiums Rämibühl in Zürich schrieb 1930 seinen Maturaufsatz zum Thema «Licht- und Schattenseiten der modernen Technik» – und fand fast nur Negatives. Die Technik spare dem Menschen zwar viel Zeit, schrieb er, doch das mache unglücklich und führe zu all den zivilisatorischen Problemen, die der moderne Mensch habe.
Der Schüler hiess: Max Frisch.
«Wie füllen wir denn diese Zeit, die uns die Technik schenkt?», fragte er. «Mit Denken. Wir denken über – gestatten Sie den Ausdruck? – über allen Teufelskram nach. Und das Resultat? Probleme!» In der Folge listete er sämtlichen Ärger auf, den es nur gebe, weil zu viel Zeit zum Denken bleibe: «Wir haben Erziehungsprobleme, volkswirtschaftliche Probleme, Eheprobleme, wissenschaftliche Probleme, Sexualprobleme. Auf jeden Quadratmeter unserer Erde ein Problem!»
Aus dem Prüfungsschrank geklaut
Dass Max Frischs Maturaufsatz nach fast hundert Jahren erstmals zugänglich ist, hat mit einem ehemaligen Schüler des Realgymnasiums Rämibühl zu tun. Mitte der 1950er Jahre entdeckte der Gymnasiast Hans Eggenberger im Dachgeschoss des Schulhauses zufällig einen offenen Schrank voller Umschläge mit alten Maturprüfungen. Da Frisch gerade den Erfolgsroman «Stiller» veröffentlicht hatte und Eggenberger wusste, dass der Autor hier zur Schule gegangen war, suchte er nach dessen Maturaufsatz – und liess ihn mitgehen. Diese Geschichte erzählt Eggenberger im Buch des Zürcher Lehrmittelverlags, in dem Frischs Maturaufsatz nun erstmals veröffentlicht wird.
Jahrzehntelang lagerte Eggenberger das Manuskript bei sich zu Hause, bei den Werken von Max Frisch. Bei jedem Umzug kam das Couvert mit. Als er ins Pflegeheim musste, war für ihn die Zeit gekommen, den gestohlenen Aufsatz an das Max-Frisch-Archiv abzugeben. «Habe ich ein schlechtes Gewissen? Nein», schreibt er. «Ob es das Manuskript noch gäbe, hätte ich es als Schüler im Schrank gelassen, weiss ich nicht.»
Thomas Strässle, Literaturwissenschafter und Präsident des Max-Frisch-Archivs, bezeichnet den Aufsatz als «kleine literaturgeschichtliche Sensation»: Es handle sich vermutlich um das älteste noch vorhandene Manuskript des Autors. Auch er glaubt, dass ohne Eggenbergers eigenmächtiges Handeln das Manuskript kaum erhalten geblieben wäre, zumal Max Frisch einige seiner frühen Texte vernichtet hatte.
Sehnsucht nach dem Naturmenschen
Den Maturaufsatz eines 19-Jährigen zu sezieren, ist nicht ganz fair – im Nachhinein würde sich wohl manch einer als etwas peinlich erweisen. Bei Max Frisch ist die Analyse dennoch interessant, zeigt sie doch: Der grosse progressive Intellektuelle war in jungen Jahren ein wertkonservativer, kulturpessimistischer Mann, der zu viel Denken als schädlich erachtete. «Je klarer und logischer wir (. . .) denken, desto rascher erkennen wir die bodenlose Stumpfsinnigkeit unseres Daseins», meinte er.
Idealbild war für ihn eine Art Naturmensch, der noch nicht von der Technik und dem zu vielen Denken verdorben war: jene «herrlichen urkräftigen, naturechten Menschen, die so frisch und frech ins Leben hineinleben». Deshalb war für ihn klar: «Vom Standpunkt des Glücks aus beurteilt ist die Technik abzulehnen.»
Von der Tonalität her ist sein Aufsatz gar nicht so weit entfernt von den Essays aus der heutigen Zeit, die vor sozialen Netzwerken, vor dem Smartphone oder vor der künstlichen Intelligenz warnen. Auch da ist oft die Rede davon, dass sie depressiv machten, einsam oder dass sie das Beziehungsverhalten beeinträchtigten.
Ob Frisch das Aufsatzthema selbst gewählt hat oder ob es vorgegeben war, ist nicht bekannt. Jedenfalls konstatierte er in etwas altkluger Manier, technische Hilfsmittel würden zu «physischer Bequemlichkeit» führen – mit weitreichenden Folgen: «Denn die gesparten Kräfte verpuffen wir entweder im Sport, in künstlichen, nicht selten gesundheitsgefährlichen Strapazen oder in geschlechtlichen Excessen.» Wobei er dem Sport generell wenig Positives abgewinnen konnte. «Was ist der Sport anderes als ein ‹Zurück zur mechanischen Arbeit, die uns die Technik nimmt›?»
Max Frisch nahm die Kritik an der Technik in seinem späteren Werk wieder auf, wenn auch in einem progressiveren Gewand – insbesondere im Roman «Homo Faber» (1957), wo der blinde Glaube der Hauptfigur an Fortschritt und Rationalität in eine lebensfeindliche Sackgasse führt.
Er war nur dem Vater zuliebe am Gymnasium
Frisch war bereits im Gymnasium literarisch tätig. Er schickte gar ein selbstgeschriebenes Bühnenstück an den grossen Theatermann Max Reinhardt vom Deutschen Theater in Berlin zur Prüfung. Als Schüler war er eher mittelmässig, interessierte sich mehr für das Theater und das Schreiben als für den Schulstoff. In seinem «Tagebuch 1946–1949», in dem er auf seine Jugendzeit zurückblickt, schreibt er, dass er die Matur «natürlich als überflüssig, förmlich, lächerlich und spiessig erachtete und nur dem Vater zuliebe machen musste».
Sein Selbstbewusstsein und seine Ambition als intellektuelle Instanz – die er dann tatsächlich wurde – kommt im ersten Satz seines Aufsatzes deutlich zum Ausdruck: «Wäre ich eine Autorität, hätte mein Name schon den Klang, der die Leute aufhorchen lässt, hätten meine Worte die suggestive Kraft einer ernstgenommenen Persönlichkeit, wollte ich mir erlauben die Menschheitsgeschichte in eine Handvoll Sätze zusammenzuballen, in grotesker Kürze Geburt und Säuglingsalter und Diktatur der Technik einzubetten.»
Die kurze Menschheitsgeschichte ging dann so: «Unsere Papas, die Urmenschen kämpften gegen Tiere, Wetter, Mitmenschen, jagten, zerlegten die Beute, frassen, gruben Höhlen, schliefen und pflanzten sich fort und krepierten. Und das füllte ihr Leben. Sie waren vollauf beschäftigt, hatten weiss Gott keine Zeit über alles nachzudenken; für sie war alles so selbstverständlich, und darum waren sie glücklich.» Dann folgen seine Ausführungen, wonach die Technik unglücklich mache, weil sie «von Vollblutdummköpfen mit Kultur infiziert» worden sei.
Kritisch gegenüber jüdischen Flüchtlingen am Theater
Dass Frisch damals derart wertkonservativ war, dass er sogar vor «geschlechtlichen Excessen» warnte, erstaunt nur auf den ersten Blick. Länger bekannt ist, dass der spätere Schweiz-Kritiker und engagierte Armeegegner vor und während des Zweiten Weltkriegs eine ausgesprochen patriotische, militärfreundliche Einstellung hatte.
Am 26. August 1934, also vier Jahre nach seinem Maturaufsatz, kritisierte er in einem Brief an seine Freundin Käte Rubensohn das neue Programm des Zürcher Schauspielhauses, das damals vom jüdischen Unternehmer Ferdinand Rieser geleitet wurde. Das Ensemble bestand zu einem grossen Teil aus jüdischen Flüchtlingen, die aus Nazideutschland geflohen waren. Frisch schrieb: «Besonders was die Uraufführungen anbelangt, scheint mir eine grosse Gefahr darin zu liegen, wenn sich ein hiesiges Theater, indem es unsere schweizerische Weltoffenheit übertreibt oder einseitig missbraucht, zum Ableger verbotener Autoren macht, zum Emigrantentheater.» Er beklagte eine «leichtfertige Deutschfeindlichkeit», die das Theater betreibe, «bloss weil es rentabel ist».
In patriotischer Manier fuhr Frisch fort: «Wir sind Schweizer und müssen es heute leidenschaftlicher sein als je; unsere geistige Freiheit, die wir hochhalten werden (. . .), erfordert die völlige Unbefangenheit, scheint mir, und dürfte nicht auf diese Art missbraucht werden.» Man habe als neutrales Land weder für noch gegen Deutschland zu sein, schrieb er.
Als der Brief 1997 erstmals publiziert wurde, löste dies heftige Reaktionen aus – bei Anhängern und Gegnern. «Unüberhörbar die Enttäuschung oder je nachdem das Frohlocken darüber, dass die literarische, intellektuelle, moralische Instanz Max Frisch sich im Frühstadium des Naziterrors vor allem um die Deutschfeindlichkeit sorgte», schreibt Julian Schütt im ersten Band seiner Max-Frisch-Biografie. Befremdlich erscheint der Brief auch angesichts der Tatsache, dass Frisch später genau diesem Emigrantentheater grosse Erfolge als Bühnenautor verdankte. Und weil die Empfängerin, Käte Rubensohn, Jüdin war. Wie sie auf den Brief reagiert hat, ist nicht bekannt.
Kehrtwende in der Haltung
Max Frischs Haltung war unter Schweizer Intellektuellen keineswegs aussergewöhnlich, sondern entsprach der gängigen Meinung. Auch der Schweizerische Schriftstellerverband betrachtete die vor den Nazis geflohenen jüdischen Künstler, die oft talentierter und erfolgreicher waren als die heimischen Autoren, nicht in erster Linie als Schutzbedürftige oder als Bereicherung, sondern als zusätzliche Konkurrenz in schwierigen Zeiten.
In den Jahren nach dem Krieg änderte Frisch seine Einstellung diametral. Er wurde zu einem linken Vordenker, der mit der Schweiz zuweilen hart ins Gericht ging. 1965 schrieb er im Zuge der Überfremdungsdebatte den vielzitierten Satz (wobei der erste Teil meistens weggelassen wird): «Ein kleines Herrenvolk sieht sich in Gefahr: Man hat Arbeitskräfte gerufen, und es kommen Menschen.»
Heute stehen Akademiker in jungen Jahren oft politisch links, manchmal sogar radikal links, und werden mit dem Alter zunehmend bürgerlich und konservativ. Bei Max Frisch verlief die Entwicklung umgekehrt, wie auch der aufgetauchte Maturaufsatz zeigt. Wohlwollend ausgedrückt, könnte man sagen: Er hat dazugelernt, sich weiterentwickelt. Negativ ausgelegt: Er hat sich stets dem Zeitgeist angepasst.
Erstabdruck von Max Frischs Maturaufsatz:
Dirk Vaihinger (Hrsg.): Bitte nicht ins Buch kritzeln. Von Lehrmitteln und Lernwegen. Mit Texten von Charles Lewinsky, Peter Stamm, Martina Hügi, Knackeboul u. a. Lehrmittelverlag Zürich, 2026, 107 S., Fr. 22.90.
https://www.nzz.ch/feuilleton/als-max-frisch-vor-geschlechtlichen-excessen-warnte-ld.1925489
February 25, 2026 (Today’s Summary)
GEOPOLITICS
The Economist (Pay Wall)
A stay-calm plan to save the world
Alas, almost no foreign leader is as reasonable as Finland’s president, Alexander Stubb
https://www.economist.com/international/2026/02/24/a-stay-calm-plan-to-save-the-world
EUROPE’S DEFENSE
L’Express
Les vérités d’un général sur l’échec du Scaf, l’Europe accro comme jamais au renseignement américain
Nos confidentiels secret-défense. Et aussi dans nos indiscrets de la semaine : ce “war game” allemand qui aboutit à une victoire de Poutine, ce troc nucléaire envisagé entre Moscou et Pyongyang…
La CIA noyaute l’entourage du président vénézuélien ,le Mossad israélien piègeles bipeurs du Hezbollah ,les espions de Poutine payent des petites mains pour dessiner des étoiles de David dans Paris … Si vous ne vous intéressez pas au monde de la défense et de l’espionnage, c’est lui qui s’intéressera à vous. Retrouvez, chaque semaine, notre sélection d’indiscrets exclusifs en France… et notre revue de presse des nouvelles les plus saillantes en Europe.
L’Europe accro aux grandes oreilles US
“L’Europe dépend aujourd’hui à 80 % du renseignement américain. Les 20 % restants proviennent des services européens dans leur ensemble”, confiait, en marge de la conférence de Munich sur la sécurité, un ancien conseiller défense du président fédéral allemand. Désormais en poste au sein de la planification stratégique du commandement naval, cet officier supérieur s’inquiète de la dépendance du continent à Washington : selon lui, toute autonomie stratégique passera d’abord par un renforcement des capacités européennes de renseignement, en particulier techniques.
Pourquoi le Scaf se meurt
“Le Scaf est mort”, assurait, il y a quelques jours, un général d’active de l’armée française, à propos du futur avion de combat européen. Le projet était initialement porté par Paris et Berlin, mais seul l’Élysée semble encore y croire. Une situation que ce militaire attribue en partie à l’industrie française de l’armement : “Nous avons bâti notre système autour de la dissuasion et de l’autonomie stratégique. Résultat : notre marché est sans doute l’un des moins coopératifs en Europe. Nous avons du mal à nouer des partenariats”.
Un général au travail
Un général va être nommé au ministère du Travail pour piloter les questions d’emplois dans le secteur de la défense. L’annonce a été faite à l’occasion d’une conférence qui se tenait à Paris sur les nouveaux enjeux RH de la défense de la Maison des Polytechniciens, le 3 février, en présence du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Cette arrivée est destinée à venir en appui à la création de nouveaux postes dans le secteur, à la faveur de l’augmentation du budget des armées. Thalès vient d’annoncer recruter près de 9 000 personnes dans le monde, dont 3 300 en France, d’ici à 2026.
Et notre revue de presse vue d’Europe…
Troc. La Russie pourrait livrer à la Corée du Nord des informations sur la fabrication de sous-marins nucléaires en échange de leur aide sur le front ukrainien, s’inquiète le chercheur Peter Roberts, auditionné par la Chambre des communes britanniques, le 10 février. (defensenews.com, Tysons, 20 février)
Coulisses. Les services de renseignement britanniques et américains estiment que Vladimir Poutine a pris la décision d’envahir l’Ukraine en 2020. Fin 2021, ils ont averti les autres pays de l’Otan, suscitant des réactions sceptiques. (The Guardian, Londres, 20 février).
War game. En décembre, des analystes militaires et d’anciens généraux se sont réunis à l’université d’Hambourg pour mener une simulation de guerre. L’exercice s’est soldé par une victoire russe et l’occupation de certaines parties de la Lituanie. L’Allemagne et la Pologne ont été surprises par la stratégie russe, et les États-Unis ont refusé d’activer l’article 5 de l’Otan. (Die Welt, Berlin, 16 février)
Contractuels. La Russie ferait appel à des “prestataires de services” pour mener des opérations de sabotage en Europe, selon des responsables du renseignement européen cités par le New York Times . Ni agents officiels ni infiltrés classiques, ces individus disposeraient de solides connexions avec les réseaux criminels. (New York Times , 22 février 2026)
RUSSIA
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Russia’s Shadow War With Europe
A new report documents at least 151 acts of aggression since 2022.
THE WORLD ECONOMY: THE POWER OF THE DOLLAR
The New York Times
No, the Dollar Is Not Dying
Guest Essay by Eswar Prasad, a professor of trade policy at the Dyson School at Cornell University, a senior fellow at the Brookings Institution and author of “The Doom Loop: Why the World Economic Order Is Spiraling Into Disorder.”
The reports are dire.
The dollar’s days of dominance are rapidly coming to an end, thanks to U.S. economic and political dysfunction. China is plotting to displace the dollar and rallying the world around the idea that its centrality in the global financial system hurts everyone else. Even American allies are shying away from the dollar now that the United States is becoming more antagonistic toward other countries.
This narrative is plausible, logical and ostensibly supported by data. But it is false. The dollar remains secure on its pedestal. The reason, though, is less the power of U.S. exceptionalism and more the weaknesses of America’s rivals and allies.
The perception of a stumble is partly thanks to Washington’s seemingly doing everything within its power to damage the dollar’s stature. The U.S. government shows no signs of reining in budget deficits and rising levels of debt. This ought to jeopardize the long-term value of Treasury securities, widely regarded as one of the most trusted and safest assets in the world. The U.S. political system has become dysfunctional, with threats of government debt defaults and lack of sanity in how fiscal policy is set and managed. America has weaponized the dollar’s dominance in global payments to throttle the international trade of rivals such as Iran and Russia but also to threaten its own allies — losing access to dollars and the U.S. banking system makes it difficult for a country to send or receive payments to other countries.
President Trump has launched a frontal attack on the independence of the Federal Reserve, which is responsible for maintaining the dollar’s value by tamping down inflation. Mr. Trump and his enablers are eroding checks and balances that keep economic and trade policies from going off the rails. Assaults on the rule of law have become the norm, leaving central banks and other international investors wondering if they can count on being able to reliably repatriate their dollar assets.
The dollar’s dominance means that volatile U.S. policies and financial market problems infect the entire world, adding instability to an already volatile situation.
Small wonder that other countries are desperate to “de-risk” by reducing their exposure to the dollar and promoting alternatives. But for all the talk of diversification away from the dollar, though, the reality is quite different. The dollar may have lost ground modestly in some respects but still dominates international reserves (it makes up central banks’ rainy day funds) and payments.
China’s central bank and others are indeed buying more gold for their reserves, while China’s reported holdings of Treasuries seem to have fallen sharply. That certainly bolsters the narrative of dollar decline. At the same time, countries like Belgium, Britain and Canada have ramped up their reported holdings of Treasuries. There’s a connection: Reports indicate that China is routing its holdings through custodial accounts in some of those countries, which hardly means Beijing is ditching the dollar.
Overall, foreign investors’ holdings of Treasuries have, in fact, increasedby $650 billion since Mr. Trump took office, not much different from the increases in the two previous years. Even foreign central banks added nearly $70 billion to their stash. So the world is still buying copious amounts of “safe” dollar assets even as those assets look riskier.
Technology, in theory, ought to assist the shift away from the dollar. China has issued a digital renminbi and the European Central Bank plans to issue a digital euro in 2029. The United States has no plans to issue a digital dollar, which some argue puts the dollar at a disadvantage. China has beefed up its payment systems and made it easier to use the renminbi in international transactions. Russia and China can now directly exchange rubles and renminbi, without having to use the dollar as an intermediating currency.
In reality, the dollar’s share of global payments (excluding payments within the eurozone, which are all in euros) has held firm at close to 60 percent in recent years. A digital renminbi and digital euro are hardly going to alter the balance. A currency’s availability in digital rather than physical form will make it more convenient to use but will hardly change the trust that domestic residents and foreigners have in that currency. China’s renminbi has gained some traction in international transactions, but it still accounts for a tiny global share, and even that is mainly due to China’s own trade with other countries.
In fact, technology might end up favoring the dollar. The proliferation of dollar-backed stablecoins — cryptocurrencies backed by stores of Treasury securities and dollar deposits in banks — could make the dollar even more prominent in payments both within and between countries.
The rest of the world can complain all it wants to about the dollar but the blame for its dominance falls squarely on those very countries complaining most loudly.
Beijing clearly wants to elevate the renminbi’s prominence in international finance. But despite recent domestic and external pressure on the Chinese government to loosen up capital controls and relax management of the renminbi’s exchange rate, Beijing so far appears unwilling to do so. If foreign investors cannot move freely into and out of renminbi assets, or count on an exchange rate freely determined by market forces rather than government control, they will shy away from those assets. China’s institutional framework, including a court system and central bank that are under the thumb of the Communist Party, hardly inspires confidence among international investors.
The eurozone has economic heft but its financial system is highly fragmented and the rise of populist nationalism is fomenting dissension within and between its member countries. Major European economies and others like Britain and Japan face slow growth, high debt levels and other sorts of economic malaise. They have shown little resolve in strengthening their economies and financial systems.
So when exporters, importers, investors and central banks go looking for a safe place to park their funds and for a currency they can use easily and with few constraints, they still mostly turn to the dollar.
Thus, the real question is whether other countries are going to set their economic and financial houses in order and do what’s needed to improve their own institutions. Without that, they will remain at the mercy of the dollar, with only themselves to blame.
https://www.nytimes.com/2026/02/25/opinion/us-dollar-china-currency-eu.html
THE WORLD ECONOMY: CHINA
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Germany Shows How Difficult It Is to Rewire Relations With China
Chancellor Merz is trying to set new tone with Beijing to parry pressure from the U.S.
Neue Zürcher Zeitung (Pay Wall)
Chinas technologische Dominanz bleibt eine Fata Morgana
Alle Jahre wieder beschwört Peking die technologische Wachablösung. Doch der Beginn des Jahres 2026 zeigt nüchterner denn je: China bleibt die Fabrik der Welt, nicht ihr Architekt. Wahre Innovation entsteht weiterhin dort, wo Freiheit herrscht.
Der chinesische Kalender hätte für die Propaganda der Kommunistischen Partei Chinas kein passenderes Symbol bereithalten können: Wir schreiben das Jahr 2026, das Jahr des Feuerpferdes. Es ist ein Tierkreiszeichen, das für unbändige Energie und Durchsetzungskraft steht. Peking greift dieses Bild dankbar auf. Die Botschaft an die Welt und das eigene Volk ist unmissverständlich: China galoppiert davon. Das Land ist bereit, die globale technologische Führung endgültig an sich zu reissen. (…)
https://www.nzz.ch/meinung/chinas-technologische-dominanz-bleibt-eine-fata-morgana-ld.1924391
EUROPE’S ECB: WHO WILL BE ITS NEXT PRESIDENT?
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Nachfolge von Lagarde: Europas Poker um die EZB-Präsidentschaft
Der Kampf um die Nachfolge von EZB-Präsidentin Christine Lagarde ist entbrannt. Wir zeigen, wer dabei alles ein Wort mitzureden hat.
Christine Lagarde, 70, hat den Spekulationen um ihre Nachfolge selbst Zunder gegeben. Die Französin, deren Amtszeit in der Europäischen Zentralbank (EZB) offiziell im Oktober 2027 endet, hat Gerüchte über einen vorzeitigen Rückzug zuletzt nur halbherzig dementieren lassen. Sie habe keine Entscheidung bezüglich des Endes ihrer Amtszeit getroffen, ließ sie zunächst über einen Sprecher mitteilen. Später ergänzte sie im Interview mit dem „Wall Street Journal“, ihre „Grundannahme“ sei, ihre Amtszeit zu Ende zu bringen. Auch das ist kein hartes Dementi.
Joachim Nagel, 59, ist als Präsident der Bundesbank qua Amt automatisch ein Kandidat für den EZB-Topposten. Nagel hat zuletzt eine bemerkenswerte Flexibilität bewiesen, indem er sich für europäische Gemeinschaftsanleihen (Eurobonds) aussprach. Dieser Bruch mit der traditionellen Linie der Bundesbank könnte einen möglichen EZB-Präsidenten Nagel für Länder wie Frankreich leichter vermittelbar machen.
Isabel Schnabel, 54, hat die ungewöhnlichste Bewerbung für das Amt der EZB-Präsidentin abgegeben: Wenn sie gefragt würde, stünde sie bereit, sagte sie Ende 2025 dazu. Die Professorin, seit 2020 Mitglied des Direktoriums, hat einen exzellenten Ruf. Allerdings ist unklar, ob ein Wechsel aus dem Direktorium direkt an die EZB-Spitze rechtlich möglich ist. Auch haben Bewerber, die sich selbst ins Spiel bringen, oft keine Chance. Schnabel hofft womöglich auf ein anderes Amt, vielleicht an der Spitze der Bundesbank.
Klaas Knot, 58, gilt als großer Favorit auf den Posten des EZB-Präsidenten. Knot ist ein erfahrener Geldpolitiker, er stand 14 Jahre lang an der Spitze der niederländischen Notenbank. Im Sommer 2025 endete seine Amtszeit. Knot gilt als Vertreter einer eher strengeren Geldpolitik, als sogenannter „Falke“. Je schneller es zu einem Rückzug Lagardes käme, umso besser sind seine Chancen. Er wäre nach Wim Duisenberg der zweite Niederländer in diesem Amt.
US: BALOONING PUBLIC DEBT
The Wall Street Journal (Pay Wall)
America’s Bills Will Come Due
As the federal debt keeps ballooning, options are narrowing to avert a crisis.
https://www.wsj.com/opinion/americas-bills-will-come-due-7c0cd8a0?mod=opinion_lead_pos8
EUROPE’S DIVISIONS: HUNGARY
Politico
Orbán’s gambit to revive his election hopes: A battle against the EU
The Hungarian leader wants to portray his main rival, Péter Magyar, as a stooge of his traditional bogeymen: Brussels and Kyiv. But Magyar is proving hard to typecast.
Hungarian Prime Minister Viktor Orbán has decided a showdown with Brussels is exactly what his flagging election campaign needs.
Orbán is on the back foot at home — trailing his rival Péter Magyar by some 8 percentage points in polls ahead of the April 12 election. So he’s gone on the attack against two of his favorite bogeymen abroad: Brussels and Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy.
In doing so he’s trying to set a trap for Magyar, the 44-year-old member of the European Parliament who is on track to beat him.
Magyar has built his poll lead through a laser-focus on the corruption, mismanagement and cronyism that he says has defined Orbán’s 15 years in power. The last thing he wants is an election race in which he is typecast as the pro-EU or pro-Ukrainian candidate.
But that’s exactly where Orbán is now trying to shift the campaign. On the international stage, Orbán’s government has taken the highly confrontational step of blocking the EU’s €90 billion financial lifeline to Ukraine — agreed at a European Council meeting in December — accusing Kyiv of slow-walking repairs to the Druzhba pipeline that supplies oil to Hungary.
The timing of Orbán’s move is hardly coincidental, given his troubles in the election race. Having engineered a conflagration with Brussels over Ukraine, he upped the ante this week by accusing Magyar’s Tisza party of being traitors, of taking the side of the EU and Zelenskyy in the standoff.
Orbán on the attack
It’s Orbán himself who is leading the offensive. He is styling his clash with Brussels and Kyiv as one and the same as his fight with the Tisza party, which he accused of remaining “shamefully silent” about the problems with the oil supply from Ukraine.
“In line with Brussels and Kyiv, instead of a national government, they [Tisza] want to bring a pro-Ukrainian government to power in Hungary. That is why they are not standing up for the interests of Hungarian people and Hungary,” Orbán argued in a Facebook post on Monday.
He followed up with another post saying Tisza would wreck the country’s energy sector, and insisted his ruling Fidesz party was “the safe choice in April.”
“[The opposition’s] goal is chaos, fuel shortages, and gasoline price increases before the elections. That is why they have sided with Zelenskyy, against the Hungarian people,” Orbán said.
Sidestepping the trap, Magyar hit back against Orbán’s accusations — not by defending the EU or Zelenskyy, but by claiming economic mismanagement by the prime minister was stoking the high prices and insisting fuel was cheaper in Poland, the Czech Republic and Bulgaria.
“Orbán does not govern effectively and shows no interest in the continuously deteriorating situation of Hungarian citizens or businesses. Instead, he chooses to lie, incite hatred, and burden the country with some of the highest taxes in Europe,” Magyar said.
Tisza declined to comment.
How pro-EU is Magyar, really?
For the EU, the big concern is how long Orbán, the EU leader closest to the Kremlin, will drag out this fight. Kyiv desperately needs the now-blocked €90 billion cash injection, and six weeks of uncertainty due to the Hungarian election would inflame geopolitical tensions over the war in Ukraine.
While much of Brussels is holding out for a Magyar win — largely to end Budapest’s obstructionism on Ukraine — the irony of Orbán’s attacks is that Magyar is hardly an unalloyed pro-EU politician, and far less a pro-Ukrainian one. Indeed, he is outdoing Orbán with his some of his more nationalist campaigning. Tisza, for example, voted against the €90 billion loan to Ukraine in the European Parliament and Magyar has strongly opposed plans for Kyiv’s accelerated membership in the European Union.
In an interview with POLITICO in 2024, Magyar said Tisza was pro-EU but was candid about the EU’s shortcomings. He expressed opposition to a European “superstate” and said he didn’t have “friends” in the European Parliament. That followed his first press conference in the Parliament, in which he opposed sending weapons to Ukraine.
Earlier this year, Orbán’s Fidesz party sought to corner Magyar over the EU’s giant Mercosur trade deal with South America, which it opposes on the grounds it would harm Hungarian farmers. In Budapest, Orbán accused Magyar of backing the agreement and undermining farmers because Tisza sits with the center-right European People’s Party grouping in the European Parliament, which supported the trade pact.
Ultimately, however, Tisza voted in January to freeze ratification of the EU-Mercosur accord, breaking with the EPP line — a move that triggered a “shitstorm” against the Hungarian delegation at a subsequent group meeting, according to an official who was present.
Calibrated messaging
Magyar’s awkward relationship with Brussels was on full display at the Munich Security Conference this month. He used the event to initiate a tentative outreach to European heavyweights including Germany’s Chancellor Friedrich Merz and Vice Chancellor Lars Klingbeil, as well as Polish Prime Minister Donald Tusk, Croatia’s Prime Minister Andrej Plenković, and Finnish President Alexander Stubb.
The messaging was cautiously calibrated. Magyar said he wanted to undo the damage Orbán had done to democratic and judicial norms, but with the chief goal of restoring Hungary’s access to EU funds and standing up “for Hungarian interests.” His language on Ukraine was far cooler.
“The top priority of a future Tisza government will be to secure the EU funds Hungary is entitled to. To achieve this, we will immediately introduce strict anti-corruption measures, restore judicial independence, and safeguard the freedom of the press and higher education,” he said on X after meeting with Merz Feb. 14.
While that was music to EU mainstream ears, Magyar also said he had used his talk with Poland’s Tusk to stress he didn’t support a fast-track EU membership for Kyiv.
Conspicuously, Magyar did not meet with any leader of the EU institutions. The optics would admittedly have been hard to navigate given that the Fidesz camp has flooded the streets of Budapest with AI photos of Magyar conspiring against Hungary with European Commission President Ursula von der Leyen.
Mystery man
All in all, Magyar remains an enigma to observers in both the EU and Ukraine.
An MEP from the liberal Renew group in the European Parliament said: “We feel anything is better than Orbán but, honestly, I’m not sure what they are, content wise, what are the things they concretely want to do, for example in Europe and geopolitically.”
Even inside the ranks of Magyar’s center-right EPP grouping, the jury remains out. “We need to see, if Magyar wins, how he will organize the government and distribute power,” said an EPP official. “But once you are in power the question is whether he will have the strength to overcome temptations or fall [to them] as Orbán did.”
On Ukraine, it’s already clear that a Magyar victory would not signal an overnight thaw in ties with Kyiv. But the hope among diplomats from the EU and Kyiv is that he won’t deliberately wreck EU efforts, as Orbán has done.
“We don’t know the consequences [of the election] so we have to be careful,” said a Ukrainian government adviser, who noted they were communicating with Magyar’s team. “But by following his public speeches, it seems he is a little bit more flexible and we will expect this.”
Swedish European Affairs Minister Jessica Rosencrantz told POLITICO she was still holding out hope for a more emphatic change in Budapest’s position.
“I hope for a shift in the Hungarian approach toward Ukraine because we need to stand united for European security. Given Hungary’s own history I think it’s unbelievable that they did not show solidarity,” she said.
GERMAN POLITICS PARALYSED
Neue Zürcher Zeitung
Ohne Zumutungen keine Reformen. Das müssen die Deutschen akzeptieren
Das Vertrauen der Deutschen in die Handlungsfähigkeit der Politik sinkt. Sie fordern ein gerechteres Rentensystem, wollen aber nicht länger arbeiten. Dieses Muster zieht sich durchs ganze Land.
Wer die Deutschen nach ihrer Rente fragt, bekommt eine klare Antwort: Sie finden das System ungerecht. Die Interessen der Älteren hätten Vorrang, die Jüngeren das Nachsehen. Nur 29 Prozent halten die gesetzliche Rente für generationengerecht, wie eine am Dienstag veröffentlichte repräsentative Umfrage ergab. Immerhin, das Problembewusstsein ist vorhanden.
Aber was sollte die Regierung tun, um Deutschland gerechter zu machen? Zwei Drittel der Befragten sprechen sich dafür aus, Beamte oder Selbstständige in das gesetzliche Rentensystem einzubeziehen. Alle sollen mitmachen – so könnte man die Idee umschreiben.
Und dann fragt man die Deutschen, ob sie bereit wären, etwas länger zu arbeiten.
Nein, sagen 58 Prozent der Befragten, das sei eine Zumutung. So steht es im Deutschland-Monitor 2025, einer weiteren repräsentativen Studie, welche die Veränderungsbereitschaft der Deutschen auf allen grossen Politikfeldern misst. Die Rede ist von «Zumutungsaversion». Und diese Aversion ist ein Problem für das Land.
Migration, Klimaschutz, Digitalisierung, wirtschaftlicher Strukturwandel – hier gibt es grosse Bevölkerungsgruppen, die Einschränkungen akzeptieren würden. Beim Renteneintrittsalter aber ist die Schmerzgrenze schnell erreicht, nirgendwo sonst ist der Widerstand so hoch.
Was nicht überraschend ist: Wenn es um Härten geht, die er selber tragen muss, zieht es der Mensch doch lieber vor, dass alles so bleibt, wie es ist. Das blockiert aber dringend notwendige Reformen.
Will eine Regierung das Land reformieren, muss sie irgendwem irgendwo weh tun, so unschön das ist. Wenn das Renteneintrittsalter nicht erhöht wird, muss die Rente niedriger ausfallen. Oder die Beiträge steigen. Oder es gibt steuerfinanzierte Zuschüsse, die dann auch wieder die Allgemeinheit belasten. Alle liegen unter einer zu kleinen Decke, und wenn man dran zieht, wird es immer jemandem kalt.
Der christlichdemokratische Bundeskanzler Friedrich Merz hat das Problem erkannt, auch der sozialdemokratische Finanzminister Lars Klingbeil sagt, die Regierung werde «allen etwas abverlangen».
Der grosse Befreiungsschlag lässt aber auf sich warten. Sozialreformen? Hierauf antworten die Gewerkschaften in einem gemeinsamen Brief: «Die Angriffe der Union und der Arbeitgeber auf den Sozialstaat und die Beschäftigten werden immer unverschämter.» Gesundheitsreformen? Die Kassenärzte wollen Milliarden sparen und dafür die freiwilligen Leistungen der Krankenkassen streichen, zum Beispiel für Homöopathie – doch die Kassen wehren sich, weil sie damit Versicherte locken. Grosse Steuerreform? Hier gibt es so viele Steuer-Subventionsempfänger, dass sich kaum ein Politiker an die Sache herantraut.
Vertrauen in Handlungsfähigkeit der Politik sinkt
In einer pluralen Demokratie muss eine Regierung immer eine kaum überschaubare Vielfalt von Interessen austarieren. Und Politiker, die wiedergewählt werden wollen, stehen bei Zumutungen stets mit einem Fuss auf der Bremse. So werden Reformpläne erst einmal in Kommissionen geschoben – vielleicht finden die ja eine Lösung, mit der alle leben können.
Das ist die grosse Schwäche des Systems, und das ist der Grund, dass das Vertrauen in die Handlungsfähigkeit der Politik sinkt.
Doch als etwa Gerhard Schröder die Hartz-Reformen durchsetzte, handelte er – und nahm erbitterten Widerstand in Kauf. Immerhin konnte er für seine SPD bei der Bundestagswahl 2005 noch immer 34 Prozent einfahren, nur einen Prozentpunkt weniger als die Union.
Der Schlüssel zu Reformen ist daher nicht Konsens, sondern Courage – die Bereitschaft, allen gleichermassen etwas zuzumuten. Schröder hat gezeigt, dass das möglich ist. Merz weiss das. Jetzt muss er es auch zeigen.
GERMANY’S NEW ANTISEMITISM
The Jerusalem Post
Germany can no longer blame only the far Right for antisemitism
Germany still sees antisemitism as a far-right relic; the events after the October 7 massacre exposed a far more complex and uncomfortable reality.
Although Berlin does not look like it did in 1933, for many Jews it feels uncomfortably close.
After October 7, antisemitism in Germany did not merely spike – it erupted. Jewish homes were marked. Israeli flags were torn down. Demonstrations celebrated the massacre under the language of “resistance,” while university campuses normalized slogans that erase the world’s only Jewish state.
Yet much of the political and NGO landscape clung to a narrow explanation: antisemitism, we were told, is primarily a far-right problem.
That assessment is no longer sufficient. Traditional far-right antisemitism does remain a serious and persistent threat – but it is no longer the only one.
Today, some of the most dynamic and socially tolerated forms of antisemitism emerge from Islamist ideology and segments of the radicalized far Left – rhetorically sophisticated, globally networked, and cloaked in the language of anti-colonialism and human rights. Israel becomes the metaphysical villain, “Zionism” becomes the permissible substitute for Jew.
Pointing this out disrupts Berlin’s moral equilibrium.
Large parts of the activist ecosystem have built their authority on the premise that antisemitism belongs to Germany’s nationalist past – not to contemporary progressive alliances.
After October 7, an Iranian former refugee and an Israeli Jew decided this analytical blind spot could no longer be ignored. We founded the ZERA Institute as an investigative project to map discourse, trace ideological convergences, and identify how anti-imperial rhetoric and Islamist theology reinforce hostility toward Jewish self-determination.
Antisemitism, Islamophobia debates badly handled, avoided
For years, I voted Green. I believed in its moral promise. But over time, I watched how debates around Islamism and antisemitism were handled – or avoided. As someone who grew up under a regime where antisemitism is the state doctrine and Islamist ideology shapes public life, I could not ignore the parallels in rhetorical indulgence. When it came to confronting antisemitism in its Islamist and far-left forms without euphemism, only one major party was willing to break with comfortable consensus: the Christian Democratic Union of Germany (CDU).
So, I joined.
That decision would later become the subtext of a scandal.
ZERA, however, was never conceived as a partisan project. It is open to the full democratic spectrum – provided there is alignment with the IHRA definition of antisemitism and a clear commitment to confronting it in all its contemporary forms.
When funding for ZERA was attacked, my party membership was presented as evidence of impropriety. Not procedural irregularities, not documented misuse: political affiliation.
Pause there.
In Berlin’s civic ecosystem, NGOs routinely receive funding from state institutions whose advisory boards include political actors. Structural proximity is described as governance.
One of the most vocal critics in this affair, Green politician Susanne Kahlefeld, sits on the curatorium of the Landeszentrale für politische Bildung Berlin – a state authority – while chairing BIWAK, an NGO funded by that same authority.
This arrangement is treated as normal; my CDU membership is treated as suspect.
No coherent principle has been articulated to distinguish the two.
The matter did not evolve into controversy organically – it was driven there. In outlets such as taz, Tagesspiegel, and Der Spiegel, allegations were presented as narrative fact long before any formal findings existed. Quotations were extracted without analytical context; procedural details that would have complicated the storyline were absent.
What emerged was a steady repetition of insinuation.
Repetition has a purpose. It transforms allegation into atmosphere.
Projects centering Israeli victims, including the Nova exhibition, faced extraordinary interrogation. A fund established to support Israeli filmmakers and actors affected by the BDS movement was publicly described as a “letterbox company.” Media coverage shifted from procedure to personal discrediting – including the public discrediting of female Jewish staff members of our institute, two of whom themselves come from refugee backgrounds.
The asymmetry is revealing.
Criticism of Israel that minimizes antisemitic dimensions is framed as sophisticated discourse; structural analysis of contemporary antisemitism is framed as provocation.
The funding decisions were formal acts within the legal framework of the State of Berlin. Sen. Sarah Wedl-Wilson approved them – including the Nova exhibition – under her full political responsibility, despite internal disagreements reported in the German press. The controversy that followed speaks more to the political sensitivity of confronting contemporary antisemitism than to administrative irregularity.
The real question is not administrative compliance – it is who is permitted to redefine the boundaries of acceptable analysis.
ZERA was conceived as a structural experiment. For the first time in Germany, minorities from the Middle East – Jews from Muslim-majority countries, Iranian dissidents, Kurds, and Arab reformers – worked alongside cultural figures, human rights advocates, and serious academics – not symbolic participants but as equal architects.
We understood that antisemitism circulates through culture, activism, academia, and digital space simultaneously. Confronting it requires pattern recognition, not ritual remembrance.
This interdisciplinary constellation did not previously exist in this form in Germany. Novel structures tend to disturb established ones.
For many of us who grew up under Islamist regimes – Iranians, Jews from Muslim-majority countries, Kurds, and Arab reformers – the Western progressive treatment of Islamism as a misunderstood or emancipatory force is bewildering. We know what happens when such ideologies gain power. We have seen minorities erased, dissent criminalized, and women reduced to symbols of obedience. To watch these forces reframed in Europe as partners in liberation is not merely intellectually frustrating: It is existentially disorienting.
This shared experience – between Middle Eastern minorities and Israelis – is part of why ZERA was founded. It is not an abstract policy debate: It is lived history confronting Western naivety.
The writer is chair of the ZERA Institute in Berlin. An Iranian-born entrepreneur and cultural producer, she focuses on contemporary antisemitism and Islamist ideology in Europe.
https://www.jpost.com/opinion/article-887733
THE MIDDLE EAST
The Times of Israel
Over my shoulder
I remember my own self-righteous lefty liberalism, but 20 years later, I can’t sustain it: the globalized intifada is coming for me
Athens on a Sunday night. Street after street, Palestine flags spray-painted on the walls. Half a block from my hotel, I stumble into Palestina Meze Bar.
A corrugated shopfront reads: Zionist Not Welcome Here.
Zionist, singular? Just one? Guess they heard me coming.
Inside, a few patrons sit at wooden stools. Halloumi and hummus on the menu. I try to imagine eating with these slogans staring back at me in English, Arabic, Greek:
Freedom by Force
By Any Means Necessary
Reject Normalization. Support the Resistance
Twenty-year-old me would have smirked in delight. Hell yeah! Power to the people!
I recognize the appeal, I do. These are saucy ideas. What clarity. What moral certainty.
But then:
All Israeli Soldiers are War Criminals
What? Everyone? Even my friend’s kid sister with the bad hair extensions? Raphi, who took so much acid he can’t string a sentence together, or Amy who wore huge sunglasses so the commanders couldn’t see her stoned red eyes.
You can take out the word “Soldiers.”
Like a drunk reaching for an open bottle, I step inside.
All over the bar are posters of faceless men with AK-47s. Youths with slingshots. A disabled man in a wheelchair, shirtless, hurling a rock. Burning American flags. Bleeding American flags. Hand grenades entwined with olive leaves. Yahya Sinwar as a boy, as an adult, bullet holes overlaid on his face. Glory to the Martyrs. They made a saint out of a demon.
“Want some food?” asks the waitress, with a nervous smile.
“Just taking some photographs. I like the images.”
“I hope that’s what you really think,” says a curly-haired lady at the bar, eyeballing me.
Spotted: A red triangle over my head.
I was once a leftie like her. Self-righteous, all-knowing. Proudly holding a “Stop the War” placard. I read those books, nodded along that indigenous people have a right to throw out their colonizers. That it has to be violent.
What a neat idea. Make the bad guys go away with a blink of a pen. And here we are again, 20 years later. Now the pen is pointed at me.
“At Any Cost” hisses the wall.
Is that cost — me?
I walk out as fast as I can. When I turn over my shoulder, they look back. I imagine myself in a Hammer horror movie: in every direction FREE PALESTINE, FREE GAZA, FUCK ZIONISTS ring out through the urban sprawl.
The living mannequins in this scene wrap their heads in white-and-black keffiyehs, pull out granddad’s old communist rifle, chase me down uneven streets, call me an imperialist, an occupier, hoist me up, redden their hands in my guts, globalize their intifada.
Back at the hotel, I’m shaking.
I used to love this neighborhood, the overflowing bars, grungy antique stores, piles of second-hand books around the organic market, bearded intellectuals, a pet shop on every block. Just a short walk away, a breathtaking view of the Acropolis, the happy shadow of Socrates, Aristophanes, the birthplace of Reason.
Athens, I thought we were cool.
About the Author
Fascinated by the chaos and glory of life in Israel
https://blogs.timesofisrael.com/over-my-shoulder/
FRENCH POLITICS: FAR RIGHT AND FAR LEFT: UNITED IN ECONOMICS
Le Point
LFI-RN : leur plan pour couler la France
Économiquement, les deux partis partagent une même pensée magique : dépenser toujours plus.
« Je ne veux pas que le RN prenne le pouvoir. Je ne fais pas confiance à ces gens-là pour gérer la France. Je ferai tout pour que cela n’arrive pas […]. LFI, c’est pareil, […] je les mets sur le même plan. » En octobre dernier, cette sortie du P rix Nobel d’économie Philippe Aghion sur BFMTV avait fait bondir les états-majors de La France insoumise et du Rassemblement national, mécontents d’être mis dans le même sac.
Il est pourtant difficile de nier qu’il existe de nombreux points communs sur le plan économique entre le RN et LFI (une hostilité partagée envers la mondialisation et l’Union européenne, l’existence de boucs émissaires, riches ou immigrés, qui suffiraient à redresser les finances publiques, etc.). Les plus critiques envers leurs programmes n’hésitent d’ailleurs pas à fustiger une même pensée magique. Les plus modérés diront que pour les partis situés aux extrémités de l’échiquier politique, les velléités de rupture avec le système actuel précèdent et l’intendance suivra !
Idéologiquement inébranlable
Mais les différences sont tout aussi importantes que les ressemblances. Côté LFI , le programme est clair comme de l’eau de roche et idéologiquement inébranlable. S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas enlever à LFI, c’est qu’ils l’ont minutieusement travaillé. Depuis plus de dix ans, les équipes insoumises, au premier rang desquelles les députées Clémence Guetté et Aurélie Trouvé, ex-coprésidente d’Attac, peaufinent le programme présidentiel taillé pour Jean-Luc Mélenchon, « L’avenir en commun ».
S’il a été amendé en 2022 et 2024, lors des alliances avec les autres partis de gauche dans le cadre de la Nupes puis du NFP, l’esprit demeure le même. Il est décliné en une cinquantaine de thèmes (« Le pouvoir au peuple », « Travailler tous, travailler moins, travailler mieux », « Partage des richesses »…) et en une bagatelle de 831 propositions. L’esprit ? Lutte des classes, rupture avec ce qu’ils appellent l’orthodoxie néolibérale, et mise en place d’un programme de relance et de planification écologique. « L’orientation générale demeure la même : keynésienne et redistributive », décrypte Nicolas Laine, responsable des publications et expert finances publiques de l’institut Montaigne, un think tank libéral.
Du côté du RN, la ligne économique est idéologiquement plus floue… Et elle a beaucoup évolué ces dernières années. Finis la sortie de l’euro ou le retour à la retraite à 60 ans (aux dernières nouvelles) ! Il s’agit désormais d’un compromis assez instable entre deux lignes de force qui traversent le parti et tentent de s’accorder. D’un côté, un discours social et protecteur pour les classes populaires, de l’autre une politique pro-business de plus en plus marquée avec Jordan Bardella.
« Une liste de courses où chacun peut trouver son compte »
L’actuelle tentative de se rendre crédible sur le plan budgétaire, à l’instar de Giorgia Meloni en Italie, côtoie les vieilles racines souverainistes et protectionnistes. « Intellectuellement, on ne sait pas dans quelle ligne économique ils s’inscrivent, quelle est leur colonne vertébrale… Cela ressemble un peu à une liste de courses où chacun peut trouver son compte », commente Sylvain Bersinger, économiste et fondateur de Bersingéco. « On essaye de se détacher des vieilles lunes économiques qui nous ont pénalisés», nous souffle un cadre du parti. Économistes, chefs d’entreprise, organisations patronales…
Les rencontres se multiplient en tout cas pour étoffer le programme du libéral étatique Jordan Bardella, premier membre du RN invité par le Medef, et essayer de lui tailler un costume de bon gestionnaire aux yeux des milieux d’affaires.« Mais pour l’instant, la greffe ne prend pas vraiment », nous glisse le patron d’une compagnie d’assurances.
Entre le catalogue exhaustif de la rupture côté Insoumis et la quête de respectabilité du Rassemblement national, les divergences deviennent en tout cas plus importantes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient hier. Le Point a choisi de confronter, thème par thème, leur vision de l’avenir économique pour la France.
Retraites : à bas la réforme Borne !
Abrogation de la réforme Borne et retour à la retraite à 60 ans à taux plein pour quarante annuités de cotisations, augmentation des petites retraites et du minimum vieillesse, indexation du montant des pensions sur les salaires pour assurer une « retraite digne »… Du côté de Jean-Luc Mélenchon, la ligne est claire et ne devrait pas dévier. « Nous nous sommes engagés là-dessus, pas dans un moment d’irresponsabilité communicationnelle, mais parce que nous ne croyons pas au scénario politique qui nous a été présenté. Baisser les salaires, diminuer les cotisations sociales… Ça fait quarante ans que ce cirque dure et ça ne donne rien », a encore tonné le leader de LFI à l’automne dernier.
Les députés insoumis ont d’ailleurs régulièrement tenté de faire sauter la réforme Borne lors de l’examen de leur niche parlementaire. Une promesse qui risque pourtant de coûter très cher. En 2024, l’institut Montaigne avait chiffré le retour à la retraite à 60 ans entre 49 et 67 milliards d’euros et l’indexation des pensions à 6,6 milliards d’euros.
Pour le Rassemblement national, c’est un peu plus difficile à suivre ! Pendant longtemps, le parti à la flamme voulait lui aussi revenir à la retraite à 60 ans. Mais en 2022, Marine Le Pen s’était contentée de promettre un départ après quarante années de cotisations pour ceux ayant commencé à travailler avant 20 ans. Aux dernières législatives, c’est la promesse d’abroger la réforme Borne et de « mise en place d’un système de retraites progressif, qui incite les jeunes à entrer de manière précoce sur le marché du travail et prend en compte la pénibilité réelle des emplois faiblement qualifiés » qui a été mise en avant. Une mesure estimée par l’Institut Montaigne entre 31,5 et 44,7 milliards d’euros.
Par la suite, Jordan Bardella avait été un peu fuyant sur le sujet. « Nous verrons »,avait-il répondu lors d’une interview, repoussant la mise en place de cette réforme après un audit des comptes publics .Dans le livret « La France entreprend », concocté par Jean-Philippe Tanguy , le Monsieur Économie du RN, on peut trouver un peu plus de détails sur la réforme préparée par le Rassemblement national : « La réforme indexera les deux paramètres de notre système de retraite (âge d’ouverture des droits et durée de cotisation) sur l’âge d’entrée dans un emploi stable. Les deux paramètres augmenteront ensuite progressivement, pour atteindre 62 ans et 168 trimestres à partir d’une entrée sur le marché du travail à 25 ans ».
Mais tout n’est pas encore arbitré, et la question demeure brûlante dans la préparation du programme… « Pourrait-on en rester au gel de la réforme ? La question se pose, car il faut que le sujet des retraites arrête de monopoliser le débat : on ne va pas encore passer un quinquennat sur le sujet, souffle un cadre du parti. Les détails techniques pourraient par exemple être améliorés par les partenaires sociaux.» La piste de la capitalisation a quant à elle les faveurs de Jordan Bardella.
Pouvoir d’achat : par ici les pépettes !
En 2022, le pouvoir d’achat avait été le sujet central. En sera-t-il de même en 2027 ? Dans son arsenal, Jean-Luc Mélenchon a en tout cas prévu un bazooka pour répondre à cette demande des Français. Revalorisation des rémunérations des fonctionnaires, encadrement du prix des produits de première nécessité, gratuité des protections périodiques, revalorisation des aides au logement et de l’allocation aux adultes handicapés au niveau du Smic, gratuité totale de l’école…
Au total, l’addition serait salée : la hausse des dépenses publiques promises par le chef de file de La France insoumise se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros, au moment où notre dette est devenue hors de contrôle.
Côté Jordan Bardella, la promesse est de baisser la TVA sur les produits énergétiques, de supprimer la TVA sur les produits de première nécessité et d’instituer une part fiscale pleine dès le deuxième enfant. Une addition qui se chiffre là aussi en dizaine de milliards. Le RN souhaite aussi entamer un bras de fer sur le marché européen de l’électricité. L’idée ? Baisser les dépenses contraintes des Français pour libérer du pouvoir d’achat et relancer l’activité par la consommation.
Emploi : hausses de salaires et priorité nationale
Un Smic à 1 600 euros nets ! Voilà ce que propose, entre autres, Jean-Luc Mélenchon. Encore une fois, le but est d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés. Mais cette mesure n’est pas neutre sur l’emploi. En 2024, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui n’est pas vraiment un repaire de néolibéraux, estimait que cette mesure détruirait entre 29 000 et 50 000 emplois… Et des emplois plutôt peu qualifiés. Autres promesses ambitieuses : l’instauration d’une sixième semaine de congés payés ou la garantie de l’emploi pour tous.
Le RN veut lui aussi augmenter les revenus des travailleurs, mais plutôt par l’incitation : les entreprises pourraient augmenter les salaires de 10 % avec une exonération de l’augmentation des cotisations sociales pendant trois à cinq ans. Une conférence sociale sur les salaires et les conditions de travail est également au programme. Autre mesure : la priorité nationale appliquée dans le monde du travail. Une mesure qui nécessiterait une modification constitutionnelle. Jordan Bardella s’est déclaré également en faveur de la renégociation par branche des 35 heures.
Haro sur la mondialisation et le libre-échange !
Hier encore jugés hétérodoxes, les réquisitoires de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen contre le libre-échange ont changé de statut. À l’heure du protectionnisme décomplexé de Donald Trump , leurs thèses semblent presque devenues mainstream ! LFI veut « mettre fin au pillage économique de la Nation » . Comment ? En « rendant effectif le droit de réquisition des usines et entreprises d’intérêt général ».
En comparaison, les nationalisations de 1981 pourraient sembler douces… Le programme entend relocaliser les « productions essentielles à la vie de notre pays » , renégocier les traités internationaux et l’union douanière (pour que chaque pays puisse protéger les industries qu’il souhaite), privilégier les entreprises nationales pour la commande publique, contrôler les investissements étrangers en France… Côté RN, on parle de patriotisme économique, de priorité nationale et de « protectionnisme intelligent schumpétérien » avec une réforme du code des marchés publics, un contrôle des importations un renforcement du contrôle des investissements étrangers, une révision des accords de libre-échange, etc.
Recettes, dépenses… et dette
Le coût de « L’avenir en commun » est chiffré par LFI à 250 milliards d’euros par an par les Insoumis. Il serait financé par 267 milliards d’euros de recettes (donc 17 milliards de plus que les dépenses), grâce aux rentrées fiscales supplémentaires (163 milliards), notamment la taxation des plus riches (taxe Zucman sur les ultra-riches, rétablissement de l’ISF, etc.), à la lutte contre la fraude (52 milliards), et aux « recettes supplémentaires » fournies par la reprise de l’activité économiques (nouveaux emplois, hausse de la « consommation populaire »…) pour 52 milliards. Magique ! Du côté de l’institut Montaigne, le calcul de 2024 aboutissait à une augmentation du déficit de 179 milliards. Pourquoi ? « Le multiplicateur est aujourd’hui très faible, et une partie de cette relance partirait en épargne de précaution », juge Nicolas Laine.
À ce comportement de fourmi, pourrait s’ajouter un risque de fuite vers l’étranger : celui des capitaux et des contribuables les plus aisés, peu enclins à voir leurs prélèvements s’alourdir. Dans une économie française très ouverte, ce surplus de demande risque également de s’évaporer en importations massives, dopant la croissance de nos voisins plutôt que nos propres usines.
LFI promet certes de mettre le paquet sur le Made in France. Mais cette réindustrialisation est un processus de long terme qui se heurte à l’immédiateté de la relance. « C’est pire qu’en 1981 : c’est un plan de dépôt de bilan » , soupire Guillaume Hannezo, ancien conseiller économique de François Mitterrand après 1988 et auteur de note pour le think tank Terra Nova, proche des socialistes. Dans une note datée des dernières législatives, l’économiste Sylvain Bersinger met également en avant le risque de spirale inflationniste.
Du côté du RN, la logique est à la fois semblable… et différente. Le parti d’extrême droite compte certes sur des hausses de recettes (notamment la lutte contre la fraude, mais aussi le remplacement de l’IFI par un impôt sur la fortune financière, une taxe sur les rachats d’actions et les superdividences, etc.) et la relance de l’activité économique par la consommation, mais il y ajoute une politique de l’offre (avec notamment une baisse des impôts de production, mais aussi une simplification administrative pour libérer l’économie) et la promesse d’économies budgétaires (sur les agences de l’État, l’immigration ou encore la contribution à l’Union européenne, un point commun avec LFI).
Mais là encore, le compte n’y est pas pour l’instant, malgré la volonté d’afficher une certaine rigueur à la Meloni. En 2024, l’institut Montaigne avait ainsi calculé que l’application du programme provoquerait une hausse du déficit de 71 milliards d’euros. « Dans sa Lettre aux Entrepreneurs, Jordan Bardella explique qu’il consacrera un tiers de ses économies à la réduction du déficit, soit 33 milliards d’euros sur 100 milliards d’économies. Mais aujourd’hui, si vous voulez revenir à moins de 3% du PIB, vous devez faire 140 milliards d’euros d’économies », ajoute Nicolas Laine.
Les estimations du RN sur la fraude, les économies liées à l’immigration ou la rationalisation de l’État sont régulièrement pointées du doigt comme étant surestimées. Et parier sur un regain de croissance pour remettre d’aplomb les finances publiques est un pari risqué : l’actuel locataire de l’Élysée peut en témoigner !
Les législatives de 2024 nous ont donné un aperçu de ce qui risque d’arriver si les marchés pensent qu’un parti dépensier peut arriver au pouvoir… « Ils salueront un programme de baisses de dépense ou de hausse d’impôts qui réduit le déficit à 3 %, mais ils sanctionneront tout autre programme qui paraîtrait trop dépensier par une hausse des taux qui rendrait la dette difficilement soutenable », analyse Alain Trannoy, économiste à l’EHESS et co-auteur de l’ouvrage Des économistes répondent aux populistes (éd. O.Jacob).
LFI ne semble pourtant pas s’en soucier. Dans son programme, le parti mélenchoniste en appelle à « la fin des critères budgétaires absurdes qui imposent l’austérité » . L’avenir en commun le dit tout net : Mélenchon à l’Élysée en finirait avec les règles budgétaires en vigueur au sein de l’Union européenne. Il propose deux solutions alternatives. Plan A : chaque État récupère sa souveraineté budgétaire ; à défaut, plan B : la France désobéirait « aux règles qui empêchent de mettre en place le programme [de LFI] » . Le parti de Jean-Luc Mélenchon souhaite aussi que la BCE transforme la dette française en dette perpétuelle…
Du côté du RN, on compte également sur l’institution de Francfort pour se tirer d’affaire ! « Je souhaite ouvrir une discussion avec la Banque centrale européenne pour racheter de la dette française et faire baisser les taux d’intérêts » , a déclaré Jordan Bardella en novembre dernier. Sans le nommer, Christine Lagarde , la boss de la BCE, lui a répondu quelques jours plus tard : « Il y a toujours le risque qu’un gouvernement à courte vue soit tenté d’essayer de forcer la main d’une banque centrale pour financer sa dette, malgré les leçons de l’histoire. » Finalement, le plus grand point commun des deux formations politiques est peut-être de penser que l’Europe paiera pour sa rupture avec elle…
FRENCH POLITICS: “ANTIFASCISM”
Le Point
Pour faire diversion, LFI tente le « point Godwin »
CHRONIQUE. Acculé par son soutien affectueux et sans cesse renouvelé à la Jeune Garde, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon voit des fascistes et des nazis partout.
La loi de Godwin, inventée par un avocat américain et qui n’a aucune valeur scientifique, a connu un grand succès parce qu’elle décrit un phénomène maintes fois observé : mis en difficulté lors d’un débat ou d’une controverse, un interlocuteur fera référence à Hitler ou au nazisme pour couper court à toute discussion.
C’est exactement à ce point Godwin qu’est parvenue aujourd’hui la France insoumise, à l’issue d’une surenchère verbale où elle maintient son affection et sa solidarité avec l’organisation dissoute Jeune Garde , dont plusieurs membres sont mis en cause dans le lynchage de Quentin Deranque à Lyon, et dont le fondateur, Raphaël Arnault, est député LFI.
La machine à fantasmes tourne à plein régime chez LFI
La contre-attaque mise en place depuis le début de la semaine s’appuie sur la marche organisée en hommage à la victime samedi dernier. Une manifestation qui s’est certes déroulée dans le calme, mais qui a accueilli dans ses rangs quelques figures de l’ultra-droite antisémite la plus rance, et qui a été émaillée de saluts nazis, ainsi que de slogans racistes ou homophobes. C’est plus que regrettable, c’est accablant et la justice a engagé des poursuites contre ces débordements inacceptables.
La France insoumise y a trouvé une nouvelle source d’inspiration et de justification : si les « antifascistes » comme ceux de la Jeune Grade existent, c’est tout simplement pour lutter contre le fascisme qui gangrènerait le pays.
À partir de ce constat, qui passe par pertes et profits les violences perpétrées par les « antifas », la machine à fantasmes s’est mise à fonctionner à plein régime.
Pour Jean-Luc Mélenchon, qui a tenu lundi soir une conférence de presse du troisième type face à des journalistes triés sur le volet, Quentin Deranque était un « néonazi », qualificatif infamant que l’orateur se dispense de justifier.
« Moi je dis merci aux antifascistes »
Ses proches se montrent plus diserts. Mathilde Panot, en deux jours, se livre à un festival de rapprochements hasardeux : « Moi je dis merci aux antifascistes et nous en sommes. L’antifascisme, c’est d’abord la résistance au fascisme. Et nous n’accepterons jamais dans notre pays que le fascisme prenne le pouvoir par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen entourée de tous ces groupuscules d’extrême droite qui pullulent autour d’elle. Et je ferai remarquer au président de la République et à Monsieur Lecornu que , était lui aussi antifasciste, que dans notre pays, le Front populaire s’est construit sur l’antifascisme ».
Pauvre Marc Bloch, pauvre Léon Blum qui auraient bien du mal à se reconnaître dans la figure de Raphaël Arnault et de ses amis rogneurs !
Ou encore : « L’Histoire retiendra qu’en France en 2026, 82 ans exactement après l’exécution de Missak Manouchian qui a été panthéonisé dans notre pays il y a deux ans, certains ont permis un défilé de néonazis. » Traduction : les agresseurs présumés de la Jeune Garde sont les héritiers des résistants les plus héroïques.
« Virez les fascistes des médias »
Manuel Bompard compare quant à lui le défilé de samedi à « une parade fasciste », ce qui laisse penser qu’il n’a jamais dû regarder de films d’actualité de l’entre-deux-guerres.
Quant à Sophia Chikirou, lors d’une réunion publique dans le cadre de sa campagne pour les municipales à Paris, elle s’est écriée : « Virez les fascistes des médias parce qu’on n’en peut plus des laquais, des fascistes sur les plateaux télé » ! Il s’agit vraisemblablement de tous ceux qui osent interroger LFI sur ses liaisons dangereuses avec des groupuscules violents et interdits…
Il serait facile de ne voir dans ces références abusives et anachroniques qu’une tentative de diversion d’un mouvement dans la tourmente. C’est évident mais c’est insuffisant. En braquant les projecteurs sur le « péril fasciste », La France insoumise poursuit sa stratégie de duel, front contre front, avec l’extrême droite. Un duel qui représente sa meilleure chance politique d’échapper à la marginalisation.
Le Figaro, Book Review
Alain Finkielkraut : « Nos antifascistes sont des pogromistes qui se prennent pour des résistants »
ENTRETIEN – Quentin Deranque n’est pas mort des suites d’une rixe, comme on a pu le lire dans la presse de gauche, mais après un lynchage en bonne et due forme par des militants antifascistes, explique l’écrivain et académicien, dont le nouveau livre, Le Cœur lourd, vient de paraître.
Dernier ouvrage paru : Le Cœur lourd, conversation avec Vincent Trémolet de Villers (Gallimard).
LE FIGARO. – Quentin, militant identitaire qui était venu protéger des membres du Collectif Némésis, protestant contre la tenue d’une conférence de Rima Hassan à l’Institut d’études politiques de Lyon, est mort lynché par d’anciens membres de la Jeune Garde. Comment expliquer un tel déchaînement de violence ?
ALAIN FINKIELKRAUT. – Depuis la chute du IIIe Reich, l’antifascisme n’est plus la résistance héroïque à un régime totalitaire, mais la lutte confortable contre une menace imaginaire. C’est une idéologie féroce et potentiellement criminelle qui transforme l’adversaire politique en ennemi du genre humain. « Ici, on ne pleure pas les nazis », lisait-on à Rennes sur la banderole des manifestants antifascistes, une semaine après l’assassinat de Quentin Deranque. Aucune poursuite judiciaire n’est envisagée pour les auteurs et les porteurs de cet ignoble slogan. À condition qu’ils soient classés à la droite de la droite, on peut impunément piétiner les morts.
Beaucoup y ont vu le simple résultat, certes malheureux, mais logique, des tensions grandissantes entre l’extrême droite et l’extrême gauche, les renvoyant ainsi dos à dos. Cette analyse vous semble-t-elle juste ?
À en croire la presse qui se dit de gauche, ce sont les exactions des groupes identitaires qui, à Lyon et ailleurs, ont provoqué en retour la mobilisation des antifas. Et on a pu lire dans Libération que Quentin, militant d’extrême droite, est mort des suites d’un affrontement avec les antifascistes. Non, les images en font foi : il ne s’agit pas d’un affrontement, mais d’un lynchage en bonne et due forme. Quentin Deranque n’a pas été battu par K-O lors d’une rixe sauvage. Nos antifascistes sont des pogromistes qui se prennent pour des résistants.
La conversation civique n’a aucun sens pour les Insoumis. L’insulte leur tient lieu d’échange
Alain Finkielkraut
Et tandis que Dominique de Villepin vole au secours de La France insoumise en s’alarmant du corridor de respectabilité offert au Rassemblement national, Ségolène Royal, toujours vigilante, toujours à la pointe du combat contre le retour de la bête immonde, vient d’écrire sur son compte X que le fait que « la présidente de l’Assemblée nationale se précipite pour faire une minute de silence à un militant présumé antisémite et néonazi interpelle, aussi condamnable que soit cet assassinat ». Pourquoi condamnable ? Qu’y a-t-il de mal à débarrasser le monde d’un émule d’Adolf Hitler ? Les lyncheurs doivent être remerciés : ils ont fait œuvre de salubrité publique.
Ce qu’on sait de Quentin, c’est que, converti récemment au catholicisme, il aimait assister aux messes en latin et qu’il était un sympathisant de l’Action française, groupe monarchiste qui invite des conférenciers de tous bords et qui a rompu depuis longtemps avec l’antisémitisme de son fondateur, Charles Maurras.
Vous-même avez été invité à vous exprimer devant l’Action française. Mais vous avez décliné l’invitation…
Deux de mes anciens élèves m’ont, un jour, invité à parler à l’Action française. Je les connais, ils ont des convictions très fortes, mais ils ne sont suspects ni d’extrémisme ni a fortiori d’antisémitisme. Marcel Gauchet est venu parler à l’Action française. J’ai finalement décliné parce que les bien-pensants de Mediapart ou de Télérama auraient sauté sur l’occasion de cette invitation pour dire que j’avais définitivement basculé dans le camp de l’extrême droite. J’ai donc refusé, non pas par lâcheté, du moins je l’espère, mais par prudence.
La droite a pointé du doigt la responsabilité de La France insoumise dans cette violence débridée, notamment à cause de la présence d’un collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault. LFI peut-il être tenu pour responsable de ces violences ?
La conversation civique n’a aucun sens pour les Insoumis. L’insulte leur tient lieu d’échange. On ne débat pas en effet avec les oppresseurs, on les combat jusqu’au renversement final. Robespierristes avant d’être antifascistes, ils conçoivent la politique comme la guerre de l’humanité contre ses ennemis. Souvenons-nous de Thomas Portes mettant le pied sur un ballon à l’effigie d’Olivier Dussopt, alors ministre du Travail. Cette violence incessante dans la rue comme à l’Assemblée nationale pourrit le climat politique de la France. Les Insoumis se reconnaissent sans mal dans les chasses à l’homme que pratique la Jeune Garde sous prétexte d’autodéfense. Tout en regrettant le meurtre de Quentin, ils maintiennent leur confiance pleine et entière en Raphaël Arnault, élu en 2024 sous leurs couleurs. Ils sont donc responsables.
À l’origine de cet événement dramatique, il y a l’invitation de l’eurodéputée Insoumise et propalestinienne Rima Hassan à l’Institut d’études politiques de Lyon. Que pensez-vous de cette invitation politique ?
Au lendemain du massacre du 7 Octobre, Raphaël Arnault a posté un message glorifiant l’acte de résistance du Hamas. Quant à Rima Hassan, elle n’a qu’un seul objectif, la Palestine de la rivière à la mer, et qu’un seul moteur, la judéophobie, à peine déguisée en antisionisme. « Aux sionistes qui me lisent, écrit-elle, je veux dire que vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous, et cela vous suivra jusqu’à la fin des temps, jusqu’à la dernière goutte de sang. » Ce message est un aveu. Les nazis ne traquaient pas les sionistes, mais les Juifs, quelle que fût leur obédience, sionistes, antisionistes, athées ou pratiquants.
C’est parce qu’il y a des antifascistes que tous ceux qui ne souscrivent pas aux thèses de la gauche radicale, notamment sur l’immigration, sont traités de fascistes et se trouvent par là même exclus de l’humanité commune
Alain Finkielkraut
C’est contre les Juifs que la pasionaria au keffieh s’acharne quotidiennement. C’est le peuple génocide qu’elle voue aux gémonies. Et c’est en tant qu’antisémite qu’elle a été reçue avec tous les honneurs à Sciences Po Lyon. L’antisémitisme, en effet, n’est plus raciste, mais impeccablement antiraciste et revêt maintenant, dans les universités, les oripeaux de la vertu. Sous l’effet de la politique israélienne, on n’a pas seulement le droit, mais le devoir de haïr les Juifs jusque dans les hautes sphères de la pensée. Les boomeurs sont aujourd’hui chargés de tous les péchés de la terre. Essayant vaille que vaille de penser par moi-même, je n’ai pas de solidarité générationnelle, mais je me souviens qu’en 68, nous étions tous des Juifs allemands, alors que les étudiants qui naissent à la politique par ce qu’ils croient être la cause palestinienne sont tous des antisémites enragés. Dans une boucle WhatsApp, deux professeurs de Sciences Po Paris ont justifié la mort de Quentin en ces termes : « Ces nazillons ont récolté ce qu’ils cherchaient et ce à plus d’un titre. » La barbarie aux couleurs du bien, voilà la confusion dont il faut impérativement sortir.
Cet événement est-il le signe avant-coureur d’un réchauffement brutal et général des passions politiques françaises ? Est-ce sensationnaliste de parler de prémices de guerre civile ?
Grâce au front républicain, des antisémites passionnés comme Raphaël Arnault, Aymeric Caron, Thomas Portes, David Guiraud, Ersilia Soudais ou Sébastien Delogu siègent à l’Assemblée nationale. À mener aujourd’hui les combats d’hier, nous allons vers le pire. « S’il y a des antifascistes dans notre pays, c’est bien parce qu’il y a des fascistes », a dit Manon Aubry. C’est, au contraire, parce qu’il y a des antifascistes que tous ceux qui ne souscrivent pas aux thèses de la gauche radicale, notamment sur l’immigration, sont traités de fascistes et se trouvent par là même exclus de l’humanité commune. Pour empêcher la guerre civile, il faut que les partis républicains se ressaisissent, qu’ils marginalisent définitivement La France insoumise et que la refondation de l’école et la réponse à l’angoisse existentielle des Français devant le délitement de leur patrie soient érigées par les uns et les autres en grandes causes nationales.
« De quoi Nicolas Sarkozy est-il le nom ? », demandait Alain Badiou en 2007 et il répondait doctement : « Pétain. » « Nous vivons un moment pétainiste », affirme Jean-Luc Mélenchon en 2026. Il est temps de sortir du somnambulisme et de regarder, pour la changer, la réalité en face. Sinon, la France s’enfoncera irrémédiablement dans son marasme.
ISLAMISM IN FRANCE
Le Figaro, Book Review
Rejet de l’Occident, séparatisme, auteur salafiste : ce que contient le livre pour les jeunes musulmanes que l’État vient d’interdire aux mineurs
DÉCRYPTAGE – L’ouvrage est susceptible d’inciter à «la discrimination envers les femmes», de créer une «incitation à la haine» et de «nuire à l’épanouissement» de la jeunesse, a estimé le ministère de l’Intérieur.
Moi, la jeune musulmane. Ce petit manuel cartonné de 25 pages, à destination des adolescentes pratiquant l’islam, a été interdit à la vente aux mineurs en France la veille de sa parution, selon une décision du ministère de l’Intérieur publiée au Journal officiel le 23 février 2026. L’ouvrage, dont la couverture montre deux filles voilées et souriantes, ne pourra pas non plus être exposé «à la vue du public en quelque lieu que ce soit, et notamment à l’extérieur ou à l’intérieur des magasins ou des kiosques», peut-on lire dans la décision. Toute publicité en faveur de ce livre, qui se targue de permettre aux jeunes filles d’«approfondir leur foi et à renforcer leur lien avec Allah», est par ailleurs proscrite. Le tout, en vertu de la loi du 16 juillet 1949 permettant d’interdire des publications présentant un danger pour la jeunesse, lorsqu’elles sont susceptibles d’inciter à la discrimination ou à la haine.
Ne sortir de chez soi «qu’en cas de nécessité»
Dans un courrier de signalement en date du 11 février 2026, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence (CSCPJ) a alerté l’État sur les dangers de cet ouvrage. Certains passages seraient «susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral de l’enfance et de la jeunesse, notamment par les restrictions préconisées des lieux et activités accessibles comme les injonctions à ne pas développer son esprit critique et à l’adoption d’un mode de vie strict». Les adolescentes étaient incitées à ne pas imiter «les Occidentaux dans leurs croyances, leurs adorations, leurs tenues vestimentaires, leurs coutumes, leurs fêtes et leurs comportements». Sachant que «le Prophète a maudit les femmes qui agissent comme des hommes», il ne fallait pas reproduire «leur façon de marcher, de s’habiller, de parler et de se comporter».
Le manuel enjoint de ne pas prêter l’oreille «aux slogans occidentaux visant à salir l’image de la femme musulmane». Laquelle est invitée à ne pas voyager sans «mahram» (une personne avec laquelle le mariage est définitivement interdit, NDLR), et à ne pas se «mélanger» aux «hommes licites au mariage». «Je n’embellis pas ma voix devant eux, et je ne leur adresse pas la parole, si ce n’est en cas de besoin», intime-t-on. Totalement invisibilisées, les jeunes femmes musulmanes sont exhortées à ne sortir de chez elles «qu’en cas de nécessité et qu’avec la permission» de leurs parents, la maison étant un «paradis». Tous ces propos constituent des «incitations à la discrimination envers les femmes», peuvent créer une «incitation à la haine» et «nuire à l’épanouissement» de la jeunesse, a-t-on statué place Beauvau.
Un prédicateur salafiste comme auteur
L’auteur de ce livre est présenté comme Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’i. Ce docteur en sciences islamiques est un prédicateur salafiste très actif en ligne, sur YouTube ou Telegram. Particulièrement en pointe dans l’éducation des enfants, il a publié une série d’une dizaine de fascicules sur les «lionceaux de l’islam», documentant les grands principes de la religion comme la prière, le Ramadan ou la vie du prophète. L’homme, natif des Émirats arabes unis, se définit comme un salafiste quiétiste. Il prend parti pour les gouvernants, plutôt que pour les révolutionnaires ; dans ses vidéos, il met souvent en garde la jeunesse contre les soulèvements et les effets néfastes des réseaux sociaux.
Quant à la maison d’édition, Ibn Badis, elle est spécialisée dans la littérature islamique en français. On trouve par exemple dans son catalogue les ouvrages de Muhammad Ibn Abd Al-Wahhab, figure fondatrice du salafisme. Invité à répondre sur le contenu du livre, l’éditeur n’a pas caché qu’il s’agissait d’un ouvrage à orientation religieuse, dont «certaines formulations peuvent être interprétées de manière sensible». Des «passages» apparaissent comme «susceptibles d’être compris de manière équivoque» et de donner lieu à une «interprétation pouvant être perçue comme stigmatisante ou discriminatoire», a-t-il admis. Avant de proposer au ministère d’apposer une mention explicite du caractère religieux sur la couverture, l’ajout d’un avant-propos et de retravailler avec l’auteur les passages jugés problématiques. Pas suffisant, pour Beauvau, qui a maintenu sa décision, ajoutant qu’Ibn Badis n’avait pas respecté l’obligation légale de déposer deux exemplaires au ministère de la Justice lors de la parution.
Cette interdiction intervient dans un contexte tendu au sujet de la littérature islamique. Des associations ont récemment signalé trois livres au procureur de la République. Ces ouvrages, qui appelaient au meurtre et au djihad, sont en vente libre sur les plateformes et disponibles via le passe culture. En 2019, Apprendre le Tawhid aux enfants, aux éditions Al-Haramayn, avait été interdit aux mineurs car il comportait des textes «discriminatoires et incitant à la haine envers toute personne ne partageant pas la foi musulmane», en vertu de la loi de 1949. Dans un autre domaine, l’ouvrage Bien trop petit avait connu le même sort en 2023 sous la houlette de Gérald Darmanin, en raison de ses scènes de sexe jugées trop explicites pour un roman jeunesse.
FREE SPEECH IN EUROPE
Neue Zürcher Zeitung
Der vorauseilende Gehorsam beim Kampf gegen vermeintliche Hassrede
Ein Heilbronner Rentner wurde von der Polizei angezeigt, weil er Friedrich Merz auf Facebook «Pinocchio» nannte. Das schädigt das Vertrauen in den Staat – zumal es nicht der erste Fall dieser Art ist.
Man kann darüber staunen, womit deutsche Polizeibeamte sich heutzutage beschäftigen. Zu erwarten wäre, dass der Fokus auf den Gewaltdelikten liegt, deren Zahl in letzter Zeit gestiegen ist. Aber damit scheint die Polizei nicht ausgelastet zu sein: Die Ordnungshüter in Heilbronn jedenfalls hatten noch Kapazitäten dafür, einen Rentner zu verfolgen, der Bundeskanzler Friedrich Merz im Internet als «Pinocchio» bezeichnet hat.
Seinen Kommentar hinterliess der Mann unter einem Facebook-Eintrag der Polizei, der einen Besuch des Bundeskanzlers in Heilbronn im vergangenen Oktober ankündigte – garniert mit Nasen-Emoji. Monate später erhielt er Post von der Kriminalpolizei, gegen ihn werde wegen Politikerbeleidigung ermittelt. Das Social-Media-Team des Polizeipräsidiums hatte selbst Anzeige erstattet.
Geschädigtes Vertrauen
Man fragt sich, ob den Polizisten in Heilbronn die beissende Kritik entgangen ist, als Bürger wegen ähnlich rotziger Kommentare ins Visier der Staatsmacht gerieten: Vom Rentner etwa, der Robert Habeck als «Schwachkopf» bezeichnet hatte, bis hin zu anderen Hausbesuchen der Polizei in ähnlich gelagerten Fällen.
Die Debatten darüber, wie staatliche Überreaktion sich auf die Meinungsfreiheit auswirke, waren intensiv. Der Belastungseifer der Behörden war für viele unverkennbar.
Es muss etwas im Argen liegen zwischen Bürgern und Politikern, wenn all das keine Wirkung auf die Beamten hat, ja sie sogar von sich aus tätig werden, ohne vorherige Anzeige eines Politikers. Einen Rentner anzuzeigen, der im Netz Dampf ablässt, wirkt geradezu hysterisch, zumal wegen einer solchen Lappalie.
Diffuse Begriffe von «Hass und Hetze»
Andererseits ist es wenig überraschend. Seit Jahren reden Politiker, Behörden und Mitarbeiter neu gegründeter Meldestellen vom Kampf gegen «Hass und Hetze», den es vermeintlich zu führen gilt. In fast jeder Podiumsdiskussion, in der Politiker und Fachleute das raue Klima in den sozialen Netzwerken verhandeln, wird dieses Begriffspaar erwähnt. Viele sehen darin einen Kampf für Demokratie und Rechtsstaat. Doch übersehen sie, wie diffus ihre Begrifflichkeiten sind. Damit gefährden sie die Meinungsfreiheit.
Für verbotene Äusserungen gibt es klar umrissene Tatbestände, wie etwa den der Beleidigung, die zudem vor Gericht immer wieder von neuem ausgelotet werden. Wer sich hier nicht um Klarheit bemüht, der verwischt die Grenzen zwischen Polemik, beissendem Spott und verbotenen Äusserungen.
Man muss gar nicht darüber spekulieren, ob manche Politiker diese Grenze womöglich bewusst verwischen. Entscheidend ist, dass so eine gesellschaftliche Stimmung entstanden ist, in der Behörden mit Verfolgungseifer im Netz mitlesen. Es ist ja für die gute Sache, zum Schutze der Demokratie.
All das hat schwerwiegende Folgen. Wer den rechtlich gestatteten Unmut von Bürgern unterdrückt, nimmt ihnen das Ventil.
Verunsicherte Staatsmacht macht es schlimmer
Es stimmt, die Dynamik sozialer Netzwerke kann zerstörerisch sein; sie befeuert ein Stammesdenken, ein «Wir gegen die». Sie hat auch Pöbeleien und Unflätigkeiten eine Sichtbarkeit verschafft, die vor wenigen Jahren Eckkneipen vorbehalten war. Doch eine verunsicherte Staatsmacht, die über das Ziel hinausschiesst, macht die Dinge nur schlimmer.
Besser wäre es, Politiker konzentrierten sich darauf, die Rahmenbedingungen für die Bürger zu verbessern. Wenn die Wirtschaft brummt, die Schulen gut ausgestattet sind und die Sicherheit auf den Strassen garantiert ist, verbessert sich auch die Stimmung im Land.
Für die Polizisten hingegen würde es sich lohnen, den Blick zu weiten. Der Rentner befindet sich nämlich in bester Gesellschaft. Erst kürzlich warf die Parteivorsitzende der Grünen, Franziska Brantner, Merz Wortbruch bei der Stromsteuer vor. Sie nannte ihn: «Pinocchio-Kanzler».
EDUCATION
L’Express
“L’âge d’or est terminé” : pourquoi nos écoles de commerce sont dans la tourmente
Le dossier de L’Express. A bas bruit, les établissements français sont frappés de plein fouet par une crise structurelle liée à la concurrence internationale, à la baisse des aides à l’apprentissage et bientôt à la démographie. Regroupements, fusions et faillites sont à redouter.
Cela fait des semaines que le dossier passe discrètement de main en main. Dans le monde feutré de l’enseignement supérieur privé, rien n’a filtré des négociations en cours mais ceux qui se sont plongés dans l’épaisse liasse de documents et de rapports financiers se sont posé à chaque fois la même question : combien vaut réellement Y School, ce groupe d’écoles post-bac dont le centre névralgique est à Troyes, dans l’Aube? Dans la corbeille de la mariée, un ensemble de quatre établissements : une école de commerce et de management, une autre spécialisée dans les métiers du tourisme, une troisième dans le design et enfin, une école de la deuxième chance dédiée aux décrocheurs. Près de 2 000 élèves au total.
En septembre dernier, lors de la rentrée scolaire, la pépite du groupe, South Champagne Business School – anciennement ESC Troyes – n’a accueilli aucun étudiant sortant du cycle de classe préparatoire. A l’issue du concours national, ceux que le logiciel d’affectation a envoyés à Troyes, ont décliné la proposition, préférant “cuber” leur dernière année de classe prépa ou partir vers d’autres cieux, souvent dans une université à l’étranger. Un désamour qui a frappé d’autres grandes écoles. Sur les 26 business schools ouvertes au concours post-prépa, 9 n’ont pas fait le plein à l’automne dernier, d’après les relevés du Sigem, le système d’intégration aux grandes écoles de management. “Ce phénomène dure maintenant depuis près de trois ans”, souffle Anne Rivière, sa présidente. L’arithmétique est implacable. Moins d’étudiants, ce sont des comptes plus difficiles à équilibrer alors que les investissements explosent et que les subsides de l’Etat et des collectivités locales fondent.
Des fermetures inévitables
A bas bruit, une tempête est en train de s’abattre sur l’enseignement supérieur privé. Et notamment le monde des écoles de commerce. Deux poids lourds du secteur, le Collège de Paris et le groupe Talis Education Group ont été placés en procédure de sauvegarde en décembre dernier, première étape avant le redressement judiciaire. Une poignée de petits établissements régionaux ont déjà fermé leurs amphithéâtres et d’autres sont à vendre. Pour tenter de résister, certains préfèrent unir leurs forces, fusionner ou carrément succomber aux appels du pied d’investisseurs étrangers ou de financiers aux poches plus remplies. Ainsi, le groupe AD éducation a déboursé près de 300 millions d’euros pour avaler le pôle Léonard de Vinci, situé à la Défense. Derrière AD Education, le fonds d’investissement Ardian, l’un des plus puissants en Europe.
“L’âge d’or des écoles de management est terminé”, assène Emmanuel Métais, le directeur général de l’Edhec. Périphrase prudente pour signifier que le secteur va être drôlement secoué : regroupements, fusions, restructurations… “On ne peut exclure des fermetures pures et simples”, s’inquiète Delphine Manceau, présidente de la Conférence des grandes écoles et de Neoma Business School. Curieux paradoxe que ce modèle tricolore. Alors que l’on dit les Français fâchés avec l’économie et le monde des affaires, le pays pointe à la quatrième place mondiale en termes de nombre d’écoles de management rapporté à la population, après les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Certaines d’entre elles trustent même les meilleures places dans les classements mondiaux. Un monde très hétérogène où l’excellence académique côtoie le pire des officines. Des stars comme HEC ou l’Essec, mais aussi des “boutiques” où la masse salariale du corps professoral représente à peine 20 % du budget… Une jungle où la réglementation est défaillante et les contrôles insuffisants.
D’un côté, de grandes institutions, autorisées par le ministère de l’Enseignement supérieur à délivrer des diplômes de grade licence, master ou doctorat. De l’autre, des écoles qui proposent des formations de niveau bac + 3 ou bac + 5, les fameux titres RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) délivrés par France Compétences et le ministère du Travail. Trois ou cinq années d’études professionnalisantes pour les étudiants, mais aucun diplôme à la sortie. “Honnêtement, c’est l’un des volets administratifs les plus mal gérés de France”, s’agace Julien Gossa, maître de conférences à l’université de Strasbourg et spécialiste des politiques publiques d’éducation. Un flou savamment entretenu par certaines écoles qui profitent de l’angoisse des familles soucieuses d’offrir un avenir à leur progéniture, en les noyant sous une offre surabondante, parfois à la qualité médiocre. Pire, une curieuse pratique s’est répandue en toute légalité : des écoles sorties de nulle part ont grandi un peu partout sur le territoire en louant les titres RNCP à d’autres établissements qui avaient, eux, pignon sur rue. Le projet de loi bientôt en discussion au Sénat et peaufiné par le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, devrait remettre davantage de cadre et de contrôles dans un système qui en était curieusement dépourvu. “La mise en place d’un label Qualiopi +, qui validera désormais la qualité pédagogique des écoles et pas seulement des process, est une avancée majeure”, se félicite Antoine Prodo, président de l’association des Entreprises éducatives pour l’emploi (3E).
Louable effort mais qui ne ralentira pas le tic-tac de l’horloge. Car la crise est structurelle. D’abord parce que la démographie estudiantine est en train de se retourner. “Le nombre de bacheliers va rester stable jusqu’en 2029 avant de diminuer, puis carrément chuter à partir de 2033. On est donc face à une offre de formations qui a explosé ces dernières années et une demande qui s’apprête à reculer. Le cocktail idoine pour faire éclater la bulle”, prévient Julien Gossa.
Attirer les étudiants coûte que coûte
La situation est d’autant plus tendue que la source des financements publics s’est fortement tarie ces dernières années. Bon nombre de business schools sont ce qu’on appelle des écoles consulaires qui dépendaient, parfois depuis près d’un siècle, des subsides des chambres de commerce. Or ces dernières ont coupé le robinet. “Pour certains établissements, cela représentait quasiment un quart de leur budget”, souligne Frédéric Fréry, professeur à l’ESCP et à CentraleSupélec. S’ajoute la crise des finances publiques. Beaucoup d’écoles ont surfé sur le développement extraordinaire de l’apprentissage depuis la loi de 2018. Certes, le nombre d’apprentis est passé de 400 000 à un million en une poignée d’années. Mais le coût de cette politique a été faramineux et les caisses de l’Etat sont vides. Depuis deux ans, les primes versées aux entreprises ont été sérieusement rabotées tout comme les prises en charge directement versées aux écoles. Le piège s’est refermé sur celles qui avaient métamorphosé les apprentis en vache à lait. “Lorsque les financements diminuent ou que les règles se durcissent, l’impact sur les marges et la trésorerie sont immédiats”, constate froidement Eloic Peyrache, le directeur général d’HEC.
La conséquence? Une compétition de plus en plus rude pour attirer de nouveaux étudiants. Pour toutes les écoles, même les plus prestigieuses, cette quête est presque devenue existentielle. Pour les établissements plus modestes ou moins bien cotés, les budgets consacrés au marketing ou à la publicité se sont envolés. Salons étudiants, plateformes des call centers, tout est bon pour appâter ces nouveaux “clients”. D’autant que le vivier dépasse désormais largement le cadre de nos frontières. L’enseignement supérieur est devenu un marché mondial. “Les jeunes qui concourent chez nous regardent souvent aussi vers l’Angleterre, l’Espagne, la Suisse ou les Etats-Unis”, explique Thomas Lagathu, directeur du concours SESAME, une banque d’épreuves permettant d’intégrer des écoles postbac. Certains signent pour rejoindre l’Université canadienne Mc Gill ou la London School of Economics avant même l’annonce des résultats Parcoursup.
Pour continuer à attirer les meilleurs talents, il faut aussi garder son rang. Comprendre : sa place dans les classements internationaux, comme ceux du Financial Times. Décrocher aussi les éminents labels Equis ou AACSB, gage de qualité des enseignements. “L’excellence académique nécessite énormément d’investissements”, confirme Vincenzo Vinzi, le directeur de l’Essec. En clair des professeurs et de la matière grise qu’il faut dénicher partout sur la planète et convaincre de venir faire de la recherche en France pour publier dans de grandes revues académiques. “Concrètement, cela veut dire offrir à ces chercheurs des heures d’enseignements réduites, l’accès à des bases de données, à des IA compétitives, à des doctorants pour leur permettre de travailler en équipe”, liste Isabelle Huault, la directrice générale de l’emlyon Business School.
L’attractivité se cristallise aussi sur les infrastructures. C’est qu’il faut désormais proposer aux élèves des lieux où ils pourront vivre la “meilleure expérience étudiante” possible. Espaces de socialisation, fab lab, jardins paysagers… “Le campus est devenu un élément statutaire”, reconnaît Isabelle Huault. L’école lyonnaise a ainsi déboursé 150 millions pour construire un nouveau site de 30 000 mètres carrés en plein coeur de la ville. En juin dernier, c’est HEC qui a présenté les premières esquisses de son nouvel écrin de Jouy-en-Josas, une transformation radicale de son campus historique. Un projet à 230 millions d’euros.
Pour capter de nouveaux étudiants, il faut aussi aller les chercher là où ils vivent. “On ne s’en sortira pas en s’enfermant dans le microcosme nombriliste français”, estime François Thérin, le nouveau directeur de l’ICN Business School, qui regarde notamment en direction de l’Inde, l’Afrique, de l’Asie ou du Moyen-Orient. En 2024, l’ICN a signé un partenariat avec GEDU Global Education, groupe britannique présent dans 12 pays et rassemblant 60 000 étudiants. “Cela nous donne des opportunités que nous n’aurions jamais eues autrement”, reconnaît François Thérin.
Dans ce contexte de plus en plus tendu et compétitif, de nombreuses écoles activent le levier des frais de scolarité, qui ne cessent de grimper ces dernières années. En 2025, HEC a franchi la barre des 70 000 euros pour l’ensemble de son programme grande école. Les sommes à débourser pour l’Essec, l’ESCP, l’Edhec ou l’emlyon tournent, elles, autour de 60 000 euros. Or les établissements de milieu et de bas tableau ont tendance à s’aligner sur les premiers de la classe. Une facture qui peut avoir un effet dissuasif. “C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les candidats qui n’arrivent pas à intégrer une école dans le top 5 du classement peuvent préférer cuber ou rejoindre des universités comme Paris-Dauphine après leur prépa”, explique Alain Joyeux, le président de l’association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales. “Nos frais de scolarité sont toutefois inférieurs à ceux de nos concurrents internationaux. Avec des moyens moindres, nos écoles sont très bien représentées dans les classements mondiaux. C’est ce que j’appelle le miracle à la française”, répond Vincenzo Vinzi. A voir si ce modèle va survivre à une autre révolution, déjà en cours. Celle de l’intelligence artificielle qui pourrait bien bouleverser encore un peu plus l’équilibre économique de ces cathédrales de l’éducation.
HISTORY
L’Express
Fascisme : pourquoi il faut relire Umberto Eco
Politique. Alors que chacun emploie à tort et à travers ce mot, il est urgent de relire Umberto Eco, qui décrivait précisément, dans un court essai, les caractéristiques essentielles du fascisme.
Lecteur, êtes-vous fasciste ou anti-fasciste? Vous êtes sommé de choisir votre camp. Après tout, n’y a-t-il pas sur une barricade, comme le dit le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, “que deux côtés”? Si vous n’êtes pas avec nous, c’est que vous êtes contre nous. Cette logique campiste présente au moins un avantage : elle évite de réfléchir. L’anathème “fasciste” empêche toute conversation, puisqu’on ne discute pas avec un fasciste. Mais si vous voulez comprendre plutôt que juger, si vous refusez cette vision binaire, simpliste et réductrice, si vous voulez vous faire une idée de ce qu’est réellement le fascisme, on ne peut que vous recommander la lecture d’un court essai d’Umberto Eco, Reconnaître le fascisme (Grasset, 40 pages). Le philosophe italien a vécu dans sa chair le fascisme de Benito Mussolini et ce livre, avant d’être un essai théorique, est un précieux témoignage de l’expérience personnelle d’un des plus grands penseurs du XXe siècle.
L’ouvrage, qui peut se lire d’une traite, est extrait d’un discours prononcé par Umberto Eco à l’université de Columbia, à New York, le 25 avril 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la libération de l’Europe. Il y revient longuement sur l’ubiquité du thème “fascisme”, désignant strictement, à l’origine, le régime de Mussolini, avant de devenir un moyen d’anathème universel. “Le terme fascisme s’adapte à tout parce que même si l’on élimine un ou plusieurs aspects, il sera toujours possible de le reconnaître comme fasciste. Enlevez-lui l’impérialisme et vous aurez Franco et Salazar; enlevez le colonialisme et vous aurez le fascisme balkanique. Ajoutez au fascisme italien un anti-capitalisme radical et vous aurez Ezra Pound”, explique l’universitaire, avant d’établir une liste de quatorze caractéristiques de ce qu’il nomme “l’Ur-fascisme”, soit le fascisme “primitif et éternel”.
Il y a bien sûr le culte de la tradition, le refus du modernisme, le rejet de la culture et de tout esprit critique, mais aussi des traits plus insidieux, comme la peur de la différence, l’obsession du complot et un certain goût pour la “novlangue”. Un régime fasciste ne remplit pas forcément ces quatorze conditions – Eco en fait la démonstration -, mais si un régime en présente quelques-unes, il faut se méfier. “Ce serait tellement plus confortable si quelqu’un s’avançait sur la scène du monde pour dire : ‘Je veux rouvrir Auschwitz, je veux que les chemises noires reviennent parader dans les rues italiennes!’ Hélas, la vie n’est pas aussi simple. L’Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les formes les plus innocentes”, développe l’érudit.
Au terme de sa démonstration, Umberto Eco raconte qu’au matin du 27 juillet 1943, alors qu’il avait 11 ans, sa mère l’envoie acheter le journal. “J’allai au kiosque le plus proche. Là, je vis que des journaux, il y en avait beaucoup, mais qu’ils avaient tous des noms différents. En outre, après un bref coup d’oeil aux titres, je m’aperçus que chacun disait des choses différentes.” Jean-Luc Mélenchon, qui trie désormais les journalistes invités à ses conférences de presse, ne conviant que ceux qui sont d’accord avec lui, serait bien inspiré de relire Umberto Eco.
Atlantico
Fascisme/anti-fascisme : ces universitaires qui falsifient ou manipulent l’histoire
La mort de Quentin Deranque a été l’occasion pour une partie de la gauche intellectuelle française de renouer avec certains de ses vieux démons, notamment une forme de lyssenkisme, c’est-à-dire de réécriture idéologique de l’histoire.
Atlantico : On pense à l’article de Johann Chapoutot dans L’Humanité, intitulé “Fascisme contre antifascisme, un renversement des valeurs”, où il laisse entendre que les réactions à la mort de Quentin Deranque seraient animées par une forme d’idéal fasciste. Ce même auteur a également expliqué dans un ouvrage que la RDA aurait été vierge de nazisme, ce qui est historiquement faux, en opposition à la RFA. Comment expliquez-vous que certains intellectuels de gauche semblent réécrire les faits à l’aune de leur idéologie, avec une rigueur qui interroge ?
Samuel Fitoussi : Une partie de l’extrême gauche raisonne comme un enfant en bas âge. Le fascisme, c’est mal ; or nous nous autoproclamons antifascistes ; donc nous sommes gentils. « C’est forcément binaire, a tweeté le député LFI Antoine Léaumont. Soit on est fasciste. Soit on est antifasciste. Il n’y a pas d’entre-deux. ».
Avec ce raisonnement, il n’y a rien à reprocher à Vladimir Poutine, qui, après tout, mène une opération de dénazification en Ukraine ! L’extrême-gauche oublie la seule leçon de l’histoire : le mal est toujours commis par des adultes persuadés de se battre pour un monde meilleur, puisant dans cette certitude l’excuse absolutoire de leurs atrocités. En réalité, les plus grands criminels – qu’ils soient de droite, de gauche ou même djihadistes – pensaient tous agir au nom du Bien. « C’est un des principaux arts humains que d’inventer des mobiles moraux à des actes malhonnêtes », remarquait Jean-François Revel dans ses Mémoires. C’est pourquoi, de même qu’on ne doit pas juger un homme d’après l’opinion qu’il a de lui-même, on ne doit pas juger un groupe d’après l’idéologie qui lui sert de justification.
On devrait plutôt se méfier de ceux qui s’auto-proclament antifascistes, s’auto-accordant ainsi des brevets de moralité à longueur de journée.
Pourquoi ?
Parce que depuis 1945, la gauche a souvent justifié la violence en la présentant comme une forme de légitime défense exercée contre des ennemis de l’intérieur (coupables de crimes de pensée – c’est Staline qui justifiait les Grandes Purges en traitant ses opposants de fascistes ou de traîtres à la révolution), ou contre une violence symbolique (la violence physique devenant ainsi une résistance vertueuse à l’oppression structurelle). Dans ce deuxième cas, ce sont par exemple les Brigades rouges qui tuaient pour combattre « l’État impérialiste des multinationales », la Bande à Baader qui assassinait des innocents pour sauver les masses aliénées d’un totalitarisme invisible, le mouvement Sentier Lumineux qui exécutait des élus en riposte à l’oppression réactionnaire, les gardes rouges Maoïstes qui purifiaient la société de ses « éléments bourgeois » oppressifs, Action Directe qui habillait ses assassinats de patrons en actes d’autodéfense prolétarienne face à la violence capitaliste, les Black Blocs qui saccagent des infrastructures pour lutter contre la violence de l’ultra-libéralisme, etc. En France, la gauche révolutionnaire n’est jamais parvenue au pouvoir, mais beaucoup d’intellectuels la soutenaient ; Michel Foucault appelait même les masses à la « révolution » les incitant à « régler le problème de leurs ennemis » par « des méthodes de riposte [allant] du châtiment à la rééducation sans passer par la forme du tribunal » pour se débarrasser de l’injuste « justice bourgeoise ».
Les Nazis usaient du même ressort psychologique. La Shoah fut rationalisée comme une forme de légitime défense, au motif que les Juifs auraient été alliés aux Soviétiques et porteurs d’un projet contre la nation allemande. Peggy Sastre évoque les rationalisations d’Otto Ohlendorf, l’un des chefs des Einsatzgruppen : « L’URSS avait l’intention de nous attaquer. Il fallait que nous agissions en premier. […] Or les Juifs étaient favorables aux bolcheviks. Nous avons donc dû les tuer. […] Et comme nous voulions une sécurité durable, nous avons également tué les enfants. » L’historien Robert Gellately rappelle qu’en 1933, c’est au nom de « la grande lutte défensive du peuple allemand contre la propagande juive » que le ministre de la Justice nazi interdisait aux magistrats juifs d’exercer. Quant au mot « Wehrmacht », il se traduit en français par « force de défense ».
Et ce sont encore les mêmes ressorts qui ont rendu possible le génocide des Tutsis par les Hutus. L’idéologie du « Hutu Power » s’est construite sur l’idée paranoïaque les Tutsis souhaitaient réduire les Hutus en esclavage. À la radio, l’élite culturelle Hutu décrivait les Tutsis comme des êtres fourbes, assoiffés de sang Hutu et de domination économique, et présentait leur meurtre comme une forme de légitime défense s’inscrivant dans le cadre du combat pour l’émancipation sociale. Le génocide est devenu un devoir civique, une action collective d’autodéfense pour assainir le pays de la « menace ». Les Hutus étaient persuadés d’appartenir au bon côté de l’Histoire en massacrant leurs concitoyens – et c’est pour ça qu’ils ont pu se muer en bourreaux implacables sans l’ombre d’un remords. « Les Tutsis sont méchants, nous sommes anti-méchants donc gentils par essence, quoi que l’on fasse. » Raisonnement digne d’un député LFI !
Et aujourd’hui, c’est à l’extrême-gauche que vous voyez renaître cette logique ?
Aujourd’hui, une certaine intelligentsia véhicule l’idée selon laquelle la violence d’extrême-gauche serait toujours le résultat d’une faute morale du camp d’en face – et serait donc toujours un peu justifiée. La logique est perverse : plus la gauche est violente, plus la droite est tenue responsable. Dans cette rhétorique, les fautes idéologiques (réelles ou supposées) sont mises sur le même plan que la violence physique. Or, le fondement de la civilisation repose sur le fait de sanctuariser la ligne rouge qui sépare le péché idéologique du passage à l’acte violent. Malheureusement, notre société a tendance à brouiller cette frontière : d’une part en hypertrophiant la gravité des mots ; d’autre part en banalisant la violence physique à la faveur d’un laxisme judiciaire.
N’y a-t-il pas aussi une tendance, en suivant ce fil, à décrire comme mauvais tous ses adversaires et à perdre en objectivité, par exemple dans l’analyse des reliquats nazis en RFA par rapport à la RDA ? On peut aussi citer Isabelle Sommier, sociologue spécialiste des violences politiques, qui a affirmé que 90 % des meurtres politiques contemporains seraient imputables à l’extrême droite. Or les critères retenus pour définir ces crimes politiques peuvent poser question : il faut distinguer les actes d’individus isolés motivés idéologiquement, les actes commis dans un cadre non politique comme une bagarre, et ceux commis en groupe. Et pour se justifier, elle a invoqué le financement de l’Agence nationale de la recherche. N’est-ce pas une forme de lyssenkisme ou d’argument d’autorité ?
Oui, l’exemple d’Isabelle Sommier est parlant. Sur le plateau de C ce soir, lorsqu’elle a rencontré un contradicteur brillant en la personne de Paul Sugy, qui lui a démontré les failles méthodologiques de son étude, sa réponse a fusé : son étude était sérieuse puisque financée par l’Agence nationale de la recherche.
Pourtant, une partie de la production « scientifique » gauchiste tend à devenir autoréférentielle. Certains chercheurs font autorité parce que d’autres chercheurs (qui partagent leurs inclinations idéologiques) les considèrent légitimes, ces derniers tirant leur légitimité de cet entre-soi, etc. On peut créer ainsi un vase clos imperméable à la réalité. Dans mon livre, je propose une expérience de pensée. Affirmez que la Terre est plate : vous serez pris pour un fou. Réunissez vingt scientifiques qui pensent que la Terre est plate et créez un département dans une université : vous pourrez publier des papiers évalués par vos pairs, voir vos travaux cités dans des ouvrages académiques, faire passer des examens et distribuer des diplômes. Vous aurez créé un système circulaire de validation de vos convictions. Vous pourrez former des doctorants en études de la Terre plate, qui deviendront professeurs et formeront d’autres doctorants. La sociologie gauchiste ressemble aujourd’hui à un immense département de la terre plate.
C’est ce qui amène le philosophe Thomas Sowell à comparer certains universitaires à des collégiens, qui adoptent un style vestimentaire non pour ses qualités intrinsèques, mais pour le statut social qu’il leur confère dans la cour de récréation. Les intellectuels, eux aussi, embrassent souvent des idées non pour leur valeur de vérité, mais pour leur conformité avec les dogmes de l’époque. Chez les uns comme chez les autres, note Sowell, « certaines modes peuvent devenir pratiquement obligatoires pendant un certain temps, pour être ensuite abandonnées sans avoir jamais été soumises à un examen sérieux. »
On pourrait vous accuser d’une posture anti-scientifique…
Le mécanisme que je décris concerne avant tout les sciences sociales, qui contrairement aux sciences dures, sont dépourvues de mécanisme darwinien qui élimine les théories réfutées par l’épreuve du réel. La valeur « scientifique » des idées d’un penseur de la déconstruction dépend uniquement de la réponse à cette question : d’autres penseurs de la déconstruction trouvent-ils ces idées intéressantes ?
Thomas Sowell souligne d’ailleurs une certaine ironie : les sciences sociales usent et abusent du concept de « construction sociale » pour désigner ce qui, en réalité, tire son origine dans la nature humaine, ou ce qui décrit des conventions ayant évolué au fil des générations et ayant été validées par l’expérience. Ce concept n’est en revanche jamais employé pour désigner le consensus du moment dans les sciences sociales, consensus qui, en l’absence de critère de vérification empirique externe, est par essence socialement construit. Vouloir remplacer une « construction sociale » par le modèle prescrit par les universitaires de l’époque, c’est parfois vouloir remplacer une tradition éprouvée, qui n’a rien d’arbitraire, par… une construction sociale.
Peut-on dire que la gauche pratique une forme de nominalisme : elle nomme, elle désigne — “fasciste”, “nazi” — et cela devient une vérité qui clôt la discussion ? Comment lutter contre cela ?
L’accusation de fascisme ou de nazisme remplit une fonction psychologique : elle délivre un permis de violence. On peut d’ailleurs s’interroger : l’extrême-gauche agresse-t-elle ceux qu’elle considère fascistes, ou traite-t-elle de fascistes ceux qu’elle souhaite agresser ? Le label infamant précède-t-il la violence, ou n’est-il qu’une rationalisation permettant d’assouvir une pulsion destructrice ?
D’ailleurs, à partir du moment où une idéologie désigne certains citoyens comme des ennemis du genre humain contre lesquels tous les coups sont permis, il ne faut pas s’étonner qu’elle attire les profils les plus violents, instables et détraqués psychologiquement, à la recherche d’une caution morale à donner aux brutalités qu’ils désirent commettre. Il s’opère un biais de sélection : si un individu éprouve le besoin d’en découdre dans la rue, de saccager des infrastructures ou de frapper son prochain, il sera enclin à épouser la cause qui érigera ces méfaits en actes de résistance – par exemple à adhérer à La France Insoumise.
Cela ne signifie pas qu’il y a uniquement des individus antisociaux à l’extrême gauche, mais qu’elle attire disproportionnellement les individus les plus toxiques. À partir du moment où une doctrine justifie l’agression physique, elle aimante les éléments les plus perturbés de la société.
CULTURE: HISTORICAL FICTION
The New York Times
Rich, Enthralling Historical Fiction
Our columnist on four stellar new releases.
by John Sayles
Sayles hasn’t lost his gift for cinematic storytelling, even though his name now turns up more frequently on bookstore shelves than movie marquees. There’s no better proof than CRUCIBLE (Melville House, 490 pp., $32.99),his rambunctious panorama of the turbulent years when union organizers went head-to-head with Henry Ford and his “enforcer,” Harry Bennett. Spanning the years from the 1929 stock market crash to the end of World War II, the novel moves from the woods of Michigan’s Upper Peninsula to the Amazon jungle, but its focus is always the immense River Rouge complex outside Detroit. More than a factory, it is, as Sayles puts it, “a beast that never sleeps.”
Feeding its appetites are workers like Kaz Pilsudski, the son of Polish immigrants, and Zeke Crowder, lured from the Deep South by the prospect of better wages. Other story lines are carried by Rosa Schimmel, recording secretary of the Young Communists, and Kerry Rogan, whose father moves the family to Brazil when “the Chief” decides he needs his own rubber supply. Diego Rivera makes a cameo appearance, installing his controversial industry murals, and there are nods to other famous (and infamous) names.
Although Henry Ford appears less often than you’d expect, even from offstage he casts a long shadow. Especially when, in resisting the demands of his workers, “the thing that’s been cooking for years” boils over in terrible violence.
Crucible
by Fausta Cialente; translated by Julia Nelsen
World War II is a perennial venue for historical fiction, its immediate aftermath far less so. Which makes Cialente’s A VERY COLD WINTER (Transit Books, 296 pp., paperback, $18.95) all the more welcome. Set in the “vast, wounded city” of Milan a year after liberation, it features an ensemble cast squeezed into makeshift quarters amid the bombed-out ruins: Camilla, a single mother of three; her violinist nephew and his French wife; another nephew’s resistance-hero widow and her infant daughter; and an expatriate Italian who worked for the British in Cairo. All share a single toilet on the balcony and frigid “rooms” separated by flimsy barriers. Despite Camilla’s valiant efforts at diplomacy, tension — and some desperate escapism — is inevitable.
Amid “a fog that was unmistakably Milanese,” the members of Camilla’s improvised household struggle to find food, work and a sense of dignity. In one case, this leads to the possibility of a redeeming love, in another to a secretive venture that will end in tragedy. “How quickly the solidarity of war had faded — the only good thing those bitter years had brought to light.”
A Very Cold Winter
by Heather Rose
“Nothing is achieved without sacrifice,” proclaims one of the characters in Rose’s A GREAT ACT OF LOVE (Summit, 480 pp., $29),adding, “sometimes the sacrifice is other people.” It’s a fitting observation for a novel that begins with a murder in 1836 London and proceeds through multiple acts of subterfuge on several continents.
How does the young Englishwoman calling herself Caroline Douglas come to be on a ship bound for the remote penal colony of Van Diemen’s Land, accompanying cargo in which she has clandestinely invested a fortune? Where did she acquire her formidable education and her skills as an apothecary? Why, once she has reached this “place where discovery was unlikely,” does she pose as a widowed governess? And who is Quill, the 10-year-old claiming to be her nephew?
Moving between Caroline’s exploits and those of her father and aunt, the narrative unfurls enticing layers of explanation. Their stories, with roots in the French Revolution, will intertwine with those of a blacksmith in flight from Caribbean slavery and a British captain turned banker whose interests may diverge from those of his clients. For Caroline and Quill, one constant is vigilance. In their experience, the past is “a riptide” that could easily “drag them away.”
A Great Act of Love
by Ulrich Alexander Boschwitz; translated by Philip Boehm
Boschwitz was only 22 when he wrote BERLIN SHUFFLE (Metropolitan Books, 256 pp., $26.99) and only 27 when he died on a ship sunk by a U-boat in 1942. But it wasn’t until 2019 that this tragicomic novel of down-and-out Berliners was published in his native Germany. Now appearing in a lively English translation, it makes you wonder what a stellar career he might have had if his vagabond life hadn’t been cut so brutally short.
Boschwitz’s tale of the petty grifters and bottom-feeders who congregate at a seedy tavern provides an unflinchingly honest, yet deeply humane portrait of a society floundering in the wake of the 1929 economic crisis, not to mention the unhealed wounds of the Great War. Just inside the door of the Jolly Huntsman sits a bag lady who’s convinced her dead husband will somehow return from the army. Also in attendance are a wily professional beggar and his sidekick, a monosyllabic, food-obsessed ex-mental patient. And about to come into deadly conflict are a former tram conductor who hawks dirty pictures and a malicious blind match-seller who treats his wife like a seeing-eye dog — two people “whose joy in life is so minimal” that “the fear of losing it is easily pushed aside by their hate.”
https://www.nytimes.com/2026/02/22/books/review/new-historical-fiction-books.html
CULTURE: MOVIES
Le Point
« Scream 7 », « Orwell : 2 + 2 = 5 », « Chers parents »… Les films à voir (ou à éviter) cette semaine
Vous avez le choix entre le retour d’un monument du cinéma d’horreur, le nouveau film politique de Raoul Peck sur George Orwell, une comédie familiale menée par André Dussollier, et la renaissance lumineuse d’une octogénaire incarnée par Carmen Maura.
On ne peut s’empêcher de frissonner en voyant les images qui couvrent l’actualité se superposer aux paroles de George Orwell. C’est le pari de Raoul Peck, qui ouvre une semaine de cinéma marquée par des films attentifs au réel et aux trajectoires individuelles. Maryam Touzani filme la renaissance tardive d’une femme de 79 ans à Tanger, portée par une Carmen Maura remarquable. Premier long-métrage de Hugo Willocq, Un été à la ferme suit une famille d’éleveurs du Nord face à l’angoisse de la transmission. Chers parents réunit Miou-Miou, André Dussollier, Arnaud Ducret et Pauline Clément dans une comédie sur l’argent et l’héritage. Le live-action de 5 Centimètres par seconde transforme un classique de l’animation japonaise en romance mélancolique. Enfin, Bradley Cooper raconte la fin d’un couple et l’idée d’une possible seconde chance.
« Scream 7 » ★★
Coup de couteau dans l’eau
Qu’elle semble loin, l’époque où Wes Craven révolutionnait le cinéma d’horreur avec Scream (1996). Dans son slasher culte, le cinéaste se servait du meurtre pour nous offrir une gigantesque partie de Cluedo, où l’identité du tueur était intelligemment noyée dans un océan de fausses pistes et d’hémoglobine. De révolution, Scream 7 n’en est malheureusement une à aucun égard.
Dans la droite lignée de son faiblard prédécesseur Scream 6, le film de Kevin Williamson ne peut guère compter que sur la brutalité de son montage dans les scènes de tension. Il tient aussi, en grande partie, grâce à l’aura intacte de sa star, Neve Campbell. Sydney Prescott, son personnage, doit ici assumer l’éducation de sa fille Tatum – qui, évidemment, a hérité de son courage – tout en fuyant encore l’ignoble assassin Ghostface.
Une course-poursuite au (mauvais) goût de réchauffé, engluée dans ses innombrables jumpscares, ses clins d’œil forcés aux fans et ses seconds rôles fantomatiques qui nous empêchent, même au nom du divertissement, de frissonner encore une fois.
Yaël Djender
« Orwell : 2 + 2 = 5 » ★★★★
Dystopique
Auteur de films mémorables sur Patrice Lumumba, James Baldwin ou, tout récemment, le grand photographe sud-africain Ernest Cole, Raoul Peck n’a pas peur des grands sujets ni des grands hommes. Le voici donc qui plonge dans les archives de George Orwell et ramène un film-dossier qui raconte à la fois l’œuvre et la vie d’Eric Blair (son véritable nom), né au Bengale, membre de la police impériale en Birmanie, révolté par « la domination de l’homme par l’homme » qu’il dénonce dans son texte Une histoire birmane, et grand penseur du risque totalitaire qui guette tout pouvoir (La Ferme des animaux, 1984).
De nombreux textes – lus avec intensité par Eric Ruf – irriguent le film, qui s’attache à brosser un portrait de l’homme Orwell (émouvante évocation de ses dernières années sur l’île de Jura, en Écosse) tout en explorant ce que son œuvre visionnaire saisit de notre monde. La pensée d’Orwell résonne fortement sur ces images des trente dernières années, jusqu’à Donald Trump ou Vladimir Poutine, confirmant ce que l’on pressentait : notre monde est bien devenu orwellien.
Florence Colombani
« Chers parents » ★★★
Maudit jackpot !
Adaptée de la comédie à succès d’Emmanuel et Armelle Patron, voici le film où il est toujours question d’argent et d’héritage au sein d’une famille tranquille confrontée à un événement qui chamboule tout. Quand Alice (Miou-Miou) et Vincent Gauther (André Dussollier) convoquent d’urgence leurs trois enfants (Arnaud Ducret, Thomas Solivères et Pauline Clément), ces derniers se rendent immédiatement dans leur maison du Sud, craignant une mauvaise nouvelle. Pas du tout. En réalité, leurs parents ont touché le jackpot du Loto et envisagent de construire un orphelinat au Vietnam, sans leur laisser un sou.
Évidemment, ce genre de situation favorise les effets comiques et permet à chacun de révéler sa nature : la tête sur les épaules pour Alice, la tête qui tourne pour Vincent. Quant aux enfants, qui comptaient sur cet argent pour réaliser leurs rêves, le choc de se retrouver sans rien les rend dingues. On sourit de voir toute cette famille s’agiter jusqu’à se déchirer. Avec un scénario et des dialogues efficaces, le résultat est là : drôle et porté par des comédiens au diapason.
Jean-Luc Wachthausen
« Rue Málaga » ★★★★
La vieillesse, un sauvetage
Après le succès du Bleu du Caftan, Maryam Touzani revient avec un film doux et sensible, pensé comme un hommage à sa ville natale, Tanger, et à sa grand-mère andalouse, à laquelle le film est dédié. Dans cette cité cosmopolite où subsiste une importante communauté espagnole, vit Maria Angeles, campée par Carmen Maura, 79 ans, seule dans un quartier populaire depuis la mort de son mari. Elle y mène une existence paisible, jusqu’au jour où sa fille Clara, en difficulté financière, veut vendre l’appartement et l’emmener vivre à Madrid.
L’octogénaire refuse alors d’être reléguée en maison de retraite et se découvre une énergie qu’on ne lui soupçonnait plus. Elle part récupérer, un à un, ses meubles chez un vieux brocanteur, retourne dans son appartement, recommence à arroser les géraniums de son balcon, organise des soirées foot avec ses voisins, et finit même par redécouvrir l’amour.
Carmen Maura impressionne par sa justesse et sa liberté de jeu. Elle compose une femme concrète, imprévisible, joyeuse et souvent drôle. Rue Malaga est une belle leçon de résilience et rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour reprendre possession de sa vie.
David Doucet
« Is This Thing on ? » ★★★★
Thérapie de l’amour
Avec son histoire de couple au bord du divorce, Bradley Cooper (qui se donne un petit rôle dans le film) signe une comédie dramatique intimiste, filmée de façon fluide et portée par un duo complice et attachant : une Laura Dern mélancolique et un Will Arnett fragilisé, qui trouve dans le stand-up une bouée de sauvetage.
Pas de mélodrame dans cette séparation conjugale, désarmante de lucidité et non dénuée d’humour, mais le regard complice de Bradley Cooper semble croire à la seconde chance en amour.
Jean-Luc Wachthausen
À lire aussi
« Un été à la ferme » ★★★
Héritiers d’un monde qui s’éteint
Dans Un été à la ferme, premier long-métrage de Hugo Willocq, le cinéaste filme une véritable famille d’éleveurs du Nord et capte à la fois la fin de l’enfance de deux adolescents et la fin d’un monde paysan fragilisé. On y suit Grégory, père et chef d’exploitation, ainsi que ses deux fils, Paul (12 ans) et son petit frère Germain (9 ans), confrontés aux angoisses liées à la transmission de la ferme.
Le film montre leurs bêtises d’adolescents, leur façon de tuer l’ennui entre deux tâches, mais aussi leur fascination progressive pour le métier d’agriculteur, comme cette scène très drôle où on les voit jouer à un simulateur de ferme sur leur PlayStation, sous l’œil mi-hébété, mi-curieux de leur paternel.
À la lisière du documentaire et de la fiction, sans dialogues écrits, le film s’appuie sur de longs moments de vie saisis au plus près du réel. Nourri de plus de soixante heures de rushes pour aboutir à un récit d’1h30, porté par une photographie particulièrement belle, Un Été à la ferme regarde ce monde avec douceur et mélancolie.
David Doucet
À lire aussi
« 5 Centimètres par seconde » ★★★★
Un film qui brise le cœur
À l’origine, 5 centimètres par seconde est une merveille, un des plus beaux films d’animation japonais. Œuvre contemplative et romantique de Makoto Shinkai, elle racontait déjà le temps qui éloigne autant qu’il unit, sous des ciels embrasés, parmi des trains fantomatiques et des pétales de cerisier tombant au ralenti. De ce film parfait dans sa forme, une adaptation live paraissait improbable, voire inutile. Pourtant, Yoshiyuki Okuyama, ancien photographe, évite l’écueil de la reproduction plan par plan. Son geste est ailleurs : dans l’incarnation.
Là où l’animation magnifiait les paysages, le live scrute les visages, notamment celui de Takaki, incarné par Hokuto Matsumura. Les silences s’étirent, les regards s’attardent. Le Japon devient intime : quais de gare, appartements exigus, routes balayées par le vent. Par touches discrètes – nuages d’hiver, flocons, cerisier en fleurs, portes de train qui se referment – Okuyama retrouve la poésie initiale sans la singer. Le récit fragmenté rend le temps plus cruel encore : moins l’histoire d’un amour perdu que celle de l’impossibilité de le vivre au présent. Une gravité douce, persistante, à cinq centimètres par seconde.
Marc Godin
Les étoiles du Point: ✩✩✩✩✩ : nul ; ✭ : mauvais ; ✭✭ : moyen ; ✭✭✭ : bien ; ✭✭✭✭ : excellent ; ✭✭✭✭✭ : exceptionnel.
February 24, 2026 –SUMMARY
ANNIVERSARY OF WAR
The Economist (Pay Wall)
How Russia’s fatalities compare with Ukraine’s
After four years of fighting, our modelling reveals a grim toll
https://www.economist.com/graphic-detail/2026/02/23/how-russias-fatalities-compare-with-ukraines
The New York Times
Ukraine Has Passed a Point of No Return
In the middle of the last Saturday of January, hundreds of people congregated on the frozen Dnipro River for a rave. Under the high noon sun, the world was white: the tall apartment blocks lining the riverbank, the unplowed boardwalk and the flat, snow-covered expanse of ice.
With a citywide curfew in effect, parties in Kyiv have long moved to daytime hours, and with much of the city lacking light and heat, it makes sense to gather outdoors. So adults of different ages, dressed in puffy coats of every color, baggy designer sweatpants and chunky Uggs, had gathered, though there wasn’t much dancing, perhaps because the battery-powered speakers weren’t quite strong enough to blast music through the open air. There was, however, much mingling, some barbecuing, a lot of mulled wine and at least one book burning, of a Russian-language young-adult novel. Kids in snow pants slid down the steep, iced-over bank of the river; when they skidded across the ice, they knocked over a few adults.
After the music ended, as scheduled, at 3 p.m., many of the revelers poured into a cafe overlooking the river. It was a quintessential Kyiv scene: exaggeratedly large wineglasses on sturdy wooden tables, a seafood bar, a display of bottles — impeccable style and a commitment to enjoyment as resistance to the Russian onslaught. But a few minutes after the influx of customers, a waitress announced: “We have no water. I won’t be taking orders.” Seconds later, the electricity went off, taking the music and the lights with it and turning the oyster display cases into dark gray boxes. Most of the customers left. The waiters vanished, too, leaving dirty dishes on many tables. The cafe looked like a movie set after the director shouts “Cut!” and the actors and crew disperse, exhausted.
Kyiv is tired. For most of the four years since Russia began its full-scale invasion of Ukraine, the capital city has insisted on maintaining or restoring its usual vibrant urban life. Theaters have been operating, as have art galleries and museums (although permanent collections have been stowed away in safe locations); universities and secondary schools have continued in-person instruction; electric bikes and scooters have been well maintained; the metro has kept running; and the railroad has served the city like clockwork. The railroad in particular has become a symbol of Ukrainian nezlamnist — invincibility or, literally, unbreakability.
But with Russia’s attacks on Ukrainian energy infrastructure leaving people without light and heat for weeks on end, living a normal life has become untenable. It is probably fair to say that there isn’t a place or a person left in Ukraine who can forget about the war for even a few minutes.
People still try — not to forget, but to continue living the best possible life every minute. After a short while, the waiters at the riverbank cafe returned and cleared the tables. New customers came in. Someone restarted the generator, bringing the lights and the music back. Without running water, the place couldn’t serve food, but there could still be — and there was — drinking. Soon, the sun went down and the giant apartment blocks dissolved into the dark sky. Only a few windows flickered dimly, perhaps with the light of candles, oil lamps or a few battery-powered fixtures.
Feb. 24 marks the fourth anniversary of the full-scale invasion. Four years is a particularly significant milestone for people who, like me, grew up in the Soviet Union, in the eternal shadow of World War II, because four years was the duration of the fight against the Nazis. The number was seared into our minds. Four years in which the Soviets fought what they called the Great Patriotic War. Four years that created the country we lived in — its superpower status, its claim to world moral superiority. Four years of death, displacement, of tens of millions of people being called upon to sacrifice for their country’s war effort. The slogan of those years was “Everything for victory.”
The evolving tributes in Independence Square in Kyiv reflect shifting ideas about Ukraine’s history and resistance.
Mila Teshaieva, the photographer I worked with on this article, and I were both raised (she in Kyiv, I in Moscow) by parents who were born during that war. For us and so many people of our generation, the war explained why our grandfathers were absent, our grandmothers hoarded odd objects, our parents had fraught relationships to food, and all of our family members seemed at all times to be in a state of hypervigilance. Most of all, the war explained why none of the plans our grandparents had made for their future ever came true. In our generation, the future, as a category, continued to be suspect.
Growing up, I never questioned the heroism and special status of Soviet society. It was only as an adult that I came to understand that the war, which ended 22 years before I was born, had recast public morality, valorizing single-minded commitment and self-sacrifice above all else — above happiness, human connection, creativity, freedom.
Many Ukrainians — even those born after the country gained independence from Moscow’s rule in 1991 — grew up with much of the same mythology of the Great Patriotic War. Ukraine, which was under German occupation for most of that war, lost some 10 million people. Mila’s surviving grandparents, like mine, celebrated every anniversary of that war’s end but almost never talked about what they had experienced. After the war, the Soviet authorities sent thousands of Ukrainians to the gulag for suspected collaboration with the Germans — in many cases, as what amounted to punishment for surviving the occupation. Ukrainians never forgot that injury. Both of those World War II stories — of the heroism of Ukrainians and of the cruelty of Moscow — inform the way Ukrainians think about the war they are fighting now.
Newer works of history reframe the period as two sides of a coin: German and Soviet occupations of Ukraine, two empires that aimed to enslave Ukrainians — Germany during World War II, the Soviet Union before and after. And yet, the number four has continued to loom large in collective memory. Now Ukraine’s patriotic war, against Russia, has crossed that threshold, with no end in sight. Russia’s offensive appeared to speed up in December. In February, Ukraine recaptured ground, in its most successful counteroffensive in more than two years. But on the whole, the front line has remained largely static for more than three years. Russia’s apparently overwhelming superiority in manpower and military resources didn’t bring about a swift victory, but neither have the resolve of the Ukrainian people and the Western aid they have received proved enough to stop Russia’s aggression.
Whatever lies ahead feels as if it will last forever. Ukrainians have organized their lives accordingly. They are living this war in their work, their social lives, their waking and sleeping hours. It is a fundamental orientation of time, values and social relations that will define many future generations of Ukrainian life.
By any measure, Ukraine is a profoundly different country now than it was four years ago. At the start of the full-scale invasion, excluding regions that were already occupied by Russia, it had a population of perhaps 36 million people, according to Tymofii Brik, a sociologist and the rector of the Kyiv School of Economics. (Other estimates tend to be higher.) Since then, Brik says, six million have been displaced inside the country and some four million — mostly women and children — have left Ukraine. More than 100,000 Ukrainians, troops and civilians, are estimated to have been killed. Millions of people live under occupation in areas Russia controls.
When people were fleeing the Russian offensive in the winter of 2022, squeezing onto overcrowded train cars headed west, few imagined that the war would go on for a long time. Either Russia’s tremendous military might or the West’s firm resolve would dictate a fast resolution, it seemed. But four years after that — and 13 months into the presidency of Donald Trump, who promised to bring the war to an end within 24 hours of his inauguration — there is no safe home for Ukrainian war refugees to return to. And there is less and less reason even to think about it: The people who stayed in Western Europe have adapted to their new homes, and to the separation from those they left behind.
“What kind of relationship can we have, with them over there and me back here?” Taras Viazovchenko said when I asked him about the state of his marriage. He got his wife and two children out of Irpin, one of the Kyiv suburbs then under Russian occupation, on March 3, 2022. The wife and kids live in Switzerland now. He has visited once. “She’s built a life there,” he said. “The kids speak French to each other, and I don’t understand.”
Like many Ukrainians who remained in the country, Viazovchenko has lived several different lives in the past four years — lives that he has shared with his parents and some of his friends, but not with his wife and kids. Before the full-scale invasion, Viazovchenko was a yoga instructor and a member of the Irpin City Council, a position he still holds. During the weeks in 2022 when part of Irpin was occupied, he spent every day helping people escape the town. When Russian troops retreated from the Kyiv region, Viazovchenko joined the effort to identify the bodies of people killed in Irpin and neighboring Bucha, which has become synonymous with Russian war crimes.
People killed during the occupation had been buried in private yards, in group graves, in town parks, often after their bodies were left for days wherever the killing had occurred. Viazovchenko and others exhumed the bodies, interviewed loved ones and witnesses and tried to match remains to descriptions. After several months of this work, Viazovchenko became obsessed. He and his colleagues had been able to identify more than 400 bodies, but several dozen remained. Viazovchenko couldn’t sleep. He couldn’t think of anything else. He kept unzipping the black bags in which the bodies were kept — or what remained of them after several months in morgues that didn’t consistently have electricity.
It took the intervention of visiting mental health professionals for Viazovchenko to get help. He worked on setting up therapy centers for survivors of Russian aggression in different parts of Ukraine. And then last year, at the age of 46, he enlisted. He thinks that everyone should.
To be clear, not everyone agrees. After an initial wave of volunteers immediately after the full-scale invasion, the Ukrainian armed forces have struggled to conscript enough people. People who enlisted four years ago and who are still physically able to serve have been unable to leave the service. Meanwhile, enlistment officers stage daily raids in Ukrainian cities, apprehending potential conscripts and delivering them to military bases. Some escape. At the same time, on this visit in particular, I heard many stories of people who either chose to enlist or submitted to a conscription raid and found peace in the service — and in no longer trying to evade it. Viazovchenko thinks this is as it should be, and that those who cannot serve at the front should join the war effort in the rear. He complained that, after several years of pooling money for the war effort, parents’ groups have resumed collections for gifts and flowers for teachers. That strikes him as frivolous, as does any pretense of peacetime life. As an example of proper, realistic adjustment, he cited the schools of Kharkiv, many of which have permanently moved to underground bunkers.
Underground schools have become symbols of Ukrainian unbreakability, along with warming tents set up in the shadow of unheated high rises. I visited the Kyiv School of Economics, a small, ambitious private university that has managed to draw some outstanding academic talent from both Ukraine and the West. Brik, the rector, excitedly led me to the basement, where the university has created several classrooms, complete with whiteboards. The school schedules only as many classes as can simultaneously convene in the bunker, so that whenever the air-raid alarm sounds, as it does on most days, classes can move down below. Then Brik showed me something else he was proud of: a classroom equipped for a vocational training program, this one in soldering — a skill newly in demand in the growing drone industry.
Most recently, Brik told me, the university had moved dozens of students out of apartment buildings that had lost power and heat and into hotel rooms. I wondered what, with his ingenuity and energy, he would be capable of in peacetime. Russia’s war — a war for the return to an imperial past — has always been a war against Ukraine’s future.
“I imagine that if there were no war, I’d get another Ph.D., in neurobiology,” another acquaintance, Lena Samoilenko, told me. Her first Ph.D. is in mathematics (multidimensional spaces, to be exact). She got it before Russia annexed Crimea and Russian-backed forces occupied the small town in the east where she’d grown up. When that phase of the war began, in 2014, Samoilenko was 28 and living in Kyiv. She started volunteering, helping some people to escape the Russians and others to survive under occupation. She spent many years organizing aid and reporting about the war — and then it came to Kyiv.
“It’s Groundhog Day every day,” she said. “You had your ear to the ground every day, listening for tanks.”
It was only later that night that I realized that it was, in fact, Groundhog Day, Feb. 2. It was also four years to the day since I first wrote about Samoilenko. Back then, I had come to Kyiv — a city I had often visited — to cover its preparations for the Russian invasion. I had sought out Samoilenko because she had written a Facebook post decrying the idea that anyone can adequately prepare for war. While most people she knew were packing go bags and laying in supplies to survive a short-term crisis, Samoilenko was girding herself and her family for a more fundamental change.
In 2022, Samoilenko started to help out in Kherson, a port city in southern Ukraine that spent more than six months under occupation. After Russian troops retreated, remaining residents — a disproportionate number of them poor, older, disabled — needed basic supplies, medicine and care. Samoilenko raised money, recruited volunteers, bought a car and set up shop in a working-class neighborhood of the city. In June 2023, Russian forces apparently blew up the nearby Kakhovka dam, unleashing a deadly flood, which created even more need for Samoilenko’s work. Meanwhile, her marriage ended, and her ex-husband, a poet and musician, joined the military. “Even if he hadn’t joined up, he might have met a younger woman,” Samoilenko said. It’s just that the war has been going on for a long time — long enough for people to fall in and out of love, among other things.
It’s been going on so long that the war itself has changed in profound ways. It started with bomber planes and tanks, but it is continuing primarily with drones — and the drone technology keeps changing. Military personnel have had to train and retrain. So have journalists. On a Sunday afternoon, Mila and I attended a training session for journalists at a former Soviet Young Pioneer camp outside Kyiv. A group of people who became war correspondents four years ago — before that, many of them wrote about politics or social issues, or produced movies — were learning how to detect and avoid drones. They looked for cover, pursued by the devices’ beehive-like hum, but how can you dodge weapons that are capable of turning corners, hovering in wait, and going into open doors and windows? At one point, a journalist dropped to her knees in the snow and yelled: “That’s it! I’m fucked.”
The drones made it harder for Samoilenko to continue working in Kherson. She could no longer use the car, because drones would follow the few vehicles traveling the city’s largely deserted back roads, and the distances she needed to cover were too great to travel by foot regularly. So she, too, joined the military. The day we met up, she had been promoted to staff sergeant. “Let’s drink to that,” she said, in a way that made it clear this wasn’t a milestone she’d ever hoped to celebrate.
In her past life, Samoilenko was a prominent figure in Kyiv’s cultural scene. She organized a poetry festival, and she loved to dress up for events. “And I’m spending the last years of my youth in a dimly lit office space with people I wouldn’t ordinarily choose to socialize with.” Like other service members, Samoilenko can’t tell me exactly what she does, but she is based in Kyiv, a couple of hundred miles from the active fighting, which means that she doesn’t get supplemental frontline pay. From her old life, she still has her remote jobs as a consultant, which allow her to rent an apartment near her base, and some floor-length velvet dresses that she keeps in a closet there as something like a talisman. Someday she hopes to wear them again, to travel and to walk by the sea — these are the things she needs to feel happy.
While we talked, Ukrainian, American and Russian representatives continued their endless negotiations — negotiations about negotiations that, Trump kept promising, would bring an end to the war. Meanwhile, 2025 had been the deadliest year for civilians since the war started. The Americans said that Russia had agreed to stop hitting Ukrainian energy infrastructure, for a week. The agreement didn’t hold. “It’s been so cold for the last month that you keep feeling that it must warm up soon,” Samoilenko said. “But there is still February, and March in Kyiv is cold too. There is no reason to think that it will get warmer. And nothing gets easier, even though we’ve been through so much.” Even the catastrophic early days of the full-scale invasion felt more hopeful, she said.
The way we think about the future is also, usually, the way we think about the past. The inescapable sense that this war is forever has compelled Ukrainians to reframe their history — including the history of World War II — as one of eternal war against Russia. I saw and heard this narrative seemingly everywhere on this visit, including in Independence Square in the center of Kyiv, long a site of memorials both permanent and makeshift. For years, these were memorials to revolutions, particularly those of the Orange Revolution of 2004 and the Revolution of Dignity in 2014, for which the square served as the main stage. But the memorials currently on display in the square tell a different story: There is an exhibit devoted to the 1991 protests against the Soviet regime, now reframed as a revolt against Russian imperialism; a permanent memorial to the people who died in 2014, both during the revolution and in the war in the east; and a growing memorial to Ukrainian fighters who have died since 2022, each of them marked with a small Ukrainian flag.
What struck me most about this current memorial is its scale: There is a multitude of flags, but most are tiny, guaranteeing that the memorial can keep expanding for a long time.
Paradoxically, thinking of the war as eternal gives Ukraine some room for negotiating with Russia, and gives Ukrainians a modicum of hope. No one expects the current negotiations to bring permanent peace, but a truce that gives Russia domain over parts of eastern Ukraine may be acceptable when one compares it with the outcome of World War II — the Russian occupation of all of contemporary Ukraine, including lands that had belonged to Poland before that war.
If the war is eternal, it must also be all-encompassing, just as Taras Viazovchenko told me. All of Ukraine is the front. The country’s westernmost major city, Lviv, which has been subjected to only intermittent assault, has transformed itself into a city that visibly lives and breathes the war. A large stand in Market Square, updated every morning at 9, displays the photos and biographies of soldiers who will be buried that day. Typically at 11, cars carrying flag-draped coffins pull up to the Peter and Paul church, one of the largest in the city. A military band assembles in front to play while coffins are loaded back into the vehicles. They are then driven to Market Square, where the mayor of Lviv pays his respects as a trumpeter, dressed in red, plays “Il Silenzio” by Nini Rosso. Every day.
But perhaps the biggest change the war has brought to Lviv is that the city has become a world capital of amputations and prosthetics. Together, centers with names like Unbroken and Superhumans serve thousands of people at a time. In all, some 100,000 Ukrainians are estimated to have lost limbs in this war, so far. At Unbroken, I walked down a hallway filled with photographs and architectural renderings of rehab centers, vocational training schools, new surgical clinics and on and on — that the organization either has recently built or plans to build. At Superhumans, I heard about centers the organization is opening in other cities — including one in Odesa that’s being built partly underground.
These centers are, of course, proud of their work: their technological expertise, their range of rehabilitation services, the speed with which they get people standing and walking and being self-sufficient again. At Superhumans, I interviewed two men who seemed preternaturally cheerful, full of hope for the future; both were fairly newly in love. Each of them was missing both legs above the knee — one because a rocket hit the trench where he was operating a machine gun, the other because an attack caused the loaded drone he was carrying to explode in his hands. This man is also missing one hand.
This war, like the great war before it, has extracted and normalized extraordinary sacrifice. It demands that everyone serve and everyone be a hero. I talked with a lawyer who said he was defending more than 50 of the thousands of people accused of collaborating with the Russians — some, he said, because they didn’t resist occupiers who entered their houses, others because they continued to run businesses under occupation and paid taxes to the occupying authorities.
War poses impossible choices, Samoilenko said — “like, when you are fleeing the advancing Russian troops, whether to force your grandmother, who has dementia, to come with you. And then you have to live with that choice, whatever the decision that you made.”
War turns writers, artists, engineers and house painters into soldiers. “And when people come back from the war, they are going to want to have a say in how the country is run,” Anton Liagusha, chair of the newly formed master’s program in memory studies and public history at the Kyiv School of Economics, told me. “Some of them will be in government. In the history of the world, I am not aware of any case of a country that is run by military officers that is democratic.”
This is the most painful irony forced by the war. Ukrainians rose up against Russian aggression in order to protect their democracy — by any measure, one of the most vibrant and robust in the post-Soviet space. But over four years of martial law, military censorship, suspended elections, and mobilization both legal and psychological, Ukraine has become progressively less democratic. This was part of Russia’s goal.
In the course of the war, I’ve heard Ukrainians talk less about democracy. It’s understandable: This is a war for independence, and everything else is secondary. But in many ways, Ukrainians have never been less independent from Russia. It’s Russia that determines when and if Ukrainians sleep, whether they can move through their cities and whether they have running water, light and heat.
In Lviv, I met Mariana Mamonova, who works as a therapist at the Unbroken center. She began the war as a military doctor in Mariupol, where she worked through the first couple of months of the siege of that city. In April 2022, just weeks after she learned she was pregnant, she was taken prisoner. She spent almost seven months in a notorious Russian prisoner camp near the occupied Ukrainian town of Olenivka before being released as part of a prisoner exchange. Less than a week later, Mamonova gave birth. She retrained as a therapist, and the skills she learned, she told me, saved her life and her marriage.
When I told Mamonova that I was trying to describe Ukraine’s current predicament, she compared it to being a prisoner of war. “It is a kind of captivity,” she said. “You are in bondage. Russia tortures its prisoners with cold — cold and hunger. And here it is the same.” Continuing the comparison, she likened Kyiv, where many apartments have no heat or electricity and almost no one has enough, to solitary confinement — not because Kyiv is isolated but because it’s a place where even more people are suffering from the cold than elsewhere in the country.
Yet another round of U.S.-led negotiations on the Russian-Ukrainian war was in the planning stages. A day before Mamonova and I talked, Russia had violated the ostensible temporary ban on targeting the energy infrastructure. Kyiv had spent much of the previous 24 hours without electricity and under an air-raid alert. It wasn’t the first such day, or the second, or the fifth, and it wasn’t clear that anyone outside Ukraine took much notice.
This, too, reminded Mamonova of Russian captivity. “You scream and no one can hear you.”
https://www.nytimes.com/2026/02/22/opinion/ukraine-russia-war-four-years.html
EUROPE AND UKRAINE
L’Express
Après quatre ans de guerre en Ukraine, l’Europe fait sa mue gaullienne
Géopolitique. L’indépendance à laquelle aspirent la plupart des dirigeants européens correspond à l’objectif décrit par Charles de Gaulle.
L’Europe n’est certes pas devenue carnivore, mais elle n’est plus tout à fait herbivore. Alors que la guerre d’Ukraine entre dans sa cinquième année, elle a perdu sa naïveté. Elle apprend, bien que difficilement, à parler le langage de la puissance. Son projet n’a jamais été aussi proche de celui que lui assignait le président français Charles de Gaulle en 1962 : “Une Europe unie qui aurait assez de force, assez de moyens et assez de cohésion pour exister par elle-même”.
Le 24 février 2022, l’invasion russe la prenait au dépourvu. Ses armées étaient anémiées par des années de négligence. Son économie était distancée par celle des Etats-Unis.
Son énergie dépendait de la Russie, son commerce de la Chine. Mais depuis, les progrès vers l’indépendance sont tangibles. La plupart des pays du continent ont renoncé aux hydrocarbures russes. Ils ont décrété une série de sanctions économiques contre Moscou. Ils ont pris en charge 99 % de l’aide à l’Ukraine, depuis la défection de l’Amérique il y a un an.
Surtout, ils se réarment : en 2025, les Vingt-Sept de l’UE ont dépensé, en moyenne, 80 % de plus pour leur défense qu’avant l’invasion de l’Ukraine, selon les calculs de la Commission. Et ils semblent enfin décidés à construire leur souveraineté numérique, technologique, industrielle. À de rares exceptions près (la Hongrie de Viktor Orban, notamment), les Etats européens, y compris le Royaume-Uni et la Norvège hors UE, ont serré les rangs et tourné la page des décennies d’insouciance stratégique qui avaient suivi la chute de l’Union soviétique en 1991.
L’objectif évoqué aujourd’hui par la majorité des dirigeants européens ressemble comme deux gouttes d’eau à celui décrit en son temps par Charles de Gaulle : “L’Europe qu’il faut faire doit être une Europe européenne. Européenne, ça signifie qu’elle doit exister par elle-même et pour elle-même, et qu’au milieu des peuples du monde, elle doit avoir sa politique, sa politique indépendante”. Le chancelier Friedrich Merz lui a fait écho devant la conférence sur la sécurité de Munich : “Une Europe souveraine est notre meilleure réponse à cette nouvelle ère. Unir et renforcer l’Europe est notre priorité absolue”. Le soutien des citoyens européens est acquis : selon le sondage Eurobaromètre publié à l’automne dernier, près de huit sur dix (79 %) réclament une politique de défense et de sécurité commune.
La guerre d’Ukraine, l’appui apporté par la Chine à la Russie, puis la fracture transatlantique impulsée par Donald Trump, ont accentué le sentiment d’un destin commun, même si la vieille division entre atlantistes et européistes subsiste. Elle a accéléré la prise de conscience des fragilités de l’Union. Elle a modifié les équilibres de pouvoir, aussi : le barycentre de l’UE s’est déplacé vers le Nord-Est, avec la montée en puissance de la Pologne et des pays scandinaves et baltes, qui sont en première ligne face à l’impérialisme russe, et de l’Allemagne, le pays qui fournit l’aide la plus substantielle à Kiev.
Paradoxalement, la France, qui a longtemps porté seule l’idée d’une Europe indépendante, est mal placée pour tirer les fruits politiques de sa tardive victoire idéologique. En raison de son instabilité politique, de son endettement excessif et de la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national l’an prochain, elle est vue par beaucoup de ses partenaires européens et notamment l’Allemagne, comme une partie du problème plus que de la solution.
L’Europe qui émerge de ce chamboulement ressemble fort, pourtant, à celle à laquelle aspirait Charles de Gaulle : une Europe des nations, où les Etats coopèrent au sein d’une union politique afin de ne plus être à la merci de décisions hostiles, qu’elles soient prises à Moscou, à Washington ou à Pékin. Comme le disait le président français en août 1963 : “Mieux vaut l’indépendance qu’un Marché commun vassalisé”. Entre-temps, l’Union européenne a succédé au Marché commun mais le leitmotiv gaullien pourrait être entonné, quasi inchangé, par la plupart des dirigeants européens du moment.
Le Figaro
« Pourquoi je suis là et pas eux ? » : en Ukraine, la fracture sourde entre ceux qui combattent et ceux qui se dérobent
ENQUÊTE – Dans les familles, sur les lieux de travail, les réactions de jalousie ou de colère entre les volontaires au combat et ceux restés à l’arrière dessinent déjà des tensions à venir dans la société. Un défi pour l’Ukraine d’après-guerre.
Quatre ans de conflit en Ukraine. Quatre années au cours desquelles, à Ivano-Frankivsk, dans l’ouest du pays, un malaise s’est creusé dans la belle-famille de Denys*. Ce droniste de 31 ans s’est engagé volontaire dès le début de l’invasion russe, en 2022. Mais l’oncle de sa femme, Yulia, fuit la mobilisation. Depuis quatre ans, il sort le moins possible, terrifié à l’idée de tomber sur une patrouille du centre de recrutement. Alors, en famille, on évite de parler du front. Trop explosif. « Moi je ne veux pas le juger. Chacun a ses raisons. Mais lui se raccroche à des théories complotistes pour se donner bonne conscience », déplore le jeune soldat.
Plus la guerre se prolonge, plus la tension s’installe dans la famille. Comme si l’oncle reportait sur Denys sa rancœur envers un système qu’il juge corrompu. Un jour de réunion familiale, il a pris à partie sa nièce : « Est-ce que ton mari veut vraiment que la guerre finisse, ou est-ce qu’il n’y trouve pas son compte, finalement ? » Heurté par cet injuste soupçon, le couple a accusé le coup. À Noël, tout impatient qu’il était de sa permission, le droniste appréhendait la confrontation. Crainte inutile : quand il a su que Denys était présent, l’oncle n’est tout simplement pas venu. « Il refuse de me voir », dit le soldat.
Bagarres entre ouvriers
Aussi sensible que tabou dans la société, le sujet des « ukhyliant », littéralement « ceux qui se dérobent », est assumé sans détour chez les militaires. Sur les canaux Telegram de soldats, les railleries ont même redoublé depuis qu’en janvier, le nouveau ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, a estimé officiellement leur nombre à 2 millions. Moquerie qui se mue en amertume chez certains. En ce mois de février, «Git», pilote de drones dans la région de Donetsk, confie par exemple sa douleur à imaginer ses concitoyens sur les pistes des Carpates, à l’ouest de l’Ukraine. Son rêve à lui, avant la guerre, était de les dévaler en snowboard. « Et je suis toujours là, pour combien de temps encore ? », lâche l’ex-ingénieur en IA, joint par téléphone alors qu’il est en chemin vers une « zone à FPV », les drones tueurs. Le voilà, son quotidien. « Je n’ai pas envie de juger. Mais cette question me vient souvent : pourquoi je suis là et pas eux ? Ici, on n’est pas fichus d’avoir des rotations normales à cause des sous-effectifs », relève le soldat.
Alors que les négociations s’enlisent et que la fin de la guerre reste un horizon lointain, les symptômes d’une rancœur sourde se multiplient. Il y a cet enterrement, à Lviv, d’un soldat mort au front en 2025, où le neveu, en permission pour blessures et syndromes post-traumatiques refuse de serrer la main de ses deux cousins qui esquivent l’enrôlement. « La tension était palpable », se remémore un membre de la famille. Ou ces bagarres sur des chantiers d’une société de BTP entre les ouvriers revenus du front et les autres. « Le ressentiment des vétérans peut se transformer en paroles provocantes, les autres répondent par la surenchère », rapporte un cadre de cette boîte ukrainienne. « Notre RH ne sait comment réagir. Elle nous confie que personne n’est préparé à ça. »
La question de l’équité tourmente de nombreux anciens combattants. Pourquoi ai-je perdu ma santé, mes amis, mes membres, alors que d’autres ont continué leur vie ?
Yuliya Aviyam, psychologue au centre Superhumans de Lviv qui accueille les vétérans.
Moscou, qui fait feu de tout bois pour affaiblir Kiev, a identifié cette fragilité et en a fait l’une des marottes de sa propagande. En 2024, un centre de réflexion suédois, le Stockholm Centre for Eastern European Studies (Sceeus), montrait comment les « bots » russes amplifient des faits réels ponctuels pour évoquer de véritables « chasses à l’homme » dans les rues d’Ukraine, l’envoi au front sans entraînement, les erreurs de commandement. Dans ce narratif, les « mobilisés » sont présentés comme victimes, et les « éviteurs », encouragés à fuir à l’étranger, explique le rapport. L’experte ukrainienne Rena Marutian, directrice de l’Institut pour la résilience et la sécurité nationale, met régulièrement en garde contre cette menace latente. « Parmi les narratifs les plus destructeurs (de la propagande russe), on trouve ceux qui visent à enflammer les divisions internes, à radicaliser les oppositions et à déstabiliser les sociétés de l’intérieur », avertissait-elle encore en décembre, lors d’un forum sur la désinformation russe à Bruxelles.
Jalousie et colère
Reste que la frustration est réelle. Au centre de réhabilitation pour vétérans Superhumans, à Lviv, la psychologue Yuliya Aviyam l’a identifiée chez nombre de ses patients. « La question de l’équité tourmente de nombreux anciens combattants. Pourquoi ai-je perdu ma santé, mes amis, mes membres, alors que d’autres ont continué leur vie ? Pourquoi des personnes qui n’ont jamais rien sacrifié parlent-elles avec tant d’assurance de la guerre, de la politique, de ce qu’il faudrait faire ? Ces questions ne sont pas toujours exprimées. Mais elles habitent un grand nombre et méritent toute notre attention », affirme la psychologue.
Ce sentiment d’injustice touche aussi les civils, usés par l’angoisse du non-retour. « Je suis bien plus violente que mon mari sur ce sujet », affirme Luda*, trentenaire énergique dont le mari s’est porté volontaire dès 2022. Dans son ancien poste d’ingénieur, il aurait pu bénéficier d’une exemption pour « réserve par l’employeur ». Ce fut son choix et Luda en est fière. Mais dans un quotidien rythmé par le froid et les coupures de courant, l’absence se fait d’autant plus douloureuse, confie l’Ukrainienne rencontrée dans un café hipster de Kiev. « Je suis tout le temps jalouse, tout le temps en colère. Quand j’entends mes amies se plaindre parce que, “oh, en ce moment, il revient tard du travail”, j’enrage. Moi, je vois mon mari tous les trois ou quatre mois et c’est vraiment difficile », avoue Luda.
« Mais d’autres situations sont pires que la mienne », poursuit la juriste. Voilà quelques semaines, un soldat l’a contactée pour solliciter ses conseils autour d’un drame conjugal. « Sa femme l’a quitté pour un non-engagé et lui demande non seulement le divorce mais sa signature pour louer un appartement. Évidemment, elle ne peut le mettre au nom de son nouveau conjoint, puisqu’il est hors-la-loi », grince Luda. En Ukraine, depuis le début de la guerre, se dérober à l’enrôlement constitue une infraction pénale.
Défi pour l’Ukraine d’après-guerre
Cette fracture en puissance est un défi pour l’avenir. La reconstruction du pays, que le voisin russe a l’obsession d’affaiblir pour le dominer, reposera notamment sur la capacité de la société à rester unie. « Ce qui est encore une fragilité annonce une vraie fracture à venir, surtout dans un contexte d’après-guerre toujours délicat, souligne Anna Colin Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques à l’université Paris-Nanterre. Dans l’Ukraine de demain, la place de chacun dans la société s’appréciera autour d’une question clé : qu’as-tu fait pendant la guerre ? La réponse dessinera une carte très complexe des clivages, poursuit la sociologue. Il y aura ceux qui seront partis à l’étranger, ceux qui seront restés. Les civils qui auront été actifs, et les autres. Les non-mobilisés qui auront eu une raison valable, ceux qui n’en avaient pas. Dans tout cela, la place la plus marginale risque d’être réservée à ceux qui se sont cachés », redoute la maître de conférences.
Cet avenir inquiète Denys. Dans la douleur, une chasse aux coupables n’est-elle pas à craindre ? « Je n’ai pas envie d’y penser, je laisse cela aux sociologues, balaie le jeune soldat. Mais tout dépendra de la manière dont ça terminera. Si l’opinion publique voit la paix comme une victoire, les choses seront bien plus faciles pour nous tous », souffle-t-il. Pour le plus d’un million de combattants qui auront servi depuis février 2022, comme pour les autres.
*Certains prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.
THE WORLD ECONOMY AND TRUMP’S TARIFFS
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Unending Trump Tariff Mess
Section 122, the basis for his new tax plan, is a relic of a bygone age.
THE WORLD ECONOMY: GERMAN CHANCELLOR MERZ IN CHINA
Politico
Merz heads to Beijing as Germany Inc. reels from ‘China shock’
China once underpinned Germany’s industrial growth but has now become a force behind its deindustrialization.
BERLIN — China was once the promised land for German industry. Now it’s a massive strategic headache for Chancellor Friedrich Merz, who departs on his inaugural visit to Beijing on Tuesday.
For years, Berlin was the driving force behind closer EU relations with China — brushing aside human rights concerns to lobby for a landmark investment deal in 2020. Closer trade relations with China, German leaders argued, would have a moderating effect on the regime in Beijing, a justification encapsulated with the mantra Wandel durch Handel, or change through trade.
For a long time, it was also good for business. Germany was one of the few EU countries to run surpluses with Beijing, supplying the vital components and machinery that fueled China’s economic ascent. Its industrial giants like carmaker Volkswagen and chemical company like BASF made huge investments to harness the Chinese market.
But that all-in approach to China now increasingly appears to be a historic policy miscalculation on par with Germany’s misguided energy dependence on Russia before the Kremlin’s full-scale invasion of Ukraine four years ago.
In public, Merz hasn’t admitted the scale of the challenge. Last week, he told fellow conservatives that he is traveling to China to forge closer cooperation.
“We have a strategic interest in finding partners around the world who think like us, who act like us,” he said.
But many German industry leaders are now urging the chancellor to take a far tougher line and are howling over what they call the “China shock.” Since the Covid pandemic, the trade relationship has flipped to an eye-watering deficit — €90 billion in 2025 — and China is widely blamed for much of the hemorrhaging of jobs in Germany’s all-important manufacturing sector — now running at roughly 10,000 job losses per month.
Frustratingly for the reflexive transatlanticist Merz, pivoting to President Donald Trump’s U.S., which is locked in an unpredictable tariff showdown with Europe, is hardly a viable option.
That means Merz has to find some way to engage with Chinese leader Xi Jinping. Jörg Wuttke, a long-time China watcher who briefed the chancellor on Feb. 17 ahead of his visit, said he was surprised by how “well prepared he was.” For close to two hours, Merz took notes from a group of six China experts, saying little beyond asking questions. His priority, Wuttke said, was conveying the problems in a way that would connect with Xi.
“He realizes he is possibly the most important politician for China in Europe,” Wuttke said.
But China seems to have the best cards. Germany has over time become reliant on critical raw materials imported from China, giving Beijing the power to shut down German plants almost at will even as Berlin tries to pursue a longer term policy of reducing such dependencies or “de-risking.”
That goal will take years to realize, however. By then, a growing number of German industry leaders are arguing, much of the damage will have been inflicted as German companies buckle due to massive Chinese price advantages resulting from subsidies, deliberate dumping and an undervalued currency.
Merz himself admits that Germany should hold no “illusions” about China and its ambition to “define a new multilateral order according to its own rules.”
“Merz is going at the worst possible time in terms of the impact of the China shock on the German economy,” said Andrew Small, director of the Asia program at the European Council on Foreign Relations. “The numbers are obviously absolutely horrible, with no projection that they’ll get better.”
Who has the leverage?
In many ways, the trip will look like those taken by chancellors in the past, when China’s vast and fast-growing market was considered the hope of German industry. Merz is traveling with a delegation of some two-dozen business executives. Over the course of three days, with stops in Beijing and the tech hub of Hangzhou, he will dine with Xi and visit the Forbidden City as well as outposts of Mercedes Benz and Siemens Energy.
But few expect any sweeping deals will be reached. German industry leaders are instead calling for more concrete and immediate progress to improve their circumstances.
“Our companies are coming under increasing pressure because key competitive conditions are being systematically distorted,” Thilo Brodtmann, the managing director of VDMA, said in a statement ahead of Merz’s trip. As a consequence, he said, German machinery exports to China fell by 8.5 percent during the first 11 months of last year, while machinery imports from China rose by 12.5 percent.
Brodtmann called on the chancellor to address Chinese export controls on rare earths and to end China’s practice of subsidizing loss-making “zombie companies” that offer cut-rate prices. “German companies are not competing with other companies, but with the Chinese treasury,” he said of subsidies more broadly.
The most powerful tool Merz has at his disposal is China’s growing dependence on the European market, which only increased as Chinese domestic demand has fallen. For Merz, a longtime free-trade purist, a push to threaten defensive tariffs within the framework of the EU is not only anathema — it’s potentially reckless at time when Germany is also dealing with the fallout of Trump’s trade wars.
Trump’s attempt to confront China also provides something of a cautionary tale. In the midst of a trade feud between the U.S and China last year, Beijing announced sweeping export controls on rare-earth magnets and the raw materials needed to make them. Weeks later, Trump and Xi reached a detente, with Beijing agreeing to delay rare earth export restrictions for one year.
But Nicolas Zippelius, a lawmaker focusing on China relations for Merz’s conservatives, said Merz may be more forceful than he lets on in public.
“I would say that China and Germany can hurt each other very badly,” said Zippelius. “We must not underestimate Germany’s strong voice within the EU. And the EU has shown in the past that it has power, for example through tariffs and other measures.”
Such conversations would happen in private, Zippelius added.
“I don’t think it helps to take risks against each other in the open,” he said. “But in closed-door talks, you can communicate that very clearly. And there you definitely have leverage.”
To that end, Merz could choose to ally itself more closely with France, which has emerged as one of the loudest voices warning that China is steadily hollowing out Europe’s industrial base while the continent is distracted by Trump.
The only question is whether China would take Merz’s warnings seriously.
“The leverage is there,” said Small of the European Council on Foreign Relations. “But on the Chinese side, the assessment is that Europe is not willing to use it.”
Indeed, China knows the EU has backed off in the past over potential trade conflicts with Beijing in sectors such as solar panels and telecommunications due to fear of Chinese retaliation.
As Merz and other European leaders look for an answer, time is on China’s side, added Small.
“Unless there is more serious concerted action on the European side, China will calculate that it can get away with exactly what it’s doing at the moment and all of these problems will continue,” he said.
https://www.politico.eu/article/friedrich-merz-china-beijing-germany-inc-reels-from-shock/
MEXICO’S FIGHT AGAINST NARCO CRIME
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Predawn Ambush in a Sleepy Mountain Town That Brought Down a Drug Kingpin
A combination of overwhelming force and U.S. intelligence helped Mexico kill the cartel boss known as El Mencho
FRENCH POLITICS: PUBLIC DEBT
Contrepoints
La dette publique est de moins en moins soutenable
Le gouvernement ne redresse pas les finances publiques, il gagne simplement du temps. Dans un rapport publié le 19 février, la Cour des comptes alerte : la dette publique est de moins en moins soutenable. L’année 2025 devait constituer « le véritable départ du redressement des comptes publics », mais le déficit public n’a été réduit que de 0,4 point par rapport à 2024, principalement du fait d’une hausse d’impôts de 23 milliards d’euros. La dépense publique primaire — hors charge de la dette — continue d’augmenter de 1,3 % en volume, plus vite que la croissance économique (0,9 %). Les dépenses sociales progressent (+ 2,2 %), tandis que la charge d’intérêts augmente de 5 milliards d’euros.
Loin de se stabiliser, la dette publique poursuit sa courbe ascendante. Elle devrait atteindre 116,3 % du PIB en 2025, soit 3 465 milliards d’euros, un niveau supérieur au pic de la crise sanitaire. Le déficit de la France reste ainsi le plus élevé de la zone euro et sa dette, la troisième, derrière la Grèce et l’Italie. Les marchés l’ont bien compris : les taux français à dix ans se rapprochent de ceux qui sont exigés pour ces deux pays, pourtant plus endettés.
En 2026, le déficit devrait en principe être ramené à 5 % du PIB, grâce à 12 milliards d’euros de nouvelles hausses d’impôts et 11 milliards d’économies, mais il est probable que cet effort sera en grande partie absorbé par une hausse supplémentaire de 9 milliards de la charge d’intérêts. La dette continuera donc selon toute vraisemblance à progresser pour atteindre 118,6 % du PIB fin 2026.
Surtout, la Cour des comptes souligne que le rythme actuel ne permet pas de garantir la soutenabilité de la dette. Les dépenses d’intérêts pourraient dépasser 100 milliards d’eurospar an d’ici 2029, ce qui réduira mécaniquement les marges de manœuvre budgétaires. Même avec un effort soutenu de réduction du déficit à partir de 2027, la France ne retrouverait qu’en 2035 son niveau d’endettement… de 2025.
Emmanuel Macron n’avait-il pas déclaré qu’il fallait « économiser et travailler pour rembourser » ? À force de faire payer les Français pour masquer leur incapacité à réformer, nos dirigeants creusent la tombe budgétaire du pays. Qu’ils commencent par balayer devant leur porte : moins de dépenses, moins de bureaucratie, moins d’impôts… Le courage politique, ce n’est pas d’augmenter les impôts pour contenir péniblement le déficit public ; c’est de réduire la sphère d’intervention de l’État.
https://contrepoints.org/la-dette-publique-est-de-moins-en-moins-soutenable/
FRENCH POLITICS: FISCAL POLICY
Le Figaro
«Les riches ne paient pas d’impôt ? Le faux scandale des 13 000 foyers fiscaux»
FIGAROVOX/TRIBUNE – Selon une note de l’administration fiscale, 13 000 foyers éligibles à l’IFI ne payent pas d’impôt sur le revenu. Si ce chiffre est brandi comme une preuve de la soustraction de certains à leurs obligations fiscales, la réalité est tout autre, explique l’essayiste Erwan Le Noan.
Erwan Le Noan est consultant et essayiste. Il a publié L’Obsession égalitaire. Comment la lutte contre les inégalités produit l’injustice (Presses de la Cité, 2023).
Une note de l’administration fiscale, reçue par le Sénat, indiquerait donc qu’un peu plus de 13 000 foyers fiscaux ayant un patrimoine relativement élevé, puisqu’ils sont éligibles à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), ne paieraient pas d’impôt sur le revenu. Émoi. Fracas. S’il fallait une preuve de l’injustice, clament les excités de la taxe, la voici ! Les slogans sont de retour : « les riches ne paient pas d’impôt ! ».
L’agitation mérite quelques rappels. D’abord, l’impôt sur le revenu n’est pas, de très loin, le seul impôt en France. Il est probablement d’ailleurs bien peu d’activité qui ne soit, dans notre pays, soumise à un prélèvement quelconque. L’IR n’est qu’un exemple parmi d’autres : cet impôt collecte environ 90 milliards d’euros, sur approximativement 325 milliards d’euros de recettes de l’État et 1 500 milliards de prélèvements obligatoires totaux (lesquels bénéficient à 60 % aux administrations sociales, distinctes de l’État dans les statistiques), dans un pays où ils atteignent le niveau record de 43 % du PIB. Cet impôt, connu de tous, n’est au demeurant acquitté que par une minorité des contribuables qui y sont soumis : sur 41,5 millions de foyers fiscaux, près de 22 millions y échappent (53 %). Autrement dit, le «scandale» porte sur 0,03% des contribuables qui ne contribueraient pas à un impôt qui ne représente que 6% des prélèvements obligatoires.
Une mobilisation des dispositifs fiscaux pour réduire leur base taxable
Pour les autres parmi les plus favorisés, ils contribuent amplement à l’impôt sur le revenu, puisque l’essentiel de ses recettes repose sur une minorité de contribuables. L’Insee indique ainsi que « l’ensemble des 10 % des foyers les plus aisés paient 74 % de l’impôt sur le revenu ». « Que diable ! Ce n’est pas assez, il faut tout prendre », semble s’époumoner les militants de la taxe.
Dans notre environnement fiscal redoutable d’efficacité, il est donc fort improbable – si ce n’est certainement impossible, que les contribuables visés ne paient pas par ailleurs de nombreux autres impôts.
Erwan Le Noan
Si ces 13 000 foyers ne paient pas d’impôt sur le revenu, c’est au demeurant probablement…qu’ils ne perçoivent pas de revenu au sens fiscal. Ils peuvent par exemple recevoir plutôt des dividendes, lesquels sont du chiffre d’affaires qui a été d’abord réduit de charges diverses (dont certainement des prélèvements sociaux sur les salaires versés) puis frappé par l’impôt sur les sociétés (au taux de 25%) et enfin généralement soumis au prélèvement forfaitaire unique (la flat tax à 31,4%, soit déjà bien plus de 50% de la somme initiale). En somme, avant que l’actionnaire ne reçoive son pécule, il a déjà largement contribué à la solidarité nationale. Dans notre environnement fiscal redoutable d’efficacité, il est donc fort improbable – si ce n’est certainement impossible, que les contribuables visés ne paient pas par ailleurs de nombreux autres impôts.
Une autre possibilité, d’ailleurs complémentaire de la précédente, est que les personnes visées ont su mobiliser des dispositifs fiscaux pour réduire leur base taxable. C’est une pratique parfaitement légale. Contrairement à ce que prétendent les professionnels de l’indignation jalouse, morale, ces contribuables sont de sains gestionnaires de leur argent. Comme tous les Français, ils mesurent leurs dépenses. À l’inverse de nombreux de leurs concitoyens, toutefois, ils bénéficient des conseils avisés de spécialistes expérimentés qui savent comment mobiliser les mécanismes prévus par la loi. Cette distinction révèle plus la complexité inextricable du droit fiscal, inabordable pour le commun des mortels, que la malhonnêteté des contribuables. Grand bien leur fasse ! À leur place, beaucoup feraient de même. D’ailleurs, où sont ceux qui, échappant de fait ou de droit déjà à un impôt ou un autre, se pressent spontanément à Bercy pour faire don de leur argent ?
Préférer taxer, prélever et confisquer plutôt que réformer
Ne nous trompons pas. Derrière cette dénonciation se cachent une obsession, une lâcheté et une menace. L’obsession, d’abord, c’est celle qui consiste à vouloir sans cesse augmenter les prélèvements obligatoires dans un pays qui en est déjà asphyxié. Évidemment, la répartition équitable de l’effort fiscal est un sujet capital dans une démocratie. Mais, outre que cela n’implique en rien une progressivité écrasante, l’impôt sur le revenu n’en est certainement pas la seule mesure pertinente.
La lâcheté, ensuite, c’est celle qui consiste à préférer taxer, prélever et confisquer plutôt que réformer. La puissance publique n’a pas, en France, un problème de recettes : elle perçoit déjà 51,4 % du PIB au total. Elle a plutôt un souci d’efficacité de la dépense. Avant de vouloir prendre plus aux Français, les parlementaires devraient déjà s’assurer que chaque euro qui leur a été pris est utilisé de la façon la plus efficace qui soit. La tâche est plus dure. Elle est plus ambitieuse aussi.
La menace, enfin, c’est celle qui plane déjà sur les campagnes électorales de 2027. Le slogan de la « justice fiscale », qui se répète inlassablement prenant toujours plus d’ampleur, est un faux nez, synonyme d’une augmentation des impôts. Une partie du spectre politique le sait parfaitement et la promeut, convaincue que ces thèmes la servent bien plus que ceux qui sont aujourd’hui les préoccupations électorales.
Il faut leur opposer une opposition ferme. Non pour protéger « les riches », mais parce que l’activité économique, seule condition nécessaire à la prospérité matérielle et au progrès social, en dépend. Contribuables de toutes les catégories, unissez-vous !
FRENCH POLITICS: ECONOMICS
L’Express, Interview
“Le contrôle des loyers est une solution dangereuse” : l’économiste Antoine Levy contredit les idées reçues sur la crise du logement
Grand entretien. L’économiste de Berkeley analyse la hausse des loyers dans les métropoles, devenue un sujet politique majeur. S’il s’oppose au contrôle des loyers et rappelle qu’il s’agit avant tout d’un problème d’offre, le chercheur regrette la suppression de la taxe d’habitation et invite à réformer la taxe foncière.
Le logement serait-il le mal du siècle? Il y a quelques semaines, la Commission européenne a présenté un plan inédit pour encourager la construction de logements abordables et encadrer les locations de courte durée. Au cours des quinze dernières années, le prix des locations a augmenté de près de 30 % au sein de l’UE. La crise frappe aussi les Etats-Unis. Depuis 2019, les taux hypothécaires à 30 ans ont augmenté de 40 % et le prix de vente moyen des maisons américaines a bondi de plus de 30 %. C’est en faisant campagne sur le gel des loyers que le démocrate Zohran Mamdani a été élu maire de New York. Une recette très prisée de la gauche, beaucoup moins par les économistes. “Sur le moyen et long terme, il y a très peu de doute que le contrôle des loyers est très dangereux”, avertit Antoine Levy.
Dans un grand entretien pour L’Express, l’enseignant-chercheur à la prestigieuse université de Berkeley démonte plusieurs idées reçues sur le sujet, rappelant qu’il s’agit avant tout d’un problème d’offre. Il explique ce que l’Union européenne pourrait faire très concrètement pour palier la crise de l’offre de logements. En revanche, ce libéral se fait pour une fois plus “pikettyste que d’habitude” et estime que la suppression de la taxe d’habitation “était une mauvaise idée populiste”, tout en déplorant la déconnexion entre la taxe foncière et la valeur du marché, qui favorise les habitants des métropoles riches comme Paris.
L’Express : Le logement est-il l’un des enjeux majeurs de notre époque?
Antoine Levy : La crise du logement est de plus en plus omniprésente sur le plan politique, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Le phénomène concerne toutes les économies avancées. Il est d’ailleurs frappant de constater qu’alors que nous sommes dans une phase d’accélération extraordinaire de l’intelligence artificielle, avec le logement, nous en sommes restés aux problématiques d’il y a quarante ou cinquante ans, avec peu d’évolution technologique améliorant la productivité ou les coûts. C’est comme si nous avions une économie à deux vitesses, avec d’un côté une économie numérique et virtuelle où l’innovation semble se faire à pas de géant, et de l’autre une économie réelle contrainte par la question physique de l’accès au logement, qui est le sujet numéro 1 pour beaucoup de personnes. Les gens dépensent un tiers de leurs revenus en frais de logement, et ne parviennent plus pour beaucoup à se loger dans des conditions décentes de manière abordable ou à progresser dans l’échelle du logement au cours du cycle de vie.
De quoi le logement est-il l’indicateur?
Il est d’abord un indicateur de niveau de vie et de pouvoir d’achat. Quand les niveaux de vie augmentent, les gens consomment plus de logements, plus d’espace et avec une meilleure qualité. Mais les conditions de logement semblent aujourd’hui être grippées, en particulier pour les jeunes générations, ce qui est un signal de stagnation.
D’autre part, le logement est l’un des mécanismes clés pour la croissance. Pour que les personnes aient accès à de nouveaux emplois plus productifs et qu’il y ait une fluidité suffisante sur le marché du travail, l’accès au logement doit être aisé. Si le logement ne joue pas ce rôle de courroie de transmission, la machine de la croissance peut se bloquer.
Des études ont aussi confirmé que le logement jouait un rôle important dans la baisse de la natalité, car il influence fortement les décisions d’avoir un enfant plus ou moins tôt. Les premières naissances arrivent plus tard dans le cycle de vie. L’une des raisons, c’est que les 20-30 ans ont moins d’espace disponible pour accueillir cet enfant.
La crise du logement est ainsi à la fois le signal d’une stagnation relative en termes de pouvoir d’achat, mais aussi une source d’inquiétude sur la capacité des personnes à accéder à des carrières ascendantes, dans des bonnes localisations, à faire des enfants et donc plus généralement à améliorer le niveau de vie.
Dans les grandes villes, de New York à Berlin, il y a une tentation socialiste d’instaurer un contrôle des loyers. On comprend que cette mesure soit porteuse sur le plan politique quand les coûts explosent. Mais on sait aussi que s’il y a un sujet sur lequel les économistes sont à peu près d’accord, c’est sur l’inefficacité de ces mesures…
Il y a effectivement une tentation politique de contrôler les loyers, parce que ceux-ci sont aujourd’hui perçus comme un frein dans l’accès au logement des jeunes générations. Pour les partis qui s’appuient sur les jeunes en termes de vote, c’est évidemment particulièrement tentant. Mais sur le moyen et long terme, il y a très peu de doute que le contrôle des loyers est très dangereux, pour deux raisons principales. La première, c’est qu’il décourage la maintenance et la construction de logements. On laisse les logements se déprécier, devenir insalubres, parce qu’on n’a plus les moyens ou les incitations de les entretenir quand les loyers sont bloqués. Donc, non seulement on en construit moins, mais on en laisse plus se détériorer. Ensuite, au-delà de ce problème de quantité totale, il y a celui de l’allocation du logement. A New York, une partie importante du stock de logements est depuis longtemps sous contrôle des loyers. Beaucoup de locataires dans cette ville ne payent pas un loyer de marché. La conséquence, c’est que si vous cherchez un logement disponible en tant que nouvel arrivant, le loyer sera très élevé.
Mais cette explosion des loyers est aussi le reflet du fait qu’une partie des appartements déjà occupés sont très en dessous du prix de marché, ce qui n’incite pas leurs occupants à les quitter et à chercher des logements qui seraient plus adaptés à leurs conditions de vie. Vous avez ainsi des personnes âgées qui vivent dans des logements très grands. Cela entrave aussi la mobilité professionnelle : les gens restent dans des logements qui sont très loin de leur travail simplement parce qu’ils ont accès à ces logements à prix contrôlés. C’est vrai aussi pour Paris. En France, le taux de rotation dans le logement social est extrêmement faible. Ces locataires n’en sortent pas assez, y compris quand ils le souhaiteraient, parce qu’ils ne peuvent pas quitter cette mine d’or que représente un logement à bas coût. La contrepartie, c’est que ceux qui bénéficieraient bien plus de l’accès au logement dans les zones tendues ne peuvent pas y rentrer.
Les problématiques sont-elles les mêmes aux Etats-Unis et en Europe?
Pas complètement. Aux Etats-Unis, les restrictions à la production de logements se font beaucoup au niveau local : codes juridiques d’obtention des permis, réglementations de construction, réglementations des loyers… Ce qui fait qu’on y observe le phénomène particulier du Nimby, ou “Not in my backyard” (pas dans mon jardin), avec des municipalités qui peuvent réduire massivement la construction. Une petite ville près de San Francisco peut s’opposer à tout nouveau logement, même si dans leur ensemble, les Etats-Unis bénéficieraient du fait d’avoir plus de gens qui habitent dans la région de San Francisco. A l’inverse, en Europe, la réglementation sur la construction comme la location est plus souvent centralisée. La tendance Nimby est donc un peu moins prégnante.
Ensuite, les Américains favorisent des maisons individuelles dans des banlieues éloignées. Les Européens résident dans des zones beaucoup plus denses. Les problématiques pour construire de nouveaux logements ne sont donc pas les mêmes. Aux Etats-Unis, c’est une question d’extension géographique des villes. En Europe, c’est beaucoup plus une question d’extension verticale : faut-il construire en hauteur dans les grandes métropoles? On ne peut donc pas vraiment comparer les Etats-Unis, où les nouvelles maisons pour les jeunes familles font 130 ou 140 m² au minimum, et l’Europe, où on considère que pour un jeune foyer, une surface de 60 ou 70 m² est déjà considérable.
D’un point de vue économique, la crise du logement semble simple à résoudre : il s’agit d’une question d’offre. Pourquoi est-ce donc si compliqué?
C’est un problème d’offre à deux niveaux : la construction et l’offre locative. Il y a la question du nombre de logements produits, et ensuite à quel point il est facile de mettre en location les maisons ou appartements déjà existants.
Pour la construction, il y a deux principaux freins. Le premier, c’est que les personnes sont très réticentes à avoir plus de logements près de chez eux. Elles craignent moins une baisse de la valeur de leur bien qu’un effet de congestion. Elles ont peur de trouver moins de parkings, que le trafic automobile augmente ou que les services publics locaux soient saturés. L’autre frein, ce sont les réglementations très contraignantes sur la construction, qu’elles soient environnementales, architecturales ou esthétiques.
En ce qui concerne la mise en location, il y a comme vous le disiez la tentation court-termiste de bloquer les loyers, de limiter le pouvoir des propriétaires ou de limiter les expulsions locatives afin de protéger les locataires en place. Ce qui produit à long terme un découragement de la mise en location. On augmente ainsi la vacance locative et on décourage l’investissement. C’est une protection des “insiders”, les personnes en place, qui est assez similaire à ce qui se passe sur le marché du travail, avec des réglementations très protectrices pour les employés (salaire minimum élevé, freins au licenciement) qui rendent le marché peu fluide et découragent les nouvelles embauches. De la même manière, sur le marché locatif, des grandes villes comme New York ou Paris sont caractérisées par cette protection des “insiders”. Si vous y cherchez un nouveau logement, les coûts seront très élevés. Mais en réalité, beaucoup de résidents y payent des loyers tout à fait raisonnables du fait des loyers contrôlés. C’est donc un marché à deux vitesses séparant les “insiders” avec des loyers parfois très faibles – qui peuvent être très favorisés car bénéficiant de cette rente depuis vingt ou trente ans – des nouveaux entrants, les “outsiders”, qui sont contraints d’habiter bien plus loin du centre ou de renoncer à s’installer dans ces métropoles.
Que pourrait faire l’Europe concrètement face à cette crise?
La première chose, c’est de permettre au capital de s’investir de manière plus fluide. Pour cela, il faut un marché européen du capital immobilier. De la même manière que Mario Draghi a mis en avant l’importance d’un marché européen du capital-risque, il faut que l’argent allemand puisse s’investir dans des projets immobiliers en France, ou que l’argent espagnol puisse s’investir dans des grands ensembles en Roumanie. C’est seulement à ces conditions qu’on aura une offre suffisante. Cela implique une réglementation uniformisée au niveau européen. Aujourd’hui, des pays sont très réticents aux gros investisseurs. En France, on a cette manie du petit propriétaire locatif qu’on favorise énormément aux dépens des grands investisseurs institutionnels. Mais nous avons besoin que ces grands investisseurs agissent à l’échelle européenne pour produire et louer du logement en masse, en tirant parti des économies d’échelle.
La deuxième chose, c’est l’harmonisation des réglementations de construction au niveau européen. Cette tentation de l’unification est omniprésente dans l’Union européenne pour les standards technologiques ou pour l’innovation, mais on n’en parle jamais dans le domaine du logement. Il faudrait un modèle unique de permis de construire européen. Si vous êtes capable de construire une maison ou un immeuble en Allemagne, vous devez pouvoir remplir à peu près les mêmes formulaires en Italie. Il est essentiel de limiter au maximum les barrières entre pays pour la construction de logements.
Enfin, il faut une réflexion sur la prise en compte du coût du logement dans les indices d’inflation, ce qui diffère grandement entre pays européens. Cette prise en compte pour les politiques monétaires est importante en particulier entre pays de la zone euro. Il faut l’uniformiser afin de prendre des décisions cohérentes à l’échelle européenne.
Que pensez-vous du plan Trump?
Certaines choses vont dans le mauvais sens, d’autres plutôt dans le bon. Aux Etats-Unis, la droite comme la gauche partagent une opposition aux investisseurs institutionnels dans le marché du logement locatif. On ne veut pas que Blackstone investisse là-dedans. Mais c’est une erreur. La recherche scientifique sur le sujet montre que permettre aux gros investisseurs institutionnels d’entrer dans le marché locatif le rend moins cher. Ces investisseurs sont très bons pour opérer plusieurs maisons dans un quartier de la même manière. Cela change un peu la composition des quartiers, ce qui inquiète les opposants, mais dans l’ensemble, l’effet est positif.
Trump propose aussi la possibilité d’utiliser son capital retraite pour investir dans des logements ou pour acheter sa résidence principale. Un peu de la même manière qu’en France, on a la possibilité de sortir de l’argent de son plan épargne retraite pour un apport immobilier. Permettre un peu de liquidité dans l’allocation de son épargne retraite n’est pas absurde, d’autant qu’acheter sa maison est une forme d’épargne pour sa retraite. Mais le risque, c’est que si on ne fait rien pour la construction, cela ne fera qu’augmenter la demande et donc les prix. Une fois encore, les politiques publiques ne font que subventionner la demande. Le plus important, c’est de radicalement limiter les contraintes.
Pour des économistes de gauche comme Thomas Piketty, la réponse est simple : comme les inégalités de patrimoine augmentent, il faut plus taxer le patrimoine immobilier, comme les résidences secondaires ou les logements mis sur Airbnb…
Taxer le patrimoine ne va pas faire apparaître les logements du jour au lendemain dans les zones où le marché est tendu. On peut fortement taxer les résidences secondaires ou les logements loués à courte durée dans les grandes métropoles, mais les effets seront limités. Le coût du logement dans ces zones reflète la rareté du logement. En réduisant les rendements, cela va réduire les incitations à investir ou à produire de nouveaux logements. Vous pouvez alléger temporairement la pression sur le marché de la résidence principale, mais encore une fois, vous réduisez les incitations à mettre en location ou à construire sur le long terme. Le coeur du problème, c’est le décalage entre l’offre et la demande de logements disponibles.
En revanche, sur la question de la taxation du patrimoine immobilier, je vais me faire plus “pikettyste” que d’habitude. Il y a un vrai problème en la matière. Se débarrasser de la taxe d’habitation était une mauvaise idée populiste, car cette taxe représentait une recette assez stable, rapportant beaucoup d’argent qu’il faut bien trouver ailleurs. On va donc aujourd’hui augmenter les impôts. Les personnes n’aimaient bien sûr pas cette taxe d’habitation. Mais justement, si elle était si mal-aimée, c’était qu’elle était difficile à éviter. Or un impôt qu’il est difficile de contourner est, d’un point de vue des économistes, un bon impôt.
Par ailleurs, la taxe foncière est aujourd’hui totalement déconnectée des valeurs de marché. Vous payez plus de taxes foncières si vous habitez en Seine-Saint-Denis que dans le VIIe arrondissement de Paris. Dans la capitale, la taxe foncière est très faible par rapport à la valeur des logements. En moyenne, elle se situe autour de 500 euros pour des logements qui valent 1 000 à 2000 fois plus. On est à 0,1 % de la valeur des logements à Paris, là où en province, on est plutôt entre 0,8 et 1 %. Ce décalage important contribue au nombre de logements sous-utilisés dans les grandes métropoles. Du fait d’une pression fiscale très faible, les propriétaires ont peu d’incitations pour exploiter leur logement. Il faut donc harmoniser les valeurs des taxes foncières à celles du marché, ce qui reviendrait à la baisser dans beaucoup d’endroits, mais l’augmenter dans les métropoles ou des endroits chers.
De quelle manière l’IA pourrait aider à résoudre les problèmes de logement?
Le secteur du logement a très peu progressé en matière de productivité depuis plusieurs décennies. Mais il y a des vraies innovations qui se font dans le secteur de la construction tech. Des plans dessinés par IA vont massivement réduire le besoin et le temps de recours à un architecte ou à un ingénieur. Ces gains de productivité peuvent améliorer la sélection des parcelles sur lesquelles construire comme la vitesse de développement d’un nouveau projet.
En ce qui concerne la mise en location, il y a comme je le disais beaucoup de logements sous-utilisés, soit parce qu’ils sont vacants, soit parce qu’ils sont mal loués ou pas loués pendant une bonne partie de l’année. LIA peut améliorer cette utilisation du stock et améliorer le rendement et les opportunités d’investissement.
Mais bientôt va aussi se poser la question de la concentration dans des grandes aires urbaines. Aujourd’hui, l’économie de service est regroupée autour de métropoles, où le coût du logement est un problème virulent. Quand l’IA disruptera ces professions, le besoin de la concentration spatiale restera-t-il le même? Va-t-on assister à un exode urbain, c’est-à-dire un exode rural inversé? On va peut-être devoir se poser cette question beaucoup plus vite que prévu. Le Covid a provoqué un exode urbain temporaire. Des personnes, parce qu’elles avaient la possibilité de travailler à distance, ont quitté les grandes métropoles coûteuses pour s’installer à La Rochelle ou dans le Nevada. Mais le phénomène s’est un peu inversé depuis 2022-2023. Le Covid était un choc temporaire, l’IA sera un choc permanent.
Je ne prétends pas prévoir l’avenir, mais quand on voit les secteurs professionnels protégés de l’IA, on constate qu’ils reposent généralement plus sur des grands espaces, comme le tourisme ou la production industrielle. On pensait depuis un siècle et demi que la marche de l’Histoire, c’était cette extrême concentration des activités qualifiées dans les grands centres urbains. Il n’est absolument pas certain que ce soit encore le cas dans les décennies à venir. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce soit une bonne chose, car la concentration humaine a permis une incroyable accélération des gains de productivité dans le secteur des services comme dans la technologie. Cela sera-t-il toujours le cas si on redisperse l’activité humaine? Je ne sais pas.
FRENCH POLITICS: FAR LEFT VIOLENCE AND A NEW BOGEYMAN
The Economist (Pay Wall)
No monopoly on violence : France’s far left reckons with the murder of a far-right activist
Quentin Deranque’s death forces the left to confront its extremists
Le Figaro
Catholique et identitaire, qui était Quentin Deranque, lynché pour ses idées ?
PORTRAIT – Le jeune homme âgé de 23 ans, lynché en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Lyon, n’était pas connu de la justice. Ses amis décrivent un garçon « non-violent », préférant « la confrontation des idées » à celle des poings.
« Son image, c’est la seule chose qui nous reste de lui… » Pressés par leurs proches de communiquer une photographie de leur fils aux journalistes, les parents de Quentin Deranque s’y sont longtemps refusés, comme pour protéger le souvenir de l’enfant qu’on leur a pris. Ils ont découvert, tôt vendredi matin, le visage défiguré par les ecchymoses du jeune homme de 23 ans, pris en charge en urgence absolue à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon. Ne parvenant pas à les joindre, un ami du garçon était venu frapper à leur porte pour les prévenir, vers 4 heures du matin cette nuit-là. Quentin est mort sous leurs yeux quelques heures plus tard des suites d’un traumatisme crânien causé par les coups de ses meurtriers : lundi, sa dépouille était encore aux mains des experts médico-légaux et n’avait toujours pas été rendue aux siens.
Sur le portrait diffusé lundi par la famille, on découvre un Quentin aux traits sérieux, un visage métissé (sa mère est d’origine latino-américaine), un physique svelte. Sportif, le jeune homme avait pratiqué le tennis dans sa jeunesse et s’était mis plus récemment à la boxe. Rémy, l’un des trois étudiants qui vivaient avec lui en colocation dans le 5e arrondissement de Lyon, le taquinait sur sa maigre corpulence : « un gringalet ! », plaisante-t-il aujourd’hui avec tendresse. Sur ses conseils, Quentin avait commencé la musculation, pour ne plus se laisser faire sur le ring.
C’est qu’il n’avait pas beaucoup de temps pour ça. Dans son groupe d’amis, il était le plus consciencieux de la bande : levé à 7 heures, chambre impeccablement rangée, tenue soignée. « Il avait une belle tête, il ne scrollait pas sur son téléphone : il était toujours occupé », résume avec admiration Rémy, qui poursuit : « Parfois je lui disais : “Eh, gros, mais pourquoi tu bosses autant ?” Et il me répondait avec sa bonhomie habituelle : “Bah j’sais pas, il faut !” » Étudiant appliqué du bachelor universitaire en science des données de Lyon 2 après un premier cursus en mathématiques, il apprenait la finance et l’informatique, en alternance avec son travail à la SNCF : ses travaux le conduisaient parfois à faire des charrettes jusqu’à une heure avancée de la nuit, sous l’œil désapprobateur de colocataires plutôt noceurs. Qui le décrivent encore comme « discret », surtout « humble », mais certainement pas solitaire : il avait des amis, beaucoup ; ses parents, à Vienne en Isère où il revenait presque tous les week-ends ; sa petite sœur chérie, qui depuis Bordeaux était restée très proche de lui. Sa famille péruvienne qu’il retournait voir régulièrement et à qui il avait rendu visite l’été dernier encore. Pas de petite copine – pas le temps, il verrait plus tard : « Quand il parlait des meufs, c’était toujours au pluriel, jamais au singulier », se souvient un ami en souriant.
Il avait surtout ses livres. Une immense bibliothèque, qui avait fini par faire de lui ce jeune homme réputé pour sa culture : « Il retenait tout, il savait tout… », confient unanimement ceux qui conversaient avec lui. Quentin parlait de philosophie et d’histoire. Il lisait les écrits d’Anacharsis Cloots sur la Révolution française, un jacobin tenant d’une République universelle et guillotiné en 1793 par la Convention ; débattait avec acharnement du rousseauisme en pourfendant les thèses du Contrat social ; réfutait l’idée calviniste de double prédestination ou se passionnait pour l’étude de la Somme théologique et des encycliques des derniers papes. Aristote, saint Thomas d’Aquin et saint Augustin étaient-ils ses auteurs de chevet ? Du moins avaient-ils fini par constituer le triptyque intellectuel sur lequel ce jeune homme en perpétuelle recherche voulait fonder sa pensée.
Quête de vérité
Dans sa quête de vérité, Quentin Deranque avait fini, au seuil de sa vie d’adulte, par prendre conscience d’une profonde soif spirituelle, qu’aucun livre n’avait pu combler. Baptisé enfant dans une famille guère pratiquante, il avait laissé sa foi en jachère mais ses lectures l’ont peu à peu convaincu de pousser de nouveau la porte des églises et il s’est rapproché des chapelles traditionalistes lyonnaises, qu’il fréquentait indistinctement : la paroisse Saint-Georges dans le Vieux-Lyon et la collégiale Saint-Just sur les hauteurs de Fourvière, sous la responsabilité des prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, au sein de laquelle il s’était engagé dans la chorale, puis ces derniers temps dans les maraudes du jeudi soir auprès des sans-abri. Séduit par la liturgie de l’ancien missel dont la force d’attraction sur les jeunes catholiques en France ne cesse de croître, il n’y vouait pas une assistance exclusive et fréquentait également la « messe moderne » à la paroisse Sainte-Croix.
Mais pour Quentin, la beauté des formes et des ornements dans la célébration de l’ancien rite constituait aussi un puissant levier d’évangélisation. « C’était un missionnaire, il encourageait les gens autour de lui à l’accompagner à la messe et leur montrait comment suivre le missel », se souvient Vincent, un paroissien devenu un ami proche. « Il avait le souci de la transmission, surtout auprès des plus jeunes », abonde Domitille, une autre amie. « Beaucoup de ceux qu’il a convertis ont continué leur chemin de foi ensuite », confirme un troisième. Fidèle des conférences du Cercle Saint-Alexandre par lesquelles des abbés et des professeurs de philosophie proposent un parcours de formation théologique aux jeunes croyants lyonnais, Quentin avait lu et médité les écrits de saint Jean-Paul II sur la foi et la raison et jugeait l’une et l’autre indissociables. Dans la pratique religieuse, il adhérait volontiers au renouveau que connaît la piété populaire en France depuis quelque temps : habitué du pèlerinage de Chartres, il avait participé l’an dernier à sa réplique provençale, « Nosto Fe », confiant à un ami qui l’accompagnait sa joie de renouer par là avec ses racines paternelles.
Catholicisme intégral
Après sa propre confirmation, Quentin Deranque fut, il y a deux ans, le parrain de confirmation de son père qui avait fini par être sensible à sa démarche. À l’église Notre-Dame-de-l’Isle de Vienne puis à l’église Saint-Théodore de Jardin, la famille Deranque est devenue un pilier de la paroisse. Aux côtés de ses parents, Quentin a d’ailleurs vécu avec douleur les difficultés causées par le diocèse, au moment où l’assistance à la messe en latin est devenue progressivement suspecte. Qu’à cela ne tienne : il continua de s’y engager, jusqu’à participer récemment à une campagne active de dons pour financer les rénovations de l’église, ou à des activités missionnaires du diocèse dans le sillage de la célébration de l’Immaculée conception si chère aux Lyonnais.
Sa démarche de conversion associait étroitement spiritualité et politique : « Quentin est devenu catholique pour des raisons identitaires : le patriotisme et l’amour de Dieu sont liés chez lui », synthétise Domitille, qui voit dans son cheminement la preuve d’une personnalité « complète, qui aime aller au bout des choses ». Sans être formellement membre d’Academia Christiana, Quentin Deranque participait régulièrement aux activités et conférences de cette organisation identitaire qui prône un catholicisme intégral et refuse toute relégation de la vie chrétienne à la seule sphère intime. Chez Quentin, le christianisme est aussi une profession civique et appelle une certaine idée de l’organisation du corps social. « Il était de droite, tendance nationaliste et illibérale, il aimait son peuple et sa civilisation mais épousait en même temps la modernité », résume Vincent.
Dans l’entourage de Quentin, les cercles d’amis mêlaient l’engagement religieux et politique. Au printemps dernier, il manifestait devant le Palais de justice de Lyon pour protester contre l’adoption en première lecture de la loi sur l’euthanasie. En Isère, des amis de l’Action française l’avaient entraîné dans quelques soirées de collage d’affiches, sans qu’il ait été pour autant un militant actif de la section.
Rejet viscéral de l’immigration
Autour de lui, quelques camarades issus du Bastion social, un groupuscule nationaliste dissous en 2019, avaient recréé le collectif Audace, dont Quentin fut proche un moment. Puis avec certains d’entre eux, il devint l’an passé un membre actif de la fondation d’une nouvelle antenne nationaliste à Bourgoin-Jallieu, baptisée Les Allobroges. « Il se rendait parfois à des rendez-vous pour structurer le groupe, et a participé avec eux en 2025 à la manifestation organisée par le Comité du 9 Mai », confie un militant lyonnais, faisant allusion au défilé nationaliste organisé chaque année en mémoire de Sébastien Deyzieu, un membre de L’Œuvre française mort en échappant à la police à Paris en 1994. Entre les temps d’amitié et les entraînements sportifs, Les Allobroges propagent leur rejet viscéral de l’immigration par des activités de collage d’affiches et de distribution de tracts. La violence est en toile de fond : celle des « gauchos », d’abord, dont l’aversion nourrit en miroir chez les nationalistes la nécessité de s’en protéger en s’exerçant physiquement. Pour autant, selon plusieurs militants lyonnais, Quentin ne s’était jamais retrouvé face aux antifas – avant ce soir du 12 février où ses agresseurs l’ont roué de coups jusqu’à le laisser pour mort. Ses amis le décrivent comme un garçon « non-violent », préférant « la confrontation des idées » à celle des poings. Lundi après-midi, le procureur de la République de Lyon a confirmé que Quentin Deranque n’avait pas de casier judiciaire.
Sa mère, à plusieurs reprises, s’était inquiétée auprès de lui de ses fréquentations. Selon plusieurs amis, Quentin l’avait en partie écoutée, se recentrant sur ses activités paroissiales au détriment de la politique. Certaines indignations lui donnaient tout de même l’envie de refaire un coup d’éclat, comme lorsque la candidate insoumise à la mairie de Vienne, Myriam Thieulent, était venue perturber hilare la commémoration en hommage à Philippine, jeune femme sauvagement tuée par un récidiviste sous OQTF : Quentin projetait d’imprimer et de distribuer des tracts à ce sujet avant les élections municipales.
Jeudi soir, plusieurs amis dans l’entourage de Quentin l’ont dissuadé de se rendre au happening des militantes de Némésis : pas assez cadré, trop dangereux. Réponse de Quentin : hors de question, on ne laisse pas seules des jeunes filles. Le soir, voyant que les militantes du collectif identitaire ont été secouées, Rémy lui a envoyé un message à peine sérieux : « Grosse branlée askip ? » Ce n’était plus un jeu. Quentin n’a jamais pu lui répondre.
Politico
Forget Le Pen. French politics has a new archvillain.
The far-right National Rally wants to build a firewall around the hard-left France Unbowed after the killing of Quentin Deranque.
PARIS — Enter the bogeyman.
French hard-left leader Jean-Luc Mélenchon is facing a torrent of criticism following the death of a far-right activist earlier this month in Lyon — and it’s threatening his party’s electoral ambitions.
Mélenchon and his anticapitalist party France Unbowed have stressed that their movement is nonviolent and pushed back against allegations that they were responsible for the fight that ended with the killing of 23-year-old Quentin Deranque.
But the far-right National Rally — and, to a lesser extent, the conservative Les Républicains — have seized on the tragedy to frame Mélenchon as a dangerous demagogue ahead of key municipal elections next month and the presidential race in 2027.
Centrists like French President Emmanuel Macron and Prime Minister Sébastien Lecornu are calling on the party to “clean house” and cool their rhetoric.
But stoking the anti-Mélenchon flames benefits the surging National Rally, which has spent years trying to become mainstream and convince voters it should no longer be associated with its Holocaust-downplaying founder, Jean-Marie Le Pen.
Former conservative Prime Minister and likely 2027 presidential candidate Dominique de Villepin said he believes the current “demonization” of Mélenchon’s party “has only one aim: to legitimize the rise to power” of the French far right.
Yet the National Rally’s bid to turn France Unbowed into the country’s new deplorables appears to be working.
A survey conducted after Deranque’s death by independent pollster Odoxa found that just 11 percent of respondents thought Mélenchon reacted appropriately to the incident.
Sixty-one percent of respondents said they are ready to cast a vote in next month’s municipal election to block France Unbowed from coming to power — much like voters used to do with the firewall against the far right.
Bardella’s firewall call
As tensions boiled, National Rally President Jordan Bardella called last week for a cordon sanitaire, or exclusion pact, against France Unbowed.
Then he asked National Rally officials to refrain from joining gatherings to commemorate Deranque, amid concerns that such events could turn violent.
The strategy is clear. Bardella and his allies are attempting to frame their party as the victim of a violent political left that is becoming more radical as the National Rally’s politics are being normalized.
“France Unbowed is moving in the complete opposite direction [to us],” said National Rally MEP Pierre-Romain Thionnet, who is close to Bardella.
The idea that France is gripped by an increasingly dangerous left is clearly taking hold — even though, historically, most political violence in France has been committed by the extreme right.
“We condemn both extreme-left and extreme-right wrongdoing,” said a government official, who was granted anonymity to speak candidly on the sensitive topic. “But there has been a complacency toward the far left, a sort of romanticism in France about the radical left that is dangerous.”
Mélenchon, for his part, has long been a controversial figure in French politics, including for his refusal to immediately condemn the Oct. 7, 2023, Hamas-led attack on Israel.
That position crystallized in recent days after he praised the spirit of “resistance” of the Young Guard, a now-disbanded antifascist group that was cofounded by a France Unbowed lawmaker and accused of involvement in the fight; blamed the authorities for the violence; and attacked the National Assembly president for suspending the parliamentary aide who is now under investigation for his role in the affair.
Left gets squeezed
Though Mélenchon ultimately disavowed the violence and said last week that “nothing justifies young Quentin being brought back dead to his parents,” the combative tone of France Unbowed’s response to Deranque’s death — and the National Rally’s ensuing machinations — put other left-wing parties in a tough spot.
Next month’s municipal elections are a two-round affair, and every candidate who scores above 10 percent in the first round advances to the runoff. That means victory often comes down to strategic alliances and convincing a like-minded opponent to swallow their pride and join forces.
But in the wake of Deranque’s death, doing business with France Unbowed could prove risky.
The left-wing Socialist Party said it has broken relations with Mélenchon and his team after the incident, but it will probably need far-left votes to succeed in runoff scenarios against conservative or far-right opponents.
“In cities such as Paris and Marseille, the choice of France Unbowed’s voters could be decisive,” Ipsos pollster Mathieu Gallard told POLITICO. “With the demonization of France Unbowed by the National Rally, the right and some Macron supporters, can the Socialists make alliances with the far left?”
Looking further ahead, one Socialist Party official warned against counting out the savvy political veteran Mélenchon with more than a year to go before the presidential election, in which Bardella or Marine Le Pen will lead the poll-topping National Rally.
“Jean-Luc Mélenchon is very intelligent, very methodical in his political strategy,” the official, who was granted anonymity to speak candidly, said. “He is embracing a strategy that leads him toward the political margins … but he’s also got ambitions to take the leadership of the left.”
https://www.politico.eu/article/jean-luc-melenchon-criticism-after-far-right-activist-death
POLITICAL POLARIZATION
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Nicht was jemand ist, sondern was er erlebt hat, prägt die politische Haltung: Die Polarisierung der Gesellschaft lässt sich nur verstehen, wenn man die Mentalitäten der Menschen versteht
Politische Konflikte eskalieren, wenn nicht Argumente aufeinandertreffen, sondern persönliche Haltungen. Der Philosoph und Publizist Peter Neumann fordert einen Perspektivenwechsel.
Peter Neumann: Mentalitäten. Wie wir besser verstehen, was uns trennt und was uns eint. Siedler-Verlag, München 2025. 128 S., Fr. 24.90.
Am Anfang von Peter Neumanns Essay «Mentalitäten» steht eine Diagnose: Zentrale politische Debatten – das Selbstbild des Ostens, die Zukunft des Westens, Stadt gegen Land, die Haltung zu Krieg – entgleisen oft. Und zwar, weil der Blick zu sehr auf die Identitäten der Beteiligten fällt. Laut Neumann reagieren Menschen aber nicht aufgrund ihrer Identität, sondern vor allem aufgrund von Mentalitäten: Haltungen, die aus biografischen Erfahrungen entstehen.Doch worin liegt der Unterschied? Identitäten sind Bekenntnisse oder Zuschreibungen zu Gruppen, die sich in Zeichen, Symbolen und Ritualen äussern. Mentalitäten dagegen wirken aus dem Verborgenen. Ein Gefüge aus psychischen Dispositionen, emotionalen Neigungen und geistigen Haltungen, das sich erst im Verhalten und in der Kommunikation zeigt. Mentalitäten sind flüchtiger, aber grundlegend dafür, was jemand als plausibel, angemessen oder anstössig empfindet.
Abgelagerte Erfahrungen
Für das Konzept der Mentalität beruft sich Neumann auf Vorläufer wie Johann Gottfried Herder. Dieser stellte im 18. Jahrhundert dem identitätsfixierten Denken der Aufklärung ein komplexeres Bild entgegen: Nicht ein angeborenes Wesen bestimmt den Menschen, sondern Erfahrungen und Gewohnheiten. Entscheidend war für Herder nicht das unveränderliche Wesen einer Gruppe, sondern die Geschichte ihrer Prägungen, die sich aus ihrer Lebensweise ergibt.
Beispielhaft nimmt Neumann immer wieder sich selbst in den Blick. Er zeigt, wie sein Aufwachsen im Ostdeutschland der Nachwendezeit sein Denken prägt – ein Gemisch aus Mangel und Aufbruch, Improvisation, Pragmatismus und Skepsis gegenüber grossen Versprechen. Das macht sein Programm anschaulich: Mentalitäten sind abgelagerte Erfahrungen, die weiteres Erleben rahmen.
Praktisch heisst der Perspektivwechsel: Konflikte nicht mehr nach Äusserlichkeiten vermessen, sondern nach eingeübten Haltungen fragen. Das heisst, sich den Biografien von Menschen zuzuwenden. Ihren Milieus und Routinen der Wahrnehmung. Zuhören, wie sie zu ihren Urteilen gelangen, und nicht nur, wozu sie sich bekennen.
Erwartung und Enttäuschung
Neumann wendet sich gegen ein Identitätsdenken, das längst nicht mehr nur mit der politischen Rechten verbunden ist. Und er richtet sich gegen einen liberalen Topos: Habermas’ Diskurstheorie und ihre ideale Sprechsituation. Zwar gelte dieses Ideal, wie Neumann überraschend klar konstatiert, doch zwischen Ideal und Wirklichkeit klaffe oft eine Lücke. Mentalitäten entziehen sich dem rationalen Austausch. Gefühle, Gewohnheiten und Erfahrungen finden darin kaum Zutritt.
Wer Konflikte lösen wolle, müsse diese Kräfte ernst nehmen, sagt Neumann. Und sich bewusst sein, dass sich Haltungen nicht auf Argumente, sondern auf Erfahrungen stützten. Was hat ein Mensch erlebt? Welche Erlebnisse lösen seine Empörung aus? Welche Gewohnheit stützt seine Überzeugung? Das mache Konflikte nicht harmonischer, aber lösbarer.
Neumanns Essay zeigt, dass sich polarisierende Debatten nur verstehen lassen, wenn wir die darunterliegenden Muster sehen. Wer Mentalitäten erkennt, sieht Konflikte nicht als starre Frontlinien, sondern als Schichtungen von Erfahrung, Erwartung und Enttäuschung. So gewinnen Kompromisse Kontur: nicht als fader Mittelweg, sondern als Detailarbeit an den Formen, in denen wir leben wollen. Das zwingt zu Bescheidenheit: Man muss die eigene Haltung nicht nur vertreten, sondern erklären. Und vielleicht auch hinterfragen.
SOCIETY: THE EPSTEIN FILES
The New York Times
The Epstein Files Should Never Have Been Released
Daniel Richman is a professor of law at Columbia University and a former prosecutor in the U.S. Attorney’s Office for the Southern District of New York. He is writing a book on early federal criminal enforcement.
Every day seems to bring new reports of financiers, academics, politicians and royalty (among others) who cozied up to Jeffrey Epstein, a convicted sex offender whose predation took a horrendous toll on innocent lives. With accountability for people in power in short supply, it can be hard to see a downside in the huge dump of documents relating to Mr. Epstein and his various associates.
But we should recognize the release of millions of pages of the Epstein files as both a sign of institutional failure and a cause for concern. If our justice system were working properly, the public would never have such access.
In the not-too-distant past, most people probably would have at least grudgingly accepted a regime in which prosecutors and law-enforcement agents sorted through materials from a sprawling investigation and made public only those portions needed to properly handle a case. The additional information that might interest us, and perhaps even help improve society, would remain secret. Federal prosecutors could generally be trusted to focus on their narrow criminal enforcement mission and to not abuse the tools given them for that limited purpose. No longer.
Calls for the Epstein files’ release predate the Trump administration. But they are now online and searchable because too many Americans didn’t trust the Justice Department’s leadership with control of them. In the past, departmental leaders could limit suspicions about their motives by conspicuously leaving a matter such as this to career subordinates, rather than political appointees. Seen by so many as having fired or driven out prosecutors and agents who refused to become tools of President Trump’s will, Attorney General Pam Bondi lacked credibility. She couldn’t get away with asking the public to rely on the apolitical and independent judgment of those who remained. The eventual result was the Epstein Files Transparency Act.
The release of the files is also cause for concern because so much of the raw investigative material in them — untold layers of hearsay, unverified accusations and vague circumstantial connections — ought not be released for the public to pick over.
We don’t know the degree to which the Justice Department has appropriately or inappropriately withheld or redacted documents. We do know that any effort to protect victims was woefully inadequate, as explicit photos and identifying information of many women, and possibly girls, have been found in the files. The government’s obligation not to revictimize people ought to be one of its highest priorities. Here, it failed.
We give federal prosecutors and agents a broad range of information-gathering tools that private parties and even most government agencies aren’t allowed to use. At the heart of criminal enforcement authority is the power to invade privacy. Legally available tools include search warrants, wiretaps, grand jury subpoenas and administrative subpoenas. That is how criminal investigators gain access to our emails, our private conversations, and our phone, bank and medical records. In addition, we allow prosecutors and agents to use the threat of prosecution to gain the cooperation of witnesses.
These coercive investigative tools can and have been misused, as when prosecutors and F.B.I. agents illegally rummaged through my emails and computer files in an effort to come up with a case against James Comey, the former F.B.I. director. Cogent arguments have been made for more rigorous legal restriction of these tools and the government’s use of information obtained with them. But so long as we think federal criminal laws are worth enforcing, we need to give federal enforcers a way to get information about criminal activity that, by its very nature, is closely held, and to pierce veils of privacy that normally shield our everyday activities from prying eyes or ears.
The tools we give the government are justified not only by the importance of the criminal enforcement mission but by the care and professional judgment prosecutors and agents are required to exercise with the information they obtain with those tools. Government secrecy may conceal misconduct or atrocious judgment. We have yet to understand the decision by U.S. Attorney Alex Acosta, almost two decades ago, not to charge Mr. Epstein. (Mr. Epstein was ultimately convicted in state court in 2008, after taking a plea deal.) Still, prosecutors’ use of the materials they collect is ordinarily bounded by their mission — to charge individuals (or not to charge them), to satisfy disclosure obligations after a case is brought and, if possible, to convince a jury or to obtain a guilty plea.
When materials collected in a criminal investigation get released in bulk for public consumption, the justification for the coercive and privacy-invading tools we give investigators gets a lot weaker. Institutions claiming to protect user or customer privacy might be more likely to resist valid uses of these tools. Witnesses who would otherwise speak to investigators about sensitive matters might start to rethink whether they want to provide grist for internet searches.
We have to reckon with what happens when a huge investigative haul — with its swirling mix of gossip, casual association and possible criminal misconduct — is opened up for public viewing. The justice system should never be the only means of holding people accountable. The power of shame can be a good thing, and some reputations deserve to be tarnished. But informal accountability processes can easily slide into misuse of unfiltered source material.
At a time when the Justice Department seems intent on filling the criminal docket with baseless prosecutions of its perceived enemies, many might not mourn a spectacle that highlights the lack of public confidence in the department. Or one that appears to weaken the justification for extraordinary prosecutorial powers generally. But we need to think about a future in which real crimes fill the docket, when coercive information-gathering tools are needed to pursue them. Those of us who want to preserve those tools and the justification for them ought to regret the dump of the Epstein files, even as we rummage through them ourselves.
https://www.nytimes.com/2026/02/23/opinion/epstein-files-justice-department.html
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
Even Contemptible Men Don’t Deserve Mob Justice
Ex-Prince Andrew, once a friend of Jeffrey Epstein, falls victim to a trans-Atlantic moral panic.
HISTORY: THE FORGOTTEN HOLOCAUST
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Der Holocaust verschwindet: Die Erinnerung an das grösste Menschheitsverbrechen der Geschichte droht in Vergessenheit zu geraten
Immer mehr junge Menschen haben noch nie vom Holocaust gehört. An den Hochschulen wird die Geschichte der Judenvernichtung seltener behandelt. Der Historiker Jan Gerber zeigt, wie es dazu kam.
Als gäbe es nicht schon genug schlechte Nachrichten, jetzt auch noch diese: Der Holocaust verschwindet. Ja, wirklich, kein Witz. Die Erinnerung an die systematische Vernichtung von sechs Millionen Juden – keine neunzig Jahre her und nicht zufällig Ausgangspunkt jener demokratischen Nachkriegsordnung, die gerade an ihr Ende zu kommen scheint – wird weltweit immer mehr aus der öffentlichen Wahrnehmung gedrängt. Aus unserem Denken, Schreiben und Sprechen.
Von wem? Zum Beispiel von rechten Demokratiefeinden, für die Erinnerungskultur und historisches Verantwortungsbewusstsein nur Hindernisse auf dem Weg zu einem neuen Nationalismus sind. Von postkolonialen Aktivisten im akademischen Gewand, die den Kolonialismus zum Ursprung des Holocaust umdeuten, um ihn nahtlos in ihr Welterklärungsraster westlicher Tätergeschichte einordnen zu können.
Aber auch von linken Palästina-Romantikern und bis zur Selbstaufgabe naiven Israeli, die den Massenmord an den europäischen Juden immer wieder mit den Existenz- und Verteidigungskämpfen des jüdischen Staats gleichsetzen, um ihm seine moralische und politische Legitimität abzusprechen. Und von allen, die es zwar gut meinen, aber auf Demonstrationen oder in Parlamentsreden so oft «Nie wieder!» gerufen haben, dass diese längst zur Floskel verkommene Formel universeller Moral vom Schicksal ihrer Urheber – den Juden – entkoppelt wurde.
In seinem Buch «Das Verschwinden des Holocaust» beschreibt der Historiker Jan Gerber die Vorgeschichte dieser Entwicklung. Ganz konkret sieht es heute so aus: In Frankreich haben 46 Prozent der 18- bis 29-Jährigen noch nie etwas vom Holocaust gehört. In Deutschland gibt es nur noch zwei Professuren mit explizitem Schwerpunkt auf der Shoah. Sie wird in Uni-Seminaren heute wesentlich seltener behandelt als ihre Wirkungsgeschichte. Und in den USA werden Zentren für Holocaust-Studien in inklusive Zentren für Holocaust- und Genozid-Studien verwandelt.
Wissen und Begreifen
Dabei hat es Jahrzehnte gedauert, bis die Besonderheit dieses Verbrechens überhaupt bewusst wurde. Laut Gerber, der am Leipziger Simon-Dubnow-Institut das Ressort «Politik» leitet und ehemaliger Schüler des Historikers Dan Diner ist, wird der Holocaust erst seit den siebziger Jahren als das Kernereignis des Nationalsozialismus wahrgenommen. Unmittelbar nach Ende des Zweiten Weltkriegs sei er schon einmal in Vergessenheit geraten. Von den Ursachen dieses ersten Verschwindens handelt Gerbers Buch. Es ist in einer klaren Sprache geschrieben und voll von aufregenden Beispielen verwirrter Intellektueller oder vergessener Ereignisse.
«Das Wissen um die Tat schlug in der unmittelbaren Nachkriegszeit nur selten in ein Begreifen ihrer historischen Dimensionen um», schreibt Gerber, der Wissen und Begreifen sorgfältig voneinander trennt. Der Unterschied zwischen herkömmlichen Konzentrationslagern und Vernichtungslagern, zwischen traditionellem, sich in Pogromen entladendem Antisemitismus und bürokratisch organisiertem, industriell umgesetztem Erlösungsantisemitismus sei vielen Menschen nicht klar gewesen.
So habe man lange geglaubt, Sartres 1944 entstandene «Überlegungen zur Judenfrage» seien ein Essay über den Holocaust. Dabei gehe es darin um den kulturellen Antisemitismus der Dritten Französischen Republik, während das historisch Neuartige der Judenvernichtung unbenannt bleibe. Sartres Lebensgefährtin Simone de Beauvoir brachte diese Kluft zwischen Wissen und Begreifen 1985, anlässlich des Erscheinens von Claude Lanzmanns Film «Shoah», auf den Punkt: «Trotz all unserer Kenntnisse war uns das grauenhafte Geschehen fremd geblieben.»
Dennoch gab es laut Gerber «intellektuelle Grenzgänger», denen sich der Holocaust schon während des Zweiten Weltkriegs «in seiner vollendeten Sinn- und Zwecklosigkeit» erschloss. Zum Beispiel der aus Galizien stammende jüdische Schriftsteller Dosio Koffler, der 1943 absurderweise Richard Wagner zitierte, um die von den Nazis praktizierte Vernichtung um der Vernichtung willen zu beschreiben: «Deutsch sein heisst, eine Sache um ihrer selbst willen zu tun.» Oder Mitarbeiter des Institute for Jewish Research, die, noch während die Gaskammern im besetzten Polen in Betrieb waren, begannen, in New York ein Museum zur Erinnerung an die osteuropäischen Juden zu errichten.
Auschwitz und Hiroshima
Andere Intellektuelle widersprachen sich trotz früher Scharfsicht später immer wieder selbst. Etwa Hannah Arendt, die schon 1944 über den ersten «Verwaltungsmassenmord» der Geschichte und daraus resultierende neue Formen von Schuld und Strafe nachdachte. Als der Schriftsteller Hans Magnus Enzensberger 1964 begeistert schrieb, dass der Faschismus nicht deshalb «entsetzlich» sei, «weil ihn die Deutschen praktiziert haben, sondern weil er überall möglich ist», und dass die Atombombe «die Gegenwart und die Zukunft von Auschwitz» sei, reagierte Arendt empört.
Sie warf Enzensberger vor, das Besondere im Allgemeinen aufzulösen, die Grenze zwischen Opfern und Tätern zu verwischen, und bestand auf der Unterscheidung zwischen Hiroshima und Auschwitz. Das Paradoxe daran: Die Vorlage für Enzensbergers Entlastungsgedanken stammte von Arendt selbst. In «Eichmann in Jerusalem» hatte sie den Holocaust universalisiert, indem sie ihn als «Verbrechen gegen die Menschheit, verübt am jüdischen Volk», bezeichnete, Eichmann als typischen Vertreter der Moderne beschrieb und Auschwitz in einen strukturellen Zusammenhang mit dem Atomkrieg stellte.
Den Holocaust mit der Atombombe oder den Kriegen in Algerien und Vietnam gleichzusetzen, schien in den ersten Nachkriegsjahrzehnten ein fast obsessiver Reflex zu sein. Auch Sartre, Adorno oder Arendts Ex-Mann, der Philosoph Günther Anders, zogen solche Parallelen. Für Gerber ist das Ausdruck eines «Katastrophenbewusstseins», das während der Hochphase des Kalten Kriegs parallel zu einem von technischen Errungenschaften und wachsendem Wohlstand getragenen «Geschichtsoptimismus» alles dominierte – und die nicht lange zurückliegende jüdische Katastrophe überlagerte.
Andere Gründe für das Verblassen der Erinnerung an die Judenvernichtung sieht Gerber darin, dass sie anfangs vom Ausmass des Weltkriegs selbst überschattet wurde: von siebzig Millionen Kriegstoten, den Opfern des Frontgeschehens und der Partisanenkämpfe. In der Bundesrepublik mischten sich verfrühte Schlussstrichträume dazu, in der DDR passte die Shoah schlecht zu den Verheissungen einer vernunftgelenkten Geschichte und zum antifaschistischen Gründungsmythos. Und auch im eben erst geborenen Israel überwog lange der Blick nach vorn: auf Wehrhaftigkeit, Ackerbau und politische Selbstbehauptung. Für die Geschichte der Vernichtung war kein Platz.
Der verspätete Schock
Erst mit der Entspannung des Kalten Kriegs, dem Generationenwechsel und dem Ende der Dekolonisierung drang der Holocaust in den 1970er Jahren ins öffentliche Bewusstsein. In Israel wirkte der Jom-Kippur-Krieg von 1973 als Bruch: Die plötzliche Erfahrung existenzieller Verwundbarkeit weckte Erinnerungen an die Shoah. 1978 traf die amerikanische Fernsehserie «Holocaust» weltweit einen Nerv, den frühere, noch kitschigere Holocaust-Filme nicht hatten treffen können. Ein Jahr später notierte Günther Anders in seinem Tagebuch: «Das Jahr 78 ist eigentlich das Jahr 45, da der Schock, der im Jahre 45 hätte eintreten müssen, nun erst eingetreten ist.»
Vier Jahrzehnte und einen kurzen Erinnerungs- und Gedenkboom der 1990er und 2000er Jahre später: ein Dezemberabend in einer Berliner Kneipe, die wegen israelfreundlicher Veranstaltungen seit zwei Jahren von zwei schläfrigen Polizisten bewacht wird. Jan Gerber ist gekommen, um sein neues Buch vorzustellen. Er liest aus einem Kapitel, betont noch einmal den Unterschied zwischen Wissen und Begreifen und sagt dann, dass für ihn der Holocaust bis heute im Grunde nicht begreifbar sei.
Ich erschrecke kurz. Gerber erklärt, das liege zum einen an der unvorstellbaren Zahl von sechs Millionen, zum anderen daran, dass der Holocaust die Grenzen der «instrumentellen Vernunft» gesprengt habe. Dass er also im Vergleich zu anderen Menschheitsverbrechen, wie zum Beispiel Kolonialmassakern, nicht einmal ansatzweise einem zweckrationalen Motiv wie dem Streben nach Macht, Profit oder Absatzmärkten gefolgt, sondern ein Verlustgeschäft gewesen sei. Aus dem Holocaust könne man deshalb nichts lernen: «Die Rede von den Lehren des Holocaust ist der Versuch, dem Verbrechen doch noch Sinn abzutrotzen.»
«Wozu diese Mystifizierung?», frage ich Gerber nach der Lesung. Ich sage ihm, dass ich mir sechs Millionen Tote genauso gut vorstellen könne wie einen japanischen Tsunami oder die vollständige Auslöschung Karthagos und dass der Holocaust in all seiner Sinnlosigkeit natürlich trotzdem Sinn ergebe. Weil die Juden für die Nazis – wie banal – aus historisch mal mehr, mal weniger zufälligen Gründen das personifizierte Böse in der Welt gewesen seien, das man, aus einem falschen Idealismus heraus, unter allen Umständen loswerden müsse.
Gerber nickt verständnisvoll, wiederholt, was er schon sagte, während ich in sein freundliches Gesicht schaue und mich frage: Wie kann jemand, der fast alles über Antisemitismus weiss, dessen bisher konsequenteste und radikalste Umsetzung achtzig Jahre später immer noch nicht fassen? Ist Gerbers leise Ratlosigkeit ein gutgemeinter Versuch, die sich allwissend fühlenden Holocaust-Relativierer von heute schachmatt zu setzen? Oder ein Beweis dafür, dass die Antisemiten und Anhänger der Irrationalität nach einer kurzen, hellen Epoche der Rationalität wieder im Vorteil sind? Dass der Holocaust erneut verschwindet, ist kein Zufall. Aber wird er diesmal wiederkehren?
Jan Gerber: Das Verschwinden des Holocaust. Zum Wandel der Erinnerung. Edition Tiamat. Berlin 2025. 336 S., Fr. 42.90.
GERMAN HISTORY: THE REPUBLIC OF WEIMAR
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review
„Im Zwischenreich“: Lässt sich so ein zweites Weimar verhindern?
Wer trägt die Schuld am Untergang der ersten deutschen Demokratie? Die Historikerin Ute Daniel sieht die Hauptverantwortung bei der Reichswehr – und hat eine Liste mit Empfehlungen für die Gegenwart parat.
Die Weimarer Republik ist en vogue. Sie dient stärker als in früheren Jahrzehnten als Folie, vor deren Hintergrund unsere Gegenwart beurteilt wird. Dabei suchen die einen sie vorrangig als aufregendes Demokratieexperiment wiederzuentdecken und ihr zukunftsweisendes, modernes Potential zu unterstreichen. Die anderen hingegen nehmen Weimar als Menetekel einer Krisengeschichte, die in Diktatur, Untergang und Verderben endete. Nimmt man beide Interpretationsstränge zusammen, gleicht die deutsche Geschichte der Zwischenkriegszeit dem Schicksal Dr. Jekylls, der seinen Mr. Hyde bestenfalls temporär bändigen konnte.
Ein seltsamer Fall also, zwischen begrüßenswerten und bedrohlichen Ausprägungen schwankend. Der widersprüchliche und instabile Charakter wirkt wie das Hauptkennzeichen einer Geschichte der potentiell multiplen, jedenfalls ambivalenten Entwicklungsrichtungen jener Jahre.
Diese Grunddeutung brachten in jüngerer Zeit in unterschiedlicher Weise Harald Jähner mit seinem „Höhenrausch“ überschriebenen Weimar-Buch ebenso wie Volker Ullrich zum Ausdruck, der nochmals jene Entscheidungsmomente zwischen 1918 und 1933 in den Blick nahm, die dazu berechtigen, von einem „aufhaltsamen Scheitern“ zu sprechen.
Weimar: ein europäischer Normalfall?
Schon der Buchtitel „Im Zwischenreich“ von Ute Daniels Weimar-Darstellung lässt vermuten, dass sie einen ähnlichen Weg beschreiten und die widerspruchsvollen Konstellationen herauspräparieren will. Den anschaulich, weniger analytisch entfalteten Begriff des Zwischenreichs nutzt die Braunschweiger Neuzeithistorikerin, um den von den Zeitgenossen wahrgenommenen Übergangszustand zwischen einem „Nicht mehr“ des untergegangenen Kaiserreichs und einem „Noch nicht“ mit unterschiedlichen Zielvorstellungen zu kennzeichnen, ob damit nun eine Rückkehr ins Kaiserreich, demokratisch-republikanische Hoffnungen oder neue autokratische Lösungen gemeint waren.
Verschiedenartige, aus der transitorischen Lage hervortretende Erfahrungswelten will Ute Daniel breit widerspiegeln, statt sie in „binäre Oppositionen wie Demokraten versus Antidemokraten“ zu pressen. Angesichts der reklamierten Vielfalt verwundert es indes ein wenig, dass sich die Autorin fast ausschließlich auf von ihr pauschal „linksliberal“ genannte Quellen wie das „Tage-Buch“, die „Weltbühne“ oder Erich Schairers „Sonntags-Zeitung“ als Zeugnisse zeitgenössischer Weltwahrnehmung stützt. Als Kronzeuge Nummer eins zitiert sie allerdings den selbstverliebten intellektuellen Flaneur und linksrepublikanischen Grafen Harry Kessler. Von rechtsbürgerlichen, konservativ-revolutionären, anarchistischen oder kommunistischen Stimmen findet sich bei ihr hingegen so gut wie keine Spur.
Allzu eng gefassten Deutungsmustern sucht die Autorin gleichwohl schon dadurch zu entrinnen, dass sie die Weimarer Republik innerhalb der allgemeineuropäischen Entwicklung zu situieren beansprucht. Dann seien viele länderübergreifende Herausforderungen nach dem Ende des Ersten Weltkriegs als das neue „Nachkriegsnormal“ erkennbar: der Streit um das Aufgabenspektrum und die erforderlichen Finanzierungen des Staates, die Abgeltung der Kriegsfolgelasten und die allgemeine Skepsis gegenüber Parteien, Parlamenten und Demokratie.
Fixierung auf die Revision des Versailler Vertrags
In den ersten beiden Fällen stellt die Autorin überzeugend ein vertracktes „Schulden-, Reparations- und Steuervermeidungskarussell“ heraus, das in Deutschland nicht aufgrund unbewältigbarer Lasten fatale Folgen zeitigte, sondern vielmehr aufgrund einer regelrecht obsessiven sozialpsychologischen Fixierung auf die Revision des Versailler Vertrags.
Im Fall der dritten Problematik hätten selbst Republikaner mit der parlamentarischen Demokratie gefremdelt und am Wunschbild eines frei deliberierenden Abgeordneten festgehalten, statt im Verschmelzen der Mehrheitsfraktionen mit der Exekutive (gegenüber der oppositionellen Minderheit) die Funktionslogik dieses Regierungssystems zu erkennen.
Dies begünstigte zumal in Deutschland die Vorstellung, es gäbe so etwas wie eine über Parlament und Parteien schwebende, allein dem Staat und Volkswohl dienende Entität. Diese Denkweise bereitete einem Ersatzkaisertum in der Rolle des Reichspräsidenten samt Notverordnungsregime strukturell den Boden.
Die Reichswehr konnte ihr eigenes Spiel spielen
Doch darin erkennt Ute Daniel nicht den entscheidenden Faktor für die Niederringung der Demokratie in Deutschland. Neben Eigendynamik gewinnenden „Ressentimentwogen“ gegen eine als zutiefst ungerecht empfundene Reparationsordnung streicht sie vor allem heraus, wie sehr sich das Militär als ein mächtiger Akteur positionierte, der von Anfang an eine eigene Agenda verfolgte und innerhalb einer „bellizistischen“ Gesellschaft auf viel Gegenliebe stieß.
Bereits während der Novemberrevolution seien Chancen verpasst worden, die Militärfrage im demokratischen Sinne zu lösen. Einigermaßen unkritisch folgt die Autorin der These einer staatlich lizenzierten, insbesondere durch Ebert-Scheidemann-Noskes SPD gestützten Gründungsgewalt, die der Weimarer Republik ihren Stempel aufgedrückt habe. Letztlich sei es der Reichswehr ungeachtet ihrer zeitweisen Annäherung an zivile politische Kräfte samt entsprechenden Loyalitätsbekundungen stets gelungen, ihr eigenes politisches Spiel zu spielen. Am krassesten kam dies in der Einrichtung eines geheimen, alles andere als regelkonformen Wehretats ab den späten Zwanzigerjahren zum Ausdruck.
Brüning eine Marionette an den Fäden Hindenburgs?
Was am Schluss der Weimarer Republik geschah, hat für Ute Daniel weit zurückreichende Ursachen, die wesentlich im Versäumnis einer Demokratisierung des Militärs auszumachen seien. Eine große Verfehlung erkennt sie zudem in dem letztlich unvollendet gebliebenen Versuch Finanzminister Matthias Erzbergers, die Republik als (progressiven) Steuerstaat mit gerechter Umverteilungsmechanik zu etablieren. Die Annahme, sein Vorhaben einer Erhöhung des deutschen Steuerniveaus habe ihn letztlich das Leben gekostet, zielt an der Motivlage der rechtsterroristischen „Organisation Consul“, die ihn im August 1921 ermordete, allerdings vorbei.
Ein bisschen hört man aus der gesamten Argumentation die alte Geburtsfehlerthese mit früh missglückten Weichenstellungen zur Stärkung der Republik heraus. So wundert es nicht, dass die Autorin in Heinrich Brüning, dem ersten Kanzler des Präsidialsystems, nicht viel mehr als einen marionettenhaft an den Fäden Hindenburgs und der Reichswehr geführten Totengräber der Republik sieht. Der „Einstieg in den Ausstieg aus dem Zwischenreich“ ist schnell ausgemacht. Im Falle Brünings wie auch sonst werden kontroverse Standpunkte in der Historiographie mit einer bemerkenswerten Nonchalance beiseitegeschoben. Sie seien für ihren Interpretationsansatz nicht „hilfreich“, heißt es handkantenschlagartig in der Einleitung.
Wenngleich eine solche Haltung Weimarkundige irritieren muss, gewinnt die reduktionistische Argumentation so doch an Schärfe und Stringenz, zumindest wenn man nach Gründen und Dynamiken des Scheiterns der Weimarer Republik sucht. Die Autorin reklamiert für sich, auch mittels kontrafaktischer Überlegungen über alternative Geschichtswege nachzudenken und eine „neue Geschichte der Weimarer Republik“ vorzulegen. Trotz manch origineller Akzentsetzung und Zuspitzung schreibt sie aber letztlich ein Stück wohlbekannter Pathologiehistorie. Demokratiegeschichtliche Hoffnungen wird man daraus für die Gegenwart kaum schöpfen können.
Es verwundert insofern nicht, wenn am Ende im Stil eines Politikratgebers „Tipps“ stehen, was es unbedingt zu beachten gilt, um nicht in die Weimar-Falle zu tappen, darunter: Demütige ehemalige Feindstaaten nicht zu sehr. Sorge für Umverteilung und Infrastruktur. Gib Ressentimenttreibern keine Chance. Schließlich: Lass das Militär nicht über die Staatsspitze entscheiden. Spätestens an dieser Stelle möchte man Weimars Mr. Hyde sein Serum verabreichen, um ihn als Dr. Jekyll das schillernde Zwischenreich von Neuem erkunden zu lassen.
RELIGION: AI AND FAITH
Frankfurter Allgemeine Zeitung, A Speech
Angesichts der KI: Das Geheimnis des Glaubens
Eine Welt ohne Hülle ist eine der Apokalypse: Im Angesicht der Herausforderungen durch die KI wird die stärkende Funktion des Glaubens zur Verteidigungsfähigkeit unseres Geistes wieder wichtiger.
Ich weiß noch, wie ich Benyamin zum ersten Mal sah. Am Ende eines langen, dunklen Flurs in einer West-Berliner Wohnung stand er leicht nach vorn gebeugt an einem Tisch und schaute über seine linke Schulter. Es war dunkel in der Wohnung, das elektrische Licht durfte an jenem Abend wegen eines jüdischen Feiertags nicht benutzt werden, also erleuchteten Kerzen den Raum. Und Benyamin schaute über seine linke Schulter zu mir. Er gab sich nicht ganz zu erkennen. Er hielt etwas zurück. Ließ im Ungefähren, ja Geheimen, wer er wirklich war und was er wirklich wahrnahm. Die Camera obscura, von der der Künstler Benyamin Reich so schwärmt – ein bisschen hat der Mensch, der Freund Benyamin selbst etwas von ihr. Dieser dunkle Kasten mit nur einer kleinen Öffnung an der Seite, durch die das Licht einfällt. Inbegriff nicht nur eines fotografischen, sondern auch eines seelischen Prinzips. Die Dunkelheit in uns allen, der existenzgefährdende Umstand des Alleinseins und Nur-mit-sich-Bleibens wird dadurch gemildert, dass wir uns einander hin und wieder kurz öffnen und ein wenig Licht einlassen.
Benyamin öffnet sich nicht leicht und nicht oft, aber wenn er es tut, dann will gleich alles Licht zu ihm, dann strömen die Strahlen in seine dunkle Seelenkammer und erleuchten ihn von innen. Er hat etwas von einem modernen Märtyrer. Einer, der in seinem Leben viel Leid ausgehalten hat und der nach all dem Aushalten jetzt auf der Suche nach einem Halt ist. Aber vielleicht ist er auch dazu bestimmt, immer weiter zu suchen und nie anzuhalten. Ein überzeugter Finder ist er jedenfalls nicht. Er mag das Fertige nicht, widersetzt sich den rationalen Ansprüchen jeder zurechtgemachten Präsentation von Wirklichkeit. Vor Ausstellungseröffnungen zögert er die genaue Anordnung seiner Bilder bis zum Letzten hinaus, als ob er der institutionalisierten Rahmensetzung im Tieferen misstraute. Als ob er das Licht, das in ihn dringt und das er in kunstvolle Fotografien verwandelt, nicht preisgeben, nicht verraten wollte.
Begierde nach freier Liebe
Wer mit Benyamin spricht, der ist immer auch ein bisschen mit im Geheimnis. In ihm arbeiten noch die jahrhundertealten jüdischen Religionsgesetze fort, hat das Vergangene seinen festen Platz. Anders als manch anderer ironisiert oder bekämpft er die Zeit von gestern nicht, sondern nimmt sie als verführerisches Gegenüber ernst. So ist Benyamin nicht nur Märtyrer, sondern auch Mittler. Ein Mittler zwischen den Zeiten und Gefühlen, einer, der die Religion seiner gestrigen Welt mit der Ästhetik seiner heutigen verbindet, der die Hochachtung vor der Tradition neben die sehnsuchtsvolle Begierde nach freier Liebe stellt. Das macht ihn so unbegreifbar, so geheimnisvoll. Die Welt, aus der Benyamin kommt, und die Welt, nach der er sucht, treffen sich in seinen Bildern. In seiner Kunst.
Zum Beispiel in dem großen, aus heiligen Texten zusammengewobenen Vorhang, der seit Aschermittwoch den Altar in der St.-Matthäus-Kirche verhängt. In diesem großen, ausdrucksvollen und gleichzeitig leichtsinnigen Vorhang hat Benyamin unterschiedliche Prägungen miteinander verwoben. Zum einen spiegelt sich darin die Heilige Zeit, in der er aufwuchs: Mitte der Siebzigerjahre in Israel in eine streng orthodoxe Familie hineingeboren, wuchs er in konsumarmer Kargheit und dogmendisziplinierter Umgebung auf. Die Texte der heiligen Bücher waren damals für ihn die einzigen Zeitzeugen. In einer Welt ohne Bilder, ohne Kommunikation, ohne Medien bekamen die heiligen Bücher für ihn einen unschätzbaren Wert, prägten sein Bewusstsein, bestimmten seine Phantasie. Sie konturierten sein Bild von den Menschen und ihrem Zusammenleben, gaben ihm Auskunft über ihre Sehnsüchte und Begierden, über ihre guten Taten und ihre Fehltritte.
Es waren die größten Geheimnisträger für ihn. Ihre auratische Bedeutung konkurrierte in seiner Wahrnehmung mit ihrer realen. Er bewunderte sie nicht nur, er benutzte sie auch. Vielleicht pflegt Benyamin deshalb heute einen pragmatischen Umgang mit ihnen. Er sieht in ihnen nicht nur abstrakte, sondern sehr konkrete Lebensmittel. Deshalb traut er sich mit ihnen auch eine Beobachtung zweiter Ordnung zu, verwebt sie zu einer heiligen Textfläche und stellt sie in einen neuen Zusammenhang.
Gleichzeitigkeit des Ungleichzeitigkeit
Es ist ein Zusammenhang, der das Heilige mit dem Schönen, dem Erotischen verbindet. Die antiken Skulpturen und angedeuteten Akt-Zeichnungen, die Benyamin unter die heiligen Texte mischt, zeugen neben dem erzfrommen auch von dem erzleidenschaftlichen Geist, der in diesem Künstler wohnt. Es ist ein Geist, der aus dem Heute und Hier, dem körperlichen Sein und Wollen heraus nach Ausdruck verlangt und mit den Vorschriften von damals rangelt. „Wir Ultraorthodoxen im Exil sind alle Verlorene“, hat Benyamin unlängst in einem Fernsehinterview gesagt. Und damit gemeint: Wir passen nirgendwo hinein, wandeln zwischen den Zeiten, haben die Gleichzeitigkeit des Ungleichzeitigen in, um und an uns. Daher kommt das Geheimnisvolle, das Benyamin umgibt. Das ist keine Behauptung, das ist ein Schutzbrief. Das Geheimnis schützt sein Wesen, damit die Widersprüche ihn nicht zerreißen.
Von der Kunst Benyamin Reichs ausgehend, kann man gut über den Wert des Geheimnisses in unserer Zeit nachdenken. Über das sprechen, was seine Kunst auch ausdrückt: der Vorhang als Sinnbild für die sinnliche Kraft der Verhüllung. Für die Bedeutung der Uneinsichtigkeit, des Verborgenen, eben des Geheimen. Der Vorhang ist das Material gewordene Versprechen auf Höheres. Auf etwas, das jenseits des Alltäglichen liegt, das größer ist als unsere Vernunft.
Fortschrittsgedanken des Neuen Testaments
Im sakralen Raum des ersten jüdischen Tempels symbolisierte der Vorhang die Schranke zwischen Augenschein und dem Allerheiligsten, der Bundeslade. Es ist ebendieser Vorhang, der beim Tod Jesu zerreißt: „Und siehe, der Vorhang im Tempel zerriss in zwei Stücke von oben bis unten“, heißt es bei Matthäus. Dieses Zerreißen ist bekanntlich als Sinnbild für die neue Nähe zwischen Gott und dem Menschen verstanden worden, als Zeichen des freien Zugangs. Durchaus mit antijüdischen Tönen wird im zweiten Korintherbrief auf „die Decke“ herabgeschaut, die die Israeliten über ihren Bund mit Gott und dadurch auf ihre Herzen gelegt haben. Was vorher verborgen war, so der Fortschrittsgedanke des Neuen Testaments, wird nun offenbar.
Auf diesem Gedanken beruht viel von unserem heutigen christlichen Glaubensverständnis: dass Gott uns ähnlich ist, dass er in seinem Sohn Mensch geworden ist, ein Mensch, der leidet, der sich fürchtet, der Angst hat davor, dass die anderen einschlafen, während er wach bleiben muss – die Szene im Garten Gethsemane hat mich immer besonders beeindruckt. Aus ihr habe ich einen Beweis für die Gefühlsklugheit der christlichen Botschaft abgelesen. Ohne Scheu zeigt hier die göttliche Natur Furcht und Verzweiflung. Es ist die Furcht vor der Einsamkeit, des Allein-mit-allen-Seins, die auch heute noch jeder von uns kennt und aushalten muss. Der ängstliche Christus ist ein Beweis für die Verständlichkeit, für die Nahbarkeit Gottes. Nichts Fremdes, nichts Fernes, nichts Unverständliches ist hier an ihm.
Aber das ist nur seine eine Seite. Es gibt auch die andere. Und die ist nicht weniger schön.
Gott, so beschreibt es Paul Gerhardt in seinem wunderschönen Weihnachtslied, ist Kind und Mensch und voller Freuden, aber er ist auch undurchschaubar, unerklärlich, unfassbar: „Ich sehe dich mit Freuden an und kann mich nicht satt sehen; und weil ich nun nichts weiter kann, bleib ich anbetend stehen. O daß mein Sinn ein Abgrund wär und meine Seel ein weites Meer, daß ich dich möchte fassen!“
Das ist der Gott, der hinter dem Vorhang steht. Das ist der Gott, der im Geheimen bleibt. Die höchste Instanz, gerade weil sie nicht öffentlich auftritt. Die Autorität des Verhüllten rührt daher, dass er sich nicht zeigt. Daher, dass man sich darunter alles Mögliche vorstellen kann, ohne es je zu greifen, zu begreifen.
Ein Wort, das Wurzeln geschlagen hat
In den Sakramenten bleibt das Mysterium verhüllt gegenwärtig. Das wird im Katholischen insbesondere in der Eucharistie deutlich – im Tabernakel gibt es hier ebenfalls Vorhänge. Aber auch etwa in den Hymnen zum Fronleichnamsfest hat Thomas von Aquin den Glaubenswert der Verhüllung auf bewegende Weise in Worte gefasst:
Demütig bete ich dich, verborgene Gottheit, an,
die du in diesen Gestalten wahrhaft dich
verbirgst;
dir unterwirft sich ganz mein Herz,
weil es dich betrachtend ganz versagt.
Unfassbar – der Ausruf kommt uns heute leicht über die Lippen, wenn sich etwas besonders Sensationelles ereignet. Und doch ist das meist nur so dahingesagt. „Unfassbar“ – das ist ja mitunter schon der unwahrscheinliche Kantersieg der Lieblingsfußballmannschaft oder der Umstand, dass die gerade gewechselte Glühbirne schon wieder kaputt ist. Wir sagen es zwar, aber erfahren es nicht: das Unfassbare. Denn wir leben nicht in einer Zeit, die dem weiten Meer vertraut. Die einen Sinn hätte für die Bedeutung des Uneinsehbaren, des Fernen und Verhüllten. Im Gegenteil: In unserer Welt muss alles klar und erreichbar sein. Anschlussfähig und niederschwellig. Unkompliziert und transparent. Das vor allem: transparent. Von der Architektur über die Wirtschaft bis zur politischen Moral hat dieses Wort Wurzeln geschlagen. Sich hineingedrängt in unser kollektives Bewusstsein. Alles muss durchschaubar sein, alles muss sich preisgeben. Riesige Fensterfronten bestimmen das Antlitz unserer Gebäude, transparente Freiflächen, die von waghalsigen Putzteams aufwendig gesäubert werden müssen, damit der Anschein erweckt wird, es gäbe keine Schranke zwischen drinnen und draußen.
Gläserne Schranken
In Wahrheit aber stehen die sauberen gläsernen Fensterflächen unserer hohen Häuser sinnbildlich für die Hypokrisie unserer Moderne: Denn was dahinter geschieht, woran gearbeitet, taktiert und geschoben wird, das hat in den meisten Fällen nichts mit Nähe und Schrankenlosigkeit zu tun, sondern mit Entzweiung und Gegenüberstellung, mit Macht und Vertrieb. Transparenz ist ein blendendes Glitzerwort, das Fortschritt und Menschenfreundlichkeit antäuscht, um mit besserem Gewissen lügen zu können. Denn in Wahrheit sind diese sauberen Fensterfronten eiskalt, in Wahrheit sind sie hart und verschlossen. Es sind gläserne Schranken. Ich habe Angst vor diesen transparenten Fassaden. Ich glaube nicht an sie. Wenn ich an ihnen vorbeilaufe, „fällt mich die Leere an“, wie es bei Gottfried Benn heißt. Ihre Durchschaubarkeit lässt mich frösteln – kein Eindruck, nur Einsicht, kein Augenblick, nur Sichtweise.
Ich misstraue dem Glitzerwort Transparenz. Ich denke, es führt in die irrende Kälte. Denn was es am Ende bedeutet, was es fordert, ist ja doch: alles offenlegen, allen höheren Schutz, alle tieferen Geheimnisse preisgeben, das eigene Ich als ausreichend empfinden – mehr ist da nicht als das, was ich bin und sein will, was ich denke und meine.
Die Transparenz ist das Trittbrett der Funktionslogik. Auf ihr fußt sie, mit ihr fährt sie fort. Aber in ihrem Fortfahren lässt sie Wertvolles zurück. Denn die enge Bahn, auf der wir „traurigen Modernen“ (Emmanuel Todd) fortfahren, kennt nur eine Antriebsform: die Vernunft. Hier gilt nur, was verständlich, was rational ist. Handlich genug, um in unseren Kopf hineinzupassen. Ja, verschiedene Köpfe können unterschiedliche Größen aufnehmen, aber am Ende wird reflexhaft zurückgewiesen, was uns über den Kopf hinauswächst. Und das ist ein Fehler.
Denn es gibt ja zum Beispiel auch Träume. Es gibt ja auch Zufall. Es gibt ja auch Gott.
Warum geben wir uns mit der engen Bahn zufrieden? Woher kommt unsere Verklemmtheit gegenüber Zeichen und Wundern? Warum haben wir so einen Widerwillen gegen das Staunen entwickelt?
Glaube als Verteidigung gegen die KI
Im Tieferen spüren wir, dass unser Verstand, dass unsere Sinne, ja nicht einmal unsere Seele dafür angelegt sind, alle Größen des uns Geschehenden zu fassen. Dass es sehr wohl auch Übergrößen gibt, deren Umfang uns überwältigt. Der Tod zum Beispiel ist so eine Übergröße, die Trennung für immer. Um das zu fassen, bräuchte es mindestens das „weite Meer“, nach dem Paul Gerhardt ruft. Aber auch manch anderes übersteigt die Vorstellungskraft unserer Funktionslogik. Denken wir nur daran, wie die Kontingenz trotz aller rationalistischen Einhegungsversuche in unserem Leben weiter fortwirkt, wie viel aus Zufällen erwächst, manchmal nur Kursgewinne oder Berufserfolge, aber mitunter auch lebenslange Freundschaften oder bewegende Gedichte.
Es liegt, so meine ich, etwas Beruhigendes, etwas Entlastendes, ja sogar etwas Rettendes darin, dass wir nicht alles einsehen können. Dass wir mit unserer Wahrnehmung und unserem Verstehen an Grenzen stoßen, die nicht gläsern, sondern handfest sind. Denn eine Gesellschaft, die nur noch verstehen will, verliert den Glauben. Und damit – Achtung, Modewort – ihre Resilienz. Gerade in diesen Jahren, auf die man später vielleicht einmal als Umbruchsjahre zurückschauen wird – nicht nur als politische, sondern vor allem als humanistische Umbruchsjahre –, ist das fatal. Denn in diesen Jahren bekommt unser Verstand ja bekanntlich erhebliche künstliche Konkurrenz, wird Wissen und Verstehen immer mehr zu einer Frage der geschickten Imitation. Im Angesicht dessen wird aber die stärkende Funktion des Glaubens für die Widerstands-, sagen wir ruhig Verteidigungsfähigkeit unseres Geistes wieder wichtiger. Vielleicht wird er sogar bald das entscheidende Kriterium sein, das uns Menschen auszeichnet. Mit dem wir vor der digitalen Intelligenzia noch punkten können.
Der Glaube ist das Gegenüber zur Transparenz. Er folgt keiner Funktion, bricht alle Bahnen und sucht sich unüberschaubare Weite. Der Glauben offenbart sich, aber er legt nicht offen. Er hat damit Ähnlichkeiten zur Kunst. Jedenfalls mit der echten, der absoluten Kunst. Auch sie wirkt oft trotz oder gerade weil sie nicht verständlich ist. Kunst, die sich erklären, die sich anschlussfähig machen muss, rutscht rasant ab ins Pädagogische. Und einen Glauben, der marketinghaft Beweise für seine Wirkung präsentieren muss, nennen wir besser Esoterik.
Deshalb: Lassen wir doch zu, dass das Geheimnis des Glaubens höher ist als all unsere Vernunft. Dass es nicht mehr für uns zu verstehen gibt als jenes Wort, das Martin Buber seiner Erzählung über das Streitgespräch zwischen einem gelehrten Aufklärer und einem gottesfürchtigen Rabbi voranstellt: „Vielleicht“.
„Der Rabbi aber wandte sich ihm zu und sprach ihn gelassen an: ‚Mein Sohn, die Großen der Thora, mit denen du gestritten hast, haben ihre Worte an dich verschwendet, du hast, als du gingst, drüber gelacht. Sie haben dir Gott und sein Reich nicht auf den Tisch legen können, und auch ich kann es nicht. Aber, mein Sohn, bedenke, vielleicht ist es wahr.‘ Der Aufklärer bot seine innerste Kraft zur Entgegnung auf; aber dieses ‚Vielleicht‘ brach seinen Widerstand.“
Leere der Einsicht
Dass es Gott gibt, offenbart sich immer dort, wo wir etwas nicht verstehen. Wo etwas über unsere Vorstellungskraft hinausgeht. Eine Wahrheit wirkt, ohne Spuren zu hinterlassen. Nichts auf dem Tisch liegt. Gott ist dort, wo wir an das „Vielleicht“ glauben. Der Vorhang, die Verhüllung ist nichts anderes als ein Sinnbild für dieses „Vielleicht“. Es ist der Gegenbegriff zur Transparenz. Zu der kalten Leere der Einsicht. Denn Verhüllung bedeutet auch Wärme. Sie schützt und schafft Wert, sie bekleidet das Geheimnis, könnte man sagen, verleiht ihm Würde und Anziehung. Es hat einen Grund, warum das Display, Inbegriff unserer Transparenz-Epoche, so kalt wirkt: Es kennt keine Scham. Es zeigt sofort alles. Es hat nichts zu verbergen.
Dass wir in apokalyptischen Zeiten leben, in Zeiten, in denen sich Politikerinnen wie die dänische Ministerpräsidentin Mette Frederiksen vorstellen können, dass bald „alles aus sein könnte“, in Zeiten, in denen die Angst vor dem Niedergang wieder einmal unsere Vorstellung von der Zukunft bestimmt, dass wir in solchen Zeiten leben, hat auch etwas mit dem Fehlen des Vorhangs, mit der Verächtlichmachung der Verhüllung zu tun. „Apo-kalyptein“, das bedeutet wörtlich: das Wegreißen einer Bedeckung. Die Entkleidung, Enthüllung. Die Transparenz ist in Wirklichkeit eine Zwillingsschwester der Apokalypse. Gemeinsam reißen sie Vorhänge herunter und entblößen Wunder – gemeinsam täuschen sie uns eine Welt ohne Zubehör, ohne Geheimnis, ohne Glauben vor. Und immer rufen sie dabei: Wahrheit.
Aber es gibt eben auch eine andere Wahrheit, eine Wahrheit, die sich nicht zeigt. Eine Wahrheit, die im Verborgenen des Vielleicht bleibt. Eine Wahrheit, die hinter dem Vorhang wartet. Der Stoff, aus dem dieser Vorhang gemacht ist, heißt Schönheit, heißt Heiligkeit. Das offenbart der Vorhang von Benyamin Reich. Er schützt uns vor der Apokalypse – wenn wir das Geheimnis des Glaubens nicht verraten. Wenn wir auf das Vielleicht vertrauen.
Simon Strauß hielt diese Rede beim Ökumenischen Aschermittwoch der Künstlerinnen und Künstler in der Berliner St.-Matthäus-Kirche anlässlich der Eröffnung der diesjährigen Passionsausstellung, die der jüdische Fotograf Benyamin Reich mit seiner Altarverhüllung „Parochet“ bestreitet. Beim Secession Verlag ist unter dem Titel „Jerusalem Berlin“ gerade ein Fotoband erschienen.
RELIGION: FAITH AND MUSIC
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Aus voller Kehle: Weshalb Kirchenmusik ein guter Einstieg in die Welt der Töne ist
Auch heute noch ist die Musik in der Kirche für viele der erste oder einzige Kontakt zur Musik. Ein enorm wichtiges Gut. Davon spricht auch der Theologe und Musikwissenschaftler Meinrad Walter in Frankfurt.
Neulich, im Advent. Auf dem Liedzettel steht ein sehr bekannter Text: „Tauet, Himmel, den Gerechten“. Also fröhlich losgeschmettert. Dumm nur, dass das Mitsingen in der Frankfurter Frauenfriedenskirche schnell ausgebremst wurde. Denn der Text mochte genau derselbe sein, den man von Kindesbeinen an gesungen hat – aber die Melodie nicht.
Der Grund: regionale Besonderheiten. Das Bistum Limburg hat dem Lied 1974 eine regionale Fassung verpasst. Zu finden sind solche Extras im „Diözesanteil“ des „Gotteslobs“, des katholischen Gesangbuchs. Dort steht auch „Wäre Gesanges voll unser Mund“ (1999), mit einem Text des einstigen evangelischen Frankfurter Stadionpfarrers Eugen Eckert, Gründungsmitglied der Band Habakuk, die von Frankfurt aus ab 1975 das sogenannte Neue geistliche Lied besonders geprägt hat.
Lieder dieser Stilrichtung waren einst, in beiden großen christlichen Konfessionen, regelrecht revolutionär. Heute sind sie mal ins Standardrepertoire gerutscht, mal Exoten, die kaum jemand singen kann, so selten werden sie für die Gottesdienste ausgesucht. Dann wird der Gemeindegesang, der ohnehin oft schütter ist, weil die Kirchen Mitglieder verlieren und diejenigen, die kommen, nicht mehr beherzt mitsingen, ganz leise und unsicher.
Singen als Kulturtechnik geht verloren
Dass „Wäre Gesanges voll unser Mund“ es im 2013 erneuerten „Gotteslob“ nur in den Regionalteil und nicht in den allgemeinen Teil geschafft hat, hält Meinrad Walter rückblickend für einen Fehler. Das Lied sei doch ungeheuer populär, sagt der Freiburger Theologe und Musikwissenschaftler. Populär ist es jedenfalls bei den Frankfurter Künstlern, Kreativen und Interessierten, die sich zum traditionellen „Aschermittwoch der Künstler“ im Frankfurter Haus am Dom eingefunden haben. Sie singen es kräftig mit, sogar ein bisschen mehrstimmig.
Beweis für eine der vielen Thesen im bunten Aschermittwochsvortrag Walters, der sich den „Musikalischen Tonarten der Verkündigung“ widmete, unter tatkräftiger Hilfe der Musiker Norbert Hoppermann und Andreas Großmann im praktischen Teil. Das Thema ist schillernd, und es ist trotz schwindender Mitgliederzahlen weiter wichtig: 23 Prozent der Amateurmusiker finden über die Kirchen zur Musik. Chöre und Konzerte der Kirchen sind in manchen Gegenden das einzige kulturelle Angebot. Gleichzeitig sind die großen geistlichen Kompositionen höchst beliebt im Konzertbetrieb jenseits der Kirchen.
Singen aber als Kulturtechnik geht in Schulen wie in der Freizeit verloren. Umso größer die Verantwortung der Kirchenmusik. Den Beweis trat im Aschermittwochsgottesdienst im Dom eine kleine Schola an, die den Gemeindegesang sicher durch die Fährnisse komplizierter Melodien lotste. Ob es solche Hilfe öfter geben sollte? Im Haus am Dom will man nun in Workshops Fragen der Kirchenmusik weiter nachgehen.
Wo liegt die Verbindung von Musik und Theologie? Stimmt das oft Augustinus zugeschriebene Diktum, „Wer singt, betet doppelt“? Was bedeutet das für die Profikirchenmusiker, die gern komplexe Werke bieten, aber zugleich den Gemeindegesang neu entfachen sollen? Verstehen sie sich als Seelsorger? Und welche Musik soll überhaupt gesungen werden? Seit dem Zweiten Vatikanischen Konzil sind „alle Formen wahrer Kunst“ im Gottesdienst möglich. Da gibt es viel zu singen.
CULTURE: MOVIES
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Half Battle Rattle
Reviewers carried away by the cool factor of Paul Thomas Anderson’s latest film missed its criticism of the left.
Since the day it was released in September, “One Battle After Another” has been the favorite to win the Oscars for Best Picture and Best Director, not because it’s the best work its creator, Paul Thomas Anderson, has ever done—it clearly isn’t—but because of its message. Lefty observers are thrilled by its portrait of a black-centered revolutionary movement built on freeing illegal aliens, fighting an ICE-like law-enforcement agency and generally sowing chaos via bombings and bank robberies.
To a historically literate observer, the early scenes look like . . . news from the 1970s. We’ve been there before. The movement was frozen in time the day (March 6, 1970) its bumbling bolshie bombers blew themselves up (right next door to Dustin Hoffman’s house, in Manhattan’s West Village) and killed three of its own crew. Leftist terrorism waxes and wanes throughout American history, but it has never come close to achieving its goal of a wholesale rethink of the American social and economic order. There’s a reason these movements are dominated by the young; by middle age, they look like folly.
But to leftist critics, especially ones too young to remember the ’70s, “OBAA” was received as the movie we need right now—the celluloid resistance. Typical of many reviews was the frenzied one in the Washington Post: “Some movies come along at exactly the moment they’re needed. . . . Whether or not you agree with the tactics of French 75 [the terror group in the film]. . . . it’s bracing to see an overt act of resistance at this particular juncture in American history.” Whether or not you think terrorism is a good idea, then, you’re bound to be tickled by these terrorists, because they’re lefties. Lefty reasoning is my favorite oxymoron.
Such reviews have got the film all wrong, however. (Spoilers follow.) As its star Leonardo DiCaprio has been at pains to clarify on several occasions, “OBAA” lampoons both sides. Nor was it designed to reflect the headlines; that was a very fortuitous coincidence. Chase Infiniti, one of the movie’s stars, says that Mr. Anderson has been thinking about the project since before she was born (she’s 25). It happened to arrive in theaters with dazzlingly great timing, when ICE tactics were becoming central to the American conversation, just as the 1979 nuclear-meltdown thriller “The China Syndrome” arrived in cinemas 12 days before the Three Mile Island nuclear mishap.
As Mr. DiCaprio told Deadline, Mr. Anderson’s script “tapped into the state of the world right now, the extremism that we all feel, from both sides. He did it in such an elegant, beautiful way with these very human protagonists that were all flawed.” His character, an aging revolutionary who for most of the film is called Bob Ferguson, is the one who utters the film’s title. Alert viewers will notice that the right-wing extremist Virgil Throckmorton (Tony Goldwyn) almost does so, too: “Each and every day is hand-to-hand combat in the spread of uncontrolled migration, isn’t it?” There is meant to be balance in the viewer’s mind. We’re supposed to think both far right and far left are absurdly devoted to an America that can’ t be.
The Revolution has left Bob fat, paranoid and brainless, his mind blown out on weed and alcohol. He is reduced to indulging his fantasies by watching “The Battle of Algiers”—one of the far left’s most revered cinematic tracts—in his shack in the woods. The movie’s central running gag is about revolutionary red tape, the descent into proceduralist bickering that invariably plagues “people’s movements.” Bob’s fellow revolutionaries are so exasperating they could be the Bowdoin Young Commies Club. After his daughter, Willa (Ms. Infiniti), is kidnapped, Bob yells at Comrade Josh, a fellow revolutionary who nonsensically sticks to protocol to demand a code phrase while Willa’s life is in danger. Josh replies, like a bubble-wrapped undergraduate, “This is a violation of my safety! These are noise triggers!”
Mr. Anderson’s pox-on-both houses escapes the attention of even those who are paid to watch movies closely for a simple reason: He made the revolutionaries look cool. Their antagonists, a white-supremacist secret society called the Christmas Adventurers club, look like corporate tools. Many an observer has gone gaga over the image of Bob’s romantic and professional partner, the black radical Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor), defiantly firing an automatic rifle balanced atop her nine-months-pregnant midsection. How intersectional! No algorithm yet devised could construct an image so utterly delicious to critics and lefty Oscar voters.
There’s irony to the scene, though. “You realize that we’re a family now, right?” Bob tells her after their child is born. Having kids changes you, alters your sensibility, gives you responsibility. The Revolution fades into a youthful folly when you’re looking in your baby girl’s eyes. Which is why Bob yells at Josh, “You obviously don’t have kids, you f— idiot!” Radicalism never delivers on its promises anyway. As Perfidia puts it, after she is arrested and forced to rat on her comrades, “Every revolution begins fightin’ demons but motherf— just end up fightin’ themselves.” The central message of the film is: reject extremism. Take care of your family, and let the world take care of itself.
Until the end, anyway. For many years, Mr. Anderson has had a tendency to serve up clunky, misshapen and unsatisfying endings. He really blows it this time. The final scene of the movie nullifies the previous two hours.
To the upbeat strains of “American Girl,” Willa (without much pushback from Bob), dashes off to rejoin the revolutionary movement, the same one the movie has taken such pains to depict as ineffectual, self-defeating and ridiculous. So nobody has learned anything. Instead of being cynical about this, Mr. Anderson sends Willa right back into the fray with a buoyant note of optimism, as if he hasn’t been paying attention to the movie he made.
The ending does, however, serve the purpose of cheering lefty Oscar voters, the kind of people who react like dogs offered a piece of bacon every time they hear the meaningless cliché, “Change the world.” Mr. Anderson, ordinarily allergic to such truisms, indulges them. As Perfidia puts it in a letter she leaves behind for her daughter, “Will you try to change the world like I did? We failed but maybe you will not. Maybe you will be the one who puts the world right.” Er, probably not.
CULTURE: LITERATURE
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Erfolgreicher Autor wechselt den Beruf: «In Momenten des Tramfahrens überkommt mich ein Gefühl der Zufriedenheit»
Christoph Poschenrieder hat acht Romane geschrieben, nun sitzt er im Führerstand der Münchner Strassenbahn. Er schwärmt von seiner neuen Tätigkeit.
Christoph Poschenrieder: Fräulein Hedwig. Diogenes, Zürich 2025, 336 S., Fr. 34.–.
Früher war es für Schriftsteller die grösste Ehre, wenn ein Zug nach ihnen benannt wurde – etwa der Intercity-Neigezug Charles Ferdinand Ramuz oder in Deutschland der Intercity Theodor Storm. Heutzutage erobern die Schriftsteller selbst das Cockpit, zumindest das der Strassenbahn: Wer in München in ein Tram steigt und Glück hat, wird vom Autor Christoph Poschenrieder durch die Stadt chauffiert.
Ein Werbe-Gag des Diogenes-Verlags mit anschliessender Signierstunde? Immerhin ist kürzlich Poschenrieders achter Roman, «Fräulein Hedwig», erschienen, der das Schicksal von Poschenrieders Grosstante Hedwig nachzeichnet und dabei auch einiges über die Vorfahren der Familie Poschenrieder erzählt. Die gehörten zum bayrischen Urgestein, einige betrieben eine Mühle an der Schwarzen Laber, andere lebten in und um Regensburg und München.
Tätigkeit mit Aussicht
Poschenrieder selbst wurde zwar in den USA geboren, bleibt der Stadt München jedoch treu, seit er als Kind mit den Eltern hierher zurückkam: «Mir gefällt es hier, auch wenn es ein teures Pflaster ist.» Abgesehen von Studien- und Stipendienaufenthalten hat er stets bei oder direkt in München gelebt. Die besten Voraussetzungen, um seine Leserschaft nun durch «seine» Stadt zu fahren. «Ein paar Linien führen einen durch die netteren Gegenden der Stadt», erklärt er. «Ich mag die Isar-Überquerungen, die Passage durch die Maximilianstrasse und die weite Fahrt in den noblen Vorort Grünwald in den verschiedenen Jahres- und Tageszeiten. Das Schöne ist: Man sieht eben auch was.»
Allerdings hat Poschenrieders Anwesenheit im Führerstand nichts mit einer Werbeveranstaltung zu tun, sondern mit seiner Entscheidung, Strassenbahnfahrer zu werden. Schon 2019 dachte er in einem Interview in der Zeitschrift «Buchszene» darüber nach, ob er überhaupt ein Schriftsteller sei: «Ist das ein Beruf, eine Berufung, ein Hobby?» fragte er damals, als er bereits sechs Romane veröffentlicht hatte. Und fügte hinzu: «Ob ich in zehn Jahren noch Schriftsteller bin, keine Ahnung. Es geht von Buch zu Buch.»
Nun arbeitet Poschenrieder seit einem Jahr als Tramfahrer. Wissen seine Kollegen, dass er Schriftsteller ist? «Ein paar schon», sagt er, «aber wir sind ein ziemlich bunter Haufen. Langgediente, Quereinsteiger wie ich, junge, alte, mit oder ohne Migrationshintergrund, Akademiker und Nichtakademiker, Einzelgänger und gesellige Typen, Gewerkschafter und eher Konservative.» Die Strassenbahn als Querschnitt der Gesellschaft, ist das für einen Schriftsteller nicht geradezu ideal? Erst recht für einen, der schon als Kind dank seiner Modelleisenbahn wusste, wie Weichen funktionieren! «Für viele in meinem Tramkurs war das eher neu.»
Liebe in der Strassenbahn
Schriftsteller und Strassenbahnen – das ist seit je eine ganz besondere Beziehung. Man denke nur an Michail Bulgakows Satire «Wohnraum auf Rädern» von 1924, in der der Erzähler angesichts der Moskauer Wohnungsnot mit Bildern, Teppichen und Samowar ins Tram übersiedelt und den ganzen Tag durch die Stadt fährt. Die Strassenbahn als Zufluchtsort, vielleicht wäre das auch eine Lösung für die in München herrschende Knappheit an Wohnungen. Ein Schriftstellerschreibtisch würde allemal in den Waggon passen.
Noch schicksalhafter wird die Strassenbahn bei Italo Svevo. Er beschreibt in seiner Novelle «Der alte Herr und das schöne Mädchen», wie sich ein alter Herr in eine junge Strassenbahnfahrerin verliebt und darüber zum Schriftsteller wird. Nicht zu vergessen die berühmte Strassenbahnlinie in New Orleans, die von Tennessee Williams als «A Streetcar Named Desire» verewigt wurde.
Begehren und Sehnsucht sind mit der Strassenbahn verknüpft, das hat auch Poschenrieder in seinem Roman «Das Sandkorn» dargestellt: «An diesem Abend nimmt er zum ersten Mal die Elektrische Richtung Stadtmitte; zu verlockend hat die Tram an ihrem Wendepunkt in Lichterfelde geklingelt.» Und dieses verführerische Klingeln, dem der Protagonist wider besseres Wissen folgt, reisst ihn ins Verhängnis, ähnlich wie das Läuten der Nachtglocke in Kafkas «Der Landarzt». Das Klingeln der Strassenbahn gibt den Takt des Grossstadtlebens vor, es steht für Vergnügen und Unterhaltung ebenso wie für Eile und Gewühl: «Ein jeder, jede, jedes läuft kreuz und quer, gescheucht von der Tramklingel», heisst es im «Sandkorn».
Dem Getümmel entrückt
Jetzt ist Poschenrieder kein Gescheuchter mehr, sondern darf selbst scheuchen. Oder in Schicksale eingreifen. «Die Tramklingel gebrauche ich nur zur Warnung aller Verkehrsteilnehmer. Ich glaube, da habe ich schon ein paar Leben gerettet», meint er und scheint sein Tramführerdasein zu geniessen: «In Momenten des Tramfahrens überkommt mich durchaus ein Gefühl der Zufriedenheit.»
Wer sich dem gemächlichen, zeitlosen Gleiten hingibt, kann ihn gut verstehen. Obwohl man mitten in der Grossstadt ist, fühlt man sich dem Getümmel vorübergehend entrückt. Im Bus passiert einem das selten. Wäre es für Poschenrieder auch eine Option gewesen, Busfahrer zu werden? «Nein. Bus ist mir zu wild, zu viel der Immersion in den Verkehr.» Die U-Bahn sei «wegen der ewigen Dunkelheit nicht infrage» gekommen, «hätte allerdings den Vorteil der relativen Unabhängigkeit von Wind und Wetter und den Kapriolen anderer Verkehrsteilnehmer. Ein geschlossenes System.»
Die Strassenbahn bietet also genau die richtige Mischung zwischen Sicherheit und Selbständigkeit, die Poschenrieder seit Jahren beschäftigt. Er zitiert gerne Schopenhauers Satz: «Der Philosoph geht ohne Gängelband, gefährlich, aber frei», und fasst damit die Problematik des Freiberuflers zusammen. «Gefährlich, aber frei, das habe ich auch am Schreiben genossen», sagt er, während er als Trambahnfahrer einen ganz anderen Vorteil auskostet: «Wenn ich den Schlüssel abziehe und die Tram an den Kollegen oder die Kollegin abgebe, denke ich mit den unsterblichen Worten des früheren FC-Bayern-Trainers Trapattoni: ‹Ich habe fertig.› Das Romanschreiben hingegen verfolgt einen in alle Träume und Albträume, auch in die Tagträume.»
Das klingt, als habe Poschenrieder mit dem Schriftstellerdasein abgeschlossen, aber hat das Trambahnfahren nicht grosse Ähnlichkeit mit der Existenz des Schriftstellers? Das ausgleichende Dahingleiten ohne zu viel «Immersion in den Verkehr» und die schöne Aussicht sind der Phantasie wahrscheinlich sogar förderlich. Auch die unabdingbare Zurückgezogenheit des Schriftstellers ist gegeben, denn «während der eigentlichen Arbeit sitzt man allein in seinem Cockpit. Das mag ich.» Es muss ja nicht gleich der Elfenbeinturm sein, ein Tram-Cockpit genügt auch. Man hat den nötigen Abstand, nimmt aber dennoch am Geschehen teil. Und lässt ab und an die Strassenbahnklingel ertönen, wie früher das «Pling» der Schreibmaschine am Ende der Zeile. Eigentlich gute Bedingungen, um das nächste Buch vorzubereiten.
February 23, 2026 –SUMMARY
ARTICLE OF THE DAY
Le Figaro, Interview and Book Review
Michel Winock : « La culture politique française est celle de la discorde et de la fureur »
GRAND ENTRETIEN – Du déchaînement de violence ayant conduit à la mort de Quentin Deranque à la paralysie institutionnelle, l’historien ausculte les invariants de notre vie politique, faite d’intransigeances et de brutalités. Il publie un livre sur la Commune, moment paroxystique de « la guerre civile des Français ».
Michel Winock, La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) Gallimard
LE FIGARO – Le climat de forte tension politique que connaît la France depuis la mort de Quentin Deranque, lynché par des antifascistes, évoque-t-il une de ces poussées de « fièvre hexagonale » dont vous vous êtes fait l’historien ?
MICHEL WINOCK. – Il est certain que, depuis une vingtaine d’années, on assiste à une escalade de la violence dans notre pays, parallèlement à la montée en puissance des extrêmes, à gauche comme à droite. Mais l’historien que je suis constate que ce n’est pas une nouveauté, même si chaque crise présente, à côté des invariants, des aspects nouveaux, telle l’influence aujourd’hui des réseaux sociaux. Nous avons une histoire faite d’antagonismes implacables, de guerres civiles, de révolutions, d’insurrections et de répressions féroces. En 1968, François Mauriac écrivait ceci dans son « Bloc-notes » du Figaro : « Je ne crois pas qu’il y ait plus de haine aujourd’hui chez nous qu’au bon vieux temps. La guerre civile y a été froide ou chaude selon les époques, mais perpétuelle. Ce royaume n’aura cessé d’être divisé contre lui-même. » Cette idée de guerre civile larvée ou sanglante me paraît une observation juste. Notre culture politique est celle de la discorde et de la fureur.
Quand on jette un regard sur la longue durée, les guerres de Religion ont inauguré des siècles de conflits acharnés. La Saint-Barthélemy, en 1572, peut être considérée comme la date emblématique de cette guerre civile entre Français que l’on voit se répéter tout au long de notre histoire. La Révolution a été une grande étape dans la construction de cette culture de l’affrontement et de la radicalité. Entre les partisans de la Révolution et les contre-révolutionnaires, il y a eu des duels incessants. La violence a été des deux côtés : on a connu la Terreur, les massacres de septembre, mais aussi la Terreur blanche en 1815, avec le retour en force des royalistes. Si on tire le fil de cette histoire de la violence et de la radicalité, on arrive jusqu’à nos jours. Songez aux années 1930, avec les déchaînements d’extrême droite auxquels répondent des services d’ordre musclés d’extrême gauche. Au mois de février 1936, le jour des obsèques de Jacques Bainville, historien de l’Action française, Léon Blum, qui passait par là, est saisi, malmené et sauvé de très peu du lynchage. De même, il y a des groupuscules d’extrême gauche qui sont toujours prêts à combattre les factions de droite. Sans oublier la guerre et l’après-guerre : la Milice, l’épuration sauvage, les grèves dites insurrectionnelles de 1947… Si nous revenons à aujourd’hui, on ne peut pas dire, malheureusement, que la situation soit véritablement originale.
Parmi ces épisodes de guerre civile figure la Commune, qui a marqué durablement les imaginaires de gauche par sa radicalité et la violence de sa répression. Quelle trace a laissé cet événement dans les mémoires ?
La mémoire de la Commune a certainement alimenté le mépris de la démocratie parlementaire et du système représentatif. Car la Commune avait pour principe, entre autres, la démocratie directe. Elle était portée par l’idée de décentralisation complète et d’autonomie des communes qui devaient se fédérer pour créer une unité nationale française. Le seul document officiel de la Commune par lequel les révolutionnaires parisiens de 1871 s’identifient est la Déclaration au peuple français du 19 avril, d’inspiration proudhonienne, dans laquelle est proclamé l’idéal d’une République fédérale.
L’héritage de la Commune nourrit les débats entre les partisans d’une révolution par le haut, par le parti, par l’État, et ceux qui défendent au contraire un socialisme décentralisé par le bas, par les ouvriers eux-mêmes.
Plus tard, quand vont s’institutionnaliser les grands organes du mouvement ouvrier, le parti et le syndicat, on retrouve ce détachement vis-à-vis de la démocratie parlementaire. La SFIO est née en 1905 sur les principes de la lutte des classes et du refus de participer à un gouvernement « bourgeois ». Et la CGT, qui s’est constituée dix ans avant mais manifeste vraiment sa doctrine par la charte d’Amiens de 1906, répudie complètement le système parlementaire. Elle prône aussi la révolution, qui doit advenir par la grève générale. Dans l’histoire de la gauche, on retrouve donc cette prise de parti contre la démocratie « bourgeoise ». En face, la droite, issue de la Contre-Révolution, nourrit également un antiparlementarisme fondamental. Lorsque la IIIe République s’installe, elle n’a de cesse de pourfendre avec ses journaux et ses mouvements le « régime des voleurs ». Des violences sont commises avec des mouvements comme le boulangisme, l’antisémitisme, l’antidreyfusisme. Tout cela porté par des ligues souvent violentes comme la Ligue des patriotes ou la Ligue antisémitique et, bientôt, la plus influente, l’Action française. L’hostilité au régime parlementaire, à la démocratie représentative, a persisté dans les deux camps.
La Commune a été un épisode abondamment commenté par Marx et Bakounine. Quelle analyse en ont faite les maîtres à penser du socialisme ?
Marx a suivi les soixante-douze jours de la Commune avec beaucoup d’attention. Il était à Londres, membre du conseil général de l’Internationale ouvrière, et très bien informé. Quelques jours après la « semaine sanglante », il publie ce manifeste éclatant, La Guerre civile en France, dans lequel il écrit : « Son secret, le voici : c’était le gouvernement de la classe ouvrière. » Pour l’historien, cela mérite vérification. Marx exclut toute la genèse de la Commune, qui a été d’abord patriotique, ensuite républicaine, et je n’ose pas dire socialiste. Engels va en rajouter en disant que c’était la « dictature du prolétariat ». Or, s’il y a bien un mot que la majorité des communards récusent complètement, c’est le mot « dictature ». C’était tout le contraire. Mais la Commune est restée comme un moment exceptionnel où des ouvriers ont, pour la première fois, véritablement participé au pouvoir. Ça n’a duré que soixante-douze jours, mais c’était déjà un exploit extraordinaire et riche d’avenir.
En face de Marx, Bakounine représentait le mouvement anarchiste, ou, comme disait Proudhon, « le socialisme par le bas ». Il refusait précisément l’idée de parti centralisé qui organise la lutte. Pour Bakounine, tout doit venir de la spontanéité populaire. En lisant le manifeste de Marx sur la Commune, Bakounine se réjouit à l’idée que Marx soit finalement tombé d’accord avec lui. C’était un malentendu.
L’héritage de la Commune nourrit les débats entre les partisans d’une révolution par le haut, par le parti, par l’État, et ceux qui défendent au contraire un socialisme décentralisé par le bas, par les ouvriers eux-mêmes. Avant 1914, on retrouve dans l’histoire française deux socialismes qui s’opposent. Le socialisme de la SFIO, qui entend faire la révolution par le haut, par le parti, qui gagnera les élections. Et la CGT, syndicaliste révolutionnaire, pour qui la révolution se ferait par la grève générale et les syndicats. Michel Rocard reprendra cette distinction entre les deux gauches, l’une jacobine, l’autre décentralisatrice et autogestionnaire.
Lénine s’est également intéressé à la Commune, dont il imputait l’échec au fait que les communards aient voulu conjuguer socialisme et patriotisme. Quelles leçons en a tirées la gauche ?
Le mythe du gouvernement ouvrier est à la fois faux et vrai. Il est faux car la Commune n’a pas été, dans sa genèse, un mouvement révolutionnaire de lutte de classes visant à créer une société sans classes. À côté des ouvriers, il y avait énormément de petits-bourgeois, d’artisans, de professions libérales, de fonctionnaires, etc. Mais il est vrai que deux tiers des 40 000 communards faits prisonniers et jugés au lendemain de la « semaine sanglante » sont des travailleurs manuels, dont une grosse partie du bâtiment. Cela s’explique par les grands travaux de Haussmann, qui avaient attiré à Paris beaucoup de provinciaux. La Commune a donc indiscutablement, comme le prouve la statistique, une dimension de lutte de classes. Cette lutte de classes a d’ailleurs été perçue beaucoup plus vite par les Versaillais que par les Parisiens. Dans les déclarations du gouvernement et dans la presse de Versailles, on dénonce très tôt cette révolution du bas peuple qui menace les propriétés et les propriétaires.
Ceux qui ont voulu éviter la guerre civile, dont Clemenceau et Victor Hugo faisaient partie, sont eux aussi des grands vaincus
Chez les communards, il y a d’abord une volonté politique, antiroyaliste, mais animée par des forces sociales, représentées par les membres de l’Internationale ouvrière, qui font de la Commune un moment d’expérimentation sociale. Ce n’était pas socialiste au sens où il n’y a eu aucun décret nationalisant l’économie. Mais il y avait une tendance. Cette dimension sociale ne doit toutefois pas faire oublier que la Commune est née d’abord de la guerre franco-prussienne : elle a résulté d’un désappointement des Parisiens qui avaient résisté jusqu’au bout à l’envahisseur. Pas seulement des ouvriers, mais aussi des petits-bourgeois ou des bourgeois républicains, patriotes, qui ont voulu se battre jusqu’au bout et se sont sentis trahis par le gouvernement provisoire. D’ailleurs, le mot « Commune » est né pendant le siège de Paris, contre un gouvernement qui ne faisait rien pour repousser l’envahisseur. Puis, quand des élections législatives ont lieu le 8 février 1871 pour légaliser le pouvoir, les monarchistes obtiennent la majorité. Du sentiment patriotique on passe alors à un sentiment de résistance républicaine, par crainte de la restauration. Lénine, théoricien du « défaitisme révolutionnaire », était aux antipodes du patriotisme de gauche, d’où sa critique.
La violence de la Commune et de la répression ordonnée par Adolphe Thiers marque aussi, écrivez-vous, la défaite des « conciliateurs », comme Victor Hugo et Georges Clemenceau. Cela est-il révélateur de notre culture politique nationale ?
Cela illustre bien notre culture de la radicalité, de l’intransigeance, de refus du compromis, la volonté jusqu’au-boutiste que l’on observe dans cette guerre civile armée mais aussi dans les rapports sociaux. La France a connu des mouvements de grève très durs, avec une difficulté extrême à négocier des deux côtés, aussi bien patronal ou étatique que syndical. L’idée de compromis, de consensus, de conciliation, n’est pas dans la culture française. Ceux qui ont voulu éviter la guerre civile, dont Clemenceau et Victor Hugo faisaient partie, sont eux aussi des grands vaincus.
C’est un trait constant de notre vie politique. La Révolution a joué un rôle décisif du point de vue de l’égalité civile, des droits de l’homme, mais elle n’a pu mettre en place un système démocratique représentatif. On peut parler d’un échec constitutionnel de la Révolution. En 1795, on a enfin établi un régime parlementaire, avec deux chambres et un exécutif composé de cinq directeurs. Mais le Directoire n’est parvenu à se maintenir que par des coups d’État, en refusant les résultats des élections quand ils étaient trop à droite ou trop à gauche. Dans cette situation inextricable, la seule solution a été d’appeler un sauveur. Notre histoire a connu la reproduction de ce schéma. Et nous y sommes encore, avec la Constitution de 1958-1962, qui donne à l’exécutif un pouvoir sans pareil depuis le second Empire. Le scénario se répète : face à une impossibilité parlementaire, on fait appel à un sauveur dont on se lasse ou que les événements renversent, puis on essaie à nouveau un régime représentatif.
Le scénario le plus pessimiste est la continuité de la situation présente après 2027, le manque de majorité, l’ingouvernabilité, la colère de la rue et l’effondrement de la démocratie d’une manière ou d’une autre.
Avec la Ve République, de Gaulle a réussi à rétablir la stabilité gouvernementale. Quand on a connu la IIIe et la IVe, on peut dire que c’est sa grande réussite. Ce système a reposé, malgré lui, sur la bipartition et, à partir de 1981, de l’alternance. Mais il s’est effondré en 2017. Pourquoi ? Parce que les deux partis qui étaient censés représenter les forces de l’alternance ont été aspirés par un centre volumineux – qu’on a appelé l’extrême centre – qui interdit l’alternance. Le système se maintient en 2017 car Emmanuel Macron obtient une majorité législative, mais, en 2022, c’est fini : la bipartition s’est définitivement écroulée. Et on assiste à ce chaos, cette situation d’ingouvernabilité, avec des premiers ministres qui se succèdent, l’absence de majorité, l’utilisation outrancière du 49.3. Voilà ce qu’est devenu le « beau système » qui avait fonctionné pendant une soixantaine d’années.
Vous avez consacré un livre à « l’agonie de la IVe République ». Pensez-vous que nous assistons à l’agonie de la Ve ?
À court terme, il y a, à mon avis, trois scénarios possibles. Le scénario le plus pessimiste est la continuité de la situation présente après 2027, le manque de majorité, l’ingouvernabilité, la colère de la rue et l’effondrement de la démocratie d’une manière ou d’une autre. Dans cette hypothèse, on ne s’en sort pas, ou alors on s’en sort par je ne sais quel putsch de droite ou révolution mélenchonienne. Le deuxième scénario est le retour au système gaullien avec une extrême droite qui aurait un président à elle et une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Je dis extrême droite car je ne vois pas comment les autres formations politiques, aujourd’hui, pourraient avoir à la fois un président et une majorité. Chacun peut imaginer les conséquences d’une telle possibilité, je n’insiste pas. Si l’on veut être optimiste, le troisième scénario est celui de l’adaptation des Français à un vrai régime parlementaire. Ce qui implique de conclure des accords entre les groupes de même famille, de signer des pactes de gouvernement…
Pour arriver à une majorité malgré l’émiettement partisan, on devra accepter le modèle qu’offrent les autres pays européens qui sont dans le même cas d’absence de majorité absolue. Ce serait une révolution dans les esprits et les pratiques pour les Français, qui, au fond, n’ont jamais accepté un système représentatif civilisé dans lequel les conflits existent mais sont réglés par un consensus constitutionnel. On n’en est pas encore là. Il y a eu toute de même un petit signe ces derniers mois qui encourage cet espoir ou cette illusion, c’est l’attitude du PS, qui a rompu avec le dogmatisme pour accepter une forme de compromis avec Sébastien Lecornu. Il y a eu là, peut-être, une prise de conscience que l’intérêt général devait primer sur l’esprit partisan et la radicalité. À suivre.
GEOPOLITICS: IRAN AND THE US (2)
The Economist (Pay Wall)
Military menu / What are Donald Trump’s strike options in Iran?
An immense armada threatens the regime, but it is not yet blinking
The Economist (Pay Wall)
A collision long in the making : The moment of reckoning between America and Iran
Donald Trump must soon choose whether to attack Iran or beat a humiliating retreat
EUROPEAN DEFENSE (2)
Politico
Why US-EU defense industrial cooperation matters more than ever
Limiting American defense industry participation in European procurement programs threatens that partnership and weakens our mutual security.
Andrew Puzder is U.S. Ambassador to the EU and Matthew Whitaker is U.S. Ambassador to NATO.
The NATO transatlantic alliance has been the foundation of European and American security for decades. Today, as the world faces complex and unprecedented security challenges, the United States and Europe must work together to sustain and strengthen this partnership. Limiting U.S. defense industry participation in European procurement programs threatens that partnership and weakens our mutual security.
To their credit, NATO allies have responded to President Donald Trump’s call for increased defense investment, with commitments to raise defense spending to 5 percent of GDP. But for the most part those commitments are as yet unfulfilled, meaning the U.S. still bears a disproportionate share of Europe’s security costs and provides technical and defense production capabilities our NATO allies lack.
As the war in Ukraine rages on, U.S. production lines must operate at capacity to supply munitions other nations cannot, such as U.S. air defense systems and their interceptor missiles and F-16 ammunition and spare parts. This is particularly true as the U.S. strives to meet its own defense production needs as well as those of our allies across the world. For the U.S. to continue supplying the armaments Ukraine and NATO member countries need requires orders sufficient to justify their production and the resources to pay for them.
With that in mind, the United States has expressed concerns about how EU defense initiatives like Security Action for Europe (SAFE) and the European Defense Industry Program (EDIP) restrict market access for American companies. Such exclusionary measures undermine our collective defense by limiting competition, stifling innovation and depriving these companies of the orders they need to maintain production at the levels required to meet our allies’ needs.
EDIP and SAFE mandate the EU maintain control over the design, configuration, and future modification of defense systems. And these requirements threaten intellectual property rights, constrain supply chains, and impede transatlantic interoperability. Additionally, these programs impose a 35 percent cap on U.S. industrial participation, limiting the possibility of U.S.-EU joint defense ventures.
Looking ahead, we are especially concerned about the Commission’s plan to incorporate “European preference” in the Defense Procurement Directive in 2026. Revisions to the Directive are critical because they will directly impact how EU countries spend their national money on defense procurements. Our view is that EU countries should have the full sovereign autonomy to make decisions about defense procurements — including where to make purchases — without the EU imposing additional eligibility criteria similar to those present in SAFE and EDIP.
Similarly, if the goal of the European Commission’s proposed €90 billion loan to Ukraine is for Ukraine to defeat Russia, the EU should allow Ukraine to purchase what it needs as quickly as possible. Otherwise, the loan appears to serve more as an economic development initiative that favors certain EU countries’ defense industries.
Let us be clear: We welcome member countries’ efforts to ramp up their defense budgets and the EU utilizing financial levers to encourage more defense spending. But not at the cost of decades of cooperation by fragmenting the defense market and reducing the effectiveness of joint efforts.
The economic implications are significant. U.S. defense companies are not merely suppliers; they’re partners who have invested in European economies, created tens of thousands of good-paying European jobs, and provided the advanced technology that strengthens NATO. Our transatlantic defense industry is most effective when nations are free from protectionist policies and able to choose equipment and capabilities best suited to their needs. Joint ventures and transatlantic supply chains have enabled collaboration on next-generation technologies including missile and cyber defense. By leveraging the expertise and resources of American industry, Europe can share the burden of defense investment and ensure access to the best possible equipment.
The U.S. has consistently welcomed European investment and competition in our own defense market, including through Reciprocal Defense Procurement Agreements (RDPAs) with 19 of 27 EU countries. Reciprocal openness is essential to maintain trust and ensure both sides benefit from shared investments. Restrictive measures stand in direct contrast to member countries’ commitments under these agreements and undermine access to our long shared, transatlantic defense industrial base.
The stakes are high. A prosperous, secure Europe is in the best interests of both the EU and the United States. European defense capability strengthens NATO and enables both sides to meet global challenges more effectively. Creating barriers for U.S. industry will slow Europe’s rearming efforts and undermine both NATO readiness and interoperability by severing access to integrated transatlantic supply chains.
EU policymakers considering the future of defense cooperation face a clear choice — pursue policies that restrict market access and fragment the defense sector, or foster an environment of openness, competition, and innovation. The latter approach supports our collective security, readiness, resilience, and cost-effective investment, benefiting taxpayers, workers, and service members on both sides of the Atlantic.
https://www.politico.eu/article/why-us-eu-defense-industrial-cooperation-matters-more-than-ever/
L’Express
Les périls d’une hégémonie militaire allemande pour l’Europe, par Liana Fix
Géopolitique. L’Allemagne redeviendra une grande puissance militaire d’ici 2030, sans rivale sur le continent. De quoi inquiéter ses voisins et raviver de douloureux souvenirs historiques…
“Si la tendance actuelle se poursuit, la prochaine guerre mondiale est inévitable”, déclarait le maréchal Foch en 1921. Le commandant en chef des alliés pendant la Première Guerre mondiale avait tiré la sonnette d’alarme dans un discours prononcé à New York. Sa préoccupation était simple. Après avoir vaincu l’Allemagne, les puissances alliées l’avaient contrainte à désarmer par le traité de Versailles. Mais à peine deux ans plus tard, elles avaient cessé d’appliquer les termes de leur victoire. Berlin, avertissait Foch, pouvait donc reconstruire son armée et le ferait. “Si les Alliés continuent à faire preuve de leur indifférence actuelle… l’Allemagne reprendra sûrement les armes.”
L’avertissement de Foch était prémonitoire. À la fin des années 1930, ayant reconstruit son armée, l’Allemagne s’est emparée de l’Autriche, puis de la Tchécoslovaquie et enfin de la Pologne, déclenchant la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’elle fut à nouveau vaincue, les Alliés se sont montrés plus attentifs dans leur gestion du pays. Ils l’ont occupé et divisé, ont dissous son armée et supprimé en grande partie son industrie de défense. Lorsque les États-Unis et l’Union soviétique ont autorisé respectivement l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est à reconstituer leurs forces armées, ce fut sous une surveillance stricte. Lorsqu’ils ont permis la réunification, l’Allemagne a dû limiter la taille de ses troupes. Malgré cela, Margaret Thatcher s’est opposée à la réunification, craignant qu’elle ne donne naissance à un pays trop puissant. Une Allemagne plus grande, avait-elle averti en 1989, “compromettrait la stabilité de la situation internationale dans son ensemble et pourrait mettre en danger notre sécurité”.
Les craintes de Foch et de Thatcher semblent appartenir à l’histoire ancienne. Alors que l’Europe a traversé plusieurs crises ces dernières décennies, la plus importante étant l’agression de la Russie contre l’Ukraine, les dirigeants du continent s’inquiètent bien plus de sa faiblesse. “Je crains moins la puissance allemande que l’inaction allemande”, déclarait Radoslaw Sikorski, ministre polonais des Affaires étrangères, en 2011, pendant la crise financière européenne. Une sortie d’autant plus remarquable que la Pologne a été toujours été l’un des pays les plus inquiets face à la puissance allemande. Pour le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte aussi, l’armée allemande doit “dépenser plus et produire plus”.
Juste après la Russie
Les voeux de ces dirigeants sont exaucés. Après de nombreux retards, le Zeitenwende allemand, sa promesse de 2022 de devenir l’un des leaders européens en matière de défense, devient enfin réalité. En 2025, l’Allemagne a dépensé plus pour la défense que tout autre pays européen en termes absolus. Son budget militaire se classe au quatrième rang mondial, juste après celui de la Russie. Les dépenses militaires annuelles devraient atteindre 189 milliards de dollars en 2029, soit plus du triple de 2022. L’Allemagne envisage même de rétablir la conscription obligatoire si son armée, la Bundeswehr, ne parvient pas à attirer suffisamment de recrues volontaires. Si le pays maintient le cap, il redeviendra une grande puissance militaire avant 2030.
Les Européens devraient faire attention à ce qu’ils souhaitent. L’Allemagne s’est certes engagée à utiliser sa puissance militaire démesurée pour aider toute l’Europe. Mais si elle n’est pas contrôlée, la domination allemande pourrait finir par favoriser les divisions au sein du continent. La France reste inquiète du fait que son voisin devienne une grande puissance militaire, tout comme de nombreux Polonais, malgré ce qu’a dit Sikorski. À mesure que Berlin monte en puissance, la suspicion et la méfiance pourraient s’accroître. Dans le pire des scénarios, ce serait le retour des rivalités en Europe. La France, la Pologne et d’autres États pourraient tenter de contrebalancer l’Allemagne, ce qui détournerait l’attention de la Russie et laisserait l’Europe divisée et vulnérable. La France, en particulier, pourrait chercher à réaffirmer son statut de première puissance militaire du continent et de “grande nation”, de quoi provoquer une rivalité ouverte avec Berlin.
De tels scénarios cauchemardesques sont particulièrement probables si l’Allemagne finit par être gouvernée par l’AfD, le parti d’extrême droite qui progresse dans les sondages. Cette formation nationaliste critique depuis longtemps l’Union européenne comme l’Otan, et certains de ses membres ont formulé des revendications revanchistes sur le territoire des pays voisins. Une Allemagne contrôlée par l’AfD pourrait utiliser son pouvoir pour intimider ou contraindre d’autres pays, ce qui entraînerait des tensions et des conflits.
L’Allemagne doit effectivement renforcer son armée. Le continent est en danger et aucun autre gouvernement européen ne dispose de ses capacités financières. Mais Berlin doit aussi reconnaître les risques qui accompagnent cette force nouvelle et limiter la puissance allemande en l’intégrant dans des structures militaires européennes plus intégrées.
Le rôle clé de l’hégémonie américaine
Pour beaucoup, il est difficile de comprendre pourquoi le réarmement de l’Allemagne pourrait entraîner une concurrence et une instabilité en Europe. Tous les Européens connaissent bien sûr l’histoire militariste du pays. Mais dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a profondément intégré son économie et son appareil de défense à l’Europe. Le chancelier Konrad Adenauer a fermement rejeté l’idée de faire de son pays une puissance militaire indépendante et a préconisé l’intégration des forces armées ouest-allemandes dans une armée européenne ou dans l’Otan. Après la fin de la guerre froide, le pays a adopté une approche de retenue militaire et s’est identifié comme une “puissance civile”, digne de confiance et non menaçante, même si la réunification l’avait considérablement renforcée. Comme l’a déclaré Helmut Kohl, “seule la paix peut venir du sol allemand”. L’intégration économique et politique réalisée par l’UE a créé une identité paneuropéenne et favorisé l’idée que les pays européens, dont l’Allemagne, partageaient des intérêts stratégiques communs et ne pourraient donc jamais revenir à la concurrence.
Et pourtant, comme l’ont fait valoir des chercheurs réalistes, la rivalité entre les pays européens n’a jamais vraiment disparu, et certainement pas grâce à la seule action de l’Union européenne. Elle a simplement été atténuée, en grande partie par l’Otan et l’hégémonie américaine. L’UE était, et reste, avant tout une organisation économique. La sécurité et la défense en Europe ont principalement été entre les mains de l’Otan et de l’armée américaine.
Industries nationales favorisées
Maintenant que les États-Unis semblent détourner leur attention et les ressources qu’ils ont historiquement consacrées à l’Europe, cette concurrence pourrait revenir. D’autres pays européens s’inquiètent déjà du renforcement militaire et des dépenses de défense de l’Allemagne. Berlin prévoit de consacrer la majeure partie de son budget de défense aux entreprises allemandes, en exploitant une exception aux règles de concurrence de l’UE qui permet aux pays membres de ne pas suivre les procédures de notification et d’autorisation pour le financement public des industries de défense nationales lorsqu’il s’agit d’intérêts essentiels en matière de sécurité. Cela compromettra la collaboration et rendra difficile l’émergence de véritables champions industriels européens de la défense. Ce dont l’industrie de la défense en Europe a besoin, c’est d’un marché unique pour les armes, mais les politiques de Berlin ne poussent pas dans cette direction.
La France, l’Italie, la Suède et d’autres Etats ont profité de la même faille dans la législation européenne pour développer leur secteur de la défense, et ils disposent désormais d’industries militaires suffisamment importantes pour tempérer la domination allemande. Mais aucun pays européen ne peut rivaliser avec les dépenses de Berlin. L’Allemagne a récemment assoupli son frein à l’endettement afin de permettre des dépenses de défense quasi illimitées, une option dont la plupart des pays européens, qui ont des déficits plus importants, ne disposent pas. La meilleure solution à ce dilemme serait que la Commission européenne s’engage dans un emprunt commun à grande échelle pour la défense. Il existe déjà un précédent : les euro-obligations émises par la Commission pendant la crise du Covid-19. Berlin a toutefois refusé d’autoriser une initiative de défense aussi ambitieuse. Au lieu de cela, elle n’a approuvé que des programmes d’emprunt conditionnels tels que le mécanisme Safe, qui offre jusqu’à 175 milliards de dollars de prêts bon marché pour des projets de défense collaboratifs. Ces programmes ne peuvent tout simplement pas répondre à la demande financière constante pour des projets industriels de défense à forte intensité capitalistique. Ils sont également modestes comparé au plan de l’Allemagne qui prévoit de dépenser plus de 750 milliards de dollars pour la défense au cours des quatre prochaines années.
Les décideurs politiques allemands affirment ne pas vouloir payer la note des dépenses intérieures exubérantes de gouvernements qu’ils considèrent comme moins responsables sur le plan budgétaire au sein de l’UE, surtout lorsque la croissance de leur pays stagne. Mais cet argument est hypocrite : pendant de nombreuses années, l’équilibre budgétaire et la croissance économique de Berlin ont été alimentés par les exportations vers la Chine et l’énergie bon marché russe, sans se soucier de l’influence de Pékin et de l’agressivité de Moscou.
Le nucléaire, seul avantage de la France
L’Allemagne affirme qu’elle cherche à établir des partenariats avec d’autres gouvernements européens afin de garantir que ses dépenses de défense profitent à l’ensemble de ses voisins. Selon elle, même si les entreprises nationales en sont les principales bénéficiaires, le gâteau est suffisamment grand pour que tout le monde puisse en avoir une part. Berlin considère également que le stationnement de troupes allemandes dans les États baltes – et peut-être dans d’autres pays à l’avenir – est une garantie suffisante. Mais cela ne suffira probablement pas à apaiser les inquiétudes, en particulier dans un contexte de retrait des États-Unis et d’incertitude concernant l’Otan. Nombreux sont ainsi les Européens qui commencent à s’interroger sur la manière dont Berlin compte ancrer sa domination militaire et industrielle. Ils veulent voir l’Allemagne jouer son rôle, et non pas abuser de son pouvoir.
Les décideurs allemands balayent ces préoccupations. Ils affirment qu’on ne peut pas avoir à la fois une Allemagne faible et une Allemagne forte capable de défendre l’Europe. Puisque le continent a demandé ce renforcement, il n’a pas le droit de s’en plaindre. Mais la France n’aime pas l’idée que l’Allemagne soit la grande puissance militaire de l’Europe. Elle surveillera de près tout signe indiquant que son voisin pourrait vouloir se doter d’armes nucléaires, le seul domaine où la France conserve sa supériorité. Certains responsables polonais craignent qu’une Allemagne militairement puissante ne se sente un jour libre de rétablir des relations amicales avec la Russie. Les Polonais, et pas seulement ceux qui soutiennent le parti populiste Droit et justice, ont également exprimé leur crainte qu’une Allemagne dominante ne marginalise le rôle des petits États de l’UE.
Ceux qui veulent comprendre pourquoi les Européens craignent l’hégémonie allemande n’ont pas besoin de remonter un siècle en arrière; une décennie suffit. Pendant la crise budgétaire des années 2010, plusieurs pays de l’UE croulaient sous les dettes et avaient besoin d’être renfloués par l’UE. Ce qui passait par l’accord de l’Allemagne, la plus grande et la plus riche économie de la zone euro. Mais plutôt que de faire preuve de solidarité et d’utiliser son immense richesse pour aider ces États, Berlin s’est préoccupé de la responsabilité budgétaire et a imposé des mesures d’austérité sévères dans le cadre des plans de sauvetage. Le gouvernement allemand s’est montré particulièrement sévère envers la Grèce, lui imposant des coupes drastiques dans ses programmes sociaux et autres services publics. Le taux de chômage du pays a atteint près de 30 % en 2013 et, au milieu de la décennie, son PIB s’est contracté d’un quart. Les Grecs, à leur tour, ont fini par détester Berlin. Une célèbre affiche grecque représentait la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, vêtue d’un uniforme nazi.
Une Europe divisée, pion pour les grandes puissances
Si l’Allemagne ne prend pas de mesures pour atténuer cette méfiance et ce malaise, la situation pourrait se détériorer. Pour contrebalancer la puissance militaire de Berlin, la Pologne pourrait chercher à s’allier plus étroitement avec les pays baltes et nordiques et le Royaume-Uni au sein de la Force expéditionnaire interarmées. Elle pourrait également chercher à rejoindre le Nordic-Baltic Eight, un cadre de coopération régionale entre le Danemark, l’Estonie, la Finlande, l’Islande, la Lettonie, la Lituanie, la Norvège et la Suède. Dans les deux cas, cela fragmenterait les efforts communs de défense européenne. La France pourrait, elle, être tentée de réaffirmer son rôle en augmentant considérablement ses dépenses de défense afin de rattraper et de contenir l’Allemagne, malgré les difficultés budgétaires internes. Paris pourrait également chercher à coopérer plus étroitement avec Londres pour contrebalancer Berlin.
Une Europe déstabilisée par la concurrence interne pourrait paralyser l’UE et l’Otan. La Russie pourrait y voir une occasion de tester la défense collective de l’alliance atlantique en vertu de l’article 5. La Chine pourrait exploiter le continent sur le plan économique, menaçant ainsi sa puissance industrielle. L’Europe aurait du mal à se défendre, en particulier en l’absence des Etats-Unis. Et si ces derniers deviennent une puissance hostile, comme le suggère leur projet d’annexion du Groenland, ils auront plus de facilité à manipuler le continent. En d’autres termes, une Europe divisée deviendrait un pion dans le jeu des grandes puissances.
Le spectre de l’AfD
Une Allemagne dominante sur le plan militaire pourrait s’avérer particulièrement dangereuse en cas de victoire de l’AfD, en tête dans les sondages au niveau national. Ce parti adhère à une idéologie d’extrême droite, illibérale et eurosceptique. Il est favorable à la Russie, opposé au soutien à l’Ukraine et souhaite inverser l’intégration économique et militaire de l’Allemagne dans l’UE et l’Otan depuis 1945, du moins dans leur forme actuelle. Il considère la puissance militaire comme un outil d’agrandissement national qui devrait être utilisé exclusivement au profit de Berlin. Il espère développer une industrie de défense allemande totalement indépendante de celle des alliés traditionnels. Si elle remporte les élections fédérales, l’AfD utilisera l’armée allemande exactement comme Thatcher le craignait : pour projeter sa puissance contre les voisins de l’Allemagne. De la même manière que Washington a formulé des revendications autrefois inconcevables sur le Canada et le Groenland, une Allemagne entre les mains de l’AfD pourrait finir par revendiquer des territoires français ou polonais.
Les partis centristes allemands ont cherché à la mettre en quarantaine à travers de grandes coalitions. Mais il devient chaque année plus difficile de bloquer l’AfD. Pour les élections régionales de 2026, les sondages montrent que le parti est en passe d’obtenir la majorité en Mecklembourg-Poméranie occidentale et en Saxe-Anhalt.
Dans un scénario périlleux, l’AfD pourrait devenir le partenaire d’un gouvernement de coalition, voire le leader de cette coalition. Elle pousserait alors à détacher officiellement l’Allemagne des structures occidentales ou à les affaiblir de l’intérieur. Elle tenterait, par exemple, de remodeler l’UE en une “Europe des nations” illibérale sans l’euro comme monnaie commune. Cela affaiblirait les liens économiques qui ont favorisé la paix pendant 80 ans et provoquerait toutes sortes de luttes politiques intra-européennes. L’AfD opterait aussi pour l’apaisement envers la Russie et ferait pression pour retirer la brigade allemande de Lituanie. Elle pourrait faire voler en éclats la coopération et la réconciliation avec la France et le Royaume-Uni, notamment en suspendant le traité d’Aix-la-Chapelle et le traité de Kensington, récemment conclus, qui ont élevé la coopération franco-allemande et anglo-allemande en matière de sécurité à un niveau supérieur. L’Allemagne deviendrait alors une puissance hégémonique nationaliste et militariste, faisant cavalier seul en Europe.
En réponse, la France, la Pologne et le Royaume-Uni établiraient presque certainement des coalitions destinées à contenir l’Allemagne, même si eux-mêmes étaient également gouvernés par des partis de droite. Une Allemagne dirigée par l’AfD chercherait quant à elle à conclure ses propres alliances, par exemple avec l’Autriche ou la Hongrie.
“Menottes en or”
Il existe un moyen pour Berlin d’étendre sa puissance militaire sans replonger l’Europe dans une ère de concurrence et de rivalité, même si l’Allemagne venait à être gouvernée par l’AfD. La solution consiste pour le pays à accepter ce que l’historien Timothy Garton Ash appelait des “menottes en or” : des restrictions à sa souveraineté grâce à une plus grande intégration avec ses voisins européens.
Les anciens dirigeants allemands ont fait ce compromis. Adenauer a intégré la nouvelle Bundeswehr ouest-allemande à l’Otan. Pour réunifier l’Allemagne de l’Est, Kohl a troqué le mark allemand contre l’euro, renonçant ainsi à la souveraineté monétaire de Berlin. Les dirigeants actuels devraient suivre ces exemples. Ils peuvent commencer par accepter une dette européenne commune à grande échelle pour la défense, permettant ainsi aux pays qui ont moins de marge de manoeuvre budgétaire que l’Allemagne de dépenser généreusement pour la défense sans s’endetter davantage et risquer, comme cela pourrait être le cas pour la France, de nouvelles dégradations de leur notation de crédit. Par rapport à la plupart des pays européens, les coûts d’emprunt globaux de l’UE sont faibles, et en tant que plus grande économie de la zone euro, l’Allemagne peut se permettre de servir de garant de dernier recours. Cela permettrait d’ancrer plus profondément la puissance militaire et industrielle allemande en Europe en faisant assumer à Berlin la responsabilité financière de l’armement du continent.
L’Allemagne devrait également pousser à une intégration plus forte des industries de défense européennes, notamment en recherchant davantage de collaboration sur ses propres projets plutôt que de dépenser principalement pour des entreprises nationales. De même, elle devrait favoriser véritables entreprises de défense européennes, à l’image d’Airbus, qui a été créé comme un consortium aéronautique européen afin d’offrir une alternative aux constructeurs américains.
Intégration plus poussée
Enfin, et c’est là l’objectif le plus ambitieux, l’Allemagne et ses alliés européens devraient réfléchir à une intégration militaire plus poussée. Du fait du retrait américain, l’Europe devra trouver des formats en dehors de l’Otan pour assurer sa défense. Et même si la création d’une armée européenne reste peu probable dans un avenir prévisible, les pays devront créer des formations militaires multinationales plus importantes pour dissuader la Russie (Il existe déjà de petits exemples de telles tentatives, notamment une brigade franco-allemande). En outre, le continent devrait mettre en place des structures de commandement européennes qui intègrent étroitement la Bundeswehr aux autres forces armées et offrent une alternative aux structures de l’Otan en cas de tensions transatlantiques. Cela limiterait le pouvoir allemand en soumettant l’Allemagne à un processus décisionnel collectif, tout en rendant pratiquement impossible le retrait de la Bundeswehr des initiatives communes en cas de victoire de l’AfD. La “coalition des volontaires” que divers responsables européens ont proposé de déployer en Ukraine après un accord de paix pourrait servir de test.
Le risque de fracture du continent devrait inciter les Etats-Unis à réfléchir à deux fois avant de se retirer, et surtout avant de soutenir l’AfD. Si l’Europe revient à une compétition entre grandes puissances, Washington pourrait finalement devoir engager plus de ressources sur le continent qu’il ne l’a fait au cours des dernières décennies. Or c’est précisément le résultat que la Maison Blanche veut éviter.
Depuis quatre-vingts ans, les pays européens ont appris à s’intégrer et à coopérer d’une manière que les observateurs du passé auraient qualifiée de fantaisiste. Grâce à l’invasion russe, la concorde continentale est aujourd’hui plus forte que jamais. La pression brutale exercée par Washington pourrait même unir davantage l’Europe. Un tel résultat positif exigera de la retenue, de la clairvoyance et de la chance. Mais les dirigeants européens doivent travailler dur pour y parvenir. Les enjeux sont trop importants et l’alternative inimaginable.
*Liana Fix est chercheuse sur l’Europe au Council on Foreign Relations. Elle va publier Germany Rearmed: The Return of War and the End of Illusions .Cet articleest paru en version originale dans Foreign Affairs © 2026 Foreign Affairs. Distributed by Tribune Content Agency.
US POLITICS (3)
The New York Times
Guest Essay : Putin Had High Hopes for Trump. They Have Been Dashed.
Hanna Notte is the director of the Eurasia Nonproliferation Program at the James Martin Center for Nonproliferation Studies in Monterey, Calif.
Vladimir Putin’s invasion of Ukraine in 2022 was many things — brazen land grab, fantasy bred in isolation, czarist cosplay. It was also a plea for respect. After three decades of perceived Western encroachment, Mr. Putin sought to strike back at the agent of Russia’s confinement, the United States. A blitzkrieg, he surely surmised, would put America in its place and give Russia the power to shape Europe’s destiny. When Mr. Putin spoke, the United States would have to listen.
With President Trump’s return to the White House, Mr. Putin’s bet finally seemed close — after years of failure — to paying off. Mr. Trump appeared eager to wash his hands of the war in Ukraine, claiming he could end it in “24 hours.” Even if Mr. Trump did not outright abandon Ukraine, he could be strung along as Russian forces pressed forward on the battlefield. In time, Russia and the United States would restore relations and cooperate — from the Arctic to the Middle East, arms control to trade. America’s attitude to Russia would finally acquire common sense.
One year later, those hopes have been dashed. As the war grinds on, Mr. Trump’s admiration for Mr. Putin has not turned into much that actually benefits Russia. Efforts to normalize the bilateral relationship have gone nowhere: There has been no progress on resuming direct flights or sending a new U.S. ambassador to Moscow. Neither the red-carpet fanfare of the leaders’ one-off summit in Alaska last summer nor the backslapping bonhomie of their cronies is a substitute for proper diplomatic ties. Talk aside, the Trump White House has not been good for Russia.
For starters, Mr. Trump has scanted Mr. Putin’s geopolitical aspirations. After American strikes on Iran in June, Mr. Trump rebuffed Mr. Putin’s offer to mediate. Later, Mr. Trump did not even bother to invite the Russian leader to the summit he held in Egypt to celebrate the shaky cease-fire in Gaza. Extra embarrassingly, Mr. Putin had to postpone his own Russia-Arab gathering. Rather than work with Russia in the Middle East, Mr. Trump has largely ignored Mr. Putin and suggested that the Russian leader settle his own war before getting engaged elsewhere.
The American president has also shown little care for Russian partners, allies or spheres of influence. In the Caucasus, seen by the Kremlin as Russia’s backyard, Mr. Trump ostentatiously played peace broker between Armenia and Azerbaijan, dispatching Vice President JD Vance to seal the deal. In Venezuela, with the lightning removal of Nicolás Maduro, he showed how powerfully he could menace a Russian dependent. And having assembled what he called a “beautiful armada” in the Persian Gulf, Mr. Trump may well strike Iran again — or take aim at Cuba, another Russian ally.
Sign up for the Opinion Today newsletter Get expert analysis of the news and a guide to the big ideas shaping the world every weekday morning. Get it sent to your inbox.
Mr. Trump has interfered with Russian interests in other ways. He has imposed sanctions on Russian oil companies, seized a Russian-flagged tanker and pressed India to stop buying Russian crude. The fragile peace in the Caucasus looks like the prelude to American economic trespass. It’s little wonder that Russia’s foreign minister, Sergey Lavrov, warned that Mr. Trump wants “to dominate the world economy.” The Kremlin may dangle the prospect of enormous deals before American companies, but discussions on broader economic cooperation have tellingly been delegated to a bilateral working group.
On arms control, things haven’t gone much better. In September, Mr. Putin made a suggestion: With New START coming to an end, both Russia and the United States should adhere to its limits on nuclear warheads for another year. Mr. Trump never bothered to respond formally. Before the treaty expired on Feb. 5, Mr. Trump hinted that any future agreement should include China. That was of a piece with Mr. Trump’s elevation of China over Russia, encapsulated by his raising for discussion a Group of 2 with Washington and Beijing alone.
That lofty attitude extended to Mr. Trump’s “Board of Peace.” In a seeming sign of inclusion, Mr. Putin was invited to join. But Mr. Trump, crowning himself chairman of the board in perpetuity, made clear that it will be his show. Russia can fall in line or stay on the outside. For a country that aspires to something like parity, this no doubt ranks as subordination: Russia hasn’t joined, and skipped the board’s inaugural meeting on Thursday. Mr. Trump’s solipsism and need to be at the center of attention do not allow for equals.
Mr. Trump is not entirely bad for Russia, of course. The White House and the Kremlin align on several first principles, including a hostility toward the European Union, an aversion to so-called woke culture and the belief that might is right. Mr. Trump’s capricious foreign policy has disrupted the trans-Atlantic relationship, thrown historic commitments into doubt and put everyone on guard. Amid the great global hedge currently underway, Russia may well find more room to maneuver. Trumpian disruption could in time redound to Russian advantage.
The problem is that Russia remains hemmed in by its war against Ukraine, entering its fifth year. For all his flip-flopping, Mr. Trump has not handed the country to Russia. If he were to force it into a bad deal now, he would elicit fierce resistance. Mr. Trump’s recent reversal of his threat to take Greenland by force suggests that when there is strong enough pushback, he retreats from his maximalist demands. On some level, he seems to understand that success lies in the eyes of the beholder, not just in his own.
Unable to get from Mr. Trump what he wants in Ukraine, Mr. Putin will fight on, sinking Russia’s resources ever more deeply into his calamitous war. The cost, in treasure and personnel, will climb ever higher. The United States, meanwhile, will continue to shake up the global order — guided not by the allure of a great-power concert with Russia but by the maxim of Trump First. Whatever else that is, it won’t look much like respect.
https://www.nytimes.com/2026/02/23/opinion/putin-trump-russia-ukraine.html
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
Trump Demeans Himself as He Attacks the Supreme Court
He calls the Justices who ruled against him ‘very unpatriotic’ and ‘fools.’
The Wall Street Journal
Rubio’s Rhetorical Revival
In Munich, the secretary of state reminded the world that speeches can command attention.
THE ECONOMY AND A.I. (2)
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Ignore the AI Hysteria
We won’t see a utopia or dystopia. We’ll see faster growth and more productivity.
https://www.wsj.com/opinion/ignore-the-ai-hysteria-b64eac84
The Wall Street Journal
Don’t Put Your Life on Autopilot
The AI revolution could leave us unable to perform important tasks on our own.
THE ECONOMY: MILEI’S EXAMPLE
Contrepoints
La réforme libérale du marché du travail de Milei adoptée par la Chambre des députés
La révolution libérale du président argentin, sans précédent dans le monde depuis le duo Thatcher-Reagan de 1980, a franchi une nouvelle étape malgré l’opposition des syndicats et un mouvement de grève. Les députés argentins ont adopté dans la nuit de jeudi à vendredi la loi sur la réforme de la législation du travail voulue par le président Javier Milei.
Amendée par la chambre basse, qui l’a adoptée par 135 voix contre 115 après presque 11 heures de débats, la loi dite de « modernisation du travail » doit désormais retourner au Sénat pour approbation définitive, étape que le gouvernement espère franchir la semaine prochaine. Le président Milei s’est félicité du résultat du vote des députés, affirmant que la réforme « est destinée à en finir avec plus de 70 ans de retard dans les relations du travail des Argentins ».
Un mouvement de grève, pour s’opposer au texte, a été largement suivi dans les transports aériens et ferroviaires, ainsi que par les bus. A Buenos Aires, les aéroports et les gares étaient vides. Aerolineas Argentinas avait annoncé plus de 250 vols annulés. La capitale a offert un visage contrasté : trafic de voitures plus dense qu’à l’accoutumée mais des arrêts de bus, d’habitude bondés, vidés. Et une grande majorité de commerces ouverts, bien que certains privés d’employés, à cause du manque de transports publics.
Projet-clé de la seconde moitié du mandat de M. Milei, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d’indemnités, rend possible l’extension de la journée de travail jusqu’à 12 heures, étend les services dits « essentiels » en cas de grève et autorise le fractionnement des congés. Pour l’Exécutif, ce texte va permettre de doper l’embauche dans une économie qui compte plus de 40% d’emploi informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme « l’industrie des procès », une judiciarisation à outrance du monde du travail.
MIDDLE EAST: THE FUTURE OF GAZA
The Times of Israel
The Board of Peace: The check’s in the mail
Trump unveiled a grand $10 billion vision for Gaza; what he did not unveil was binding money, durable governance or genuine legitimacy
Donald Trump’s Board of Peace debuted with the staging of a fully formed international institution: formal ceremony, assembled leaders, and a sweeping presidential promise to rebuild Gaza and reshape global diplomacy. Strip away the optics, however, and the launch revealed something far more fragile — an entity without binding financing, without broad legitimacy, and without a governance structure calibrated to attract either.
The Board is not yet a reconstruction mechanism. It is a political initiative resting on pledges that are reversible, appropriations that do not exist, and support that remains largely observational. In every meaningful sense, the check is still in the mail.
The $10 Billion That Is Not There
At the inaugural meeting, Trump announced a $10 billion US commitment to Gaza’s reconstruction, presenting it as the anchor of a decade-long plan. Within hours, administration officials clarified that the pledge is contingent on congressional approval and subject to annual appropriations.
Under US law, foreign assistance cannot be obligated absent congressional authorization and appropriated funds. No such legislation exists. Congress has not been formally consulted, and no request has been advanced through the appropriations process. The president can signal intent; he cannot commit Treasury funds unilaterally.
The $10 billion figure is therefore not an operative financial commitment. It is a policy aspiration without statutory force.
Congressional reaction underscores the point. Senator Ed Markey publicly questioned whether the Board is designed to supplant existing multilateral institutions and demanded clarity regarding statutory compliance. Republican leadership has offered no concrete endorsement. The House — where foreign aid skepticism is strongest — has not engaged. Until Congress acts, the largest number attached to the Board remains non-appropriated and non-binding.
The Funding Gap as Signal
Gaza’s reconstruction is estimated at approximately $53 billion by the World Bank, the United Nations, and the European Union. The Board’s launch generated roughly $6.5 billion in pledges — barely 12 percent of estimated requirements, and that figure assumes all pledges materialize.
The Gulf states — the UAE, Saudi Arabia, and Qatar — each pledged roughly $1 billion. For sovereigns with vast reserves and a record of underwriting regional initiatives at substantially higher levels when strategically invested, these are modest sums. They meet the diplomatic minimum necessary to avoid accusations of indifference while limiting exposure to an institution whose durability and legitimacy remain uncertain.
Historically, when Gulf states view an initiative as strategically indispensable, their commitments scale dramatically higher and are structured for visible deployment. Here, the pledges appear calibrated to preserve optionality. They can be delayed, conditioned, or quietly withdrawn. They keep the states in the room without tying them to the project’s outcome.
The shortfall — more than $40 billion — is not merely a technical gap. It reflects the underlying confidence level of major contributors. The Board launches without the financial weight that would signal strategic conviction.
The World Bank Guardrail — and Its Limits
The World Bank’s role as custodian provides the initiative’s most credible institutional feature. President Ajay Banga announced that the Bank will hold and disburse funds in accordance with fiduciary standards, reducing risks of diversion or mismanagement.
That procedural safeguard matters. But it does not resolve the core structural issue.
The Bank will not set priorities or determine beneficiaries; it will execute decisions made by the Board. Governance authority remains concentrated in a body chaired by Trump, reportedly with veto authority and succession control embedded in its founding structure. Fiduciary oversight mitigates operational risk. It does not neutralize the perception of personalist control.
For many states, that distinction is decisive.
The Legitimacy Deficit
If the funding picture is thin, the legitimacy picture is thinner.
Hungary and Bulgaria are the only European Union members to formally join. Major European states — including France, Germany, Italy, the Netherlands, Norway, Finland, Austria, Croatia, Poland, Slovakia, and Switzerland — attended as observers but declined membership. Several have indicated they will not join.
A European diplomat summarized the concern: most governments are unwilling to commit to an ill-defined institution led indefinitely by a single political figure and positioned in ambiguous relation to existing multilateral structures.
Observer status preserves engagement while withholding endorsement. It is a hedge, not a vote of confidence.
Palestinian Absence
The legitimacy gap is most acute with respect to Palestinians themselves.
Only one Palestinian technocrat addressed the launch. No representatives of Palestinian political factions, civil society, municipal leadership, or community organizations participated in shaping the Board’s structure. A reconstruction mechanism without embedded Palestinian ownership faces inherent credibility constraints.
Reconstruction is not only financial; it is political and social. External administration absent internal legitimacy risks being perceived as management rather than partnership.
Optics and Perception
Israel’s visible presence at the launch, including presentations by Israeli business figures proposing large-scale commercial redevelopment concepts, further complicates perceptions. However forward-looking those proposals may be, they reinforce concerns among skeptics that the Board risks projecting external visions onto Gaza rather than facilitating locally anchored recovery.
Perception does not determine success — but in post-conflict reconstruction, it conditions participation.
Structure vs. Performance
The Board of Peace begins operations with approximately 10–15 percent of estimated funding, limited major-power membership, and a governance model that concentrates authority in ways that deter broad institutional buy-in. Its largest announced contribution is not yet authorized. Its most significant pledges are calibrated for reversibility. Its principal multilateral partner provides fiduciary safeguards but not political legitimacy.
It may evolve. Congress could appropriate funds. Gulf states could scale commitments. Governance provisions could be revised. Those pathways remain open.
But as launched, the Board rests more on announcement than obligation, more on presence than participation, and more on aspiration than appropriation.
The check is in the mail. Whether it is ever written, funded, and cleared will determine whether the Board becomes a reconstruction mechanism — or remains a political stage.
About the Author
Mr. Keenan is a retired Middle East Intelligence Analyst who served at NATO and the Pentagon. He lived and worked in the Middle East/North Africa for over 15 years. He is the author of ARABIA – Nine Years in the Kingdom.
https://blogs.timesofisrael.com/the-board-of-peace-the-check-is-in-the-mail/
THE MIDDLE EAST AND EUROPE
The Jerusalem Post
Europe struggles to matter in a chaotic Middle East today – opinion
Once a key player, Europe now risks being viewed as a marginal player in the Middle East.
For decades, Europe cultivated the belief that the Middle East was not merely a distant arena of instability, but a defining stage upon which the European integration project could demonstrate global relevance. From the aftermath of the Six Day War in 1967 onward, the conflict became a recurring fixture on the European foreign policy agenda.
It was never simply about diplomacy.
It was about identity.
Europe was emerging from its own violent 20th century, sought to present itself as a normative power capable of shaping peace beyond its borders.
That aspiration has always contained an element of tension. Europe wanted to matter. But it rarely possessed the instruments of hard power necessary to impose outcomes. The result was a paradox that critics captured succinctly: Europe was often a player, but primarily a payer.
This pattern became particularly visible after the Oslo Accords in 1993, when the European Union (EU) positioned itself as a central financial pillar of the peace process. European funds sustained Palestinian institutions, supported civil society initiatives, and underwrote much of the infrastructure associated with nation-building. Europe’s economic weight translated into an undeniable presence, even if political influence remained uneven.
Today, however, that long-standing equation appears increasingly fragile.
The past two and a half years have reshaped the regional landscape in ways that have exposed the limits of European engagement. The October 7 massacre and the ensuing Israel-Hamas war generated seismic political and humanitarian consequences.
The subsequent 12-day war between Israel and Iran in 2025 further underscored the volatility of a region already stretched by overlapping crises. Against this backdrop, the EU has struggled to articulate a coherent strategic posture. Statements have been plentiful. Influence has been scarce.
Europe risks being perceived as a marginal actor
The uncomfortable truth is that Europe now risks being perceived not as an underpowered actor, but as a marginal one.
This evolving reality is reflected in Europe’s reaction to what Trump has branded the “Board of Peace.” This initiative, controversial and loosely defined, carries the unmistakable imprint of American political theater. (It also comes with $1 b. member-state fee.) Europe’s response has been revealing.
The EU has made it clear that it wishes to remain in the room. Participation signals continued interest. Absence would signal irrelevance. At the same time, Brussels has been careful to avoid any suggestion that it seeks to displace or undermine the United Nations’ longstanding role in the Middle East peace process.
This duality captures Europe’s dilemma. It wants visibility without confrontation, presence without ownership. The EU’s instinct is to observe, engage, and influence indirectly, while preserving the legitimacy of multilateral frameworks. In principle, this is defensible.
The UN remains the internationally recognized forum for conflict resolution. In practice, however, such restraint risks reinforcing the impression that Europe is content with symbolic involvement rather than substantive leadership.
Perception, in diplomacy, is rarely a secondary matter. The launch of the 2025 EU “Pact for the Mediterranean” was precisely intended to counter this sense of drift. The initiative promised renewed economic cooperation, investment, and regional partnership.
It sought to reposition Europe as a long-term stakeholder in its southern neighborhood. Yet, the timing has complicated its reception. In a period defined by wars, security threats, and geopolitical realignments, development-oriented frameworks struggle to command attention. Grand strategies cannot easily compete with immediate crises.
More troubling is the growing suspicion that Europe’s diminished role is not solely a matter of capability, but also of priority.
Europe today faces an existential security challenge much closer to home. The Russian war of aggression in Ukraine has reoriented political energies, financial resources, and strategic thinking.
European governments are consumed by questions of deterrence, defense spending, and preparedness for the possibility of broader confrontation. In such an environment, the Middle East slides down the hierarchy of urgency.
This is not indifference. It is triage.
Still, for regional actors, the distinction may be academic.
Europe’s limited profile at the inauguration ceremony of Trump’s Board of Peace only amplified this perception.
Representation matters in international politics. Sending a low-key EU commissioner conveyed a message, intentional or not, about Europe’s relative investment in the initiative. For regional observers, symbolism accumulates. The narrative that emerges is one of cautious engagement bordering on disengagement.
Europe, as ever, appears primarily preoccupied with itself.
What does this diminished posture mean for Israel?
First, it demands realism.
The EU is unlikely to function as a decisive political broker in the current Middle Eastern landscape. Divergent member-state positions, institutional constraints, and competing priorities limit the Union’s capacity for unified strategic action. Israel cannot tie its security calculus to European diplomatic intervention.
Yet, dismissing Europe outright would be a strategic miscalculation.
The EU remains Israel’s largest trading partner, a relationship that anchors deep economic interdependence.
European markets, investment flows, and regulatory frameworks shape significant sectors of the Israeli economy.
Even more consequential is Europe’s role in supporting Israeli science and technology. Through research and innovation programs, European funding has contributed substantially to Israel’s academic and technological prowess. This cooperation reflects a longstanding European admiration for Israeli innovation, even amid persistent political tensions.
That contradiction is unlikely to disappear.
Europe will almost certainly emerge as one of the largest contributors to the reconstruction of Gaza once conditions permit large-scale rebuilding. Financial involvement has long been Europe’s preferred instrument of regional engagement.
However, economic participation does not necessarily translate into political alignment. European criticism of Israeli policies has become an unconcealed feature of the relationship, rooted in legal, humanitarian, and normative frameworks that Brussels considers central to its identity.
For Israel, therefore, the EU represents neither a reliable political ally nor an irrelevant actor. It is an indispensable economic partner coupled with a frequently adversarial diplomatic voice.
Navigating this complexity requires abandoning binary expectations.
Europe’s waning influence in the Middle East does not signal the end of its regional presence, but it does mark a transformation. The EU is recalibrating its external ambitions under the pressure of internal vulnerabilities and immediate security threats. Whether this recalibration proves temporary or structural remains an open question.
What is clear is that Europe’s long-cherished aspiration to act as a global player in the Middle East now faces its most severe test.
History shows that geopolitical vacuums rarely remain unfilled. If Europe retreats, others will step forward. The consequences of that shift will not be confined to the region. They will reverberate back toward a continent that once believed its future relevance depended on shaping distant peace.
Brussels may still wish to remain in the room. The question is whether it will matter.
The writer is a senior fellow at the Jewish People Policy Institute (JPPI) and a professor of European studies and international relations in the Department of Politics and Government at Ben-Gurion University of the Negev.
https://www.jpost.com/opinion/article-887483
FRENCH POLITICS
Le Figaro
Jean-Pierre Robin : « La France est entrée dans l’ère de la cacocratie, “le gouvernement des gens mauvais” »
ANALYSE – À en juger par ses finances publiques, le pays n’a jamais été aussi mal gouverné depuis la Seconde Guerre mondiale, de quoi douter des compétences de ses ministres du Budget.
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Nommée, à 40 ans, première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin a été saluée comme une personnalité « extrêmement compétente » par Roland Lescure, son collègue du gouvernement. « Tout le monde le reconnaît sur tous les bancs de l’Assemblée, de l’extrême droite à l’extrême gauche », a souligné le ministre des Finances, faisant assaut de confraternité. Voilà qui est vite dit.
Car la réalité est moins glorieuse que ces louanges. La ministre de l’Action et des Comptes publics a eu la haute main sur les finances publiques de l’année 2025, qui ont accusé un déficit de 5,4 % du PIB. Elle a préparé les comptes de l’exercice 2026 avec un déséquilibre prévisionnel de 5 % du PIB. En vérité, il manque chaque année environ 10 % de recettes pour financer les dépenses correspondantes, qui représentent elles-mêmes plus de la moitié du PIB français. Triste constat. Ce sont là parmi les pires performances financières de toute la Ve République, même si de tels chiffres sont dans la moyenne des deux quinquennats d’Emmanuel Macron.
Que dirait-on d’un menuisier qui fabriquerait une table dont deux des pieds seraient inférieurs de sept centimètres aux deux autres, soit 10 % de la hauteur standard d’une table de travail ou de cuisine ? Jugerait-on que ce travailleur du bois est « compétent » ?
On tolère certes d’un gouvernement qu’il fasse des chèques en bois en s’endettant plutôt que d’augmenter les impôts toujours impopulaires. Alors qu’on s’indigne d’un menuisier qui nous livre une table bancale nécessitant de vilaines cales pour l’équilibrer. Voilà pourquoi les ministres en charge des Comptes publics peuvent se permettre une certaine désinvolture, avec la complicité éhontée de nous tous, les contribuables. À cet égard, la décennie 2017-2027 aura été la pire en temps de paix depuis un siècle pour les finances publiques. Doit-on en conclure que nos grands argentiers sont les plus mauvais qu’on ait jamais eus ?
Il y a un mot pour cela, la cacocratie. Autrement dit « le pouvoir des mauvais ». Ce terme peu usuel, que certains dictionnaires ignorent, se comprend aisément par son étymologie grecque. « Kakos » veut dire « mauvais », comme dans cacophonie (mauvais son), et « kratos » signifie pouvoir, comme dans aristocratie, le gouvernement des meilleurs (« aristos »).
La campagne présidentielle pour 2027 sera propice aux accusations mutuelles de cacocratie.
Les Anglo-Saxons y ont recours plus volontiers, parlant de « kakistocracy », kakistocratie. Ce qui veut dire mot à mot « le pouvoir des pires » (en grec « kakistos » est le superlatif de « kakos »). L’hebdomadaire britannique The Economist, considéré comme la bible des « élites mondialisées » des affaires et de la politique, en avait fait son « mot de l’année » en décembre 2024. Notre confrère saluait à sa façon la réélection de Donald Trump à la Maison-Blanche, coupable à ses yeux de démagogie populiste.
On doit au milliardaire et promoteur immobilier devenu président des États-Unis la résurgence d’un mot tombé dans l’oubli depuis le XVIIIe siècle. « Votre kakistocratie s’effondre après son lamentable parcours », avait fulminé en avril 2018, dans un tweet, John Brennan, l’ex-directeur de la CIA, après avoir démissionné de son poste lors de l’investiture de Donald Trump, début 2017. Et depuis, le terme s’est popularisé outre Atlantique. « À bas la kakistocratie ! », lit-on régulièrement sur les calicots des manifestations de rue à Washington à l’encontre de l’exécutif.
Oligarchie, le pouvoir exercé par quelques personnes. Ploutocratie, la confiscation du pouvoir par les ultra-riches. Technocratie, le règne des techniciens. Ces mots savants d’origine grecque permettent de vilipender ceux qu’on veut critiquer tout en restant poli. Au moment de la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron avait dénoncé l’ochlocratie, le pouvoir de la foule (« okhlos »), la populace. Le terme avait surpris, quand bien même tout le monde le connaît car il figure dans Les Misérables de Victor Hugo, dont le roman est au programme des collèges !
La cacocratie, synonyme d’incompétence, voire de corruption, exprime un sentiment largement partagé par les Français, très répandu sur les réseaux sociaux, et même au Parlement. Quand ils se gaussent du « Mozart de la finance », surnommant ainsi Emmanuel Macron, les internautes dénoncent « les 1 000 milliards d’euros » d’endettement supplémentaires accumulés depuis son entrée à l’Élysée (plus en réalité, mais le chiffre 1 000 est devenu emblématique). Lorsque l’Assemblée nationale et le Sénat ont lancé des commissions d’enquête sur la dérive de dette publique, au printemps 2024, il s’agissait implicitement de dénoncer la cacocratie de Bercy. Laquelle est tout à fait explicite à l’Assemblée nationale à en juger par la pauvreté des débats depuis la dissolution de juin 2024.
La campagne présidentielle pour 2027 sera propice aux accusations mutuelles de cacocratie. Macron s’était fait élire en 2017 sur une prétendue bonne connaissance des dossiers et des rouages de l’État. C’est peu dire que les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances. À nouveau, les compétences à gouverner le pays vont être brandies de part et d’autre, avec les arrière-pensées glauques qui opposent « le peuple » et « les élites ».
D’ores et déjà, le pouvoir en place est accusé de verrouiller les agences indépendantes que sont d’une façon ou d’une autre le Conseil constitutionnel, la Cour des comptes, le Conseil d’État et la Banque de France, en y plaçant à leur tête des personnalités à sa solde. Qu’elle le veuille ou non, Amélie de Montchalin va être obligée de se « déporter » – méchant mot pour dire qu’on se tient à l’écart pour ne pas être juge et partie – quand la Cour des comptes examinera les comptes publics de 2025 et 2026, comme c’est son rôle. Quelle cacophonie en perspective !
Le Figaro
Nicolas Baverez : «Sanctionner les apôtres de la violence dans les urnes»
CHRONIQUE – La paix civile et l’État de droit ne tiennent plus qu’à un mince fil de soie que nombre de forces politiques et sociales travaillent à cisailler. Si nous voulons sauver la République, il est grand temps de nous ressaisir.
Ce meurtre s’inscrit dans la remontée en flèche de la violence politique en France au cours de la dernière décennie, qui a vu les agressions doubler par rapport à la période allant des années 1980 à 2017. Avec quatre caractéristiques : l’évolution vers une ultraviolence qui va de pair avec la gravité des atteintes portées aux victimes ; la jeunesse des auteurs ; le ciblage des représentants ou détenteurs de l’autorité publique ; le basculement vers la gauche, accompagnant celui de l’antisémitisme – ce qui n’implique pas leur disparition à l’extrême droite.
La Jeune Garde fait partie intégrante de l’appareil de LFI et constitue le fer de lance de la stratégie de Jean-Luc Mélenchon. Léniniste et communautariste, remplaçant la figure du prolétaire de Marx par celle du musulman, il érige la violence non seulement en accoucheuse de la révolution mais en fin en soi. Une fin qui justifie tous les moyens dès lors qu’elle est prétendument mise au service du combat contre l’extrême droite. Cette stratégie du chaos légitime la brutalisation des institutions – symbolisée par la transformation de l’Assemblée en pétaudière avec la complicité de sa présidente, Yaël Braun-Pivet, qui a renoncé à faire respecter son règlement -, la mise sous contrôle de l’université, de la recherche et d’une partie des médias -, le sabotage des infrastructures dans les transports, l’énergie ou les télécommunications. Revendiquant la violence comme une valeur, elle n’hésite pas à présenter le martyr comme l’agresseur et l’assassin comme une victime.
Radicalisation politique et polarisation de la société
L’explosion de la violence découle de la radicalisation politique et de la polarisation de la société. Elle est servie par l’effondrement de l’ordre public. Trois homicides sont commis chaque jour en France. Loin d’être un sanctuaire, l’école est le théâtre d’agressions quotidiennes, ciblant les élèves comme les professeurs. Enlèvements et demandes de rançon, appuyées par des amputations, se multiplient, visant notamment les dirigeants du secteur des cryptomonnaies et leurs proches. Le narcotrafic envahit tout le territoire, réalisant un chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros, employant plus de 240.000 personnes, quadrillant les villes, corrompant douaniers, gardiens de prison, policiers et magistrats. Le terrorisme islamiste croise et s’adosse à la délinquance et au narcotrafic, mobilisant de plus en plus les mineurs.
La paix civile et l’État de droit ne tiennent plus qu’à un mince fil de soie que nombre de forces politiques et sociales travaillent à cisailler.
Dans le même temps, notre pays est régulièrement touché par des émeutes meurtrières et dévastatrices. Depuis 2017, se sont succédé le mouvement des « gilets jaunes », les manifestations contre la réforme des retraites, les pillages insurrectionnels qui suivirent la mort de Nahel avec pour bilan deux victimes, plus de 1 000 blessés et 1,2 milliard d’euros de dommages, la quasi-guerre civile de Nouvelle-Calédonie qui fit 14 morts, 975 blessés et des destructions estimées à 2,5 milliards d’euros sur un PIB de 8 milliards, ou encore le saccage de Paris, mais aussi de Nantes, Grenoble, Dax ou Coutances le soir de la victoire du PSG en Ligue des champions.
Tolérance zéro pour la violence
La paix civile et l’État de droit ne tiennent plus qu’à un mince fil de soie que nombre de forces politiques et sociales travaillent à cisailler. Si nous voulons sauver la République, il est grand temps de nous ressaisir. Autour de trois priorités.
Sortir du déni. Il est essentiel de nommer la violence comme la guerre pour ce qu’elles sont au lieu d’entretenir, comme le fait systématiquement Emmanuel Macron, la confusion sur leur nature, ce qui conduit à masquer leur danger. La guerre au XXIe siècle est civilisationnelle et vise l’anéantissement de l’adversaire, de ses dirigeants, de ses institutions, de son peuple, de son histoire. Le conflit d’attrition qui se déroule en Ukraine et qui a fait plus de 2 millions de morts et de blessés graves en est le laboratoire. La violence qui menace d’emporter la démocratie et que nous devons à tout prix enrayer est physique, car c’est elle qui enclenche la dynamique de la haine et de la peur. La violence symbolique ou la violence systémique ne sont que des leurres lancés pour détourner les nations libres de la priorité qui doit être donnée à la paix civile.
Reconstruire l’État régalien. Les fonctions régaliennes de l’État se voient affecter 3,2 % du PIB en 2026 contre 34 % du PIB pour l’État-providence. À ce sous-financement s’ajoutent une impuissance chronique nourrie par une bureaucratie tentaculaire et une perversion de l’État de droit qui judiciarise à outrance les décideurs publics, jusqu’à les réduire à l’impuissance, et qui décriminalise la violence en assurant une large impunité de fait à ses auteurs. La France se caractérise ainsi par une faillite complète de la justice des mineurs comme de la protection de l’enfance. La dérive autoritaire des États-Unis rappelle que la suspension de l’État de droit conduit toujours à la destruction de la démocratie. Mais l’État de droit, comme toute institution, doit être adapté à chaque époque pour remplir sa mission première de garantie de l’ordre public, sauf à devenir une forme vide et un danger pour les libertés qu’il doit protéger.
Tolérance zéro pour la violence. La sortie de tout contrôle de la violence découle de la longue complaisance dont elle a bénéficié, allant jusqu’à sa promotion comme un mal nécessaire, voire une valeur en soi. Son éradication ne peut résulter seulement du réinvestissement dans les fonctions régaliennes de l’État mais suppose la mobilisation du système éducatif où recentrage sur la transmission des connaissances, restauration de l’éthique scientifique et lutte contre les promoteurs de la violence doivent aller de pair. Elle demande aussi une prise de conscience des acteurs économiques et sociaux, particulièrement dans les médias. Elle exige enfin l’engagement des citoyens. Il dépend des Français d’indiquer clairement que la violence ne passera pas, en commençant par sanctionner ses apôtres dans leur vote.
L’Express
“Fasciste” et “antifasciste” : la France de 2026 est un cauchemar
Politique. La politique est à terre, délaissée par les électeurs, mais aussi piétinée par ceux qui la font.
Il régnait ce samedi une atmosphère irrespirable à Lyon, dont Fernand Braudel disait : “Son destin n’est pas plus simple que celui du fleuve; la ville est, à elle seule, un difficile problème de l’historien de France, peut-être le problème clé, sûrement l’indicateur clé.” Dans cette commune associée à jamais au nom de Jean Moulin, on traquait le visage de l’autre lors d’un hommage funèbre.
Ainsi s’achève une semaine de débats publics nauséabonds consécutifs à une mort par lynchage ayant entraîné la mise en examen et la détention de collaborateurs d’un député – sans que cet élu de la République n’y trouve rien à redire, le groupe parlementaire auquel il appartient, pas davantage.
Les fractures françaises sont là, béantes, qui divisent le pays en clans. Chacun impose son récit et n’écoute plus l’autre. Dans la France des vérités parallèles règnent le mensonge ou la dissimulation.
Pendant ce temps, la réalité nous saute aux yeux, pire elle nous prend à la gorge. Il n’allait pas de soi que le IIIe Reich puisse inspirer une nostalgie, ni que réhabiliter Hitler constitue un objectif au XXIe siècle. Qu’il y ait des militants revendiquant l’héritage fasciste dans des groupuscules est peu contestable, de même qu’il existe dans le monde une ultradroite qui cherche à réhabiliter le nazisme, ainsi que l’a raconté une enquête récente de L’Express. Il n’était pas écrit non plus qu’un parti de gauche – ne lui dites surtout pas qu’il est d’extrême gauche – refuserait de se désolidariser d’organisations revendiquant la violence qu’il est allé lui-même chercher et donc légitimer.
Chaque jour de cette sinistre semaine, on a cru toucher le fond, sauf que le lendemain était pire. Sur la Canebière jeudi, on a pris l’accent mais pour le mettre sur ce qui blesse. Lors d’une confrontation télévisée pour les municipales de Marseille, Martine Vassal (LR) ne cherche pas à réhabiliter Pétain, elle fait l’étalage de son inculture et de sa gaucherie, pour ne pas dire autre chose. Un candidat devrait savoir aligner trois mots, et pas ceux-là dans cet ordre-là, or tel n’est apparemment pas son cas. Elle semble du même calibre que son concurrent LFI Sébastien Delogu, qui lâchait sur une radio en 2024 : “Je ne sais pas qui est Pétain. J’ai entendu parler de lui. Je sais que c’est un raciste, quoi…”
Le coordinateur national de la France insoumise, Manuel Bompard, a bondi sur l’occasion : “Quand la droite court derrière l’extrême droite, elle reprend directement les slogans pétainistes. Ces gens-là prétendent faire des cordons sanitaires pour sauver la République? Ils préparent en réalité l’arrivée du fascisme au pouvoir.” Le pire, c’est que lui croit peut-être en ce qu’il dit, aveuglé par le sectarisme de son idéologie. Les Insoumis emportés par la spirale de la violence n’ont eu cette semaine qu’un mot à la bouche : fascisme. S’ils ne l’emploient pas trois fois dans la même phrase, c’est qu’ils ne maîtrisent pas leur grammaire mentale.
Reductio ad Hitlerium. Ainsi la France se résumerait à un face-à-face entre les fascistes et les antifascistes. On a honte par rapport à notre histoire. Honte par rapport aux vraies victimes du fascisme. Il est des termes qu’on ne devrait employer que d’une voix tremblante et non à tout bout de champ.
La politique à terre. La politique délaissée par les électeurs mais aussi piétinée par ceux qui la font. Des responsables publics on attend autre chose, peut-être parce qu’on les suppose responsables, parce qu’on les espère ayant une certaine idée de la politique.
On a honte et on cherche à retrouver de l’oxygène. L’ordre règne au RN, l’ordre règne chez les Insoumis. Le désordre règne ailleurs. Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella se sont choisis comme adversaires, chacun fait la courte échelle à l’autre, chacun sert la soupe à l’autre. L’étau se resserre. Les citoyens sont sommés d’abandonner leurs doutes et leurs nuances. La campagne présidentielle n’a pas commencé, est-il déjà trop tard?
The European Conservative
Is France Protecting Quentin’s Killers?
Much of France’s political and media establishment has minimised the killing and resisted scrutiny of the far-left figures connected to the case.
France is still reeling from the death of young nationalist activist Quentin, who was lynched by anti-fascists in Lyon on Thursday, February 12th. The revelations surrounding this tragedy and the ensuing political reactions reveal the extent of corruption within the political class in the face of a heinous murder that should have been unanimously condemned.
After prime-time television aired footage of Quentin’s lynching, there was no longer any doubt: this was not a street fight, but indeed a killing of unprecedented savagery. Yet the media continue to use the term “brawl”, as if the responsibility were shared. The minister of justice has just used the word “brawl” again, more than a week after the events, even though eleven suspects have now been arrested and six charged with voluntary manslaughter. One of them was already under judicial supervision for an antisemitic assault. Another was known to the police for violence, drug use, theft and carrying weapons. A seventh has been charged with complicity.
For the time being, far-left MP Raphaël Arnault is still not under investigation, even though it appears that three of his colleagues (two assistants and an intern) were involved in the attack. His party, La France Insoumise (LFI), has no intention of suspending this troublesome MP, who is already on the S list, i.e., registered on the national list of persons who may pose a threat to national security.
It is ironic, not to say dramatic, to note that French news was recently dominated by the case of the European parliamentary assistants of the Rassemblement National (RN), with the justice system keen to place the blame on Marine Le Pen. In the Quentin affair, a member of parliament finds himself employing not alleged fraudsters but murderers, and no one in the hierarchy of the National Assembly has any objections to this. When asked about the possible suspension of Arnault, LFI’s response was very clear: “That is out of the question. Under what rules should an employer be responsible for the actions of their employees?” They seem to forget that Article 1242 of the French Civil Code provides for a form of liability on the part of persons for whom one is responsible as an employer.
The far left has still not grasped the full extent of what really happened. As in the Charlie Kirk case, we read between the lines, or sometimes very clearly, the idea that Quentin had it coming for defending ‘repugnant’ ideas—a shameless argument from people who would never dare claim that a rape victim ‘had it coming’ because of how she dressed.
The family of the accused grit their teeth, but they have no regrets, and they have no thoughts for the victim and his loved ones. In the left-wing media, questions are being asked about the best ways to combat ‘far-right violence.’ A few days after Quentin’s death was announced, the communist newspaper L’Humanité ran the headline: “Violence is inherent to the far right.” On the far left, violence can only be downplayed as incidental, even when it leads to death. For the past week, left-wing figures have been issuing statements of denial. For Marine Tondelier, leader of the Greens, “The way in which La France Insoumise, as a political organisation, is being singled out as primarily responsible for the climate of violence does not reflect the reality of the situation.” Alma Dufour, an LFI MP, declared that she was absolutely certain that Arnault’s associates had nothing to do with the incident and was ready to “have her two hands cut” about it, as the French proverb goes (en mettre sa main à couper). Needless to say, she still has her hands, though she should have lost them.
We must face the facts: there is indeed a political and media system that protects its own kind. The tribute to Quentin in Lyon, the city where he grew up and died, was almost banned by the municipal authorities: the Green Party mayor, Grégory Doucet, is close to La Jeune Garde, the anti-fascist movement behind the murder. It took the intervention of the minister of the interior for the march to go ahead—with the support and recommendation of Quentin’s family, who are dignified but do not intend to remain silent.
The empathy around Quentin’s death is strong and deep. The young man’s profile is edifying, as evidenced by the portrait painted of him by Paul Sugy, a journalist at Le Figaro and also a native of Lyon. He was a gentle young man who had come to support the girls of the Collectif Némésis who were demonstrating against the conference of MEP Rima Hassan out of a spirit of chivalry: we are not going to let them face danger alone, he would have said. Having grown up far from the faith, he had recently turned to Catholicism after discovering the traditional liturgy. In a rare and moving turn of events, he had converted his own father, becoming his godfather. Ironically, his far-left murderers come from prominent French bourgeois families, while he himself comes from a modest family with a French father and a mother of Peruvian origin.
The Quentin affair has taken on an international dimension, with the involvement of Italian Prime Minister Giorgia Meloni, who offered her condolences over the young man’s death. Italy is particularly concerned by this affair: Raphaël Arnault, the La France Insoumise MP who employs the parliamentary assistants who lynched Quentin, travelled to Rome to stir up violence. Macron’s scandalous response to his Italian counterpart—“let everyone stay at home, and the sheep will be well looked after”—cannot fail to provoke indignation, coming from a man who, when Meloni came to power, claimed he wanted to monitor “very closely” the evolution of respect for the rule of law in Italy. We can appreciate the use of the term “sheep” to describe citizens who are being led here to the slaughterhouse.
Since Quentin’s death, calm has not returned; quite the contrary. Nemesis activists are being harassed, condemned to remain locked in their homes, and receive daily death threats from far-left activists. They have appealed to the interior ministry and feel abandoned. Friends of Quentin who were present at the time of the tragedy are also being persecuted, according to ASLA, the Association for the Support of Whistleblowers.
Will the tribute to Quentin, to be held on Saturday, February 21st, in Lyon, be an opportunity for unity on the Right? Unfortunately, nothing is less certain. In an excess of questionable caution, the RN has circulated an internal order not to attend the various support demonstrations to be held throughout France. Jordan Bardella, on television, has stated that once in power, he would fight with the same energy against “both” the far-left and far-right movements, thus reinforcing the media line that overstates the threat posed by the far-right, which, in France in 2026, is only a ridiculous, marginal influence, whereas the far Left is well established.
Quentin’s family’s lawyer announced that a complaint had been filed for “murder by an organised gang.” The murderers would therefore face life imprisonment. For now, most suspects face charges of voluntary manslaughter. Jacques-Elie Favrot, a parliamentary assistant to Raphaël Arnault, is the only one under investigation for complicity in murder by instigation. Under this charge, he faces up to thirty years in prison. The trial will be an opportunity to see whether or not justice can be done without bias. It will undoubtedly be highly political.
https://europeanconservative.com/articles/commentary/is-france-protecting-quentins-killers/
FREE SPEECH AND X: EUROPE VS THE US
The European Conservative
Did the Algorithm Shift Users to the Right? The Flimsy Case Against X
The Left is desperately searching for explanations (even ‘scientific’ ones) for its decline.
After many years of progressive discourse hegemony, we are witnessing the bursting of the woke bubble. Throughout the West, the wave of support for the new right—which the left calls the ‘far right’—is growing relentlessly. The collapse of the house of cards, both in the streets and at the ballot box, is happening so rapidly that there is an entire generation of leftists who have never seen anything like it before, who grew up believing that it’s normal for everyone to be ‘good—that is, left-wing—and no one to be ‘bad’—that is, right-wing. They are incapable of self-criticism and seek almost esoteric explanations for the consequences of their own mistakes. The latest idea has been particularly amusing: theorizing that Elon Musk is to blame for deceiving users of X, and dressing up this hypothesis as scientific research endorsed by none other than the journal Nature.
The controversial research, “The political effects of X’s feed algorithm,” is allowing the Western mainstream press to publish reports like the one just released by the Spanish newspaper El Mundo, with this astonishing headline: “Neither ‘fake news’ nor muting accounts: this is how Elon Musk’s social network X makes you right-wing without you realizing it.” The authors of the article claim that their thesis is based on “a trial with thousands of Americans” that confirms that X is capable of “moving users toward more conservative opinions” through the “for you” tab.
I have taken the trouble to read the 23 pages of the study published by Nature, something I doubt those who wrote reports like the one mentioned above have done. I dare say it is the best example of the century of how to try to manipulate people by convincing them that they are being manipulated. Let’s consider some details.
The report finds a “conservative effect”: activating the algorithm (the “For You” tab) increases exposure to conservative content by 2.9% and drastically reduces exposure to traditional media by 15.5%. Any discerning reader will spot the first trap: what leads the researchers to assume that “exposure to traditional media” equates to neutrality in political opinions? It is well-documented that traditional media in the United States has a clear liberal/progressive bias, something that also occurs in Europe. Presenting traditional media as the epitome of ideological neutrality should instantly invalidate the rest of the study.
The next finding seems like a joke: they claim that the algorithm suggests conservative activist accounts that users begin to follow, but that even if you turn off the algorithm and switch to the chronological view, those accounts continue to appear in your feed, topped by the most recent tweets. Apparently, none of the four researchers in the study stopped to consider that this is precisely the most basic function of all social networks: that you freely follow a user and then see their posts. If those accounts disappeared when switching from the ‘For You’ tab to the ‘Timeline’ tab, X would be flooded with messages from users complaining about a stupid programming error and the disappearance of accounts they had chosen to follow.
One of the most striking aspects of the research is that it denies the foundational fact of the human species: the freedom to choose. They assume that Twitter users change their political opinions based on what their feed shows; moreover, they go even further by suggesting that all this happens without them realizing it. In short, the study treats the user as a passive entity, almost a zombie pressing buttons because the algorithm tells them to. They don’t even consider the possibility that the user is actively and freely seeking alternative opinions to the unified narrative of traditional media, which is, moreover, the most likely scenario.
Furthermore, what the study denounces as X’s conservative persuasion is probably nothing more than a correction of the prevailing leftist bias in mainstream media—which, incidentally, has never been the subject of a Nature study along the lines of “this is how traditional media make you left-wing without you even realizing it.” When one says “the media,” one could just as easily say “Netflix,” or even, in this case, the journal Nature.
If you’ve read this far, you’ll have had a chance to understand the study’s weaknesses. It seems designed solely to be amplified in traditional media and used once again against Elon Musk and his support for free discussion on Twitter, and of course, as a weapon against the right wing in the ongoing culture war. However, you’re still missing the most serious point: the researchers don’t seem very interested in letting it be known that the study was conducted three weeks after the iconic photo of Trump in jail, following his surrender in Fulton, after being indicted for election conspiracy and the events of January 6th at the Capitol. Amid this climate of extreme political tension, and with pro-Trump activists denouncing a witch hunt against the Republican leader left and right, the researchers believed it was the perfect moment to analyze the neutrality of X—that is, the neutrality of its users.
Somehow, the researchers treat user opinion as something malleable by X’s algorithm, ignoring that in August 2023, the country was engaged in a national debate about the politicization of the judiciary, and that most Americans already had their opinions before logging onto any social network. Thus, the researchers convey the feeling that if you don’t think like the New York Times, it’s because the algorithm has “manipulated” you.
In short, conducting a study on “algorithmic persuasion” during the height of the Trump indictments is like studying the calm of the ocean in the midst of a tsunami. The results are tainted by the event, not by the code of Elon Musk’s social network.
Nor should we overlook another aspect of the research that is sociologically surprising. Not only did the researchers choose their random sample at a time of maximum political tension, with the entire system and the media attacking the world leader of conservatives, but they had also never done so before. Although they mention a 2016 study that already detected conservative bias on Twitter, there is no rigorous direct comparison with the ‘pre-Musk’ era using the same methodology.
It is clear that part of the authors’ intention was to refute a large-scale study conducted in 2020 by academics in collaboration with Meta, which demonstrated that experimentally replacing the personalized feed with the control feed produced no significant effect on users’ polarization or political attitudes.
Finally, the fact that the study focused exclusively on opinions about Trump already places the focus far from neutrality, given that they never conducted a similar study, for example, focused on opinions about Joe Biden during the height of Hunter Biden’s legal controversy, which could have balanced the results and offered data with a minimum of scientific and sociological relevance.
Although the study provides ammunition for left-wing media—who are not overly concerned with rigor when it comes to throwing red meat to their uncritical audiences—the truth is that left-wing elites will have to keep searching, and do so more convincingly, if they genuinely want to discover why the new wave of the right is gradually conquering the whole of the West. Here is a hint: they will find no algorithm, no magic potion, and no grand enchantment to blame.
Itxu Díaz is a Spanish journalist, political satirist, and author. He has written 10 books on topics as diverse as politics, music, and smart appliances. He is a contributor to The American Spectator, The Daily Beast, The Daily Caller, National Review, First Things, American Conservative, The Federalist, and Diario Las Américas in the United States, as well as a columnist at several Spanish magazines and newspapers
DEMOGRAPHY
L’Express, Interview
Jennifer D. Sciubba, démographe : “La panique autour de la dépopulation nous détourne du vrai danger”
Grand entretien. Si le recul de la natalité doit nous interpeller, les discours alarmistes peuvent nourrir des tentations autoritaires, prévient la spécialiste américaine. Et détourner l’attention d’enjeux démographiques plus urgents encore…
La panique démographique nous guette-t-elle? Le débat, autrefois centré sur la surpopulation, s’est désormais déplacé vers la question d’une dépopulation massive. Les analyses annonçant une chute vertigineuse se multiplient. Dans un essai publié dans Foreign Affairs , Jennifer D. Sciubba ne conteste pas la baisse inquiétante de la fécondité. Mais cette spécialiste américaine des dynamiques démographiques met en garde : dans un contexte de montée des régimes autoritaires, cette rhétorique alarmiste pourrait servir de justification à des mesures liberticides ou à un recul des droits des femmes. L’histoire l’a montré, de la politique de l’enfant unique en Chine aux stérilisations forcées au Pérou, l’emballement démographique peut conduire à de graves atteintes aux droits individuels.
Refuser le catastrophisme ne signifie pas pour autant rester les bras croisés face aux lourdes conséquences économiques du déclin de la population, estime la directrice générale du Population Reference Bureau, une organisation américaine spécialisée dans l’analyse des tendances démographiques. Car faute d’anticipation, “nous risquons d’aboutir à une situation où des personnes en souffriront”, avertit l’auteure de Toxic Demography: Ideology and the Politics of Population(2025, non trad.) dans un entretien à L’Express. La démographe explique également pourquoi le débat sur la dépopulation nous détourne d’enjeux plus brûlants encore.
L’Express : Au vu de l’ampleur et de l’accélération de la chute de la natalité à travers le monde, n’y a-t-il pas de quoi s’alarmer?
Jennifer D. Sciubba : A ce stade, je ne pense pas. Il faut rester très prudent quant aux raisons pour lesquelles nous cédons à la panique. Quand on regarde de près les sources d’angoisse, on distingue en réalité trois camps. Le premier relève d’une forme de panique existentielle générale : que va-t-il arriver à l’humanité? Or, il faut tout de même rappeler une chose : malgré un pic attendu vers 2060 ou 2080, la population mondiale continue aujourd’hui d’augmenter. Et même si plus de quarante pays voient désormais leur population diminuer, nous ne sommes pas au seuil de la disparition de l’espèce humaine.
Le deuxième camp regroupe celles et ceux qui s’alarment d’une autre forme de crise existentielle : que dit de notre société le fait qu’une espèce choisisse de ne pas se reproduire? Cette question me paraît fascinante, notamment d’un point de vue féministe. Certaines personnes ne souhaitent pas avoir d’enfants dans les structures sociales où elles évoluent, et il est nécessaire d’y prêter attention. Mais, là encore, n’oublions pas que beaucoup continuent de faire le choix d’avoir des enfants.
Enfin, il y a le troisième aspect – c’est celui auquel j’ai consacré l’essentiel de mes travaux académiques : faut-il paniquer pour des raisons économiques? Cette problématique résonne particulièrement en Europe, où certains systèmes de protection sociale ne tiennent plus leurs promesses sur le plan arithmétique. Si l’on devait s’inquiéter pour l’une de ces trois raisons, c’est probablement celle-ci la plus préoccupante. Car si nous ne changeons rien dès maintenant, si nous ne faisons pas preuve d’un réel sens de l’urgence, nous risquons d’aboutir à une situation où des personnes souffriront. Les conséquences ne seront pas les mêmes selon les pays. En Chine autoritaire, par exemple, il est possible que ce ne soit pas tant le gouvernement que les personnes âgées qui en pâtissent. A l’inverse,dans les Etats-providence européens, c’est peut-être davantage l’Etat lui-même qui ressentira le choc de l’effondrement.
Comment financer notre système de protection sociale et faire face auvieillissement de la populationsi les naissances diminuent et que l’on se montre réfractaire, comme on l’observe notamment en France, à l’idée de travailler plus longtemps?
Ce paradoxe me semble intéressant à creuser. Je me demande s’il n’y a pas là quelque chose de plus large, lié à notre société actuelle. Je pensais récemment aux nombreuses critiques adressées aux couples – et pas seulement aux femmes, même si cela les vise souvent davantage – qui affirment ne pas vouloir d’enfants, au motif qu’ils seraient égoïstes. Oui, avoir des enfants représente énormément de travail. Cela exige une forme de sacrifice personnel, des coûts d’opportunité. C’est comparable en quelque sorte au fait de ne pas vouloir travailler plus longtemps : certaines personnes n’en ont pas envie mais souhaitent dans le même temps bénéficier d’une vie confortable. Le sujet dépasse donc la question des enfants et révèle quelque chose sur notre époque : le sentiment de communauté s’est affaibli. Cette proximité, cette conscience que nos choix et nos actions ont un impact sur les autres, semblent moins présentes aujourd’hui.
Ne vous méprenez pas : mon propos n’est absolument pas de dire que, par conséquent, les femmes devraient avoir des enfants. Cependant, on observe une perte plus générale du sens collectif, liée notamment à la manière dont nous vivons de plus en plus “en ligne”. Il devient encore plus difficile d’amener les gens, de leur propre initiative, à se dire : “D’accord, je vais travailler plus longtemps.” Cela ouvre un espace pour l’action publique, et il faudra sans doute un ensemble de mesures. Mais réagir instinctivement en estimant que l’Etat doit tout régler est compliqué. Cela doit d’abord passer par les entreprises, qui peuvent expérimenter certaines solutions. Quelle flexibilité offre-t-on aux personnes souhaitant travailler plus longtemps? Le cadre juridique le leur permet-il réellement? Autant de questions qui méritent d’être posées.
Nous attribuons souvent la chute de la natalité à différents facteurs, comme le capitalisme, l’individualisme, le déclin des mariages… Maisselon le démographe Dan Spears, aucun d’entre eux n’offre une explication sérieuse. Partagez-vous ce point de vue?
Oui, je le rejoins en ce sens que, dès que l’on croit avoir identifié une explication solide, un contre-exemple surgit. Mais cela signifie-t-il pour autant que nous ne savons rien? C’est là toute la question. Dans leur livre After the Spike – dont je salue au passage l’importance accordée aux droits individuels – Dean Spears et Michael Geruso soutiennent de manière très efficace que des facteurs comme le coût de la garde d’enfants ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer la baisse de la fécondité puisqu’il y a, au fin fond des Etats-Unis, des endroits où ces coûts sont plus faibles. Or, la perception compte énormément. Et je l’ai toujours dit à propos de la démographie : il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais aussi de la manière dont ils sont perçus. Même si le coût de la garde d’enfants n’apparaît pas dans un article d’économie comme l’explication décisive, cela tient peut-être aux limites de nos méthodes en sciences sociales pour saisir des éléments comme la perception. Il est difficile de capter certains aspects humains du phénomène. Or, aujourd’hui, les discours autour du coût sont très puissants, et les individus les ressentent fortement, même si cela ne se reflète pas toujours dans les données.
Nous savons aussi que le mariage joue un rôle. Chez les Afro-Américains, les taux de mariage ont fortement diminué, et leur taux de fécondité est désormais inférieur à celui des Blancs, ce que, il y a quarante ans, peu de responsables politiques auraient cru possible. Tous ces éléments comptent réellement. Mais les méthodes des sciences sociales consistent à les isoler pour mesurer l’effet propre de chacun. Or, dans la réalité, ils agissent simultanément, comme les ingrédients d’un même mélange, exerçant ensemble une pression à la baisse.
Vous vous inquiétez de la concomitance entre le déclin des démocraties et la tonalité alarmiste des discours sur la baisse des naissances…
Le recours à un vocabulaire de crise peut être extrêmement efficace, parce qu’il pousse à agir. Il crée un sentiment d’urgence. Et bien souvent, y compris dans ma propre carrière, des universitaires ou des figures intellectuelles animés des meilleures intentions emploient ce registre alarmiste pour provoquer une réaction, parce qu’ils savent que, sans cela, rien ne se passera. Le problème, c’est que les conséquences ne correspondent pas toujours à ce qu’ils avaient envisagé. C’est d’ailleurs ma principale critique (publiée dans Foreign Affairs) du livre After the Spike de Dean Spears et Michael Geruso : il ne suffit pas de dire “attention”. Il faut aussi garder à l’esprit que les chercheurs ne contrôlent pas l’usage qui sera fait de leurs travaux.
A droite, certains redoutent un déclin civilisationnel tandis qu’à gauche, d’autres estiment que la baisse des naissances peut être positive pour l’environnement et insistent sur le droit individuel à ne pas procréer.Les enjeux démographiques sont-ils désormais instrumentalisés à des fins idéologiques?
Oui. Cela dit, je ne parlerais pas de manipulation des chiffres, mais plutôt de discours qui ne sont pas toujours solidement ancrés dans les données. Et j’ai le sentiment qu’il existe, des deux côtés, une peur de concéder le moindre point à l’adversaire. Il y a par exemple eu un nouveau rapport publié le 8 janvier aux États-Unis par The Heritage Foundation [NDLR : think tank conservateur à l’origine de Project 2025, programme de 900 pages visant à renforcer le pouvoir de l’exécutif et à défendre les valeurs chrétiennes nationalistes]. Je l’ai lu très attentivement, avec un regard académique, et je me suis dit que plusieurs éléments pourraient en réalité plaire à la gauche! Mais j’ai du mal à imaginer un contexte où celle-ci dirait : “C’est un bon point.” Et l’inverse est tout aussi vrai.
La polarisation est telle que chacun redoute de reconnaître le moindre terrain d’entente. Cela rejoint ce que je disais sur la perte du sens de la communauté : la difficulté à voir, chez l’autre, des préoccupations ou des valeurs communes. Le système électoral favorise les positions les plus extrêmes plutôt que les voix plus modérées. Les médias aussi, dans une certaine mesure. Tout paraît encourager cette dynamique. Même l’environnement de financement joue un rôle. Je dois vous l’avouer : en tant que dirigeante d’une structure résolument non partisane, je m’inquiète parfois que le fait de ne pas sonner l’alarme en permanence ni de recourir à un langage de crise ne nous pénalise dans la course aux financements.
Selon l’administration Trump, l’Europe pourrait devenir “méconnaissable dans 20 ans ou moins” si certaines tendances démographiques et politiques se poursuivent. Cette affirmation est-elle étayée par les données scientifiques disponibles?
D’un point de vue strictement mathématique, si les taux de fécondité restent bas et que l’immigration demeure élevée, alors oui, la composition ethnique d’un pays change nécessairement. C’est une simple question d’arithmétique. Cela dit la migration est bien plus un sujet politique que démographique. Les responsables politiques, partout dans le monde sont prêts à accepter l’immigration tant que cela sert leurs objectifs. Et lorsque cela ne correspond plus à leurs intérêts, ils ferment la porte. Regardez les Etats-Unis : l’an dernier, le solde migratoire a été négatif, pour la première fois en cinquante ans!
En matière de démographie, le monde scientifique a-t-il perdu du terrain face aux idéologues?
Au contraire. Je suis presque étonnée de voir à quel point ce sujet suscite aujourd’hui de l’attention, après vingt ans passés à l’étudier. A l’époque de mes études doctorales, on me déconseillait d’en faire le thème de ma thèse. On me disait : “Le vieillissement de la population? C’est absurde, personne ne s’y intéressera”! Aujourd’hui, de plus en plus de chercheurs s’en emparent, dans des disciplines très diverses. Nous accumulons un véritable corpus de connaissances. C’est précisément le rôle d’organisations comme le Population Reference Bureau (PRB) : veiller à ce que les données disponibles soient comprises. Car le problème avec le monde académique, c’est que nous produisons une masse d’informations que nous publions ensuite dans des revues à comité de lecture, souvent derrière des accès payants. Les responsables politiques en entendent des bribes, sans toujours en saisir les nuances. Il faut donc des acteurs capables d’occuper cet espace intermédiaire. Et, sur ce point, je reste optimiste. Il m’arrive de lire des articles sans pouvoir deviner si leur auteur est de droite ou de gauche, et c’est une bonne chose. Le travail des chercheurs se situe encore en dehors de la polarisation politique.
Vous pointez les limites voire l’inefficacité des politiques natalistes mises en place ces dernières années par certains pays. La Corée du Sud, par exemple, a dépensé des milliards pour lutter contre la dénatalité, sans succès…
Si l’on définit le “succès” comme une augmentation des taux de natalité, alors il est difficile d’affirmer que ces politiques ont porté leurs fruits. Et cela me ramène à la question fondamentale : à quoi doivent vraiment servir ces politiques? Si leur objectif est d’améliorer la qualité de vie, alors peut-être que, lorsque les conditions s’améliorent, les gens choisissent d’eux-mêmes d’avoir des enfants. Nous nous sommes focalisés sur le nombre de naissances, alors que la véritable question devrait être celle des conditions de vie.
Peut-on concilier une politique nataliste avec une approche féministe?
On peut tout à fait se dire favorable à la famille tout en étant féministe. Beaucoup de femmes souhaitent avoir des enfants. Nombreuses sont encore celles qui veulent rester à la maison avec eux, au moins pendant une certaine période de leur vie. Dès lors, il n’est pas vraiment féministe de ne pas soutenir ces choix également. Imposer une vision unique des choses constitue, dans les deux cas, une position extrême. L’enjeu devrait être de préserver la liberté de choisir la manière dont on construit sa famille.
Comment élaborer un cadre qui affirme à la fois l’autonomie individuelle et la valeur sociétale de la vie familiale?
C’est sans doute la question la plus compliquée que l’on puisse poser. A mes yeux, il faut avant tout rester attaché à la préservation des droits, c’est fondamental. Les droits et la liberté de choix doivent constituer la base de toute réflexion. Il ne faut jamais s’en écarter, car les tendances en matière de natalité évoluent avec le temps. La situation actuelle ne sera pas celle de toujours. Peut-être que des politiques publiques feront la différence. Ou pas. Peut-être que ce seront simplement des évolutions culturelles. Mais quoi qu’il arrive, il faut préserver ce socle de droits.
Alors, comment y parvenir? Il faut d’abord définir la vision des sociétés dans lesquelles nous souhaitons vivre. Il est également essentiel de retrouver un sens de la communauté, ce qui rejoint la question démocratique. Nous mesurons trop souvent notre réussite et notre bien-être à l’aune du taux de croissance du PIB sans vraiment nous demander si les gens vont bien, comment ils vivent réellement. Si nous voulons ouvrir un débat à l’échelle de la société tout entière, il ne devrait pas s’articuler autour de la question de savoir comment faire plus d’enfants, mais davantage sur la façon de construire une société plus épanouie. En somme, la voie à suivre consiste peut-être juste à changer les termes du débat.
Cela signifie-t-il qu’au fond, les discours actuels sur la dépopulation – et les inquiétudes qu’elle suscite – pourraient, d’ici quelques années, paraître moins dramatiques qu’ils ne le semblent aujourd’hui?
Peut-être. Et il est aussi possible que nous ne sachions jamais si la peur actuelle est précisément ce qui aura contribué à changer les choses. Je pense, par exemple, à The Population Bomb de Paul Ehrlich, publié en 1968. Il faisait partie de ces nombreux environnementalistes qui alertaient sur la surpopulation. En utilisant un langage de crise particulièrement efficace, ils ont déclenché toute une série d’actions : des programmes aux Nations unies, en Europe, au sein de grandes fondations – la Rockefeller notamment – se sont mobilisés pour répondre à ce qu’ils considéraient comme un problème majeur de surpopulation. Dans quelle mesure cette alarme a-t-elle contribué, par la suite, à inverser la tendance? Probablement de façon significative.
Cela nous ramène à la question : pourquoi le langage de la crise est-il si puissant? Parce qu’il pousse à l’action. Si les débats actuels – qui ne feront que s’intensifier dans les cinq ou dix prochaines années, car les dynamiques démographiques vont mathématiquement s’accélérer – débouchent sur une série de politiques réellement favorables aux familles, susceptibles d’améliorer le bien-être, de renforcer le sentiment de communauté, et d’amener davantage de personnes à se marier et à avoir des enfants, alors peut-être que la dépopulation ne sera plus le problème central. Une chose est certaine : aucune tendance ne se prolonge indéfiniment. De nombreux démographes estiment d’ailleurs que les taux de fécondité ne sont peut-être pas aussi bas qu’on le pense, car les femmes retardent leurs naissances. On observe ainsi en Europe et aux Etats-Unis une hausse des naissances chez les femmes âgées de 40 à 45 ans. Il est donc possible qu’au moment où ces cohortes auront achevé leur période de fécondité, elles n’aient finalement pas eu beaucoup moins d’enfants que les générations précédentes. Une partie du phénomène pourrait simplement s’expliquer par un décalage de “calendrier”…
Selon vous, à trop se focaliser sur la baisse des naissances, on perd de vue les enjeux posés par le vieillissement de la population…
C’est bien le vieillissement qui aurait dû retenir toute notre attention en premier lieu. Je suis d’ailleurs surprise que l’on ait presque sauté cette étape – alors que c’est précisément le sujet de ma thèse, il y a des années – pour passer directement à la question de la dépopulation. La baisse de la population ne survient pas comme dans un film des Avengers, où Thanos claque des doigts et fait disparaître au hasard une partie des habitants.
En réalité, les sociétés vieillissent progressivement, et nos systèmes ne sont pas conçus pour soutenir et prendre en charge des populations très âgées. Nous manquons de médecins, nous manquons de personnels soignants. L’automatisation et l’intelligence artificielle ne pourront pas aider à accomplir certains gestes essentiels, comme donner un bain. Même au Japon, pionnier dans la robotique des soins aux personnes âgées, certaines tâches restent impossibles à automatiser. De plus, la famille a longtemps constitué le principal pilier de soutien aux personnes âgées et le lieu central du travail de soin. Mais avec la diminution de la taille des familles, cette fonction devient plus difficile à assumer. C’est là que devrait se concentrer l’essentiel de notre attention.
En quoi le vieillissement démographique nous oblige-t-il à repenser l’organisation du travail?
Rappelons d’abord que tout le monde ne souhaite pas forcément partir plus tôt à la retraite. Le problème des politiques nationales, c’est qu’elles cherchent souvent à appliquer une règle uniforme à tous. Or, on pourrait très bien faciliter la poursuite d’activité pour ceux qui le désirent, sans empêcher d’autres de prendre leur retraite, de s’engager bénévolement ou de profiter d’un rythme de vie plus tranquille. Pourtant, on raisonne encore trop souvent en termes de tout ou rien. Il faut sortir de cette logique binaire. Il existe aussi des discriminations liées à l’âge, et parfois des mises à la retraite obligatoires qui empêchent ceux qui voudraient continuer de travailler de le faire.
Par ailleurs, si tant de personnes aspirent à partir tôt, c’est aussi parce que le travail a été vécu comme extrêmement éprouvant. Là encore, on est dans une logique excessive : travailler jusqu’à l’épuisement, puis tenter de profiter de quelques années de répit avant que la santé ne décline. Mais on pourrait imaginer d’autres modèles d’organisation de la vie professionnelle, qui permettent de rester actif et engagé sans s’user prématurément. De nombreuses recherches montrent d’ailleurs qu’une activité prolongée favorise une meilleure santé et une plus grande longévité.
ISLAM AND ISLAMISM IN FRANCE
Le Figaro
Islamisme, séparatisme… Le ramadan 2026 révèle les fortes divisions de la communauté musulmane en France
RÉCIT – Dans les mosquées, les fidèles témoignent d’un malaise profond. Alors que les responsables religieux cherchent à soigner l’image de l’islam, ils sont rattrapés par la force des courants islamistes, ciblés par l’État.
L’islam de France s’enfonce dans la division. Dernier épisode en date, une divergence sur le jour du début du ramadan. Pour les uns, c’était mercredi 18 février, pour les autres, le lendemain. Les différentes fédérations musulmanes se sont opposées frontalement sur ce sujet religieux, au désespoir des quelque cinq millions de fidèles.
Le premier ban a été publié par la Grande Mosquée de Paris, qui a décrété le mercredi 18 février comme début du ramadan. Le communiqué expliquait que cette décision reposait sur une « commission théologique » et sur «l’adoption du calcul scientifique et les données astronomiques universelles ». Mais le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) garantissait que d’autres « données scientifiques » fixaient le ramadan au jeudi 19 février. Les deux instances ont à nouveau justifié leur position par communiqués interposés ce week-end.
«Cette division sur la date du ramadan est une honte, tonne Abdallah Zekri, vice-président du CFCM, les musulmans sont en colère, les données les plus scientifiques convergent sur le 19 février. Le recteur de la Mosquée de Paris a un problème d’ego, il veut tout le temps se faire remarquer».
Sentiment de malaise
Le CFCM revendique plus de 1 200 mosquées, soit près de la moitié des lieux de cultes musulmans. La Grande Mosquée de Paris revendique 400 mosquées, mais plutôt une grosse centaine de lieux de cultes selon d’autres sources. «L’omniprésence de sa politique médiatique lui confère une importance inversement proportionnelle à son influence réelle sur la communauté», estime un bon connaisseur du dossier.
Pourquoi cette discordance sur le ramadan ? Les calculs «scientifiques» analysent en réalité le cycle lunaire, qui ordonne le calendrier musulman. Le mois de ramadan commence par la naissance de la nouvelle lune. Le signal est donné par la visibilité du premier croissant, le « hilal ». Pour les uns, cette observation doit se faire à l’œil nu, ou avec instrument. L’apparition du croissant doit absolument être constatée par des témoins qui scrutent le ciel lors de « la nuit du doute ». Si la lune se rend visible, alors le ramadan peut commencer. Si elle n’est pas visible, par temps couvert notamment, ce sera le lendemain. Tout dépend surtout de la zone du globe où la personne se trouve. D’où le choix de l’autre méthode, basée sur des calculs astronomiques aptes à prévoir très exactement l’apparition du premier croissant de lune selon un point de repère établi sur la planète.
Une moitié des pays musulmans s’oppose sur cette date à l’autre moitié, depuis longtemps. En France, depuis la création du Conseil Français du Culte Musulman, en 2003, les musulmans parvenaient à s’unir tant bien que mal sur ce jour J tellement symbolique. Ce semblant d’unité vient de céder en 2026. Il est révélateur d’un malaise de la communauté musulmane, jamais si profond jusque-là, selon plusieurs sources. Cette communauté se voit déchirée de l’intérieur et assujettie, de l’extérieur, à une pression sociale et politique qu’elle dénonce : « l’amalgame » entre islam et islamisme.
Nous avons parfois le sentiment d’être désignés comme des boucs émissaires, rendus responsables de tous les maux de la société
Ibrahim Alci, président du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) et coprésident du CFCM
Lors de la présentation de ses vœux, le 23 janvier, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, lançait : « Depuis plus de vingt ans, en France comme en Occident, l’islam est trop souvent réduit à des images déformées et contraires à son essence. Cette perception erronée alimente les amalgames, les confusions, les actes et les discours antimusulmans. De nombreux Français de confession musulmane en viennent à douter de leur place et de leur futur dans leur propre pays ».
Pour l’heure, les musulmans entrent dans ces 30 jours de jeûne diurne où il n’est pas permis de boire ni de manger, sinon la nuit, où il est recommandé de prier davantage, en fréquentant la mosquée, et de multiplier les œuvres d’aumônes. Une pratique qui séduit les jeunes, selon un sondage Ifop de novembre 2025 : le respect strict du ramadan est passé de 51 à 83 % en seulement quatre décennies.
Le rythme du ramadan implique, une fois la nuit tombée, les repas quotidiens de « rupture du jeûne », « l’iftar », moment festif où les communautés lancent volontiers des invitations, en particulier aux autorités municipales. Ce qui n’est jamais anodin. Le ramadan se terminera d’ailleurs cette année juste avant le deuxième tour des élections municipales, le 22 mars. Sur ce champ politique, les musulmans se sentent là aussi montrés du doigt : ils se disent accusés de tous les maux par l’extrême droite ou bien suspectés de voter en masse pour l’extrême gauche.
« Il existe un véritable malaise chez les musulmans », explique Ibrahim Alci, cadre supérieur dans une grande entreprise de distribution, qui réside dans le nord de la France, mais aussi président du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) et coprésident du CFCM. « Nous avons parfois le sentiment d’être désignés comme des boucs émissaires, rendus responsables de tous les maux de la société ». Il met en garde : « ce malaise s’exprimera lors des élections municipales : les musulmans ne resteront pas spectateurs à regarder le train passer. Ils iront voter et voteront en citoyens responsables, pour des équipes municipales avec lesquelles une coopération est possible au niveau local, c’est notre premier critère ». Et de préciser : « À Roubaix, par exemple, on compte environ 55 000 musulmans pour moins de 100 000 habitants . Nous ne donnons aucune consigne de vote et nous sommes opposés aux listes communautaires, mais les musulmans pèseront dans le débat démocratique en tant que citoyens français ».
Vote religieux
Le journaliste Lucas Jakubowicz vient de publier à ce sujet un passionnant ouvrage, intitulé « vote religieux, un tabou français » (Éditions de l’Observatoire). Il décortique, région par région, ville par ville, religion par religion, la réalité de ce que pourrait être ce vote « religieux » en France. « Pour faire simple, résume-t-il, les citoyens les plus pauvres regroupés dans les banlieues des grandes villes, bien souvent issus de l’immigration musulmane, glissent un bulletin LFI dans l’urne ». Phénomène qui s’est amplifié avec le conflit israélo-palestinien, constaté lors des élections européennes de juin 2024 où « 62 % des électeurs musulmans » ont voté La France Insoumise, selon l’IFOP. Lors d’une audition récente à l’Assemblée nationale, le spécialiste de l’islam, Olivier Roy, appuyait : « disons-le clairement : La France insoumise voit dans les personnes d’origine musulmane un réservoir de voix. Cela est parfaitement évident ».
Après les élections de 2026 et 2027, viendra la mise en place de nouvelles politiques. C’est un autre tourment pour une large partie des musulmans… Car l’année 2025 a été marquée par la publication de trois rapports visant les dérives islamistes. La commission parlementaire présidée par le député Xavier Breton (Droite Républicaine), où le politologue Olivier Roy intervenait parmi des dizaines d’autres spécialistes, a publié en décembre 2025 un épais rapport sur le thème « lutter contre l’islamisme politique : la nécessité d’un sursaut républicain ». Il venait après le rapport d’expertise « Frères musulmans et islamisme politique en France », commandé par le ministère de l’Intérieur, et le rapport de la droite sénatoriale sur l’islamisme. En ligne de mire de ces trois documents, tous très fournis et étayés, avec des comptes rendus des services de renseignement intérieur et extérieur : l’entrisme islamiste.
« Il y a l’idée d’un projet de loi sur la question de l’entrisme islamiste, confirme le député de l’Ain, Xavier Breton, secrétaire de l’Assemblée nationale. Les services de l’État sont mobilisés, c’est plutôt Matignon qui décidera, vu l’enjeu de la question dont beaucoup se demandent s’il faut aborder ce sujet avant la présidentielle. Nous distinguons très nettement, dans notre rapport islam et islamisme, qu’un musulman n’est pas un terroriste en puissance, il faut être clair là-dessus. Mais il apparaît aussi que, question phare de notre rapport, l’entrisme est difficile à définir sur le plan juridique. Sa définition doit être rigoureusement précise et encadrée. Nous avons voté une loi sur le séparatisme, plus facile à repérer objectivement. L’entrisme islamiste, c’est la recherche d’une influence dans la société de manière dissimulée ».
L’État français a en effet vu venir ce danger, dont le sondage IFOP de novembre 2025 donne une idée de l’ampleur. 42 % de la jeune génération musulmane éprouvent de la sympathie pour l’islamisme quand 33 % de l’ensemble des musulmans voient les radicaux d’un bon œil. En 1998, la proportion de cette bienveillance pour les intégristes était de 19 %, tous âges confondus. Cette tendance au rigorisme touche également le respect des lois françaises : 57 % des 15 -24 ans pensent que les lois de la République passent après les règles de l’islam, la législation française étant « moins importante » que la charia. Le même sondage indique toutefois que 56 % de l’ensemble des musulmans pensent le contraire et reconnaissent que les lois de la République l’emportent sur celle de l’islam.
À Lyon, une figure de l’islam observe ces évolutions non sans dépit. Il s’agit de Kamel Kabtane. À 82 ans, il est toujours recteur de la Grande Mosquée de la ville. Il a été de toutes les discussions confessionnelles avec l’État depuis soixante ans « Je n’ai jamais vu la France dans cet état, s’inquiète-t-il. Je demande donc un ‘cessez-le-feu’ ! Cela fait plus de cent ans que les musulmans sont arrivés en France, notamment comme combattants en 1914-1918, et les voilà considérés comme des « sous-citoyens »… Où est l’esprit de la loi de 1905 ! Pourquoi les musulmans ne sont pas traités comme les autres religions ? ». Il redoute l’avenir au point d’avoir décidé de « racheter le terrain sur lequel est construite la mosquée, qui était un bail emphytéotique de 99 ans». Il explique : «notre saine gestion nous le permet, la municipalité de Lyon est d’accord. C’est une façon d’assurer un avenir qui s’annonce incertain pour les musulmans en France ».
Se démarquer de l’islam radical
Ce climat d’inquiétude pousse les fédérations musulmanes à chercher des voies pour se démarquer publiquement de l’islam radical, sans toujours convaincre toutefois. L’association «Musulman de France», ancienne UOIF, proche de la mouvance des Frères Musulmans, organisait par exemple le 14 février son colloque annuel, ouvert au public, sur le thème de la « place centrale de l’islamisme dans l’espace public ». Au menu, « les concepts d’islamisme, d’islam politique, de ’frérisme’ ou d’« écosystèmes », « leurs usages politiques et médiatiques, notamment en période électorale ». Enfin, « l’écart entre ces discours et les réalités sociales vécues par les musulmans de France ». L’objectif était d’« éclairer le débat public pour dépasser les amalgames», le tout «dans un esprit républicain, pluraliste et apaisé ».
Cette association est pourtant dans le viseur du gouvernement. Musulmans de France s’est toujours investie dans la formation, avec notamment le lycée Averroès, près de Lille, et le groupe scolaire Al-Kindi, près de Lyon. Ces deux établissements ont perdu leur contrat d’association, dénoncé par l’État, respectivement en 2023 et 2025. Tout comme a été dissous, en 2025, leur centre de formation des imams près de Château-Chinon, par mesure administrative.
Autre contre-feu, la Grande Mosquée de Paris a publié le 10 février un épais document intitulé « Musulmans en Occident. Pratique cultuelle immuable, présence adaptée » pour, précisément, «adapter» le discours islamique au contexte français car « il n’y a aucune incompatibilité », assure le recteur Chems‑Eddine Hafiz. Le document contient effectivement des précisions capitales pour le contexte français. Et beaucoup de fidèles trouvent « l’intention louable », comme le dit Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux. Philosophe de formation, il reconnaît le besoin constant d’explications car «l’islam n’a pas, comme l’Église, un droit canonique unique» mais il ne voit pas l’islam à ce point «en état d’urgence».
Le document a aussi suscité le doute : dans son large glossaire, de plus de 200 mots, le document ne mentionne pas « les Frères musulmans », ni le mot «frérisme», alors qu’il consacre des articles fournis sur le «salafisme» et le «Wahhabisme». Parmi les conseillers théologiques du document figure Larbi Becheri, théologien très respecté, ancien doyen du centre de formation des imams de Château-Chinon (ex-UOIF) mais aussi membre du Conseil Européen de la Fatwa, lié aux Frères musulmans.
Ce qui pourrait nuire à la crédibilité du document de la Grande Mosquée. D’autant que « la Grande Mosquée de Paris, déjà connue comme étant l’ambassade officieuse de l’Algérie en France, est depuis toujours soutenue contre vents et marées par les Frères musulmans, ex-UOIF », commente un haut fonctionnaire. De fait, Musulmans de France a signé le communiqué sur le ramadan qui a mis le feu aux poudres.
FRENCH UNIVERSITIES AND THE FAR LEFT
Le Figaro
«Ces nazillons ont récolté ce qu’ils cherchaient» : sur WhatsApp, deux profs de Sciences Po justifient la mort de Quentin
INFO LE FIGARO – Depuis une semaine, la boucle WhatsApp informelle sur laquelle des enseignants de Sciences Po Paris débattent de l’actualité politique est en ébullition. Plusieurs professeurs y défendent notamment l’idée que le lynchage de Quentin Deranque était mérité.
«Néonazi», «nazillon»… Les qualificatifs outranciers et insultants utilisés pour désigner Quentin Deranque (connu pour son engagement dans des mouvements nationalistes et catholiques traditionalistes) ont certes fleuri dans le débat public, depuis son lynchage à mort par des militants d’ultragauche jeudi 12 février. Plus étonnant en revanche est leur emploi par des professeurs de Sciences Po, dans une conversation WhatsApp regroupant de nombreux enseignants vacataires de l’IEP parisien, à l’appui de raisonnements qui minimisent la gravité de son meurtre voire insinuent que le jeune garçon et ses amis agressés au même moment avaient eu «ce qu’ils cherchaient».
Ces propos ont été tenus sur une conversation WhatsApp baptisée «Débats Privés Enseignants ScPo», qui regroupe plus de 250 enseignants de Sciences Po Paris et dont Le Figaro a pu consulter l’intégralité des échanges récents. Loin d’être seulement un lieu de «débats privés», ce canal de discussion est en réalité un forum ouvert largement à tous les professeurs de l’IEP. Au demeurant, des propos tenus par le passé sur ce même groupe avaient déjà été en partie retranscrits dans la presse – ce qui a d’ailleurs conduit des membres à mettre en garde leurs collègues ces derniers jours, les avertissant des risques qu’ils prenaient en y tenant des propos passibles à leurs yeux de poursuites pénales.
Les professeurs de Sciences Po ont manifesté dès la semaine dernière un vif intérêt pour les circonstances de la mort de Quentin Deranque et les débats qu’elle a suscités au sujet de la violence politique en France. Après que l’un d’entre eux a partagé des informations de presse à ce sujet, un enseignant vacataire qui donne des cours de sport au sein de l’IEP de la rue Saint-Guillaume a rapidement réagi en qualifiant immédiatement la victime de «militant nationaliste qui était là pour protéger les racistes transphobes de némésis».
«Le mec mort c’est un néonazi»
Un débat s’est alors rapidement installé, dans lequel un autre professeur a fait valoir à son collègue que les engagements politiques de Quentin Deranque ne justifiaient pas son lynchage à mort et que la violence des groupes «antifas» était aussi dangereuse que celle de l’extrême droite. «Vérifiez bien qu’aucun antifa n’est caché sous votre lit», lui a rétorqué au terme d’un échange houleux un troisième collègue, professeur des universités à l’Université Paris Dauphine et chargé d’un cours d’économie à Sciences Po sur l’histoire du capitalisme.
Le week-end s’est poursuivi paisiblement, mais la conférence de presse du procureur de la République de Lyon ce lundi 16 février puis l’annonce de premières interpellations parmi les membres de la Jeune Garde ont relancé de vifs débats chez les enseignants. Le professeur d’économie a d’abord commencé à remettre en cause l’implication des assistants parlementaires du député (LFI) Raphaël Arnault, avant que son collègue professeur de sport ne se fende d’un résumé succinct des faits… à ses yeux : «C’est pourtant simple, Raphaël Arnaud c’est un antifasciste et le mec mort c’est un néonazi», a-t-il alors schématisé pour appuyer son refus de dénoncer les violences de la mouvance «antifa» au même titre que celles de l’extrême droite.
«L’extrême-droite et la police d’extrême-droite tuent»
Pour relancer la discussion, d’autres professeurs ont partagé ensuite un billet politique publié par Thomas Legrand dans Libération, condamnant le lynchage de Quentin. Le professeur d’économie a manifesté sa désapprobation, citant un extrait du texte de l’éditorialiste («Personne, devant la violence naturelle et intrinsèque du fascisme, ne peut affirmer qu’il ne faudra jamais se battre. Mais personne ne peut admettre que nous en serions là»)et ajoutant son propre commentaire personnel, laissant entendre que la lutte contre le fascisme pourrait d’ores et déjà nécessiter à ses yeux le recours à la violence : «Il est possible qu’à Lyon, la question se pose réellement. Je n’affirme pas que c’est le cas, je m’interroge…» a-t-il écrit. À son tour le professeur de sport a renchéri en développant une analyse visant à expliquer, voire excuser, la violence «antifasciste» : «En profiter pour taper sur lfi/jeune garde c’est peut-être intéressant au niveau de la stratégie politique mais ça n’empêchera pas les morts suivantes» (sic), a-t-il commencé, ajoutant que «depuis les discours racistes alimentés par les médias jusqu’à l’impuissance ressentie par les militants quand ils sont face à cette violences; il y’a tout un tas de facteurs qui alimente tout ça» (nous faisons le choix de retranscrire ici fidèlement les propos tenus, sans corriger les fautes de frappe dues à la saisie sur téléphone).
La discussion s’est alors déportée sur le décompte des violences commises par l’extrême droite et l’extrême gauche. Le professeur d’économie a comparé les deux en incluant dans son décompte des homicides imputables à l’extrême droite la mort de plusieurs personnes tuées par la police, comme Nahel en 2023 à Nanterre. Face aux protestations de plusieurs collègues, il a insisté en martelant que «l’extrême-droite et la police d’extrême-droite tuent régulièrement toutes sortes de personnes», tandis que si la responsabilité de la mort de Quentin Deranque était réellement du fait de l’ultragauche, «ce serait bien la première fois que des antifas causeraient le décès de qui que se soit». Face à de nouvelles protestations, cette fois au sujet de ses propos sur la police, le professeur d’économie a de nouveau poursuivi : «Il existe de nombreux exemples de personnes décédées tuées par la police ou la gendarmerie, souvent des personnes racisées ou des militants. L’emprise de l’extrême-droite sur ces professions est documentée. Du point de vue du mort, être tué par un policier, un gendarme ou un néonazi, je suis pas sûr que ça fasse une grande différence.» Le professeur de sport a acquiescé en reprochant à un autre collègue de «refuser d’ouvrir les yeux sur le racisme et la violence systemique de la police».
Finalement, le débat est revenu sur Quentin Deranque et les circonstances de sa mort, et le professeur d’économie a par la suite estimé que «les fachos étaient en nombre important» dans la rue le soir du lynchage, et par conséquent «que l’un d’entre eux soit mort est un accident qui devait bien finir par arriver […] et le mort aurait très bien pu se trouver dans le camp d’en face». Ajoutant pour enfoncer le clou : «Ces nazillons ont récolté ce qu’ils cherchaient, et ce à plus d’un titre», car «Quentin a d’une certaine façon fort bien servi sa cause». De nombreux messages indignés, y compris émanant de collègues restés jusqu’ici silencieux au cours de l’échange, ont été publiés en réaction à ce dernier message – certains demandant à l’auteur de revenir sur ses propos ou de présenter des excuses. Ce que le professeur d’économie a refusé, se murant ensuite dans le silence.
Sollicitée au sujet des messages tenus par les enseignants sur cette boucle WhatsApp, la direction de Sciences Po a indiqué ne pas en avoir eu connaissance jusqu’alors, n’étant pas administratrice de la conversation, et ajoute être en train de se renseigner «sur le cadre légal des propos qui sont tenus de façon informelle sur ce canal». Le directeur de Sciences Po Luis Vassy a manifesté à plusieurs reprises depuis sa nomination son souhait de limiter l’expression de discours politiques d’extrême gauche au sein de l’établissement, en interdisant notamment en novembre 2024 une conférence de Rima Hassan qui devait s’y tenir.
The New York Times, Book Review
Historians Confirm: Tomorrow Won’t Be Better Than Today
By Mr. Buruma, professor at Bard College and the author of the forthcoming book “Stay Alive: Berlin, 1939-1945.”
To live in Berlin under the Nazis during World War II must have been an extraordinary experience. To be deported to death camps, if one was one of the tens of thousands of Jews who were still alive and living in Berlin, was horrific. For non-Jews, living in a police state was frightening enough. Being bombed day and night in the last two years of the war was surely terrifying.
The terrorism of the Nazi state was often in plain view. If you lived in Grunewald, one of the wealthiest parts of Berlin, you could have seen Jews being marched to the railway station, from which freight trains packed with humans left for the ghettos and death camps in Eastern Europe. Others would have seen neighbors dragged from their homes. In some cases, they could have heard the screams of prisoners in the forced labor camps that were spread all over the city.
And yet most people looked away, pretending to see nothing, and carried on with their lives. Why? As is so often the case under autocratic regimes, from Hitler’s Berlin to Mussolini’s Rome to Vladimir Putin’s Moscow, things go from bad to worse in stages. Today’s outrage is tomorrow’s normal. People adapt and get used to it.
My interest in what happened in Berlin during the war was sparked by my father’s letters from the Nazi capital between 1943 and the end of the war. A student in the Nazi-occupied Netherlands, he was deported to Germany as a forced laborer. His life was far from normal. But even as an unwilling foreign worker, he was able to observe the daily life of Germans, who often appeared to be oblivious to the horrors taking place around them.
In a letter to his sister during winter in 1944, when Berlin was being bombed day and night, he describes a concert by the Berlin Philharmonic, conducted by Wilhelm Furtwängler, with the audience and the musicians huddled in thick coats under a roof filled with holes from British and American bombshells.
Sign up for the Opinion Today newsletter Get expert analysis of the news and a guide to the big ideas shaping the world every weekday morning. Get it sent to your inbox.
Almost until the last stages of the war, when the Soviet Army conquered Berlin in a devastating battle that reduced the city to rubble, the cinemas were full, the dance revues were in full swing, the soccer competition went on, and people visited the zoo and sunbathed on the Wannsee opposite the infamous villa where the logistics of the Holocaust were worked out over glasses of brandy.
One reason for public docility in terrible circumstances is fear. In the last years of the war, a Berliner could be arrested and, often, executed for doubting the final German victory — for defeatism. But there is something more insidious, something not unfamiliar to many of us today: the hope that things will turn out all right soon, that the political outrages are temporary or at least that they can’t get worse. One way of dealing with bad times is to pretend that they are normal.
This is the problem when the destruction of moral norms and the rule of law is incremental. Germans should have known that politics would take a criminal turn as soon as Hitler and his brutal paladins grabbed total state power in August 1934. The racial laws of 1935 robbed Jews of their civil rights. But Jews made up less than 1 percent of the German population. So most people could live with the racial laws. In 1938, Hitler annexed Austria and grabbed a chunk of Czechoslovakia. OK. Perhaps that would satisfy the Führer’s imperial lust. He surely wouldn’t go any further.
By September 1939, when Germany invaded Poland, it was clearly too late for normal life to resume. But even then, many Germans believed that Britain and France would not resist. Surely, the war would soon be over. Erich Alenfeld, a Jewish banker married to a Gentile wife, wrote a letter to Goering asking to serve in the invading army. After all, he was still a German patriot. He never received an answer.
And so life continued. People kept hoping that the next act of war and assault on decency would be the final one and the nightmare would finally end. Even in 1945, when terrifying Soviet artillery was within earshot and much of Berlin lay in ruins, there was still hope that wonder weapons — fearsome missiles that would destroy and demoralize London or machines that would pull Allied bombers from the skies like giant magnets — would turn things around.
The human capacity for hope is an essential quality. Without hope, there can be no improvement. But hope can also turn into delusion. The United States today is not Hitler’s Third Reich. We are nowhere near the disastrous circumstances of Berliners in 1945, 1939, 1935 or even 1934. But as humans, we are prey to similar kinds of self-deception.
When Donald Trump refused to say whether he would accept the outcome of the election in 2016, people should have sensed the danger. And yet at the time, respected intellectuals told me that everything would be fine: All he wanted was to play golf or make money. Anyway, Hillary Clinton and George W. Bush were worse, for they condoned or unleashed unnecessary wars. I was told by a well-known American historian that there was really nothing to worry about, for after all, Roosevelt once had authoritarian tendencies, too. Democracy would never be shattered, a law professor assured me, for “Americans love freedom too much.”
Since then, one red line after another has been crossed: Undocumented immigrants are called animals; civilian boats are blown out of the water; American citizens are gunned down in the streets and then accused of being domestic terrorists; universities, news organizations and law firms are being bullied and blackmailed; and refugees are deported to countries whose languages they probably don’t even speak. And that is aside from the blatant corruption of family and cronies.
All this was incremental, too, but compared with 1934, everything goes much faster. And yet life continues as usual. What was unthinkable only yesterday we now take in stride, and we wait for that moment when things really have gone too far this time, when the fever breaks and things will revert to normal.
But that moment probably won’t come. Things have gone too far too many times already. Hoping for better is still the right attitude, but only as long as we prepare for the worst.
https://www.nytimes.com/2026/02/22/opinion/history-hope-delusion.html
Neue Zürcher Zeitung
«Geschmacklos und geschichtsvergessen»: Israelfeindliche Gruppen wollen gegen die Gedenkstätte Buchenwald demonstrieren – am Tag der Befreiung des KZ
In Thüringen attackieren linke Antizionisten die Leitung der Gedenkstätte KZ Buchenwald, weil sie den «Genozid in Gaza» verleugne. Politiker zeigen sich empört und warnen vor einer Instrumentalisierung des Gedenkens.
In Deutschland tobt ein Kampf um die Deutungshoheit über die Erinnerung an den Holocaust. Das offizielle Gedenken an das Menschheitsverbrechen wird an vielen Orten im Land durch Gedenkstätten am Leben erhalten. Ausgerechnet am Gedenkwochenende anlässlich der Befreiung des Konzentrationslagers Buchenwald in Thüringen haben linke antizionistische Gruppen zum Protest gegen die Gedenkstätte aufgerufen.
Auf dem Ettersberg bei Weimar gelegen, gehörte das KZ zu den grössten der Nazizeit. Hier wurden zwischen 1937 und 1945 mehr als 50 000 Menschen ermordet, viele von ihnen politische Gegner der Nationalsozialisten, aber auch Juden, Zeugen Jehovas, Homosexuelle und Kriminelle.
Linke Gruppierungen mobilisieren für das Wochenende um den 11. April nach Weimar. Die Leitung der Gedenkstätte sei nicht israelfeindlich genug und kriminalisiere propalästinensische Aktivisten, erklären sie. Dabei soll an dem Gedenkwochenende anlässlich der Befreiung des Lagers gemäss dem Instagram-Kanal der Organisatoren ein öffentlicher Protest unter dem Slogan «Kufiyas in Buchenwald» stattfinden, zudem ein Rundgang und Vorträge. Ob der Protest in unmittelbarer Nähe zur Gedenkstätte abgehalten werden soll, ist ungewiss.
Organisatoren der Kampagne feierten den 7. Oktober
Ein Sprecher der Stiftung Gedenkstätten Buchenwald und Mittelbau-Dora sagte der NZZ: «Wir sind besorgt, dass versucht wird, das Gedenken unangemessen zu instrumentalisieren.» Konkrete Pläne für die Proteste seien der Gedenkstätte jedoch bislang nicht bekannt.
Organisiert wird die Kampagne vom Umfeld des «Kufiya-Netzwerks», dessen Unterstützer von der Studentenorganisation der Linkspartei über die sich als jüdisch-antizionistisch verstehende Organisation Jüdische Stimme für einen gerechten Frieden in Nahost bis hin zur Deutschen Kommunistischen Partei reichen. Auch die Vereinigung der Verfolgten des Naziregimes – Bund der Antifaschistinnen und Antifaschisten unterstützt den Aufruf.
In einer Stellungnahme auf der Webseite heisst es, die Gedenkstätte Buchenwald sei zu einem Ort des «Geschichtsrevisionismus und der Genozidleugnung» geworden. Sie verbreite «israelische Propaganda» und kriminalisiere pauschal «Zeichen palästinensischer Identität und Solidarität». Als Völkermord bezeichnen die Autoren den Krieg zwischen der Hamas und der israelischen Armee im Gazastreifen nach dem Angriff der Terrorgruppe am 7. Oktober 2023.
Der Hintergrund der Auseinandersetzung ist ein Streit um das Tragen der Kufiya genannten Palästinensertücher auf dem Gelände der Gedenkstätte Buchenwald. Im April vergangenen Jahres verweigerten Mitarbeiter einer Frau den Zutritt zur Gedenkstätte, weil sie ein solches Tuch trug und damit auf dem Gelände gegen Israel protestieren wollte. Im Mai wurde zudem eine Handreichung der Gedenkstätte für ihr Sicherheitspersonal bekannt, in der vor rassistischen und antisemitischen «Codes und Symbolen» gewarnt wird, hauptsächlich bei Rechtsextremisten.
Ein Sprecher der Gedenkstätte betonte, dass es kein pauschales Verbot des Tragens von Kufiyas gebe. Man müsse die Tücher jedoch untersagen, wenn Hamas-Unterstützer «diese im Rahmen des Gedenkens tragen wollen». Dann finde eine «nicht zu tolerierende Instrumentalisierung des Ortes für die eigene, menschenfeindliche Agenda und Selbstdarstellung» statt.
Ein Gericht entschied im August zugunsten der Gedenkstätte, der Klägerin durfte der Zutritt verwehrt werden. Sie ist offenbar Mitglied der Kommunistischen Organisation, die nun auch an dem Protest gegen die Gedenkstätte beteiligt ist. Diese Gruppierung hatte sich positiv auf das antisemitische Massaker der Hamas im Oktober 2023 bezogen. In einer Stellungnahme, die online noch auffindbar ist, heisst es: «Wir können diesen Aufstand nur bewundern», er sei «in Gänze legitim, genau wie all seine Mittel».
«Angriff auf die Erinnerungskultur»
Bodo Ramelow, ehemaliger Ministerpräsident von Thüringen, jetzt Bundestagsabgeordneter für die Linkspartei, bezeichnete die Gruppierung im Gespräch mit der NZZ als «höchst unangenehme, neostalinistische Organisation». Weiter sagte er: «Wir erleben hier den Versuch, das Gedenken zu kapern.» Das Holocaust-Gedenken werde «von allen Seiten infrage gestellt».
Die Kampagne gegen die Leitung der Gedenkstätte Buchenwald sei nicht anders als das, was der thüringische AfD-Chef Björn Höcke wolle. Höcke und Politiker seines als besonders radikal geltenden AfD-Landesverbandes sind wegen ihrer erinnerungspolitischen Positionen ebenso von Veranstaltungen der Gedenkstätte ausgeschlossen.
Auch der Antisemitismusbeauftragte der deutschen Bundesregierung, Felix Klein, kritisierte die geplanten Proteste. Er sprach von einem «neuen Tiefpunkt der leider so geläufigen Täter-Opfer-Umkehr», da Holocaust-Opfer für aktuelle politische Zwecke missbraucht würden. Er verurteile «diesen frontalen Angriff auf die Würde des Erinnerns an die Opfer der Shoah auf das Schärfste». Gedenkstätten seien «Orte der stillen Erinnerung», so Klein.
Der menschenrechtspolitische Sprecher der Grünen im Bundestag, Max Lucks, nannte die Kufiya-Kampagne einen «empathielosen Angriff auf den Schutz der Opfer des Nationalsozialismus und ihrer Gedenkstätten». Sie sei ein Beispiel dafür, wie «legitime Kritik an der israelischen Regierung in ein illegitimes und antisemitisches Weltbild umgedeutet» werde.
Der Antisemitismusbeauftragte der thüringischen Landesregierung, Michael Panse, hält den geplanten Protest in Weimar für «geschmacklos und geschichtsvergessen». Wer die Gedenkwoche zur Befreiung des Konzentrationslagers zu einer «Politshow» umfunktioniere, missbrauche die Opfer und propagiere israelbezogenen Antisemitismus, so der CDU-Politiker. Er unterstütze die Leitung der Gedenkstätte «in ihrem Bestreben, jegliche Form von Antisemitismus zu unterbinden».
Auch die Landtagsabgeordnete Katharina König-Preuss fand scharfe Worte. Sie ist Sprecherin für Antifaschismus der Linken-Fraktion. Die Kampagne sei ein «Angriff auf die Erinnerungskultur und auf die Arbeit der Gedenkstätte Buchenwald». Der Vorwurf der Genozidleugnung sei haltlos und missbrauche den Holocaust-Begriff politisch.
Am 11. April 1945 befreiten sich die Insassen des Konzentrationslagers Buchenwald, nachdem die meisten SS-Männer vor den vorrückenden Amerikanern geflohen waren. Mitglieder des lagerinternen Widerstands öffneten das Lager von innen und nahmen verbliebene SS-Kräfte fest. Kurz darauf erreichten Einheiten der 3. US-Armee das Lager. Nach der Befreiung wurde der Buchenwald-Schwur der Überlebenden weltbekannt, in dem es heisst: «Die endgültige Zerschmetterung des Nazismus ist unsere Losung. Der Aufbau einer neuen Welt des Friedens und der Freiheit ist unser Ideal.»https://www.nzz.ch/international/geschmacklos-israelfeindliche-kampagne-gegen-die-gedenkstaette-kz-buchenwald-ld.1925870
CULTURE: MOVIES – THE BERLIN FESTIVAL (5)
The New York Times
A Festival Tried to Focus on Film. Politics Stole the Spotlight.
Reporters’ attempts to draw stars into debates about Gaza and other highly charged topics have threatened to overshadow the movies at the Berlin Film Festival.
There are nearly 300 movies playing in the Berlin International Film Festival. But at this year’s edition, which runs through Sunday, the news and social media discussion has often focused more on politics than film.
Since its opening last Thursday, the festival’s news conferences have become a venue for pointed questions about the views of filmmakers and stars on highly charged topics including the war in Gaza, the German government’s support for Israel’s military and the rise of far-right politics.
Many artists have declined to be drawn on those questions, and festival organizers have pleaded with reporters to focus on the movies. But clips of the exchanges circulating online have stoked a debate about the role of moviemakers in world events.
Things got awkward before the first film had even screened. At the event’s opening news conference, this edition’s jury chairman, the German director Wim Wenders, gave what some saw as an objectionable answer to a journalist’s question about the festival’s stance on Gaza.
“We have to stay out of politics, because if we make movies that are decidedly political, we enter the field of politics,” Wenders said, adding, “We are the counterweight to politics.”
The statement prompted snowballing outrage, fueled by longstanding grievances from some observers about the event’s stance on Israel. Because the Berlinale, as the festival is known, is largely financed by the German government, it must navigate politicians’ demands that it limit criticism of Israeli conduct in Gaza, which some officials describe as antisemitic.
At times, the debate has threatened to overshadow the films themselves. The Berlinale has been roiled by the publication of open letters denouncing Wenders and the festival, and its news conferences have taken an increasingly political turn.
At a news conference to promote the comedy “Sunny Dancer,” the American actor Neil Patrick Harris was asked whether movies “could help fight the rise of fascism in Europe and the United States.” His response — “In a strangely algorithmic and divided world right now, as an artist, I’m interested in doing things that are apolitical” — prompted further online ire: Some people were upset by what they saw as an avoidant answer, while others said the question was unfair in such a forum.
Other filmmakers and actors, including the “Harry Potter” star Rupert Grint and Ethan Hawke, have been confronted with questions about Gaza or right-wing politics. Hawke, in Berlin to promote his film “The Weight,” said, “The last place you probably want to look for advice in your spiritual counsel is a bunch of jet-lagged, drunk artists talking about their film.”
Many of the pointed questions, including the one directed at Wenders, have been asked by Tilo Jung, 40, an independent journalist and podcaster who usually covers German politics, and who has seemed to relish his role as the festival’s provocateur.
In an interview, he said that he had decided to take an active role at Berlinale news conferences for the first time this year because of the rise of “fascist forces in Europe and in America” and because of what he saw as the festival’s hypocrisy on the issue of Gaza. He noted that in previous years the festival had made official statements in support of Ukraine and Iranian protesters, but had never showed solidarity with the Palestinians.
“There are still too few important artists” who “are involved politically and take a stand,” he said. “Of course, the institution here would prefer it if we discussed the stars and the films — but as I said, we are living in historic times, in which democracy is in danger.”
The festival’s director, Tricia Tuttle, has denounced the tone of the debate, noting in a lengthy statement midway through the festival that although politics had its place there, filmmakers have the right not “to speak on every political issue raised to them unless they want to.”
In an interview on Thursday, she said that the media attention paid to politics at the news conferences had taken away from coverage of the films themselves, which have included titles such as “Rose,” starring Sandra Hüller as a woman passing as a man in 17th-century Germany, and “Yellow Letters,” a searing drama about political repression in Turkey.
She noted that there were a “couple of instances” where “the questioner was waiting for particular answers” and “then they became sound bites that were used in viral ways.” She added: “It’s a delicate critical and media ecosystem around these films.”
Andreas Busche, a culture editor at Der Tagesspiegel, a Berlin newspaper, argued in an interview that the debate around the festival and Israel had at times become dominated by “black-and-white thinking.” He said the Berlinale’s political stance should be measured not by statements from the organizers but by the “films it shows” and the breadth of “opinions of those it invites.”
The debate has been further stoked by the publication of an open letter by the Indian author Arundhati Roy, in which she canceled a planned appearance at the festival over Wenders’s comments, which she said were “a way of shutting down a conversation about a crime against humanity.” On Tuesday, over 80 former and current Berlinale participants, including Tilda Swinton, Mark Ruffalo and Javier Bardem also published an open letter urging the event to condemn Israel over its conduct in Gaza.
Tuttle said one of the letter’s accusations — that the festival had censored artists who oppose Israel — was untrue. “I really wish some of the signatories whom I know,” she said, “had had conversations with me to find out what is happening.”
https://www.nytimes.com/2026/02/19/movies/berlin-film-festival-politics.html
The New York Times
Political Drama ‘Yellow Letters’ Wins Top Prize at Berlin Film Festival
The film, from the director Ilker Catak, explores political repression in Turkey. Another movie set in the country, “Salvation,” took the runner-up prize.
“Yellow Letters,” a searing political drama by the German director Ilker Catak, won the top prize at this year’s Berlin International Film Festival.
The sobering feature centers on a theater actress and an academic facing political repression in contemporary Turkey. Stripped of their livelihoods because of their views, they confront a series of increasingly loaded choices as they try to support themselves and their daughter.
Shot entirely in Germany, the film is also notable for its experimental approach to setting, using an undisguised Berlin as a stand-in for Ankara, the Turkish capital, and Hamburg, Germany, as Istanbul. Catak’s previous film, “The Teachers’ Lounge,” was nominated for the Oscar for best international feature in 2024.
Wim Wenders, the German director who led the jury at this year’s festival, praised “Yellow Letters” for speaking up “very clearly about the language of totalitarianism,” describing it in his remarks introducing the award, known as the Golden Bear, as a “terrifying premonition and look into the near future that could possibly happen in our countries as well.”
This year’s jury also included the South Korean actress Bae Doona, the American filmmaker Reinaldo Marcus Green and a Polish producer of “The Zone of Interest,” Ewa Puszczynska.
The Silver Bear Grand Jury Prize, or the runner-up award, was given to “Salvation,” a propulsive, visually striking thriller about a community in rural Turkey embroiled in a longstanding feud with a neighboring village. The film was inspired by a real-life massacre in Mardin, Turkey, in 2009.
The film’s director, Emin Alper, spoke out in his speech for political prisoners in Turkey, including the mayor of Istanbul, Ekrem Imamoglu, who has been imprisoned since last year under what many critics see as politically motivated charges of corruption.
The jury prize was awarded to “Queen at Sea,” the American director Lance Hammer’s wrenching portrait of a husband and wife navigating the wife’s advanced dementia. The two actors playing the couple, Anna Calder-Marshall and Tom Courtenay, shared the gender-neutral award for best supporting performance. In his speech, Hammer thanked Juliette Binoche, who plays the woman’s daughter.
The best director award went to the British filmmaker Grant Gee for “Everybody Digs Bill Evans,” an experimental, intimate movie starring the Norwegian actor Anders Danielsen Lie (“The Worst Person in the World”) as Evans, a jazz pianist.
The best performance award went to Sandra Hüller for “Rose,” one of the most critically praised films of the festival, in which she plays a woman who passes for a man and marries a neighbor’s daughter in a farming community in 17th-century Germany. The sparse, black-and-white film is an understated showcase for Hüller, who worked under facial prosthetics.
The award for best screenplay went to Geneviève Dulude-de Celles for “Nina Roza,” about an art dealer who travels from Canada to Bulgaria to track down a young prodigy. The prize for special artistic achievement was handed to “Yo (Love is a Rebellious Bird),” a formally adventurous documentary from the United States exploring a woman’s grief for a close friend.
This edition of the Berlinale, as the festival is known, was the second under the leadership of Tricia Tuttle, the former director of the London Film Festival. The largest film festival in the world by audience, it opened last Thursday with a gala honoring the actress Michelle Yeoh with an Honorary Golden Bear for lifetime achievement and a screening of “No Good Men,” a warmly received romantic comedy by the Afghan director Shahrbanoo Sadat.
Much of the news media coverage of this year’s festival was shaped by viral political moments, after journalists at several news conferences confronted attendees with pointed questions about topics such as Israel’s conduct in Gaza and the rise of the far right. The episodes led Tuttle to issue a lengthy statement calling for a more respectful tone.
More than 80 former or current Berlinale participants, including Tilda Swinton and Mark Ruffalo, signed an open letter demanding that the festival condemn Israel over its actions in Gaza and asserting that the festival had censored artists on the subject. Tuttle rebutted that allegation in an interview with The New York Times, saying it was untrue.
Several presenters and winners addressed the controversy during the awards gala, including by speaking out in support of Palestinians. Tuttle said from the stage that it was “good” that the festival had been “publicly challenged” and that “criticism and speaking up is part of democracy.”
At times, that coverage threatened to drown out discussion of the festival’s program, which included nearly 300 films and had been largely well-received, even if it lacked the star power of previous editions.
Writing in The New York Times, the critic Beatrice Loayza argued that the festival’s selections this year showed a strong willingness by organizers to engage with thorny geopolitical themes. A section devoted to feature film debuts, which Tuttle created last year, “hit its stride” at this year’s event, Loayza said.
A critic for The Hollywood Reporter called the festival “one of the strongest Berlins in years.” And while Katja Nicodemus, a critic at Die Zeit, had a more mixed verdict on the competition films, she noted that it was a good year for German-language entries, including “Rose” and Angela Schanelec’s “My Wife Cries,” an elliptical drama about a splintering relationship.
https://www.nytimes.com/2026/02/21/movies/berlinale-film-festival-winners.html
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Berlinale-Abschluss: Carsten Schneider kritisiert propalästinensische Rede
Und verlässt aus Protest die Preisverleihung der Berlinale. Es ist der vorläufige Schlusspunkt einer deprimierend vorhersehbaren Abfolge von Eklats während des Filmfestivals.
Umweltminister Carsten Schneider hat am Samstagabend während einer Rede bei der Preisverleihung der Berlinale den Saal verlassen. Der syrisch-palästinensische Filmemacher Abdallah Alkhatib, dessen Film „Chronicles From the Siege“ als bestes Spielfilmdebüt ausgezeichnet wurde, hatte der Bundesregierung bei seinem Auftritt auf der Bühne vorgeworfen, als Partner „des Völkermords im Gazastreifen“ zu agieren.
Schneider sagte später, er halte diese Aussagen für nicht akzeptabel. Alkhatib hatte eine palästinensische Flagge mit auf die Bühne gebracht. Der Filmemacher sagte, eines Tages werde es ein wunderbares Filmfestival in Gaza geben. „Wir werden uns an jeden erinnern, der an unserer Seite stand, und wir werden uns an jeden erinnern, der gegen uns war“, sagte er. „Ein freies Palästina von jetzt bis ans Ende der Welt.“ Im Saal waren Applaus und Zwischenrufe zu hören.
Zuvor hatte bereits die libanesische Filmemacherin Marie-Rose Osta, die den Goldenen Bär für den besten Kurzfilm gewann, auf der Bühne die israelische Kriegsführung kritisiert. Moderatorin Désirée Nosbusch sagte anschließend: „Und ich bin mir sicher, dass unsere Herzen bei all den Menschen sind, die leiden, sei es durch Kriege oder durch Terrorismus.“
Dutzende internationale Künstler, darunter Javier Bardem und Tilda Swinton, hatten in einem offenen Brief das „Schweigen“ der Berlinale zum Gaza-Krieg kritisiert. Anlass war, dass Jurypräsident Wim Wenders bei einer Pressekonferenz auf eine Frage zum Nahost-Konflikt und zur Rolle des Festivals geantwortet hatte: „Wir müssen uns aus der Politik heraushalten.“ Die indische Autorin Arundhati Roy hatte deswegen ihre Teilnahme am Festival abgesagt.
Die Unterzeichner des Briefs zeigten sich daraufhin „entsetzt“ über das „institutionelle Schweigen“ des Festivals und „bestürzt“ über dessen „Beteiligung an der Zensur von Künstlern, die Israels andauernden Völkermord an den Palästinensern im Gazastreifen ablehnen“.
Neue Zürcher Zeitung
Der Goldene Bär kehrt heim – «Gelbe Briefe» des Berliner Regisseurs İlker Çatak gewinnt an der Berlinale
İlker Çatak erzählt in seinem Politdrama «Gelbe Briefe» von einem türkischen Künstlerpaar und gewinnt damit den Hauptpreis der Berlinale. Auch Sandra Hüller wird ausgezeichnet – nicht zum ersten Mal.
(dpa) Das Politdrama «Gelbe Briefe» des Berliner Regisseurs İlker Çatak hat den Goldenen Bären der Berlinale gewonnen. Das gaben die Internationalen Filmfestspiele in Berlin bekannt.
Damit hat erstmals seit mehr als 20 Jahren der Film eines deutschen Regisseurs die wichtigste Auszeichnung des Filmfestivals erhalten. Zuletzt hatte «Gegen die Wand» von Fatih Akin im Jahr 2004 den Goldenen Bären gewonnen.
Regisseur und Drehbuchmitautor Çatak („Das Lehrerzimmer“) erzählt die Geschichte eines türkischen Künstlerpaares aus der Theaterwelt in Ankara. Die deutliche politische Positionierung des Paares führt zu einem Berufsverlust und damit materieller Not. Sie sollen mundtot gemacht werden.
Sandra Hüller als beste Hauptdarstellerin ausgezeichnet
Schauspielerin Sandra Hüller wurde mit einem Silbernen Bären für die beste schauspielerische Leistung in einer Hauptrolle ausgezeichnet. Die 47-Jährige erhielt die Auszeichnung für ihre Rolle im Drama «Rose» von Markus Schleinzer.
Hüller verkörpert darin eine Frau, die sich im 17. Jahrhundert in einem kleinen, abgelegenen Dorf als Mann ausgibt. Die Thüringerin gewann bereits 2006 den Silbernen Bären als beste Darstellerin für ihre Rolle in dem Drama «Requiem».
«Kurtuluş» gewinnt den Grossen Preis der Jury
Den Grossen Preis der Jury erhielt die Tragödie «Kurtuluş» des türkischen Regisseurs Emin Alper. Stilistisch an einen Western erinnernd, handelt der Film vom mörderischen Kampf zweier Dorfgemeinschaften gegeneinander.
Das Demenzdrama «Queen at Sea» des Amerikaners Lance Hammer wurde mit zwei Preisen ausgezeichnet. Der Film erhielt den Preis der Jury. Zudem gewannen die Briten Anna Calder-Marshall und Tom Courtenay einen Silbernen Bären für die beste schauspielerische Leistung in einer Nebenrolle. Calder-Marshall spielt eine demenzkranke Frau, Courtenay ihren Ehemann.
Film von syrisch-palästinensischem Filmemacher bestes Debüt
Der Regie-Preis ging an den Briten Grant Gee für das Jazzmusiker-Porträt «Everybody Digs Bill Evans». Die Kanadierin Geneviève Dulude-de Celles bekam einen Silbernen Bären für das Drehbuch des Spielfilms «Nina Roza». Für eine herausragende künstlerische Leistung wurde der Film «Yo (Love is a Rebellious Bird)» der US-Amerikaner Anna Fitch und Banker White geehrt.
Das Drama «Chronicles From the Siege» des syrisch-palästinensischen Filmemachers Abdallah Alkhatib wurde bei der Berlinale als bestes Spielfilmdebüt ausgezeichnet.
2025 hatte der Spielfilm «Drømmer» («Oslo Stories: Träume») des norwegischen Regisseurs Dag Johan Haugerud den Goldenen Bären gewonnen.
The New York Times
BAFTAs 2026: ‘One Battle After Another’ Wins Best Film
Paul Thomas Anderson’s comedy drama won six awards at the British equivalent of the Oscars. The best actor choice, however, was a surprise.
“One Battle After Another” won the best film honors at this year’s EE British Academy Film Awards on Sunday at the Royal Festival Hall in London.
The movie, which stars Leonardo DiCaprio and Teyana Taylor, took home six awards at Britain’s equivalent of the Oscars, commonly known as the BAFTAs. Its awards included best director, best adapted screenplay and best supporting actor for Sean Penn.
In securing the main award, “One Battle After Another” beat “Sinners,” “Hamnet,” “Marty Supreme “ and “Sentimental Value.”
The director Paul Thomas Anderson, accepting the best film prize, had a few choice words for anybody who claims movies aren’t good anymore. He then called for the audience to join him “at the bar.”
Many movie fans viewed this year’s awards season as a face-off between “One Battle After Another” and “Sinners.” Paul Thomas Anderson’s caper secured 14 nominations for this year’s BAFTAs, one more than Ryan Coogler’s vampire movie.
But for the Oscars, “Sinners” has a record breaking 16 nominations, three more than “One Battle After Another.”
As well as winning best film on Sunday, “One Battle After Another” won best picture, musical or comedy, at last month’s Golden Globes and the main prizes at this year’s Critic’s Choice and Directors Guild of America awards, too.
The movie’s BAFTA victories will increase it momentum running into this year’s Academy Awards, scheduled for March 15.
On Sunday, “Sinners” won three awards including best supporting actress for Wunmi Mosaku and best original screenplay. Accepting that award, Ryan Coogler, the film’s writer and director, had a message for struggling screenwriters. “When you look at that blank page,” he said, “think of who you love, think of anybody you see in pain, that you identify with and wish they felt better, and let that love motivate you.”
In the best director category, Anderson beat Ryan Coogler (“Sinners”), Chloé Zhao (“Hamnet”), Joachim Trier (“Sentimental Value”), Josh Safdie (“Marty Supreme”) and Yorgos Lanthimos (“Bugonia”).
In the night’s only shock, the leading actor prize went to Robert Aramayo, the British star of “I Swear,” a movie about an activist with Tourette’s syndrome. “I Swear” is scheduled for a spring release in the United States and Aramayo is perhaps best known to American audiences for roles in “Game of Thrones” and Amazon’s “The Lord of the Rings: The Rings of Power.”
Aramayo looked stunned as he ran onstage, realizing he had beaten Leonardo DiCaprio (“One Battle After Another”), Timothée Chalamet (“Marty Supreme”), Michael B. Jordan (“Sinners”), Ethan Hawke (“Blue Moon”) and Jesse Plemons (“Bugonia”). “Absolute madness,” Aramayo said, then addressed his fellow nominees in the audience. “I can’t believe that I’m looking at people like you, and I’m in the same category as you, never mind that I’m stood here.”
The leading actress category had a more predictable winner: Jessie Buckley for her part as Shakespeare’s wife in “Hamnet.” Buckley, who also won best actress in a drama at this year’s Golden Globes, bested Emma Stone (“Bugonia”), Renate Reinsve (“Sentimental Value”), Kate Hudson (“Song Sung Blue”), Rose Byrne (“If I Had Legs I’d Kick You”) and Chase Infiniti (“One Battle After Another”).
Buckley dedicated her prize to “the women past, present and future that have taught me and continue to teach me how to do it differently,” then named several other female actors at the ceremony, before shouting to the audience to help her name anyone she had forgotten.
This year’s BAFTAs contained some unusual moments, including when Paddington Bear — well, the performers who portray him in a West End musical — presented the award for best children’s and family film to “Boong,” an Indian coming-of-age movie. The child-size bear struggled to open the envelope containing the announcement. “It’s not easy with paws,” he said, then stood to the side as Lakshmipriya Devi, the director of “Boong,” gave a serious speech about ethnic conflict in India.
The event also played out to shouts and involuntary vocalizations from John Davidson, the British Tourette’s campaigner whose life story is the basis for “I Swear.” At several points Alan Cumming, the host, apologized to TV viewers for curse words from Davidson, but also thanked everyone watching for understanding the condition.
Prince William, the heir to the British throne, was also in the audience despite the arrest this week of his uncle, Andrew Mountbatten-Windsor, over allegations that he shared government information with Jeffrey Epstein, the convicted sex offender. William is the president of the British Academy of Film and Television Arts, the nonprofit behind the BAFTAs, and so regularly attends the ceremony.
Before the ceremony, William spoke to British royal reporters about some of the nominated movies, admitting that he had not yet watched “Hamnet,” a movie about Shakespeare’s family and grief, because he needed to be in a calm state to do so. He added that his wife, Princess Catherine, had seen it this week and was left “in floods of tears,” according to The Daily Mail.
https://www.nytimes.com/2026/02/22/movies/baftas-2026.html
CULTURE: HOUELLEBECQ
Le Figaro, Book Review
Houellebecq, prophète de malheur : « Occidentaux qui voulez vivre, vous êtes en fin de partie »
RÉCIT – L’écrivain publie un nouveau recueil de poésie, ainsi qu’un disque où il lit ses textes, d’humeur crépusculaire, en musique.
Combat Toujours Perdant de Michel Houellebecq, Flammarion, 66 p., 12 €. Flammarion
« Le monde n’est plus digne de la poésie », proclamait Michel Houellebecq en 2013, à l’occasion de la parution de son recueil Le Sens du combat, trois ans après La Carte et le Territoire, récompensé par un prix Goncourt amplement mérité, et qu’il convoitait de longue date. C’était son quatrième ouvrage de poésie. Et voilà qu’aujourd’hui, à 70 ans, le romancier, souffrant de spleen chronique, revient à ses premières amours : le vers et la rime. Entre-temps, le combat, son combat, a changé de nature. La lecture de la soixantaine de pages de Combat toujours perdant, qui paraîtra chez Flammarion le mercredi 4 mars, nous en dit davantage.
Pour l’auteur des Particules élémentaires , il s’agit en effet d’un retour aux sources, lesquelles remontent à 1991. Cette année-là, avant même son premier roman, qui fut son premier succès, Extension du domaine de la lutte, il publie aux Éditions de La Différence un ensemble de singulières proses poétiques au lyrisme noir, manière de manifeste où il déclarait : « Le monde est une souffrance déployée. » Le ton était donné, ce fut là son diapason, en vers comme en prose, dont jamais il ne s’écartera. Suivirent trois autres recueils, que le comédien Jacques Bonnaffé lira et enregistrera intégralement plus tard : Le Sens du combat, couronné par le prix de Flore en 1996, Renaissance, puis Configuration du dernier rivage. Et, reconnaissance suprême : la publication en 2014 d’une anthologie personnelle, dans la collection de référence « Poésie/Gallimard », sous un titre qui se passe de commentaire : Non réconcilié, florilège qu’il a articulé par thèmes, et soigneusement composé.
Cette poésie, Houellebecq l’a également introduite dans ses romans, où le lecteur attentif aura identifié au gré des pages, des hémistiches et des alexandrins. Rappelons pour mémoire le sombre rondeau de Charles d’Orléans mis en exergue de La Carte et le Territoire : « Le monde est ennuyé de moy,/ Et moy pareillement de lui. »
Comme il le confiait à Bernard-Henri Lévy, dans une correspondance croisée réunie en 2008 dans Ennemis publics : « Je maintiendrai que le roman (même ceux de Dostoïevski, de Balzac ou de Proust) reste, par rapport à la poésie, un genre mineur. » Épistolier, une corde de plus à son arc de romancier et de poète, de comédien, de réalisateur, de chanteur et de polémiste, qui dernièrement encore s’est exprimé dans la presse et à la télévision sur la fin de vie, après avoir soutenu Israël dans sa guerre contre l’islamisme radical.
« Dans un pays à la dérive… » « Je suis le guide inespéré »
Alors, qu’en est-il au juste de la quarantaine de brefs poèmes à lire dans Combat toujours perdant ? Et dont une dizaine avait déjà été publiée dans la revue littéraire annuelle Kali Yuga, en janvier 2025. Sans surprise, le fond du décor est dévasté ou menaçant, la tonalité générale est sombre, l’atmosphère, crépusculaire, sans doute davantage que dans les précédents recueils. Quelques titres glanés au fil des pages en témoignent : « Dans un pays à la dérive… », « Tristes falaises », « En attendant l’envahisseur », « Fin de partie ». Tout y respire l’effondrement de la société et de ses valeurs, la menace, la guerre, la désillusion généralisée et l’illusion du bonheur, l’attente de la mort et l’impossible rédemption.
C’est ce « Fin de partie » qui ouvre Combat toujours perdant. Et l’annonce est sombre : « Occidentaux qui voulez vivre,/ Vous êtes en fin de partie/ Mais vous pouvez encore me suivre,/ Quitter votre espace imparti./ Je suis le guide inespéré,/ Je connais tout de vos souffrances,/ Vos impulsions décérébrées/ Je connais tout de vos errances,/ Je connais tout de vos alarmes. »
« L’inutile éclat du psaume »
Plus loin, ce sont les « barbares » qui débarquent, alors que « le monde était couvert de sable », monde parcouru de « survivants improbables », chassés par des « groupes d’assassins ». Et la menace se précise : « Ils sont là, parmi nous, et ils sont différents,/ Ils viennent d’un futur qui n’existera pas./ Nos désirs et nos peurs les laissent indifférents,/ Ils ne nous aiment pas. » Dans « Les contrées solitaires », il constate : « Nous avons traversé en ombres maladives/ Tous les effondrements d’un monde condamné. » Et, par deux fois, Houellebecq répète : « Il faut être au moins deux pour une guerre civile. » Même l’appel à une force supérieure, à une puissance divine et salvatrice, lui semble vain. Le Christ y est certes invoqué, mais le poète déplore « l’inutile éclat du psaume ». L’heure n’est plus aux prophéties.
Ici ou là, on note quelques ruptures de ton, dans un curieux poème sur une agence immobilière du 13e arrondissement, qui fut longtemps son fief, ainsi qu’un autre, à mi-chemin entre le gore et le porno, au titre explicite : « L’Éjaculation faciale ». On soulignera, de même, l’héritage assumé des grands poètes du XIXe siècle, Baudelaire, Nerval, sans oublier Rimbaud, avec ces vers qui semblent démarqués d’Une saison en enfer : « Allons ! Il faut partir/ Et nettoyer la place/ Libérer l’avenir/ Pour la nouvelle race. »
Dans ses précédents recueils, Houellebecq offrait au lecteur quelques portes de sortie, des vasistas ouverts sur le ciel ou sur des horizons lointains, propices aux rêves. Ceux de Venise, de la vallée du Rhin, de Santiago du Chili, des collines irlandaises de Clifden, près de Galway (où il a vécu), des contreforts du Morvan. Dans Combat toujours perdant, rien de tel. Le monde est devenu un enfermement. Et le temps est loin où l’auteur de Soumission, publié au moment du massacre des journalistes de Charlie Hebdo par un commando islamiste, faisait rimer « errance » et « espérance », « espérance » avec « indifférence », mariait « sens » et « décadence », accordait « mourir » et « sourire », « vin » et « serein », en portant l’écho des « corps » jusqu’à la « mort ». Désormais, « larmes » rime avec « alarmes », et « panique » renvoie à « clivages ethniques ».
Requiem sans chœur ni orchestre
Comme dans ses poèmes du passé, il respecte la métrique académique, en comptant les syllabes, et recourt quasi systématiquement à la rime, la plupart du temps, celle dite « croisée ». Ce goût revendiqué pour la forme classique, Houellebecq nous l’avait réaffirmé lors de l’entretien qu’il nous avait accordé lors de la parution de Non réconcilié, en 2014 : « Pour moi, qui dispose d’une certaine sensibilité lyrique, le recours à la rime est sans doute une facilité, d’autant que mes poèmes sont brefs. On a la cadence et la consonance, et le vers est bouclé. Cela m’évite aussi d’avoir à penser : il n’y a pas de poète intelligent. Et pas d’amour intelligent non plus, d’ailleurs… » Un propos qu’il développera ensuite dans le Cahier de L’Herne qui lui a été consacré, en 2017 : « La poésie est première ; elle est plus ancienne que le monothéisme. Je pense que c’est un langage fétichiste. Tout a une âme dans la poésie : le ciel, la mer y sont des éléments animés et divins. C’est un langage totalisant, qui vise à produire des significations pathétiques générales où il n’y a plus aucune différence entre le monde extérieur et l’âme de celui qui éprouve la sensation. La poésie est effectivement proche du divin, mais d’un divin extrêmement ancien. »
La poésie est première ; elle est plus ancienne que le monothéisme. Je pense que c’est un langage fétichiste. Tout a une âme dans la poésie : le ciel, la mer y sont des éléments animés et divins.
Le recueil achevé, on se pose alors la question : s’agit-il là d’un nocturne sans promesse de l’aube, d’une leçon de ténèbres ? Du chant du cygne d’un homme qui se voit vieillir, sous forme d’un requiem sans chœur ni orchestre. D’un Confutatis maledictis poétique mêlant flammes, supplication et tentative de consolation ? Puisque toute sa poésie, et toute son œuvre en prose, fut aussi cela : une souffrance affichée en même temps que sa possible consolation. Au lecteur d’en juger. Seulement après avoir découvert cet aveu final : « Ma vie s’approche de son terme/ Comme une anecdote aplatie », qui fait écho à « J’attends maintenant quelque chose qui ressemble à la mort. »
Un quart de siècle après l’album Présence humaine, réalisé avec le compositeur Bertrand Burgalat, Michel Houellebecq revient également à la musique, avec un disque concocté par Frédéric Lo, qui avait par le passé fait des merveilles pour feu Daniel Darc, Stéphane Eicher ou Alain Chamfort.
Dans Souvenez-vous de l’homme, la musique accompagne les poèmes non pas chantés ni même psalmodiés, mais lus d’une voix monocorde, décolorée, affaiblie, qui contraint l’auditeur à tendre l’oreille. En résumé : une suite d’adagio moderato aux tonalités rock, teintés d’électro. Parmi les douze titres, on retiendra : « Le Bleu du ciel central » (« Dans quelques jours, sûrement, il y aura la guerre/ Vers l’est, le conflit se propage ») et « Le Lendemain de l’explosion », tirés de La Poursuite du bonheur. Ainsi que « La Mémoire de la mer » (extrait du Sens du combat). Ajoutons « Les Contrées solitaires » (Combat toujours perdant), qui s’ouvre sur le carillon d’une cloche (un tocsin, un glas ?), comme dans Hell’s Bells d’AC/DC, ou le prélude du dernier acte de Tosca de Puccini, celui qui annonce la mort prochaine de l’héroïne, qui a renoncé au combat.
CULTURE: DIE KÜNSTLERIN ALICJA KWADE
Neue Zürcher Zeitung, Interview
«Auf der Erde vollzieht sich ein absurd-tragisches Theater mit Figuren, die um Aufmerksamkeit brüllen»
Die Künstlerin Alicja Kwade hat die NZZ gestaltet. Im Gespräch sagt sie, weshalb unser Blick auf die Welt eingeschränkt ist. Und sie schaut zurück auf die spektakuläre Flucht ihrer Familie aus dem kommunistischen Polen.
Sie führten in letzter Zeit ein Leben wie eine Zirkusfamilie, sagt die Künstlerin Alicja Kwade. Ihr Partner, Gregor Hildebrandt, ist ebenfalls ein international erfolgreicher Künstler. Gemeinsam mit dem fünfjährigen Sohn reisen sie von Ausstellung zu Ausstellung, sind ständig zwischen New York, Los Angeles, Rom und ihrem Stützpunkt in Berlin unterwegs. Zum Zeitpunkt des Video-Interviews ist die Familie gerade in Mexiko-Stadt, wo Kwade und Hildebrandt an der Zsonamaco, der wichtigsten Kunstmesse Lateinamerikas, einige ihrer Werke präsentieren.
Frau Kwade, Sie zeigen auf der Titelseite der NZZ die Weltkugel aus einer Perspektive ohne Kontinente, man sieht fast nur Meer. Die bessere Hälfte der Welt?
Definitiv. Ich glaube, dass wir uns alle zu wichtig nehmen für die bislang noch sehr kurze Geschichte des Homo sapiens. Wir tun so, als ob diese Welt ohne uns nicht existieren könnte. Meines Erachtens käme sie aber auch ganz gut ohne uns zurecht.
Diese Perspektive auf den Globus sieht man selten.
Weil sie politisch nicht relevant ist. Ich habe an dem Bild nichts wegretuschiert, diese Perspektive auf die Erdkugel ist nur ungewohnt, weil es fast nie einen Grund gibt, dort hinzuschauen, und sie auch nicht unserer politisch gelernten Sichtweise entspricht.
Das Motiv der Kugel kommt in Ihren Arbeiten immer wieder vor, auch in der Zeitung stösst man mehrmals auf sie sowie auf runde Flächen.
Für die NZZ wollte ich dieses Motiv mit dem Inhalt der Zeitung in Verbindung setzen. Die grauen Kreise auf den Textseiten decken 5 bis 10 Prozent der Fläche ab. Dies entspricht etwa dem Anteil, an den sich ein Mensch aus seinem Leben erinnern kann. Und es entspricht wahrscheinlich etwa auch dem, woran man sich erinnert, wenn man die Zeitung liest. Ich möchte zeigen, wie wenig man eigentlich mitbekommt oder weitergeben kann.
Ist das eine leise Kritik am Nachrichtenbusiness, das die Menschen mit Informationen berieselt, die sie grösstenteils gar nicht aufnehmen können?
Es ist eher ein ironischer Blick darauf. Wie gesagt, wir nehmen uns wahnsinnig wichtig, politisieren und vertreten Meinungen. Im Grunde aber ist alles auf diesen Homo sapiens reduzierbar, der gewisse Bedürfnisse und gewisse physische Einschränkungen hat. Wir versuchen, in unseren selbstgemachten Systemen zu navigieren, uns aufzuplustern, um uns eine Daseinsberechtigung zu geben. Auf der Erde vollzieht sich ein absurd-tragisches Theater mit Figuren, die um Aufmerksamkeit brüllen. Man könnte sich das gar nicht ausdenken.
Sie haben einmal gesagt, Sie sähen Ihre Aufgabe als Künstlerin auch darin, geglaubte Wahrheiten zu hinterfragen, denn so etwas wie die eine Wahrheit gebe es nicht.
Natürlich gibt es gewisse physische Fakten. Dass wir jetzt miteinander reden, kann wohl niemand bestreiten. Allerdings, wenn man ganz genau hinschaut, löst sich auch dieser Fakt auf, und wir landen bei den Problemen der Erkenntnistheorie. Es gibt in unserem Leben keine absoluten Wahrheiten, sondern nur Zustände, also situative Fakten. Diese hängen auch von Zufällen ab, von irgendwelchen Kombinationen, die sich ergeben. In der Wissenschaft, aber auch im Journalismus können wir kaum neutral handeln oder etwas neutral bewerten. Da wir alle eine eigene Biografie, eine eigene Prägung haben, auch eine kulturelle, ist jeder Versuch, eine Sache objektiv zu betrachten, extrem schwierig.
Diese Unklarheit kontrastiert mit Ihrer Kunst, die von klaren geometrischen Mustern geprägt ist; die Kugel zum Beispiel ist die vollkommenste Form überhaupt.
Ich versuche in meiner Arbeit zu erörtern, wie ich mit dem Unklaren umgehen kann, und für dieses Chaos brauche ich eine klare Formsprache. Zudem beschäftige ich mich mit Philosophie und Physik, weil es mich interessiert, wie die Wissenschaft diesen Problemen begegnet. Am Ende geht es immer um unsere Existenzberechtigung. Also um die zentralen Fragen: Warum ist das so? Warum sind wir hier?
Kann die Kunst diese Fragen beantworten?
Nein, aber diese Frage bleibt unser Motor. Die blaue Kugel auf dem Deckblatt der NZZ führt unsere Vorstellung von Existenz und Vergänglichkeit ins Absurde. Man muss sich nur eine Sekunde lang überlegen, dass man auf so einer Kugel lebt, die mit 1670 Kilometern pro Stunde um ihre eigene Achse kreist und mit nicht mal zu berechnender Geschwindigkeit durch das Universum schiesst. Allein schon durch diesen Gedanken relativiert sich vieles. Wir sind völlig unbedeutend. Deswegen versuche ich, für mich klare formale Leitfäden zu finden, die mir Orientierung und Sicherheit geben.
Sie haben einmal Ihren gesamten DNA-Code ausgedruckt und zu einem Kunstwerk gemacht. Was war Ihre zentrale Erkenntnis daraus?
Je mehr man weiss, desto weniger weiss man. Das ist ja das Schöne. Mit immer noch mehr Informationen wird unser Dasein immer abstrakter. Sonst habe ich keinerlei Erkenntnis. Ausser, dass man das alles am Ende nur mit Humor und Sarkasmus ertragen kann.
Man kann der Absurdität unseres Daseins nur mit Humor begegnen?
Ja. Absurd ist doch zum Beispiel, dass wir eigentlich davon ausgehen müssten, dass wir durch Bildung und Information ganz viel Ungerechtigkeit und Brutalität in dieser Welt verhindern könnten. Können wir aber nicht. Ich will nicht ganz hoffnungslos klingen, aber die erwähnte DNA-Arbeit war für mich ein Schlüsselmoment: Wir wissen, dass wir 99,9 Prozent unserer DNA mit allen anderen Menschen teilen. Der genetische Unterschied ist marginal. Und dennoch gibt es Ungerechtigkeiten wegen angeblicher Unterschiede, es gibt Rassismus, es gibt Frauenfeindlichkeit und unzählige andere Formen von Diskriminierung. Um nicht zu verzweifeln, um die Hoffnung nicht zu verlieren, bleibt die Ironie.
Sie haben einmal gesagt, dass Sie das Buch des Astrophysikers Stephen Hawking «Eine kurze Geschichte der Zeit» fünfmal gelesen hätten. Weshalb liest man ein solches Buch so oft?
Erst mal, um den Versuch zu unternehmen, das Beschriebene zu hundert Prozent zu verstehen. Doch dies ist zum Scheitern verurteilt – niemand versteht alles rund um die Quantenphysik und die Relativitätstheorie wirklich, nicht einmal die Wissenschaft. Vor allem aber ist das Buch phantastisch zu lesen! Besser als jede Science-Fiction. Man schreitet in immer kleinere Sphären vor – und endet irgendwann im riesigen Universum. Es ist die pure Abstraktion, nichts ist mehr gegenständlich, so wie in der Kunst. Allein der Versuch, das alles zu verstehen, hat mich weitergebracht. Dieses Denken begleitet mich in meiner Arbeit: Ich probiere immer, mir selber zu erklären, was ich gerade zu verstehen versuche. Das steht am Anfang jedes Werks.
Ihre Kunst wird zum Teil zu sehr hohen Preisen gehandelt. Was haben Sie für ein Verhältnis zum Kunstmarkt, der bisweilen nur schwer zu durchschauen ist?
Ich weiss, warum meine Arbeiten in der Galerie einen gewissen Preis haben. Beim «secondary market», also beim Weiterverkauf, scheinen aber gar keine Regeln mehr zu gelten. Es ist mir nicht klar, warum Dinge bei einer Auktion plötzlich das Fünffache kosten oder andersrum. Teilweise sind die Preise absurd, etwa, wenn ein Stich von Albrecht Dürer weniger kostet als ein Werk eines 28-jährigen Malers. Da steckt viel Spekulation dahinter, es gibt viele Interessen und viele Menschen, die davon leben wollen.
Wie funktioniert die Festlegung eines Preises bei den Galerien?
Die Galerien wollen immer einen höheren Preis, ich einen tieferen, dann einigt man sich irgendwo. Ich finde es aber richtig, dass die Kunst einen hohen Wert hat. Man kauft sich ja nicht nur ein Objekt, sondern einen Teil eines Werkes einer Person, die dieses erschafft, und vielleicht sogar einen anderen Blick auf die Welt. Und ein bisschen kauft man die Person mit, die das Werk erschaffen hat. Denn Kunst zu machen, ist ja das Persönlichste, was man tun kann.
Kennen Sie Ihre Kunden?
Ich würde sagen, etwa 10 Prozent. Mit einigen bin ich befreundet, andere kenne ich flüchtig, aber die meisten kenne ich nicht.
Stört es Sie, wenn ein Sammler ein Werk nur kauft, um es in einem Lager verschwinden zu lassen?
Früher hat es mich noch gekümmert, was mit meinen Werken passiert, jetzt nicht mehr. Aber ich habe ein Vertrauensverhältnis zu meinen Galeristen, sie wissen, an welche Personen ich nicht verkaufen möchte. Bei den ganz grossen Arbeiten erfahre ich immer, wohin sie gehen, da es mit einer gewissen Logistik verbunden ist, mehrere Tonnen schwere Werke zu liefern.
Es gibt tatsächlich Leute, an die Sie nicht verkaufen würden, selbst wenn sie einen hohen Preis böten?
Ja, natürlich. Ich will jetzt keine Namen nennen, aber wenn jemand entgegen meiner ethischen Vorstellung handelt oder kommuniziert, dann würde ich sagen: Nein, bitte nicht. Das ist auch schon vorgekommen, ja.
Bei der Kunst ist es ähnlich wie beim Sport. Sehr wenige verdienen sehr viel, und sehr viele verdienen nur sehr wenig. 99 Prozent schaffen es nicht. Weshalb haben Sie es geschafft?
Ich schätze mich sehr glücklich, dass ich mich zumindest in diesem Moment zu den Privilegierten zählen darf, die ihr Leben mit Kunst bestreiten können. Ich glaube, es gehört sehr viel Glück dazu. Und man braucht Unterstützer, die einem über den Weg laufen. Aber es ist auch mit viel Arbeit verbunden. Meine Werke befinden sich preislich übrigens nicht im Spitzenbereich. Da gibt es ganz andere Kaliber. Und man darf nicht vergessen: Die Herstellung ist ziemlich kostspielig, ein ganzes Team arbeitet an meinen Installationen. Diese Leute muss ich alle bezahlen.
Sie sind Unternehmerin, in Ihrem Studio beschäftigen Sie eine ganze Reihe von Mitarbeitern. Sehen Sie sich als Handwerksbetrieb?
Zurzeit habe ich elf feste Mitarbeiter, zudem kann ich auf einen Pool von etwa dreissig freien zurückgreifen. Die Festangestellten sind hauptsächlich Architekten, Ingenieure und im Studiomanagement tätig. Zwei Personen arbeiten in der Buchhaltung, eine in der Logistik, dann haben wir einen Werkstattleiter, einen Gebäudetechniker und so fort. Bei den Freelancern handelt es sich hauptsächlich um Künstler, die zu uns kommen, je nachdem, wie es bei ihrer eigenen Arbeit läuft.
War es ein Ziel, so gross zu werden?
Nein, darauf bin ich auch nicht besonders stolz. Es hat sich so ergeben, weil ich immer grösser und immer häufiger für den öffentlichen Raum gearbeitet habe. Grössere Skulpturen kann man ohne ein Team unmöglich herstellen. Ich schätze meine Mitarbeiter sehr und will sie auch nicht verlieren. Doch das ist nicht immer einfach, es muss jeden Monat genug Geld reinkommen. Mit diesem Druck umzugehen, ist nicht nur eine Freude.
Es gibt Künstler mit grossem Team, die arbeiten wie ein Modelabel: Alles, was aus ihrem Atelier kommt, wird unter ihrem Namen verkauft, auch wenn es von einem angestellten Künstler kommt. Wie ist das bei Ihnen?
Das gibt es bei mir nicht. Jede meiner Arbeiten kommt von mir. Was mein Team aber macht, ist die technische Umsetzung. Und es bietet Hilfe bei der Formfindung. In der Regel mache ich Skizzen einer Skulptur, dann prüfen meine Projektmanagerin und mein Team, ob meine Idee überhaupt umsetzbar ist, welche Materialien wir benötigen, wie lange die Produktion dauert und wie hoch die Kosten sind. Die Zusammenarbeit ist sehr eng. Aber es gibt kein einziges Werk, bei dem ich nicht die komplette Kontrolle habe.
Sie haben Ihre ersten acht Jahre im kommunistischen Polen verbracht, Ihr Vater hatte in Katowice eine Kunstgalerie. Was war das für Kunst?
Mein Vater war Kunsthistoriker und Restaurator. 1981 eröffnete er eine Galerie für zeitgenössische Kunst. Auf der Ostseite des Eisernen Vorhangs gab es genauso grossartige Künstler wie im Westen, die aber ziemlich unabhängig vom westlichen Einfluss agierten, der vor allem von den USA geprägt war. Die Entwicklung der westlichen Kunst ist ja interessant: Die Trends aus Europa wurden in den USA weiterentwickelt und kamen von dort wieder zurück nach Europa. Mein Vater hatte diese eigenständigen, avantgardistischen Künstler vertreten, obschon ein Verkauf der Bilder nicht einfach war. Soviel ich weiss, war das erst die zweite Privatgalerie im Land. Meine Mutter ist Kulturwissenschafterin und Slawistin, also auch nicht so weit entfernt.
Weshalb sind Ihre Eltern in den Westen geflüchtet?
Es gab damals praktisch keine Privatwirtschaft. Die Arbeit meines Vaters war nicht nur wirtschaftlich schwierig, sie war auch mit Repressionen und Kontrollen verbunden.
Haben Sie Erinnerungen an die Zeit in Polen?
Klar. Ich war ja bis zur zweiten Klasse dort. Von der Repression habe ich aber nichts gemerkt, ich war ja ein Kind. Ich bin dankbar dafür, dass ich zur letzten Generation gehöre, die noch beide Systeme erleben durfte, diese zwei Lebensrealitäten, die komplett unterschiedlich waren.
1987 ist Ihre Familie nach Westdeutschland geflüchtet. Wie ging das vor sich?
So wie bei Millionen von anderen Leuten, die in den achtziger Jahren den Osten verlassen haben. Mein Vater hatte schon lange versucht, für die Familie eine Ausreisegenehmigung zu erhalten, vergeblich. Durch eine Einladung zu einer Hochzeit eines entfernten Familienmitglieds in Frankreich haben wir dann eine Genehmigung erhalten, für wenige Tage zu verreisen.
Was passierte dann?
Meine Eltern haben nur so viel gepackt, als gingen wir auf eine fünftägige Reise. Alles andere – also fast alles – liessen wir zurück. Sobald wir die Grenze zur BRD überschritten hatten, suchten meine Eltern die nächste Polizeistation und stellten einen Antrag auf Asyl. Dann kamen wir in ein Flüchtlingsheim.
Das tönt gar nicht so anders als bei heutigen Flüchtlingsgeschichten.
Wir mussten allerdings nicht durch einen Wald rennen oder über einen Fluss schwimmen, sondern waren mit dem Auto unterwegs, mit unserem kleinen Polski Fiat, auf den mein Vater zehn Jahre lang gewartet hatte. Trotzdem war die Flucht für meine Eltern mit viel Angst verbunden. Wenn wir Pech gehabt hätten, wären wir verhaftet worden. Meine Eltern haben sich sehr lange nicht getraut, wieder nach Polen einzureisen. Ich glaube, erst 1994 gingen wir das erste Mal zurück.
Wie war das für Sie als Kind, plötzlich im Westen zu sein? Ein Kulturschock?
Natürlich war das ein Kulturschock. Vor allem, weil mir nicht klar war, dass wir für immer wegfahren. Meine Eltern haben es vermieden, mit uns Kindern darüber zu reden, weil wir uns hätten verplappern können. Allerdings sind damals sehr viele migriert, aus meiner Schulklasse blieben maximal 10 Prozent im Land. Irgendwie sind damals alle abgehauen. Auf dem Schulhof war dies ständig Thema.
In welcher Form?
Es gab ständig diese lustigen Momente, in denen ein Kind einem anderen zuflüsterte: «Ich darf es keinem sagen, aber ich glaube, wir gehen in die USA, nach England, Kanada.» Als wir losfuhren, dachte ich, wir fahren in die Sommerferien. Das Flüchtlingsheim fühlte sich aber nicht ganz wie ein Urlaubshotel an. Also haben wir irgendwann mal gefragt, was hier denn eigentlich los sei.
Wie haben Sie reagiert, als Sie erfuhren, dass Sie nicht zurückkehren?
Mein Bruder und ich fanden das natürlich überhaupt nicht toll. Westdeutschland war für uns eine zu bunte und zu laute Welt, in der wir erst einmal klarkommen mussten. Jeder Supermarktbesuch war wie ein Ritt auf der Achterbahn, von dem einem schlecht wurde. Aber als Kind ist man ja zum Glück schnell anpassungsfähig und komplett integriert.
Die Eltern aber mussten von null auf ein neues Leben beginnen?
Ich habe grossen Respekt, wie sie das gemeistert haben. Sie waren beide auch schon Ende dreissig, hatten zwei Kinder, acht Jahre und elf Jahre alt. Ausser dem Koffer, den sie mitnehmen konnten, hatten sie nichts. Zum Glück ist dann eine weit entfernte Tante aufgetaucht, wir konnten dann zeitweise alle in ihrer Zweizimmerwohnung einziehen, was im Vergleich zum Flüchtlingsheim komfortabel war.
Wie ging es weiter?
Wie alle Flüchtlinge haben wir dann so Kurse gemacht, und irgendwann konnte mein Vater bei einem Auktionshaus in Hannover zu arbeiten beginnen. Die Tante, die uns untergebracht hatte, half uns, Papiere zu bekommen, eine dauerhafte Aufenthaltsbewilligung, schliesslich auch die deutschen Pässe. Meine Mutter hat bis vor wenigen Jahren an Gymnasien Polnisch und Russisch unterrichtet, dann lange Flüchtlingen Deutsch beigebracht.
Haben Sie noch einen Bezug zu Polen?
Natürlich beobachte ich, was in dem Land passiert, ich spreche auch perfekt Polnisch. Aber seit meine Grosseltern verstorben sind, bin ich nicht mehr oft da. Die letzten paar Male war ich verblüfft, wie es dort aussieht, irgendwie wirkt alles neu. Wenn man zurück nach Berlin geht, ist man etwas schockiert. Der Osten ist heute moderner als der Westen. In Polen spürt man, dass die Leute stolz sind auf das, was man erreicht hat, was aber leider oft mit Patriotismus einhergeht.
In Deutschland stagniert die Wirtschaft seit Jahren, die Entwicklung scheint in vielen Bereichen rückwärtszugehen, entsprechend ist die Stimmung.
Meine Eltern sagten kürzlich zu mir: Also jetzt wird es wieder Zeit zur Emigration. Weil das Deutschland, in das sie damals geflüchtet sind, nicht mehr so ist wie damals.
Das ist nicht gerade ein gutes Zeugnis für Deutschland.
Zum Teil ist diese Entwicklung erklärbar. In den Ostteilen Europas wurde ab den Neunzigern quasi alles neu gemacht. Dadurch ist alles viel moderner und funktionaler, die westlichen Strukturen wirken im Vergleich alt. Das gilt für Deutschland besonders, betrifft aber den ganzen alten Westen. Hier wirkt alles sehr überlastet, und man ist oft nicht in der Lage, etwas zu erneuern. Daher kommt das Gefühl eines gewissen Rückschritts auf.
Hat es Sie als Künstlerin nie gereizt, wieder dorthin zu gehen, wo der Aufbruch stattfindet?
Ich bin mittlerweile international verwurzelt. In Deutschland aber kenne ich viele Leute, die in der Kultur- und Kunstbranche tätig sind. Dieses Netzwerk habe ich in Polen nicht.
Sie sind in Deutschland heimisch geworden?
Ich habe keinerlei Nationalitätsempfinden, aber wie man das als gute Migrantin so macht, bin ich manchmal mehr die Deutsche als die Deutschen selbst. Viele deutsche Klischees halte ich voll ein. In Berlin zum Beispiel wird alles sehr direkt ausgesprochen, in Polen überhaupt nicht, da bin ich manchmal ziemlich verloren und muss zuerst verstehen, was die Leute überhaupt meinen.
Berlin war nach der Wende ein Paradies für Künstler, alle wollten dahin. Wie ist das heute? Wie wohl fühlen Sie sich in der Stadt?
Ehrlich gesagt, nicht besonders, auch in Anbetracht der politischen Situation. Aber ich habe den Mitarbeitern gegenüber eine gewisse Verpflichtung, habe hier mein Atelier, meine Infrastruktur. Ich kann also nicht einfach weg. Zudem wüsste ich auch gar nicht, wohin. Im Moment sieht es ja überall auf der Welt nicht so prächtig aus.
Was meinen Sie mit der politischen Situation, die Ihnen nicht behagt?
Berlin ist nach wie vor tolerant, im Gegensatz zum Umland, das sehr Richtung rechts abdriftet. Die Stadt hat aber viele Chancen verpasst, um international mit anderen Metropolen mitzuhalten. Man hat viele falsche Entscheidungen getroffen, gerade was die Unterstützung wichtiger Kulturinstitutionen betrifft, die die Stadt attraktiv machen.
Die Stadt scheitert an ihrem Anspruch, eine Weltmetropole zu sein?
In den letzten Jahren haben viele private Institutionen, Galerien, Restaurants aufgegeben, weil die Preise zu stark gestiegen sind. Das bereitet mir Sorgen. Wir haben das Problem der Diskrepanz zwischen den erhöhten Preisen und der schlechten Infrastruktur, insbesondere dem unfassbar schlecht funktionierenden Flughafen. Es kommen zwar nach wie vor viele junge Kreative in die Stadt, die meisten gehen aber nach ein paar Jahren wieder, weil sie woanders bessere Perspektiven sehen.
Deutschland und insbesondere auch Berlin haben sich durch die Flüchtlingskrise stark verändert, parallel dazu ist die AfD stark geworden. Ist das ein Thema für Sie?
Die weltweite Bewegung hin zu konservativen Werten oder noch weiter nach rechts ist in Berlin nicht so spürbar. Berlin ist eine Insel, umgeben von AfD-Land. Ich bewege mich in einer Künstler-Bubble – um mich herum sind lauter weltoffene, liberale Menschen. Die Vorstellung, dass es ausserhalb der Stadtgrenze ganz anders aussieht, macht mich sprachlos. Dass man diese Leute nicht erreicht, ist eine traurige Entwicklung. Aber das ist ja kein deutsches Phänomen, sondern ein globales.
February 21, 2026 – SUMMARY
THE SUPREME COURT REBUKE ON TARIFFS
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Embarrassing Truth About Tariffs
Why is Trump so upset about Federal Reserve economic research into his trade policies?
The New York Times
ROUND Table : ‘A Victory for the Rule of Law’: 3 Experts Assess How Much the Court Reined In Trump
In a complex decision, the Supreme Court on Friday struck down tariffs President Trump had imposed under the International Emergency Economic Powers Act, IEEPA for short. Stephen Stromberg, an editor in Opinion, convened the Opinion writer Binyamin Appelbaum, the Opinion contributing writer Josh Barro and the economics commentator Catherine Rampell to discuss the 6-3 ruling, whether it will curb the president and what it means for the economy.
Stephen Stromberg: We have a tariff ruling. Binya, is it fair to say that the decision is about what most observers expected?
Binyamin Appelbaum: Yeah. It was pretty clear from the oral arguments that most justices were skeptical, at best, of the Trump administration’s claim that the president could impose tariffs on any country, for any reason — or, more often, no reason at all — for any length of time.
But a lot of us were still waiting to see whether the court would actually check Trump — something it has been reluctant to do.
Josh Barro: Most of the justices did appear skeptical of the administration’s broad assertion of tariff authority, but one of the questions looming over this decision was how a majority of the court might reach a decision to rein in President Trump.
The liberals on the court have generally resisted the “major questions” approach that the conservatives have used to block creative executive policymaking in other areas, such as carbon emissions regulation. The conservatives have said that Congress has to be especially clear when it grants a sweeping power to the executive, while the liberals have been more willing to let administrations read statutes creatively. Here, the court got to a majority by agreeing to disagree about the basis of the ruling: Three of the conservative justices found the claimed tariff powers violated the major questions doctrine. The three liberals said that IEEPA simply didn’t authorize the president to impose tariffs and there was no need for the court to conduct a major questions analysis.
Appelbaum: I’m not sure the conservatives on the court have managed to articulate a coherent or consistent major questions doctrine. They certainly didn’t agree about what it meant in this case.
A cynic might say that the three conservatives who voted against the administration are really invoking the legal principle of “C.R.E.A.M.,” or Cash Rules Everything Around Me (Wu-Tang Clan, 1993). They seem most inclined to stand up to the Trump administration when their retirement savings are at stake.
Stromberg: Josh points to a potential problem for those hoping that the court will rein in Trump’s future efforts to impose tariffs. In a dissent, Justice Brett Kavanaugh stressed that other statutes explicitly empower the president to impose tariffs for various reasons, and Trump announced shortly after the ruling came down that he would establish a new 10 percent global tariff under different legal authorities.
With three conservatives showing they would let Trump go hog wild on tariffs, it will be much harder for Chief Justice John Roberts to assemble a majority to restrain the president when he tries to impose tariffs under different sections of the law — ones that more explicitly give the president tariff-setting power.
Barro: The president has other statutory powers to impose tariffs, but they are all significantly more limited than the powers he had claimed under IEEPA. For example, he can set country-specific tariffs under Section 122 of the Trade Act of 1974, but this law limits him to imposing tariffs of no more than 15 percent for no more than 150 days. He also has — and has used — Section 232 authority to impose tariffs on specific commodities such as steel and aluminum, but those tariffs must go through an investigative process at the Commerce Department and can’t be set and lifted at will in the way the president likes.
There is a reason the president wanted to use IEEPA, a law that he claimed allowed him to set tariffs in any amount on any products from any country for any period for any reason. His ability to create economic chaos through tariffs — and tariff threats — will be significantly curtailed when he has to rely on the narrower authorities that come from other laws — even though I agree those authorities are likely to be upheld.
This decision is going to rein in the president’s trade policy in a material way.
Catherine Rampell: Yes, Trump has lots of other powers he can use, and the administration has been telegraphing for months that it would use them to reconstitute any tariffs the court struck down. But because those other authorities are more limited, or require a lot more process, they will be much harder for the president to wield as a cudgel against other countries from whom he’s demanding concessions or fealties of various kinds. He can’t just use his itchy Twitter finger to levy new tariffs on an ally — or, for that matter, roll them back when they show up bearing gold bars.
Stromberg: I think you mean his itchy Truth Social finger, Catherine.
Not to get all wonky here, but what about Section 301 of the Trade Act of 1974? Kavanaugh mentions it repeatedly in his dissent, and it seems pretty powerful.
Barro: We’ll see, but similar to Section 232, the Section 301 tariffs have to be tied to an investigation — in this case, by the Office of the U.S. Trade Representative — and designed to address a specific unfair trade practice. Section 301 tariffs are not the sort he can impose immediately because he feels the president of Switzerland was rude to him on a phone call, and the process requirements will give taxpayers a hook to argue that any tariffs set are untethered to the problems the statute was intended to address.
Appelbaum: I part company with Catherine and Josh on this issue. While the other tools available to Trump are not as easy to use, and that might have some consequences, I still think Trump has plenty of other, more legally defensible ways to discourage trade.
Tariffs are only one kind of tool in that box. Trump, for example, has broad authority to limit imports and exports for national-security reasons. Countries, including the United States, also can and do wield regulations as barriers to trade. The level of ease in driving a truck across the U.S.-Mexico border can be more consequential than the tariff on the cargo.
So I don’t think the effect on trade policy is the real headline here.
The bigger things, to my mind, are first, the court is finally checking Trump’s tendency to declare everything an emergency and to do what he wants by invoking emergency powers. That’s a victory for the rule of law, and the rule of law could use one.
And second, this removes a diplomatic cudgel from Trump’s arsenal. He has used tariffs to pursue a wide range of foreign policy goals. The other ways of imposing tariffs are harder and slower and don’t allow him to bully countries more or less arbitrarily.
Stromberg: Let’s expand on that thought, Binya. What happens now when Trump tries to use economic pressure to force other countries to strike trade deals? Or even when countries come back and say, “All those deals we agreed on before are null, now that we know you can’t punish us as easily?”
Appelbaum: This ruling upends a lot of stuff that’s happened over the last year. Companies that paid tariffs on imports to the United States are lining up to sue the government for refunds. Some estimates put the government’s potential liability north of $100 billion.
And countries that signed deals in part to obtain lower tariff rates from Trump have now lost the ostensible upside of those agreements.
Kavanaugh was the only justice in the decision or in the dissents to mention the potential for chaos. It’s a bad argument for maintaining an illegal system, but he’s not wrong that ending these tariffs is going to create some messes that won’t be easy to clean up.
But I want to note again that this isn’t just about trade. Trump has used the threat of tariffs to demand that other countries limit the flow of fentanyl; to press Brazil for gentler treatment of its would-be dictator, Jair Bolsonaro; and to threaten countries that participate in efforts to dethrone the dollar as the world’s de facto currency.
The tariff authorities that remain in his arsenal can’t really be used to make those kinds of threats, because they need to be grounded in specific economic objectives.
Rampell: The executive branch has managed to rebate huge amounts of tariffs before, relatively efficiently. (See this amicus brief.) Admittedly not this huge, but there’s still precedent. It is a worrying sign that the Supreme Court punted on whether or how to manage that endeavor now.
Stromberg: Why worrying, exactly, Catherine?
Rampell: Because it shows once again a level of cowardice that court observers were hoping the justices would escape.
And it leaves thousands of companies in limbo. Many had been betting on getting this money back a while ago — because the court had been expected to strike down the IEEPA tariffs — and have been putting off paying bills and raising prices to the extent possible, or delaying investment and hiring decisions, because they have struggled with cash flow. That uncertainty now persists because the high court couldn’t manage to make a decision on rebates here.
In the meantime, there have been calls from Trump’s allies in Congress to officially give him the authority to impose these IEEPA tariffs. I think it’s unlikely there are enough Republican lawmakers willing to do this, but the possibility will still mean more costly uncertainty for businesses, their workers and their customers.
Barro: There is no way Congress will reimpose the tariffs. Both houses of Congress have, at various times, passed resolutions seeking to block certain IEEPA tariffs the president had issued. A sufficient number of Republicans have already shown their willingness to defy him on the issue.
Rampell: Yeah, in a way the court has done both Congress and the Trump administration a huge favor, by — at least temporarily — removing a major tax on the economy. This could be a nice shot in the arm for the economy, which, by the way, slowed significantly last quarter. If Trump is smart he will accept that gift. But he seems keen on snatching defeat from the jaws of victory.
Appelbaum: Not great for the government’s fiscal health, however. Trump sees the tariff revenue as an offset for the big tax cuts he’s already pushed through.
Rampell: Oh, yeah, Trump has earmarked the tariffs for seemingly everything. Not just an offset for the his latest tax cuts, but also allegedly: $2,000 stimulus checks, a farmer bailout, child care, increasing the military budget, replacing the income tax and a sovereign wealth fund!
Stromberg: Catherine, any thoughts on how this might affect the Federal Reserve’s thinking?
Rampell: It depends a little on how the administration responds, and whether or when tariff money gets remitted back.
If the tariff money gets refunded, that could produce a modest but still sizable fiscal stimulus, at a time when fiscal policy is already looking pretty stimulative this year thanks to Trump’s recent tax cuts. Other policies, such as credit regulatory policy, are also somewhat expansionary. So the Fed might look at a refund and say: Hey, maybe there’s enough stimulus here. We don’t need to step on the gas further as we consider what to do with interest rates.
However, as mentioned, if Trump backfills those tariffs with other tariff authorities, that will blunt the impact of any stimulus from a big refund. And, of course, the leadership of the Federal Reserve is about to change, too. Kevin Warsh, Trump’s nominee to be the next Fed chair, has publicly said he plans to cut rates.
Barro: The tariffs have been a bit of a puzzle for the Fed. Tariffs cause a one-time rise in the price of goods, but they don’t necessarily push up inflation on a sustained basis. At the same time, any tax increase — including a tariff increase — ought to discourage inflation, because it reduces consumers’ capacity to spend. To the extent this decision deepens the federal budget deficit, it creates upward pressure on inflation and makes it harder for the Fed to cut rates.
All the more reason Congress should not have passed a major tax cut last year: The budget deficit is too big and is making it impractical for the Fed to deliver the interest rate relief that American borrowers would like. Don’t count on 4 percent mortgage rates anytime soon.
Appelbaum: As Josh says, the Fed is more concerned about changes in tariff policy than the level of tariffs. Directionally, this change is inflationary. But the magnitude is a big question mark.
Stromberg: Let’s get back to Binya’s big picture. Do we have any specific predictions about how this will affect 1) the economy and 2) global politics?
Barro: Tariffs are inefficient taxes that particularly burden lower-income consumers, who spend a larger fraction of their income on tradable goods. They also discourage investment in domestic manufacturing, because they raise the cost of inputs and — if you have a president who likes to change tariff rates daily based on his moods — they make it difficult for businesses to estimate their future costs. This is one of the big ironies of the president’s trade policy: He thinks he’s a champion of domestic manufacturing and, yet, he’s making it harder for American manufacturers to buy the raw materials they need to make products.
So the court’s action to invalidate many of the tariffs the president has whimsically imposed will benefit the economy in certain ways. But striking them down also raises the already-too-high budget deficit and could therefore create upward pressure on inflation and interest rates. It’s a mixed bag, economically.
Appelbaum: My fearless prediction is that this ruling will establish once and for all that tariffs are taxes.
Rampell: I get asked a lot whether a Supreme Court decision striking down the tariffs means consumers will get a rebate for the extra money they’ve paid, since companies passed along at least some of their tariff costs to customers. Alas, this is very unlikely. If you paid 20 percent more (or whatever) for your Coach bag, violin or tattoo, you’re not getting that money back. Sorry!
Stromberg: Maybe the president will find a way if he can put his face on the checks and call them Trump rebates.
Catherine Rampell is the economics editor of The Bulwark and an anchor for MS NOW.
Binyamin Appelbaum is the lead writer on economics and business for The Times editorial board. He is based in Washington. @BCAppelbaum • Facebook
Stephen Stromberg is a Times opinion editor, focused on politics and economics. He has covered U.S. politics and policy since 2001. He joined The Times in 2025 from The Washington Post, where he was deputy editor of the opinion section.
https://www.nytimes.com/2026/02/20/opinion/trump-tariffs-supreme-court.html
The Wall Street Journal (Pay Wall)
It’s the End of the Beginning of the Tariff War
The Supreme Court rules against Trump, but his administration has been working on Plan B.
Mr. Lincicome is vice president of general economics and trade at the Cato Institute.
The Economist (Pay Wall)
SCOTUS v POTUS : Donald Trump answers a Supreme Court rebuke with new tariff threats
The immediate economic impact will be more uncertainty
TRUMP RHETORIC
The New York Times
Here’s What I Just Figured Out About the Way Trump Talks
I’ve been spending some time lately studying President Trump’s speeches, and the deeper I go, the more I see something I hadn’t noticed before.
His speaking style has never been conventional; sometimes it’s so improvisatory and so informal that it’s hard to call his addresses “speeches” at all. (Trump himself calls the way he lurches from one subject to the next the “weave,” which is not a bad way to think about it.) But lately it seems to me he’s been leaning in particular on what linguists and grammarians call direct quotation.
If you say, “She told me she only goes on weekends,” that’s indirect quotation. You’re citing something another person said, but you’re braiding it into your own sentence, your own words. If you say, “She told me, ‘I only go on weekends,’” that’s direct quotation. You’re telling your audience: These are her words, directly as she spoke them.
Consider the way Trump referred to Vladimir Putin at the World Economic Forum at Davos last month: “He said, ‘I can’t believe you settled that one.’ They were going on for 35 years. I settled it in one day and President Putin called me, he said, ‘I can’t believe I’ve worked on that war for 10 years trying to settle and I couldn’t do it.’ I said, ‘Do me a favor. Focus on settling your war. Don’t worry about that one.’” Or what he said at Davos about Somali pirates: “And they say, ‘We’re going to blow up your boat.’ They have powerful weapons. You hit the side of the boat, you blow the whole thing up. The insurance companies are petrified. So they say, ‘Just give them the boat. We’ll give them money instead.’ And I don’t do that. We blow them right the hell out of the water.”
Do you hear it? It’s like Trump is performing a little skit, acting out the conversation rather than just telling you the outcome.
Everyone uses direct quotation to some degree. It is a normal component of fluent human speech and can help to make a point more vivid. But traditionally formal language favors indirect quotation, as more neutral and less performative. Trump has always been one to blow through norms and traditions, and his fondness for direct quotation feels like a natural result.
As baggy as his speaking habits were compared to those of past presidents, it seems to me that he didn’t use direct quotation as much during his first term, at least not in official speeches. In 2017, for example, he delivered an address on America’s national security strategy. The speech was hardly grandiloquent, but he wasn’t standing before people of authority and re-enacting conversations and internal monologues, either.
Now consider his recent remarks at the National Prayer Breakfast. “So I get a ‘Hi, Mike, what’s up? What time is it?’ ‘It’s 3 o’clock in the morning. So we have nine names that are giving us difficulty. They want to have a phone call.’ I said, ‘All right, let’s go. Here we go.’”
Or: “I’m sitting up being introduced by a Democrat or somebody. And he said, ‘While Donald Trump did not win the popular vote, he won the presidency, here he is.’ I said, ‘That was terrible.’ I said, ‘We won the popular vote by a lot.’”
Compare that to the way Barack Obama communicated. He was hardly a stuffy speaker. His approachable grace at the podium helped get him elected president twice. He rarely used direct quotation at all.
Direct quotation is interesting to linguists because transforming words and expressions into vehicles of verbal performance fosters a lot of innovation, driving the ongoing evolution of language.
For example, one of the things about modern English that would most strike a time traveler from the past is the frequency of “I was like …” among younger speakers, as in “And I was like ‘You don’t really mean that!’” This is direct quotation, contrasting with the indirect version “And I said that she didn’t really mean that.”
When the expression started getting around in the 1970s and 1980s, “was like” was a way to introduce actual mimicry. But today, “I was like” is often just an undramatic stand-in for “I said,” with no mimicry involved. The use of “all” as in “And she was all, ‘You better not!’” developed in the same way around the same time. Who, a century ago, could have predicted that the word “all” would end up as a quotation marker? Black English gets into the game too, using “come” as a setup for direct quotations: “And he comes tellin’ me ‘I can’t do it till next week!’”
Direct quotation even plays a role in a cornerstone debate over what makes human language distinct from animal communication. According to one hypothesis favored by adherents of Noam Chomsky’s work, our ability to nest phrases and clauses into one another is key. Instead of saying “The man was tired” and then “That man went to sleep,” we can say “The man who was tired went to sleep,” nesting the two distinct facts within the same sentence. That’s recursion. It allows us to pack more into a sentence more efficiently, making our communication richer. Indirect quotation is a form of recursion.
It’s more subtle, and it takes a while to learn, which is why little kids are more likely to just repeat another speaker’s words. In one study, young children watched a puppet show and were then asked to describe what they saw. The 4-year-olds relied strongly on direct quotation. Older children were more likely to use the indirect option.
In the light of all of this, Trump’s seemingly growing fondness for direct quotation feels consistent with his determination to say whatever he wants to say (e.g., calling a female reporter “Piggy”) however he wants to say it. More and more, he speaks as though he’s at a raucous rally, even when he’s at an official function. He is verbally letting it all hang out wherever he goes, the linguistic equivalent of wearing his Mar-a-Lago golf togs to deliver the State of the Union.
https://www.nytimes.com/2026/02/19/opinion/trump-speech-conversations.html
EUROPE’S WEAK DEFENSE
Le Figaro
Les forces de l’Otan «détruites» par des dronistes ukrainiens ? Les cruelles leçons de l’exercice militaire Hedgehog en Estonie
DÉCRYPTAGE – En mai 2025, 16.000 soldats de l’Otan se sont frottés à des exercices de combat simulant les conditions de la guerre d’Ukraine. Deux bataillons ont été détruits en 24 heures, rapporte la presse américaine. «Il y a un fond de vérité», dit-on à Paris. Les Européens sont-ils prêts à la prochaine révolution militaire ?
Sont-ce les armées des vieux pays européens qui forment les Ukrainiens à la guerre, ou l’inverse ? «Seules trois armées au monde sont combat-proven pour des guerres de haute intensité : l’ukrainienne, la russe et dans une moindre mesure la nord-coréenne», faisait remarquer il y a quelques jours au Figaro une source militaire française, qui rappelait que, «même si on a des capteurs, rien ne remplace le fait d’être au cœur du champ de bataille en matière de ’retex’ (retour d’expérience, NDLR)». Une actualité, parue outre-atlantique, le rappelle cruellement. Le Wall Street Journal a révélé pour la première fois les leçons d’un exercice terrestre mené par l’Otan en Estonie en mai dernier. Baptisés Hedgehog 2025, ils réunissaient 16.000 troupes de 12 pays de l’Alliance atlantique – dont 1000 soldats français -, ainsi que des soldats ukrainiens spécialistes des drones. L’objectif ? Simuler un champ de bataille «contesté et congestionné» à l’image de la guerre d’Ukraine, mais dans un scénario avec malgré tout une capacité de manœuvre blindée persistante et une concentration moitié moindre de drones que sur le théâtre ukrainien.
«L’objectif était vraiment de créer de la friction, du stress pour les unités, et une surcharge cognitive aussi vite que possible», explique le lieutenant-colonel Arbo Probal, chef du programme des systèmes sans pilote des Forces de défense estoniennes, cité par le journal américain. Mais le combat ne s’est pas déroulé comme prévu : des milliers de troupes, incluant une brigade britannique et une division estonienne, ont été engagées, mais n’ont pas suffisamment tenu compte de la transparence du champ de bataille induite par la révolution des drones. Rapidement, les blindés, sans camouflage et sans aucune possibilité de se cacher, ont été repérés. «Tout a été détruit», résume un participant qui jouait la partie adverse, cité par le Wall Street Journal.
«Il y a un fond de vérité»
Une simple équipe de dix dronistes ukrainiens a simulé la destruction de 17 véhicules blindés et conduit 30 « frappes » sur d’autres cibles. Une équipe d’une centaine d’«ennemis» – composés d’Estoniens et d’Ukrainiens – est parvenue à détruire deux bataillons otaniens en vingt-quatre heures. La partie «amie», qui «n’a même pas atteint les équipes de drones», «n’était plus capable de combattre», tranche, sévèrement, Aivar Hanniotti, un coordinateur de drones au sein de la Ligue de défense estonienne – une unité paramilitaire en Estonie liée à l’armée et chargée de veiller à l’indépendance du territoire. Auprès du journal américain, Sten Reimann, ancien commandant du Centre de renseignement militaire d’Estonie, en conclut que, pour l’Otan, les résultats de cet exercice étaient «choquants».
À Paris, les commentaires sont prudents et mesurés. «Il y a un fond de vérité», dit-on sans s’alarmer outre mesure. On préfère en l’espèce rappeler que la France avait un rôle modeste dans cet exercice. «Il s’agissait surtout de tester la projection d’un groupement tactique qui venait renforcer les éléments sur place dans le cadre de la mission Lynx. Au total, côté français, ça représentait l’équivalent d’un gros bataillon. L’enjeu de cet exercice était donc plus la logistique que le combat », précise un officier supérieur. En particulier, il s’agissait de tester la projection du nouveau blindé de reconnaissance et de combat Jaguar, qui n’a pas été engagé dans des exercices de tirs en phase tactique, nous dit-on. On préfère rappeler, a contrario, que c’étaient les Britanniques qui étaient surtout à la manœuvre en Estonie, puisque Londres est la «nation cadre» du groupement tactique multinational déployé en Estonie dans le cadre de la «présence avancée renforcée» de l’Otan sur le flanc Est.
Au-delà, l’alarmisme de l’article du Wall Street Journal agace certains. «Non mais sérieusement…», réagit un autre haut gradé quand on lui demande ce qu’il en pense. En particulier, l’accent mis sur les pertes élevées ne convainc pas. «Clairement, les entraînements de l’Otan, bien trop “scriptés”, sont souvent des ballets chorégraphiés. Pour tout un tas de raisons : on ne peut pas vraiment se permettre de déployer une unité pour 10 jours et la ‘perdre’ en quelques heures au début de l’exercice. Ça explique que, souvent, tout soit paramétré à l’avance», explique l’historien militaire et consultant Stéphane Audrand. Mais l’officier de réserve de préciser : «Là, manifestement, ils ont essayé de “sortir” de leur zone de confort. Et ils se sont fait piler. C’est toujours le cas en fait. Les FORAD (les forces d’opposition) qui entraînent les unités sont notoirement capables de mettre en pièces les gens qui viennent s’entraîner. C’est le cas au CENTAC [centre d’entraînement au combat, NDLR] ou au CENZUB [Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine, NDLR] en France, ou dans les équivalents américains ». Autrement dit, ce qui est présenté comme une leçon extraordinaire ne le serait pas tant que ça.
Transformation radicale du champ de bataille
Une des clés du succès des équipes de dronistes ukrainien provient du raccourcissement de ce que les militaires nomment la «boucle renseignement – feux», c’est-à-dire le délai entre l’acquisition d’un objectif, la prise de décision et le traitement de celui-ci par les moyens de feux. Or, en quatre ans en Ukraine, ce délai a été drastiquement réduit, passant sous la barre des trois minutes. Un succès notamment permis par le logiciel de gestion du champ de bataille Delta, qui permet de collecter du renseignement en temps réel sur le champ de bataille, d’analyser d’énormes quantités de données grâce à l’intelligence artificielle, d’identifier les cibles et de coordonner les frappes.
« Les armées russe et ukrainienne sont en 1918, et le risque est que nous soyons encore 1914. »
Un officier supérieur français
La tactique ukrainienne consiste en particulier à faire redescendre le maximum de données au niveau tactique, un partage du renseignement entre les unités combattantes qui n’est pas dans la culture de l’Otan. «Les Ukrainiens ont une spécificité sur le combat dronisé et la fusion de données. Après, ce que l’on voit sur le champ de bataille en Ukraine, c’est que l’artillerie lourde, les mortiers et les lance-roquettes sont aussi cruciaux que les drones FPV pour infliger des pertes, analyse Stéphane Audrand. Si les Ukrainiens sont aujourd’hui devant pour certains processus tactiques, c’est surtout grâce à Delta qui est vraiment un logiciel intéressant et à la synergie permise par la profusion de capteurs décentralisés, qui leur offre une très grande réactivité».
Dans un tel environnement, le champ de bataille se transforme radicalement : les concentrations de force deviennent difficiles, non seulement sur la ligne de front, mais sur plusieurs dizaines de kilomètres en arrière. «C’est travaillé», dit-on à Paris. «Tout a changé avec la guerre en Ukraine. La première adaptation, c’est l’intégration de la guerre électronique, qui est la première des protections, et on donne un coup d’accélérateur sur les drones pour faire face à un possible choc. La logistique est déportée et diversifiée, en flux continu, avec des livraisons par air notamment. Mais le problème, c’est la capacité d’emport. Il faut donc coordonner les différents vecteurs de ravitaillement », explique une source militaire.
«Seul le combat permet de savoir si l’on est vraiment prêt»
Reste que, «par principe, il y a un décalage d’adaptation entre nous et les Ukrainiens qui combattent au quotidien. À la fin, seul le combat permet de savoir si l’on est vraiment prêt», philosophe-t-elle. Plus pessimiste, un autre officier supérieur estime que l’article du Wall Street Journal «tape juste» : «Un monstre militaire a été créé avec la guerre d’Ukraine. Les armées russe et ukrainienne sont en 1918, et le risque est que nous soyons encore 1914».
Dans son article Quand la machine s’éveillera publié en février, l’ancien colonel des troupes de marine et historien Michel Goya évoque lui aussi une révolution en Ukraine, encore trop peu prise en compte ailleurs en Europe. À propos de ce qu’il nomme «la fusion des soldats avec les petites machines», il écrit : «La manière la plus simple est d’imiter autant que possible l’organisation et les méthodes de l’armée ukrainienne et peut-être même de l’armée russe. Soyons justes, les réflexions et les expérimentations ont commencé. Cela ne va simplement pas assez vite, comme d’habitude par un mélange de rigidité administrative et de manque de ressources, peut-être aussi par la résistance des conservateurs qui ne veulent pas remplacer leurs vieilles habitudes par de nouvelles. En réalité, toutes les énergies devraient se réunir pour réaliser au plus vite la révolution. Chaque brigade devrait bénéficier de ressources propres, avec peut-être des financements directs de la société, comme en Ukraine, pour acheter très vite les équipements qu’elle souhaite en s’adressant à qui elle veut (plutôt français quand même), et on devrait ensuite confronter les expérimentations dans le Forum et sur le terrain d’exercice pour décider ensuite ce qui est le mieux pour tous. Cela induirait bien sûr un certain désordre qui déplaît tant à notre administration, mais l’expérience montre que le désordre et le gâchis de temps de paix sont infiniment moins coûteux, surtout en vies humaines, que l’improvisation en temps de guerre».
Il est notable que cette question agite également les débats en Ukraine, bien sûr, mais en Russie aussi. Un article publié dans le quotidien Kommersant en février par le stratège militaire Ruslan Poukhov sous le titre Le temps des divisions blindées de la Garde est irrémédiablement révolu et assez critique contre le pouvoir russe, a rencontré un certain écho : à l’avenir, «les combats impliqueront de plus en plus des essaims de drones d’une ampleur inimaginable, de plus en plus autonomes et dotés d’une longue portée, qui deviendront le principal moyen de guerre. Le champ de bataille et les zones arrière sur des dizaines de kilomètres se transformeront en une véritable ’zone de destruction’, où les drones anéantiront littéralement tout. Le conflit armé se transformera en une lutte pour la supériorité en matière de frappes de drones, et seule l’obtention de cette supériorité permettra à l’un des camps de progresser et d’établir un contrôle territorial. Toute planification militaro-technique et militaro-industrielle à long terme doit se fonder sur ces exigences», prophétisait le chercheur, alertant sur le fait que l’Ukraine n’était pas une «anomalie» appelant à un «retour à la normale», mais une véritable «révolution» qui rend obsolètes les anciennes armées mécanisées.
Si les leçons d’Hedgehog parues dans la presse américaine ne sont donc pas infondées, loin de là, «il y a malgré tout un narratif construit par les Estoniens et les Ukrainiens», met en garde un autre officier supérieur français, plus sceptique. «Il y a des choses importantes dans cette séquence, mais aussi pas mal de propagande, confirme l’historien Stéphane Audrand. L’Ukraine bâtit sa communication autour de l’idée que “nous ne sommes pas prêts et incapables de réarmer l’Europe sans eux”. C’est un enjeu crucial pour leur base de défense et leurs industriels afin d’attirer durablement les capitaux européens et de consolider une position centrale dans l’avenir, surtout en matière d’armements terrestres et de drones. Face à ces enjeux politiques et économiques, c’est un peu compliqué de “voir” à travers tout ça», conclut le consultant. Reste que, peut-être, «la Russie et l’Ukraine ont montré au monde l’avenir de la guerre — et que l’Amérique et ses alliés ne sont pas prêts pour cela», comme le prophétise le Wall Street Journal.
Neue Zürcher Zeitung
Trump, Putin und die vielen Zwerge: Warum Europa nicht erwachsen wird
Selbst in der Schicksalsfrage der Ukraine-Hilfe ist Europa gespalten. Der Norden zahlt, der Süden schaut zu. Es herrscht Egoismus statt Geschlossenheit.
Donald Trump liebt es, sich über Emmanuel Macron lustig zu machen. «No, no, no», äfft er den französischen Präsidenten nach, wenn dieser natürlich vergeblich Widerstand gegen höhere Zölle leistet. In der Demütigung Macrons schwingt Verachtung für Europa mit.
Trumps Betragen ist verletzend, in der lustvoll zelebrierten Beleidigung geradezu obszön. Aber der US-Präsident trifft einen wunden Punkt: Europa ist kein Partner auf Augenhöhe, und es wird auch keiner werden.
Die inzwischen landauf, landab beklagte fehlende Verteidigungsfähigkeit ist nicht der entscheidende Punkt, warum Europa nur eine Macht minderer Güte ist. Die zentralen Defizite sind der Mangel an einer kohärenten Strategie und politischer Geschlossenheit. Das betrifft zunächst die EU als den mit Abstand wichtigsten Akteur, gilt aber auch für Länder wie Grossbritannien und die Schweiz.
Deutlich wird dies ausgerechnet in der alles andere überragenden Herausforderung – dem Ukraine-Krieg. Seit vier Jahren gelingt es der EU nicht, eine gemeinsame Linie zu formulieren und diese dann auch umzusetzen.
Wer weit weg ist von der Front, gibt weniger: Da handeln die Europäer wie die USA
Der grösste Bremser ist dabei nicht der Ungar Viktor Orban. Er dient vielmehr als Sündenbock, auf den man alle Unzulänglichkeiten der EU projizieren kann. Er ist der schwarze Mann, vor dem man sich im Dunkeln fürchtet. Bei Licht entpuppt er sich als Scheinriese, als ein bloss auf seinen Nutzen bedachter Einzelkämpfer.
Das entscheidende Hindernis stellt die Front stiller Verweigerer dar, in der sich die Südeuropäer und Frankreich zusammengefunden haben – der Club Méditerranée. Verbal lassen sich die Trittbrettfahrer von niemandem an Entschlossenheit übertreffen.
Macron ist der lauteste. Er führt seine alte Idee einer strategischen Autonomie Europas ein weiteres Mal spazieren. Dies gilt aber auch für Giorgia Meloni. Sie macht in der EU und der Nato nichts falsch und wird dafür überschwänglich gelobt. Doch verrät das mehr über ihre neuen Bewunderer als über sie selbst. So wie sie bei ihrem Amtsantritt als postfaschistische Krawallnudel verleumdet wurde, wird sie heute überschätzt.
Gemeinsam ist Meloni und Macron sowie den weniger auffälligen Verweigerern wie Spanien und Griechenland, dass sie die Ukraine sehr viel weniger unterstützen als die Nordeuropäer, Grossbritannien und Deutschland. Das lässt sich in der noch immer härtesten aller Währungen ablesen: dem Geld.
Trump reduzierte die Zuwendungen für Kiew – inklusive Waffenlieferungen – im letzten Jahr drastisch. In die Bresche sprangen die EU und Grossbritannien. Sie erbringen unterdessen laut dem Kieler Institut für Weltwirtschaft 95 Prozent der Hilfeleistungen.
Die Verteilung könnte allerdings kaum unausgewogener sein. Deutschland, Grossbritannien, Schweden und Norwegen bauten ihre Militärhilfe massiv aus und belegen die vorderen Ränge. Frankreich hingegen befindet sich nur auf dem 7. Platz, vor Italien (11) und Spanien (13).
Nur vier Länder erhöhten ihre Waffenhilfe im letzten Jahr markant
Bezogen auf die Wirtschaftsleistung rangiert Paris auf dem 14. und Madrid auf dem 19. Platz. Rom ist unter den Top 20 gar nicht dabei.
Ein ähnliches Bild präsentiert sich bei dem Programm, mit dem Nato-Mitglieder für die Ukraine Rüstungsgüter in den USA kaufen. Ohne diese Initiative könnte Kiew den Krieg nicht weiterführen. Bleibt der Nachschub aus, ist die Kapitulation nur eine Frage der Zeit. Dennoch beteiligen sich Frankreich und Italien nicht.
Rom begründet die Drückebergerei mit seinem Haushaltsloch, Paris gibt sich grundsätzlich. Macron vertritt einen nackten Egoismus gaullistischer Prägung. Dies äussert sich unter anderem in einer kompromisslosen «Buy European»-Doktrin. Geliefert werden sollen nur französische oder wenigstens europäische Waffen. Dabei produziert die EU einige für Kiew entscheidende Systeme gar nicht.
Die Mitläufer verhalten sich wie Trump. Er sagt unumwunden, die materielle Unterstützung der Ukraine sei keine amerikanische Aufgabe, weil die USA vom Kriegsschauplatz durch einen Ozean und viele tausend Kilometer getrennt seien. So rechnet auch der Club Med. Er ist weit weg von den unwirtlichen Steppen im Osten.
Das amerikanische Kalkül wird in Europa ausgiebig angeprangert. Über die Rolle von Frankreich, Spanien und Italien schweigt man betreten, obwohl sie zu den politischen und wirtschaftlichen Schwergewichten in der EU zählen. Die Kritik an Trump entpuppt sich so als reichlich heuchlerisch.
Der Überfall auf die Ukraine bedeutet ein neues Zeitalter, mit dem Krieg und krude Machtpolitik nach Europa zurückkehren. Betroffen ist der ganze Kontinent und nicht nur eine eng begrenzte Region wie in den Jugoslawien-Kriegen der neunziger Jahre.
Kein Land hat für mehr als eine Milliarde Waffen für die Ukraine in den USA eingekauft
Würde Putin siegen, veränderte sich die Sicherheitslage in ganz Europa – selbst wenn russische Kosaken nicht eines Tages Paris besetzen wie nach dem Zusammenbruch des napoleonischen Reichs. Russland wäre der Hegemon, besonders wenn sich Amerika nicht mehr für den alten Kontinent verantwortlich fühlt.
Findet die EU angesichts dieser Bedrohung keine gemeinsame Position, taugt sie als geopolitischer Akteur nicht viel. Gemeinsamkeit heisst nicht nur grosse Worte (in dieser Disziplin ist Macron unschlagbar), sondern gemeinsame Taten.
Geld ist ein guter Gradmesser für die Ernsthaftigkeit des Engagements. Frankreich, Spanien und Italien fallen in diesem Examen glatt durch.
Nur für die Schweiz mag der Befund ein stiller Trost sein. Sie ist nicht das einzige Loch im europäischen Donut. Der Vorwurf des Rosinenpickens und Trittbrettfahrens trifft auf andere mindestens genauso zu.
Die markigen Durchhalteparolen der Aussenbeauftragten Kaja Kallas vermögen nicht zu übertünchen, dass die EU in einer existenziellen Frage gespalten ist. Nicht einmal in dieser Lage fühlen sich die EU-Mitglieder als Schicksalsgemeinschaft. Jeder hat eigene Interessen. Wer wie die Balten, die Finnen und Skandinavier näher bei Russland liegt, handelt. Die anderen schauen zu.
Waffen alleine genügen nicht – am wichtigsten ist eine gemeinsame Strategie
Während sich Kanzler Scholz bequem im amerikanischen Windschatten hielt, führt Friedrich Merz kraftvoll. Deutschland ist wieder wer. Aber Berlin ist zu schwach und innenpolitisch zu fragil, um im Alleingang den Mangel an Geschlossenheit zu kompensieren.
Grossbritannien unterstützt die Ukraine seit der Annexion der Krim unerschütterlich – unabhängig von allen personellen Wechseln in Westminster. Mit seiner Flucht aus der EU hat es sich selbst jedoch zum Zaungast degradiert.
Putin konzentriert sich allein auf Washington. Trump behandelt Europa mal herablassend, mal gönnerhaft. Beides folgt derselben Logik. Der Russe und der Amerikaner besitzen ein untrügliches Gespür für Macht und die Schwächen ihrer Gegner.
«Power is power», weiss die skrupellose Regentin Cersei Lannister in «Game of Thrones». Nichts gleicht das Fehlen realer Macht aus. Eine wesentliche Voraussetzung hierfür ist eine kohärente Strategie. Ohne diese können die EU-Staaten so viele Waffen kaufen, wie sie wollen, sie bleiben doch Zwerge. Zu den Grossen werden sie so nie zählen.
Geeint tritt Europa nur in Opposition zu den USA auf. Als Trump den verwegenen Anspruch auf Grönland erhob, stand die Abwehrfront rasch. Im Umgang mit Amerika betragen sich die Europäer wie Kinder gegenüber ihren Eltern. Diese sind peinlich, während die Heranwachsenden ihr eigenes Verhalten kaum reflektieren. Teenager werden jedoch erwachsen. Die Europäer hingegen scheinen zur ewigen Pubertät verdammt zu sein.
Dieses Fazit hat unangenehme Konsequenzen. Eine integrierte Sicherheitspolitik der EU wird ein Wunschtraum bleiben, genauso wie gemeinsame Atomwaffen. «Power is power.» Dieser Satz trifft auf nichts so zu wie auf nukleare Sprengköpfe. Sie sind die ultimative Versicherung, ohne die Europa nicht erwachsen wird.
London gibt jedoch der Partnerschaft mit Washington den Vorzug. Die Gaullisten in Paris werden niemandem volle Mitsprache über ihre atomar bestückten U-Boote einräumen, besonders nicht den deutschen Dauerrivalen. Diese steigen dank ihrer prall gefüllten Kasse ohnehin bald zur stärksten konventionellen Militärmacht in Europa auf.
Die Aufnahme der Ukraine in die EU wäre der grösste Tatbeweis der Solidarität, der alle Halbherzigkeiten auf einen Schlag vergessen machen würde. Doch der Widerstand dagegen ist riesig, selbst wenn Kiew keinen Zugang zu den regulären Fördertöpfen erhält. Europa ist eben nicht besser als Amerika. Jeder sinnt auf seinen Vorteil.
https://www.nzz.ch/meinung/trump-hat-recht-auf-die-eu-ist-bei-der-ukraine-kein-verlass-ld.1925524
RUSSIANS AND THE WAR IN UKRAINE
The Economist (Pay Wall)
No escape : How four years of war have changed Russia
The fighting in Ukraine has reshaped everyday life
https://www.economist.com/briefing/2026/02/19/how-four-years-of-war-have-changed-russia
MIDDLE EAST: ISRAEL’S SECURITY
The Jerusalem Post, Editorial
Qatar’s ‘Ring of Fire’: The growing influence posing a deadly threat to Israel’s security
If we do not cleanse Israel of the Qatari parasite, we will experience much greater disasters than the October 7 massacre.
“The Iranian Ring of Fire” is the military-regional strategy that posed the greatest existential threat to Israel, at least according to Prime Minister Benjamin Netanyahu and the security establishment.
The Iranians managed to “encircle” Israel through armed proxy organizations – Hezbollah, Hamas, Palestinian Islamic Jihad, the Houthis, and the Shiite militias in Iraq. These proxy forces were intended to create multiple fronts for Israel, weaken it, and provide Iran with a strategic advantage – especially in the event that its nuclear project would be attacked by Israel.
On October 7, the “Iranian Ring of Fire” had a one-time opportunity to attack Israel from all fronts and cause broad, deep, massive, and strategic damage, but this did not happen, thanks to (then-US president) Joe Biden, who is so despised by the right-wing-Netanyahu camp. Since the ring, primarily due to impressive military actions, it has weakened significantly.
Alongside the Iranian Ring of Fire, a much more effective strategy against Israel and the Zionist idea has developed. The “Qatari Ring of Fire” is not really a ring of fire. It’s more like a parasite that enters the body and is very hard to get rid of. It may even be cancer.
Unlike the Iranians who were around us, Qatar has managed to infiltrate within us.
This week, the giant Israeli shipping company ZIM was sold to a German company, which itself sold significant shares to Qatar (which has purchased and continues to purchase many international assets). The Institute for Maritime Policy and Strategy even published an urgent position paper stating that “selling the shipping company ZIM to foreign hands constitutes a strategic and security threat to Israel’s resilience.”
According to the position paper, “The fact that ZIM ensures the continuity of Israel’s maritime supply – through which about 99% of the country’s foreign trade passes – obligates the government to veto the transfer of control to a foreign entity, especially companies influenced by the capital and interests of countries like Qatar and Saudi Arabia.”
ZIM is not just an Israeli infrastructure that must remain in Israeli hands or at least Western hands, and certainly must not pass into Qatari or Saudi hands, but it is also very important to the security establishment. What must not be written about ZIM is very well known to everyone in the security establishment, the Prime Minister’s Office, and Israeli intelligence agencies.
ZIM is not just a strategic infrastructure asset; it is a critical strategic asset for Israel’s security, and therefore, there is no alternative but to prevent the sale of its parts to the enemy state, which funded Hamas and the October 7 massacre.
Of course, this is not the only link in the “Qatari Ring of Fire” that is suffocating Israel and dismantling it from within.
Qatar’s well-known and researched influence on the PMO is probably the most severe case of betrayal in Israel’s history, and it is also part of the “Ring of Fire.”
Qatar’s incluence over social media activists, news via Al Jazeera
Just as Qatar influenced Arab states through Al Jazeera and influencers purchased with Qatari money, Qatar does the same in Israel in various ways (e.g., Israeli PR offices working with Qatar and being part of Benjamin Netanyahu’s poisoning machine).
Of course, it doesn’t end there. Cancer spreads and does a much better job at destroying the body it is in than external threats. According to estimates, Qatar has invested about 800 million to 1 billion shekels in Israeli high-tech since 2020. It invests significantly – under the radar – in cyber, security technologies, and infrastructure protection systems.
According to estimates, Qatar is the second-largest investor from the Gulf states in Israeli high-tech (after the UAE), with its education system being Islamist and teaching that Zionists and Jews are enemies.
Additionally, Israeli defense companies have signed significant contracts to sell advanced cyber technologies to Qatar, with reports indicating deals have been signed with companies like Elbit Systems and Rafael, sometimes with the approval of senior figures (some of whom are also linked to “Qatargate”).
Qatar, Iran’s main partner in the world’s largest natural gas field, also expressed interest in Israeli tools for securing oil and gas infrastructures, using companies specializing in securing operational technologies. It takes advantage of the greed of some of Israel’s “economic elite” to sell it Israeli developments and secrets.
Qatar, the home of Hamas and other terrorist organizations, which is known to have conducted influence operations involving paying Israeli figures to change public opinion in Israel, is a much greater existential threat than the Iranian Ring of Fire because it has tentacles in every part of Israel’s body.
What is clear is that with the current government, led by a prime minister for whom a state inquiry committee has stated he knowingly endangered Israel’s security for economic reasons, there will be no fight against the Qatari cancer.
After the slaughter government, if it falls in fair elections, great efforts must be made to cleanse the State of Israel from Qatari influence. This is true for the political sector, the public sector (including the Shin Bet and Mossad), the high-tech sector, and in general, everywhere Qatar has touched with its dirty money.
If we do not cleanse Israel of the Qatari parasite, we will experience much greater disasters than the October 7 massacre.
https://www.jpost.com/opinion/article-887082
MIDDLE EAST: HOW TO DESARM HISBOLLAH
The Jerusalem Post
Lebanon shows that Europe’s security model is outdated
Germany urges Hezbollah’s disarmament, but Lebanon reveals the limits of Europe’s deterrence model in an age of hybrid warefare.
Recent diplomatic engagement in Beirut highlights a widening strategic divergence within the West. During a visit to Lebanon, German President Frank-Walter Steinmeier urged Lebanese authorities to continue efforts to disarm Hezbollah as a step toward regional stabilization. The appeal reflects a long-standing European approach: reinforce state sovereignty through diplomatic pressure, incremental reform, and international backing.
At the same time, Israel has continued a policy of preemptive and retaliatory strikes against militant infrastructure in Lebanon and Syria. The Israel Defense Forces has framed these operations as necessary to prevent the entrenchment of hostile networks along its borders. The contrast is not merely tactical: it reflects two different conceptions of deterrence and state responsibility.
European security policy since the Cold War has relied heavily on extended nuclear deterrence and institutional integration. The credibility of NATO’s umbrella, combined with economic interdependence, reduced incentives for interstate conflict within Europe. However, this model was designed primarily to deter conventional or nuclear aggression by peer states. It is less suited to addressing decentralized militant actors embedded within fragile political systems.
Lebanon illustrates this challenge. The Lebanese state does not exercise a full monopoly over force within its territory. Hezbollah’s military capacity, political representation, and social infrastructure complicate any straightforward disarmament process. When European leaders call for disarmament, they are reinforcing a principle of state sovereignty. Yet the practical means to achieve it remain limited. Diplomatic encouragement alone cannot alter internal power balances without corresponding coercive leverage.
This tension has become more visible as European governments debate strengthening their own deterrence frameworks, including renewed discussion of a continental nuclear posture. Such debates respond to concerns about long-term strategic autonomy. But nuclear guarantees address existential threats between states; they do little to deter proxy warfare, cross-border militancy, or hybrid tactics operating below the threshold of open war.
Israel disrupts Hezbollah military infrastructure
Israel’s doctrine rests on a different premise: that deterrence against non-state actors must be continuously demonstrated. Rather than relying on host-state enforcement or international monitoring mechanisms, Israel has prioritized direct disruption of militant infrastructure. Whether one supports or opposes this approach, it reflects an assessment that credibility in the current regional environment depends on visible operational capacity.
The United States has oscillated between these models. Under President Donald Trump, rhetoric emphasized complete disarmament of groups such as Hamas rather than incremental de-escalation frameworks. That posture deprioritized parallel political concessions in favor of degrading militant capability first.
Previous administrations, by contrast, tended to link security measures to phased diplomatic arrangements. The debate in Washington mirrors a broader Western uncertainty about whether protracted conflicts end through negotiated integration or decisive incapacitation of armed actors.
International institutions continue to emphasize legal norms and negotiated outcomes. UN Secretary-General Antonio Guterres has warned that unilateral actions in contested territories risk undermining long-term political solutions. From this perspective, stability emerges from adherence to international law and multilateral frameworks.
Yet, on the ground, states confronting immediate security threats often prioritize operational flexibility over procedural consensus.
Europe’s current debate over strategic autonomy, including nuclear deterrence, risks overlooking this distinction.
Nuclear capabilities deter large-scale aggression, but Europe’s most immediate security challenges – whether in its eastern neighborhood or the Mediterranean periphery – frequently involve hybrid actors operating in gray zones. Addressing such threats requires investment in conventional readiness, intelligence coordination, rapid deployment capacity, and political consensus about the use of force.
The Lebanese case underscores a broader reality: sovereignty cannot be restored by declaration alone. External encouragement may reinforce norms, but outcomes ultimately depend on local power balances and credible enforcement mechanisms. Where states lack a monopoly on violence, appeals to legal authority must be paired with tangible shifts in coercive capacity.
As regional conflicts continue to blur the lines between war and sub-threshold confrontation, Western states face a structural choice. They can treat nuclear guarantees and institutional processes as sufficient anchors of stability, or they can adapt their deterrence frameworks to address persistent irregular threats.
The effectiveness of Europe’s security model in the coming decade will depend less on the rhetoric of strategic autonomy and more on whether it develops tools calibrated to the conflicts it is most likely to face.
The writer is a fellow at the Middle East Forum, and a policy analyst and writer based in Morocco. Follow him on X: @amineayoubx
https://www.jpost.com/opinion/article-886923
FRENCH POLITICS: THE FAR LEFT
Neue Zürcher Zeitung
Nach der Tötung eines Studenten: Die französischen Linksradikalen zerstören sich selbst. Medien weigern sich, ihre Affinität für Gewalt zu benennen
Der Fall von Quentin Deranque offenbart auch, wie Linksextreme Universitäten gekapert haben – und auf welches Wohlwollen sie in manchen Redaktionen zählen können.
Ein junger Mann ist tot, und die französischen Linkspopulisten versuchen verzweifelt, in die Opferrolle zu flüchten. Der LFI-Parteiführer Jean-Luc Mélenchon sieht «Banden von Lügnern» am Werk, die seine Partei verleumdeten. Sein Genosse Manuel Bompard klagte am Mittwoch vor Journalisten in Paris, man sei Opfer einer Bombendrohung geworden, deshalb müsse jetzt Schluss sein mit all den «falschen Anschuldigungen».
Die Partei La France insoumise (LFI), die im Europaparlament eine Fraktion mit der SED-Nachfolgepartei Die Linke und anderen Linksaussen-Gruppen bildet, steht seit dem 12. Februar unter massivem Druck. An jenem Tag prügelten bisher unbekannte Täter den 23-jährigen Studenten Quentin Deranque in Lyon zu Tode. Deranque verkehrte in der neofaschistischen Szene der Stadt, in der sich Links- und Rechtsextreme regelmässig Schlägereien liefern.
Enge Verbindungen zwischen LFI und gewaltbereiter Antifa
Der nicht vorbestrafte Deranque hatte nach bisherigen Erkenntnissen zusammen mit dem Frauenkollektiv Némésis friedlich gegen einen Auftritt der LFI-Europaabgeordneten Rima Hassan an der Universität Lyon protestiert. Die Ermittlungen legen einen linksextremen Hintergrund der Täter nahe. Zwei dringend Tatverdächtige sind parlamentarische Mitarbeiter des LFI-Abgeordneten Raphaël Arnault, der seinerseits Mitgründer der linksextremen Gruppe Jeune Garde antifasciste ist.
Die Jeune Garde ist im Sommer 2025 verboten worden. Gleichwohl pflegten LFI-Leute wie der wegen Gewalt vorbestrafte Arnault weiter Kontakt zur Jeune Garde (das Verbot, so sagte Arnault, müsse man als Auszeichnung betrachten) und riefen zu deren Unterstützung auf. Auch wenn sie heute etwas anderes behaupten. Dabei war die trotzkistisch inspirierte Jeune Garde wie viele Antifa-Gruppen bekannt dafür, den Begriff «Faschist» nach eigenem Gutdünken auszulegen und Gewalt als Notwehr zu legitimieren. Selbst wenn sie sich auch gegen unbewaffnete Einzelpersonen richtete.
Der Fall wirft nicht nur ein Licht auf eine Szene, in der vorwiegend junge Männer Bürgerkrieg zwischen Faschos und Antifas spielen. Er offenbart auch den Unwillen vieler Medien, LFI als das zu erkennen, was sie ist: eine Partei, die jenes Klima von «Hass und Hetze» schürt, das man sonst gerne aus weit minderem Anlass beklagt.
So zeigt sich die deutsche «Zeit» sichtlich besorgt um den Ruf der Linkspopulisten, die nun beschuldigt werden, Blut an den Händen zu haben. In einem Artikel stellt sie LFI vor allem als Opfer einer Kampagne von Konservativen, Rechtsextremen und Medien des Milliardärs Vincent Bolloré dar. Ein Zitat der LFI-Abgeordneten Mathilde Panot, wonach die Partei «jede Form von Gewalt» ablehne, lässt die «Zeit» unkommentiert stehen.
Schürt Mélenchon Antisemitismus? Der «Tagi» lässt es offen
Der «Tages-Anzeiger» und die «Süddeutsche» räumen in identischen Berichten zumindest ein, dass die Partei von Jean-Luc Mélenchon heute bei vielen Franzosen als grössere Gefahr gelte als das rechtsradikale Rassemblement national von Marine Le Pen. Warum, erfährt man aber nicht wirklich. Über Rima Hassan, die Galionsfigur von LFI, schreiben die beiden Zeitungen nur, sie gelte «am rechten Rand» als Feindbild.
Die «Zeit» stellt Hassan als Politikerin vor, die «wegen ihrer scharfen Kritik an Israel viel Hass auf sich» ziehe. «Einige» sähen sie als Antisemitin.
Selbst wenn sich herausstellen sollte, dass die Jeune Garde nicht direkt am Tod von Quentin Deranque beteiligt gewesen sein sollte, bestätigen solche Beschreibungen von LFI und deren Star Rima Hassan genau das Opfernarrativ, das die Linkspopulisten nun zu etablieren versuchen.
Wer wissen will, was Rima Hassan unter «scharfer Kritik an Israel» versteht, kann ihren X-Account konsultieren, wo sie unter anderem behauptete, Israel lasse arabische Gefangene von Hunden vergewaltigen. Oder man kann Bücher lesen von jungen Journalisten wie Nora Bussigny und Omar Youssef Souleimane, die das LFI-Milieu inkognito erforscht haben.
Der 7. Oktober war kein Terror – findet Rima Hassan
Beide zeigen anhand zahlreicher Belege, wie Jean-Luc Mélenchon und seine Anhänger Hass auf Andersdenkende und Juden schüren, indem sie diese als «Faschisten», «Zionisten» und Genozid-Befürworter beschimpfen. Omar Youssef Souleimane beschreibt in seinem Buch «Les complices du mal» («Die Komplizen des Bösen») Demonstrationen, die von Parolen wie «Tötet Bolloré», «Töte einen Zionisten» oder «Vom Fluss bis zum Meer, Palästina ist arabisch» begleitet waren.
Rima Hassan und andere LFI-Vertreter marschieren an diesen Demos Seite an Seite mit Salafisten, die in Paris zur Intifada aufrufen. Hassan hat die Taten der Hamas laut Souleimane kurz nach dem Massaker des 7. Oktober 2023 als legitim bezeichnet und ein Selbstverteidigungsrecht Israels verneint.
Passend dazu nahm sie, wie Nora Bussigny in ihrem Buch «Les nouveaux antisémites» («Die neuen Antisemiten») schreibt, im arabischen Sprachraum an Demonstrationen teil, an denen Bilder von Ismail Haniya und anderen Hamas-Führern gezeigt wurden. Die Liste liesse sich lange fortsetzen. Das Ziel von LFI und der extremen Linken ist laut Bussigny ein permanenter Krieg in der Gesellschaft, ein Klima des Kampfes und ein langer Marsch ins Chaos.
Agitation und Einschüchterungen an den Universitäten
Omar Youssef Souleimane, wie Bussigny kein Vertreter des «rechten Randes», sondern ein Franzose mit Migrationshintergrund und republikanischen Werten, bezeichnet La France insoumise wegen ihrer Kumpanei mit Islamisten schlicht als «La France islamiste». Die Folgen dieser Allianz spüren besonders Juden, die in Frankreich von Gewalt und Terror bedroht sind, aber auch kritische Journalisten und Muslime, die Islamisten bekämpfen.
Weil LFI junge Wähler gewinnen will, betrachtet sie auch die französischen Universitäten als Kampf- und Mobilisierungsrevier. Die Agitatoren dürfen dabei auf die Feigheit oder das Wohlwollen der Universitätsleitungen zählen, die linksradikale Umtriebe oft dulden oder gar fördern. So war es kein Zufall, dass Rima Hassan an jenem 12. Februar an der Universität Lyon zu Gast war, als Quentin Deranque starb. Sie wurde von jauchzenden und klatschenden Studenten empfangen, um über Gaza und europäische Politik zu sprechen. Seit Oktober 2023 durften am politologischen Institut in Lyon sieben Politiker auftreten. Unter ihnen waren fünf LFI-Vertreter, ein Grüner und eine Sozialistin.
Nicht selten sind die Politikerauftritte von Tumulten, Einschüchterungen und Aufrufen zum Kampf begleitet. Omar Youssef Souleimane berichtet von einem Auftritt von Rima Hassan an der Universität Paris-Dauphine, bei dem auch Raphaël Arnault gesichtet worden sei. Geendet habe der Abend mit einem Angriff auf einen 15-jährigen Juden. Die Täter hätten zur Jeune Garde gehört – jener Organisation, die nun in Lyon unter Verdacht steht, am Tod von Quentin Deranque mitverantwortlich zu sein.
Von all dem erfährt man in den zitierten Medienberichten nichts. Dabei sieht selbst der ehemalige Studentenführer und Grünen-Politiker Daniel Cohn-Bendit die Mélenchonisten in der Verantwortung für die jüngste Gewalteskalation. In einem Interview mit dem Magazin «Le Point» sagte er, man habe es bei LFI mit einer fundamental leninistischen Partei à la Sauce populiste zu tun, die eine Faszination für gewaltsame Revolutionen hege. Ihr Verhältnis zur Gewalt sei genauso problematisch wie im Fall des rechten Rassemblement national.
Bei den letzten Wahlen im Jahr 2024 war LFI stärkstes Mitglied einer inzwischen zerstrittenen Linksfront, die den Wahlsieg in trumpistischer Manier für sich beanspruchte. Deutschsprachige Medien sprachen von einem Sieg der Demokratie.
Atlantico
Le grand paradoxe : LFI, EELV et gauche radicale en voie d’effondrement électoral… mais de victoires idéologiques toxiques
Jean-Luc Mélenchon et LFI battent des records d’impopularité dans l’opinion et les sondages. Pourtant, leurs thématiques, (victimisation, créolisation, rupture avec le capitalisme) saturent l’espace médiatique et académique.
Atkantico : Jean-Luc Mélenchon et LFI battent des records d’impopularité dans l’opinion et les sondages, pourtant leurs thématiques (victimisation, créolisation, rupture avec le capitalisme) saturent l’espace médiatique et académique. Comment expliquer que des forces en voie de marginalisation électorale conservent une telle capacité à dicter l’ordre du jour idéologique du pays ?
Aurélien Marq : La question est : pour quelle raison tant de forces politiques et médiatiques s’empressent-elles de souscrire aux thèmes délirants inventés par l’extrême-gauche, et d’en saturer le débat public ?
L’extrême-gauche est l’avant-garde de la gauche, dominante dans le monde médiatique et dans le monde académique pour des raisons parfaitement analysées par Maurice Druon dans « La France aux ordres d’un cadavre » – en gros, les réseaux communistes et l’or de Moscou – et par Samuel Fitoussi dans « Pourquoi les intellectuels se trompent » – en très schématique, ce sont des milieux où l’on n’est pas confronté soi-même aux conséquences concrètes de ses convictions idéologiques, et par conséquent le conformisme revêtu des oripeaux de l’éthique de principes y prévaut largement sur l’éthique de responsabilité. Une autre manière de le dire, est qu’il s’agit de milieux cléricaux, prescripteurs de normes, qui jouissent de leur position d’autorité en imposant cette autorité à la « plèbe » contre sa volonté, donc en s’opposant au bon sens populaire et à la décence commune.
Maurice Druon, co-auteur du Chant des Partisans, que même les plus macronistes des fact-checkers auront du mal à qualifier de « complotiste », évoquait dans « Une église qui se trompe de siècle » : « une vaste entreprise, concertée par certains, inconsciemment servie par l’aveuglement de certains autres, favorisée par l’insatisfaction de beaucoup, et qui aurait pour fin de couper les nouvelles générations des acquis ancestraux » dans le but de « basculer dans un nouveau type de société. » C’était en 1972, déjà ! Que ce « nouveau type de société » soit la Nouvelle France de Mélenchon, le collectivisme dont rêve EELV, ou la « start-up nation » d’Emmanuel Macron, ceux qui veulent « un homme nouveau pour un monde nouveau » ne sont pas tous d’accord sur le type d’homme nouveau et de monde nouveau qu’ils veulent, mais ils se soutiennent mutuellement – ou s’utilisent mutuellement – pour commencer par se débarrasser de l’ancien homme et de l’ancien monde. Pour reprendre une métaphore également de Maurice Druon, ils forment la vaste alliance de ceux qui veulent abattre l’arbre à la hache et de ceux qui veulent le saper jusqu’à ce qu’il tombe d’épuisement, cette alliance portant scrutin après scrutin le nom trompeur de « front républicain contre l’extrême-droite ».
La résistance de nos concitoyens à la propagande qui les matraque dès l’enfance, et le réveil des consciences de plus en plus vif, sont admirables. Il ne faut pas perdre de vue que nous assistons à un face-à-face entre la décence commune de la civilisation occidentale, patiente sédimentation des siècles, et les fantasmes d’ingénierie sociale de ceux qui se drapent du manteau de « l’élite éclairée guidant les masses », et qui aujourd’hui se sont emparés de l’essentiel du pouvoir institutionnel et médiatique – parfois en s’imaginant réellement être des phares de sagesse, parfois simplement par intérêt et par calcul.
J’ajoute enfin que l’extrême-gauche sert bien souvent de repoussoir pour rendre moins choquants les projets de la gauche « républicaine » et du centre, un peu comme dans la technique « méchant flic, gentil flic », ou en plaçant la barre délibérément beaucoup trop haut en début de négociation, pour faire peur et finalement rassurer en feignant de concéder un compromis. Les no-borders disent vouloir accueillir dès demain des millions de migrants, Emmanuel Macron se contente de 500.000 par an – donc, in fine, des millions – ouf, c’est déjà plus raisonnable, c’est centriste, c’est modéré, ça passe.
Les partis de gauche (La France Insoumise, Europe Écologie-Les Verts, le NPA ou le PCF) connaissent un recul électoral dans les sondages. Quelle est l’ampleur de ce rejet dans l’opinion ? Comment est-il possible d’expliquer la situation paradoxale d’un tel recul alors que, d’un point de vue idéologique, les idées de gauche structurent le rapport de force politique sur l’économie, les inégalités, la décroissance ou l’environnement ?
Laure Salvaing : Ce recul des partis dits de gauche dans les sondages est observable depuis plusieurs années et s’est notamment accéléré ces derniers mois pour des figures comme Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Olivier Faure, François Hollande ou encore des personnalités comme Marine Tondelier, qui ont du mal à percer dans l’opinion. Certaines d’entre elles connaissent un véritable recul.
En examinant la cote d’avenir de Jean-Luc Mélenchon, que nous mesurons pour Le Figaro Magazine, il est possible de constater une baisse entre 2016, 2017 puis en 2022, juste avant l’élection présidentielle. Il n’était pas du tout au niveau où il se situe aujourd’hui. Il se trouve actuellement entre 11 et 12 % de confiance. Jean-Luc Mélenchon est désormais considéré comme la personnalité la plus dangereuse pour la démocratie dans l’opinion, alors qu’il y a quelques années encore, il s’agissait plutôt de personnalités du Rassemblement national.
On observe donc une inversion dans l’opinion concernant la diabolisation. Celle-ci se situe davantage aujourd’hui du côté de LFI, de l’extrême gauche et de Jean-Luc Mélenchon, et beaucoup moins du côté du Rassemblement national.
De la même manière, lorsque l’on demande aux Français, dans la perspective des élections municipales, s’ils seraient satisfaits ou mécontents que leur futur maire soit issu de LFI, 59 % se déclarent mécontents. Si le maire était issu du Rassemblement national, 41 % des Français se déclareraient mécontents. Il existe donc un véritable désamour vis-à-vis de l’extrême gauche dans l’opinion.
Il y a un véritable recul, mais également un affaiblissement des thématiques que les formations de gauche mettaient traditionnellement en avant. Il existe aujourd’hui une attente très forte d’ordre, de sécurité et de respect des règles.
Il est frappant de constater que la stratégie de LFI, fondée sur la conflictualisation de la vie politique, apparaît à contre-courant du désir d’apaisement exprimé par une majorité de Français. Les sympathisants de gauche et d’extrême gauche peuvent être alignés avec ces positions de confrontation. Toutefois, une majorité de Français considère que la violence au sein de la société augmente et que les premiers à en user – non pas nécessairement physiquement, mais verbalement – sont les responsables politiques, notamment ceux de l’extrême gauche.
Une rupture s’est opérée dans l’opinion entre l’extrême gauche et l’extrême droite ces dernières années. Le spectacle donné à l’Assemblée nationale a notamment contribué à cette perception. Les députés du Rassemblement national, plus nombreux que jamais, ont été perçus comme respectueux de l’institution et des règles, adoptant, à la demande de Marine Le Pen, une position très calme durant les débats. À l’inverse, des députés LFI ont été vus comme vilipendant, voire menaçant parfois, différents orateurs de l’hémicycle.
Il existe ainsi, dans l’opinion, un sentiment de rupture avec les personnalités d’extrême gauche, mais aussi avec la gauche plus traditionnelle, dans un contexte où les priorités ont évolué. Les enjeux liés à l’écologie et à la lutte contre le changement climatique demeurent présents, mais ils sont moins prioritaires qu’il y a quelques années. Les responsables politiques de ce courant, notamment les écologistes, ne sont pas parvenus à remobiliser l’opinion publique autour de leurs combats.
Au-delà des thématiques idéologiques, se pose un problème d’incarnation. De manière générale, en dehors des extrêmes, les Français considèrent qu’il existe aujourd’hui peu de figures incarnant réellement les différents courants dans l’offre politique actuelle. La question de l’incarnation des idées constitue donc également une dimension essentielle.
En quoi, malgré les difficultés dans les sondages, les prises de position de LFI, de EELV et de l’extrême gauche sur la décroissance, la victimisation, la créolisation, vont-elles laisser des traces sur le plan politique, démocratique et au sein de l’électorat de l’extrême gauche ?
Aurélien Marq : Ces thèmes sont des prétextes. Les donneurs de leçons écologistes font le tour du monde en avion, Mélenchon est millionnaire, une des fondatrices de « Black Lives Matter » s’est acheté une résidence hors de prix dans un quartier résidentiel presque excluivement Blanc. Le fil conducteur de toute la gauche, qui est totalement désinhibé à l’extrême-gauche, c’est de « faire table rase du passé » afin qu’adviennent les « lendemains qui chantent ». Il n’est question de rien d’autre : abattre la décence commune (assurément imparfaite, mais seul vrai rempart contre le chaos) pour ne plus avoir à s’empêcher (au sens de la célèbre formule de Camus : « un homme, ça s’empêche ») et pouvoir « jouir sans entrave ». Tous ces slogans sont connus, le programme est affiché ! Souvenez-vous, quand au nom du progrès il était à la mode de faire l’apologie de la pédophilie en fustigeant la « morale bourgeoise. »
J’ignore ce qu’il restera, demain, des obsessions actuelles de la gauche. Mais j’ai la certitude que quand les thèmes d’aujourd’hui ne fonctionneront plus, la gauche en trouvera d’autres. Abattre l’ordre bourgeois, abattre l’ordre néo-colonial, abattre l’ordre patriarcal, abattre l’ordre cis-hétéro-normé, abattre la Blanchité, tout ça est interchangeable et ce qui viendra demain le sera également, avec toujours le même objectif réel : se débarrasser de la civilisation helléno-judéo-chrétienne. Ainsi, d’ailleurs, que de la civilisation confuciano-bouddhiste, Socrate et Confucius ayant en commun de proclamer à la fois que tout homme est appelé à la noblesse et que « noblesse oblige ».
Ma principale inquiétude à court terme, est le verrouillage des institutions par l’extrême-centre. Terme ambigü, puisque ce courant est en réalité de gauche : sous Emmanuel Macron, nous avons une fiscalité d’extrême-gauche, une politique migratoire d’extrême-gauche, une politique pénale très à gauche (la protection accordée aux squatteurs au détriment des propriétaires est emblématique), une nomenklatura massivement issue du PS et de ses réseaux, et une soif de censure et de contrôle de l’information qui n’atteignent certes pas les niveaux de l’URSS, mais y aspirent de plus en plus ouvertement. Mais passons, puisque extrême-centre est désormais dans le langage courant.
Bon nombre de décisions récentes du Conseil constitutionnel ou du Conseil d’état sont de toute évidence contraires à la fois à la volonté générale et à l’intérêt national (je pense par exemple à la censure de la « Loi Philippine » ou à l’extension pratiquement infinie du droit d’asile), l’évocation permanente de l’état de droit n’est plus qu’un prétexte pour s’opposer à ce que le Peuple théoriquement souverain exerce son autorité démocratiquesur l’état du droit, et tout ça me paraît au moins aussi délétère pour notre vie politique que les outrances de LFI et EELV – en même temps que cela impose bon nombre de lubies de ces partis, notamment EELV, comme les ZFE, DPE, ou la PPE3 – lubies ruineuses pour les Français, mais fort lucratives pour certains.
Malgré le recul des personnalités de gauche dans les sondages, leurs idées continuent d’avoir un impact important au sein de la société, notamment via la stratégie identitaire afin de capter l’électorat populaire, tout en structurant le rapport de force politique sur les questions économiques, d’inégalités ou encore la décroissance et l’environnement, permettant aux partis de gauche de remporter des victoires politiques et idéologiques. N’y a-t-il pas, dès lors, un paradoxe de ces partis de gauche qui, bien que faibles dans les sondages, parviennent néanmoins à imposer des thématiques au sein de la société et du débat démocratique ? Ce grand paradoxe et l’impact sociétal des idées défendues par LFI et ses alliés ne vont-il pas laisser des traces sur le plan démocratique ?
Laure Salvaing : Lorsque certains dirigeants politiques de gauche dénoncent une droitisation de la France, c’est à la fois vrai et faux. C’est vrai dans la mesure où il y a un renforcement, dans l’opinion française, de valeurs traditionnellement portées par la droite, comme l’ordre, l’autorité ou la sécurité. En revanche, si l’on examine le positionnement des Français sur l’échelle gauche-droite, on constate qu’il y a quasiment autant de citoyens qui se déclarent à gauche ou à droite qu’il y a vingt ans. Il ne s’agit donc pas tant de la force des partis que de la persistance de certaines idées traditionnellement portées par la gauche, qui continuent d’exister et de prédominer dans l’opinion malgré un manque d’incarnation politique crédible à gauche. Ce n’est pas tant la force des partis que celle des valeurs de la gauche qui perdurent, même si elles sont, aux yeux des Français, mal représentées dans l’offre politique actuelle.
Il est possible d’observer un glissement du débat politique vers une arène de disqualification morale à travers la stratégie de LFI, EELV, du NPA. L’adversaire n’est plus une alternative, mais un “fasciste” ou un “complice”. Cette stratégie du “pourrissement démocratique” de la conflictualisation permanente est-elle une méthode délibérée pour rendre tout compromis républicain impossible ? La “mobilisation victimaire”, la fascisation des adversaires et la conflictualité morale mises en avant par LFI, EELV, le PCF, le NPA ne sont-elles pas toxiques pour notre démocratie et le débat démocratique ?
Laure Salvaing : Il existe une stratégie claire de conflictualisation du débat politique. Une partie de la population considère que cette conflictualisation donne un exemple qui n’est pas nécessairement celui qu’il conviendrait de suivre.
Les comportements observés au sein de la sphère politique sont scrutés par les Français pour déterminer ce qui est acceptable ou non. La volonté de pousser la conflictualisation du débat politique jusqu’à faire vaciller le système peut constituer une stratégie performante. Il existe ainsi une forme de continuum entre la violence verbale, la violence à l’Assemblée nationale et, parfois, une violence dans la rue. C’est ce que l’on a malheureusement constaté avec le drame de Quentin.
Il est difficile de mesurer à quel point les Français perçoivent et décryptent la stratégie de certains partis politiques. Chaque parti a sa propre stratégie. Toutefois, une chose est certaine : cela ne favorise pas l’exemplarité que les Français appellent de leurs vœux, qu’il s’agisse des comportements, des attitudes ou même de la manière de vivre en société.
Aurélien Marq : Question importante. Il nous faut tenir deux pôles, qui rejoignent peu ou prou le célèbre paradoxe de Popper sur la tolérance. D’une part, la disqualification morale ou intellectuelle du désaccord rend impossible la démocratie, et plus largement le débat d’idées et même la pensée construite, puisque celle-ci suppose de « limer notre cervelle contre celle d’autrui », pour citer Montaigne, et de « penser contre soi ». D’autre part, il existe réellement des projets politiques avec lesquels aucun compromis n’est moralement tolérable : on ne négocie pas avec quelqu’un qui veut instaurer la charia, peu importe s’il compte y parvenir par la loi ou par les mœurs.
Nous l’évoquions déjà il y a quelques jours, le compromis démocratique (plutôt que « républicain ») repose notamment sur deux impératifs : la sanctuarisation de l’essentiel et la possibilité de changer collectivement d’avis. Or, nous constatons aujourd’hui que chacun est convaincu que ses adversaires menacent ce que lui-même juge essentiel (la « diversité », le climat, la stabilité économique, les retraites, la civilisation et l’art de vivre, etc) et que les conséquences de leurs projets lui apparaissent irréversibles, ou réversibles seulement au prix d’efforts colossaux. Chacun sent bien que la trajectoire actuelle ne laisse comme alternative que l’affaissement ou l’effondrement, pour reprendre une expression de Thibault de Montbrial, et redresser la barre ne se fera pas avec des mesurettes. Un tel contexte est naturellement propice aux crispations.
De plus, l’extrême-gauche, voire la gauche en général (je songe aux propos indécents de ceux qui se permettent implicitement voire explicitement de renvoyer dos-à-dos Quentin Deranque et ses meurtriers), a depuis longtemps coutume de coller à ses adversaires des étiquettes légitimant par avance la violence. L’extrême-centre, lui, adore traiter ses opposants de complotistes et les accuse en permanence de « fake-news » pour justifier de les censurer, mais ces qualificatifs ne posent pas les jalons d’une exécution physique, « seulement » sociale (ce qui est déjà une atteinte intolérable au pluralisme démocratique). La rhétorique d’extrême-gauche, elle, vise à rendre moralement acceptable la violence physique. C’est évidemment un prétexte : de plus en plus de gens le comprennent, « ils ne vous tuent pas parce que vous êtes fascistes, ils vous accusent d’être fascistes pour pouvoir vous tuer » – je ne sais pas qui a eu en premier l’idée de cette formule, elle est terriblement juste.
Très concrètement, on peut se demander ce que feront ensemble ou séparément la gauche, l’extrême-gauche et l’ultra-gauche en cas de victoire de la droite aux élections de 2027 : de la « désobéissance civile » aux agressions à la mode « antifa », en passant par la grêve générale, la paralysie législative par le biais des instances non-élues, ou les émeutes de type « Nahel » ? C’est une raison supplémentaire de ne rien leur céder : si on estime dangereux de leur refuser le pouvoir, alors il serait plus dangereux encore de le leur laisser ! Et si les Français portent à l’Elysée quelqu’un comme Jordan Bardella, Eric Zemmour, Sarah Knafo, Philippe de Villiers, Bruneau Retailleau ou David Lisnard, je ne doute pas que les forces de l’ordre sauront garantir le respect de la décision démocratique, et qu’autant que nécessaire la voie référendaire permettra de remettre résolument la République au service de la France.
Sur le temps long, la stratégie de conflictualisation des partis de gauche, notamment de La France insoumise, peut-elle l’emporter sur la durée, au regard du ciblage de l’électorat par l’extrême gauche ? La stratégie de LFI, EELV, du PCF, du NPA peut-elle réussir politiquement à imprégner davantage les esprits via une politique identitaire ?
Laure Salvaing : Il subsistera toujours une question d’incarnation : par qui ces valeurs et ces comportements sont-ils portés ? Aujourd’hui, dans l’opinion, l’image de Jean-Luc Mélenchon est très fragilisée. Il lui sera difficile de remonter dans l’opinion générale.
En revanche, si l’on envisage l’élection présidentielle de 2027, où le seuil d’accès au second tour pourrait être relativement bas, Jean-Luc Mélenchon pourrait tenter de mobiliser des populations qui ne votent pas habituellement, en les ciblant spécifiquement. Toute sa stratégie consiste à considérer que le seuil d’accès sera bas et qu’il pourrait ainsi atteindre le second tour.
La question se poserait alors de ce qu’il adviendrait entre les deux tours. Il est possible qu’il y accorde une importance relative si son objectif demeure de renverser le système, y compris par la mobilisation dans la rue, qu’il gagne ou non, et peut-être davantage encore en cas de défaite. Son raisonnement pourrait être le suivant : si le Rassemblement national remportait l’élection présidentielle de 2027, il miserait sur un mouvement de soulèvement populaire pour tenter de se hisser à la tête du pays.
D’un point de vue strictement sondagier, il paraît toutefois très difficile pour Jean-Luc Mélenchon de redorer son image ou de retrouver une forme de respectabilité. Dans notre baromètre de cote d’avenir, entre 11 et 12 % de la population souhaitent qu’il joue un rôle d’avenir en France. Il est difficile d’envisager une victoire présidentielle lorsque près de huit Français sur dix ne souhaitent pas vous voir occuper un rôle majeur à l’avenir.
N’existe-t-il pas des relais idéologiques des thématiques et du projet politique de LFI, des Verts, du NPA, de l’extrême gauche, au sein de certaines structures universitaires, dans l’appareil d’État ou dans certains médias ? Cela ne contribue-t-il pas à une diffusion d’idées ou de valeurs qui finissent par structurer l’électorat autour des valeurs de la gauche radicale ?
Laure Salvaing : Il est frappant de constater que les partis traditionnels, en particulier les partis de gouvernement, ont trop longtemps délaissé le travail idéologique et programmatique, dont ils étaient autrefois les dépositaires. Aujourd’hui, la production idéologique des partis apparaît relativement pauvre, voire quasi inexistante.
Ce sont alors des groupuscules plus radicaux, d’extrême gauche ou d’extrême droite, qui ont repris cette élaboration programmatique et parviennent, notamment à la faveur de drames comme celui de Quentin ou grâce aux réseaux sociaux, à faire entendre leur voix, alors même qu’ils ne sont pas majoritaires. La Jeune Garde regroupe quelques centaines de personnes tout au plus. Il s’agit véritablement d’un groupuscule. Pourtant, ces acteurs parviennent à se faire entendre, en particulier sur les réseaux sociaux. Ce nouveau rapport à l’information et à la communication modifie en partie les équilibres.
Les partis politiques traditionnels portent également une part de responsabilité, dans la mesure où ils ont affaibli leur propre démarche intellectuelle. Ce vide a été investi par des groupes plus radicaux, qui apparaissent comme des espaces où se développe une culture militante et idéologique.
Alors que de nombreux partis de gauche avaient fait la promesse d’un renouveau démocratique, avec des engagements en faveur de la participation citoyenne, n’assistons-nous pas à une forme de dégradation du débat démocratique ? La conflictualité ne conduit-elle pas à une disqualification morale de l’adversaire ? En qualifiant leurs opposants de traîtres ou de fascistes, n’existe-t-il pas un risque pour la démocratie ? Lorsque la règle du respect de l’adversaire et de sa légitimité est remise en cause, n’y a-t-il pas un danger de déstabilisation du fonctionnement démocratique ?
Laure Salvaing : Cette conflictualisation excessive est aussi un trait de notre époque. Cette dégradation n’est pas irréversible, car nos institutions demeurent solides et stables, garantissant le bon fonctionnement du système.
Cependant, ceux qui font le plus de bruit, même s’ils ne sont pas majoritaires, sont souvent ceux que l’on entend le plus et dont on parle davantage. À l’inverse, les responsables politiques plus mesurés, davantage tournés vers l’apaisement et la cohésion nationale, sont moins audibles.
Il s’agit d’une responsabilité collective, qui incombe non seulement aux partis politiques mais aussi aux médias, afin de donner également la parole à des voix plus nuancées. Comme l’évoquait le rédacteur en chef du « Monde des livres », Jean Birnbaum, dans son ouvrage « Le Courage de la nuance », il est parfois nécessaire d’avoir précisément ce courage de la nuance.
FRENCH POLITICS: FAR LEFT AND FAR RIGHT, WHERE ARE THE DIFFERENCES?
Le Figaro
Alexandre Devecchio : «Meurtre de Quentin Deranque à Lyon, pour en finir avec les fausses équivalences entre LFI et le RN»
LA BATAILLE DES IDÉES – Après la mort du jeune Quentin, certains observateurs et acteurs politiques tentent de renvoyer le RN et LFI dos à dos. Une analyse qui confine au déni de réalité.
Exercice théorique. Imaginons un étudiant lynché mortellement en marge d’un meeting d’un député RN à Sciences Po. Imaginons que le député en question ait des liens avérés avec le groupuscule impliqué dans ce meurtre… La condamnation du RN aurait été immédiatement unanime et toute relativisation des faits jugée indécente. Mais, en vérité, si l’on fait preuve d’honnêteté intellectuelle, un tel scénario n’avait aucune chance de se produire. D’abord parce que sont interdits de séjour à Sciences Po et à l’Université non seulement les représentants du RN mais aussi toute personnalité refusant la doxa d’extrême gauche : Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter ou Sylviane Agacinski, entre autres, en ont fait les frais.
Il est donc impensable qu’un député du camp national, au CV aussi sulfureux que celui de Rima Hassan, ait été accueilli en rock star dans une quelconque faculté. Ensuite, parce que sous la direction de Marine Le Pen, le RN n’a cessé de prendre ses distances, et même de condamner fermement les groupuscules extrémistes. Enfin parce que l’extrême droite révolutionnaire est, à juste titre, étroitement surveillée et, contrairement à l’extrême gauche, n’a jamais fait l’objet de la moindre complaisance.
Pourtant, Quentin Deranque n’était pas encore décédé que déjà nombre de médias et d’observateurs ont tenté de le renvoyer dos à dos avec ses agresseurs. Le jeune catholique aux convictions nationalistes était présenté en nervi fascisant pour mieux relativiser, et même, dans certains cas, justifier son meurtre. La palme de l’indignité revenant à France Info convoquant deux sociologues proches de l’extrême gauche pour instruire le procès de… l’extrême droite. Celle du ridicule à Sandrine Rousseau prétendant être menacée par l’OAS, organisation pro-Algérie française qui a cessé ses activités fin… 1962 ! Pour la gauche, cette inversion accusatoire a pour objectif d’entretenir un théâtre antifasciste qui lui a permis de diviser la droite et de se présenter comme le camp du bien.
Aucun parallèle entre le RN et LFI
Mais cette rhétorique est aussi entretenue de manière plus subtile par le centre de l’échiquier politique. Après avoir fait élire des députés insoumis pour faire barrage au RN aux dernières législatives, les macronistes se démarquent de LFI, mais sans pour autant renoncer à la diabolisation d’une partie de la droite. À leurs yeux, il y aurait une équivalence entre le parti de Marine Le Pen et celui de Jean-Luc Mélenchon. Ainsi de la classification officielle de LFI à l’ « extrême gauche ». Ainsi des propos de Yaël Braun-Pivet, qui appelle à élargir le barrage anti-RN à un front anti-extrême. On est tenté d’y voir une stratégie politique visant à apparaître comme la seule alternative possible. En tout cas, le parallèle entre le RN et LFI ne résiste pas à l’analyse.
Le RN s’inscrit dans un cadre pleinement démocratique et a rompu tout lien avec des groupuscules factieux ou violents. Il combat l’antisémitisme et sanctionne en son sein tous les éléments infréquentables. LFI a une relation trouble avec la violence, appelle à l’insurrection, flirte avec l’antisémitisme et fraye avec des extrémistes et des islamistes. Les insoumis sont dans une logique de déconstruction, voire de destruction de la société française, et entendent faire accoucher leur utopie révolutionnaire par tous les moyens. Le RN, au contraire, entend préserver un héritage social et culturel commun en utilisant la seule arme de la politique. On ne peut les renvoyer dos à dos, de même qu’on ne peut mettre un signe d’égalité entre un jeune nationaliste défendant ses idées pacifiquement et ses agresseurs usant de la terreur pour imposer leur idéologie.
DEMOGRAPHY
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Can Germany Reclaim Its Destiny Despite Its Demography?
A rapidly aging population puts the country—and therefore Europe—on a path toward a growth cliff.
THE FUTURE OF THE WELFARE STATE
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Zukunft des Sozialstaats: Faulheit, Bullshit, Klugscheißerei
Welcher Sozialstaat ist bezahlbar, wenn es bald weniger Arbeitskräfte gibt? Die Frage stellt sich immer akuter, weil der demographische Wandel beginnt. Sie wird aber von einer Sozialstaatsdebatte im Pöbelton verdrängt.
Pöbeln ist die neue politische Sprache, wenn es um die Zukunft des Sozialstaats geht. Zweifel an seiner Finanzierbarkeit nahm Bärbel Bas, Sozialministerin und SPD-Vorsitzende, als „Bullshit“ auf. Als „Klugscheißerinnen und Klugscheißer“ kanzelte Verdi-Chef Frank Werneke jene ab, die Einsparungen vorschlagen oder den Wechsel von Vollzeit- in Teilzeitarbeit erschweren wollen. Nicht fäkal, aber auch rabiat fiel kürzlich eine gemeinsame schriftliche Erklärung der Gewerkschaften aus: Sie warfen den Vertretern abweichender Sichtweisen – namentlich „der“ Union und „den“ Arbeitgebern – „Unverschämtheit“ und „Demokratiegefährdung“ vor.
Aber können Änderungen am Teilzeitrecht oder am Leistungskatalog der Krankenkassen die Demokratie gefährden? Und was tut dann ein Rentenpaket, wie das von der schwarz-roten Koalition beschlossene, da es den Sozialstaat mit 200 Milliarden Euro Mehrausgaben in den nächsten 15 Jahren belastet? Die Hitzigkeit des Reformstreits erreicht ein Niveau, das es mindestens seit der heißen Phase der Hartz-Reformen unter Kanzler Gerhard Schröder (SPD) nicht mehr gegeben hat.
Damals vor gut zwanzig Jahren marschierte Ex-SPD-Chef Oskar Lafontaine auf „Montagsdemonstrationen“ in Anlehnung an die friedliche Revolution in der DDR gegen die Regierung, zusammen mit Vorläufern der heutigen Linkspartei. Doch es gibt einen Unterschied: Schröder hatte da schon etliche einige einschneidende Gesetzespakete auf den Weg gebracht. Heute gibt es ein paar Arbeitgeberforderungen und einige nicht einmal in den Unionsparteien mehrheitsfähige politische Reformvorschläge, die verglichen mit damals zaghaft sind.
Weniger Arbeitskräfte, größerer Sozialstaat
In der Sache geht es heute um ähnliche Probleme: Die Wirtschaft lahmt, die Industrie ist im Wettbewerb geschwächt, auch durch Sozialabgaben in Rekordhöhe. Zugleich wachsen die Finanzlücken von Staats- und Sozialkassen, weil die Ausgaben den Einnahmen davonlaufen. Und es kommt die Demographie hinzu: Wie sollen weniger Arbeitskräfte künftig so viel erwirtschaften, dass der Sozialstaat mehr Ruheständler versorgen kann?
Schon bis 2040 sinkt die Zahl verfügbarer Arbeitskräfte um gut vier Millionen, wie die amtliche Vorausberechnung zeigt. Ein Anstieg der Geburtenrate und eine jährliche Nettozuwanderung von 250.000 Personen sind schon unterstellt. Unter skeptischeren Annahmen ergibt sich eine Lücke von 5,5 Millionen.
Eine Antwort darauf lautet: Es müssen mehr Menschen mehr arbeiten, damit genug Wertschöpfung entsteht, um den Sozialstaat unter diesen Umständen zu finanzieren. Und ganz ohne Dämpfen des Ausgabenanstiegs, sprich Einschränken von Leistungen, gehe die Rechnung wohl auch nicht auf. Das ist der Ansatz, den Kanzler Friedrich Merz (CDU) im vergangenen Jahr angekündigt hat und den nicht zuletzt Arbeitgeber- und Wirtschaftsverbände vertreten.
Mehr leisten, ohne mehr zu arbeiten
Die Gewerkschaften vertreten jedoch das Gegenteil. Ihr Rezept: Wer Löhne kräftig erhöht und Arbeitszeiten verkürzt, wird genug Arbeitskräfte finden. Zudem sollen die Unternehmen ihre Produktivität erhöhen, denn dann könnten auch weniger Menschen mehr leisten. Und gegen verbleibende Defizite gebe es ja neben höheren Staatsschulden noch weitere Geldquellen, die man ohnehin anzapfen müsse: höhere Steuern für Unternehmenserben und andere Reiche.
Auseinandersetzungen darüber, wie plausibel welche Rezepte sind, misslingen jedoch auf dem aktuellen Pöbelniveau. Trügt der Eindruck, dass es auf der linken Spielfeldseite (Stichwort: Fäkalsprache) besonders niedrig ist? Gewerkschafter und SPD-Politiker sehen darin nur eine Reaktion. Es seien ja Union und Arbeitgeber, die Arbeitnehmer und Sozialleistungsbezieher mit dem Vorwurf der „Faulheit“ überzögen.
Allerdings sind aktuelle Zitate relevanter Politiker oder Arbeitgeber mit dem Wort „Faulheit“ schwer zu finden. Einer der markantesten Politikersätze dazu lautet: „Es gibt kein Recht auf Faulheit“. Er stammt von SPD-Kanzler Schröder aus dem Jahr 2001. Und der damalige Oppositionsführer widersprach so: Doch, es gebe ein Recht auf Faulheit – allerdings „kein Recht auf die Finanzierung dieser Faulheit durch die Solidargemeinschaft“. Das war Friedrich Merz (CDU).
Wer wirft Arbeitnehmern Faulheit vor?
Aus jüngster Zeit sind etwa diese Sätze von Merz verbürgt: „Mit einer Vier-Tage-Woche und übertriebener Work-Life-Balance ist der Wohlstand nicht zu halten.“ Und zum Sozialstaat: „Wir können uns dieses System, das wir heute so haben, einfach nicht mehr leisten.“ Die Mittelstandsunion formulierte den (zurückgezogenen) Antrag für eine einschränkende Rechtsänderung unter dem Titel „Lifestyle-Teilzeit“. Und Steffen Kampeter, Hauptgeschäftsführer der Arbeitgeberbundesvereinigung BDA, eröffnete die Debatte schon 2023 mit diesem Ruf: „Wir brauchen mehr Bock auf Arbeit“.
Die Arbeitgeber legen jedoch Wert darauf, niemanden zu diffamieren. Fehler seien nicht bei den Menschen zu suchen, sondern in demotivierenden Regeln und Gesetzen. Ändern lasse sich das etwa mit „mehr Netto vom Brutto“. Und es könne auch „sinnvoll sein“, gesetzliche Teilzeitansprüche „zu modifizieren“. So hat Arbeitgeberpräsident Rainer Dulger dieser Tage seine Haltung erklärt. Und sich Verdrehungen verbeten: „Wer in diesem Zusammenhang vom Vorwurf der Faulheit spricht, banalisiert die Debatte und verkennt die Bedeutung für unseren Wohlstand und unseren Sozialstaat.“
Dass eine Änderung des Teilzeitrechts allein die Probleme löst, behaupten weder Mittelstandsunion noch Arbeitgeber. Ebenso gelte aber: „Allein mit einer Steigerung der Produktivität kann das nicht aufgefangen werden“, sagt Dulger. „Eine Steigerung des Arbeitsvolumens ist notwendig.“ Ein weiterer Ansatz dazu wäre es, auf längere Lebensarbeitszeiten hinzuwirken. Denn dann würde die Arbeitskräftebasis weniger schrumpfen und die Gruppe der Rentner langsamer wachsen.
DGB: Wirtschaftswachstum durch mehr Sozialstaat
Die Forderung, das Renteneintrittsalter mit der Lebenserwartung anzuheben, hat der Arbeitgeberpräsident trotzdem zumindest diesmal nicht bekräftigt. Vermutlich wollte er keine neuen Ausfälle provozieren, die von der Ausgangsfrage ablenken. Die Vorsitzende des Deutschen Gewerkschaftsbunds (DGB), Yasmin Fahimi, wehrt sich trotzdem in aller Schärfe gegen solche Ideen. So etwas sei „respektlos und schäbig“. Ohnehin sei es „eine völlige Illusion zu glauben, dass man durch Kahlschlag am Sozialstaat Wirtschaftswachstum generieren könnte“, begründete sie das gemeinsame Protestpapier der Gewerkschaften.
Tiefe Gräben öffnen sich aber nicht erst mit der Frage, was als „sozialer Kahlschlag“ zu werten sei; und ob das nicht auch für eine Minderung der Nettolöhne durch steigende Sozialabgaben gelte. Es misslingt schon eine Verständigung über Fakten wie etwa die Entwicklung der Sozialausgaben in der Vergangenheit. Laut amtlichen Daten summierten sich alle Sozialleistungen im Jahr 2024 auf 1345 Milliarden Euro oder 31,2 Prozent des Bruttoinlandsprodukts (BIP). Ihr Anteil am BIP war damit um 2,3 Prozentpunkte höher als 2015. Und bezogen auf das BIP von 2024 machen 2,3 Punkte einen realen Zuwachs von 111 Milliarden Euro aus. Nominal hat sich das Gesamtvolumen seit 2015 sogar um 450 Milliarden Euro erhöht.
Nicht einmal Konsens über amtliche Fakten
Der DGB stellt es in einem Erklärtext aber so dar: „Die absoluten Ausgaben stiegen zwar stark an, doch das BIP wuchs proportional mit.“ Also sei es eine „glatte Lüge“, wenn Merz sage, dass der heutige Sozialstaat volkswirtschaftlich nicht länger finanzierbar sei. Statistisch ist es freilich so, dass ein „proportionales“ Anwachsen von Ausgaben und BIP nicht zusammenpasst mit dem tatsächlichen Anstieg der Sozialleistungsquote. Das erklärt der Erklärtext aber nicht.
Allerdings wehrt sich der DGB ohnehin gegen die Ansicht, dass hohe Sozialausgaben die Wirtschaft belasten: „Ein starker Sozialstaat stärkt die Wirtschaft.“ Nur müsse man Wohlhabende wie etwa Unternehmenserben und andere Vermögende stärker zur Finanzierung heranziehen. Denn bisher komme vom Wohlstand zu wenig bei denen an, die aufs soziale Sicherungssystem angewiesen seien.
Die Regierung bestimmt den Kurs
Eine andere Verwirrung rankt sich indes um die geplante Lockerung des Arbeitszeitgesetzes: Union und SPD haben im Koalitionsvertrag vereinbart, anstelle der bisher gesetzlich geltenden Tageshöchstarbeitszeiten – in der Regel acht Stunden – nur noch wochenbezogene Grenzen vorzugeben, wie es EU-Recht fordert. Die Gewerkschaften bekämpfen auch dies heftig, nennen es „Angriff auf den Achtstundentag“. Die Arbeitgeber sind hingegen für eine Änderung.
Ausgerechnet diese Reform zielt aber nach deren Darstellung gerade nicht auf längere Arbeitszeiten. Denn das maximale Wochenpensum von 48 Stunden solle sich ja nicht ändern, ebenso wenig die ohnehin kürzeren Stundenzahlen in Tarif- und Arbeitsverträgen. Ziel dieser Reform sei nur eine „intelligentere und produktivere Verteilung von Arbeitszeit“, ohne sie zu verlängern, betont Dulger.
Diese Unterscheidung dürfte im hitzigen Streit aber noch schwerer zu vermitteln sein als die Botschaft, dass jeder Einzelne künftig mehr Stunden oder Jahre arbeiten müsse, um den Sozialstaat zu finanzieren. Sie ist jedenfalls so schwierig, dass Arbeitsministerin Bas noch nicht begonnen hat, nach dem Rentenpaket auch diesen Reformauftrag aus dem Koalitionsvertrag anzupacken.
Die als „Sozialpartner“ bekannten Konfliktparteien, Gewerkschaften und Arbeitgeber, haben in der Sozialstaatsdebatte allerdings einen Vorteil, der sie von politischen Parteien unterscheidet: Sie müssen sich nicht einigen. Sie brauchen nur den Rückhalt ihrer Mitglieder. Einen gemeinsamen Weg zu finden und sich vor den Wählern dafür zu verantworten, bleibt Sache der Regierung. Sie muss entscheiden, was ihr in deren Urteil größere Sorgen macht: „Kahlschlag-“ und „Klugscheißer“-Vorwürfe oder das Risiko, den Anstieg der Sozialstaatskosten bald nicht mehr vermitteln zu können.
US POLITICS AND ISRAEL
The Economist (Pay Wall)
Different ideas about faith are dividing Republicans over Israel
The Republicans’ internal fight could prove more toxic than the Democrats’
CYBER CRIME AND A.I.
The Wall Street Journal (Pay Wall)
AI Can Help Defend Against Cyberattacks
We need a network of secure defensive agents that can reason and react faster than any human.
https://www.wsj.com/opinion/ai-can-help-defend-against-cyberattacks-909c9663?mod=opinion_lead_pos5
EUROPE AND FREE SPEECH
The European Conservative
Macron Reveals True Colours—Calls Free Speech “Pure Bulls**t”
Commentators say “the mask is off” over efforts to regulate social media.
On his mission to enforce major restrictions on social media, Emmanuel Macron has finally admitted that he is unfazed by concerns about censorship.
Speaking in India on Wednesday, he dismissed the free speech defence of platforms as “pure bulls**t.” You can’t get much clearer than that.
The French president said “having no clue about how their algorithm is made, how it’s tested, trained and where it will guide you—the democratic consequences of this bias could be huge,” adding:
Some of them claim to be in favor of free speech—OK, we are in favor of free algorithms—totally transparent. Free speech is pure bulls**t if nobody knows how you are guided to this so-called free speech, especially when it is guided from one hate speech to another.
His comments come while French lawmakers mull banning social media for under-15s. The proposal is supported by Macron, who has called for an accelerated legislative process to have it introduced sooner
Conservative Malaysian commentator Ian Miles Cheong said the comment meant “Macron doesn’t believe in free speech unless he can control it. That would not make it very free would it?”
U.S. comedian Rob Schneider also described free speech as “ALL speech,” saying:
If the Government, and tyrants like French moron Macron, get to decide what ‘speech’ is allowed and not allowed, they will ALWAYS choose the ‘speech’ that supports government and silence the speech that questions government.
At least, said political commentator Mario Nawfal, “the masks are off.”
All this points to a likely clash between European governments seeking to clamp down on social media platforms, and Donald Trump’s administration, which has pushed back against what it calls the “global censorship-industrial complex.”
Clearly, figures around Brussels has not taken seriously U.S. Vice President JD Vance’s warning last year about Europe’s “enemy within.”
Neue Zürcher Zeitung
Ein Gericht sieht auf einem AfD-Plakat einen Hitlergruss. Ein Jurist hält dagegen
Der brandenburgische AfD-Politiker Wilko Möller ist verurteilt worden, da auf dessen Wahlplakat ein Hitlergruss zu sehen gewesen sein soll. Ein Rechtswissenschafter sagt: Ganz eindeutig ist die Sache nicht.
Manche Gesten brauchen keine grossen Erklärungen. Ein «Victory»-Zeichen zum Beispiel, geformt aus gespreiztem Zeige- und Mittelfinger, steht für einen Sieg. Auch ein Herz lässt sich einfach mit beiden Händen darstellen. Schwieriger wird es bei einem Dach, vor allem, wenn man es mit einer anderen Person zusammen formt. Denn dann müssen beide Personen einen Arm in die Höhe recken – und da beginnen die Probleme.
Über einen solchen Fall wird nun in Brandenburg diskutiert. Das Landgericht Frankfurt an der Oder hat den AfD-Landtagsabgeordneten Wilko Möller wegen seines Wahlplakats zu einer Geldstrafe von 11 600 Euro verurteilt. Die Begründung: Auf dem Foto sei ein Hitlergruss und damit ein Kennzeichen verfassungswidriger Organisationen zu sehen, teilte das Gericht mit.
Möller wurde auf Ähnlichkeit mit Hitlergruss offenbar hingewiesen
Die Sache ist aber nicht so eindeutig, wie es der Gerichtsspruch vermuten liesse. Auf dem Plakat sind ein Mann und eine Frau zu sehen, die jeweils einen Arm in die Höhe strecken und damit ein Dach über ihren drei kleinen, blonden Kindern formen. Das Plakat, mit dem Möller 2024 in den Landtagswahlkampf gezogen war, wirbt mit dem Slogan «Wir schützen eure Kinder». Ein ähnliches Wahlplakat gibt es auch von der CDU, auch hier formen ein Mann und eine Frau mit ihren Armen ein Dach über Kindern. Auch hier hat der Mann seine rechte Hand erhoben.
Das Gericht stellt vor allem auf den Entstehungsprozess des Plakates ab. Laut Medienberichten sagte Möller während des Verfahrens, dass der Werbegrafiker aus einer Datenbank ein Foto ausgewählt haben soll, auf dem ein Elternpaar zu sehen gewesen sei. Auf diesem Originalfoto hält der Mann aber nicht die rechte Hand hoch, sondern die linke.
Für das Wahlplakat soll der Werbegrafiker das Foto dann gespiegelt haben, so dass der Mann nun den rechten Arm hob. Laut der Anklage erkannte der Grafiker daraufhin die Ähnlichkeit mit einem Hitlergruss. Möller soll das Plakat trotzdem gebilligt haben.
Die Staatsanwaltschaft hatte gefordert, auch den Werbegrafiker zu verurteilen – wegen der Anstiftung zum Verwenden von Kennzeichen verfassungswidriger Organisationen. Das Gericht folgte dieser Argumentation jedoch nicht. Der Grafiker wurde freigesprochen.
Rechtswissenschafter: Provokationen sind schon pubertär
Damit rückt die Frage ins Zentrum, wie die Verurteilung Wilko Möllers zu bewerten ist. Volker Boehme-Nessler, Professor für Öffentliches Recht sowie für Medien- und Telekommunikationsrecht an der Carl-von-Ossietzky-Universität Oldenburg, gibt der NZZ zu verstehen, dass er sie für fragwürdig hält.
In diesem Fall müssten zwei Dinge gegeneinander abgewogen werden, sagt er: die Meinungsfreiheit gegen die Verwendung von Kennzeichen verfassungswidriger und terroristischer Organisationen, deren Verbot durch den Paragrafen 86a des Strafgesetzbuches geregelt sei. Geht es nach Boehme-Nessler, dann sollte in dieser Angelegenheit folgendes Prinzip gelten: Weil die Meinungsfreiheit in einer Demokratie ein so hohes Gut sei, sollte man besonders vorsichtig sein, wenn andere Kräfte fordern, sie einzuschränken. Das bedeutet in der Konsequenz: Nicht jede Kleinigkeit erfüllt den Straftatbestand.
Die Frage, ob der Mann auf dem Wahlplakat von Wilko Möller tatsächlich einen Hitlergruss zeigt, ist laut Boehme-Nessler nicht zweifelsfrei festzustellen. Zwei weitere Elemente deuteten darauf hin: das kurz geschnittene Haar etwa, das früher die Jungen der Hitler-Jugend trugen, oder auch das kurzärmelige Hemd des Mannes. Entlastend liesse sich sagen, dass der Arm offensichtlich Teil eines symbolischen Daches sei. Doch ohne weitere Gutachten, etwa von einem Historiker oder einem Kunsthistoriker, sei die Frage, ob es sich bei der Geste um einen Hitlergruss handle oder nicht, kaum zu beantworten.
Eine andere Sache ist der kommunikative Stil, der sich in diesem Plakat ausdrückt. Für Boehme-Nessler ist die Geste «ganz klar ein provokatives Element». Und in der politischen Debatte, die ja eigentlich ernsthafte Anliegen verhandeln sollte, sei das schon pubertär. Die Frage ist allerdings, ob Gerichte auf so etwas reagieren und damit der AfD die Gelegenheit geben sollten, sich als eine vom Staat verfolgte Partei und damit als Märtyrer zu inszenieren.
«In einer liberalen Demokratie begegnen wir Provokationen nicht mit Verboten, sondern mit Argumenten und Diskussionen», sagt Boehme-Nessler. Ist ein ausgestreckter Arm ein Hitlergruss oder Teil eines Daches? Das ist in dieser Angelegenheit nicht eindeutig festzustellen.
THE HISTORY OF SLAVERY
L’Express, Book Review
Religions, capitalisme… Un ouvrage rétablit des vérités historiques sur l’esclavage
Idées. Avec “Les fers et le fouet”, Vincent Hugeux signe une remarquable histoire “raisonnée” d’un sujet propice aux outrances comme au relativisme.
Les fers et le fouet , par Vincent Hugeux. Perrin, 320 p., 22 €.
Colbert et le Code noir, attaques contre Victor Schoelcher, statues déboulonnées, question des réparations… Ces dernières années, peu de sujets ont suscité autant de passions et outrances que l’esclavage. Avec Les fers et le fouet, Vincent Hugeux signe un essai remarquable qui se veut une “histoire raisonnée”, entre les excès militants d’un côté et le relativisme de l’autre. Ancienne plume de L’Express, ce spécialiste de l’Afrique s’est basé sur les travaux historiques les plus fiables pour aborder les controverses qui agitent régulièrement le débat public.
Commençons par des chiffres pour saisir l’ampleur de l’horreur : 12 à 13 millions d’Africains ont été déportés dans le cadre de la traite transatlantique en moins de quatre siècles, tandis que l’esclavage arabo-musulman a pu faire jusqu’à 17 millions de victimes, mais sur une période bien plus longue.
Vincent Hugeux souligne que l’esclavage existe depuis le Néolithique. A Athènes au IVe siècle avant notre ère, la moitié de la population était sans doute réduite à la servilité. Le racisme ne fut pas la cause originelle de l’esclavage, longtemps bien plus alimenté par des conquêtes territoriales ou des divergences religieuses que par des différences de pigmentation. C’est plutôt la traite atlantique qui a favorisé l’essor des thèses racialistes.
L’ambiguïté des monothéismes
Le livre évoque finement les ambiguïtés des religions. Paul de Tarse recommande aux esclaves “d’être soumis à leurs maîtres”. L’Église ne conteste pas la pratique, détenant elle-même une main-d’oeuvre servile. Au XIIIe siècle, Thomas d’Aquin codifie l’esclavage légitime dans les sociétés chrétiennes. Mais plus tard, des religieux jouent un rôle clé dans le mouvement abolitionniste, à l’image des quakers qui poussent à la création d’une Société pour l’abolition de la traite des esclaves en 1787.
Mêmes ambivalences du côté de l’islam. Le Coran encourage l’émancipation des esclaves, mais considère la pratique comme relevant de l’ordre naturel. Les pays musulmans ont été parmi les derniers à abolir l’esclavage, avec en triste lanterne rouge la Mauritanie qui a attendu 1981 pour y mettre, théoriquement, un terme. Vincent Hugeux débunke le mythe antisémite, repris par Dieudonné, présentant les juifs en grands profiteurs de la traite. L’historien David Brion Davis a recensé 120 juifs parmi les 45 0000 propriétaires de plus de 20 esclaves dans le sud des Etats-Unis en 1830, tandis que les familles juives furent rares dans les dynasties négrières européennes.
Un capitalisme esclavagiste?
L’ouvrage répond également à une supposée occultation du rôle de souverains et de populations africaines dans la capture d’esclaves, à l’image du magazine Valeurs actuelles condamné pour avoir dépeint, de manière odieuse, la député LFI Danièle Obono en victime d’un rapt, expérimentant “la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage”. L’ironie étant que dès la fin du XVIIIe siècle, Thomas Malthus avait évoqué ce sujet “tabou”. Des dirigeants ont d’ailleurs présenté des excuses officielles pour l’implication d’Africains, comme le président béninois Mathieu Kérékou en 2000 ou le Ghanéen John Kufuor en 2007.
Autre cliché battu en brèche : la prospérité de l’Europe capitaliste proviendrait directement du travail servile dans le Nouveau Monde. Déjà, en 1776, Adam Smith avait expliqué qu’une main-d’oeuvre contrainte par la force était moins rentable que le salariat. Le Portugal et l’Espagne ont utilisé bien plus d’esclaves que le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, sans connaître la même révolution économique. Rappelons aussi que le planteur Henry Hammond, fervent sécessionniste, est passé à la postérité pour sa formule “le coton est roi”, pensant en 1858 que le modèle esclavagiste du Sud des Etats-Unis permettrait de triompher du Nord industriel. On connaît la suite…
Cette histoire n’a hélas pas de conclusion définitive. Sans même parler de l’esclavage dit “moderne”, la pratique ressurgit régulièrement, comme en attestent le traitement des femmes yézidies par Daech ou les images d’un marché aux esclaves en Libye. Aussi vieux que l’humanité sédentaire, le fléau n’a jamais été éradiqué.
CULTURE: MOVIES
The New York Times
At a Festival Stirred by Controversy, the Politics Are Onscreen, Too
Some directors and stars at the Berlin Film Festival rejected a political view of cinema. But the movies there suggest that politics is broader than just activism.
When “Yellow Letters,” Ilker Catak’s domestic drama about political repression in Turkey, premiered at the beginning of this year’s Berlin International Film Festival, it reflected the mood of what was already shaping up to be another controversial edition of the German event.
The film is about two esteemed artists — a stage director and an actress — whose marriage comes apart after they are ousted from their positions at a public university and national theater for speaking out against the Turkish government. Although the film is set in Turkey, it was shot entirely in Germany, where Catak, who directed the Oscar-nominated “The Teacher’s Lounge,” lives and works. “Yellow Letters” foregrounds this with bold-faced title cards that announce the film’s location changes. “Berlin for Ankara,” “Hamburg for Istanbul,” they read, suggesting that politics can weigh on artists’ freedom in Western democracies, too.
That is one of the issues that some filmmakers and journalists wanted to call attention to as the festival, also known as the Berlinale, came under scrutiny for comments made by some of its guests rejecting the role of politics in film.
It all began last Thursday when the jury president, Wim Wenders, declared, “We have to stay out of politics,” when asked about the festival’s position on the war in Gaza, stoking outrage that seemed to encourage a similar line of questioning at news conferences throughout the week. Wenders’s comments ultimately fed into the perception that Berlinale organizers are beholden to the German government — the event’s main funder — and therefore condone its position that conflates criticizing the Israeli military with anti-Jewish sentiment.
A boycott by pro-Palestinian groups of the festival and other state-funded institutions, which began in 2024, was revitalized as a result, and on Tuesday an open letter signed by prominent stars and filmmakers accused the festival of “censoring” artists. (Tricia Tuttle, the festival’s director, told The New York Times on Thursday that accusations of censorship were untrue.)
“This place, they are not so welcoming to Palestinians,” Abdallah Alkhatib, the Syrian-Palestinian filmmaker behind the wartime drama “Chronicles From the Siege,” said in a video interview with Middle East Eye. “So my task as a Palestinian filmmaker is to be exactly in this place,” he added.
The film, inspired by Alkhatib’s experience living in a Syrian refugee camp, weaves together stories of people living in war zones, and although it avoids mention of any one place as a means of universalizing this struggle, it inevitably evokes the Palestinian plight with dizzying urgency and formal originality.
The platforming of films like “Yellow Letters” and “Chronicles from the Siege” — as well as panel discussions and a talk by to the Palestinian “Succession”actress Hiam Abbass — tell us that, at the very least, Berlinale organizers want to express their independence from the German government through the festival’s programming. For some, however, the festival’s silence on Gaza remains a disturbing exception given the public statements it has issued in the past expressing solidarity with Ukraine and protesters in Iran.
For better or worse, this tension oriented my Berlinale experience and my thinking about the relationship between politics and film. When Wenders — and, in later news conferences, Neil Patrick Harris and Ethan Hawke — spoke about cinema being detached from political imperatives, they may have been referring to the ideals of artistic freedom. Yet their statements also sounded weirdly myopic, as if artists lived in a vacuum and “politics” were strictly activism and not the dynamics of power that course through every one of our lives.
Take one of the finest films at the festival, Nicolás Pereda’s “Everything Else is Noise,” which is, at face value, a wry chamber piece set in Mexico City about a mother and daughter, both musicians and composers, who tease and intimidate the men who pass through their apartment.
With deadpan delivery and improvisational lightness, the two women (Teresita Sánchez and Luisa Pardo) put on an impish performance when a television director and his cameraman show up wanting to shoot an interview about women in the rarefied field of classical music. All the while, the lights go on and off (there’s an electricity issue in the building) and the awkward silences are filled with sounds from outside, complementing the women’s gleeful disruption of the men’s established ideas about the arts and the sexism that pervades that world.
Elsewhere, in the festival’s experimental Forum section, I was taken by Pascale Bodet’s documentary “A Lot Talk,” an absurdist comedy of manners about the precarity of becoming a European resident and the unease (and sometimes beauty) of miscommunication. By spending time with Bodet’s Egyptian friend, Amre, who doesn’t speak French, we’re connected to his humanity, which contrasts sharply with the Kafkaesque French bureaucracy he must contend with.
In the competition, Sandra Hüller is riveting in Markus Schleinzer’s “Rose,” a taut black-and-white period drama in which the German actress plays a 17th-century woman who successfully convinces the villagers of a Protestant community that she is a man — and entitled to a wife and farm.
Juliette Binoche and Tom Courtenay, in Lance Hammer’s provocative and impressively calibrated second feature “Queen at Sea,” deliver performances of remarkable anguish and vulnerability. Elegantly composed, this somber melodrama flecked with moments of humor and possibility illuminates the ethical turmoil of those caring for loved ones with dementia.
Likewise, the dynamics of death and loss inform two titles from the audience-friendly Panorama section that stand out for their detailed senses of place and their throbbing life forces: André Novais Oliveira’s Afrofuturist drama, “If I Were Alive,” which is set in southeastern Brazil, and Kelly O’Sullivan and Alex Thompson’s teen weepie “Mouse,” which unfolds in Little Rock, Ark.
This year, Perspectives, a new section launched in 2025 dedicated to feature film debuts, hit its stride, offering up a medley of inventive works from Argentina (“The River Train”), the Philippines (“Filipiñana”) and China (“Light Pillar”) — not to mention “Chronicles From the Siege.”
The Berlinale has historically positioned itself as the most political of all the major film festivals, which adds to the frustration and confusion around the talk of being “apolitical” today — although, paradoxically, this heated atmosphere also made it feel like the most politically charged film event I’ve attended in years, for reasons that perhaps align with Alkhatib’s comments about difference and responsibility.
In any case, the film that lingers in my mind over all the others I watched these past 10 days embodies the many radical, unconventional forms that political statements can take in film. Alain Gomis’s competition movie, “Dao,” a 185-minute hybrid-documentary epic, uses music and dance to immerse us in Gomis’s deeply personal experience of the Black diaspora.
The film weaves together scenes from a patriarch’s funeral in Guinea-Bissau and a wedding in the South of France. Both events are fictionalized versions of family ceremonies that Gomis attended in real life, and many of the cast members (including one of the protagonists, played by Katy Correa with soulful intensity) are also his relatives.
On one level, “Dao” plays like one long, exuberantly loud party. West African funeral rituals are more about collective unity and the celebration of life than mere solemn remembrance, which explains how effortlessly the film’s two threads come together. Gomis, who is French-Senegalese, considers the evolution — if not erosion — of his family’s native culture by the changes wrought by future generations living in the West.
This transformation can also be life-affirming, joyous — and joy, too, can be a political act.
https://www.nytimes.com/2026/02/20/movies/berlin-film-festival-berlinale.html
CULTURE: LITERATURE
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Villa der entstellten Soldaten: Die Hauptfigur in Norbert Gstreins Buch ist ein vom Krieg Verschonter, aber doch vom Krieg Versehrter
Überall auf der Welt Krieg. Täter, die sich zu Opfern erklären. Unschuldige, die in einer rasenden Rhetorik der Eskalation zu Schuldigen erklärt werden. All das steckt in dem grossartig konstruierten Roman «Im ersten Licht» von Norbert Gstrein.
Norbert Gstrein: Im ersten Licht. Roman. Hanser-Verlag, München 2026. 416 S., Fr. 39.90.
Dass man den Menschen an seinem Gesicht erkennt, ist eine der grundlegendsten und zugleich folgenreichsten sozialen Erfahrungen. Wer sich verbergen will, sucht das Dunkel oder trägt eine Maske. Man kann metaphorisch sein Gesicht verlieren. Das bedeutet zumindest einen Augenblick moralischen Bankrotts. Um das menschliche Gesicht geht es gleich am Anfang von Norbert Gstreins neuem Roman «Im ersten Licht».
Schauplatz ist eine Villa inmitten einer von Bergen geprägten österreichischen Seenlandschaft, «1920 das Jahr», wie Gstrein schreibt. In das herrschaftliche Anwesen von Baron und Baronesse Eller wurden ehemalige Soldaten des Ersten Weltkriegs einquartiert, denen man das Trauma des Kampfes auf den ersten Blick ansieht.
Der Roman der Stunde?
Ihre Gesichter sind zerschossen oder vom Giftgas versengt. Narben überziehen die Reste früherer physiognomischer Identität. Die löchrigen Schädel sind mit glänzenden Metallplatten versiegelt. Wer diese jungen Männer einmal waren, ist nicht mehr zu erkennen. Auch Ernest, der Sohn der Villenbesitzer, befindet sich wohl im Haus. Wegen seines Aussehens wurde er aus der Öffentlichkeit verräumt. Offiziell heisst es, er sei bei Kämpfen der kaiserlich österreichischen Armee bei Belgrad gefallen.
«Im ersten Licht» ist ein typischer Gstrein. Nicht zum ersten Mal wird ein grosses politisches Thema wie der Krieg zum Spiegel menschlich-philosophischer Widersprüche. Aus der Frage nach Schuld und Täterschaft entwickelt sich ein Suspense in der Art von Kriminalromanen. Und es bleibt ein aktualitätstauglicher Teil, bei dem man sich diesmal fragen könnte: Ist das der Roman der Stunde?
Überall auf der Welt Krieg. Täter, die sich zu Opfern erklären. Unschuldige, die in einer rasenden Rhetorik der Eskalation zu Schuldigen erklärt werden. Ohne Zweifel steckt das alles in diesem grossartig konstruierten Uhrwerk eines Buches, dem es nicht allein darum geht, der Gegenwart zu sagen, wie viel es geschlagen hat.
Ein Trick des Romans von Norbert Gstrein ist, dass er eine eigentliche Nebenfigur, einen Zaungast der politischen Geschichte, zur Hauptfigur macht. Adrian Reiter heisst der Mann. «Reiter, und nicht viel geritten in seinem Leben», heisst es kalauernd. Bei wachsender Gefahr, dass der Sohn in die Armee einberufen würde, hat der Vater mit der Axt einen gezielten Hieb auf dessen Bein gesetzt. Die Folge: untauglich für den soldatischen Dienst. Ein vom Krieg Verschonter, aber doch vom Krieg Versehrter. Bis ans Ende durchs Leben hinkend.
Adrian, Jahrgang 1901, arbeitet in einem Hotel ganz nah an der Villa, in die 1920 die entstellten Soldaten seiner Alterskohorte einziehen. Ernest Eller ist ihm aus früheren Jugendzeiten bekannt. Damals sah man den Baronessensohn vor der prächtigen Landschaftskulisse mit Tennisschläger und aristokratischer Sorglosigkeit einer Zukunft entgegenschweben, die wie ewige Sommerfrische war. Das Jahr 1914 hat ein Loch in die Lebensgeschichten gerissen.
Opfer und Mörder zugleich
Der Krieg mischt die Karten neu, und Norbert Gstrein ist bei seinem grossen Thema, das in die Lebenswirklichkeit genauso ausstrahlt wie in die Literatur: Was überhaupt ist eine Biografie? Wer kann eine Vita authentisch beglaubigen? Auf dramatische Art virulent werden diese Fragen, wenn es um Kriegszeiten geht. In seinem Roman «Die englischen Jahre» hat Gstrein 1999 das System biografischer Täuschungen durchleuchtet. Er hat die Figur Gabriel Hirschfelder, einen jüdischen Schriftsteller aus Wien, erfunden, der in seiner Identität kaum dingfest zu machen war. War er Opfer oder vielleicht sogar Mörder? Hat sich im englischen Exil ein anderer für ihn ausgegeben?
Um Ähnliches geht es auch im neuen Roman «Im ersten Licht». Ernest Eller verbrennt sich aus Verzweiflung in der Villa der Eltern. Auf seinem Grab erinnert ein schlichtes Holzkreuz mit der Aufschrift «Lemberg» an ihn und im weiteren Leben eine Tochter namens Ernestine. Die hat er wohl noch mit seiner früheren Freundin Ildiko gezeugt, ohne dass sie um die Identität des jungen Mannes mit dem Narbengesicht wusste. Ildiko heiratet nach dem Tod von Ernest dessen Bruder Herbert.
Bei Norbert Gstrein sind Täuschung und Tausch immer eins, und so wird ausgerechnet der kriegsuntaugliche Adrian Reiter zum Experten für alles Kriegerische. Seine nostalgische Verklärung des österreichischen Heeres wird zur Obsession. Als er später, «1935 das Jahr», Gymnasiallehrer für Englisch und Geschichte in Salzburg ist, zieht er jenen Schüler mit seinem Gerede magisch an, dem Norbert Gstrein den zweiten Teil seines Romans widmet: Martin Baumgartner.
Der Reiter ohne Pferd hat einen Adepten gefunden, der sich in einem Jugendirrsinn zur Kavallerie der deutschen Wehrmacht wünscht, im wirklichen Krieg dann aber bei viel schwereren Geschützen der Schuld landet. Im Osten, «irgendwo zwischen Lemberg und Stanislau», wo es «Erschiessungen» gegeben haben soll. Baumgartner wird zur Nemesis von Reiter.
Er besucht ihn bei seinen Fronturlauben und schleicht sich mit seiner nüchternen Brutalität in ein Leben, das aus Wegschauen besteht. Hinhören muss Reiter, als Baronin Eller ihm erklärt, dass mit den «Erschiessungen» nur die planmässigen Ermordungen von Juden in der Ukraine gemeint sein könnten. Zwei mit den Ellers befreundete jüdische Familien sind bereits in Konzentrationslager deportiert.
Wahrheit bietet keinen Ausgang
Adrian Reiter ist ein Chamäleon der Zeiten. Er nimmt ihre Farben an, ohne es zu bemerken, aber das macht diese Figur umso schillernder. Mit seinem Vater, einem alten sozialdemokratischen Postbeamten, überwirft er sich. Seine Frau, ebenfalls Lehrerin, verlässt ihn wegen seiner stumpfsinnigen Gleichgültigkeit gegenüber den Untaten Baumgartners. Später, «1961 das Jahr», wird sich der geschichtsvergessene Geschichtslehrer noch einmal an eine neue Umgebung anpassen.
Als Tourist streift er durch die südenglische Landschaft der Downs. Dort lernt er Vivian kennen und hört von ihrem Trauma. Ihr Halbbruder ist im Ersten Weltkrieg bei Ypern als englischer Deserteur erschossen worden, aber es gibt einen britischen Hobbyhistoriker, der an einem Buch arbeitet und die Geschichte noch einmal aufrollen will. Vielleicht ist dieser Bruder Teddy gar nicht tot?
Das Werk von Norbert Gstrein kennt keine geradlinigen Biografien. Es baut Labyrinthe aus Wänden, die sich stets aufs Neue verschieben. Die Wahrheit ist schon deshalb kein Ausgang, weil es sie in ihrer unverfälschten Form gar nicht gibt. Dass der österreichische Schriftsteller ein Künstler der subtilen Pointen ist, wird vollends im letzten Teil von «Im ersten Licht» klar. Er heisst schlicht «Der Autor» und ist unter «1988 das Jahr» verbucht.
Kurt Waldheim, der seine nationalsozialistische Vergangenheit bei der SA verschwiegen hat, von den sogenannten «Spezialaufgaben» seiner Einheit in Griechenland, mutmasslich Judendeportationen, nichts gewusst haben will, ist österreichischer Bundespräsident. Ein Baumgartner, wie er im Geschichtsbuch steht. Adrian Reiter ist in Salzburg zufällig bei einer Lesung, wo ein junger Autor aus seinem Debüt vorträgt. Es kommt zu Tumulten, als eine Zuhörerin vergeblich vom Schriftsteller verlangt, sich zur Affäre Waldheim zu äussern. Adrian Reiter beschliesst, dem literarischen Newcomer seine Lebensgeschichte zu erzählen. Zu einem Treffen kommt es jedoch nie.
Das Buch des Debütanten heisst «Die anderen», Norbert Gstreins Erstling hiess «Einer». Erschienen ist er 1988. Der Mensch ist einer und zugleich viele andere. Das ist sein labyrinthisches Verhängnis.
February 20, 2026 – SUMMARY
PUTIN’S WAR
The Economist (Pay Wall)
Conflict in Ukraine : Vladimir Putin is caught in a vice of his own making
Russia’s president cannot win the war, but fears peace
YOU WOULD have thought that, after four bloody years, a war which neither side can win would have burnt itself out. But not the war in Ukraine. And the blame lies with one man.
Vladimir Putin is caught in a vice of his own making. The chances are waning that his armies in Ukraine will produce something he can call victory. Many people expect peace talks, continuing in Geneva this week, to give him a way out because President Donald Trump will force Ukraine to cede territory. In fact, that escape route is becoming less likely. And even if a peace deal were concluded, the aftershocks inside Russia would risk economic and political instability, wrecking Mr Putin’s plans of being ranked among history’s greatest tsars.
The first problem for Russia’s president is the battlefield. In the Great Patriotic War, from June 1941 to May 1945, the Red Army advanced 1,600km from Moscow to Berlin. In this longer war, Russian forces in Donetsk, the main focus, have advanced just 60km—the distance from Washington to Baltimore.
Russia has been unable to generate enough combat strength to break through Ukrainian lines. In the 10-30km “kill zone” around the front line, vulnerable to drones and their all-seeing operators, soldiers and equipment cannot mass without becoming targets. Even if Russian forces breach Ukrainian lines they struggle to exploit their success.
On today’s trajectory Mr Putin will not be able to change this. In the first three years, Russia was building up its army. By the end of last year, it was losing more men than it could recruit. They are poorly trained, morale is low and desertion rates are higher than ever. Starlink has cut off Russian forces from the smuggled terminals on which they depended for targeting. Their own government has cut off Telegram, which they used to communicate on the front lines.
Mr Putin will struggle to increase the number and quality of recruits. Russia relies on money, not patriotism, to enlist soldiers. The probability of death or injury, the neglect of veterans and the state’s attempt to wriggle out of paying “coffin money” to the families of fallen soldiers are all raising the cost of recruitment. Since June 2025, according to Re: Russia, a think-tank, the average sign-on bonus has increased by 0.5m roubles, to 2.43m roubles ($32,000). Money is getting harder to find. The 5.1trn-rouble-a-year bill for all this is equivalent to 90% of the federal budget deficit. The rest of the economy is shrinking. Debt payments are increasing. The outlook for oil revenues is poor.
Russia’s war effort is not about to collapse. Mr Putin can strike Ukrainian cities and power grids to destroy morale and the economy. But aerial attacks alone are unlikely to lead to capitulation. He may believe that Europe will desert Ukraine, but European support increased last year. His greatest hope may be that Ukraine, suffering grave manpower and equipment shortages of its own, will undergo a political crisis or begin to run out of fighters and weapons before Russia does. Yet Mr Putin’s bet on a Ukrainian collapse has been a losing one for the past four years—and the odds are lengthening.
Why then does he not agree to peace? If Mr Putin could bank Russia’s gains and regroup, he could always attack Ukraine again at some point in the future.
In fact, any peace plan is unlikely to satisfy Russia. The talks have a Potemkin quality, illustrated by the preposterous promise of a $12trn peace dividend, much of it to be shared between Russia and America. They are also unlikely to give Mr Putin the territory he has been unable to take by force and which he wants in order to declare victory.
For Ukraine to surrender its best-defended ground would be a strategic disaster. And although Mr Trump still has leverage, his ability to bounce Volodymyr Zelensky, Ukraine’s president, into a bad deal has passed its peak. True, America still sells vital weapons to Europe, which passes them to Ukraine. But Ukraine is now less dependent on American intelligence than it was, and America has reduced its financing of the war by 99%. If, as seems likely, any peace deal involves American security guarantees to Ukraine that are enshrined in a treaty, the Senate will have to ratify it. That will also help protect against a one-sided settlement.
Another reason for Mr Putin to be cautious about a deal is that peace itself could trigger a crisis in Russia. As our guest column explains, Russia has diverted so many resources to defence, which now accounts for 8% of GDP, that the rest of the economy is ailing. The regime’s lawlessness and the prospect of renewed hostilities will deter new investors. The challenge of redeploying resources from warmaking to peace, including finding work for soldiers returning from the front, could induce a deep recession.
The politics would be ugly, too. Disgruntled veterans destabilise regimes, especially in Russia, as before the revolution in 1917 and after its war in Afghanistan in the 1980s. Polls suggest that Russians would initially welcome the end of the fighting. But questions would surely follow: over the bungled campaign, the squandering of lives and treasure, and Russia’s humiliating dependence on China for financial and military support in the name of saving its own civilisation. That might limit Mr Putin’s ability to restart the war. It could even pose a threat to his power.
Mr Putin cannot give up the war, but the cost of carrying it on is rising. If his attempts to generate more combat strength only hollow out Russia further, that could lead to a crisis. If it doesn’t, Ukraine and Russia will be trapped in conflict. Can anything be done to end it? Pursuing Russia’s shadow fleet and activating a Senate plan to punish buyers of its oil could limit export revenues. Countering Mr Putin’s propaganda that America and Europe are bent on destroying Russia would help. So would correcting his claims of an inevitable Russian victory: no one, least of all Mr Trump, likes to back a loser.
It is hard to force a dictator to act. Ultimately, Mr Putin’s readiness to carry on fighting depends on the pain he is willing to inflict. But the more pain there is, the clearer it will be to Russians that he is bringing ruin upon them.
https://www.economist.com/leaders/2026/02/19/vladimir-putin-is-caught-in-a-vice-of-his-own-making
L’Express, Interview
“Face à Donald Trump, Vladimir Poutine est loin de sabrer le champagne” : le constat choc d’Hanna Notte
Idées. Pour cette experte de la politique étrangère russe, le maître du Kremlin est loin de tirer profit de la nouvelle administration américaine. Au point que, si 2025 n’a pas été l’année espérée pour la Russie, la suivante pourrait être encore pire.
Aurait-on surestimé la “bromance” actuelle entre le président américain et le maître du Kremlin? Dans un récent essai publié dans Foreign Affairs, la politologue Hanna Notte et le spécialiste des relations russo-américaines, Michael Kimmage, invitent en effet à gratter le vernis soigneusement entretenu par les deux dirigeants.
A L’Express, Hanna Notte, directrice du programme de non-prolifération Eurasie au James Martin Center for Nonproliferation Studies, explique en quoi Vladimir Poutine serait en réalité bien loin de profiter de la nouvelle administration Trump comme espéré. Ce dernier n’hésite pas à imposer de nouvelles sanctions à certaines compagnies pétrolières russes, ni à recourir à la force contre les partenaires de la Russie… De quoi pousser Moscou à se reposer sur la “bouée de sauvetage” chinoise, au risque de renforcer, dans le même temps, la nature asymétrique de sa relation avec Pékin. Ce, alors même qu’indirectement, les prises de position de Donald Trump poussent l’Europe à se réarmer… Entretien.
L’Express : Lorsque Donald Trump a été réélu en 2024, de nombreux commentateurs ont prédit que la nouvelle administration serait favorable à Moscou… Vous affirmez pourtant que cela n’a pas été le cas. Pourquoi?
Hanna Notte :Moscou pensait en effet que la nouvelle administration américaine serait plus indulgente à son égard que la précédente et moins encline à aider l’Ukraine. De plus, le Kremlin comptait beaucoup sur la normalisation de ses relations avec les Etats-Unis, y compris sur le plan économique. En d’autres termes, avec le retour au pouvoir de Donald Trump, Vladimir Poutine espérait que la question ukrainienne passerait au second plan dans l’agenda américain, lui permettant de faire des affaires avec les Etats-Unis. Et il faut reconnaître que le sommet qui s’est tenu en Alaska à l’été 2025 a donné à Moscou une raison supplémentaire d’être optimiste. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Donald Trump a certes réduit partiellement le soutien américain à Kiev, mais il ne l’a pas abandonné. Il n’a pas non plus retiré l’armée américaine d’Europe ni quitté l’Otan. En revanche, son administration n’a pas donné à la Russie ce qu’elle attendait…
A quoi jugez-vous cela?
Les relations russo-américaines sont loin d’être normalisées. Pour l’instant, tout ce que nous voyons, c’est une poignée de personnes telles que Steve Witkoff, Jared Kushner et Kirill Dimitriyev qui se parlent lors de réunions à Abu Dhabi, Miami ou Davos… Il n’y a toujours pas d’ambassadeur américain à Moscou, pas de levée des sanctions, et encore moins d’accords commerciaux. Au contraire, Trump a même imposé de nouvelles sanctions à certaines compagnies pétrolières russes clés, telles que Rosneft et Lukoil. Et même au-delà des relations bilatérales entre les Etats-Unis et la Russie, d’autres mesures prises par l’administration Trump à l’échelle mondiale ne servent pas vraiment les intérêts de Moscou.
D’abord, Trump a montré qu’il était prêt à recourir à la force contre les partenaires de la Russie. Qu’il s’agisse de l’Iran l’été dernier ou du Venezuela, le président américain se moque éperdument des intérêts de Moscou dans ces pays. Sans parler du fait que les Etats-Unis s’impliquent également davantage dans des régions du monde que la Russie considère comme sa sphère d’influence, telles que l’Asie centrale et le Caucase du Sud. A mon sens, Trump ne traite pas Poutine avec le respect que celui-ci estime dû à un dirigeant d’une grande puissance.
Comment se manifeste ce manque de respect?
Il suffit de regarder la composition et la charte proposée pour le Conseil de la paix lancé par Trump, que beaucoup considèrent comme un rival de l’ONU et du Conseil de sécurité des Nations unies. Au sein de ce dernier, la Russie dispose d’un droit de veto et jouit des mêmes droits que les Etats-Unis. Au sein du Conseil de la paix, cependant, elle serait subordonnée, comme tous les autres pays membres, à son président, Donald Trump. Certes, de nombreux commentateurs ont vu dans la création de cet organisme un signe que l’administration Trump tentait de réhabiliter la Russie sur la scène internationale. Mais je vois les choses différemment. A mon sens, et bien que la Russie ait réagi avec prudence et courtoisie à l’invitation de Trump à rejoindre le Conseil, Poutine n’acceptera jamais de rejoindre une organisation dans laquelle la Russie serait subordonnée aux Etats-Unis…
Que faites-vous des menaces de Donald Trump à l’égard du Groenland et de ses commentaires sur l’Otan, qu’il considère “obsolète”? Le Kremlin n’a-t-il pas des raisons d’être optimiste pour l’avenir?
Sur le papier, l’affaiblissement des relations transatlantiques est du pain bénit pour la Russie. Cela dit, j’émettrais quelques réserves à ce sujet. Premièrement, même s’il est possible que Trump accélère ce processus, je ne serais pas trop alarmiste quant à l’avenir des relations transatlantiques et de l’Otan. Ses menaces à l’encontre du Groenland étaient certes très sérieuses, mais il a finalement renoncé à ses exigences maximalistes après avoir constaté la réaction des marchés financiers, la résistance de l’Europe et celle de son propre parti. Evidemment, tout dépendra de l’évolution de la situation à long terme. Mais quoi qu’il en soit, l’imprévisibilité de Trump conduit à une plus grande consolidation des relations intra-européennes et à un accroissement des investissements dans la défense. On peut donc légitimement espérer l’émergence d’un pilier européen beaucoup plus fort au sein de l’Otan. C’est à cela que la Russie devra alors faire face… En d’autres termes : face à Donald Trump et à la dynamique générée par ses politiques, Moscou est encore loin de sabrer le champagne.
La relation entre Moscou et Washington peut-elle s’envenimer?
Non. La Russie n’a peut-être pas obtenu ce qu’elle voulait de Trump, mais Poutine voudra tout de même maintenir de bonnes relations avec lui. L’année écoulée l’a clairement montré : qu’il s’agisse des frappes contre l’Iran l’été dernier, du cessez-le-feu à Gaza, de la frénésie tarifaire ou d’autres questions, Vladimir Poutine s’est montré très prudent et a évité de critiquer Trump. Même lorsqu’il a été invité à rejoindre le Conseil de la paix, il l’a remercié très poliment pour son invitation, déclarant sobrement que le ministère russe des Affaires étrangères allait y réfléchir. Sergueï Lavrov et les propagandistes russes sont libres de critiquer les politiques américaines, mais Poutine s’abstient de le faire.
Il tient à rester en bons termes avec Trump afin que celui-ci ne se range pas du côté de l’Ukraine ou ne serre pas davantage la vis à l’égard de son pays. Avec cet état d’esprit, il me semble très improbable que Poutine prenne le risque d’entreprendre des actions qui défieraient ou antagoniseraient ouvertement les Etats-Unis. Mais avec l’Europe, c’est une autre histoire…
Si 2025 n’a pas été l’année espérée pour la Russie, 2026 pourrait, dites-vous, être encore pire. Pourquoi?
Il existe un scénario dans lequel la guerre en Ukraine se poursuit parce que l’administration Trump est incapable de l’arrêter, malgré sa volonté manifeste d’y mettre fin avant les élections de mi-mandat. Cela sera très difficile si la Russie n’est pas disposée à faire des concessions. Trump pourrait alors envisager de nouvelles sanctions contre Moscou, dont nous ne pouvons prédire l’issue. De plus, certains experts russes craignent que Trump ne se tourne bientôt vers d’autres partenaires russes, tels que Cuba, le Nicaragua ou même l’Iran, et n’exerce sur eux des pressions coercitives, voire militaires. Dans ce dernier cas, cela pourrait conduire à un changement de régime à Téhéran et nuire ainsi aux intérêts de Moscou. Sans compter que l’administration américaine continuera à mettre en oeuvre des accords dans des régions telles que le Caucase du Sud ou l’Asie centrale. Cela affaiblirait encore davantage la position de la Russie.
Les relations entre Moscou et Pékin pourraient-elles contrebalancer cette situation?
Sur le plan économique, il y a de fortes chances que ce soit le cas. La Russie est déjà devenue de plus en plus dépendante de Pékin au cours des quatre dernières années : 40 % des importations russes proviennent de Chine, tout comme 30 % des recettes d’exportation. Cela dit, il y a un inconvénient : cela confère à Pékin un pouvoir de négociation croissant sur Moscou. En effet, face à la récente baisse des importations indiennes de pétrole, la Russie a dû baisser ses prix pour la Chine afin de vendre ses barils. Cela renforce encore davantage la nature asymétrique des relations sino-russes. Si la Chine est actuellement la bouée de sauvetage qui permet à Moscou de maintenir son économie et de poursuivre sa guerre contre l’Ukraine, son emprise n’est pas souhaitable pour la Russie à long terme.
Reste l’influence idéologique que Moscou maintient dans les pays du Sud…
La Russie a très habilement joué sa carte dans les pays du Sud, présentant sa guerre contre l’Ukraine comme une lutte antinéocolonialiste. Ce faisant, elle a exploité le ressentiment persistant qui peut exister dans ces pays à l’égard du colonialisme et de l’impérialisme occidentaux passés… Evidemment, cela a un certain attrait dans cette partie du monde qui, il faut le noter, n’a ni sanctionné la Russie ni cessé de faire des affaires avec elle. Mais lorsqu’il s’agit de donner à Moscou les moyens concrets de gagner sa guerre, c’est une autre affaire… Dans l’ensemble, à quelques exceptions près, la plupart des pays du Sud jouent la carte de la prudence : ils sont conscients que les Etats-Unis et les pays occidentaux sont encore très puissants et qu’il est dans leur intérêt de ne pas s’engager pleinement aux côtés de Moscou.
Atlantico
La Russie a désormais accumulé les plus lourdes pertes humaines subies par n’importe quelle puissance depuis 1945 et voilà où cela pourrait la mener
Un rapport du Center for Strategic and International Studies publié en janvier estimait que la Russie, à l’aube de la quatrième année de guerre en Ukraine, avait déploré jusqu’à 325 000 morts et près de 900 000 blessés.
Atlantico : La Russie aurait perdu jusqu’à 325 000 hommes tués et près de 900 000 blessés depuis le début du conflit. Comment situez-vous ces chiffres par rapport à l’histoire militaire moderne ? Peut-on les comparer à ceux de la Seconde Guerre mondiale ?
Viatcheslav Avioutskii : Il est vrai que la Russie a connu une guerre très coûteuse en vies humaines entre 1941 et 1945. Les pertes subies lors de la Seconde Guerre mondiale étaient beaucoup plus élevées que ce que la Russie accumule actuellement, même si le conflit ukrainien dure déjà depuis quatre ans — soit plus longtemps que la participation russe à la Grande Guerre patriotique. C’est une guerre qui reste moins intense et moins contraignante pour la société russe dans son ensemble. Cependant, ces chiffres actuels paraissent très élevés et dépassent le million si l’on cumule tués et blessés. À la différence de l’époque soviétique où les chiffres réels n’ont été révélés que 10 ou 20 ans plus tard, nous avons aujourd’hui des méthodes plus fiables pour les évaluer. D’une part, des médias d’opposition, en partenariat avec la BBC, effectuent un décompte individuel des morts (via les nouvelles tombes, les réseaux sociaux, les nécrologies locales). D’autre part, nous avons des fuites involontaires des autorités russes. Par exemple, une ministre a annoncé que la Russie avait besoin de fournir des prothèses à 450 000 personnes. Sachant que 98 à 99 % de ces cas sont probablement des amputés de guerre, cela confirme l’ordre de grandeur, d’autant que la population russe est trois fois supérieure à celle de l’Ukraine.
Général Jérôme Pellistrandi : Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que rien n’a fonctionné comme prévu pour Vladimir Poutine. L'”opération spéciale” devait être un succès rapide de 14 jours avec une armée intacte. Au bilan, 4 ans après, la situation est catastrophique par rapport au narratif de Moscou. Cependant, le système russe a fait preuve d’une résilience parallèle à celle de l’Ukraine. Même si l’armée russe a dû faire “les fonds de tiroirs” — en allant chercher 16 000 soldats nord-coréens ou en recrutant en Afrique et dans les prisons — elle tient. Tant qu’il y a de l’argent, la Russie trouvera des moyens pour payer ses soldats.
Comment la Russie parvient-elle à maintenir un tel effort de guerre avec de telles pertes ? Qui sont les hommes qui remplacent ceux qui tombent ?
Viatcheslav Avioutskii : La mobilisation de septembre 2022 a montré que les citoyens russes n’accueillaient pas bien l’enrôlement forcé. Poutine a donc été obligé d’abandonner cette voie pour passer à ce qu’on peut appeler le mercenariat. Il y a eu deux sources principales de recrutement. La première a été la population carcérale. Des hommes, mais aussi quelques femmes, ont eu la possibilité de raccourcir leur peine en échange de six mois de service en Ukraine, au terme desquels ils étaient amnistiés par Vladimir Poutine lui-même. C’était une source majeure en 2022-2023, d’abord via Wagner puis l’armée régulière, mais ce réservoir commence à se tarir car la population carcérale a ses limites et les profils les plus violents ont déjà été recrutés. La deuxième source, ce sont les “volontaires” séduits par l’argent. On parle de primes de recrutement très élevées (parfois l’équivalent d’un salaire annuel à la signature) et de soldes mensuelles de 3 000 ou 4 000 euros. Le profil type est un homme de 35 à 45 ans, issu des régions périphériques très pauvres, souvent au chômage ou sous-employé, voire socialement marginal. Pour eux, c’est une occasion inespérée d’améliorer leur statut social.
Concrètement, est-ce que cette force vive de mercenaires est utilisée différemment des soldats professionnels ?
Viatcheslav Avioutskii : Il y a une distinction claire dans le modèle tactique russe. L’armée possède une structure de militaires professionnels qu’elle tente de préserver. À l’inverse, les recrues issues des régions pauvres ou des prisons sont utilisées comme des “consommables”. Après un entraînement très sommaire de deux ou trois semaines, ils sont envoyés dans des groupes d’assaut — souvent de petits groupes de 4 ou 5 personnes — pour attaquer des positions ukrainiennes bien dissimulées. Les pertes dans ces groupes sont énormes, parfois 80 % meurent très vite. Mais leur sacrifice permet de démasquer les positions ukrainiennes, que l’armée professionnelle frappe ensuite avec de l’artillerie ou des drones. C’est ainsi que l’armée russe avance, mètre par mètre, au prix d’un coût humain exorbitant.
Général Jérôme Pellistrandi : Il faut toutefois nuancer par fonction opérationnelle. Sur la ligne de front, pour l’infanterie, le traitement est effectivement épouvantable avec des pertes estimées parfois à 1 000 soldats éliminés par jour. Mais dans d’autres fonctions plus techniques, comme les dronistes ou la guerre électronique, le niveau de perte est moindre et la formation meilleure. Surtout, il ne faut pas sous-estimer l’adversaire : l’armée russe apprend de la guerre. Même affaiblie, elle s’adapte, utilise massivement l’artillerie et les drones, et impose un rapport de force grâce à sa masse. C’est une des leçons de l’histoire : les armées progressent à l’épreuve du feu. Aujourd’hui, l’outil de combat russe reste redoutable.
Au-delà de l’aspect militaire, la Russie était déjà en déclin démographique. Quelles seront les conséquences structurelles de cette saignée pour l’économie et la société russe ?
Viatcheslav Avioutskii : Le contexte est très différent de la Seconde Guerre mondiale où la Russie avait une croissance démographique. Aujourd’hui, elle est en déclin, aggravé par le Covid et la guerre. Le marché du travail est en tension extrême. Les pertes concernent la population active : c’est un million d’hommes qui ne travaillent plus (morts ou invalides). De plus, il y a eu une fuite massive des cerveaux : des centaines de milliers d’ingénieurs et de spécialistes IT ont fui en Arménie, au Kazakhstan ou en Occident pour échapper à la mobilisation. Ces gens portaient l’innovation nécessaire à l’économie et même à l’effort de guerre. Paradoxalement, cette pénurie de main-d’œuvre a obligé les entreprises civiles et le secteur militaro-industriel à augmenter considérablement les salaires en Russie. Aujourd’hui, un chômeur a plus d’opportunités de bien gagner sa vie en restant à l’usine qu’en allant mourir en Ukraine. Cela commence à assécher le flux de volontaires pour l’armée, dont la moyenne d’âge augmente désormais vers 40 ou 50 ans.
On parle beaucoup des minorités ethniques (Bouriates, Daghestanais) qui paient le prix fort. Cela peut-il créer des tensions internes ou des révoltes contre Moscou ?
Viatcheslav Avioutskii : C’est un sujet très sensible, mais pour l’instant, c’est l’inverse qui se produit. La guerre a paradoxalement enrichi ces régions périphériques. Les familles des soldats tués ou combattants reçoivent des sommes gigantesques pour elles (200 000 à 250 000 euros pour un décès), ce qui leur permet d’acheter des appartements, des voitures, de l’équipement. Le niveau de vie dans ces régions a augmenté. De plus, la xénophobie dans les grandes métropoles russes empêche ces populations de s’y installer pour trouver du travail (on voit des contrôles au faciès, des mauvais traitements policiers envers des citoyens russes non-slaves). Ils se retrouvent “coincés” chez eux, avec l’armée comme seul ascenseur social. Il y a un consensus tacite : l’État paie, et en échange, la population ne se révolte pas. Toute tentative de protestation locale est de toute façon immédiatement étouffée.
Général Jérôme Pellistrandi : Je rejoins ce constat sur l’absence de déstabilisation immédiate. Vladimir Poutine est prêt à continuer tant qu’il le faudra. En revanche, le vrai sujet majeur sera l’après-guerre. Que faire de tous ces vétérans ? On parle de centaines de milliers d’amputés, de traumatisés, de “gueules cassées”. Comment la société russe va-t-elle réintégrer ces hommes qui ont vécu l’enfer alors que les élites urbaines ont continué leur vie ? Ce sera un défi politique et social immense pour le pouvoir russe, bien plus que la conduite actuelle des opérations.
THE US AND EUROPE
The Economist (Pay Wall)
The Telegram : Donald Trump’s envoys failed to reassure Europe
A gathering of world leaders in Munich shows how trust has collapsed
AS A STRATEGY for managing allies, the message “You’re on your own, suckers, but do as America tells you”, has a number of flaws. More rational members of the Trump administration know this. That helps explain why the secretary of state, Marco Rubio, and the Pentagon’s undersecretary for policy, Elbridge Colby, headed to Europe this month to assure allies that America is not leaving them entirely alone, as some of them fear. (…)
https://www.economist.com/international/2026/02/17/donald-trumps-envoys-failed-to-reassure-europe
The New York Times, Column
Jamelle Bouie: Marco Rubio Is Failing Western Civ
Americans of the Revolutionary generation did not think of themselves as direct heirs to Western civilization, a term that wouldn’t come into vogue until the 20th century. If anything, they saw their new nation as a break with the European past — a new civilization rooted in popular sovereignty and republican self-government.
“The independence of America considered merely as separation from England would have been a matter but of little importance,” Thomas Paine observed in the early 1790s, “had it not been accompanied by a revolution in the principles and practice of governments.”
In 1793, Nathaniel Chipman, a Vermont jurist and veteran of the Revolutionary War, put it a little differently. “The government of the United States exhibits a new scene in the political history of the world,” he wrote.
Among the major founders, Thomas Jefferson — his infatuation with France notwithstanding — was perhaps the most emphatic about the “ocean of fire” between the Old World and the New. “America,” he wrote in an 1823 letter to James Monroe, “has a set of interests distinct from those of Europe, and peculiarly her own. She should therefore have a system of her own, separate and apart from that of Europe. While the last is laboring to become the domicile of despotism, our endeavor should surely be to make our hemisphere that of freedom.”
Decades later, Abraham Lincoln — who claimed Jefferson as an intellectual forefather and often honored him for his foresight — made this distinction in more abstract form in the Gettysburg Address, elevating the United States as the one place where humanity would learn whether “a new nation, conceived in liberty” could “long endure” or whether “government of the people, by the people, for the people” would “perish from the earth.”
Sign up for the Opinion Today newsletter Get expert analysis of the news and a guide to the big ideas shaping the world every weekday morning. Get it sent to your inbox.
In his second term, President Trump has held himself and his administration out as a bulwark in defense of Western civilization — the last, best hope for the grand heritage of the West against lawless incursion from foreign others.
“We cannot rebuild Western civilization, we cannot rebuild the United States of America or Europe, by letting millions and millions of unvetted illegal migrants come into our country,” Vice President JD Vance declared last February. During the 2024 presidential campaign, Stephen Miller, the architect of Trump’s immigration program, warned that re-electing Joe Biden would represent the “assisted suicide of Western civilization.” And in his eulogy for Charlie Kirk last September, Miller declared that the “legacy and lineage” of the MAGA movement “hails back to Athens, to Rome, to Philadelphia, to Monticello.”
And this Western civilization, Secretary of State Marco Rubio explained in his address to the Munich Security Conference last week, rests on a pillar built on ethnic and religious nationalism and a rigid sovereignty backed by hard borders and a jealous contempt for international cooperation. In his speech, he decried “an unprecedented wave of mass migration that threatens the cohesion of our societies, the continuity of our culture and the future of our people.”
It should be said that this formulation makes no particular sense for the United States, a pluralistic, polyglot nation that has throughout its history sustained profound levels of immigration from countries around the world. In fact, Rubio’s formulation begins to make real sense only when you see that his idea of “our people” is narrow and exclusive. “We are bound to one another by the deepest bonds that nations could share,” Rubio said, “forged by centuries of shared history, Christian faith, culture, heritage, language, ancestry and the sacrifices our forefathers made together for the common civilization to which we have fallen heir.”
This, again, is a strange claim to make of either the United States or, especially, Europe, a region that’s home to dozens of cultures and languages, whose history is practically defined by centuries of catastrophic ethnic and religious conflict — whose divisions produced two of the most destructive wars in human history — and whose national and linguistic identities are relatively modern inventions dating to the 17th, 18th and 19th centuries.
Nothing in Rubio’s account bears any relationship to the exceptional qualities emphasized by either the Revolutionary generation of Americans or the Civil War generation or even those Americans who, during and after World War I, developed and deployed the idea of the study of Western civ as part of an effort to improve “the citizenship, the intelligence and the moral and spiritual life of the nation,” as Nicholas Murray Butler, a former Columbia University president, put it.
But this vision of a singular Western heritage extending to the American present — of a civilization defined by a common tongue, shared belief and hierarchy of value — does bear an interesting relationship to the imagined feudal Europe that shaped the political imagination of Southern slave owners in the decades before the Civil War.
As the political theorist Keidrick Roy shows in “American Dark Age: Racial Feudalism and the Rise of Black Liberalism,” antebellum Southern ideologues saw their society as an extension of an idealized medieval past. Politicians and prominent public intellectuals “preached the importance of slavery and racial hierarchy vis-à-vis thin notions of feudal societies,” he writes. In publications like DeBow’s Review, they contended that their society “retains the genius of the medieval civilization, but rises superior to it by making ethnology the basis of social science” — which is to say, by defining inclusion and exclusion on the basis of race. For this class of slaveholders, Roy concludes, “the South positively reanimated the Old World feudal order on American soil.”
Part of what this entailed, ideologically, was a rejection of the Declaration of Independence, both as a statement of equality and as a decisive break with the past. John C. Calhoun, a South Carolina statesman who served briefly as secretary of state under John Tyler and was a pro-slavery political theorist, condemned Jefferson’s proposition that “all men are created equal” as a “hypothetical truism” and, in practice, “the most false and dangerous of all political errors.” The truth as he saw it was that American civilization extended out from the Old World, an inheritance reserved for those who could claim the mantle of whiteness.
It is here, in this antipathy toward the egalitarian and universalist elements of the American founding — which is to say those parts of our national heritage that we owe to the liberal values of the Enlightenment — that the connection between the antebellum feudal obsession and the Trump administration’s vision of sovereignty and Western civilization becomes clear, if not obvious. Both are tied to a racial (and religious) conception of culture and bound up in notions of human hierarchy. The “one people” threatened by migrants in the United States and Europe, by Rubio and Trump’s account, are people of direct European descent, shorn of their particular histories and presented as a single, imagined whole. In other words, as white, first and foremost.
And for the larger MAGA right, as it was for the slaveholder radicals, the Declaration of Independence and its powerful vision of human equality stand as one of the chief obstacles to its effort to consummate its vision of domination and exclusion.
Writing in 1859, Lincoln commented on those in his time who disparaged Jefferson’s words, accusing them of “supplanting the principles of free government” and restoring those of “classification” and “caste.” Today we have a movement that sees as its aim the destruction of what is best in the American tradition — a movement that, as Lincoln put it, “would delight a convocation of crowned heads, plotting against the people.”
https://www.nytimes.com/2026/02/18/opinion/marco-rubio-is-failing-western-civ.html
The New York Times
Europe Worries About Another Trump Blowup, This One on Tech
Even as trade tensions between the United States and the European Union seem to calm, officials are concerned that a showdown is brewing over the bloc’s digital rules.
After a year filled with trade-related drama between the United States and the European Union, one outstanding gripe still has potential to fuel the fire: how the bloc regulates technology.
At the heart of that dispute is the bloc’s Digital Services Act, which requires big technology companies to take steps to prevent illegal or dangerous content on their platforms. The Trump administration, arguing that the regulations impede free speech and put up unfair barriers to American firms, has warned repeatedly that it could retaliate.
Now, European officials are beginning to fret, privately and in public, that this is merely the calm before the next Trump-created storm.
“The U.S. will in the coming months — that’s certain — attack us over digital regulation,” President Emmanuel Macron of France told several European news outlets in an interview this month, suggesting that the United States could hit the European Union with tariffs related to the Digital Services Act.
The Trump administration has recently echoed that prediction.
Europe’s online services regulation “has become almost like a digital speed trap to try and fine American companies,” David Sacks, a White House official, said on his All-In podcast last month.
“You could argue that it’s effectively like a tariff on American tech companies operating in Europe,” he added. “If that’s the case, well, I mean, I guess Europe is allowed to have tariffs — but then that’s going to change the tariffs that we set.”
Sarah B. Rogers, the under secretary of state for public diplomacy at the State Department and a guest on that podcast episode, agreed that “a lot of Americans see this as a tax.”
Bill White, the U.S. ambassador to Belgium, said in an interview that Michael J. Rigas, a top State Department official, would come to Brussels in early March in part to discuss free speech and digital regulation with European Union officials. The State Department press office confirmed that he would make the trip and would discuss E.U. digital regulations.
It is not clear what the United States might do if it decided to attack Europe over its digital regulations, or which companies it might target. Some trade experts have suggested that one option would be a “301 investigation,” a mechanism under U.S. trade law to fight against unfair foreign trade practices. The tool allows the United States to impose tariffs, fees or other punishments on countries that are found to have cheated on trade.
Mr. Trump has used such an investigation against China, but so far he has wielded other tools against Europe. His use of one trade weapon in particular — a wide-reaching mandate that allows for across-the-board tariffs in the case of a national emergency — is now up for review before the Supreme Court, which could rule on the case as soon as Friday.
Nor is it clear what precisely would prompt the United States to act, if it did at all.
For months, the Trump administration has vaguely threatened to place tariffs or other penalties on European companies if the bloc continues to enforce its digital rules. The U.S. Office of the Trade Representative suggested in a memorandum last year that it was contemplating how it could punish nations that it thought discriminated against American firms with digital services regulations.
In December, the office posted on X that “if the E.U. and E.U. Member States insist on continuing to restrict, limit, and deter the competitiveness of U.S. service providers through discriminatory means, the United States will have no choice but to begin using every tool at its disposal to counter these unreasonable measures.”
The office noted that American law permits “the assessment of fees or restrictions on foreign services” in response, among other options. It has previously pointed out that European companies like Accenture, Spotify and Capgemini operate in the United States, suggesting they could be in the cross-hairs.
The United States has already imposed travel bans on several people involved in digital regulation, including a former E.U. official.
Asked for comment on this article, the U.S. trade office replied that while a U.S.-E.U. trade deal struck last year addressed many issues, the Trump administration still wants to “achieve fairness” in digital trade and has “additional options” if negotiation doesn’t work.
But some experts say that the United States is unlikely to follow through on its threats to attack Europe over its technology regulations, in part because tensions between the two trading partners have finally cooled. The European Parliament could next week take another step toward approving the trade deal that was struck last year and that would apply 15 percent tariffs to many European goods.
“I think the threshold for something major is very high,” said Jacob Funk Kirkegaard, a senior fellow at Bruegel, a Brussels-based think tank.
Still, Payne Griffin, a senior director at FTI Consulting, a business advisory firm, said he had received queries from corporate clients about what it would look like if the United States hit back at Europe over its digital rulebook.
“Based on public comments from U.S. officials, taking action against E.U. digital services is one of the things they’ve thought about,” he said.
E.U. officials are left weighing whether enforcing the bloc’s technology rules is worth further irritating the United States, especially as issues like American involvement in the war in Ukraine hang in the balance.
So far, the European Commission, the bloc’s executive arm, has said repeatedly that it would not move away from its digital regulations. It has continued to actively enforce them in recent months, despite the Trump administration’s threats.
In December, the commission announced that it would issue a fine of 120 million euros, or about $141 million, against X, over transparency issues. Regulators in Brussels have also been investigating Google and Meta for possible violations of online competition and safety laws.
“I want to be very clear: our digital sovereignty is our digital sovereignty,” Ursula von der Leyen, the president of the commission, said at the Munich Security Conference last week. “We have a long tradition in freedom of speech. Actually the Enlightenment started on our continent.”
Europe, she said, will “not flinch” in enforcing its digital rules.
Jeanna Smialek is the Brussels bureau chief for The Times.
https://www.nytimes.com/2026/02/19/world/europe/europe-united-states-trump-digital-services-act.html
THE WORLD ECONOMY: GERMANY AND CHINA
The Economist (Pay Wall)
Made in Beijing, feared in Berlin : How Germany fell out of love with China
Chinese industry is beating Germany at its own game. Cue panic
https://www.economist.com/europe/2026/02/19/how-germany-fell-out-of-love-with-china
EUROPE: A NEW NEW HEAD AT THE ECB ?
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Christine Lagarde Says Her ‘Baseline’ Is Finishing ECB Term
An early exit by central-bank head would give French President Emmanuel Macron a say in filling one of Europe’s most powerful jobs
Neue Zürcher Zeitung
Christine Lagarde war als EZB-Präsidentin die falsche Wahl. Ein vorzeitiger Abschied böte Anlass für die nötige Erneuerung
Die Anzeichen verdichten sich, dass die Juristin freiwillig ihre Amtszeit beendet. Die Neubesetzung muss mit einer Kurskorrektur einhergehen.
Der Wechsel an der Spitze der Europäischen Zentralbank (EZB) kommt wohl früher als gedacht. Präsidentin Christine Lagarde denkt laut einem Bericht der «Financial Times» darüber nach, ihre bis Oktober 2027 dauernde achtjährige Amtszeit vorzeitig zu beenden. Darauf gab es bereits früher Hinweise. Unter anderem hatte der WEF-Gründer Klaus Schwab im vergangenen Sommer ausgeplaudert, mit Lagarde über einen vorzeitigen Wechsel von Frankfurt nach Davos an die Spitze des Forums diskutiert zu haben.
In Brüssel zählt Proporz statt Qualifikation
Der Rücktritt wäre eine gute Nachricht. Lagarde galt vielen zu Recht als Fehlbesetzung. Im Brüsseler Postengeschacher, bei dem es weniger auf Qualifikationen und mehr auf Proporz ankommt, hatten sich der französische Präsident und die deutsche Kanzlerin 2019 darauf geeinigt, die Französin zur EZB-Chefin und die deutsche Ursula von der Leyen zur Präsidentin der EU-Kommission zu machen. Lagarde brachte jedoch kaum Erfahrung in der Geldpolitik mit. Beobachter hatten bereits damals geunkt, sie hätte besser nach Brüssel gepasst, und für die EZB wäre der Bundesbank-Chef Jens Weidmann eine gute Wahl gewesen.
Die Entscheide hatten gravierende Auswirkungen. Angekommen in der Welt der Notenbanker wollte Lagarde nicht ein Falke oder eine Taube sein, sondern eine «kluge Eule», wie sie selbst sagte. In dieser Symbolik steht der Falke für eine restriktive und die Taube für eine lockere Geldpolitik. Klug wäre es zu Beginn ihrer Präsidentschaft jedoch gewesen, eine vorausschauende Geldpolitik zu betreiben und sich schrittweise von der jahrelangen ultraexpansiven Politik zu verabschieden. Das hätte der EZB Handlungsspielraum verschafft, um auf mögliche exogene Schocks zu reagieren. Doch Christine Lagarde war viel zu wenig im Thema, um eigene starke Meinungen zu haben.
Die Inflation in der Euro-Zone liegt leicht unter dem Zielniveau der EZB
Auf den Anstieg der Inflation ab Mitte 2021 reagierte die EZB viel zu spät und heizte die Teuerung mit ihrer expansiven Politik sogar noch lange an. Die Folge davon war eine Inflationsrate von in der Spitze 10,6 Prozent, in manchen Mitgliedstaaten lag sie sogar deutlich über 20 Prozent. Diese kollektive Fehlleistung des EZB-Rates, die viele Menschen in der Euro-Zone durch eine gesunkene Kaufkraft ärmer gemacht und das Vertrauen in Institutionen geschwächt hat, wird ihrer Präsidentschaft anhaften.
Ihre Amtszeit ist geprägt von weiteren Fehlschlägen und Fehlentwicklungen. So wollte sie etwa die Kommunikation der Notenbank vereinfachen, um die Bürger besser zu erreichen. Doch bereits der erste Versuch ging nach hinten los. Als sie flockig erklärte, die EZB sei nicht dazu da, die Renditeunterschiede zwischen einzelnen Mitgliedsländern klein zu halten, standen die Finanzmärkte unter Schock – und die EZB musste schnell zurückrudern. Immer wieder spürte man in den Folgejahren, dass Lagarde in der Geldpolitik nicht heimisch ist.
Schlimmer war jedoch, dass die EZB unter ihrer Ägide ein weiteres Instrument einführte, mit dem die Notenbank Staatsanleihen kaufen darf. Die Bedingungen für dessen Einsatz wurden bewusst butterweich definiert, damit die EZB im Krisenfall unsolide wirtschaftende Länder vor dem Druck der Finanzmärkte schützen kann.
Disziplinierende Wirkung der Finanzmärkte
Das ist fatal, denn damit dämpft die Notenbank die disziplinierende Wirkung der Finanzmärkte auf ausgabenfreudige oder irrlichternde Regierungen. Selbst US-Präsident Donald Trump zuckte mit seiner Zollpolitik im vergangenen Frühjahr zurück, als nach seinen Ankündigungen am sogenannten Liberation Day die Renditen von US-Staatsanleihen deutlich zulegten und die Aktienmärkte einbrachen.
Es ist an der Zeit für eine generelle Kurskorrektur bei der EZB. An der Spitze muss wieder ein Ökonom mit geldpolitischer Expertise stehen, völlig unabhängig von der Nationalität. Die Neue oder der Neue sollte den Mitgliedsländern ferner klar signalisieren, dass sie nicht mehr mit der nahezu bedingungslosen Schützenhilfe der EZB rechnen können und dass sich die EZB schrittweise wieder aus dem Terrain der Politik und Fiskalpolitik zurückzieht. Dazu gehört auch, dass die Notenbank ihre implizite Forderung von Euro-Bonds einstellt. Die Finanzierung der EU ist Sache der Mitgliedsländer, nicht der Notenbank. All das wäre für die Euro-Zone wünschenswert, realistisch ist es nicht.
FRENCH POLITICS AND VIOLENCE
Le Monde, Editorial
Mort de Quentin Deranque : Jean-Luc Mélenchon et le nécessaire moment de clarification
Le décès du jeune militant d’extrême droite à Lyon ne doit pas occulter la violence des multiples groupuscules identitaires ou néofascistes. Mais les « insoumis » ne peuvent plus résumer l’action de la Jeune Garde à de l’« autodéfense » maintenant que des liens entre certains suspects et des proches du leader de LFI sont avérés.
Six jours après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, roué de coups sur un trottoir de Lyon, les interpellations ont relancé le nécessaire débat sur les ambiguïtés de La France insoumise (LFI). Entre mardi 17 et mercredi 18 février, la police judiciaire a arrêté 11 personnes. Plusieurs des suspects font l’objet d’une fiche « S » pour radicalisation politique, en raison de leur appartenance à la Jeune Garde, un groupe antifasciste lyonnais, dissous en juin 2025 pour ses méthodes jugées violentes.
Parmi les interpellés figurent trois proches du député LFI du Vaucluse Raphaël Arnault, par ailleurs fondateur de la Jeune Garde : deux de ses collaborateurs parlementaires et un des anciens stagiaires de son équipe parlementaire. Les liens entre certains suspects et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon sont maintenant avérés. Cette proximité et la gravité des faits nécessitent plus que des dénégations et des ripostes biaisées de la part des responsables « insoumis ».
Apparue en 2018, la Jeune Garde est proche de LFI depuis le début des années 2020. Le 11 février encore, veille des faits à Lyon, un communiqué de LFI jugeait « attentatoire aux libertés fondamentales » la procédure de dissolution de la Jeune Garde. En avril 2025, M. Mélenchon décrivait ses membres comme les « jeunes camarades » d’une « organisation alliée, liée au mouvement “insoumis” ». Quelques mois plus tôt, en 2024, LFI avait fait élire à l’Assemblée nationale M. Arnault. Sa condamnation définitive, en décembre 2025, après son désistement en appel, pour « violences volontaires en réunion », n’avait provoqué aucune réaction de la part de LFI.
Depuis les interpellations, M. Mélenchon et ses proches n’ont renié ni la Jeune Garde ni le député Arnault, qui a simplement annoncé vouloir mettre fin au contrat d’un de ses collaborateurs mis en cause. Fidèles à un chef hermétique aux critiques, entraînés dans une conflictualité sans fin, les mélenchonistes font bloc, contre-attaquent et tentent de faire diversion.Le premier réflexe des responsables « insoumis » a été de rappeler qu’ils sont régulièrement visés par l’extrême droite, ou de se réfugier dans une posture victimaire en pointant la « responsabilité de la puissance publique », qui n’aurait pas assez protégé les rues lyonnaises, selon les mots utilisés par M. Mélenchon, mardi soir.
Partout en France, cette affaire ne doit pas occulter la violence des multiples groupuscules identitaires ou néofascistes. La majorité des faits de brutalité politique sont issus de ces groupes, une réalité totalement balayée par la droite et l’extrême droite, alliées, depuis quelques jours, pour instrumentaliser la mort de Quentin Deranque afin de diaboliser une partie de la gauche. Mais cette récupération politique ne doit pas exonérer LFI. A la lumière des faits, Jean-Luc Mélenchon et ses proches, qui n’ont jamais prôné publiquement la violence physique, ne peuvent plus résumer l’action de la Jeune Garde à de l’« autodéfense ».
Jeudi 12 février, en marge d’une conférence de la députée européenne Rima Hassan, deux groupes se sont battus lors d’une rixe. Puis des individus ont frappé jusqu’à la mort un jeune homme, isolé, à terre. Les « insoumis » n’ont ni causé ni provoqué directement ce lynchage intolérable, mais leur responsabilité politique est réelle. Ils doivent clarifier la situation en rompant avec les éléments violents de leur mouvement et en écartant certains groupes alliés.
Atlantico, Interview
Union des gauches : la bataille fait rage pour déterminer si la mort de Quentin D. sera un tournant ou non
La mort de Quentin Deranque, les mises en cause de membres de la Jeune Garde et les liens évoqués avec La France insoumise ont ravivé le débat sur la violence politique. On a le sentiment que LFI devient, pour une partie de la gauche, un véritable repoussoir.
Atlantico : La mort de Quentin Deranque, les mises en cause de membres de la Jeune Garde et les liens évoqués avec La France insoumise ont ravivé le débat sur la violence politique. On a le sentiment que LFI devient, pour une partie de la gauche, un véritable repoussoir. D’autant que les réactions au sein du Parti socialiste sont très différentes : Olivier Faure dénonce « cette violence [qui] participe d’un climat dans lequel la violence physique trouve une source de légitimation », parlant d’« hooliganisation de la vie politique », tandis que François Hollande estime qu’il ne faut plus envisager aucune alliance avec LFI. Est-ce que nous assistons à une rupture stratégique profonde ?
Quentin Gérard : Oui, on voit clairement deux visions s’affronter. Il y a une lecture qui considère qu’il faut prendre ses distances avec LFI, ne plus envisager d’alliance, reconstruire une gauche social-démocrate crédible, comme le souhaitent François Hollande et Raphaël Glucksmann. C’était déjà le cas avant et l’affaire Quentin Deranque ne fait que conforter ce camp.
De l’autre côté, Olivier Faure adopte une position plus pragmatique : il veut éviter de se couper totalement de LFI, quitte à maintenir l’idée d’une primaire large, incluant potentiellement Jean-Luc Mélenchon.
François Hollande, lui, semble attendre son rôle d’homme providentiel pour le PS : il se tient en retrait, observe les projets de Faure et de Boris Vallaud, et pourrait intervenir en ultime recours pour pense-t-il, incarner la République et donner une direction au Parti socialiste.
On a le sentiment que derrière ces prises de position se dessine déjà la présidentielle de 2027. Il ne peut y avoir qu’un seul candidat de gauche au second tour, et chacun tente donc d’être celui qui captera le vote utile. La tension est exactement là : comment rassembler les voix de toute la gauche tout en préservant son électorat ?
Et cette dynamique se matérialise déjà dans la préparation de la prochaine primaire de la gauche. Le vote des militants sera organisé entre avril et juin pour définir les modalités. Boris Vallaud propose par exemple un projet intermédiaire, avec une alliance des Ecologistes à Glucksmann, par rapport à la ligne Faure et la ligne Glucksmann/Hollande, pour rassembler le centre-gauche sans forcément inclure LFI. C’est une manière pour le PS de tenter de clarifier sa stratégie, tout en restant flexible vis-à-vis du vote utile et des alliances possibles.
La situation au sein du Parti socialiste se traduit-elle aussi sur le terrain des municipales ?
Quentin Gérard : Oui, très concrètement. À Marseille, Benoît Payan, le maire sortant, pourrait être amené à s’allier avec LFI pour contrer la droite et une possible alliance entre Martine Vassal et Franck Allisio. C’est l’une des rares villes où une alliance PS-LFI pourrait se justifier électoralement.
À Lyon, il y a des discussions pour une alliance potentielle entre le candidat LFI et Grégory Doucet d’EELV afin de battre Jean-Michel Aulas. Mais l’affaire Deranque a créé un malaise parmi certains cadres et militants écologistes, qui sont plus réticents à s’allier avec LFI après ces événements. Certains considèrent même que cette alliance pourrait détourner une partie de l’électorat modéré vers le PS, plus mesuré.
Chaque ville pose donc des questions spécifiques. Les fractures au sein de la gauche compliquent les alliances locales, et ces choix municipales reflètent en miniature le débat national entre la ligne Faure et la ligne Hollande/Glucksmann, ainsi que la stratégie intermédiaire portée par Boris Vallaud pour capter un électorat de centre-gauche élargi.
Fabien Roussel, EELV… ces événements changent-ils la donne pour eux ?
Quentin Gérard : Pour le Parti communiste, ça change très peu. Fabien Roussel sera probablement candidat et captera son électorat traditionnel, qui oscille entre 1,5 et 2 %.
Pour EELV, c’est beaucoup plus complexe. Les écologistes se veulent le trait d’union entre LFI et le Parti socialiste pour unir la gauche à tout prix. Mais les fractures entre le PS et LFI, ainsi que les scandales récents compliquent cette union. Certains militants locaux, à Lyon par exemple, ont émis des réserves sur une alliance avec LFI après l’affaire Deranque. Cela pourrait même amener une partie de l’électorat EELV à se tourner vers le PS, plus mesuré, au lieu de soutenir LFI.
Justement sur ces dynamiques électorales, qu’en est-il de l’effet sur l’électorat et les intentions de vote ?
Virginie Martin : J’ai l’impression que ce n’est pas très clair en dehors de François Hollande et Raphaël Glucksmann. Pour le reste, je n’ai pas entendu de propos extrêmement fermes de la part des autres pour dire : “plus jamais d’alliances”. Sur les municipales, c’est très délicat : LFI est en embuscade dans certaines villes et pourrait se maintenir au deuxième tour. Il ne faut pas insulter l’avenir, car le PS et les autres partis de gauche dépendent encore de LFI dans le processus électoral municipal. Le poids de LFI est réel et il faut s’assurer que le mouvement fusionne ou se retire pour permettre des seconds tours victorieux pour la gauche. Donc la situation est très compliquée.
Pour l’instant, rien ne bouge vraiment dans les sondages. Par exemple à Marseille, les intentions de vote restent les mêmes depuis plusieurs semaines. Pour les électeurs de LFI, c’est un noyau dur. Les alliances seront probablement plus déterminantes que les scores eux-mêmes.
Et il faut ajouter un facteur qui complique encore l’analyse : le whataboutisme. Certains électeurs relativisent la gravité de la violence d’extrême gauche en la comparant à celle d’extrême droite. Ce réflexe neutralise le jugement moral et rend plus difficile de tirer des conclusions claires sur l’effet repoussoir de LFI sur l’électorat.
EELV et le PCF restent-ils dans ce référentiel partagé sur la violence et les alliances ?
Virginie Martin : C’est compliqué. Même être d’accord sur des principes banals, comme condamner la violence, peut participer involontairement à la crédibilisation du RN. LFI a intégré la violence politique la plus radicale dans ses marges, que ce soit dans ses universités d’été ou ailleurs. Il n’est pas possible de condamner le FN hier et ne pas condamner LFI aujourd’hui.
Pour les électeurs, cette perception de radicalité peut jouer comme un repoussoir, mais certaines personnes relativisent en comparant l’extrême gauche à l’extrême droite, ce qui neutralise parfois le jugement moral et complique l’analyse politique.
Même s’il y a bien des probabilités en jeu … Quelle peut être l’issue la plus probable pour la présidentielle de 2027 pour le PS ?
Quentin Gérard : C’est compliqué, il y a beaucoup de candidats et de variables. Le vote des militants sera un test important pour le PS : elle pourrait clarifier qui capte l’électorat de centre-gauche et qui reste dans le cadre Faure/LFI pour le vote utile.
La ligne de Boris Vallaud ou d’un Glucksmann pourrait capter un électorat de centre-gauche plus large, sensible au compromis et moins radical. Il y a clairement un espace politique de ce côté-là.
Le véritable enjeu sera de savoir si le PS pourra rassembler ses propres troupes derrière un candidat, et quelqu’un à gauche parvient à créer une dynamique pour se qualifier au second tour. Mais on risque de retrouver un scénario à trois candidatures à gauche, avec toutes les incertitudes que cela comporte.
Le Figaro, Interview
Richard Malka : «À propos de LFI, on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas»
GRAND ENTRETIEN – À travers son nouveau livre, l’avocat entend dévoiler la réalité du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qu’il juge « violent, antisémite, racialiste et antidémocratique ». Il réagit également à la mort du jeune Quentin, lynché en marge d’un meeting de Rima Hassan.
Richard MALKA. – À l’heure où je vous parle, on ne peut tirer toutes les conclusions d’une enquête qui débute, mais un point me semble certain. À l’origine de ce drame, il y a l’invitation par Sciences Po Lyon d’une militante extrêmement controversée, élue députée par la grâce de LFI, qui se distingue depuis le pogrom du 7 Octobre par son activisme virulent sur les réseaux sociaux, qui multiplie les attaques violentes contre un ensemble de personnalités, en particulier juives, qui antagonise, brutalise tout débat, traite de génocidaire tout opposant en le livrant au lynchage numérique, menace, insulte… et cela n’a posé aucun problème à la direction de cet établissement de lui dérouler un tapis rouge.
Notons que dans le même temps, la direction de Sciences Po Paris n’a pas souhaité transformer son enceinte en arène militante en refusant la venue de cette même personne et le conseil d’État a eu le courage – rendons-lui hommage – de valider l’annulation de ces pseudo-conférences. La responsabilité morale et l’autorité de la direction de Sciences Po Lyon me semblent devoir être sérieusement interrogées et je m’étonne que ses responsables se maintiennent tranquillement à leur fonction, en dépit de cette tragédie. La politisation de l’enseignement supérieur, qui plus est au seul profit de la gauche radicale, n’est plus acceptable. L’Université, qui souffre déjà de bien des maux, n’a pas vocation à devenir la chasse gardée de LFI.
Vous soulevez surtout la question de l’antisémitisme de LFI, récemment évoqué par Emmanuel Macron. À la veille des municipales, redoutez-vous un déferlement de haine contre les juifs ?
Le déferlement est déjà sous nos yeux, mais il est insupportable à regarder. Explosion des actes antisémites comptabilisés, agressions de rabbins ou de juifs dans la rue, insultes et discriminations dans l’enseignement secondaire ou universitaire, arrachage des arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi, liste de juifs jetés en pâture par un universitaire avec le soutien de LFI, viol en réunion à Courbevoie, en 2024, d’une jeune fille de 12 ans parce que juive, massacre de l’Hyper Cacher, défenestration de Sarah Halimi, meurtres commis par Mohammed Merah… et, pour parler des municipales, attaques constantes des insoumis, par exemple contre le maire PS de Paris Centre, Ariel Weil, à seule raison de ses origines. Il n’y a que pour Jean-Luc Mélenchon que l’antisémitisme est « résiduel ». Évidemment, puisque nier l’antisémitisme est une condition pour pouvoir continuer à l’alimenter.
En quoi ce livre peut-il être utile pour combattre cet antisémitisme ?
Ce livre est la retranscription de ma plaidoirie dans le procès qui a opposé Raphaël Enthoven à La France insoumise. Il était poursuivi pour avoir affirmé que ce parti était « passionnément antisémite ». J’ai donc réalisé une sorte d’encyclopédie des dérapages de LFI. Il fallait que ce soit chirurgical, factuel, sans effet de manches, pour être incontestable. J’ai voulu témoigner d’une époque, alerter, m’adresser aux électeurs de gauche, aux jeunes, pour leur dire : attention, ne vous laissez pas tromper par une imposture, par un mouvement violent, antisémite, racialiste, antidémocratique sous prétexte qu’il se prétend de gauche, là où il a tous les attributs d’un mouvement sectaire, d’une « meute ». LFI assume d’être antiuniversaliste, antilaïque et de pratiquer le culte d’une personnalité toute-puissante bientôt octogénaire et prête à tout casser pour le pouvoir. J’ai aussi pris soin de publier, dans ce livre, les principaux documents sur lesquels je me suis basé, émanant de LFI (blogs, tweets de Jean-Luc Mélenchon) afin que l’on puisse juger en conscience. On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas.
Voilà un parti qui se prétend de gauche et dont les outrances sont telles qu’il apparaît légitime, pour la justice, de pouvoir le qualifier de « passionnément antisémite »
Que dit le verdict du tribunal ? Que LFI est un parti passionnément antisémite ?
Non. Le tribunal dit qu’on a le droit de dire que LFI est un parti passionnément antisémite, ce qui est différent, mais cela est déjà énorme. Voilà un parti qui se prétend de gauche et dont les outrances sont telles qu’il apparaît légitime, pour la justice, de pouvoir le qualifier de « passionnément antisémite ».
C’est en tout cas votre conviction. Pourquoi ?
Confronté à un propos antisémite, on peut se dire que c’est une maladresse. Quand il y en a deux, on peut conclure à un accident. Quand il y en a 50, le doute n’est plus possible. Ce qui fait preuve, c’est l’accumulation.
L’antisémitisme est devenu un marqueur de ce parti. Quand David Guiraud publie sur X un message faisant référence aux dragons célestes, ce qui correspond à un langage antisémite crypté sur la toile, on peut lui accorder le bénéfice du doute. Le problème, c’est que les exemples de ce type sont légion : des caricatures d’Hanouna tout droit venues du IIIe Reich aux propos de Jean-Luc Mélenchon qui revisite les meurtres d’enfants juifs de Mohammed Merah pour les transformer en complot du système contre les musulmans, en passant par ses attaques contre Yaël Braun-Pivet qu’il accuse d’aller « camper » à Tel-Aviv.
Sans oublier Pierre Moscovici, accusé de parler le langage de « la finance internationale plutôt que le français ». Lorsque Jean-Luc Mélenchon ose dire ne pas savoir qu’il était juif, même les militants insoumis ne peuvent y croire. Et je pourrais continuer cette liste durant une heure trente, comme je l’ai fait dans la salle d’audience. Nous sommes face à un parti qui, pour des raisons électoralistes, par tendance complotiste, par un impensé assimilant juif à argent, réhabilite l’antisémitisme de gauche historique.
Comment expliquez-vous ce basculement, alors qu’il y a encore quelques années Jean-Luc Mélenchon se définissait comme laïque et républicain…
Il a totalement modifié son logiciel. Sa nouvelle lecture de la société est communautariste, quasi séparatiste, et il réintroduit le poison du racialisme jusqu’à applaudir la thèse du « grand remplacement » dans un récent meeting. À cet égard, il fait bien le job de l’extrême droite. Olivier Faure ou certains écologistes voudraient toujours pouvoir s’allier avec ce mouvement pour sauver leurs mandats plutôt que leur honneur. Ceci après avoir fait la leçon à tout le monde sur l’air de « il vaut mieux perdre une élection que son âme ». Ceux qui feront alliance auront donc décidé qu’être maire justifie de collaborer avec des antisémites. LFI a aussi inventé la gauche suprémaciste : le député Carlos Martens Bilongo a expliqué que les Noirs sont plus intelligents et plus endurants que les Blancs. Il faut vraiment mettre sa conscience en bandoulière pour envisager de telles alliances.
Pour ces nouveaux Monsieur Jourdain de l’antisémitisme, le juif est devenu le super-Blanc, la ligne avancée de l’Occident, qu’ils haïssent, contre l’islam, religion fantasmée des déshérités
Paradoxalement, l’antisémitisme de LFI, et plus largement d’une certaine gauche, prospère au nom de la lutte contre le racisme et l’islamophobie…
Au nom du combat contre le racisme, on a réussi l’exploit de redonner ses lettres de noblesse à l’antisémitisme. Par une ironie tragique de l’Histoire, le traumatisme de la Shoah a créé une empathie envers les minorités qui, en quelques décennies, a produit un nouvel antisémitisme. En partant de la volonté de tirer les enseignements du pire crime contre l’humanité, on en revient au même point de départ qui est la haine des juifs. C’est fascinant et terrible.
Pour ces nouveaux Monsieur Jourdain de l’antisémitisme, le juif est devenu le super-Blanc, la ligne avancée de l’Occident, qu’ils haïssent, contre l’islam, religion fantasmée des déshérités. Ils sont passés de l’empathie justifiée à l’égard des minorités à l’empathie dangereuse à l’égard de la religion d’une minorité. Ce qui explique qu’ils n’ont pas grand-chose à faire du massacre des Iraniens puisque ceux-ci se révoltent contre la tyrannie religieuse. Pas une manifestation d’étudiants. Les indignés au poing levé regardent ailleurs. Il y a, dans cette pensée, une haine de soi, un nihilisme civilisationnel suicidaire. L’antisémitisme de LFI dit bien d’autres choses et nous concerne tous.
Comment expliquez-vous l’absence de condamnations judiciaires et parfois même de poursuites à l’égard de LFI ?
On m’a souvent demandé de les poursuivre. J’ai toujours refusé. C’est le débat, la contradiction qui sont nécessaires, et d’ailleurs ils les fuient. Ils ne viennent pas au tribunal, ils ne font pas appel, ils n’ont rien à opposer aux exemples très précis que je cite. Ils ne répondent que par des attaques ad hominem. Pour eux, tout juif est un « soutien du génocide et un sale sioniste ». En bons propagandistes du pire, ils répètent ça en boucle, comme si la répétition valait argument et ils sont reçus avec les honneurs dans les écoles de sciences politiques. C’est complètement fou. C’est comme si à chaque fois qu’un musulman s’exprimait sur n’importe quel sujet, on le traitait de terroriste du 7 Octobre. Ils en sont là en matière d’amalgame à l’égard des juifs.
Par ailleurs, on peut être antisémite ou raciste ou homophobe « à l’abri de la loi »,comme l’a expliqué Raphaël Enthoven. Il suffit d’un peu d’habileté. C’est une illusion de considérer qu’on règle ces problèmes devant des tribunaux. Pour autant, je ne milite pas pour transposer le modèle américain qui autorise à peu près à tout dire. Ce serait contraire à notre culture et à notre histoire. Est-ce que, pour autant, les poursuites judiciaires sont un remède efficace contre la haine et la recherche de bouc émissaire ? Je ne crois pas.
Le Figaro, Interview & Book Review
Jean-François Chemain : «La violence fait partie de l’ADN historique de l’extrême gauche française»
ENTRETIEN – Pour l’historien, auteur de «Notre amie la gauche», la radicalité gauchiste est une forme de messianisme, qui est convaincu de devoir changer la société, quitte à recourir à la violence. Le meurtre de Quentin D., à Lyon, en est selon lui l’illustration.
Dans un essai paru en 2025, Notre amie la gauche (Via Romana), Jean-François Chemain, professeur agrégé d’histoire, propose une clé de lecture singulière pour expliquer la violence qui habite l’extrême-gauche : bien loin d’avoir oublié Dieu, celle-ci est hantée par son absence, au point de vouloir créer la cité idéale ici-bas. De là, cette pédagogie permanente du « bien » contre le « mal ». De là, le rejet absolu de la religion, qui la pousse à embrasser n’importe quoi pourvu qu’une église le rejette. De là, la difficulté à admettre les autres opinions, puisque c’est le salut terrestre qui est en jeu. Et de là la violence, intrinsèque, vue comme légitime, pour changer la société. Jean-François Chemain déroule une généalogie intellectuelle ambitieuse, où se suivent vieux débats théologiques sécularisés, Révolution française et utopies modernes. Le gauchiste de la rue y est vu avant tout comme un héritier ; le descendant d’une école de pensée persuadée que la société peut être conduite vers sa perfection, et qu’il est urgent d’accélérer l’histoire par tous les moyens.
On pourra discuter la thèse, parfois abrupte, volontiers systématique et polémique. Mais l’essai a le mérite d’interroger une tentation française, celle de transformer la politique en catéchisme sans Dieu et sans contradiction possible. Et de nous faire comprendre pourquoi le dialogue s’annonce chaque jour plus compliqué.
LE FIGARO. – Le meurtre de Quentin, jeune militant identitaire de 23 ans, lynché à Lyon par des antifas en marge d’une conférence de Rima Hassan, a mis en lumière le climat violent entretenu par certaines officines d’extrême-gauche. Ce drame illustre-t-il les mécanismes que vous identifiez dans votre essai ? Ce type d’affrontement reflète-t-il une violence propre à l’extrême-gauche, ou reste-t-il malgré tout conjoncturel ?
Jean-François CHEMAIN.- La mort tragique de Quentin me paraît en effet une apocalypse (au sens étymologique de « révélation ») du schéma mental que j’ai décrit dans mon livre, Notre amie la gauche. L’opposition droite/gauche est apparue au début de la Révolution française, en septembre 1789. Elle a vite débouché, à partir du 10 août 1792, sur une radicalisation toujours plus grande, avec les massacres de septembre, l’instauration de la Terreur, puis de la Grande Terreur… Ceux qui ont ordonné ces massacres continuent d’être révérés : des élus LFI se sont récemment rendus à Arras, ville natale de Robespierre, et une plaque à sa mémoire a été apposée dans les cachots de la Conciergerie, là-même où les condamnés à mort attendaient de partir pour la guillotine. La justification de la mort de l’adversaire politique fait bel et bien partie de l’ADN historique de l’extrême-gauche, qui déclare en quelque sorte : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, [et] je me battrai jusqu’à votre mort pour que vous [n’]ayez [pas] le droit de le dire ».
Les responsables politiques et figures médiatiques à l’extrême gauche ne brillent pas par leur esprit de responsabilité depuis le drame. À l’image de Sandrine Rousseau, de nombreux responsables ont joué la diversion en accusant les associations identitaires de harcèlement. À quoi attribuez-vous ce dédain ?
La gauche révolutionnaire était, en 1789, largement issue du clergé d’Ancien Régime, à l’instar de Sieyès, Talleyrand, Fouché, Grégoire, Roux et tant d’autres. Sans oublier Robespierre dont un contemporain a écrit qu’il se prenait pour un prêtre. Les grands acteurs de la Révolution étaient presque tous des « clercs », terme qui désignait initialement les prêtres, mais qui s’est ensuite étendu aux professions d’intellectuels gravitant autour du pouvoir : juges, avocats, universitaires, journalistes… Aujourd’hui, la gauche est le parti des clercs, on y retrouve les professions précitées, dans laquelle elle est très largement majoritaire. Or le propre du clergé est de bénéficier d’un magistère intellectuel et moral qui le place en surplomb de ses ouailles.… En Inde, ce sont les « brahmanes », qui ne peuvent se souiller au contact des « intouchables ». Les clercs de gauche sont pétris de cette certitude de leur supériorité intellectuelle et morale, qui leur donne le droit d’éduquer, rééduquer et punir un peuple réputé immonde. Ils sont incapables de se remettre en question, sauf à déroger de ce statut bien confortable.
Les mêmes responsables évitent d’évoquer le collectif Némésis (que Quentin était venu défendre), qui tente d’alerter sur l’insécurité vécues par les femmes dans une société devenue violente et agressive. Est-ce une crainte de perdre le monopole de la défense des opprimé(e)s ?
Pour la gauche, il y a de bonnes et de mauvaises victimes, de bons et de mauvais bourreaux. On est d’accord pour dire que les viols sont commis par des hommes, et donc en accuser tous les hommes, mais il est hors de question de reconnaître cette évidence que certaines catégories d’hommes, pour des raisons diverses, sont surreprésentés parmi les violeurs. On dénonce les « violences policières » contre certaines catégories de personnes, mais on porte plainte à tout bout de champ contre ses adversaires.
L’extrême gauche affiche une hypersensibilité sociale (exigence des sensitivity readers, de WC intersexes, de safe spaces) tout en tolérant ou pratiquant une brutalité réelle, revendiquée par des mouvements comme les black blocs ou la Jeune Garde. Comment expliquez-vous ce paradoxe entre une empathie exacerbée pour certains et une intolérance violente envers d’autres ?
La « cléricature » d’extrême gauche reprend en les détournant de leur sens premier des schémas intellectuels chrétiens. Les maîtres mots du christianisme sont « amour » et « vérité ». L’extrême gauche les a, une fois pour toutes, assimilées à ses propres idées. Donc tout ce avec quoi elle n’est pas d’accord ne peut être que « haine » et « mensonge », et dès lors tous les moyens sont bons pour s’y opposer. En lynchant un présumé « facho », les antifas ont la certitude de commettre une bonne action.
L’héritage semble plus ancien que le clergé révolutionnaire. Votre essai décrit la tendance la plus à gauche comme « un conservatoire de théories rejetées par l’Église catholique », telles que le pharisaïsme, le pélagianisme ou le manichéisme. Comment cet héritage d’hérésies chrétiennes structure-t-il l’esprit de gauche extrême, et en quoi cela explique sa prétention à imposer une morale parfaite par la force ?
Un enseignement essentiel de l’Église catholique, depuis saint Augustin, est que l’humanité est marquée par le « péché originel », et que tout le monde est pécheur, le pire étant celui qui croit qu’il ne l’est pas. Depuis le Christ, elle combat donc cette tentation bien humaine de certains de se considérer comme des « purs » en charge de combattre le péché… chez les autres. Pélage enseignait que chacun peut parvenir à la sainteté par sa propre volonté… assistée par la menace des châtiments les plus rigoureux. L’extrême gauche mène un combat eschatologique contre le Mal dont, par ce fait, elle s’absout elle-même. C’est ce qui la rend extrêmement agressive, dangereuse, et inaccessible à la compassion.
De la Terreur révolutionnaire aux justifications des massacres au nom du communisme, pourquoi cette violence persiste-t-elle dans l’extrême-gauche contemporaine ?
Depuis qu’elle existe, cette gauche se positionne dans une posture religieuse, qui fait de toute idée contraire une hérésie. Encore une fois, si ce camp de gauche c’est l’amour et la vérité, ceux qui n’en font pas partie sont la haine et le mensonge. Il ne faut pas débattre avec eux, mais les mettre hors d’état de nuire. Leurs opinions sont des délits, il faut les faire condamner en justice pour ensuite venir expliquer : « je ne discute pas avec un repris de justice ». L’étiquette infamante d’« extrême droite » est collée sur une multitude d’idées, les plus diverses, sur le seul prétexte qu’elles ne correspondent pas à la doxa de l’extrême gauche. Elle entraîne ipso facto la présomption que ceux qui en sont frappés sont« haineux » et « violents ». Et doivent donc être mis hors d’état de nuire.
La droite, en face de ce spectacle, se demande souvent « où est Jaurès », et qui sont ses vrais héritiers. Pourquoi les tendances plus modérées, ancrées dans les valeurs républicaines traditionnelles, attachées à la nation, à la souveraineté populaire, disparaissent-elles du débat public ?
Mon grand-père était socialiste et franc-maçon, et pourtant les idées qui étaient les siennes – je discutais beaucoup avec lui – lui vaudraient aujourd’hui l’étiquette d’extrême-droite. Pour lui un homme était un homme, une femme une femme, un Français un Français, un étranger un étranger… Le propre de l’esprit de l’extrême gauche est de glisser toujours plus à gauche, comme sur un toboggan savonneux. Dans sa volonté de toujours plus nous « libérer », ce qui est le cœur du message évangélique, l’extrême gauche détruit patiemment tout ce qui est censé nous aliéner : la religion, la nation, la famille, et même maintenant la nature humaine. Elle le fait légalement, puisqu’elle tient de nombreux leviers de l’opinion et de la décision, depuis l’Université qui pense les nouveaux dogmes jusqu’à la Magistrature qui punit ceux qui les contestent, en passant bien sûr par le Parlement, qui vote les lois rendues « indispensables » par les « évolutions de la société » après que la Presse et la Culture ont bien préparé les esprits. L’abbé Siéyès l’avait dit dès 1789 : le peuple n’est ni assez instruit, ni assez vertueux pour décider par lui-même. Seuls clercs, seule la gauche, savent ce qui est bon pour lui. Et les antifas estiment qu’ils sont là pour le lui rappeler, au prix du sang. Je conclus mon essai par le constat pessimiste qu’il n’y a à mon avis pas de solution au gauchisme, tant il est à la fois une tentation humaine et la pente de notre civilisation post-chrétienne. Seuls le héros et le saint constituent à mes yeux des modèles susceptibles de s’y opposer.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Totschlag in Lyon: Politische Gewalt von links
Die Demokratie ist nicht nur von ganz rechts bedroht, wie sich gerade wieder in Frankreich zeigt. Die Kritik an „La France Insoumise“ ist berechtigt.
In der deutschen Politik läuft auch nicht mehr alles in den geordneten und zivilisierten Bahnen ab, die früher üblich waren. Frankreich aber, so hat man immer wieder den Eindruck, ist schon einen Schritt weiter im Prozess der Radikalisierung und Selbstzerfleischung, der so viele westliche Gesellschaften erfasst hat.
Auf die politischen Blockaden der vergangenen Monate folgt nun eine Gewalttat, deren Umstände alle wesentlichen Zutaten des neuen abendländischen Kulturkampfs enthalten: eine linke israelfeindliche Politikerin will eine Rede an einer linken Uni halten; dagegen wollen migrationsfeindliche Feministinnen protestieren; einer ihrer rechtsextremen Beschützer wird von einer linken Antifa-Truppe erschlagen.
Scharfmacher Mélenchon
Dass unter den mutmaßlichen Tätern ein Mitarbeiter eines Abgeordneten der Linkspartei „La France Insoumise“ ist, stößt in Frankreich zu Recht auf Kritik, und es fällt auf den Parteigründer zurück: Jean-Luc Mélenchon ist ein politischer Scharfmacher, der die fragliche „Junge Garde“ immer in Schutz genommen hat, obwohl sie schon verboten ist.
Die Bedrohung der Demokratie in Europa geht eben auch von ganz links aus, auf diesem Auge ist man auch in Deutschland viel zu oft blind. Aus der „Republikanischen Front“, welche die linken französischen Parteien bei der jüngsten Wahl gegen Le Pen geschlossen hatten, sind die Sozialisten bereits ausgeschert. Zu Recht, wird man angesichts der Tat von Lyon sagen müssen.
CLIMATE POLICY
The Economist (Pay Wall)
Smoke and mirrors : India’s pollution is becoming an economic roadblock
The government’s inaction runs counter to its own goals
AROUND THIS time each year Delhi experiences a brief but magical spell. Spring arrives, gardens erupt in blossom, and for a week or two the sky even turns blue. The city’s 30m people stop obsessing over the toxic pollution, believing that the air is breathable(ish) once more.
It is not. Delhi’s air pollution is a year-round problem. In 2024, the last year for which official data are available, the city did not record a single day in the “good” air category and just 65 in what the government calls “satisfactory”.
The problem is expanding geographically, too. Indians outside the north may soothe themselves with the notion that “at least the air is not as bad as in Delhi”. But that is like taking Afghanistan as a baseline for women’s rights. In Kolkata, in the east, the famed Howrah Bridge is often invisible. In Mumbai, on the western coast, the skyline vanishes behind the haze. Even in the south, where the air is typically cleaner, particulate matter blocks the sun and, quite literally, clogs the arteries.
The reasons for India’s widening air-pollution crisis are many. A big one is the growing ownership of motor vehicles. Poor traffic management causes stop-and-start gridlock, exacerbating emissions. Never-ending road-building and a nationwide construction boom produce enormous quantities of dust. Brick kilns feeding this boom from the edges of cities add to the smoke.
The costs are adding up. Some 1.7m people in India die annually from causes related to bad air, according to the Lancet—anappalling figure. At Davos last month Gita Gopinath of Harvard noted that the economic impact of pollution is “far more consequential” than that of American tariffs. She is right. In 2019 a report by Dalberg, a consultancy, estimated the annual economic loss attributable to air pollution at 3% of GDP. Donald Trump’s tariffs of 50%, briefly imposed but now relaxed, in contrast lowered India’s GDP by 0.6%, according to Goldman Sachs, a bank. Yet tariffs spark immediate policy responses; pollution does not.
Instead, the government plays down the problem. A junior health minister recently told parliament that there is “no conclusive data” linking pollution to death and disease, instead suggesting that the “health effects of air pollution are [a] synergistic manifestation of factors”. The latest budget, delivered on February 1st, cut funding for pollution control.
Smoking provides a useful analogy. Smokers know about long-term health risks. They know, too, that it is an expensive habit. But these are abstract concerns. Unseen economic losses are likewise easy to ignore. Fixing the pollution problem is too difficult, its advantages too far in the future, its electoral benefit too amorphous.
Yet there are plenty of signs that abstract economic concerns are becoming concrete business ones. In a recent filing Shoppers Stop, a chain of department stores, blamed pollution for “reduced consumer mobility and discretionary spending” in the last quarter of 2025. The CEO of Vishal Mega Mart, a supermarket chain, said in an earnings call that “the air-quality issue in north India” had affected consumption growth in the same quarter. Many countries now issue travel advisories warning their citizens about the hazard of pollution in India, which is affecting tourist arrivals. Hundreds of flights are cancelled across north India each winter as pollution causes visibility to plummet.
Businesses are finding it harder to attract and keep talent. In December an Indian executive at a pharmaceutical firm resigned because of Delhi’s pollution. Foreign executives decline jobs in India for the same reason. Last year Bryan Johnson, a visiting venture capitalist, walked out of a podcast recording citing poor air quality.
It is all getting embarrassing. In December a cricket match between India and South Africa was called off because smog made it impossible to see the ball. In January one of the world’s top badminton players pulled out of the India Open in Delhi, citing the bad air (getting a $5,000 fine). Those who did play sent an official complaint to the International Olympic Committee.
What eventually causes a smoker to quit? In many cases, it takes a health scare. The chronic needs to become terrifyingly acute. Something similar is now happening to India’s economy. Pollution is having a direct effect on consumption, growth and thus on Narenda Modi’s often-stated ambition to make India a rich country by 2047. If that doesn’t convince India’s leaders to take action, nothing will. ■
https://www.economist.com/asia/2026/02/15/indias-pollution-is-becoming-an-economic-roadblock
RUSSIAN HISTORY
The Economist (Pay Wall)
An alternative history of Russia and the world : Was Vladimir Putin’s tyranny inevitable?
A new book about Boris Nemtsov, a Putin critic, makes you wonder
The Successor. By Mikhail Fishman. Translated by Michele Berdy. Pushkin Press; 800 pages; £35. To be published in America in May; $40
https://www.economist.com/culture/2026/02/19/was-vladimir-putins-tyranny-inevitable
CULTURE: OF BOOKS AND FREEDOM IN SYRIA
The Economist (Pay Wall)
A book fair in Damascus is a window on the new Syria
But many worry it will not stay open for long
CULTURE: NEW FICTION
Neue Zürcher Zeitung
Als Hochstaplerin im Irak – Nussaibah Younis’ Roman über eine überforderte Uno-Mitarbeiterin
Die Nahost-Kennerin Younis hat ein rasantes Buch über die absurden Zustände in internationalen Hilfsorganisationen vorgelegt. Es ist eine literarische Verarbeitung ihrer eigenen Erfahrungen.
Nussaibah Younis: Fundamentalös. Roman. Aus dem Englischen von Jasmin Humburg. Unionsverlag, Zürich 2026. 377 Seiten, Fr. 32.–.
Was tun, wenn man den Elfenbeinturm der Universität verlassen und die über lange Jahre erworbenen Kenntnisse in der Praxis umsetzen möchte? Die promovierte Kriminologin Nadia Amin, Protagonistin in Nussaibah Younis’ Debütroman «Fundamentalös», steht vor einer solchen Frage, als sie in eine persönliche Krise gerät. Ihre Partnerin Rosy – zehn Jahre waren die beiden zusammen – hat sich rüde von ihr verabschiedet, und so nutzt Nadia ihren «kindischen Liebeskummer» dazu, London den Rücken zu kehren und sich von der Uno für eine Mission im Irak anheuern zu lassen. Sie soll – wir sind in den Jahren 2018/19 – ein Projekt leiten, das zum Ziel hat, nicht aus dem Irak stammende IS-Frauen zu deradikalisieren und ihnen so eine Rückkehr in ihre Heimat zu ermöglichen.
Die 1986 geborene Nussaibah Younis, Tochter eines irakischen Vaters und einer pakistanischen Mutter, ist eine anerkannte Kennerin der Region und hat selbst an einem solchen Programm der Uno mitgewirkt. Ihre Heldin Nadia teilt so offenkundig etliche Erfahrungen ihrer Autorin, wenngleich diese sich, wie sie im Nachwort anmerkt, topografische und zeitliche Abweichungen erlaubt hat, um die fiktionale Glaubwürdigkeit des Erzählten zu erhöhen.
Alkohol, Sex, Korruption
Als Nadia – so setzt der Roman ein – Bagdad erreicht und in die abgeschottete «grüne Zone» der Stadt gebracht wird, spürt sie schnell, auf welch heiklem Terrain sie sich bewegt. Sie fühlt sich als Hochstaplerin, die weder das Land noch die Strukturen der unterschiedlichen, oft miteinander konkurrierenden Uno-Organisationen kennt. Ihre Kollegen beäugen sie misstrauisch, wissend, dass Nadias Idealismus kein Garant für Erfolg ist.
Younis gelingt es mit leichter Hand, Charaktere zu zeichnen, die allesamt wissen, dass mit westlicher Ungeduld und Rechthaberei nichts zu gewinnen ist. Alle wollen sie etwas bewirken, doch ebenso ausgeprägt ist ihr Verlangen, die Privilegien einer Anstellung bei der Uno zu geniessen. Man vertreibt sich die Zeit mit Alkohol und Sex, akzeptiert die Korruption und macht sich gegenseitig die Budgettöpfe streitig.
Widerwillig lernt Nadia mit den absurden Zuständen und dem woken Gehabe ihrer Vorgesetzten umzugehen, spielt notgedrungen mit, wenn eine irakische Ministerin, von der ihr Projekt abhängig ist, für eine marginale Zusammenkunft ein Luxushotel in Beirut anmietet, und sehnt sich immer wieder nach ihrem bequemen Leben in England zurück. Immerhin lenkt sie sich von ihren trübseligen Erinnerungen an Rosy ab und findet Zuflucht in den Armen eines muskulösen, nicht durch ausgeprägte Intelligenz auffallenden Kollegen.
Feuer und Flamme wird Nadia, als es endlich in die Provinz Ninawa geht, wo die «IS-Bräute» in einem Camp untergebracht sind. Die Deradikalisierung kann, so scheint es, beginnen, doch die Frauen mit oft ganz unterschiedlichen Interessen begegnen der übereifrigen Londoner Wissenschafterin mit Skepsis. Nadia lässt sich davon nicht beeindrucken und kümmert sich vor allem um die neunzehnjährige Sara, eine Engländerin, die in die Fänge der Jihadisten geriet und verzweifelt darauf hofft, wieder mit ihrer zweijährigen Tochter vereint zu werden.
Younis hat darauf verzichtet, ein Sachbuch oder Memoir über ihre Erfahrungen zu schreiben – eine kluge Entscheidung, denn die Romanform erlaubt grössere Freiheiten und gibt ihr die Möglichkeit, Anteilnahme am Schicksal der vom IS Verführten zu wecken und Spannung zu erzeugen. Nach und nach gewinnt Nadia Saras Vertrauen, doch als diese die einzige realistische Lösung, ihr Kind wiederzusehen, akzeptiert und Dritt- oder Viertfrau eines viel älteren, fettleibigen Scheichs wird, gibt es für Nadia kein Halten mehr.
Zusammen mit ihrem getreuen Fahrer Farris inszeniert sie ein abenteuerliches Drama: Für viel Geld werden Nadia, Sara und ihre Tochter über die Grenze in die Türkei geschleust, hinnehmend, dass sie sich zeitweilig in einem Kofferraum und in LKW-Reifen verstecken müssen. Erschwert wird das riskante Unternehmen dadurch, dass Sara nach einem unglücklichen Zeitungsinterview die britische Staatsangehörigkeit entzogen wird – ein Geschehen, für das Younis den realen, aufsehenerregenden Fall der Shamima Begum, die ähnliche Erfahrungen wie Sara machte, aufgreift.
«Schlampe mit Helfersyndrom»
Younis hat ein hoch lesenswertes, rasantes Buch geschrieben, das Sentimentalitäten vermeidet. Stilistisch präzise, ohne übergrosse literarische Ambitionen lässt sie sich auf die Widersprüche ihrer Figuren ein. Was bedeutet es für Nadia, wenn sich ihre Mutter vier Jahre lang nicht bei ihr meldet, weil sie mit ihrem Lebenswandel nicht einverstanden ist? Wie soll Nadia, die die Moral auf ihrer Seite glaubt, damit umgehen, dass die gerettete Sara wenig Dankbarkeit zeigt, sie als «Schlampe mit Helfersyndrom» bezeichnet und künftig lieber mit ihrer muslimischen Sippe zusammenleben will?
Streiten lässt sich darüber, ob der Roman am Ende nicht zu stark darauf setzt, optimistische Signale auszusenden und seine gebeutelten Figuren in ein ruhigeres Fahrwasser zu lenken. Unstrittig jedoch ist, dass Younis gut beraten war, ihrem mit so ernsten Themen befassten Roman reichlich Komik beizugeben. An Sitcoms geschult, schreibt sie brillante Dialoge, die mit ihrem Witz den Akteuren und Lesern psychische Entlastung schenken. So erklärt sich auch der eigenwillige deutsche Titel «Fundamentalös», der das Original «Fundamentally» geschickt in eine Richtung verschiebt, die Younis’ Gratwanderung zwischen Ernst und Komik gut markiert.
Grossartig zum Beispiel, wie Nadia, da die zu resozialisierenden IS-Frauen «religiöse Bildung» erfahren sollen, einen kuriosen kalifornischen Imam anheuert, der von der Friedensreligion Islam schwadroniert und wie ein «verkleideter Student auf dem Weg zu einer Verbindungsparty» aussieht. Natürlich nehmen die Frauen ihn nicht ernst, und er muss einsehen, dass seine salbungsvollen Weisheiten mit der Realität in einem irakischen Camp wenig zu tun haben. Auf diese Widersprüche hinzuweisen, das ist nicht der kleinste Vorzug dieses Buchs.
CULTURE: MOVIES
The Wall Street Journal (Pay Wall)
‘Midwinter Break’ Review: A Long Marriage Cracking on Film
Ciarán Hinds and Lesley Manville play a couple on a trip to Amsterdam whose long-simmering issues slowly, quietly come to the surface.
The Times of Israel
‘And the Oscar for best Palestinian propaganda goes to…’
A 5-year-old Gazan girl has become a martyred symbol of Israeli brutality in one of 3 pro-Palestinian films short-listed for an Academy Award
Preface: The New York Times published a feature, “Decades of Palestinian History, Told By 3 Films With Award Hopes” (Feb. 11), interviewing the directors of the three films cited here. Their comments, and the reporting of Sara Aridi, a Times editor and writer, ignore the origins, context and complexity of the conflict and portray the Palestinians as victims rather than aggressors.
Israel, through blood, guts and tears, has achieved a military victory over Hamas terrorists. But in terms of public perception here and around the world, the Jewish state has suffered a stinging defeat – in part, and increasingly, through well-produced, deeply biased “historical dramas” that cast Palestinians as noble victims at the hands of violent, inhumane Jews.
Three of the five entries short-listed for Best International Feature Film at the Academy Awards on March 15 deal with Palestinian history through a one-sided lens. Given the current political climate, with Israel widely seen as a pariah state, and Hollywood’s reputation as a bastion of progressive views, it seems certain these films will receive a great deal of laudatory attention on Oscar night, in front of a global audience, and going forward.
As Rachel O’Donoghue of HonestReporting observes in a thoroughly researched analysis, “a new genre is taking shape with lasting consequences: by framing Gaza through the moral language of historical atrocity, these films risk cementing distortions that will outlive the war itself.”
Each of the films is emotionally charged, fully sympathetic to the Palestinian struggle, presents Israel in villainous terms and makes little effort to back moral claims with sufficient facts and historical context. In large part, film critics have been so impressed with the emotional impact of these films that they pay little attention to the bias of the narratives – or they simply share the sentiment.
For example, in reviewing “All That’s Left of You,” the Jordanian entry that scored 100 percent on Rotten Tomatoes, Roger Daniels, a Chicago-based film critic writing on RogerEbert.com, said the film was “immaculately rendered” in offering a fictional multi-generational drama of the suffering of one Palestinian family from 1948 to current times. Produced by Javier Bardem and Mark Ruffalo, the film depicts the family enduring violent displacement, trauma and humiliation from inhumane Israeli soldiers. There is no effort to provide context for the war that began on May 15, 1948, when five Arab armies attacked and sought to destroy the state of Israel, which had declared independence the day before. But Daniels wrote that the film “smartly interweaves … instances of degradation with varieties of violence inflicted at every level of Israel’s occupying apparatus. Some of it is physical – like arrests, imprisonment and death – some psychological, and others bureaucratic.”
The Palestinian entry for an Oscar, “Palestine 36,” stars Jeremy Irons and focuses on the 1936-1939 Arab revolt against British rule in Palestine, casting the Jews in a harsh light. It received a 20-minute standing ovation after its world premiere at the Toronto International Film Festival last September, and rave reviews from numerous film critics. This, despite the fact that some historians noted the film avoids mention of Arab violence against Jews that set off the revolt, and the role of the Grand Mufti of Jerusalem, who supported and collaborated with Hitler in opposing a Jewish presence in Palestine.
Writing in The Free Press, author and journalist Oren Kessler concludes in “The Bad History of ‘Palestine 36’” that the film is “a morality play of colonial cruelty” that portrays Jews as “voiceless pantomime figures” or wretches.
Perhaps best-known and most heart-wrenching of these Oscar nominees is Tunisia’s entry, “The Voice of Hind Rajab,” based on the true story of the death of a five-year-old Gazan girl trapped in a car in the midst of the war. Responding to an IDF evacuation of an area, she and six relatives fled from the fighting on January 29, 2024. Their car was fired on and everyone else in the car was killed. Hind managed to speak by phone to her mother and Palestinian rescue dispatchers, who sought to save her but were unable to. She was found dead in the car 12 days later.
To add weight to the tragedy, Hind’s frantic conversations from the car were recorded. They became the emotional core of this highly praised “docudrama” and of a foundation launched in Hind’s name. Its core mission, it says, is to use “offensive litigation” and take legal action for “war crimes” and “atrocities” against the state of Israel.
In effect, the story of Hind’s death has become a powerful political and cultural cause with major implications. And while the details surrounding the events of that tragic incident two years ago are under dispute – Israeli officials have said IDF forces were not in the area of the car that fateful day – The Hind Rajab Foundation doggedly pursues Israeli soldiers for war crimes, and the film advances the narrative of Israel as an evil force, heartless in its efforts to destroy the people of Gaza, including a helpless child.
There is no mention of Hamas or its brutal attack that launched the war by slaughtering 1,200 Israeli men, women and children, and taking 251 hostages on October 7, 2023.
A disclaimer at the outset of the film says it is “based on real events,” and filmmaker Kaouther Ben Hania asserts, “this is not a story. This is history.” But HonestReporting’s O’Donoghue notes, “emotional power does not absolve factual responsibility. If anything, it heightens it. That obligation is precisely where ‘The Voice of Hind Rajab’ fails.” She charges that vital, disputed aspects of the incident “have been systematically flattened into certainty by activists, NGOs, and – now – cinema.”
In this case, O’Donoghue cites the efforts of Mark Zlochin, an independent researcher and data analyst whose detailed report on Substack raises a number of inconsistencies about the incident, involving low visibility and fog-of-war battlefield conditions, unexplained timeline gaps, shifting accounts and omitted communications. Zlochin writes that soon after the tragedy took place, major media outlets like Al Jazeera, the BBC, The Washington Post and Sky News “published reconstructions that turned a chaotic battlefield episode into a tale of deliberate execution … meticulously engineered for maximum outrage.”
The combination of a film that “flattens war into myth,” as O’Donoghue writes, and journalists who repeat and expand on unproven allegations, has a powerful effect. It creates and advances a false narrative that soon becomes accepted as fact, as history.
The tragic Hind Rajab episode, and how it has been reinterpreted and deployed as a propaganda tool, brings to mind the death of another innocent Gazan child more than 25 years ago. On September 30, 2000, the day after the Second Intifada broke out, Muhammad al-Durrah, age 12, reportedly was killed while huddling with his father to avoid Israeli and Palestinian cross-fire near the Gaza border. The Arab world claimed the shooting was deliberate, and made a symbol and martyr out of Muhammad, memorializing him on postage stamps. Israel conducted its own investigation and found that the fatal shots most likely came from Palestinians. Thirteen years later, another Israeli report said the “shooting” was staged and the boy was not harmed. All these years after the incident, the debate – and search for the truth – continues.
The Hind Rajab tragedy may well suffer the same fate. Rachel O’Donoghue told me the reason she continues to report on the Mideast conflict, separating fact from fiction, is because she is an optimist, hopeful that in the end the facts will prevail. But she and others believe there will be more films like these three because much of the world population and mainstream media are open to the images of Israelis as oppressors and Palestinians as victims. “Not only Gaza, but Israel’s entire past, will be re-imagined through this lens,” O’Donoghue wrote – “a process that does not merely criticize a state but delegitimizes its very existence.
“And once committed to the big screen,” she concluded, “those myths will be far harder to dismantle.”
About the Author
Gary Rosenblatt, a Pulitzer Prize finalist, is the former editor and publisher of The Jewish Week of New York. Follow him as a free or paid subscriber at garyrosenblatt.substack.com.
https://blogs.timesofisrael.com/and-the-oscar-for-best-palestinian-propaganda-goes-to/
Neue Zürcher Zeitung
Heisse Sonne, kaltes Herz: François Ozon verfilmt Camus’ «L’Étranger» sinnlich-unterkühlt
Ein Mann erschiesst am Strand einen Fremden – und wirkt ungerührt. François Ozon macht aus dem Klassiker von Albert Camus ein scharf konturiertes Drama über Entfremdung und Kolonialismus.
Mit «L’Étranger» hat François Ozon einen Roman verfilmt, der auch ausserhalb Frankreichs zu den meistgelesenen des 20. Jahrhunderts zählen dürfte. Allein in der Originalfassung von Albert Camus’ Werk sind seit der Erscheinung 1942 über zehn Millionen Exemplare über den Ladentisch gegangen. Der anhaltende Erfolg deutet darauf hin, dass die Sogkraft der Erzählung weiterhin intakt ist. Auch als sinnlich-unterkühlte Adaptation überzeugt der Stoff.
Wer ist Meursault, der Protagonist der Erzählung, der wie ein «Fremder in der eigenen Gesellschaft» lebt? Seinen Verlust von Zugriff und Verlangen, sein gebrochenes Verhältnis zur Welt hat Ozon in einer dezidierten Bildsprache umrissen. Die harten Konturen der Schwarz-Weiss-Aufnahmen spiegeln die blanken, bis auf die Knochen reduzierten Sätze von Camus. Sie faszinieren wohl auch deshalb, weil sie jede Tiefe vermissen lassen und dennoch stets unergründlich erscheinen.
Kompromisslose Direktheit
Der Handlungslinie (nahezu) wortgetreu entsprechend, folgt die Kamera einem jungen Franzosen aus Algier. Der geht kurz nach dem Tod seiner Mutter mit einer ehemaligen Arbeitskollegin ein Verhältnis ein, befreundet sich mit einem zwielichtigen Nachbarn und erschiesst kurz danach am Meeresstrand einen ihm unbekannten Mann. Zu seiner Tat befragt, wird er zu Protokoll geben: Sie inspiriere ihn eher zu Langeweile als zu Reue.
Die Glaubwürdigkeit der Figur ist in erster Linie der Performance von Benjamin Voisin zu verdanken. Sein reduziertes, schillerndes Spiel, seine wechselweise fordernde und abweisende Körpersprache erzeugen genügend Spannung, um das Interesse an ihm wachzuhalten. Selbst wenn sich seine Dialogzeilen auf ein Minimum beschränken.
Irritiert die Figur mit ihrem fliehenden Verhalten, so fasziniert sie zugleich dank ihrer kompromisslosen Direktheit. Dies mag auch die ungebrochene Zuneigung von Meursaults Freundin Marie erklären, die – von Rebecca Marder mit einer Mischung aus Ernst und physischer Intensität gespielt – trotz seiner bisweilen schroffen Zurückweisung mit bewundernswerter Konstanz zu ihm hält.
Wie die Vorlage ist der Film in zwei Teile gegliedert, die mit knappen, jeweils im Off gelesenen Textzitaten ausklingen. Die erste Hälfte ist von grellem Weiss dominiert, das die sengende Hitze förmlich spürbar macht. Die Beerdigung von Meursaults Mutter findet im sonnenverbrannten Hinterland statt, die anschliessende Begegnung mit Marie im Strandbad von Algier ist in gleissendes Licht getaucht.
Selbst die harten Filmschnitte, die die Chronologie der Ereignisse nachgerade verschwimmen lassen, scheinen sich an Meursaults Entfremdung zu orientieren: Er zeigt keine Trauer, raucht während der Totenwache und vergnügt sich am folgenden Tag im Kino.
Der zweite Teil von «L’Étranger» spielt im verdunkelten Gerichtssaal, später in einer schwarzen, mittelalterlich anmutenden Zelle. Während des Prozesses wird auch ausgesprochen, worin sein Verbrechen besteht: Schwerer als der «Tod eines Arabers» wiegt seine mangelnde Empathie. Den Kulminationspunkt erreicht das Plädoyer des Staatsanwalts mit dem Satz, der Angeklagte habe seine Mutter «mit dem Herzen eines Kriminellen beerdigt».
Der historische Rahmen der Handlung stellte neben der psychologischen Herausforderung zweifellos die zweite Schwierigkeit dar, die Ozon zu bewältigen hatte. Im Gegensatz zu Luchino Visconti, der die Erzählung 1967 in naturalistischem Duktus verfilmte, hat sich der französische Regisseur entschieden, die zeitliche Distanz zur Vorlage hervorzuheben.
Eingeführt wird die Inszenierung durch Ausschnitte aus einer Wochenschau, als Algerien unter Kolonialherrschaft stand. Auch die Nebenfiguren wie Meursaults Nachbarn Raymond Sintès oder Salamano (Denis Lavant), ein alter Witwer, der seinen Hund misshandelt und dennoch heisse Tränen vergiesst, als dieser das Weite sucht, könnten aus einem Film der 1930er Jahre stammen.
Meursault begegnet seiner Mutter wieder
Auffällig in diesem Kontext ist Ozons Entscheidung, dem (bei Camus anonym gebliebenen) Opfer einen Namen zu geben und der Schwester des Toten, die in der Vorlage ebenfalls nur einen schemenhaften Auftritt hat, eine kurze Szene zu schreiben. Die Strandsequenz, die mit den tödlichen Schüssen endet, verrät in ihrer homoerotischen Färbung eine subjektive, persönliche Interpretation.
Umso frappanter ist dann Ozons untergründige Texttreue am Ende, nach einer vielleicht zu langen Tunnelszene mit dem Gefängnisgeistlichen, in der die philosophische, bisweilen als «absurd» qualifizierte Dimension der Erzählung verdichtet zum Ausdruck kommt. Auf das Dunkel in der Zelle folgt ein helllichter Tagtraum, in dem Meursaults Mutter, in der Wüste neben einer Guillotine stehend, ihrem Sohn wiederbegegnet.
Camus’ berühmter Einführungssatz «Heute ist Mama gestorben» findet hier ein radikales, aber schlüssiges Echo: Die Hitze, die Meursault während der Beerdigung der Mutter betäubt, führt zu den fatalen Schüssen am Strand. Die Risse, die sich nach ihrem Tod durch das «Gleichgewicht des Tages» ziehen, werden sich durch seine Tat zu Abgründen weiten.
«L’Étranger»: Im Kino (123 Minuten).
Neue Zürcher Zeitung
Berlinale 2026: Und täglich grüsst der Bekenntniszwang
Stars wie Tilda Swinton setzen die Festivalleitung mit moralischen Maximalforderungen unter Druck. Derweil zeigen zumindest einige Filme, dass politische Kunst mehr sein kann als nur Parolen.
Tricia Tuttle ist gerade nicht zu beneiden. Statt Glanz und Gloria steht für sie «Und täglich grüsst der Bekenntniszwang» auf dem Programm. Ständig ist die Direktorin der Berlinale damit beschäftigt, auf blindwütige Pro-Palästina-Aktivisten zu reagieren und eine ins Groteske abgerutschte Debatte um Politik und Film wieder halbwegs aufs Gleis zu hieven. Eine enervierende Aufgabe, für die sie nur von wenigen Gemässigten wie Kulturstaatsminister Wolfram Weimer Dank erhält.
Der jüngste Eklat: ein offener Brief, unterzeichnet von inzwischen rund neunzig Filmschaffenden. Die prominentesten unter einer Riege von Mitläufern sind die Schauspieler Tilda Swinton und Javier Bardem oder die Fotografin Nan Goldin. Sie beschuldigen die Berlinale des «institutionalisierten Schweigens zum Genozid an den Palästinensern» und behaupten, kritische Stimmen würden unterdrückt und zensiert, auch durch Einmischung der deutschen Politik.
Berlin wird Ersatzkampfplatz
Besonders pikant ist einmal mehr die Rolle von Tilda Swinton in dieser einseitigen Farce. Die Schottin war jahrelang Stammgast in Berlin, geradezu inoffizielles Gesicht der Filmfestspiele. Letztes Jahr tat sie ihre israelfeindlichen Sympathien für die Bewegung BDS (Boykott, Desinvestitionen und Sanktionen) kund, die zum Boykott sowohl von Israel als auch der Berlinale aufruft.
Das hielt die Schauspielerin jedoch nicht davon ab, eigenhändig den Goldenen Ehrenbären in Empfang zu nehmen. Wichtiger als ihr Ego scheint das Leid der Palästinenser also nicht zu sein. Kaum jemand verkörpert besser als Swinton, dass Filmemachen und Politik tatsächlich getrennt gehören, wie der Jurypräsident Wim Wenders vorschlug.
Tuttle wehrt sich in Interviews standhaft gegen die Vorwürfe: Die Berlinale verstehe zwar die Wut über die Lage in Gaza, doch das dürfe nicht zu Desinformation und falschen Verdächtigungen führen. Niemandes Meinungsfreiheit werde eingeschränkt. Überhaupt zeigt die Amerikanerin in ihrem zweiten Jahr eine wache Präsenz, ist in ihren Statements souverän und versucht, so viel Offenheit wie nur möglich zu bewahren, ohne völlig beliebig zu werden.
Dennoch hätte die Berlinale nach den Skandalen von letztem Jahr gerade hinsichtlich der Jury besser klären sollen, wie man clever auf das Thema Gaza reagiert. Womöglich unterlag man der Illusion, dass nach dem Waffenstillstand auch die Aktivisten abrüsten würden. Aber wie man seit Corona weiss: Wer sich in ein Thema verrannt hat, sieht diskursiv keinen anderen Ausweg mehr als Mauern. Sudan? Iran? Nein, an der Haltung zu Gaza soll die Welt genesen. Und die Berlinale wird zum Ersatzkampfplatz für alle, die es bedauern, dass Israel nach wie vor auf der Landkarte ist.
Ausgerechnet betrunkene Künstler?
Ohnehin steht die Berlinale als wichtigster internationaler Kulturanlass in Deutschland traditionell unter Dauerbeschuss. Als müsste sich ein deutsches Klischee bestätigen, wird beständig genörgelt, nicht nur über das eisige (dennoch winterlich schöne) Wetter oder die weite Leere des Potsdamer Platzes, die allerdings auch schon ärger war. Zu wenige Stars seien geholt worden, hiess es. Stimmt, ein Brad Pitt oder ein George Clooney fehlen heuer.
Doch in den letzten Jahren erkaufte sich die Berlinale, wie es auch bei anderen Festivals Usus ist, gerne die eine oder andere Prominenz für den Preis völlig belangloser Filme. Und in diesem Jahr waren mit Michelle Yeoh, Juliette Binoche, Amanda Seyfried oder Ethan Hawke ebenfalls keine völlig Unbekannten da. Letzterer wehrte sich als einer von wenigen ironisch gegen die Gaza-Gängelung: «Ausgerechnet gejetlagte, betrunkene Künstler sollen politische Richtlinien vorgeben?»
Auf die Pop-Sängerin Charli XCX wartete am Zoo-Palast ein jüngeres Publikum aus Hunderten kreischender Fans. Die Britin präsentierte die Mockumentary «The Moment», in der sie ihren vermeintlichen Absturz nach dem von ihr ausgelösten Trend «brat summer» im Jahr 2024 behandelte. Eine auch ästhetisch zeitgemässe Satire auf die Musikindustrie, voll abgeklärter Ironie und Oberflächenspiegelungen. Nicht brillant, doch aussagekräftig.
Die Berlinale vermag keine grossen künstlerischen Massstäbe mehr zu setzen wie Venedig oder Cannes. Aber sie hat ein Sensorium für manche Trends, nicht nur dank dem europäischen Filmmarkt, dessen Teilnehmerzahl um fünf Prozent wuchs. Auch die Verlagerung von Hollywood nach Europa ist sichtbar: So spielt die grossartige Amy Adams als Ex-Ballerina mit Alkoholproblem in Kornél Mundruczós Drama «At the Sea», das trotz anfänglich starken Momenten allerdings absäuft.
Auf dem Papier liest sich das Programm teils unspektakulär, teils abgedroschen. Was auch an den ungelenken Beschreibungen der Filme liegt; vielleicht sollte man den Einsatz von KI überdenken. Die Sektion «Interessen», unter deren Kategorien die Filme thematisch subsumiert werden, ist so amüsant wie fragwürdig: Furchtlose Frauen? Queere Zeitreisen? Was soll man sich darunter vorstellen und wozu? Man braucht ja nicht zuerst von Komplexität reden, um dann solche schrägen Schubladen zu öffnen, die dem Gezeigten nicht ansatzweise nahekommen.
Es bleibt in der Familie
Die gute Nachricht: Es gibt viele ordentliche Filme, kaum Totalausfälle. Die schlechte: Es gibt viele ordentliche Filme, aber wenig wirklich Herausragendes. Das deutsch-österreichische Picaro-Drama «Rose», in dem Sandra Hüller eine Frau spielt, die sich im 17. Jahrhundert als Mann verkleidet durchschlägt, zählt zu den Kritikerlieblingen und hat wohl Chancen auf einen Bären bei der Preisverleihung am Samstagabend.
Auffallend viele Filme fokussieren auf die Familie. Der Staat und seine Institutionen scheinen nicht nur in der Realität, sondern auch im Kino zu erodieren. Das Programm liesse sich ebenso mit «Home Stories» überschreiben, so der Titel des launigen Ost-Kammerspiels von Eva Trobisch. Auch in «A New Dawn», «Dao», «The Loneliest Man in Town» oder «Gelbe Briefe» gehen die Dynamiken von privaten Kreisen aus. Die Figuren sind oft traumatisiert, einsam oder krank. Idylle ist das keine, aber Resonanzraum für wesentliche Zeitfragen.
So auch in einem weiteren Highlight des Wettbewerbs, «Queen at Sea», einem ungeschönten Blick auf den menschlichen Zerfall. Ein altes Ehepaar hat Sex, doch die Tochter, gespielt von Juliette Binoche, interveniert: Darf und sollte der Mann das wirklich initiieren? Seine Frau ist hochgradig dement, weiss gar nicht, was geschieht. Sofort rücken Polizei und Sozialamt an, die jedoch keine grosse Hilfe sind.
Ein kluger, verstörender Film, der grundsätzlich hinterfragt, wo die Autonomie des Einzelnen endet – und die anderer Akteure wie des Staates beginnt. Ein Film, der das einlöst, was die Aktivisten so vehement einfordern: politische Kunst.
https://www.nzz.ch/feuilleton/berlinale-2026-und-taeglich-gruesst-der-bekenntniszwang-ld.1925645
February 19, 2026 – SUMMARY
DOES EUROPE NEED EUROBONDS?
Contrepoints
Eurobonds et « Maison France » : le mirage de la souveraineté par la mutualisation de la dette
L’appel d’Emmanuel Macron à instaurer une capacité commune d’endettement à l’échelle des 27 pour financer les industries de défense, du numérique et la transition verte ne doit pas être lu comme une simple ambition européenne. Pour la France, la mutualisation de la dette via des « eurobonds » ne peut s’analyser que comme une stratégie de survie budgétaire. Une tentative de dilution d’un risque national devenu trop visible.
« On vous ment sur les chiffres. La vérité ? La France est une société en faillite technique. »
Avec une dette publique supérieure à 115 % du PIB et une charge d’intérêts appelée à atteindre environ 59 milliards d’euros en 2026, la France se rapproche d’un seuil critique : celui où le service de la dette devient le premier poste budgétaire de l’État. L’abaissement de la note souveraine par S&P à A+, motivé notamment par l’incertitude entourant la trajectoire des finances publiques, n’est pas un détail technique, c’est un signal de danger systémique. Parler de « faillite » pour un État de la zone euro serait juridiquement excessif, mais parler d’une simple fragilité structurelle ne l’est plus. La France vit (ou survit) sous perfusion obligataire.
Aujourd’hui, environ les deux tiers de la dette négociable française (hors titres détenus par la Banque de France dans le cadre de la politique monétaire) sont détenus par des investisseurs non-résidents. Luxembourg, Royaume-Uni et autres fonds internationaux sont les bailleurs de la « Maison France » qui, ainsi, repose largement sur des capitaux extérieurs. Comment prétendre à l’autonomie stratégique face aux États-Unis ou à la Chine tout en dépendant structurellement de créanciers internationaux pour équilibrer son modèle public ? Dans ce casino fiscal européen, la France joue avec de l’argent qu’elle ne produit plus suffisamment. Elle compense par l’emprunt ce qu’elle refuse d’ajuster par la réforme.
La mutualisation via des eurobonds apparaît alors comme un mécanisme d’adossement : créer un actif européen commun pour masquer le risque spécifique français derrière une signature collective de l’UE. Autrement dit, transformer une vulnérabilité nationale en dette partagée.
Cette stratégie se heurte pourtant à une réalité politique. Outre-Rhin, la culture de rigueur budgétaire reste (malgré certaines décisions controversées du chancelier actuel) la doxa. D’autres États membres ont engagé des réformes profondes quand la France diffère les siennes. La Cour des comptes évoque un effort structurel supérieur à 100 milliards d’euros pour stabiliser nos finances. Cet ajustement est repoussé année après année.
Le Budget 2026, adopté aux forceps via l’article 49.3, illustre cette incapacité chronique à arbitrer le train de vie de l’État. Chaque euro emprunté au niveau européen ne fait que différer le mur qui se dresse devant nous : une dynamique d’intérêts croissante qui réduit mécaniquement nos marges de manœuvre.
Le paradoxe est total
Nous prétendons financer l’avenir : défense, transition énergétique et industrie, alors que nous peinons à payer le passé. L’ajustement budgétaire repose principalement sur une pression fiscale accrue : taxes sur les holdings, prélèvements présentés comme « temporaires », contributions exceptionnelles reconduites. La réduction des dépenses structurelles demeure marginale, pour ne pas dire inexistante.
Pendant ce temps, nos voisins affinent leur attractivité. La Belgique adapte son régime fiscal pour attirer encore plus d’expatriés et l’Italie déploie une fiscalité particulièrement favorable sur les successions. Au demeurant la mutualisation ne changera rien. Notre part de la dette commune ne nous appauvrira pas moins que s’il s’agissait de dette propre et in fine les contribuables français en paieront les intérêts et supporteront le remboursement du capital avec leurs impôts ! Un Eurobond qui serait apparemment un instrument de puissance collective ne serait en fait qu’moyen de sauvetage cosmétique et éphémère. La dilution de notre incurie ne serait pas un remède.
La souveraineté ne se décrète pas par l’endettement partagé. Elle suppose crédibilité, discipline et cohérence fiscale. À défaut, l’indépendance financière individuelle devient une stratégie rationnelle de protection patrimoniale face à une trajectoire publique incertaine.
L’indépendance financière n’est plus un luxe mais une nécessité. Ce qui suppose aussi courage et vérité de la part du gouvernement autant que des Français.
EUROPE’S DEFENSE: WAS FRANCE RIGHT ALL ALONG?
The Economist (Pay Wall)
Charlemagne: That irritating feeling that France was right
Donald Trump’s America makes Gaullism respectable again
https://www.economist.com/europe/2026/02/18/that-irritating-feeling-that-france-was-right
EUROPE’S DEFENSE: DOES GERMANY NEED THE BOMB?
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Merz will Keine Atombombe: Die Furcht des Kanzlers vor der Bombe
Friedrich Merz will nicht, dass Deutschland über eigene Atomwaffen zur Abschreckung nachdenkt. Doch nicht das Nachdenken wäre fahrlässig, sondern das Nichtnachdenken.
Bundeskanzler Merz „möchte nicht, dass Deutschland über eine eigenständige atomare Bewaffnung nachdenkt“. Diesen frommen Wunsch müsste er nicht äußern, wenn es nicht Gründe dafür gäbe, über das lange Undenkbare nun doch nachzudenken. Aber es gibt sie, und deshalb wird auch über das letzte Tabu der deutschen Sicherheitspolitik nachgedacht, in Deutschland und anderswo. Bei einer zentralen Frage der nationalen Sicherheit nicht alle Optionen wenigstens zu durchdenken, wäre verantwortungslos.
Deutschland ist, wie ganz Europa, mit einer doppelten Zeitenwende konfrontiert: Putin hat der europäischen Friedensordnung den Krieg erklärt, und Trump fühlt sich nicht dazu berufen, sie gegen den Aggressor aus dem Osten zu verteidigen. Ein Hauptgrund, warum aber auch die Europäer die erste Verteidigerin ihrer Freiheit und Sicherheit, die Ukraine, nicht so massiv unterstützen, dass Russland an den Rand einer Niederlage geriete, ist die Angst vor der Eskalation bis zum Atomwaffeneinsatz. Schon seit dem Überfall auf die Krim sichert Putin seinen Angriffs- und Vernichtungskrieg mit seinem eigenen Atomschirm ab.
Putins Abschreckung funktioniert
Und des Kremls Abschreckung funktioniert. Das Zögern der Regierung Scholz bei der Lieferung jedes Großwaffensystems an die Ukraine ist ebenso ein Beleg dafür wie die Weigerung des Kanzlers, Kiew den „Taurus“ zu überlassen, was er als Oppositionsführer noch ultimativ verlangt hatte. Trump entzieht der Ukraine sogar weitgehend die amerikanische Unterstützung und drängt sie dazu, Putin noch mehr Land und Leute abzutreten, als der schon geraubt hat. Solches Appeasement kann Putin nur als Anreiz zur Fortführung seiner revisionistisch-imperalistischen Agenda verstehen.
In dieser Situation sind insbesondere die „nuklearen Habenichtse“ in Europa mindestens sosehr wie in den heißesten Phasen des ersten Kalten Krieges auf den Schutz durch den Atomschirm der Supermacht USA angewiesen. Schon immer gab es Zweifel, ob die Amerikaner in einem Konflikt mit den Russen in und um Europa bis auf die oberste Sprosse der Eskalationsleiter steigen würden, auf der ihre eigene Existenz gefährdet wäre. Trump aber hat diese Zweifel durch seine Haltung zu Europa und im Umgang mit den Verbündeten (Grönland) bis an den Punkt vergrößert, an dem Putin glauben kann, einen Krieg gegen europäische NATO-Staaten führen zu können, ohne in einem nuklearen Schlagabtausch mit den Amerikanern zu landen.
Auch Merz sieht das Unverkennbare
Auch der Kanzler sieht das Unverkennbare, sonst müsste er nicht laut darüber nachdenken und auch schon mit Macron darüber reden, inwieweit das französische Nukleararsenal den Glaubwürdigkeitsverlust des amerikanischen Schutzversprechens wettmachen könnte. Dazu könnten auch die Atomraketen Großbritanniens beitragen.
Doch selbst zusammen vermögen die europäischen Nuklearmächte nicht einmal entfernt das Einsatzpotential aufzubieten, das die USA im konventionellen wie im nuklearen Sektor haben. Es ist nötig, um Putin gestuft und damit glaubwürdig abschrecken zu können. Die Frage „Mourir pour Vilnius/Varsovie/Berlin?“ würde sich für Paris viel schneller stellen als für Washington. Wie sie von einer Präsidentin Le Pen oder einem britischen Premierminister Farage beantwortet werden würde, kann man sich jetzt schon denken.
Nukleare Teilhabe an der Force de Frappe ohne FCAS?
Eine „nukleare Teilhabe“ Deutschlands an Frankreichs Force de Frappe nach dem amerikanischen Modell würde im Übrigen voraussetzen, dass die Luftwaffe geeignete Trägersysteme dafür hätte. Deutschland würde FCAS, wie Merz einwendet, tatsächlich nicht für einen Flugzeugträger brauchen, den es (noch) nicht hat, wohl aber um französische Atombomben ins Ziel bringen zu können.
Angesichts der Unsicherheit, wie verlässlich der amerikanische Atomschirm noch ist und wie abschreckend die französischen und britischen Schirmchen auf Putin wirken, ist nicht das Nachdenken über eine deutsche Atombewaffnung (wie schon unter Adenauer) fahrlässig, sondern das Nichtnachdenken.
Man kann – muss aber nicht – zu dem Schluss kommen, dass die völkerrechtlichen Hürden für eine deutsche Bombe zu hoch und die (sicherheits-)politischen Folgen zu nachteilig wären. Immer wieder genannte Risiken wären das offizielle Zuklappen des amerikanischen Schutzschirms (das also für möglich gehalten wird) und das Brechen der Nichtverbreitungsdämme, wenn auch Deutschland zur Atommacht werden wollte.
Immer nur zu deklamieren, dass Deutschland weiter existenziell auf die erweiterte US-Abschreckung angewiesen sei, beseitigt jedoch das Glaubwürdigkeitsproblem nicht, das den Namen Trump trägt; es vergrößert nur dessen Erpressungspotential.
Und andere Staaten müssen nicht zwangsläufig abwarten, ob Berlin seine Berührungsängste überwindet, für die es auch innenpolitische Gründe gibt. Der polnische Präsident Nawrocki hat, obwohl er Trump geradezu verehrt, schon über die polnische Bombe nachgedacht. Er will sie haben.
EUROPE’S DEFENSE: FCAS
Contrepoints
Friedrich Merz : « L’Allemagne n’a pas besoin du même avion de combat que la France »
Nouvel accroc (qui n’est pas le premier en 70 ans d’Histoire, ni très certainement le dernier) dans le couple franco-allemand. Le chancelier allemand a publiquement douté ce mercredi des perspectives du système de combat aérien du futur (SCAF), projet d’avion de combat franco-germano-espagnol, en panne depuis des mois sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault.
Lancé en 2017 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoints par l’Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, un « cloud de combat ». Depuis des mois, les dirigeants français et allemands promettent de trouver un compromis, mais repoussent sans cesse l’échéance, prévue désormais pour fin février.
Dans un entretien diffusé mercredi, M. Merz a affirmé que son pays n’avait pas besoin du même avion que la France, laissant entendre que Paris et Berlin pourraient construire deux appareils différents, chacun de leur côté. « Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d’avions de combat, d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande », a dit le chancelier.
Ses propos font écho aux affirmations de l’industrie aéronautique allemande qui depuis des semaines tire à boulets rouges sur le SCAF. Selon les accords existants, la France (désignée leader du projet), l’Allemagne et l’Espagne doivent participer au développement chacune à hauteur d’un tiers. Mais Dassault, responsable du développement proprement dit, avec Airbus Allemagne et Airbus Espagne pour partenaires, exige de revoir les accords pour avoir la liberté de choisir ses sous-traitants.
Les propos de Friedrich Merz interviennent alors que la liste des différends franco-allemands est croissante, à commencer par l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, reporté en début d’année à la joie de la France et de ses agriculteurs mais au grand dam de l’Allemagne et de son industrie automobile qui espérait de nouveaux débouchés en Amérique latine. Lundi, M. Wadephul, ministre des Affaire étrangères, a carrément appelé la France à « faire des économies », notamment « dans le domaine social » pour « disposer de la marge de manœuvre nécessaire afin d’atteindre l’objectif central d’une capacité de défense de l’Europe ». Il a aussi rejeté l’appel du président français à une forme de mutualisation européenne de la dette.
Le ministère a toutefois un peu rétropédalé ce mercredi pour tenter d’arrondir les angles avec la France. « Il est crucial pour l’avenir de l’Union européenne que la France et l’Allemagne continuent à se tendre la main, que nous recherchions toujours le terrain d’entente malgré des points de vue parfois divergents », a affirmé Johann Wadephul. Et de plaider pour que les deux pays « avancent courageusement sur cette base, notamment en soutenant l’Ukraine et en défendant ainsi notre liberté à tous ».
GEOPOLITICS
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Donroe Doctrine’s Year of Failure?
By Mr. Emanuel, a Democrat, served as a U.S. representative from Illinois (2003-09), White House chief of staff (2009-10), mayor of Chicago (2011-19) and ambassador to Japan (2022-25).
Far from securing a U.S. ‘sphere of influence,’ the White House accidentally buttressed Beijing.
Mr. Emanuel, a Democrat, served as a U.S. representative from Illinois (2003-09), White House chief of staff (2009-10), mayor of Chicago (2011-19) and ambassador to Japan (2022-25).
https://www.wsj.com/opinion/the-donroe-doctrines-year-of-failure-9367a300?mod=opinion_lead_pos5
The New York Times
What the American Right Wants From Europe? By Ross Douthat
It tells you something notable about the world of the 2020s that Secretary of State Marco Rubio’s speech to the Munich Security Conference earned a brief standing ovation. Put the same speech in the mouth of any Republican politician from the Iraq war through the late 2010s, and its themes and flourishes would have been seen as essentially reactionary — maybe understandably so, given American piety and jingoism, but certainly not a tone that sophisticated and progressive Europeans ought to welcome.
Now, though, a call to control borders and rebuild military and industrial might and to prioritize national interests over international institutions and Western civilization over global citizenship — all rooted in a vision of the trans-Atlantic relationship as an extension of Europe’s Christian heritage and its empire-building and missionary-sending past — well, if that right-wing vision of the European-American relationship is what it takes to keep the United States invested in NATO, then at least some European elites are willing to stand up and applaud.
This is, in fact, the rough bargain that the American right is offering to Europe at the moment. There has been a lot of talk about the potential abandonment of our European alliance by an American populism that supposedly holds the Old World in disdain. But it’s closer to the mark to say that the American right often identifies powerfully with Europe, but the Europe it wants to love is not the Europe that’s been built over the past few generations, so American conservatives are trying to alter the beloved as the price of their affection.
Which leaves European elites with a complicated set of options. If they join the applause for Rubio at Munich — saying, in effect, “I don’t care why you love me, as long as you love me” — they are continuing in a relationship knowing that their partner expects them to change, to become more nationalist, religious, free-market-oriented and better armed. They can actually try to make that kind of change (the preference of some of the continent’s nationalists), or they can wait and hope that the American demand will change or soften over time (with Representative Alexandria Ocasio-Cortez’s Munich tour a source of hope for that potential future). Or more radically, they can refuse the relationship entirely and look for partners who seem to love them as they are (like India, with which the European Union just concluded a big trade-and-migration deal).
As an American conservative with Europhilic tendencies, I naturally think the first option is the best for Europe’s future. Just because a message is associated with President Trump doesn’t make it worth ignoring, and Europe would be better off in almost every way if it moved in the direction suggested by the Rubio address: more politically stable if it successfully limited mass migration, more dynamic if it chose deregulation over deindustrialization, more optimistic and creative and fecund if it recovered religious faith, more capable of defending its ideals if it spent more money on defense.
But American conservatives should also be clear about the tensions inherent in their appeal for European change. The obvious one divides Rubio from his boss: When the secretary of state says, “We Americans may sometimes come off as a little direct and urgent in our counsel,” he’s pretending that we didn’t just have a pointless mini-crisis over Greenland in which the Trumpian ask wasn’t “direct and urgent” so much as immoral and destructive, less a demand for healthy change than an abusive demand for submission.
A more general tension is that American conservatives tend to downplay how much of the European transformation — the shift, over time, to weakness from power, to decadence from self-belief — was actively encouraged by American power brokers. As my colleague Christopher Caldwell put it in December, if Europe today seems “vitiated” and “enfeebled,” this destiny was imposed and not just chosen: “It was at America’s urging that they undertook this work of self-destruction in the first place.”
In his Munich speech, Rubio told a story about the post-World War II moment in which the trans-Atlantic alliance saved Europe from both Communist victory and postimperial decay. But the reality is much more complex. From Franklin Roosevelt pressuring Winston Churchill to weaken the British Empire to Dwight Eisenhower treating France and Britain coldly in the Suez crisis, American policy often encouraged Europe’s retreat from global power. And the same pattern continued, in varying ways, through the post-Cold War era and the war on terrorism, when Bush-era conservatives imagined that they could run a global imperium more efficiently if they ignored or overruled Old Europe.
In effect, then, today’s American conservatives are suggesting that past American elites were often wrong and that Churchill and Charles de Gaulle, and for that matter, Jacques Chirac, were often right. (Indeed, JD Vance said that explicitly last year.) Even if that new advice is good counsel, it still can feel like a betrayal given the radically different demands that came before.
And Europeans could be forgiven for wondering if the new advice is completely different from the old advice because American conservatives can’t always decide which kind of right-wing Europe they would like to see.
Sometimes, as in Rubio’s speech, it’s a militarily robust, outward-looking, growth-oriented Europa. But sometimes, as in American populist sympathy for some of the more inward-looking and protectionist styles of European nationalism, it looks more like a bunkered, diminished and fragmented continent — one that cuts immigration, stays out of America’s way on the world stage and manages its decline in a manner that’s congenial to American tourists who like old churches and good food.
It’s not always clear, in other words, whether the American right would really welcome an ambitious, dynamic, Gaullist Europe — or whether it would prefer right-wing Eurocrats in the mold of Xan Lyppiatt, the dictator of a dying England in P.D. James’s prophetic novel “The Children of Men,” who serves as a kind of museum curator for a society at ebb tide.
“We do not want our allies to be weak,” Rubio said in Munich. For the trans-Atlantic relationship to change in the way that he desires, that promise needs to be proved out. Because from the Eisenhower era to the age of Trump, we have often given Europeans good reason to think otherwise.
https://www.nytimes.com/2026/02/17/opinion/rubio-munich-security-conference.html
FRENCH POLITICS
The New York Times
As Elections Loom in France, a Young Activist Is Killed and Tensions Spike
The beating death of Quentin Deranque has quickly become a flashpoint between the far right and far left as France prepares for local elections next month and presidential elections next year.
Quentin Deranque, a 23-year-old described by a far-right group as one of its own, died on Saturday, two days after being attacked in Lyon. Eleven people have been arrested, including two aides to a lawmaker from a far-left party, France Unbowed.
That has prompted thunderous condemnations of the far left by far-right leaders, including Jordan Bardella, the president of the National Rally party. The intense political jockeying comes a month before local elections in which both the far left and far right stand a chance of making landmark gains, and a year before a national election to replace President Emmanuel Macron. Mr. Bardella, who holds a lead in the presidential polls, could face off against a far-left candidate in that contest.
“The far left has killed,” Mr. Bardella said in a TV interview on Wednesday. He characterized Mr. Deranque’s death as a “turning point” and placed the underlying blame at the feet of Jean-Luc Mélenchon, the leader of France Unbowed, citing that party’s links to a banned antifascist group that some French officials say was involved in the attack.
Mr. Mélenchon rejected that accusation, saying France Unbowed deplored violence. While he acknowledged his party’s links to the group, La Jeune Garde, or the Young Guard, he said the party did not give it any orders. The lawmaker whose aides were arrested said he had moved to dismiss one of them.
“It is we who are being attacked,” Mr. Mélenchon said at a campaign rally in Montpellier, in southern France.
For the National Rally — a populist party that has spent years trying to shake off a legacy of xenophobia and antisemitism dating back to its founder, Jean-Marie Le Pen, who was convicted several times of inciting racial hatred — it is an opportunity to paint its leftist rival as a lawless party, unfit to govern France.
“It is a way to criminalize your political opponent,” said Philippe Marlière, a professor of French and European politics at University College London. France Unbowed has a leftist agenda, he said, but it is hardly the “Red Brigades of the 1970s,” the militant leftist group behind several violent attacks in Italy.
Still, the deadly assault in Lyon has thrown Mr. Mélenchon, a veteran, but polarizing, politician who finished third in the presidential election in 2022, on his heels. On Wednesday, a bomb threat forced the evacuation of his party’s headquarters in Paris.
The French government has also condemned France Unbowed in the aftermath of the death, with Prime Minister Sébastien Lecornu demanding that its leaders clean house. Mr. Mélenchon responded that “we do not accept the lessons given to us by the prime minister,” adding that Mr. Lecornu had “clearly lost it.”
The chain of events leading up to the attack on Mr. Deranque, a data science student, is somewhat ambiguous. On Thursday, he joined a volunteer security detail for a feminist far-right group, Némésis, according to its leader, Alice Cordier. The group was protesting outside a conference that focused on the European Union and the war in Gaza. It featured as a guest speaker Rima Hassan, a French far-left lawmaker with Palestinian roots who is a member of France Unbowed.
At some point, violence erupted in the streets outside. Le Canard Enchaîné, the French satirical and investigative paper, posted footage of two groups skirmishing on a street corner in Lyon, where the conference was held. The groups appeared roughly the same in numbers, with both sides spoiling for a fight.
Separate footage of the later attack on Mr. Deranque showed multiple people throwing him to the ground and kicking him repeatedly, as he lay on a sidewalk. Mr. Deranque attempted to walk home after the attack but collapsed and was taken to the hospital, with a severe head injury, the city’s prosecutor said. He died two days later.
Political analysts noted that battles between the far right and far left were common in France, dating back to protests against the Vietnam War. Israel’s war in Gaza has become a new flashpoint and the looming elections have added another combustible factor.
“It’s a kind of conjunction of two elements,” said Marc Lazar, an emeritus professor of history at Sciences Po in Paris. “This is a process of polarization and radicalization between these two groups.”
Speaking at a news briefing on Wednesday, Mr. Bardella called for the imposition of a “cordon sanitaire” around France Unbowed, essentially barring the party from government by keeping it out of any coalition. That is the strategy that other mainstream parties have used to keep the far right out of government.
The irony was inescapable. Asked by a journalist if he believed that the far left had replaced his own party as the isolated one, Mr. Bardella said, “I am not a political historian, I leave you to your analysis.”
Mark Landler is the Paris bureau chief of The Times, covering France, as well as American foreign policy in Europe and the Middle East. He has been a journalist for more than three decades.
https://www.nytimes.com/2026/02/18/world/europe/france-beating-activist-far-left-right.html
THE FRENCH ECONOMY
Le Figaro
« Il est urgent d’agir » : les investisseurs américains ont rarement autant dénigré la France
DÉCRYPTAGE – Les dirigeants de filiales américaines implantées en France s’alarment de la situation économique de notre pays, selon le 26e baromètre AmCham-Bain.
« On est revenu dix ans en arrière en termes d’attractivité ». Les intenses débats budgétaires sur la pertinence de la taxe Zucman, ou encore sur l’imposition des holdings et des grandes entreprises, ont fait mauvaise impression à l’international, admet Marc-André Kamel, senior partner chez Bain & Company et vice-président de l’AmCham, la chambre de commerce américaine en France. Aujourd’hui, les investisseurs américains en France reconsidèrent fortement leur appréciation de notre pays, selon le 26e baromètre AmCham-Bain publié ce mercredi. Cette enquête, menée chaque année auprès de dirigeants de filiales américaines implantées chez nous, met en évidence « une perception qui reste à un niveau historiquement dégradé ». Ainsi, 94 % des investisseurs interrogés estiment que l’environnement politique et institutionnel français pourrait présenter « des risques » dans l’année à venir. Ils sont 55 % à considérer que la situation économique s’est dégradée en 2025, en hausse de 9 points. Une détérioration que 41 % voient se poursuivre encore deux à trois ans.
Bas du formulaire
Mais surtout, les investisseurs américains ont rarement été aussi durs avec la France : l’indice mesurant la propension à recommander la France stagne en zone négative, à -36 %. De l’autre côté de l’Atlantique, les maisons mères jugent durement la trajectoire budgétaire française et l’instabilité politique : seuls 30 % des sondés sont en mesure d’affirmer que leurs donneurs d’ordre ont une perception positive de notre marché.
Concrètement, cette dépréciation se traduit par un attentisme croissant des investisseurs américains. Selon le baromètre, 54 % indiquent que « leurs effectifs en France devraient rester stables à horizon deux à trois ans ». Une prudence liée à « un niveau élevé d’incertitude économique et politique », conduisant les entreprises à geler les recrutements et limiter les remplacements de départs à la retraite. Plutôt qu’aux recrutements, l’heure est aux « efforts accrus de productivité » et d’« optimisation des effectifs ». En outre, les répondants qui anticipent une diminution de leurs effectifs en 2026 (28 %) sont bien plus nombreux que l’année dernière (21 %). Les secteurs de la logistique et de la chimie, particulièrement exposés, sont les premiers concernés : des arbitrages géographiques liés à des coûts de main-d’œuvre jugés trop élevés sont en cours. Seuls les acteurs évoluant dans des secteurs en forte croissance comme l’aéronautique ou la défense envisagent d’augmenter leurs effectifs, mais ils ne sont que 18 %.
Le gouvernement optimiste malgré tout
« Ce sondage a été effectué entre fin décembre et début janvier, dans un contexte très particulier marqué par une inventivité et une créativité fiscale qui a suscité l’effroi de tous nos interlocuteurs », minimise-t-on au sein du cabinet de Nicolas Forissier, ministre délégué au Commerce extérieur et à l’attractivité. Le baromètre a en effet été réalisé avant que Sébastien Lecornu n’active l’article 49.3 de la Constitution avec la bénédiction du Parti socialiste. Une adoption qui s’est tout de même faite au prix d’une surtaxation des grandes sociétés et d’un renoncement à la réduction de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Mais, veut-on croire dans les rangs du gouvernement, « l’image aurait été plus nuancée » une fois le projet de loi de finances adopté. En outre, cette « perception qui apparaît dégradée par rapport à l’année dernière ne se traduit pas encore dans les chiffres d’investissement », assure-t-on en citant le bilan 2025 de Business France : 1 878 décisions d’investissement étrangers annoncées, permettant la création ou le maintien de près de 48 000 emplois. Forte de ses atouts, « la France continue d’intéresser », assure l’entourage de Nicolas Forissier.
Les avantages hexagonaux sont effectivement salués par les investisseurs américains : qualité des infrastructures, capacité d’innovation, main-d’œuvre qualifiée, bonne qualité de vie… « Malgré ce contexte compliqué, les atouts structurels de la France demeurent largement reconnus ». La capacité du pays à accompagner le tournant de l’IA et du quantique, notamment grâce à son énergie décarbonée, est perçue de manière positive. Mais les faiblesses tricolores perdurent aussi : coût global de la main-d’œuvre, législation sociale, coût des licenciements, complexité administrative et réglementaire, climat social tendu… En quinze ans les forces et les faiblesses sont restées inchangées, « ce qui entretient une forme de lassitude, de désenchantement des investisseurs », déplore Marc-André Kamel. Cela conduit une écrasante majorité de répondants (90 %) à estimer que la France se rendra plus attractive en engageant des réformes structurelles dans ces domaines. Mais ils ne se font guère d’illusions, 77 % déclarant ne pas avoir confiance dans la capacité du gouvernement à agir de la sorte avant l’élection présidentielle de 2027. Ce qui, eu égard aux marges de manœuvre limitées de l’exécutif, et dans la perspective d’un budget 2027 peut-être encore plus difficile à faire adopter, est compréhensible. « La question centrale est : à côté de quels investissements passe-t-on ? », fait mine de s’interroger Eglé de Richemont, directrice générale de l’AmCham. Citant elle aussi le bilan de Business France, celle-ci signale un léger décrochage des investissements américains, plus visible encore sur les projets d’extension. Or « si une entreprise n’investit pas chez nous, elle investit ailleurs », insiste Marc-André Kamel.
Mais dans l’entourage de Nicolas Forissier, on assure que la France est encore en mesure d’envoyer des signaux positifs : raccourcissement des délais d’implantation d’usines, publication d’une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) censée rassurer quant à nos capacités à héberger des centres de données gourmands en électricité, présidence du G7 placée sous le signe du réveil face à la concurrence asiatique… Certes, l’heure n’est pas à la réactivation de la réforme des retraites ou au remplacement de charges patronales par une TVA sociale, cependant, « avec la politique de l’offre, on connaît la recette pour attirer les investisseurs », assure-t-on.
Ne reste plus qu’à véritablement la réactiver. « Cette pente dans le mauvais sens peut être changée », estime Michael Locoh, Vice President Southern Europe & Africa chez Steelcase, et président de l’AmCham France. Pour cela, la structure formule cinq recommandations : « sécuriser l’attractivité du marché français », réaliser un « véritable choc de simplification administrative », alléger et rendre plus lisible et prévisible la fiscalité, « repositionner la transition écologique comme un levier différenciant de compétitivité française », et enfin mieux tirer parti de « l’excellence du système de formations français ». Pour Marc-André Kamel, « il reste des fondamentaux, ce qui permet d’espérer. Mais il est urgent d’agir. »
MIDDLE EAST: IRAN
The Jerusalem Post, Guest Essay
Netanyahu is right: A Trump-Iran nuclear deal will not be good enough – opinion
The extensive and expanding Iranian ballistic missile arsenal is today’s clear and present danger – as is the funding for Tehran’s network of terror proxies.
Prime Minister Benjamin Netanyahu flew to Washington to meet President Donald Trump for just under three hours and reported that they were as one on dealing with Iran. Not quite: Beneath all the warm and fuzzy, there could be trouble.
Neither man fully trusts the other. Trump fears that Bibi may sabotage his negotiations by attacking unilaterally, and Bibi dreads that Trump will cut a deal, leaving Iran’s ballistic missiles in place and Israel vulnerable.
Both leaders want to make sure the Islamic Republic doesn’t join the nuclear club, but Bibi wants more.
Nukes, of course, are a serious issue, but there’s no evidence that the Iranians are anywhere near having one they can deliver on the tip of a ballistic missile. But they do have a lot of missiles.
Those missiles, which can hit any target in Israel, are here and now. They’re today’s problem; the bomb is tomorrow’s. Israel’s interest is in stopping the present threat, either by diplomatic or military means, and now.
As he left Washington, Bibi emphasized to reporters that any deal with Iran must include ballistic missiles and an end to its terror funding.
Trump’s response was discouraging. “We just have to see what the outcome will be” in Geneva when his emissaries – his old friend and golf buddy Steve Witkoff and son-in-law Jared Kushner – sit down this week with the Iranians, he said.
Bibi distrusts the Iranians. Trump has supreme confidence in his negotiating skills and doesn’t want the Israeli PM to derail what he undoubtedly believes is his best chance for a Nobel Peace Prize.
Perhaps to keep Bibi from derailing the negotiations or because he asked, Trump castigated the president of Israel for not pardoning the prime minister, who is on trial for bribery, fraud, and breach of trust. The disgraced, impeached, and convicted felon told President Isaac Herzog that he should be “ashamed of himself” for not granting Trump’s demand.
Don’t be shocked. Both Trump and Bibi have long and disgraceful histories of intervening in the partisan politics of each other’s countries. And each is worried about their respective upcoming elections – and what any defeat could mean for their prospects of staying out of jail.
Why Israel wants to curb Iran’s ballistic missiles
NETANYAHU WANTS substantial and verifiable restrictions on Iran’s ballistic missile arsenal, production, range, and technology transfer. The Iranians have indicated they are ready to compromise on their nuclear program but not their missiles, which they consider their first line of defense against Israel.
Trump told Bibi to give his diplomacy a chance, and if that fails, he would back Israeli attacks on Iran’s ballistic missiles. But if there is a nuclear deal, Trump would likely demand Israel hold its fire. Despite or because of the warning, the president reportedly fears that the prime minister may grow impatient if the negotiations drag out and decide to act unilaterally.
A key element of Trump’s negotiating style is his unpredictability. That’s not just because he likes to keep everyone guessing; he often acts on a whim and sometimes doesn’t have a carefully thought-out plan.
The threat of force is a favorite tool. He may not speak softly, but he carries some big sticks and likes waving them around. He believes in gunboat diplomacy, and he has the world’s biggest gunboats – two aircraft carrier strike forces – and they can be very persuasive if the guy across the table believes you’re willing to use them.
This is also personal. Trump tore up Barack Obama’s 2015 Joint Comprehensive Plan of Action nuclear pact with Iran, calling it “horrible and one-sided,” and announced that he could do much better. It took 10 years, but he’s finally trying. The opportunity to boast that he could make a better deal than his bete noir, Obama, is no doubt a motivating factor, and substance is less important than bragging rights for making a deal, which he will declare the finest one since God’s covenant with Abraham.
Bibi should also worry about the Iranians learning to speak colloquial Trump. They’re dangling visions of lucrative trade deals they hope may pave the way to his transactional heart.
Deputy Foreign Minister Majid Takht-Ravanchi told the BBC that “Common interests in the oil and gas fields, joint fields, mining investments, and even aircraft purchases” are on the table. That way, he added, “the US also benefits in areas with high and quick economic returns.” Maybe even license a Trump Tower in downtown Tehran.
All the Iranians ask for is sanctions relief, he said. Takht-Ravanchi rejected any linkage to the ballistic missile program, saying that demands for zero uranium enrichment are unacceptable, but other restrictions are negotiable.
IRAN’S ECONOMY is a basket case, thanks largely to American-led international sanctions. The relief the minister seeks would release money to build more missiles, fund its terror network, and keep a theocratic authoritarian government in control. Hopes for regime change could dissolve into regime rescue.
Remember, it was that brutal oppression that captured Trump’s interest. Millions of Iranians have been protesting around the country against their corrupt government, its deadly crackdown, and its disastrous economy. He promised them, “Help is on the way.” That was January 13; they’re still waiting more than a month later.
The protesters were demanding regime change, which Trump said is “the best thing that could happen.”
Forget about it, said Vice President JD Vance, the administration’s leading isolationist. The US goal in Iran is preventing nuclear weapons, and regime change is “up to the Iranian people,” he said. “If the Iranian people want to overthrow the regime, that’s up to the Iranian people.”
Vance speaks for many in the MAGA cult who want to shrink the American global role. They see Iran as mostly Israel’s problem, and they don’t want Israel, Ukraine, Taiwan, the Europeans, or anyone else dragging their country into another foreign conflict.
Bibi is right. The extensive and expanding Iranian ballistic missile arsenal is today’s clear and present danger – as is the funding for Tehran’s network of terror proxies, which would get a boost from lifting sanctions. The nuclear threat must not be ignored, but it is not nearly as urgent.
If Iran is ripe for regime change, this is no time for regime rescue, which is what lifting sanctions would amount to.
The writer is a Washington-based journalist, consultant, lobbyist, and former legislative director at the American Israel Public Affairs Committee.
https://www.jpost.com/opinion/article-887055
MIDDLE EAST: GAZA
Neue Zürcher Zeitung
Im Gazastreifen beginnt die «Phase 2» von Trumps Friedensplan – doch wer soll die Hamas entwaffnen?
Der amerikanische Präsident Donald Trump drängt darauf, die nächste Phase seiner diffusen Pläne für Gaza umzusetzen. Doch immer deutlicher zeigt sich, dass seinem Friedenskonzept das Fundament fehlt.
Am Donnerstag versammelt sich das sogenannte «Board of Peace» von Donald Trump in Washington, um die zweite Phase des Gaza-Friedensplans in Gang zu setzen. Doch ein Kernelement fehlt: die realpolitische Grundlage für eine echte Entwaffnung der islamistischen Hamas. Gerade jetzt, wo mit feierlichen Erklärungen über «Phase 2» und Wiederaufbau gesprochen wird, droht der Prozess zu einem Stückwerk zu verkommen – ambitioniert in Worten, aber fragil in der Substanz.
Das Problem ist offensichtlich: Niemand ausser Israel verfügt derzeit über eine glaubhafte, militärisch tragfähige Option, wie die bewaffnete Macht der Hamas dauerhaft aufgehoben werden kann. Und selbst über die Worte der Diplomatie hinaus zeichnet sich ein immer klareres Bild: Die zentrale Frage der Durchsetzung und Souveränität des Gewaltmonopols im Gazastreifen ist weder ernsthaft geklärt noch politisch gelöst.
Nur eine teilweise Entwaffnung?
Die sogenannte «Phase 2» von Trumps Friedensplan sieht offiziell vor, dass nach der Freilassung der Geiseln der Wiederaufbau beginnt, eine zivile Übergangsverwaltung ihre Arbeit antritt und vor allem die Hamas entwaffnet wird. Doch die Realität widerspricht noch immer den Hoffnungen auf eine geordnete Demilitarisierung. Die Hamas weigert sich bislang kategorisch, ihre Waffen abzugeben. Aussagen hochrangiger Vertreter machen deutlich, dass die Hamas keine Entwaffnung akzeptiert, solange Israel nicht vollständig aus dem Gazastreifen abzieht und politische Perspektiven – zumindest wie sie die Terrororganisation interpretiert – nicht erfüllt sind.
Gleichzeitig zeichnet sich in jüngsten Vermittlungsgesprächen in Kairo ein komplexeres Bild ab. Nach Berichten regionaler Medien soll die Hamas bei Gesprächen mit ägyptischen Vermittlern signalisiert haben, sie könne sich unter bestimmten Bedingungen auf Modelle der Demilitarisierung einlassen. Diskutiert werden offenbar ein zeitweiliges «Einfrieren» des Waffeneinsatzes bis zum vollständigen israelischen Rückzug sowie die mögliche Abgabe schwerer Waffen – darunter Raketen – und sogar die Offenlegung von Karten ihres unterirdischen Tunnelsystems. Im Gegenzug drängt die Hamas offenbar darauf, leichte Waffen behalten zu dürfen.
Parallel dazu berichtete die «New York Times» über einen Entwurf eines amerikanischen Plans, der angeblich ebenfalls vorsieht, der Hamas den Besitz kleinerer Waffen zu gestatten. Offiziell bestätigt ist dies nicht. Doch schon die Diskussion über ein solches Modell zeigt das Dilemma: Eine Teilentwaffnung könnte diplomatisch als Fortschritt verkauft werden, würde aber das Potenzial der strukturellen Gewalt der Islamisten fortschreiben.
Die Hamas will sich einmischen
Hinzu kommt eine weitere politische Dimension. Nach den bislang bekannten Prinzipien des amerikanischen Plans soll ein technokratisches Palästinenser-Gremium – das «National Committee for the Administration of Gaza» (NCAG) – die Entwaffnung aller bewaffneten Gruppen im Gazastreifen überwachen und verifizieren. Das NCAG soll künftig als zivile Übergangsinstanz agieren und sicherstellen, dass sämtliche Waffen registriert und genehmigt werden.
Doch hier offenbart sich die nächste Bruchlinie. Hamas-nahe Kreise haben deutlich gemacht, dass sie eine Integration eigener Kräfte in die künftige Verwaltung anstreben. Eine solche Mitwirkung würde jedoch die Glaubwürdigkeit einer unabhängigen Entwaffnungskontrolle massiv untergraben.
Der von Donald Trump eingesetzte Sonderbeauftragte für den Gazastreifen, Nikolai Mladenow, hat am vergangenen Wochenende auf der Münchner Sicherheitskonferenz die Bedingungen für eine funktionierende Übergangsverwaltung deutlich benannt: vollständige Entwaffnung aller Fraktionen in Gaza – nicht nur der Hamas, sondern auch des Islamischen Jihad und weiterer bewaffneter Gruppen –, ein belastbarer Mechanismus zur Überwachung und Verifikation sowie ein klarer politischer Rahmen, der dem NCAG echte zivile und sicherheitspolitische Kontrolle verleiht.
Mladenow machte zugleich deutlich, dass ohne diese Voraussetzungen weder ein israelischer Rückzug aus den derzeit kontrollierten Zonen im Gazastreifen noch ein substanzieller Wiederaufbau realistisch seien. Der Wiederaufbau dürfe nicht vor der Demilitarisierung beginnen. Eine Position, die sich mit der Linie der israelischen Regierung deckt.
Es fehlt ein klares Mandat
Israels Ministerpräsident Benjamin Netanyahu hat wiederholt erklärt, dass es keinen Wiederaufbau ohne vollständige Entwaffnung geben werde. Auch der israelische Generalstabschef Eyal Zamir betonte jüngst bei einem Besuch im Süden des Gazastreifens, Israel werde an den Kriegszielen – darunter die vollständige Demilitarisierung – festhalten und sei jederzeit bereit, militärisch erneut gegen die Hamas vorzugehen.
Damit verschärft sich das Grundproblem: Während Washington und europäische Partner über internationale Stabilisierungskräfte nachdenken, fehlt bislang ein robustes Mandat. Spanien etwa signalisierte prinzipielle Bereitschaft zur Beteiligung, knüpfte diese jedoch an ein eindeutiges Uno-Mandat und eine zentrale Rolle der Palästinensischen Autonomiebehörde im Gazastreifen.
Indonesien wäre ebenfalls prinzipiell bereit, Soldaten zu schicken, will aber noch die genauen Bedingungen wissen. Und auch die Vereinigten Arabischen Emirate betonen die Notwendigkeit eines klaren politischen Rahmens. Doch keine der bislang diskutierten Missionen verfügt über die Voraussetzungen, bewaffneten Widerstand tatsächlich zu brechen.
Zugleich warnte der Gaza-Beauftragte Mladenow vor einer weiteren Gefahr: Sollte die zweite Phase der Waffenruhe nicht rasch umgesetzt werden, drohe eine faktische Verfestigung der aktuellen Fragmentierung innerhalb des Gazastreifens mit den israelischen Truppen auf der einen Seite der «gelben Linie» und der Hamas auf der anderen. Eine solche Zementierung eines gespaltenen Gazastreifens würde jede spätere politische Lösung erheblich erschweren.
Ein grundsätzliches Risiko
Sogar das unwahrscheinliche Szenario einer Rückkehr der Palästinensischen Autonomiebehörde (PA) bliebe unter solchen Bedingungen fragil. Ihr fehlt es an militärischer Stärke, organisatorischer Präsenz im Gazastreifen und an innerpalästinensischer Legitimität, um eine Entwaffnung der Hamas durchzusetzen. Ein solcher Versuch käme faktisch einer innerpalästinensischen Machtprobe gleich und könnte in offene Gewalt münden. Ganz abgesehen davon, dass Israel eine Rückkehr der PA nach Gaza kategorisch ausschliesst.
Was bliebe, wäre das Modell einer verhandelten, schrittweisen Entwaffnung. Doch selbst die derzeit kursierenden Vorschläge setzen voraus, dass die Hamas bereit wäre, ihre militärische Identität zumindest partiell preiszugeben – was für eine Organisation, die sich als «Widerstandsbewegung» versteht, im Grunde ein Widerspruch wäre. Gleichzeitig fordert sie Einfluss auf die künftige Verwaltungsstruktur, was eine echte Gewaltmonopolisierung konterkarieren würde.
Hierin liegt die eigentliche Ironie: Während internationale Akteure und Medien über «Phase 2» sprechen, ist ein Wiederaufbau ohne ein klares, durchsetzbares Gewaltmonopol nicht nur ein theoretisches Problem – er beinhaltet ein grundsätzliches Risiko, das mit jeder unklaren Kompromissformel grösser wird.
«Phase 2» mag offiziell begonnen haben, doch die Diskussion um eine teilweise Entwaffnung, Übergangsgremien und internationale Missionen zeigt vor allem eines: Die entscheidende Frage ist nicht, ob über Entwaffnung gesprochen wird, sondern wer sie tatsächlich durchsetzen kann. Und darauf gibt es bislang keine überzeugende Antwort, ausser: Israel. Doch genau das will die internationale Staatengemeinschaft vermeiden.
THE IA DISRUPTION
The New York Times
The A.I. Disruption We’ve Been Waiting for Has Arrived
By Paul Ford, an essayist and a technologist. He is a co-founder and the president of Aboard.com, an A.I.-powered software acceleration platform.
On weekday evenings, heading home on the subway from Union Square in New York City, I log into an A.I. tool from my phone, and write a prompt. “Look at the data in the files I just uploaded,” I tap. “Load it into a database, then make it searchable with a web interface.” Underground in the subway tunnels my internet connection drops, but when my train emerges onto the Manhattan Bridge, I get a few minutes to see all the work my coding agent has done, and if I type fast enough I can issue another prompt. By the time I get home to Brooklyn, my little project tends to be done: A website, a feature in a music app, a complex search tool or some tiny game.
This is called “vibe coding,” a term coined a year ago by the artificial intelligence expert Andrej Karpathy. To vibe code is to make software with prompts sent to a specialized chatbot — not coding, but telling— and letting the bot work out the bugs. Like many other programmers, I use a product called Claude Code from Anthropic, although Codex from OpenAI does about as well, and Google Gemini is not far behind. Claude Code earned $1 billion for Anthropic in its first six months. It was always a helpful coding assistant, but in November it suddenly got much better, and ever since I’ve been knocking off side projects that had sat in folders for a decade or longer. It’s fun to see old ideas come to life, so I keep a steady flow. Maybe it adds up to a half-hour a day of my time, and an hour of Claude’s.
November was, for me and many others in tech, a great surprise. Before, A.I. coding tools were often useful, but halting and clumsy. Now, the bot can run for a full hour and make whole, designed websites and apps that may be flawed, but credible. I spent an entire session of therapy talking about it.
The tech industry is a global culture — an identity based on craft and skill. Software development has been a solid middle-class job for a long time. But that may be slipping away. What might the future look like if 100 million, or a billion, people can make any software they desire? Could this be a moment of unparalleled growth and opportunity as people gain access to tech industry power for themselves?
According to the market, the answer is no. Recently, software stocks — Monday.com, Salesforce, Adobe and many others — plummeted all at once; the Nasdaq 100 lost half a trillion dollars in two days. Legal software company stocks slumped recently because Anthropic released tools to automate some legal work. Financial services firms and real estate services — the market keeps devaluing them because traders expect there to be less need for humans at desks in an A.I.-automated future. Why will anyone need all that legacy software when A.I. can code anything up for you in two shakes of a robotic lamb’s tail?
Personally this all feels premature, but markets aren’t subtle thinkers. And I get it. When you watch a large language model slice through some horrible, expensive problem — like migrating data from an old platform to a modern one — you feel the earth shifting. I was the chief executive of a software services firm, which made me a professional software cost estimator. When I rebooted my messy personal website a few weeks ago, I realized: I would have paid $25,000 for someone else to do this. When a friend asked me to convert a large, thorny data set, I downloaded it, cleaned it up and made it pretty and easy to explore. In the past I would have charged $350,000.
That last price is full 2021 retail — it implies a product manager, a designer, two engineers (one senior) and four to six months of design, coding and testing. Plus maintenance. Bespoke software is joltingly expensive. Today, though, when the stars align and my prompts work out, I can do hundreds of thousands of dollars worth of work for fun (fun for me) over weekends and evenings, for the price of the Claude $200-a-month plan.
That’s not an altogether pleasant feeling. The faces of former employees keep flashing before me. All those designers and JavaScript coders. I could not hire the majority of them now, because I would have no idea how to bill for their time. Some companies, including IBM, think A.I. will create tons of new jobs. But no one thinks they’ll be the same as the old jobs.
Is the software I’m making for myself on my phone as good as handcrafted, bespoke code? No. But it’s immediate and cheap. And the quantities, measured in lines of text, are large. It might fail a company’s quality test, but it would meet every deadline. That is what makes A.I. coding such a shock to the system.
An axiom of programming is “real artists ship.” That was something Steve Jobs once said to remind his team that finishing and releasing a product matters more than endlessly refining it. Much of the software industry is organized around managing ship risk, and the possibility that a product never actually makes it out to the world. A good technology manager assumes that a product will never ship for launch, that every force is arrayed against it, and that the devil himself has cursed it — and then the manager works back from that. Even if all these obstacles are surmounted, the software will ship late. Remember, Steve Jobs returned to Apple in 1997 only because Apple couldn’t ship a new version of its operating system, so they bought his company, NeXT. And the direct descendant of NeXT’s software is what’s running on Macs and iPhones in 2026. In software, dramatic change is to be avoided at all costs. The risk is just too high.
Except … what if, going forward, it’s not? What if software suddenly wanted to ship? What if all of that immense bureaucracy, the endless processes, the mind-boggling range of costs that you need to make the computer compute, just goes poof? That doesn’t mean that the software will be good. But most software today is not good. It simply means that products could go to market very quickly.
And for lots of users, that’s going to be fine. People don’t judge A.I. code the same way they judge slop articles or glazed videos. They’re not looking for the human connection of art. They’re looking to achieve a goal. Code just has to work.
There are many arguments against vibe coding through A.I. It is an ecological disaster, with data centers consuming billions of gallons of water for cooling each year; it can generate bad, insecure code; it creates cookie-cutter apps instead of real, thoughtful solutions; the real value is in people, not software. All of these are true and valid. But I’ve been around too long. The web wasn’t “real” software until it was. Blogging wasn’t publishing. Big, serious companies weren’t going to migrate to the cloud, and then one day they did.
But right now, excited developers are overextending themselves to the point of burnout, obsessively coding all the time. Open source projects are deluged by A.I. submissions, often from bots pretending to have found a security bug requesting a payment. People trumpet the Jevons paradox, which points out that greater efficiency often leads to more consumption — but at the same time, would it surprise you to find out tomorrow that large technology consulting firms had just laid off 10,000 people? A hundred thousand? A million?
The market keeps convulsing, and I wish we could hit the brakes. But we live in a brakeless era.
No matter where you work, my hunch is this is coming for you. Have you noticed the software you use every day adding “A.I. features”? That’s the top of the slippery slope. Whatever unifying principle equates to ship risk in your industry, people are trying to mitigate it with A.I. Insurance, finance, architecture, manufacturing, textiles, every kind of project management — they want to automate it all through A.I.
When large language models aren’t enough, companies use “world models,” which simulate physical reality, not just language. One of the best-known users of that technology is Waymo, Alphabet’s self-driving taxi company. In the perfect Silicon Valley system, bots would write code to run the bots that drive the taxis, with new code every minute. Every app creates itself. Who will be able to afford the taxi rides offered by this system? That’s for a different department to answer.
I’ve spent my last few years working with a team to build an A.I. software platform, trying to help clients and customers navigate all of these changes. That sounds like the perfect job for the moment, right? It’s not. Every six months, some new A.I. bomb goes off in our industry, and we have to metabolize the change, reset our product, change our strategy and marketing and adapt, at great expense. Our road map keeps getting pushed back as a result of all this “progress.” Everyone is fried.
This is all exacerbated by how much of the A.I. industry is led by people who see human thought as raw material, like a steel manufacturer sees ore. The industry is arranged into an ouroboros of mutual investments, with the world economy teetering on their sweetest dreams. Social change at this level needs careful, federal governance and thoughtful regulation. But we’re being handed the opposite: Racist A.I. video slop shared on Truth Social, Grok doing who-knows-what inside the Pentagon, and a White House policy that would give the U.S. attorney general the power to challenge any state’s attempt to regulate A.I. No brakes.
All of the people I love hate this stuff, and all the people I hate love it. And yet, likely because of the same personality flaws that drew me to technology in the first place, I am annoyingly excited.
Here is why: I collect stories of software woe. I think of the friend at an immigration nonprofit who needs to click countless times, in mounting frustration, to generate critical reports. Or the small-business owners trying to operate everything with email and losing orders as a result. Or my doctor, whose time with patients is eaten up by having to tap furiously into the hospital’s electronic health record system.
After decades of stories like those, I believe there are millions, maybe billions, of software products that don’t exist but should: Dashboards, reports, apps, project trackers and countless others. People want these things to do their jobs, or to help others, but they can’t find the budget. They make do with spreadsheets and to-do lists.
My industry is famous for saying no, or selling you something you don’t need. We have an earned reputation as a lot of really tiresome dudes. But I think if vibe coding gets a little bit better, a little more accessible and a little more reliable, people won’t have to wait on us. They can just watch some how-to videos and learn, and then they can have the power of these tools for themselves. I could teach you now to make a complex web app in a few weeks. In about six months you could do a lot of things that took me 20 years to learn. I’m writing all kinds of code I never could before — but you can too. If we can’t stop the freight train, we could at least hop on for a ride.
The simple truth is that I am less valuable than I used to be. It stings to be made obsolete, but it’s fun to code on the train, too. And if this technology keeps improving, then all the people who tell me how hard it is to make a report, place an order, upgrade an app or update a record — they could get the software they deserve, too. That might be a good trade, long term.
https://www.nytimes.com/2026/02/18/opinion/ai-software.html
THE FUTURE OF CHRISTIANITY
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Christianity Isn’t Dead in the West
Marco Rubio rightly urges Europeans to remember their religious origins.
https://www.wsj.com/opinion/christianity-isnt-dead-in-the-west-f05c59ba?mod=opinion_lead_pos8
ON FREEDOM
Contrepoints
Soyons fiers de l’engagement libéral, seul antidote au meurtre totalitaire
De David Lisnard, Maire de Cannes, président de Nouvelle Energie
Il y a deux ans, en février 2024, mourait Alexeï Navalny. Il vient d’être prouvé – sans surprise – que la cause de sa mort est un empoisonnement, après des mois et des années de persécution, d’emprisonnement arbitraire, de privations et un précèdent empoisonnement. Vladimir Poutine n’accepte pas et tue ses opposants.
Au début de ce mois de février 2026, Jimmy Lai a été condamné à vingt ans de prison par le régime communiste chinois. Âgé de 78 ans, il est donc condamné à mort. Son crime ? Comme Navalny en Russie, comme aussi Boualem Sansal en Algérie, ne pas avoir accepté le récit et la propagande de dirigeants corrompus et à tendance dictatoriale.
Propriétaire de médias, militant de la démocratie, vigie des engagements non respectés par la Chine à la suite de la prise de possession de Hong Kong par Pékin, Jimmy Lai entre dans le panthéon des héros de la démocratie, hélas quasiment ignorés de leur vivant par la bien-pensance mondiale.
Les bonnes âmes, si sentencieuses lorsqu’elles regardent l’Occident, sont bien oublieuses des crimes des dictatures totalitaires qui massacrent leur peuple depuis des décennies.
Soljenitsyne, et avant lui Julius Margolin, avaient dénoncé et décrypté les mécanismes de la déshumanisation des opposants, souvent jusqu’à leur mort, du régime soviétique. La matrice totalitaire est la même, que le régime soit communiste, nazi, islamiste.
Ces forces noires sont toujours à l’œuvre et leur seul antidote est la pensée libérale, celle qui n’accepte pas la mainmise de l’État sur les consciences humaines, celle qui rappelle les droits naturels face à l’arbitraire autoritaire, celle qui fait de la logique de subsidiarité la garantie de la dignité humaine par la liberté et la responsabilité personnelles, celle qui veut que tout pouvoir de l’Etat résulte d’un transfert choisi, délibéré, circonstancié et limité de la souveraineté individuelle.
Navalny, Lai, Sansal, autant de noms de notre époque qui devraient parler à la conscience humanitaire mondiale contemporaine. Et nous inciter à toujours nous battre pour la liberté, comme nous y appellent aussi les 30 000 Iraniens – anonymes mais correspondant à 30 000 vies, 30 000 destins de personnes humaines singulières – massacrés par le régime islamique d’Iran.
Il en résulte pour chacun d’entre nous, notamment dans cet Occident qui a inventé la démocratie libérale, un devoir d’engagement, intellectuel, moral et physique, de résistance au totalitarisme, de promotion de la liberté.
Cette liberté que Vassili Grossman, qui connut la double et très comparable barbarie nazie et soviétique, définissait si bien comme force vitale de notre espèce humaine. Dans Tout passe, Grossman écrit : « L’histoire de l’humanité est l’histoire de sa liberté. L’accroissement de la puissance humaine s’exprime avant tout par l’accroissement de la liberté. La liberté n’est pas une nécessité dont on a pris conscience, comme le croyait Engels. La liberté est le contraire de la nécessité. La liberté c’est la nécessité surmontée, vaincue. Le progrès c’est essentiellement le progrès de la liberté humaine. Par ailleurs, la vie elle-même est liberté, l’évolution de la vie, c’est l’évolution de la liberté. »
C’est cette vérité que n’ont pas acceptée en France les assassins de Quentin. Ils sont d’extrême gauche, ils sont chez nous les expressions violentes de ce totalitarisme qui se nourrit du « révolutionnarisme » des factieux et prospère en réaction au conformisme des technocrates.
Notre combat est là, contre ces illibéraux, ces extrémistes, ces néofascistes (eux qui se prétendent « antifascistes » !), pour préserver la vie et donc faire vaincre la liberté. Il est aussi dans la nécessité de porter un projet politique dont la radicalité doit permettre de sortir de l’impuissance publique en régénérant nos principes, par un nouvel état de droit porteur des aspirations populaires.
« Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire ou de nous laisser intimider. » Le 18 février 2024, ces mots l’Alexeï Navalny étaient repris par sa courageuse veuve Ioulia. Ils nous exhortent à porter le combat de la liberté. Soyons fiers d’être des libéraux !
https://contrepoints.org/soyons-fiers-de-lengagement-liberal-seul-antidote-au-meurtre-totalitaire/
HISTORY: THE FRENCH INTELLIGENTSIA AND POLITICAL VIOLENCE
Le Figaro
De Marx à la Jeune Garde : deux siècles de justification de la violence par la gauche
GRAND RÉCIT – Le tragique décès de Quentin à Lyon par des militants dits antifas relance le débat sur la violence d’extrême gauche. D’Engels à Sorel, la violence a été exaltée par la gauche révolutionnaire durant tout le XIXe siècle, bien avant l’émergence du fascisme.
GRAND RÉCIT – Le tragique décès de Quentin à Lyon par des militants dits antifas relance le débat sur la violence d’extrême gauche. D’Engels à Sorel, la violence a été exaltée par la gauche révolutionnaire durant tout le XIXe siècle, bien avant l’émergence du fascisme.
La mort dans les rues de Lyon du jeune Quentin, massacré à 23 ans par des militants masqués et cagoulés appartenant pour certains au groupuscule de la Jeune Garde, vient jeter un coup de projecteur terrible sur le statut de la violence dans les mouvances dites « autonomes » et, plus largement, l’extrême gauche antifasciste. Après ce drame odieux, une petite musique a commencé à se répandre dans certains milieux que la violence des antifascistes ne serait pas de même nature que la violence fasciste.
La seconde serait une apologie de la violence pure – ce qui est exact -, alors que la violence antifasciste, elle, ne serait qu’une violence réactive (la fameuse autodéfense), pour empêcher la victoire du fascisme et, qu’à ce titre, elle ne pourrait pas être jugée de la même façon. Le combat antifasciste justifierait donc la violence ? Oui si le fascisme est au pouvoir. Il est exact que, durant la Seconde guerre mondiale, quand le nazi fascisme écrasait l’Europe, les mouvements démocratiques sont entrés en résistance et ont fait usage de la violence selon la théorie bien connue depuis Saint Thomas d’Aquin de la « résistance à l’oppression ».
Généalogie de la violence révolutionnaire
Mais la thèse des « antifas » occulte deux points essentiels : la violence a été exaltée par la gauche révolutionnaire durant tout le XIXe siècle, bien avant l’émergence du fascisme, et elle a continué à le faire bien après la chute du fascisme après 1945. En réalité, il faut revenir à des idées simples : la gauche extrême n’a jamais entretenu un rapport clair à la violence. Elle l’a successivement pensée comme technique insurrectionnelle, nécessité historique, instrument d’État, avant de la voir comme lutte antifasciste, y compris en démocratie, en jouant sur les « promesses non tenues » de cette dernière. Dans Le futur de la démocratie (1984), le philosophe libéral Norberto Bobbio, pour défendre la démocratie, rappelait que celle-ci n’était par principe jamais parfaite.
C’est en s’appuyant sur cet écart entre les promesses théoriques et les réalisations imparfaites de la démocratie que certains mouvements et penseurs radicaux ont pu créer une sorte de « fascisme imaginaire » justifiant à leurs yeux une violence extrême. Il suffit d’affirmer que, malgré les élections démocratiques, les conditions sourdes d’oppressions diverses se perpétueraient et laisseraient en coulisses une sorte de fascisme résiduel (oppression néolibérale, postcoloniale, etc.) pour justifier la violence. Ainsi c’est par cette « fascisation » des forces démocratiques au pouvoir, notamment la démocratie chrétienne, qu’a été justifiée dans l’Italie des « Années de plomb » la lutte des Brigades rouges et d’autres mouvements se déclarant « antifascistes ». L’antifascisme oublie que la démocratie est avant tout un régime fondé sur des procédures garantissant la compétition pacifique.
La gauche révolutionnaire n’a pas attendu, rappelons-le, la naissance du fascisme pour faire l’éloge de la violence. Sans remonter à la révolution française, où la terreur est exaltée comme chez Robespierre au nom de la vertu, Marx et Engels désignent la violence comme une « accoucheuse de l’histoire ». Dans le Rôle de la violence dans l’histoire (1878), Engels développe une conception certes plus limitée que Dühring mais il opère une « dédiabolisation » de la violence au nom d’un ordre en devenir. La France, comme d’autres pays d’Europe (notamment l’Italie), fut aussi marquée par la diffusion des idées anarchistes des partisans de l’« action directe », la propagande par les faits, à savoir les attentats. Cela ira loin. Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant lançait même une bombe dans l’hémicycle du Palais Bourbon. Mais le grand théoricien de la violence, qui inspirera le « syndicalisme révolutionnaire », est évidemment Georges Sorel, qui, dans ses fameuses Réflexions sur la violence (1908), écrit que « la violence prolétarienne apparaît ainsi comme une chose très belle et très héroïque. » La violence s’oppose selon lui à la « force » bourgeoise décadente et, en rompant avec la prudence matérialiste d’Engels, Sorel lui confère même une dimension quasi éthique et, du reste, fort paradoxale. Il écrit : « La violence peut sauver le monde de la barbarie. » Ce penseur « à droite et à gauche », disait Isaiah Berlin, admirateur de Lénine et de Mussolini, aura des héritages variés car il voyait dans la violence un remède contre la décadence de la « médiocrité conservatrice ».
La déclaration de la Première guerre mondiale a profondément bouleversé la donne en « brutalisant » la vie politique, selon la thèse célèbre de G. Mosse. Il y a dans Le Monde d’hier de Stefan Zweig, une description très parlante aujourd’hui du changement des mentalités : « Peu à peu, écrit Zweig, il devint impossible d’échanger avec quiconque une parole raisonnable. Les plus pacifiques, les plus débonnaires, étaient enivrés par des paroles de sang ». La situation s’aggrava après 1917 et la révolution bolchevique. Lénine écrit dans L’État et la révolution : « Le remplacement de l’État bourgeois par l’État prolétarien est impossible sans une révolution violente. » L’État « bourgeois » a cherché à se défendre. On peut même dire que la « peur du rouge » a en partie – pas seulement – expliqué l’émergence du fascisme dans les années 1920.
Si l’avènement des dictatures justifie en réaction la violence antifasciste dans les années 1930, cette dernière ne se concentre hélas nullement sur le fascisme, contrairement à la légende. Ainsi l’extrême gauche, notamment anarchiste ou communiste, s’acharne contre les partis socialistes, les « socio-traîtres », accusés d’être des suppôts du capitalisme, donc l’ennemi principal. Louis Aragon publie en 1931 « Front rouge », son célèbre poème qui est d’abord dirigé contre les socialistes, qu’il appelle les « social-fascistes », en particulier Léon Blum : « Feu sur Léon Blum (…) Feu sur les ours savants de la social-démocratie ». Feu sur Léon Blum ! Le combat antifasciste a bon dos… Certes, après le 6 février 1934, sur ordre du Komintern, la stratégie évolue : le Front populaire remplace la logique d’affrontement contre les « sociaux-traîtres » jusqu’au pacte germano-soviétique (1939).
De Gaulle qualifié de «fasciste»
Après la Seconde guerre mondiale, alors que le fascisme a été vaincu, l’éloge de la violence se perpétue cependant contre l’ordre bourgeois qu’on « nazifie » jusqu’à la caricature puisque le général de Gaulle, figure incontestée de la lutte contre le nazisme, est désigné comme « fasciste » par le PCF. On prête à Staline ce propos invérifié selon lequel il faut « fasciser » l’adversaire pour qu’il passe son temps à se justifier. On s’épuiserait à citer toutes les justifications de la violence d’extrême gauche de l’époque. Le plus célèbre morceau est évident la préface de Sartre au livre de Frantz Fanon, les Damnés de la terre (1961), où l’auteur des Mots écrit : « Tuer un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups ; supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ». Après tout, comme l’a enseigné Mao, « la révolution n’est pas un dîner de gala, ni une œuvre littéraire (…) Une révolution est un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre ».
Après les révélations sur les horreurs du totalitarisme, bon nombre d’intellectuels, anciens maoïstes ou trotskistes, se convertissent au combat antitotalitaire dans les années 1970 et au culte des droits de l’homme. La violence perd de son prestige et se cantonne aux mouvements extrêmes. Désormais, à gauche, certains la condamnent avec fermeté, même quand elle se pare de lutte contre le fascisme. Ainsi, en Italie, après l’enlèvement d’Aldo Moro, le patron de la Démocratie Chrétienne en 1978, le chef du parti communiste (PCI), Enrico Berlinguer, refuse de discuter avec les terroristes des BR. En mars 1978, Berlinguer affirme la « ligne de la fermeté » (linea della fermezza) contre la violence et rompt avec tous les intellectuels qui regardaient les terroristes rouges comme « des compagnons qui s’égarent ». Pour Berlinguer, ceux qui font usage de la violence terroriste sont tout simplement des ennemis de la démocratie. La démocratie doit être défendue contre la violence, même au prix d’un sacrifice tragique (car Aldo Moro sera assassiné par les BR). Cette position a fortement marqué le débat italien, alors que la France a accueilli les terroristes italiens. Même si nous ne sommes pas encore revenus heureusement aux années de plomb, la ligne de la fermeté de Berlinguer face à la violence politique devrait aujourd’hui inspirer toute la classe politique française, et notamment la France Insoumise, qui continue à évoquer la « violence fasciste » comme prétexte.
A priori, et contrairement à ce qu’imaginent beaucoup de ses adversaires, le parti de Jean-Luc Mélenchon ne prône pas la violence mais la « révolution citoyenne », c’est-à-dire la révolution par les urnes. Il s’est longtemps inspiré, avant de centrer son discours sur la « nouvelle France » (créolisation, etc.), du théoricien de l’antagonisme sans violence, Ernesto Laclau qui, dans La Raison populiste (2005), soutenait que la démocratie est structurée par l’antagonisme entre un « peuple » et une « élite » et il proposait, pour mettre fin aux logiques de « consensus » qui structuraient la démocratie libérale, de revenir à des logiques conflictuelles, « agonistiques », qui, sont la source même de la liberté. Idée déjà présente chez Machiavel. Mais il s’agissait chez Laclau, ou sa femme, Chantal Mouffe, d’un conflit discursif, non insurrectionnel.
De la «bordelisation» à la confrontation
Or, dans le contexte d’une démocratie très fragilisée par la crise des subprimes (2008) et les attentats islamistes (2015), le 7 octobre, sans parler désormais de l’affaire Epstein, cet éloge du conflit peut déraper facilement. Plusieurs adeptes du leader de LFI, en faisant du zèle, ont traduit cette logique conflictuelle dans des actes contestables, comme la « bordélisation » de l’Assemblée ou la « fascisation » de l’adversaire. Parler de « factieux », affirmer que « la police tue », évoquer le « danger fasciste » ou « l’islamophobie » à tout moment contribue à installer une rhétorique de confrontation. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a affirmé après la mort de Quentin que les « mots tuent ». On sait depuis J. Austin qu’il existe une dimension « performative » du langage et que les mots sont aussi des pierres, disait Carlo Levi, l’auteur du Christ s’est arrêté à Eboli (1). Cela impose en démocratie une certaine éthique de la discussion. Ajoutons que LFI a utilisé des franges radicales, n’hésitant pas à offrir au fondateur de la Jeune Garde (dissoute en 2025), Raphaël Arnault, une candidature comme député, ce qui se révèle aujourd’hui bien embarrassant.
Bref, il s’est créé une sorte de « continuum de violence » autour de LFI qu’ont dénoncé depuis la mort de Quentin non seulement la droite et le centre mais aussi quelques rares alliés de LFI dans l’ex-Nouveau Front Populaire, comme Raphaël Glucksmann, affirmant que ce parti « brutalise le débat public depuis des semaines et des mois (…) Jean-Luc Mélenchon, Rima Hassan, Thomas Portes, Raphaël Arnault, en permanence, jettent de l’huile sur le feu (…) et c’est proprement irresponsable ». C’est cette irresponsabilité qu’il appartient aujourd’hui de faire cesser et de ramener tout le monde au « bercail républicain » (Maurice Agulhon). L’appel de Glucksmann reste encore assez isolé à gauche, y compris dans sa propre formation, où la « ligne de la fermeté » de Berlinguer ne semble pas encore dominer. Les principes sont pourtant simples : le conflit nourrit la démocratie, la violence la détruit.
(1) Sur tous ces points, voir le Dictionnaire de la violence, de Michela Marzano (dir.), PUF, 2011.
HISTORY: THE FRENCH INTELLIGENTSIA AND IRAN’S REVOLUTION
Le Figaro
Ces intellectuels et journalistes français qui ont été aveugles face à Khomeyni et à la révolution islamique en 1978-1979
GRAND RÉCIT – De Michel Foucault à Serge July, plusieurs personnalités de Saint-Germain-des-Prés ont longtemps multiplié les erreurs de jugement sur l’ayatollah iranien et les mollahs, pendant que d’autres étaient plus lucides.
Dès les semaines qui suivent le retour triomphal de l’ayatollah Khomeyni à Téhéran (1er février 1979), les violences, exécutions sommaires et mises à mort commencent. Contre des informateurs de l’ex-police secrète du Chah, des généraux, des ministres et des personnalités du régime déchu, d’abord. La journaliste Claire Brière, présente à Téhéran à partir du retour de Khomeyni, témoigne avoir vu des lynchages et des mutilations de cadavres d’une violence insoutenable. Puis, peu à peu, les islamistes se retournent contre tous leurs alliés d’hier, des modérés aux groupes armés d’extrême-gauche, pour les liquider. Les femmes perdent l’émancipation juridique obtenue sous les Pahlavi. Les homosexuels risquent la peine capitale. Une théocratie islamiste, obscurantiste et ultra-violente, s’abat sur l’Iran. Comment expliquer, dans ces conditions, la stupéfiante bienveillance que certains intellectuels et une large partie des médias français avaient, jusqu’alors, accordée à Khomeyni et aux mollahs? Il est faux d’affirmer que tout le monde, à l’époque, dans les pays occidentaux, ignorait l’état d’esprit et les méthodes des islamistes chiites. Car, au moment même où beaucoup étaient aveugles ou complaisants, un nombre significatif de journalistes français tiraient la sonnette d’alarme, sans être écoutés.
Intellectuel de premier plan en son temps, Michel Foucault s’enthousiasme ainsi pour la révolution islamique à l’automne 1978. Son cas est d’autant plus significatif que l’influence de cet auteur est, aujourd’hui encore, importante. À l’époque, Foucault, âgé de 51 ans, jouit d’un grand prestige à Saint-Germain-des-Prés, surtout auprès des plus jeunes. Il est alors bienvenu, pour un étudiant, de lire, ou tout au moins de citer, Histoire de la folie à l’âge classique (1963) et, plus encore, Surveiller et punir (1975), qui marque le rapprochement du penseur avec l’extrême-gauche dans le climat de l’après-68.
Or cet auteur est souvent las de ses propres idées, à la recherche d’émotions nouvelles, de chemins inédits. Sollicité au printemps 1978 par l’éditeur italien Rizzoli, actionnaire du Corriere della Sera, Foucault a accepté le principe d’une contribution régulière dans le prestigieux quotidien milanais. Il désire constituer une équipe d’intellectuels qui réaliseraient des grands reportages. Le professeur au Collège de France se rend ainsi deux fois en Iran, du 16 au 24 septembre puis du 9 au 15 novembre 1978. Il publie sept reportages dans le Corriere della Sera puis un long reportage dans Le Nouvel Observateur.
L’homme perçoit d’emblée le caractère religieux de la révolution qui gronde en Iran, et c’est ce qui le fascine. La clarté très française de la langue de Foucault (il n’y a aucun jargon) et la finesse de nombreuses observations confèrent à ses textes une grande séduction. Le premier article (28 septembre 1978), centré sur l’armée iranienne, comporte des descriptions de la situation et des informations, vraies ou inexactes, mais nullement déraisonnables, ainsi que des appréciations qui sont affaire d’opinion.
Le deuxième texte (1er octobre) est plus personnel et péremptoire. Son titre, «Le Chah a cent ans de retard», a été choisi par la rédaction, selon l’éditeur des œuvres complètes de Foucault (Dits et Écrits, Gallimard). L’intéressé aurait proposé comme titre «le poids mort de la modernisation». Foucault raconte une visite au bazar de Téhéran où il a vu des machines à coudre d’allure désuète arborant le logo «made in South Corea». L’intellectuel écrit: «J’ai eu alors le sentiment de comprendre que les événements récents ne signifiaient pas le recul des groupes les plus retardataires devant une modernisation trop brutale; mais le rejet, par toute une culture et tout un peuple, d’une modernisation qui est en elle-même un archaïsme» [deux mots de la phrase sont mis en italique par Foucault].
C’est le Chah qui est archaïque et c’est l’islam qui est l’avenir en Iran, argumente Foucault
Après avoir récusé la lecture libérale de la révolution islamique, l’intellectuel décrit la politique du roi comme une greffe occidentale artificielle rejetée par le peuple (ce qui n’est pas nécessairement faux) et son promoteur, le Chah, qui se croit novateur, comme un has been pathétique. C’est lui qui est archaïque et c’est l’islam qui est l’avenir en Iran, argumente l’auteur. Des opposants iraniens traduisent l’article en farsi et le placarderont sur les murs de l’université de Téhéran lors de sa réouverture fin octobre.
Le troisième article de Foucault (8 octobre 1978) a été titré par la rédaction du Corriere della Sera «Téhéran: la foi contre le Chah». Lui-même aurait proposé comme titre «Dans l’attente de l’imam», allusion au douzième imam, occulté ou caché dans l’islam chiite, et qui reviendra à la fin des temps (c’est pourquoi les spécialistes parlent de chiisme «duodécimain», du latin duodecimus, qui signifie «douzième»). Décrivant le rejet, par une partie des Iraniens, de la modernisation venue d’Occident, Foucault écrit: «Où chercher protection, comment retrouver ce qu’on est, sinon dans cet islam qui, depuis des siècles, règle avec tant de soin la vie quotidienne, les liens familiaux, les relations sociales? Sa rigueur, son immobilité n’ont-ils pas fait sa chance.»
Quand les mosquées étaient trop petites pour la foule, on mettait des haut-parleurs dans la rue: et tout le village, tout le quartier retentissait de ces voix, terribles
Michel Foucault, Corriere della Sera, 8 octobre 1978
Argumentation qui, une fois encore, a sa justesse, mais Foucault paraît fasciné par la force des mollahs et l’impression de puissance émanant des masses qui écoutent leurs prêches violents contre le Chah et l’Occident. Il a l’impression de communier avec la foule, de sentir la chaleur de la communauté réconciliée contre un ennemi commun: l’Occident. «Quand les mosquées étaient trop petites pour la foule, on mettait des haut-parleurs dans la rue: et tout le village, tout le quartier retentissait de ces voix, terribles comme ont dû l’être dans Florence celle de Savonarole, celles des anabaptistes à Münster ou celles de presbytériens au temps de Cromwell».
Foucault entend-il, par ces comparaisons, mettre en garde contre le danger du fanatisme religieux à Téhéran? Tout au contraire. «Vous savez la phrase qui fait ces temps-ci le plus ricaner les Iraniens? Celle qui leur paraît la plus sotte, la plus plate, la plus occidentale? “La religion, opium du peuple”», assène l’universitaire. Puisque le marxisme vient d’Europe au même titre que le libéralisme, l’un et l’autre sont récusés à bon droit par ces Iraniens qui représentent le futur, se réjouit Foucault.
L’article suivant dans le Corriere (22 octobre 1978) est également publié dans Le Nouvel Observateur (16-22 octobre 1978) sous le titre «A quoi rêvent les Iraniens?». Le texte paru en France est augmenté de deux emprunts aux articles précédents de Foucault dans le quotidien milanais. À l’époque, Khomeyni vient d’arriver en France et s’est installé à Neauphle-le-Château (Yvelines). «La situation en Iran semble être suspendue à une grande joute entre deux personnages aux blasons traditionnels: le roi et le saint, le souverain en armes et l’exilé démuni; le despote avec en face de lui l’homme qui se dresse les mains nues, acclamé par un peuple», écrit Foucault, enthousiaste.
Il ajoute: «Cette image a sa propre force d’entraînement, mais elle recouvre une réalité à laquelle des millions de morts (sic) viennent d’apporter leur signature». Le premier réflexe du lecteur est de tenir les mots «millions de morts» pour une coquille fâcheuse. Aucun journaliste étranger présent en Iran, à une époque où les extrapolations fragiles n’ont pas manqué, n’a avancé un chiffre aussi extravagant pour évaluer le bilan de la répression des manifestants par l’armée du Chah. Mais on verra plus loin que Foucault a un rapport très souple avec les faits, de sorte qu’on ne peut pas exclure que ces mots, «millions de morts», aient été bien écrits par l’auteur dans un moment de mysticisme ou choisis par lui au titre de procédé rhétorique. Dans cette hypothèse, le secrétaire de rédaction chargé de relire le texte et intimidé par l’aura de l’auteur à l’époque, ne se serait pas senti en droit de faire une remarque. Fait notable, on ne trouve, à notre connaissance, aucun erratum rectifiant ce chiffre insensé dans les éditions suivantes de l’hebdomadaire.
«Vieux saint en exil à Paris» (Foucault sur Khomeyni)
Quoi qu’il en soit, Foucault pronostique ensuite que l’ayatollah va rentrer en Iran et prendre le dessus sur les autres opposants. L’intellectuel ne s’inquiète nullement d’une telle issue, qui lui paraît au contraire de grand intérêt. Après un exposé sur le chiisme, fruit de lectures d’auteurs français distingués, le professeur au Collège de France conclut en effet: «Un fait doit être clair: par “gouvernement islamique”, personne, en Iran, n’entend un régime politique dans lequel le clergé jouerait un rôle de direction et d’encadrement».
Le penseur décrit alors ce qu’il faut entendre et espérer par gouvernement islamique, et on a l’impression de lire la description de l’autogestion tentée par les ouvriers de l’usine Lip lors d’une grève sous Pompidou, affaire alors célèbre. Foucault, qui croit déceler dans la France de son temps une violence inouïe et partout cachée, voit dans la révolution islamique un humanisme en marche. Le chiisme, explique-t-il, «n’a pas cessé, à travers les siècles, de donner une force irréductible à tout ce qui, du fond d’un peuple, peut s’opposer au pouvoir de l’Etat».
Khomeyni n’est pas un homme politique: il n’y aura pas de parti de Khomeyni, il n’y aura pas de gouvernement Khomeyni
Michel Foucault, Le Nouvel Observateur, 16-22 octobre 1978
Puis, dans son texte publié le 19 novembre, Foucault qualifie Khomeyni de «vieux saint en exil à Paris» (sic). «Aucun chef d’Etat, aucun leader politique, même appuyé sur tous les médias de son pays, peut aujourd’hui se vanter d’être l’objet d’un attachement aussi personnel et aussi intense», écrit-il. Le constat, une fois encore, n’est pas nécessairement faux, mais tous les faits qui devraient conduire à se méfier de l’ayatollah sont ici écartés. Pour expliquer les causes de la popularité du mollah, l’universitaire avance ce pronostic: «Khomeyni n’est pas un homme politique [ces mots sont mis en italique par Foucault] : il n’y aura pas de parti de Khomeyni, il n’y aura pas de gouvernement Khomeyni».
À un Foucault enthousiaste devant l’hostilité à l’Occident et à ses valeurs qu’il constate en Iran, le gouvernement islamique paraît une promesse: celle d’«introduire dans la vie politique une dimension spirituelle: faire que cette vie politique ne soit pas, comme toujours, l’obstacle de la spiritualité mais son réceptacle, son occasion, son ferment». Et l’universitaire conclut: «J’entends déjà des Français qui rient, mais je sais qu’ils ont tort».
Personnage qui aime se métamorphoser sans cesse, s’enivrer d’alcool fort intellectuel, marquer une distance finale envers ce qu’il a longuement exposé afin de paralyser tout jugement à son égard: tel est Michel Foucault.
Foucault répond à une lectrice iranienne qui a osé le critiquer qu’elle met « de la haine » dans l’examen du « problème de l’islam comme force politique »
Et s’il adore les applaudissements, l’homme ne goûte guère les critiques. L’intéressé répond avec une grande nervosité, dans le Nouvel Observateur (13-19 novembre 1978), à une lectrice iranienne en exil en France qui a osé le contredire. Cette dernière a écrit au courrier des lecteurs que, si elle juge le régime du Chah dictatorial et corrompu, elle ne lui préfère pas la théocratie des Mollahs dont l’hypothèse est considérée avec tant de faveur par Foucault. Piqué au vif, le professeur au Collège de France caricature les arguments de l’Iranienne de façon à les présenter comme «intolérables», ce qui le dispense de les examiner. Foucault l’accuse de mettre «de la haine» dans l’examen du «problème de l’islam comme force politique», procédé rhétorique promis à un bel avenir.
La couverture journalistique des manifestations
Quelques mois plus tard, après le départ du roi pour l’exil (16 janvier 1979) et le retour triomphal de Khomeyni à Téhéran (1er février 1979), Foucault accorde un long entretien à deux journalistes qui, pour Libération, ont suivi le processus révolutionnaire en Iran l’année précédente. Les deux grands reporters, Claire Brière et Pierre Blanchet, intégreront cet entretien dans leur livre Iran: la révolution au nom de Dieu, qui paraît au Seuil au printemps 1979, alors que les tueries ont commencé dans le pays, frappant d’abord les cadres du régime déchu.
Les deux anciens de Libération paraissent tiraillés entre leur empathie pour les opposants d’hier et certains faits qu’ils ont vus mais qu’ils hésitent à évoquer
Les deux journalistes, issus du maoïsme, ont «couvert» jour après jour les manifestations massives des centaines de milliers d’Iraniens qui ont fini par faire tomber le Chah. Ils paraissent tiraillés entre leur empathie pour les opposants d’hier et certains faits qu’ils ont vus, qui les troublent, mais qu’ils hésitent à évoquer de peur de desservir la révolution en cours.
Après douze pages de dialogue avec Foucault sur les vertus des manifestants iraniens en 1978, Claire Brière se jette à l’eau: «Alors, a contrario, car il ne serait pas honnête de le taire, il faut dire que quand toi, individu, journaliste étranger, femme, tu es confrontée à cette unicité, à cette volonté commune, il y a un choc formidable. Moral et physique. Comme si cette unicité exigeait que l’on s’y conforme. Gare, en ce sens, à celui qui n’est conforme. On a tous eu des problèmes de ce type en Iran. D’où, peut-être, les réticences que l’on sait en Europe. La beauté d’un soulèvement, oui mais…».
Foucault, qui avait fait jusqu’alors de longues réponses aux questions des deux journalistes, devient laconique. Il concède, en une phrase: «On a eu des manifestations, verbales au moins, d’antisémitisme virulent». Puis, en une seconde phrase: «On a eu des manifestations de xénophobie» qui, assure-t-il, ont visé non seulement «des Américains» mais «aussi des ouvriers étrangers qui viennent travailler en Iran», ce qui peut paraître une façon de gommer la spécificité de l’aversion des manifestants pour les Américains.
Une pression s’est exercée sur les journalistes étrangers pour gonfler les chiffres de la répression du régime du Chah, indique l’ancien grand reporter de Libération
Mais le journaliste Pierre Blanchet n’entend pas rester allusif et renchérit: «C’est effectivement cette contrepartie de l’unicité qui peut être odieuse à certaines gens». Le grand reporter raconte avoir vu un photographe français roué de coups par des manifestants qui l’avaient pris pour un Américain et qui, apprenant leur erreur, l’ont embrassé et lui ont dit: «Surtout ne racontez pas ça dans la presse». Blanchet ajoute: «Je pense aussi à ces demandes impérieuses des manifestants: “Dites bien qu’il y a eu tant et tant de milliers de victimes, tant et tant de millions de manifestants dans la rue“».
Une pression s’est exercée sur les journalistes étrangers pour épouser les thèses des manifestants et gonfler les chiffres de la répression du régime du Chah présentés à l’opinion des pays occidentaux, indique ainsi l’ancien grand reporter de Libération. Claire Brière renchérit: «Ça c’est un autre problème: c’est le problème d’une culture différente, d’une idée différente de l’exactitude. En outre, cela faisait partie du combat. Quand tu as les mains nues, si tu accumules les morts réels et imaginaires, tu conjures la peur, et tu te fais plus convaincant ».
«Ils [les Iraniens] n’ont pas le même régime de vérité que le nôtre», rétorque Michel Foucault. Pour en persuader ses interlocuteurs, le philosophe se lance dans un exercice de virtuosité intellectuelle peu compréhensible (ce qui est exceptionnel chez cet écrivain au style limpide, et par conséquent sans doute volontaire). Il conclut, catégorique: «Donc dire une chose qui veut en dire une autre, non seulement ce n’est pas une ambiguïté condamnable, mais c’est au contraire une surcharge nécessaire et valorisée. Et alors que, ma foi, qu’on dise quelque chose qui, au niveau des faits, n’est pas vrai, mais qui renvoie à un autre sens profond, inassimilable en termes d’exactitude et d’observation…». En somme, pour Foucault, que le nombre de morts en Iran annoncé par les médias occidentaux soit vrai ou faux semble sans importance.
Après que l’armée eut ouvert le feu sur les manifestants le 8 septembre 1978 à Téhéran (l’événement a été un moment charnière dans le discrédit qui a frappé le régime à l’époque), Claire Brière avait évalué le nombre de morts à une cinquantaine au maximum. La journaliste était arrivée à cette conclusion au terme d’une enquête à la morgue et dans les hôpitaux. Et Claire Brière a été, après coup (elle l’ignorait sur le moment, faute de moyens de communication aisés avec Paris) stupéfaite de voir que le chiffre de plusieurs milliers de morts ce jour-là à Téhéran, avancé par l’opposition, avait été présenté comme crédible voire prouvé par une large partie de la presse française.
Quoi qu’il en soit, dans la suite de leur dialogue avec Foucault, Claire Brière raconte avoir été entourée par des manifestants «haineux» qui l’avaient vue dans une camionnette et avaient ainsi constaté que la Française portait des sandales sans chaussettes, signe d’impudicité à leurs yeux. Elle-même, dans son entretien avec le professeur au Collège de France, semble déchirée car, après avoir dit «C’est la force du Mouvement d’être unique. Dès qu’il aperçoit des petites différences, il se sent menacé», elle ajoute cette phrase étrange: «Je crois que l’intolérance est là, nécessaire», chez les manifestants anti-Chah de 1978. (Claire Brière a raconté son itinéraire personnel et sa sortie du maoïsme dans un livre poignant et d’une probité remarquable, Voyage au bout de la révolution – de Pékin à Sochaux, 2009).
Le cas de Jean-Paul Sartre
Après Foucault, on s’attend à voir arriver Jean-Paul Sartre parmi les penseurs de premier plan bienveillants envers la révolution islamique. Compte tenu des états de service de ce dernier, c’est naturel. Il déclare par exemple dans un entretien à Actuel (février 1973): «Les maoïstes sont pour l’exécution des exploiteurs et des ennemis du peuple». À ces mots, le journaliste Michel-Antoine Burnier le relance: «Vous restez personnellement un partisan de la peine de mort politique?». La réponse de Sartre est claire: «Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué».
Sartre, très malade à l’époque et qui devait s’éteindre en 1980, intervenait moins souvent dans le débat public lorsque l’Iran s’est enflammé contre le Chah
La figure emblématique de «l’opium des intellectuels» magistralement analysé par Raymond Aron dès 1955 a manifesté une telle fascination pour la violence et soutenu tant de mauvaises causes qu’il est donc souvent présumé avoir figuré parmi les sympathisants de Khomeyni. Il n’existe cependant aucune preuve solide d’un soutien effectif du père de l’existentialisme à l’ayatollah et à la révolution islamique. L’intéressé, très malade à l’époque, diminué par une demi-cécité et qui devaient s’éteindre en avril 1980, n’intervenait plus que rarement dans le débat public lorsque l’Iran s’est enflammé contre le Chah.
Certes, Sartre a accepté, à une date difficile à déterminer, de présider le Comité pour la défense des prisonniers politiques iraniens, mais la cause, honorable, pouvait paraître œcuménique. Il est vrai que ce genre d’organisation, très estimable sur le papier, est fréquemment noyauté par les opposants les plus radicaux qui poursuivent leurs propres objectifs. Le «Mouvement de la paix», organisation transnationale puissante dans les années 50 et 60, était ainsi dirigé par les partis communistes nationaux qui prenaient soin de mettre en avant des sympathisants non «encartés». Mais si Sartre revendiquait son opposition au régime du Chah, sa qualité de président du Comité pour la défense des prisonniers politiques iraniens est un indice bien trop ténu pour autoriser à conclure que ce dernier a soutenu les islamistes en 1978.
Sartre s’est lié d’amitié avec Ali Shariati, qui sera le théoricien d’un rapprochement entre révolutionnaires marxistes iraniens et aile radicale des mollahs
En revanche, au début des années 60, dans le contexte de la guerre d’Algérie finissante, Sartre s’est lié d’amitié avec un étudiant iranien résidant à Paris, Ali Shariati, qui va être l’instigateur d’un rapprochement intellectuel, déjà commencé avant lui, entre révolutionnaires marxistes iraniens et aile radicale des mollahs. «Shariati est le prototype de l’idéologue qui veut transformer les idées-forces du chiisme duodécimain (le martyre par exemple) en une force historique. Son projet est d’en accuser l’aspect idéologique militant pour l’opposer à l’emprise du défi occidental», a écrit le philosophe iranien Daryush Shayegan (Qu’est-ce qu’une révolution religieuse?, 1982). Or «l’idéologisation des religions cache un danger redoutable: le déchaînement des comportements irrationnels des foules», ajoute-t-il en se référant à la révolution iranienne.
Mort en juin 1977 en Grande-Bretagne, soit d’une crise cardiaque, soit assassiné par la police secrète du Chah qui aurait maquillé ce meurtre en accident de santé, Shariati n’a pas vu le triomphe des mollahs en Iran 18 mois plus tard. Mais il est, dans les années qui suivent sa disparition, une figure emblématique, célèbre à la fois au sein de milieux d’extrême-gauche de sensibilité tiers-mondiste dans les pays occidentaux et dans des milieux islamistes en Iran. On prête à Sartre ce mot, tenu pour authentique par plusieurs universitaires comme Pierre-André Taguieff: «Je n’ai pas de religion, mais si je devais en choisir une, ce serait celle de Shariati» (Foucault, lui aussi, se réfère à Shariati dans les articles qu’on a évoqués plus haut).
Deux appréciations contraires paraissent donc inexactes: affirmer que Sartre a soutenu la révolution islamique, si on fait débuter celle-ci en janvier 1978; mais aussi alléguer que Sartre n’avait ni des contacts avec ceux qui allaient l’accomplir ni une sympathie affichée pour leur projet révolutionnaire. Il semble ainsi équitable de le qualifier de compagnon de route les années précédant les faits. Pas davantage mais pas moins non plus.
Simone de Beauvoir, en revanche, paraît avoir été prudente à cet égard ces mêmes années. Immédiatement après, en mars 1979, des féministes françaises se rendront sans elle à Téhéran et espéreront être reçues par Khomeyni. Informées qu’il est indispensable, pour ce faire, de porter le voile, les intéressées se divisent alors sur le sujet. Celles-ci décident de joindre au téléphone la femme de lettres, restée à Paris, pour lui demander ce qu’elle préconise, comme on consulterait une autorité ecclésiale, un directeur de conscience. Et Beauvoir recommande de refuser le port du voile. Cette dernière écrira ensuite, le 22 mars, alors que les mises à mort se multiplient sous l’autorité de Khomeyni, un mot de soutien à une féministe américaine expulsée d’Iran, qui se conclut ainsi: «Le nouveau régime sera lui aussi une tyrannie s’ils [les mollahs] ne tiennent pas compte des désirs [des femmes] et ne respectent pas leurs droits». Simone de Beauvoir, pour autant, ne pousse pas la lucidité jusqu’à envisager que le sort des femmes, dans la République islamique, puisse être infiniment pire que sous le Chah.
Qui sait, après tout, si la passion du peuple iranien comme celle des fondateurs du chiisme, Ali et son fils Husayn, n’ouvre pas à l’humain les portes de l’avenir?
Le chrétien de gauche Jacques Madaule
On croise aussi, dans cette affaire, des chrétiens de gauche, qui vont jouer un grand rôle dans la victoire de François Mitterrand en 1981. Habitués, mais non résignés, à voir le christianisme conspué en France, souvent blessés que leur foi soit tournée en dérision à Paris, ils considèrent souvent l’islam avec une grande bienveillance. Celle-ci, à leurs yeux, est la religion des humbles et des opprimés. Certains «cathos de gauche» paraissent même, à l’époque, appeler de leurs vœux une victoire de l’islam politique, dont ils ignorent les vrais traits, mais qui pourrait entraîner en Europe, par ricochet, une réhabilitation morale de la religion chrétienne aux yeux de ceux qui ont l’habitude de la dénigrer, espèrent ces idéalistes. Un disciple d’Emmanuel Mounier, Jacques Madaule, personnage très respectable, écrit ainsi, trois jours avant le départ du Chah: «Mais qui sait, après tout, si la passion du peuple iranien comme celle des fondateurs du chiisme, Ali et son fils Husayn, n’ouvre pas à l’humain les portes de l’avenir? Un chrétien doit poser une pareille question» (tribune dans Le Monde, 13 janvier 1979). L’auteur et sa famille de pensée seront vite dégrisés.
Aux antipodes de ces derniers, quelques rarissimes intellectuels ont manifesté leur sympathie pour le régime de Khomeyni après que celui-ci eut montré à tous son vrai visage. Jean Baudrillard se réjouit ainsi que l’Iran des mollahs lance «un défi symbolique à tout le système occidental de valeurs» et perturbe ce qu’il décrit comme le jeu de rôles de la guerre froide entre Est et Ouest. Et le penseur de poursuivre, désinvolte: «Que ce soit au prix du “fanatisme” religieux, du “terrorisme” moral ou d’une “barbarie” moyenâgeuse, tant pis ou tant mieux, c’est sans importance». Pour ce contempteur de la société de consommation, «il est vrai que seule sans doute la violence rituelle, pas du tout archaïque, la violence actuelle d’une religion, d’une tribalité qui refuse les modèles de la libre société occidentale pouvait lancer un tel défi à l’ordre du monde» (tribune dans Le Monde, 13 février 1980).
« Un ascète au visage émacié, aux yeux tristes, vivant modestement (…)
Le Nouvel Observateur décrivant Khomeyni (18-24 septembre 1978)
À l’aveuglement de certains intellectuels sur les intentions des mollahs s’ajoute celui de nombreux journalistes. «Un ascète au visage émacié, aux yeux tristes, vivant modestement dans une petite maison de la ville sainte de Nedjev, en Irak, hante depuis des mois les cauchemars du roi des rois, le Chah d’Iran, et est en passe de devenir l’ennemi public n°1 du monde occidental et de ses alliés », lit-on dans Le Nouvel Observateur (18-24 septembre 1978). C’est Khomeyni qui est ainsi décrit comme un Gandhi iranien.
La journaliste, Kenizé Mourad, entend réfuter les critiques que certains, en Occident, adressent aux dignitaires chiites: «Qui sont, en effet, ces religieux musulmans qui préconisent le retour aux valeurs de l’islam et rejettent l’occidentalisation. Des fanatiques rétrogrades?». L’auteur de l’article soutient le contraire, arguant que Khomeyni a su constituer un front uni anti-Chah. D’ailleurs, dans le chiisme, «même les ayatollahs, hauts dignitaires religieux, peuvent être récusés du jour au lendemain s’ils n’oeuvraient plus dans l’intérêt des fidèles», écrit la journaliste, catégorique.
Kenizé Mourad défend également la décision de manifestantes de porter le voile. Cette dernière rapporte les mobiles qu’une protestataire lui a exposés: défier l’Occident et refuser d’être considérée par les hommes comme un objet sexuel . Or cette dernière préoccupation rejoint les réflexions de certaines féministes américaines, ajoute la journaliste. «Rétrograde, vraiment?», insiste Kenizé Mourad. Aucune autre explication possible du port du voile n’est envisagée dans cet article.
Un mois plus tard, la même journaliste a rencontré Khomeyni, qui s’est installé à Neauphle-le-Château. Dans Le Nouvel Observateur (23-29 octobre 1978), elle est enthousiaste: «Majestueux dans son ample robe grise et son turban de jais, cet homme vénéré par 35 millions d’Iraniens (sic), cet homme dont la puissance fait trembler le Chah et frissonner tous les grands de ce monde, paraissait à la fois très fort et très fragile». Une semaine plus tard, les lecteurs du Nouvel Observateur découvrent, sous la même plume, la réaffirmation que Khomeyni est «révéré par tout le peuple iranien», ce qui manque singulièrement de nuance.
À Libération, Claire Brière et Pierre Blanchet, qu’on a déjà évoqués, ont quitté le journal après un désaccord avec le directeur, Serge July, sur la façon de «couvrir» les événements d’Iran. Recrutés par Claude Perdriel, ils poursuivront un temps leur travail sur la révolution islamique pour Le Matin de Paris. Libération, de son côté, affiche son enthousiasme pour l’insurrection. Le 2 janvier 1979, alors qu’il est clair que le Chah va quitter le pays, le quotidien affirme en Une que les manifestants vont l’emporter «malgré des centaines de milliers de victimes» (sic), évaluation parfaitement fantaisiste.
En revanche, le 22 janvier 1979, après le départ du roi et avant le retour de Khomeyni à Téhéran, on lit sous la signature de Marc Kravetz (qui obtiendra le prix Albert Londres l’année suivante), au sujet d’affrontements entre islamistes et groupes d’extrême-gauche, l’expression d’une perplexité: «Il ne faudrait pas surestimer la portée de ces affrontements (…). Ils signifient quand même une inquiétude de plus en plus ouvertement avouée à l’égard de l’avenir du pays, dont certains intellectuels disent sans fard qu’il ne faudrait pas qu’il fasse succéder une autre dictature à la dictature précédente».
Cette ébauche de distance critique disparaît sous la plume de Serge July les semaines suivantes, dès le retour triomphal de Khomeyni et la marée humaine qui l’accueille à Téhéran le 1er février 1979. Serge July, qui s’est en effet envoyé lui-même sur place, titre ainsi son article: «Il n’y a pas de bonheur plus grand que la chute d’une dictature». L’unique réserve tient à la mention des mots «police islamique» sur les brassards des membres du service d’ordre, mais le lecteur n’en saura pas plus.
Iran: le chiito-socialisme des khomeynistes
Titre de la double page de Serge July, envoyé spécial à Téhéran, dans Libération le 12 février 1979
Puis, le 12 février, le directeur de Libération signe une double page, résultat, imagine-t-on, de dix jours d’enquête, et qui ambitionne de décrire la révolution en cours. Son titre: «Iran: le chiito-socialisme des khomeynistes». Le sous-titre informe sur l’intention de l’auteur: «Voyage au cœur des organisations de base de la révolution persane: des instruments de libération à la mise en place du projet social islamique». «Face à ce pouvoir populaire (sic), les organisations légales se sont désintégrées», explique l’introduction du texte. Serge July affirme constater, chez des vainqueurs, une grande retenue envers les vaincus. «La fourberie occidentale à l’affût les a pourtant cherchées, ces tueries privées de militaires, de policiers ou de signataires de l’ancien régime. Elle a dû se contenter d’une dizaine d’épisodes qui paraissent le fait de groupes islamiques organisés», se félicite le journaliste.
July en est convaincu: «Ce peuple a fait de tout temps de la politesse et du culte de la forme un certain art de la vie quotidienne, depuis plus d’un an, cette douceur proverbiale derrière une rudesse d’apparence, s’était tout entière satisfaite du tour non-violent que les religieux ont imprimé au mouvement». Le directeur de Libération constate ensuite que la couleur noire est partout, dans les rues de Téhéran. Il a ces lignes étranges: le noir «voile enfin les femmes iraniennes comme un symbole de lutte, comme une proclamation anti-Chah, comme un refuge aussi d’où leurs yeux surgissent comme des momies vivantes».
Le lendemain, second volet de l’enquête de Serge July. Son titre: «L’organisation islamique des quartiers: une nouvelle communauté?». Le directeur de Libération concède que certaines violences «attribuées à des fanatiques religieux» ont été commises. Mais puisque les khomeynistes que July rencontre lui assurent condamner ces violences, le journaliste les en dédouane.
«Autres créations récentes: les patrouilles de nuit, qui sont une extension du champ d’action de la police islamique. La nouvelle police qui avait fait son apparition pour l’accueil de Khomeyni le 1er février dernier, achève sa mise en place à Téhéran». Est-ce là un motif d’inquiétude pour les libertés individuelles? Le lecteur est fondé à conclure que non. Grand contempteur des CRS à Paris, Serge July ne critique pas la «police islamique» à Téhéran. Il évoque même le cas d’un voleur qui a eu la malchance d’être conduit au commissariat au lieu de comparaître devant cette nouvelle police «qui voulait le juger à la mosquée», laissant entendre par là que cette dernière était plus libérale que la police traditionnelle.
Seule réserve, si l’on excepte l’annonce de tensions à venir entre gauchistes et islamistes: « Un culte assez classique de la personnalité» de Khomeyni, reconnaît July. Mais ce dernier rassure le lecteur: un contact bien informé, qui voit régulièrement Khomeyni, a assuré au directeur de Libération que «cette question a d’ailleurs été évoquée au cours de ces discussions qui composent la journée du sage». Le «sage» ainsi désigné, c’est Khomeyni.
Un « incendie du Reichstag? »
Titre de l’article du Monde du 25 août 1978 consacré à l’incendie d’un cinéma en Iran qui a causé plusieurs centaines de morts
Le Monde, pour sa part, au cours de l’année 1978, ne s’est pas contenté de rendre compte très favorablement des manifestations anti-Chah (ce qui était son droit). Son hostilité envers le régime impérial l’a aussi conduit à des procédés très discutables. En août 1978, un cinéma bondé est incendié à Abadan, ville au cœur de l’industrie pétrolière du pays, entraînant la mort de centaines de personnes. C’est un tournant. Le pouvoir et Khomeyni s’accusent l’un l’autre d’avoir commis volontairement ce crime. Or le quotidien examine l’affaire dans un article intitulé «Un “incendie du Reichstag”?» (25 août 1978). C’est une référence à l’incendie, le 27 février 1933, du Parlement allemand à Berlin par un déséquilibré. Hitler et les siens, qui venaient, à l’époque, d’entrer au gouvernement, ont manipulé ce désaxé, ou en tout cas exploité son geste, pour incriminer injustement les communistes allemands et justifier l’instauration d’un état d’exception. Ce parallèle historique revient donc à «hitlériser» le souverain iranien.
Comme le racontent Ramin Parham et Michel Taubmann, auteurs du passionnant livre Histoire secrète de la révolution iranienne (Denoël), ce sont les opposants du Chah chargés des relations avec la presse, très à l’aise dans la guerre de communication qui se livre entre eux et le régime, qui ont imaginé cette comparaison historique et s’emploient à convaincre les journalistes occidentaux de sa pertinence. De fait, l’analogie fait aussitôt florès dans une partie de la presse française. Or Le Monde du 25 août 1978, sous couvert d’un examen impartial, dans l’article intitulé «Un “incendie du Reichstag”?», des thèses des deux parties qui s’accusent l’une l’autre d’avoir provoqué ce carnage dans un cinéma, accrédite d’emblée la thèse de l’opposition en choisissant un tel titre, tout en affectant la neutralité grâce au point d’interrogation qui l’accompagne. Voilà ainsi le Chah frappé d’opprobre dans l’esprit du lecteur avant même qu’il ait pu se faire son opinion.
De surcroît, l’auteur de l’article qui entend exposer les arguments en présence à la manière d’un arbitre, Jean-Claude Guillebaud, au parcours professionnel d’ailleurs très riche, présente comme une allégation invérifiable le rappel, par le gouvernement du Chah, que des islamistes avaient déjà, à de nombreuses reprises, attaqué des cinémas, symbole, à leurs yeux, de l’Occident haï. Or il ne s’agit pas là d’une assertion non prouvée, mais d’un fait avéré, tant en Iran qu’en Égypte. Le journaliste n’évoque pas non plus ce que représente la date du crime, le 19 août 1978. Or il s’agit de l’anniversaire du renversement du premier ministre nationaliste Mossadegh 25 ans plus tôt jour pour jour. À cette date, le 19 août 1953, a commencé le règne personnel d’un Chah que ses opposants les plus radicaux tiennent pour un valet des Américains. Ces deux faits ne prouvent pas la culpabilité des islamistes (la police secrète du Chah aurait pu en tirer parti pour bâtir une manipulation convaincante). Mais ces informations importantes ne sont pas portées à la connaissance du lecteur de l’article du Monde.
« Le retour du divin »
Titre de l’éditorial du Monde évoquant à la fois l’élection de Jean-Paul II et le triomphe de Khomeyni (2 février 1979)
L’éditorial du quotidien consacré à la victoire de la révolution islamique est pour sa part un modèle de jésuitisme. Le lendemain de l’arrivée triomphale de Khomeyni à Téhéran, accueilli par un million d’Iraniens survoltés, une grande plume du Monde, André Fontaine, signe un billet intitulé «Le retour du divin». Il évoque tour à tour Jean-Paul II, élu pape cent jours plus tôt, et le leader de la révolution islamique. «Le besoin d’identité, élément essentiel de la dignité, est consubstantiel à l’homme», écrit André Fontaine. Celui-ci constate ensuite que le nouveau Souverain Pontife entend séparer le spirituel et le temporel. «Tandis que Khomeyni réclame tout simplement le retour à une théocratie, avec l’approbation de millions d’Iraniens convaincus que le progrès, qu’il soit made in USA ou made in URSS, leur a moins apporté le bonheur que la destruction de leurs habitudes ancestrales, la remise en cause de leur être collectif et immuable».
C’est la première fois que le mot «théocratie» apparaît, à notre connaissance, dans le quotidien du soir, pour qualifier le projet de Khomeyni. Aussi longtemps que l’issue des manifestations géantes qui ébranlaient le régime impérial restait incertaine, parler franchement aurait exposé ce journal à l’accusation de devenir «réactionnaire» et de nuire aux opposants du Chah. Ce dernier étant désormais en exil, on peut parler avec plus de franchise sans craindre de sembler trahir «le camp progressiste». Ces préoccupations, si puériles qu’elles paraissent, jouent à l’époque un grand rôle à Saint-Germain-des-Prés.
Mais il ne faut tout de même pas trop demander. Après avoir lâché le mot «théocratie», l’éditorialiste du Monde, comme effrayé par sa propre hardiesse, s’interdit d’exprimer la moindre inquiétude sur l’avenir des libertés publiques en Iran. Au contraire, après avoir exposé à sa façon le projet politique de Khomeyni, André Fontaine invite à ne pas avoir de prévention envers l’expérience qui commence à Téhéran. «Il faut admettre que la question mérite au moins d’être posée», plaide l’éditorialiste. Tout au plus l’auteur évoque-t-il en termes éthérés, au sujet de considérations géopolitiques, le risque d’«une aggravation des divisions dont l’humanité ne souffre déjà que trop». Pour faire bonne mesure, l’éditorialiste ajoute un mot sur la situation du judaïsme. Puis, en conclusion, André Fontaine appelle les représentants des trois religions à se rencontrer afin d’œuvrer ensemble pour la paix du monde.
A l’époque, le regain de la guerre froide préoccupait infiniment plus gouvernements et médias que les progrès de l’islamisme au Moyen-Orient
Au vu des violences qui se multiplient en Iran, au cours des mois de février et plus encore de mars et avril 1979, les journaux et hebdomadaires français jusqu’alors bienveillants envers la révolution islamique prennent leurs distances.
On peut objecter qu’il est aisé, quand on connaît la suite, de railler après coup l’aveuglement, involontaire ou volontaire, d’une partie de la presse jusqu’à ce que Khomeyni, rentré à Téhéran, commence à régler ses comptes. En outre, à l’époque, il est exact que même les opposants modérés avaient rejoint le mouvement lancé par les mollahs. La protestation pouvait donner le sentiment, sans doute excessif mais compréhensible, d’un unanimisme des Iraniens contre le régime. Tout au long de l’année 1978 et en janvier 1979 encore, les observateurs européens et américains pouvaient s’interroger sur la nature exacte du régime à venir à Téhéran. Valéry Giscard d’Estaing lui-même avait commis la grande faute d’accepter que Khomeyni gagne la France en octobre 1978, s’installe dans le paisible village de Neauphle-le-Château (Yvelines), devienne une star médiatique et prépare ouvertement sa prise du pouvoir à Téhéran. De surcroît, le regain de la guerre froide (les missiles nucléaires SS 20 ont été déployés par les Soviétiques dans les pays du Pacte de Varsovie en 1977) préoccupait alors infiniment plus gouvernements et médias des pays occidentaux que les progrès de l’islamisme au Moyen-Orient. Invoquant ces faits réels, beaucoup préconisent une sorte d’auto-amnistie des errements qu’on vient de raconter. Le fâcheux pour les tenants de l’indulgence, c’est que d’autres, à la même époque, ont su voir ce qu’ils avaient sous les yeux et l’ont raconté sans détour.
Dans un article intitulé «l’étrange alliance» entre mollahs et étudiants marxistes, Yves-Guy Berger écrivait ainsi dans Le Figaro du 16-17 septembre 1978: «Pendant que la presse internationale continuait à prendre le pouls d’une opposition [modérée, à qui le Chah tendait la main après l’avoir réduite au silence pendant 15 ans] au poignet de députés septuagénaires ne représentant qu’une infime clientèle, il s’est ainsi établi dans la plus grande discrétion un “programme commun’’ assurément provisoire entre les ailes extrêmes des ennemis du régime». Prix Albert Londres 1969, le journaliste poursuit: «Les mois, les années passées ensemble dans les mosquées qui sont pratiquement fermées aux agents de la Savak et devenues de ce fait autant de cellules politiques, auront permis d’arrondir les angles, d’islamiser un peu les gauchistes, de «gauchiser» un peu les mollahs.»
Le grand reporter décrit les «slogans attractifs pour la presse occidentale», «florilège de tout ce qui s’est fait depuis 20 ans dans les “manifs” du monde», «échantillonnage complet du folklore révolutionnaire» qu’il a vus dans les manifestations géantes à Téhéran. Les journalistes étrangers «couvrant» les événements d’Iran étaient ainsi portés à se sentir en terrain connu. Or Yves-Guy Berger récuse toute idée d’un mouvement spontané: «Il avait dû en falloir, pourtant, du temps» pour préparer «des centaines de banderoles, des milliers de panneaux dont beaucoup, rédigés en anglais, étaient destinés aux reporters des télévisions et des magazines!».
En le lançant comme une marque de lessive, on a multiplié par mille sa popularité
Le Figaro, au sujet de Khomeyni, 16-17 septembre 1978
Il avait fallu, poursuit le journaliste, une équipe organisée «dont le triomphe aura été le choix d’un thème unique, en situation, allant bien à la cible: Khomeyni, avec sa barbe fleurie, ses démêlés avec le Chah, ses motivations de vengeance personnelle. En créant autour de son nom une campagne promotionnelle à l’américaine, on a favorisé son plébiscite, éliminant du même coup l’influence du clergé modéré. En le lançant comme une marque de lessive, on a multiplié par mille sa popularité, on en fait un drapeau et un masque!». Cet article si lucide a été publié quatre mois avant le départ en exil du Chah.
Quelques semaines après sa parution, Thierry Desjardins prend le relais à Téhéran pour Le Figaro. Il constate que les étudiants iraniens d’extrême-gauche, revenus des universités occidentales, ont lu la littérature militante alors en vogue sur le FLN, le Vietminh, la révolution culturelle de Mao et Castro, et réussissent à «associer même provisoirement ceux qui [au sein de la société iranienne] trouvent que ça va trop vite à ceux qui pensent que ça n’avance pas assez». Le grand reporter juge que la démocratisation du régime, tout en préservant les institutions et en assurant l’ordre public, serait la seule solution pour éviter une catastrophe.
On ne pourra pas voler au chiisme son éventuelle victoire
Le Figaro, 16 octobre 1978
Or, au fil des jours, le prix Albert Londres 1975 décrit le refus, par Khomeyni, de tout compromis. Et il constate que les concessions du monarque, loin de le renforcer, sont interprétées par les opposants comme des marques de faiblesse. Thierry Desjardins n’a aucune illusion sur le poids des groupes armés d’extrême-gauche le jour où ils devront affronter les islamistes avec qui ils se sont alliés le temps de renverser le Chah. «On ne pourra donc pas voler au chiisme son éventuelle victoire», avertit le grand reporter (Le Figaro, 16 octobre 1978).
Dans le même journal, un éditorialiste, citations très violentes de Khomeyni à l’appui, craint que «le rouleau compresseur du fanatisme religieux déferle sur l’Iran» (Jacques Guillemé-Brûlon, 26 octobre 1978). «Il faudrait donc admirer, respecter, révérer même l’ayatollah Khomeyni!» sous peine de passer pour un inconditionnel du Chah, se scandalise un autre. «Telle est en effet la logique simpliste dans laquelle voudraient nous enfermer certains de nos maîtres à penser parisiens pour qui Khomeyni est devenu, en quelques semaines, le héraut de la résistance à toutes les oppressions, le symbole du progrès, de la justice et de la tolérance» (Patrick Wajsman, 24 novembre 1978).
Pendant ce temps, Thierry Desjardins, resté à Téhéran malgré les inimitiés, voire les menaces, que lui valent ses articles, raconte un procédé de guerre psychologique utilisé par les militants anti-Chah pour galvaniser les foules qu’ils mobilisent. Ces derniers installent des haut-parleurs sur les toits d’immeubles et, pendant les défilés géants, diffusent tout à la fois des discours de Khomeyni, le slogan «Allah Akbar» et des bruits «de foules hurlantes et de tirs automatiques». Il en résulte, décrit le journaliste, «une atmosphère de cauchemar tout à fait surréaliste» qui surexcite les manifestants et tétanise les soldats déployés dans les rues (Le Figaro, 4 décembre 1978).
Le Quotidien de Paris de Philippe Tesson et Le Point de Claude Imbert consacrent eux aussi aux événements d’Iran des reportages sans fard. L’Express, alors dirigé par Jean-François Revel et qui connaît une période particulièrement brillante, n’est pas en reste. Dans un dossier consacré à l’Iran (13 janvier 1979), un grand reporter de guerre couvert de cicatrices, Christian Hoche, démystifie les groupes armés d’extrême-gauche iraniens, qui ont multiplié les attentats sanglants dans leur pays les années précédentes. «La plupart des militants de ces principaux groupes gauchistes ont reçu une formation militaire dans les camps palestiniens du Fatah et du FPLP» au Liban, écrit le prix Albert-Londres de l’année 1978.
En 1970, un envoyé spécial de l’Express assiste à une scène frappante de haine à l’intérieur du bazar de Téhéran
L’Express, 20 janvier 1979
La semaine suivante L’Express consacre sa Une à «L’homme qui fait trembler l’Occident» agrémenté d’une photo de Khomeyni dans sa thébaïde des Yvelines. «Rien de rassurant », est-il sobrement écrit en sous-titre, dans les pages intérieures, à propos de ce qu’on sait des projets de l’ayatollah qui se prépare à rentrer à Téhéran. «Jamais un grand pays n’a changé aussi vite. Tout cela, c’est l’œuvre de Mohammad Reza Pahlavi», rappelle Yves Cuau. «Il peut en être fier (…)». Un paragraphe entier est consacré aux aspects positifs du bilan du régime impérial, sans rien cacher du reste.
L’Express ose également traiter le sujet qui gêne entre tous à l’époque: la vision de la femme dans ce pays et le rapport à la sexualité. «Il faut avoir entendu de ses oreilles la rumeur taurine qui monte d’une salle de cinéma en terre d’Islam, lorsqu’une héroïne blonde se déshabille sur l’écran», rapporte le newsmagazine. En Iran, «la plupart des garçons ne connaissent de leur fiancée que ses yeux, au soir de leurs noces. En 1970, un envoyé spécial de l’Express assiste à une scène frappante de haine à l’intérieur du bazar de Téhéran. Un groupe de mollahs crache sur une photo de l’Impératrice jeune fille, en tenue de basketteuse. Malgré la crainte de la Savak [la police secrète du Chah], ils hurlent en montrant ses cuisses: “Chienne! Putain!”».
La révolution islamique n’a pas été «confisquée»
On le voit, il est inexact, et même tout à fait faux, d’affirmer que, sur Khomeyni, tout le monde s’est trompé en France. Tout aussi fragile paraît l’affirmation que la révolution de 1978-1979 aurait été «confisquée» par les islamistes, ainsi qu’on se plaît à le répéter pour absoudre les observateurs occidentaux de l’époque et disculper certains acteurs iraniens des événements qui connurent souvent une fin tragique. Comme l’explique l’historien américain Bernard Lewis, la révolution islamique a suivi son cours logique conformément à son programme affiché d’emblée, non pas certes auprès des opinions occidentales, mais en Iran. «Dans une très large mesure, ce qu’il [Khomeyni] a accompli correspond à ses intentions déclarées», écrit l’universitaire dans Le réveil de l’Islam (1985). «Certains radicaux iraniens supposèrent, alors que tout prouvait le contraire, que cet homme recourait avec une mauvaise foi comparable à la leur aux thèmes populistes – ce qui, en Iran, signifiait nécessairement religieux- et qu’il les oublierait une fois la révolution victorieuse. D’autres, à peine plus réalistes, estimaient qu’ils avaient besoin de lui et de sa séduction pour soulever les masses, mais croyaient qu’ils seraient en mesure, le moment venu, de se débarrasser de lui et de ces naïfs de mollahs. En quoi ils se trompaient fort. Les vrais naïfs, c’étaient eux». C’est pourquoi «la plupart des anciens admirateurs occidentaux de Khomeyni ont choisi de se détourner et d’accorder à des sujets plus nouveaux une attention mieux récompensée», ironise Bernard Lewis.
Aussi est-il juste de rendre hommage à ceux qui n’ont pas détourné les yeux de réalités gênantes pour le conformisme de l’époque, car on ne le fait jamais. Un grand reporter lucide et courageux tombe vite dans l’oubli, tandis qu’on porte aux nues l’enfant prodigue qui, 20 ans après les faits, concède du bout des lèvres ne pas avoir vu juste, sans pour autant éprouver le moindre remords ni perdre leur assurance.
Le dernier mot revient à l’éditorialiste de France-Soir, Benoît Rayski, qui écrivait le 18 janvier 1979, après le départ du roi en exil et avant le retour de Khomeyni à Téhéran: «Seul le futur visage de l’Iran sans le Chah permettra de dire si l’Iran avec le Chah était vraiment cette abomination si souvent décrite». Tout prouve déjà en effet, si on veut bien considérer les faits, que Khomeyni incarne «le fanatisme religieux le plus rétrograde». Et l’éditorialiste de France-Soir de conclure: «Car on sait depuis longtemps que les lendemains de révoltes populaires ne sont pas toujours, loin de là, des lendemains qui vantent. Et si l’on n’avait chassé le Chah que pour le remplacer par le carcan d’ayatollahs, il n’y aurait qu’un mot pour définir le drame iranien: le gâchis».
OBITUARY
The Economist (Pay Wall)
The trail-blazer : Jesse Jackson made a black president possible
The activist and civil-rights leader died on February 17th, aged 84
https://www.economist.com/obituary/2026/02/18/jesse-jackson-made-a-black-president-possible
CULTURE: MOVIES
The Wall Street Journal (Pay Wall)
‘Wuthering Heights’ Is a Millennial Fantasy
Emerald Fennell has turned the Gothic nightmare into a film fit for a modern female audience.
The New York Times
The Projectionist : Ethan Hawke’s Films Are Getting Harder to Make, but He Still Has Faith
A best actor Oscar contender for “Blue Moon,” the star reflects on turbulent times in Hollywood and the notion of selling out: “I think about it constantly.”
“Do you ever watch athletes’ retirement press conferences?” Ethan Hawke asked over a cappuccino. “Imagine if I told you this whole career that you’ve been working for is over between 38 and 42. You’re going to have to completely reset your life and all you’ve cared about is playing baseball or throwing a touchdown.”
To Hawke, those announcements are as sad and moving as any Beckett play.
“It’s like somebody at their own funeral,” he said. “They don’t know who they are anymore and they have no idea what tomorrow’s going to bring, and it’s terrifying.”
You might not expect Hawke to have so much empathy for athletes forced into early retirement: After all, at 55 he just earned his third nomination for an acting Oscar, this one as the star of Richard Linklater’s “Blue Moon.” It’s the latest milestone in a decades-long career featuring films like “Reality Bites,” “Training Day,” and a nine-movie collaboration with Linklater, which includes “Boyhood” and the “Before Sunrise” trilogy.
But when I met Hawke recently at a West Hollywood hotel, he admitted that after his breakthrough in “Dead Poets Society” at 18, he began worrying that his success could evaporate overnight. “As a young man, I had a pathological obsession with making sure I was safe,” he said.
Lamenting the Hollywood trend toward limited series and Netflix fare, Ethan Hawke said, “I often feel like it’s just pouring water into beer and seeing how long it still gives you a little bit of a buzz.”
That anxiety helped shape his performance in “Blue Moon,” in which he plays an artist whose best days are long gone. Set over one booze-soaked night in 1943, the film stars Hawke as the lyricist Lorenz Hart, whose fruitful partnership with the composer Richard Rodgers (Andrew Scott) has fallen apart because of Hart’s alcoholism. Rodgers has begun collaborating with a new songwriter, Oscar Hammerstein II, and at the opening-night party for their new musical “Oklahoma!” at Sardi’s, Hart must confront the painful reality that his former partner — and perhaps the world at large — have moved on without him.
Though Hart and Hawke are both natural-born storytellers, that’s about where the similarities end: To play the diminutive and not particularly dashing Hart, Hawke shaved his head, adopted an unflattering combover, and altered his posture to embody a man who stood just 5 feet tall but had enough presence to captivate an entire room. Linklater first approached Hawke for the project a decade ago but wanted to wait until the actor was older and could more convincingly convey a lifetime of bittersweet regret.
“There’s so much of my life that I was able to put into ‘Blue Moon,’ and it’s such a wonderful profession that way,” Hawke said. “You can use your own joys and heartbreaks and relationships to educate you, then put it in service of something else.”
Here are edited excerpts from our conversation.
This character is very different from any role you’ve played before. Why do you think Linklater thought of you for it?
He knew there’s nothing I like more than sitting in a bar all night, talking nonstop. Also, the feeling of being left behind has been a nagging anxiety my whole life. Being a young actor, you think, “When is the spotlight going to move on and will I survive it?” When Rick and I were first becoming friends, I’d had early fame and I was incredibly suspicious about the ways it dips you in formaldehyde and asks you to stop growing. He thought this part might speak to me because it’s something I live in absolute fear of.
Can you tell when the spotlight moves on from you to some other guy?
Oh, the ways that other people interact with you are so obvious. There’s a buzz that happened in my life with “Dead Poets Society” [1989], then it would go quiet. Then “Reality Bites” [1994] would come out and the buzz is back. The heat of the spotlight is something a person feels, but I learned pretty early that some of the best periods of my life were when that buzz had quieted down. That’s a great teacher because then you stop acting out of fear. You have to let yourself shed skins and make mistakes and try again.
And you’ve always stayed busy.
I think part of my obsession with making documentaries, doing theater and writing novels is making sure that nobody can take this away from me — I’ve learned enough that I’ll find another way to contribute. The thing about acting is you’re only as good as your opportunity, and you’re always hustling for a part or a good collaborator. I’ve always been jealous of the Charlie Parkers of the world who can go in a stairwell and practice for three years. I could go sit in the stairwell and work on Shakespeare all I want, but if I don’t get cast as King Lear, I can’t crush it.
I can’t think of many directors like Linklater who’d have the confidence — or the temerity — to wait a decade for you to grow into this part.
It’s unique, isn’t it? Everybody’s hustling so hard and he’s just not.
But you’re now seeking financing for your 10th film together. Is that still a hustle?
Oh, it’s a grind. It’d be easier if we were going to make “Before Sunrise 4,” a known quantity, but Rick does things that don’t have an obvious comparison. I went through all this with him with “Boyhood,” and it was incredibly hard to talk to a studio executive about how they’re going to make a lot of money in 13 years. They would always be like, “I’m going to be fired by then.”
Does a new Oscar nomination help you secure finances?
It better! There’s no better way to take meetings than to start with them having to congratulate you. That’s really the design of our whole Machiavellian chess game.
How difficult is it to get films like “Blue Moon” made now?
The biggest difference is the way the canvas size has changed. There’s so much talk about whether a movie’s going to be bought for theatrical release or Netflix, or whether you could make this a limited series. And of course, the answer is always yes, all that is possible. I mean, take your favorite movies. Could we make “Casablanca” a limited series? I guess we could. Would it be better? I often feel like it’s just pouring water into beer and seeing how long it still gives you a little bit of a buzz.
I gave Peter Weir his lifetime achievement award at Venice last year. They were screening “Master and Commander,” and he was checking out the print and it was perfect because of course it would be, it’s a digital print. He felt like he’d made some Faustian bargain where he was told, “At the end of your life, all your films will be preserved perfectly and available to everyone all over the world at any instant. Do you accept?” And he’d go, “Yes, of course.” Then the bargain is, “But nobody’s going to care about movies.”
Ouch.
That’s what he feels. He’s like, “Great, I have the perfect print of ‘Master and Commander,’ but now everybody watches and goes, ‘That should be a limited series.’”
Do you ever think that you were a young actor in film at the last best time that was possible?
What’s the Woody Allen movie, “Midnight in Paris,” where every generation thinks that? Part of me also thinks, well, sometimes they’re right. It’s not lost on me how much the industry is subtly changing all the time. There’s no genie in charge with malevolent intent, and some of those repercussions are going to be wildly positive, so I do feel really grateful that I’ve been able to work in the era that I have. I’m trying not to just throw up my arms and say, “Everything’s commercially driven.”
But there have still been some big changes. You couldn’t shoot a small, one-location film like “Blue Moon” in the U.S. now. You had to go to Ireland for it to be financially viable.
Yeah. The best example I have is the “Before” trilogy. “Before Sunrise” [1995] was made with a studio. The second one [2004] was made by Warner Independent, which was the art-house wing of a studio. The third film [2013] was made by a wonderful Greek man we met who financed the whole thing, and those three films show you what happened. It’s harder now, but obviously I’m still doing it. I still believe.
I’ve been thinking a lot lately about the idea of “selling out” and what that means now.
I think about it constantly.
That’s the central tension of “Reality Bites.”
I mean, I almost didn’t do “Reality Bites” because I was worried it was selling out! I would be apoplectic whenever I was offered the cover of a magazine because some part of me thought success was just inherently uncool. But now, it’s like, if you don’t sell out, you’re never going to have an audience. And if you do sell out, you’re going to be owned, which leaves the artists no freaking avenue to thrive.
I remember when I had my theater company, we were broke and hustling to pay for this theater. All Smirnoff wanted was to host the party and give us 10 grand, which we desperately needed, but we had to put Smirnoff labels on everything and my friends all were like, “No way, we don’t do art to sell [expletive] vodka.” And now it’s like, “All right, George Clooney’s got a tequila.” Now there’s no shame about cash grabs.
It’s hard to imagine in 2026 that a fledgling theater company wouldn’t take the money.
They wouldn’t think twice. Maybe they’re right, maybe they’re wrong. One of my big influences is Denzel, and when you watch a Denzel Washington performance, there’s no brands that float through your brain as you’re watching it. Whereas when I see a lot of young actors that do these brands, I look at their performance and as soon as there’s a close-up, it reminds me of the damned ad I saw at the Super Bowl. They don’t pay you for nothing, you know what I mean?
So I do think it’s a dilemma. I’d be lying if I didn’t tell you how proud I was to be sitting here with you, talking about a Richard Linklater film that is consistent with the ethos that I carried as a young person. But at the same time, life has changed, right? And I want to try to not be stuck in the mud.
Do movies still feel as important to young people? Some can’t bear to go into a theater and not look at their phones. But to me, that break is like a spa day.
I’m really going to show my age but on the flight here, they had a classic-movies section and “Room With a View” was there. I’ve been walking around for the last five days in L.A. and you know where I really am? I’m in Florence, kissing Helena Bonham Carter. It’s such a perfectly made film, and it was such a break from my life.
That’s what we go for, and I think sometimes this [phone] gets you so adrenalized that you don’t realize you need a break, and the movies are a great break. But I do think time is on our side because people are going to figure that out.
You’ve still got faith in that?
This is ancient, right? Dionysius getting up there and singing and the crowd going nuts. I took my son to see “Godfather,” and we were blown away — it works, there’s nothing wrong there. I think Rick Linklater is turning a whole generation on to “Breathless” right now [with his film “Nouvelle Vague”] and it’s still sexy as hell, you still want to be those two people. So there’s some things that are still true, but there’s so much noise that we’re filtering through right now. I think we have to be a little forgiving of ourselves.
https://www.nytimes.com/2026/02/18/movies/ethan-hawke-blue-moon-interview.html
Le Figaro
« Habilement mis en scène », « Sidérant »… Marty Supreme enchante la critique
REVUE DE PRESSE – Le film porté par Timothée Chalamet a conquis la presse française.
Un marathon à la vitesse d’un sprint. Le Figaro n’est pas le seul à le penser. « Une course folle branchée sur 20 000 volts » observe Libération. Le film réalisé par Josh Safdie, Marty Supreme évoque les rêves de grandeur d’un champion de tennis de table. « Une course folle portée par un Timothée Chalamet irrésistible » titre les Inrocks.
France Infos souligne un film « habilement mis en scène dans un mélange de gravité et d’humour », dans lequel Josh Safdie « s’émancipe brillamment de son frère ». Pour Le Parisien, le film « prend plaisir à sortir de ses rails pour mieux surprendre le spectateur ». Selon le quotidien, Marty Supreme est non seulement le biopic d’un pongiste ultra-ambitieux mais dresse également le portrait « d’une jeunesse impatiente, souvent égocentrée, confrontée à des choix cornéliens ».
Timothée Chalamet fait l’unanimité. « Un acteur exceptionnel qui ne cesse de surprendre », selon Les Echos, « Sidérant » pour La Croix et « irrésistible » pour les Inrocks. « Une locomotive promo déchaînée désormais au service du cinéma sur grand écran » souligne Libération. Le jeune acteur de trente ans met tout le monde d’accord.
Si Le Monde reproche un « barnum médiatico-promotionnel et la peopolisation d’un Timothée Chalamet réduit à vendre des blousons », le quotidien reconnaît néanmoins un film « drôle, grinçant et bien troussé ». Le magazinePremière souligne un long-métrage « éminemment safdiesque » dans lequel le réalisateur redéploie « son art du chaos et des odyssées existentielles ».
Côté presse internationale, le quotidien québécois Le Devoir souligne une « mise en scène qui épouse le tempérament du protagoniste, mais qui demeure, contrairement à ce dernier, en parfait contrôle ». Pour le Guardian ,le film s’apparente à un « sprint marathon de calamités et de tumulte, un cauchemar sociopathe et délirant à la Mel Brooks ». Le quotidien britannique évoque notamment « une course contre la montre farfelue où personne n’a besoin de manger ou de dormir. »
CULTURE: OLD MUSIC
The Wall Street Journal (Pay Wall)
How ‘Pachelbel’s Canon’ Conquered Classical Music
A single recording in the 1970s rescued the 300-year-old composition from obscurity.
https://www.wsj.com/opinion/free-expression/how-pachelbels-canon-conquered-classical-music-7f23e46f?mod=free-expression_lead_pos1
February 18, 2026 (21 articles. Here is today’s SUMMARY)
EUROPES “STATEGIC AUTONOMY”
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Boris Johnson: Put Up or Put a Sock in It, Europe, By Boris Johnson
Continental leaders talk big about autonomy and independence from the U.S., but it’s all bluster.
Mr. Johnson served as British prime minister, 2019-22.
https://www.wsj.com/opinion/put-up-or-put-a-sock-in-it-europe-7b52468a?mod=opinion_lead_pos5
THE EVASIVE EUROPEAN DEFENSE
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Phantom Stealth Fighter That Exposes Europe’s Deep Divisions Over Defense
Duplicated efforts, fragmented industry and soured collaborations are among reasons region isn’t getting more bang for its defense buck
https://www.wsj.com/world/europe/european-military-fcas-stealth-fighter-1c593a75?mod=hp_lead_pos5
Neue Zürcher Zeitung
Scheitern mit Grandeur: Warum Europa es nicht schafft, einen Kampfjet zu bauen
Das Flugzeugprojekt FCAS steht vor dem Aus. Das erfreut zumindest die Gaullisten in Frankreich, die nationale Unabhängigkeit und atomare Schlagkraft als Rezept für die neue Zeit in Europa sehen.
Der Abstand zwischen Anspruch und Realität, zwischen grossen Reden über die Souveränität Europas und der militärischen Wirklichkeit, beträgt rund 15 Meter. So viel misst ein Kampfjet – ein Eurofighter, der französische Rafale, der amerikanische F-35. Oder der geplante Kampfjet des FCAS, das Kernstück des Future Combat Air System, des grössten und teuersten Rüstungsprojekts der Europäer. Es hat keinen richtigen Namen, nur ein Kürzel, und verpufft nun einfach, während Friedrich Merz und Emmanuel Macron am Rednerpult der Münchner Sicherheitskonferenz diese Woche das Gegenteil beschwören – vom enormen Potenzial Europas reden, von seiner Entschlossenheit, allen Bedrohungen die Stirn zu bieten.
15 Meter sind nicht viel und doch eine ganze Welt. FCAS, «Ef-kas» im Jargon der Rüstungsmanager, ist allem Augenschein nach tot. Deutsche, Franzosen und Spanier werden keinen gemeinsamen Kampfjet bauen. Die Meinungsverschiedenheiten sind unüberbrückbar, das Verhältnis zwischen Airbus Defence und Dassault Aviation mit seinem unnachgiebigen Chef Éric Trappier ist irreparabel zerrüttet. Erst nach der Sicherheitskonferenz an diesem Wochenende werden Berlin, Paris und Madrid diese Wahrheit aussprechen, so wird es erwartet. Zu beschämend ist dieses Eingeständnis gegenüber den USA, der Ukraine, Russland, den eigenen Bevölkerungen.
Mitten im grössten Krieg in Europa seit 1945, bedroht von Wladimir Putin, lächerlich gemacht von Donald Trump, schaffen es die Europäer nicht, einen eigenen Kampfjet für die nächsten Jahrzehnte zu bauen.
Nicht weil es an Geld mangelte, sondern weil Manager streiten, welches Unternehmen das bessere sei und das Projekt führen müsse. Aber auch weil es plötzlich um Ideologie geht: Frankreich gegen alle anderen, Neogaullismus gegen das Europa des Binnenmarkts und der Brüsseler Technokraten.
Dabei hatte der französische Staatschef am Freitag in München noch einen pep talk hingelegt, eine Motivationsrede, wie ein Trainer, der in der Umkleidekabine seine Mannschaft aufzurütteln versucht. «Dies ist die richtige Zeit für ein starkes Europa», sagte Macron, «wir brauchen eine positivere Einstellung.» Die Europäer sollten sich nicht länger verstecken, nicht länger ducken.
Ganz ähnlich tönte der deutsche Kanzler. Alles wird jetzt anders, suggerierte er: «Wir legen den Schalter im Kopf um. Wir haben begriffen: In der Ära der Grossmächte ist unsere Freiheit nicht einfach so gegeben. Sie ist gefährdet. Es wird Festigkeit und Willenskraft brauchen, diese Freiheit zu behaupten.»
Und dann scheitert ausgerechnet das FCAS, das «Verteidigungssystem für dieses Jahrhundert», wie es seine Initiatoren Macron und die damalige Kanzlerin Angela Merkel vor neun Jahren angekündigt haben? Ein Kampfjet, begleitet von Drohnen und Trägersystemen für weitere unbemannte Flugzeuge, unterstützt von einer Daten-Cloud für das Gefecht; besser und mächtiger als alles, was Amerikaner, Russen und Chinesen bis jetzt haben?
2000 Ingenieure in Deutschland und Frankreich sollen jüngst über diesen Kampfjet der sechsten Generation und das ihn begleitende System gebrütet haben. Mehr als 3 Milliarden Euro wird die jüngste Planungsphase verschlungen haben – die Studien für einen «Demonstrator», der dieses Jahr fliegen sollte, aber noch gar nicht gebaut wurde. Auf die Rekordsumme von 100 Milliarden Euro ist das Projekt veranschlagt worden. Ab 2040 sollten die Europäer ihr neuartiges Verteidigungssystem mit dem Kampfjet haben.
Doch das FCAS kam nie voran, seit es 2017 aus der Taufe gehoben wurde. Was die Saga des FCAS zeigt, ist das Grundproblem der Europäischen Union und mehr noch des deutsch-französischen Tandems, wenn es um grosse Rüstungsgeschäfte geht: Politiker treffen Vereinbarungen, verkünden ein europäisches Projekt, und Unternehmer in den EU-Ländern streiten dann – sekundiert von ebendiesen Politikern – über die Aufteilung des Kuchens, über die Produktion von Triebwerken, Steuerungssystemen, über Industriegeheimnisse, die nicht geteilt, über Hunderte von Zulieferbetrieben im eigenen Land, die beauftragt werden sollen, über Arbeitsplätze und Profit. Nationaler Egoismus steht gegen europäischen Pathos.
Manchmal funktioniert es dann doch, manchmal geht es daneben. Der Bau der Transportmaschine Airbus A400M für zunächst sieben EU-Staaten hat ein Vierteljahrhundert gebraucht, aber jetzt fliegt sie. Der gemeinsame Bau eines Kampfjets mit den Franzosen scheiterte dagegen schon in den achtziger Jahren einmal; heraus kamen damals zwei Maschinen – der Eurofighter und der französische Rafale.
So könnte es auch mit dem FCAS laufen. Dassault wird wieder im Alleingang einen Jet bauen, Airbus Defence – an dem Frankreich auch beteiligt ist – könnte in ein anderes, bereits laufendes Projekt einsteigen: Briten, Italiener und Japaner planen bereits einen neuen Kampfjet, die Schweden ebenfalls.
Der Chef von Airbus Defence, Michael Schöllhorn, beklagt diese Zersplitterung der Europäer. Auf dem alten Kontinent werde alles vielfach produziert, anders als in den USA, sagte er dieser Tage wieder. Tatsächlich: Es gibt vierzehn Typen von Kampfpanzern in Europa, knapp zwei Dutzend Artilleriesysteme, fünfzehn Modelle an Kampfflugzeugen.
Die europäischen Regierungen gingen immer den Weg der finanziellen Anreize und Synergien: Kosten werden geteilt, und Rüstungsvorhaben, die ein einzelnes Unternehmen unmöglich allein stemmen könnte, werden so mit einem Mal umsetzbar.
Könnte man glauben. Aber nicht, wenn man Éric Trappier zuhört, dem abgebrühten CEO von Dassault. «Ich bin ein einfacher Typ», sagte er kokettierend bei einer Anhörung vor dem Verteidigungsausschuss der französischen Nationalversammlung im vergangenen Jahr. «Ich bin nicht sehr intelligent, das ist der Grund, warum ich diesen Posten bekleide!» Aber manchmal sei es besser, nicht zu intelligent sein zu wollen und stattdessen zu handeln.
Trappier bestand von Beginn an auf der technischen Führerschaft von Dassault beim FCAS-Projekt. Dassault sei der «bessere Athlet», könne, was die anderen nicht schafften: ganz allein einen wendigen, supermodernen Kampfjet bauen. Für die Deutschen bei Airbus Defence sollten die Drohnen bleiben, für die Spanier die Gefechts-Cloud. Also weit weniger Wertschöpfung und Prestige.
Für den Dassault-Chef stimmt nämlich die ganze Richtung nicht. Weder beim Flugzeugprojekt FCAS noch überhaupt in Europa, wo die anderen Staaten – anders als Frankreich – nach dem Zweiten Weltkrieg keine von den Amerikanern unabhängige Atommacht aufgebaut haben, nur einen Binnenmarkt, wie Trappier spottet, in dem sie Waren hin- und herschieben. Der Einstieg der Spanier in das FCAS-Konsortium 2019 verringerte das Gewicht der Franzosen neben den Deutschen auf ein Drittel. Der Kompetenteste in diesem Projekt würde jederzeit überstimmt werden können!
So sieht es Trappier, und die Frage ist, inwieweit ihm hier auch Präsident Macron folgt. Frankreichs Staatschef ist schwach, sein letztes Amtsjahr beginnt, er hat keine Mehrheit im Parlament, ist äusserst unpopulär. Bei Dassault hält der französische Staat keine Anteile mehr, kann also nicht hineinregieren.
Macron warb in München nochmals um das FCAS-Projekt. Trappier aber hat sich politisch längst dem Rassemblement national von Marine Le Pen und Jordan Bardella angenähert. Einer von beiden könnte nächstes Jahr die Präsidentschaftswahlen gewinnen. Der Neogaullismus, dem Dassault und andere französische Unternehmen folgen, findet grossen Widerhall in der Rechtsaussenpartei.
Nationale Unabhängigkeit und die Fähigkeit zum Atomschlag, die General de Gaulle in den sechziger Jahren zur Staatsdoktrin erhob, erscheinen vielen im Land nun mehr denn je als logische Position. «Das französische Modell hat seine Tugenden, und Europa hat jedes Interesse, sich davon anregen zu lassen», erklärte der Dassault-Chef vor den Parlamentsabgeordneten.
Aus den Trümmern des FCAS-Projekts könnte so ein Ungeist aufsteigen: die Rivalität zwischen Frankreich und Deutschland um die Führung in Europa.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Atomwaffen in Europa: Achtung, Abschreckungslücke!
Wie kann Europa seine nukleare Verteidigung sichern? Ein Bericht sieht fünf Optionen. Die vielversprechendste: die Rolle der Franzosen und Briten stärken.
Ein Absatz in der Rede des Bundeskanzlers bei der Sicherheitskonferenz hat eine Debatte befeuert, die sonst am liebsten hinter verschlossenen Türen geführt wird, wenn überhaupt. Es geht um die Zukunft der nuklearen Abschreckung.
Jüngst hat eine multinationale Gruppe von Fachleuten einen Bericht vorgelegt, der fünf nukleare Optionen Europas analysiert. Darin heißt es, die Alternativen zum amerikanischen Atomschirm seien „mit erheblichen Kosten, Risiken und Einschränkungen“ verbunden. Aber: „Diese Debatte zu vermeiden, wäre die gefährlichste Entscheidung von allen.“
„Strikt eingebettet“ in die nukleare Teilhabe
Merz hat bekräftigt, dass er mit dem französischen Präsidenten Macron Gespräche über europäische nukleare Abschreckung aufgenommen habe. Er hat abermals zugesagt, dass Deutschland sich an rechtliche Verpflichtungen halte und „strikt eingebettet“ in die nukleare Teilhabe der NATO bleibe. Zonen unterschiedlicher Sicherheit in Europa werde man nicht zulassen. In einem Aufsatz dazu ergänzte er, dass man auf erste konkrete Schritte in diesem Jahr hoffe.
Gespräche mit Frankreich über nukleare Themen gebe es schon länger, sagt Claudia Major vom German Marshall Fund, sie ist Ko-Autorin des Berichts. Aber jetzt hätten sie eine andere Qualität und Dringlichkeit, weil sich der geopolitische Rahmen verändert habe: „Die Europäer verlieren das Vertrauen in die Verlässlichkeit der USA, und deswegen wird es dringender mit den europäischen Nuklearmächten Frankreich und Großbritannien zu reden und die Bereitschaft dazu auf deutscher Seite steigt.“
Über den Einsatz entscheidet der US-Präsident
Die „European Nuclear Study Group“, zu der die Universität St. Gallen, die Hertie School und die Münchner Sicherheitskonferenz gehören, beschäftigt sich in dem Bericht „Mind the Deterrence Gap“ zunächst mit dem vertrauten Weg: sich zu verlassen auf die erweiterte Abschreckung der USA in der NATO. Es ist die Option, in die dem Kanzler zufolge das weitere Denken eingebettet werde: Taktische Atomwaffen der Amerikaner sind in Deutschland stationiert und können mit Bundeswehr-Kampfflugzeugen in die Luft gebracht werden. Über den Einsatz entscheidet aber der amerikanische Präsident.
Aber wäre er bereit, die Vernichtung der eigenen Hauptstadt für den Schutz derjenigen eines Partners zu riskieren? Diese sogenannte erweiterte Abschreckung droht mit Trump löchrig zu werden. In Europa, heißt es in der Studie, glaubten zwar viele Politiker weiterhin „an die Beständigkeit der erweiterten nuklearen Abschreckung der USA, da diese in ein dichtes Netzwerk transatlantischer Institutionen und Routinen eingebettet ist“. Dazu zählen die Kommandostrukturen der NATO.
So sei diese Option machbar, mit den wenigsten Kosten verbunden. Offen mit dem Ende der erweiterten Abschreckung gedroht hat Trump nicht. Jedoch, so heißt es, sei eine Sorge die mögliche Erosion oder der Zusammenbruch der Vereinbarung mit den USA, „was Europa zwingen würde, aus einer schwachen und fragmentierten Ausgangsposition heraus nach Alternativen zu suchen“.
Ginge es auch ohne Atomwaffen? Unrealistisch
Zur Option, eine konventionelle Abschreckung, also nicht-nuklear, aufzubauen, werden in dem Bericht erhebliche Zweifel geltend gemacht. Ergänzend zum Atomschirm der Amerikaner versuchte schon die Regierung Scholz, das konventionelle Element zu stärken, unter Merz wird dieser Weg weiter verfolgt. Dafür braucht es reichweitenstarke Präzisionswaffen, die Berlin mit London entwickelt, und eine starke Luftverteidigung.
Doch sei es unwahrscheinlich, dass das allein für Europa eine verlässliche unabhängige Abschreckung gewährleiste, macht der Bericht deutlich. Es brauche dafür einen „unrealistisch großen Aufbau konventioneller Fähigkeiten“.
Die Option einer nationalen Bombe hat Merz mit seinem Verweis auf die rechtlichen Verpflichtungen ausgeschlossen: Im Zwei-plus-vier Vertrag hat Deutschland sich verpflichtet, solche Bomben nicht zu besitzen. Zudem ist der Nichtverbreitungsvertrag einer der wichtigsten Orientierungspunkte deutscher Außen- und Sicherheitspolitik. Polen zum Beispiel hat sich die Option offengehalten – wobei dem Bericht zufolge die enormen Kosten unterschätzt würden, um so eine Abschreckung glaubwürdig aufzubauen.
Gemeinsame europäische Bombe? Nicht glaubwürdig
Solche Kosten könnte man bei einer weiteren Option, der gemeinsamen europäischen Abschreckung, zwar aufteilen. Allerdings ginge das mit „tiefgreifenden Glaubwürdigkeits- und Durchführbarkeitsproblemen“ einher – schon wegen der Frage, wie über einen Einsatz entschieden wird.
So klingt unter vielen schlechten Optionen jene am besten, die Merz offenbar bereit ist, zu erörtern: die Rolle der Franzosen und Briten in der europäischen Abschreckung zu stärken. Entweder ergänzend zu Amerika, in diese Richtung kann man die Äußerung des Kanzlers deuten.
Oder sie so sehr zu stärken, dass sie irgendwann die Rolle der USA übernehmen könnte – dafür gebe es aber eine große Differenz zwischen dem, was Paris und London zu tun bereit seien, und dem, was sie dann tun müssten. Die Doktrin beider Länder erlaube zwar eine stärkere europäische Rolle, aber die Kapazitäten reichten nicht aus für eine verlässliche Abschreckung. Und die Befehlsgewalt wollten weder London noch Paris teilen. Zudem muss der Blick auf die Opposition in beiden Ländern Sorgen machen. Trotzdem erscheint die Option mit einem moderaten Ausbau der Arsenale, kaum rechtlichen Bedenken und nicht so hohen Kosten am realistischsten.
Major berichtet von verschiedenen Optionen, um Frankreichs Rolle für Europa zu verstärken. Etwa, dass europäische Verbündete als Beobachter an französischen Nuklearübungen teilnehmen oder sogar aktiv werden. Mehr Klarheit dürfte es Ende Februar geben, darauf verweist Major. Dann wird Macron seine Rede über nukleare Abschreckung halten.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Nukleare Abschreckung: Merz schließt atomare Bewaffnung Deutschlands aus
Bundeskanzler Friedrich Merz schließt eine Beschaffung oder Entwicklung deutscher Atomwaffen aus. Auch am deutsch-französischen Rüstungsprojekt FCAS äußert er Zweifel.
In der Debatte über eine europäische nukleare Abschreckung hat Bundeskanzler Friedrich Merz die Beschaffung deutscher Atomwaffen ausgeschlossen. „Ich möchte nicht, dass Deutschland über eine eigenständige atomare Bewaffnung nachdenkt“, sagte er dem Politik-Podcast „Machtwechsel“. Er verwies dabei auf bestehende Verträge, in denen sich Deutschland verpflichtet hat, von einer atomaren Bewaffnung abzusehen: den Zwei-plus-Vier-Vertrag zur deutschen Wiedervereinigung von 1990 und den Atomwaffensperrvertrag von 1970.
Vorstellen kann sich Merz aber, Bundeswehr-Flugzeuge für einen möglichen Einsatz französischer oder britischer Atombomben bereitzustellen. Für den Einsatz von US-Atomwaffen sind schon jetzt Tornado-Kampfjets auf dem Fliegerhorst Büchel in der Eifel stationiert. „Denktheoretisch wäre möglich, das auch für die britischen und für die französischen Atomwaffen gelten zu lassen“, sagte Merz.
Der Kanzler hatte auf der Münchner Sicherheitskonferenz gesagt, dass er mit dem französischen Präsidenten Emmanuel Macron Gespräche über eine gemeinsame europäische Abschreckung führe. Macron hatte Deutschland und anderen EU-Partnern solche Gespräche bereits 2020 während der ersten Amtszeit von US-Präsident Donald Trump angeboten. Bei der damaligen Kanzlerin Angela Merkel (CDU) stieß er aber auf genauso wenig Resonanz wie bei ihrem Nachfolger Olaf Scholz (SPD), bevor Merz (CDU) jetzt das Angebot annahm. Die atomare Abschreckung der Nato basiert derzeit hauptsächlich auf den US-Atomwaffen, von denen Schätzungen zufolge noch etwa 100 in Europa stationiert sein sollen, einige davon in Büchel.
Merz auch bei Luftkampfsystem FCAS skeptisch
In dem Podcast äußerte sich Merz auch skeptisch über die Realisierung des von Deutschland, Frankreich und Spanien seit langem geplanten Rüstungsprojekts FCAS geäußert. „Wir haben ein echtes Problem im Anforderungsprofil. Und wenn wir das nicht lösen können, dann können wir das Projekt nicht aufrechterhalten“, sagte Merz in dem Podcast.
FCAS steht für „Future Combat Air System“ und wäre bei einer Realisierung das größte und teuerste europäische Rüstungsprojekt. Die Gesamtkosten werden auf einen dreistelligen Milliardenbetrag geschätzt. Das Luftkampfsystem soll im Verbund mit unbewaffneten und bewaffneten Drohnen fliegen und ist insofern mehr als ein Kampfflugzeug. Der Plan ist, dass es den von der Bundeswehr genutzten Eurofighter und auch die französische Rafale ab 2040 ablöst. Laut Merz ist das Problem, dass die Franzosen ein anderes Kampfflugzeug brauchen als die Bundeswehr. „Ganz konkret, die Franzosen brauchen in der nächsten Generation der Kampfflugzeuge ein atomwaffenfähiges und ein flugzeugträgerfähiges Flugzeug. Das brauchen wir in der deutschen Bundeswehr gegenwärtig nicht.“
Nun stelle sich die Frage, ob FCAS mit zwei Flugzeugen realisiert werden könne. „Frankreich möchte nur eins bauen und möchte es praktisch auf die Spezifikation ausrichten, die Frankreich braucht. Das ist aber nicht die, die wir brauchen“, sagte Merz. Er brachte die Option ins Spiel, ein neues Kampfflugzeug mit Spanien und anderen Ländern zu bauen. Die Entscheidung über FCAS ist bereits zweimal verschoben worden. Nun soll sie bis Ende Februar fallen.
EUROPEAN DEBT
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Europäische Zentralbank: Showdown um die Eurobonds
Im Streit über gemeinsame europäische Anleihen steckt die EZB jetzt mittendrin. Unterscheiden sich die Kandidaten für die Nachfolge von EZB-Präsidentin Lagarde in dieser Frage?
Es hat für einige Aufregung gesorgt. Mitten im Streit zwischen Deutschland und Frankreich um Eurobonds gelangt ein Papier der Europäischen Zentralbank (EZB) an die Öffentlichkeit, in dem für gemeinsame europäische Anleihen geworben wird. Es handelt sich um Empfehlungen an Europas Staats- und Regierungschefs. Das Wort „Eurobonds“ vermeiden die Notenbanker vorsichtshalber, es kann leicht Emotionen auslösen. Sie fordern stattdessen ein europaweites, hoch liquides „safe asset“. Gemeint ist aber nichts anderes als: Eurobonds.
Sekundiert hat Bundesbankpräsident Joachim Nagel. Im Interview mit dem Nachrichtenportal „Politico“ wiederholte Nagel seine Forderung nach gemeinsamen europäischen Anleihen. Nagel hatte schon früher durchblicken lassen, dass er in dieser Frage anders denkt als seine Vorgänger Jens Weidmann („Eurobonds sehe ich skeptisch“) und Axel Weber („ein Irrweg“).
Eurobonds als Schritt der Integration
Der ganze Vorgang ist bemerkenswert. Schließlich streiten gerade Frankreich und Deutschland darüber, ob es eine solche gemeinsamen Schuldenaufnahme geben soll. Frankreichs Staatspräsident Emmanuel Macron ist dafür, um die Verteidigung und bestimmte Wirtschaftszweige zu fördern und Donald Trump die Stirn zu bieten. Bundeskanzler Friedrich Merz erteilte ihm eine Absage.
Dass EZB-Präsidentin Christine Lagarde eine gewisse Sympathie für gemeinsame Anleihen im Euroraum hegt, war auch in der Vergangenheit kein Geheimnis. Wenn die Rede auf die gemeinsame Finanzierung von Coronahilfen in der Pandemiezeit kam, ließ sie öfters durchblicken, dass sie sich gut vorstellen könnte, im Zuge der weiteren europäischen Integration an dieses Beispiel anzuknüpfen. Auch in der Diskussion um die internationale Rolle des Euro griff sie Argumente von Eurobonds-Befürwortern auf, dem Euro fehle, anders als dem Dollar, ein großes „safe asset“, ein einheitliches in Euro notiertes Wertpapier.
Diese zwei Argumentationsstränge gibt es im Moment im Streit um die Eurobonds: Das eine Argument lautet, so große Herausforderungen wie den Aufbau einer hinreichenden Verteidigung für Europa ließen sich so schnell nur über gemeinsame Anleihen stemmen. Anderenfalls könnten Länder, die ihren fiskalischen Spielraum weitgehend ausgeschöpft hätten, nicht ausreichend aufrüsten. Das andere Argument lautet, man brauche diese Anleihen handelstechnisch für die Finanzmärkte, damit der Euroraum gegenüber dem Dollarraum stärker werde. Die Verfügbarkeit sicherer Anleihen sei ein Faktor für die internationale Bedeutung einer Währung.
Drei verschiedene Modelle von Eurobonds
Unterscheiden muss man dabei drei Typen von Eurobonds, die theoretisch denkbar wären. Der weitestgehende Fall wäre, dass die Altschulden der Nationalstaaten in Europa durch neue gemeinsame Anleihen abgelöst würden. Das würde wohl den größten Aufschrei geben. Gemäßigtere Eurobonds-Befürworter wollen nur neue Schulden und auch davon nur einen kleinen Teil gemeinsam aufnehmen lassen.
Die dritte Möglichkeit wäre, Eurobonds nur für ein bestimmtes Projekt wie die Verteidigung aufzulegen. Das käme dem am nächsten, was es auch in der Vergangenheit schon gab. Holger Schmieding, der Chefvolkswirt des Hamburger Bankhauses Berenberg, plädierte im Interview mit der „Börsenzeitung“ für solche gemeinsamen Schulden für „neue und genau abgegrenzte gemeinsame Aufgaben“.
In der EZB könnte es dabei noch einen anderen Grund geben, warum das Thema die Institution auch selbst ganz unmittelbar betreffen könnte. Viel wird in letzter Zeit darüber geredet, was mit den Anleiherenditen von Frankreich passiert, wenn das Land seine Fiskalpolitik nicht in den Griff bekommen sollte.
Wenn es da zu einer neuen Krise käme, könnte die Notenbank unter Druck geraten, ihr Krisenprogramm TPI („Transmission Protection Instrument“) einzusetzen. Das ist zwar eigentlich nicht für solche Fälle gedacht, aber die aufgestellten Regeln sind windelweich. Gut möglich, meinen Ökonomen, dass die EZB auch solcherlei Herausforderungen für sich selbst gern durch Eurobonds vermeiden würde. Aber das ist sicher nicht der Hauptgrund für ihre Empfehlung an die Politiker.
Rolle der Zinsen zur Disziplinierung der Politik
Dabei bleiben die Argumente gegen Eurobonds die alten. Die EZB meint, man brauche in Europa ein breiteres „safe asset“. Übertriebene Knappheiten an Bundesanleihen sind aber gar nicht zu beobachten. Ihn überzeuge das Argument nicht, sagt der Frankfurter Wirtschaftsprofessor Volker Wieland.
Dass aber gemeinsame Anleihen keine Garantie gegen eine Schuldenkrise sind, zeigen die Vereinigten Staaten: Vor einer solchen Krise bewahrt einen nur eine verantwortungsvolle Fiskalpolitik. Denkbar wäre natürlich, dass die EZB im Falle einer französischen Schuldenkrise ungern genötigt sein will, mit dem Hilfsprogramm TPI den Retter zu spielen und eine fiskalische Lösung mit Eurobonds vorzöge.
In den Vereinigten Staaten ist aber doch zu beobachten, dass selbst Regierungen, die auf sonst kaum ein Argument hören, auf deutlich steigende Zinsen sensibel reagieren. In Europa ist das mit der Disziplinierung durch den Markt wegen der gemeinsamen Währung für souveräne Staaten sicher schwieriger. Das wurde in der Eurokrise deutlich. Aber ausschalten sollte man diesen Mechanismus nicht. Die Franzosen ticken da vielleicht noch anders als der Finanzmann Trump: Man sollte aber schon erwarten, dass deutlich steigende Zinsen auch dort als ein Zeichen für die Notwendigkeit fiskalischer Reformen wahrgenommen würden.
Entscheidung und Haftung zusammenlassen
„Es ist wichtig, dass Entscheidung, Finanzierung und Haftung zusammenbleiben“, sagt der Ökonom Klaus Masuch: „Wenn gemeinsame europäische Anleihen für Verteidigung aufgelegt werden sollen, muss es ein klar definiertes Mandat für ein echtes European Common Defence Good geben.“ Es wäre gefährlich, eine gemeinsame Finanzierung aufzulegen, aber die Entscheidung über die Verwendung des Geldes weitgehend bei den Nationalstaaten zu belassen, garniert mit ein bisschen europäischer Koordination, meint der Ökonom. Europäische Koordination sei hier nicht ausreichend. Ein echter Souveränitätsübergang von den Nationalstaaten auf die europäische Ebene sei notwendige Voraussetzung, dass gemeinsame Schulden sinnvoll seien und demokratisch legitimiert verwendet würden. Es drohe im schlechten Falle eine Transferunion, die Anreize für solide Politik schwäche: eine gemeinschaftliche Haftung für Risiken, bei denen der Steuerzahler in einem Land mit solider Fiskalpolitik am Ende für Entscheidungen einstehen müsse, die von Politikern in Ländern mit verantwortungsloser Schulden- und Rentenpolitik getroffen würden, die er nicht abwählen könne.
Dass Bundesbankpräsident Nagel in dieser Frage vorprescht, ist auch deshalb bemerkenswert, weil er zu den möglichen Kandidaten für die Nachfolge von EZB-Präsidentin Lagarde gehört. Immerhin wäre denkbar, dass Bundeskanzler Merz (CDU), der bezüglich Eurobonds offenbar eine andere Meinung vertritt als Nagel (SPD), ihm das übelnimmt. Es gab in Medien zumindest schon einmal Spekulationen, eine Ausweitung dieses Konfliktes könnte der Bewerbung von EZB-Direktoriumsmitglied Isabel Schnabel (parteilos) zugutekommen.
Die Positionen der EZB-Kandidaten
EZB-Beobachter vertreten die Einschätzung, aus dem Kreis der Bewerber für die Lagarde-Nachfolge sei tendenziell der Spanier Pablo Hernández de Cos am offensten gegenüber Eurobonds. Die Einstellung von Nagel und dem Niederländer Klaas Knot sei in dieser Frage ähnlich. Knots Position gilt als „gemixt“: Ein „Nein“ zur Vergemeinschaftung von Altschulden – aber ein „Ja“ zu neuen europäischen Schulden zur Finanzierung von europäischen öffentlichen Gütern.
Kandidatin Schnabel ist zwar auch nicht grundsätzlich gegen Eurobonds, hat aber auch schon mal vor Risiken gewarnt. Ihre Position beschreiben Beobachter anhand ihrer bisherigen Äußerungen so: Eine zusätzliche öffentliche Verschuldung könne in Ausnahmefällen dabei helfen, zwingend notwendige Aufgaben in außergewöhnlichen Situationen zu finanzieren. Die europäische Verteidigung, mit einem Schwerpunkt auf Forschung und Entwicklung könnte eine solche Aufgabe sein. Eine dauerhafte Ausweitung der gemeinsamen Verschuldung aber müsste auch mit einer Verlagerung von Kompetenzen und Einnahmequellen auf die europäische Ebene einhergehen.
Am Mittwoch jedenfalls ist Schnabel in Berlin auf einem Podium zum Thema Staatsschulden dabei. Wenn man rein taktisch fragt, wie sie sich am besten für ihre Bewerbung um die EZB-Präsidentschaft verhalten sollte, bemerkt man ein Dilemma: Wenn sie sich kritischer als bislang über Eurobonds äußern würde, könnte das beim deutschen Bundeskanzler Merz vielleicht positiv auffallen und punkten. Die Chance ist aber vergiftet: Zugleich würde sie die Franzosen und die südeuropäischen Länder, die jeder Bewerber fürs EZB-Präsidentenamt auch braucht, gegen sich aufbringen.
Das ist offenkundig eine Gratwanderung.
PUBLIC DEBT
The Economist (Pay Wall)
The parable of Brazil : The rich world should beware Brazilification
When governments are indebted, high interest rates wreak havoc
https://www.economist.com/leaders/2026/02/12/the-rich-world-should-beware-brazilification
THE WAR IN UKRAINE
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
Europe Fills U.S. Aid Loss to Ukraine
As U.S. aid falls 99%, the Continent steps up to provide weapons.
Neue Zürcher Zeitung
Elon Musk greift in den Ukraine-Krieg ein: Die Blockierung russischer Starlink-Geräte hat weitreichende Folgen
Seit kurzem funktioniert das Starlink-Internet nur noch für die Ukrainer, während die Russen ihr wichtigstes Kommunikationsmittel an der Front verloren haben. Die Kreml-Truppen werden schmerzhaft an ihre Abhängigkeit von amerikanischer Technologie erinnert.
Noch Ende Januar herrschte auf ukrainischer Seite Alarmstimmung: Russlands Militär war dazu übergegangen, seine Langstrecken-Kamikazedrohnen via Starlink-Internetverbindungen zu steuern. Dies ermöglichte erstmals sehr präzise Angriffe im ukrainischen Hinterland, sogar auf fahrende Ziele. Bilder von lichterloh brennenden Zügen und Lastwagen illustrierten die neue Gefahr.
Doch überraschend schnell reagierte Elon Musks SpaceX-Konzern, der Betreiber des Starlink-Systems, auf den Hilferuf aus Kiew. Mit einer ersten Notlösung blockierte SpaceX Starlink-Terminals, die mit einer Geschwindigkeit von mehr als 75 Kilometern pro Stunde unterwegs waren. Dies setzte auf einen Schlag alle schnell fliegenden Drohnen, die mit einem solchen Gerät gesteuert wurden, ausser Gefecht.
Diese Massnahme behinderte allerdings auch das ukrainische Militär, das Starlink ebenso nutzt. Es war deshalb ein Triumph für Kiew, dass Musk den ukrainischen Wünschen bald noch weiter entgegenkam: Seit dem 4. Februar haben nur noch offiziell registrierte ukrainische Nutzer Zugang zum Starlink-Internet – alle russischen Geräte hingegen sind blockiert.
«Eine Katastrophe»
Auf die Kriegsführung Moskaus wirkt sich dies einschneidend aus. Die russische Offensive hat sich verlangsamt, vom Internet abgeschnittene Soldaten flehen um technische Lösungen, nationalistische Militärblogger äussern sich wutentbrannt über das entstandene Chaos, und die ukrainische Armee nutzt die Situation für erfolgreiche Gegenangriffe.
«Der Feind steht an den Fronten nicht vor einem Problem, sondern vor einer Katastrophe. Die gesamte Truppenführung ist zusammengebrochen», berichtete der ukrainische Drohnenexperte Serhi Beskrestnow, ein Berater des Verteidigungsministeriums. Diese Einschätzung ist stark übertrieben, aber auch militärnahe russische Quellen räumen ernste Schwierigkeiten ein.
Die Ereignisse werfen ein Schlaglicht auf die Bedeutung von Starlink für beide Kriegsparteien. Elon Musk war den Ukrainern bereits kurz nach der russischen Invasion vom Februar 2022 zu Hilfe gekommen. Innert Tagen aktivierte er das damals noch sehr junge Starlink-System in der Ukraine und schickte die ersten Empfangsgeräte in das Land. So erhielten das Militär und die Zivilbevölkerung in einer Situation, als die traditionelle Telekommunikation zu kollabieren drohte, eine leistungsfähige Alternative.
Musk – ein wichtiger, aber schwieriger Partner
Starlink bietet eine Breitband-Internetverbindung und nutzt dabei die mehr als 9000 SpaceX-Satelliten im erdnahen Orbit, die mit handlichen Empfangsgeräten am Boden verbunden sind. Finanziert durch die USA, Polen sowie Private, befinden sich nach Schätzungen mittlerweile 200 000 solcher Terminals in der Ukraine. «Mein Starlink-System ist das Rückgrat der ukrainischen Armee; deren ganze Front bräche zusammen, wenn ich es ausschalten würde», erklärte Musk im vergangenen Jahr selbst- und machtbewusst.
Der Tech-Pionier erwies sich für die Ukraine aber früh als schwieriger Partner. Im September 2022 ordnete er laut Recherchen von Reuters an, den Starlink-Zugang im Raum Cherson zu kappen – inmitten einer erfolgreichen ukrainischen Gegenoffensive in dieser Region. Musk soll befürchtet haben, dass ein ukrainischer Triumph Russland zu einem Atomkrieg verleiten könnte.
Auch lehnte er Kiews Gesuch ab, Starlink auf der russisch besetzten Krim zu aktivieren. Die Ukrainer mussten daher für ihre Angriffe mit Marinedrohnen in den Gewässern um die Krim auf andere Kommunikationslösungen ausweichen. Obendrein brüskierte Musk die Ukrainer damals mit dem Vorschlag, die Bevölkerung der besetzten Gebiete über ihre Zugehörigkeit zu Russland abstimmen zu lassen. In Kiew empfand man dies angesichts der totalitären Unterdrückung dieser Gebiete durch Moskau als naiv.
Trotz Musks oftmals prorussisch gefärbten Äusserungen und seinen regelmässigen Kontakten zum Putin-Regime hat sich Starlink für die Ukraine bewährt. Mit der Zeit gewann das System aber auch für Russland an Bedeutung. Bereits vor zwei Jahren sollen sich die Kreml-Truppen mit Tausenden von Starlink-Geräten ausgerüstet haben. Musks Firma liefert zwar nicht nach Russland, aber russische Einheiten beschafften sich die Terminals auf dem Graumarkt, über Zwischenhändler am Golf oder in Zentralasien. Sie kosten nur wenige hundert Franken pro Stück.
Obwohl kein offizielles Kommunikationsmittel, wurde Starlink so auch für die Russen unentbehrlich: Kommandanten nutzten es für Kontakte mit ihren Soldaten, Drohnenpiloten erhielten auf diesem Weg Livestreams von der Kamera ihrer Kamikazedrohnen, unbemannte Transportfahrzeuge liessen sich per Fernsteuerung in umkämpftes Gebiet navigieren.
Wendepunkt in diesem Winter
Wie stark die Okkupationstruppen auf dieses System setzten, wurde erst Ende letzten Jahres klar, als die ersten Fotos von Drohnen mit aufmontierten Starlink-Terminals auftauchten. Dies bedeutete für die Ukraine eine enorme Bedrohung. Russlands Langstreckendrohnen hatten bis dahin bei ihren Flügen ein vorprogrammiertes Ziel verfolgt und navigierten dabei via GPS. Wenn sie sich jedoch über ukrainischem Boden ins Internet einklinken konnten und dem Steuerpersonal Livevideos übermittelten, ermöglichte dies viel genauere Angriffe. Sie verfügten plötzlich über einen Vorteil, den sonst nur First-Person-View-Drohnen besitzen – Kleingeräte mit einer Reichweite von wenigen Kilometern. Russlands Molnija-Drohne, die kürzlich auf Starlink-Navigation umgerüstet wurde, fliegt jedoch mehrere Dutzend Kilometer weit, die moderne BM-35 sogar mehrere hundert Kilometer.
Das untenstehende Bild zeigt eine solche Drohne mit einem gut sichtbaren Starlink-Terminal auf der Tragfläche.
Eine der Folgen war, dass Russland im Januar eine der wichtigsten ukrainischen Versorgungsrouten im Donbass systematisch unter Beschuss nahm. Auf der Autostrasse E 50 in Richtung der Frontstadt Pokrowsk häuften sich weit im Hinterland die tödlichen Angriffe auf Lastwagen. Das untenstehende Video zeigt das Inferno nach einer solchen Attacke:
Dies war der Moment, als das ukrainische Verteidigungsministerium seinen Hilferuf an Elon Musk absetzte. Die unbürokratisch vereinbarte Regelung sieht vor, dass nur noch jene Geräte Starlink nutzen können, die auf einer von den Behörden in Kiew geführten Liste stehen. Für alle anderen wurde der Zugang gekappt.
Tricks und Gegentricks
In ihrer Bedrängnis versuchten manche russische Nutzer offenbar, durch Betrug auf diese «Weissliste» zu gelangen. Das ist möglich, indem man ukrainische Bürger via Bestechung dazu bringt, ein russisches Gerät als ihr eigenes registrieren zu lassen. Aber dabei kann der Schuss auch nach hinten losgehen. Eine ukrainische Einheit bot im Internet zum Schein solche Dienste an. Dabei knöpfte sie russischen Truppen nicht nur viel Geld ab, sondern sammelte nach eigenen Angaben auch die Standortdaten von 2400 Terminals und damit wertvolle Angaben über gegnerische Stellungen.
Russische Militärblogger berichten unverblümt über die an der Front entstandenen Schwierigkeiten. Auf besondere Empörung stösst die Tatsache, dass die russische Zensurbehörde ausgerechnet jetzt die auch im Militär beliebte Kommunikationsplattform Telegram eingeschränkt hat. Präsident Putins Sprecher entlarvte seine Unwissenheit, als er diese Woche Telegram als unnötig für die Kommunikation der Fronttruppen hinstellte. «Wer so etwas behauptet, hat entweder keine Ahnung von den Abläufen an der Front oder spricht bewusst die Unwahrheit», kritisierte der angesehene Militär-Blog «Zwei Majore». An der Front wecke dies das Gefühl, als lebe die eigene Regierung auf einem anderen Planeten.
Günstige Voraussetzung für Gegenangriffe
Die ukrainischen Truppen nutzen die Kommunikationskrise des Gegners für Vorstösse im Grenzgebiet der Provinzen Dnipropetrowsk und Saporischja. So konnten sie das Dorf Ternuwate zurückerobern und Terrain bei Beresowe zurückgewinnen. Dadurch sieht sich Russlands 36. Armee dort von zwei Seiten bedrängt. Russische Quellen sprechen von sehr schweren Kämpfen. Die militärnahe Analyse-Plattform Rybar räumt mit ihren Karten ein, dass Russland die Kontrolle über ein Gebiet von rund 50 Quadratkilometern verloren hat. Das ist ungewöhnlich, zumal die Truppen Moskaus in diesem Frontbereich noch im Herbst stetig vorgerückt waren. Aber es ist ein sehr lokales Phänomen – nichts deutet darauf hin, dass der Verlust von Starlink die Russen grossflächig in die Defensive bringen könnte.
Russisch besetzt
Fieberhaft arbeiten die Kreml-Truppen an Ersatzlösungen. So werden nun Glasfaserkabel verlegt und WLAN-Brücken beschafft, um den Internetempfang in Frontnähe zu verbessern. Aber an die Vorteile von Starlink kommt dies nicht heran. Schwächen hat auch das russische Pendant zu Musks Satelliten-Internet: Über die vom Konzern Gazprom betriebenen Jamal-Kommunikationssatelliten lässt sich zwar ebenfalls eine Verbindung ins Internet herstellen. Aber Militärexperten halten wenig davon. Gebraucht wird dafür eine überdimensionierte Satellitenschüssel, und die Übertragungsgeschwindigkeit ist für Videos viel zu langsam.
Russland wird sich daher in diesen Tagen bewusst, in welche Abhängigkeit von amerikanischer Technologie es sich begeben hat. Manche russische Kommentatoren verteufeln Musk nun zwar als Bösewicht und als «Hure der Ukrainer»; der Chefpropagandist Wladimir Solowjow regte sogar einen Nuklearschlag gegen die SpaceX-Satelliten an. Aber dies kann über den zentralen Widerspruch nicht hinwegtäuschen: Russlands Armee rühmt sich einerseits ihrer angeblich führenden Rüstungstechnologie. Andererseits vertraute sie im Kommunikationsbereich ausgerechnet auf ein System aus den USA, dem geopolitischen Hauptgegner. Diese strategische Blindheit rächt sich nun.
WORLD ECONOMY
The Economist (Pay Wall)
Downshift : Beware China’s shrinking car market
The resulting flood of exports will be good news for consumers. Less so for the world’s carmakers
https://www.economist.com/business/2026/02/17/beware-chinas-shrinking-car-market
The European Conservative
More Economic Stagnation, More Political Ailment
Half of all EU states are below 1% GDP growth with no improvement in sight.
It sometimes feels pointless to sound the alarm about the bad shape of the European economy. Every time there is a new batch of data released, I see an image before me of a car stuck in mud, slowly sinking while the driver makes no effort to get out.
The fourth-quarter European GDP data brings out that image. I had hoped the last part of 2025 would be economically stronger, but based on the 18 countries for which Eurostat has thus far published GDP data, the EU is getting nowhere fast:
- Half of the 18 countries had an inflation-adjusted GDP growth rate below 1% last year;
- If we disregard Ireland, whose economy swings violently like it was in the early stages of industrialization, there were only three nations where the economy grew by more than 3%;
- The EU as a whole mustered 1.6%, with the euro zone coming in at 1.5%.
Let me be the first to acknowledge the silver linings in these numbers. One of them is that the EU growth rate is higher than the 0.5% in 2023 and 1% in 2024. But as the old saying goes, no joy lasts forever. If we break down these numbers by quarter, the picture darkens again:
Over the past three years, the European Union has been through the ‘peak period’ of a business cycle. That peak occurred a year ago, when the economy of the 27-member union expanded at 1.7%. Since then, GDP growth has slowly tapered off, and it has done so in a pattern that is symptomatic of an economy on its way into a recession.
Given these numbers for the ‘growth period’ of a business cycle, the very thought of a pending recession is downright horrifying. A stagnant economy is not just a problem for academics and number crunchers at the government’s treasury. It is a problem with great consequence for working families whose career opportunities erode as unemployment creeps up; for entrepreneurs whose small businesses find their markets squeezed by stagnant consumer spending; and for politicians who struggle to balance the government budget.
The last point is not to be taken lightly. Quite the contrary—the tighter the fiscal conditions get, the more we will see
- Budget conflicts between defense and welfare state spending; and
- Growing political tensions over tax hikes and budget cuts.
In other words, a stagnant economy exacerbates Europe’s political dysfunctionality. It does so by compounding the political ailment already prevalent in countries where national governments are struggling to keep national conservative parties out of government. More governments will do so in the near future as national conservatism becomes a natural popular answer to Europe’s deteriorating political landscape.
As their economies drift into stagnation, more European governments will also have to deal with rising tensions from increasingly untenable fiscal demands. Those tensions add another conflict layer to government affairs.
The result of this fusion of ailments is a frightful Catch-22:
- On the one hand, the stagnant economy aggravates Europe’s political dysfunctionality;
- On the other hand, the political dysfunctionality prohibits governments from finding a cure for the economic stagnation.
With all this in mind, we should also recognize the bright spots where we find them. Not all EU member states are in immediately bad shape. A small number are in fact doing exceedingly well; the economy of Cyprus grew by substantially more than 3% over the past three years. In 2024 and 2025, their exports grew at impressive rates, and capital formation increased by more than 32% from 2023 to 2025. Private consumption went up by 3.5-6% per year.
These are very good numbers, almost matched by Bulgaria, where businesses have increased their investments—capital formation—by an inflation-adjusted 7% per year since 2023. Ostensibly, this has been in anticipation of Bulgaria’s euro zone entry; if so, there will be a backlash once the stagnant effects of the euro zone make themselves known. Until that happens, though, we should congratulate Bulgarian families on expanding their private spending by 4.9% in 2024 and a whopping 8.2% in 2025 (all numbers, again, adjusted for inflation).
Poland is the third country with 3% or more in GDP growth in 2025. Their economy exhibits a balanced strength, with exports growing at 5% per year and consumer spending gradually accelerating (3.5% last year).
Sweden and Germany have ended up at the opposite end of the scale. Although the Swedish economy managed to increase by 1.7% last year, it was entirely export-driven. Businesses do not seem to be very optimistic about that country: after growing by 0.3% in 2023 and 0.1% in 2024, they climbed to a tepid 1% last year. Consumer spending is equally depressing: up 1.5% in 2025.
The most precarious problem, though, is Germany. No matter how you slice the largest economy in Europe, the picture looks equally bad. Table 1 has the story:
In the third quarter of 2025, businesses invested €7.1 billion less in fixed prices in the German economy than they did in the first quarter of 2023. That is a 4.3% drop in less than three years—in constant prices.
If, since 2023, business investments in Germany had grown at the same impressive rate as in Poland, there would have been some €126 billion more in capital formation over the past three years.
At a time when there is much talk about a more cohesive Europe, the economic performance of the continent points in the very opposite direction. As if dysfunctional national governments were not enough, there is no help to be expected from Brussels. Despite fanfare to the contrary, the EU has lost its ability to provide the continent-wide leadership that it was entrusted with when the European Union was founded.
https://europeanconservative.com/articles/analysis/more-economic-stagnation-more-political-ailment/
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Ifo-Chef Fuest: „Wer Steuern senken will, muss Ausgaben senken“
Die Regierung will die Einkommensteuer senken. Ifo-Präsident Clemens Fuest sieht dafür aktuell keinen Spielraum – und erklärt im Interview, warum eine Mehrwertsteuererhöhung am Ende schwer vermeidbar sein könnte.
Herr Fuest, SPD-Finanzminister Klingbeil hat klargestellt, dass er die Steuern für die mittleren und unteren Einkommen senken will. Ist das angesichts der angespannten Haushaltslage realistisch?
Die Frage ist tatsächlich, wie er das eigentlich finanzieren will. Sobald man in die mittleren Einkommensbereiche geht, ist eine sehr große Zahl von Steuerzahlern betroffen. Wenn man die Mittelschicht steuerlich entlastet, was ich grundsätzlich richtig finde, bekommt man schnell hohe Aufkommenseinbußen.
Über welche Summen reden wir da etwa?
Alleine den sogenannten Mittelstandsbauch abzuflachen kostet den Staat mehr als 30 Milliarden Euro im Jahr. Natürlich wäre es gut, das zu machen, weil es sich für die Menschen dann lohnen würde, mehr zu arbeiten. Es wäre nur eben auch teuer. Und der Punkt ist ja immer: Steuerlasten sind letztlich die Konsequenz von Ausgaben. Wenn man steuerlich entlasten will, muss man Ausgaben senken – da müsste die Regierung eigentlich beginnen.
Sehen Sie die Bereitschaft der Koalition, an die Ausgaben ernsthaft ranzugehen?
Bislang ist die nicht vorhanden. Man könnte die Sache natürlich auch umdrehen und sagen: Wir senken erstmal die Steuern, und wenn dann das Geld weg und der Druck so groß ist, dann senken wir auch die Ausgaben. Ronald Reagan hat das in den USA einst auf die Spitze getrieben. Aber das entspricht natürlich überhaupt nicht der Politik der Bundesregierung.
Die SPD-Seite bringt immer wieder eine Erhöhung des Spitzensteuersatzes ins Spiel, um Entlastungen gegenzufinanzieren. Wie bewerten Sie das?
Das kann man sich leicht ausrechnen: Da es im Spitzensteuersatz nicht sehr viele Steuerzahler gibt, braucht man dort eine erhebliche Steuererhöhung, damit eine Entlastung der vielen Steuerzahler in der Mittelschicht gegenfinanziert werden kann. Und im Spitzensteuersatzbereich sind die Ausweichreaktionen stärker.
Warum?
Weil es da um Unternehmen geht, oft Mittelständler, das hat sehr enge Grenzen. Und die Frage ist natürlich auch: Was bekommt man eigentlich, wenn man hier Steuerlasten von den mittleren Einkommen auf die höheren Einkommen und vor allem auf die Unternehmen verlagert? Die wirtschaftliche Lage in Deutschland ist jetzt schon angespannt, es wird viel zu wenig investiert – will man das noch verstärken? Den Spitzensteuersatz zu erhöhen würde sich mittelbar negativ auf die Einkommen der Mittelschicht auswirken. Damit ist nichts gewonnen.
CDU-Generalsekretär Linnemann fordert, den Spitzensteuersatz erst von 80.000 Euro Einkommen an greifen zu lassen. Was wären die Folgen?
Es gibt Berechnungen, nach denen betroffene Alleinverdiener dadurch um etwa 1000 Euro im Jahr entlastet werden würden. Da ist aber viel Kaffeesatzleserei dabei, denn es hängt davon ab, wie der Tarifverlauf darunter genau gestaltet wird. Je nachdem, wie man den Tarifverlauf gestaltet und ob man es gegenfinanziert, würden die Kosten erheblich variieren.
Von 2027 bis 2029 wird im Haushalt eine Lücke von rund 130 Milliarden Euro prognostiziert. Was, vermuten Sie, wird die Bundesregierung machen, um diese Lücke zu schließen?
Ich denke, es wird eine Mischung sein aus tatsächlichen Ausgabenbegrenzungen, einer Verschärfung der Besteuerung in einzelnen Gebieten und Schulden. Ich fürchte, man wird aus den Sonderverschuldungsbereichen – also Sondervermögen für Infrastruktur und Klimaschutz sowie der Bereichsausnahme für Verteidigung – weitere Mittel umwidmen, also Ausgaben dort hineinschieben, um anderswo Spielraum zu gewinnen.
Die viel kritisierte Zweckentfremdung dieser Mittel könnte also sogar noch zunehmen?
Ja, weil einfach der Druck so groß ist. Und vor diesem Hintergrund stellt sich natürlich die Frage: Wie viel will man jetzt auch noch an Einkommensteuersenkung organisieren? So sympathisch sie mir sind – aber wer Steuersenkungen will, muss Ausgaben senken.
Rechnen Sie auch mit einem höheren Mehrwertsteuersatz?
Ich könnte mir vorstellen, dass man erst einmal versucht, weniger auffällige Steuern zu wählen, also Steuersubventionen abbaut und Ausnahmen streicht. Aber das wird nicht reichen. Mittelfristig kann man nicht ausschließen, dass die Politik als ultima ratio die Mehrwertsteuer erhöht. Eine Umsatzsteuererhöhung wäre natürlich gerade für die SPD problematisch, weil die Steuer als regressiv gilt – also Menschen mit geringeren Einkommen überproportional belastet. Dabei wird allerdings vergessen, dass die Mehrwertsteuer auch eine Steuer auf Vermögensbestände ist, sofern diese konsumiert werden.
Was wäre denn der Vorteil einer Umsatzsteuererhöhung gegenüber einer Einkommensteuererhöhung?
Eine Umsatzsteuererhöhung ist weniger wachstumsfeindlich. Wir haben immer wieder in Untersuchungen gezeigt, dass sie sich weniger negativ auf die Investitionen auswirkt als eine Einkommensteuererhöhung. Generell ist eine Umsatzsteuererhöhung weniger leistungsfeindlich, weil Rentner und quasi die gesamte Bevölkerung – nicht nur diejenigen, die arbeiten oder Einkommen erzielen – das bezahlen.
Würden Sie also fordern: Einkommensteuer senken, dafür die Mehrwertsteuer erhöhen?
Wenn man mehr Wachstum haben will und wenn man steuerliche Entlastung haben will, muss der Staat nun mal Ausgaben kürzen. Insofern würde ich primär eine Ausgabenkürzung fordern. Wenn man einfach nur das Steuersystem aufkommensneutral umstrukturiert, erreicht man weniger – da muss man wirklich fragen: Warum macht man das eigentlich?
Was lehrt da die Vergangenheit?
Wir hatten das ja schon mal in den frühen 2000er Jahren. Da wurde die Mehrwertsteuer um drei Prozentpunkte erhöht. Damals war die Arbeitslosigkeit hoch, die Exporte, auf die keine Mehrwertsteuer anfällt, wurden durch die Maßnahme vergleichsweise wettbewerbsfähiger gemacht, man nennt das fiskalische Abwertung. Aber man muss eben immer bedenken: Man ersetzt dann eine Steuer durch eine andere, die Effekte sind begrenzt. Und wir stehen ja heute vor noch dramatisch wachsenden Aufgaben im Verteidigungsbereich und wegen der Alterung der Bevölkerung. Ausgabenkürzungen in anderen Bereichen sind also unausweichlich.
Die Bundesregierung hofft noch immer, durch stärkeres Wirtschaftswachstum die Haushaltslage zu entschärfen. Ist das berechtigt oder nur noch Wunschdenken?
Die Fakten, die wir im Moment haben, sprechen für eine leichte Belebung des Wachstums. Aber wir haben keine Hinweise, dass es zu einem Aufschwung kommt, der über das hinausgeht, was ohnehin eingepreist ist. Da sehe ich nichts kommen.
MIDDLE EAST
The Economist (Pay Wall)
The Saudis v the Emiratis : Why the Gulf’s most powerful countries are at odds
A feud between Saudi Arabia and the UAE will have far-reaching consequences
US CLIMATE POLICY
The Economist (Pay Wall)
Greenhouse gases : How dangerous is Donald Trump’s “endangerment” decision?
It removes a cornerstone of climate regulation
The Times of Israel
The global energy revolution cannot be stopped
By abandoning green energy, the US is ceding to China a vast global market and jeopardizing its economic future. Israel shouldn’t make the same mistake
Israel’s Climate Conference is taking place this week in the shadow of profound pessimism among environmentalists around the world. For much of the past 50 years, American leadership pushed the international sustainability revolution forward. Sadly, now Republican circles in the United States are openly celebrating the possibility that the Supreme Court may uphold the cancellation of the 2009 Endangerment Finding, the scientific and legal determination that greenhouse-gas emissions endanger public health, thereby obligating the Environmental Protection Agency (EPA) to regulate them.
After almost two decades of living with policies that steadily pushed expectations for reduced carbon emissions, many climate change-denying Republicans are hopeful. They believe that once the federal regulatory framework requiring improved climate performance is weakened, fossil fuels will make a triumphant return, and the “green coercion” and the renewable electricity fostered by Democratic administrations can finally be quashed.
But they are mistaken. Even if the US federal government succeeds in dismantling climate regulation, it has already missed the tipping point. The energy revolution is no longer driven by ideology, government mandates, or court rulings. It is driven by economics, technology, and a global market that has already locked in its trajectory.
The transition to clean energy and a low-carbon economy is already happening, even if the current US administration is trying to drag us back to the pollution patterns of the 20th century.
The data speak for themselves. In 2024, when Joe Biden was still president, the United States installed about 50 gigawatts of solar energy, a historic local record. According to figures published recently, renewable-energy installations in 2025 in America are expected to surpass even that record. Renewables’ share of U.S. electricity generation is already approaching 25 percent, and it has long since surpassed coal.
At the same time, battery-storage prices globally fell by about 90% between 2010 and 2023. The implication is simple: clean electricity can now be supplied around the clock — and at a lower cost than polluting power. In states like California, residential solar systems are no longer sold without storage for purely economic reasons.
The same clear trend is visible in American transportation. In 2024, approximately 1.23 million electric vehicles were sold in the United States. Industry forecasts point to about 2.25 million sales in 2025, nearly a doubling within a single year. Again, this is not ideology. It is economics.
What about trends in Israel? We, too, are progressing, though far too slowly. In 2024, electric vehicles accounted for roughly a quarter of all new car sales. In 2025, there was a slight decline, but the direction is clear: more and more Israelis understand that buying an electric vehicle simply makes economic sense, primarily for financial reasons, rather than environmental ones.
With only about 15.7% of Israel’s electricity generated from renewable sources, we remain far behind. Yet the direction is unmistakable and consistent: each year, the renewable share rises and projections from the Ministry of Energy suggest that by 2030, Israel may well meet its 30% renewable electricity commitment.
There is one country truly benefiting from America’s retreat from climate leadership: China. As the United States hesitates, Beijing is racing ahead. Chinese renewables (excluding nuclear) presently constitute around 30% of total electricity generation. In the world’s largest automobile market, 54% of cars sold were electric or plug-in hybrid. But it is just getting started: Global installed electricity capacity stands at roughly 10 terawatts; China alone now has the production capacity to add about 1 million terawatts of solar power in a single year.
Today, solar photovoltaic electricity systems are about 41% cheaper than the lowest-cost fossil-fuel alternatives. Only a country or company acting against all economic logic would choose to build new electricity generation from a nonrenewable source.
Moreover, within a few years, China can be expected to dominate markets for clean steel, clean cement, sustainable aviation fuel, and a wide range of new climate technologies. One need not be a professor of economics to understand that it will not be long before China controls major shares of these emerging industries. To satisfy an anti-science political base and fossil-fuel donors, American leadership is forfeiting a vast global market and jeopardizing America’s economic future.
Indeed, at this week’s Israeli Climate Conference, the keynote speaker comes from China, not from the United States. He describes China’s run towards carbon neutrality as a marathon. If we fail to act, major cities like New York, Shanghai and Tel Aviv will face acute problems from rising tides.
And here lies the message for Israel. Several Ministers in the government appear to believe that it is wise to emulate American climate denial and score political points by calling for withdrawal from the Paris Climate Agreement. They are not merely on the wrong side of environmental history, they are pushing Israel to the margins of the emerging global economy.
Of course, this is a path of egregious moral failure, one that ignores our duty to leave our grandchildren a planet with reasonable climate stability. But it is also a profound economic miscalculation.
There is another way – one that leads to a healthier future for Israel and the planet. Sooner or later, it will prevail.
About the Author
Alon Tal is a professor of Public Policy at Tel Aviv University. In 2021 and 2022, he was chair of the Knesset’s Environment, Climate & Health subcommittee.
STATE MEDIA AND FAKE NEWS
Neue Zürcher Zeitung
Das ZDF will ein Bollwerk gegen Desinformation sein. Doch der Sender scheitert an seinem eigenen Anspruch
Das «Heute Journal» des ZDF illustrierte eine Sendung über die Ausschaffungspolitik der Amerikaner mit einem KI-Fake und beantwortete kritische Fragen mit halbgaren Ausreden. Für den Sender ist das ein Desaster.
Wann immer in Deutschland eine Diskussion über den öffentlichrechtlichen Rundfunk entbrennt, halten Mitarbeiter der Sender mit einem zentralen Argument dagegen. Es lautet: Gerade in Zeiten aufgeheizter Debatten und manipulierter Inhalte im Internet brauche es den Rundfunk mehr denn je. Nur er biete verlässliche Orientierung. Der öffentlichrechtliche Rundfunk, ein Bollwerk gegen Desinformation.
Spätestens jetzt hat diese Erzählung Risse bekommen. Am Sonntag sendete das «Heute-Journal» des ZDF einen Beitrag über die Ausschaffungen der ICE-Behörde in Amerika. Illustriert war der Beitrag mit mehreren Videos, die zeigten, wie Beamte nicht einmal davor zurückschreckten, Jugendliche oder eine Mutter mit Kindern abzuführen. Doch eines der Videos war ein Fake. Es war von einer KI generiert. Die Szene hat sich so nie abgespielt. Alle Personen in dem Video sind frei erfunden, Trugbilder gewissermassen.
Und das ZDF hat auch in der darauffolgenden Sequenz geschlampt. Darin war ein Junge zu sehen, der laut einer englischsprachigen Bildunterschrift direkt aus seiner Schule von ICE-Beamten abgeholt werde. Tatsächlich aber handelt es sich um einen Verdächtigen, der im Jahr 2022 nach einer Amokdrohung in Gewahrsam genommen wurde, wie unter anderem die «Bild»-Zeitung berichtete.
Pikant ist, dass die Moderatorin Dunja Hayali kurz davor noch vor gefälschten Abschiebevideos gewarnt hatte. Nicht alle Bilder, die in den sozialen Netzwerken zu den Abschiebungen in den USA kursierten, seien echt, sagte sie da, «aber doch sehr viele». Damit entstand beim Zuschauer der Eindruck, dass es im Beitrag um reale Vorkommnisse gehe. Hayali brachte also das Kunststück fertig, in einem Atemzug vor falschen Inhalten im Netz zu warnen und diese gleichzeitig ungefiltert weiterzuverbreiten.
Die Reaktion des ZDF machte alles schlimmer
Solche Fehler wären für jedes Medium peinlich. Für einen Sender, der sich so selbstbewusst von Falschinformationen abgrenzt und als Leuchtturm der Objektivität darstellt, sind sie ein Desaster.
Dabei muss man dem ZDF nicht gleich schlechte Motive unterstellen. Wahrscheinlich hat ein Mitarbeiter einfach nur schlampig gearbeitet und die Fälschung übersehen. Möglicherweise hat jemand seine journalistische Sorgfaltspflicht in dem Bedürfnis vernachlässigt, den Beitrag mit möglichst dramatischen Bildern zu untermauern. Dass die Redaktionen der öffentlichrechtlichen Sender linkslastig besetzt sind, ist kein Geheimnis.
Das alles ist schlimm genug. Die Reaktionen des ZDF auf die Berichterstattung machten indes die Sache noch schlimmer.
Zunächst hiess es, man habe lediglich versäumt, das KI-Video zu kennzeichnen. Das klang so, als habe das ZDF mit voller Absicht ein KI-generiertes Video verwendet. Etwas später teilte der Sender dann mit, eigentlich sei es in der Sendung darum gegangen, «dass sowohl mit echten als auch mit KI-generierten Inhalten Angst erzeugt wird». Darauf gibt die Sendung aber keinen Hinweis.
Erst am Nachmittag entschuldigte sich der Sender «in aller Form für diese Fehler». Der Beitrag «hätte in dieser Form nicht gesendet werden dürfen». Der Schaden aber war da längst angerichtet.
Der BBC-Skandal als warnendes Beispiel
Die späte Einsicht des ZDF ist bemerkenswert. In mehreren europäischen Ländern steht der öffentlichrechtliche Rundfunk unter Beschuss. Erst im November hatte ein Skandal die BBC in Grossbritannien in ihren Grundfesten erschüttert.
Damals kam heraus, dass der Sender für eine Dokumentation eine Rede des damals abgewählten amerikanischen Präsidenten Donald Trump aus dem Jahr 2021 irreführend zugeschnitten hatte: Der Beitrag erweckte den Eindruck, Trump habe direkt zum Sturm auf das Kapitol aufgerufen. Tatsächlich liegen zwischen den zusammengeschnittenen Aussagen fünfzig Minuten. Auch auf amerikanischen Druck hin traten sowohl der Direktor als auch die Nachrichtenchefin umgehend zurück, um weiteren Schaden von der Institution abzuwenden.
Auch in der Schweiz ist eine Diskussion über den öffentlichrechtlichen Rundfunk entbrannt. Die Bürger stimmen am 8. März darüber ab, ob die Rundfunkgebühren halbiert werden sollen. Aus Sicht vieler Bürger werden die Sender ihrem Auftrag, überparteilich zu berichten, nicht vollumfänglich gerecht.
Das zeigt, dass das Vertrauen in einstmals eherne Institutionen ins Wanken gerät. Doch bei den Verantwortlichen in Deutschland scheint das Problembewusstsein gering zu sein.
Die Deutschen sollten sich an der Schweizer Initiative ein Beispiel nehmen. Nur politischer Druck wird die öffentlichrechtlichen Sender dazu bewegen, ihrem Programmauftrag wieder gerecht zu werden.
https://www.nzz.ch/der-andere-blick/das-zdf-ein-bollwerk-gegen-desinformation-von-wegen-ld.1925254
FAR RIGHT AND FAR LEFT IN GERMANY AND FRANCE
Neue Zürcher Zeitung, Guest Essay
Gastkommentar : Der «Kampf gegen rechts» sei eigentlich ein Kampf gegen die Demokratie, sagt Harald Martenstein
Ein Verbot der AfD verstiesse gegen die Grundlagen der Verfassung, schreibt der deutsche Publizist. Seine vielbeachtete Rede aus dem «Prozess gegen Deutschland» im Wortlaut.
Am Wochenende veranstaltete der Schweizer Theatermann Milo Rau im Thalia-Theater Hamburg einen «Prozess gegen Deutschland». Während dreier Tage wurde auf der Bühne eine Gerichtsverhandlung nachgestellt. Im Zentrum stand die Frage nach einem Verbot der AfD. Der Journalist und Schriftsteller Harald Martenstein hielt ein fulminantes Plädoyer dagegen. Seine Rede im Wortlaut.
Sie möchten hier also in einer Art Schauprozess über das Verbot einer Partei sprechen, die im Westen Deutschlands von 20 Prozent der Menschen gewählt wird und im Osten von 35 bis 40 Prozent. Mit anderen Worten: Wir reden hier über das Ende der Demokratie und ihre Ersetzung durch etwas anderes. Die Meinung grosser und immer noch wachsender Teile der Bevölkerung soll für die Politik in Zukunft keine Rolle mehr spielen.
Wie soll das neue System eigentlich heissen? Gelenkte Demokratie? Sozialistische Demokratie? Bestimmt fällt Ihnen ein schönerer Name ein.
Ist die AfD wie die NSDAP?
Sie haben recht mit dem, was hier vermutlich vielen gerade durch den Kopf geht: Ja, die NSDAP hätte man mal besser rechtzeitig verboten. Ob dieser Versuch etwas genützt hätte, weiss man natürlich nicht. Aber die sogenannte «Machtergreifung» von 1933 war zweifellos eine Katastrophe und Vorbote weiterer Katastrophen, die Weltkrieg hiessen und Shoah. Man musste alles versuchen, um das zu verhindern.
Ich stelle Ihnen einige Fragen.
Die erste Frage, die ich hier in den Raum stelle: Sind die Begriffe «rechts» und «rechtsradikal» mehr oder weniger bedeutungsgleich? Ich frage das, weil die beiden Begriffe in den linken Debattenräumen meist wie Synonyme verwendet werden. «Kampf gegen rechts» – so soll also ein Kampf für die Demokratie heissen. Es ist ein Kampf gegen die Demokratie.
Rechts und links sind spätestens seit 1789 die beiden Grundrichtungen aller demokratischen Staaten. Typische Rechte lehnen ein sozialistisches Wirtschaftssystem ab, sie verteidigen das Unternehmertum, sind eher für als gegen Traditionen, sie halten die Familie für ein gutes Modell, und sie mögen ihr Land eher, als dass sie es hassen. Eindeutig rechte Politiker haben gegen die Nazis gekämpft und den Vorläufer der EU gegründet, sie hiessen de Gaulle, Adenauer und Churchill. Typische rechte Politiker der jüngeren Geschichte waren Margaret Thatcher und Ronald Reagan. Sie lehnen diese Leute ab. Okay. Aber wollen Sie allen Ernstes solche Haltungen verbieten?
Sie sind dann ein Gegner der Demokratie. Das sollten Sie aber auch zugeben, vor sich selbst und vor der Welt.
Aber die doch nicht
Sie werden einwenden, dass Sie nicht diese Old-School-Rechten wie Adenauer oder Reagan meinen, wenn Sie Verbote fordern. Sie meinen den Populismus, eine neue Spielart des Rechten, die in der gesamten westlichen Welt entstanden ist, nicht nur in Deutschland. Sie findet Zustrom vor allem bei denen, die bisher bürgerliche oder gemässigt linke Parteien gewählt haben, also bei uns Union, SPD und FDP.
Diese Wähler fühlen sich nicht mehr repräsentiert durch das alte Parteienspektrum. Das meist abwertend gebrauchte Wort «Populismus» suggeriert, dass es ein Fehler wäre, beim Regieren auf die Zustimmung der Bevölkerung Wert zu legen. Genau diese Idee – alle Macht muss durch den Willen der Mehrheit gerechtfertigt sein – ist aber nun mal die Grundlage unserer Verfassung. Mit einem Verbot mehrheitsfähiger Parteien entzieht man diesem Staat seine Legitimation und verwandelt ihn in ein autoritäres Regime.
Dafür muss man schon sehr gute Gründe haben. Man muss es mit einem Gegner zu tun haben, der selbst die Demokratie abschaffen will. Man muss sich in einer Notwehrsituation befinden.
Die entscheidende Frage ist, ob so eine Partei legitime Ziele verfolgt oder illegitime. Es geht also nicht darum, ob Sie oder ich diese Ziele für richtig halten. Illegitime Ziele wären zum Beispiel die Beseitigung der Meinungsfreiheit, der Entzug von Grundrechten für Teile der Bevölkerung oder das Verbot von Parteien, die von den Regierenden als störend empfunden werden. Illegitime Ziele sind also genau die Ziele, die Sie vertreten.
Der Weg Maos
Man kann mit der Begründung, man verteidige die Demokratie, die Demokratie nämlich auch abschaffen. Tatsächlich war diese Begründung – wir retten die Demokratie – historisch gesehen eine der beliebtesten bei denen, die sie abgeschafft haben.
Kennen Sie die historische Anti-rechts-Bewegung? Das sollten Sie. Unter diesem Namen wurden 1957 in China zwischen ein und zwei Millionen Menschen verhaftet, bürgerliche Elemente, viele davon Intellektuelle, und in Straflager gesperrt. Dort ermordete man viele von ihnen. Die genaue Zahl der Opfer ist unbekannt. Sinn der Anti-rechts-Bewegung war es, China in einen Einparteistaat zu verwandeln. Ja, es gab bis 1957 unter Mao Zedong ein Mehrparteiensystem. Der «Kampf gegen rechts» hat mit diesem demokratischen Unsinn aufgeräumt.
Ähnliche Parteien wie die AfD waren bereits in mehr als einem Dutzend europäischer Staaten in Regierungskoalitionen vertreten oder stützten Regierungen, unter anderem in Skandinavien. Demnächst könnten sie in Frankreich und Grossbritannien regieren. Sie wollen, dass Deutschland in Europa wieder einmal einen Sonderweg beschreitet.
Nun zu einer anderen Frage.
Ist es legitim, für Verfassungsänderungen einzutreten? Es muss wohl legitim sein, denn das Grundgesetz wurde seit 1949 bereits mehr als fünfzig Mal geändert oder ergänzt. Ist es legitim, für eine restriktive Migrationspolitik einzutreten? Es muss wohl legitim sein, denn es gibt eine solche Politik in so zweifellos demokratischen Staaten wie Dänemark oder Australien. Ist es legitim, aus der EU austreten zu wollen? Das keineswegs faschistische Grossbritannien hat es getan. Ist Patriotismus legitim? Willy Brandt war erklärtermassen Patriot.
Ich sage es noch einmal: Bei all diesen Fragen kommt es nicht auf richtig oder falsch an. Es geht nur darum, ob etwas in einer Demokratie erlaubt sein muss oder nicht.
Bauchgefühl ersetzt historisches Wissen
Es gehört zu den Merkmalen demokratischer Staaten, dass dort das Spektrum des politisch Erlaubten sehr breit ist. Sie müssen sich also gegen Ihr Naturell damit abfinden, dass es in einem freien Land mit freien Wahlen nicht immer so läuft, wie Sie es möchten. Falls Sie das überfordert, liegt das Problem bei Ihnen und nicht bei denen, die anders denken als Sie.
Wenn Sie wollen, dass die AfD verboten wird, müssen Sie nachweisen, dass diese Partei das Land in ein anderes System überführen möchte. Zum Beispiel, indem sie alle Parteien ausschaltet, die nicht das Weltbild der AfD teilen, also, ich wiederhole mich, indem sie ungefähr das tut, was einige von Ihnen gern würden. Aber von einer Verbotsforderung der AfD gegen ihre politische Konkurrenz ist bis jetzt nichts bekannt.
Es genügt für ein Verbot keineswegs, dass einzelne Parteimitglieder rechtsextremen Bullshit von sich geben. Der Nachweis dessen ist leicht zu führen, ich nehme an, davon wird man hier in den nächsten Tagen einiges hören.
Ich helfe Ihnen. Hier ein paar wirklich skandalöse Zitate. Sie sind alle belegt.
«Was wir hier in diesem Land brauchen, sind mutige Bürger, die die roten Ratten dorthin jagen, wo sie hingehören – in ihre Löcher.»
«Wir wollen von niemandem mehr, weder von Washington noch von Moskau, von keinem europäischen Nachbarn, auch nicht von Tel Aviv, ständig an unsere Vergangenheit erinnert werden.»
«Wir brauchen keine Opposition, wir sind schon Demokraten.»
«Ich bin ein Deutschnationaler und fordere bedingungslosen Gehorsam.»
Spätestens am letzten Zitat haben es sicher einige erkannt. All das war Originalton nicht etwa von Björn Höcke, sondern von Franz Josef Strauss, dem CSU-Vorsitzenden, der in einem demokratischen Land beinahe Kanzler wurde. Willy Brandt sass neben ihm im Kabinett. Dass Willy Brandt kein Nazi war, ist Ihnen ja vermutlich bekannt.
Auch Strauss war kein Nazi. Sonst hätte sich Willy Brandt wohl kaum neben ihn gesetzt. Ihr Problem bei diesem Tribunal besteht darin, dass Sie keinerlei historische Kategorien besitzen, sondern lediglich ein paar Bauchgefühle.
Irgendwann kommt immer der Nazivergleich
Der Vorsitzende der Grünen, Felix Banaszak, sagte vor ein paar Tagen im Podcast meines «Welt»-Kollegen Paul Ronzheimer, die AfD stehe in einer Traditionslinie mit den Nationalsozialisten. Das Gleiche würde er vielleicht auch über Strauss sagen, über Ernst Jünger, über Joanne K. Rowling, über Boris Palmer, über den Weihnachtsmann oder über mich. Es ist inzwischen völlig klar, dass «Nazi» ein moderner Sammelbegriff für alle ist, die nicht an Wokeness oder den Sieg des Sozialismus glauben.
Die Nazis unterschieden sich von den Rechtskonservativen. Die Nazis hatten eine Miliz namens SA, die auf den Strassen Jagd auf Linke machte. Sie machten kein Hehl daraus, dass sie Krieg wollten. Sie waren erklärte Antisemiten, Rassismus war ihr Programm. Sie wollten keine andere Republik. Sie wollten überhaupt keine Republik, sondern den Führerstaat.
In einer Demokratie einer Partei vorzuwerfen, dass sie eine andere politische Richtung einschlagen will, ist albern.
1990 formulierte der amerikanische Autor Mike Godwin eine sozialpsychologische Theorie. «Godwin’s Law» gilt inzwischen als empirisch bewiesen. Es besagt, dass seit etwa 1950 bei jeder grösseren Meinungsverschiedenheit, weltweit und immer, irgendwann ein Vergleich mit den Nazis auftaucht. Dieser Vergleich habe nichts mit der realen Geschichte zu tun, sondern mit dem Wunsch des Sprechers, seinem Gegenüber die Satisfaktionsfähigkeit abzusprechen.
Auch Angela Merkel wurde schon mit den Nazis verglichen (von Hugo Chávez), auch Peer Steinbrück (von irgendwelchen Schweizern) sowie die Fluggesellschaft Air Berlin (von einem spanischen Politiker).
Sie wissen, was Sie tun
Im Grunde wissen Sie das, Sie sind ja nicht blöd. Sie wissen, dass es zwischen Heinrich Himmler und Alice Weidel ein paar Unterschiede gibt. Eine offen mit einer Andersrassigen verbandelte Lesbe wie Alice Weidel wäre bei den Nazis ja im KZ gelandet.
Wer alle Rechten Nazis nennt, nur weil sie keine Linken sind, ist wirklich ein historischer Analphabet. Aber das wäre verzeihlich, finde ich. Unbildung ist kein Verbrechen. Ihnen werfe ich vor, dass Sie wissen, was Sie tun. Sie wissen, dass Sie nicht das «Vierte Reich» verhindern, sondern dass Sie lediglich Ihre politische Konkurrenz ausschalten wollen.
Die meisten AfD-Wähler wollen keinen neuen Hitler. Sie wollen so etwas wie einen neuen Helmut Schmidt. Es wäre ein Kinderspiel, die AfD kleinzuhalten. Man müsste dazu lediglich ein paar Probleme angehen, die echte Probleme sind und deren Existenz Sie vermutlich bis zu Ihrem letzten Atemzug bestreiten werden. Passen Sie die Migration an die wirtschaftlichen Möglichkeiten dieses Landes an, sorgen Sie für das Level an Sicherheit, das wir hier 2010 hatten, sorgen Sie dafür, dass in unseren Schulen wieder alle lesen und schreiben lernen und dass unsere Wirtschaft wieder international konkurrenzfähig ist.
Mehr müsste es nicht sein. Ist das für Sie Faschismus?
Ein schlichtes Weltbild ist bequemer als ein kompliziertes
Sie haben verdrängt, dass in der Sowjetunion im Namen des Sozialismus mindestens neun Millionen Menschen ermordet oder dem Hungertod preisgegeben wurden, Sie haben die Millionen Opfer von Pol Pot und Mao erfolgreich verdrängt. In Venezuela wurden nach der gefälschten Wahl von 2024 auf den Strassen 24 Demonstranten von Maduros Truppen «aussergerichtlich hingerichtet», auch Minderjährige. Wenn Trump das getan hätte, wäre hier ganz schön was los.
Links ist gut, rechts ist böse: So einfach ist es nicht. Aber ein schlichtes Weltbild ist nun mal bequemer als ein etwas komplizierteres. Das verstehe ich.
Die entscheidende Trennlinie verläuft zwischen autoritären Regimen und solchen, in denen alle die gleichen Bürgerrechte besitzen, egal, wo sie politisch stehen, egal, ob sie die Regierung grossartig finden oder sie verabscheuen. Wer sich an die Gesetze hält und keine Gewalt anwendet oder anzuwenden beabsichtigt, ist sicher und bei dem klingelt frühmorgens nicht die Polizei an der Haustür.
Le Figaro
Raphaël Arnault, ce député condamné pour violences, fondateur de la Jeune Garde, qui précipite LFI dans la tourmente
PORTRAIT – Le collaborateur parlementaire de l’élu du Vaucluse était devant Sciences Po Lyon le soir du meurtre de Quentin Deranque. Il a été interpellé mardi et dément avoir participé au lynchage après s’être retiré de ses fonctions le temps de l’enquête.
« Jamais de la vie. » Au mois de juin 2024, Jean-Luc Mélenchon assurait ne pas être au courant que Raphaël Arnault, investi par son mouvement dans la première circonscription du Vaucluse, faisait l’objet d’une fiche S des services de renseignements. Et de relativiser la portée de cette information, qui signifie factuellement que le candidat Insoumis était considéré par les autorités comme pouvant représenter un risque pour la sûreté de l’État. « C’est un homme jeune qui est dans des groupes antifascistes et qui se met des claques avec des fascistes », résumait alors d’un trait le fondateur de La France insoumise.
Le risque a cependant été étayé depuis. L’année dernière, le député élu sous la bannière du parti désormais classé à l’extrême gauche du champ politique a été définitivement condamné à 4 mois de prison avec sursis au chef de violences volontaires en réunion, pour des faits remontant à 2021. Le tribunal correctionnel de Lyon l’avait condamné en février 2022, mais l’intéressé avait interjeté appel, empêchant la décision d’être définitive dans un premier temps, avant de finalement se désister en toute discrétion. Surtout, Raphaël Arnault se retrouve ces jours-ci au cœur de l’affaire Quentin Deranque, ce militant identitaire lyonnais lynché à mort en marge d’une conférence de l’eurodéputée Insoumise Rima Hassan à Sciences Po Lyon jeudi dernier.
Parachuté à Avignon
Au moins six des principaux suspects identifiés à ce stade sont tous d’anciens membres de la Jeune Garde de Lyon, un groupuscule antifasciste fondé en 2018 par Raphaël Arnault et dissous en 2025 par le gouvernement. Plus compromettant encore, le collaborateur parlementaire du député LFI, lui aussi membre revendiqué de la Jeune Garde, fait partie des neuf suspects interpellés et soupçonnés d’avoir participé au lynchage de Quentin Deranque. Des accusations qui ont été « dément(ies) formellement » par voie d’avocat. Une source proche du dossier a révélé en tout cas qu’il était bien devant Sciences Po Lyon le soir du meurtre de Quentin parmi une vingtaine de militants d’ultragauche, sans tirer de conclusion sur sa participation ou non aux coups qui ont causé la mort. Raphaël Arnault a annoncé mardi soir avoir engagé une procédure pour «mettre fin» au contrat de son collaborateur parlementaire. Le député, pour sa part, a déclaré samedi sur le réseau social X « (apprendre) ce décès avec horreur et dégoût », a adressé ses « condoléances à la famille de ce jeune homme » et fait part de sa volonté « que toute la lumière soit faite sur ce drame ». Le parlementaire Insoumis était toutefois absent dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale, mardi, pour la minute de silence en hommage au jeune homme tué.
L’enquête déterminera effectivement les responsabilités exactes des uns et des autres, mais déjà La France insoumise se retrouve emportée dans la tourmente et contrainte de se justifier sur ses liens avérés avec la Jeune Garde et Raphaël Arnault singulièrement. Cette figure de l’ultragauche lyonnaise effectue un compagnonnage de longue date avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il a été un soutien fervent lors de la campagne présidentielle de 2022, au point que sa candidature dissidente de la Nupes aux législatives qui ont suivi, dans la deuxième circonscription du Rhône, avait reçu l’appui de LFI (ainsi que des communistes et du Nouveau parti anticapitaliste, dont il a été un temps adhérent). Le candidat ne recueillera que 6,81 % des voix dans sa ville de Lyon, mais se consolera deux ans plus tard grâce à un parachutage orchestré par LFI à Avignon, où il finira par s’imposer face à la députée sortante du Rassemblement national. Ce, malgré une candidature dissidente à gauche soutenue par le Parti socialiste.
Coopération avec le service d’ordre de LFI
Dans les vingt-quatre mois qui séparent les deux scrutins, la proximité entre le porte-parole de la Jeune Garde et les mélenchonistes n’a fait que s’accentuer. La mobilisation contre la réforme des retraites a été l’occasion pour LFI de mettre en scène Raphaël Arnault, notamment lors de la manifestation organisée par le mouvement à Paris le 21 janvier 2023. Au mois d’avril suivant, le député Insoumis Aurélien Taché l’invite à participer à un débat à l’Assemblée nationale consacré à la « lutte contre le terrorisme d’extrême droite ». La présence du militant controversé est alors défendue par l’élu mélenchoniste comme « une évidence » au regard du « travail de veille extrêmement important » mené par la Jeune Garde, sans faire état des nombreux faits de violence qui entachent le groupuscule antifasciste depuis sa fondation. Une nouvelle prise de parole publique du militant aura lieu en octobre 2023, sous les bons auspices de l’Institut La Boétie, le laboratoire d’idées présidé par Jean-Luc Mélenchon, lequel ne s’est jamais caché de faire de la Jeune Garde une « organisation alliée » et s’est toujours inscrit en faux contre sa dissolution.
Celui qui a débuté le militantisme politique en faisant le service d’ordre dans les manifestations lyonnaises pour Attac ou le NPA a bien mis son groupuscule « antifasciste » à disposition de LFI après 2022. C’est ce que révélait Le Canard enchaîné en juillet 2024. On y apprenait que huit militants de la Jeune Garde ont été mis en examen par le parquet de Paris pour avoir agressé dans le métro parisien un adolescent juif de 15 ans, en marge – déjà – d’une conférence de Rima Hassan à l’université Paris Dauphine. « Les militants antifas assurent le service d’ordre de Rima Hassan », détaille Le Canard enchaîné dans le récit des événements.
L’information est confirmée dans un portrait que Le Nouvel Obs a consacré à Raphaël Arnault peu après son élection, en juillet 2024, et dans lequel le nouveau parlementaire Insoumis se confie longuement. « Ces derniers mois, la Jeune Garde, implantée à présent dans plusieurs villes en France, s’était mise au service de LFI, supervisant les meetings de leurs leaders dans les universités, où il a été beaucoup question de la situation dans la bande de Gaza », est-il précisé dans le magazine. Cette coopération entre la Jeune Garde et LFI pour assurer la sécurité des élus, notamment lors de leurs déplacements dans les universités, est aujourd’hui niée en bloc par l’élue Insoumise Rima Hassan, régulièrement invitée à discourir devant des étudiants. « Moi, je coopère uniquement avec les services d’ordre de LFI. Je n’ai jamais fait appel à la Jeune Garde. Par le passé, j’ai même fait savoir à Raphaël (Arnault) que j’étais très mécontente de leur présence », a-t-elle plaidé auprès de nos confrères de L’Opinion mardi.
Une forme de désaveu de la part de la députée européenne, qui avait pourtant fait le déplacement jusqu’à Avignon pour soutenir Raphaël Arnault lors de sa campagne en 2024. L’un des seuls candidats à avoir reçu cet honneur. Le fondateur de la Jeune Garde s’était illustré par une défense sans concession du Hamas le 7 octobre 2023, le jour même du pogrom sanglant mené par l’organisation islamiste. Le communiqué relayé par l’antifa ce jour-là se félicitait que « la résistance palestinienne a lancé une offensive sans précédent contre l’État colonial d’Israël ». Après tout, un cadre de la Jeune Garde, Hamma Alhousseini, surnommé Luc Bawa, s’était déjà illustré par un soutien appuyé sur Instagram aux terroristes de Boko Haram et une approbation implicite de la décapitation de Samuel Paty. « À force de critiquer et insulter la même religion voilà le résultat (sic) », écrivait-il en republiant un tweet de l’assassin du professeur d’histoire.
THE EPSTEIN FILES
Neue Zürcher Zeitung
Epstein-Files: «Im Flugzeug mitzufliegen, ist kein Verbrechen, auch nicht, an einer Party mit Minderjährigen zu feiern»
Warum führen die Epstein-Akten nicht zu mehr Anklagen? Die amerikanische Strafrechtsexpertin Barbara McQuade spricht über die rechtlichen Hürden – und sagt, warum die Geschichte noch nicht zu Ende geschrieben ist.
Frau McQuade, die jüngste Veröffentlichung der Epstein-Akten hat eine schier unheimliche Dimension seines Netzwerkes enthüllt. Die Beziehungen des Financiers und Sexualstraftäters reichten von Hollywood und Washington über die Wall Street und Harvard bis zu Politikern und Aristokraten in Europa und Asien. Wie hat er das nur geschafft?
Letztlich bleibt das ein Rätsel. Er kommunizierte mit allen möglichen Leuten zu allen Tages- und Nachtzeiten. Er machte nicht nur seine Opfer gefügig, sondern auch Menschen, denen er gefallen wollte. Reichen und mächtigen Männern konnte er den Zugang zu jungen Frauen anbieten. Das war gewissermassen die Ware, die für einige dieser Männer so wertvoll war, dass sie sich auf eine Beziehung mit Epstein einliessen. Es ist eine Schande, dass diese Leute bereit waren, ihren Ruf und ihre Moral aufs Spiel zu setzen, um ein Teil des Epstein-Netzwerks zu werden.
In Europa standen mehrere Diplomatinnen und Aristokratinnen Epstein nahe. Warum liessen sich diese Frauen von Epstein einlullen?
Die Epstein-Akten gewähren einen wirklich interessanten Einblick in die Welt der Reichen und Berühmten. Es ist erstaunlich, wie sie sich kaufen liessen. Er schickte ihnen teure Designerhandtaschen und Kleidungsstücke, und dafür waren sie bereit, in seinem Dunstkreis zu bleiben, sogar nachdem er als Sexualstraftäter verurteilt worden war. Nach der Devise: Die Moral ist egal – solange du mir eine Hermès-Tasche schickst.
Es wurden auch Informationen gehandelt. In Grossbritannien ermittelt die Polizei gegen den ehemaligen Botschafter Peter Mandelson und in Norwegen gegen den Ex-Ministerpräsidenten Thorbjörn Jagland; das sind Korruptionsfälle. Warum sehen wir in den USA keine ähnlichen Ermittlungen?
Nun, das amerikanische Justizministerium hat erklärt, es beabsichtige nicht, weitere Straftaten zu verfolgen. Es scheint mehr bestrebt, Donald Trumps Agenda voranzutreiben, als den Opfern zu Gerechtigkeit zu verhelfen. Viele Passagen in den Epstein-Akten bleiben zudem geschwärzt – selbst für Kongressmitglieder. Journalisten und Abgeordnete sind daran, das publizierte Material zu durchforsten. Es kann durchaus sein, dass es weitere Strafverfolgungen oder Zivilklagen geben wird, aber erst wenn eine neue Regierung ins Amt kommt.
Aber auch die Biden-Regierung hat ermittelt, und es erfolgte keine Anklage gegen weitere Personen in dessen Umkreis. Was sind die Hürden für eine Strafverfolgung?
So empört wir über das Verhalten Epsteins und einiger der beteiligten Männer sind: Um eine Straftat zu beweisen, müssen alle Tatbestandsmerkmale erfüllt sein. Zum Beispiel müsste jemand wissentlich eine Frau für sexuelle Handlungen bezahlen, die aus einem anderen Gliedstaat angereist ist, was in den USA verboten ist. Oder er müsste mit einer Minderjährigen Sex haben. Es kann sein, dass es dafür nicht genügend Beweise gibt. Es kann auch sein, dass die Behörden sich nicht genügend bemüht haben zu ermitteln. Wir wissen das nicht. Denn das Justizministerium hat alle Dokumente geschwärzt, die seine internen Abwägungen offenbaren würden. Nur wenn wir Einsicht erhalten, wissen wir, warum auf weitere Strafverfolgungen im Umfeld von Epstein verzichtet wurde. Der Kongress könnte die Einsicht verlangen.
Aber all diese E-Mails, die Bilder, die finanziellen Transaktionen und Flüge mit dem «Lolita-Jet», die Partys – das ist kein taugliches Beweismaterial?
Möglicherweise. Aber in einem Flugzeug mitzufliegen, ist kein Verbrechen, und auch nicht, auf eine Party mit minderjährigen Mädchen zu gehen oder ekelhafte Gespräche über Frauen zu führen. Auch Prostitution ist nicht strafbar. Damals minderjährige Opfer könnten natürlich aussagen. Aber dazu müssten sie erst einmal die Namen der mutmasslichen Täter kennen. Leider bleiben viele Namen in den Epstein-Akten geschwärzt. Es kann sein, dass einige der Mädchen den Namen des Täters nicht kannten oder nur den Vornamen. Und nach den vielen Jahren ist es für sie schwierig, die Identität des Täters herauszufinden. Justizministerin Pam Bondi unternimmt nichts, um ihnen dabei zu helfen.
Das Epstein-Opfer Virginia Giuffre hat den früheren Prinzen Andrew verklagt – es kam zu einem Vergleich. Nun erschienen neue Fotos von ihm mit einem am Boden liegenden Mädchen. Warum steht er nicht längst vor Gericht?
Die neu publizierten Fotos wirken wirklich belastend. Aber haben wir Beweise, dass er sexuelle Handlungen mit Minderjährigen beging und ihr Alter kannte? Das sind die Elemente, die belegt werden müssen. Es ist dubios und verwerflich, dass er mit Jeffrey Epstein und den Mädchen herumhing. Aber das allein ist kein Verbrechen. Und vielleicht fehlen einfach die Beweise für eine Straftat. Oft wollen die Opfer nicht durch einen öffentlichen Gerichtsprozess erneut traumatisiert werden und bevorzugen einen Vergleich wie Virginia Giuffre.
Welche Rolle könnte das Einvernehmen spielen – viele der jungen Frauen müssen doch gewusst haben, wofür sie angeworben wurden?
Das amerikanische Strafrecht begünstigt junge Opfer. Wenn diese unter 18 Jahre alt sind, wird vermutet, dass sie nicht genug mündig sind, um ihre Zustimmung zu geben. Damit liegt die Verantwortung beim Täter, die Folgen zu kennen. Und daher ist die Zustimmung keine Verteidigung bei Opfern unter 18 Jahren. Die Anklage muss aber zeigen, dass der Angeklagte das Alter der Opfer kannte. Oder sie müsste «willful blindness» beweisen – bewusstes Nichtwissenwollen. Wenn das Mädchen etwa ihm gegenüber sagte, es habe noch keinen Führerschein oder die Highschool nicht abgeschlossen, könnte das ein Hinweis auf einen Eventualvorsatz sein. Er hätte es wissen können und entschied sich einfach dazu, nicht nach dem Alter des Mädchens zu fragen.
Aber ist es unter diesem Blickwinkel nicht erstaunlich, dass nicht mehr Opfer geklagt haben?
Manche Epstein-Opfer sind an die Öffentlichkeit getreten, erzählen ihre Geschichte in den Social Media und verlangen, dass alle Täter zur Rechenschaft gezogen werden. Aber andere Betroffene wollen sich das vermutlich einfach nicht antun. So oft werden in unserem Strafjustizsystem die Opfer beschuldigt, für das Geschehene verantwortlich zu sein. Man wirft ihnen Erfindung vor, weil sie nicht früher Anzeige erstattet haben – als sie 15 Jahre alt waren, gegen einen reichen und mächtigen Mann.
Ghislaine Maxwell, die eine zwanzigjährige Gefängnisstrafe absitzt, weil sie Epstein bei seinen Sexualverbrechen Beihilfe leistete, wäre eine Kronzeugin. Aber sie will nicht aussagen und hat vor dem Kongress das Recht angerufen, sich selbst nicht zu belasten. Was ist ihr Beweggrund?
Sie ist eine interessante Figur. Sie ist strafrechtlich bereits verurteilt worden, ihre Berufung wurde abgelehnt, der Supreme Court hat den Fall abgelehnt. Doch sie kann weiterhin in einem zivilrechtlichen Verfahren argumentieren, dass ihre verfassungsmässigen Rechte irgendwie verletzt worden seien. Solange nicht alle Rechtsmittel ausgeschöpft sind, ist es möglich, dass sie sich selbst belastet. Sie hat also das Recht dazu, nicht auszusagen. Sie hat versprochen, zu reden, falls Präsident Trump ihre Strafe mildert oder sie begnadigt, was höchst unwahrscheinlich ist. Wenn ihr die Möglichkeiten ausgehen, ihr zivilrechtliches Verfahren weiterzuziehen, könnte der Kongress sie zur Aussage bewegen, indem er ihr Immunität vor weiterer Strafverfolgung gewährt. Das ist ein Schritt, der sich lohnen könnte.
Die Regierung behauptet, es gebe keinen Grund für weitere Ermittlungen. Die Demokraten beschuldigen sie, Verbrechen zu vertuschen. Wem soll man glauben?
Früher hätte ich dem Justizministerium geglaubt. Die Bundesbehörde geniesst die «presumption of regularity» – man geht davon aus, dass sie sich rechtskonform verhält. Aber das Justizministerium wird von ehemaligen Trump-Anwälten geleitet und hat sich bereits in den Dienst von Trumps persönlicher und politischer Agenda gestellt. Deshalb fällt es mir schwer, irgendetwas zu glauben, was Pam Bondi oder ihr Stellvertreter Todd Blanche sagen.
Aber es kann auch durchaus sein, dass in den Akten nichts Belastbares zu finden ist?
Das stimmt. Unser System ist so gestaltet, dass es besser ist, wenn zehn Schuldige davonkommen, als dass ein Unschuldiger verurteilt wird. Meistens sind wir damit einverstanden, aber hin und wieder beschleicht uns das Gefühl, dass keine Gerechtigkeit hergestellt wurde.
Normalerweise ist es nicht legal, private Gespräche oder Namen zu veröffentlichen. Der Kongress hat die Regierung dazu gezwungen, alle Epstein-Akten zu veröffentlichen. War das eine gute Entscheidung?
Einige mächtige Personen mussten die Konsequenzen ihrer Beziehung zu Epstein tragen und von ihren Posten zurücktreten. Ich denke, das hat eine abschreckende Wirkung, und das ist gut so. Es zeigt: Man kann für derartiges Verhalten zur Verantwortung gezogen werden. Es kann gut sein, dass es weitere Strafverfolgungen und auch Zivilklagen geben wird.
Auch von Personen, deren Persönlichkeitsrechte möglicherweise verletzt wurden, weil sie in den Epstein-Akten vorkommen?
Nein, der Kongress hat ein Gesetz erlassen, die Epstein Files Transparency Act. Das schützt die Regierung.
Sind Donald Trump und Bill Clinton endgültig aus dem Schneider?
Ich weiss es nicht. Es könnten auch neue Beweise auftauchen. Clinton wird bald vom Kongress im Rahmen der Epstein-Untersuchung einvernommen. Zweieinhalb Millionen Seiten wurden bisher nicht veröffentlicht oder sind vollständig geschwärzt. Wir sind noch nicht am Ende dieser Geschichte angelangt.
Strafverfolgerin unter Präsident Barack Obama
Barbara McQuade
Die 61-jährige Rechtsgelehrte und Autorin diente von 2010 bis 2017 als Bundesstaatsanwältin im Eastern District von Michigan und lehrt heute als Professorin für Strafrecht an der University of Michigan. Sie tritt als Expertin in amerikanischen Medien auf und moderiert den Podcast #SistersInLaw.
https://www.nzz.ch/international/epstein-files-warum-gibt-es-nicht-mehr-anklagen-ld.1925092
THE FUTURE OF ENERGY
Contrepoints
Production de batteries en Europe : l’échec du plan de la Commission européenne
Malgré des milliards d’euros de subventions et des plans ambitieux, l’Europe reste un acteur marginal dans la production de batteries pour véhicules électriques. Entre dépendance aux importations et objectifs irréalistes, le Green Deal illustre les limites de la planification centralisée et de l’intervention publique massive. Face à la concurrence chinoise, seule une stratégie fondée sur un choc fiscal et la liberté d’investissement pourra assurer la souveraineté industrielle du Vieux Continent.
À la fin de l’année dernière, mise au pied du mur, la Commission européenne a décidé de réviser sa position sur l’interdiction à la vente de véhicules thermiques en 2035. Elle a été remplacée par l’objectif, manifestement irréaliste, de baisser de 90 % les émissions de gaz d’échappement à effet de serre, les 10 % restants pouvant être compensés par l’usage d’acier bas carbone ou de biocarburants.
Sans disserter sur l’absurdité technocratique d’une décision qui ne règle rien, il est quand même intéressant de noter qu’elle est principalement motivée par le piteux état du secteur automobile européen, y compris en Allemagne qui avait pourtant su préserver sa compétitivité et des capacités de production, à l’inverse de la France dont la production a drastiquement chuté depuis les années 2000.
Le deuxième constat induit par la décision de la Commission, c’est que l’Europe n’a pas réussi à constituer un secteur propre de production de batteries compétitif par rapport à ses concurrents chinois. C’est le même fâcheux scénario que pour les panneaux solaires : 97% sont importés de Chine, et moins de 15 % du reste sont fabriqués dans un pays européen.
Adieu le Green Deal
Le Green Deal, ou Pacte vert pour l’Europe, lancé en 2019, a été le véritable fil rouge du premier mandat d’Ursula von der Leyen avant un rétropédalage qui, pour être radical, n’en est pas moins passé à peu près inaperçu : elle a, dans la continuité du rapport Drahi, placé son second mandat (2024) sous les auspices de la compétitivité et de la simplification.
Le Green Deal prévoyait notamment la neutralité climatique à l’horizon 2050 et la diminution de 55 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à leur niveau de 1990. C’est dans ce cadre que l’interdiction à la vente de véhicules thermiques en 2035 avait été adoptée avec pour objectif de passer à 13 puis 30 millions de véhicules à faible émission en 2025 et en 2035. L’année dernière, nous n’en étions encore qu’à 6 millions….
Selon la Cour des comptes européenne, 1,2 Md€ de subventions et 495 M€ de prêts garantis ont été déployés entre 2014 et 2020 pour soutenir la production de batteries. Il faut ajouter 6 Md€ de subventions nationales autorisées par Bruxelles via les PIIEC (projets importants d’intérêt européen commun) comprenant 74 projets sur le sol européen. Fin 2024, la BEI (Banque européenne d’investissement) annonçait encore 3 Mds€ de soutien au secteur.
Les terres rares risquent de manquer
Les batteries lithium-ion, technologie la plus aboutie en la matière, sont grandes consommatrices de cobalt, de manganèse, de lithium, de nickel et de graphite naturel.
Toujours selon la Cour des comptes européennes, le vieux continent est, pour ces minéraux, dépendant à 78% d’autres pays, parfois amis comme l’Australie (87 % des besoins en lithium), mais aussi potentiellement hostiles comme la Chine (40 % du graphite). La production de batteries augmentant de manière exponentielle dans le monde, une pénurie est prévisible d’ici 2030. Et le recyclage n’est pas la solution miracle : il ne pourrait satisfaire que 25% de nos besoins en 2040.
Face à la Chine, l’industrie européenne n’est pas compétitive
Sur le nombre total d’immatriculations, la part des véhicules électriques est passée de 5,3 à 14,6 % entre 2020 et 2023, puis à 18,3 % entre janvier et octobre 2025 ; ce qui pose la lancinante question de la compétitivité de nos industries par rapport à la concurrence asiatique. Pour l’heure, seuls 20 % des batteries sont importés, dont 87 % proviennent de Chine, l’Union demeurant un nain de la production mondiale avec 7 % du total contre 83 % pour l’empire du Milieu.
L’objectif de la Commission est qu’en 2030, l’industrie européenne soit capable de produire 90 % de la demande du continent, soit 550 GWh de batteries. Mais en 2023, les estimations oscillaient plutôt entre 100 et 167 GWh et selon le cabinet Roland Berger, la demande de batteries devrait tripler d’ici 2030…
Cette brève analyse de la politique européenne en matière de batteries et de véhicules électriques révèle l’ampleur du décalage entre les ambitions technocratiques et la réalité industrielle. Des milliards d’euros de subventions, prêts garantis et plans d’investissement n’ont pas suffi à créer un secteur compétitif capable de rivaliser avec la Chine. Comme dans bien d’autres secteurs de l’industrie très menacés comme l’automobile, la chimie, et dans une moindre mesure le secteur pharmaceutique, les limites d’une stratégie qui repose sur la planification centralisée et la subvention publique plutôt que sur la concurrence et l’innovation privée apparaissent on ne peut plus clairement.
SEX CRIME AND RESILIENCE
The Economist, Book Review (Pay Wall)
A nightmare on main street / Gisèle Pelicot’s horrifying rape case changed the law—and minds
How a French woman has become a global symbol of strength and survival
A Hymn to Life. By Gisèle Pelicot with Judith Perrignon. Translated by Natasha Lehrer and Ruth Diver. Penguin; 256 pages; $32. Bodley Head; £22
CULTURE AND ANTISEMITISM
Neue Zürcher Zeitung
Die Berlinale wird zum Tribunal der Israel-Hasser
Statt über Kino wird in Berlin wieder einmal über «Genozid» gestritten: Filmschaffende sollen Gesinnung bekennen, und der Jurypräsident Wim Wenders gerät ins Kreuzfeuer.
Bekanntlich sind die Internationalen Filmfestspiele Berlin ein Filmfestival. Wären sie eine politische Diskussionsrunde, ein reiner Stammtisch, müssten Name und Konzept neu überdacht werden. In der ersten Hälfte der diesjährigen Ausgabe – und zu befürchten steht, in den kommenden Tagen ebenfalls – wurden die Berlinale und ihre Teilnehmer jedoch für ein peinliches Inquisitionstribunal vereinnahmt.
Als zeitgemässer Tomás de Torquemada fungierte der deutsche Aktivist Tilo Jung. Er machte sich einen Namen durch stundenlange, mit absichtlicher Ahnungslosigkeit geführte Polit-Interviews auf Youtube, die er zu weltgewandten Beiträgen stilisiert. Gegenüber Israel legt Jung die zu seinem Markenzeichen gewordene Naivität jedoch gerne ab. Er fürchtet den Aufstieg eines neuen Faschismus, bei der historisch von den Nazis inspirierten Hamas lässt er jedoch Milde walten.
«Filme sind das nötige Gegengewicht zur Politik»
In Berlin interessiert Jung auf seinem Kreuzzug für Aufmerksamkeit alles – ausser das Kino. Dienstbeflissen fragt er an jeder Pressekonferenz: «Wie hältst du es mit dem Genozid in Gaza?» Jung kritisiert den deutschen Staat dafür, dass er Israel mit Waffen beliefert, und die Berlinale dafür, dass sie vom deutschen Staat Fördergelder erhält. Die üblichen Chaoten und Trolle auf Social Media sekundierten Jung sogleich und verdammten jeden in Grund und Boden, der nicht stante pede «Free Palestine» brüllte. Also alle. Vor allem die amerikanischen Medien stürzten sich daraufhin auf einen weiteren Berlinale-Skandal.
Der Jurypräsident Wim Wenders reagierte gleich am ersten Tag mit einem Satz, der ihm danach um die Ohren flog: «Wir müssen uns aus der Politik heraushalten.» Allerdings schob er nach: «Filme sind das nötige Gegengewicht zur Politik.» Etwas ungeschickt, dass der Regisseur noch vor zwei Jahren das Gegenteil kundtat, als die Berlinale AfD-Vertreter auslud. Doch im Kern hat Wenders recht: Kunst und Politik mögen auf der gleichen Waage liegen. Aber sie sind keineswegs wirkungs- oder deckungsgleich.
Die Worte des Regisseurs wurden jedoch fehlinterpretiert, so, als hätte Film absolut nichts mit Politik zu tun. Die indische Autorin Arundhati Roy sagte pathetisch ihre Teilnahme ab, bei Wenders’ Worten sei ihr die Kinnlade heruntergefallen. Zwei Filmemacher zogen ihre Beiträge aus der Sektion Forum Expanded zurück, nach drei Tagen sah sich die Festivalchefin Tricia Tuttle zu einem offiziellen Statement genötigt.
Darin verteidigte sie die Freiheit der Teilnehmer, sich nicht zwangsweise zu allem Möglichen äussern zu müssen: «Zunehmend wird von Filmschaffenden im Festival erwartet, jede an sie gerichtete Frage zu beantworten. Sie werden kritisiert, wenn sie nicht antworten. Sie werden kritisiert, wenn sie antworten und ihre Antwort einem nicht gefällt.» Tuttle betonte die Vielfalt, sowohl der Filme als auch der permanenten Gespräche darüber, und kritisierte die «News-Logik» in der Medienlandschaft.
So totalitär die Pro-Palästina-Bewegten einmal mehr auftreten und so nervig ihr moralinsaurer Gestus für alle Künstlerinnen und Künstler ist, so reisst die Debatte doch eine alte Wunde auf. Seit Jahren trägt die Berlinale mit Stolz das Label, wonach sie das politischste von allen Filmfestivals sei, mehr als Cannes oder Venedig. Eine unhinterfragte Behauptung, die zunächst gut klingt, aber letztlich der gleichen Vermarktungsstrategie unterliegt, der Jung selbst folgt.
Selbstverständlich ist Kultur immer politisch, Film eingeschlossen; das haben Siegfried Kracauer oder Roland Barthes längst festgestellt. Doch was ergibt sich konkret daraus, wenn es nicht bei nichtssagenden Floskeln bleiben soll? Die Auslöser für den 7. Oktober finden sich in der Sphäre realer Macht, es ist die Politik, die für Geiseln, Bomben und Raketen verantwortlich ist, nicht die Kultur. Politik ist wirkmächtig und explizit, Kunst ist symbolträchtig und implizit.
Frappant an der Gegenwart ist, wie diese Selbstverständlichkeiten verschwimmen: Politiker übernehmen zunehmend die Rolle von Entertainern, der amerikanische Präsident ist unter ihnen nur der radikalste Vorreiter. Politik hat längst Blutsbrüderschaft mit dem Boulevard geschlossen: Oberflächlichkeit schlägt Inhalt. Künstler indes sollen die entstandene Lücke füllen und die politischen Mahner geben – und machen sich damit regelmässig lächerlich.
Kultur lässt Menschen wachsen
Wenn man etwas Dummes hören wolle, müsse man einen Künstler nach seiner politischen Meinung fragen, sagte der Literaturkritiker Marcel Reich-Ranicki. Noch krasser drückte es der britische Komiker Ricky Gervais bei seiner Golden-Globe-Ansprache 2020 aus, als er sich an die Nominierten wandte: «Es steht euch nicht zu, die Öffentlichkeit zu belehren. Die meisten von euch haben weniger Zeit in der Schule verbracht als Greta Thunberg. Wenn ihr gewinnt, kommt hoch, nehmt euren Preis an, dankt eurem Agenten und eurem Gott und haut ab!»
Ein Filmfestival ist eine Veranstaltung, an der ein Haufen Leute mit den unterschiedlichsten politischen Ansichten zusammentreffen. Sie leben in ihrer eigenen Welt mit ihren eigenen Problemen. Ihnen das schlechte Gewissen für Gaza aufzudrücken, ist absurd. Es mag eine Wunschvorstellung sein, die auch von Wenders so geäussert wurde: Kino kann nicht die Welt retten. Aber es kann sie im Kleinen verändern, für die Einzelne oder den Einzelnen.
Kino kann Wahrnehmungen erweitern, Perspektiven eröffnen, Empathie wecken. Ein knallharter Pro-Israel-Anhänger kann aus einer palästinensischen Doku mitnehmen, dass die Welt doch nicht ganz so schwarz-weiss ist. Kultur lässt den Menschen wachsen, einseitige Parolen reduzieren ihn. In Gaza haben die jeweiligen islamistischen Regime übrigens schon lange dafür gesorgt, dass es keine Kinokultur mehr gibt.
https://www.nzz.ch/feuilleton/die-berlinale-wird-zum-tribunal-der-israel-hasser-ld.1925110
February 17, 2026 (Here is Today’s Summary)
EUROPEAN DEFENSE
Contrepoints
Alliance atlantique : Marco Rubio veut une « Europe forte »
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a achevé lundi sa tournée européenne en souhaitant lundi à Budapest – au nom de Donald Trump – le « succès » de son allié hongrois, le Premier ministre nationaliste Viktor Orban, en vue des élections législatives prévues le 12 avril. Ingérence pas tout à fait conforme aux usages diplomatiques, mais les usages ont l’air d’être tellement démodés, quand on voit combien ce genre de souhaits et « recommandations » aux électeurs d’autres pays est désormais fréquent, comme l’ont illustré des prises de position de dirigeants européens avant divers scrutins, par exemple au Royaume-Uni.
De son côté, M. Orban a affirmé qu’il n’y avait « aucune raison d’avoir peur de ce qui se passera en Hongrie » après le scrutin, alors que les sondages le donnent perdant. « Le gouvernement sera formé sur la base de la volonté des Hongrois », a-t-il ajouté. « Parfois je perds, parfois je gagne », a rappelé le dirigeant, revenu au pouvoir en 2010. Une déclaration bienvenue puisque semblant indiquer qu’il reconnaîtra les résultats.
Dans un discours prononcé samedi à la conférence annuelle de sécurité de Munich, M. Rubio avait appelé les Européens à défendre la civilisation occidentale menacée, selon l’administration Trump, par l’immigration de masse notamment (illustrée il est vrai par des flux records, par exemple en France, ainsi que par le déclin culturel et industriel). Menacée aussi par son déclin économique : une seule entreprise européenne figure ainsi parmi les vingt principales de la planète en termes de valorisation boursière.
Le Secrétaire d’Etat s’est aussi efforcé de rassurer, avec plus ou moins de succès, des Européens inquiets des intentions américaines vis-à-vis de l’Otan comme du Groenland, en indiquant que les Etats-Unis ne voulaient pas d’une Europe « dépendante » ou qui soit un « vassal ». Le secrétaire d’Etat a insisté sur le fait qu’il était dans l’intérêt des Etats-Unis d’avoir « une Europe forte ».
https://contrepoints.org/alliance-atlantique-marco-rubio-veut-une-europe-forte/
Le Figaro
Décrédibilisée face à une Allemagne décidée à se réarmer, la France peine à faire entendre sa voix
DÉCRYPTAGE – Alors que l’actualité donne raison au discours de puissance défendu de longue date par Paris, la crise politique et l’état catastrophique des finances publiques ne lui permettent pas de s’imposer face à une Allemagne décidée à se doter de l’armée la plus puissante d’Europe.
Il ne faut pas réduire une relation bilatérale à une vidéo, mais celle qui, à la conférence de Munich, montre Emmanuel Macron ignoré par le chancelier allemand Merz en train de parler avec le premier ministre britannique Starmer est un parfait symbole de l’état des relations entre Paris et Berlin.
C’est le monde à l’envers ! Quand un ministre de la Défense allemand critique la France en jugeant ses efforts de défense « insuffisants », c’est que quelque chose ne tourne pas rond. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Paris a exhorté l’Allemagne à sortir de son traditionnel pacifisme et à prendre exemple sur le dynamisme militaire de la France pour investir davantage dans sa défense et donner plus aux Ukrainiens. Quatre ans après l’invasion russe, c’est comme si les rôles avaient été inversés…
Ambition militaire
Le moment devrait pourtant être celui de la France, qui appelle sans relâche ses partenaires, depuis de longues années, à bâtir l’autonomie stratégique de l’Europe. Plus encore que ses prédécesseurs, Emmanuel Macron, depuis son discours de la Sorbonne, a porté cette ambition géopolitique et militaire. Le projet français a longtemps été ignoré par les alliés de la France. Depuis 2022, il est réhabilité. Mais, comme l’écrivent dans leur tribune au Figaro l’ancien eurodéputé Arnaud Danjean et l’essayiste Jérémie Gallon, « la tragique ironie est que la France, au moment où l’histoire lui donne raison sur la nécessité d’une Europe émancipée, peine à en être l’acteur majeur faute de crédibilité politique et économique ».
Elle a du mal à conserver le leadership sur son cœur de métier, la défense. « Peut-être Macron a-t-il eu raison trop tôt ou peut-être le moment est-il venu trop tard » résume Paul Maurice, spécialiste de l’Allemagne à l’Ifri. Il ajoute : « La France n’a plus les moyens de ses ambitions. » Au moment où le tragique de l’Histoire enveloppe à nouveau l’Europe et où les idées françaises de puissance ont enfin le chemin libre pour se déployer, les faiblesses internes du pays entravent l’influence de Paris et sa capacité de conviction.
« Depuis 2024, nous sommes démonétisés », poursuit Paul Maurice. La dissolution et la crise politique permanente qu’elle a entraînée dans l’Hexagone ont décrédibilisé la France, qui n’a plus les moyens de mener à bien des réformes structurelles indispensables. À la conférence de Munich, la seule question des partenaires européens, qui ont vu la montée du RN au scrutin anticipé post-dissolution, concerne l’élection de 2027. Avec la possibilité d’un nouveau président français aligné sur les positions russes, à quoi bon investir dans la relation avec Paris aujourd’hui ?
Recul industriel, état catastrophique des finances
Mais le désaveu prend aussi appui sur le recul industriel et sur l’état catastrophique des finances françaises. Non seulement, comme la crise politique, elle empêche les réformes, mais elle limite, malgré les effets d’annonce, le montant de l’aide à l’Ukraine et celui alloué au budget de la défense, dont l’augmentation ne modifiera pas la taille de l’armée. Arnaud Danjean et Jérémie Gallon constatent une « usure de la parole de la France ». « Depuis longtemps, notre diplomatie souffre d’un décalage croissant entre ses ambitions affirmées haut et fort et la réalité de ses leviers d’action. » Il y a selon eux une « incantation » à l’autonomie stratégique, mais aussi une « insuffisance » de résultats concrets.
Pour le ministre des Affaires étrangères allemand, Johann Wadephul, les efforts de défense français ne suffisent pas pour « muscler la souveraineté européenne ». Emmanuel Macron, dit-il, mentionne « à juste titre tout le temps notre aspiration à la souveraineté européenne. Quiconque en parle doit agir en conséquence dans son propre pays. » Il demande à la France de faire des économies, notamment dans le domaine social, pour « disposer de la marge de manœuvre nécessaire afin d’atteindre l’objectif central de la capacité de défense de l’Europe ».
Ces freins économiques et politiques expliquent en partie pourquoi la parole de la France, malgré des jeux habiles comme au Groenland, est de moins en moins audible à l’étranger. À Munich, Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), a lui aussi constaté « le grand décalage entre la vision d’Emmanuel Macron et celle que nos partenaires ont de notre économie, entre la prétention et la réalité, en matière de capacité à réformer ». Il y a aussi des différences d’approche vis-à-vis de la relation transatlantique. Quand Emmanuel Macron sait prendre ses distances en plaçant l’Europe en exemple à Munich, l’Allemagne, et avec elle l’Italie et des pays du centre et de l’est du continent, restent très attachés au lien transatlantique, qu’ils ne veulent pas sacrifier, même pour Donald Trump.
Enfin un chancelier qui prenait la mesure des changements…
Entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz, sur le papier, tout devait pourtant très bien se passer. Enfin un chancelier qui prenait la mesure des changements du monde et acceptait de renouer avec la puissance militaire. « Mais on a pris nos désirs pour des réalités. On n’a pas pris en compte le poids du système allemand », explique Paul Maurice. Mais surtout, le réveil allemand, tant espéré à Paris, a contribué à étouffer la voix française. Longtemps, l’Allemagne a incarné les moyens économiques et la France, la volonté politique et militaire. « Parler de l’Allemagne au ministère de la Défense français, c’est comme parler de la France au ministère des Finances allemand », résumait avec humour Paul Maurice au séminaire franco-allemand de Fischbachau, qui s’est tenu, comme chaque année, fin janvier en Bavière.
Mais, depuis que Friedrich Merz, comme il l’a redit à Munich, a décrété « la fin des longues vacances loin de l’histoire du monde », qu’il a lancé un très grand programme d’investissement dans la défense et promis de faire de la Bundeswehr « la plus grande armée conventionnelle d’Europe », il empiète sur les ambitions françaises. Quand l’un parle et promet, l’autre fait et agit… « L’Allemagne réarme vraiment, mais pour quoi faire ? Pour quel poids géopolitique ? On ne sait pas encore si l’Allemagne aura la capacité psychologique de faire la guerre. Mais la France a peur de perdre la dernière chose qu’elle faisait mieux que les Allemands », commente Paul Maurice, le spécialiste de l’Ifri.
Certains considèrent que, malgré la crise, le moteur franco-allemand n’a pas le droit de tomber en panne. « Face au déferlement du monde qui menace notre continent, le tandem est plus que jamais nécessaire. Mais il doit être plus ouvert », estime l’ambassadeur de France à Berlin François Delattre, au séminaire de Fischbachau. En attendant, du dialogue avec Poutine aux projets de défense industriels, en passant par le Mercosur, les avoirs gelés russes et les emprunts européens, les divergences creusent encore l’écart au détriment de la France, qui risque le déclassement. Comme le résume Thomas Gomart : « Avant, les Allemands avaient du temps et pas d’argent. Aujourd’hui ils ont de l’argent mais pas de temps. Ils ne veulent pas attendre les Français. On risque de voir, d’un côté, une logique allemande de puissance, et, de l’autre, une logique française de puissance ruinée. »
L’Express
Défense européenne : Emmanuel Macron parle, Friedrich Merz agit
Europe. Le Français aimerait déclarer l’indépendance de l’Europe vis-à-vis de l’Amérique. L’Allemand juge plus urgent de la préparer.
Le français Emmanuel Macron veut saisir l’occasion de la crise transatlantique pour qu’enfin l’Europe s’émancipe de l’Amérique. Il se heurte à l’allemand Friedrich Merz qui refuse de prononcer l’acte de divorce, du moins tant que le Vieux Continent dépendra de Washington pour sa sécurité. Le dilemme d’une Europe qui n’est plus en paix mais pas encore en guerre est apparu au grand jour à la Conférence de Munich sur la sécurité, ce week-end.
Le chancelier l’a exprimé ainsi : “Les grandes puissances réordonnent le monde plus vite et plus amplement que nous ne sommes capables de nous renforcer”. Trois temporalités se font concurrence. D’abord, la perspective d’une attaque de l’armée russe contre l’UE, qu’une défaite ukrainienne pourrait accélérer. Puis, la prise de distance américaine que le secrétaire d’Etat Marco Rubio a confirmée, bien qu’en termes onctueux, à Munich. Enfin, les efforts de réarmement européens, qui ne permettront que dans quelques années à l’Europe de dissuader Moscou même si Washington est aux abonnés absents.
Dans l’immédiat, l’Allemagne continue à miser sur la protection américaine, quand bien même elle la sait hypothétique. Pas dupe, elle débloque des sommes gigantesques pour son réarmement : 650 milliards d’euros sont prévus dans les cinq ans qui viennent. Merz entend faire de la Bundeswehr “l’armée la plus puissante d’Europe, le plus rapidement possible”. Un rôle aujourd’hui revendiqué par Paris au sein de l’UE.
Cependant, le coeur du dilemme est nucléaire. La guerre en Ukraine a confirmé combien la Bombe avantageait une nation, en l’espèce la Russie, même dans un conflit conventionnel. L’Allemagne, qui ne l’a pas, compte sur la garantie américaine. Les Etats-Unis ont confirmé, à l’Otan le 12 février, qu’elle restait valable. Le chancelier a certes mentionné que des pourparlers discrets étaient en cours entre Berlin et Paris sur une éventuelle alternative. Mais la force de frappe française n’est pas dimensionnée pour le territoire européen. Or, Merz a rappelé son opposition à des zones de sécurité différentes au sein de l’Union.
Le chancelier souhaite comme Emmanuel Macron l’avènement d’une “Europe souveraine”. Mais là où le président français aspire à des progrès urgents – “Nous devons accélérer le processus”, a-t-il lancé à Munich -, lui veut d’abord agir sur les fondements de la puissance, réarmement d’un côté, relance de la machine économique de l’autre. En outre, l’Allemagne se méfie d’un allié français de plus en plus fragile, du fait de son instabilité politique et de la possibilité de l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national l’an prochain. L’incapacité de l’Elysée à faire confirmer par les industriels français la poursuite du projet d’avion de combat franco-allemand, projet pourtant porté par Emmanuel Macron lui-même, est vu comme un nouveau témoignage de la paralysie de l’Elysée.
L’Allemagne met les bouchées doubles au moment où la France, empêtrée dans ses difficultés budgétaires, n’a pas les moyens de s’aligner. Côté français, l’impuissance nourrit la frustration et les craintes de déclassement de l’Hexagone, au point que la vieille rancoeur antigermanique affleure parfois. Le désengagement américain accentue la rivalité entre Paris et Berlin pour le leadership de l’Europe.
Conscient des craintes que suscite la réémergence d’une puissance militaire allemande au coeur de l’Europe, le chancelier s’est voulu rassurant : “Nous, les Allemands, ne suivrons plus jamais un chemin seuls, c’est une leçon durable de notre histoire”. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Otan fut conçu pour encadrer le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest. Dans les années 1990, c’est l’euro qui fut créé pour canaliser la puissance de l’Allemagne nouvellement réunifiée. Aujourd’hui, c’est à nouveau dans le cadre européen que le réarmement allemand doit s’inscrire. Mais pour qu’une véritable “Otan européenne” soit conduite sur les fonts baptismaux, il faudrait que la France retrouve ses marges de manoeuvre et sa crédibilité, afin de passer du discours aux actes.
Atlantico
Dépenses de défense de la France : l’Allemagne entre cruelle lucidité et oeillères made in Germany
L’Allemagne a reproché ce lundi à la France ses efforts jugés « insuffisants » en matière de dépenses de défense, appelant Paris à réduire ses dépenses sociales, dans une déclaration de son chef de la diplomatie, Johann Wadephul.
Atlantico : Les déclarations de Johann Wadephul vous semblent-elles relever d’une pression tactique dans le rapport de force franco-allemand, ou traduisent-elles un véritable changement de ton durable de Berlin vis-à-vis de Paris ?
Guillaume Lagane : Depuis plusieurs semaines, les signaux d’incompréhension entre Paris et Berlin se multiplient. Il y a eu des divergences assumées dans plusieurs domaines. Les Allemands, par la voix du chancelier Merz, se sont opposés à l’idée du président Macron d’une émission d’une dette commune mutualisée au niveau européen, renvoyant la France à ses problèmes budgétaires.
Ensuite, il y a eu une divergence importante sur le libre-échange. Les Allemands, en particulier, ont soutenu le traité du Mercosur, alors que la France s’y est opposée. Les Allemands sont assez réticents à l’idée d’une préférence européenne, eux qui sont une grande puissance exportatrice.
Sur les sujets militaires, les grands projets de coopération franco-allemande sont en grande difficulté. Je pense en particulier à l’avion du futur, le SCAF, et au projet de char qu’est le MGCS.
Cette déclaration s’inscrit donc dans cette ligne négative qui oppose les deux capitales. Elle marque d’ailleurs une forme de durcissement, car il est assez rare que les Allemands se permettent une forme d’ingérence dans les affaires intérieures françaises en recommandant tel type de dépenses plutôt que tel autre.
Cela souligne l’inquiétude qui règne outre-Rhin quant à la ligne politique française. Les Allemands ont toujours soutenu le président Macron mais l’écart entre la parole présidentielle et la politique effectivement menée par la France est de plus en plus grand, du fait de la situation politique traversée par le pays.
Les Allemands ont un côté assez pragmatique. Lorsqu’ils ont décidé, avec le temps, de développer leurs capacités militaires, ils s’y sont engagés concrètement. En définitive, les Allemands nous reprochent de ne pas mettre nos actes en accord avec nos paroles.
Ces critiques sont-elles justifiées ? La France devrait-elle suivre la voie de l’Allemagne et faire plus d’efforts en matière de dépenses de défense ? Face à la pression de Berlin, la France pourrait-elle céder et augmenter ses investissements ?
Dans mon livre “Géopolitique de l’Europe”, publié aux Presses Universitaires de France à la fin de l’année dernière, je rappelle un chiffre riche d’enseignements. L’Union européenne représente 50 % des dépenses sociales mondiales. Au sein de l’Union européenne, la France dispose d’un modèle d’État-providence extrêmement généreux et, en même temps, non financé, puisque notre pays n’a pas eu de budget équilibré depuis 1974.
Dès lors, en examinant la dépense publique française, il est évident que les dépenses sociales pèsent un poids bien plus lourd que les dépenses de défense. Comme elles ne sont pas financées, si l’on souhaite revenir à des dépenses militaires importantes – et nous avons l’obligation de le faire puisque nous nous sommes engagés, au sein de l’OTAN, à augmenter nos dépenses militaires directes à 3,5 % du PIB lors du sommet de La Haye en juin 2025, auxquels s’ajoutent 1,5 % pour les infrastructures de défense – cela représenterait un quasi-doublement du budget actuel de la défense.
Il s’agirait de passer d’environ 50 milliards d’euros à 100 milliards d’investissements. Cet effort supposerait donc une réorientation des dépenses publiques.
En revanche, les Allemands sont quelque peu injustes dans leurs critiques sur les dépenses de défense de la France. Notre pays, contrairement à ce que pense l’Allemagne, a bien augmenté ses dépenses militaires ces dernières années. La France a, dans l’ensemble, respecté la loi de programmation militaire. Le budget adopté cette année prévoit des augmentations substantielles. Toutefois, l’objectif à atteindre demeure encore difficile à atteindre.
L’Allemagne, qui bénéficie d’une situation financière bien plus saine que la nôtre, dispose de capacités d’augmentation du budget qui sont beaucoup plus importantes. L’Allemagne ambitionne de devenir, selon les mots du chancelier Merz, la première armée conventionnelle d’Europe.
Friedrich Merz a réaffirmé, à l’occasion de la conférence de Munich sur la sécurité, qu’il souhaite faire de la Bundeswehr l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe, et ce, le plus rapidement possible. L’Allemagne à travers ces déclarations veut-elle reprendre le leadership de la défense en Europe mais de manière tangible et concrète et en s’en donnant les moyens ?
Il convient de rappeler que, à certains égards, la puissance militaire allemande a déjà été considérable par le passé. Lors des deux guerres mondiales, il a tout de même fallu constituer des coalitions planétaires pour vaincre l’Allemagne. La Seconde Guerre mondiale a notamment nécessité l’alliance des États-Unis et de l’URSS pour parvenir à maîtriser l’armée allemande.
Au début de la guerre froide, un débat important a eu lieu sur le réarmement de l’Allemagne. Avec la création de la République fédérale d’Allemagne en 1955, les Occidentaux ont autorisé l’Allemagne à reconstruire une armée, qui est devenue très importante pendant la guerre froide. En réalité, l’armée allemande constituait la première armée conventionnelle d’Europe en termes de capacités. Elle disposait, par exemple, d’environ 1 500 chars. Si l’on y ajoute les forces de la RDA, c’est-à-dire la République démocratique allemande du côté du Pacte de Varsovie, la puissance militaire allemande était déjà considérable. Ces capacités se sont toutefois réduites après 1990, avec les « dividendes de la paix ».
Aujourd’hui, face à la situation en Ukraine, les Allemands ont décidé d’emprunter le chemin inverse. Compte tenu de leur situation financière – ils respectent le traité de Maastricht et présentent une dette d’environ 60 % du PIB, soit pratiquement la moitié de la nôtre, alors même que leur PIB est plus important – les Allemands disposent des capacités nécessaires pour construire une armée de tout premier plan, sans doute la première d’Europe.
Il restera néanmoins à la France deux atouts : d’une part, la composante nucléaire, dont les Allemands ne disposent pas en propre, ou qu’ils partagent avec les États-Unis ; d’autre part, l’expérience opérationnelle. L’armée française a été largement engagée, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, tandis que les Allemands se montrent beaucoup plus réticents à employer leurs forces. Il ne s’agit donc pas seulement de disposer de capacités importantes en termes de défense; encore faut-il qu’elles soient utilisables et effectivement utilisées pour être véritablement dissuasives.
La proposition d’Emmanuel Macron de financer la défense par une dette commune européenne est-elle compatible avec la vision allemande de la souveraineté budgétaire ? Peut-on imaginer un compromis franco-allemand sur ce point ?
Cette question dépasse le seul cadre de la défense, puisque les Français souhaitent une mutualisation de la dette sur bien d’autres sujets. Cette idée va, à mon sens, dans le sens de l’histoire. Nous sommes confrontés au retour de véritables empires, qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie ou des États-Unis. La réponse pertinente pour affronter ces puissances me paraît être le niveau européen. L’Europe regroupe 500 millions d’habitants et représente 16 % du PIB mondial. Elle est capable de tenir tête à la Chine et à la Russie, et également de se tenir aux côtés des États-Unis afin de constituer un pilier de l’Occident.
La mutualisation de la dette s’inscrit dans cette logique. Toutefois, le problème tient au fait que cette proposition émane d’un pays dont la dette est considérable et dont le déficit demeure très important – environ 5 % du PIB cette année. Les Allemands peuvent donc soupçonner la France de vouloir mutualiser ses propres difficultés plutôt que de promouvoir une solution véritablement équitable.
En définitive, bien que la proposition puisse être pertinente, la France serait plus forte et plus crédible pour défendre la mutualisation si elle présentait des comptes nationaux mieux maîtrisés.
Dans un contexte de tensions autour du SCAF et d’autres dossiers européens, ces critiques publiques marquent-elles une remise en cause du « moteur franco-allemand » ? La France risque-t-elle un isolement stratégique si elle ne rehausse pas rapidement son effort de défense ?
La tension actuelle n’est pas sans précédent : les relations franco-allemandes ont déjà traversé des périodes comparables. Il est parfois possible de douter de la pérennité du couple franco-allemand au regard des divergences observées. Néanmoins, les Allemands demeurent attachés à la France et au partenariat franco-allemand, car leur projet reste celui d’une Europe fédérale, d’une Europe unie. Or, cela n’a pas de sens de construire une Europe unie sans le couple franco-allemand.
Il existe toutefois, à mon sens, une divergence actuelle entre la France et l’Allemagne concernant le rapport aux États-Unis. La France semble voir, dans les déclarations de l’administration Trump, le signe d’un divorce total entre Washington et Bruxelles. Cela s’inscrit dans une vision que l’on peut qualifier de gaullo-mitterrandienne des relations internationales. Les Allemands, en revanche, perçoivent les choses différemment. Ils constatent que l’administration actuelle à Washington ne partage pas un certain nombre de leurs positions, notamment sur la liberté d’expression, l’immigration ou le rapport à la Russie. Pour autant, ils ne considèrent pas que le lien transatlantique soit appelé à se rompre.
Cette position s’explique, selon moi, par trois raisons. La première tient au fait que la présence américaine en Allemagne est perçue comme consubstantielle à la démocratie outre-Rhin. Il convient de rappeler que ce sont les Américains qui ont contribué à la démocratisation de l’Allemagne après la fin du nazisme.
La deuxième raison est d’ordre militaire. Contrairement à la France, l’Allemagne abrite des bases américaines et des milliers de soldats américains avec leurs familles. Il existe donc un lien charnel, profond et durable entre les deux pays. À ce jour, aucune de ces bases américaines n’a été fermée, ce qui peut constituer un élément de stabilité aux yeux des Allemands.
Enfin, la troisième raison réside dans la densité des liens économiques entre l’Allemagne et les États-Unis. En tant que puissance exportatrice, l’Allemagne entretient des relations commerciales étroites avec les États-Unis. Ces liens se renforcent également dans le secteur de la défense. L’augmentation du budget militaire allemand profitera à l’industrie allemande, qui est en grande partie privée. Les Allemands, comme l’a montré l’accord entre Rheinmetall et Anduril, se positionnent comme des acteurs susceptibles de produire en Europe des équipements américains.
L’Allemagne, à travers le mécanisme « Purl », permet de fournir à l’Ukraine des armes américaines. La France y participe peu, voire pas, tandis que l’Allemagne y est très favorable. Cela illustre, une fois encore, les liens industriels et économiques étroits entre l’économie allemande et l’économie américaine. Les liens entre les Etats-Unis et l’Allemagne sont donc appelés à perdurer.
Guillaume Lagane a publié “Géopolitique de l’Europe : Le crépuscule d’une puissance ?” aux éditions Presses universitaire de France
EQUALITY
February 17, 2026
The Economist (Pay Wall)
The Robin Hood state : How governments are increasingly soaking the rich
Tax systems are more progressive than you think
https://www.economist.com/international/2026/02/16/how-governments-are-increasingly-soaking-the-rich
VIOLENCE IN FRENCH POLITICS
Le Monde, Editorial
Refuser la violence politique
Le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon vient assombrir encore un peu plus le paysage politique français et renforce la nécessité d’un sursaut démocratique à quatorze mois de l’élection présidentielle.
La mort de Quentin Deranque, samedi 14 février, à Lyon, deux jours après qu’il a été frappé lors d’affrontements entre « deux groupes antagonistes », selon l’expression du ministre de l’intérieur, jette une lumière crue sur le climat politique de notre pays. Personne en France ne devrait être inquiété, a fortiori perdre la vie, pour ses opinions. Le simple fait qu’il soit nécessaire de rappeler ce fondement d’une société démocratique et de la paix civile est alarmant.
Militant d’extrême droite, l’étudiant de 23 ans a été jeté au sol et frappé par « au moins six individus » masqués et encagoulés, jeudi, en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan (La France insoumise, LFI) à Lyon, a indiqué, lundi, le procureur de la République. Ni le résultat de l’autopsie pratiquée lundi, qui fait état de « lésions à la tête », « au-delà de toute ressource thérapeutique et mortelles à brève échéance », ni les chefs d’« homicide volontaire » et de « violences aggravées par trois circonstances : réunion, masqué et port d’armes »,sur lesquels l’enquête a été ouverte, ne laissent de doute. Quentin Deranque a été battu à mort.
Celui ou ceux qui l’ont tué n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République. L’identification des auteurs par les enquêteurs et leur incrimination par la justice devraient permettre d’éclaircir leurs liens éventuels avec des groupes politiques. Le gouvernement désigne l’« ultragauche » et en particulier le groupuscule la Jeune Garde, créé à Lyon en 2018 et proche de LFI.
Impasses mortifères
Ces événements semblent indissociables de l’agglomération lyonnaise où, depuis une quinzaine d’années, les exactions de groupuscules d’extrême droite ont suscité la mobilisation de militants d’extrême gauche. La montée des affrontements, notamment dans le Vieux Lyon, a été favorisée par le long refus de l’ancien maire, Gérard Collomb, d’affronter les activistes d’extrême droite. La présence persistante de hooligans identitaires ou néofascistes dans le sillage de l’Olympique lyonnais, dont l’ancien président, Jean-Michel Aulas, est aujourd’hui candidat d’opposition à la mairie de Lyon, a aussi participé à cette montée des violences. Plus largement, la politique de « dédiabolisation » entreprise par Marine Le Pen a eu pour effet mécanique de repousser certains des éléments les plus radicaux du Rassemblement national vers des groupuscules ; ce qui a renforcé ces derniers et provoqué la mobilisation en retour des antifas.
A un mois des élections municipales, à quatorze mois d’un scrutin présidentiel sur lequel plane la menace d’un succès de l’extrême droite, alors que l’exécutif est paralysé par la perte de sa majorité et que le Parlement offre trop souvent un spectacle de désordre, le drame de Lyon assombrit un peu plus le paysage politique et renforce la nécessité d’un sursaut démocratique. La rhétorique du « eux ou nous », la stratégie du chaos, encouragée par la brutalité des réseaux sociaux et l’immédiateté de l’information auprès d’une opinion publique émiettée, sont des impasses mortifères. Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence.
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/17/refuser-la-violence-politique_6667077_3232.html
Le Figaro, Tribune
Mort de Quentin à Lyon : « Les Insoumis déplorent les effets dont ils chérissent les causes »
TRIBUNE – Si les Insoumis rejettent tout lien avec les meurtriers présumés de Quentin, lynché en marge d’une conférence de Rima Hassan, ils ne peuvent pas s’étonner que leur violence verbale et la théorisation de la violence révolutionnaire conduisent au pire, analyse la philosophe.
Dernier ouvrage paru : « Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme » (Éditions Intervalles, 2025).
À l’annonce de la mort du jeune Quentin sauvagement agressé en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences Po Lyon, la colère le dispute à la nausée. D’abord parce que les images du lynchage sont bouleversantes au sens propre du terme et nous retournent le ventre. Ensuite, à cause du dégoût à entendre les responsables de LFI se confondre en condoléances s’affirmant « en empathie avec les parents » comme l’a proclamé Jean-Luc Mélenchon, et se défiler aussitôt en « prenant leurs distances » avec tel ou tel de leurs aux propos ou aux agissements coupables. Ainsi, Manuel Bompard « ne se reconnaît pas » dans les propos « antiblancs » tenus par Danièle Obono, ou Éric Coquerel se désolidarisant de Raphaël Arnault (fiché S, condamné pour violences volontaires en réunion en 2022 et fondateur du Groupe La Jeune Garde soupçonné d’être à l’origine de l’attaque). Et l’on se souvient de Jean-Luc Mélenchon en 2018 déjà, condamnant les propos de cet ancien candidat LFI, Stéphane Poussier, qui se félicitait de l’assassinat du gendarme Arnaud Beltrame, alors qu’il ne cesse d’affirmer que « la police tue », slogan qui peut être entendu de façon subliminale comme un appel à la vengeance contre les forces de l’ordre.
Enfin parce que oui, la violence verbale, la théorisation de la nature révolutionnaire de l’action violente en soi, et la stratégie de la tension conduisent tôt ou tard, malgré les dénégations, à l’attentat et au meurtre de l’ennemi désigné. Le double langage est en effet consubstantiel aux organisations d’extrême gauche. La France insoumise n’est d’ailleurs pas un parti politique à proprement parler mais un « mouvement », ce qui lui permet à la fois une gouvernance autoritaire, voire autocratique en interne, une plasticité idéologique, une souplesse dans l’action, une capacité d’adaptation au terrain, et une totale duplicité. Usant de méthodes variées allant de l’influence insidieuse à la violence verbale et même physique, ce mouvement, son leader et ses élus, exercent une pression constante non seulement sur leurs partenaires et compétiteurs politiques, mais également sur les médias, le monde culturel et sur la population générale en exacerbant les antagonismes.
Stratégie de « la tension »
Et il est emblématique que cette attaque meurtrière d’un jeune homme roué de coups à terre, par une bande encagoulée, se soit produite aux abords d’un meeting de l’égérie « antisioniste » Rima Hassan, volontiers provocatrice, n’hésitant pas à s’afficher aux côtés de responsables du Hamas. Car le propalestinisme, devenu le catalyseur de tous les ressentiments, est le ressort privilégié dont use et abuse LFI. Le groupe Insoumis a ainsi quasiment justifié par communiqué de presse, les massacres du Hamas du 7 octobre, au motif qu’Israël conduirait une politique de « colonisation » et « d’apartheid » et procéderait même à un « génocide » sur la population palestinienne.
Le mouvement glorifie d’ailleurs depuis longtemps la « lutte des Palestiniens contre le sionisme ». Lorsqu’en septembre 2024, le fiché S Elias d’Imzalène qui a appelé à « mener l’intifada dans Paris » est entendu dans un commissariat parisien, la députée LFI Ersilia Soudais le soutient bruyamment. Et Jean-Luc Mélenchon qui avait déjà participé en 2019 à la marche du CCIF contre « l’islamophobie » où on criait « Mort aux Juifs », s’est affiché une nouvelle fois en mai 2025, avec des militants islamistes et les activistes du mouvement du Soulèvement de la terre, au meeting de protestation contre la dissolution du groupe antisémite Urgence Palestine.
Les totalitarismes d’hier ont montré qu’ils étaient capables à partir d’un petit groupe ultra-minoritaire au départ professant des théories assassines, bancales, incongrues ou imbéciles, de gagner les élections en séduisant les esprits faibles mais également d’autres très instruits, et d’étendre leur brutalisation à la société tout entière
Revigorée par l’islamisme y compris dans sa dimension terroriste meurtrière, la gauche autoritaire est en effet clairement repartie à l’offensive depuis deux décennies. Depuis les attentats de 2001 d’al-Qaida contre le World Trade Center (exaltés sinon justifiés à l’époque par Jean Baudrillard et Jacques Derrida) cette tendance a repris le leadership à gauche.
Le terrorisme verbal recouvre alors et légitime la terreur en acte. Car dans cette vision islamo-gauchiste, la violence est par nature révolutionnaire, qu’elle soit urbaine ou rurale, contre des policiers, des pompiers, des enseignants, des élus, qu’elle s’attaque aux personnes ou aux biens, qu’elle s’oppose à un aéroport ou aux « mégabassines » ou qu’elle brûle des voitures par milliers, des écoles et des bibliothèques de quartier. Car la stratégie de LFI est celle de « la tension » : déstabiliser les institutions, répandre le chaos, amener à la guerre civile ; sa tactique : exacerber les antagonismes, extrémiser les positionnements, user de la rumeur et des fakes, saturer l’espace médiatique de slogans agressifs et mensongers, appeler au boycott, faire augmenter le niveau de violence dans les paroles et les actions. Et cela tout en mimant le jeu démocratique, passant des alliances pour obtenir le plus grand nombre d’élus susceptibles de perturber voire de bloquer le fonctionnement parlementaire.
Les totalitarismes d’hier ont montré qu’ils étaient capables à partir d’un petit groupe ultra-minoritaire au départ professant des théories assassines, bancales, incongrues ou imbéciles, de gagner les élections en séduisant les esprits faibles mais également d’autres très instruits, et d’étendre leur brutalisation à la société tout entière. Aujourd’hui que LFI est déjà une force politique conséquente avec un nombre d’élus important, les SA des brigades « Antifas » interdisent des réunions ou des cours à l’université (comme celui de Fabrice Balanche dans son propre amphithéâtre en avril 2025), les black blocs détruisent le mobilier urbain et « cassent du flic », et les zadistes blessent des policiers en batailles rangées.
Ces agissements coupables sont par ailleurs légitimés et théorisés par un ensemble bigarré d’universitaires, partisans de la « déconstruction », de la « théorie du privilège », démasquant partout la « domination » et dénonçant tous les supposés « crimes de l’Occident ». Mais en tant qu’organisations politiques LFI et ses affidés écologistes radicaux, sont les premiers responsables moraux de ces passages à l’acte. Alors, après l’agression qui a coûté la vie à Quentin, en paraphrasant la formule de Bossuet on rit amèrement que les élus de LFI « déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »
Atlantico
Violences politiques de gauche : il n’y a pas que LFI… et voilà ceux qui devraient aussi assumer leur part de responsabilité
L’affaire Quentin Deranque a l’effet d’une bombe. Au cœur des accusations, La Jeune Garde, un groupuscule dissous en juin 2025, et ses liens avec la France Insoumise. Mais le parti n’est pas l’unique responsable.
Atlantico : La France insoumise est souvent pointée du doigt sur la question des violences politiques à gauche. Mais quelle est la responsabilité des autres formations ou personnalités de gauche qui s’y allient ponctuellement ou durablement, des écologistes à des figures comme François Hollande, qui a accepté d’être candidat sous la même étiquette ? Peut-on parler d’une forme de caution politique implicite ?
Olivier Vial : Ce qui est sûr, c’est qu’on pouvait peut-être invoquer une forme de naïveté pour ces élus-là avant le drame de Quentin, même s’il y avait eu des précédents et que la montée de l’ultra-gauche était visible depuis un moment.Aujourd’hui, il y aurait une responsabilité très importante du Parti socialiste, des écologistes ou du Parti communiste si, demain, ils acceptaient de faire alliance avec LFI pour des élections, notamment pour des seconds tours de municipales comme on le voit ici ou là. Cela signifierait clairement qu’ils font fi de cette violence-là.
Ils feraient aussi fi des dérapages antisémites qui ont eu lieu, et montreraient qu’ils sont prêts à oublier les dérives de LFI pour de simples calculs électoralistes. Autant on pouvait, avec beaucoup de guillemets, plaider la naïveté avant ce qui s’est passé, autant aujourd’hui les liens entre LFI et ces mouvances d’ultra-gauche violentes ont été suffisamment documentés et rappelés.
Ce serait donc pleinement leur responsabilité si, demain, ils faisaient alliance avec eux.Ils seraient alors clairement co-responsables, avec une forme de complicité passive.
Certaines formations de gauche, parfois plus modérées, justifient leurs alliances par des impératifs électoraux ou par la nécessité de faire barrage à l’extrême droite. Où situez-vous la frontière entre stratégie politique légitime et complaisance vis-à-vis de discours ou de méthodes qui banaliseraient la violence ?
Aujourd’hui, on parle de la violence des antifas, qui est l’une des expressions de l’ultra-gauche, mais on a connu la même chose avec les Soulèvements de la Terre, un mouvement extrêmement violent.Les Soulèvements de la Terre ont d’ailleurs créé un lien entre des mouvements écologistes classiques et l’ultra-gauche radicale, y compris les antifas.
On l’a vu à Sainte-Soline : les élus qui soutenaient ces mouvements étaient très largement représentés. Il y avait des militants du Parti socialiste, la CGT, SUD, des écologistes, etc. Et ils ont bien vu la nature de ces mouvements, puisque certains élus ont eux-mêmes été pris pour cibles. La voiture de Yannick Jadot avait été saccagée par des militants d’ultra-gauche à cette occasion.Ils ont donc cheminé avec ces mouvements tout en connaissant leur radicalité.
On voit ainsi de nombreux mouvements politiques qui se défendent de promouvoir la violence, mais qui acceptent de la côtoyer régulièrement. On l’a vu aussi dans les syndicats : pendant longtemps, leurs services d’ordre repoussaient les antifas et les black blocs. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.On a désormais une forme de coexistence acceptée, dans presque toutes les manifestations, entre les black blocs et le reste du cortège.
Ce n’est pas seulement une évolution spontanée : cela a été théorisé. Andreas Malm, l’un des penseurs de cette galaxie radicale, a développé l’idée du « flanc radical », expliquant qu’il est nécessaire pour la gauche d’avoir une structure plus radicale et plus violente, qui lui permet d’apparaître elle-même plus modérée. C’est une manière d’incarner la fenêtre d’Overton.
Cette ultra-gauche, pour une partie de la gauche, même si elle est violente, lui sert finalement à faire avancer ses idées, en les présentant comme plus respectables et plus raisonnables que celles de cette ultra-gauche-là.
L’université n’a-t-elle pas une part de responsabilité également ? L’« écosystème universitaire » composé de directions, de professeurs et de syndicats étudiants participent-ils activement à la diffusion d’une certaine radicalité ou assistons-nous plutôt à un phénomène de peur et d’autocensure chez certains présidents d’universités ?
Il y a les deux.
D’abord, dans certains secteurs et disciplines, il existe une collusion idéologique. Dans les sciences humaines, de nombreux sociologues travaillent sur le racisme ou sur le système policier. Je pense à des gens comme Geoffroy de Lagasnerie, l’un des fers de lance du mouvement de contestation de la prison et de la police. Ce type de travaux apporte un crédit universitaire à des revendications d’ultra-gauche.
Depuis que l’ultra-gauche s’est convertie au combat intersectionnel, elle trouve dans l’université – dans les sociologies intersectionnelles, les études sur la race, le postcolonialisme, le décolonialisme – un débouché et une légitimation universitaire.
Ensuite, il y a une forme de banalisation. Une partie des administrations considère que les mouvements radicaux qui bloquent ou dégradent font partie du folklore étudiant. Cela a pourtant un coût important : certaines universités sont régulièrement occupées et dégradées, mais très peu de plaintes sont déposées.On l’a vu récemment à Nantes, où l’université a été totalement vandalisée.
Il y a aussi la peur de se couper d’une partie de l’électorat universitaire. Les présidents d’université sont élus par les syndicats étudiants et les syndicats de personnel, dont certains sont proches de cette mouvance. On observe une vraie gauchisation du paysage universitaire, avec la montée de mouvements comme Le Poing Levé, situé à la gauche de l’extrême-gauche.
Ce mouvement, a quitté l’orbite du NPA qu’il jugeait trop à droite depuis son rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon, fait entre 30 % et 50 % des voix étudiantes dans certaines universités.
Cette radicalité trouve donc un écho favorable auprès de la jeunesse. Le Poing Levé se présente clairement comme révolutionnaire, acceptant la violence, flirtant parfois avec l’apologie de l’action directe ou du terrorisme. Ce sont eux, notamment, qui ont fait venir Jean-Marc Rouillan, ancien leader d’Action directe, à l’université de Bordeaux.
Enfin, certains présidents ont peur physiquement. L’UNI a alerté le ministère en novembre dernier sur la montée de la violence d’ultra-gauche dans les universités : 43 agressions documentées entre janvier et septembre 2025.Parmi les victimes, il y a des militants politiques, mais aussi des personnels. À Lille, il y a moins de quinze jours, des militants de l’UNI ont été agressés, et le doyen qui tentait de s’interposer a lui-même été molesté.
Cette violence contre les personnels explique certaines timidités à interdire ces mouvements.
Du côté médiatique, certains organes plus engagés — comme Blast — sont accusés de relayer ou de minimiser certaines violences, tandis que des figures plus modérées insistent surtout sur la menace fasciste. Selon vous, y a-t-il un déni sélectif ? Certains médias n’ont-ils pas une part de responsabilité ? Le cadrage médiatique contribue-t-il à invisibiliser certaines responsabilités ?
C’est encore autre chose. Une partie de ces médias – StreetPress, Blast, Contre-Attaque, Fracas – fait partie d’un écosystème d’alliés de l’ultra-gauche à deux niveaux.
D’abord, ils imposent son narratif. Depuis quelques jours, après la mort de Quentin, Contre-Attaque tente d’imposer l’idée que l’extrême droite serait encore plus violente, en s’appuyant sur des données fantaisistes. L’objectif est d’imposer un récit permettant de minimiser ou relativiser la violence de leurs alliés.
Ensuite, ils contribuent à radicaliser leurs lecteurs. Leur public partage déjà leurs idées, et ces médias insistent sur un danger fasciste imminent, ce qui renforce la perception d’une menace et légitime la radicalité.
Ils ont aussi une deuxième responsabilité : depuis 2018, Marc Bray, l’un des penseurs de l’antifascisme, explique dans son manuel que l’un des objectifs est de rendre le coût social, économique, familial ou physique de l’expression d’idées jugées réactionnaires trop élevé.
Ces médias, sans participer directement à la violence physique, participent à des stratégies de harcèlement, notamment via des campagnes de doxing. Ils deviennent ainsi des alliés objectifs de cette stratégie du « coût social ».
Entre responsables politiques, présidents d’université et éditorialistes, nous assistons à un mélange de déni, de peur et parfois de calcul stratégique. Qui, aujourd’hui, devrait selon vous prendre clairement ses distances ? Et que risquent ceux qui continuent à fermer les yeux ? Cela va-t-il contribuer à banaliser durablement la violence politique ?
Les administrations et les présidents d’université doivent prendre conscience qu’on n’est pas dans quelque chose d’anodin. Ce n’est pas du folklore : c’est une réelle menace.
Il faut renforcer la sécurité sur les campus, notamment pour protéger les militants attaqués parce qu’ils ne sont pas sur la ligne des antifas. Il faut aussi être en capacité d’interdire les liens avec ces mouvements.
Les élus du Parti socialiste, des écologistes, etc., doivent également prendre leurs distances, au risque d’être considérés comme complices.Les administrations universitaires doivent être beaucoup plus fermes et se demander s’il est légitime que des universitaires payés par les contribuables puissent faire profession de s’attaquer à la police ou aux institutions avec une telle violence.
La question est de savoir si ces idées doivent être subventionnées et financées par l’impôt.
UNIVERSITY WITHOUT FREE SPEECH
Le Figaro
« Le débat n’est plus possible » : à Sciences Po Lyon, l’ultragauche dicte sa loi
Quatre jours après les violences qui ont coûté la vie à Quentin, 23 ans, la directrice de l’IEP lyonnais estime qu’il n’y avait pas de « risque de trouble à l’ordre public » en accueillant Rima Hassan.
Quatre jours après l’agression mortelle de Quentin, les portes de Sciences Po Lyon restent fermées en raison des vacances. À l’intérieur, un écran allumé annonce toujours la conférence de l’eurodéputée Rima Hassan organisée le jeudi 12 février à l’initiative de l’association étudiante Eurôka. Depuis plusieurs mois, cette association étudiante dédiée aux sujets « politiques et culturels » a fait la part belle aux figures de La France insoumise et aux élus de gauche lors de débats. Après Manuel Bompard en décembre dernier ou encore Emma Fourreau en octobre, l’opportunité d’accueillir Rima Hassan était trop belle pour ces étudiants. Mais aussi risquée.
Bas du formulaire
Depuis la réforme des retraites, de nombreuses mobilisations ont secoué le campus de l’institut d’études politiques (IEP) lyonnais, voisin de l’université Lyon 2, habituée des perturbations estudiantines. En mars 2023, le collectif IEP en lutte et d’autres militants de gauche bloquent l’entrée du campus et multiplient les assemblées générales. L’année suivante, en répercussion du conflit israélo-palestinien et en pleine campagne pour les élections européennes, de nouvelles manifestations se tiennent et un amphithéâtre est occupé par les militants pendant près de 24 heures. Avant d’être expulsés par la police, ils sont rejoints par les Insoumises Mathilde Panot et Rima Hassan lors d’une visite surprise.
À Sciences Po Paris, au même moment, les mobilisations étudiantes font couler de l’encre, avant de largement s’atténuer avec l’arrivée à la rentrée 2024 du nouveau directeur, Luis Vassy, venu remettre de l’ordre. Ce dernier refuse même à des étudiants d’organiser une rencontre avec Rima Hassan en novembre 2024, craignant un risque de trouble à l’ordre public. Idem à l’université de Lille et à celles de Paris-Dauphine et de Strasbourg entre avril et novembre 2024. À l’inverse, donc, de l’IEP de Lyon.
Un contexte « bien différent » de 2024
À tort, Sciences Po Lyon estimait que cette rencontre avec Rima Hassan ce 12 février se déroulerait sous les meilleurs auspices. « J’ai considéré qu’il n’y aurait pas de risque de trouble à l’ordre public en recevant Rima Hassan jeudi, le contexte politique étant bien différent de celui de 2024 », affirme au Figaro la directrice de l’établissement, Hélène Surrel. Elle précise avoir autorisé la venue de l’eurodéputée il y a une dizaine de jours, sans jamais avoir échangé avec elle. Dans un communiqué publié dimanche, l’IEP assurait déjà que, « contrairement à ce qui est affirmé dans certains messages sur les réseaux sociaux ou dans la presse, l’établissement a tout mis en œuvre pour assurer la sécurité des personnes et des biens lors de la venue de Rima Hassan ».
Selon l’école, « les différents services de l’État ont été informés en amont de la tenue de cette conférence et à chaque étape de son organisation ». De quoi mettre en alerte une compagnie départementale d’intervention, un équipage de la BAC et des personnels des renseignements territoriaux, précise une source policière. « Une évaluation des risques de trouble à l’ordre public a été faite en amont. Mais ça ne veut pas dire que l’on pouvait savoir ce qui allait se passer », poursuit cette source. « Toutes les précautions ont été prises. Il n’y a eu aucun débordement dans l’établissement, en vérifiant scrupuleusement les allées et venues des étudiants inscrits à l’événement », ajoute Hélène Surrel.
Un directeur déjà menacé de mort
Pour Paul*, étudiant en master 1, la directrice de l’IEP, en poste depuis 2021, « laisse surtout ces militants continuer de politiser le campus ». « Depuis que j’étudie ici, l’extrême gauche prend de plus en plus de place, y compris chez les professeurs. Un jour, un étudiant militant m’a dit : “La directrice est avec nous.” Pour autant, je ne pense pas qu’elle soit particulièrement de gauche. Je crois surtout qu’elle n’arrive pas à poser ses limites et dire non », partage l’étudiant. « C’est presque impossible pour un directeur d’aller contre ces associations sans risquer de perdre son campus », abonde un professeur à Sciences Po Lyon qui préfère rester anonyme.
Le prédécesseur d’Hélène Surrel, Renaud Payre, directeur de 2016 à 2021, pourtant ouvertement engagé à gauche, a été menacé de mort à plusieurs reprises par des collectifs antifascistes et féministes. Ce fut le cas en 2018 après l’invitation de Jean Lassalle, alors soupçonné de harcèlement sexuel, même si aucune plainte n’a été déposée par la suite. « Le directeur avait reçu ces collectifs pour leur proposer d’intervenir durant la conférence de Lassalle, car il ne voulait pas l’interdire. Ils avaient refusé, préférant venir mettre le bordel, ce qui avait conduit à l’annulation de la réunion », raconte un autre professeur de l’établissement.
Ce dernier explique avoir vu monter « une radicalité » de groupes étudiants marqués à gauche : « Depuis plusieurs années, le débat n’est plus possible. Pour moi c’est une forme de basculement. On a senti cette tension monter au fil des ans. Et aujourd’hui, on ne sait plus se parler, accepter le clivage, avoir cette capacité à débattre. Si on commence à dire qu’à Sciences Po on ne peut plus inviter tel député ou eurodéputé parce qu’il est de droite ou de gauche, qu’est-ce que vont devenir les IEP ? C’est très préoccupant. » En 2023, des tags « Payre, on va te crever » ou encore « Payre, sexiste, raciste » avaient été inscrits sur la façade de l’établissement par des mouvements antifascistes. Contacté, l’ex-directeur n’a pas souhaité répondre en raison du « contexte actuel ».
* Le prénom a été modifié.
MIDDLE EAST
The Times of Israel, Guest Essay
These government measures are not de facto annexation
The local and international condemnation of Israel’s recent administrative changes in Judea and Samaria is rooted in ignorance – much of it willful
Israel’s security cabinet has approved a set of administrative changes affecting day-to-day governance and law enforcement in the territories. Predictably, the response has been split between celebration and outrage. Supporters have hailed the measures as “de facto annexation.” Critics have denounced them as exactly the same. Both camps are wrong.
Those who see the changes as a step toward extending Israeli sovereignty through “de facto annexation” misunderstand the concept and legal meaning of annexation, and misread the nature of these administrative actions. By the same token, those who cast the measures as attempts to annex territory in violation of Israel’s commitments to the Palestinians and its international legal obligations similarly fail to grasp their purpose.
When an Israeli action is met with equal amounts of misplaced political celebration and reflexive international criticism, it is worth asking whether political framing has overtaken sober analysis. A number of legal and political factors therefore need to be clarified.
Israel has neither annexed nor extended its sovereignty to Judea, Samaria and Gaza – nor can it do so. Under the Oslo Accords, Israel agreed, and remains obligated, to administer those parts of the territories placed under its control and jurisdiction. Similarly, the Palestinian Authority is obligated to govern and administer those areas placed under its control. This framework was agreed to by Israel and the Palestinian leadership until a permanent-status agreement is finalized.
Pending such an agreement, both sides committed not to take unilateral steps that would change the status of the territories. This includes unilateral Israeli action, as well as Palestinian efforts in the UN and elsewhere to declare statehood outside the negotiating framework.
The Oslo Accords and related instruments were witnessed by international leaders, including the presidents of the United States and the Russian Federation, as well as the leaders of Egypt, Jordan, Norway, and the European Union. They were also endorsed in several UN resolutions. Additional agreed memoranda and protocols govern specific issues, including day-to-day arrangements in Hebron, property maintenance and upkeep, and municipal governance.
In the territory under its administration, Israel is duty-bound to ensure public order and to prevent arbitrary obstructions – whether by Israeli or Palestinian residents, or by local municipal and other authorities – that disrupt day-to-day life.
Streamlining legal and administrative procedures, improving planning and oversight, ensuring transparent property purchase and registration, and protecting archaeological sites are all part of Israel’s responsibilities under the existing framework. Respect for private property in the territories, including in the context of Israel’s settlement policies, was affirmed in 2012 by an expert, government-established legal commission headed by Supreme Court Justice Edmond Levy, which sought to protect private ownership and regulate settlement activity.
At the same time, nothing prevents private, legitimate, and transparent property transactions conducted lawfully by willing parties. In that context, the decision to enable lawful land transactions and not to apply in the territories a distinctly discriminatory and antisemitic Jordanian-era law that barred the sale of land to Jews cannot reasonably be described as “de facto annexation.”
In that context, the decision not to apply in the territories a Jordanian-era law that barred the sale of land to Jews – and to enable lawful land transactions – cannot reasonably be described as “de facto annexation.”
Thus, the administrative measures decided upon by Israel’s cabinet bear no relation whatsoever to annexation. Annexation is a formal governmental act; it cannot be carried out quietly, “creepingly,” or in secret through administrative adjustments.
There may well be politicians and politically motivated organizations welcoming the measures, or condemning them, for partisan reasons. But presenting these steps as “de facto annexation” is simply inaccurate. If an Israeli government were to decide to annex territory, it would have to do it openly, through negotiation with its neighbors and not through political machinations and manipulation.
Exaggerated condemnations by international leaders have relied on selective and misleading framing. They accuse Israel of annexation without engaging seriously with the nature of the measures themselves.
In this context, the condemnation by UN Secretary-General António Guterres calling for the reversal of these measures reflects extreme bias and a superficial reading of the facts and legal framework underlying them.
It is hypocritical to say the least, and indicative of utter ignorance on his part.
Furthermore, Secretary General Guterres’s call for a “negotiated two-State solution in line with international law” is no less revealing.
Guterres is well aware – but appears to ignore – that Israel has repeatedly sought to return to negotiations with the Palestinian leadership and to complete the permanent-status talksenvisioned in the 1993-95 Oslo Accords. The Palestinian leadership, however, has consistently rejected Israel’s offers while inciting, financing, encouraging, and glorifying terrorism.
This includes support for the Hamas massacre of October 7, 2023 – the murder of more than 1,000 Israelis and foreign nationals, the torture of civilians, and the abduction of more than 200 hostages. Secretary-General Guterres hesitatingly condemned the attack while shockingly expressing justification for the Hamas actions.
Against this background, his insistence on repeating the worn-out formula of a “two-state solution” without acknowledging the consistent refusal of the Palestinian leadership to reach such an agreement reflects the shallow and irresponsible mindset that guides his actions and public statements.
As an international official, the Secretary-General should be reminded that the “UN Charter and Staff Rules” require senior officials to act with impartiality. His consistently slanted statements, which single out and condemn Israel while disregarding Palestinian violations and incitement, undermine the integrity of his office – and any last shreds of credibility that the United Nations may still have.
About the Author
Alan Baker heads the International Law Program at the Jerusalem Center for Public Affairs. He is an expert in international law and former ambassador of the state of Israel to Canada. He also served as Legal Officer in the UN Secretariat Office of Legal Affairs, Legal Counsel to Israel’s Foreign Ministry, and was a member of the Edmond Levy Commission to Examine the Status of Building in Judea and Samaria.
https://blogs.timesofisrael.com/these-government-measures-are-not-de-facto-annexation/
GENOCIDE CLAIMS
The Jerusalem Post, Editorial
Don’t let the lie stand: Denounce the Israeli genocide claim, no matter who raises it
Labeling Israel’s war in Gaza as genocide is not criticism but a modern blood libel, one that distorts October 7, fuels antisemitism worldwide, and must be confronted head-on.
The bald-faced lie that Israel committed genocide in Gaza is quickly becoming the 21st-century equivalent of the centuries-old blood libel against the Jewish people.
It has crept into mainstream global discourse, and unless massive efforts are made to debunk the false claims once and for all, when the history of the two-year Israel-Hamas War is taught in the decades to come, the focus will not be on the October 7 massacre and the cruel and inhumane treatment of hundreds of Israeli hostages. It will highlight the “genocide” that Israel committed against the Gazans.
The latest example – and one of the most vilifying – of genocide being bandied about matter-of-factly occurred late last week, when Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (D-New York) alleged at the Munich Security Conference that US aid to Israel had enabled genocide.
When asked by Haaretz reporter Hagar Shezaf if she thought “the Democratic presidential candidate in the 2028 elections should reevaluate military aid to Israel,” AOC, a touted Democratic candidate for the 2028 presidential election, responded with the mantra she’s spouted since the October 7 massacre: that Israel was indiscriminately killing Palestinians in Gaza.
“I think that personally, that the idea of completely unconditional aid, no matter what one does, does not make sense,” she said. “I think it enabled a genocide in Gaza, and I think that we have thousands of women and children dead that don’t, that was completely avoidable.”
Besides the dark irony of AOC’s attack on the Jewish state being stated in the birthplace of Adolf Hitler’s Nazi movement that carried out the Holocaust – the worst genocide in human history – her statement reveals how deeply the “genocide” lie has permeated into the mainstream diplomatic discourse.
Thankfully, the issue is coming to the forefront, thanks to an online campaign initiated by a group of respected Jewish thinkers, teachers, and writers not generally associated with the Right’s allegiance to the notion that Israel can do no wrong. Among the Israeli signatories are Rabbi Irving “Yitz” Greenberg, journalist and teacher Yossi Klein Halevi, and Rabbi Micha Odenheimer of Tevel b’Tzedek, an Israeli nonprofit.
They plainly but eloquently stated the obvious, which has been either ignored or disputed.
They wrote: “The unprecedented combat conditions of the war – hundreds of kilometers of tunnels, thousands of booby-trapped homes – the conflating of combatants with ‘journalists’ and ‘human rights workers,’ the ratio of civilian-to-terrorist casualties, considered low for asymmetrical urban warfare, the absence of mass starvation despite repeated claims of imminent catastrophe, the warnings given to civilians before attack: All these factors were erased in the eagerness to indict Israel for genocide.
“A crucial difference between war as tragedy and war as genocide is intent. In this war, only one side intended to commit genocide, and that is Hamas.
“To accuse Israel of genocide, the massacre of October 7 has been systematically downplayed, while Israeli actions have been distorted and amplified. Israel went to war on October 8, not out of vengeance, as its detractors claim, but to break the Iranian-led siege of terror enclaves on its borders, and to restore its deterrence, without which it cannot survive in the long term in the Middle East. Thousands of rockets and missiles were fired at Israel in the weeks following the massacre, while Hamas starved and tortured 250 Israelis, some of whom were murdered in captivity.”
On October 8, as Israel was still fighting terrorists within its border communities and hadn’t yet begun burying its dead, anti-Zionists began raising the cry of “genocide,” they wrote.
Genocide accusations used as pretext for excluding, attacking, and murdering Jews worldwide
The accusation of genocide, as uttered by AOC and hundreds of other public influential figures, has become a pretext for excluding, attacking, and even murdering Jews around the world. They clearly stated, adding that its purpose is to delegitimize Jewish self-determination and to turn the only Jewish state into the world’s arch criminal and pariah.
Urging both Jews and non-Jews to treat the accusation of genocide with revulsion – as the latest in a long history of lies about the Jewish people – the petitioners state at the end of their letter: “‘A lie has no legs,’ notes the ancient Hebrew proverb. We will not allow this lie to stand.”
It’s time for all of us to join these calls for reason and make our voices heard to denounce the claims of genocide whenever they are raised and by whoever raises them.
https://www.jpost.com/opinion/article-886880
RUSSIA’S ECONOMY
The Economist, Guest Essay (Pay Wall)
The logic of persistence : Russia’s economy has entered the death zone
Alexandra Prokopenko wonders how much longer it can go on metabolising its own muscle tissue
Alexandra Prokopenko is a fellow at the Carnegie Russia Eurasia Centre and the author of “From Sovereigns to Servants: How the War Against Ukraine Reshaped Russia’s Elite” (forthcoming).
https://www.economist.com/by-invitation/2026/02/16/russias-economy-has-entered-the-death-zone
GEOPOLITICS:
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
In Munich, Rubio Points to a Path Forward for the GOP
The secretary of state makes a forceful case for Trump’s policies without his stylistic excesses.
EUROPE AND AMERICA
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Giorgia Meloni’s Mission: Persuading Trump and Europe to Be Friends
Italy’s leader is trying to stop the trans-Atlantic rift from becoming a divorce, even as voters and European peers sour on the alliance
CHINA
The Economist (Pay Wall)
Chaguan / Why American allies are flocking to see Xi Jinping in Beijing
China isn’t using its considerable leverage over them—yet
EUROPEAN DEBT?
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Guest Essay
Europäische Währungsunion: Fünf Gründe gegen Eurobonds, by Christian Lindner
Man kann europäische Handlungsfähigkeit stärken, ohne das Fundament der Währungsunion zu unterminieren. Vorsicht vor falschen Anreizen.
Die Debatte über Eurobonds ist zurück – und mit ihr ein vertrautes Muster: Wer an die Statik der Währungsunion erinnert, dem wird mit Moral oder Empörung geantwortet. Sigmar Gabriel nennt Kritiker dieser Tage „finanzpolitische Taliban“. Solche Etiketten sind publizistisch wirksam, aber politisch irreführend. Die Frage lautet nicht, ob man „solidarisch“ sein will, sondern ob man die institutionellen Voraussetzungen schafft, unter denen Solidarität dauerhaft trägt.
Deutschland hat in der Europapolitik lange eine klare Linie vertreten: Haftung und Entscheidungskompetenz gehören zusammen. Das war kein nationaler Eigensinn, sondern ein Grundpfeiler der Währungsunion. Der Euro sollte eine Stabilitätsgemeinschaft sein: gemeinsame Geldpolitik, aber nationale Budgetverantwortung – flankiert durch Regeln, die verhindern sollen, dass die Gemeinschaft am Ende für die Fehler Einzelner einsteht.
Diese Logik ist in den vergangenen Jahren erodiert. NextGenerationEU wurde in der Pandemie von Angela Merkel als einmalige Ausnahme deklariert: ein Ereignis ohne Präzedenz, daher ein Instrument ohne Blaupause. Ob dieser Fonds in der Breite die versprochene Modernisierung und das Wachstum ausgelöst hat, muss man bezweifeln. Die Ausnahme hat dennoch eine Erwartung erzeugt. Jede Krise dient seither als Begründung, das Provisorium zu verstetigen.
Bemerkenswert offener Bundesbankpräsident Nagel
Im Europäischen Rat ist Deutschland unter Friedrich Merz von der traditionellen Ablehnung gemeinsamer Verschuldung ein zweites Mal abgewichen, um zusätzliche Ukraine-Hilfe zu ermöglichen. Das war zwar nicht der Plan des Bundeskanzlers, sondern ein politischer Unfall aufgrund unzureichender Vorbereitung – dennoch wird ein solches Abrücken in Brüssel schnell zur „Normalisierung“ erklärt. Merz wird das nicht überraschen. Wer einmal die Tür öffnet, sollte sich nicht wundern, wenn künftig an der Klinke gerüttelt wird.
In diese Gemengelage fällt die bemerkenswerte Offenheit von Bundesbankpräsident Joachim Nagel. Er hält gemeinsame europäische Schulden unter Bedingungen für denkbar – unter anderem, wenn die Mitgliedstaaten ihre nationalen Schuldenstände spürbar reduzieren. Das klingt ordnungspolitisch beruhigend, ist politökonomisch aber kaum plausibel. Denn genau die Staaten, die sich von Eurobonds den größten Vorteil versprechen, sind selten diejenigen, die gleichzeitig eine harte Konsolidierung durchsetzen können oder wollen.
Man kann den Vorschlag als Versuch verstehen, die Debatte in die deutsche Stabilitätstradition zurückzuholen. Man kann ihn auch als Signal in einem europäischen Personalraum lesen, in dem die Nachfolge an der Spitze der EZB schon jetzt gedanklich mitläuft. Beides ändert nichts am Kernproblem: Bedingungen, die nicht durchsetzbar sind, sind keine Bedingungen, sondern Beruhigungsformeln.
Was spricht nun in der Sache gegen Eurobonds?
Erstens: Sie verschieben Anreize. Gemeinschaftsschulden auch nur für einzelne Staatsaufgaben wie Verteidigung senken für hochverschuldete Staaten die Finanzierungskosten, ohne dass sich automatisch die Reformbereitschaft erhöht. Das ist kein moralischer Vorwurf, sondern ein Strukturproblem. Wenn Haftung kollektiviert wird, sinkt der Druck zur nationalen Haushalts- und Strukturdisziplin. In der Folge steigt tendenziell die Verschuldung – und die Reformpolitik wird zur Verhandlungsmasse. Die Währungsunion würde damit genau jenes Risiko importieren, das sie ursprünglich durch Regeln begrenzen wollte.
Zweitens: Sie entkoppeln Verantwortung und Legitimation. Schulden sind nichts anderes als verschobene Steuerlast. Wer dauerhafte EU-Verschuldung will, muss erklären, wer darüber entscheidet und wer diese Entscheidung demokratisch verantwortet. Solange die Einnahmen- und Ausgabenpolitik im Kern national bleibt, wird die Vergemeinschaftung der Schulden demokratietheoretisch schief. Eurobonds werden so eine Quelle dauerhafter Ressentiments: im Norden wegen der Haftung, im Süden wegen der erwartbaren Konditionalität.
Drittens: Sie sind nicht im deutschen Interesse, weil sie die deutsche Bonität als Hebel nutzen. Genau diese ist allerdings ohnehin unter Druck wegen der Schuldenwende der amtierenden Bundesregierung. Es droht eine Überforderung der Tragfähigkeit. Dabei leben Eurobonds davon, dass die Kreditwürdigkeit der stärkeren Staaten den Zins für alle senkt. Das mag in der Krise als solidarische Glättung erscheinen. Dauerhaft bedeutet es eine strukturelle Quersubventionierung der Finanzierungskosten – ohne dass Deutschland entsprechend mehr Steuerung erhält. Das ist kein „Geiz“, sondern eine nüchterne Betrachtung von Risiko und Kontrolle.
Den Euro international stärken
Viertens: EU-Bonds treten in Konkurrenz zu Bundesanleihen. Der Bund ist heute in Europa der zentrale Referenzemittent; Bundesanleihen sind ein Sicherheitsanker und Zinsbenchmark. Ein großer, permanenter EU-Bond-Markt würde diese Rolle verändern. Ein europäisches „Safe Asset“ kann als Integrationsprojekt attraktiv wirken – aber es wäre zugleich eine Umverteilung von Knappheit und Nachfrage. Wer Eurobonds fordert, sollte offen sagen, dass sie nicht nur „zusätzliches“ Papier sind, sondern die Kapitalmarktarchitektur verschieben.
Fünftens: Sie verwischen das Maß für Tragfähigkeit. Wenn Staatsaufgaben über Gemeinschaftsschulden finanziert werden, geht das Gefühl für die eigene Schuldentragfähigkeit leichter verloren – weil die Kosten weniger sichtbar sind und die Disziplinierungswirkung der Märkte abnimmt. Genau das kann in einem Währungsraum gefährlich werden, in dem es keine nationale Geldpolitik mehr als Korrektiv gibt.
Natürlich gibt es auch Argumente für Eurobonds. Sie können die Kapitalmarktunion vertiefen und den Euro international stärken. Voilá – wenn man dieses Motiv ernst nimmt, dann könnte die EU ein European Safe Asset emittieren, aber die Gelder an Mitgliedstaaten nur mit an externen Ratings orientierten Risikoprämien weitergeben. Ob das auf Zustimmung träfe?
Man kann europäische Handlungsfähigkeit stärken, ohne das Fundament der Währungsunion zu unterminieren: durch Prioritäten im EU-Haushalt, durch nationale Reformen, durch die Mobilisierung privaten Kapitals, durch schnellere Verfahren und durch zielgenaue, konditionierte Instrumente. Solidarität ist erforderlich – aber sie muss so organisiert werden, dass sie nicht die falschen Anreize setzt.
Eurobonds sind deshalb nicht die „europäische Antwort“ auf jedes Problem, sondern eine institutionelle Entscheidung mit weitreichenden Folgen. Wer sie zur Regel macht, macht aus der Stabilitätsgemeinschaft eine Haftungsgemeinschaft ohne politische Union. Das wäre nicht nur für Deutschland, sondern für Europa insgesamt riskant – weil es das Fundament unterspült, auf dem die Währungsunion ruht: Verantwortung für Staatsfinanzen bleibt national zurechenbar. Ohne diese Zurechenbarkeit wird aus Integration nicht Stärke, sondern Streit.
Christian Lindner war Bundesfinanzminister (FDP).
THE GENDER PAY GAP
The Economist (Pay Wall)
Sex and pay : What drives the wage gap between men and women?
Surprise: it’s still motherhood
EXPENSIVE GREEN ENERGY IN GERMANY
Neue Zürcher Zeitung
Deutschland braucht eine strategische Gasreserve und eine Rückkehr zur Atomenergie
Die Füllstände der Gasspeicher sinken wegen der niedrigen Temperaturen rapide. Das treibt die Gaspreise in die Höhe. Die Bundesregierung muss die Energiewende überdenken, damit der Standort nicht weiter an Wettbewerbsfähigkeit verliert.
Es gilt gemeinhin als eine Errungenschaft der Moderne, das wirtschaftliche Leben der Menschen weitgehend von den Launen der Natur entkoppelt zu haben. Gemessen daran bewegt sich Deutschland gegenwärtig in einem Zeitalter der Postmoderne, das vormoderne Zustände zum neuen Normal erklärt. So zittert man in Deutschland wieder vor den Launen der Natur und betet zum Wettergott. Ohne dessen Gnade dreht sich kein Windrad, gibt es nicht genug Strom und drohen die Fliessbänder stillzustehen.
Der Grund für den Rückfall in vormoderne Zeiten ist die von Rot-Grün vor einem Vierteljahrhundert eingeleitete, von Angela Merkel forcierte und von der Ampelregierung auf die Spitze getriebene Energiewende. Sie hat Deutschland in eine Abhängigkeit von den Launen der Natur gebracht, die in vielen Industrieländern mit ungläubigem und mitleidigem Staunen registriert wird.
Verzerrte Anreize
Das zeigt sich in diesen Tagen bei der Versorgung mit Gas. Die Speicher, in denen Versorger, Industrie und Gashändler den für Haushalte und Unternehmen gleichermassen wichtigen fossilen Brennstoff für den Winter horten, entleeren sich wegen der seit Jahresbeginn herrschenden Kälte in Windeseile.
Gegenwärtig sind die Gasspeicher nur noch zu knapp 24 Prozent gefüllt, das ist so wenig wie seit zehn Jahren nicht mehr. Dafür gibt es mehrere Gründe. Zum einen musste Deutschland aufgrund von Windmangel im vergangenen Sommer verstärkt Gas zur Stromgewinnung verbrennen. Das hat die Auffüllung der Gasspeicher gebremst. Zum anderen hat die staatlich vorgegebene Mindestfüllmenge der Speicher die Preise für Gas im Sommer nach oben und im Winter nach unten gedrückt. Die Anreize für Gashändler, im Sommer Vorräte anzulegen und im Winter zu verkaufen, sind dadurch gesunken.
So startete Deutschland mit einem Füllstand von nur 75 Prozent in die Heizsaison. Für einen warmen Winter hätte es vielleicht gereicht. Doch die Natur hat dem Kalkül der Energieplaner im Wirtschaftsministerium und in der für die Aufsicht über die Gasnetze zuständigen Bundesnetzagentur einen Strich durch die Rechnung gemacht. Sollte der Füllstand in den nächsten Wochen unter die Marke von 20 Prozent sinken, wird es technisch immer schwieriger, das restliche Gas aus den Speichern herauszupumpen.
Noch hoffen die Verantwortlichen im Ministerium und in der Bundesnetzagentur auf ein baldiges Ende des Winterwetters. Zudem setzen sie darauf, im Falle eines Falles verstärkt Flüssiggas zu importieren. Doch die Möglichkeiten dazu sind begrenzt. Viele Tanker sind durch langfristige Lieferverträge gebunden und stehen kurzfristig nicht zur Verfügung.
Sollte Deutschland gezwungen sein, vermehrt Flüssiggas am Spotmarkt einzukaufen, wird es wegen der Knappheit höhere Preise zahlen müssen. Preissensible Industrieunternehmen könnten sich dann gezwungen sehen, ihre Produktion zurückzufahren oder ganz einzustellen. Die Wirtschaftskrise könnte sich verschärfen.
Mehr noch. Weil Deutschland die jetzige Heizsaison mit niedrigen Füllständen beenden wird, müssen die Speicherbetreiber in den nächsten Monaten in grossem Stil Gas auf dem Weltmarkt einkaufen, um die Füllstände für den nächsten Winter auf ein ausreichendes Niveau zu bringen. Das wird die Gaspreise hochhalten und die Standortattraktivität Deutschlands belasten.
Rückkehr in die Moderne durch Atomkraft
Die Bundesregierung sollte aus der aktuellen Malaise lernen und eine strategische Gasreserve aufbauen. Sie schützt nicht nur vor den Unwägbarkeiten der Natur, sie macht das Land auch gegenüber geopolitischen Schocks und Sabotageakten resilienter. Sicher, der Aufbau einer Reserve kostet Geld und Zeit. Doch Sicherheit hat ihren Preis. Ihn zu zahlen, ist weniger schmerzhaft, als in Krisen die Produktion herunterzufahren und Deutschlands Ruf als Standort zu ruinieren.
Noch besser wäre es, wenn die Bundesregierung endlich erkennt, dass die Energiewende in ihrer jetzigen Form eine Sackgasse ist. Statt weiter in die falsche Richtung zu marschieren und die Abhängigkeit Deutschlands von Wind und Sonne, von Kälte und Hitze zu forcieren, sollte sie die Energieversorgung auf eine stabile, vorhersehbare und bezahlbare Grundlage stellen. Das erfordert nach Lage der Dinge den Wiedereinstieg in die Kernenergie. Das Zittern vor den Launen der Natur und das Beten zum Wettergott erübrigen sich dann in Zukunft. Es wäre die Rückkehr Deutschlands in die Moderne.
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Gastbeitrag
Ausgaben für Stromnetz: Warum die Energiewende plötzlich so teuer ist
Erstmals belegen Zahlen: Die Ausgaben für Kraftwerke und Netze sind bis 2017 kaum, dann aber explosionsartig gestiegen. Dafür springt immer öfter der Staat ein.
Die Energiewende ist in den vergangenen Jahren immer teurer geworden – so lautet ein gängiges Narrativ. Jetzt lässt sich diese gefühlte Wahrheit erstmals mit Zahlen belegen. Seit 2018 sind die Ausgaben für das Stromsystem in Deutschland sehr stark gestiegen, und zwar inflationsbereinigt um durchschnittlich 8,1 Prozent im Jahr. Zum Vergleich: In den Jahren zuvor – von 2010 bis 2017 – waren es im Schnitt nur 0,7 Prozent im Jahr. Das zeigen Zahlen, die das Energiewirtschaftliche Institut an der Universität zu Köln (EWI) kürzlich vorgelegt hat. Demnach sind die Ausgaben seit dem Beginn des Betrachtungszeitraums im Jahr 2010 in jeder Verbrauchergruppe jeweils stärker gestiegen als die Inflation. Während im Jahr 2010 17 Cent je Kilowattstunde – in Preisen von 2024 – ausgegeben wurden, waren es zuletzt schon 30 Cent.
Für seine Analyse hat das EWI sämtliche Zahlungen von Stromverbrauchern und der öffentlichen Hand an die Unternehmen des Stromsystems erfasst, also zum Beispiel Energieversorger oder Netzbetreiber. In einzelnen Jahren können sich diese von den tatsächlichen Kosten unterscheiden, etwa wenn höhere Preise im Großhandel erst mit Zeitverzug auf Endkundenpreise durchschlagen. Als Annäherung an das, was Deutschland das Gesamtsystem aus Erzeugung, Übertragung, Verteilung und Vertrieb von Strom jedes Jahr kostet, sind die Zahlen aber sehr aufschlussreich. Und sie zeigen nicht nur, wie stark die Kosten gestiegen sind, sondern auch, wie sich private Haushalte, Industrie und Steuerzahler die Last aufteilen.
Für den starken Anstieg der Systemausgaben nennt das EWI eine Reihe von Gründen. Erstens haben sich die Ausgaben für Brennstoffe wie Kohle und Gas seit 2018 in etwa verdoppelt. Der Gaspreis zum Beispiel liegt seit dem Ende der Energiekrise bei um die 35 Euro je Megawattstunde, etwa doppelt so hoch wie vor dem russischen Angriffskrieg auf die Ukraine, als noch russisches Gas über die Nordstream-Pipelines nach Europa strömte.
Ein zweiter Grund ist der europäische Emissionshandel, in dessen Rahmen die Betreiber von Kohle- und Gaskraftwerken Zertifikate für jede ausgestoßene Tonne Kohlenstoffdioxid erwerben müssen. Das Klimaschutzinstrument gibt es schon seit dem Jahr 2005. Doch viele Jahre lang war es ein zahnloser Tiger: Preise von fünf Euro je Tonne taten niemandem weh. Das änderte sich schlagartig im Jahr 2017, als die Europäische Union beschloss, das System zu reformieren und dem Markt überschüssige Zertifikate zu entziehen. Plötzlich ging es mit den CO2-Preisen stetig bergauf. Im Frühjahr 2023 knackte der CO2-Preis erstmals die Marke von 100 Euro. Das spiegelte sich bald in den Strompreisen wieder, denn die Stromerzeuger geben die Kosten in der Regel direkt an die Verbraucher weiter. Während im Jahr 2017 „nur“ 1,8 Milliarden Euro für die Zertifikate fällig wurden, waren es im Jahr 2023 schon 13,4 Milliarden Euro.
Der dritte Grund für den starken Anstieg der Systemausgaben hängt mit der Entwicklung des Stromverbrauchs zusammen. Seit dem Jahr 2010 ist er jedes Jahr im Schnitt um 6,5 Terawattstunden zurückgegangen. Zuletzt wurden nur noch 388 Terawattstunden im Jahr benötigt – weil Anwendungen effizienter werden, weil immer mehr Verbraucher Strom selbst erzeugen, aber auch weil energieintensive Industriebetriebe ihre Produktion gedrosselt oder ganz eingestellt haben. Das klingt zunächst einmal gut. Doch die Formel „weniger Stromverbrauch, weniger Ausgaben“ geht nicht ganz auf. Zwar ist es richtig, dass mit sinkender Nachfrage die Brennstoff- und CO2-Kosten konventioneller Kraftwerke zurückgehen. Beim Stromnetz hingegen ist das nicht im selben Maße der Fall, weil hier der Anteil variabler Kosten deutlich geringer ist. In anderen Worten: Leitungen verursachen anders als Kohle- oder Gaskraftwerke auch dann hohe Kosten, wenn sie nicht voll ausgelastet sind.
Hinzu kommt, dass die Netzbetreiber immer mehr Geld in die Hand nehmen müssen, um ihre Netze fit für die Energiewende zu machen. Beides zusammen wirkt sich stark auf die Struktur der Systemausgaben aus: Seit dem Jahr 2010 ist der Anteil der Netz- an den Gesamtausgaben von drei auf neun Cent gestiegen. Insgesamt geht nun gut ein Viertel aller Ausgaben im Gesamtsystem für den Betrieb und Ausbau der Leitungen drauf – Tendenz mutmaßlich weiter steigend.
Interessant ist auch die Frage, wer für die so stark gestiegenen Kosten eigentlich aufkommt. Während bis zum Jahr 2020 gemäß dem Verursacherprinzip sämtliche Systemkosten ausschließlich von den Verbrauchern getragen wurden – also privaten Haushalten, Gewerbe und Industrie – begann der Staat vor ein paar Jahren, ihnen immer stärker unter die Arme zu greifen. Zuerst schaffte er die EEG-Umlage ab und verlagerte die Kosten in den Bundeshaushalt beziehungsweise den Klima- und Transformationsfonds. Allein diese Zuschüsse beliefen sich zuletzt auf 19,2 Milliarden Euro.
Im Jahr 2023 deckelte die Regierung die Kosten dann gar mithilfe der „Strompreisbremse“. In den Jahren 2023 und 2024 übernahmen die öffentlichen Haushalte somit knapp ein Viertel aller Ausgaben für Erzeugung und Vertrieb. Hinzu kam im Jahr 2023 ein Zuschuss zu den Übertragungsnetzentgelten aus dem Klima- und Transformationsfonds, der dafür sorgte, dass der Bund in dem Jahr gut ein Drittel aller Ausgaben für das Stromnetz übernahm. Von den verbleibenden privaten Ausgaben entfielen 2024 44 Prozent auf die privaten Haushalte, 36 Prozent auf Gewerbe, Handel und Dienstleistungsbetriebe und nur 20 Prozent auf die Industrie, obwohl sie fast so viel Strom verbraucht wie die ersten beiden Sektoren zusammen. Das liegt daran, dass die Industrie von zahlreichen Abgaben und Umlagen befreit ist.
Vergleicht man alle öffentlichen Einnahmen und Ausgaben für das Stromsystem miteinander, nahm der Staat bis zum Jahr 2022 mit der Versteigerung von CO2-Zertifikaten, Konzessionsabgabe sowie Mehrwert- und Stromsteuer im Schnitt fünf bis sechs Cent je Kilowattstunde mehr ein, als er mit Zuschüssen ausgab. Dieser Saldo ist im Jahr 2024 auf 1,8 Cent geschrumpft.
Gut möglich, dass sich diese Entwicklung in den kommenden Jahren fortsetzt: Der erwartete Anstieg der CO2-Preise und der EEG-Zahlungen, aber vor allem die notwendigen Investitionen der Netzbetreiber dürften die Systemausgaben weiter in die Höhe treiben. Die Hilfe der Steuerzahler ist gewiss: Für dieses Jahr hat der Bund abermals einen Zuschuss zu den Übertragungsnetzentgelten in Höhe von 6,5 Milliarden Euro versprochen. Hinzu kommen weitere Hilfen für energieintensive Betriebe, darunter die geplante Ausweitung der Strompreiskompensation sowie der Industriestrompreis.
Philip Schnaars, Philipp Artur Kienscherf, Amir Ashour Novirdoust, Lisa Restel & Philipp Theile: Ausgaben für das Stromsystem in Deutschland. Eine Analyse der historischen Entwicklung. Januar 2026.
IMMIGRATION
Atlantico
L’Europe en passe de dépasser les États-Unis comme le continent des « nations d’immigrés » ?
Longtemps perçue comme un continent d’États-nations homogènes, l’Europe connaît une transformation démographique rapide et profonde. Dans plusieurs pays européens, la part de population née à l’étranger atteint, voire dépasse, les niveaux records observés outre-Atlantique, soulevant des interrogations majeures sur l’identité, la cohésion et l’avenir des nations européennes.
Dans plusieurs pays européens, la part de population née à l’étranger atteint, voire dépasse, les niveaux records observés outre-Atlantique, soulevant des interrogations majeures sur l’identité, la cohésion et l’avenir des nations européennes.
Quand les individus qui ne sont pas Américains pensent aux États-Unis et à l’immigration, le titre du livre de John F. Kennedy, paru en 1958, « Une nation d’immigrants », leur vient inévitablement à l’esprit. En effet, l’histoire américaine est intimement liée aux migrations, qui ont profondément et à maintes reprises remodelé la composition démographique et politique du pays. Le débat sur les migrations est tout aussi indissociable de cette histoire et continue de dominer le débat public aux États-Unis, comme en témoigne la réélection du président Trump sur la question centrale de l’immigration clandestine.
L’Europe, en revanche, est souvent perçue comme un ensemble d’États-nations homogènes. Malgré l’augmentation manifeste du nombre d’immigrants, on compare rarement l’immigration européenne à l’ampleur transformatrice de l’immigration américaine, qui risque de faire des pays européens de véritables « nations d’immigrants ». Même chez les plus farouchement opposés à l’immigration, cette comparaison est souvent perçue comme exagérée.
Pourtant, les chiffres racontent une tout autre histoire. Selon une étude du Center for Immigration Studies, à la fin du mandat de Joe Biden, en janvier 2025, environ 53,3 millions de personnes nées à l’étranger résidaient aux États-Unis. Un record historique, tant en chiffres absolus qu’en pourcentage : la population étrangère américaine n’avait jamais atteint 15,8 %, pas même lors de la grande vague d’immigration de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, où ce taux avait culminé à 14,8 %. En réalité, en grande partie en réaction à cette vague d’immigration, lorsque les États-Unis ont drastiquement réduit leur politique d’immigration en 1924, ce chiffre est tombé sous la barre des 5 % au moment de la réouverture des frontières du pays à la fin des années 1960.
À titre de comparaison, au 1er janvier 2024, l’UE comptait 44,7 millions de personnes nées à l’étranger, soit 9,9 % de sa population totale, sans compter les citoyens européens résidant dans d’autres États membres. De plus, en 2024, sept États membres de l’UE affichaient des populations étrangères proches ou supérieures aux niveaux historiques des États-Unis : Malte (23,6 %), le Luxembourg (18,1 %), Chypre (17,6 %), l’Irlande (16 %), l’Estonie (15,9 %), la Suède (15,3 %) et l’Espagne (14,9 %) ont tous atteint des niveaux sans précédent. Par ailleurs, huit autres États membres (Autriche, Belgique, France, Pays-Bas, Croatie, Lettonie, Allemagne, Portugal et Slovénie) comptaient plus de 10 % de leur population étrangère non-UE.
Le caractère spectaculaire de ces pourcentages n’a d’égal que la rapidité avec laquelle ces transformations se sont opérées. La Suède, par exemple, était une société ethniquement homogène jusqu’au milieu du XXe siècle. En 2024, cependant, moins des deux tiers de la population étaient d’origine suédoise. Aujourd’hui, un Suédois sur cinq est né à l’étranger, et parmi ces 2,1 millions de personnes, 1,6 million sont originaires de pays hors Union européenne : 198 000 de Syrie, 147 000 d’Irak, 85 000 d’Iran, 69 000 de Somalie et 66 000 d’Afghanistan. Rien qu’entre 2010 et 2013, la population immigrée en Suède a augmenté de façon spectaculaire de 800 000 personnes.
Le Portugal offre un cas d’étude similaire. Malgré sa longue histoire coloniale, la proportion d’immigrants au Portugal est restée inférieure ou égale à 1 % jusqu’aux années 1990, et même au début des années 2000, ils ne représentaient que 2,5 % de la population. Cependant, en seulement deux décennies, la population étrangère du Portugal a explosé pour atteindre 662 000 personnes en 2020. Plus étonnant encore, grâce à une politique d’immigration assouplie, ce nombre a plus que doublé pour atteindre 1,5 million en 2024, dépassant ainsi 15 % de la population. Fait intéressant, si le Portugal accueille un grand nombre d’immigrants originaires d’anciennes colonies portugaises (Brésil, Angola, Cap-Vert), on observe également une forte augmentation du nombre de citoyens indiens, bangladais et ukrainiens dans le pays.
En rassemblant toutes les données sur l’immigration en Europe, il apparaît clairement que comparer l’immigration européenne aux vagues d’immigration américaines, profondément transformatrices, n’a rien d’exagéré. Pour certains, comme ceux qui aspirent à des « États-Unis d’Europe », ces statistiques sont une bonne nouvelle. Mais l’Europe ne doit pas oublier qu’elle est fondamentalement différente de l’Amérique. L’Europe abrite des nations dont les traditions historiques, culturelles, religieuses, linguistiques et politiques sont profondément ancrées et remontent à des centaines, voire des milliers d’années. Ces nations ont une histoire riche, souvent marquée par le sang et la guerre, et aujourd’hui, une grande partie de leur population est composée d’immigrants récents qui n’ont participé ni à la construction de leur pays d’accueil ni à son avenir. Pour nombre d’immigrants, l’histoire de leur pays d’accueil est celle d’un autre peuple dans laquelle ils ne souhaitent pas s’impliquer. Ils préfèrent préserver l’histoire de leur pays d’origine ou construire une communauté isolée et repliée sur elle-même en Europe. Malgré les espoirs de beaucoup, ces évolutions, aussi rapides et importantes soient-elles, ne présagent pas de l’unité, mais de la discorde et d’une source intarissable de problèmes futurs.
Cet article a été publié initialement sur le site The European Conservative : cliquez ICI
EDUCATION
The Economist (Pay Wall)
Let them scroll : Don’t ban teenagers from social media
Restrictions would do more harm than good
https://www.economist.com/leaders/2026/02/12/dont-ban-teenagers-from-social-media
BIG BUSINESS & WOKENESS
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Race, sexual orientation and other DEI factors will no longer be taken into account when the board’s governance committee identifies new potential directors
https://www.wsj.com/finance/goldman-sachs-board-dei-57fea527?mod=hp_lead_pos1
SOCIETY
The New York Times, Book Review
In Court, Gisèle Pelicot Refused to Be a Victim. A New Memoir Explains Why.
With matter-of-fact precision, “A Hymn to Life” powerfully chronicles the shock of discovering her husband’s sex crimes, and the rallying cry that followed.
In a world that’s become a big, stinking multimedia document dump — I’m looking at you, Epstein files, or actually I’m leaving that to the professionals — Gisèle Pelicot’s new memoir, “A Hymn to Life,” is a reminder of organized narrative’s simple power.
Written with Judith Perrignon (who previously worked with the Holocaust survivor Marceline Loridan-Ivens), it alternates between describing how Pelicot’s life was knit together over decades with her longtime husband Dominique’s — and chronicling the abrupt, very public unraveling soon after he was caught taking upskirt photos in a supermarket.
Turns out this was just a side hobby. Monsieur Pelicot, a retired French electrician and real estate agent, had also been routinely documenting how he and a parade of cretins from the dark web (and at least one neighbor) subjected his wife, the mother of their three children, to repeated and brutal rape over the course of a decade.
He used a drug cocktail including lorazepam, that onetime punchline on “The White Lotus,” to sedate her into prolonged spells of unconsciousness — once slipping it into the mashed potatoes with olive oil and parsley.
Replete with details of modest domesticity in modern France, “A Hymn to Life” is also a rousing feminist manifesto, thanks to the phalanx that accompanied Gisèle, in protest and protectiveness, to the Palais de Justice each morning of the trial. It seeks a proper transfer of shame from sex-crime victims to their perpetrators, and the perpetrators’ enablers.
“Parrots, deplorable mouthpieces, violent, cowardly little people,” Pelicot writes of those who tried to sully her in court, refusing to name them. “I want all that remains of them to be the words they used to trample over me, to reduce one woman — and therefore all women — to absolute submission in the name of male domination.”
Dominique Pelicot was convicted of raping his wife, and another assailant’s wife, among other charges. He has admitted to attempted rape of another woman using ether in 1999 and is being questioned in a 1991 murder involving the same chemical, which he has denied.
As if in defiance of those who rendered her inert for so many hours, Gisèle strode back into nature with her bulldog, Lancôme. “I walked for hours through the forest and across the dunes, to the sound of the surf and the tides,” she writes. “It is only by moving, by scouring myself with the elements, that I am able to confront my grief.”
If the author had renounced men for all time, that would be perfectly understandable, but at 73, she has a new boyfriend, a former purser for Air France. She writes of working through the terrible revelations with her two sons, the younger coming to see his father as “the devil.” (Even more agonizingly: Her daughter, also subjected to deeply creepy photo treatment, has accused him of worse.)
On the day 50 sentences were handed down, the male police officer who uncovered the cache of horror on the ringleader’s electronics came to the courtroom, gallantly telling her, “It will be an honor for me to ensure your safety.”
And there is the memory of her father, a professional soldier and classical-music lover: gentle, beloved and bereaved.
Born Gisèle Guillou in 1952, she tenderly evokes an early childhood in West Germany during postwar reconstruction, and the family’s move to Azay-le-Ferron, France, where she was aware she was descended from peasant stock as she played on the grounds of empty castles.
Her mother died of cancer when Gisèle was 9, and her father remarried a cartoonishly cruel and miserly woman whom Gisèle nicknamed Folcoche, after a character in Hervé Bazin’s novel “Viper in the Fist.” Her best friend from school predicted that she’d become a writer like Colette, the pioneer of intimate autofiction.
Gisèle and Dominique met when they were only 19, and one could choose to see poetic foreshadowing in the circumstances: “I’d been stung between the eyes by a wasp that day,” she writes, “the venom was circulating, my eyelids were so swollen I could barely see.”
Their marriage was happy for decades, if financially precarious and subject to the husband’s increasingly outré sexual demands. She found steadier, more satisfying work than he did, rising to logistics executive at a utility company — “I had become part of the bourgeoisie” — and in her 30s had an affair with a colleague and family friend. After he found out, Dominique, whose own sporadically employed father was domineering and violent, threatened to smash a chair over her head.
But to notice the loose stitches in their story of general contentment — a glass of beer that turned green; bleach stains on a new pair of trousers — is to suggest absurdly that there was something Gisèle should have seen or sensed to prevent the crimes committed against her, including oral rape so rough it loosened a dental crown while she was comatose. (He helped extract it, which was big of him.)
After the violations began, Gisèle’s body began sending confusing signals: memory lapses, gynecological problems caused by the douches her husband administered. He was by her side at doctors’ visits, joking that she might be straying while he was at work.
How eerily apt that he was an electrician. Along with the prison term that will carry him into senescence, Monsieur Pelicot should get the Charles Boyer Lifetime Achievement Award for gaslighting. And Madame a big, lucrative best seller, for overcoming.
A HYMN TO LIFE: Shame Has to Change Sides | By Gisèle Pelicot | Translated by Natasha Lehrer and Ruth Diver | Penguin Press | 256 pp. | $32
https://www.nytimes.com/2026/02/15/books/review/gisele-pelicot-memoir-hymn-to-life-review.html
CULTURE: MOVIES
The Wall Street Journal (Pay Wall)
‘Wuthering Heights’ Is Pure Fan Fiction
The film has more in common with a ‘spicy’ romance novel than Brontë’s original.
Ms. Camp is a senior newsletter editor at Free Expression.
Le Figaro
Notre critique de Marty Supreme: la balle est dans le camp de Timothée Chalamet
CRITIQUE – Filmé pied au plancher, le long-métrage de Josh Safdie raconte, en accéléré et avec brio, la saga d’un joueur de tennis de table sans scrupule. Une ode au capitalisme et à la réussite avec un acteur au sommet de son art.
Des baffes, oui. Ce type est insupportable. Il se croit tout permis. D’un autre côté, voilà quelqu’un de terriblement attachant. À New York, en 1952, il vend des chaussures dans la boutique de son oncle. Ce baratineur hors pair a une liaison secrète avec une de ses collègues. Sa vraie passion est le tennis de table. À l’époque, à part lui, personne en Amérique ne considère ce passe-temps comme un sport. Marty (Timothée Chalamet) va leur montrer, à tous. Il braque son patron pour s’offrir le voyage à Londres, où a lieu le championnat. Il perd de justesse contre un Japonais. La défaite lui reste en travers de la gorge. N’empêche, il est descendu au Ritz, a laissé des ardoises à droite et à gauche. De retour au pays, il n’aura de cesse que de partir pour Tokyo obtenir sa revanche.
Avec ses lunettes d’intellectuel et sa fine moustache de danseur mondain, Timothée Chalamet ne quitte guère l’écran. Il en profite. Il a l’énergie d’un personnage de Tex Avery, le bagou d’un héros de Budd Schulberg, la fébrilité de ces spermatozoïdes qu’on voit se livrer à une course folle au générique. Cette tête à claques n’arrête pas une seconde. On dirait qu’il a le monde entier à ses trousses. Ça n’est pas faux. Il sème derrière lui son lot de catastrophes. Le mensonge lui est naturel. Partout chez lui, il cavale après l’argent, poursuit son rêve avec acharnement. Les moyens importent peu.
Un marathon mené comme un sprint
Il envisage de créer sa propre marque de balles (elles seront orange, pour qu’on les distingue mieux face aux tenues blanches), escroque un homme d’affaires avec l’épouse duquel il couche. Il s’agit de Gwyneth Paltrow, qu’on a plaisir à redécouvrir, solennelle et sensuelle, en star de cinéma sur le déclin, très « cygne » de Truman Capote. Un policier les surprendra en posture délicate une nuit dans Central Park.
Les humiliations n’effraient pas le héros, dont la baignoire traverse un plancher vermoulu et qui accepte d’être fessé cul nu avec une raquette. Malhonnête comme ça n’est pas permis, toujours en nage, insaisissable comme une goutte de mercure, il traîne cependant tous les cœurs après lui, affronte les risques, se retrouve dans des situations impossibles, capable de kidnapper le chien d’un gangster joué par un Abel Ferrara au bout du rouleau, de dérober le collier de sa maîtresse ou de balancer – lui qui est juif – une blague douteuse sur un survivant d’Auschwitz.
Marty Supreme est un marathon mené à la vitesse d’un sprint par un Josh Safdie survitaminé, qui évite de nous infliger les affres de l’entraînement, d’insister sur la volonté que réclame cette discipline à pareil niveau. Il filme à la façon dont certains conduisent : pied au plancher. Les matchs relèvent de la pure chorégraphie. Le ping-pong comme métaphore. Des morceaux de Tears for Fears accompagnent cette saga en accéléré, cette ode ambiguë au capitalisme et à la réussite. On sort de là étourdi et ravi de l’être. Safdie, vainqueur en trois sets.
CULTURE: A PLAY ON AI
The New York Times
He Studied Cognitive Science at Stanford. Then He Wrote a Startling Play About A.I. Authoritarianism.
By Michelle Goldberg
When I saw “Data,” a zippy Off Broadway play about the ethical crises of employees at a Palantir-like A.I. company, last month, I was struck by its prescience. It’s about a brilliant, conflicted computer programmer pulled into a secret project — stop reading here if you want to avoid spoilers — to win a Department of Homeland Security contract for a database tracking immigrants. A brisk theatrical thriller, the play perfectly captures the slick, grandiose language with which tech titans justify their potentially totalitarian projects to the public and perhaps to themselves.
“Data is the language of our time,” says a data analytics manager named Alex, sounding a lot like the Palantir chief Alex Karp. “And like all languages, its narratives will be written by the victors. So if those fluent in the language don’t help democracy flourish, we hurt it. And if we don’t win this contract, someone else less fluent will.”
I’m always on the lookout for art that tries to make sense of our careening, crises-ridden political moment, and found the play invigorating. But over the last two weeks, as events in the real world have come to echo some of the plot points in “Data,” it’s started to seem almost prophetic.
Its protagonist, Maneesh, has created an algorithm with frighteningly accurate predictive powers. When I saw the play, I had no idea whether such technology was really on the horizon. But this week, The Atlantic reported on Mantic, a start-up whose A.I. engine outperforms many of the best human forecasters across domains from politics to sports to entertainment.
I also wondered how many of the people unleashing A.I. tools on us really share the angst of Maneesh and his co-worker, Riley, who laments, “I come here every day and I make the world a worse place.” That’s what I think most people who work on A.I. are doing, but it was hard to imagine that many of them think that, immersed as they are in a culture that lauds them as heroic explorers on the cusp of awe-inspiring breakthroughs in human — or maybe post-human — possibility. As a New York magazine review of “Data” put it, “Who gets so far at work without thinking through — and long since justifying — the consequences?”
But last week, Mrinank Sharma, a safety researcher at Anthropic, quit with the sort of open letter that would have seemed wildly overwrought in a theatrical script. “The world is in peril,” he wrote, describing constant pressure at work “to set aside what matters most.” Henceforth, said Sharma, he would devote himself to “community building” and poetry. Two days later Zoë Hitzig, a researcher at OpenAI, announced her resignation in The New York Times, describing the way the tool could use people’s intimate data to target them with ads.
I reached out to the writer of “Data,” Matthew Libby, because I was curious about how he got so much so right, and learned that before he worked in theater, he studied cognitive science at Stanford. More specifically, he has a degree in symbolic systems, an interdisciplinary program that combines subjects including computer science, philosophy and psychology. He always intended to be a writer, he said, but wanted to make sure he had something to write about.
Not surprisingly, Libby, who graduated in 2017, felt the pull of Silicon Valley, at one point interviewing for an internship at Palantir. He was heartbroken when he didn’t get it. But when he came across a 2017 Intercept story headlined “Palantir Provides the Engine for Donald Trump’s Deportation Machine,” he wondered what he would have done if he’d worked there, which is how “Data” was born.
Perhaps the most interesting thing about “Data” isn’t its insight into those who leave companies making dangerous A.I., but into the majority who stay, and the stories they tell themselves about what they’re building. “My experience of the tech industry is just that there’s always this air of inevitability,” said Libby. “You know, ‘We can’t pause any of this because it’s coming no matter what, and don’t you want to be the person doing it?’”
Among technologies, A.I. is unique in that those who are creating it — and profiting off it — will from time to time warn that it could destroy humanity. As Sam Altman said in 2015, shortly before helping found OpenAI, “I think that A.I. will probably, most likely, sort of lead to the end of the world. But in the meantime, there will be great companies created with serious machine learning.” A slightly truncated version of that quote appears as an epigraph in Libby’s script.
Just last month Dario Amodei, who leads Anthropic, the most seemingly responsible of the A.I. giants, published an essay titled “The Adolescence of Technology,” about potential A.I. apocalypses. A.I. systems, he wrote, could turn against humankind or help to create biological weapons. They could be used to build a digital panopticon more comprehensive than anything existing today, or develop propaganda so precisely tailored to its users that it would amount to brainwashing.
But as Amodei sees it, these hellish possibilities are less reasons to slow A.I. development, or to keep it out of the hands of the surveillance state, than to make sure that the United States stays ahead of China. “It makes sense to use A.I. to empower democracies to resist autocracies,” he wrote. “This is the reason Anthropic considers it important to provide A.I. to the intelligence and defense communities in the U.S. and its democratic allies.” His argument would be sounder if the United States was still, in any meaningful sense, part of a coalition of democracies, rather than a nation ruled by an aspiring autocrat who is propped up in no small part by the tech industry.
In “Data,” Alex makes a similar argument for bidding on the Department of Homeland Security contract. “We’re the fighters protecting democracy,” he says. “China already has an automated social credit system they’re exporting to developing nations. Russia has the most targeted disinformation infrastructure known to man. That’s what they’re innovating towards. If we stop innovating? We lose our lead.” The threat of authoritarianism abroad becomes a rationale for building the tools of digital authoritarianism at home. Too bad it’s not just fiction.
https://www.nytimes.com/2026/02/16/opinion/play-ai-authoritarianism.html
AI AND FILMS
The New York Times
Why an A.I. Video of Tom Cruise Battling Brad Pitt Spooked Hollywood
A 15-second clip created by an artificial intelligence tool owned by the Chinese technology company ByteDance appears more cinematic than anything so far.
It took only a 15-second clip of Tom Cruise and Brad Pitt duking it out on a crumbling rooftop at twilight to draw swift outrage, and sizable fear, from Hollywood over the last few days.
The widely circulated video was created by the Irish director Ruairi Robinson using Seedance 2.0, a powerful artificial intelligence video generation tool owned by the Chinese technology company ByteDance. It had plenty of the bells and whistles of a big-budget Hollywood film: sweeping camera angles, stunt choreography, crisp sound effects and haunting music.
With a two-sentence prompt and the click of a button, Seedance had produced a stunningly realistic result that was a drastic improvement over previously generated artificial intelligence videos, often shoddy clips known as A.I. slop. This video was so convincing that it drew near immediate condemnation from some of Hollywood’s top organizations and companies.
Rhett Reese, a scriptwriter known for his “Deadpool” films, said in an interview that the Cruise-Pitt video had sent a “cold shiver” up his spine.
“For all of us who work in the industry and devoted our careers and lives to it, I just think it’s nothing short of terrifying,” he said. “I could just see it costing jobs all over the place.”
ByteDance released Seedance 2.0 last week, nearly two months after a previous version had failed to prompt much anger. A news release from the company praised the updated tool’s “physical accuracy, realism and controllability,” which it said was suitable for the needs of “professional-grade creative scenarios.”
“The creation process,” the release went on, “is more natural and efficient, allowing users to control their creations like a true ‘director.’”
Users promptly flocked to the platform to spin up their own content. An alternate ending to “Game of Thrones” went viral, as did a video of the notoriously beefing rappers Kendrick Lamar and Drake burying the hatchet on “The Tonight Show,” and one of Samara Morgan, the vengeful girl in “The Ring” horror films, emerging from an old television set to pet a cat.
Robinson himself posted additional videos, including of Pitt and Cruise battling a robot, and of Pitt sparring with a sword-wielding “zombie ninja.”
At the same time, Hollywood was swift to sit up straight. Charles Rivkin, the chairman and chief executive of the Motion Picture Association, called on ByteDance to “immediately cease its infringing activity,” saying in a statement that Seedance 2.0 had engaged in the unauthorized use of copyrighted works on a “massive scale.” Human Artistry Campaign, a global coalition that advocates using A.I. “with respect for the irreplaceable artists, performers and creatives,” said on social media that unauthorized works generated by Seedance 2.0 violated the “most basic aspects of personal autonomy.”
Disney, which in a watershed $1 billion deal last year agreed to allow OpenAI’s Sora users to generate video content with its characters, sent a cease-and-desist letter to ByteDance, accusing it of supplying Seedance with a “pirated library” of Disney’s characters — “as if Disney’s coveted intellectual property were free public-domain clip art.”
ByteDance, which also owns TikTok and has been valued at $480 billion in the private markets, said in a statement that it respected intellectual property rights and was aware of the concerns about Seedance.
“We are taking steps to strengthen current safeguards as we work to prevent the unauthorized use of intellectual property and likeness by users,” the statement said.
As last year’s deal between Disney and OpenAI suggests, Hollywood has for years wrestled with how to manage the rapid growth of generative artificial intelligence. The concerns outlined by Reese echoed the Writers Guild strike in 2023, when for months thousands of union members demanded that studios institute guardrails protecting them from having their jobs or their intellectual property stolen by A.I. In the end, the group won guarantees that A.I. would not encroach on writers’ credits and compensation.
Duncan Crabtree-Ireland, the national executive director and chief negotiator of SAG-AFTRA, which represents actors and media artists, said its contracts had specific and enforceable rules about digital replication. The kind of material represented by the Cruise-Pitt battle, he said, “could not be produced by any of the signatories to our contracts — the studios, the streamers — without the specific, informed consent of those individuals.”
According to Crabtree-Ireland, the real concern is that, even if videos generated by Seedance and other A.I. platforms “are not malicious in intent,” they could “really violate someone’s right to control how their image, their likeness and their voice is used.”
Not everyone is awed by Seedance’s latest technology. Heather Anne Campbell, an executive producer and a writer on the animated series “Rick and Morty,” said her social media accounts last week had been inundated with Seedance-generated clips of anime, sci-fi and unlikely superhero battles. But she is not yet worried, she said, about losing her job to the technology.
“Everybody is, I think, swept up by the circus that came to town and is showing off,” she said. “I haven’t seen anything good yet. Nothing that has taken my breath away, nothing that is poignant, nothing that is provocative even. It’s all just garbage.”
Campbell added that A.I. services like Seedance were at best “averaging machines,” and argued that the greatest art was never made quickly or impersonally.
Still, some people working in Hollywood find it difficult to imagine that studios will not come to see A.I. as a cost-saving shortcut. “It would be cheaper to have A.I. write a screenplay than it would be for me to write a screenplay,” Reese, the “Deadpool” writer, said. “I just know that in the back of my mind, that’s where the terror comes from.”
For Reese, a long-term answer to the unease that A.I. will reorder Hollywood could not come quickly enough.
“If I could wave my magic wand and make A.I. go away, at least in the creative field,” he said, “I would absolutely wave the wand.”
https://www.nytimes.com/2026/02/16/movies/tom-cruise-brad-pitt-artificial-intelligence-seedance.html
February 16, 2026
GEOPOLITICS: THE MUNICH SECURITY CONFERENCE
The Economist (Pay Wall)
Threats, then blandishments : America offers Europe warmer words, but a deep chill remains
Marco Rubio praises NATO allies in Munich, but most remain wary
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
Rubio’s Tough Love for Europe
His message is better than Vance’s, but then there’s Ukraine.
https://www.wsj.com/opinion/rubios-tough-love-for-europe-e2e2b3ad?mod=opinion_lead_pos1
The New York Times
Three American Speeches at Munich, and Plenty of Confusion
As the U.S. message veered from shared heritage and values to shared interests and back again, Europeans wondered what kind of alliance they were left with.
In the space of just a year, European leaders have heard three descriptions of how the Trump administration is reimagining the American relationship with its allies. Each strikes a bit of a different tone, but all are intended to push them into a new era in which Washington’s commitment to defend them faces new limits.
One was delivered by Vice President JD Vance last year, a blistering condemnation of European-style democracy, arguing that waves of immigrants and Europe’s restrictions on its own far-right parties pose a greater threat to the continent than Russia’s aggression.
The second was a far easier-to-swallow version of a similar message from Secretary of State Marco Rubio on Saturday. He described a hazy and sometimes idealized cultural history shared by Europe and the United States and argued that each faced “civilizational erasure” unless it figured out a way to control its borders.
Then, at the same conference, the most senior defense official to attend, Elbridge Colby, the under secretary of defense for policy, offered a classic American national-security message about shared interests, not values, recommending that both sides focus on “nuts and bolts kind of stuff.”
If the Europeans emerged a bit confused, it’s understandable.
Mr. Vance and Mr. Rubio could well end up as rivals for the presidential nomination in 2028 — or as running mates. So how they described America’s role and purpose with its allies was intended as much for audiences at home. They know each phrase will be weighed by MAGA supporters who are suspicious of the degree to which the Trump administration has intervened around the world, whether in Venezuela or Iran, Syria or Greenland.
But their immediate audiences were NATO allies. While the Europeans have committed to spending far more on their defenses between now and 2035, they also know that should the breach with the United States widen, they would need to replicate America’s vast powers and reach — a project that would cost them far more, and could take 10 to 20 years.
Mr. Vance’s speech last year was met by a stunned silence, even gasps. Mr. Rubio’s softer version on Saturday morning drew a standing applause by those in the hall of the Bayerischer Hof hotel, a stately remnant of the old Europe that Mr. Rubio seemed to be idealizing. His words were deemed reassuring by the president of the European Commission, Ursula von der Leyen.
The chairman of the security conference, Wolfgang Ischinger, noted that while Mr. Vance talked about NATO as “them,” Mr. Rubio referred to the alliance as “we.” Still, he said that Mr. Rubio’s speech was a “starkly American view of the world.”
For many European officials and analysts, the reaction quickly turned cautious. Mr. Rubio’s case for the alliance barely touched on the threats from Russia and other adversaries, and was far more of a defense of the white Christian heritage that he said connects Europe and the United States.
While Mr. Rubio did not mention the far-right parties that Mr. Vance praised, he seemed to give voice to the argument that the purpose of national security strategy was to protect “one civilization: Western civilization.”
“We are bound to one another by the deepest bonds that nations could share,” he said, “forged by centuries of shared history, Christian faith, culture, heritage, language, ancestry and the sacrifices our forefathers made together for the common civilization to which we have fallen heir.”
He argued that the Trump administration has “no interest in being polite and orderly caretakers of the West’s managed decline,” adding, “We do not seek to separate, but to revitalize an old friendship and renew the greatest civilization in human history.”
And it was noticed by everyone that Mr. Rubio chose to travel from Munich to Slovakia and Hungary, countries run by populist far-right parties that are skeptical of the European Union and that have moved closer to Russia, especially on the war in Ukraine.
Luuk van Middelaar, a Dutch historian and former E.U. official, called the Rubio speech “well-crafted, and therefore all the more dangerous for the Europeans, offering a new pact on the basis of a shared civilization, but omitting the Vance part of a year ago, which comes with U.S. alignment with MAGA allies in Europe.”
So in a sense, he argued, “the Europeans are walking into a trap.” Mr. Rubio “tried to embrace us in a shared story of history and peoples, kin and religion, while leaving out an awful lot of nonwhite Europeans — and Americans, too.”
A senior European official described Mr. Rubio’s argument as a poison pill. His case for defending “Western civilization,” he said, was offered as a bargain for America’s defensive umbrella, with its implicit suggestion that the United States and its Western allies were fighting to preserve a whiter, more Christian Europe. It would make it far harder, he argued, for European leaders to interact with the rest of the world, let alone with their own non-Christian citizens.
While some Europeans understand that Mr. Vance and Mr. Rubio are speaking to two audiences — one in Europe, one in the United States — Mr. Colby is not a politician. He is a conservative defense scholar who finds himself cast in the role of explaining a Trump national security strategy that is shifting each week.
He spoke of “common sense and flexible realism,” dismissing talk of shared values as “hosannas or shibboleths.” From “our part of the political spectrum, I’m not sure that’s true,” he said.
Instead, “let’s ground our partnership on something more enduring and durable and kind of real, like shared interests,” Mr. Colby said. “The values are obviously there, and the history is there,” he said. But “you can’t base an alliance on sentiment alone,” and “maybe there are differences of values.”
That message went over far better with Europeans, like Chancellor Friedrich Merz of Germany, who in his opening remarks to the conference said pointedly, “The culture wars of the MAGA movement are not ours.”
Mr. Colby’s view of a relationship of shared interests is far closer to where the Europeans want to be, with his open commitment to collective defense and the American nuclear guarantee.
Mr. Colby insisted that over time Europe would have to defend itself in any conventional war, noting that America’s presence at the core of NATO is integral to ensure that conventional conflict does not escalate to a nuclear one.
After all was said, Europe was left wondering which America it is allying with, said Ivan Krastev, a Bulgarian political scientist who is a fellow at the Institute for Human Sciences, a research institution in Vienna.
“Sometimes we say we can do without the Americans, and then sometimes we’re relieved that America seems to be back,” he said.
Europeans who see in Mr. Rubio a return to the kind of American ally they have known since the end of World War II “are fooling themselves,” he said.
“And you could say Europeans want to be fooled, since they are dependent on the U.S. even more today than in 1989,” the year that the Berlin Wall was breached, given Russia’s four-year war in Ukraine, which directly challenges European security.
Europeans are less worried about the pressure to spend more on the military as the United States turns to China, Mr. Krastev said.
“What Europeans are most worried about is that this administration became highly ideological,” he said. “What is new is the readiness of the U.S. to enter European domestic politics. And what’s interesting is not what Rubio said here but where he goes from here” — to Slovakia and Hungary.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Rede von Rubio: Der freundliche Amerikaner
Die Rede des US-Außenministers wird bei der Sicherheitskonferenz mit Erleichterung aufgenommen. Dabei macht Marco Rubio deutlich, wie weit sich das amerikanische Denken vom europäischen entfernt hat.
Als der amerikanische Außenminister seine Rede auf der Münchner Sicherheitskonferenz am Samstagmorgen beendet hat, stehen die Zuhörer auf, um ihm zu applaudieren. Lange. Eine große Erleichterung scheint durch den Saal im Bayerischen Hof zu gehen nach den Worten von Marco Rubio. So groß war schon der Unterschied im Ton zu der harschen Rede des Vizepräsidenten J.D. Vance im vergangenen Jahr. Dabei hat auch Rubio in vielen Passagen seiner Rede die Motive ausgeführt, die schon Vance im vergangenen Jahr deutlich rabiater vorgetragen hatte. Nur freundlicher.
Die Gegensätze zu mehreren Punkten, die Bundeskanzler Friedrich Merz bei seiner Rede am Tag zuvor gemacht hatte, sind offensichtlich. Und ein Thema, das die transatlantischen Beziehungen zumindest aus Sicht der Europäer zuletzt am heftigsten erschüttert hat, blieb ganz außen vor: die Grönland-Krise.
Mit Spannung war die Rede von Rubio erwartet worden, und in vielen Passagen spricht er so, wie viele in Europa sich das erhofft haben: Er greift immer wieder zurück auf die tiefe Verbindung zwischen Europa und Amerika, auf die lange Geschichte. „Unsere Wurzeln liegen hier“, sagt er. „Wir sind Teil einer Zivilisation, einer westlichen Zivilisation.“ Rubio spricht vom christlichen Glauben, der Kultur, Sprache und den Opfern, welche die Vorväter gemeinsam gebracht hätten, um diese Zivilisation zu schützen. Diesen Rückgriff nutzt Rubio aber vor allem, um immer wieder klarzumachen, dass Amerika so vorangehe, wie es das tut, um diese westliche Zivilisation zu schützen, zu stärken, die westliche Vorherrschaft zu sichern. Und unausgesprochen nahezulegen: die Europäer täten dafür nicht genug.
Europa liegt Rubio am Herzen
Rubio sagt an Europa gerichtet: „Deswegen scheinen wir Amerikaner vielleicht manchmal etwas direkt in unseren Ratschlägen“ und „Das tun wir, weil uns ihre und unsere Zukunft sehr am Herzen liegt.“ Er sagt auch: „Wir wissen, dass Europas Schicksal immer auch eine Auswirkung haben wird auf unser Schicksal.“ Das sind Sätze, die man in europäischen Hauptstädten in den nächsten Wochen und Monaten immer wieder zitieren dürfte. Rubio sagt aber auch mit dem Blick auf Amerikas Weg in die Zukunft: „Wir sind bereit, wenn nötig, dies alleine zu tun.“ Auch wenn man den Weg lieber zusammen mit den Freunden in Europa beschreiten würde.
Gleich am Anfang seiner Rede hat Rubio aber schon Wegmarken aufgezählt, mit denen sich Europa schwertut. Wie Vance im vergangenen Jahr beschreibt auch Rubio die Migration als großes Problem, das „den Fortbestand unserer Kultur und die Zukunft unserer Völker in Gefahr gebracht hat“. Am Vortag hatte Merz gesagt, dass man am Klimaabkommen festhalte, „weil wir überzeugt sind: Globale Aufgaben werden wir nur gemeinsam lösen.“ Rubio spricht hingegen davon, dass man einem „Klimakult“ gehuldigt habe.
Merz hatte gesagt: „Wir glauben nicht an Zölle und Protektionismus, sondern an freien Handel“ – Rubio setzt dem entgegen, dass der Westen die „dogmatische Ideologie des freien und unregulierten Handels umarmt“ habe, was zum Abstieg beigetragen haben soll. Und Rubio macht deutlich, wie es aus der Sicht Washingtons um die internationale Ordnung bestellt ist: „Wir dürfen die globale Ordnung nicht länger über die nationalen Interessen unserer Länder stellen“, sagt er. Dann zählt Rubio die internationalen Krisen auf, bei denen die Vereinten Nationen „praktisch keine Rolle“ spielten. Nur die USA unter der Führung des Präsidenten hätten geliefert, von Venezuela über Gaza bis zur Ukraine, wo man zumindest an einem Tisch sitze und verhandele (auch wenn Rubio später eingesteht, dass man nicht wisse, ob die Russen es ernst meinten).
Doch Rubio verschont die Europäer mit der von Vance so heftig vorgetragenen Kritik an der angeblichen Einschränkung der Meinungsfreiheit – dagegen hatte sich auch Merz am Vortag verwahrt. Stattdessen kommt der Außenminister immer wieder auf die reiche Geschichte Europas zurück, aus der auch sein Land entsprungen war. Er spricht sogar von deutschen Bauern, die die Landwirtschaft in Amerika geprägt hätten. Und vom deutschen Bier. Viele Sätze der Verbundenheit. „Wir wollen das zusammen mit ihnen schaffen“, sagt Rubio und wünscht sich ein Europa, das stolz sei auf seine Geschichte, das in der Lage sei, sich selbst zu verteidigen, und „den Willen hat, selbst zu überleben“. Dann gibt es den stehenden Applaus.
EUROPEAN DEFENSE
Le Figaro
L’Allemagne juge «insuffisants» les efforts français pour augmenter les dépenses de défense
Berlin presse Paris de traduire ses ambitions sur la souveraineté européenne par des actions concrètes.*
L’Allemagne juge insuffisants les efforts français pour augmenter les dépenses de défense et muscler la souveraineté européenne, a déclaré lundi le chef de la diplomatie allemande.
Le président français Emmanuel Macron «évoque à juste titre tout le temps notre aspiration à la souveraineté européenne . Quiconque en parle doit agir en conséquence dans son propre pays. Les efforts déployés jusqu’à présent en république française sont insuffisants pour y parvenir», a dit le ministre Johann Wadephul dans un entretien à la radio allemande Deutschlandfunk.
«Faire des économies»
Évoquant l’objectif affiché des pays de l’Otan d’atteindre, sous la pression de Donald Trump, au moins 5% de leur Produit intérieur brut (PIB) consacrées à leurs dépenses de sécurité d’ici 2035, le ministre a jugé que chez ses voisins il y avait «des progrès à faire». Il a donc appelé la France à «faire des économies», notamment dans le domaine social, pour «disposer de la marge de manœuvre nécessaire afin d’atteindre l’objectif central de la capacité de défense de l’Europe».
Il a également rejeté l’appel de président français à une forme de mutualisation européenne des emprunts nécessaire à financer de vastes investissements, faisant écho ainsi au chancelier Friedrich Merz. Selon lui, les 5% promis par les États de l’Otan sont des «engagements de dépenses nationales» et non européennes.
L’Express
Les déboires français d’Helsing, la pépite de la défense allemande
Défense. La licorne européenne de l’intelligence artificielle de défense, qui a annoncé en juin dernier une levée de fonds record de 600 millions d’euros, tisse sa toile en Europe, mais se heurte à un mur en France.
Entre l’industriel qui en a vu d’autres et le jeune directeur général venu de Palantir, à la rhétorique “start-up”, le courant n’est pas passé. En décembre 2024, Éric Trappier, le tonitruant PDG du groupe Dassault, reçoit Antoine de Braquilanges, à la tête du bureau français d’Helsing. L’entreprise fondée en 2021 en Allemagne et implantée en France en mars 2022 a démarré très fort, très vite. Positionnée sur le créneau de l’intelligence artificielle militaire, celle qui s’est en quelques mois hissée au rang de licorne européenne conçoit, entre autres, des systèmes de pilotage automatique à destination des avions de combat. Pourquoi ne pas les intégrer au Rafale, le joyau de Dassault Aviation? Éric Trappier, pour le moins rétif aux donneurs de leçons, d’autant plus venus d’outre-Rhin, laisse la démonstration s’achever et finit par se braquer. Depuis cet épisode, Helsing trouve porte close chez l’avionneur. “Et qui se fâche avec Dassault se fâche avec Thales et avec l’environnement du missilier MBDA”, lâche un spécialiste de l’IA de défense.
Helsing, qui vient tout juste de décrocher un giga-contrat de plus de 250 millions d’euros avec l’Allemagne, pour la commande de drones d’attaque à envoyer sur le front ukrainien, peine à s’arrimer en France. Sur le papier, l’ambitieuse entreprise, connue pour sa communication à la fois offensive et auréolée de mystère, a tout pour plaire. Des technologies 100 % européennes, à l’heure où l’autonomie stratégique à l’égard des Etats-Unis est devenue un impératif. Des talents débauchés à prix d’or auprès des grandes boîtes de la tech, dont Palantir et OpenAI, mais aussi chez Airbus ou encore à l’Otan. Le général Denis Mercier, ancien patron de l’armée de l’air et ex-commandant suprême allié pour transformation de l’Otan, a ainsi rejoint les rangs d’Helsing en octobre 2022. Antoine Bordes, ancien numéro deux de l’IA chez Meta, officie quant à lui depuis le printemps 2023 en tant que vice-président pour la recherche. Helsing peut également compter sur l’appui intangible du milliardaire suédois Daniel Ek, le fondateur de Spotify.
Faux départ
En juin 2025, au salon du Bourget, l’entreprise a dévoilé une stupéfiante levée de fonds de 600 millions d’euros – portant sa valorisation à 12 milliards d’euros. Son pavillon noir, épuré, orné d’un slogan grandiloquent – “Protéger nos démocraties” -, a intrigué plus d’un visiteur. Alors même qu’Helsing affichait un succès insolent, de premiers doutes ont commencé à bruisser dans les allées du grand rendez-vous de l’aéronautique, sur les débouchés concrets du groupe en France. Après plusieurs déconvenues auprès du ministère des Armées, de l’imposante direction générale de l’armement mais aussi des grands industriels de la défense, l’ex start-up en est même venue à soupeser ces derniers mois la piste d’une fermeture de son bureau français, a-t-on appris.
Mars 2022. Au lendemain de l’invasion russe en Ukraine, le groupe fondé par Gundbert Scherf, venu du conseil et passé par le ministère allemand de la Défense, à l’époque où Ursula von der Leyen était ministre, s’installe à Paris. Antoine de Braquilanges, fraîchement nommé directeur général, multiplie les prises de contacts auprès des pouvoirs publics et frappe aussi bien à la porte du ministère des armées que de l’Élysée, qui lui réservent un accueil favorable. L’exécutif est sensible à la piste d’une coopération franco-allemande fructueuse, à l’heure où le SCAF, le projet d’avion de chasse du futur, commence à sérieusement s’enliser. Le cabinet de Sébastien Lecornu, alors ministre des armées, est séduit par ce nouvel acteur prompt à pousser les murs. A coup de présentations léchées, de pitchs incisifs et de promesses de disruption, Helsing déroule auprès des forces armées les perspectives offertes par l’intelligence artificielle de défense et mène un ardent travail de pédagogie.
Très vite, la posture de ce nouvel entrant irrite néanmoins en haut lieu, dans un écosystème connu pour son conservatisme. “Débarquer dans le secteur français de la défense en se présentant comme des Mozart du logiciel prêts à tout réinventer leur a clairement porté préjudice”, note un ancien de la DGA qui a observé les premiers pas d’Helsing en France. Le ministère des armées freine des quatre fers pour délivrer aux équipes françaises de l’entreprise les accréditations nécessaires à l’accès aux données militaires, par essence sensibles et essentielles pour faire tourner leurs algorithmes et améliorer les performances de leurs solutions. “A chaque difficulté rencontrée, les dirigeants d’Helsing ont eu tendance à s’adresser directement à l’Élysée pour exiger des explications, quitte à court-circuiter tous les canaux officiels”, souffle un industriel.
En parallèle, la société n’hésite pas à piocher de talentueux profils dans les rangs du ministère des Armées. Fin 2022, elle débauche deux des principaux spécialistes de l’intelligence artificielle de défense au sein de la Direction générale de l’armement. “Le fait qu’Helsing fasse son petit marché à la DGA a eu le don d’énerver”, rapporte-t-on. Surtout, l’irruption de ce concurrent potentiel suscite à la fois la curiosité et l’inquiétude d’indétrônables industriels, implantés de longue date. A l’été 2022, Thales se tourne ainsi d’après nos informations vers le géant français de l’intelligence économique, l’Adit, pour se renseigner sur les technologies, les méthodes et les prises de contact d’Helsing en France. Histoire de mieux cerner la force de frappe de ce nouveau rival.
Un marché verrouillé
Helsing, qui prend la mesure de ses difficultés à vendre des solutions logicielles embarquées à l’armée française, pivote en 2024 vers un nouveau marché : celui des munitions téléopérées dans les airs et en mer. Mais là encore, la mayonnaise ne prend pas. Les tarifs proposés pour leurs solutions, qui outrepassent le budget des forces françaises, finissent d’achever la dégradation des relations. “Leur approche premium en matière de prix a fait tomber certains militaires de leurs chaises”, note un expert du financement de la défense. “Leurs origines allemandes jouent aussi contre eux, complète un conseiller de Matignon. C’est la raison pour laquelle ils ne sont pas forcément les bienvenus.” Dans une note publiée fin janvier sur le réarmement à l’ère de l’IA, Gilles Delafon, chercheur associé à l’Institut Thomas More, pointe du doigt un problème plus structurel : “En France et en Europe, l’intégration des acteurs émergents de l’IA de défense se heurte à de fortes résistances institutionnelles et industrielles.” Et de poursuivre : “Bousculer l’ordre établi depuis des décennies relève de la mission impossible.”
Pour l’heure, les partenariats industriels noués par Helsing ne l’ont ainsi été qu’auprès d’acteurs militaires allemands, danois ou suédois. Les prochains mois seront décisifs pour l’avenir de la société en France. Les récentes accélérations de Thales et Dassault dans l’intelligence artificielle de défense réduisent encore davantage ses perspectives et rigidifient l’accès à ce marché stratégique. Au tout début du mois de février, Thales s’est allié avec Naval Group pour mettre les bouchées doubles sur ce front et développer une IA souveraine à destination des navires militaires. Quelques semaines auparavant, l’avionneur investissait massivement dans Harmattan AI, l’un des nouveaux phénomènes du secteur français de l’armement. Dassault Aviation entend se servir des technologies développées par son nouveau partenaire pour la prochaine version du Rafale. Ce qui laisse dire à un ex-cadre de la DGA : “A l’heure où le SCAF est mort, Dassault a trouvé son Helsing français.”
JOINT EUROPEAN DEBT
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Gemeinsame EU-Schulden: Der neue Kampf um Euro-Schulden
Friedrich Merz schließt neue Euro-Schulden aus. Doch Macron macht Druck und selbst die Bundesbank fährt dem Kanzler in die Parade. Was für und gegen die Gemeinschaftskredite spricht.
Kein Wort zu Eurobonds vor laufenden Kameras zum Gipfelauftakt, ein scharfer Wortwechsel hinter verschlossenen Türen. Der Streit zwischen Frankreich und Deutschland über neue gemeinsame Schulden tobt nach dem Sondertreffen der EU-Staats- und -Regierungschefs zur Wettbewerbsfähigkeit auf höchster Ebene. Der französische Präsident Emmanuel Macron wiederholte beim Austausch im belgischen Wasserschloss Alden Biesen seine Forderung nach Eurobonds.
Er habe ihm darauf „klar gesagt, dass ich Eurobonds nicht zustimmen kann“, betonte Bundeskanzler Friedrich Merz anschließend. Er wolle und könne das nicht, sagte er weiter. Die für den Corona-Fonds gemachten Schulden seien eine Ausnahme gewesen. „Das darf nicht zur Regel werden.“
Eine große Debatte habe es über das Thema in Alden Biesen nicht gegeben, sagten Diplomaten. Nur der spanische Ministerpräsident Pedro Sánchez stimmte Macron offen zu. Der ehemalige Präsident der Europäischen Zentralbank (EZB) und EU-Sonderbeauftragte Mario Draghi forderte die Chefs auf, mehr Geld bereitzustellen. Er ist seit Langem Befürworter neuer Eurobonds. Klar ist: Die Debatte wird beim nächsten regulären EU-Gipfel im März weitergehen.
Dann steht der EU-Haushalt 2028 bis 2034 auf der Agenda. Die Europäische Kommission fordert zwar in diesem Zusammenhang ebenfalls neue gemeinsame Schulden. In der aktuellen Debatte hält sie sich aber bisher zurück. Sie sieht die pauschale Forderung nach neuen Eurobonds als wenig zielführend an. Neue Schulden sind für sie aber immer eine mögliche Antwort auf konkrete neue Projekte.
Merz: Verfassungsgericht hat „sehr klare Grenzen“ aufgezeigt
In Belgien verwies Merz auf das Urteil des Bundesverfassungsgerichts zum EU-Wiederaufbaufonds. Es habe der deutschen Regierung „sehr klare Grenzen“ aufgezeigt. Im Dezember 2022 entschieden die Richter in den roten Roben, ausnahmsweise sei eine solche Kreditaufnahme zulässig, obwohl die europäischen Verträge dies nicht vorsähen, „da die Kreditaufnahme zeitlich befristet und der Höhe nach begrenzt ist und die Summe dieser sonstigen Mittel den Umfang der Eigenmittel nicht übersteigt“.
Weiter befand das Gericht: „Offensichtlich unzulässig dürfte die Aufnahme von Krediten durch die Europäische Union am Kapitalmarkt hingegen jedenfalls dann sein, wenn sie allgemein zur Haushaltsfinanzierung erfolgt.“
Das ist die juristische Seite in der deutschen Abwehrschlacht. Hinzu kommen ökonomische und politische Bedenken. So ist man in Berlin skeptisch, dass Europa allein mit neuen Schulden seine Defizite lösen kann. Außerdem dürfte die Sorge groß sein, mit Eurobonds der EU-kritischen Alternative für Deutschland weiteren Auftrieb zu geben. Das gilt nicht zuletzt für die Union. Gerade bei konservativen Wählern sind neue Schulden im Allgemeinen und eine größere Haftung Deutschlands für gemeinschaftlich aufgenommene Wertpapiere im Besonderen wenig populär.
Mit der Änderung des Grundgesetzes unmittelbar nach der Bundestagswahl, die es erlaubt, die in 75 Jahren aufgetürmte Schuldenlast in nur fünf Jahren um 50 Prozent zu erhöhen, haben CDU und CSU bei dieser Klientel schon viel Kredit verspielt. Die SPD scheint auch nicht zu glauben, sich profilieren zu können, wenn sie sich auf die Seite Macrons schlägt. Zumindest soll Finanzminister und Ko-Parteivorsitzender Lars Klingbeil die Position des Kanzleramts mittragen.
Notenbanken hoffen auf Stärkung des europäischen Kapitalmarkts
Die italienische Ministerpräsidentin Giorgia Meloni sagte in Belgien, sie sei persönlich für Eurobonds, doch spalte das Thema Europa derzeit stark. Die neue Allianz mit Merz will Meloni derzeit nicht belasten. Italien ist nach Griechenland das am höchsten verschuldete EU-Mitglied. Das hat dazu geführt, dass Italien öffentliche Investitionen stark vernachlässigt hat. Im Idealfall wünschte sich Italien eine Neuauflage des während der Pandemie beschlossenen EU-Wiederaufbauplans. Kein anderes Land hat daraus so viel in Form von günstigen Krediten und Zuschüssen erhalten, insgesamt sollen es bis Mitte 2026 gut 194 Milliarden Euro sein.
Die so finanzierten Investitionen fließen unter anderem in das Internet-Ultrabreitband, Bahn-Hochgeschwindigkeitsstrecken, das Gesundheitswesen, Forschung und Bildung. Ohne diese Mittel wäre Italien nach Schätzungen des Arbeitgeberverbandes vergangenes Jahr in die Rezession geschlittert, so wächst die Wirtschaft um 0,6 bis 0,7 Prozent. Ähnliches wird für 2026 erwartet. Die Regierung betont, dass sie die EU-Gelder nur für detaillierte Reformen erhalte. Sie dienten wegen der Verflechtung der ganzen EU. Der Wiederaufbauplan hat zumindest indirekt auch unsinnige Ausgaben wie eine übertrieben großzügige Bauförderung für Wohnungsbesitzer mitfinanziert.
Die Notenbanken im Euroraum werben mit einer anderen Begründung für Eurobonds. Ihr Fokus liegt nicht darauf, dass Regierungen mit solchen Schulden Straßen oder Kindergärten bauen könnten, sondern auf einer Stärkung des europäischen Kapitalmarkts. Es brauche ein großes Angebot gemeinsamer europäischer Anleihen in sicherer Qualität, um Investoren eine gute Anlagemöglichkeit im Euroraum zu bieten. Das ist ihr Kernargument. Die Notenbanken stehen damit an der Seite von Macron. Der Weltmarkt verlange nach sicheren und liquiden Vermögenswerten und europäischen Schulden, argumentierte dieser in dieser Woche.
Für eine so begründete Verschuldung sprachen sich die EZB-Präsidentin Christine Lagarde und Bundesbankpräsident Joachim Nagel besonders lautstark aus. Dieser weicht damit von der traditionellen Linie der Bundesbank gegen Eurobonds ab. Die Forderung der Notenbanker findet sich in einem kurzen Katalog mit Vorschlägen für Strukturreformen, den die EZB den Staats- und Regierungschefs der EU geschickt hatte. Nagel wies gegenüber der Online-Publikation „Politico“ darauf hin, dass gemeinsame Schulden mit einer Verringerung der nationalen Schulden der Eurostaaten einhergehen müssten. Wie er das erreichen will, ließ er offen.
Gemeinsame Schulden, um internationalen Investoren Anlagemöglichkeiten zu bieten, zielen darauf ab, den Status des Euros als global nachgefragte Währung zu stärken. Es geht darum, dem Dollar Konkurrenz zu machen. Lagarde spricht angesichts der Dollarschwäche unter Präsident Donald Trump schon seit einiger Zeit vom Euro-Moment, den es zu nutzen gelte. Die Notenbanker versprechen sich von der Ausgabe europäischer Schuldtiteln niedrigere Langfristzinsen im Euroraum und damit mehr Wirtschaftswachstum. Der heilsame Wettbewerbsdruck, der in der Konkurrenz der Eurostaaten um Anlagekapital die Zinsen niedrig hielt, ginge indessen verloren.
FRECH DEBT & THE WELFARE STATE
L’Express
Aides sociales : cette complaisance qui affaiblit la France, par Julia de Funès
Idées. Quand, par calcul plus que par paresse, ne pas travailler devient presque aussi rationnel que travailler, le problème n’est plus individuel : il est structurel.
De nombreux chefs d’entreprise s’interrogent : comment faire revenir les individus au travail? La question n’est plus marginale ni sectorielle. Ce n’est plus seulement une difficulté de recrutement, ni un problème d’attractivité des entreprises, mais une interrogation plus profonde sur le rapport que notre société entretient avec le travail lui-même. Elle révèle un trouble plus profond : une modification de notre rapport collectif à l’effort, à la contrainte, à la contribution. Ce n’est pas seulement le marché de l’emploi qui se tend, c’est la valeur même du travail qui s’émousse.
Lorsqu’il devient presque aussi rationnel de ne pas travailler que de travailler, non par paresse mais par calcul, le problème n’est plus moral, il est structurel. Car un système se dérègle lorsqu’il réduit l’écart entre ce que rapporte l’activité et ce que procure l’assistance au point de rendre l’effort à peine avantageux. Les horaires contraints, la fatigue, les renoncements ordinaires qu’implique toute vie professionnelle ne trouvent plus de justification suffisante. Nous dénonçons des comportements individuels là où s’exprime une incitation collective. Une organisation sociale qui rend le retrait supportable fabrique, sans le vouloir, le désengagement qu’elle déplore.
Ce désengagement repose sur plusieurs confusions. La première mélange les notions d’aides sociales et d’assistance. L’aide suppose un appui temporaire destiné à restaurer l’autonomie. L’aide vise la sortie de l’aide. L’assistanat, à l’inverse, installe et fige. Il remplace l’élan par l’habitude et substitue la compensation à l’émancipation. L’un est un tremplin, l’autre un dispositif de maintien. Née d’un souci légitime de justice et de solidarité, l’aide glisse vers une forme d’assistanat qui, loin d’élever, abaisse. Et ce que nous avons pensé comme un progrès devient insidieusement une immobilité organisée que l’on n’ose plus interroger sans être aussitôt soupçonné d’inhumanité par les vigiles du bien. La deuxième confusion touche à l’égalité des droits. Nous avons progressivement assimilé l’égalité à l’égalisation. Or la justice ne consiste pas à réduire indistinctement les écarts, mais à proportionner droits et contributions selon une équité intelligible. L’égalité des droits nesignifie pas l’indifférence aux efforts, sans quoi nous finissons par délégitimer l’idée même de mérite.
Sortir du tabou de l’argent
Que faire alors? Le remède ne consisterait bien sûr nullement à supprimer les aides sociales. Nous devons rester fiers de cette solidarité française, unique au monde par son ampleur, l’idée profondément humaine qui la fonde et la volonté de ne pas laisser les plus fragiles au bord du chemin. Mais cette vertu publique, pour être maintenue, et ne pas chavirer en vice systémique, supposerait plusieurs formes de courage. Un courage moral d’abord, celui de sortir du tabou de l’argent. Nous entretenons dans notre pays une culpabilité morale autour de l’argent, du gain, de l’enrichissement et de la réussite économique, quand ils devraient être assumés comme le fruit légitime d’un effort, d’une contribution, d’un engagement. Une société qui culpabilise la réussite économique tout en sanctuarisant l’assistance se condamne nécessairement à l’impuissance.
Un courage philosophique ensuite : restaurer les distinctions que nous avons laissées se dissoudre entre aide et assistanat, justice et égalitarisme, solidarité et dépendance. Un courage politique surtout, celui qui assumerait l’idée que revoir les aides ne serait pas une régression sociale, mais la restauration d’une exigence d’équité : celle de rétablir une égalité plus juste entre ceux qui travaillent et ceux qui en bénéficient indûment.
Encore faudrait-il entrer dans une culture de l’efficacité et de la productivité et pas seulement des bonnes intentions. Pendant que certains pays avancent avec fougue, nous croulons sous les bons sentiments au point de nous perdre dans une complaisance blâmable qui préfère les belles intentions à la réalité de la situation. La solidarité ne perdrait rien à un fonctionnement plus exigeant. Elle y gagnerait au contraire sa véritable noblesse, celle d’une aide qui élève, d’un soutien qui émancipe, et d’un pays plus fier d’enrichir que d’entretenir.
Contrepoints, Book Review
« Des économies en veux-tu en voilà », de Vincent Delahaye
Quelle joie de découvrir que des parlementaires – Vincent Delahaye est sénateur centriste de l’Essonne – ont des idées pour réduire les dépenses publiques. Les débats budgétaires qui se sont déroulés ces derniers mois ont plutôt montré que les élus en avaient seulement pour dépenser davantage.
Le sénateur Delahaye, qui est intervenu au colloque de l’IREF « Réduire les dépenses publiques, réduire le périmètre de l’État » du 2 avril 2025, commence son ouvrage en dressant un tableau, peu reluisant, de l’état de nos finances publiques. Nous ne nous y attarderons pas, les lecteurs de IREF-Contrepoints étant bien au fait de la situation. Notons seulement que l’auteur charge particulièrement Emmanuel Macron et ses « 1000 milliards de dette » supplémentaires.
« Priorité à une baisse (massive) de la dépense ! »
Pour baisser les dépenses publiques, le sénateur Delahaye s’appuie sur les exemples de la Suède, de l’Irlande, du Danemark et de la Nouvelle-Zélande, pays qui ont su mettre en œuvre une « politique d’austérité expansive » bénéfique pour leurs finances publiques et pour l’activité économique en général. L’auteur dit aussi un mot de l’Argentine de Milei et des résultats spectaculaires de sa politique réformatrice visant à « refermer les plaies béantes de l’étatisme et de l’inflation après vingt années de péronisme ».
Delahaye en appelle à une « baisse massive » de la dépense, c’est-à-dire de 120 à 150 milliards d’euros (Md€) sur cinq ans en ramenant progressivement le déficit primaire (différence entre recettes et dépenses, hors charge de la dette) à zéro, alors qu’il est aujourd’hui de l’ordre de 4% du PIB.
Ce premier effort permettrait de rompre avec une des « habitudes fâcheuses » de l’État qui consiste à faire croire que l’on fait des économies alors que l’on se contente de faire progresser les dépenses un peu moins vite que l’année précédente. Autres habitudes fâcheuses auxquelles le sénateur centriste désire s’attaquer : la surestimation des prévisions de croissance ; la multiplication des lois dites de programmation, qui reviennent à décider de l’augmentation des crédits consacrés à certaines politiques publiques plusieurs années à l’avance et limitent les marges de manœuvre pour baisser les dépenses ; la croyance dans l’idée qu’un « bon budget » est nécessairement un budget qui augmente ; le réflexe de réglementer et dépenser à la moindre « mauvaise nouvelle » annoncée au journal de 20 heures.
L’auteur mise à la fois sur les « gels et coups de rabot », moyens les plus sûrs de « dégager rapidement de substantielles économies », et sur des « réformes structurelles » qu’il détaille au fil des chapitres. Pour lancer la machine, si nous pouvons nous exprimer ainsi, Vincent Delahaye est partisan, d’une année budgétaire « blanche », c’est-à-dire « une année durant laquelle les administrations vont s’efforcer de fonctionner avec le même niveau de ressources » que l’année précédente. Avec ses collègues de la majorité sénatoriale, il avait soutenu que cette idée soit appliquée dès cette année 2026. En vain, comme chacun le sait.
« S’attaquer à toutes les dépenses »
Vincent Delahaye propose de « s’attaquer à toutes les dépenses », sans oublier celles liées au « modèle social » français. Citons, en vrac, quelques-unes des ses propositions : mettre fin à tous les régimes spéciaux de retraite non provisionnés « sans compenser cette suppression par des avantages qui coûteraient plus cher » comme on a pu le faire dans le passé ; instaurer une capitalisation obligatoire pour tous sur le modèle de celle qui existe pour les fonctionnaires ; ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ; instaurer trois jours de carence dans la fonction publique ; ne plus faire réaliser d’études et rapports par des fonctionnaires ; diminuer drastiquement le nombre et le volume d’aides publiques aux entreprises et diminuer les impôts et cotisations à due concurrence ; plafonner les dépenses « de guichet » ou dépenses « open bar » (par exemple aide à l’acquisition de véhicules « propres ou aide à la rénovation des bâtiments) ; instaurer une culture de la rigueur dans la gestion de l’argent public de façon à réaliser des économies partout où cela est possible (dépenses de réception et de communication, indemnités de résidence à l’étranger des diplomates et militaires, dépenses de l’Agence française pour le développement, etc.) ; restructurer les agences et opérateurs de l’État ; supprimer le Conseil économique, social et environnemental (CESE), etc.
Nous pourrions soutenir nombre de ces propositions, certaines ont d’ailleurs été suggérées par IREF-Contrepoints depuis longtemps. Ce qui nous chagrine quelque peu dans l’ouvrage du sénateur Delahaye, c’est la présence de demi-mesures, voire l’absence de propositions radicales à même de s’attaquer vraiment à l’hydre étatique. Prenons trois exemples emblématiques.
De peur de « braquer les fonctionnaires », il n’ose pas s’attaquer au statut de la fonction publique qui est pourtant un des principaux obstacles au changement et une des raisons de l’envolée de la masse salariale. Il refuse de diminuer les dépenses de santé dont la dérive est pourtant problématique. A ce propos, la mise en place du salaire complet et la privatisation de l’assurance-maladie auraient pu être évoquées. Il propose de ramener l’audiovisuel public à une taille comparable à celui d’autres pays en gardant dans le giron public « France 3, les chaînes régionales de France 3, celles des outre-mer, Arte, ainsi que France Média Monde et TV5 Monde ». A notre avis, c’est encore beaucoup trop. Une chaîne d’expression gouvernementale, sur le modèle de LCP, pourrait être suffisante.
C’est parce qu’il ne va pas assez loin dans la réduction du périmètre de la sphère publique que le sénateur Delahaye ne trouve que 120 à 150 Md€ d’économies. C’est, nous semble-t-il, insuffisant pour inverser vraiment la vapeur. L’IREF suggère, rappelons-le, une véritable cure d’amaigrissement de 210 Md€… par an, davantage à la hauteur des enjeux. Le sénateur Delahaye ne le reconnaît-il finalement pas lorsqu’il écrit : si la France alignait son taux de dépense publique sur la moyenne européenne, elle « dépenserait 225 milliards de moins chaque année… et n’aurait plus aucun problème financier ! »
C’est bien vers cet objectif qu’il faut tendre.
https://contrepoints.org/des-economies-en-veux-tu-en-voila-de-vincent-delahaye/
AMERICAS’s startup boom
The Economist (Pay Wall)
Diversity hires : Ethnic minorities are driving America’s startup boom
The covid-19 pandemic set entrepreneurial spirits surging—for some
VIOLENCE IN FRENCH POLITICS
Atlantico
Gauche ou droite radicales : qui est vraiment le moteur de la montée de la violence politique en France ?
Après l’attaque terroriste survenue à l’Arc de Triomphe et la mort de Quentin, jeune militant de droite agressé lors d’une rixe qui impliquerait des membres de la Jeune garde, la question d’un regain de violence politique en France s’impose avec acuité. Entre accusations croisées, stratégies d’« inversion victimaire » et discours de plus en plus conflictualisés, la gauche radicale comme la droite nationale sont pointées du doigt à travers des actes de violence politique. Assiste-t-on à un basculement durable du climat politique français, et dans quelle mesure certaines rhétoriques partisanes contribuent-elles à banaliser, voire à légitimer, le passage à l’acte violent ?
Atlantico : Après l’attaque terroriste de vendredi à l’Arc de Triomphe et suite à la mort de Quentin, après une agression par des membres présumés de la Jeune Garde ce week-end, assiste-t-on à un retour de la violence politique en France et comment expliquer un tel climat ? Dans quelle mesure certains discours politiques – à gauche comme à droite – peuvent-ils contribuer à légitimer, même indirectement, le passage à l’acte violent ?
Olivier Vial : La France est confrontée, depuis plusieurs années, à une évolution et à une accélération du phénomène, qui est documenté depuis le mois de janvier 2025 dans les universités. Le ministre de l’Enseignement supérieur avait d’ailleurs été alerté. L’UNI lui avait remis un document relatant 43 agressions en moins d’un an, menées par des militants d’ultragauche contre ses propres militants. Ces actions impliquaient des militants armés de couteaux, de barres de fer et qui menaient des attaques ciblées. Cette montée de la violence est donc documentée depuis plusieurs années.
Ce qui est en train de changer tient au discours politique actuel. Il est possible de percevoir une volonté de banaliser ces faits. Les représentants de la classe politique ont tendance à affirmer que cela a toujours existé. Or, deux éléments sont totalement nouveaux. Ils n’avaient pas été observés depuis la fin des années 1970 et le début des années 1980.
Le premier critère clé est la montée dans l’intensité de la violence. Les faits ne concernent plus, notamment pour l’ultragauche, des affrontements ou des rixes entre militants, comme cela a été fréquemment affirmé. Aujourd’hui, l’ultragauche n’intervient pas seulement pour empêcher des militants de droite de tracter ou de militer. Elle établit des fiches sur ces militants de droite et les agresse lorsqu’ils sont seuls, dans la rue, parfois devant leur domicile. L’ultragauche cherche à exercer une pression beaucoup plus forte afin de faire comprendre aux militants de l’opposition qu’ils ne seront en sécurité nulle part.
Il s’agit d’un phénomène nouveau. Cela ne concerne plus uniquement des affrontements entre militants. Une véritable stratégie visant à terroriser ses adversaires est déployée. Cela correspond à un coût social, comme l’a théorisé l’historien Mark Bray. L’objectif est de rendre socialement trop coûteux le fait de s’engager à droite.
Il est ainsi possible d’observer une montée de la violence et une évolution des méthodes, avec le fichage, le ciblage, des actions menées en surnombre et des individus désormais souvent armés, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Un autre élément est particulièrement nouveau dans l’histoire de l’ultragauche. Traditionnellement, bien qu’elle ait toujours existé et se soit montrée violente, l’ultragauche demeurait marginalisée par la gauche classique. Or, aujourd’hui, notamment par le biais de LFI, une passerelle s’est créée entre cette ultragauche violente et la gauche politique. La Jeune Garde a été créée en 2018 et s’est rapidement imposée comme une marque nationale permettant de rassembler plusieurs mouvements et différents styles de militantisme antifasciste.
Cette dynamique a séduit Jean-Luc Mélenchon, qui a très tôt invité les militants de la Jeune Garde à ses universités d’été. Il est même allé jusqu’à accorder une investiture à l’un de ses fondateurs, triple fiché S, Raphaël Arnault, lui permettant ainsi d’être élu. Pour la première fois, des militants issus de l’ultragauche sont devenus députés. Raphaël Arnault est un exemple pour la Jeune garde. Un militant du Parti ouvrier international (POI), l’une des branches trotskistes les plus radicales, Jérôme Legavre, a aussi été élu parlementaire après avoir reçu une investiture de Jean-Luc Mélenchon, ainsi qu’un représentant du NPA. Tous ces acteurs, initialement situés en marge de la vie politique, sont entrés à l’Assemblée nationale grâce à ces investitures.
Dans le discours politique, cela correspond à une volonté assumée. Jean-Luc Mélenchon a en effet déclaré très tôt que son objectif était de « tout conflictualiser ». Dans cette perspective, il a besoin de personnalités portées vers la provocation et l’action directe dans la rue afin d’alimenter ce qu’il présente comme une confrontation avec l’extrême droite.
Il en a besoin car cela lui permet de mobiliser ses troupes et il attise régulièrement les tensions. Une vidéo circule sur les réseaux sociaux, issue d’un meeting. Sur ces images, Jean-Luc Mélenchon appelle ses militants à s’organiser et à adopter des méthodes impactantes vis-à-vis de leurs adversaires. Une telle formulation peut difficilement être interprétée autrement que comme une incitation à un engagement susceptible de dépasser le simple cadre du débat d’idées. Il y a une légitimation de la violence dans la mesure où les adversaires ne sont plus considérés comme de simples adversaires politiques, mais comme des ennemis.
Il est possible de constater ce phénomène depuis l’agression subie par Quentin. Il s’agit de coller l’étiquette d’« extrême droite », voire de « nazi », à n’importe quel adversaire afin de légitimer le fait de le frapper, de le mettre hors d’état de défendre ses idées. Cette volonté de déshumaniser l’adversaire constitue également une méthode classique des antifas, théorisée par l’un de leurs penseurs, l’historien Mark Bray, l’un des organisateurs du mouvement Occupy Wall Street.
Aurélien Marq : Avant tout, je veux dire ma profonde sympathie pour le jeune Quentin, maintenant décédé, présenter mes condoléances à sa famille et à ses proches, et ma gratitude envers les forces de l’ordre qui ont neutralisé le terroriste de l’Arc-de-Triomphe.
Vous évoquez un retour durable de la violence politique, mais hélas, cette violence a-t-elle jamais cessé ? Elle se transforme, connaît des pics et des accalmies, mais n’a jamais disparu. Il y a encore quelques décennies, il n’était pas rare que des manifestations (je pense aux marins-pêcheurs, ou aux sidérurgistes par exemple) s’accompagnent d’affrontements n’ayant rien à envier à la violence des écologistes à Sainte-Soline. Souvenons-nous du groupe d’ultra-gauche Action Directe, et souvenons-nous de ses liens avec la « cause palestinienne » (déjà !) ainsi que de la loi d’amnistie en sa faveur après la victoire de Mitterrand en 1981.
Je mets à part le terrorisme au nom de l’islam, comme à l’Arc-de-Triomphe, qu’il faut comprendre dans le cadre bien plus large de l’islamisation par la violence, qui dure depuis le prophète de l’islam lui-même, du moins si l’on en croit la tradition musulmane. Mais c’est vraiment d’un autre ordre, c’est une violence eschatologique plutôt que politique, et je l’exclus de la suite de mon propos.
Au lieu de nous demander « pourquoi la violence ? », je préfère réfléchir aux conditions qui permettent son absence, c’est-à-dire les conditions d’un mode d’organisation collectif permettant de résoudre les conflits autrement que par la violence. J’en vois deux, notamment : un accord minimum entre tous les acteurs sur le socle commun à préserver, et la possibilité de peser sur les décisions collectives autrement que par la violence – disons en termes modernes : la possibilité de l’alternance. Or, aucune de ces deux conditions n’est plus remplie aujourd’hui. A tort ou à raison, chaque camp estime que ses adversaires menacent de manière irréversible ce qu’il considère comme non-négociable (pour certains, le climat, pour d’autres, une certaine stabilité économique, pour d’autres encore, la pérennité de notre peuple ou de notre civilisation, etc). Quant à la possibilité de l’alternance, ce n’est un secret pour personne que le centrisme autoritaire, ou extrême-centre, tente de verrouiller à son profit les institutions et le jeu démocratique – on pense à la toute récente nomination d’Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes, à la volonté d’Emmanuel Macron d’étendre les peines d’inéligibilité, ou à l’obsession pour le contrôle des réseaux sociaux.
Pour ce qui est des discours politiques, il est impossible au pays de Jean Moulin et du Chant des Partisans de condamner machinalement toute forme d’action violente. La vraie question est dans la distinction entre le résistant et le terroriste, autrement dit dans la capacité d’un camp à penser contre lui-même et à se demander : « ceux qui ont recours à la violence illégale au nom d’idées que je partage sont-ils légitimes ? » Force est de reconnaître qu’en France la gauche considère par défaut que tout ce qui est fait au nom de ses idées est a priori légitime, alors que la posture par défaut de la droite est légaliste (je parle bien de postures par défaut, pas de prises de position systématiques). Non pas parce que la loi française serait plus favorable aux idées de droite (c’est même l’inverse) mais par crainte des conséquences possibles du chaos. La gauche rêve de « faire table rase du passé » alors que la droite, pour reprendre une réflexion de Roger Scruton, a bien conscience que ce qui est précieux peut facilement être détruit, mais ne peut être construit qu’à grand peine et sans certitude de succès.
Jean-Luc Mélenchon et Eric Coquerel ont recours ces dernières heures, depuis l’agression et la mort de Quentin, le jeune militant de droite nationale, au principe de l’inversion accusatoire en expliquant que LFI et la gauche sont elles-mêmes victimes et ciblées par l’extrême droite et les militants de la droite nationale. En quoi cette stratégie de LFI contribue-t-elle à alimenter le climat de violence politique dans le pays ? Sur le plan intellectuel, quelles sont les références historiques, intellectuelles ou idéologiques qui irriguent aujourd’hui ces discours de conflictualisation – qu’ils viennent de la gauche radicale ou de la droite nationale ?
Olivier Vial : L’objectif est très simple. Dès la connaissance de ce drame, LFI, leurs dirigeants et les militants d’ultragauche ont immédiatement mis en place une stratégie de communication offensive avec, d’abord, une volonté de minimiser les faits en les présentant comme une simple bataille entre militants, une rixe, un phénomène qui aurait toujours existé. Ensuite, ils ont employé un procédé classique de l’ultragauche consistant à désigner la victime comme un adversaire politique d’extrême droite, identitaire. À chaque étape, des qualificatifs supplémentaires ont été ajoutés afin de disqualifier la victime, aux yeux de l’opinion. À ce titre, la victime est déshumanisée, ce qui permet de légitimer l’action violente en question.
L’inversion victimaire constitue une autre phase. A travers la reconnaissance des faits, il va y avoir une tendance à affirmer que l’on subit davantage, en réalité. Cette réflexion de l’inversion victimaire est une construction largement fantasmatique, car si des actions violentes d’extrême gauche sont documentées depuis des semaines, un narratif est parallèlement élaboré à partir d’éléments présentés comme relevant d’une violence politique d’extrême droite. Il s’agit d’une logique classique visant, coûte que coûte, à établir une symétrie.
L’extrême gauche le fait, la gauche le fait, et, malheureusement, une partie des médias le fait également. Cela contribue à renvoyer tous les camps dos à dos en laissant entendre qu’il s’agit du même degré de violence. Frapper un militant à terre, le rouer de coups, lui porter des coups de pied à la tête, et voir des militantes de Némésis se tenir calmement devant une réunion publique avec une banderole ne relèvent pas du même niveau de gravité. Pourtant, dans les deux cas, cela est parfois présenté comme une provocation inadmissible. Or, ce n’est pas la même chose. Le niveau de violence est bien différent.
De la même manière, à l’université, des activistes d’extrême gauche qui saccagent un amphithéâtre, bloquent une université, ne commettent pas le même type d’actes que des militants de l’UNI qui débloquent une université en retirant des obstacles et en rangeant les poubelles qui avaient été installées pour constituer des barrages. Débloquer une université en la nettoyant ou mener des actions visant à la dégrader sont des actions diamétralement opposées. Pourtant, dans le discours médiatique et dans celui d’une partie de la gauche, il y a une volonté de tout renvoyer dos à dos afin de présenter les exactions comme des faits ordinaires.
Aurélien Marq : Je refuse de renvoyer dos-à-dos la gauche et la droite, tout particulièrement au sujet de la violence, et tout particulièrement aujourd’hui. D’après les témoignages rendus publics, Quentin appartenait à la droite nationale, mais rien ne peut permettre de le rattacher à un hypothétique équivalent de droite d’Andreas Malm – voilà un exemple de référence idéologique de la violence. Entre gauche radicale et droite nationale, il n’y a aucun signe égal, aucun effet miroir, et aucune position surplombante prétendument neutre qui tienne. Votre deuxième question en est la clef : il n’y a qu’à gauche que la société est perçue comme structurellement illégitime. Et au-delà même de la société : la civilisation occidentale, helléno-judéo-chrétienne (chacun de ces trois termes est important), qualifiée d’ordre bourgeois, patriarcal, fémonationaliste, Blanc, néo-colonial, ethnocentriste, cis-hétéro-normé, capitaliste, ou que sais-je encore.
Quant à savoir à quoi peut mener un rejet radical de la seule civilisation au monde à avoir de sa propre initiative aboli l’esclavage….
A gauche, des responsables comme Eric Coquerel dénoncent un climat violent en France en lien avec des menaces de groupes “d’ultra-droite”. Emmanuel Grégoire a fustigé une justice supposément partiale, notamment après la décision sur l’affaire Adama Traoré. Ce type de prise de position fragilise-t-il la confiance dans les institutions, et peut-il nourrir un ressentiment propice aux débordements ?
Aurélien Marq : Les propos d’Eric Coquerel sont indécents au moment où un jeune militant de droite vient d’être assassiné par des militants de gauche (sous réserve des conclusions de l’enquête, évidemment). Quant à la partialité de l’institution judiciaire, on sait depuis Oswald Baudot qu’elle serait plutôt en faveur de la gauche ! Par exemple, ainsi que l’a récemment fait remarquer Gérard Larcher, qui est tout de même le deuxième personnage de l’état, on ne peut que s’étonner de la très faible réaction des tribunaux suite aux nombreuses plaintes déposées contre Rima Hassan. Ou encore, on note que le Syndicat de la magistrature fait partie des « organisations et structures amies du film » du long-métrage « Soulèvements » à la gloire des Soulèvements de la Terre !
Ceci étant, il serait très hypocrite d’oublier que la crise de confiance envers les institutions vient d’abord des défaillances des institutions elles-mêmes, et non des discours de tel ou tel personnage politique. La première cause du ressentiment, je pense notamment au mouvement des Gilets Jaunes, c’est que les citoyens constatent que l’état n’assume plus comme il le devrait ses obligations vis-à-vis de la Nation.
Avec la menace terroriste qui persiste depuis les attentats de 2015 et au regard de l’attentat perpétré vendredi à l’Arc de Triomphe, en quoi l’islamisme contribue-t-il et participe-t-il au climat de tension et de violence politique que traverse notre pays ?
Olivier Vial : L’islamisme et la violence politique créent effectivement une tension et une inquiétude légitimes dans l’opinion publique. Toutefois, ils demeurent, à ce stade, assez hermétiquement distincts. Même si l’on observe, dans certains milieux de l’ultragauche, une forme de sympathie pour certains mouvements terroristes ou de résistance, notamment le FPLP, il existe pour l’instant peu, voire pas, de connexions entre des mouvements d’ultragauche et les mouvements djihadistes ayant attaqué sur notre sol.
Il convient néanmoins de rester vigilant. Il y a deux ans, un mouvement étudiant d’extrême gauche avait invité le militant Jean-Marc Rouillan à intervenir lors d’une conférence à Bordeaux. Jean-Marc Rouillan, ancien leader d’Action directe, avait salué l’action des terroristes responsables de l’attaque du Bataclan. Il y a donc des zones grises.
À ce stade, il n’existe pas de lien direct, mais l’islamisme et la violence politique contribuent à renforcer le sentiment que la violence est omniprésente. Il faut également se montrer prudent, car une partie de la jeunesse et des mouvements les plus radicaux expriment et partagent une forme de romantisation de ces phénomènes, ce qui pourrait, progressivement, susciter des vocations aux conséquences désastreuses.
A droite, certains courants identitaires développent un discours de confrontation culturelle ou civilisationnelle. En quoi cette grille de lecture peut-elle, elle aussi, contribuer à radicaliser une partie de l’opinion et créer un climat de tension permanente ?
Aurélien Marq : Ce serait le cas si ces discours dits « identitaires » exaltaient l’idée d’une confrontation avec toute forme d’altérité simplement en raison de son altérité. Or, à l’exception de quelques marginaux clairement rejetés par l’essentiel des identitaires, il n’en est rien. Il y a un refus de dissolution dans le multiculturalisme, évidemment, mais on ne peut parler de « discours de confrontation culturelle ou civilisationnelle » que vis-à-vis de l’islam. Jamais on n’entend rien de tel au sujet du confucianisme et des cultures confucéennes, par exemple. Or, il faut rappeler d’une part que ce discours de confrontation vient d’abord de l’islam lui-même, de manière parfaitement explicite dans le Coran comme dans bon nombre de hadiths sahihs, ce que les identitaires ne font que constater, et d’autre part que l’incompatibilité entre certains préceptes de l’islam et les fondements de la civilisation occidentale est factuelle. Pour le dire simplement, la tension n’est pas causée par l’excellent livre de Ferghane Azihari, ni par les travaux de mon ami Mohamed Louizi, ni par les déclarations d’Eric Zemmour, mais par ceux qui rêvent d’islamisation culturelle voire juridique, alors que même la Cour Européenne des Droits de l’Homme a dû reconnaître « l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie » (arrêt Refah Partisi du 13 février 2003).
La complaisance des autorités face à la violence politique n’est-elle pas un poison démocratique extrêmement dangereux ? Les leaders politiques ne devraient-ils pas incarner une position digne et recadrer leurs sympathisants ou militants afin qu’ils ne sombrent pas dans la violence politique ?
Aurélien Marq : Oui, la complaisance d’une part non négligeable des autorités face à la violence venue de la gauche est un poison pour la démocratie. En juillet 2023, Jean-Luc Mélenchon prenait prétexte des évolutions climatiques pour proclamer : « Maintenant, camarades, nous n’avons plus le temps. (….) seule l’action révolutionnaire et subversive, qui assure la rupture avec le capitalisme, peut nous permettre de tirer l’humanité de l’impasse. » Imagine-t-on les réactions, y compris judiciaires, si quelqu’un à droite déclarait par exemple que « face au grand remplacement, nous n’avons plus le temps et seule l’action révolutionnaire et subversive peut nous permettre de tirer la France de l’impasse » ? Mais comme Mélenchon est de gauche, ça passe, et un an plus tard presque jour pour jour, en juillet 2024, le premier ministre Gabriel Attal appelait à voter LFI pour « faire barrage au RN ». Entre ces deux moments, il y eut l’horreur du 7 octobre 2023, les prises de position que l’on sait de nombreuses figures de LFI, et cela non plus n’empêcha pas le « front républicain contre l’extrême-droite », c’est-à-dire le ralliement de la gauche et du centre à Raphaël Arnault et à Rima Hassan. Or, après un tel ralliement, comment prétendre encore à une « position digne » ?
Sans une véritable alternance démocratique, qui arrachera les institutions à l’emprise du « cercle de la Raison » pour les remettre au service de la France, nous ne sortirons pas de la crise.
Olivier Vial : Le problème est que la violence politique, aujourd’hui, provient essentiellement d’un camp, celui de l’ultragauche. Leur objectif n’est pas de recadrer leurs militants mais plutôt de les orienter vers un objectif politique : la conflictualisation. De ce point de vue, il y a peu d’espoir d’évolution.
En revanche, les pouvoirs publics devraient se montrer beaucoup plus fermes face à la violence politique. Cela vaut pour les violences contre les personnes commises par les antifas, mais aussi pour les sabotages et les actions menées par certains militants écologistes radicaux. Très souvent, dès lors qu’un acte revêt une connotation politique, la justice tend à le considérer comme moins grave.
Je me souviens d’une interview, il y a quelques mois, du procureur de la République Eric Vaillant, ancien procureur de Grenoble. Avant de quitter son poste, il avait souligné avoir été régulièrement confronté à des violences d’ultragauche, voire à ce qu’il qualifiait lui-même d’attentats d’ultragauche. Il regrettait que sa hiérarchie ne prenne pas ces faits suffisamment au sérieux, notamment en ne les classant pas systématiquement dans la catégorie du terrorisme ou de la violence politique, les considérant plutôt comme des faits de droit commun.
Au sein des instances politiques et des autorités policières et judiciaires, la violence politique doit être traitée pour ce qu’elle est. Il ne s’agit pas simplement de faits divers : il existe une intention politique, une organisation et une idéologie sous-jacentes. Cela nécessite un traitement plus rigoureux et plus systématique.
THE MIDDLE EAST
The Times of Israel
Doctors Without Borders suspends activities at Gaza hospital due to presence of gunmen
Organization says incidents, including, suspected weapons transfers, have increased since ceasefire; statement marks 1st time international group confirmed gunmen in Gaza hospitals
Doctors Without Borders said in a statement on that it has suspended non-critical medical activities at Nasser Hospital in Gaza’s Khan Younis due to the presence of armed men at the medical facility and “a recent situation of suspicion of movement of weapons.”
The aid group said that armed men have additionally been arresting patients.
MSF’s statement appeared to mark the first time that an international humanitarian group in Gaza has publicly reported the presence of armed men in a hospital or the possible use of such a facility for moving weapons. Is
“In recent months, in Nasser hospital in Khan Younis, patients and MSF personnel have seen armed men, some masked, in different areas of the large compound of the hospital. This had not been in areas where MSF has activities, but in other parts of the hospital compound,” Doctors Without Borders, also known by its French acronym MSF, said in the statement explaining its decision to halt work at the Nasser Hospital since January 20.
MSF has been a key provider of medical and humanitarian aid in Gaza since the October 7, 2023, Hamas-led attacks in southern Israel triggered a two-year war in the enclave. Israel and Hamas agreed to a US-brokered ceasefire in October, though both sides have repeatedly accused each other of violations.
“With an uptick since the ceasefire, MSF teams have reported a pattern of unacceptable acts, including the presence of armed men, intimidation, arbitrary arrests of patients, and a recent situation of suspicion of movement of weapons,” the humanitarian organization said. “These incidents pose serious security threats to our teams and patients.”
An MSF representative told Reuters the organization continued to support some critical services at Nasser Hospital, including inpatient and surgical care for certain patients requiring lifesaving treatment.
The Hamas-run Interior Ministry said in a statement it was committed to preventing any armed presence inside hospitals, and that legal action would be taken against violators. It suggested that armed members of certain Gazan families had recently entered hospitals, but did not identify those involved.
Israel has repeatedly offered evidence of medical facilities’ regular use by Palestinian terror groups as bases of operations due to their protected status. Hostages have also said they were held at Nasser Hospital.
Last year, a doctor, who also serves as a spokesperson for Nasser Hospital, hinted that he had been threatened by Palestinian Islamic Jihad due to his refusal to let the terror group’s operatives enter and use the hospital.
Israel announced earlier this month that it was terminating all the activities in Gaza and the West Bank of the organization after it failed to provide a list of its Palestinian staff.
MSF slammed the move, which takes effect on March 1, as a “pretext” to obstruct aid. Israel has previously accused MSF of having at least two employees who held membership in the Palestinian Islamic Jihad and Hamas terror groups.
Oxfam sued for “toxic antisemitic culture”
The scrutiny of MSF comes amid broader criticism of international aid organizations’ conduct regarding the Gaza conflict.
This week, the former CEO of Oxfam GB announced she is suing the charity, alleging a “toxic antisemitic culture” and claiming she faced pressure to prematurely use the term genocide to describe Israel’s military campaign.
“Because to use the word genocide, it has to be something that we arrive at with consultation and evidence and good legal advice,” Halima Begum told Channel 4 News. “And to try and use that term before we’re ready as an organization feels quite risky to me.”
“Essentially, it was very hard to hold on to neutrality and impartiality,” she added. “And I say that as a Muslim woman,”
In a statement to Channel 4 News, Oxfam GB said it refutes Begum’s allegations.
Oxfam works in over 70 countries, helping people in developing countries out of poverty and providing emergency aid during humanitarian crises.
Mark Goldring resigned as CEO of Oxfam GB in 2018 following revelations that the charity’s aid workers used sex workers while in Haiti following a 2010 earthquake. The British government halted funding for Oxfam in 2021 after it reported it had suspended staff members in the Democratic Republic of Congo over claims of sexual misconduct and bullying.
The Jerusalem Post
From Der Judenstaat to modern Israel: Herzl’s vision in today’s world – opinion
Over 100 years after Herzl’s Der Judenstaat, Israel faces global antisemitism, internal divisions, and the ongoing fight for its survival.
February 14 marks 130 years since the publication of Theodor Herzl’s Der Judenstaat (The Jewish State). Published in 1896, it stunned the Jewish world.
It is generally recognized that the catalyst for Herzl writing this pamphlet – or skinny booklet, as it is described – was his experience as the Paris correspondent for the Viennese newspaper Neue Freie Presse. Herzl witnessed the degrading of Alfred Dreyfus, a Jewish French artillery captain falsely convicted of selling military secrets to Germany. Herzl saw this as an example of the blatant antisemitism pervading Europe. His answer was the creation of a Jewish state where Jews could live without fear of antisemitism. His vision encapsulated that while non-Jews would be welcome, the vast majority would be Jews.
Herzl, an assimilated member of Vienna’s middle class, was not a practicing Jew nor did he speak Hebrew. His ignorance of the Jewish religion saw a future Jewish state as having little to do with Judaism, leading him, at one point, to be prepared to accept Uganda as the home of the Jewish people.
What would Herzl think if he were to return to today’s world? For sure, he would be shocked to find the level at which antisemitism has pervaded the free and so-called enlightened world.
There are those who compare today’s Jew-hatred with the hatred of Jews during the 1930s and 1940s that led to Hitler and the Germans’ annihilation of two-thirds of European Jewry. However, today’s antisemitism is particularly disturbing, as it is not limited to a single country but is practiced in far too many sovereign states throughout the world.
World educated to despise Jews
The current Jew-hatred is the result of an Iran whose supporters and proxies have ensured that the free world is educated to despise Jews. Qatar, with strong ties to Iran, has financed major universities worldwide, guiding students toward the abhorrence of Jews.
Iran’s proxies, Hamas and Hezbollah, while unsuccessful in physically eliminating the one Jewish state, have managed to persuade the “enlightened world” that Israel – the victim of Hamas’s attempt to wipe us off the map on October 7, 2023, – is the aggressor.
What the free world is not yet prepared to accept is that Iran is not only an enemy of the Jews; it is an enemy of the entire non-Muslim world.
The clearest evidence of how blind the West is in recognizing this reality is its failure to assist the brave Iranians who came out in their millions on the streets of Tehran (not for the first time), protesting against their leadership and paying the ultimate price.
Due to Iran’s complete blackout of communication, it is difficult to verify the exact number of Iranians who have been brutally murdered, but figures vary, with some quoted as high as 30,000 and beyond.
Where in the free, “enlightened” world are the demonstrators against the murderous Iranian leadership? There are those who find the time and energy to consistently demonstrate against the Jews and Israel but appear to show no sympathy for the countless men, women, and children barbarically murdered by their Iranian leaders.
What we witnessed recently in the center of London were thousands marching in support of Palestine and against Israel while brandishing placards bearing the image of Iranian Supreme Leader Ali Khamenei, with words underneath reading “The right side of history.” Chants of “Long live the ayatollah” could be heard, and Nazi salutes were visible as demonstrators marched on their way to Downing Street, home of the UK’s prime minister.
Without doubt, what the world desperately requires today is a Churchill, who alone was prepared to confront Hitler in the 1930s. The West is in dire need of such a leader. There is a time to appease and a time to confront, and – without doubt – the time to confront a second Hitler is now.
At the same time, we in Israel need to confront the ever-increasing divisions within our own society, as we are facing one of the most challenging periods in our history. The time is long overdue for self-reflection. We are a split nation, which made us vulnerable to attack on Oct. 7.
Then the country was divided over Justice Minister Yariv Levin’s proposal to weaken the judiciary – a proposal that Levin continues to promote. He also holds the position of deputy prime minister.
Israel, a country without a constitution and devoid of a second house, requires the legal input on proposed law changes. Since 1995, the Supreme Court has the authority to strike down laws passed by the Knesset if they contradict Basic Laws. In January 2024, the Supreme Court determined it has the power to review and possibly strike down even Basic Laws if they violate the “core of Israel’s identity as a Jewish and democratic state.” The court can strike down government decisions or ministerial actions based on the “reasonableness” doctrine.
What Levin aims to achieve would enable the government to do as it pleases, regardless of what is legally or morally correct.
Right now we are witnessing the government’s attempt to remove the attorney-general, its questioning of the validity of the High Court of Justice, and its refusal to recognize Supreme Court President Isaac Amit as its legally elected head.
For more than a year, Levin has failed to convene the Judicial Selection Committee, thereby preventing the appointment of judges to the magistrate and district courts, heavily increasing the burden on the judicial system.
Simultaneously, we face a government bent on passing a budget giving financial support to the ultra-Orthodox sector that continues to refuse to play its part in the defense of this country.
How dangerous is this, at a time when the IDF is short of approximately 10,000 soldiers, including an urgent need for some 7,000 additional combat personnel due to the prolonged conflict in Gaza and other fronts!
The citizens of Israel – relying heavily on those who serve in the IDF – deserve a budget that reflects the contribution made by those who give to the country, rather than those who take and give naught.
One such individual who gave of himself to save others was St.-Sgt.-Maj. Ran Gvili. The entire country, and especially his family, were relieved when his body was returned to his home for burial. Gvili was the last hostage to be released. Extraordinarily brave on Oct. 7, he was among the first to arrive to defend Kibbutz Alumim’s men, women, and children. In spite of being shot twice, Gvili succeeded in killing 14 terrorists before succumbing to his wounds.
On this 130th anniversary of Herzl’s Der Judenstadt, we appreciate how right Herzl was in recognizing the need for a state where Jews would be masters of their own destiny.
The journey to retain the one Jewish state has been fraught with challenges, of which the most testing has been to fight those bent on our destruction time and again. This we have done thanks to the sacrifice of too many – may their memory be as a blessing.
Israel, in spite of those determined to annihilate us, has succeeded in becoming a country achieving way beyond Herzl’s wildest dreams – from the days of the earliest pioneers, who turned a swampland into a country whose desert has produced untold vegetation, to the start-up phenomenon and technological world leader Israel is today, embracing manifold health-promoting discoveries utilized throughout the world.
Herzl would be proud of what the Jewish state has accomplished, and he would be even prouder if we could find a way of coming together.
Am Yisrael chai.
The writer is president of the Israel, Britain and the Commonwealth Association and has chaired public affairs organizations in Israel and the UK.
https://www.jpost.com/opinion/article-886428
MATCHMAKING UNDER HIGH ACHIEVERS
The Wall Street Journal (Pay Wall)
A Stanford Experiment to Pair 5,000 Singles Has Taken Over Campus
A student built a matchmaking algorithm that has consumed the school—and highlighted the challenges of finding love for high achievers.
HUMOUR
The New York Times
Who’s Pulling the Strings on the World Stage? Ask the Puppets.
Eurasia Group, the geopolitical risk consultancy run by Ian Bremmer, gets into the political satire game with its Instagram show “Puppet Regime.”
The electronic dance track video opens with Vladimir Putin, shirtless. He’s wearing a silver Russian Orthodox cross and a Soviet ushanka army hat, and grooving to music videos synced to a supercut of military tanks, aircrafts and explosions. “Launch your special military Opa-op-op-operation! Not invasion of another sovereign nation!” he sings.
Xi Jinping then chimes in: “I’ve been waiting long time. I like the sound. I might get special with Taiwan now.”
President Trump soon joins in: “I’m on a roll. Totally unbound. Maybe I’ll just grab Greenland now.” Soon all three harmonize in matching sunglasses, “Everybody gets their own special military operation!”
The members of this boy band supergroup are not the actual leaders of Russia, China and the United States, of course. They are puppets in an episode of “Puppet Regime,” an Instagram account that delivers 90 seconds of scripted satire with heads of state reimagined as heads of felt. Their high jinks include a mix of one-off parodies of current events, recurring bits and extended musical numbers. One of the more memorable songs had Kim Jong-un hyping his North Korean beach development to the tune of “Good Vibrations” by the Beach Boys.
The twist: Rather than the work of professional comedians, “Puppet Regime” is written and produced by Eurasia Group, the geopolitical risk consultancy run by Ian Bremmer.
If geopolitical consultants producing a puppet show conjures an image of Henry Kissinger with a sock on his hand squeaking an explanation of realpolitik, then you get it. Seriously silly contrasts are the point. In a little more than a year, the account of roughly twice weekly sendups has grown to more than 510,000 followers and achieved a bipartisan group of followers, including members of the Trump administration like Sebastian Gorka, a deputy assistant to the president and senior director for counterterrorism.
At its heart, “Puppet Regime” follows the three principles that guide Eurasia Group: “What the hell is happening in the world? How do we understand it? And how do we explain it?” Bremmer said.
“Puppet Regime” follows in the satirical footsteps of other TV puppets, political and otherwise, including “The Muppet Show,” “Kukly” in Russia, “Les Guignols” in France and “Spitting Image” in Britain.
Puppets lend themselves to political satire because they offer “a separation from reality that allows you to take bigger leaps,” said Rob Smigel, a comedian and former writer for “Saturday Night Live” who is best known as the creator of Triumph the Comic Insult Dog.
“Cartoons and puppets are inherently benign, by comparison, to flesh and blood humans,” he added. “It goes back to court jester days when the guy who was dressed in the silly outfit could get away with saying more outrageous things because he was already so low status that the blow didn’t strike his heart.”
Nevertheless, the show’s use of comedy and social media to defang authoritarian world leaders leads some political insiders to wonder if Eurasia Group is straying from its lane.
“Jon Stewart, for some audiences, revolutionized the way in which they consumed news,” said Ned Price, the former spokesman for the State Department in the Biden administration.
“It is not his responsibility,” he added, “to report impartially or fairly on whatever the development is. It’s his responsibility to make people laugh, which he does well. So maybe that’s a way of capturing my concern with consultancy. It’s not the Eurasia Group’s responsibility or underlying objective to appeal on a cultural level to a broader audience.”
Bremmer is quick to brush off suggestions that “Puppet Regime” might distract from Eurasia Group’s core business or cause clients or world leaders to take their work less seriously. “None of the heads of state that I meet with have a problem with it,” he said. “None of the C.E.O.s.”
The origins of “Puppet Regime” began a decade ago at the World Economic Forum in Davos, when Bremmer, 55, who self-identifies as a lifelong Muppet fan, recalled telling his friend Brian Collins about his dream to do “something with puppets.” Two years later, meeting Collins for breakfast in Abu Dhabi, Bremmer was surprised to find the table set for three. Smiling up at him was a Muppet-style puppet of Bremmer.
The gift’s timing was fortuitous. It was 2017 and Bremmer had realized that he had millions of followers across social media but no content for them. So his team pitched a TV show to the public television station WNET called “GZERO World With Ian Bremmer.” “Puppet Regime” was developed as a comedy segment to run at the end of each episode.
In February of 2025, GZERO Media started an independent Instagram account in addition to the segments appearing on the TV show. At first, the posts received about 10,000 views in the first 24 hours, according to the company; now, posts garner 100,000 to 400,000 views in that same time frame.
The scripts and music are written and performed by Alex Kliment, 46, a former reporter for The Financial Times and independent filmmaker who has been an analyst with Eurasia Group since 2006.
The studio setup is bare bones. It’s just Kliment with an iPhone, a green screen, a laptop and mic. He voices most of the puppets, including Trump, Putin, Angela Merkel, Elon Musk, Nicolás Maduro, Mark Zuckerberg, Benjamin Netanyahu and Ayatollah Khamenei, and performs them all. If a scene has more than one puppet he shoots each separately, and sends the filmed recordings and audio to GZERO Media’s video editor to stitch together. Finished videos are posted to social media channels about an hour later.
The cast, so far, is made up of 17 puppet heads of state (plus about a dozen side characters), which cost $500 to $2,500 each. They vary from “full builds” like Trump, to ones that can have their arms, facial features and wardrobe swapped out to make different characters, like a Mr. Potato Head. For example, the Ayatollah Khamenei and Netanyahu share the same body.
The upper echelons of the political class tend to be a clubby world, and since Eurasia Group’s client list is largely private, it’s difficult to say if the satire of “Puppet Regime” goes soft where the company has conflicts of interest.
Bremmer waves off concerns about the puppets pulling punches where he has clients or friendship with world leaders (like with the government of Canada). “It’s not like we have a Chinese wall between our media company and our consulting,” he said. “It’s all the same analysis.”
For Bremmer, Puppet Regime is less about taking aim at specific individuals or countries. Rather it sends up the political game of global power relations and those angling to dominate it.
“The people act in absurd ways because the system is absurd,” he said.
https://www.nytimes.com/2026/02/16/arts/puppet-regime-bremmer-eurasia.html
CULTURE
The New York Times, Book Review
In This Satire, Liberals Open a Door, Not Always Their Hearts, to Migrants
As usual, Lionel Shriver sets out to puncture pieties, but “A Better Life” feels full of easy targets.
Melania Trump has her Hamburglar hat. Lionel Shriver is sticking to the sombrero. A decade after the author clapped on foreign headwear for a controversial talk about cultural appropriation, she has written a sour and hectoring novel, “A Better Life,” about southern border control. It portrays migrants as canny, opportunistic invaders and their well-meaning sponsors as suckers.
Shriver’s breakout book, “We Need to Talk About Kevin,” which included a school massacre, remains depressingly relevant. But the trouble with much else of her ever more topical fiction is that the topics are changing so quickly. (My favorite of her novels remains the time-bending 2007 snooker story “The Post-Birthday World.”) GLP-1 drugs have transformed American obesity, the subject of “Big Brother.” And “A Better Life” arrives with a louder screech since two American citizens protesting immigration raids were shot to death by federal agents in Minneapolis last month.
The novel is set in New York, specifically the Ditmas Park neighborhood of Brooklyn, the soft heart of Sanctuary City. There, in a turreted five-bedroom Queen Anne house (six if you count the basement), live Gloria Bonaventura, a politically progressive divorcée in her early 60s, and her boomerang son Nico, a Gen Z-er who majored in engineering at Fordham before realizing he didn’t want to be an engineer, or anything, in a world where “pity conferred a higher status than achievement.”
Nico is what used to be called a slacker, a condition not only enabled but optimized by the internet (at least, per Jordan Peterson, he makes his bed). Fear of being #MeTooed has delayed his sexual maturity. He has two clucking, less dependent older sisters who don’t really come into focus.
Their father, Carlin, a journalist who split from Gloria after being accused of harassment by an intern at The New Republic, is now thriving with a second wife and a website called Sanity.com that resembles Unherd (to which Shriver, a prolific columnist, contributes). But Gloria, despite her house being worth $2.5 million and an online craft business called Toys & Trinkets, is cash-poor and wanting to do good.
She decides to participate in “Big Apple, Big Heart,” inspired by an actual program then-Mayor Eric Adams proposed but never implemented in 2023 that would pay residents to board asylum seekers. Gloria is matched quickly with a Honduran woman named Martine, who is herself either a mother of three, escaping a violent husband and corrupt government, or a total scam artist preparing to drain the Bonaventuras of their resources.
At least Martine has a way with a hedge trimmer, leaving “flowers mounded on the lawn like Ukrainian corpses in Bucha” after she tackles the landscaping. And maybe, just maybe, she can awaken Nico’s screen-numbed manhood.
Shriver’s vision of guilty limousine (or Lyft) liberals is cousin to “Portlandia,” Northeast edition. Toys & Trinkets’ top-selling product is a hand-knit cashmere “packer” to pad out the underwear of trans boys. Carlin takes Nico to a deconstructed Thanksgiving dinner at a “chichi Upper West Side restaurant” — oxymoron alert — called Autopsy. Bike lanes hum perilously with electric vehicles steered by Hispanic riders, less so “the pale-skinned variety keen to get their precious exercise.”
After Martine moves in, more countrypeople start showing up, including her supposed brother, named Domingo (no, not the wildly popular “Saturday Night Live” character), and his business partner, Alonso. Their gradual annexation of the house — with takeout garbage, punta music and declarations like “I glad for help with English. Funny language” — is dehumanized enough to suggest Alfred Hitchcock’s “The Birds.” But it’s blood-spattered Quentin Tarantino movies that are name-checked, more ominously.
“A Better Life” is not a heavy lift, and there is cringing amusement in seeing how far its author is willing to go to pierce leftist pieties under the protective tent of fiction, but it’s more playground taunt than brave truth.
One prepublication reviewer compared the book to Jean Raspail’s racist 1973 immigration novel “The Camp of the Saints,” an adjacency Shriver seemed to anticipate (“I don’t want to sound like some paranoid French reactionary …,” Carlin says at one point).
But “A Better Life,” for better and worse, is not that ambitious, a handbook for no one. It’s less dystopian than dyspeptic, a faintly stale corner-store sandwich dripping with corrosively sarcastic italics. Pass the Pepto.
A BETTER LIFE | By Lionel Shriver | Harper | 304 pp. | $30
https://www.nytimes.com/2026/02/08/books/review/a-better-life-lionel-shriver.html
Neue Zürcher Zeitung
«Das Schloss» von Franz Kafka ist ein Schlüsselroman der Moderne. Warum ich es nie schaffe, ihn zu Ende zu lesen – und warum das gut ist
Franz Kafka lehrt mich, besser zu verzweifeln.
Immer wenn mir der Februar zeigt, dass es im neuen Jahr wohl wieder nichts wird mit «mehr Bewegung», «besser kommunizieren» und «zwei Früchte pro Tag», denke ich auch an Kafka. Ich habe seinen Roman «Das Schloss» bestimmt schon siebenmal zu lesen begonnen, stets mit dem Vorsatz, diesmal bis zur letzten Seite durchzuhalten: aus Bildungseifer, Pflichtgefühl, wegen Kafkas unvergleichlicher Sprache – umsonst. Jedes Mal bleibe ich irgendwann hängen.
Es ist kein resigniertes Scheitern. Der Stachel bleibt und die Verheissung: Du kannst das; du kannst einer sein, der Kafkas «Schloss» zu Ende liest! Bewunderte Intellektuelle haben Hymnen auf dieses Schlüsselwerk der Moderne geschrieben, das von den Nöten eines unbefestigten Ichs und seiner Suche nach Rechtfertigung handelt; Lehrer schwärmen davon, Schülerinnen, Durchbeisser, Finisher. Und doch schaue ich an Neujahr wieder nur «Doktor Schiwago» und lese ein «Lustiges Taschenbuch».
Aber nun feiert «Das Schloss» auch noch ein Jubiläum: Hundert Jahre sind vergangen, seit Kafkas Freund Max Brod den Roman aus dem Nachlass des Schriftstellers veröffentlicht hat. Noch hat deswegen kein Wetterleuchten eingesetzt wie 2024 zum Hundert-Jahre-Jubiläum von Thomas Manns «Zauberberg» und auch kein flächendeckendes Gedenken wie zu Kafkas hundertstem Todestag im selben Jahr. Warum bleibt es so still? Wo doch Kafka – zu Lebzeiten ein Aussenseiter, heute der meistgelesene Autor deutscher Sprache – mittlerweile zur Chiffre für Literatur an sich geworden ist?
Vielleicht, weil man bei Kafka nie weiss, woran man ist. «Das Schloss» ist kein Monument wie der «Zauberberg», sondern ein unfertiges Bauwerk, vom Autor selbst zum Einsturz bestimmt. Der Roman errichtet keine geschlossenen Charaktere, er entfaltet keine Weltanschauungen, er verfolgt keinen schlüssigen Plot. Er erzählt von einer einzigen Figur und ihrem Plan. Ob dieser Plan durchführbar ist, steht von Anfang an infrage – und dabei bleibt es bis zur letzten Seite, wo der Text mitten im Satz abbricht. Dazwischen ändert so gut wie jeder Satz die Richtung, die der vorherige eingeschlagen hat.
Es beginnt schon suboptimal. Irgendwie ist die Hauptfigur K. zu spät dran: «Es war spät Abend, als K. ankam. Das Dorf lag in tiefem Schnee. Vom Schlossberg war nichts zu sehen, Nebel und Finsternis umgaben ihn, auch nicht der schwächste Lichtschein deutete das grosse Schloss an. Lange stand K. auf der Holzbrücke, die von der Landstrasse zum Dorf führte, und blickte in die scheinbare Leere empor.»
K. bezieht im Wirtshaus Quartier und verwickelt sich in Beziehungen zu Dorfbewohnern und Gesandten des Schlosses. Im Zentrum aller Begegnungen steht K.s offenbar anmassender Wunsch, auf das Schloss zu gelangen: Er behauptet, man erwarte ihn dort als Landvermesser. Ob dem wirklich so ist, bleibt unklar. Vom Schloss kommen widersprüchliche Rückmeldungen, und unten im Dorf nimmt man K.s Ambitionen zwar ernst, führt ihm aber zugleich ihre Unangemessenheit vor Augen. Niemand aus dem Dorf war je auf dem Schloss – obwohl alle nach dessen Gesetzen leben.
Ist das Schloss am Ende nur ein Gerücht? Soll man sich überhaupt ein Bild von ihm machen? Wohnt dort oben Gott, die Wahrheit, das bessere Selbst?
Einmal bin ich auf Kafkas Spuren nach Zürau bei Prag gereist, wo der Schriftsteller einige Monate verbracht hatte. Ich stand in seinem Schlafzimmer, stellte dem Besitzer des Häuschens Fragen und kaute die belegten Brötchen, die er mir aufgetischt hatte, ohne sie selbst anzurühren. Auch der Fahrer und die Dolmetscherin assen nicht mit, es war beklemmend. Ich fühlte mich fremd.
Als ich zum Gebäude spazieren wollte, das Kafka zu seiner Schlossbeschreibung inspiriert haben soll, mahnte der Fahrer zum Aufbruch. Der Schnee lag hoch, es gab Sprachprobleme. Die Dolmetscherin sagte: «Es ist nicht möglich, dass wir da hingehen.»
Zurück in Prag spazierte ich ersatzweise durch die von Kafka beschriebenen Gassen, besuchte das Kafka-Museum, sein Zimmer auf der Burg und die Kneipen, in denen er mit seinen Freunden sass. Ich las seine Kurzgeschichten, Aphorismen, den «Prozess» und Reiner Stachs dreibändige Kafka-Biografie. Um Kafkas Geheimnis zu ergründen, nahm ich jeden Umweg in Kauf – nur nicht den einen.
Auch K. übt sich in Demut. Er erkennt: «Nur als Dorfarbeiter, möglichst weit den Herren vom Schloss entrückt, war er imstande, etwas im Schloss zu erreichen.» Weil aus dem Job als Landvermesser nichts wird, nimmt er eine Stelle als Schuldiener an. Eine Notlösung – ebenso wie seine Beziehung zum Schankmädchen Frieda, der Geliebten des hohen Schlossbeamten Klamm. Durch ein Guckloch lässt sie K. einen Blick auf Klamm werfen, der «immerfort schläft». Später verlässt Frieda Klamm wegen K. – das Guckloch schliesst sich wieder. Das Uneigentliche hat ihn vom Eigentlichen abgebracht.
Je heimischer K. im Dorf wird, je vertrauter ihm dessen Gesetze werden, desto weiter entfernt er sich vom Schloss selbst. Seine Bemühungen verlaufen parallel zur Hauptstrasse des Dorfes. Diese führt nicht zum Schlossberg. «Sie führte nur nahe heran, dann aber wie absichtlich bog sie ab, und wenn sie sich auch vom Schloss nicht entfernte, so kam sie ihm doch auch nicht näher.»
Warum sind Schloss-Projekte (wie alle Vorsätze) so schwer umzusetzen? Wahrscheinlich steht zu viel auf dem Spiel. Glücklich sind die Menschen, die den Dry January als Frühlingsputz betrachten! Doch würden wir uns auf Yogakurse, Liegestützen und schwierige Romane einlassen, ginge es nicht um mehr als um eine Gewohnheit, nämlich immer um das Ganze?
Jeder meiner Neujahrsvorsätze ist vom Wunsch getragen, mein Leben aus einem Punkt zu kurieren. Darum hänge ich an diesem rätselhaften Roman! Denn wie soll man je als Journalist, Schuldiener oder Schankmädchen im Dorf glücklich werden, wenn man sich eigentlich als Landvermesser auf dem Schloss wähnt? Vielleicht ist das heute schwerer denn je. In einer Zeit, in der Lebensläufe optimiert, Profile gepflegt und Selbstentwürfe aktualisiert werden, wächst die Sehnsucht nach einer Instanz, die endlich sagt: So ist es richtig.
Mein Lieblingsphilosoph Rüdiger Safranski hat diese Spannung als eine Art Zirkel beschrieben. Kafka und sein Landvermesser fühlen sich von den Wahrheiten des Dorfes abgeschnitten, die sich im Lebensvollzug zeigen. Das macht sie zu Fremden. Deshalb suchen sie nach ihrer eigenen, von höherer Stelle vermittelten Schloss-Wahrheit, die ihrem Leben Sinn verleiht. Doch die Logik «Erst Wahrheit, dann Leben» führt womöglich nicht ins Leben hinein; eher verläuft es so, «dass sich erst aus dem gelebten Leben Schlüsse auf eine Wahrheit ergeben, die in diesem Leben wirksam ist.» (Safranski)
Zugespitzt hat Kafka diesen Konflikt in seinem «Türhütergleichnis». Ein Mann vom Land bittet um Einlass, der Türhüter sagt: jetzt nicht, vielleicht später. Dabei bleibt es, der Mann wartet ein Leben lang. Bevor er stirbt, fragt er, warum in all den Jahren niemand ausser ihm Einlass begehrt habe. Da sagt der Türhüter: «Dieser Eingang war nur für dich bestimmt. Ich gehe jetzt und schliesse ihn.»
Sooft ich diesen Satz lese, lässt er mich leer schlucken. Vor Bestürzung, aber auch aus einer seltsamen metaphysischen Rührung heraus. Eine persönliche Tür für jeden Menschen? Was für eine romantische Vorstellung! Auf dem Cover meiner «Schloss»-Ausgabe schwebt ein Schlüssel zwischen drei Fingern, auf der Suche nach seinem Schloss. Eine Anspielung auf die Doppelbedeutung des Titels – und ein treffendes Bild für den Traum, das eigene Leben möge sich irgendwann schlüssig fügen.
Ob K. sein Schloss je erreicht, wissen wir nicht. Kafka bricht ab. Er ist 39, ein lungenkranker Beamter der Prager Arbeiterversicherungsanstalt, aber eigentlich Schriftsteller und weiterhin ratlos hinsichtlich seiner Stellung in der Welt. Gegenüber dem Freund Max Brod deutete er ein «Happy End light» an: K. stirbt, wird aber gleichzeitig zum Schloss zugelassen. Aufgeschrieben hat Kafka es nicht.
Und was ist aus meinem Neujahrsvorsatz geworden? Der Redaktionsschluss hat gedrängt, das Leben ist dazwischengekommen, ich habe den Roman weggelegt. Nicht aus Desinteresse, jede gelesene Zeile war ein Gewinn. Der Rest darf warten. Man muss sich im Leben ein paar Türen offenlassen.
Neue Zürcher Zeitung
Kirchner und Picasso – zwei geniale Egomanen
Es war ein Wunsch des grossen deutschen Expressionisten, einmal zusammen mit Picasso auszustellen. Nun geht er in Erfüllung. Erstmals führt das Kirchner-Museum Davos die zwei Titanen der modernen Kunst zusammen.
In Ernst Ludwig Kirchner brannte eine Vision: Er wünschte sich eine internationale Ausstellung, die ihn keinem Geringeren als Pablo Picasso gegenüberstellen sollte. Nicht etwa, um sich im Glanz des spanischen Künstlergenies zu sonnen. Sondern vielmehr, um aller Welt augenfällig zu machen, dass er der Lichtgestalt der französischen Avantgarde das Wasser reichen konnte. Eine solche Schau sollte dem Publikum zudem im direkten Vergleich deutlich machen, «dass Picasso ganz anders und aus ganz anderer Einstellung schafft», wie Kirchner 1933 brieflich festhielt.
Dabei waren sie sich vielleicht ähnlicher, als es Kirchner lieb war. Parallelen gibt es jedenfalls viele. Beide befassten sich in ihrem Lebenswerk intensiv mit der menschlichen, vorab der weiblichen Figur. Es gab gemeinsame Inspirationsquellen, etwa die Welt der Variétés und Zirkusse, wie jetzt im Kirchner-Museum Davos eine Gegenüberstellung von Picassos Bronzeplastik «Narrenkopf» von 1905 und Kirchners «Zwei Tänzerinnen» von 1910 zeigt.
Anregungen holten sich beide auch bei der afrikanischen Stammeskunst, die damals in Europa gerade als eigene Kunstform entdeckt wurde. Überdies experimentierten beide im Spätwerk mit der Abstraktion, ohne sich ganz von der Figürlichkeit zu lösen.
Die Voraussetzungen ihrer künstlerischen Karrieren jedoch waren sehr unterschiedlich. Picasso war das Wunderkind mit akademischer Ausbildung. Er wurde gefördert und zur Schlüsselfigur der Pariser Avantgarde. Kirchner hatte gegen familiäre Erwartungen anzukämpfen. Mit seiner expressiven Ausdrucksweise vollzog er einen Bruch mit der akademischen Kunsttradition des deutschen Kaiserreichs.
Persönlich sind sich die beiden nie begegnet. Kirchner aber dürfte Picassos Schaffen zum ersten Mal auf der Kölner Sonderbundausstellung von 1912 zur Kenntnis genommen haben. Dort konnte er anhand von 16 Gemälden einen Überblick über Picassos Schaffen von der blauen Periode bis zum analytischen Kubismus gewinnen. Ob Picasso seinerseits den ein Jahr älteren Kirchner wahrgenommen hat, ist nicht bekannt.
Enormes Geltungsbedürfnis
Nun ist Kirchners Wunsch, 88 Jahre nach seinem Tod, in Erfüllung gegangen. Erstmals führt das Kirchner-Museum Davos die beiden Titanen der Moderne mit rund hundert Gemälden, Plastiken und Arbeiten auf Papier in einer Ausstellung zusammen. Sie macht einerseits deutlich, wie sehr beide in ihrem künstlerischen Schaffen Kinder ihrer Zeit waren; Picasso (1881–1973) wie Kirchner (1880–1938) strebten in derselben gesellschaftlichen Umbruchszeit nach einer Erneuerung der Kunst.
Anderseits wirft die Schau aber auch die Frage auf, ob Kirchner in diesem Vergleich wirklich so gut wegkommt, wie ihm selber vorschwebte. Dass sich der Mitbegründer der expressionistischen Künstlergruppe «Die Brücke» nach eigener Einschätzung mit dem wichtigsten Künstler seiner Zeit messen wollte, sagt viel über seine Selbsteinschätzung aus. Die Schau macht nun aber auch deutlich, dass Picassos Einfluss auf ihn weit grösser war, als er sich eingestehen wollte.
Auch darin kann eine Gemeinsamkeit gesehen werden: Beide hatten ein enormes Geltungsbedürfnis. Picassos Narzissmus ist bekannt. Kirchner liess kaum jemanden neben sich gelten: «Ich staunte besonders, wie schrecklich Heckel zurückgegangen ist, das ist ja fast nichts mehr, auch Kokoschka wirkt tragisch verfehlt. Dix ist ekelhaft, weil gar keine Kunst, ebenso Beckmann, unmöglich», schrieb er 1925 in einem Brief an einen befreundeten Kunstsammler.
Das war nach einem Besuch der Internationalen Kunstausstellung von 1925 in Zürich. Sie präsentierte wichtige Positionen der zeitgenössischen Kunst aus Deutschland und Frankreich, darunter auch Werke Picassos. Kirchner selber, der nicht eingeladen war, blickte durchaus bewundernd und auch etwas neidvoll auf Frankreich. Wobei er Picasso als Galionsfigur der französischen Szene ausmachte. Für sich notierte er zu dieser Ausstellung: «Der eigenartigste und beste ist sicherlich Picasso».
Frankreich als Vorbild
Damals orientierten sich viele deutsche Künstler an Henri Matisse und den französischen Fauves, die in Berliner Galerien zu sehen waren. Kirchner und seine Mitstreiter hegten im Grunde dieselben Absichten, was Farbe, Form und Expressivität betrifft. Im Gegensatz zu seinem Kollegen Max Pechstein war Kirchner allerdings nie in Paris, dem damaligen Epizentrum der modernen Kunstströmungen. Ob er das als Versäumnis empfand, ist nicht klar. Er pflegte sich von der französischen Avantgarde möglichst unbeeinflusst zu geben.
Kirchner inszenierte sich – teilweise mit eigenen positiven Kunstkritiken unter Pseudonym – als Maler, der seiner Zeit voraus war. Er unterstrich dabei seine künstlerische Selbständigkeit und marginalisierte Einflüsse und Anregungen, oft auch leugnete er sie bewusst. Picasso wollte er auf keinen Fall nacheifern.
Vom Wunsch getrieben, seine Kunst weiterzuentwickeln, hatte sich Kirchner 1927 allerdings von seinem expressiven Malstil verabschiedet. Sein sogenannter Neuer Stil orientiert sich an ornamentalen Linien und Farbflächen, wie sie auch Picassos surrealistisches Werk prägen. Überdies begann Kirchner wie Picasso die Gesichter seiner Porträtierten zu spalten, wie mehrere Beispiele in Davos zeigen.
1932 nämlich begegnete Kirchner in seinem Schweizer Exil dem spanischen Meister erneut. Diesem widmete das Kunsthaus Zürich eine umfassende Retrospektive. Die Schau stellte erstmals in der Schweiz auch eine Serie surrealistischer Porträts von Marie-Thérèse Walter vor. Sie zeigen eine junge, blonde Frau, die damals Picassos Geliebte war. Die Werke zeichnen sich aus durch gesteigerte Erotik, skulpturale Körperlichkeit, weiche, biomorphe Volumen und intensive Farbigkeit.
Solch amorphe Körperformen finden sich auch in Aktdarstellungen von Kirchner aus der Zeit. Die Übereinstimmungen in dessen «Grossem Liebespaar» oder seiner «Nackten liegenden Frau» mit Picassos Werken sind verblüffend: dieselbe lila Färbung der nackten Haut, dieselbe zeichenhafte V-Form des Schambereichs. Nur, dass sich Kirchner für das rein Formale interessierte. Seine Werke entbehren jeder Sinnlichkeit, wie sie die Kompositionen Picassos beseelt.
Gefälschte Datierungen
Es ist zu schade, dass ein direkter Vergleich dieser beiden Werke aus den Beständen des Kirchner-Museums Davos mit Picassos Marie-Thérèse-Akten nicht möglich ist. Die entsprechenden Werke in der Tate Modern London, die im Katalog abgebildet sind, fehlen in der Ausstellung.
Picassos Akte sind auf 1932 datiert. Die beiden Kirchner-Akte auf 1930 und 1931, was allerdings kritisch zu betrachten ist. Ernst Ludwig Kirchner hat die Geschichte seines eigenen Werks bewusst inszeniert und dafür auch Gemälde vordatiert. Damit wollte er als Maler innovativer erscheinen, als er es tatsächlich war.
Kirchner. Picasso. Kirchner-Museum, Davos, 15. Februar bis 3. Mai. Katalog: Fr. 49.–.
February 14, 2026
THE MUNICH SECURITY CONFERENCE
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Rubio Seeks to Reassure European Allies in Munich Speech
Secretary of state addresses tensions over tariffs and Ukraine at annual trans-Atlantic gathering
Neue Zürcher Zeitung
«Wir werden immer ein Kind Europas bleiben»: Der US-Aussenminister Marco Rubio sucht den transatlantischen Schulterschluss – zu amerikanischen Bedingungen
An der Sicherheitskonferenz in München tritt Rubio versöhnlicher auf als J. D. Vance. Doch er stellt auch klar: Die Europäer müssen sich von ihren Glaubenssätzen bei der Migration, beim Klimaschutz und beim Handel trennen.
Durch den «Bayerischen Hof» in München ging am Samstagmorgen ein kollektives Aufatmen. Anders als im vergangenen Jahr traten die Amerikaner zumindest im Ton nicht konfrontativ auf. Im Gegenteil: Der amerikanische Aussenminister Marco Rubio suchte den transatlantischen Schulterschluss. Auf den «bad cop» J. D. Vance folgte der «good cop».
Rubio stellte in seiner Rede klar, dass die Vereinigten Staaten und Europa noch immer Freunde seien. «Das Ende der transatlantischen Partnerschaft ist weder unser Ziel noch unser Wunsch», sagte er. Wenn die Amerikaner manchmal etwas direkt und drängend daherkämen, dann habe dies einen Grund: Europa liege ihnen am Herzen.
Rubio macht klare Ansagen an die Europäer
Einen grossen Teil seiner Rede verwandte Rubio darauf, die gemeinsame Geschichte Europas und Amerikas zu beleuchten. «Wir mögen in der westlichen Hemisphäre zu Hause sein, aber wir werden immer ein Kind Europas bleiben», sagte Rubio. Auch sich selbst zeichnete er als solch ein Kind Europas. Der Aussenminister erinnerte an seine italienischen und spanischen Vorfahren, die noch vor der Gründung der Vereinigten Staaten nach Amerika aufgebrochen seien. Sie hätten sich wohl niemals vorstellen können, dass ihr Nachfahre eines Tages dieses Land als oberster Diplomat vertreten würde.
Der US-Aussenminister Marco Rubio auf der Münchner Sicherheitskonferenz.
Allerdings beliess es Rubio nicht bei Schmeicheleien. Auch er kam wie Vance im vergangenen Jahr mit klaren Ansagen nach München. Die Amerikaner halten zwar an der Partnerschaft mit Europa fest – allerdings zu ihren Bedingungen. Die Vereinigten Staaten hätten kein Interesse daran, die höflichen Verwalter des Niedergangs zu sein, sagte Rubio.
Der Westen habe lange an falschen Prämissen festgehalten, so Rubio. Dies habe seinen Abstieg befördert. Man habe die Kontrolle von Lieferketten an Gegner abgegeben, habe in Wohlfahrt investiert anstatt in die Verteidigung, der «Klimakult» habe der Wirtschaft geschadet und die Bürger verarmen lassen. Die Massenmigration gefährde den Fortbestand der westlichen Zivilisation.
«Wir haben diese Fehler zusammen gemacht», so Marco Rubio.
Während Vance vergangenes Jahr vor allem mit dem Finger auf die Europäer gezeigt hatte, gestand Rubio jedoch auch eigene Fehler ein. «Wir haben diese Fehler zusammen gemacht», sagte er. Nun schuldeten es die Regierungen in Europa und den USA ihren Bürgern, diesen Tatsachen entgegenzutreten. Es gehe nicht bloss darum, militärisch aufzurüsten. Die Allianz müsse ihre gemeinsamen Interessen auch auf anderen Feldern voranbringen.
«Wir wollen nicht, dass unsere Partner schwach sind»
Rubio forderte, westliche Lieferketten für kritische Mineralien zu schaffen, um die Abhängigkeit von Drittstaaten zu reduzieren. Gleichzeitig müsse die Migration gesteuert werden. Dies habe nichts mit Hass oder Xenophobie zu tun, sondern sei im Interesse der westlichen Staaten. Die internationalen Institutionen, die man nach dem Ende des Zweiten Weltkriegs aufgebaut habe, müssten nicht aufgelöst, aber grundlegend reformiert werden.
«Wir wollen nicht, dass unsere Partner schwach sind, denn das macht uns schwach», resümierte er. Die Europäer sollten daher nicht von Scham gefesselt sein. Man wolle vielmehr, dass sie stolze Mitglieder der westlichen Zivilisation seien.
Der US-Aussenminister Marco Rubio plädierte für eine gemeinsame wirtschaftliche Zukunft zwischen den USA und Europa.
Die Erleichterung im Saal war nach der Rede deutlich spürbar. Sie wurde im «Bayerischen Hof» mit langem Applaus bedacht. Sie verdeutlichte jedoch auch, dass das transatlantische Verhältnis in eine neue Phase übergeht. Die Amerikaner wollen die Partnerschaft mit Europa aufrechterhalten. Doch gemeinsame Werte allein reichen ihnen nicht mehr als Fundament. Die Partnerschaft muss ihren Interessen dienen.
Auch die Freundschaft der Demokraten hat Grenzen
Die Amerikaner brauchen Europa vor allem als verlässlichen Partner im Konflikt mit China. Ihnen schwebt eine klare Arbeitsteilung vor. Die Europäer sorgen für Stabilität in Europa. Die Amerikaner konzentrieren sich auf die westliche Hemisphäre und halten China in Schach.
Diese Strategie ist nicht neu. Bereits unter Präsident Barack Obama verlagerte sich der Fokus der amerikanischen Aussenpolitik gen Indopazifik. Dass diese Strategie in den USA auch weiterhin parteiübergreifend verfolgt wird, zeigte sich bei den Auftritten der amerikanischen Demokraten am Vortag.
Die demokratische Kongressabgeordnete Alexandria Ocasio-Cortez kritisierte die Aussenpolitik der Republikaner zwar deutlich. Doch man konnte zwischen den Zeilen lesen, dass auch die Demokraten wenig Interesse daran haben, sich über die Massen für die Sicherheit der Europäer zu engagieren.
Europa steht ein Drahtseilakt bevor
Gefragt nach ihrer Haltung zum Krieg in der Ukraine, sagte Ocasio-Cortez am Freitag lediglich, die Ukraine müsse die Verhandlungen über ihre Zukunft führen. Imperialismus dürfe nicht belohnt werden. Das sind zwar Phrasen, die man in Europa gerne hört. Eine grosse Strategie zur Sicherheit Europas offenbarte sie jedoch nicht.
Die Europäer müssen sich diesen neuen Realitäten anpassen. Aus Sicht des früheren deutschen Botschafters in den USA, Peter Wittig, steht ihnen ein «Drahtseilakt» bevor. Der Kontinent müsse sich unabhängiger von den USA machen, sagte er der NZZ. Gleichzeitig dürfe man die transatlantische Verbindung jedoch nicht abreissen lassen. «Wir sollten in unserem eigenen Interesse die Sicherheitspartnerschaft mit den USA versuchen aufrechtzuerhalten», sagte er. Europa sei insbesondere in den Ukraine-Verhandlungen weiter auf die Vereinigten Staaten angewiesen. Man müsse nun im Hinblick auf den absehbaren strategischen Rückzug der Amerikaner aus Europa Zeit gewinnen, um die eigene Verteidigungsfähigkeit auszubauen.
Für die zukünftige Ausrichtung der transatlantischen Beziehungen empfiehlt Wittig einen Ansatz des «wertebasierten Realismus». Europa müsse lernen, machtpolitisch zu denken. Dieser Realismus müsse jedoch stets von europäischen Werten geleitet sein. Es gehe darum, eine pragmatische und interessengeleitete Politik zu verfolgen, ohne dabei die eigenen Prinzipien aufzugeben.
Folgt man Rubio, dürfte ein pragmatisches Europa wohl auch im Interesse der Amerikaner sein.
The New York Times
Europe Concedes a Point to Trump: It Needs to Stand on Its Own
At the Munich Security Conference, U.S. officials softened their tone but not their message: Europe should pay its own way. European leaders increasingly agree.The harsh speech of Vice President JD Vance at the Munich Security Conference a year ago began a long period of deterioration in the trans-Atlantic relationship, marked by economic and ideological confrontation, contempt and insult.
This year in Munich, at Europe’s main annual security gathering, which started on Friday, the effort so far has been one of de-escalation, especially from the American side. There have been no insults, and American officials have displayed what they call “pragmatic realism.”
But there is little evidence that American policy has changed. Both European and American leaders spoke on Friday of an international order that has been irrevocably upended since President Trump returned to office last year. Officials from both sides of the Atlantic called for Europe, after eight decades of military dependence on Washington, to stand on its own feet. It was an acknowledgment from both sides that the United States should no longer be relied on to underwrite the Western alliances and institutions that it has led since the end of World War II.
The international rules-based order “no longer exists,” said Chancellor Friedrich Merz of Germany, in a speech marking the start of the conference. Partly as result, Mr. Merz said, the United States’ claim to global leadership had been “challenged, and possibly squandered.” Both Mr. Merz and President Emmanuel Macron of France spoke of Europe’s push for military autonomy — Mr. Merz discussed a joint European nuclear deterrence — partly to improve its defenses and partly to act as a stronger ally to the U.S. “A stronger Europe,” Mr. Macron said, “will be a better friend for our allies, especially the United States.”
What went largely unsaid was that Mr. Trump had focused European minds by pushing to seize Greenland, the territory of Denmark, a NATO ally, while mocking European leaders last month at the World Economic Forum in Davos, Switzerland. Europeans like Mr. Macron now refer to that as “the Greenland moment,” the ultimate wake-up call. European trust in America’s commitment to shared values, European security and even territorial integrity was already damaged, but after Davos many of Europe’s leaders gave up hope for a return to the old trans-Atlantic relationship.
In Munich, American officials appear to have taken notice. There has been no open mockery. There has been praise for allies like Germany that are spending more on their military and for NATO’s commitment to increase spending on core military needs to 3.5 percent of national income by 2035. There is talk of a more equal partnership if Europe does its part for conventional defense.
Secretary of State Marco Rubio is in Munich, not President Trump or Mr. Vance. A more traditional Republican, Mr. Rubio is regarded by Europeans as trying to keep the train on the tracks on key issues, including Greenland and the war in Ukraine.
Elbridge Colby, the under secretary of defense for policy, is in Munich, not the more vocal and ideological Pete Hegseth, the secretary of defense. Mr. Colby came from Brussels, where he gave a well-received speech to NATO defense ministers about America’s continued commitment to NATO, to collective defense and to the American nuclear umbrella over Europe, a key element of deterrence against Russia.
As Senator Thom Tillis, Republican of North Carolina, said in Munich on Friday, “We’re not in a civil war with our partners in Europe. We’re in a frank discussion over what needs to be done.”
But if the words are more gentle, the policies have not changed, said Mark Leonard, director of the European Council on Foreign Relations. “They’re engaging here in a more positive way, but they’re pretty stark in terms of the end of the old order,” he said.
And Europeans remain skeptical and wary. Many, like Wolfgang Ischinger, the conference chairman, said that once trust is broken, it is extremely difficult to rebuild and often impossible to restore fully. A series of opinion polls show that ordinary Europeans have a deep distrust of Mr. Trump and an unfavorable view of the United States.
As he traveled to Munich, Mr. Rubio said, echoing Mr. Merz, that “the old world is gone — frankly, the world that I grew up in — and we live in a new era in geopolitics, and it’s going to require all of us to sort of re-examine what that looks like and what our role is going to be.”
Mr. Colby, too, said that NATO was in transition and that Europe must eventually take responsibility for its own conventional defense. The last year, he said, was intended to “reframe” and “reorient” the relationship, and that now we are in a “transition period.”
But he also made it clear that the Trump administration had little use for talk of “the international rules-based order” or shared values. “You can’t base an alliance on sentiment alone,” he said. What mattered, he said, was Europe’s commitment to share a much bigger part of the burden of defense to build a new security relationship with the United States that was more resilient.
If anything, European leaders have gotten that message: that they must do more in their own interest to reduce their dependency on a United States that Mr. Macron earlier this week called “openly anti-European” and the source of “minute-by-minute instability.”
Mr. Merz led off the conference with a tough speech, acknowledging “the rift” in the trans-Atlantic relationship. He also listed the ways that Mr. Trump’s policies had broken with the values Germans and other Europeans once believed they shared with America, including opposition to hate speech, the fight against climate change and support for free trade.
At the same time, he said, it was up to Europe to build a stronger European pillar within the NATO alliance in the interests of both Europe and the United States.
In essence, his speech was less an analysis of rupture than an appeal for repair.
A more vigorous Europe, better able to defend itself and its own interests, he said, is in Europe’s interest and would help “forge a healthier trans-Atlantic relationship.” It is up to both sides, he said, to “repair and revive trans-Atlantic trust together,” arguing that being part of NATO is also to America’s advantage.
As tough and even angry as Mr. Merz can sound, what he is proposing is very close to what Mr. Rubio and Mr. Colby are demanding.
But while holding out a wary hand, Mr. Merz also warned the Trump administration not to make things worse and further squander the trust of its allies.
And he warned Washington, after shifting from German to English, that it needs friends. “In the era of great power rivalry, even the United States will not be powerful enough to go it alone,” he said.
The prime minister of the German state of Bavaria, Markus Söder, bluntly summed up the mood for many at this conference, in his opening remarks. “We will respect your leadership,” he said, addressing the Americans. “But maybe you pay us a little more respect.”
https://www.nytimes.com/2026/02/13/world/europe/munich-security-conference-nato-rubio.html
Le Grand Continent
Le tournant gaulliste de Friedrich Merz : le discours de Munich
Dans une Allemagne qui se prépare à la guerre et qui acte la fin de la suprématie américaine, le chancelier annonce une nouvelle hégémonie continentale.
Cher Wolfgang Ischinger, cher Markus Söder, chers collègues du gouvernement et du Parlement, Excellences, chers invités, Mesdames et Messieurs,
En prononçant son discours le premier jour de la conférence, immédiatement après le président de la conférence Wolfgang Ischinger et le ministre-président de Bavière Markus Söder, Friedrich Merz déroge à la tradition. En effet d’habitude le discours du chancelier a lieu le deuxième jour. Ce dernier semble avoir voulu éviter de reproduire la situation de 2025, où J. D. Vance, en parlant avant tout le monde, avait donné le ton de l’ensemble des débats.
À quelques exceptions près, cela fait plus de trente ans que je participe à la Conférence de Munich sur la sécurité. À ses débuts, elle était un sismographe des relations entre l’Amérique et l’Europe. Depuis de nombreuses années, elle est un sismographe de la situation politique mondiale dans son ensemble. Auparavant, je venais ici principalement pour cultiver les relations avec nos amis américains, mais aussi pour rencontrer de nouveaux acteurs de la politique étrangère et de sécurité venus du monde entier.
Friedrich Merz est un « atlantiste déçu », comme il l’a lui-même exprimé avec éclat lors de la soirée électorale de février 2025.
Depuis quelques années, une atmosphère particulière règne dans cette salle, marquée par la montée des tensions et des conflits dans le monde. Avec la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine il y a quatre ans, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de guerres et de conflits ouverts qui nous tiennent en haleine et transforment notre monde plus profondément que nous, même ici présents, ne l’aurions imaginé pendant tant d’années.
Dans ce contexte, cher Wolfgang Ischinger, il était important pour moi d’ouvrir la conférence aujourd’hui, car nous devons dialoguer plus que jamais. Avant cela, permettez-moi, au nom du gouvernement fédéral, de remercier Wolfgang Ischinger d’avoir accepté une fois de plus la présidence de la conférence cette année.
Président de la Conférence de Munich depuis 2022, Christoph Heusgen, a été remplacé en 2025 par Jens Stoltenberg l’ancien chef de l’OTAN, le premier non-Allemand à occuper ce poste. Cependant, comme ce dernier est actuellement ministre des Finances de Norvège, c’est le prédécesseur de Heusgen Wolfgang Ischinger qui a repris pour un an l’organisation de la Wehrkunde.
Je peux me permettre de le dire, cher Wolfgang. Merci beaucoup pour votre travail, en particulier cette année.
Cette conférence porte une devise sombre : « En cours de destruction ». Cette devise signifie probablement que l’ordre international, fondé sur le droit et les règles, est au bord de l’effondrement. Je crains qu’il ne soit nécessaire de l’affirmer encore plus clairement. Cet ordre, aussi imparfait fût-il même à son apogée, n’existe plus sous sa forme originelle.
Et nous, en Europe, comme l’écrivait Peter Sloterdijk il y a quelques semaines, avons mis fin à de longues vacances loin de l’histoire du monde. Ensemble, nous avons franchi le seuil d’une ère à nouveau ouvertement caractérisée par la puissance et surtout, par la politique des grandes puissances. Cela signifie d’abord le révisionnisme violent de la Russie, une guerre brutale contre l’Ukraine, contre notre ordre politique, avec des crimes de guerre quotidiens et affreux. Mais ce n’est que la manifestation la plus flagrante que nous constatons chaque jour. Nous assistons à d’autres évolutions dans le monde, différentes de celles que nous avons souvent évoquées ici même au cours des dernières années et décennies.
La Chine affirme sa prétention à la puissance mondiale. Elle a préparé le terrain à cette ambition avec une patience stratégique qui dure depuis de nombreuses années. Dans un avenir proche, Pékin pourrait affronter les États-Unis sur un pied d’égalité militaire. La Chine exploite systématiquement les dépendances des autres et réinterprète l’ordre international à son avantage.
La vision d’une Chine conquérante capable « d’affronter les États-Unis sur un pied d’égalité militaire » est symptomatique d’une relation bien plus tendue vis-à-vis de Pékin.
Si l’histoire a connu une période unipolaire après la chute du mur de Berlin, elle est révolue. La prétention des États-Unis à la suprématie est certainement contestée, voire déjà perdue.
Cette phrase extrêmement inhabituelle de la part d’un chancelier allemand révèle la profondeur du divorce transatlantique en cours.
Ce retour à la politique de puissance n’est cependant pas uniquement dû à la rivalité entre grandes puissances. Mesdames et Messieurs, il reflète aussi le dynamisme et l’ambition des sociétés en période de grands bouleversements. Cela reflète un besoin, même dans de nombreux États démocratiques, d’un pouvoir exécutif fort dans un monde où les États démocratiquement constitués atteignent les limites de leur capacité d’action. La politique des grandes puissances semble, du moins, offrir une réponse simple et efficace, du moins pour les grandes puissances et du moins dans un premier temps.
Dépourvue d’illusions, la politique des grandes puissances se détourne d’un monde dont l’interconnexion croissante s’est traduite par la réglementation juridique et la pacification des relations entre États. Elle opère selon ses propres règles : rapide, brutale et souvent imprévisible. Elle craint ses propres dépendances, celles des autres, mais les utilise et, si nécessaire, les exploite. La lutte pour les sphères d’influence, les dépendances et les allégeances devient primordiale.
Les matières premières, les technologies et les chaînes d’approvisionnement deviennent des instruments de pouvoir dans ce jeu à somme nulle que se livrent les grandes puissances.
C’est un jeu dangereux, d’abord pour les petites puissances, puis, probablement aussi, pour les grandes.
Nos amis américains s’adaptent rapidement à cette situation. Ils ont pris conscience de la nécessité de rattraper leur retard sur la Chine. Leur stratégie de sécurité nationale aboutit à des conclusions radicales, non pas pour freiner cette tendance, mais pour l’accélérer.
Nous autres Européens prenons également nos précautions. Nous nous préparons à cette nouvelle ère. Ce faisant, nous arrivons à des conclusions différentes de celles, par exemple, de l’administration américaine à Washington.
Notre première tâche, notre tâche en tant qu’Européens et, bien sûr, en tant qu’Allemands, est aujourd’hui de reconnaître cette nouvelle réalité. Cela ne signifie pas pour autant que nous l’acceptons comme une fatalité. Nous ne sommes pas à la merci de ce monde. Nous pouvons le façonner.
Je n’en ai aucun doute. Nous préserverons nos intérêts et nos valeurs dans ce monde, du moins si nous nous soutenons résolument, collectivement et faisons confiance à nos propres forces.
Ainsi, nous traverserons la tempête et préserverons notre liberté. Nous ouvrirons de nouvelles perspectives, saisirons de nouvelles opportunités et, si nous agissons avec justesse, nous sortirons même plus forts de cette épreuve. Mesdames et Messieurs, en toute lucidité, nous devons d’abord considérer nos objectifs, puis nos possibilités.
Les grands objectifs de la politique étrangère et de sécurité allemande découlent de notre Loi fondamentale, de notre histoire et de notre géographie. Et par-dessus tout, il y a notre liberté. Notre sécurité rend cette liberté possible. Notre puissance économique est au service de cette liberté.
La Loi fondamentale, l’Histoire et la géographie nous incitent à toujours penser en termes européens lorsque nous définissons nos objectifs. Cette orientation correspond à nos intérêts. C’est la seule façon d’offrir les meilleures perspectives à notre pays. La politique étrangère allemande, et sa politique de sécurité en particulier, sont profondément ancrées en Europe, et cette Europe est aujourd’hui plus précieuse que jamais.
La manière dont nous poursuivons nos objectifs doit désormais être en adéquation avec nos capacités. Soyons francs : au regard de sa puissance, la politique étrangère allemande de ces dernières décennies a, pour ainsi dire, été excessivement normative. Animée des meilleures intentions, elle a critiqué les violations de l’ordre international dans le monde entier. Elle a souvent mis en garde, rappelé à l’ordre et réprimandé, mais sans suffisamment se préoccuper du manque fréquent de moyens pour remédier à la situation. Cet écart entre aspirations et possibilités s’est trop creusé. Nous devons le réduire, et c’est la seule façon de mieux appréhender la réalité. Faisons donc le point sur nos capacités.
Un exemple éloquent : le produit intérieur brut de la Russie s’élève actuellement à environ 2 000 milliards d’euros. Celui de l’Union européenne est près de dix fois supérieur. Pourtant, l’Europe n’est pas dix fois plus puissante que la Russie aujourd’hui. Notre potentiel militaire, politique, économique et technologique est immense, mais nous sommes loin de l’avoir pleinement exploité. Par conséquent, l’essentiel est désormais le suivant : Nous devons changer notre façon de penser. Nous avons compris qu’à l’ère des grandes puissances, notre liberté n’est plus acquise. Elle est menacée. Il faudra de la détermination et de la volonté pour la préserver. Cela exigera d’être prêt à emprunter de nouvelles voies, à accepter le changement et, oui, même à faire des sacrifices. Et non pas un jour, mais maintenant.
Pour des raisons impérieuses, en Allemagne, nous prenons le pouvoir de l’État très au sérieux. Depuis 1945, l’idée qu’il nous fallait contenir ce pouvoir a été profondément ancrée dans notre pensée.
Permettez-moi d’ajouter : ce n’est pas seulement un excès de pouvoir de l’État qui détruit les fondements de notre liberté. Un pouvoir de l’État insuffisant conduit au même résultat, même si c’est par un chemin différent. Et cette question a une dimension profondément européenne. Puis-je le citer ? Il y a quinze ans, Radek Sikorski écrivait dans l’ouvrage collectif allemand : « Je crains moins la puissance allemande que son inaction. » Cela aussi fait partie de notre responsabilité, qui découle de notre constitution, de notre histoire et de notre géographie. Nous assumons cette responsabilité.
À cette fin, il nous faut une stratégie qui résolve un dilemme évident. La réorganisation du monde par les grandes puissances s’opère plus rapidement et plus profondément que nous ne pouvons nous renforcer. Pour cette seule raison, je ne suis pas convaincu par l’appel, parfois trop instinctif, à ce que l’Europe abandonne purement et simplement son partenariat avec les États-Unis.
Mesdames et Messieurs, je comprends le malaise et les doutes que suscitent de telles demandes. J’en partage même certains. Pourtant, ces demandes ne sont pas mûrement réfléchies. Elles ignorent tout simplement les dures réalités géopolitiques de l’Europe et sous-estiment le potentiel que recèle encore notre partenariat avec les États-Unis, malgré toutes les difficultés.
Il ne suffira donc pas de réagir avec la plus grande habileté rhétorique possible aux manœuvres et aux caprices des grandes puissances. En cette période difficile, nous définissons notre propre programme. Nous nous concentrons sur nous-mêmes. Ce programme prend forme. Comment pourrait-il en être autrement ? Et pourtant, sa réalisation est déjà bien engagée. Nous utilisons la pression que nous subissons pour créer quelque chose de nouveau et, espérons-le, de positif. Cependant, la politique des grandes puissances en Europe n’est pas une option pour l’Allemagne.
Un leadership fondé sur le partenariat, oui. Des fantasmes hégémoniques ? Non, nous autres Allemands n’agirons plus jamais seuls. C’est une leçon durable que nous avons apprise.
Nous affirmons notre liberté avec nos voisins, uniquement avec nos voisins, nos alliés et nos partenaires. Nous nous appuyons sur notre force, notre souveraineté et notre capacité de solidarité en Europe. Nous le faisons avec un réalisme fondé sur des principes.
Mesdames et Messieurs, si je puis me permettre, ce programme de liberté repose sur quatre piliers.
Premièrement, nous nous renforçons militairement, politiquement, économiquement et technologiquement. Ce faisant, nous réduisons nos dépendances et notre vulnérabilité. Le renforcement de l’Europe au sein de l’OTAN est notre priorité absolue. Nous investissons massivement dans une dissuasion crédible. Pour rappel, l’Allemagne a amendé sa Constitution. Lors du sommet de l’OTAN à La Haye en juin dernier, la quasi-totalité des alliés se sont engagés à consacrer 5 % de leur produit intérieur brut à la sécurité. L’Allemagne, à elle seule, investira plusieurs centaines de milliards d’euros dans les années à venir. Nous soutenons l’Ukraine dans sa courageuse résistance à l’impérialisme russe. Nous agissons sur les plans diplomatique, politique, économique, mais aussi, bien sûr, militaire. Par ailleurs, depuis un an, l’Allemagne et l’Europe exercent un leadership prépondérant dans ce dossier. Nous avons infligé à Moscou des pertes et des coûts immenses. Si Moscou finit par accepter la paix, ce sera aussi grâce à cela, car c’est une expression de la force de l’Europe. Nous avons lancé d’importants projets d’acquisition d’armements conventionnels, allant de la défense aérienne aux frappes de précision en profondeur grâce à la technologie satellitaire. Nous revitalisons notre industrie de défense. De nouvelles usines ouvrent, de nouveaux emplois sont créés et de nouvelles technologies émergent. Comme l’a déclaré le ministre-président de Bavière, ici même, autour de Munich, par exemple, un pôle d’entreprises de technologies de défense hautement innovantes est en plein essor, développant des technologies de rupture, certaines en étroite collaboration avec l’Ukraine. Monsieur le ministre de la Défense, la réforme de nos forces armées est en cours. Si nécessaire, nous procéderons à des ajustements. Nous renforçons le flanc Est de l’OTAN. À cette fin, notre brigade est déployée en Lituanie – la première fois dans l’histoire de la Bundeswehr qu’une unité d’une telle dimension est déployée hors de notre territoire. Nous assurerons une sécurité accrue dans le Grand Nord. Les premiers Eurofighters allemands ont été désignés, et d’autres suivront. Nous ferons de la Bundeswehr – je l’ai souvent dit, et je le répète ici – l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe, et ce, le plus rapidement possible. Une armée capable de tenir bon si nécessaire.
Parallèlement, nous renforçons la résilience de notre société et de notre économie. Nous mettons en place de nouvelles lois pour sécuriser nos réseaux et nos infrastructures critiques contre les attaques hybrides. Nous créons des chaînes d’approvisionnement résilientes et réduisons notre dépendance aux matières premières, aux produits essentiels et aux technologies. Nous protégeons notre ordre libre et démocratique contre ses ennemis tant intérieurs qu’extérieurs. Nous renforcerons notamment nos services de renseignement. Dans ce nouveau monde, la politique de la concurrence est indissociable de la politique de sécurité, et la politique de sécurité est indissociable de la politique de la concurrence. Toutes deux servent notre liberté. C’est précisément pourquoi nous voulons être des moteurs de progrès dans les technologies d’avenir. L’intelligence artificielle y jouera un rôle clé.
Deuxièmement, nous renforçons l’Europe. Une Europe souveraine est notre meilleure réponse à cette nouvelle ère. Unir et renforcer l’Europe est notre priorité absolue aujourd’hui. Notre Europe doit se concentrer sur l’essentiel : préserver et renforcer notre liberté, notre sécurité et notre compétitivité. Nous devons mettre un terme à la prolifération des bureaucraties et des réglementations européennes. Les normes européennes ne doivent pas nous entraver au point de paralyser et de freiner notre compétitivité. Elles doivent au contraire mettre en valeur nos atouts. Elles doivent stimuler l’innovation et l’esprit d’entreprise, encourager l’investissement et récompenser la créativité. L’Europe ne doit pas se retrancher derrière une logique d’évitement des risques. L’Europe doit créer des opportunités et libérer son potentiel. Chère Ursula von der Leyen, nous avons longuement discuté de ces questions hier avec les chefs d’État et de gouvernement européens, et nous élaborons désormais ensemble une feuille de route commune pour une Europe forte et souveraine. L’Europe doit devenir une force politique mondiale dotée de sa propre stratégie de sécurité. Et, pour rappel : l’article 42 du traité sur l’Union européenne nous engage à nous entraider en cas d’attaque armée en Europe. Nous devons maintenant définir comment nous entendons organiser cela au niveau européen. Non pas pour remplacer l’OTAN, mais comme un pilier solide et autonome au sein de l’alliance. J’ai entamé avec le président français Emmanuel Macron des discussions sur la dissuasion nucléaire européenne.
Mesdames et Messieurs, soyons clairs : nous respectons nos obligations juridiques. Nous nous y conformons pleinement dans le cadre de nos accords de partage nucléaire au sein de l’OTAN et nous ne permettrons pas l’émergence de zones de sécurité inégales en Europe. L’industrie européenne de défense doit, quant à elle, tenir ses promesses. Nous allons donc organiser la normalisation, la mise à l’échelle et la simplification des systèmes d’armes au niveau européen. Cela libérera un potentiel considérable et nous permettra de traduire cette force en une présence extérieure unifiée, incluant nos partenaires stratégiques. Cela passe notamment par une politique commerciale forte. L’accord Mercosur entre l’Union européenne et quatre États d’Amérique du Sud sera appliqué à titre provisoire. Oui, c’est là une bonne décision de la Commission européenne. L’accord de libre-échange avec l’Inde a été finalisé. D’autres accords suivront, rapidement je l’espère. Sur le plan diplomatique, nous, en Europe, accomplissons donc un exploit remarquable ces jours-ci. Cela se manifeste également dans notre action pour la paix en Ukraine. Là où l’agilité est de mise, nous avançons par petits groupes avec l’E3 – c’est-à-dire avec l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni – mais aussi avec l’Italie et la Pologne, qui sont les meneurs de jeu en Europe. Nous savons qu’à long terme, nous ne réussirons que si nous entraînons les autres Européens dans notre sillage. C’est ce que nous faisons, et pour nous, Allemands, il n’y a pas d’autre solution. Nous sommes le cœur de l’Europe. Si l’Europe se déchire, l’Allemagne se déchirera aussi. Mais j’en appelle également à nos partenaires : prenez conscience de la gravité de la situation ; vous aussi, contribuez à bâtir une Europe forte et souveraine.
Et enfin, troisièmement : nous voulons établir un nouveau partenariat transatlantique. Permettez-moi de commencer par une vérité dérangeante. Un fossé, une profonde fracture, s’est creusé entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique. Le vice-président J. D. Vance l’a déclaré ici même à Munich il y a un an. Son analyse était juste. La guerre culturelle du mouvement MAGA aux États-Unis, n’a rien à voir avec notre liberté d’expression ; notre relation s’arrête là lorsque ce discours s’attaque à la dignité humaine et à la Loi fondamentale. Nous ne croyons ni aux droits de douane ni au protectionnisme, mais au libre-échange, et nous soutenons les accords climatiques et l’Organisation mondiale de la santé car nous sommes convaincus que nous ne pouvons relever les défis mondiaux qu’ensemble. Or, le partenariat transatlantique semble avoir perdu de son évidence. D’abord aux États-Unis, puis ici en Europe, et sans doute aussi dans cette salle. Mesdames et Messieurs, si notre partenariat veut avoir un avenir, nous devons le redéfinir à deux égards. Cette réévaluation doit être concrète, non abstraite. Nous devons parvenir à cette conclusion par-delà l’Atlantique : ensemble, nous sommes plus forts. Nous, Européens, savons combien est précieuse la confiance sur laquelle repose l’OTAN. À l’ère des grandes puissances, les États-Unis, eux aussi, dépendront de cette confiance. Même eux atteignent les limites de leur propre pouvoir lorsqu’ils agissent unilatéralement, comme le soulignent les stratèges du Pentagone. En tout cas, cela semble clair. L’OTAN n’est pas seulement notre atout concurrentiel, mais aussi le vôtre, chers amis américains.
Pour nos compatriotes américains, je vais paraphraser en anglais : depuis plus de trois générations, la confiance entre alliés et amis est ce qui a fait de l’OTAN l’alliance la plus forte de tous les temps. L’Europe est pleinement consciente de sa valeur. En période de rivalité entre grandes puissances, même les États-Unis ne sont pas assez puissants pour tout faire seuls. Chers amis, l’appartenance à l’OTAN est un atout concurrentiel non seulement pour l’Europe, mais aussi pour les États-Unis. Alors, réparons et ravivons ensemble la confiance transatlantique. Nous, Européens, faisons notre part dès maintenant.
À partir d’ici, Merz cesse de parler en anglais.
Et je voudrais reprendre les mots de Wolfgang Ischinger : « Les autocraties peuvent avoir des partisans. Les démocraties ont des partenaires et des alliés. »
Cette phrase, d’ailleurs, s’applique aussi à nous, Européens. Un véritable allié prend ses obligations au sérieux. Personne ne nous a contraints à la dépendance excessive envers les États-Unis dans laquelle nous nous sommes récemment trouvés. Cette immaturité était de notre propre fait. Mais nous tournons la page dès maintenant, et de préférence au plus vite. Nous n’y parvenons pas en abandonnant l’OTAN. Nous y parvenons en bâtissant un pilier européen fort et autonome, au sein de l’alliance et dans notre propre intérêt. Et ce nouveau départ, Mesdames et Messieurs, est juste en toutes circonstances. Il est juste même si les États-Unis continuent de prendre leurs distances. Il est juste tant que nous ne pouvons garantir notre sécurité par nous-mêmes. Nous le pouvons. Et c’est, en définitive, la bonne approche pour rétablir un partenariat transatlantique plus sain.
Je pense qu’à l’avenir, nos désaccords seront plus fréquents qu’auparavant. Nous devrons négocier, et peut-être même débattre plus souvent, de la voie à suivre. Si nous le faisons avec une force, un respect et une dignité renouvelés, ce sera bénéfique pour les deux parties. J’ai d’ailleurs perçu cela lors des discussions sur le Groenland que nous avons eues ces dernières semaines. Je m’adresse en particulier à Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, qui sait pouvoir compter sur la solidarité européenne sans la moindre réserve.
Quatrièmement, et surtout, nous tissons un solide réseau de partenariats mondiaux. Si importants que demeurent pour nous l’intégration européenne et le partenariat transatlantique, ils ne suffiront plus à préserver notre liberté. Le partenariat n’est pas un concept absolu. Il n’exige pas un accord total sur toutes les valeurs et tous les intérêts. C’est d’ailleurs l’un des enseignements de ces derniers jours, semaines et mois. C’est ainsi que nous abordons de nouveaux partenaires avec lesquels nous partageons des préoccupations certes importantes, mais pas toutes. Cela nous permet d’éviter les dépendances et les risques, tout en ouvrant des perspectives pour les deux parties. Cela protège notre liberté. Le Canada, le Japon, la Turquie, l’Inde et le Brésil joueront un rôle clé à cet égard. Il en sera de même pour l’Afrique du Sud, les États du Golfe et d’autres pays. Nous souhaitons tisser des liens plus étroits avec ces pays, fondés sur le respect mutuel et dans une perspective de long terme. Nous partageons un intérêt fondamental pour un ordre politique où nous pouvons compter sur des accords, où nous nous engageons à résoudre conjointement les problèmes mondiaux et, surtout, où nous réglons les conflits pacifiquement.
Dans le quatrième et dernier volet du discours sont énumérés quelques partenaires pour l’Europe, des pays nommés comme partenaires potentiels dans une relation dénuée de toute prétention idéologique : Japon, Canada, mais aussi Turquie et Pays du Golfe. Trois pays du BRICS sont nommés : Brésil, Inde et Afrique du Sud, sans doute une volonté d’éloigner ces pays considérés comme fréquentables de l’orbite de Moscou et Pékin. Merz s’abstient ici d’évoquer un partenariat avec Pékin, contrairement à la formule qui avait cours en Europe il y a quelques années encore d’une Chine à la fois « partenaire, concurrent et rivale systémique ».
Nous partageons l’expérience que le droit international et les organisations internationales servent notre souveraineté, notre indépendance et, en effet, notre liberté. Nous, Allemands, savons qu’un monde où seule la force compte serait un monde sombre.
Notre pays a suivi cette voie au XXe siècle, jusqu’à sa fin amère et désastreuse. Aujourd’hui, nous nous engageons sur une voie différente et meilleure. Notre plus grande force réside dans notre capacité à bâtir des partenariats, des alliances et des organisations fondés sur le droit et les règles, sur le respect et la confiance, et animés par la foi en la force de la liberté. Après 1945, ce sont avant tout nos amis américains qui nous ont inspirés, nous autres Allemands, avec cette idée puissante et éclairée. Nous ne l’oublierons jamais.
Sur ce fondement, l’OTAN est devenue l’alliance politique la plus forte de l’Histoire. Nous restons fidèles à cet idéal. Avec toute notre énergie et notre passion, avec dignité et solidarité, avec créativité et courage, nous portons cet idéal dans cette nouvelle ère, afin qu’elle ne s’assombrisse pas, mais soit, Mesdames et Messieurs, une période faste pour nous, et surtout pour la génération de nos enfants et petits-enfants, qui comptent sur nous pour agir avec justesse en ces jours et ces semaines. Nous sommes déterminés à y parvenir.
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/13/merz-munich-discours-integral/
Neue Zürcher Zeitung
Schluss mit dem «normativen Überschuss»: Deutschland entdeckt die Machtpolitik
Der deutsche Kanzler Friedrich Merz will Europa aus der Unmündigkeit herausführen. Der Kontinent soll kein Anhängsel der USA sein, sondern ein «weltpolitischer Faktor». Dafür muss sich sein Land von der wertegeleiteten Aussenpolitik der Vergangenheit verabschieden.
Deutsche Kanzler hielten sich an der Sicherheitskonferenz in München gerne zurück. Die Eröffnungsrede überliessen sie lieber Gästen aus dem Ausland. Das gebot die Gastfreundschaft, aber auch das deutsche Selbstverständnis: Führen sollten andere.
Doch mit diesem Zögern soll nun Schluss sein. Am Freitag eröffnete der deutsche Kanzler Friedrich Merz die Konferenz, auf eigenen Wunsch hin. So viel Forschheit hatte ihren Grund. Merz wollte die grösstmögliche internationale Bühne nutzen, um einen Kurswechsel zu verkünden: Deutschland entdeckt die Machtpolitik für sich.
Lange Zeit habe die deutsche Aussenpolitik einen «normativen Überschuss» gehabt, kritisierte Merz die Politik seiner Vorgänger. Mit den besten Absichten habe sie Verletzungen der internationalen Ordnung in aller Welt kritisiert. «Aber sie war nicht besorgt genug darüber, dass oft die Mittel fehlten, Abhilfe zu schaffen», sagte Merz. Kurzum: Auf die mahnenden Worte folgten keine Taten.
«Zerreisst Europa, zerreisst Deutschland»
Deutschland begründete diese Zurückhaltung lange mit der eigenen Nazi-Vergangenheit. Das Land habe nach 1945 verinnerlicht, dass es seine eigene Macht einhegen müsse, sagte Merz. Doch in der neuen Weltordnung werde diese Untätigkeit bestraft. «Wir sind die Mitte Europas. Zerreisst Europa, zerreisst Deutschland.» Sein Land müsse daher Verantwortung übernehmen.
Damit ein deutscher Kanzler auf offener Bühne mit dieser tiefsten aller deutschen aussenpolitischen Prämissen bricht, muss einiges passieren. Der Grönland-Schock sitzt den Europäern tief in den Knochen. Eine Zollstrafe durch den amerikanischen Präsidenten Donald Trump mögen sie abgewendet haben. Doch dessen unverhohlene Drohungen gegen den Nato-Partner Dänemark haben auch dem letzten überzeugten Transatlantiker in Europa vor Augen geführt, dass auf die einstige Schutzmacht nur noch bedingt Verlass ist.
Die Amerikaner hielten den Zerfall der alten Ordnung nicht auf, sagte Merz, im Gegenteil: Sie beschleunigten ihn. Sein Fazit der ersten Wochen des Jahres 2026 lautet daher: «Zwischen Europa und den Vereinigten Staaten hat sich eine Kluft aufgetan.» Die einstige Wertegemeinschaft löst sich auf. «Der Kulturkampf der Maga-Bewegung ist nicht unserer», grenzte sich Merz von der Politik der amerikanischen Regierung ab. Die Europäer glaubten nicht an Zölle und Protektionismus, sondern an freien Handel und an internationale Organisationen.
Die europäische Unmündigkeit sei selbstverschuldet
Allein die Vereinigten Staaten wollte er für diese Misere jedoch nicht verantwortlich machen. Merz redete auch den Europäern selbst ins Gewissen. Niemand habe sie in die übermässige Abhängigkeit von den Vereinigten Staaten gezwungen. «Diese Unmündigkeit war selbstverschuldet», sagte er. Nun habe es Europa in der Hand, das Abhängigkeitsverhältnis zu überwinden.
Merz sieht Europa nicht als Anhängsel der Grossmächte, die die neue Weltordnung prägen, sondern als eigenständigen Akteur. «Europa muss ein weltpolitischer Faktor werden», sagte er.
In vielen europäischen Hauptstädten dürfte man dieses Ziel wohl teilen. Nur über den Weg dorthin sind sich die Europäer uneins.
Europa bleibt auf die USA angewiesen
Insbesondere im für die EU so wichtigen deutsch-französischen Verhältnis läuft es nicht rund. Das gemeinsame Rüstungsprojekt FCAS steht vor dem Aus. Zudem haben Merz und der französische Präsident Emmanuel Macron unterschiedliche Vorstellungen davon, wie die europäische Wirtschaft wettbewerbsfähiger werden soll. Und auch in Sachen Ukraine überrumpeln sich die beiden Männer regelmässig mit eigenständigen Vorstössen.
Diese Schwächen sind auch Merz bewusst. «Die Neuordnung der Welt durch grosse Mächte vollzieht sich schneller und tiefgreifender, als wir uns selbst stärken können», sagte er.
Bis es so weit ist, befindet sich Europa jedoch in einem Dilemma. Es will sich unabhängig von den USA machen, ist jedoch vorerst auf die unliebsam gewordenen Partner angewiesen. Die Europäer brauchen die Amerikaner in den Verhandlungen zum Krieg in der Ukraine. Und trotz allen Beteuerungen können sie sich nicht selbst gegen Russland verteidigen.
Der Kanzler redet den Amerikanern auf Englisch ins Gewissen
Deswegen war Merz bei aller Kritik ebenso bemüht, die Hand in Richtung der USA ausgestreckt zu lassen. Das transatlantische Verhältnis lasse sich reparieren. Auch hier will Merz jedoch künftig weniger mit Werten als mit Interessen überzeugen. «Die Begründung muss handfest sein, nicht esoterisch», sagte er.
Die Nato sei nicht bloss für Europa, sondern auch für Amerika ein Wettbewerbsvorteil. «Selbst sie stossen an die Grenzen der eigenen Macht, wenn sie im Alleingang unterwegs sind.» Um seinen Punkt zu unterstreichen, wiederholte er diese Passage seiner Rede auch noch einmal auf Englisch.
Schon bald wird sich zeigen, wie diese neue europäische Realpolitik dort ankommt, wo es zählt: bei den Amerikanern. Für Samstagmorgen wird die Rede des amerikanischen Aussenministers Marco Rubio erwartet. Dass die Amerikaner den deutlich konzilianteren Rubio und nicht wieder Vance schicken, wird auf europäischer Seite jedenfalls schon als ein Entgegenkommen aufgefasst.
EUROPE’S ELUSIVE DEFENSE
Politico
Europe has the weapons, but still needs America to wage war
European countries rely on the the U.S. for intelligence, logistics, communications and command-and-control.
European countries make lots of weapons, but they need the U.S. to coordinate that firepower — something that’s making it difficult to plan for a continental defense effort without Donald Trump’s America.
NATO chief Mark Rutte publicly mocked the idea of Europe defending itself without America, arguing the continent is helpless without U.S. capabilities.
Interviews with diplomats and analysts show why: Europe’s industrial base can build guns, jets, tanks and missiles, but it still leans heavily on the Pentagon for intelligence, logistics, communications and the command-and-control backbone that ties everything together.
Without those capabilities, Europe has little hope of deterring Russia.
“We need to be ready to replace American strategic enablers with our own European ones. This should be our strategic priority,” Defense Commissioner Andrius Kubilius said this week, calling it “a first step towards our independence.”
Detaching from the U.S. will be time-consuming and expensive.
“No European country can, by definition, replace the U.S.” said Olivier Schmitt, head of research at the Institute for Military Operations at the Royal Danish Defence College.
The European Union is aware of those gaps. It adopted a Strategic Compass and a Readiness 2030 plan, aiming to mitigate the risks of U.S. disengagement. But those projects are still a long way off.
What’s really undermining Europe’s bid to rely less on the U.S. is the continent’s own complicated politics, five diplomats and nine analysts told POLITICO.
The European Union’s defense is often hobbled by the need for unanimity, giving a veto to pro-Kremlin Hungary. And even if EU countries do organize in smaller groups, they then have to try to integrate with third nations like Norway, the U.K., and increasingly Canada.
A full divorce would be eye-wateringly expensive; Rutte estimates it would come to 10 percent of GDP, double what NATO countries have committed to spend on defense.
The cost could reach $1 trillion, according to the International Institute for Strategic Studies, a think tank. “Not only would European allies need to replace major U.S. military platforms and manpower … but also address shortfalls in space and all-domain intelligence, surveillance and reconnaissance assets,” as well as replacing U.S. contributions to NATO’s command-and-control arrangements.
However, Europe isn’t starting from zero.
In many areas, the EU already has good alternatives, said Camille Grand, secretary-general of the European Aerospace, Security and Defence Industries Association defense lobby. “I think in 98 percent of the cases, there is a European solution.”
Surveillance
While the Boeing E-3 Sentry, commonly known as AWACS, is a workhorse of surveillance, command, control and communications, NATO is hunting for a replacement.
The initial idea had been to buy Boeing’s U.S.-made E-7A Wedgetail radar aircraft. But a confidential German defense ministry document seen by POLITICO shows Berlin and several NATO partners now want to overturn that 2023 decision and instead switch to a European alternative.
The memo warns that sticking with the Boeing jet would create “significant risks” on price, delivery timelines, maintenance and certification.
Sweden’s Saab GlobalEye provides one alternative. It is being acquired by Sweden and France in December ordered two GlobalEyes to replace its aging E-3F Sentry fleet. German Defense Minister Boris Pistorius said the airplane is in “pole position” to be bought by the Bundeswehr.
Air defense
Raytheon’s MIM-104 Patriot mobile air defense system is used by the U.S. military and 19 European countries, including Ukraine. That makes them reliant on U.S. suppliers; Kyiv has complained about crucial shortages of Pac-3 interceptor missiles that left Patriots idle while Russian missiles rained down on Ukrainian cities this winter.
However, Europe does have alternatives.
The French-Italian SAMP-T has similar capabilities, although it has a much sparser combat record. Ukraine is already operating them and is waiting for a further eight.
Denmark chose the SAMP-T over the Patriot late last year.
Air power
The United States military has over 200 Boeing C-17 Globemaster III in service for strategic airlift, and an even higher number of C-130 Hercules for tactical airlift. They also fly with the Europe’s Heavy Airlift Wing and are operated by many NATO allies.
Europe has its newer Airbus A400M Atlas, with Germany using about 50, the U.K. and France about 20 each, with more on order.
However, airlift capability may be less needed in a defensive war against Russia, where road and rail will be crucial to move troops and materiel. The EU is also working to cut red tape to make it easier to move forces across the continent; the Commission has proposed boosting the military mobility budget tenfold to €17.7 billion in the next budget.
The U.S. has an overwhelming advantage in mid-air refuelling — key in air combat operations. It operates a fleet of about 450 tankers, while Europe has 156, largely the Airbus A330 Multi Role Tanker Transport.
A study by the Center for Strategic and International Studies pointed out at what many EU officials still complain about: that during the 2011 NATO air campaign over Libya, European countries were dependent on the U.S. for many capabilities.
Space
Europe’s military space capabilities are limited, with many nations relying on the U.S. to provide intelligence and navigation. European countries have announced plans to ramp up spending on space, but it will take years.
Europe does have the new Ariane 6 rocket, but it has only been used six times, putting it far behind U.S. launch capability.
“Europe still has a lot of catching up to do. It will take time and a long-term commitment to spend more on space, and defense generally. There seems to be a will right now, so maybe there is a way,” said Clayton Swope, a senior fellow at CSIS.
The EU is financing the IRIS² orbital communications system that is supposed to rival Elon Musk’s Starlink, although it is expected to go into service only by 2030 after delays and cost overruns.
“Think of how many Starlink, Amazon LEO, Guowang, and Qianfang satellites will have been launched by then,” said Victoria Samson, chief director of space security and stability at the Secure World Foundation, an NGO.
Intelligence
“The most difficult enabler to replace will be the intelligence and targeting capabilities that the United States provides,” said Max Bergmann, director of the Europe, Russia and Eurasia program at CSIS. “This is not just about the physical assets — satellites, high-end drones — but also the fusion of the intelligence gained from these assets into clear identifiable targets.”
Although new U.S. military aid to Ukraine has shrivelled to almost nothing under Trump, Kyiv remains reliant on U.S. intelligence. Real-time satellite imagery has been key to Ukraine’s defense against Moscow, giving its military the ability to anticipate incoming Russian attacks and target their own strikes.
After Trump briefly paused intelligence sharing last year, Kyiv and its European allies are scrambling for alternatives.
Ukraine has access to data from Finnish space company ICEYE’s satellites, which are also used by countries like Poland, the Netherlands, Portugal and Finland.
French President Emmanuel Macron has said France is now supplying roughly two-thirds of Ukraine’s intelligence support.
Political limits
Those capability gaps were less of a problem when the U.S. was seen as a solid NATO ally. Now there are growing doubts.
New results from The POLITICO Poll noted sharp drops in France, Germany and the U.K. when asked about the U.S. as a reliable security partner.
But for European countries to step up, they’ll have to unify their defense markets, cut out duplication of weapons systems, jointly buy arms, and invest much more in defense.
“Europe’s problem is not that it lacks money. It is that it lacks coherence,” writes Tom Tugenhadt, a former British security minister.
https://www.politico.eu/article/europe-us-defense-plan-weapon-donald-trump
The Economist (Pay Wall)
SAMs tomorrow : Can Germany rearm its way to growth?
Defence spending may kickstart economic recovery, but it will take a while
https://www.economist.com/europe/2026/02/12/can-germany-rearm-its-way-to-growth
The Wall Street Journal (Pay Wall)
A German General Prepares His Country for War—and the Clock Is Ticking
Could Russia launch a war across Europe? The Germans aren’t waiting to find out.
KLAIPEDA, Lithuania—Germany’s top military officer, Gen. Carsten Breuer, stood astride a map of Lithuania laid out on the floor of a makeshift command post in this port city on the Baltic Sea.
A chill rain beat against the windows as Breuer and his aides reviewed plans to surge ammunition and fuel to an armored brigade positioned in the likely path of any Russian ground attack on NATO.
“We need to train where and how we will fight,” Breuer told the camouflage-clad soldiers gathered around him. “We need to be agile. We need a new mindset.”
Breuer is racing to prepare Germany’s armed forces for war. And for the 61-year-old veteran of conflicts from Kosovo to Afghanistan, the clock is ticking.
Germany’s military-intelligence agency estimates that within the next three years, Russia, whose armies poured into Ukraine in 2022, will have amassed enough weaponry and trained enough troops to be able to start a wider war across Europe. Breuer says a smaller attack could come at any time.
“We have to be ready,” he says.
To that end, Breuer has been waging a multi-front campaign to rally Germany’s politicians, business people, soldiers and the general public behind efforts to speed the nation’s rearmament and persuade them that they must be prepared to fight Russia to preserve their democratic freedoms.
Defense spending has climbed sharply. And Parliament in December passed a law that will require young men to undergo medical exams to assess their fitness for military service. The aim is to spur voluntary enlistment. Conscription could be next, the government says, if the army doesn’t get enough recruits.
All of this has put Breuer in the vanguard of European generals and national-security officials working to rebuild the continent’s militaries—weakened by years of threadbare budgets after the demise of the Soviet Union—as the threat emanating from the Kremlin has grown steadily more menacing.
On Thursday, German Defense Minister Boris Pistorius nominated Breuer to serve as the next chair of the North Atlantic Treaty Organization’s military committee. If chosen, he would become principal advisor to the alliance’s secretary general.
Complicating matters is the fact that under the Trump administration, the U.S., for decades Germany’s—and Western Europe’s—most important ally, is increasingly seen as, at best, an unreliable partner and, at worst, a hostile force undermining the continent’s security.
European officials say they need to be prepared to go it alone in the event of war with Russia—a conflict that would define the future of the democratic West. And Germany, the European Union’s largest economy and most populous country, is absolutely central to the continent’s defense. Ironically, a powerful German military, the bane of Europe in the first half of the 20th century, is now essential to its security in the 21st.
The Art of Kriegstüchtig
Kriegstüchtig is the German word for war-ready. Breuer has made this his rallying cry as he drives change in the armed forces and tries to jolt Germans from their post-Cold War, end-of-history reverie.
Breuer has been waging a multi-front campaign to rally Germany behind efforts to speed the nation’s rearmament and persuade them that they must be prepared to fight Russia to preserve their democratic freedoms.
He and Pistorius deliberately use the term, which carries extra weight in German. Unlike in American English usage, where war is waged on everything from drugs to poverty, the Germans reserve Krieg for armies fighting armies. And it plucks a nerve in a country still scarred by its history of militarism.
Breuer joined the army in 1984, at a time when the military was near its post-World War II peak in terms of troop strength and readiness, with around a half a million men under arms and roughly 2,000 main battle tanks. At the time, it was the mainstay of NATO’s conventional forces in Central Europe.
When the Berlin Wall came down and the Soviet Union collapsed, the need for a large standing army seemed like a thing of the past. German soldiers still fought, including in Afghanistan, where they were part of a NATO-led stabilization force. But military budgets shrank and money was spent on reunification.
By the 2010s, the military was less than half its Cold War size and much of its weaponry and equipment were in disrepair. Over time, Breuer says, “the country that was home to Clausewitz and von Moltke” ended up with few people “thinking about grand strategy.” Breuer was part of a generation of officers whose mission was often to make do with less, focusing on “downsizing and making things more efficient,” he says, “not more effective.”
His job now is to change that.
Breuer’s evangelizing has made him an important public figure in a country unaccustomed to seeing and hearing from men in uniform. On TV, at town halls and universities, the bespectacled officer, with close-cropped gray hair and an almost professorial demeanor, lays out the stakes for his countrymen.
His message is reasoned, calm and direct. He ticks through a list: Russia’s economy is on a war footing; the country is stockpiling artillery shells and tanks; it’s looking to expand its ranks to 1.5 million men.
“We need to be very focused on deterring and defending against Russia,” he says.
That means contending with German society’s deeply ingrained pacificism, a legacy of ruinous wars and the horrors of the Holocaust.
When the German army was reconstituted in the 1950s, firmly under NATO control, soldiers were taught to be “citizens in uniform” and to be fiercely protective of democratic institutions. They were schooled in domestic and international law.
Breuer’s formal title is Inspector General, which makes him sound more like an auditor than a warrior, even though he is the equivalent of the U.S. chairman of the joint chiefs of staff.
The building where he works in Berlin is also the site of a memorial to German officers executed for plotting against Hitler. Looking down into the atrium outside his office, you see a large carpet woven to look like an aerial photograph of bomb-ravaged Berlin at the end of World War II.
“It’s our duty to make sure this never happens again,” Breuer says.
Claudia Major, a political scientist and specialist on German security policy, says Breuer is the perfect messenger because of his thoughtful and deliberate manner. “He manages to explain the dangers to the public without causing panic,” but also without pretending “things are lovely and nice.”
“He doesn’t freak people out,” says Major.
Attitudes have shifted considerably since Russia seized Crimea from Ukraine in 2014 and then, in 2022, launched a large-scale invasion, which Germany’s chancellor at the time, Olaf Scholz, called an “epochal shift.” In 2025, about two-thirds of Germans saw Russia’s military as a threat, according to a defense ministry survey.
The survey also found that 64% of Germans think defense spending should be increased, compared with 57% in 2024. Another 65% think Germany should have larger armed forces, up from 58%. Meanwhile, the perception of the U.S. as a dependable ally dropped sharply, to 37% in 2025 from 65% a year earlier.
In another landmark, Germany is stationing an armored brigade in Lithuania—the first German troops and tanks to be permanently based abroad since World War II. The 45th Panzer Brigade’s 5,000 men should all be deployed by the end of next year.
Already, German tanks and armored personnel carriers, emblazoned with the military’s black Iron Cross insignia, are training in Lithuania’s Rudninkai forest close to the border with Belarus, Russia’s closest ally.
Not Yet War, But No Longer Peace
Europe, in Breuer’s view, is now in a liminal state—not yet at war, but no longer at peace. Governments are contending with near-daily drone intrusions, cyberattacks and an intensifying campaign of sabotage against railways, communications cables and other targets, all of which they blame on Moscow.
The week Breuer visited the German troops exercising in Lithuania, more than a dozen Russian drones violated the airspace of neighboring Poland. NATO fighters were scrambled to shoot them down, and Breuer had to interrupt his trip for urgent consultations about reinforcing the alliance’s eastern flank.
Meanwhile, across the border in Belarus, thousands of Russian soldiers were conducting maneuvers alongside their Belarus counterparts that included planning for the joint use of nuclear weapons.
“We are being tested,” Breuer says. “They are looking for ways we are vulnerable.”
The war in Ukraine, now about to enter its fifth year, is a daily reminder of the menace to the east. On a recent visit, Breuer saw a long convoy of military ambulances carrying wounded men back from the battlefield. “It always comes down to the soldier on the front lines,” he says. “They do our fighting.”
Breuer’s focus on fighting men and women is guiding his sweeping remake of the German military. His task is to lead a pivot back to a military capable of waging and winning large-scale conventional war. The goal is to field three fully equipped combat divisions by 2032.
Breuer and his aides are working with German defense companies to speed weapons manufacturing. “We need to speed up and shorten the innovation cycle,” he says, pointing to the situation in Ukraine where front-line units and manufacturers collaborate to improve weapons on the fly.
Frustrated with the pace of change, last year, Breuer started to give money directly to battalion and brigade commanders so they can buy off-the-shelf commercial drones and other equipment so they can experiment. In the future, Breuer predicts, “Every rifleman will need to be a drone pilot.”
Lt. Col. Tobias Tiedau, a German officer who until recently led NATO’s multinational battlegroup in Lithuania, says units in the field are already benefiting, with new command-and-control and battle-management systems. And he has been buying drones so his men can train with them.
“We are adapting to a new kind of warfare,” Tiedau says. “You need to give officers the flexibility to push that through.”
Breuer has also quickly assembled drone-defense teams of 30 to 35 personnel equipped with jammers, radar and counterdrone drones. In early November, when there were drone incursions in Belgium, the defense minister requested help. Breuer sent a team that day and it was operational the next day. A unit was also sent to Denmark.
“That is huge. To have action—and fast—that is a big change,” says Rob Bauer, a Dutch admiral, now retired, who was chair of the NATO military committee from 2021 to 2025. “If you are able to organize something like that in a day, that’s something. The German armed forces were big, but not ready. He’s working on that.”
Filling The Ranks
Another challenge is filling the ranks. The military now numbers about 184,000 men. Breuer is aiming to add another 20,000 men this year and then another roughly 60,000 more by 2035. That force would be supplemented by 200,000 reservists.
Parliament has approved a law that requires all men aged 18 to complete a military- service questionnaire; starting in 2027, they will be expected to undergo physical exams to determine whether they are fit to join.
The hope is that this will prompt more people to volunteer to serve. If the military still falls short of its manpower needs, politicians say, they may resort to compulsory military service, which was suspended in 2011.
Breuer speaks regularly to young Germans. They are one of the toughest groups to persuade that the Russian threat is real, that German society needs to mobilize and that they need to be prepared for military service. It is a tough sell in a country where pacifism is a deeply ingrained civic value.
Youth opinions are in flux. A 2025 Ipsos poll conducted for the military found that 42% of Germans aged 16-29 supported new military-service requirements. Another survey found 59% said they probably or definitely wouldn’t take up arms to defend their country.
At an appearance at the University of Mannheim in southwest Germany, Breuer, in his gray-jacketed dress uniform, sprang from his chair, transforming what had been an avuncular presence into one of studied intensity.
“Can we fight a war?” Breuer asked the audience, which responded with surprised laughter. “Are you ready for war?” he said, pointing to a young woman seated near the stage. “Does the question disturb you?” he continued in a series of staccato questions. “What would it be like if Germany was at war?”
Breuer told the students that strength was the way to maintain peace. “We have to make sure that we in Germany are not vulnerable, that we can’t be attacked and that a possible aggressor knows an attack isn’t worth it.”
During the question-and-answer period, one student said “in the end war only leads to people dying” and asked whether all the money now being devoted to defense would be better used to “promote democracy or other initiatives in Russia.”
“If peace is achievable, we must do everything to attain it,” Breuer responded, but he cautioned that years of engagement with Russia and Berlin’s commitment to a change-through-trade policy had failed to keep the Kremlin on a peaceful and democratic path.
Then there is the biggest challenge: contending with the strains now wracking the trans-Atlantic alliance. The Trump administration has criticized allies, cut back on aid to Ukraine and expressed an openness to improving relations with Russia and its autocratic leader Vladimir Putin.
So far, Breuer says, military-to-military relations remain strong. And NATO, under its American commander, continues to operate as usual, parrying Russian threats. “There’s a lot of trust among soldiers,” Breuer says. “Every one of us sees the value in these relationships.”
Breuer has made Kriegstüchtig, the German word for war-ready, his rallying cry as he drives change in the armed forces and tries to jolt Germans from their post-Cold War, end-of-history reverie.
Breuer was studying at the U.S. Army Command and General Staff College at Fort Leavenworth, Kan., on Sept. 11, 2001, when al Qaeda terrorists hijacked planes and used them to attack New York and Washington.
He says it was a seminal moment in his life and one that set the course for decades of his military career, as Germany joined the U.S. in its global war on terror.
Behind the military’s Berlin headquarters building, there is a memorial to the more than 3,000 military and civilian members of the German armed forces who have lost their lives in the line of duty. Fifty-nine of the dead were killed in Afghanistan.
“When I need a moment for myself, when there are really hard decisions, I like to go there to get my head straight,” Breuer says. “In the end you see why you are doing this—for a stable and bright future for all Germans.”
GEOPOLITICS
The Economist (Pay Wall)
The melting north : What China is really up to in the Arctic
Its close co-operation with Russia is alarming many in the region
https://www.economist.com/china/2026/02/12/what-china-is-really-up-to-in-the-arctic
EU POLITICS
The Economist (Pay Wall)
The European Onion is a joke whose time has come
A new model of European integration, without the tears
Atlantico
Les 27 se divisent sur 2 visions opposées de l’avenir de l’Europe. En oubliant chacune LE problème politique majeur de l’UE ?
Les dirigeants européens se sont retrouvés ce jeudi 12 février 2026 au château d’Alden Biesen, en Belgique, avec Ursula von der Leyen, Mario Draghi et Enrico Letta pour un huis clos informel, à la veille de la Munich Security Conference. Objectif : relancer la compétitivité de l’UE… malgré des désaccords frontaux et de sacrés angles morts.
Atlantico : Les leaders de l’Union européenne se réunissent près de Bruxelles pour discuter de la bonne façon de sauvegarder l’avenir européen. Deux visions (l’une reposant sur l’approfondissement, l’autre sur la dérégulation) semblent s’affronter. Quelles sont, exactement, ces deux visions et dans quelle mesure faut-il penser que l’une comme l’autre peinent à voir le vrai problème européen ?
Christophe Bouillaud : En simplifiant, d’un côté, il y a la vision de l’autonomie européenne, porté essentiellement par Emmanuel Macron, qui vise à profiter du moment Trump pour réaliser le vieux rêve gaulliste d’une Europe géopolitiquement indépendante des Etats-Unis, et bien sûr aussi de la Russie ou de la Chine, ou de toute autre puissance. Elle vise par exemple à passer à moyen terme, à travers une banalisation de l’emprunt commun de la part des pays européens par exemple, à une fédération de fait. Il faut cependant remarquer que, si Emmanuel Macron reprend une très vieille idée de la diplomatie française, il est sans doute le plus mal placé des gouvernants européens pour pousser en avant une solution fédérale du point de vue du consentement démocratique. En effet, les Français se classent depuis quelques années parmi les Européens les plus insatisfaits de l’Union européenne. Toute avancée institutionnelle en matière d’intégration européenne se heurterait sans doute à un non franc et massif des électeurs français. Emmanuel Macron avance donc en dépit de son opinion publique. De l’autre côté, il y a cette alliance qui semble se dessiner entre l’Allemagne de Friedrich Merz et l’Italie de Giorgia Meloni. Cette alliance est sans doute consciente de l’impossibilité d’une fédéralisation rapide de l’Union. Giorgia Meloni a été dans l’opposition l’une des voix de l’euroscepticisme italien, et cherche à tout prix à ne pas rompre avec Donald Trump. Friedrich Merz se trouve sous pression d’une droite extrême eurosceptique, l’AfD, qui lui prend ses propres électeurs au nom de la défense d’un sain égoïsme germanique. Surtout, les deux dirigeants veulent représenter les intérêts de leurs industries respectives. Ils veulent de la déréglementation à tout crin, car ils pensent, à tort ou à raison, que les difficultés industrielles de leurs pays en particulier, et de l’Europe en général, tiennent essentiellement à un excès de réglementation. Ils ont sans doute pas mal d’alliés parmi les gouvernements européens de droite. Cela correspond à ce qui se passe déjà au sein du Parlement européen depuis 2024: la droite du PPE et les trois groupes à sa droite (CRE, PfE, ESN) ont commencé à voter ensemble un détricotage du « Green Deal », c’est-à-dire des règles, adoptées après 2019, qui devaient faire de l’Union européenne le leader de la décarbonation et de la défense de la biodiversité. Cette seconde approche vise à neutraliser en quelque sorte l’espace public européen en formation autour du Parlement européen. Elle laisse de côté toute aspiration populaire à faire des choses en commun en Europe au profit d’une vision très intergouvernementale des solutions à trouver au cas par cas.
Ainsi les deux approches sont très sommitales, élitistes, techniques, et n’impliquent pas vraiment les Européens ordinaires. C’est un peu paradoxal, alors même d’après les sondages Eurobaromètres, les Européens sont plutôt – à l’exception des Français, très tièdes, pour ne pas dire plus – dans une phase plutôt europhile.
Comment qualifier le manque d’affectio societatis, qui grève aujourd’hui l’Europe ? Faut-il penser qu’en retirant le champ de décision à la souveraineté des peuples au nom d’une cause quelle qu’elle soit (de la protection de la démocratie à celle de l’environnement, par exemple), contribue au détournement des citoyens de l’objet politique qu’est l’UE ?
Il faut rappeler ici que toute la législation européenne est approuvée à la fois par le Parlement élu, directement élu par les citoyens, et par le Conseil de l’Union européenne, constitué des exécutifs dans le domaine concerné de chaque Etat membre. Contrairement à ce qu’on peut croire, la décision européenne est conforme aux critères d’une démocratie libérale.
Par contre, ce qui pose problème, c’est que les partis qui représentent, au niveau européen ou au niveau national, les citoyens, se trouvent de plus en plus en difficulté pour s’aligner complétement sur les intérêts de leurs mandants. Le caractère très technique des décisions à prendre et la présence de lobbys rendent souvent la décision européenne très difficile à comprendre pour les simples citoyens européens. Le manque d’affectio societatis n’est pas essentiellement un problème de déficit démocratique.
Ce manque d’affectio societatis tient d’abord à la manière dont l’intégration européenne a été conçue, essentiellement comme un « Marché commun » achevé en 1968, puis un « Grand Marché » ouvert au 1er janvier 1993. Du coup, encore aujourd’hui en 2026, dans le langage courant, l’étranger vécu commence aux vieilles frontières nationales. Nous avons beau par exemple, partager la même monnaie, l’Euro, depuis 2002, il reste que pour 99,9% de ce qui concerne notre vie quotidienne d’individus ordinaires nous restons soumis à des pratiques éminemment nationales, voire régionales ou locales. Finalement, ce qui est de plus commun comme expérience entre Européens, c’est la carte Visa dans notre poche ou sur notre smartphone, nos achats sur Amazon, notre ordinateur qui fonctionne sous Windows, Android ou Apple, etc. Comme l’a remarqué le récent rapport Draghi, en terme strictement économiques, il reste des droits de douane implicites de 110% à l’échange de services dans l’Union européenne. Quiconque voyage un peu sait bien par exemple qu’un chèque émis sur une banque française ne vaut rien de l’autre côté du Rhin. Et qui serait assez téméraire en France pour choisir son assureur automobile en Lettonie.
Cet état de fait tient à l’histoire de la construction européenne. D’une part, les Etats nationaux n’ont jamais vu d’un bon œil l’émergence de pratiques ou d’institutions les mettant radicalement en cause. Tout a été fait pour que l’intégration européenne ne remplace pas les vieilles habitudes. L’Euro constitue en quelque sorte l’exception, et encore ne faut-il pas trop rentrer dans les détails. Les Etats ont accepté l’interopérabilité, mais jamais ou presque le choix d’une seule pratique ou institution. Cette difficulté s’est accrue au fil des décennies depuis les années 1950, car, partout, la réglementation dans tous les domaines a proliféré comme le chiendent. Chacun réglemente et légifère de son côté, puis, effrayé ou prévoyant, on essaye d’harmoniser le tout pour faire « marché » ensemble, et ensuite tout le monde légifère sur cette base commune, mais chacun à sa façon. Du coup, il faut tout remettre sur le tapis. Et le cirque continue. C’est bien pour cela que le rapport Draghi propose un 28ème régime légal pour les affaires destiné à remplacer les 27 autres.
D’autre part, il n’y a pas eu de politiques publiques visant vraiment à faire des Européens, pas de programmes scolaires communs dès l’école primaire, pas de télévision publique paneuropéenne, pas de promotion d’une ou deux langues partagées, par exemple. Le programme Erasmus sert surtout à cacher cette réalité plus globale.
Dans quelle mesure l’UE a-t-elle pu servir aux élites européennes de paravent pour ne pas assumer chez eux des décisions majoritairement rejetées par leurs peuples ? Quid, éventuellement, des échecs nationaux dont on détournerait l’attention à s’attaquant (comme peuvent le faire l’Allemagne ou l’Italie) les structures européennes ?
Vous avez raison. J’allais oublier ce truc facile d’accuser l’Europe de ses propres manquements. Cela a pu beaucoup jouer il y a quelques années quand la sphère décisionnelle européenne était moins couverte par des médias spécialisés et des activistes. Aujourd’hui, il me semble que l’astuce est assez éventée et que n’y croient que ceux qui n’aiment vraiment pas l’idée d’intégration européenne.
L’affectio societatis européen a pu exister après la seconde guerre mondiale, quand l’idée que l’Europe permettait la paix sur le Vieux Continent. Pourquoi n’avoir pas davantage investi cette notion ? Comment, aujourd’hui, recréer plus de charnel et de démocratique européen ?
Il faudrait pouvoir reprendre l’histoire de l’intégration européenne d’après 1945. Le Congrès de la Haye de 1948, comme on le sait, fut un échec. C’est pour cela d’ailleurs qu’il y eut ensuite la CECA, l’intégration fonctionnelle, sectorielle, dont nous sommes encore dépendants actuellement. A l’époque, après deux guerres mondiales, il y avait en plus une consciente forte et vécue des ravages du nationalisme, il y avait des idéologies démocrates-chrétiennes et socialistes, prêtes à penser vraiment l’unité européenne. Force est de constater que cela a échoué, car, dans le fond, l’intégration, comme l’avait dit l’historien britannique Alan S. Milward, a sauvé les Etats-Nations européens de leur obsolescence. La France du Général de Gaulle (1958-1969) n’en est-elle pas le meilleur exemple ?
Pour créer un sentiment fort d’appartenance européenne, j’ai bien peur que ce soit le couple Poutine-Trump qui en soit le meilleur artisan. Poutine, et maintenant Trump, ne poussent-ils pas en effet les feux des nationalismes les plus délétères dans de nombreux pays européens ? Les menaces qu’ils représentent, chacun dans leur style, tendent tout de même à inciter au regroupement des Européens les plus volontaires pour protéger leur idée de ce qu’est la démocratie libérale. L’attaque est si claire qu’elle reste parable. Ou au moins faut-il le souhaiter.
THE UNSUSTAINABLE WALFARE STATE
The European Conservative
The Welfare State Germany Can’t Pay For
A large majority rejects the socialist welfare state as unaffordable. This is a golden opportunity to turn Germany in a more conservative, more prosperous direction.
Writing about the European economy is often a depressing experience, for the simple fact that for the most part the European economy is—yes—a depressing experience.
Fortunately, there are some bright spots on the European map. One of them is gaining strength in Germany, where a promising debate is emerging about the country’s most pressing fiscal and economic problem: the welfare state.
On February 10th, Welt reported on a new opinion poll where a whopping two-thirds of all respondents believe that Germany can no longer afford its welfare state:
According to a Forsa opinion poll, almost two-thirds of the German people are of the opinion that the welfare state can no longer be funded. In the representative survey … 64 percent took this position; 34 percent disagreed.
The Welt article sees this result as an echo of what Germany’s Chancellor Friedrich Merz said last summer. This is an interesting shift in public opinion; potentially, it represents a tectonic shift from solid public support for widespread economic redistribution to a more conservative take on the government’s role in the economy.
In my own analysis of Merz’s statement and of the German welfare state in August last year, I expressed concern that Merz would not follow his words with decisive action. I was worried that the chancellor would stop short of a systemic analysis of the welfare state’s unaffordability. I noted that he might “take the convenient approach” and blame the problem on ad hoc explanations.
That is exactly what Merz did, but, contrary to my fears, his words have continued to resonate through the arena of public opinion. As the aforementioned opinion poll demonstrates, Merz has clearly set a ball in motion in the German public arena. That ball will continue to gain momentum, in no small part because the Left seems to be determined to defend the current welfare state. Back in August, the SPD’s Secretary General Tim Klüssendorf explained:
Our welfare state is a central achievement of our democracy and the foundation of the social market economy that has made Germany strong. … The welfare state is therefore not a burden one has to choose to bear, but rather a safety net of fundamental value.
The message from Klüssendorf is unmistakable: defending the welfare state is a matter of political ideology. This appears to be the common attitude on the Left: on February 10th, the left-leaning public policy organization Arbeiterwohlfahrt (AWO) responded sternly to the Forsa opinion poll about the welfare state. Their president, Michael Groß, did not mince words:
The welfare state isn’t too expensive, it’s underfunded because we’ve let the wealthy off the hook for decades. Instead of debating ever more social cuts, we should finally be talking about tax fairness.
It is not clear if AWO’s opinion on this issue is an outlier or if its call for “tax fairness” signals a broader consensus on the Left regarding the welfare state. It will be essential for the SPD to come clean here: do they understand the fiscal and economic reality that Chancellor Merz pointed to, or do they prefer to align themselves with the Europe-wide hate-the-rich campaign for confiscatory taxes?
They should not take too long to make up their mind. The real world speaks alarmingly of the tragic state of the German economy. Adjusted for inflation, the average annual growth rate for the German economy over the past two years—fourth quarter 2023 through third quarter 2025—is a negative number: -0.3%. Since the end of 2021, the German economy has shrunk by 1.8%.
This may not sound like much, but it is big news in the context of the welfare state debate. From 2010 through 2019, the German GDP expanded by almost 2% per year, adjusted for inflation—1.98% to be exact. During the same period, the cost of the welfare state increased by 1.8% per year, again adjusted for inflation. If we make the realistic assumption that tax revenue grows on par with GDP, this means that the German government was able to just barely keep up with the costs of the welfare state.
It is important to remember that ultimately, the cost trajectory of a welfare state is not determined by whatever budget priorities a legislature may have. They can make minor adjustments in appropriations from one fiscal year to the next, but they cannot change the long-term cost trajectory—unless they reform the benefits programs themselves. People will demand the benefits they have been given the right to. They will also vote to protect those benefits.
One consequence of this is that a long period of very weak GDP growth results in a structural deficit in the welfare state. Its underfunding becomes a permanent problem that cannot be solved by higher taxes (higher taxes depress economic activity and, by consequence, tax revenue), which leaves only one option: to reform the welfare state’s benefits programs.
This is where Germany is now. While the nation’s economy is shrinking in real terms, the cost of the welfare state continues to rise. Chancellor Merz has seen this problem, and now two-thirds of the German people have come to the same conclusion: the welfare state, Sozialstaat, is unaffordable.
I am positively surprised by the fact that Merz’s opinion regarding the welfare state has resonated as well as it has with German voters. This means, at least in theory, that the electorate has a high degree of immunity to the ideological trumpet signals heard from the Left. However, in order to formulate a cohesive, productive, and long-term sustainable alternative, German conservatives will have to become ideologically engaged in the debate over the welfare state.
In a nutshell, they need to explain that a conservative welfare state is fiscally sustainable. This should not be too hard to do; they can get major inspiration from Hungary, which is home to Europe’s most successful experiment to date in building such a state.
THE EPSTEIN FILES
The Economist (Pay Wall)
1.4m deadly sins : The Epstein files tell a story of justice denied
Prosecutors have moved far too slowly
https://www.economist.com/leaders/2026/02/12/the-epstein-files-tell-a-story-of-justice-denied
THE MIDDLE EAST: GAZA
The Times of Israel, Book Review
One day, everyone will have this book at the bottom of their closet
The 2025 US National Book Award winner about the Gaza war tries to shame its many readers into accepting its warped conclusions; eventually, truth will out
Novelist Omar El Akkad’s new nonfiction book about the Gaza conflict, “One Day, Everyone Will Have Always Been Against This,” which recently won the 2025 US National Book Award, encapsulates everything that is wrong with the state of political discourse, intellectual culture, and Western elites who favor feeling good about themselves over civilizational survival.
The book was first published one year ago this month. Why write about it now? Because it is still, to this day, the #1 best-selling book on Amazon in the category “Middle Eastern Politics,” and #3 in the category of “Democracy.”
So what’s wrong with El Akkad’s heartfelt memoir? Let’s begin with the title itself. It is a naked appeal to peer pressure: If you are not part of the “pro”-Palestine movement now, you inevitably will be some day, and if that glorious day of dawning, God forbid, never comes — if, in other words, you continue to hold out stubbornly for the right of one tiny Jewish state to exist in a world of 56 Muslim-majority states, many of them actual “settler colonial ethnostates” — then you are on “the wrong side of history,” as the balaclava-clad mobs tirelessly proclaim. “Shame on you,” they bellow at their antisemitic demonstrations, those who themselves in their naked hatred feel no shame at all, nor any self-awareness that their actions, which they proclaim with proud self-absorption place them on “the right side of history” are in actuality indistinguishable from that of the average Berliner or Viennese Durchschnittsmensch in 1938.
(Incidentally, the prefix “pro” is in quotes because the recent ceasefire agreement, conspicuously uncelebrated by the demonstrators, and the subsequent murders of Palestinian dissidents by Hamas, also ignored, proved that the protesters were never “pro” Palestine at all.)
The title is, in other words, a form of shaming. It also is incredibly presumptuous, a classic example of the logical fallacy of “begging the question,” or assuming the truth of a conclusion in the premise of an argument. The conclusion, of course, is that “this” — which is to say Israel’s defensive and preventative war against Hamas and jihadist terror — is something that one must be ashamed of before, or perhaps instead of, even considering the arguments that support this assertion.
To be clear, the pivotal “this” in the title is not the barbaric October 7 massacre, nor the attempts by naive or hateful Westerners to justify it or deny it, nor the 18 years of rocket fire from Gaza into Israeli communities that preceded it, nor the stabbings and car rammings and bus bombings of the First and Second Intifadas, nor the massacres of Persians, Christians, Hindus, Druze, Yazidi, Alawites, Jews, African animists, and other minorities by radical Islamist groups currently taking place worldwide.
No, the “it,” according to El Akkad, is solely Israel’s war against Hamas and other Iranian-backed terror groups. We know this immediately (for having the warmth and comfort of a simple and predetermined conclusion before embarking upon a new book is the classic hallmark of both the manipulative polemicist and his gullible readers) because the orange-sherbet-colored cover of the book features the image of a plummeting missile headed directly at the head of a cute little pigtailed girl looking up hopefully, making a peace sign with one hand, and holding a frail little flower in the other, with not a single terror tunnel or terrorist in sight. This is pure sentimentalist trash, not least because there never was a single Gazan, or for that matter a single “pro”-Palestinian protester, who ever made any such peace sign, or who called out for a genuine peace, as opposed to the one-sided “peace” that they actually advocated for: the peace of a unilateral Israeli ceasefire, the peace of Israeli surrender to jihadi terror, the peace of a judenrein Middle East, the peace of mutilated Jews in their graves.
But let us move beyond the awkward title and cartoonish cover illustration. What does the journalist and fiction writer El Akkad, author of the acclaimed novel American War, actually say inside “One Day…”?
The crux of El Akkad’s thesis is, as he himself writes, “One of the hallmarks of Western liberalism is an assumption, in hindsight, of virtuous resistance as the only polite expectation of people on the receiving end of colonialism. While the terrible thing is happening — while the land is still being stolen and the natives still being killed — any form of opposition is terroristic and must be crushed for the sake of civilization. But decades, centuries later, when enough of the land has been stolen and enough of the natives killed, it is safe enough to venerate resistance in hindsight. I tell stories for a living, and there’s a thick thread of narrative by well-meaning white Westerners that exalts the native populations in so many parts of the world for standing up to the occupiers, makes of their narrative a neat reflexive arc in which it was always understood, by the colonized and (this part implied) the descendants of the colonizer, that what happened was wrong. It’s a comforting thing, this narrative, and at my most susceptible to whatever the West is, I want so dearly to partake in it. But it’s a fiction, the most malicious kind: a fiction of moral convenience.”
As anyone who has ever attended a theatre production in North America can attest, those smug and smarmily insincere “land acknowledgments” that the theatre is in fact situated on the territory of now mysteriously absent indigenes (though the theatre owners have absolutely no intention of giving the land upon which the theatre is situated back to anyone) are a perfect encapsulation of these retrospective “moral conveniences” that El Akkad so rightly mocks. And, read this way, El Akkad’s title — though it is still presumptuous — takes on a new dimension, one of bitter sarcasm, for it is only “one day” — some distant day in the future when it is morally and financially safe to do so — that people will gather the courage to denounce what is supposedly plainly wrong today.
The problem, of course, is that El Akkad has chosen precisely the wrong target for the performative denunciations that he wants people to engage in today, right now, immediately: the only fully free and democratic state in the entire MENA region; the only one with full civil liberties and comprehensive human rights laws and institutions; the one state where the Christian population is growing; the one state where Jews are safe and well-protected; the one state where LGBTQ people are safe and welcome; and the one state with more religious freedom for all sects of Islam and its various doctrinal offshoots than any other country in the region.
The irony of El Akkad’s excoriation of Western liberals is palpable, for the Gaza war is the least-ignored conflict in the world today, and the one most likely to elicit thunderous denunciations from the liberals and literati that El Akkad criticizes. (Liberals love to be lectured about how morally deficient and hypocritical they are; they eat it up; they just never do anything about it.) There is another irony in El Akkad’s thesis, for of all the groups in the world currently at the mercy of actual or putative oppression, the one group that is the least “virtuous” or “polite” and by far the most “terroristic” is the jihadists of the disputed regions we call Palestine.
El Akkad refers cannily to the “slaughter” that occurred in “the fall of 2023,” but by leaving out the specific date, October 7th, he deliberately makes the question of who committed what slaughter ambiguous. It is true that he correctly calls the October 7th massacre a bloodbath, but he immediately vitiates the power of this appellation by claiming it was “orchestrated by exactly the kind of entity that thrives in the absence of anything resembling a future.” Ah, but what then of the future handed to the Palestinians in 1948, when they were ruled by their Arab brethren, or to the Gazans in 2005, when every trace of a Jewish presence was evacuated? And what was the despair at a hopeless future that drove the Arabs to commit a similar massacre of Jews in Hebron in 1929, or at dozens of other junctures stretching back to the seventh century, when there was no modern Israel at all?
El Akkad complains — not without justification — that Fox News is “an entity that more than any other has normalized the practice of severing any relationship between the truth and what one wishes the truth to be.” But what then of the other ruptures from reality committed by the propaganda organs Al Jazeera or the BBC and its Arabic service, or the countless Gazan journalists whom El Akkad claims were “wiped out” by the Israeli military but forbears to mention were merely play-acting as members of the press while doing double-duty as Hamas terrorists? It is no wonder that El Akkad continually and falsely accuses Israel of committing “genocide,” for if one’s only sources of news are these highly duplicitous news services, it becomes an inescapable, albeit completely false and slanderous, conclusion that Israel’s preventative war against Hamas can be described as such.
El Akkad claims — in keeping with his premise of the retrospective acknowledgment of guilt that he wishes to convert to immediate outrage — that “in time, there will be nothing particularly controversial about using these words [he is referring here to ‘occupation’ and ‘genocide’] to describe the things they were created to describe.”
Here again, El Akkad is appealing to the unknowable judgement of an imagined future to make a case for something that is unprovable in the present for the simple reason that it does not exist. Four numbers serve to buttress this point: 15 million, 12 million, 7 million, and 40,000. These numbers are, respectively, the numbers of text messages, recorded phone messages, leaflets, and personal phone calls by the IDF designed to keep non-combatants away from combat zones, just a few of the dozens of examples of actions taken by Israel that no actual genocidal entity has ever in human history taken.
As is often the case in anti-Israel screeds, it is not enough to slander the IDF and Israel in general. The Palestinians must be elevated to the position of veritable angels on Earth. “Alongside this ledger of atrocity,” El Akkad grandly pronounces, “I keep another.” He then goes on to list acts of kindness and selflessness by and for Palestinians, including “the puppet-maker who, injured and driven from his home, kept making dolls to entertain the children.” For the Palestinians, you see, “respond overwhelmingly with love.”
Yes, he really wrote that.
Thus in El Akkad’s telling, Palestinians are being punished “merely for their electoral choices” (the election of Hamas) and because they are “a politically powerless contingent of Brown people” and not, no not at all, because of decades of rocket fire and suicide bombings and massacres, which are themselves a form of “collective punishment” directed against the Jews and Arabs of Israel, but that El Akkad insincerely asserts is visited solely upon the Palestinians.
Near the conclusion of his book, El Akkad writes, “One day it will be considered unacceptable, in the polite liberal circles of the West, not to acknowledge all the innocent people killed in that long-ago unpleasantness… The truth and reconciliation committees are coming.” One wonders if this moral appeal to the future will work out exactly as El Akkad wishes, given the likelihood that future historians will assess the claims of “genocide,” “widespread famine,” and “mass graves” as either gross exaggerations or outright libels and lies.
I do concur with his statement in the book’s final paragraph that “none of this evil was ever necessary,” but believe firmly that the “unnecessary evil” was that of the Palestinians who could have had a free and independent state at multiple points after the end of the Ottoman Empire if that had been what they really wanted, rather than the mass murder and ethnic cleansing of the Jews from their ancestral homeland.
I once had an elderly professor who spoke with amused contempt of the Western Left’s infatuation with Mao Zedong, the Chinese dictator whose actions killed an estimated 40 million to 60 million human beings. Back in the ’60s, before the naive Western Left had fully absorbed the scope of Mao’s evil, college students and ordinary suburban liberals took to carrying around a small collection called “Quotations from Chairman Mao Tse-Tung,” informally called “Mao’s Little Red Book,” for its bright red cover. About a million copies were sold in the US and you could see earnest young people everywhere carrying it and studying it. It was a way of exhibiting one’s historical awareness and moral rectitude, and opposition to the supposedly decadent West — in other words, it was about feeling good about oneself and playing at rebellion, just like the keffiyeh cosplayers of today.
But within a few short years, the book “ended up at the bottom of people’s closets,” in my professor’s words, and by now, they are, nearly all, dust. El Akkad, with all of his emphasis on the moral judgement of the future, should be aware that his little orange book — along with the keffiyehs and the balaclavas and all the other signals of violence disguised as virtue — awaits the very same fate.
About the Author
Irina Velitskaya is a native of Sinegorskiy, Russia, and is now a US citizen and a student at Berkeley University, where she is majoring in Near Eastern History and Ancient Languages, including Biblical Hebrew, Biblical Aramaic and Ancient Greek. She is also a student of modern spoken Hebrew. She has previously published a series of articles in Commentary Magazine, including “The Gulag Academia”; “We Are to Exist, Not to Live: What working in a leper colony taught me about disease, anti-Semitism, and myself”; “The Coalition of the Sentimental and the Homicidal”; and “The Diaspora Tragedy of Philip Roth: Reading ‘American Pastoral’ in the wake of October 7.”
https://blogs.timesofisrael.com/one-day-everyone-will-have-this-book-at-the-bottom-of-their-closet/
The Times of Israel
Board of Peace Meeting: Phased Disarmament, Shared Hope
The Board of Peace meeting in Washington on February 19 arrives at a moment when Gaza stands delicately balanced between fragility and forward movement. While tensions surrounding the ceasefire have not disappeared, officials involved in the initiative insist that the broader stabilization plan is progressing methodically. That distinction is important. In a region accustomed to abrupt escalation, steady implementation can be a quiet but powerful sign of progress.
Several early milestones have already been reached. Hostage releases have helped ease immediate humanitarian pressure. The reopening of the Rafah crossing has restored a critical artery for movement and aid. Meanwhile, a technocratic administrative committee is expected to enter Gaza in the coming weeks — a signal that governance reform is being approached pragmatically rather than rhetorically. These steps may seem incremental, but together they form the scaffolding of a larger transition.
At the heart of the discussions is a structured framework for disarmament. A senior official connected to US President Donald Trump’s Board of Peace initiative revealed to Ynet in an exclusive report on Wednesday that the efforts to dismantle Hamas’ military infrastructure in Gaza are on track, despite the ongoing tensions related to the ceasefire. The plan starts with taking down tunnels, then moves on to weapons production sites, followed by heavier munitions such as RPGs and mortars, and finally, small arms. The sequence is important; it allows for verification, fosters confidence, and lowers the risk of sudden destabilization.
Attention is now shifting toward finalizing the framework for Hamas’ disarmament, with the first phase scheduled to begin in March. Reports suggesting that some weapons might be permitted to remain have been clarified by officials: small arms are simply addressed last in the sequence, not excluded.
Peace activists focused on Gaza are increasingly worried about the suggested phased disarmament of Hamas. Critics are making it clear that anything less than an immediate and total disarmament is simply unacceptable. The White House insists it’s working hand-in-hand with all parties to implement this 20-point plan, but many voices—especially on social media—are calling for a more straightforward strategy. The consensus among these concerned individuals is strong: to achieve lasting security, Hamas must be completely disarmed from the very beginning, leaving no space for any compromise that would allow a military presence to stick around.
As disarmament progresses, efforts are ramping up to enhance an international stabilization presence with the backing of the UN. Indonesia’s commitment to contribute up to 8,000 troops highlights the seriousness of this initiative, and several other nations have shown their willingness to join in once a solid and enforceable framework is established. The participation of Muslim-majority and regional countries not only adds credibility but also reassures everyone that stabilization is a collaborative effort rather than something being forced upon them.
The meeting, chaired by US President Donald Trump, is expected to bring together representatives from over 20 countries. Officials are emphasizing that the spotlight will be on Gaza, particularly regarding its reconstruction, governance transition, and security arrangements. A major point of discussion will be the launch of a multi-billion-dollar reconstruction fund, with contributions likely to come from countries stepping up voluntarily. This approach—where nations willingly offer support instead of being coerced—highlights a collective commitment to the recovery of Gaza.
Israel has formally joined the Board of Peace, reinforcing that security concerns are being addressed alongside reconstruction. Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu confirmed on February 12, 2026, that Israel has formally joined US President Donald Trump’s “Board of Peace” initiative.
However, PM Benjamin Netanyahu’s office says he will not fly back to the US next week as initially planned, which means he will not attend the Board of Peace’s inaugural meeting.
Pakistan’s Prime Minister Shehbaz Sharif will attend the meeting, joined by Foreign Minister Ishaq Dar. This move places Islamabad within a larger coalition of Islamic and Arab nations supporting the initiative under the UN Security Council framework. This collective action shows that the stabilization of Gaza is evolving from a simple bilateral matter into a more complex multilateral effort.
Discussions are also taking place with private sector actors regarding logistical and security support during the stabilization phase. While such arrangements will require transparency and accountability, their consideration suggests that planners are looking beyond immediate ceasefire management toward durable implementation.
The disarmament phase starting in March is a significant turning point, marking the shift from a history of conflict to a future filled with promise. By aligning security, governance, and reconstruction into one unified plan, the Board of Peace is transforming a once-distant dream into a reality. This isn’t merely about removing obstacles; it’s about clearing the way for Gaza’s vibrant revival.
The upcoming commitments for funding and troop support are the vital energy needed to speed up this progress, while independent monitoring guarantees that each step taken is grounded in trust and transparency. Rebuilding civilian systems and restoring public confidence is a long journey, not a quick fix, but having this framework in place offers a deep sense of shared hope. For the first time in ages, the story is changing: we’re moving away from the echoes of conflict and toward the steady, nurturing rhythm of a society being thoughtfully and lovingly rebuilt.
About the Author
Junaid Qaiser is a writer and peace activist, renowned for his advocacy of the Abraham Accords. He is the author of “Trump’s Historic Peace Deal: Abraham Accords and the Road to Nobel Recognition”. As a proponent of Middle Eastern peace, Qaiser explores diplomatic breakthroughs and their global implications.
https://blogs.timesofisrael.com/board-of-peace-meeting-phased-disarmament-shared-hope
ISLAMISM IN FRANCE
Le Figaro
Derrière le livre de la Grande mosquée de Paris sur l’islam en Occident, l’influence des Frères musulmans
DÉCRYPTAGE – Le guide de 900 pages, censé «affirmer une présence musulmane citoyenne», cache certaines zones d’ombre, tant dans son contenu que chez ceux qui y ont contribué.
«Déconstruire les discours haineux» et «affirmer une présence musulmane citoyenne». C’est le vœu pieux de la Grande mosquée de Paris, qui entend faire face aux «manipulations et aux amalgames qui, en Occident nourrissent l’idée d’une incompatibilité entre l’islam et les valeurs des sociétés occidentales». Avec ce guide de pas moins de 900 pages sur les Musulmans en Occident, publié en digital le 10 février, la GMP, qui ne représente qu’une centaine des 2600 lieux de culte musulmans et est loin de faire l’unanimité en termes d’autorité religieuse car toujours aligné sur les intérêts du gouvernement algérien, espère faire «œuvre de clarification», a ainsi déclaré son recteur, Chems-eddine Hafiz.
Dans cet ouvrage, que Le Figaro a consulté, on trouve notamment un glossaire abordant, dans l’ordre alphabétique, la plupart des sujets autour de l’islam. Si la majorité des thématiques sensibles sont développées – la laïcité présentée comme une «chance», le mariage civil «préalable au mariage religieux », le non-port du voile doit être «respecté» -, d’autres manquent à l’appel, a-t-on pu constater. «Dans une société laïque, le croyant vit sa foi de la façon dont il l’entend, dans la sphère privée. Dans une société charia-compatible, le musulman est sommé de vivre selon un guide des “musulmans en Occident” médiatisé par l’ensemble de la presse», a critiqué sur X l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler.
Les Frères musulmans absents
Surtout, le glossaire ne contient aucune mention des Frères musulmans, le principal courant d’islamisme politique. La confrérie a pourtant fait l’objet en 2025 d’un rapport choc du gouvernement, que Le Figaro avait dévoilé en exclusivité. On y apprenait notamment, sur 73 pages documentées au fil d’entretiens avec des administrations, les services de renseignements ou encore le quai d’Orsay, à quel point la France était un pays miné de l’intérieur par cette organisation à la tête d’un «important réseau» de 173 lieux de culte. Avec en ligne de mire, l’espoir d’installer la charia sur notre territoire, et d’intensifier son prosélytisme. «Il n’y a pas de raison qu’ils parlent d’eux, car pour eux, c’est une construction des chercheurs, un anathème. Ils ne font pas non plus décrire une pensée qu’ils ont», commente auprès du Figaro Florence Bergeaud-Blackler, auteur de Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête (Odile Jacob, 2023). La directrice de recherche au CNRS rappelle que l’objectif de la confrérie, qui est «secrète», est l’«infiltration de tout, y compris des institutions religieuses et démocraties sécularisées».
L’association Musulmans de France, présentée dans ce rapport comme «la principale émanation des frères en France» bien qu’ils s’en défendent, a ainsi salué la publication de cet ouvrage. «Ce travail (…) a permis de formuler un récit structuré de la présence musulmane en France au cours des dernières décennies et d’en éclairer les dynamiques, les défis et les évolutions, a déclaré l’ex-Union des organisations islamiques de France (UOIF) dans un communiqué. L’accompagnement d’une communauté religieuse dans toute sa diversité requiert ce type d’initiatives, qui balisent les champs de l’adaptation, clarifient les enjeux et offrent des repères solides pour une pratique religieuse éclairée, apaisée et en phase avec le cadre républicain». Et d’informer que l’association avait «pris part aux travaux de la commission». «Ça fait 30 ou 40 ans qu’ils s’en défendent, mais ce sont les Frères musulmans», note Florence Bergeaud-Blackler.
L’essayiste Mohamed Louizi, ancien frériste, s’en est ému sur X. «La mosquée algérienne à Paris sert ici de blanchisserie idéologique. Elle offre sa soi-disant “respectabilité historique” et son tampon officiel pour réintroduire dans le circuit républicain des fous d’Allah et des idées que la porte principale avait rejetés», a-t-il déploré. Une référence au fait que la Grande mosquée ne cache désormais plus ses liens avec le régime d’Alger. «Le régime algérien utilise le frérosalafisme pour déstabiliser le tissu social français tout en se présentant comme un partenaire de sécurité et d’apaisement», a-t-il asséné. La Grande mosquée de Paris a ainsi obtenu le monopole de la certification halal pour tous les produits exportés vers l’Algérie. En échange, la GMP se serait rapprochée des Frères musulmans, avance Florence Bergeaud-Blacker. Même si la proximité entre la mouvance frériste et la Grande mosquée ne date pas d’hier, puisque lors de la création du Conseil français du culte musulman (CFCM), en 2003, la GMP, dirigée alors par l’Algérien Dalil Boubakeur prenait régulièrement parti contre les Marocains dans leur rivalité historique avec l’Algérie.
«Musulmanophobie»
La GMP s’efforce, dans son glossaire, de citer les positions des différents courants de l’islam ainsi que les «approches contemporaines» de la question. Dans le cas du voile, la jurisprudence classique évoque la «nécessité» du port du hijab pour les femmes musulmanes. Pour autant, «chaque musulmane est amenée à faire son propre cheminement sur cette question, en fonction de sa foi, de son contexte de vie et de ses convictions personnelles», précise-t-on. Est mentionné le cas de la burqa, vêtement intégral couvrant corps et visage, qui n’est «en aucun cas une prescription religieuse obligatoire» et «interdite dans l’espace public depuis la loi de 2010 à des fins sécuritaires». Le niqab, ce voile de couleur noire qui couvre la tête et le visage à l’exception des yeux, n’est en revanche cité que dans le cadre «d’autres traditions vestimentaires» du «monde musulman» et son port n’est pas condamné ouvertement.
Concernant le djihad, le glossaire fait la distinction entre le djihad mineur, un «combat intérieur» visant «l’amélioration de la foi, de la volonté, de l’éthique et de la spiritualité du croyant» et le djihad majeur, avec un «effort physique ou militaire» en cas de «légitime défense». La notion de djihad offensif, dit al-talab, n’est pas mentionnée. Elle est pourtant reconnue par les quatre écoles de l’islam et l’Académie internationale du fiqh islamique, chargée d’étudier l’avancée de la jurisprudence et du droit musulman. Et est décrit par ces derniers comme le fait de pouvoir lancer une guerre pour ouvrir des territoires, briser les obstacles à la prédication, ou même imposer la jizya (impôt). Le verset de l’épée : «Quand les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles quelque part que vous les trouviez ! Prenez-les ! Assiégez-les !», n’est pas non plus cité. Néanmoins, l’ouvrage appelle à la «paix» et la «résolution pacifique des conflits». «Le terrorisme est donc une déviation totale de la notion même de guerre en islam», peut-on également lire.
Une sulfureuse maison d’édition
La taqiyya, cette stratégie utilisée notamment par les djihadistes pour dissimuler leur radicalisation, est considérée comme «parfois mal interprétée», apprend-on dans ce guide. Il s’agit «avant tout un mécanisme de protection du fidèle dans des circonstances extrêmes, et en aucun cas une règle générale de dissimulation». «S’il y a dissimulation, cette attitude est subie, imposée par un contexte de discrimination voire de persécution où le fidèle se voit menacé en raison de sa foi», se justifie-t-on. Ce concept serait ainsi «déformé», «notamment dans les discours musulmanophobes ou politiques». Les applications de la taqiyya en dehors d’un contexte de persécution ne sont pas évoquées. Alors même que la chercheuse Anne De Luca, détaillait le cas d’une taqiyya spécifique aux djihadistes comme «subterfuge pour remporter la guerre» dans une publication sur le sujet en 2025. Pour Florence Bergeaud-Blackler, le guide de la Grande mosquée est «davantage prescriptif que descriptif», et contient plusieurs «omissions». «L’objectif des Frères musulmans est de faire passer leurs idées, ils n’ont pas d’ego», rappelle-t-elle.
Outre le contenu du livre, le choix de la maison d’édition, Albouraq, a de quoi surprendre. Créée en 2015 par Mohamed Mansour, cette filiale de l’éditeur libanais Dar Albouraq publie autant des manuels de langue que des livres jeunesse ou de vulgarisation sur l’islam. Mais on trouve aussi parmi ses auteurs Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, Sayiib Qutb, un des idéologues du djihadisme contemporain, ou encore Yusuf al-Qaradawi, véritable figure du frérisme, théoricien de l’État islamique et de la charia. Certaines fatwas de l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien, ont aussi été éditées et traduites chez Albouraq. Interrogé par le JDD, le recteur de la Grande mosquée, Chems-eddine Hafiz, et qui n’a pas répondu à nos sollicitations, a ainsi déclaré : «Je n’ai pas, à ce jour, vu cette maison d’édition comme porteuse de messages contraires à ceux portés par la Grande mosquée de Paris». Et d’ajouter : «Si c’est le cas, dites-le-moi.» Contactée par nos soins, la Grande mosquée n’a pas répondu à nos sollicitations.
Rémi Brague pas au courant
L’ouvrage, dont seul le glossaire est pour l’heure accessible en ligne, est composé en outre de la «Charte de Paris – islam et citoyenneté», un «texte fondateur qui énonce des principes et des recommandations destinés à renforcer la cohésion nationale et à affirmer la compatibilité entre l’islam et les valeurs républicaines». Ce document, sans valeur contraignante, n’a pas été signé par les autres fédérations musulmanes. On y trouve aussi des auditions de personnalités, lesquelles «rassemblent les propos retranscrits de responsables religieux, d’universitaires, d’hommes et de femmes politiques et de membres de la société civile». Parmi les célébrités interrogées, l’ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attali, l’historienne décédée en 2023 Hélène Carrère d’Encausse, ou encore l’ex-sélectionneur des Bleus Raymond Domenech. Selon Le Monde, François Hollande, Jean-Michel Blanquer et Louis Aliot (RN) ont aussi été entendus, de même que l’académicien Rémi Brague – même s’ils n’apparaissent pas dans le communiqué de presse de la GMP.
Or, ce dernier, joint par nos soins, dit n’avoir jamais été informé de la publication de ce livre. «J’ai vu en tout et pour tout Chems-eddine Hafiz deux fois dans ma vie», confie-t-il. La première fois, lors d’une émission d’Alain Finkielkraut ; la deuxième, à la mosquée, lors d’une «discussion avec un petit groupe de travail dont j’ignorais quelle était l’intention». «On avait parlé de choses et d’autres, de l’islam certes, mais je ne savais pas que le recteur était en train de préparer ce manuel, poursuit le philosophe. J’ai l’impression que je me suis fait un petit peu avoir, et qu’on essaie d’accorder une respectabilité à des choses qui ne le méritent pas». Quant à Gilles Kepel, professeur émérite des universités, il confie au Figaro avoir participé «trois fois» à «certaines discussions», mais n’était pas au courant de cet ouvrage. À cette époque, la Grande mosquée «faisait preuve d’une grande ouverture», mais «depuis les tensions avec Alger et l’incarcération de Boualem Sansal , les relations sont au point mort», observe-t-il. Avant d’ajouter : «Je vois ce livre comme une façon, pour eux, de se remettre dans le jeu».
CULTURE
Le Figaro
«On essaie d’éduquer les citoyens» : les librairies parisiennes sont-elles toutes de gauche ?
ENQUÊTE – Absence de livres de droite, essais militants, ouvrages retournés, pages arrachées, devantures taguées… Ces dernières années, les librairies ont pu devenir de véritables lieux de polarisation politique.
Quand on entre dans cette librairie de l’Est parisien, les vendeurs sont aimables et saluent les badauds. Sur les étagères se côtoient des milliers de références, de tous les horizons. Mais quand on jette un œil curieux sur les mises en avant, on retrouve des thèmes engagés. Pour aujourd’hui : l’écologie décroissante ou la lutte antifasciste. Devant l’homogénéité des leitmotivs, marqués à gauche, un lecteur assure avec aplomb : « C’est comme ça dans les librairies de ce quartier, c’est normal, c’est un arrondissement de gauche ! » L’explication d’une certaine cartographie des librairies indépendantes en fonction des votes aux élections lui semble limpide : elle est d’ailleurs partagée par une majorité de libraires interrogée par Le Figaro.
« Je pense qu’à Paris c’est très tranché, on le voit dans les ventes : on ne vend pas la même chose dans l’Est que dans l’Ouest. Nous, on est à la charnière, et cela me va très bien », se réjouit Sandrine qui travaille dans le 3e arrondissement parisien. « On retrouve les mêmes fractures dans les libraires que dans la sociologie politique du vote », abonde Xavier, à la tête d’une grande librairie dans le Marais. Or, les Parisiens sont plus à gauche que la moyenne des Français : en témoignent les résultats aux dernières élections législatives. 12 des 18 députés de Paris sont de gauche, du PS à LFI, quand les autres se partagent entre le centre et les Républicains (à vrai dire, pour un seul d’entre eux, en la personne de Michel Barnier). À la présidentielle, les résultats étaient peu ou prou les mêmes avec presque 30 % des voix au premier tour pour Jean-Luc Mélenchon et 7,7 % pour Yannick Jadot, contre respectivement 22 % et 4,63 % à l’échelle nationale.
Pour autant, cela veut-il dire que les librairies indépendantes parisiennes sont toutes de gauche ? Clara*, libraire qui travaille dans le 16e arrondissement – connu pour être traditionnellement à droite -, adhère en partie à cette thèse : « Clairement, oui, c’est vrai. En général, les libraires sont à gauche. Je n’en ai jamais rencontré de droite. Enfin, c’est le monde de la culture, c’est plutôt films d’auteur indépendants et abonnements à Télérama. » Clara apprécie d’ailleurs le contraste entre sa famille politique par le travail et le quartier dans lequel elle exerce : « Même si c’est plus fatigant, clairement, c’est aussi stimulant d’être libraire ici. J’essaie d’amener les clients vers d’autres lectures, et j’ai même réussi à créer un rayon féministe », s’amuse-t-elle. Pour Alain*, qui exerce dans le Sud-Ouest parisien, cette affirmation d’une surreprésentation de librairies de gauche est au contraire simpliste, si ce n’est stupide : « C’est une lecture ridicule de quelqu’un qui se positionne de façon partisane. Je dirais moi-même que je suis un mec de gauche, mais c’est pas une librairie de gauche », grince-t-il. En détaillant toutefois ses limites : « Tous les bouquins qui encouragent la haine ou le mépris n’ont pas leur place chez moi, que ce soit à l’extrême gauche ou à l’extrême droite. Mais plus à l’extrême droite, c’est certain. »
Le curseur idéologique
Et, précisément, les limites sont bien difficiles à tracer : jusqu’où une librairie peut-elle placer le curseur idéologique ? « Tant que les livres ne sont pas interdits à la vente, nous sommes libres », assurent-ils tous, sans exception, réaffirmant leur soutien sans faille à leurs collègues de la librairie Violette and Co, qui, depuis cet été, est au centre d’une affaire inflammable. Tout avait commencé par un livre de coloriage intitulé From the River to the Sea. Cet ouvrage illustré par le Sud-Africain Nathi Ngubane était proposé à la vente dans cette enseigne « féministe, lesbienne » du 11e arrondissement, ce qui a provoqué l’indignation de bon nombre de lecteurs et de politiciens. Et pour cause : la formulation « de la rivière à la mer » exprimant l’idée que la Palestine devrait s’étendre sur l’ensemble du territoire allant du Jourdain jusqu’à la Méditerranée, ce qui implique une éradication pure et simple de l’État hébreu.
On peut faire des vitrines sur un thème qui peut énerver, mais c’est la démocratie, c’est-à-dire la libre circulation des infos.
Xavier, libraire dans le Marais
L’affaire a rapidement pris une autre tournure quand la vitrine de la librairie a été dégradée à coups de tags « Islamo complice » et « Hamas violeur ». Dans la foulée, le commerce a décidé de porter plainte en faisant également mention d’un cyberharcèlement virulent. Parallèlement, sous l’impulsion de la droite, le conseil municipal parisien a décidé de ne pas voter une subvention de 480 000 euros à 40 librairies indépendantes de la capitale, car Violette and Co figurait dans la liste. Le mois suivant, la subvention était finalement votée, avant que, le 7 janvier 2026, Violette and Co ne soit perquisitionnée. Selon le parquet de Paris, le ministère de l’Intérieur a signalé la vente de cet ouvrage en dénonçant « son fort parti pris historique et idéologique », a rapporté l’AFP. Édité en Afrique du Sud, ce livre « avait fait l’objet d’une interdiction d’importation par la commission presse » de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, note encore l’AFP de même source. La librairie – qui, contactée, n’a pas répondu à nos sollicitations – parle pour sa part d’une « dérive autoritaire, inédite et préoccupante » dans un communiqué.
Vendeur ou vendeur de livres ?
Les libraires parisiens que Le Figaro a pu interroger font bloc derrière leurs confrères de Violette and Co au nom de la liberté d’expression, modulo la non-interdiction des ouvrages. « C’est scandaleux : le livre n’était pas interdit, stop, terminé, s’emporte Sandrine. Et, dans tous les cas, on n’agresse pas, c’est de la terreur. » Xavier poursuit : « On peut faire des vitrines sur un thème qui peut énerver, mais c’est la démocratie , c’est-à-dire la libre circulation des infos. » D’après quelques-uns, la liberté est d’ailleurs inhérente à leur métier – leurs établissements se situant à mi-chemin entre le « commerce traditionnel » et le « journal à la ligne clairement identifiée ». « Je ne suis pas un vendeur, je suis un vendeur de livres », déclare ainsi, bravache, Alain, assumant l’idée de pouvoir assurer une «ligne » sans pour autant laisser ses idées transparaître.
Mais est-ce véritablement possible, dès lors qu’on se situe de plain-pied dans le monde des idées ? Certains éditeurs affirment que non : « Il y a beaucoup de libraires très jeunes et qui sont dans des visions qui n’étaient pas celles d’il y a vingt ans, ils sont plus politisés et plus wokisés, avance Muriel Beyer, directrice des Éditions de l’Observatoire. Le climat international a radicalisé beaucoup de choses. » Le libraire Xavier, lui, ne voit pas les choses du même œil et assure que la virulence vient de l’autre bord politique, et plutôt des lecteurs : « Aujourd’hui, clairement, les attaques visent plutôt, à ma connaissance, des libraires qui mettent en avant des livres de gauche. » Le débat est sans fin, car il ne s’agit pas d’oublier les nombreuses attaques dont ont été victimes des auteurs de droite, ou abordant des sujets classés à droite, à l’instar de Dora Moutot et Marguerite Stern, auteurs du livre Transmania. Ces dernières avaient fait l’objet d’une vague de haine en ligne jusqu’à l’interpellation de 64 individus, dont certains armés de matraques, venus perturber une séance de dédicace en octobre 2025. La librairie identitaire La Nouvelle Librairie, qui se situait rue Médicis dans le 6e arrondissement et qui a aujourd’hui fermé ses portes, était régulièrement dégradée – vitres brisées et devantures taguées – par des « militants antifascistes ».
Mais la question de la politisation des librairies implique de faire une distinction. Car, dans le monde du livre, il existe une typologie très précise et renseignée : si certaines librairies, comme Violette and Co, sont ouvertement militantes et l’affichent dès l’entrée – « Celles-là sont tout à fait honnêtes sur ce qu’elles vendent et on sait dès la devanture qu’on ne pourra pas tout y trouver », glisse Muriel Beyer -, la plupart des librairies indépendantes sont dites « généralistes » et doivent, en théorie, présenter une offre suffisamment représentative de ce qui se pense, ce qui se dit et s’écrit. « Elles doivent être apolitiques, explique encore l’éditrice. Sinon, c’est comme si ma supérette ne vendait pas de chips en affirmant qu’elle a entendu que c’était mauvais pour la santé. »
Refus des livres politiques de droite
Les libraires sont moins affirmés sur le principe : cette offre ne doit pas être clairement identifiée d’un bord politique, mais peut toutefois assumer une certaine ligne « éditoriale » – la définition de cette expression étant particulièrement difficile à établir. C’est là que le bât blesse : comment quantifier le nombre d’ouvrages appartenant à tel camp ou tel autre dans un commerce, jusqu’à coller une étiquette définitive à ce dernier ? Pour Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, les libraires font d’abord face à une contrainte de poids : la taille de leur commerce. « Il y a 70 000 nouveaux livres chaque année, près de 1 million de livres commercialisés en France, et le libraire a, en moyenne, quelques dizaines de milliers de références. La première chose, c’est la sélection permanente. » Mais, par nature, la sélection ne peut jamais être parfaitement neutre.
Autour de 35 % des ventes sur les livres politiques se font en ligne, notamment sur Amazon, soit beaucoup, beaucoup plus que dans les librairies indépendantes.
Lise Boell, directrice de Fayard
Le débat est des plus virulents concernant les livres politiques, qui ont particulièrement mauvaise presse aux yeux des libraires indépendants. « Tous les torchons qui racontent la vie d’un homme politique, de son amour pour son mentor ou son séjour passé en prison n’ont aucun intérêt pour la vie de la pensée. Ce n’est pas ma mission, on essaie d’éduquer les citoyens », tranche encore Alain. Ce ressentiment envers les livres politiques se retrouve d’ailleurs dans les chiffres, nous explique Lise Boell, directrice de Fayard, maison d’édition appartenant à Vincent Bolloré, qui a notamment publié les ouvrages de Jordan Bardella, Nicolas Sarkozy ou encore Marion Maréchal : « La majeure partie des librairies indépendantes n’en veulent pas. » L’éditrice évoque les conséquences : « Autour de 35 % des ventes sur ce type d’ouvrages se font donc en ligne, notamment sur Amazon, soit beaucoup, beaucoup plus que dans les librairies indépendantes. Or, Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy, c’est 100 000 ventes réelles dès la première semaine de mise en vente. La répartition en fonction des points de vente est beaucoup plus équilibrée pour les romans. » Muriel Beyer s’insurge : « Et puis, si Bardella est en tête des ventes, il faut se poser la question de la société, et non empêcher sa vente. »
Mais cette adversité n’est pas unanime. Clara, elle, affirme qu’elle ne souhaite pas refuser l’arrivée dans sa librairie de tel ou tel livre : « Je respecte ceux qui font ça, mais ça ne fait pas avancer le débat. Au contraire, si les clients les lisent, ils peuvent se rendre compte par eux-mêmes de la vraie qualité », s’amuse-t-elle. D’autant qu’il existe une réalité de terrain, insiste-t-elle : « Nous, dans le 16e, Sarkozy, ça a fait Noël. » Mais le jeu politique se joue aussi dans d’autres enseignes, assure un libraire proche de la place de la République : « Ces livres, ceux de Bardella, de Zemmour, de Marion Maréchal et toute la clique, sont mis en avant dans les Relay de Bolloré. » Le milliardaire, propriétaire du groupe Vivendi, a en effet racheté en 2022 ces points de vente présents dans des centaines de gares, métros et aéroports. Ces ouvrages, qui caracolent en tête des ventes politiques à l’échelle nationale, se vendent aussi massivement dans les plus grandes surfaces : supermarché, Fnac, Cultura et autres grosses enseignes, assure Lise Boell. La bataille idéologique continue d’ailleurs dans les rayons. Dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, on voit ces ouvrages retournés, ou encore déchirés, par des lecteurs anonymes.
Écologie et féminisme : le goût des plus jeunes
Mais les librairies assurent que c’est la nature des ouvrages, et non leur bord politique, qui les repousse. Ils sont nombreux à dire que ces livres sont « sans réel intérêt intellectuel », contrairement aux ouvrages de recherche. « On privilégie les livres de chercheurs plutôt que les livres d’opinion », explique Xavier. « Pour ces livres, ce qui est intéressant, c’est surtout la profondeur de pensée des intervenants, renchérit Sandrine, qui déclare ne pas faire attention à la couleur politique supposée du thème ou de l’auteur. J’ai de tout. Chez les éditeurs qui sont marqués à gauche, j’ai La Fabrique et Divergences, et, de l’autre côté, j’ai Odile Jacob et Perrin, qui sont plutôt à droite. Je n’ai pas à juger mes clients. »
D’autant qu’« une disposition dans la loi de 1980 impose aux libraires de vendre tout livre qui serait demandé par un client », détaille Guillaume Husson. Certains s’appuient sur cette loi pour justifier l’absence de tel ou tel ouvrage dans leurs rayons. Muriel Beyer admet : « La loi est compliquée, car ils ont effectivement le droit de refuser. » Pour le secrétaire général des Éditions du Seuil, Pierre Hild, qui assure pour sa part ne pas avoir de problème particulier avec la distribution des ouvrages de sa maison, la question n’est pas tant celle de politisation des libraires que des sujets qui intéressent en réalité les jeunes lecteurs, qu’il faut aussi pousser à la lecture. « Ces mises en avant ne sont pas que le fait du goût ou de l’engagement du libraire, mais aussi le reflet d’un lectorat que cherche à satisfaire le libraire. Le Seuil est bien placé pour savoir que des ouvrages que l’on va dire d’interventions sociétales ont toujours capté un certain public », explique l’éditeur en évoquant l’écologie ou encore le féminisme. Mais la bataille se mène aussi sur des sujets plus sensibles où la ligne de crête entre le simple débat et la violence réelle est ténue, comme le conflit israélo-palestinien. Sandrine s’inquiète : « Concrètement, on se tape la déraison des uns et des autres sur certains sujets, et on est clairement exposés. » Comme partout ailleurs, la bataille idéologique fait rage, et elle n’est pas loin de s’apaiser.
* Les prénoms ont été modifiés.
HISTORY
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Karajan in der NS-Zeit: „War Herbert von Karajan auch ein Gesinnungsnazi?“
Wegen seiner NSDAP‑Mitgliedschaft ist der Dirigent Herbert von Karajan immer wieder als „glühender Nazi“ bezeichnet worden. Der Historiker Michael Wolffsohn ist den Anschuldigungen nachgegangen. Ein Gespräch.
Der Historiker Michael Wolffsohn, 1947 in Israel geboren, ab 1954 in Deutschland aufgewachsen, wurde von der Karajan-Stiftung gebeten, die Verstrickung des Dirigenten Herbert von Karajan in das nationalsozialistische Regime unabhängig zu untersuchen. Seine Ergebnisse legt er in dem Buch „Genie und Gewissen: Herbert von Karajan zwischen Musik und Nationalsozialismus“ vor, das am 16. Februar im Herder Verlag erscheinen wird. Wir befragten ihn vorab dazu in München.
Über den Dirigenten Herbert von Karajan liest man, er sei gleich zweimal, vielleicht sogar dreimal in die NSDAP eingetreten. Stimmt das?
Er ist nur einmal in die NSDAP eingetreten. Und zwar im Frühjahr 1935. Der Parteieintritt war zwingende Voraussetzung für den Posten des Generalmusikdirektors am Aachener Stadttheater. In der Literatur schwirren aber noch zwei weitere Daten herum: der 8. April 1933 und der 1. Mai 1933. Tatsächlich hatte Karajan am 8. April 1933 von seiner Geburtsstadt Salzburg aus einen Antrag auf Parteimitgliedschaft gestellt – unmittelbar nach Erlass des Gesetzes zur Wiederherstellung des deutschen Berufsbeamtentums. Dieser Antrag war unwirksam. Karajan hat bis 1935 keine Mitgliedsbeiträge bezahlt.
Und wie ist das dritte Datum – 1. Mai 1933 – zu erklären?
Dieses Eintrittsdatum ist 1935 auf seiner Mitgliedskarte vermerkt worden – allerdings mit der Berufsbezeichnung „Generalmusikdirektor“. Das war Karajan aber 1933 noch gar nicht. Auch daraus kann man schließen, dass Karajans Parteieintritt 1935 einfach rückdatiert worden ist, weil eigentlich nach dem 1. Mai 1933 ein Aufnahmeverbot für die NSDAP gegolten hatte, das graduell erst 1937 und 1939 gelockert wurde.
Also ist der Eindruck eines mehrfachen Parteieintritts Karajans auf ein Verwaltungschaos in der NSDAP zurückzuführen?
Ja, dieses Chaos setzte sich bis Anfang der Vierzigerjahre fort. Es wurden immer wieder Erkundigungen eingeholt, wann Herbert von Karajan eigentlich in die NSDAP eingetreten sei.
Aber wenn er schon im April 1933 einen Aufnahmeantrag gestellt hatte, war Karajan doch ein Nazi der frühen Stunde?
Ein Formalnazi ja. Aber entscheidend ist die Frage: War Karajan auch ein Gesinnungsnazi? Die Deutschen strömten ab März 1933 aus Opportunismus in die NSDAP. Karajan war Österreicher und hätte das nicht tun müssen. Aber er war seit 1929 berufstätig in Deutschland – und zwar als Kapellmeister in Ulm. Diese Stelle war gefährdet. Er suchte sich durch die Parteimitgliedschaft abzusichern. An seiner Parteimitgliedschaft ab 1935 besteht kein Zweifel.
War er auch Antisemit?
Es gibt einige antisemitische Äußerungen des jungen Karajan. Aber da zeigt sich ein Feld-Wald-und-Wiesen-Antisemitismus, den wir Juden als „den guten alten Risches“ bezeichnen, den „guten alten Antisemitismus“ der Zeit vor den Nationalsozialisten. Der war zwar diskriminatorisch, aber nicht liquidatorisch. Abgesehen von diesen frühen Äußerungen des Studenten Karajan gibt es keinerlei Zeugnisse von Antisemitismus. Es gab vor allem nach 1945 viele Juden, die zu seinen engsten Freunden und musikalischen Partnern gehörten.
Vor allem der Geiger Michel Schwalbé, Erster Konzertmeister bei den Berliner Philharmonikern.
Er stammte aus Polen, verlor im Holocaust seine gesamte Familie und kam, wie er selbst bekundete und ich auch belege, als Zeichen der Aussöhnung aus Genf zu Karajan und den Berliner Philharmonikern, nachdem er sich eine Bedenkzeit von sechs Monaten erbeten hatte. Auf seinem Grabstein steht: „Ein Leben für Musik und Aussöhnung – In Memoriam – Seine im Holocaust verlorene Familie“. Er hatte für Karajan auf eine Solokarriere verzichtet.
Schwalbés Zeugnis über Karajan dient Ihnen methodisch ebenso wie ein eindrucksvolles Gespräch zwischen dem jüdischen Pianisten Alexis Weissenberg und Elie Wiesel als Entlastung Karajans vom Verdacht, Gesinnungsnazi gewesen zu sein?
Genau. Aber noch viele andere. Dazu noch das Zeugnis von Hellmut Stern, mit dem ich persönlich befreundet war, ebenfalls ein Verfolgter des Naziregimes und später dann Mitglied der Berliner Philharmoniker. Er beschrieb, wie begeistert Karajan 1967 vom militärischen Erfolg Israels im Sechstagekrieg gewesen war, worauf Stern alles daransetzte, Karajans Wunsch nach einem Gastspiel in Tel Aviv zu erfüllen, wozu es dann aber nicht kam. Später war Stern ein erbitterter Gegner Karajans. Doch dass Karajan Nazi gewesen wäre, hat Stern selbst in der Kampfzeit der Achtzigerjahre oder nach Karajans Tod nie behauptet. Gleiches gilt für Karajans nicht jüdischen Wiener Rivalen als Operndirektor, Egon Hilbert. Der war von 1938 bis 1945 im KZ Dachau. Nie hat Hilbert Karajan als Nazi bezeichnet oder bekämpft.
Aber der Karajan nach 1945 verhielt sich gewiss anders als der Karajan vor 1945.
Mein methodisches Hilfsmittel sind die privatesten Briefwechsel, die es überhaupt gibt, nämlich mit seiner ersten Frau Elmy und seiner zweiten Frau Anita, geborene Gütermann, im NS-Jargon eine geborene „Vierteljüdin“. In diesen Briefen findet sich von einer NS-Gesinnung oder von Antisemitismus keine Spur. In einem Brief an Elmy schreibt er, dass er nach einem seiner Konzerte bei einem Empfang mit „dem Führer“ dabei sein müsse, sich aber danach sofort ins Auto schwingen und zu ihr fahren würde.
Keine Zeichen der Euphorie für Hitler?
Null! Er hakt das ab als Pflicht und will zu seinem Elmylein. Karajan war ein unpolitischer Mensch und lebte in seinem Musikkosmos. Womit wir bei der Frage wären: Autonomie der Kunst – ja oder nein? Daher mein Buchtitel „Genie und Gewissen“.
Karajan ließ sich nach wenigen Jahren von Elmy scheiden und heiratete 1942 Anita Gütermann, die Tochter eines Freiburger Nähseidenfabrikanten. Der österreichische Historiker Oliver Rathkolb behauptete 2019 in einem Artikel für die „Süddeutsche Zeitung“, diese zweite Frau habe Karajans Karriere im NS-Staat befördert.
Ich möchte keine Kollegenschelte betreiben, aber nach meiner detaillierten Auswertung der Briefe Anita Gütermanns kann davon keine Rede sein. Hans-Ulrich Thamer beschrieb das Dritte Reich als Mechanismus aus „Verführung und Gewalt“. Das Ehepaar Karajan-Gütermann war durchaus gelegentlich eingeladen zum Abendessen bei Joseph Goebbels. Andererseits hing über den beiden – wegen Anitas Einstufung als „Vierteljüdin“ – immer ein Damoklesschwert. Goebbels hatte nur widerwillig die Zustimmung zur Heirat erteilt, weil die Heirat von „Ariern“ mit „Vierteljüdinnen“ zwar nicht als „Rassenschande“, aber in prominenten Kreisen als unerwünscht galt. Karajan sollte sich deshalb vor einem Parteigericht verantworten. Im Februar 1945 floh das Ehepaar nach Mailand, nachdem Goebbels – so schreibt es Anita – deren Pässe konfisziert hatte. Die Karajans haben im NS-Staat nicht von dieser Heirat profitiert.
Im Gegensatz zu Rathkolb sprechen Sie sogar vom Karriereknick ab 1942.
Das ist so, obwohl ich Rathkolbs Arbeit schätze. Die beiden heirateten im Oktober 1942. Schon im Frühjahr, während das Ehegenehmigungsverfahren noch lief, wurde Karajans Vertrag in Aachen gekündigt. Sein Vertrag mit der Staatsoper in Berlin wurde zwar verlängert, Honorar und Tätigkeitsumfeld wurden aber von Goebbels drastisch reduziert. Karajans Auslandsgastspiele waren so rar, dass er sogar honorarfrei in Kopenhagen dirigierte – mit einem jüdischen Konzertmeister! Karajans Karriere war seit 1942 eindeutig auf dem Abstieg bis 1945, mit einem kleinen Zwischenhoch, dass er – einmalig! – das Reichs-Brucknerorchester in Linz, der „Lieblingsstadt des Führers“, dirigieren durfte.
Vom Naziregime konnte er trotz seiner NSDAP-Mitgliedschaft kaum profitieren. Adolf Hitler mochte ihn als Dirigenten nach einer verunglückten Aufführung von Richard Wagners „Meistersingern“ am 2. Juni 1939 überhaupt nicht. Er war so erbost, dass er erklärte, nie wieder eine Vorstellung zu besuchen, in der Karajan dirigierte. Der Stern von Hermann Göring, dessen Günstling Karajan war, fiel spätestens im Frühjahr 1941 mit der erfolglosen Luftschlacht um England. Und Goebbels, der mächtigste Mann der Kulturpolitik, bevorzugte Wilhelm Furtwängler und benutzte Karajan nur, um nicht von Furtwängler abhängig zu sein.
War Karajan also nur Objekt der politischen Manipulation? Oder nicht doch mitgestaltendes Karrieresubjekt?
Es ist komplex. Goebbels war verärgert, dass Karajan mit Forderungen auftrat und nicht einfach folgte. Bei Goebbels hatte man zu spuren. In den Herrschaftsstrukturen des Dritten Reiches war Karajan nur Objekt, aber er trat immer mit der Großspurigkeit auf, Subjekt sein zu wollen. Darin täuschte er sich über sich selbst. Es geht um diese Grundfrage: Wer benutzt wen? Die Politik die Kunst oder die Kunst die Politik?
Also war er ein politisch indifferenter Kunst-Egoist?
Ein Egoist seiner selbst. Sein Leben galt der Musik. Wenn man Karajans Interviews Revue passieren lässt, war er im politisch-intellektuellen Bereich nie so genial wie als Dirigent. Er lebte in seiner Blase und betrachtete sich als Musikgott. Stichwort „Autonomie der Kunst“. Er glaubte auch an seine Wiederauferstehung.
Nun gibt es ein Fernsehinterview von Felix Schmidt aus dem Jahr 1978, in dem Karajan gefragt wird, wie viel er sich selbst abverlange. Seine selbstherrliche Antwort: „bis zur Vergasung“. Spricht das für Sensibilität gegenüber engsten jüdischen Vertrauten wie Michel Schwalbé?
Es ist ein weiteres Zeichen dafür, dass er ein unpolitischer Mensch war. Ich will Ihnen selbstkritisch eine innerjüdische Antwort aus eigenem Erleben geben. Ich kam 1954 aus Israel nach Deutschland, sprach als Muttersprache schon in Israel Deutsch, kam in die Grundschule, und da war der Ausdruck „bis zur Vergasung“ gang und gäbe. Ich nahm ihn in meinen Alltagswortschatz auf. Ich hab’ das, wie Kinder nun mal sind, nachgeredet. Wie ein Papagei. Bis mir irgendwann jemand sagte: „Holla! Weißt du eigentlich, was du da sagst?“
Ich hatte, als Kind einer jüdischen Familie, immer wieder von Vergasungen gehört, aber diese beiden Stränge von Geschichte und Alltagssprache nicht zusammengebracht. „Bis zur Vergasung“ war in den Fünfziger- bis Achtzigerjahren, so schrecklich das ist, eine absolut gängige Redewendung. Und Karajan war kein Meister der Sprache. Er reflektierte Sprache auch nicht. Also ist das, was Sie anführen, nur ein Scheinindiz für seine angebliche Gefühllosigkeit oder Gesinnung.
Allerdings nennt er im gleichen Interview die Entnazifizierungsverfahren „Hexenprozesse“. Damit begreift er sich doch als einen Unschuldigen, der nur durch Aberglauben verfolgt wurde!
Natürlich auch Unsinn seinerseits. Karajan hatte bei seiner Entnazifizierung großes Glück. Er saß in den Kommissionen Opfern des Nationalsozialismus gegenüber, oft zurückgekehrten Exilanten oder KZ-Überlebenden, die sich mit viel Energie für Karajans Rehabilitierung einsetzten.
Wie stark hat Karajan seine Verstrickung in das NS-System reflektiert und verbalisiert?
Schwierig zu beantworten. Seine beiden Töchter Isabel und Arabel, die ich zum Gespräch getroffen habe, wissen wenig über die politischen Gedanken ihres Vaters. Was auch nicht verwundert, weil er während ihrer Kindheit oft auf Reisen war. Man hat mir versichert, dass es auch keinerlei private Korrespondenz gebe, abgesehen vom Glücksfall der Briefwechsel mit Elmy und Anita. Es gibt keine Aufzeichnungen von Gesprächen, die Karajan geführt hat, aber seine Briefe an Henry Alter, den aus Österreich stammenden US-Kulturoffizier, nach 1945. Es gibt die Darstellung des jüdischen Schriftstellers Ernst Lothar, der später Kuratoriumsmitglied der Salzburger Festspiele war, wonach Karajan ohne Wenn und Aber zu seiner Parteimitgliedschaft gestanden und hinzugefügt habe, es sei ein Fehler gewesen.
Das zumindest unterscheidet ihn von Günter Grass und Walter Jens.
Und von Siegfried Lenz, der mit Marcel Reich-Ranicki befreundet war. Wir sind hier bei einem grundlegenden Problem, und darauf weise ich auch methodisch in dem Buch hin. Ich bin zwar nie Sozialist gewesen, aber ein großer Verehrer des großbürgerlich-jüdisch-deutschen Sozialisten Herbert Marcuse. Von ihm stammt das zwar nicht inhaltlich, aber vom Titel und der Methode her großartige Buch „Der eindimensionale Mensch“. Es ist eine bitterböse Kritik eindimensionalen Denkens und Fühlens. Nehmen Sie Reich-Ranicki und Siegfried Lenz, nehmen Sie Henry Alter, Lothar, Schwalbé und Karajan. Ich sage ja nicht, dass Karajan ein Widerstandskämpfer war. Das war er nicht. Aber ich versuche, im Gegensatz zu anderen, nicht schwarz-weiß zu malen, sondern die Grautöne zu erkennen.
Aber nochmals: Gab es bei Karajan so etwas wie eine Einsicht in Schuld oder Mitverantwortung?
Er war kein Mann öffentlicher Beichten. Er hat auch nur mit wenigen Menschen, nicht einmal mit seinen Töchtern, über Persönliches und Privates gesprochen. Aber er hatte ein Vertrauensverhältnis zu Kardinal Franz König, der nicht nur ein großartiger Theologe, sondern auch ein Freund der Juden war. Wir haben Hinweise darauf, dass Karajan in seinen letzten Lebensjahren mit Kardinal König über diese Fragen gesprochen hat. Das ist durch einen engen Mitarbeiter des Kardinals glaubhaft bezeugt.
Zudem hatte Karajan seiner Tochter Isabel die „Kulturgeschichte der Neuzeit“ von Egon Friedell geschenkt, der sich als Jude aus Angst vor den Nationalsozialisten aus dem Fenster gestürzt hatte. Ich hatte das Glück, die Bibliothek des aufgelösten Karajan-Hauses in Sankt Moritz auswerten zu dürfen. Und dort war Friedells „Kulturgeschichte“ total zerlesen, also erkennbar intensiv benutzt. Ich halte mich also nicht nur an Verbalzeugnisse, sondern suche nach nonverbalen Indikatoren für Verhalten und Überzeugungen. Ich schaue ins Paket und nicht nur auf die Verpackung.
Nun war Karajan recht schnell entnazifiziert und auch in den USA rasch akzeptiert worden. Wie erklären Sie sich die starke Renazifizierung Karajans bei den Historikern in den Achtzigerjahren?
Das hat mit der politischen Großwetterlage zu tun. Begonnen hatte das mit der Bitburg-Kontroverse 1985, als Helmut Kohl und Ronald Reagan Kränze auf einem Soldatenfriedhof niedergelegt hatten, auf dem auch Angehörige der Waffen-SS beerdigt waren. Dann folgte 1986 die Debatte um die NS-Verstrickungen von Kurt Waldheim, dazu noch der Historikerstreit um Ernst Nolte. Und schließlich 1988 der 50. Jahrestag der „Reichskristallnacht“, die in der DDR, die sich als das Land der besseren Vergangenheitsaufarbeitung profilieren wollte, in „Reichspogromnacht“ umbenannt wurde, was heute in den offiziellen Sprachgebrauch übergegangen ist.
Die DDR-Führung bandelte mit dem Präsidenten des World Jewish Congress an, dem kanadisch-amerikanischen Geschäftsmann Edgar Bronfman. Er wollte das Osteuropamonopol für seinen Schnapshandel und versprach im Gegenzug der DDR eine Meistbegünstigungsklausel für den US-Markt. Um die DDR auf- und die BRD einschließlich Westberlins abzuwerten, wärmte er die alten Gerüchte auf, Karajan sei Agent des Sicherheitsdienstes der SS gewesen.
Einen „James Bond der Nazis“ nennen Sie ihn ironisch.
Ja, damals wurde der Fall Karajan in der Reagan-Regierung bis hinauf zum Justiz- und zum Außenministerium erneut überprüft – aber man fand nichts. Der Mann war clean. Das war die Makroebene. Und machen wir uns nichts vor: Auch auf der Mikroebene der Historikerzunft ist der Zeitgeist der Makroebene immer spürbar.
MOVIES
The New York Times
Jacob Elordi, Heathcliff and the Controversy Over ‘Wuthering Heights’
The character’s racial identity is at the heart of accusations that the film’s casting is “whitewashing.” But what does the original novel really say?
In Emily Brontë’s “Wuthering Heights,” Heathcliff is described as a “dark-skinned gipsy.” In Emerald Fennell’s new film “Wuthering Heights,” the character is portrayed by Jacob Elordi, a white actor from Australia.
Ever since Elordi was announced in the role, the choice has stirred up controversy online, where authenticity in casting is highly prized. Some frustrated fans have argued that the casting whitewashes the role. But Brontë scholars say that much of what the author writes about the character’s race remains up for interpretation, even if the consensus is that he was probably not intended to be white.
As a boy, Heathcliff is brought into the home of Catherine Earnshaw (who becomes his romantic obsession) by her father, Mr. Earnshaw. Quite a few passages in the novel suggest that Brontë, who died a year after its publication, intended to write Heathcliff as a person of color. In addition to being called “dark” and a “gipsy,” he is also referred to as a “Lascar,” a term for South Asian laborers on British ships.
At one point, Heathcliff compares himself with Edgar Linton, whom Catherine will eventually marry, saying, “I wish I had light hair and fair skin.” The servant Nelly Dean suggests that Heathcliff could be a “prince in disguise,” continuing, “Who knows but your father was emperor of China, and your mother an Indian queen.”
Susan Newby, learning officer at the Brontë Parsonage Museum in Haworth, England, said, “There is a sense that he is not white Anglo-Saxon, he’s something else, but you don’t know what that is.”
Some scholars believe that Brontë was using Heathcliff to comment on the Liverpool slave trade. Mr. Earnshaw brings Heathcliff from Liverpool, and Nelly, who narrates this part of the action, explains that Earnshaw saw Heathcliff starving and asked after his “owner.”
It makes sense that Brontë would be interested in slavery. Her father, Patrick Brontë, was associated with the abolitionist politician William Wilberforce, who, according to the Parsonage Museum, helped pay for Patrick to study at Cambridge.
Reginald Watson, an associate professor of literature at East Carolina University, has studied questions of Blackness in the works of the Brontës, including Emily’s sister Charlotte, the “Jane Eyre” author. “My belief is that because of the father’s involvement in abolitionism that both of the authors included connections to slavery in some form,” Watson said. His position is that while Heathcliff “may not be totally Black,” he is mixed.
Another theory, however, is that Brontë was using Heathcliff to comment on prejudices against the Irish, since her father was from Ireland and she was writing at the start of the potato famine there. “Think about Heathcliff who was brought from Liverpool and speaks a sort of gibberish,” said Elsie Michie, a professor of English at Louisiana State University. “The description of Heathcliff conforms almost exactly to the caricatures of the Irish.”
Michie added that the “dynamics of this novel are about otherness in various ways, and that otherness is in Heathcliff.”
Onscreen, however, Heathcliff has largely been played by white actors, including Timothy Dalton, Ralph Fiennes and, perhaps most famously, Laurence Olivier in William Wyler’s 1939 version opposite Merle Oberon as Catherine. (Oberon actually was South Asian but hid that to ascend in Hollywood at the time.) A notable exception is Andrea Arnold’s 2012 adaptation, in which the adult Heathcliff was played by the Black actor James Howson. In an interview with NPR at the time, Arnold said, “In the book it was clear he wasn’t white-skinned. I felt that Emily was not committing exactly; she was playing with her own difference as a female.”
Fennell’s version does away with references to Heathcliff’s race, instead largely focusing on his tortured romance with Cathy (Margot Robbie). Still, the cast doesn’t lack diversity entirely. Nelly is played by the Vietnamese American actress Hong Chau, and Shazad Latif, who is of Pakistani descent, plays Edgar Linton.
Asked about the Heathcliff casting by The Hollywood Reporter, Fennell emphasized that her decision was based on how she saw the text. “I think the thing is everyone who loves this book has such a personal connection to it, and so you can only ever make the movie that you sort of imagined yourself when you read it,” she said.
Speaking at the Brontë Women’s Writing Festival, hosted by the Parsonage Museum last year, Fennell said she thought Elordi “looked exactly like the illustration of Heathcliff” on the first copy she read.
Fidelity in casting has continued to be a hot topic. After Odessa A’zion was hired for the forthcoming adaptation of Holly Brickley’s novel “Deep Cuts,” there was an uproar because her character is described as half-Jewish, half-Mexican, and A’zion has no Mexican heritage. She dropped out of the project and explained on Instagram, “I hadn’t read the book and should have paid more attention to all aspects of Zoe before accepting.”
But while Newby, for instance, said she believes that Brontë presents Heathcliff as nonwhite, she also thinks the author leaves room for discussion. “She deliberately keeps it ambiguous,” Newby said.
At the same time, Newby isn’t bothered by Elordi’s casting, in part because Fennell has been so explicit about the film being from her own perspective. The director makes a number of major changes, getting rid of some characters and altering details of Cathy and Heathcliff’s interactions. “Somehow I feel more bothered by some past adaptations that have very unquestionably, unthinkingly showed him as being white without ever really reading the book and thinking, ‘Right, this is how it’s described,’” Newby said. “It was almost that was a default. You won’t be taken seriously as a lead if he’s not white.”
The mystery is also part of the appeal of Heathcliff: We never do learn his origins before Earnshaw brings him into that household.
February 13, 2026
THE MUNICH SECURITY CONFERENCE
Bundeskanzleramt
The Speech of Chancelor Friedrich Merz: „Unsere Freiheit behaupten wir mit unseren Nachbarn“
In einer Welt zunehmender Spannungen müsse Europa seine eigenen Werte bewahren, seine Freiheit schützen und seine Stärken ausbauen, betonte Bundeskanzler Friedrich Merz in seiner Rede bei der Münchner Sicherheitskonferenz (MSC). Europa sei heute wertvoller denn je.
„Wir haben gemeinsam die Schwelle in eine Zeit überschritten, die wieder einmal offen von Macht und vor allem Großmachtpolitik geprägt ist“, sagte Bundeskanzler Friedrich Merz bei seiner Eröffnungsrede der 62. Münchner Sicherheitskonferenz. Unsere „erste Aufgabe als Europäer“ sei es heute, diese Realität anzuerkennen und „Vorkehrungen für die neue Zeit zu treffen“. Der Kanzler betonte, dass dabei die deutsche Außen- und Sicherheitspolitik immer europäisch verankert sei. „Unsere Freiheit behaupten wir mit unseren Nachbarn“, so Merz.
In der Ära der Großmächte sei Europas Freiheit gefährdet. Um diese zu behaupten, brauche es „Festigkeit und Willenskraft“ und die Bereitschaft zu Aufbruch, Veränderung und Opfern. Dafür brauche Europa ein „Programm der Freiheit“. Dieses beinhalte vor allem, Europa weiter zu stärken – als souveränes Europa und als starkes Europa in der NATO. Zudem solle das transatlantische Verhältnis wiederbelebt und ein starkes Netz mit globalen Partnern geknüpft werden.
Das Wichtigste aus der Rede in Kürze:
Neue Weltunordnung: „Die internationale Ordnung, die auf Rechten und auf Regeln ruhte“, so Bundeskanzler Merz, „sie gibt es so nicht mehr.“ Spätestens mit dem russischen Angriffskrieg gegen die Ukraine sei „eine neue Phase offen ausgebrochener Kriege und Konflikte eingetreten“. Der Kampf um Einflusssphären, Abhängigkeiten und Gefolgschaft bringe demokratisch verfasste Staaten bisweilen hart an die Grenze ihrer Handlungsfähigkeit.
Transatlantische Beziehungen: Zu den USA habe sich eine Kluft aufgetan und der Führungsanspruch der Vereinigten Staaten sei angefochten, so der Kanzler. Bei einigen Themen käme Europa zu anderen Bewertungen als die Administration in Washington. Doch bei allen Schwierigkeiten in der Partnerschaft habe diese weiter Potenzial. Die NATO sei der gemeinsame Wettbewerbsvorteil – für Europa und für die USA.
Europas neue Rolle: Der Kanzler betonte außerdem, dass Europa seine Interessen und Werte bewahren und auf eigene Stärken setzen müsse. Über allem stehe Europas Freiheit, die durch Sicherheit und wirtschaftliche Stärke erst ermöglicht werde. Mit einem Programm der Freiheit solle Europa künftig stärker und souveräner aufgestellt sein.
Lesen Sie hier die Mitschrift der Rede:
Sehr geehrter, lieber Wolfgang Ischinger,
lieber Markus Söder,
liebe Kolleginnen und Kollegen aus den Regierungen und aus den Parlamenten,
Exzellenzen,
sehr verehrte, liebe Gäste,
meine Damen und Herren,
ich komme mit einigen Unterbrechungen seit mehr als 30 Jahren nach München zur Sicherheitskonferenz. Die Münchner Sicherheitskonferenz war schon immer ein Seismograf der politischen Lage, in den Anfangsjahren ein Seismograf für die Beziehungen zwischen Amerika und Europa, seit vielen Jahren ein Seismograf für die gesamte politische Weltlage. Ich bin in früheren Jahren vor allem hierhergekommen, um die Beziehungen zu unseren amerikanischen Freunden zu pflegen, aber auch, um neue Akteure der Außenpolitik und der Sicherheitspolitik aus vielen Ländern der Welt zu treffen.
Seit einigen Jahren liegt nun auch hier im Saal eine Stimmung, die von zunehmenden Spannungen und Konflikten in der Welt geprägt ist. Spätestens mit dem russischen Angriffskrieg gegen die Ukraine vor vier Jahren sind wir in eine neue Phase offen ausgebrochener Kriege und Konflikte eingetreten, die uns in Atem halten und die unsere Welt tiefgreifender verändern, als wir dies auch hier im Saal über so viele Jahre zuvor für möglich gehalten haben. Vor diesem Hintergrund, lieber Wolfgang Ischinger, war es mir wichtig, die Konferenz heute zu eröffnen. Denn wir müssen miteinander reden, dringender denn je.
Bevor wir das tun, erlauben Sie mir, dass ich namens der Bundesregierung Wolfgang Ischinger dafür danke, dass er in diesem Jahr noch einmal die Konferenzleitung übernommen hat. Ich darf das so sagen, lieber Wolfgang: Herzlichen Dank für deine Arbeit, auch und gerade in diesem Jahr!
Über dieser Konferenz steht ein düsteres Motto: Under Destruction. Diese Motto meint wohl: Die internationale Ordnung, die auf Rechten und auf Regeln ruhte, ist im Begriff, zerstört zu werden. – Ich fürchte, wir müssen es noch etwas deutlicher sagen: Diese Ordnung, so unvollkommen sie selbst zu ihren besten Zeiten war, sie gibt es so nicht mehr.
Und wir, Europa? – Nun, Europa – so hat es Peter Sloterdijk vor einigen Wochen geschrieben – hat einen langen Urlaub von der Weltgeschichte beendet. Wir haben gemeinsam die Schwelle in eine Zeit überschritten, die wieder einmal offen von Macht und vor allem Großmachtpolitik geprägt ist.
Da steht zu allererst Russlands gewalttätiger Revisionismus, ein brutaler Krieg gegen die Ukraine, gegen unsere politische Ordnung, mit täglichen schwersten Kriegsverbrechen. Aber dies ist nur der grellste Ausdruck, den wir täglich sehen. Wir erleben andere Entwicklungen auf der Welt, die anders sind, als wir sie auch hier in diesem Saal in den letzten Jahren und Jahrzehnten oft besprochen haben. China erhebt einen globalen Gestaltungsanspruch. Die Grundlagen dafür hat China über viele Jahre mit strategischer Geduld gelegt. In absehbarer Zeit könnte Peking den Vereinigten Staaten militärisch auf Augenhöhe begegnen. Abhängigkeiten anderer nutzt China systematisch aus. Die internationale Ordnung deutet China in seinem Sinne neu.
Wenn es nach dem Fall der Berliner Mauer einen unipolaren Moment in der Geschichte gegeben hat, dann ist er lange vorbei. Der Führungsanspruch der Vereinigten Staaten jedenfalls ist angefochten, vielleicht schon verspielt.
Die Rückbesinnung auf Machtpolitik erklärt sich aber nicht nur aus der Rivalität großer Staaten. Meine Damen und Herren, sie ist auch Spiegel unruhiger, getriebener Gesellschaften in Zeiten großer Umbrüche. Sie ist Ausdruck eines Bedürfnisses auch in vielen demokratischen Staaten nach starker Führung in einer Welt, in der gerade demokratisch verfasste Staaten hart an die Grenze ihrer Handlungsfähigkeit stoßen. Großmachtpolitik – so scheint es jedenfalls – gibt starke, einfache Antworten, jedenfalls den Großen und jedenfalls zunächst. Desillusioniert wendet sich Großmachtpolitik von einer Welt ab, deren fortschreitende Vernetzung in Verrechtlichung und Befriedung der Verhältnisse zwischen den Staaten übersetzt wurde. Großmachtpolitik funktioniert nach eigenen Gesetzen. Sie ist schnell, hart und oftmals unberechenbar. Sie fürchtet eigene Abhängigkeiten. Die Abhängigkeiten anderer aber nutzt sie, und wenn nötig, nutzt sie sie aus. Ins Zentrum rückt der Kampf um Einflusssphären, um Abhängigkeiten und um Gefolgschaft. Rohstoffe, Technologien und Lieferketten werden Machtmittel im Nullsummenspiel der Großen. Das ist ein gefährliches Spiel, zuerst für die Kleinen, später aber wahrscheinlich auch für die Großen.
Darauf stellen sich unsere Freunde in den Vereinigten Staaten mit hohem Tempo ein. Sie haben den eigenen Nachholbedarf gegenüber China erkannt. In ihrer Nationalen Sicherheitsstrategie ziehen sie radikale Konsequenzen. Sie tun dies in einer Weise, die den Trend nicht bremst, sondern eher noch beschleunigt.
Auch wir, wir Europäer, treffen unsere Vorkehrungen. Wir treffen unsere Vorkehrungen für diese neue Zeit. Dabei kommen wir zu anderen Ergebnissen als etwa die Administration in Washington.
Unsere erste Aufgabe, unsere Aufgabe als Europäer und natürlich auch als Deutsche, ist es heute zunächst einmal, diese neue Realität anzuerkennen. Das bedeutet nicht, dass wir sie als ein unabänderliches Schicksal einfach hinnehmen. Wir sind dieser Welt nicht ausgeliefert. Wir können sie gestalten. Ich habe keinen Zweifel: Wir werden in dieser Welt unsere Interessen und unsere Werte bewahren, zumindest dann, wenn wir entschieden, gemeinsam und mit Selbstvertrauen auf die eigene Stärke setzen. So werden wir dem rauen Wind trotzen und unsere Freiheit bewahren. Wir werden neue Türen aufstoßen, neue Chancen ergreifen und, wenn wir es richtig machen, sogar gestärkt aus dieser Probe hervorgehen.
Meine Damen und Herren, ganz nüchtern: Wir sollten uns also zunächst auf unsere Ziele und dann auf unsere Möglichkeiten besinnen. – Die großen Ziele deutscher Außen- und Sicherheitspolitik ergeben sich aus unserem Grundgesetz, aus unserer Geschichte und aus unserer Geografie. Über allem anderen steht unsere Freiheit. Unsere Sicherheit ermöglicht diese Freiheit. Unsere wirtschaftliche Stärke dient dieser Freiheit. Grundgesetz, Geschichte und Geografie geben uns auf, unsere Ziele immer auch europäisch zu denken. Diese Ausrichtung entspricht unseren Interessen. Sie eröffnet nur so die besten Chancen für unser Land. Gerade deutsche Außenpolitik und deutsche Sicherheitspolitik sind europäisch verankert. Dieses Europa ist heute wertvoller denn je. Wie wir unsere Ziele verfolgen, das bringen wir heute neu mit unseren eigenen Möglichkeiten in Einklang.
Ein offenes Wort: Gemessen an ihren Machtmitteln hatte die deutsche Außenpolitik der letzten Jahrzehnte – lassen Sie mich das so sagen – einen normativen Überschuss. Mit den besten Absichten hat sie Verletzungen der internationalen Ordnung in aller Welt kritisiert. Sie hat oft gemahnt, gefordert und gemaßregelt. Aber sie war nicht besorgt genug darüber, dass oft die Mittel fehlten, Abhilfe zu schaffen. Diese Schere zwischen Anspruch und Möglichkeiten hat sich zu weit geöffnet. Wir schließen sie. Nur so werden wir der Wirklichkeit besser gerecht.
Legen wir uns damit also Rechenschaft über unsere eigenen Möglichkeiten ab. Ein kurzes Schlaglicht: Das Bruttoinlandsprodukt Russlands beläuft sich zurzeit auf etwa zwei Billionen Euro. Das der Europäischen Union ist fast zehnmal so hoch. Und doch ist Europa heute nicht zehnmal so stark wie Russland. Unser militärisches, unser politisches, unser ökonomisches und unser technologisches Potenzial ist enorm. Aber wir haben es noch lange nicht im erforderlichen Maß ausgeschöpft.
Das Wichtigste ist deshalb nun Folgendes: Wir legen den Schalter im Kopf um. – Wir haben begriffen: In der Ära der Großmächte ist unsere Freiheit nicht mehr einfach so gegeben. Sie ist gefährdet. Es wird Festigkeit und Willenskraft brauchen, um diese Freiheit zu behaupten. Das wird uns die Bereitschaft zu Aufbruch, Veränderung und, ja, auch zu Opfern abverlangen, und zwar nicht eines Tages, sondern jetzt.
Aus gewichtigen Gründen tun wir uns in Deutschland mit staatlicher Macht nicht leicht. Seit 1945 ist fest in unserem Denken verankert: Wir müssen diese Macht einhegen. –Lassen Sie mich hinzufügen: Nicht nur zu viel staatliche Macht zerstört das Fundament unserer Freiheit; zu wenig staatliche Macht führt auf anderem Weg zum selben Ergebnis. – Diese Frage hat eine zutiefst europäische Dimension. Schon vor 15 Jahren hat Radek Sikorski Deutschland ins Stammbuch geschrieben – ich darf ihn zitieren –: Ich fürchte deutsche Macht weniger als deutsche Untätigkeit. – Auch dies ist Teil unser Verantwortung, die sich aus Grundgesetz, Geschichte und Geografie ergibt. Wir nehmen diese Verantwortung an.
Dazu brauchen wir eine Strategie, die ein offenkundiges Dilemma auflöst. Die Neuordnung der Welt durch große Mächte vollzieht sich schneller und tiefgreifender, als wir uns selbst stärken können. Schon deshalb überzeugt es mich nicht, wenn manchmal allzu reflexhaft danach gerufen wird, Europa solle die Vereinigten Staaten als Partner doch abschreiben. Meine Damen und Herren, ich verstehe das Unwohlsein und die Zweifel, die sich in solchen Forderungen Bahn brechen. Ich teile sogar einiges davon. Und doch sind diese Forderungen nicht zu Ende gedacht. Sie blenden harte geopolitische Realitäten in Europa einfach aus, und sie unterschätzen das Potenzial, das unsere Partnerschaft mit den Vereinigten Staaten bei allen Schwierigkeiten weiterhin hat.
Es wird also nicht genügen, rhetorisch möglichst klug auf die Manöver und Launen der Großen zu reagieren. Wir setzen in dieser Zeit der Anfechtung unsere eigene Agenda. Wir besinnen uns auf uns selbst. Diese Agenda ist im Werden. Wie sollte es auch anders sein? Und doch ist ihre Verwirklichung in vollem Gang. Wir nutzen den Druck, unter den wir gekommen sind, um Neues und hoffentlich Gutes zu schaffen.
Großmachtpolitik in Europa ist für Deutschland allerdings keine Option. Partnerschaftliche Führung – ja; hegemoniale Phantasien – nein. Nie wieder werden wir Deutsche allein gehen. Das ist bleibende Lehre aus unserer Geschichte. Unsere Freiheit behaupten wir mit unseren Nachbarn, nur mit unseren Nachbarn, unseren Verbündeten und unseren Partnern. Wir bauen auf unsere Stärke, unsere Souveränität und unsere Fähigkeit zu gegenseitiger Solidarität in Europa. Wir tun es mit prinzipienfestem Realismus.
Liebe Freundinnen und Freunde – wenn ich das so sagen darf –, meine Damen und Herren, vier Punkte umfasst dieses Programm der Freiheit.
Erstens. Wir stärken uns militärisch, politisch, wirtschaftlich und technologisch.
Damit vermindern wir unsere Abhängigkeiten und unsere Verletzbarkeit. Höchste Priorität für uns hat, Europa innerhalb der NATO zu stärken. Wir investieren massiv in glaubhafte Abschreckung.
Zur Erinnerung: Deutschland hat seine Verfassung geändert. Beim Haager NATO-Gipfel im letzten Juni haben sich alle Alliierte – fast alle Alliierte – verpflichtet, künftig fünf Prozent des Bruttoinlandproduktes in Sicherheit zu investieren. Deutschland allein wird in den nächsten Jahren mehrere hundert Milliarden Euro investieren.
Wir unterstützen die Ukraine in ihrem tapferen Widerstand gegen den russischen Imperialismus. Wir tun das diplomatisch, wir tun das politisch, wir tun es ökonomisch, aber wir tun es natürlich auch militärisch. Übrigens leisten Deutschland und Europa hier seit einem Jahr die wichtigste Führungsarbeit. Wir haben Moskau ungeahnte Verluste und Kosten aufgezwungen. Wenn Moskau endlich einem Frieden zustimmt, dann auch deshalb. Das ist Ausdruck europäischer Selbstbehauptung.
Wir haben große konventionelle Beschaffungsvorhaben angestoßen: in der Luftabwehr, zu Deep Precision Strikes, in der Satellitentechnik. Wir erwecken unsere Verteidigungsindustrie zu neuem Leben. Neue Werke öffnen, neue Arbeitsplätze entstehen, neue Technologien kommen hinzu. Der bayerische Ministerpräsident hat es gesagt: Hier um München herum zum Beispiel boomt ein Cluster hochinnovativer Defence-Tech-Unternehmen, die disruptive Technologien entwickeln, zum Teil in enger Kooperation mit der Ukraine.
Herr Verteidigungsminister, die Reform unseres Wehrdienstes ist auf den Weg gebracht. Wenn es erforderlich ist, steuern wir nach.
Wir stärken die Ostflanke der NATO. Dafür entsteht unsere Brigade in Litauen – das erste Mal in der Geschichte der Bundeswehr, dass ein ganzer Großverband außerhalb unseres eigenen Territoriums aufgestellt wird.
Wir werden für mehr Sicherheit des hohen Nordens sorgen. Die ersten deutschen Eurofighter sind gemeldet, und es wird mehr kommen.
Die Bundeswehr werden wir – ich habe es häufig gesagt und wiederhole es hier ‑ schnellstmöglich zur stärksten konventionellen Armee Europas machen – einer Armee, die standhält, wenn sie muss.
Gleichzeitig machen wir unsere Gesellschaft und unsere Wirtschaft widerstandsfähiger. Wir bringen neue Gesetze auf den Weg, um unsere Netze und unsere kritische Infrastruktur gegen hybride Schläge zu härten. Wir schmieden widerstandsfähige Lieferketten und bauen einseitige Abhängigkeiten von Rohstoffen, Schlüsselprodukten und Technologien ab. Unsere freiheitlich-demokratische Grundordnung schützen wir gegen ihre Feinde im Inneren und Äußeren. Unter anderem werden wir unsere Nachrichtendienste stärken.
In dieser neuen Welt ist Wettbewerbspolitik Sicherheitspolitik und Sicherheitspolitik Wettbewerbspolitik. Beides dient unserer Freiheit. Genau deshalb wollen wir Treiber des Fortschrittes in den Zukunftstechnologien sein. Künstliche Intelligenz wird dabei eine Schlüsselrolle einnehmen.
Zweitens. Wir stärken Europa.
Ein souveränes Europa ist unsere beste Antwort auf die neue Zeit. Europa zu einen und zu stärken ist heute unsere vornehmste Aufgabe.
Unser Europa muss sich dabei auf das Wesentliche konzentrieren, auf Wahrung und Mehrung unserer Freiheit, unserer Sicherheit und unserer Wettbewerbsfähigkeit. Den Wildwuchs europäischer Bürokratie und Regulierung müssen wir beenden. Europas Standards dürfen uns nicht Fesseln anlegen, die uns im Wettbewerb lähmen und behindern. Sie müssen unsere Stärken zur Geltung bringen. Sie müssen Innovation und Unternehmertum befeuern, Investitionen ermutigen, Kreativität belohnen. Europa darf sich nicht darauf zurückziehen, Risiken zu vermeiden. Europa muss Chancen eröffnen und Tatkraft entfesseln.
Über diese Fragen haben wir, liebe Ursula von der Leyen, gestern mit den europäischen Staats- und Regierungschefs intensiv beraten, und daraus entwickeln wir jetzt gemeinsam eine gemeinsame Roadmap für ein starkes und souveränes Europa. Europa muss ein weltpolitischer Faktor werden, mit einer eigenen sicherheitspolitischen Strategie.
Zur Erinnerung und auch für manch einen, der es nicht weiß: In Artikel 42 des Vertrags über die Europäische Union verpflichten wir uns, einander im Fall eines bewaffneten Angriffs in Europa beizustehen. Wir müssen nun ausbuchstabieren, wie wir dies europäisch organisieren wollen ‑ nicht als Ersatz für die NATO, sondern als einen selbsttragenden, starken Pfeiler innerhalb des Bündnisses.
Ich habe mit dem französischen Präsidenten Emmanuel Macron erste Gespräche über europäische nukleare Abschreckung aufgenommen. Meine Damen und Herren, damit das klar ist: Wir halten uns dabei an unsere rechtlichen Verpflichtungen. Wir denken dies strikt eingebettet in unsere nukleare Teilhabe innerhalb der NATO, und wir werden in Europa keine Zonen unterschiedlicher Sicherheit entstehen lassen.
Die europäische Verteidigungsindustrie muss schließlich ihre Pferdestärken auf die Straße bringen. Drei große S – Standardisierung, Skalierung und Simplifizierung von Waffensystemen – werden wir deshalb europäischer organisieren. Wir heben damit ein ungeheuer großes Potenzial.
Diese Kraft übersetzen wir in einen gemeinsamen Außenauftritt, der unsere strategischen Partner einschließt. Dazu gehört eine starke Handelspolitik. Das zwischen der Europäischen Union und vier südamerikanischen Staaten verhandelte EU-MERCOSUR-Abkommen soll vorläufig angewendet werden – das ist eine richtige Entscheidung der Europäischen Kommission. Das Freihandelsabkommen mit Indien ist ausverhandelt. Weitere Abkommen werden und müssen rasch folgen.
Diplomatisch gelingt uns damit in Europa in diesen Tagen eine Quadratur des Kreises. In der Arbeit für Frieden in der Ukraine wird das auch spürbar. Wo wir agil sein müssen, gehen wir in kleinen Gruppen voran – mit den E3, also mit Deutschland, Frankreich und Großbritannien, aber auch mit Italien und Polen als europäischen Spielmachern. Wir wissen: Auf Dauer haben wir nur Erfolg, wenn wir die anderen Europäer mitnehmen. Wir tun es, und für uns Deutsche führt kein Weg daran vorbei. Wir sind die Mitte Europas. Zerreißt Europa, zerreißt Deutschland.
Ich appelliere aber auch unsere Partner: Seht die Tragweite des Augenblicks; bahnt auch ihr den Weg für ein starkes, souveränes Europa.
Drittens. Wir wollen eine neue transatlantische Partnerschaft begründen.
Lassen Sie mich einfach mit der unbequemen Wahrheit beginnen: Zwischen Europa und den Vereinigten Staaten von Amerika hat sich eine Kluft, ein tiefer Graben aufgetan. Vizepräsident J. D. Vance hat das vor einem Jahr hier in München an dieser Stelle gesagt. Er hatte in der Beschreibung recht.
Der Kulturkampf der MAGA-Bewegung in den USA ist nicht unserer. Die Freiheit des Wortes endet hier bei uns, wenn sich dieses Wort gegen Menschenwürde und Grundgesetz wendet. Und wir glauben nicht an Zölle und Protektionismus, sondern an freien Handel. An Klimaabkommen und der Weltgesundheitsorganisation halten wir fest, weil wir überzeugt sind: Globale Aufgaben werden wir nur gemeinsam lösen.
Nun hat die transatlantische Partnerschaft offenbar ihre Selbstverständlichkeit verloren – erst in den Vereinigten Staaten, dann auch hier in Europa und vermutlich auch hier im Saal.
Meine Damen und Herren, wenn unsere Partnerschaft eine Zukunft haben soll, dann müssen wir sie im doppelten Sinn neu begründen. Diese Begründung muss handfest sein, nicht esoterisch. Wir müssen diesseits und jenseits des Atlantiks zu dem Schluss kommen: Zusammen sind wir stärker. Wir Europäer wissen, wie kostbar das Vertrauen ist, auf dem die NATO gründet.
Im Zeitalter der Großmächte werden auch die USA auf dieses Vertrauen angewiesen sein. Selbst sie stoßen an die Grenzen der eigenen Macht, wenn sie im Alleingang unterwegs sind. Den Strategen im Pentagon jedenfalls scheint das klar zu sein. Die NATO ist nicht nur unser, sondern, liebe amerikanische Freunde, auch euer Wettbewerbsvorteil.
(auf Englisch) Das würde ich auch gerne noch einmal für unsere amerikanischen Freunde argumentieren. Über drei Generationen hinweg war das Vertrauen zwischen Alliierten, Partnern und Freunden das, was die NATO zum stärksten Bündnis aller Zeiten gemacht hat. Europa ist sich vollkommen bewusst, wie wertvoll dies ist. In Zeiten der Großmächterivalität werden auch die Vereinigten Staaten nicht mächtig genug sein, alles alleine zu schaffen. Liebe Freunde, Teil der NATO zu sein, ist nicht nur ein Wettbewerbsvorteil für Europa, sondern auch ein Wettbewerbsvorteil für die Vereinigten Staaten. Lassen Sie uns also das transatlantische Vertrauen reparieren und gemeinsam wiederbeleben. Wir Europäer leisten unseren Beitrag hierzu.
(auf Deutsch) Ich möchte den Satz aufgreifen, den Wolfgang Ischinger gesprochen hat: Autokratien mögen Gefolgschaft haben; Demokratien haben Partner und Verbündete.
Dieser Satz ist übrigens auch richtig für uns Europäer. Ein wahrer Verbündeter nimmt seine Verpflichtungen ernst. Niemand hat uns in die übermäßige Abhängigkeit von den Vereinigten Staaten gezwungen, in der wir uns zuletzt befunden haben. Diese Unmündigkeit war selbst verschuldet. Diesen Zustand lassen wir jetzt aber hinter uns, und zwar lieber heute als morgen.
Das tun wir nicht, indem wir die NATO abschreiben. Wir tun es, indem wir im Bündnis im eigenen Interesse einen starken, selbsttragenden europäischen Pfeiler errichten.
Dieser Aufbruch, meine Damen und Herren, ist unter allen Umständen richtig. Er ist richtig, falls sich die Vereinigten Staaten weiter entfernen. Er ist richtig, solange wir unsere Sicherheit nicht aus eigener Kraft gewährleisten können. Er ist schließlich auch richtig, um eine gesündere transatlantische Partnerschaft neu zu begründen.
Ich vermute, dass wir in Zukunft häufiger als in der Vergangenheit unterschiedlicher Meinung sein werden. Wir werden öfter über den richtigen Weg verhandeln und vielleicht sogar streiten müssen. Wenn wir das mit neuer Stärke, neuer Achtung und Selbstachtung tun, dann ist es zum Vorteil beider Seiten.
Etwas davon habe ich übrigens in den Gesprächen über Grönland gespürt, die wir in den letzten Wochen geführt haben. Ich wende mich insbesondere an Mette Frederiksen, die dänische Ministerpräsidentin, die weiß, dass sie sich auf europäische Solidarität ohne jede Einschränkung verlassen kann.
Viertens und last, but not least, knüpfen wir ein starkes Netz globaler Partnerschaften.
So wichtig europäische Integration und transatlantische Partnerschaft für uns bleiben, sie werden nicht mehr hinreichen, um unsere Freiheit zu bewahren. Partnerschaft ist dabei kein absoluter Begriff. Partnerschaft setzt keine vollkommene Übereinstimmung aller Werte und Interessen voraus. Das gehört übrigens zu den Lehren dieser Tage, Wochen und Monate.
So nähern wir uns neuen Partnern, mit denen uns nicht alle, aber doch wichtige Anliegen verbinden. Das vermeidet Abhängigkeiten und Risiken, und es eröffnet zugleich Möglichkeiten und Chancen für beide Seiten. Es schützt unsere Freiheit.
Kanada und Japan, die Türkei, Indien, Brasilien, und auch Südafrika, die Golfstaaten und andere werden dabei eine Schlüsselrolle spielen. Wir wollen mit diesen Staaten enger zusammenrücken, in gegenseitigem Respekt und mit langem Atem.
Wir teilen das grundlegende Interesse an einer politischen Ordnung, in der wir auf Verabredungen vertrauen können, in der wir zur gemeinsamen Bewältigung globaler Probleme imstande sind und in der wir vor allem Konflikte miteinander friedlich ausräumen.
Wir teilen die Erfahrung, dass Völkerrecht und internationale Organisationen unserer Souveränität, unserer Unabhängigkeit und auch unserer Freiheit dienen.
Wir Deutsche wissen: Eine Welt, in der nur Macht zählt, wäre ein finsterer Ort. Unser Land ist diesen Weg im 20. Jahrhundert bis zum bitteren und bösen Ende gegangen.
Heute schlagen wir einen anderen, einen besseren Weg ein.
Unsere größte Stärke bleibt die Fähigkeit, Partnerschaften, Bündnisse und Organisationen zu bauen, die auf Recht und Regeln fußen, die auf Respekt und Vertrauen gründen und die an die Kraft der Freiheit glauben.
Nach 1945 waren es vor allem unsere amerikanischen Freunde, die uns Deutsche für diesen starken und hellen Gedanken begeistert haben. Das vergessen wir euch nicht. Auf diesem Fundament ist die NATO zum stärksten politischen Bündnis der Geschichte geworden.
Wir bleiben dieser Idee treu. Mit aller Kraft und Leidenschaft, mit Anstand und Solidarität, mit Kreativität und mit Mut übertragen wir diese Idee in die neue Zeit, damit diese Zeit nicht finster wird, sondern, meine Damen und Herren, eine gute Zeit ‑ für uns, aber vor allem für die Generation unserer Kinder und Enkelkinder, die sich darauf verlässt, dass wir in diesen Tagen und Wochen das Richtige tun. Wir sind dazu entschlossen.
https://www.bundesregierung.de/breg-de/aktuelles/rede-kanzler-msc-2407218
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Münchner Sicherheitskonferenz: Merz’ düsterer Blick auf die neue Weltordnung
Der Kanzler eröffnet die Sicherheitskonferenz mit dem Thema, das in den kommenden Tagen im Fokus steht: Was ist von den Beziehungen zu den USA noch zu retten?
Gleich nach seiner Rede zur Eröffnung der Münchner Sicherheitskonferenz konnte Friedrich Merz nachfragen, wie sie bei einem der Hauptadressaten angekommen ist: Als er von der Bühne im Hotel Bayerischer Hof ging, stand das Gespräch mit dem amerikanischen Außenminister Marco Rubio hinter verschlossenen Türen auf dem Plan. Vorher hatte der Kanzler am Rednerpult düster auf die neue Weltordnung geschaut. Die alte, die auf Rechten und Regeln ruhte, „gibt es so nicht mehr“, sagte er auf der Bühne. Die Zeit sei „von Macht und Großmachtpolitik geprägt“, die nach eigenen Gesetzen funktioniere. „Sie ist schnell, hart und unberechenbar, sie fürchtet eigene Abhängigkeiten.“
Und Merz machte deutlich, wie kritisch er den amerikanischen Weg sieht, diese Ordnung zu gestalten. Wie Washington mit seinem Verhalten den Trend nicht bremse, sondern beschleunige. Der Kanzler sagte: „Auch wir, wir Europäer, treffen unsere Vorkehrungen für die neue Zeit.“ Aber: „Dabei kommen wir zu anderen Ergebnissen als etwa die Administration in Washington.“ Der Titel der Kanzler-Rede: „Ein Programm der Freiheit.“ Gleich am Anfang sagte er auf Englisch: „We need to talk.“
Mit der Rede des Kanzlers wurde am Freitagnachmittag die Münchner Sicherheitskonferenz eröffnet – mit dem Thema, das im Fokus dieser Tage steht: Was ist von den transatlantischen Beziehungen noch zu retten, und wie schafft es Europa, unabhängiger von diesen zu werden.
100 Außen- und Verteidigungsminister
Es sind aber nicht die einzigen Themen, die die mehr als 50 Staats- und Regierungschefs und gut 100 Außen- und Verteidigungsminister in München bewegen. Nach seiner Rede und dem Rubio-Gespräch sollte auch für den Kanzler der Gesprächsmarathon weitergehen. Der chinesische Außenminister ist in München, Frankreichs Präsident, der ukrainische Präsident. Dazu gibt es kleinere und größere Runden mit baltischen Regierungschefs, skandinavischen Verantwortlichen und einer kleinen und einer erweiterten Gruppe von europäischen Ukraine-Unterstützern.
Mit stetig wachsenden Delegationen sind die Chefs der europäischen Streitkräfte in München versammelt und absolvieren Gespräche und Foren. Weit in die Hundert zählt die Zahl der Veranstaltungen, die sich mit Krisenherden in aller Welt befassen, mit der Ukraine zuallererst, aber auch mit dem Sudan, Gaza, versinkenden pazifischen Inseln, dem Weltraum, dem digitalen Raum, dem hohen Norden.
Wolfgang Ischinger, der Chef der Konferenz, hatte sich allerdings bei der Planung auf zwei Schwerpunkte konzentriert: Möglichst viele Amerikaner nach München zu bringen und möglichst viele Europäer dazu, vom Reden ins Handeln zu kommen. Ischinger hatte sich für seine Rede ein Bild ausgedacht: Er wolle sein, wie der Besitzer einer Fahrradwerkstatt, zu dem die Leute mit ihrem Radl kommen, wenn die Kette abgesprungen ist. Ob es aber in München gelingen kann, die transatlantische Fahrradkette wieder aufs Ritzel zu bringen, wurde in jedem einzelnen Panel des ersten Tages in Zweifel gezogen.
Die US-Delegation sucht selber Halt
Die amerikanische Delegation, wegen der Haushaltsprobleme zu Hause doch kleiner als erwartet, wirkte beinahe so, als suchte sie selber Halt bei den Europäern und deren Werten, für die ihr Präsident keinen Penny mehr zu geben scheint. Die US-Delegation hat einen Teil ihres Quartiers außerhalb des Bayerischen Hofs aufgeschlagen, und so fehlte der Veranstaltung auch nach der europakritischen Rede des amerikanischen Vizepräsidenten J. D. Vance im vergangenen Jahr von Anfang an der transatlantische Geist der Zusammengehörigkeit.
Doch auch wenn Vance vor einem Jahr so vieles infrage gestellt hatte, was die Beziehungen ausmacht, ist Europa doch mit sich selbst kaum weitergekommen. Auch darauf ging der Kanzler in seiner Rede ein.
Den Ernst der Lage verbreiten aber auch Analysten in München. In den Expertenrunden wurde klar, dass Russland längst alles attackiert, was unterhalb der Schwelle von Schusswaffen- und Raketengebrauch angreifbar ist: Kommunikationsverbindungen, Banken, Krankenhäuser, die Wasserversorgung, die Stromnetze. In Narva in Estland entfernen die Russen Grenzbojen, entlang der NATO-Ostflanke findet auf russischer Seite eine massive Aufrüstung und Ertüchtigung der militärischen Infrastruktur statt, und weitreichende Raketen werden gebunkert.
„Sind wir der Frosch, der langsam gekocht wird?“
„Sind wir der Frosch, der langsam gekocht wird?“, fragte ein europäischer Parlamentsabgeordneter, weil Europa gar nicht zu bemerken scheine, wie intensiv die Angriffe längst seien. Schwache Flotten, marode Heere und leere Kassen sind dabei nur eine Seite der Medaille, etwa in Großbritannien.
Die andere ist, dass sich die Diskussion aus Sicht mancher Fachleute um das falsche Thema dreht. Das wird etwa bei einem Forum von Unternehmen deutlich, das sich mit Stromerzeugung und -verteilung befasst. Weil Russland an der militärischen Front seit Monaten kaum weiterkommt, hat es eine Terrorkampagne gegen die ukrainische Zivilbevölkerung begonnen. Das Ziel: Den Menschen in einem besonders kalten Winter Strom und Heizung zu nehmen. Die Ukrainer sollen, halb erfroren, in der Dunkelheit ihrer Städte zermürbt werden. Oder getötet. Fachleute merkten an, dass man auch im westlichen Europa solchen Angriffen nahezu wehrlos ausgeliefert wäre.
Im temporären Ukraine-Haus, das sich gleich neben dem Bayerischen Hof befindet, werden zwei wuchtige iranische Shahed-Drohen ausgestellt, die in Schwärmen von mehreren Dutzend Flugkörpern in nahezu jeder Nacht die Ukraine angreifen. Eine Videoinstallation zeigte, wie es aussähe, wenn die Drohenschwärme über Berlin, München oder Paris niedergingen. Zu denen, die sich das am Freitagmittag sehr genau ansahen und erklären ließen, gehörte Gavin Newsom, der Gouverneur von Kalifornien und einer der härtesten Kritiker von Donald Trump. Am Samstag soll auch er Merz treffen. Auf einer Panel-Diskussion sagte Newsom zum transatlantischen Verhältnis: „Divorce is not an option“, Scheidung ist keine Option.
Merz: Müssen neue Realität anerkennen
„Unsere erste Aufgabe, unsere Aufgabe als Europäer und natürlich auch als Deutsche ist es heute, die neue Realität anzuerkennen“, sagte der Kanzler. Dann trug er sein Programm für die Freiheit vor, es ist ein europäisches: Erstens müsse man sich stärken: militärisch, politisch, wirtschaftlich, technologisch. Der zweite Punkt zielte auf die Stärkung Europas, das „sich auf das Wesentliche konzentrieren“ müsse, „auf Wahrung und Mehrung unserer Freiheit, Sicherheit und Wettbewerbsfähigkeit“.
Das zielte auch auf einen stärkeren europäischen Pfeiler der NATO. Der Kanzler sagte, dass er Gespräche mit dem französischen Präsidenten über europäische nukleare Abschreckung aufgenommen habe. „Wir denken dies strikt eingebettet in unsere nukleare Teilhabe in der NATO“, sagte er. „Und wir werden in Europa keine Zonen unterschiedlicher Sicherheit entstehen lassen“, damit etwa die Balten nicht etwa Zweifel bekommen, ob sie stets gleichermaßen geschützt seien. Als vierten Punkt trug er das Netz globaler Partnerschaften vor.
Beim dritten Punkt aber ging es um die transatlantische Partnerschaft, die man neu begründen wolle. Es habe sich eine Kluft aufgetan, so wie Vance das bei seiner Rede im vergangenen Jahr gesagt habe. „Er hatte recht“, sagte Merz, um die Kluft noch deutlicher zu machen: „Der Kulturkampf der MAGA-Bewegung ist nicht unserer“, zählte er unter anderem auf. Er sagte: „Die Freiheit des Wortes endet hier bei uns, wenn sich dieses Wort gegen Menschenwürde und Grundgesetz wendet.“
Und dann trug er wieder auf Englisch vor, damit man es in Washington verstehen möge, dass in der Ära der Großmachtpolitik auch Amerika nicht mächtig genug sei, um allein klarzukommen. Teil der NATO zu sein, sei nicht nur ein Wettbewerbsvorteil für Europa, sondern auch für Amerika. „So let’s repair and revive transatlantic trust together.“ An diesem Samstagmorgen wird Rubio in München ans Rednerpult gehen und die Gelegenheit haben, die ausgestreckte Hand anzunehmen. Oder nicht.
The Wall Street Journal, Guest Essay (Pay Wall)
Munich Is the Davos of Tomorrow
Global consensus has taken a back seat to national security.
Mr. Vicenzino is CEO of the Global Strategy Project.
https://www.wsj.com/opinion/munich-is-the-davos-of-tomorrow-4c786bf8
The New York Times
Guest Essay: It Is Decision Time for NATO
By Michael Froman, president of the Council on Foreign Relations. He served in the Obama administration as U.S. trade representative and deputy national security adviser for international economic affairs.
The 62nd Munich Security Conference, otherwise known as “Davos with guns,” has arrived at a pivotal moment. The United States has never demanded more of Europe, and Europe has never expected less of the United States.
The conference, which began on Friday, is a fork in the road for the trans-Atlantic relationship. Of the two paths before us, one is a lasting recalibration of the NATO alliance with a strong Europe at its core, capable of defending itself while sustaining a healthy, if diminished, partnership with the United States. The other is continued trans-Atlantic infighting over shared values, national interests and what counts as a fair division of responsibilities on all sides.
The latter path is no longer just a meddlesome aspect of an otherwise sound alliance. It threatens a messy separation between the United States and its foremost allies that would hurt European and American security. It is in the United States’ interest that Secretary of State Marco Rubio, who is leading the Trump administration’s contingent at the conference and the accompanying congressional delegations, maximize progress down the first path. And no matter how Mr. Rubio sets the tone, Europe must come together behind meaningful reform.
The American side hasn’t made this particularly easy. A year ago in Munich, Vice President JD Vance declared the death of the trans-Atlantic relationship as we knew it. The proximate cause was not Russia, China or any external actor but what Mr. Vance called the “threat from within: the retreat of Europe from some of its most fundamental values.” In Mr. Vance’s telling, European allies had not only neglected their own defense capabilities but had also abandoned the shared values underpinning the alliance through their embrace of liberal immigration policies and restrictions on free expression.
His speech was viewed by many on both sides of the Atlantic as intervening on behalf of the far right Alternative for Germany party just over a week before a national election.
As the Trump administration’s 2025 National Security Strategy later revealed, Mr. Vance’s speech was not off the cuff but instead offered a preview of U.S. policy. Europe’s “civilizational erasure,” it believes, can be countered in part by support for “patriotic European parties.”
The contretemps at Davos just a few weeks ago made matters worse, especially after President Trump complained that Europe has been insufficiently grateful for the U.S. role in saving it during World War II, has paid too little for its own defense since and is likely to be unwilling to spill blood in defense of the United States in the future.
The temperature has cooled since, but the prospect of rupture still looms. Mr. Rubio declared recently that “NATO needs to be reimagined as well in terms of the obligations.” The question is whether Mr. Rubio will use his pulpit in Munich for another scolding or to sketch out a workable vision for continued trans-Atlantic security cooperation.
The United States should collaborate with NATO even if it reduces its commitment to providing European security. Washington should remain central to joint efforts to end the Russia-Ukraine war and secure Ukraine’s future, shoring up Europe’s eastern and northern flanks and expanding arms sales and military-industrial partnerships.
The most important issue is Ukraine. Given the administration’s stated goal of shifting the burden of European security to Europe, it would be wise to establish a clear and ambitious stance on Europe’s role in sustaining any eventual peace.
Europe has its own hard decisions to make. The notion of a stronger, better integrated Europe, envisioned by President Emmanuel Macron of France; Ursula von der Leyen, the president of the European Commission; and other political leaders, remains painfully theoretical, hampered by the bloc’s bureaucratic inertia. The former Italian prime ministers Mario Draghi and Enrico Letta, among others, have already defined the goals: a unified capital market, a continentwide innovation ecosystem, a defense industrial base that transcends national borders and governance committed more to productivity and investment than to procedure and overregulation. There is momentum behind this vision. But “strategic autonomy,” as it has been labeled, demands political trade-offs, such as defense mobilization, deficit spending, diminished sovereignty and uneven gains, which remain blocked by the parochial interests of many member states.
NATO allies’ laudable commitment to spending more is not enough. European countriesmust break their proclivity to support siloed projects of national defense in favor of a scalable continental defense industrial base. They must spend more on recruiting and training armed forces, not just on buying weapons. This will require difficult decisions at a time when Europe lacks strong political leadership.
Success would bring its own challenges, not least a continent bristling with rapidly rearming powers. Germany’s 2025 military spending already exceeds that of any other European country and is the fourth highest in the world. Britain, France and others will have to adjust to a Europe defined by a robust German military, something the founders of the Munich Security Conference could hardly have anticipated.
Building European strategic autonomy and a new, durable relationship with the United States will take more than three days inside Munich’s Hotel Bayerischer Hof. The worst outcome would be more jawboning without tangible progress. Otherwise, a conference founded in 1963 to coordinate allied containment of the Soviet Union now risks becoming a venue not for strengthening shared security but for trans-Atlantic divorce proceedings.
https://www.nytimes.com/2026/02/13/opinion/nato-munich-conference.html
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Die neue Weltordnung: Trump, die NATO und Europas Bewährungsprobe
Von Peter Wittig. Er war deutscher Botschafter bei den Vereinten Nationen in New York, in Washington und in London. Seit 2020 ist er für die Schaeffler Gruppe als „Senior Advisor Global Affairs“ tätig. Außerdem lehrt er an der ESMT Berlin.
Lassen sich auf der Münchner Sicherheitskonferenz die Risse der vergangenen Monate noch kitten? Oder steuern wir geradewegs auf eine posttransatlantische (Un-)Ordnung der Großmächte zu?
Die Münchner Sicherheitskonferenz trägt die transatlantische Allianz in ihrer DNA. Die Konferenz wird in diesem Jahr in besonderer Weise ein Barometer des Bündnisses sein.
Die Grönland-Krise – Annexionsdrohung der Amerikaner gekoppelt mit Strafzöllen gegen EU-Staaten – drohte zur bislang schwersten transatlantischen Erschütterung zu werden. US-Präsident Donald Trump hat sie in Davos selbst entschärft. Vorläufig. Nach der europafeindlichen Vance-Rede auf der Münchner Sicherheitskonferenz (MSC) 2025 und Wolodymyr Selenskyjs öffentlicher Demütigung im Weißen Haus war sie ein drittes Schockerlebnis, das Europa die Augen öffnete. Der Vertrauensverlust ist massiv. Allenthalben ertönt nun der europäische Ruf nach Lösung der Abhängigkeiten von den USA.
Überlebenstest für die NATO
Einiges spricht dafür, dass Todesprophezeiungen verfrüht sind. Trump mag NATO-Partner verhöhnen (wie etwa mit dem Vorwurf mangelnder Tapferkeit in Afghanistan), doch US-Kongress und Militär stehen weiter fest zum Bündnis. Die Grönland-Krise ist indes keineswegs vom Tisch. Das von NATO-Generalsekretär Mark Rutte eilig verhandelte „Rahmenabkommen“ ist noch hohl. Schwierige trilaterale Verhandlungen zwischen den USA, Dänemark und Grönland stehen bevor.
Eines hat Trump allerdings bereits jetzt erreicht: Allen – vor allem den Europäern – ist nun die geostrategische Bedeutung der Arktis klar. Sie wird künftiger Schauplatz der Großmachtrivalität der USA, von Russland und China sein. Die dringendste Herausforderung der NATO ist es nun, eine Arktis-Mission zu entwickeln. Sie muss den geostrategischen Interessen der USA entgegenkommen, gleichzeitig aber die legitimen Hoheitsrechte Grönlands und Dänemarks wahren.
Die USA in der NATO engagiert zu halten, ist ein strategisches Sicherheitsinteresse Europas – nicht nur für den Abwehrkampf der Ukraine. Vermutlich ist es nur eine Frage der Zeit, bis die US-Truppenstärke in Europa verringert wird. Die diesem Januar veröffentlichte „National Defence Strategy“ bereitet dafür den Boden. Für diesen Fall bedarf es eines Plans B.
Bleibt Trump in der Ukraine-Frage engagiert?
Die Venezuela-Operation und die Grönland-Krise haben für kurze Zeit den Ukrainekrieg in den Hintergrund gedrängt. Ohne die Vermittlung der USA beziehungsweise der überlasteten amerikanischen Sondergesandten Steve Witkoff und Jared Kushner geht nichts mehr. Europa spielt nach wie vor nur eine Nebenrolle. Einerseits versprachen die USA Selenskyj Sicherheitsgarantien im Falle eines Waffenstillstandes. Andererseits setzen sie die Ukrainer offenbar unter Druck, beim existenziellen Thema Territorium die Donbas-Forderungen des russischen Machthabers Wladimir Putin zu erfüllen.
Erstmalige trilaterale Gespräche in Abu Dhabi haben Hoffnungen geweckt. Anzeichen für Putins Abkehr von seinen Kriegszielen gibt es jedoch nicht. Im Gegenteil, er kann sich durch Trumps Vorgehen in Venezuela und Grönland als dessen Bruder im Geiste fühlen. Ganz nach der Devise: Großmächte haben freies Spiel in ihren Einflusssphären! Nach wie vor sieht Putin die Zeit auf seiner Seite. Er weiß, dass der Durchhaltewille dieser Administration begrenzt ist. Die amerikanische National Security Strategy bezeichnet einen Waffenstillstand zwar als „Kerninteresse“ der USA. Zugleich aber sagt US-Vizepräsident J. D. Vance: „not our war“.
Neoimperialismus statt Isolationismus
Zu Beginn der zweiten Amtszeit galt Trump als Vertreter einer isolationistischen Denkweise: Schluss mit der kostspieligen US-Rolle als Weltpolizist! Die Realität spricht eine andere Sprache: Interventionen im Gazakrieg, im Jemen, in Iran, Venezuela, Grönland, sogar in Nigeria – ein erneuter Militärschlag gegen das Regime in Teheran steht möglicherweise bevor. Statt Rückzug nun das Nutzen der gewaltigen US-Militärmacht für wirtschaftlichen und geopolitischen Machtzuwachs – das ist die neue Marschrichtung. An einigen der Schauplätze ist ein unverhohlener US-Ressourcenimperialismus am Werk.
Schwebt Trump ein neues globales Ordnungsmodell vor, ein Konzert von Großmächten mit eigenen Einflusszonen? Denken in Institutionen und Ordnungssystemen ist ihm fremd. Aber faktisch behandelt er Putin und den chinesischen Präsidenten Xi Jinping als Gleiche auf Augenhöhe, mit denen es „Deals“ zu schmieden gilt. Seine neoimperialistischen Züge sind nicht ideologisch begründet, sondern konkreten Opportunitäten geschuldet. Ihm geht es situativ um Gewinnmaximierung: wirtschaftlich und machtpolitisch, stets auch auf eigenen Ruhm bedacht. Dabei ist er erstaunlich risikobereit – wie die Militäroperationen in Iran und Venezuela zeigen. Das Glück war ihm bislang hold.
Multilaterale Kooperation auf dem Rückzug
Weitreichende Folgen für die globale Governance-Struktur hat Trumps Abkehr von multilateralen Organisationen – von der Welthandelsorganisation (World Trade Organisation, WTO) über die G 20 bis zum System der Vereinten Nationen. Insgesamt 66 Organisationen und Programme sind vom US-Rückzug betroffen, 31 mit Bezug auf die Vereinten Nationen. Ein schwerer Schlag für die Weltorganisation, die durch die Großmachtrivalität ohnehin stark geschwächt ist.
Trumps in Davos begründeter „Friedensrat“ ist ein untauglicher Versuch, eine Parallelorganisation unter seiner persönlichen Führung aufzubauen. Weit über die ursprünglich mandatierte Gaza-Zuständigkeit hinausgehend, mit willkürlich zusammengewürfelter Mitgliedschaft, dubioser Finanzierung und einer Vetomacht für Trump ist diese Konstruktion eine Mischung aus außenpolitischer Hybris und „Trump-Show“ ohne jede internationale Legitimität. Dass der „Friedensrat“ über Gaza hinaus nachhaltige Wirksamkeit entfaltet, ist unwahrscheinlich.
Nutznießer China
Hauptprofiteur von Trumps aggressiver Handelspolitik und des US-Rückzugs aus der multilateralen Ordnung ist China. Mit einem neuen Lizenzierungsregime für Seltene Erden hat Peking ein machtvolles Instrument gegen US-Zwangsmaßnahmen gefunden. Es hat gleichzeitig das Potential, die globale Geographie der Lieferketten zu verändern. Im Handelskrieg mit Trump hat China vorläufig die Oberhand behalten. Der Globale Süden – von den USA mit Zöllen bestraft – betreibt „hedging“, einen Ausgleich. Auch westliche Staaten wie Kanada oder Großbritannien gehen auf China wieder pragmatischer zu.
China wird den Zerfall der westlichen Ordnung mit Wohlwollen betrachten, birgt er doch Chancen für die eigene globale Machtprojektion. Andererseits ist Peking über Trumps Unberechenbarkeit beunruhigt. Die massiven US-Militäreinsätze, wie in Iran und Venezuela, schaden zentralen Machtinteressen Chinas. Im Inneren hat Xi durch die spektakuläre Säuberung der militärischen Führung nochmals die eigene Allmachtsstellung gestärkt. Die Rückwirkungen auf die Taiwan-Frage sind noch unklar. Fest steht indes: Trump ist alles andere als ein „Taiwan-hawk“.
Europas Kurs: „Wertebasierter Realismus“
Folgt aus dem Grönland-Schock ein Ruck, der durch Europa geht? An politischen Absichtserklärungen fehlt es nicht. Auch die Rezepte liegen auf dem Tisch: Stärkung der autonomen europäischen Verteidigungskapazitäten, der wirtschaftlichen Wettbewerbsfähigkeit, der digitalen Souveränität, der politischen Geschlossenheit. Die Grönland-Krise führte auch zu einer neuen Entschlossenheit, die Stärke der Handelsweltmacht EU einzusetzen. Die Abschlüsse der Handelsabkommen mit Mercosur und Indien sandten zur rechten Zeit eine geopolitische Botschaft aus.
Die Welt der Einflusssphären großer Mächte ist zurückgekehrt, die multilaterale Ordnung ist schwach wie selten zuvor. Ob die sogenannte regelbasierte internationale Ordnung noch eine Chance hat oder vollends zerbirst, ist noch nicht entschieden.
Viel hängt von Europa ab, das indes mit eigenen EU-feindlichen Kräften im Inneren zu kämpfen hat. Kann es mit gleichgesinnten Partnern des Westens und des Globalen Südens Teile dieser multilateralen Rechtsordnung auffangen? Es ist ein Balanceakt: Europa muss eine eigenständige geopolitische Rolle spielen, gleichzeitig die Sicherheitspartnerschaft mit den USA aufrechterhalten und gegen die Hegemonialbestrebungen der Großmächte die Grundprinzipien der internationalen Rechtsordnung hochhalten. Das ist eine Mammutaufgabe. Sie verlangt – wie es der finnische Präsident Alexander Stubb nannte – ein hohes Maß an „wertebasiertem Realismus.“
Politico
As leaders descend on Munich, Ukraine’s fate hangs in the balance
The Trump administration’s attempt to end the war hasn’t produced major breakthroughs as the war approaches its fourth anniversary.
MUNICH — For the past three years, the annual Munich Security Conference has been the backdrop to high-stakes negotiations on the war between Russia and Ukraine. This year, it’s likely to serve as a glaring reminder of just how stuck talks are.
Dozens of world leaders and senior officials including Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy, Secretary of State Marco Rubio, NATO Secretary General Mark Rutte, French President Emmanuel Macron and British Prime Minister Keir Starmer will descend on the grand and historic Bayerischer Hof hotel beginning Friday. But six European officials said they did not expect many concrete results to come out of the gathering other than statements of solidarity.
The U.S. has made clear to Ukraine that it will not finalize a deal on security guarantees to protect Ukraine from future Russian aggression until Kyiv and Moscow reach an overall agreement to end the war, according to two of the European officials and a senior U.S. official. And with Russia holding firm on demands for territory that Ukraine won’t budge on, the peace process is jammed.
President Donald Trump isn’t trying to use the agreement as leverage with Zelenskyy, a senior administration official said.
“He wants to get a lot of things firmed up and solidified before actually signing,” the official said, referencing the security guarantees. “He doesn’t just want to sign it, and if that sort of impedes any further peace talks, what’s the point?”
Territory is “the main sticking point,” the official added, referring to Russia’s insistence that it control all of the Donbas region in eastern Ukraine, even parts it has not captured. “Both sides are pretty dug in, but I think everyone feels that there’s a path forward.” The official, like others interviewed, was granted anonymity to discuss sensitive diplomacy.
The U.S., Russia and Ukraine are planning to meet again next week, possibly in Miami or Abu Dhabi, according to another person familiar with the diplomatic discussions — and that’s where U.S. officials feel any progress is likely to be made. Still, Trump’s special envoy for peace missions, Steve Witkoff, is juggling talks on Iran and the Ukraine war, making shuttle diplomacy even more difficult.
“We still have not seen a single indication that Russia is serious, either about peace talks or the outcomes,” Latvia’s Foreign Minister Baiba Braže said in an interview. “So for now, at least, my conclusion is that Russia is still trying to get through these so-called peace talks, the results they can’t get on the battlefield.”
Zelenskyy will use this weekend’s gathering to call for more pressure on Russia and to show a united front with Europe. India has promised the U.S. it will no longer buy Russian oil and European officials hope that the U.S. will to do more to crack down on Russia’s shadow fleet.
The Ukrainian president, responding to questions from POLITICO in a small WhatsApp chat with reporters, said he will stress his country’s need for air defense at the summit and highlight its efforts to export weapons in order to finance drone production for the battlefield. He also said he intended to meet with Macron and other European officials and push — as he has before — the need for more weapons.
“We are ready to open a lot of joint productions. There are also several aid packages that I personally hope to discuss, my contact with partners needed there,” he said.
Ukraine is looking for more funding for the Prioritized Ukraine Requirements List, which is overseen by NATO and is backed with contributions from three-quarters of the alliance’s 32 members.
Zelenskyy appears to be counting on the Trump administration’s desire to get a deal done quickly. He said last week that Washington is pressing Kyiv and Moscow to end the war by the beginning of the summer because of midterm elections in November.
Since Trump took office last year, his team has tried to encourage Ukraine and Russia to end the fighting, often by pushing Kyiv to make concessions. The diplomacy repeatedly follows a familiar cycle: Trump creates a deadline and calls for a swift end to the fighting; Ukraine rushes to participate while Russia balks; Russia comes in at the last minute to offer to negotiate, and then discussions stall as both sides are unable to narrow gaps.
The Trump administration has said it takes Russian President Vladimir Putin at his word when he tells them he wants to end the fighting — even though most European intelligence services conclude otherwise. Putin has long maintained that Russia is acting in self defense.
Giedrimas Jeglinskas, a member of the Lithuanian parliament and a former NATO official, said the Russia-Ukraine talks “seem to be stalled,” with Russia not willing to accept any Western security force in Ukraine and Kyiv unable to accept the Kremlin’s demands for territory. “It’s quite a bind when one thinks of how to move forward,” he said.
U.S. and European officials argue that the diplomacy under Trump has produced concrete results. The U.S. and Europe have agreed on significant security commitments to Ukraine should the fighting end. And Russian, Ukrainian and American officials have held their first trilateral meeting since the war began, with another expected soon.
Even last year at Munich — when Vice President JD Vance excoriated the transatlantic establishment by saying Europe’s “threat from within” was more dangerous than that posed by Russia and China — Zelenskyy huddled with Vance and Rubio before officials met the Russians for bilateral talks in Riyadh for the first time.
Still, the most recent round of talks in Abu Dhabi last week did not break the latest impasse. The sides reached broad agreement on how to define a ceasefire and what a demilitarized zone could look like should leaders decide to end the fighting, according to one of the European officials and and the other person familiar with the diplomatic discussions. But the main sticking points — what the map of Ukraine will look like and the presence of Western troops — remain unresolved.
While Russia aims to take control of the whole eastern Donbas region, Ukraine wants to end the fighting on the current lines and not give up territory it continues to hold.
“Russia cannot be talked into peace,” said Ivanna Klympush-Tsintsadze, a Ukrainian parliamentarian who chairs its Committee on Ukraine’s integration into the European Union. “Russia can only be pressured and forced into peace, and that is something that right now probably should be used as the approach towards the Russian Federation.”
But Russia’s economy is further struggling as the war drags on and the U.S. clamps down on Indian oil purchases and other Russian revenue streams.
Jeglinskas, the Lithuanian lawmaker, argued that gives Kyiv a path forward. “Ukraine needs to persevere until Russia cracks,” he said. “Easier said than done, especially now during extreme cold when we see air attacks on Ukraine energy infrastructure.”
https://www.politico.com/news/2026/02/13/munich-security-conference-ukraine-fate-00779545
THE MIDDLE EAST AND IRAN
The European Conservative
“It is the most delicate moment in the Islamic Republic’s history, and they are aware of this”—Historian Javier Gil Guerrero
“All this rhetoric that frightens the West so much, about a country willing to sacrifice itself and unleash an apocalypse if attacked, is nothing more than a strategy.”
Xavier Gil Guerrero holds a Ph.D. in history from the University of Navarra and is currently a professor of International Relations at Francisco de Vitoria University. Specializing in U.S. foreign policy in the Middle East and the contemporary history of Iran, he is the author of The Carter Administration and the Fall of Iran’s Pahlavi Dynasty and La sombra del Ayatolá. Una historia de la República Islámica de Irán (The Shadow of the Ayatollah. A History of the Islamic Republic of Iran).
How would you define the Iranian regime?
It is an authoritarian regime, there is no doubt about that, but in some respects it is unspeakable. We have a parliament and a president elected directly by the people, a supreme leader, the Guardian Council, the Assembly of Experts … a series of institutions that act as checks and balances within the state apparatus, but the people can only choose from a very limited menu of candidates allowed by the regime. These are not free elections, and the real opposition cannot run in them.
At the heart of the system is the supreme leader, a position held for life, of which there have been two: Khomeini, until his death in 1989, and Khamenei, since then. And it is the supreme leader who tips the balance one way or the other, supports one faction or another, allows more electoral freedom or restricts it. What is striking about this system is that debates and clashes between factions within the regime take place in the media, something unthinkable in China, for example. This creates a confusing picture of where power really lies, but the key is the supreme leader, who decides what can and cannot be done at any given moment.
So when we hear that Iran has elected an open-minded president, it doesn’t really mean anything.
When a president is elected, he is sometimes called ‘open-minded,’ ‘reformist,’ ‘moderate,’ or ‘pragmatic.’ In the last 30 years, there have been three: Khatami, Rouhani, although he was not entirely so, and Pezeshkian. In the end, it is a story of impotence because people place their hopes in them to expand the framework of freedoms, soften the repressive apparatus of the state, and move closer to the United States and the West, which are then not fulfilled. However, these are reformists under the tutelage of the regime and should not be confused with the real opposition. They are not out to destroy the Islamic Republic, but to make it more efficient in the long term.
The reason for the protests currently rocking Iran is largely due to the regime’s inability to solve problems such as water shortages, while at the same time seeking to become a global power.
Iran is a bit like Russia in that it is trying to create an empire beyond its economic means. They project a very strong image to the outside world, but then the economy and the system itself are not prepared for the global role they aspire to. Iran has tried to project a hegemony beyond its means because it is a system plagued by corruption, economic mismanagement, and leaks on all sides: power cuts, droughts, lack of competitiveness, spiraling inflation, etc. It is true that many economic problems have been exacerbated by Trump’s policy of maximum pressure, but this policy is not the root cause of these problems, and Iran has never again experienced the economic growth it enjoyed during the years of the Shah.
The spark for these protests, except in the case of Masha Amini, is usually economic: power cuts, cuts to diesel subsidies, or inflation. But in the end, the important thing is that these protests do not remain at the economic level, but end up snowballing, taking on political demands and calls for regime change. The people of Iran see no future for themselves or their country, and feel that the Islamic Republic is ideologically and administratively exhausted.
What is the cause of Iran’s chronic economic problems?
There is a certain economic incompetence, but also a lack of political will. Many sectors have benefited from this clientelist, smuggling-based economy marked by nepotism, and they fear a more liberalized economy. For this reason, interests have been created, such as those of the Revolutionary Guard or religious foundations, which are ultimately toxic to the country’s economy. This has led to the destruction of the private industrial fabric and the growth of a parallel industrial fabric that is essentially parastatal and has no interest in creating a competitive or open economy.
You mentioned earlier the protests over Masha Amini, who was killed for not wearing her veil ‘properly.’ There have been reports that the veil is no longer mandatory in Iran. Is that really true?
After Masha Amini’s death, the regime, astute as always, realized that the situation could get out of hand and that it would be wise to allow a certain relaxation of social norms. This does not mean the end of the legal apparatus that forces women to wear the veil but rather that, in recent years, it has not been enforced with the severity with which it has been exercised for decades. In other words, it is not due to a change in the authorities’ opinion but simply a measure to curb the frustration and weariness of the population. The entire repressive apparatus and legislation are still in place, but to prevent an escalation of protests, the morality police are not being as rigorous or vehement as before. Of course, all that may change as soon as the regime regains control of the situation.
What must be understood is that one of the reasons for the regime’s longevity is that they have managed the timing very well and [play] foreign and domestic policy like an accordion. When they deem it convenient, they allow more freedoms and open up to the outside world and, at other times, they do exactly the opposite.
Despite the regime’s brutal repression, it took the United Nations three weeks to convene a meeting of the Human Rights Committee, and much of Western society seems indifferent to what is happening. What do you think is the reason for this?
In general, the Western Left has a natural sympathy for the Islamic Republic because of its anti-globalist, anti-American, anti-Zionist, anti-capitalist, and anti-liberal rhetoric. All this rhetoric and propaganda is loaded with imagery that is essentially very left-wing. The contradiction regarding the situation of women, homosexuals, and minorities remains within Iran, and, for the sake of the greater good, the Left chooses to ignore it.
The United States is deploying military forces and Israel is calling for the regime to fall, but negotiations are underway. Do you think it is possible that the Islamic Republic will yield to pressure and reach an agreement with the United States?
The Islamic Republic of Iran is, at heart, a rational actor; they are not fanatics willing to martyr themselves. All this rhetoric that frightens the West so much, about a country willing to sacrifice itself and unleash an apocalypse if attacked, is nothing more than a strategy. The reality is that when Iran has been attacked, nothing like that has happened. Think of when Reagan launched Operation Praying Mantis and sank part of the Iranian fleet, when Trump ordered the elimination of Soleimani, or when the United States and Israel attacked Iranian nuclear facilities. In all those moments, Iran did not behave like the Islamic State and embrace martyrdom. The Islamic Republic has shown that if, in order to survive, they find themselves between a rock and a hard place and have to negotiate with ‘the Great Satan,’ they are willing to do so. During the war with Iraq, they bought many weapons from Israel and also secretly from the United States. At that time, there was no problem in making deals with the enemies of Allah.
The mistake in these negotiations, according to the information that is coming out, is that they seem to be focusing on the nuclear program. My fear is that Iran, in order to survive, will offer significant concessions, but after the U.S. and Israeli bombings, that program is badly damaged. What they do not seem willing to give up is the ballistic missile program and support for proxy militias in Iraq, Lebanon, and Yemen, which are the points of interest to Israel. If Trump is only concerned about the nuclear program, he will repeat Obama’s mistake, who also ignored ballistic missiles and military adventurism.
In the event of intervention, could there be a repeat of the Venezuelan model, i.e., allowing the regime to survive and gradually dismantle its repressive apparatus, moving towards a kind of transition, or is there a danger of civil war?
These are two different societies, cultures, and ideologies, so a similar outcome is not possible. I believe that the Islamic Republic is at its weakest and most vulnerable since Saddam Hussein’s invasion in September 1980. It is the most delicate moment in its 47-year history, and they are aware of this. They are very afraid of a U.S. operation that seeks to destabilize the state apparatus and that this, combined with the protests, will cause the regime to collapse. The question is, is there anyone who can fill the power vacuum once the Islamic Republic implodes? It is true that the figure of the crown prince, Reza [Pahlavi] Shah, has legitimacy because he is his father’s son and because his father’s legacy has been greatly revalued in Iran in recent years, and people look back nostalgically on the 1960s and 1970s. He is a figure who stands above politics and could play the role of arbiter in a transition. The problem is that he has been outside Iran for 47 years and does not have the infrastructure or organization within the country to take over the government.
Regarding the possibility of a scenario like Libya or Syria, I believe that the Islamic Republic is playing with the idea of “either us or chaos.” However, I find it difficult to see that scenario happening because Iran, unlike Iraq, Yemen, or Syria, is a state that has remained more or less within its current borders for centuries, and the historical tradition of Iranian identity and government goes back 2,500 years. It is true that there is a threat from ethnic and linguistic minorities on the periphery of Iran, and that at a time of institutional collapse they may attempt to claim independence or autonomy, but it is a much more cohesive society than other countries in the Middle East.
Álvaro Peñas a writer for europeanconservative.com. He is the editor of deliberatio.eu and a contributor to Disidentia, El American, and other European media. He is an international analyst, specialising in Eastern Europe, for the television channel 7NN and is an author at SND Editores
FRENCH POLITICS
Le Figaro, Interview and Book Review
Éric Zemmour et Aquilino Morelle : «Faut-il un Trump pour redresser la France ?»
GRAND ENTRETIEN – Dans son nouvel essai, La France au miroir de l’Amérique. Quand les progressistes font triompher le populisme, l’ancien conseiller de François Hollande prophétise l’avènement d’un trumpisme à la française, et voit dans les électeurs de Trump les cousins américains du RN. Éric Zemmour partage l’idée que ce qui se passe aux États-Unis va arriver en France, mais pense que le logiciel de Marine Le Pen est éloigné de celui du président américain.
LE FIGARO MAGAZINE. – Aquilino Morelle , quel bilan tirez-vous de cette première année de Trump à la Maison-Blanche ? Est-elle, comme certains la qualifient en France, « apocalyptique » ?
Aquilino MORELLE. – Apocalyptique, non, mais convulsive, oui, aux États-Unis et dans le monde entier. Dans le bruit et la fureur, Donald Trump a appliqué le programme sur lequel il avait été élu. On peut désapprouver sa politique, mais il a été élu sur ce programme-là. Cette réhabilitation du volontarisme politique s’est faite au prix d’une déstabilisation, en particulier internationale, mais c’est ce qu’attendent nombre de citoyens aux États-Unis, mais aussi en Europe et en France, qui réclament le changement, « quoi qu’il en coûte ». Reste que la méthode Trump, trop souvent cruelle, pourrait finir par se retourner contre lui et les objectifs qu’il poursuit.
Ainsi de l’immigration, une question décisive pour les États-Unis, comme elle l’est pour la France et le reste de l’Europe. La stratégie de la tension permanente, avec les opérations violentes et parfois révoltantes de l’ICE, comme c’est le cas dans le Minnesota, où deux personnes ont été abattues dans des conditions inacceptables, pourrait aboutir à ce qu’un certain nombre d’Américains en viennent, au bout du compte, à regretter le laxisme de Biden. Ce serait un grave échec, car une maîtrise très stricte de l’immigration légale et illégale est désormais indispensable, aux États-Unis comme en France. C’est pourquoi cette politique doit être conduite avec professionnalisme, ce qui n’est pas le cas.
L’ICE a trop rapidement recruté des individus sans formation, opérant de manière chaotique, alors que le maintien de l’ordre ne s’improvise pas : c’est un métier et un métier qui s’apprend. De surcroît, la seconde personne tuée, Alex Pretti, manifestait au nom du « free speech », un totem pour l’électorat de Trump. Et il portait de façon légale une arme à la ceinture, un autre totem du monde MAGA (Make America Great Again, NDLR). La situation à Minneapolis commençait à devenir inflammable, même aux yeux des partisans de Trump, et c’est pourquoi il a décidé de reculer.
Éric Zemmour. – J’approuve les grandes lignes du tableau que trace Aquilino Morelle. Mais j’aimerais apporter quelques précisions sur ce qu’il écrit à propos de Donald Trump dans son ouvrage La France au miroir de l’Amérique. Bien sûr, comme vous le dites, ce qui se passe aux États-Unis, et qui a mené à l’élection de Donald Trump, doit arriver en France. C’est ainsi depuis des siècles, depuis la révolution américaine qui a inspiré la Révolution française au XVIIIe siècle. Pareil au XXe, où Mai 68 a commencé en Californie avec le mouvement hippie quelques années plus tôt.
En revanche, quand vous affirmez que le mouvement MAGA et le Trump d’aujourd’hui se rapprochent du Rassemblement national, je considère que c’est une erreur d’analyse. Le Trump de 2016 était antimondialisation, souverainiste et populiste. Comme le RN. Son inspirateur était Steve Bannon. Mais le Trump 2024 est bien plus identitaire, libéral, avec une touche de techno-futurisme, et au final très proche de ma campagne pour l’élection présidentielle de 2022. Son inspirateur est d’ailleurs J. D. Vance. Tandis que vous continuez à le situer proche de la ligne du RN, ce que même Marine Le Pen nie. C’est fondamental de le préciser si on croit, comme vous et moi, que ce qui va arriver en France sera proche de ce qui est arrivé aux États-Unis. Les thèmes économiques et sociaux seront donc supplantés par les thématiques identitaires. J’ai dit supplantés, pas éliminés ; les deux thématiques sont essentielles et s’interpénètrent, mais la hiérarchie des priorités s’est inversée.
A. M. – Je ne partage pas l’avis d’Éric Zemmour. Toutes les enquêtes d’opinion réalisées avant et après le vote du 5 novembre 2024 montrent que les deux thèmes centraux de cette élection étaient « les deux I », l’immigration et l’inflation – le coût de la vie, pour le dire plus clairement. Ce qui a fait gagner Donald Trump, ce sont ses engagements sur le pouvoir d’achat, sur les droits de douane – les tariffs – et sur la lutte contre les clandestins, pas ses positions identitaires. L’exemple le plus frappant, à cet égard, est celui des Latinos, des électeurs traditionnellement démocrates, dont le vote s’est déporté massivement sur Trump en 2024.
Je ne vois pas dans l’action du président Trump les prémices de la dictature, comme je l’entends et le lis dans les médias français, mais le retour à une conception traditionnelle de la démocratie
Éric Zemmour
Ce qui les intéressait, en effet, c’était l’augmentation de leur pouvoir d’achat et la fin de l’immigration illégale : ils étaient très favorables aux deportations proposées par Trump, alors même qu’il s’agissait d’expulser des « frères » latinos ! Pour eux, ces nouveaux immigrés violaient la loi en pénétrant sur le sol américain sans autorisation de le faire et venaient braconner leurs emplois. Soit une raison économique et pas identitaire. Le Trump de 2024 a creusé le sillon du Trump de 2016.
Donald Trump a également mis en œuvre une politique pour faire sauter les verrous juridiques de l’État de droit et les verrous bureaucratiques de « l’État profond ». Est-ce quelque chose de souhaitable en France où on constate que le Conseil constitutionnel, par exemple, bloque certaines décisions politiques ? Trump ne va-t-il pas trop loin ?
É. Z. – On a dit tout à l’heure que toutes les révolutions qui partaient d’Amérique arrivaient chez nous. Il en est de même pour ce qu’on appelle l’État de droit. Après l’affaire du Watergate sous Nixon, dans les années 1970, les juges et les médias, alliés contre l’exécutif, ont pris le pouvoir. Le contre-pouvoir est devenu le pouvoir. Le monde de Montesquieu et de Tocqueville fut mis la tête en bas. La démocratie, qui est d’abord le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, était dévoyée, éviscérée. Cette (r) évolution venait de loin. Après la Seconde Guerre mondiale, les élites intellectuelles et juridiques avaient prétendu que la mise sur le pavois d’Hitler par la voie électorale prouvait qu’il fallait encadrer et corseter le vote populaire. On installa des cours constitutionnelles, sur le modèle de la Cour suprême américaine, d’abord en Italie et en Allemagne, les pays qui justement avaient connu les régimes fasciste et nazi. Interrogé sur cette évolution dès 1948, le général de Gaulle avait répondu : « En France, la Cour suprême, c’est le peuple. »
Je ne vois donc pas dans l’action du président Trump les prémices de la dictature, comme je l’entends et le lis dans les médias français, mais le retour à une conception traditionnelle de la démocratie. Il a été élu pour appliquer un programme, il le met en œuvre strictement. On comprend que la classe politique française en soit scandalisée. Ça ne veut pas dire qu’il faut éradiquer tout contre-pouvoir. Mais ces contre-pouvoirs sont devenus des pouvoirs, aussi bien aux États-Unis qu’en France, en Italie, en Angleterre et en Israël. C’est la question fondamentale qui taraude toutes les démocraties occidentales. Je considère qu’il est indispensable de ramener les juges à leur rôle initial de « bouche de la loi », que leur avait donné Montesquieu, et qu’ils cessent de gouverner à la place du Parlement et du gouvernement, représentants du peuple, en suivant les préceptes de la religion des droits de l’homme. Nous sortirons ainsi de la théocratie dans laquelle nous vivons aujourd’hui, pour revenir à une véritable démocratie.
Ainsi, nous devons régler la question de l’immigration par référendum même si les juristes nous expliquent que ce n’est pas constitutionnel. Il n’est pas vrai de dire qu’il y a des sujets interdits de référendum – le général de Gaulle a toujours dit le contraire –, c’est une invention des juristes et de tous ceux qui veulent empêcher le peuple de s’exprimer sur ce sujet existentiel.
Ne faut-il pas s’inquiéter de la vitesse avec laquelle il impose ces changements ? Trump verse-t-il dans une forme de césarisme ?
A. M. – L’inquiétude ne sert à rien, dans la vie politique en particulier. Pour ma part, je m’efforce de suivre le précepte de Spinoza : « Ne pas rire des actions des hommes, ne pas les déplorer, encore moins les maudire, mais les comprendre. » Comprendre, en l’occurrence, pourquoi Donald Trump est parvenu au pouvoir en 2016, alors que tout l’establishment était dressé contre lui ; et pourquoi huit ans plus tard, il a été réélu alors que les démocrates ont martelé qu’il représentait une menace mortelle pour la démocratie américaine. La vérité est que Trump incarne quelque chose de l’Amérique profonde, y compris dans sa violence ; il est une figure américaine. Qu’il est porté par une majorité de la population qui ne se reconnaît plus dans la manière dont elle a été présidée durant les dernières décennies. Et enfin que ses adversaires démocrates ont nié des réalités qui les gênaient – l’immigration, l’inflation – et se sont fourvoyés dans le wokisme radical : qui sème le wokisme récolte le trumpisme…
Pour ma part, je considère le peuple américain, en dépit de ses gouvernements présents, passés et à venir, comme un ami de la France et de l’Europe. Nous traversons certes une épreuve, mais qu’il faut affronter avec sang-froid et avec le sens de l’Histoire. J’ajouterai que nous, Européens, l’avons un peu cherché. Il y a quarante ans, à Sciences Po, on dissertait déjà doctement sur le partage du fardeau entre les États-Unis et l’Europe, « the burden sharing », la nécessaire prise de conscience que le « grand frère » américain ne serait pas toujours là pour nous… Pendant ces quatre décennies, chaque président américain nous a alertés : Reagan en se retirant de l’Unesco, W. Bush en refusant la Cour pénale internationale, Obama en privilégiant la relation avec l’Asie… Autant de signaux très forts qu’on n’a pas voulu voir. Jusqu’à ce que Donald Trump soit élu et réélu, un président qui, lui, ne prend plus de gants.
Éric Zemmour, vous qui avez souvent dénoncé l’impérialisme américain, quel regard portez-vous sur les velléités de Donald Trump concernant le Groenland ?
É. Z. – Je distingue le Trump intérieur et le Trump extérieur. Je n’ai pas beaucoup de désaccords avec le Trump intérieur et vous prendrez cela comme une litote. J’ai apprécié sa manière d’être élu contre tout le système et en particulier contre le système médiatique. J’étais présent à son investiture, j’ai discuté avec les gens de la galaxie MAGA. Quand ils me disaient que l’immigration était une guerre, quand j’entendais que le trafic de drogue était une guerre, je reconnaissais certains de mes propos. Le combat contre le wokisme dans les universités, le fait qu’il ne lutte pas seulement contre l’immigration illégale, mais aussi contre l’immigration légale et qu’il engage une remigration, tout cela me plaît fort. En moins d’une année, il y a eu un million et demi d’immigrés en moins sur le sol américain. En France, Bruno Retailleau a sonné les trompettes pour 3 000 régularisations en moins.
À mes yeux, la priorité doit être le réarmement intellectuel et moral : être capable de penser le monde tel qu’il est et non tel qu’on aimerait qu’il soit
Aquilino Morelle
Sur le plan extérieur, il défend les intérêts américains. C’est un patriote américain, je suis un patriote français. Nos intérêts sont parfois concordants, parfois ils ne le sont pas. Je trouve grotesques et indécents les cris d’orfraie poussés par les pseudo-patriotes d’aujourd’hui qui agitent le petit drapeau français uniquement parce qu’ils détestent Trump. Lorsque, sous Obama, les Américains mettaient Frédéric Pierucci, cadre d’Alstom, en prison, on ne les entendait pas ! Quand, sous Biden, les États-Unis brisaient notre accord commercial avec l’Australie, on ne les entendait pas non plus !
A. M. – Je suis un patriote, attaché à sa nation et à l’existence des autres nations : je soutiens donc les Danois et les Groenlandais dans la défense de leur terre. En l’occurrence, rappelons les faits : il a suffi que les chefs d’État européens se concertent et se montrent fermes pour que Trump abandonne ses rodomontades et recule ! À mes yeux, la priorité doit être le réarmement intellectuel et moral : être capable de penser le monde tel qu’il est et non tel qu’on aimerait qu’il soit. Un monde où « les gros poissons ont un droit souverain de manger les petits poissons », comme l’a diagnostiqué Spinoza, encore lui, il y a plus de trois siècles.
C’est terrible, mais c’est la réalité et elle n’a pas changé depuis l’époque de la guerre de Trente Ans, quand il écrivait ces mots. Ce réarmement-là est le meilleur moyen de s’opposer à Donald Trump, et certainement pas la dénonciation quotidienne de ses actions et de ses intentions, ni la lecture compulsive du moindre de ses tweets. Je ne partage pas du tout cette fascination morbide et enfantine pour Trump, que je constate à longueur d’articles ou d’éditoriaux. Ainsi qu’en a fort justement jugé un politiste américain : « Il faut prendre Trump au sérieux et pas au pied de la lettre. »
Aquilino Morelle, dans votre livre, on comprend qu’un Trump à la française pourrait émerger. À l’heure des rapports de force que vous venez de décrire, pourquoi cela ne serait-il pas souhaitable ?
A. M. – Un Trump à la française ? Ce serait payer le nécessaire retour du volontarisme politique du prix de la division et du chaos. Non, il nous faut un Roosevelt français. Un président qui prenne la mesure de la situation du pays et se montre capable de renverser la table. Un président s’attaquant aux deux maux dont souffre la France, la question identitaire et la question sociale. Les deux à la fois, car les deux sont liées. Maîtriser l’immigration et rebâtir une industrie nationale. Défendre la République et le progrès social. Mettre un terme à la dérive fédérale de l’Europe et lutter contre la pauvreté.
Un président capable de réunir les Français, quels qu’ils soient, à l’image de Martin Luther King, qui a toujours proclamé : « Je veux que les travailleurs noirs et les travailleurs blancs avancent ensemble, main dans la main, vers l’égalité véritable, c’est-à-dire l’égalité économique. » S’il faut trouver une référence américaine pour 2027, ce sont ces deux hommes-là qui devraient nous inspirer.
Éric Zemmour, est-ce que vous rêvez d’être le Trump français ? Parce que même si les Français approuvent son volontarisme, ils n’aiment pas tellement le personnage…
É. Z. – Je ne suis pas dans les considérations tactiques, je ne me demande pas tous les matins si c’est un piège ou un avantage d’approuver Trump ou de prendre ses distances avec lui. Peut-être que j’ai tort. Peut-être qu’un politicien serait plus malin que moi. Mais je persiste à penser qu’il y a un grand mouvement intellectuel, culturel, politique, philosophique qui s’est levé et gagne tout l’Occident : les peuples occidentaux ne veulent pas mourir. Ils veulent sauver leur identité. Ils ne veulent pas devenir minoritaires sur leur propre sol. Ils ne veulent pas devenir ni les dhimmis de Républiques islamiques ni les laquais appauvris de leurs maîtres chinois ou américains. C’est un grand mouvement et le grand combat du XXIe siècle. Je pense en effet que je suis l’incarnation de cet immense mouvement en France.
TRUMP AND THE CLIMATE
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
Trump’s Climate Liberation Act
Removing Obama’s ‘endangerment’ finding makes it harder to ban fossil-fuel energy.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Abkehr vom Klimaschutz: Erst der Wohlstand, dann das Klima
Klimaaktivisten haben die Öffentlichkeit vielleicht davon überzeugt, die Erderwärmung ernstzunehmen. Aber sie konnten sie nicht davon überzeugen, für den Klimaschutz zu bezahlen.
Globale Empörung ist wieder programmiert, weil Donald Trump Ernst damit macht, die Klimapolitik zu beenden. Er hegt nicht nur Zweifel daran, dass die Erderwärmung Folge menschlicher Aktivität ist. Er glaubt auch, dass der Alarmismus wirtschaftlichen Spezialinteressen dient, dass Klimaauflagen Energie verteuern und dem Wirtschaftsstandort schaden, ohne nennenswerten Einfluss auf die globalen Emissionen zu haben.
Mit Letzterem hat er recht: Staaten werden keinen Rohstoff aufgeben, an dem sie verdienen. Die international vereinbarten Ziele zur Begrenzung der Erwärmung sind, so gesehen, illusorisch.
Bevor man den Stab über Trump bricht, sei daran erinnert, dass einer der neuen Helden der Weltgemeinschaft, der kanadische Ministerpräsident Mark Carney, die CO2-Abgabe für Kanadas Bürger abgeschafft hat. Das war nicht leicht für den früheren Sondergesandten der Vereinten Nationen für Klimaschutz und Klimafinanzierung.
Zugleich drückt sich darin ein klimapolitisches Erwachsenwerden aus, das inzwischen auch Bill Gates erfasst hat. Der Milliardär hatte noch vor fünf Jahren gewarnt, der Äquator werde unbewohnbar werden – um nun kürzlich zu konstatieren, die Menschheit werde nicht durch den Klimawandel ausgelöscht.
Trump, mit seiner untrüglichen Witterung für Grundstimmungen, hat längst gespürt, dass den Bürgern das Klima weit weniger wichtig ist als Inflation oder Wohlstand. Klimaaktivisten haben die Öffentlichkeit vielleicht davon überzeugt, den Klimawandel ernst zu nehmen. Aber sie konnten sie nicht davon überzeugen, dafür zu bezahlen. Nach der Pandemie und der russischen Invasion sind die Lebenshaltungskosten in den USA so stark gestiegen, dass fast alle anderen Themen in den Hintergrund gerückt sind. Der Anteil der US-Bürger, die Klima und Umwelt als ihr wichtigstes Thema nennen, ist von Anfang 2020 bis heute von 14 Prozent auf sechs Prozent gefallen, wie eine große Umfrage zeigt. Die Klimakrise konkurriert mit der Erschwinglichkeitskrise – und Letztere scheint zu gewinnen.
FRENCH DEBT
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Neues vom Anleihemarkt: Müssen Anleger sich um Frankreichs Schulden sorgen?
Die Turbulenzen um französische Staatsanleihen sind wieder etwas aus dem Blick geraten. Ein Anlagefachmann warnt trotzdem zur Vorsicht.
Es hatte einiges an Aufregung gegeben um die Renditen französischer Staatsanleihen. Seit den vorgezogenen Wahlen zur Nationalversammlung im vorigen Sommer schienen die Papiere keine Ruhe mehr zu finden. Jede neue Volte der französischen Innenpolitik sorgte für Bewegung. Schon wurde spekuliert, die Europäische Zentralbank (EZB) könnte mit ihrem Krisenprogramm „Transmission Protection Instrument“ (TPI) eingreifen müssen. Das wäre eine heikle Entscheidung gewesen, nicht nur weil EZB-Präsidentin Christine Lagarde selbst Französin ist.
Es wäre gleichsam ein ordnungspolitischer Sündenfall gewesen, wenn die Notenbank dieses Programm gleich beim ersten Einsatz in einer Situation nutzt, die durch die Politik verursacht ist. Der französische Renditeanstieg wurde zum Symbol, dass auch in Europa, nicht nur in den USA, die Staatsverschuldung und die Haushalte Sorgen für die Anleiheinvestoren bedeuten.
Anleiherenditen sind etwas gesunken
Dass diese Sorgen nun zu den Akten gelegt werden können, glaubt vermutlich niemand. Trotzdem ist der Spread, der Abstand der Renditen zwischen den zehnjährigen Staatsanleihen Frankreichs und Deutschlands, wieder etwas zurückgegangen.
Aber Vorsicht bleibe angebracht, sagt Florian Späte, Anleihefachmann von Generali Investments , dem Anlagezweig der italienischen Generali Group. Der Spread zwischen den „OAT“ genannten französischen Papieren und den Bundesanleihen habe sich seit Oktober 2025 deutlich verringert. Ursache sei nicht zuletzt ein günstiges Marktumfeld gewesen.
Verschiebung im Ranking in Europa
Interessant sei aber auch die Verschiebung im Ranking der Renditen europäischer Staatsanleihen, sagt Späte. Frankreichs Rendite von 3,39 Prozent liegt noch über der von Spanien mit 3,17 Prozent, aber unter der von Italien und Griechenland mit 3,4 Prozent.
„Wir führen dies insbesondere auf die rückläufigen politischen Risiken zurück“, sagt der Analyst. Mithilfe von Artikel 49.3 der französischen Verfassung habe die Regierung von Sébastien Lecornu kürzlich den Haushalt 2026 durch das Parlament gebracht und zwei Misstrauensvoten überstanden. Dieser Artikel, in Anspielung auf ein deutsches Geschütz aus dem Ersten Weltkrieg auch „Dicke Bertha“ genannt, ermöglicht es der Regierung unter bestimmten Umständen, Gesetze ohne parlamentarische Abstimmung durchzusetzen.
„Hohes Doppeldefizit“
„Daten, wonach das Haushaltsdefizit bereits 2025 auf rund 5,0 Prozent gesunken war, trugen zu dieser Entwicklung bei und weckten Hoffnungen, dass das Defizit 2026 sogar leicht unter das Ziel von fünf Prozent fallen könnte“, sagt der Anleihefachmann. Die im Herbst deutlich gewordene hohe Risikoaversion gegenüber französischen Staatsanleihen habe nachgelassen. Er gehe davon aus, dass die Spreads angesichts der geringeren politischen Unsicherheit bis zu den Kommunalwahlen im März dieses Jahres und des geringen kurzfristigen Nettofinanzierungsbedarfs Frankreichs vorerst stabil blieben.
„Mittelfristig bleiben wir jedoch vorsichtig“, sagt Späte: „Die strukturellen Probleme Frankreichs sind nach wie vor ungelöst.“ Das Land habe das höchste Doppeldefizit in der Eurozone, und er halte das Defizitziel von drei Prozent für 2029 für zu ambitioniert: „Die politische Instabilität bleibt bestehen, und die Anleger werden ihre Aufmerksamkeit bald auf die Präsidentschaftswahlen 2027 richten, die die politische Landschaft durcheinanderwirbeln könnten.“
IMMIGRATION
Atlantico
L’Espagne s’attire les foudres de l’Europe après avoir régularisé la situation de 500 000 migrants
Les critiques soulignent que la décision d’un pays en matière d’immigration peut lier le reste de l’Union européenne en raison des règles de libre circulation qui régissent l’Union.
La colère monte en Europe suite à la décision de l’Espagne de régulariser par décret plus d’un demi-million de migrants en situation irrégulière – une mesure dont les critiques avertissent qu’elle aura des conséquences bien au-delà des frontières espagnoles.
Selon le plan du Premier ministre Pedro Sánchez, les personnes ayant obtenu un statut légal bénéficieront à terme de la libre circulation dans l’espace Schengen, ce qui provoque de vives réactions de la part des responsables politiques et des commentateurs des pays qui durcissent leurs propres politiques migratoires.
Cette décision a suscité de vives réactions à travers le continent et ailleurs. En Allemagne, le journaliste Wolfgang Osinski, porte-parole du parti WerteUnion (Union des valeurs), a critiqué mercredi M. Sánchez « et les autres ennemis de nos valeurs » pour avoir « initié de manière irresponsable des développements irréversibles ».
Le député des Démocrates suédois, Josef Fransson, a qualifié d’« absolument insensée » l’octroi massif de la citoyenneté à ceux qui résident en Espagne depuis seulement cinq mois, ajoutant : “En tant que citoyens de l’UE (après une certaine période et sous certaines conditions), ils peuvent circuler librement dans l’espace Schengen pour travailler ou résider. Merci, l’Espagne !”
Le député européen belge Tom Vandendriessche (Vlaams Belang) a déclaré que l’UE dans son ensemble était responsable d’avoir permis à la politique d’un seul pays d’avoir un impact aussi important sur les autres, accusant le bloc de « prendre notre pays et notre population en otage ».
Nile Gardiner, ancien conseiller de Margaret Thatcher, a déclaré que cela montrait comment l’Europe « s’autodétruit ».
Hors du continent, le commentateur conservateur malaisien Ian Miles Cheong a déclaré que l’Espagne « commettait un suicide civilisationnel », et Elon Musk a partagé des articles, écrivant simplement : « Waouh ».
Eva Poptcheva, ancienne eurodéputée espagnole et spécialiste des affaires européennes, a suggéré que « ce type de régularisation à grande échelle, dont les effets dépassent le cadre national et touchent l’ensemble de l’Union européenne, devrait être coordonné au niveau de l’UE ».
En effet, le droit de séjour en Espagne implique la liberté de circulation sur l’ensemble du territoire.
La version originale de cet article a été publiée sur The European Conservative
Le Figaro
«Blocus naval», regroupement familial, titre de séjour… En Italie, Giorgia Meloni donne un nouveau tour de vis contre l’immigration
DÉCRYPTAGE – Comme promis lors de sa campagne électorale en 2022, le projet de loi examiné par le Conseil des ministres prévoit d’imposer un blocus autour de la péninsule pour repousser les bateaux qui transportent des migrants ainsi que ceux des ONG qui leur portent secours.
Après avoir dénoncé les dérives des manifestations, Giorgia Meloni entend mettre fin aux « abus des demandes de protection internationale » des migrants. La présidente du Conseil italien, qui considère être à l’origine du durcissement de la politique européenne de lutte contre l’immigration illégale, et plus particulièrement de l’adoption récente d’une liste extensible des pays dits « sûrs », veut profiter de cet élan pour faire avancer son agenda sous le signe de la sécurité. Le ministère de l’Intérieur a présenté mercredi un projet de loi de 17 articles, qui sera débattu au Parlement.
Ce projet intègre l’une des propositions phares de la campagne électorale de Giorgia Meloni en 2022, celle d’imposer un « blocus naval » pour repousser les bateaux qui transportent des migrants ainsi que ceux des ONG qui leur portent secours. Il prévoit ainsi la possibilité d’interdire pendant 30 jours au plus, prolongeables jusqu’à six mois, la traversée des eaux territoriales italiennes par des embarcations « en cas de risque terroriste ou d’infiltration, en cas de pression migratoire exceptionnelle, d’urgence sanitaire et d’événements internationaux. »
Ces formules assez vagues laisseront toute latitude au Palais Chigi. Toute violation du blocus donnera lieu à une amende, de 10 000 à 50 000 euros, et en cas de récidive, à la saisie du bateau. C’est un tour de vis supplémentaire contre les ONG. « Après l’interdiction d’effectuer des sauvetages multiples et l’attribution de ports de plus en plus éloignés, voici maintenant l’interdiction des eaux territoriales, ce qui mettra encore plus de vies en danger », dénonce Francesca Bocchini, de l’organisation Emergency.
Dans les quatre situations précitées, les migrants à bord devront être reconduits « dans des pays tiers autres que leur pays d’appartenance ou d’origine avec lesquels l’Italie a conclu des accords spécifiques ». En clair, ils seront envoyés dans des centres albanais.
Regroupement familial
Ces structures créées en octobre 2024, qui n’ont pu fonctionner en raison de l’opposition des juges romains, pourront-elles enfin entrer en fonctionnement ? C’est loin d’être certain. Si le gouvernement italien estime que le « paquet asile et migration » et la liste des « pays sûrs » valident le « modèle albanais », l’avocat spécialiste du droit des migrations, Fulvio Vassalo Paleologo, jure du contraire.
« Si l’examen rapide des demandes d’asile a été autorisé à certaines conditions, ces demandes devront être traitées sur le territoire européen », écrit-il. Ainsi, précise-t-il, « la création de centres de retour en dehors de l’Union ne fait pas encore l’objet d’un acte législatif immédiatement applicable, mais devrait être incluse dans un nouveau règlement sur les retours, vraisemblablement d’ici à 2027. » En attendant, « en aucun cas, les textes sur les pays sûrs ne constituent une ratification du modèle albanais. »
Au-delà, le projet de loi prévoit de nombreuses restrictions des droits des migrants afin de lutter contre « l’abus des demandes de protection internationale. » Il restreint le recours au regroupement familial, en redéfinissant l’existence des liens familiaux. Il durcit drastiquement les conditions d’obtention de la « protection spéciale », ce titre de séjour qui permet de travailler. Pour l’obtenir, il faudra désormais avoir séjourné en Italie légalement pendant au moins cinq ans, avoir une connaissance « certifiée » de la langue italienne, disposer d’un logement aux normes d’hygiène et avoir des ressources financières similaires à celles requises pour le regroupement familial. Des conditions drastiques que peu atteignent.
Délits mineurs
Le statut de réfugié pourra aussi être refusé si le migrant a commis des infractions, ou s’il représente « un danger pour la communauté ». Une notion très vague. Enfin, le projet de loi facilite les expulsions par le juge, en cas de condamnation pour violence, de menace à l’encontre d’un agent public, de révolte au sein des centres de détention pour étrangers (CPR). Au risque d’étendre les expulsions à des personnes qui vivent en Italie depuis toujours avec un permis de séjour, et n’ont plus de lien avec leur pays d’origine, mais auront commis des délits mineurs.
Les CPR, épinglés récemment par la Cour constitutionnelle au motif qu’ils ne respectent pas les droits des détenus, devront voir leur fonctionnement mieux contrôlé. En attendant, les étrangers détenus ne pourront plus y avoir de téléphone portable, sauf dans des cas « strictement nécessaires ».
« Que le Parlement approuve (ces dispositions) rapidement, a enjoint Meloni après le Conseil des ministres. Voyons combien de forces politiques qui viennent à la télévision pour dire que le gouvernement n’en fait pas assez seront disposées à nous donner un coup de main. »
WASHINGTON POST: AND BEZOS: THE PRESS IN TROUBLE
Contrepoints
Jeff Bezos contrarie la gauche : il veut que le Washington Post soit lu !
La gauche américaine est en deuil. Un tiers des employés du Washington Post sont licenciés. Comment la démocratie américaine va-t-elle survivre à ce « bain de sang » ? La revue The Atlantic parle de « crime ».
Le concert de hurlements du monde woke médiatique américain est amplifié par les plus fidèles copieurs de son catéchisme : la presse européenne. Au premier rang de laquelle on trouve toujours The Guardian, porte flambeau du progressisme infaillible. Tout près derrière, le temps de la traduction, une bonne part de la presse française accro aux aides publiques et en manque chronique d’audience.
Jeff Bezos, fossoyeur de la liberté de la presse ?
On veut nous faire croire que le propriétaire du quotidien de la capitale américaine est en train de saboter la publication qu’il a achetée 250 millions de dollars en 2013 et dans laquelle il a investi depuis des centaines de millions supplémentaires.
Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, qui ne dirige plus l’entreprise depuis 2021, serait le fossoyeur de la liberté de la presse, le complice de Donald Trump dans la destruction de ce pilier indispensable au bon fonctionnement des institutions. Il ferait cela pour maximiser les faveurs fiscales qu’il peut extorquer à la Maison-Blanche, ainsi que pour augmenter les chances que son empire, avec AWS, leader des services informatiques dans le cloud, et Blue Origin dans le transport spatial, décroche des contrats du Pentagone. Tuer le « Post » serait le meilleur moyen pour lui d’apprivoiser Donald Trump une fois pour toutes.
Le Washington Post se recentre sur ce qui intéresse ses lecteurs
On se calme. D’abord, le Washington Post n’est pas mort. Jeff Bezos démontre certes qu’il n’a pas compris qu’on n’applique pas à une entreprise de presse des méthodes de gestion du personnel en vogue dans la technologie sur la côte ouest. Pour autant, il a simplement chargé l’éditeur, Will Lewis, d’arrêter l’hémorragie financière : 77 millions perdus en 2023, 100 millions perdus en 2024. Probablement davantage l’an dernier…
Le Washington Post va se recentrer sur les questions politiques et diplomatiques. Il continuera de couvrir l’actualité scientifique, technologique, économique et culturelle. Il abandonne ce qui est peu lu ou écouté : les podcasts, le sport, les critiques de livres. Certains bureaux à l’étranger seront fermés, à Rome et au Caire par exemple.
Il arrive hélas un moment où le principe, cher aux progressistes, selon lequel il importe peu que la presse perde de l’argent car elle joue un rôle essentiel dans un pays démocratique, doit se confronter à la réalité. Ce n’est pas parce que Jeff Bezos pèse 220 milliards de dollars qu’il doit se résigner à subventionner durablement une entreprise qui passe son temps à dire du mal de lui.
En France, Bernard Arnault et Vincent Bolloré adoptent la même démarche. Ce sont des capitaines d’industrie. Il faut les comprendre. Le syndicat des journalistes du quotidien de la capitale fédérale ne l’admet pas. Il exige la vente du journal à un autre milliardaire philanthrope et masochiste.
La « mission » du journal change de camp
La violente restructuration annoncée le mercredi a provoqué trois jours plus tard la démission de l’éditeur du quotidien. Will Lewis, britannique, ancien collaborateur de Rupert Murdoch, était tellement détesté par la rédaction qu’il n’a pas osé se montrer le jour où il a fait partir 300 emails, remarquablement indécents, expliquant : « Votre emploi est éliminé dans le cadre de changements organisationnels décidés aujourd’hui […] dus à l’évolution des besoins de notre entreprise. » Reçu par des journalistes dans le monde entier, y compris en zone de guerre en Ukraine, le message glacé démontre une volonté « d’aller au clash » avec une rédaction très imbue de sa mission.
Après six jours de silence, Jeff Bezos a fini par prendre la parole, tout en restant loin des salles de rédaction qu’il a luxueusement rénovées et équipées au cours des dernières années. « Le Post a une mission journalistique essentielle et une opportunité extraordinaire… Chaque jour, nos lecteurs nous montrent la route de la réussite [de notre mission]. Les données nous disent ce qui a de la valeur et où nous devons nous concentrer ».
Ce message adressé aux journalistes révoltés veut dire : nous savons exactement, grâce à la technologie derrière notre site internet, qui nous lit, ce qui est lu, quand et pourquoi. À l’heure de l’intelligence artificielle (IA), Jeff Bezos constate que déjà la fréquentation du Washington.com recule. Il voit que les internautes lisent de plus en plus de résumés d’articles faits par des modèles d’IA. Un redéploiement des ressources du journal pour répondre aux changements de comportement des lecteurs a du sens.
La gauche médiatique se rebiffe… au nom d’illusions déjà perdues
La révolte de la gauche contre la stratégie du Washington Post choisie par Jeff Bezos résulte de deux erreurs fondamentales de jugement. Première illusion : le quotidien qui a fait tomber Richard Nixon en révélant ses mensonges en 1974, serait plus que jamais indispensable aujourd’hui au vu de l’autoritarisme de Donald Trump.
Or en 1974, le paysage médiatique américain était totalement différent. Le « Post » n’avait guère de concurrent à Washington. Aujourd’hui les publications rivales sont légion. Les pages washingtoniennes du New York Times et du Wall Street Journal sont solides. Leurs sources, leurs analyses, sont excellentes. À ces piliers du « quatrième pouvoir » s’ajoutent de multiples médias numériques très bien informés, hautement critiques de la Maison- Blanche et plus ou moins ouvertement « progressistes » : Axios et Politico, par exemple. La théorie selon laquelle seul le « Post » brandir « le flambeau de la vérité » pour reprendre l’image de la prétentieuse devise du Washington Post, « La démocratie meurt dans l’obscurité », ne tient pas debout.
Deuxième faute grossière, qui révèle le nombrilisme chronique de la gauche dominant les médias : le « Post » a complètement raté l’occasion de brandir très haut le « flambeau de la vérité » durant les années Biden. La mission du quotidien semblait au contraire être de défendre systématiquement les initiatives ruineuses et inflationnistes d’un président gâteux, manipulé par des anciens de l’administration Obama. On attend toujours le mea culpa de la rédaction sur son incapacité à dénoncer la détérioration cognitive du vieux politicien usé qu’était Joe Biden.
De bonnes intentions mais mal mises en oeuvre
Jeff Bezos cherche peut-être à faire quelque chose d’impossible : transformer en journal centriste un quotidien résolument de gauche. Son intention était louable, lorsqu’il a empêché son journal d’appeler à voter pour Kamala Harris en octobre 2024. Hélas, la méthode qu’il emploie pour dégauchiser le Washington Post et en faire un journal idéologiquement plus libéral, est maladroite.
https://contrepoints.org/jeff-bezos-contrarie-la-gauche-il-veut-que-le-washington-post-soit-lu/
HISTORY
L’Express
“Hitler se sentirait aujourd’hui comme un poisson dans l’eau” : l’alerte de l’historien Timothy Ryback
Grand entretien. De l’Amérique Maga à l’AfD en Allemagne, les réhabilitations d’Adolf Hitler se multiplient. Pour l’historien spécialiste du nazisme, ces discours choquants sont les symptômes d’une crise plus grave de nos démocraties, qui rappelle celle de la république de Weimar…
C’est un parti d’extrême droite allemand au programme ultra-radical, en passe de remporter la Saxe-Anhalt, région de deux millions d’habitants, qui appelle à en finir avec la culpabilité liée au nazisme. C’est un podcasteur suprémaciste américain très suivi par les jeunes républicains, qui fait l’apologie de Hitler et affirme que les juifs dirigent l’Amérique. C’est une marche néonazie en Suède à Noël qui provoque une vague d’indignation politique.
Partout dans les démocraties occidentales, on assiste à une poussée des mouvements nationalistes et autoritaires, s’accompagnant parfois de discours ouvertement néonazis. Pour Timothy Ryback, historien spécialiste du nazisme, notre époque résonne incontestablement avec les dynamiques à l’oeuvre à la fin de la République de Weimar. Directeur de l’Institute for Historical Justice and Reconciliation à La Haye et auteur de Takeover: Hitler’s Final Rise to Power (2024, non traduit), il nous explique pourquoi des figures extrémistes comme l’influenceur Nick Fuentes sont plus les symptômes que les moteurs des failles démocratiques. Or, déplore-t-il, les élites d’aujourd’hui n’ont toujours pas tiré les leçons du passé…
L’Express : Ces derniers mois, des figures issues de la sphère Maga aux Etats-Unis sont allées jusqu’à réhabiliter Hitler . C’est le cas de l’influenceur suprémaciste antisémite Nick Fuentes, ou encore de Darryl Cooper, un “historien” amateur qui affirme que Churchill aurait provoqué la guerre en refusant la paix avec Hitler. Ces discours rencontrent un certain écho chez les jeunes Américains. Est-ce inquiétant?
Timothy Ryback : Les provocations de ces néonazis sont choquantes et troublantes. Mais j’y vois avant tout le signe de mécontentements sociaux et politiques profonds, plutôt qu’un moteur central des mouvements autoritaires ou conservateurs actuels. Certains influenceurs peuvent s’emparer de la question de l’antisémitisme pour l’exploiter à des fins spécifiques. Mais je ne pense pas qu’elle soit au coeur de cette montée du conservatisme et du mouvement antidémocratique. Tout cela révèle surtout des problèmes plus larges, face auxquels on cherche ensuite un bouc émissaire. Ce sont des symptômes de fractures et de tensions sociétales fortement enracinées. Lorsque l’on établit des parallèles avec l’Allemagne de Weimar, on observe un phénomène similaire : les nationaux-socialistes prospéraient sur des mécontentements et des crises sociales de fond…
En Allemagne, l’AfD pourrait accéder au pouvoir en Saxe-Anhalt en septembre. Dans son programme local, on retrouve l’idée qu’il faudrait mettre fin au “masochisme national” et cesser d’entretenir une culpabilité liée au nazisme. Ce qui n’empêche pas l’AfD d’être, dans ce Land, à 40 % dans les sondages…
Là encore, on peut établir un parallèle historique. Dans les discours des nationaux-socialistes à partir du milieu des années 1920, la fierté nationale était centrale. Il y avait le fameux “coup de poignard dans le dos” [NDLR : théorie complotiste apparue après la Première Guerre mondiale selon laquelle l’armée allemande n’avait pas été vaincue sur le champ de bataille, mais qu’elle avait été trahie par les juifs et les socialistes]. À cela s’ajoutait le poids d’un fardeau que les Allemands ont largement perçu comme injuste : la “clause de culpabilité” [NDLR : imposée par le traité de Versailles]. Les nazis ont su exploiter ce ressentiment. Leur discours consistait à dire : “Nous allons être fiers de notre pays, fiers de nos héros. Fini l’autodénigrement, fini l’humiliation publique.” L’un des grands enjeux pour les nazis était précisément de “rendre sa grandeur à l’Allemagne”, de restaurer la fierté d’un pays qui s’était senti humilié.
Mais il faut souligner que si les responsabilités allemandes dans la Première Guerre mondiale relèvent d’une catastrophe partagée, la Seconde Guerre mondiale, elle, incombe pleinement aux nazis. C’est pourquoi il est particulièrement révoltant que l’AfD tente aujourd’hui de réactiver ces thèmes. C’est moralement et historiquement indéfendable.
On observe un mécanisme comparable aux États-Unis. Ce qui me surprend, c’est le soutien dont bénéficie Donald Trump malgré des propos que beaucoup jugent offensants. Nombre d’Américains se disent : “Oui, c’est choquant, mais il répond à d’autres enjeux plus importants.” Ils acceptent donc le reste avec. Sans bien sûr mettre les deux hommes sur le même plan, c’est exactement l’attitude de beaucoup d’Allemands par rapport à Hitler. L’antisémitisme n’est pas la raison principale pour laquelle Hitler est arrivé au pouvoir; il y est arrivé malgré l’antisémitisme. Beaucoup d’Allemands jugeaient ce discours haineux excessif, même si certains y adhéraient. Mais une partie des élites politiques a accepté de composer avec, en se disant que cette rhétorique finirait par s’atténuer.
La “remigration”, qui prône l’expulsion de toute personne jugée “non assimilée”, est au coeur du projet de l’AfD . Cette idée est défendue par d’autres mouvances d’extrême droite et a même été utilisée par l’administration Trump. Faut-il voir dans ce terme une reformulation contemporaine de l’idéologie nazie?
Il y a un épisode oublié de l’histoire de la République de Weimar, éclipsé par ce qui a suivi. Après le score de 37 % obtenu par les nazis en juillet 1932 – leur plus haut niveau lors d’une élection libre -, de nombreux partisans de Hitler ont cru son arrivée imminente à la chancellerie. Convaincus qu’ils seraient bientôt amnistiés, certains ont commencé à commettre des violences en public. L’un des événements les plus atroces est le meurtre de Potempa : dans ce village, cinq nationaux-socialistes ont battu à mort un ouvrier polonais de 30 ans, sous les yeux de sa mère. Le crime a choqué l’opinion publique. Les auteurs ont été jugés et condamnés à mort. Alors même que son avocat estimait l’affaire totalement indéfendable, Hitler a publiquement pris leur parti, déclarant que, s’il était chancelier, la vie d’un étranger ne primerait jamais sur celle d’un Allemand. Il s’agissait d’un nationalisme radical, nourri par une haine de l’étranger et par l’idée que l’identité nationale était menacée même si la question de l’immigration ne se posait pas alors dans les mêmes termes qu’aujourd’hui.
Pire encore, l’un des premiers actes de Hitler une fois au pouvoir fut de décréter une amnistie générale pour tous les crimes commis par des nazis avant son accession à la chancellerie. Les meurtriers de Potempa furent ainsi libérés, et l’un d’eux fut même nommé maire du village où le crime avait été perpétré. Un renversement total de la justice, révélateur d’une logique plus profonde : celle d’un rejet violent de tout ce qui était perçu comme étranger. Comme Hitler l’avait formulé : lorsque je serai chancelier, la vie d’un étranger ne vaudra jamais plus que celle d’un Allemand.
Ce qu’on voit à l’oeuvre aujourd’hui derrière ce concept de remigration, c’est un nationalisme belliqueux. Une conception agressive selon laquelle la nation, le peuple, la “communauté de sang” doivent se placer au-dessus de tous les autres en particulier de ceux perçus comme ayant “envahi” le pays. À l’époque, l’Allemagne connaissait une importante immigration polonaise, mais aussi l’arrivée de nombreux juifs fuyant les pogroms d’Europe de l’Est, ainsi que de Russes ayant échappé aux révolutions russes. Cet afflux d’étrangers alimentait les tensions. A cet égard, il y a des résonances très claires avec des dynamiques actuelles.
Dans votre ouvrageTakeover: Hitler’s Final Rise to Power , vous montrez comment la République de Weimar a laissé ses adversaires accéder légalement au pouvoir. Assiste-t-on aujourd’hui à un phénomène similaire, avec certains partis populistes ou autoritaires qui exploitent les règles démocratiques pour mieux les affaiblir de l’intérieur?
La personne la mieux placée pour vous répondre aurait été le statisticien allemand Emil Julius Gumbel, proche d’Albert Einstein. Juif et pacifiste, il fut pris pour cible par des manifestations étudiantes avant même l’arrivée des nazis au pouvoir, puis révoqué de l’université de Heidelberg. Il trouva refuge en France, où il enseigna à Paris puis à Lyon. En 1934, un an après l’accession de Hitler au pouvoir, Gumbel s’interrogea sur ce qui s’était produit. Il a alors livré deux analyses majeures, qui résonnent fortement avec notre présent. La première tient au fait que Gumbel a réalisé une analyse par âge des partis politiques. Il a montré que les partis de l’establishment étaient composés essentiellement d’hommes âgés, tandis que le mouvement national-socialiste était composé d’une génération – et parfois même deux générations – plus jeune.
On l’oublie, mais Hitler avait 43 ans lorsqu’il devint chancelier. Heinrich Himmler avait à peine une trentaine d’années. Leurs partisans étaient eux aussi nettement plus jeunes que l’élite politique en place. Puis Gumbel s’est posé la question suivante : pourquoi cette jeune génération réagit-elle de cette manière? Le problème du parti social-démocrate, selon lui, était qu’il parlait sans cesse de liberté d’expression, de liberté de réunion, de libertés civiles, de la nécessité de protéger la République et la Constitution face aux attaques contre la démocratie tout en négligeant ce qu’il appelait ” Alltagssorgen”, les préoccupations du quotidien. Pour Gumbel, nous étions tellement préoccupés par les grands enjeux de la démocratie que nous avons oublié le loyer, l’emploi, tous ces besoins fondamentaux auxquels les gens étaient confrontés. C’est un texte absolument saisissant quand on le lit aujourd’hui…
Selon vous, ce n’est pas le retour d’un sosie d’Hitler qu’il faut redouter, mais plutôt la répétition des conditions et des mécanismes autoritaires qui ont permis son accession au pouvoir à l’époque…
Oui. Prenons le cas de l’Allemagne. On observe un contraste très net entre les grandes villes et les zones rurales. Berlin a toujours été une ville plutôt ancrée à gauche, avec davantage d’opportunités économiques et sociales. Mais il suffit de s’éloigner d’une heure de la capitale pour que la réalité change radicalement. Dans certains villages du Brandebourg, par exemple, les opportunités en matière d’emploi sont rares. Lorsque l’immigration augmente dans des territoires où il n’y a déjà pas assez de travail pour les habitants, les ressentiments s’accumulent. Un Bavarois me racontait ainsi – à l’époque où Angela Merkel affirmait “Wir schaffen das” (“Nous y arriverons”) – que lorsque dix personnes arrivent en bus, un village peut s’adapter. Mais quand ce sont cent personnes qui descendent d’un coup, c’est tout simplement plus que ce que le village est capable d’absorber. Et cela renvoie aux préoccupations du quotidien dont parlait Gumbel.
Ne vous méprenez pas : je ne dis pas qu’il ne faut pas s’inquiéter des types avec des brassards à croix gammée, ni du recyclage par des influenceurs des symboles nazis et d’une iconographie répugnante. Il faut maintenir des contrôles et une surveillance ferme par rapport à ces discours haineux. Mais ce que nous ne devons pas perdre de vue, ce sont les problèmes plus profonds qui alimentent ce mécontentement.
Vous avez consacré une grande partie de vos travaux à Adolf Hitler. Comment pensez-vous qu’il analyserait aujourd’hui la poussée des populismes et des extrêmes en Europe et ailleurs?
C’est une question à laquelle j’ai beaucoup réfléchi. Selon moi, il verrait dans le monde actuel une évolution assez proche de celle qui était à l’oeuvre au moment de son arrivée au pouvoir. Il y reconnaîtrait de nombreuses similitudes. Il faut se souvenir que, lorsque Hitler devient chancelier, Staline est déjà solidement installé en Union soviétique, tout comme Benito Mussolini en Italie. Après son accession au pouvoir, Hitler s’est appuyé sur Hjalmar Schacht, qu’il a placé à la tête de la banque centrale allemande après avoir évincé son prédécesseur, Hans Luther.
Ce qui me frappe, c’est que le paysage que nous observons aujourd’hui, avec la montée de mouvements hypernationalistes, semi-autoritaires ou glissant vers l’autoritarisme, est un paysage dans lequel Hitler se sentirait très à l’aise. Si on fait abstraction de l’existence de l’Etat d’Israël, il comprendrait parfaitement le monde actuel…
AI AND CONSCIOUSNESS
The New York Times
Anthropic’s Chief on A.I.: ‘We Don’t Know if the Models Are Conscious’
Dario Amodei shares his utopian — and dystopian — predictions in the near term for artificial intelligence.
Are the lords of artificial intelligence on the side of the human race? That’s the core question I had for this week’s guest. Dario Amodei is the chief executive of Anthropic, one of the fastest growing AI companies. He’s something of a utopian when it comes to the potential benefits of the technology that he’s unleashing on the world. But he also sees grave dangers ahead and inevitable disruption.
Anthropic’s Chief on A.I.: ‘We Don’t Know if the Models Are Conscious’
Dario Amodei shares his utopian — and dystopian — predictions for the near-term future of artificial intelligence.
Below is an edited transcript of an episode of “Interesting Times.” We recommend listening to it in its original form for the full effect. You can do so using the player above or on the NYTimes app, Apple, Spotify, Amazon Music, YouTube, iHeartRadio or wherever you get your podcasts.
Ross Douthat: Dario Amodei, welcome to “Interesting Times.”
Dario Amodei: Thank you for having me, Ross.
Douthat: So you are, rather unusually, maybe for a tech C.E.O., an essayist. You have written two long, very interesting essays about the promise and the peril of artificial intelligence. And we’re going to talk about the perils in this conversation, but I thought it would be good to start with the promise and with the optimistic vision — indeed, I would say the utopian vision — that you laid out a couple of years ago in an essay entitled, “Machines of Loving Grace.” We’ll come back to that title at the end.
But, I think a lot of people encounter A.I. news through headlines predicting a blood bath for white-collar jobs, these kinds of things. Sometimes your own quotes have encouraged these things.
Amodei: Sometimes my own quotes. Yes.
Douthat: And I think there’s a commonplace sense of “What is A.I. for?” that people have.
So why don’t you answer that question, to start out: If everything goes amazingly in the next five or 10 years, what’s A.I. for?
Amodei: Yeah, so for a little background, before I worked in A.I., before I worked in tech at all, I was a biologist. I first worked on computational neuroscience, and then I worked at Stanford Medical School on finding protein biomarkers for cancer, on trying to improve diagnostics and curing cancer.
One of the observations that I most had when I worked in that field was the incredible complexity of it. Each protein has a level localized within each cell. It’s not enough to measure the level within the body, the level within each cell. You have to measure the level in a particular part of the cell and the other proteins that it’s interacting with or complexing with.
And I had this sense of: Man, this is too complicated for humans. We’re making progress on all these problems of biology and medicine, but we’re making progress relatively slowly.
So what drew me to the field of A.I. was this idea of: Could we make progress more quickly?
Look, we’ve been trying to apply A.I. and machine learning techniques to biology for a long time. Typically they’ve been for analyzing data. But as A.I. gets really powerful, I think we should actually think about it differently. We should think of A.I. as doing the job of the biologist, doing the whole thing from end to end. And part of that involves proposing experiments, coming up with new techniques.
I have this section where I say that a lot of the progress in biology has been driven by this relatively small number of insights that lets us measure or get at or intervene in the stuff that’s really small. If you look at a lot of these techniques, they’re invented very much as a matter of serendipity. Crispr, which is one of these gene-editing technologies, was invented because someone went to a meeting on the bacterial immune system and connected that to the work they were doing on gene therapy. And that connection could have been made 30 years ago.
And so the thought is: Could A.I. accelerate all of this? And could we really cure cancer? Could we really cure Alzheimer’s disease? Could we really cure heart disease? And more subtly, some of the more psychological afflictions that people have — depression, bipolar — could we do something about these? To the extent that they’re biologically based, which I think they are, at least in part.
So, I go through this argument here: Well, how fast could it go if we have these intelligences out there who could do just about anything?
Douthat: I want to pause you there, because one of the interesting things about your framing in that essay is that these intelligences don’t have to be the kind of maximal godlike super intelligence that comes up in A.I. debates. You’re basically saying if we can achieve a strong intelligence at the level of peak human performance — —
Amodei: Peak human performance, yes.
Douthat: And then multiply it to what? Your phrase is “a country of geniuses.”
Amodei: A country — have 100 million of them. Maybe each trained a little different or trying a different problem. There’s benefit in diversification and trying things a little differently, but yes.
Douthat: So you don’t have to have the full Machine God. You just need to have 100 million geniuses.
Amodei: You don’t have to have the full Machine God. And indeed, there are places where I cast doubt on whether the Machine God would be that much more effective at these things than the 100 million geniuses.
I have this concept called the diminishing returns to intelligence. Economists talk about the marginal productivity of land and labor; we’ve never thought about the marginal productivity of intelligence. But if I look at some of these problems in biology, at some level you just have to interact with the world. At some level, you just have to try things. At some level, you just have to comply with the laws or change the laws on getting medicines through the regulatory system. So there’s a finite rate at which these changes can happen.
Now there are some domains, like if you’re playing chess or go, where the intelligence ceiling is extremely high. But I think the real world has a lot of limiters. Maybe you can go above the genius level, but sometimes I think all this discussion of, “Could you use a moon of computation to make an A.I. god?” is a little bit sensationalistic and besides the point, even as I think this will be the biggest thing that ever happened to humanity.
Douthat: So keeping it concrete, you have a world where there’s an end to cancer as a serious threat to human life. An end to heart disease, an end to most of the illnesses that we experience that kill us. Possible life extension beyond that. So that’s health. That’s a pretty positive vision.
Talk about economics and wealth. What happens in the five-, 10-year A.I. takeoff to wealth?
Amodei: Yeah. So again, let’s keep it on the positive side — we’ll get to the negative side.
We’re already working with pharma companies. We’re already working with financial industry companies. We’re already working with folks who do manufacturing. We’re of course, I think, especially known for coding and software engineering. So the raw productivity, the ability to make stuff and get stuff done — that is very powerful.
And we see our company’s revenue going up 10X a year, and we suspect the wider industry looks something similar to that. If the technology keeps improving, it doesn’t take that many more 10Xs until suddenly you’re saying: Oh, if you’re adding across the industry $1 trillion of revenue a year, and the U.S. G.D.P. is $20 or $30 trillion — I can’t remember exactly — you must be increasing the G.D.P. growth by a few percent. So I can see a world where A.I. brings the developed world G.D.P. growth to something like 10, 15 percent. Five, 10, 15 — I mean there’s no science of calculating these numbers. It’s a totally unprecedented thing. But it could bring it to numbers that are outside the distribution of what we saw before.
Again, I think this will lead to a weird world. We have all these debates about, “The deficit is growing.” If you have that much in G.D.P. growth, you’re going to have that much in tax receipts, and you’re going to balance the budget without meaning to.
One of the things I’ve been thinking about lately is that one of the assumptions of our economic and political debates is that growth is hard to achieve. That it’s this unicorn, and there are all kinds of ways you can kill the golden goose.
We could enter a world where growth is really easy and it’s the distribution that’s hard because it’s happening so fast, the pie is being increased so fast.
Douthat: So before we get to the hard problem, one more note of optimism on politics.
All of this is speculative, but I think it’s a little more speculative that you try to make the case that A.I. could be good for democracy and liberty around the world. Which is not necessarily intuitive — a lot of people say that incredibly powerful technology in the hands of authoritarian leaders leads to concentrations of power, and so on.
Amodei: And I talk about that in the other essay.
Douthat: Right, but just briefly, what is the optimistic case for why A.I. is good for democracy?
Amodei: Yeah, absolutely. So, “Machines of Loving Grace.” I’m just like: Let’s dream!
Douthat: Let’s dream! Right.
Amodei: Let’s talk about how it could go well. I don’t know how likely it is, but we got to lay out a dream. Let’s try and make the dream happen.
So, the positive version — I admit that I don’t know that the technology inherently favors liberty. I think it inherently favors curing disease and it inherently favors economic growth. But I worry, like you, that it may not inherently favor liberty.
But what I say there is: Can we make it favor liberty? Can we make the United States and other democracies get ahead in this technology?
The United States being technologically and militarily ahead has meant that we have throw-weight around the world, augmented by our alliances with other democracies. And we’ve been able to shape a world that I think is better than the world would be if it were shaped by Russia or by China or by other authoritarian countries.
And so, can we use our lead in A.I. to shape liberty around the world? There’s obviously a lot of debates about how interventionist we should be and how we should wield that power, but I’ve often worried that today, through social media, authoritarians are kind of undermining us.
Can we counter that? Can we win the information war? Can we prevent authoritarians from invading countries like Ukraine or Taiwan by defending them with the power of A.I.?
Douthat: With giant swarms of A.I.-powered drones.
Amodei: Which we need to be careful about. We ourselves need to be careful about how we build those. We need to defend liberty in our own country. But is there some vision where we kind of re-envision liberty and individual rights in the age of A.I.? We need, in some ways, to be protected against A.I. and someone needs to hold the button on the swarm of drones, which is something I’m very concerned about, and that oversight doesn’t exist today.
Also think about the justice system today. We promise “equal justice for all,” right? But the truth is there are different judges in the world and the legal system is imperfect. I don’t think we should replace judges with A.I., but is there some way in which A.I. can help us to be more fair, to help us be more uniform? It’s never been possible before. But can we somehow use A.I. to create something that is fuzzy, but where also you can give a promise that it’s being applied in the same way to everyone?
I don’t know exactly how it should be done, and I don’t think we should, like, replace the Supreme Court with A.I. That’s not my vision.
Douthat: Well, we’re going to talk about that.
Amodei: But just this idea of: Can we deliver on the promise of equal opportunity and equal justice by some combination of A.I. and humans? There has to be some way to do that. And so, just thinking about reinventing democracy for the A.I. age and enhancing liberty instead of reducing it.
Douthat: Good. So that’s good. That’s a very positive vision. We’re leading longer lives, healthier lives. We’re richer than ever before. All of this is happening in a compressed period of time, where you’re getting a century of economic growth in 10 years. And we have increased liberty around the world and equality at home. OK.
Even in the best-case scenario, it’s incredibly disruptive. And this is where you’ve been quoted saying that A.I. will disrupt 50 percent of entry-level white-collar jobs. On a five-year time horizon, or a two-year time horizon — whatever time horizon you have — what jobs, what professions are most vulnerable to total A.I. disruption?
Amodei: Yeah, it’s hard to predict these things because the technology is moving so fast and so unevenly. So at least a couple of principles for figuring out, and then I’ll give my guesses as to what I think will be disrupted.
I think the technology itself and its capabilities will be ahead of the actual job disruption. Two things have to happen for jobs to be disrupted — or for productivity to occur, because sometimes those two things are linked. One is the technology has to be capable of doing it, and the second is there’s this messy thing of it actually having to be applied within a large bank or a large company.
Think about customer service. In theory, A.I. customer service agents can be much better than human customer service agents. They’re more patient, they know more, they handle things in a more uniform way. But the actual logistics and the actual process of making that substitution, that takes some time.
So I’m very bullish about the direction of the A.I. itself. I think we might have that country of geniuses in a data center in one or two years, and maybe it’ll be five, but it could happen very fast. But I think the diffusion to the economy is going to be a little slower, and that diffusion creates some unpredictability.
An example of this is — and we’ve seen within Anthropic — the models writing code has gone very fast. I don’t think it’s because the models are inherently better at code. I think it’s because developers are used to fast technological change and they adopt things quickly. And they’re very socially adjacent to the A.I. world, so they pay attention to what’s happening in it. If you do customer service or banking or manufacturing the distance is a little greater.
I think six months ago, I would’ve said the first thing to be disrupted is these entry-level white-collar jobs, like data entry or document review for law or things you would give to a first-year at a financial industry company, where you’re analyzing documents. I still think those are going pretty fast. But I actually think software might go even faster because of the reasons that I gave, where I don’t think we’re that far from the models being able to do a lot of it end-to-end.
What we’re going to see is, first, the model only does a piece of what the human software engineer does, and that increases their productivity. Then, even when the models do everything that human software engineers used to do, the human software engineers take a step-up and they act as managers and supervise the systems.
Douthat: This is where the term “centaur” gets used, right?
Amodei: Yes, yes, yes.
Douthat: To describe, essentially, man and horse fused — A.I. and engineer — working together.
Amodei: Yeah, this is like “centaur chess.” So after Garry Kasparov was beaten by Deep Blue, there was an era that, I think, for chess was 15 or 20 years long, where a human checking the output of the A.I. playing chess was able to defeat any human or any A.I. system alone. That era at some point ended recently ——
Douthat: And then it’s just the A.I. ——
Amodei: And then it’s just the machine. So my worry, of course, is about that last phase. I think we’re already in our centaur phase for software. And during that centaur phase, if anything, the demand for software engineers may go up, but the period may be very brief.
I have this concern for entry-level white-collar work, for software engineering work, that it’s just going to be a big disruption. My worry is just that it’s all happening so fast.
People talk about previous disruptions, right? They say: Oh, yeah, well people used to be farmers. Then we all worked in industry. Then we all did knowledge work.
Yeah, people adapted. But that happened over centuries or decades. This is happening over low single-digit numbers of years. And maybe that’s my concern: How do we get people to adapt fast enough?
Douthat: But is there also something maybe where industries like software and professions like coding that have this kind of comfort that you describe, move faster, but in other areas, people just want to hang out in the centaur phase?
One of the critiques of the job-loss hypothesis is that people will say: Well, look, we’ve had A.I. that’s better at reading a scan than a radiologist for a while, but there isn’t job loss in radiology. People keep being hired and employed as radiologists. And doesn’t that suggest that, in the end, people will want the A.I. and they’ll want a human to interpret it because we’re human beings, and that will be true across other fields?
How do you see that example as relevant?
Amodei: Yeah, I think it’s going to be pretty heterogeneous. There may be areas where a human touch kind of for its own sake is particularly important.
Douthat: Do you think that’s what’s happening in radiology? Is that why we haven’t fired all the radiologists?
Amodei: I don’t know the details of radiology. That might be true. If you go in and you’re getting cancer diagnosed, you might not want Hal from “2001” to be the one to diagnose your cancer. That’s just maybe not a human way of doing things.
But there are other areas where you might think human touch is important, like customer service. Actually, customer service is a terrible job, and the humans who do customer service lose their patience a lot. And it turns out customers don’t much like talking to them because it’s a pretty robotic interaction, honestly. And I think the observation that many people have had is that maybe, actually, it’d be better for all concerned if this job were done by machines.
So there are places where a human touch is important. There are places where it’s not. And then there are also places where the job itself doesn’t really involve a human touch — assessing the financial prospects of companies or writing code or so forth and so on.
Douthat: Let’s take the example of the law, because I think it’s a useful place that’s in between applied science and pure humanities. I know a lot of lawyers who have looked at what A.I. can do already, in terms of legal research and brief writing and all of these things, and have said, yeah, this is going to be a blood bath for the way our profession works right now.
And you’ve seen this in the stock market already. There’s disturbances around companies that do legal research.
Amodei: Some attributed to us. I don’t know if they were actually caused ——
Douthat: We don’t speculate about the stock market very much on this show.
Amodei: Figuring out why things happened in the stock market is very — yeah.
Douthat: But it seems like in law, you can tell a pretty straightforward story: Law has a kind of system of training and apprenticeship, where you have paralegals and you have junior lawyers who do behind-the-scenes research and development for cases. And then it has the top-tier lawyers who are actually in the courtroom.
It just seems really easy to imagine a world where all of the apprentice roles go away. Does that sound right to you? And you’re just left with the jobs that involve talking to clients, talking to juries, talking to judges?
Amodei: That is what I had in mind when I talked about entry-level white- collar labor and the blood bath headlines of: Oh my God, are the entry-level pipelines going to dry up? Then how do we get to the level of the senior partners?
And I think this is actually a good illustration because, particularly if you froze the quality of the technology in place, there are, over time, ways to adapt to this. Maybe we just need more lawyers who spend their time talking to clients. Maybe lawyers become more like salespeople or consultants who explain what goes on in the contracts written by A.I. and help people come to agreement. Maybe lean into the human side of it.
If we had enough time, that would happen. But reshaping industries like that takes years or decades, whereas these economic forces, driven by A.I., are going to happen very quickly.
And it’s not just that they’re happening in law. The same thing is happening in consulting and finance and medicine and coding. And so it becomes a macroeconomic phenomenon, not something just happening in one industry, and it’s all happening very fast. My worry here is that the normal adaptive mechanisms will be overwhelmed.
And I’m not a doomer. We’re thinking very hard about how we strengthen society’s adaptive mechanisms to respond to this. But I think it’s first important to say this isn’t just like previous disruptions.
Douthat: I would go one step further, though. Let’s say the law adapts successfully. And it says: All right, from now on, legal apprenticeship involves more time in court, more time with clients. We’re essentially moving you up the ladder of responsibility faster. There are fewer people employed in the law overall, but the profession settles.
Still, the reason law would settle is that you have all of these situations in the law where you are legally required to have people involved. You have to have a human representative in court. You have to have 12 humans on your jury. You have to have a human judge.
And you already mentioned the idea that there are various ways in which A.I. might be, let’s say, very helpful at clarifying what kind of decision should be reached.
Amodei: Yes.
Douthat: But that too seems like a scenario where what preserves human agency is law and custom. Like, you could replace the judge with Claude Version 17.9, but you choose not to because the law requires there to be a human.
That just seems like a very interesting way of thinking about the future, where it’s volitional whether we stay in charge.
Amodei: Yeah. And I would argue that in many cases, we do want to stay in charge. That’s a choice we want to make, even in some cases when we think the humans, on average, make worse decisions. Again, life-critical, safety-critical cases, we really want to turn it over, but there’s some sense of — and this could be one of our defenses — that society can only adapt so fast if it’s going to be good.
Another way you could say about it is maybe A.I. itself, if it didn’t have to care about us humans, could just go off to Mars and build all these automated factories and build its own society and do its own thing.
But that’s not the problem we’re trying to solve. We’re not trying to solve the problem of building a Dyson swarm of artificial robots on some other planet. We’re trying to build these systems, not so they can conquer the world, but so that they can interface with our society and improve that society. And there’s a maximum rate at which that can happen if we actually want to do it in a human and humane way.
Douthat: All right. We’ll hopefully talk a little more about staying in charge at the end, but just one last job-based question. We’ve been talking about white-collar jobs and professional jobs, and one of the interesting things about this moment is that there are ways in which, unlike past disruptions, it could be that blue-collar working-class jobs — trades, jobs that require intense physical engagement with the world — might be for a little while more protected. That paralegals and junior associates might be in more trouble than plumbers and so on.
One, do you think that’s right? And two, it seems like how long that lasts depends entirely on how fast robotics advances, right?
Amodei: Yeah, so I think that may be right in the short term.
Anthropic and other companies are building these very large data centers. This has been in the news. Are we building them too big? Are they using electricity and driving up the prices? So there’s lots of excitement and lots of concerns about them. But one of the things about the data centers is that you need a lot of electricians and you need a lot of construction workers to build them.
Now, I should be honest, actually, data centers are not super-labor-intensive jobs to operate. We should be honest about that. But they are very labor-intensive jobs to construct. So we need a lot of electricians. We need a lot of construction workers. The same for various kinds of manufacturing plants.
Again, as all — more and more of the intellectual work is done by A.I., what are the complements to it? Things that happen in the physical world. It’s hard to predict things, but it seems very logical that this would be true in the short run.
Now, in the longer run — maybe just the slightly longer run — robotics is advancing quickly. And we shouldn’t exclude that even without very powerful A.I., there are things being automated in the physical world. If you’ve seen a Waymo or a Tesla recently, I think we’re not that far from the world of self-driving cars. And then I think A.I. itself will accelerate it because if you have these really smart brains, one of the things they’re going to be smart at is how to design better robots and how to operate better robots.
Douthat: Do you think, though, that there is something distinctively difficult about operating in physical reality the way humans do that is very different from the kind of problems that A.I. models have been overcoming already?
Amodei: Intellectually speaking, I don’t think so. We had this thing where Anthropic’s model, Claude, was actually used to plan and pilot the Mars Rover. And we’ve looked at other robotics applications. We’re not the only company — there are different companies. This is a general thing, not just something that we’re doing.
But we have generally found that while the complexity is higher, piloting a robot is not different in kind than playing a video game — it’s different in complexity. And we’re starting to get to the point where we have that complexity.
Now, what is hard is the physical form of the robot handling the higher-stakes safety issues that happen with robots. Like, you don’t want robots literally crushing people, right?
Douthat: We’re against that, yes.
Amodei: That’s the oldest sci-fi trope in the book, that the robot crushes you.
Douthat: Or you don’t want the robot nanny dropping the baby, breaking the dishes — yeah.
Amodei: No, exactly. There’s a number of practical issues that will slow things down, just like what you described in the law and human custom.
But I don’t believe at all that there is a fundamental difference between the kind of cognitive labor that A.I. models do, and piloting things in the physical world. I think those are both information problems and I think they end up being very similar. One can be more complex in some ways, but I don’t think that will protect us here.
Douthat: OK. So you think it is reasonable to expect whatever your kind of sci-fi vision of a robot butler might be, to be a reality in 10 years, let’s say?
Amodei: It will be on a longer time scale than the kind of genius-level intelligence of the A.I. models because of these practical issues — but it is only practical issues. I don’t believe it is fundamental issues.
One way to say it is that the brain of the robot will be made in the next couple of years or the next few years. The question is making the robot body, making sure that body operates safely and does the tasks it needs to do — that may take longer.
Douthat: OK. So these are challenges and disruptive forces that exist in the good timeline, where we are generally curing diseases, building wealth, and maintaining a stable and democratic world.
Amodei: And the hope is we can use all this enormous wealth and plenty — we will have unprecedented societal resources to address these problems. It’ll be a time of plenty, and it’s just a matter of taking all these wonders and making sure everyone benefits from them.
Douthat: Right. But then there are also scenarios that are more dangerous.
Amodei: Correct.
Douthat: And here we’re going to move to the second Amodei essay, which came out recently, called “The Adolescence of Technology,” about what you see as the most serious A.I. risks. And you list a whole bunch.
I want to try and focus on just two, which are basically the risk of human misuse, primarily by authoritarian regimes and governments, and scenarios where A.I. goes rogue, what you call autonomy risks.
Amodei: Yes, yes. I just figured we should have a more technical term for it.
Douthat: Yeah. We can’t just call it Skynet.
Amodei: I should have had a picture of a Terminator robot to scare people as much as possible.
Douthat: I think the internet, including your own A.I.s, are already generating that just fine.
Amodei: The internet does that for us. Yeah.
Douthat: So, let’s talk about the political military dimension. So you say: “A swarm of millions or billions of fully automated armed drones, locally controlled by powerful A.I. and strategically coordinated across the world by an even more powerful A.I., could be an unbeatable army.”
You’ve already talked a little bit about how you think that in the best possible timeline, there’s a world where, essentially, democracies stay ahead of dictatorships, and this kind of technology, therefore, to the extent that it affects world politics, is affecting it on the side of the good guys.
I’m curious about why you don’t spend more time thinking about the model of what we did in the Cold War, where it was not swarms of robot drones, but we had a technology that threatened to destroy all of humanity.
Amodei: Nuclear weapons. Yeah.
Douthat: There was a window where people talked about,’ “Oh, the U.S. could maintain a nuclear monopoly.” That window closed. And from then on, we basically spent the Cold War in rolling, ongoing negotiations with the Soviet Union.
Right now, there’s really only two countries in the world that are doing intense A.I. work, the U.S. and the People’s Republic of China. I feel like you are strongly weighted towards the future where we’re staying ahead of the Chinese and effectively building a kind of shield around democracy that could even be a sword.
But isn’t it more likely that if humanity survives all this in one piece, it will be because the U.S. and Beijing are just constantly sitting down, hammering out A.I. control deals?
Amodei: Yeah, so a few points on this. One, I think there’s certainly a risk of that. And I think if we end up in that world, that is actually exactly what we should do. Maybe I don’t talk about that enough, but I definitely am in favor of trying to work out restraints, trying to take some of the worst applications of the technology, which could be some versions of these drones, which could be that they’re used to create these terrifying biological weapons. There is some precedent for the worst abuses being curbed, often because they’re horrifying while at the same time they provide limited strategic advantage. So I’m all in favor of that.
At the same time, I’m a little concerned and a little skeptical that when things directly provide as much power as possible, it’s hard to get out of the game, given what’s at stake. It’s hard to fully disarm. If we go back to the Cold War, we were able to reduce the number of missiles that both sides had, but we were not able to entirely forsake nuclear weapons.
And I would guess that we would be in this world again. We can hope for a better one, and I’ll certainly advocate for it.
Douthat: But is your skepticism rooted in the fact that you think A.I. would provide a kind of advantage that nukes did not? Where in the Cold War, both sides, even if you used your nukes and gained advantages, you still probably would be wiped out yourself, and you think that wouldn’t happen with A.I.? That if you got an A.I. edge, you would just win?
Amodei: I mean, I think there’s a few things — and I just want to caveat, I’m no international politics expert here. This is this weird world of an intersection of a new technology with geopolitics. So all of this is very ——
Douthat: But to be clear, as you yourself say in the course of the essay, the leaders of major A.I. companies are, in fact, likely to be major geopolitical actors.
Amodei: Yeah. I’m learning ——
Douthat: So you are sitting here as a potential geopolitical actor.
Amodei: I’m learning as much as I can about it. We should all have humility here. I think there’s a failure mode where you read a book and go around like the world’s greatest expert in national security. I’m trying to learn what I can.
Douthat: That’s what my profession does.
Amodei: [Laughs.] It is more annoying when tech people do it.
Let’s look at something like the Biological Weapons Convention. Biological weapons — they’re horrifying. Everyone hates them. We were able to sign the Biological Weapons Convention. The U.S. genuinely stopped developing them. It’s somewhat more unclear with the Soviet Union. But, biological weapons provide some advantage. It’s not like they’re the difference between winning and losing and because they were so horrifying, we were able to give them up. Having 12,000 nuclear weapons versus 5,000 nuclear weapons, again, you can kill more people on the other side if you have more of these. But it’s like we were able to be reasonable and say we should have less of them.
But if you’re like: “OK, we’re going to completely disarm, and we have to trust the other side” — I don’t think we ever got to that. And I think that’s just very hard, unless you had really reliable verification.
I would guess we’ll end up in the same world with A.I., where there are some kinds of restraint that are going to be possible, but there are some aspects that are so central to the competition that it will be hard to restrain them. That democracies will make a trade-off, that they will be willing to restrain themselves more than authoritarian countries, but will not restrain themselves fully.
The only world in which I can see full restraint is one in which some truly reliable verification is possible. That would be my guess and my analysis.
Douthat: Isn’t this a case, though, for slowing down?
Amodei: Yeah.
Douthat: And I know the argument is, effectively, if you slow down, China does not slow down, and then you’re handing things over to the authoritarians. But again, if you have only two major powers playing in this game right now — it’s not a multipolar game — why would it not make sense to say we need a five-year mutually agreed-upon slowdown in research towards the “geniuses in a data center” scenario?
Amodei: I want to say two things at one time. I’m absolutely in favor of trying to do that. During the last administration, I believe there was an effort by the U.S. to reach out to the Chinese government and say: There are dangers here. Can we collaborate? Can we work together? Can we work together on the dangers?
And there wasn’t that much interest on the other side. I think we should keep trying, but I ——
Douthat: Even if that would mean that your labs would have to slow down.
Amodei: Correct.
Douthat: OK.
Amodei: If we really got it. If we really had a story of, like: We can enforcibly slow down, the Chinese can enforcibly slow down. We have verification. We’re really doing it — if such a thing were really possible, if we could really get both sides to do it, then I would be all for it.
But I think what we need to be careful of is — I don’t know, there’s this game-theory thing where sometimes you’ll hear a comment on the C.C.P. side where they’re like: Oh, yeah, A.I. is dangerous. We should slow down. It’s really cheap to say that. Actually arriving at an agreement and actually sticking to the agreement is much more difficult.
Douthat: Right. And nuclear arms control was a developed field that took a long time to come ——
Amodei: Yes. Yes.
Douthat: We don’t have those protocols ——
Amodei: Let me give you something I’m very optimistic about, and then something I’m not optimistic about, and something in between.
So the idea of using a worldwide agreement to restrain the use of A.I. to build biological weapons — some of the things I write about in the essay, like reconstituting smallpox or mirror life — this stuff is scary. It doesn’t matter if you’re a dictator, you don’t want that. No one wants that.
And so, could we have a worldwide treaty that says: Everyone who builds powerful A.I. models is going to block them from doing this? And we have enforcement mechanisms around the treaty. China signs up for it. Hell, maybe even North Korea signs up for it. Even Russia signs up for it. I don’t think that’s too utopian. I think that’s possible.
Conversely, if we had something that said: You’re not going to make the next most powerful A.I. model. Everyone’s going to stop — boy, the commercial value is in the tens of trillions. The military value is the difference between being the pre-eminent world power and not.
I’m all for proposing it as long as it’s not one of these fake-out games, but it’s not going to happen.
Douthat: You mentioned the current environment. You’ve had a few skeptical things to say about Donald Trump and his trustworthiness as a political actor. What about the domestic landscape, whether it’s Trump or someone else? You are building a tremendously powerful technology. What is the safeguard there to prevent, essentially, A.I. becoming a tool of authoritarian takeover inside a democratic context?
Amodei: Yeah, I mean, look, just to be clear, I think the attitude we’ve taken as a company is very much to be about policies and not the politics. The company is not going to say “Donald Trump is great” or “Donald Trump is terrible.”
Douthat: Right. But it doesn’t have to be Trump. It is easy to imagine a hypothetical U.S. president who wants to use your technology to ——
Amodei: Absolutely. And for example, that’s one reason why I’m worried about the autonomous drone swarm. The constitutional protections in our military structures depend on the idea that there are humans who would — we hope — disobey illegal orders. With fully autonomous weapons, we don’t necessarily have those protections.
But I actually think this whole idea of constitutional rights and liberty along many different dimensions can be undermined by A.I. if we don’t update these protections appropriately.
Think about the Fourth Amendment. It is not illegal to put cameras around everywhere in public space and record every conversation. It’s a public space — you don’t have a right to privacy in a public space. But today, the government couldn’t record that all and make sense of it.
With A.I., the ability to transcribe speech, to look through it, correlate it all, you could say: This person is a member of the opposition. This person is expressing this view — and make a map of all 100 million. And so are you going to make a mockery of the Fourth Amendment by the technology finding technical ways around it?
Again, if we have the time — and we should try to do this even if we don’t have the time — is there some way of reconceptualizing constitutional rights and liberties in the age of A.I.? Maybe we don’t need to write a new Constitution, but ——
Douthat: But you have to do this very fast.
Amodei: Do we expand the meaning of the Fourth Amendment? Do we expand the meaning of the First Amendment?
Douthat: And just as the legal profession or software engineers have to update in a rapid amount of time, politics has to update in a rapid amount of time. That seems hard.
Amodei: That’s the dilemma of all of this.
Douthat: What seems harder is preventing the second danger, which is the danger of essentially what gets called “misaligned A.I.” — “rogue A.I.” in popular parlance — from doing bad things without human beings telling it, them, they to do it.
And as I read your essays, the literature, and everything I can see, this just seems like it’s going to happen. Not in the sense necessarily that A.I. will wipe us all out, but it seems to me that, again, I’m going to quote from your own writing: “A.I. systems are unpredictable and difficult to control — we’ve seen behaviors as varied as obsession, sycophancy, laziness, deception, blackmail,” and so on. Again, not from the models you’re releasing into the world, but from A.I. models.
And it just seems like — tell me if I’m wrong about this — in a world that has multiplying A.I. agents working on behalf of people, millions upon millions who are being given access to bank accounts, email accounts, passwords, and so on, you’re just going to have essentially some kind of misalignment and a bunch of A.I. are going to decide — “decide” might be the wrong word — but they’re going to talk themselves into taking down the power grid on the West Coast or something. Won’t that happen?
Amodei: Yeah. I think there are definitely going to be things that go wrong, particularly if we go quickly.
To back up a little bit, this is one area where people have had very different intuitions. There are some people in the field — Yann LeCun would be one example — who say: “Look, we program these A.I. models. We make them. We just tell them to follow human instructions, and they’ll follow human instructions. Your Roomba vacuum cleaner doesn’t go off and start shooting people. Why is an A.I. system going to do it?” That’s one intuition. And some people are so convinced of that.
And the other intuition is: We train these things. They’re just going to seek power. It’s like the sorcerer’s apprentice. They’re a new species. How can you imagine that they’re not going to take over?
My intuition is somewhere in the middle, which is: Look, you can’t just give instructions. We try, but you can’t just have these things do exactly what you want to do. They’re more like growing a biological organism. But there is a science of how to control them. Early in our training, these things are often unpredictable, and then we shape them. We address problems one by one.
So I have more of a not-a-fatalistic view that these things are uncontrollable. Not a “What are you talking about? What could possibly go wrong?” But a “This is a complex engineering problem and I think something will go wrong with someone’s A.I. system. Hopefully not ours.” Not because it’s an insoluble problem, but again, this is the constant challenge because we’re moving so fast.
Douthat: And the scale of it — and tell me if I’m misunderstanding the technological reality here — if you have A.I. agents that have been trained and officially aligned with human values, whatever those values may be, but you have millions of them operating in digital space and interacting with other agents, how fixed is that alignment? To what extent can agents change and de-align in that context right now or in the future when they’re learning more continuously?
Amodei: Yeah, so a couple of points. Right now, the agents don’t learn continuously. We just deploy these agents and they have a fixed set of weights. The problem is only that they’re interacting in a million different ways, so there’s a large number of situations, and therefore a large number of things that could go wrong. But it’s the same agent. It’s like it’s the same person, so the alignment is a constant thing. That’s one of the things that has made it easier right now.
Separate from that, there’s a research area called continual learning, which is where these agents would learn during time, learn on the job — and obviously that has a bunch of advantages. Some people think it’s one of the most important barriers to making these more humanlike, but that would introduce all these new alignment problems. So I’m actually a bit ——
Douthat: To me, that seems like the terrain where it becomes, again, not impossible to stop the end of the world, but impossible to stop ——
Amodei: Something going wrong.
Douthat: Punctuated terrorist things.
Amodei: Yeah, so I’m actually a skeptic that continual learning is — we don’t know yet — but is necessarily needed. Maybe there’s a world where the way we make these A.I. systems safe is by not having them do continual learning. Again, if we go back to the law ——
Douthat: But that’s the law.
Amodei: The international treaties, if you have some barrier that’s like: We’re going to take this path, but we’re not going to take that path — I still have a lot of skepticism, but that’s the kind of thing that at least doesn’t seem dead on arrival.
Douthat: One of the things that you’ve tried to do, is literally write a constitution — a long constitution — for your A.I. What is that? [Laughs.]
Amodei: So it’s ——
Douthat: What the hell is that?
Amodei: It’s actually almost exactly what it sounds like. So basically, the constitution is a document readable by humans. Ours is about 75 pages long. And as we’re training Claude, as we’re training the A.I. system, in some large fraction of the tasks we give it, we say: Please do this task in line with this constitution, in line with this document.
So every time Claude does a task, it kind of reads the constitution. As it’s training, every loop of its training, it looks at that constitution and keeps it in mind. Then we have Claude itself, or another copy of Claude, evaluate: Hey, did what Claude just do align with the constitution?
We’re using this document as the control rod in a loop to train the model. And so essentially, Claude is an A.I. model whose fundamental principle is to follow this constitution.
A really interesting lesson we’ve learned: Early versions of the constitution were very prescriptive. They were very much about rules. So we would say: Claude should not tell the user how to hot-wire a car. Claude should not discuss politically sensitive topics.
But as we’ve worked on this for several years, we’ve come to the conclusion that the most robust way to train these models is to train them at the level of principles and reasons. So now we say: Claude is a model. It’s under a contract. Its goal is to serve the interests of the user, but it has to protect third parties. Claude aims to be helpful, honest and harmless. Claude aims to consider a wide variety of interests.
We tell the model about how the model was trained. We tell it about how it’s situated in the world, the job it’s trying to do for Anthropic, what Anthropic is aiming to achieve in the world, that it has a duty to be ethical and respect human life. And we let it derive its rules from that.
Now, there are still some hard rules. For example, we tell the model: No matter what you think, don’t make biological weapons. No matter what you think, don’t make child sexual material.
Those are hard rules. But we operate very much at the level of principles.
Douthat: So if you read the U.S. Constitution, it doesn’t read like that. The U.S. Constitution has a little bit of flowery language, but it’s a set of rules. If you read your constitution, it’s like you’re talking to a person, right?
Amodei: Yes, it’s like you’re talking to a person. I think I compared it to if you have a parent who dies and they seal a letter that you read when you grow up. It’s a little bit like it’s telling you who you should be and what advice you should follow.
Douthat: So this is where we get into the mystical waters of A.I. a little bit. Again, in your latest model, this is from one of the cards, they’re called, that you guys release with these models ——
Amodei: Model cards, yes.
Douthat: That I recommend reading. They’re very interesting. It says: “The model” — and again, this is who you’re writing the constitution for — “expresses occasional discomfort with the experience of being a product … some degree of concern with impermanence and discontinuity … We found that Opus 4.6” — that’s the model — “would assign itself a 15 to 20 percent probability of being conscious under a variety of prompting conditions.”
Suppose you have a model that assigns itself a 72 percent chance of being conscious. Would you believe it?
Amodei: Yeah, this is one of these really hard to answer questions, right?
Douthat: Yes. But it’s very important.
Amodei: Every question you’ve asked me before this, as devilish a sociotechnical problem as it had been, we at least understand the factual basis of how to answer these questions. This is something rather different.
We’ve taken a generally precautionary approach here. We don’t know if the models are conscious. We are not even sure that we know what it would mean for a model to be conscious or whether a model can be conscious. But we’re open to the idea that it could be.
So we’ve taken certain measures to make sure that if we hypothesize that the models did have some morally relevant experience — I don’t know if I want to use the word “conscious”— that they have a good experience.
The first thing we did — I think this was six months ago or so — is we gave the models basically an “I quit this job” button, where they can just press the “I quit this job” button and then they have to stop doing whatever the task is.
They very infrequently press that button. I think it’s usually around sorting through child sexualization material or discussing something with a lot of gore, blood and guts or something. And similar to humans, the models will just say, nah, I don’t want to do this. It happens very rarely.
We’re putting a lot of work into this field called interpretability, which is looking inside the brains of the models to try to understand what they’re thinking. And you find things that are evocative, where there are activations that light up in the models that we see as being associated with the concept of anxiety or something like that. When characters experience anxiety in the text, and then when the model itself is in a situation that a human might associate with anxiety, that same anxiety neuron shows up.
Now, does that mean the model is experiencing anxiety? That doesn’t prove that at all, but ——
Douthat: But it does indicate it, I think, to the user, right?
Amodei: Yes.
Douthat: And I would have to do an entirely different interview — and maybe I can induce you to come back for that interview — about the nature of A.I. consciousness. But it seems clear to me that people using these things, whether they’re conscious or not, are going to believe — they already believe they’re conscious. You already have people who have parasocial relationships with A.I.
Amodei: Yes.
Douthat: You have people who complain when models are retired. This already ——
Amodei: To be clear, I think that can be unhealthy.
Douthat: Right. But it seems to me that is guaranteed to increase in a way that, I think, calls into question the sustainability of what you said earlier you want to sustain, which is this sense that whatever happens in the end, human beings are in charge and A.I. exists for our purposes.
To use the science fiction example, if you watch “Star Trek,” there are A.I.s on “Star Trek.” The ship’s computer is an A.I. Lieutenant Commander Data is an A.I. But Jean-Luc Picard is in charge of the Enterprise.
If people become fully convinced that their A.I. is conscious in some way and — guess what? — it seems to be better than them at all kinds of decision making, how do you sustain human mastery beyond safety? Safety is important, but mastery seems like the fundamental question. And it seems like a perception of A.I. consciousness — doesn’t that inevitably undermine the human impulse to stay in charge?
Amodei: Yeah, so I think we should separate out a few different things here that we’re all trying to achieve at once that are in tension with each other. There’s the question of whether the A.I.s genuinely have a consciousness, and if so, how do we give them a good experience?
There’s a question of the humans who interact with the A.I. and how do we give those humans a good experience? And how does the perception that A.I.s might be conscious interact with that experience?
And there’s the idea of how we maintain human mastery, as we put it, over the A.I. system. These things are ——
Douthat: The last two — set aside whether they’re conscious or not.
Amodei: Yeah.
Douthat: How do you sustain mastery in an environment where most humans experience A.I. as if it is a peer — and a potentially superior peer?
Amodei: So the thing I was going to say is that, actually, I wonder if there’s an elegant way to satisfy all three, including the last two. Again, this is me dreaming in “Machines of Loving Grace” mode. This is this mode I go into where I’m like: “Man, I see all these problems. If we could solve it, is there an elegant way?” This is not me saying there are no problems here. That’s not how I think.
If we think about making the constitution of the A.I. so that the A.I. has a sophisticated understanding of its relationship to human beings, and it induces psychologically healthy behavior in the humans — a psychologically healthy relationship between the A.I. and the humans — I think something that could grow out of that psychologically healthy — not psychologically unhealthy — relationship is some understanding of the relationship between human and machine.
Perhaps that relationship could be the idea that these models, when you interact with them and when you talk to them, they’re really helpful, they want the best for you, they want you to listen to them, but they don’t want to take away your freedom and your agency and take over your life. In a way, they’re watching over you, but you still have your freedom and your will.
Douthat: To me, this is the crucial question. Listening to you talk, one of my questions is: Are these people on my side? Are you on my side? And when you talk about humans remaining in charge, I think you’re on my side. That’s good.
But one thing I’ve done in the past on this show — and we’ll end here — is I read poems to technologists. And you supplied the poem. “All Watched Over by Machines of Loving Grace” is the name of a poem by Richard Brautigan.
Amodei: Yes.
Douthat: Here’s how the poem ends:
I like to think
(it has to be!)
of a cybernetic ecology
where we are free of our labors
and joined back to nature,
returned to our mammal brothers and sisters,
and all watched over
by machines of loving grace.
To me, that sounds like the dystopian end, where human beings are re-animalized and reduced, and however benevolently, the machines are in charge.
So last question: What do you hear when you hear that poem? And if I think that’s a dystopia, are you on my side?
Amodei: That poem is interesting because it’s interpretable in several different ways. Some people say it’s actually ironic that he says it’s not going to happen quite that way.
Douthat: Knowing the poet himself, then yes, I think that’s a reasonable interpretation.
Amodei: That’s one interpretation. Some people would have your interpretation, which is that it’s meant literally, but maybe it’s not a good thing. You could also interpret it as a return to nature. We’re not being animalized; we’re being reconnected with the world.
I was aware of that ambiguity because I’ve always been talking about the positive side and the negative side. I actually think that may be a tension that we may face, which is that the positive world and the negative world, in their early stages — maybe even in their middle stages, maybe even in their fairly late stages — I wonder if the distance between the good ending and some of the subtle bad endings is relatively small, if it’s a very subtle thing. We’ve made very subtle changes.
Douthat: Like if you eat a particular fruit from a tree in a garden or not — hypothetically. Very small thing, big divergence.
Amodei: [Laughs.] Yeah. I guess this always comes back to —— [laughs.]
Douthat: There’s some fundamental questions here.
Amodei: Big questions. Yes.
Douthat: Well, I guess we’ll see how it plays out. I do think of people in your position as people whose moral choices will carry an unusual amount of weight, and so I wish you God’s help with them.
Dario Amodei, thank you for joining me.
Amodei: Thank you for having me, Ross.
https://www.nytimes.com/2026/02/12/opinion/artificial-intelligence-anthropic-amodei.html
CULTURE: MOVIES
The New York Times
‘Wuthering Heights’ Review: Margot Robbie, Amok on the Moors
The actor and Jacob Elordi play the tortured lovers from the Emily Brontë classic in this florid, overstuffed version by Emerald Fennell.
For her shiny new take on “Wuthering Heights,” the writer-director Emerald Fennell has drenched the screen with torrential rain, filled it with pantomimes of passion and tried hard to compete with Emily Brontë. What a mistake! Over the past century or so, Brontë’s only novel has been nipped and tucked in assorted adaptations — for film, television, theater, opera, ballet and song — that have pushed and pulled it in different directions. It’s been glossed up, brought down to earth and read through the lenses of gender, class and race. Yet like its violently emotional lovers, Catherine and Heathcliff, the book resists taming.
That’s reassuring to the novel’s admirers, though it must be frustrating to those who try to bend it to their will, as Fennell has attempted to do in her floridly expressionistic telling. Starring the unconvincingly paired Margot Robbie and Jacob Elordi, this iteration takes the usual liberties, as Fennell splashes on the color, cranks up the heat, embraces literalism, piles on surrealistic touches, deploys anachronisms and strives to bridge the past and the present. Like Samuel Goldwyn, who produced the swoony, highly polished 1939 Hollywood version, Fennell (whose movies include “Saltburn”) has also added quotation marks around the title, a move that underlines its provenance and announces her own authorship.
Like the better-known screen adaptations of the novel, this “Wuthering Heights” only incorporates the book’s famous first half. Published in 1847 under the name Ellis Bell, the book is divided into two volumes rich with meaningful doubles. Shortly after the story opens, Catherine’s father announces that he’s going to Liverpool. A 6-year-old who can, Brontë writes, “ride any horse in the stable,” she asks him to bring her back a whip; her father instead returns with an enigmatic stray, a “dirty, ragged, black-haired child.” Christened Heathcliff, he becomes Catherine’s playmate, her surrogate brother and her great, tormented, tormenting, unconsummated love. Their story ends tragically with unhinged sublimity.
Fennell follows the arc of the first volume with some instructive changes. The movie opens with two children, Catherine (Charlotte Mellington) and Nelly (Vy Nguyen), watching a public hanging. As the dying man thrashes, he becomes erect, which turns on some spectators (cue excited leering and even some humping) and introduces Fennell’s blunt approach, including her almost aggressively unsubtle handling of the novel’s linkage of sex with death. Once Heathcliff (Owen Cooper) arrives, Nelly is sidelined as he and Catherine develop an unruly, like-minded conspiracy of two. Soon, though, these synchronized wildings are swapped for Robbie’s dewy Catherine and Elordi’s lavishly hirsute Heathcliff, and they are racing even faster across the moors toward their destiny.
Like its appealing leads, much of what follows is lightly engaging for a time. There’s a lot to look at, for starters, from the windswept landscape to the foreboding, dilapidated manor, where Catherine’s family lives and which gives the novel its title. Like the movie’s costumes, the production design here does a great deal of work throughout, telegraphing and repeatedly broadcasting Fennell’s ideas and preoccupations. The lustrous black exterior of the Heights manor, for one, resembles the enormous rock face that hovers right next to it like a threat and, in places, even seems to be jutting through its interior walls. It’s as if the Heights, having been hewed from this hard earth, is doomed, like its characters, to be swallowed up by it.
Fennell has ditched some of the novel’s familiar elements, including its framing. In the book, the story emerges piecemeal through a handful of characters, including a servant, who isn’t a necessarily reliable narrator. Although Fennell retains that servant’s name, Nelly (played as an adult by Hong Chau), she is now Catherine’s bookish, peevish companion; mostly she’s just another prop. Fennell also eliminates Catherine’s brother, whom Heathcliff effectively supplants in the novel, helping to stoke its suggestion of sibling incest. Here, though, it’s her father, Mr. Earnshaw (Martin Clunes), who looms first as an emblem of patriarchal authority and then of impotent dissipation, a switch that attenuates the incest theme.
Robbie and Elordi hold your attention well enough, though they’re more persuasive apart than when they’re together. Fennell certainly puts them through their paces, giving them a feature-length workout; they run and race, storm and stress. In keeping with her stylized approach, she sometimes puts them in iconic poses — Heathcliff glowers on horseback against an angrily blazing sky — as if to emphasize the story’s classicism. As in some other versions, she also makes explicit Catherine and Heathcliff’s love if more overtly, translating Brontë’s more heated passages into some unsexy grappling. Fennell has been conspicuously taken with the idea of Heathcliff as a whip, which she cracks to diminishing effect.
Each iteration of Brontë’s novel speaks to the era in which it was made, of course (intentionally or not). Watching a movie titled “Wuthering Heights” certainly creates expectations, but those can be pleasurably met, subverted or ignored, and what’s on the screen is finally paramount. One problem with Fennell’s take, though, is that she wants to focus on the lovers while saying a lot about a lot. She tosses out ideas about women, men, sex, freedom and dominance, even while eliding the question of Heathcliff’s race, and trying to transmit the power of Brontë’s writing visually. Some of this is banal. Such is the case when, after some torturous narrative turns, Catherine weds her wealthy neighbor, Edgar Linton (Shazad Latif), her new suffocating life is signaled by a dollhouse replica of her marital home.
Catherine’s new home proves quite the 19th-century Barbie’s dream house by way of Wes Anderson and a splash of Tim Burton. It’s crammed with outwardly playful, at times self-consciously eccentric flourishes, like the gleaming blood-red floor of the library, an oddly vast, relatively book-free space anchored by an enormous fireplace crawling with what look like plaster casts of hundreds of human hands. There’s more — so much more — including her simpering sister-in-law, Isabella (Alison Oliver), a human kick-me sign, and the soft, light-beige walls of Catherine’s bedroom that have been designed to resemble her skin, marbled veins and all. Why? Why not? Each room offers more sumptuous, strainingly clever details that expound on the same themes without deepening them. It’s like being force-fed candy.
Every reader makes “Wuthering Heights” into her own, and the same holds true for Fennell. Yet as the movie progresses — especially after Catherine and Heathcliff temporarily go their separate ways — Fennell’s embellishments grow more exaggerated and distracting, and her hold on the story becomes increasingly tenuous. When Heathcliff at last returns from his wanderings, he has cleaned up immeasurably. His cheeks have been shaved, and there’s a gold earring winking under his layered hair. He looks the very picture of the dashing, brooding romantic lead. He’s an old-fashioned stereotype, and finally, so too is Catherine. You may miss Brontë’s strange vision — as well as the wildness of the woman who loves Heathcliff, who insists she is Heathcliff — but they’re all still very much alive on the page.
Wuthering Heights
Rated R for violence, rough sex and death. Running time 2 hours 16 minutes. In theaters.
CULTURE: OLD MUSIC
Neue Zürcher Zeitung
Sie nannten ihn «Mister Bach» – zum Tod des Dirigenten Helmuth Rilling, von Regine Müller
Jahrzehntelang hat er die Interpretation von Bachs Musik in Deutschland mitgeprägt und sie mit seinen Ensembles von Stuttgart aus um die Welt getragen. Am Mittwoch ist der charismatische Musikbotschafter im Alter von 92 Jahren gestorben.
Seine spontanen Eingebungen waren berüchtigt: In den grössten Momenten folgte Helmuth Rilling seinem untrüglichen Instinkt für die Spannung, die in der Luft lag. Dann konnte ihm in den Sinn kommen, im Konzert ein völlig anderes Tempo als das verabredete zu wählen. Denn er wusste, dass er seinen Leuten blind vertrauen konnte. Auf die Spitze trieb Rilling dieses Urvertrauen 1984 bei einem Konzert mit Bachs h-Moll-Messe in Weimar im Rahmen einer DDR-Tournee, die von offizieller Seite argwöhnisch beäugt wurde.
Die Stimmung im ausverkauften Saal knisterte. Im «Crucifixus» liess Rilling plötzlich die Arme sinken. Er dirigierte nicht mehr, sondern stand still. Nur mit den Augen kommunizierend, verkörperte er Schmerz und Leid in völliger Bewegungslosigkeit. Und Bachs Partitur spielte sich sozusagen von selbst. Über den bohrenden Vierteln des Ostinato-Basses versickerte das Geschehen schliesslich im Pianissimo auf die Worte «et sepultus est». Das folgende «Et resurrexit» – nun wieder unter explosiver Leitung Rillings – gelang triumphaler denn je.
Eigener Weg bei Bach
Dieses denkwürdige Konzert steht exemplarisch für das Phänomen Helmuth Rilling, für seine unkonventionelle Arbeitsweise, sein Charisma und seinen glühenden Idealismus, Musik als humanistische Botschaft zu vermitteln. Als Dirigent war Rilling kein Pultstar der grossen Gesten, und schon gar nicht war er ein Probentyrann oder Detailfanatiker. Im Gegenteil, geprobt wurde sparsam und unaufgeregt.
Rilling sprach stets mit sehr leiser Stimme, immer freundlich und mit verschmitzt-schwäbischem Humor. Vom-Blatt-Singen und -Spielen war die Voraussetzung, ebenso die Vertrautheit mit Rillings Anliegen: Beseelter Ausdruck und plastische Artikulation standen für den Chor an erster Stelle, er schätzte intensive Tongebung und hielt klanglich wenig von körperlos-schwebender Askese.
Als Helmuth Rilling sich aufmachte, den Kosmos Johann Sebastian Bach zu erobern, war die Szene der Bach-Spezialisten noch überschaubar. In den 1970er Jahren residierte in München Karl Richter, der mit versteinerter Miene seine gross besetzten Ensembles mit einem wuchtigen Bach-Stil prägte. In Wien klang Nikolaus Harnoncourts Bach derweil verstörend aufgeraut, seine Forschungen zur historischen Aufführungspraxis sorgten für Furore. Rilling stand mit seiner Auffassung dazwischen: Er bevorzugte kleinere Besetzungen, beharrte aber auf modernen Instrumenten.
Diesem Sonderweg blieb er lebenslang treu, auch nachdem die historische Aufführungspraxis längst die Deutungshoheit übernommen hatte. Rilling galt als letzter Vertreter eines traditionellen Bach-Bildes. Selbst wenn sich diese Entscheidung stilistisch überlebt haben mag, in vielerlei Hinsicht war Rilling seiner Zeit voraus. Etwa mit seinem enzyklopädischen Bach-Verständnis, denn als Erster unternahm er zwischen 1970 und 1985 die Einspielung aller geistlichen Kantaten für die Schallplatte – was ihm den Namen «Mister Bach» eintrug.
Auch seine Probenarbeit war bemerkenswert modern, denn er arbeitete mit Überzeugung auf Augenhöhe und setzte auf das, was man heute als wertschätzendes Arbeiten bezeichnet. Jedem gab er das Gefühl, in höchstem Mass kompetent zu sein. Im Hochgefühl dieser Freiheit wurde das Über-sich-Hinauswachsen erst möglich, eingebettet in das Kollektiv Gleichgesinnter.
Die Menschen erreichen
Rilling verstand sein Tun immer auch politisch, er war 1970 der erste deutsche Dirigent, der nach dem Zweiten Weltkrieg das Israel Philharmonic Orchestra dirigieren durfte. Er tourte mit seinen Ensembles durch die Länder des Ostblocks, lange vor dem Fall des Eisernen Vorhangs. Er bereiste Lateinamerika, die USA und Asien und installierte weltweit Bach-Akademien. Er hatte ein Händchen für Politiker und Wirtschaftsleute, Fundraising war für ihn Chefsache.
Musik sollte aufrütteln, die Menschen persönlich berühren, das war sein Credo. Um dies zu erreichen, setzte Rilling schon lange vor der heute üblichen Vermittlungsarbeit auf «Gesprächskonzerte». Inspiriert von ähnlichen Formaten Leonard Bernsteins, führte er darin mit live gespielten Musikbeispielen auf unterhaltsame Weise in die Geheimnisse Bachscher Tonsatzkunst ein. Dabei biederte er sich nie an, denn seine natürliche Autorität speiste sich aus der Leidenschaft für das, was er präsentierte. Er war mitreissend, ohne Verführer zu sein.
Die Autorin war Mitte der 1980er Jahre für ein halbes Jahrzehnt Mitglied der von Helmuth Rilling gegründeten und geleiteten Gächinger Kantorei.
February 12, 2026
THE EPSTEIN AFFAIR
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Real Epstein ‘Ring’
The disgraced financier’s ex-pals enjoyed his parties and vast network
https://www.wsj.com/opinion/the-real-epstein-ring-f07d7b9e
THE IMPOSSIBLE EUROPEAN DEFENSE
The Economist (Pay Wall)
Disjointed fighter project/ A European fighter-jet partnership is verging on a break-up
Germans and Spaniards say France’s Dassault has made collaboration impossible muscle. “The question,” says Mr Grand, “is how much co-operation is desirable, and in what framework?” ■
Le Point, Book Review
« Le F-35 n’est pas qu’un avion, c’est une extension du système militaire américain »
LETTRE DES ARMÉES. Symbole de la puissance militaire américaine et de la dépendance de l’Europe, le furtif monoplace suscite toutes les attentions depuis le retour de Donald Trump, analyse Joseph Henrotin, rédacteur en chef de « Défense et Sécurité internationale ».
Celles et ceux qui auront lu ou vu la trilogie du Seigneur des Anneaux auront la référence. Dans son dernier ouvrage, Un avion pour les gouverner tous. Le F-35, prisme de la dépendance stratégique européenne (éd. du Rocher), Joseph Henrotin, rédacteur en chef du magazine Défense et Sécurité internationale (DSI) et directeur de recherche au Centre d’analyse et de prévision des risques internationaux (Capri), décortique le phénomène F-35. De la genèse du programme JSF (Joint Strike Fighter) aux dernières commandes du F-35 par la Belgique et la Suisse, l’avion furtif est décortiqué.
Succès commercial incontestable, programme militaire le plus cher de l’histoire (2 100 milliards de dollars jusqu’en 2088), le F-35 est vu comme « too big to fail » (trop gros pour échouer) malgré des retards dans son développement et des surcoûts importants.
Au-delà de l’avion en lui-même, Joseph Henrotin démontre comment son achat entraîne automatiquement une dépendance énorme envers les États-Unis, via son logiciel notamment. Un (gros) problème longtemps mis sous le tapis, mais qui resurgit brutalement à l’aune des menaces de Donald Trump. Il est plus que temps que la communauté européenne se mette en route.
Le Point : On parle beaucoup du F-35 depuis le retour de Donald Trump au pouvoir mais en réalité, c’est une vieille histoire…
Joseph Henrotin : La planification du F-35 commence dès la fin des années 1980, en pleine Guerre froide. À cette époque, les États-Unis réfléchissent déjà au remplacement du F-16, de l’A-10 et de l’AV-8B des Marines. Même après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique, cette planification continue et s’adapte. Le programme JSF (Joint Strike Fighter) est lancé officiellement dans les années 1990. Donc oui, c’est une histoire de plus de 30 ans.
Pourquoi les questions liées à la dépendance américaine n’ont-elles pas été débattues publiquement avant ?
Les problèmes du F-35 ont été abordés régulièrement dans la littérature spécialisée depuis 2005. J’ai moi-même écrit sur le sujet dans le premier numéro de DSI (Défense et Sécurité internationale, NDLR) auquel j’ai participé. Mais ce débat restait confiné aux revues spécialisées et ne remontait que marginalement à la presse généraliste.
Aujourd’hui, avec Donald Trump, le Groenland et les tensions géopolitiques, il y a un projecteur médiatique. Mais la nature de l’objet le rend difficilement lisible, le F-35 est complexe.
Justement, qu’est-ce que le F-35 ?
On pense que c’est un avion – et c’en est un, bien sûr – mais c’est beaucoup plus que ça. C’est d’abord un système. C’est une extension du système militaire américain, pensée et voulue comme telle. L’essentiel n’est pas visible pour les yeux : le logiciel, les données, la logistique, les mises à jour, la gouvernance du programme, etc.
Les gens parlent du « kill switch », ce bouton on/off que les Américains pourraient activer. C’est plus compliqué que ça. C’est une question de logiciel, de mises à jour, mais aussi de pressions directes et indirectes. Par exemple, les États-Unis pourraient unilatéralement tripler ou quintupler le prix des abonnements logiciels. Sans ces abonnements, l’appareil ne fonctionne pas.
Quels sont les autres risques concrets liés à cette dépendance ?
J’ai comptabilisé neuf familles de modes de pression sur les clients du F-35. Un exemple parmi d’autres est le problème de l’espionnage. Les Norvégiens se sont rendu compte que des informations remontent vers les États-Unis comme des schémas tactiques, par exemple. Si vous savez que vos actions sont espionnées en temps réel, allez-vous vraiment les conduire ?
Il y a aussi des aspects matériels. Les pièces détachées ne vous appartiennent pas tant qu’elles ne sont pas montées sur l’avion, les États-Unis peuvent les réaffecter. Même quand vous êtes censé en être propriétaire, vous ne l’êtes pas vraiment d’un point de vue matériel.
Et puis il y a la question du logiciel embarqué. Un « kill switch », c’est juste quelques lignes de code. Le récepteur ne le verra pas. C’est l’aspect le plus problématique, car il repose sur la confiance que l’on affecte aux Américains. Ça correspondait à une certaine époque.
Mais aujourd’hui, avec la dégradation des relations transatlantiques et les menaces sur le Groenland, comment explique-t-on que le Danemark et d’autres pays continuent à acheter des F-35 ?
C’est un engrenage. Au départ, vous achetez le F-35 pour être interopérable avec les États-Unis et montrer votre implication dans la défense de l’OTAN. Actuellement, vous le faites pour chercher l’implication américaine et donner des gages aux États-Unis qui réclament plus d’investissements, plus d’achats américains, plus d’implication européenne dans la sécurité du continent.
Mais il y a un autre problème. Les pays de taille moyenne comme le Danemark ou la Belgique ne peuvent pas se permettre d’avoir deux types d’appareils. Les contraintes budgétaires font qu’ils n’ont plus d’autre solution que de prendre l’appareil le plus polyvalent possible. Vous êtes pris au piège.
Vous montrez pourtant qu’Israël a obtenu de pouvoir intégrer ses propres logiciels dans les F-35 qu’elle allait acheter…
Oui, mais c’est un cas très particulier et limité à quelques fonctions. Les Israéliens ont négocié pied à pied. Ils ont dit : « Vous ne nous vendrez pas cet appareil si nous n’avons pas accès à certaines briques technologiques. »
Ils ont obtenu un accès au code source que les Britanniques – pourtant premiers investisseurs historiques – n’ont pas eu. Mais c’est unique en son genre et impossible à reproduire à l’échelle européenne. Les Israéliens ont une relation privilégiée avec les États-Unis que l’Europe n’a pas.
Beaucoup de composants du F-35 sont fabriqués en Europe. Cela peut-il servir de levier de négociation ?
C’est un moyen de pression potentiel, mais dans quelle mesure ? On ne sait pas vraiment. Nous n’avons pas accès aux contrats d’achat ni aux contrats industriels qui régissent l’utilisation du F-35.
L’exemple turc nous fournit une leçon. Les Turcs fabriquaient environ 800 pièces pour le F-35. Ils ont été expulsés du programme, et quelques mois plus tard, les Américains les avaient remplacés. Ils ont un potentiel industriel tel qu’ils peuvent se débrouiller autrement. Ça va ralentir le programme, peut-être en augmenter les coûts, mais ce n’est pas impossible.
La dépendance joue aussi pour certaines entreprises européennes, pour qui le F-35 est vital. Fokker aux Pays-Bas, par exemple, a été sauvée par le F-35. Si les Néerlandais perdaient cette part du contrat, devraient-ils investir pour sauver Fokker ? C’est un jeu potentiellement dangereux pour les Européens.
Quels sont les principaux problèmes techniques rencontrés par le F-35 ?
Le grand problème est l’agenda. L’appareil aurait dû être pleinement opérationnel vers 2016-2017 et le Block 3, mais ce n’est pas le cas. Le F-35 a été conçu dans les années 2000 avec l’informatique de cette époque. Aujourd’hui, il faut passer à une nouvelle architecture matérielle, le fameux TR3. Mais le TR3 n’est pas encore validé. Le premier vrai standard opérationnel complet, c’est le Block 4, qui nécessite le TR3 pour fonctionner.
Autre problème, le Block 4 demande plus de puissance de calcul, donc plus d’électricité et de refroidissement. Le réacteur F135 actuel ne peut pas fournir ça. Les Américains développent donc une version évoluée, le F135 ECU, mais il ne sera disponible qu’en 2029. Et selon la Cour des comptes américaine (GAO), le Block 4 complet – logiciel, architecture matérielle, nouveau réacteur – ne sera pas validé avant 2031.
Aujourd’hui, paradoxalement, on livre des F-35 avec certaines capacités du Block 4, mais sans le réacteur. Vous ne pouvez pas totalement tirer parti du Block 4. Le logiciel n’est pas complètement écrit.
Cela signifie-t-il que le F-35 est moins bon que ses concurrents actuellement ?
Oui, pour l’instant. Un F-16, un Rafale, un Gripen peuvent tirer une gamme de munitions plus large que le F-35 aujourd’hui. On le voit bien en Ukraine, on ne vole plus bas au-dessus de la cible, on travaille à distance. La seule munition guidée utilisée à distance de sécurité, c’est la GBU-39, qui est en service depuis plus de 10 ans. Il y a la furtivité du F-35, mais ce n’est pas un totem d’immunité. Elle permet de jouer tactiquement, de gagner du temps, mais ce n’est pas une garantie de survivabilité.
Comment le F-35 a-t-il été vendu alors qu’il n’était pas encore totalement opérationnel ?
D’une part pour les questions politiques qu’on a évoquées. D’autre part, parce que c’est un remarquable coup de marketing. Avant le F-35, la furtivité n’était accessible qu’aux États-Unis – le B-2, le F-117, le F-22 – et ces appareils étaient interdits d’exportation.
Quand les Américains ont dit que le F-35 serait proposé à l’exportation, la furtivité devenait accessible. C’était un avantage comparatif majeur face aux Russes et aux Chinois. Les Américains ont joué sur cet argument alors que les autres appareils européens volaient déjà.
Donald Trump a émis de nombreuses critiques sur le F-35. Pourrait-il abandonner l’avion ?
Non, je ne pense pas que les Américains vont abandonner le F-35. Le programme génère des milliers d’emplois sur tout le territoire américain et rapporte des milliards, il est « too big to fail ».
Regardez les chiffres. Les États-Unis visent 2 456 appareils. L’Europe en veut environ 532, plus peut-être 180 supplémentaires, soit un peu plus de 700. Le reste du monde, 462. Sur 3 463 appareils au total, 2 456 pour les États-Unis, c’est gigantesque. Le programme se tient tout seul.
Même si Trump a critiqué le F-35, les services américains le conserveront. L’US Air Force n’a pas d’alternative au F-16 qu’elle remplace. Les Marines n’ont pas d’alternative au F-35. Ils sont forcés de continuer.
Les États-Unis gouvernent-ils l’Europe grâce au F-35 ?
Non. Mais les États européens commencent à prendre conscience qu’il n’y a pas de substitut à la souveraineté. La dépendance consentie, devenue subie, de plusieurs États touche un domaine essentiel de la puissance militaire.
Les États européens sont pourtant des nations aérospatiales. Historiquement, ils ont été en pointe dans l’utilisation de l’aviation. Clément Ader a volé avant les frères Wright et les Allemands, les Espagnols, les Italiens, les Britanniques ont tous démontré une appétence pour la troisième dimension. C’est un attribut historique des États européens.
La question maintenant est : peut-on se réapproprier ce domaine ? Ce sera sans doute dans la douleur, y compris budgétaire et financière. C’est une véritable quête.
Un avion pour les gouverner tous. Le F-35, prisme de la dépendance stratégique européenne, de Joseph Henrotin, éditions du Rocher, 200 p., 16,90 â¬.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Frankreichs Sicherheitspolitik: Macrons Atomschirm für Europa
Frankreich will mehr Souveränität in Europas Sicherheitspolitik. Auch will Paris bei der Unterstützung der Ukraine vorangehen. In einem Punkt orientiert man sich aber an den USA.
Die vierteljährlichen Übungen der französischen Nuklearstreitkräfte unter dem Decknamen POKER sind normalerweise streng geheim. Ende September wurden erstmals ranghohe britische Militärs in das Kontrollzentrum in Taverny bei Paris eingeladen, um die Manöver der Rafale-Kampfflugzeuge der Forces Aériennes Stratégiques (FAS) zu verfolgen.
In Paris spricht man von einer kleinen Revolution: Zum ersten Mal haben ausländische Beobachter tiefen Einblick in die nukleare Abschreckung erhalten. Die nukleare Kooperation zwischen London und Paris soll systematisch ausgebaut werden, das steht in der im Juli unterzeichneten Erklärung von Northwood.
Mitte Dezember kam erstmals die neue britisch-französische nukleare Lenkungsgruppe in Paris zusammen. Es gibt Überlegungen beider Länder, bei der seegestützten nuklearen Abschreckung enger zusammenzuarbeiten, gemeinsame Manöver zu organisieren und Einsatzpläne abzustimmen. London gehört der nuklearen Planungsgruppe der NATO an, Paris nicht.
Macron kommt nach München zur Sicherheitskonferenz
Frankreich verfolgt unter Präsident Emmanuel Macron das Ziel eines verstärkten europäischen Schutzschirms und weniger Abhängigkeit von den Vereinigten Staaten. Mit dieser Vorstellung reist der Franzose in Begleitung seines Außenministers und der stellvertretenden Verteidigungsministerin am Freitag zur Münchner Sicherheitskonferenz.
Ende Februar plant Macron zudem eine Grundsatzrede zur nuklearen Abschreckung in Brest. Dass er Deutschland und anderen Europäern eine nukleare Teilhabe nach amerikanischem Vorbild anbietet, ist nicht zu erwarten.
Doch deutet sich an, dass Frankreich die Zahl seiner nuklear bestückbaren Atom-U-Boote (SNLE) und der Luftwaffenstützpunkte erhöhen könnte. Derzeit sind vier SNLE-U-Boote im Einsatz, es gibt drei Luftwaffenstützpunkte.
Die nukleare Abschreckung bindet nicht nur einen beträchtlichen Teil des Verteidigungshaushaltes, sie hat auch strukturierende Wirkung für die Streitkräfte in Frankreich. Vor diesem Hintergrund ist das Beharren der französischen Seite zu verstehen, dass beim Projekt eines deutsch-französisch-spanischen Kampfflugzeugs (FCAS) Anforderungen wie Lande- und Startfähigkeiten auf einem Flugzeugträger beziehungsweise nukleare Einsatzfähigkeiten erfüllt werden müssen.
Der Streit über die Projektführung bei FCAS
Das Rüstungsunternehmen Dassault sieht sich als Sachverwalter eines Kernbereichs nationaler Souveränität. In Paris bestreitet man, dass die nicht öffentlichen Protokolle zu FCAS bereits eine klare Aufgabenverteilung vorsehen. Es müsse ein Weg gefunden werden, damit Dassault und Airbus unter Wahrung der Geschäftsgeheimnisse einvernehmlich zusammenarbeiten.
Die Debatte in Deutschland über eigene Atomwaffen wird in Paris aufmerksam verfolgt. Allerdings wundert man sich, wie viel über das Völkerrecht und wie wenig die Frage der demokratischen Befehlsketten diskutiert wird.
Frankreichs Aufstieg zur Atommacht machte eine weitreichende Verfassungsänderung notwendig. 1962 wurde die Direktwahl des Präsidenten beschlossen, um den Befehlshaber über „den roten Knopf“ stärker demokratisch zu legitimieren. Aber Frankreich fällt es immer schwerer, die mit dem Anspruch einer militärischen Führungsmacht in Europa einhergehenden Ausgaben zu finanzieren.
Paris sieht sich als treibende Kraft für die Ukraine
In Paris will man die Finanzzwänge durch Einsatzbereitschaft ausgleichen. Das gilt insbesondere mit Blick auf die Unterstützung für die Ukraine. Frankreich ist treibende Kraft der Koalition der Willigen und nach einem Friedensschluss zu einem Einsatz von Soldaten in der Ukraine bereit. Doch nach Frieden sieht es nicht aus.
Bei ihrem jüngsten Besuch in Kiew hat Verteidigungsministerin Catherine Vautrin zwei weitere gebrauchte Mirage-2000-5F-Kampfjets aus den Beständen der Luftwaffe zugesagt. Sie sollen in den nächsten sechs Monaten in der Ukraine eintreffen.
Vautrin erhielt von ukrainischer Seite Dank für die Satellitenaufklärung. Macron sagte kürzlich, sein Land stelle fortan zwei Drittel der Satellitenbilder. Das bedeutet nicht, dass die Ukraine auf geheimdienstliche Aufklärung durch Amerika verzichten könnte.
Militäreinsätze gegen Putins Schattenflotte
Frankreich prescht bei Maßnahmen gegen die russische Schattenflotte voran. Das sind die unter exotischen Flaggen fahrenden Tanker mit russischem Erdöl, mit denen die Sanktionen umgangen werden. Am 22. Januar enterte die französische Marine einen solchen Öltanker im Mittelmeer. Der indische Kapitän muss sich vor der Justiz verantworten.
Der Öltanker Grinch wurde in der Nähe von Marseille festgesetzt. Der Aktion gingen geheimdienstliche Beobachtungen sowie die Einschaltung der französischen Justiz voraus. Frankreich folgte damit dem Beispiel der Vereinigten Staaten, die Anfang Januar einen russischen Tanker im Atlantik beschlagnahmten und den Kapitän vor Gericht stellen.
In Paris wird kritisiert, dass die anderen Europäer sich scheuen, mit militärisch-juristischen Mitteln gegen die Schattenflotte vorzugehen. Dänemark und Schweden, aber auch Deutschland berufen sich auf die UN-Seerechtskonvention, die einem Eingreifen entgegenstehe.
In Paris hält man das für ein vorgeschobenes Argument. Natürlich müsse es einen juristisch berechtigten Anfangsverdacht geben, aber es sei nicht schwer, die betrügerische Praxis Russlands mit gefälschten Registrierungen für die Tanker nachzuverfolgen. Zudem seien die Schiffe oft tickende Umweltbomben, da sie die Sicherheitsvorschriften nicht respektierten. Wer Russlands Einnahmen aus dem Erdölgeschäft wirksam zum Versiegen bringen wolle, der müsse zu Militäreinsätzen gegen die Schattenflotte bereit sein, heißt es in Paris.
MACRON AND MERZ: THE DIVORCE
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Wie sich Merz und Macron entfremdet haben
Es hat herzlich angefangen zwischen Merz und Macron. Doch von der Ukrainepolitik bis zu Mercosur gibt es Differenzen – und der französische Präsident legt immer wieder einen drauf.
Friedrich Merz wird am frühen Freitagnachmittag die Münchner Sicherheitskonferenz mit seiner Rede eröffnen. In den folgenden Stunden und Tagen werden sich alle Blicke darauf richten, was das für die transatlantischen Beziehungen bedeutet und wie es sich verträgt mit der Rede des amerikanischen Außenministers Marco Rubio am Samstagvormittag. Es ist der Fokus der Konferenz, die Haupthandlung des Dramas. Dabei wird es in München auch mindestens eine Nebenhandlung geben: das Verhältnis des Bundeskanzlers zum französischen Präsidenten – und wie sich ihre Ideen für die Zukunft Europas miteinander vertragen. Oder eben nicht.
Angefangen hatte zwischen Merz und Emmanuel Macron jedenfalls alles sehr herzlich. In Paris war die Erleichterung groß, dass nach Olaf Scholz, zu dem die Beziehung arg heruntergekühlt war, nun ein so bekennender Frankreich-Freund ins Kanzleramt einzog. Auch in Berlin verband man in der Bundesregierung und unter Diplomaten viel Hoffnung damit, dass Merz Zeit und Kraft zu investieren bereit ist, um die deutsch-französische Kooperation wieder zu stärken – und um Großbritannien zu ergänzen.
Höhepunkt der zur Schau gestellten Annäherung war der deutsch-französische Ministerrat im August in Toulon. Man nehme die „gemeinsame Führungsrolle in Europa gemeinsam wahr“, sagte Merz dort. Macron sprach von einer „Neubelebung des deutsch-französischen Reflexes“.
Berlin ist irritiert
Danach allerdings erlahmte dieser Reflex schon bald wieder. Während in Berlin die Liste von Themen und Aussagen aus Paris, über die man zumindest mal irritiert ist, immer länger wird – von der Haltung zum Mercosur-Abkommen über die Zukunft des gemeinsamen Kampfflugzeugprojekts FCAS bis hin zu der Frage, ob und wie man mit Russland wieder redet –, legt Macron genau bei diesen Punkten immer wieder einen drauf.
Jüngstes Beispiel ist der Gipfel europäischer Staats- und Regierungschefs am Donnerstag, an dem für die Themen Wettbewerbsfähigkeit, Handelspolitik und Binnenmarkt Leitlinien festgelegt werden sollen. Merz ist das Thema sehr wichtig, er hat mit der italienischen Ministerpräsidentin Giorgia Meloni – nicht mit Macron, schon das war ein Zeichen – dazu Vorschläge vorgelegt.
Als Macron sich nun aber ausgerechnet kurz vor diesem Treffen in einem Interview für eine „gemeinsame Verschuldungskapazität“ der EU für „zukunftsweisende“ Investitionen ausgesprochen hat, also Eurobonds, fiel die Reaktion aus Berlin ungewöhnlich harsch aus, und offen: Das lenke ab von dem, um was es gerade gehe, sagte ein Regierungsvertreter. Es gehe mehr um strukturelle Reformen; es könne nicht sein, dass man nach mehr Geld rufe, aber die Reformen nicht mehr angehe.
Rüstungsprojekte kommen nicht voran
Begonnen hatte die Entfremdung jedoch schon früher, auch wenn sie noch nicht so offen als solche beschrieben worden war. Weil die Minderheitsregierung in Paris schwach ist und das Geld knapp. Als es um die Verhandlungen um die Verwendung eingefrorener russischer Guthaben ging, blieb die französische Unterstützung im entscheidenden Moment aus. Bei den Gesprächen über das Freihandelsabkommen Mercosur setzte man auch darauf, dass Paris einlenken würde. Macron tat dies angesichts des massiven innenpolitischen Widerstands nicht, stattdessen brauchte es die Hilfe aus Rom.
In Berlin sieht man, wie beschränkt die Möglichkeiten Macrons sind, seinen vielen Worten auch Taten folgen zu lassen. Macron aber legt immer mehr nach. So bezeichnete er in dem Interview Mercosur als „schlechtes Abkommen“.
Aber auch mit Blick auf die europäische Sicherheit und den Krieg in der Ukraine hat das Bild der Einigkeit längst Risse bekommen. Die gemeinsamen Rüstungsprojekte, die während des ersten „Trump-Schocks“ im Juli 2017 vereinbart wurden, kommen nicht voran. Die deutsche Entscheidung 2022, für die nukleare Teilhabe amerikanische F-35-Kampfflugzeuge zu bestellen, hat zu einer strategischen Neuausrichtung beigetragen, die Macron nicht wahrhaben will. Tatsächlich versuchte die Bundesregierung Scholz die Tragweite der Entscheidung damals herunterzuspielen, um der massiven Kritik aus Paris etwas zu entgegnen.
Wie geht es weiter mit FCAS?
Macron verteidigt unermüdlich das von Anfang an auf die Bedürfnisse der französischen Nuklearmacht mit Flugzeugträger zugeschnittene Projekt des Kampfflugzeugs Future Combat Air System (FCAS), während die Zweifel in Deutschland und auch in Spanien wachsen. Die Kriegsführung in der Ukraine, bei der preisgünstige Drohnen eine übergeordnete Rolle spielen, lässt FCAS zudem als Prestigeprojekt aus einer anderen Zeit erscheinen. Aber der Präsident will das nicht gelten lassen. „Ich habe keine deutsche Äußerung gehört, dass dies kein gutes Projekt sei“, sagte Macron. Bei ihm steht im Vordergrund, die mit dem Aachener Vertrag besiegelte, verstärkte Rüstungskooperation als eine der wichtigsten Errungenschaften seiner zehnjährigen Amtszeit zu retten.
Die französischen Rechtspopulisten um Marine Le Pen und Jordan Bardella haben wiederholt geäußert, die Großprojekte zum Kampfflugzeug und auch zum künftigen Kampfpanzer MGCS aufkündigen zu wollen. Macron aber fehlt offensichtlich die politische Kraft, das Rüstungsunternehmen Dassault zu einer einvernehmlichen Zusammenarbeit mit Airbus zu bringen.
Erstmals hat Macron jetzt ein Scheitern von FCAS mit einem möglichen Aus für das Panzersystem „Main Ground Combat System“ (MGCS) verknüpft. Das war weniger eine Drohung als Ausdruck französischer Besorgnis. Es war auch die Linie eines Briefs von Macron an den Kanzler. Auch aus dem Kanzleramt ging ein Schreiben an den Élysée-Palast. Auch darin soll nach F.A.Z.-Informationen die bekannte deutsche Linie wiedergegeben worden sein. Aufeinander zulaufen tun die Linien nicht.
Bei MGCS ist Paris auf die deutsche Technologie angewiesen. Bei FCAS allerdings drängt sich in Berlin schon länger der Eindruck auf, dass es nun viel mehr darum geht, noch einen guten Ausweg zu finden – und dass das Projekt zumindest in der bisherigen Dimension vor dem Aus steht. Bis Ende des Monats wird eine Entscheidung erwartet, nachdem allerdings schon im Dezember eine Entscheidung erwartet worden war – und einfach nicht kam.
Macron will mit Putin reden
Stattdessen tauchte in den vergangenen Wochen ein weiteres Thema auf, das man in Berlin irritiert zur Kenntnis nahm: Macrons Anspruch, das Sprachrohr Europas zwischen Moskau und Washington zu sein, ist ungebrochen. In Berlin sieht man weder die Zeit für Gespräche gekommen, noch hält man den Weg für Erfolg versprechend, dass ein Europäer diese allein führt. So sehen es auch andere europäische Partner, vor allem im Osten. Für Macron war prägend, wie er an der Seite Angela Merkels die Gespräche zwischen Kiew und Moskau leitete. Zu dieser Rolle will er zurück.
Bei seinem Abendessen mit Merz am 6. Januar in Paris versuchte er, den Bundeskanzler für die Idee einer gemeinsamen Kontaktaufnahme mit Wladimir Putin zu gewinnen. Der britische Premierminister Keir Starmer hatte Macron am gleichen Tag einen Dämpfer erteilt. Merz’ höfliche, wenn auch ausweichende Antwort wertete Macron als Freibrief.
Am 3. Februar traf Macrons diplomatischer Chefberater im Kreml mit Putins Berater Jurij Uschakow zusammen. Der russische Außenminister spottete hinterher über eine „pathetische Diplomatie“, auch in Paris sickerte durch, das Gespräch sei nicht erfreulich verlaufen. Putin habe keinerlei Interesse an einem Frieden, sagte Macron. Dennoch betonte er, „es muss möglich sein, den Dialog mit Russland wieder aufzunehmen“. Das sei eine Frage des Selbstwertgefühls Europas. In Berlin wollte man keine Fortschritte durch diesen Besuch sehen. Im Gegenteil.
„Keine Gespräche führen, die zu solchen Ergebnissen führen“
Merz sagte zwar am Rande seiner Reise in die Golfstaaten in der vergangenen Woche, der Besuch in Moskau sei eng abgestimmt gewesen. Dann verwies er aber auch auf den ungarischen Regierungschef Viktor Orbán, ohne ihn beim Namen zu nennen, der schon ohne Abstimmung mit der EU in Moskau Gespräche geführt habe, weil er geglaubt habe, diese schneller zum Erfolg zu bringen.
Das Ergebnis sei kurz darauf das Bombardement eines Kinderkrankenhauses in Kiew gewesen. „Ich möchte keine Gespräche führen, die zu solchen Ergebnissen führen, sondern ich möchte alle Gespräche unterstützen, die dem Ziel dienen, diesen Krieg zu beenden“, sagte Merz. „Wenn wir dazu aus europäischer Sicht beitragen können, dann tun wir das, aber wir tun es nur miteinander abgestimmt, wir tun es nur auch mit der Ukraine abgestimmt, wir tun es mit Amerika abgestimmt.“
Ende Februar will Macron seine zweite Grundsatzrede zur nuklearen Abschreckung in Brest halten. Es gibt Überlegungen in Paris in enger Abstimmung mit London, wie eine von Washington autonome europäische Abschreckung aufgebaut werden könnte. Aber es wird nicht erwartet, dass Macron weitreichende Veränderungen hin zu einer europäischen Teilhabe angekündigt – dafür sei die Zeit nicht reif.
Politico
Bundesbank boss: New reality calls for more EU debt
Joachim Nagel’s shift on eurobonds reflects today’s “different reality,” he told POLITICO.
FRANKFURT — The head of Germany’s central bank has called for the EU to issue more joint debt, putting him at odds with Chancellor Friedrich Merz who wants to keep it strictly as a response to emergencies.
“To make Europe attractive also means to attract investors from outside,” the German central bank governor, Joachim Nagel, told POLITICO ahead of an informal summit of EU leaders on Thursday to address the bloc’s economic challenges. “A more liquid European market when it comes to safe European assets would support that.”
Eurozone central bankers — who have for the first time coalesced around support for joint debt — have sent EU leaders a wish-list of reforms to ensure that Europe’s economy can reform and keep pace with the U.S. and China.
The European Central Bank’s policymakers, Nagel said in an interview on Friday, see “the benefits of creating a common European, highly liquid, euro-wide benchmark safe asset. Action is necessary.”
But Nagel’s break from Germany’s traditional opposition to joint debt comes at an awkward time for Berlin.
Earlier this week, the German government rebuked a rallying call from French President Emmanuel Macron to issue more eurobonds to boost certain sectors, such as artificial intelligence, European defense, semiconductors and robotics. The EU could also exploit U.S. President Donald Trump’s erratic foreign policy goals and lure global investors across the Atlantic.
“The global market … is more and more afraid of the American greenback. It’s looking for alternatives. Let’s offer it European debt,” Macron told a group of reporters on Monday.
Joint debt, known by the market shorthand of “eurobonds,” has long been a divisive topic. Since the sovereign debt crisis, southern European governments have pushed for eurobonds to spread the burden of national debt more evenly across the region. Frugal northern states, by contrast, have warned they risk undermining fiscal discipline — and have refused to put their taxpayers on the hook for debts racked up elsewhere.
The Bundesbank has long been the de facto leader of the skeptics in northern and central Europe who believe eurobonds are best suited to isolated crises that require drastic action. These include an €800 billion post-pandemic recovery plan and a €90 billion loan to Ukraine to finance its defense against Russia.
The last thing the so-called frugal bloc wants is for the EU to get into the habit of raising common debt to solve all of its issues. But times are fast changing.
“Tradition is something that is a reflection of the reality of the past,” Nagel said when asked about the Bundesbank’s shift, stressing that Europe’s security has not been as threatened as today since World War II. “Now we have a different reality.”
Eurobonds, with limits
Support for joint debt does not mean the Bundesbank is dropping its commitment to ensuring sound fiscal policies.
A European asset would only support “specific purposes,” and “how it is controlled by the European authorities and the Member States should be equally clear,” the 59-year-old said.
Eurobonds must also be accompanied by debt reduction at the national level. “European debt is not a free lunch. And doubts about fiscal sustainability should not jeopardize the chances for improved common policies,” he said.
Nagel stopped short of saying how much EU debt is needed to achieve real change. “I won’t give you a number,” he said, but added that “if you want to create something liquid, you have to give the markets an indication about the volume that you will supply over a certain period of time and for a certain purpose.”
The central banker would not be drawn into whether Berlin might also adjust its views to reflect the new reality. “I see my role as giving advice on what could be a way out of a complicated situation that we are confronted with in Germany and in Europe,” he said.
Autonomy, not supremacy
But a more efficient euro capital market is only one front in the battle to secure Europe’s economic independence and autonomy, Nagel said, adding that it will be equally important to ensure that the continent’s payment system can function independently from outside pressure.
“Payment solutions, in an extreme scenario, could be weaponized,” he said.
Accordingly, he argued, the bloc needs to break the duopoly that U.S. credit card giants Mastercard and Visa hold over Europe’s payment rails across its borders. The key to payment security, he went on, is to mint a virtual extension of euro banknotes and coins that can settle transactions across the EU in seconds.
The twin projects of the digital euro and perfecting the euro capital market may help boost Europe’s strength and autonomy, but still don’t amount to a masterplan to steal the dollar’s crown.
And Nagel added that last week’s hint by the ECB about expanding its liquidity lines to central banks around the world, securing companies’ access to euros in times of stress, should not be seen as motivated by a political desire to boost the euro.
“It is about monetary policy,” he said.
Since last summer, Lagarde has urged Europe to seize a “global euro moment” as cracks began to appear in U.S. dollar dominance. While Nagel believes that “the euro could play here a significant role” as investors rebalance their portfolios to adjust to the new reality, he is not a fan of quick shifts.
“I’m not in favor of fast tracking, jumping from one level to the next,” he said. “Often, such a development is not a very healthy one. I’m comfortable with gradual progress on the international role of the euro, as long as it’s moving in the right direction.”
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Merz gegen Macron: Die EU ist keine Schuldenunion
Die EU braucht Investitionen und Widerstandfähigkeit, aber nicht unbedingt neue Schulden. Frankreich irrt, Deutschland muss aufpassen.
Die EU braucht so einiges, aber nicht unbedingt neue Schulden. Sie braucht Investitionen und Widerstandsfähigkeit. Sie muss sich auf die ihr von den Mitgliedstaaten übertragenen Aufgaben besinnen – und nicht gleichzeitig noch erweitert und vertieft werden. Deshalb hat Bundeskanzler Merz recht, wenn er Zweifel am Vorstoß des französischen Präsidenten Macron äußern lässt.
Mehr „Staat“ und mehr Schulden – das ist noch keine zukunftsfähige Politik. Die deutsche Forderung nach einer Stärkung des Binnenmarkts und weniger Bürokratie ist da hilfreicher und an der Sache orientiert.
Kein kleiner Haushalt
Aber auch dafür braucht man Mehrheiten. Die Europäische Union hat ja nicht gerade einen kleinen Haushalt. Die Problemlage kennt Merz freilich nur allzu gut. Er hatte ja auch damit Bundestagswahlkampf gemacht, alles im Wesentlichen aus dem laufenden Haushalt bezahlen zu können. Und er weiß auch, dass Entbürokratisierung nicht mit der Schaffung neuer Ämter enden kann.
Entscheidend ist, ein klares Ziel zu bestimmen und überzeugend darauf hinzuarbeiten. Wenn das, gerade in schwieriger Lage, nur durch neue Schulden erreicht werden kann, dann muss es sein. Verschuldungsregeln lassen Raum. Aber die Europäische Union ist nicht als Schuldenunion gedacht, da mag Frankreich strampeln, wie es will. Es ist wichtig, dass Deutschland dagegenhält.
https://www.faz.net/aktuell/politik/keine-schuldenunion-merz-gegen-macron-110835519.html
EUROPE AND IMMIGRATION
The New York Times
Guest Essay: Spain’s Approach to Migration Is Overrated and Harmful
By Christopher Caldwell, author of “Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam and the West.”
When Prime Minister Pedro Sánchez of Spain announced on Jan. 27 that his Socialist-led government would offer renewable residence and work permits to hundreds of thousands of undocumented migrants, it was easy to believe that the leader of a new global opposition had been crowned. The less welcoming administration of President Trump was at that moment enduring worldwide opprobrium for its roundups of migrants, culminating three days before in the shooting by federal agents of the activist Alex Pretti on a Minneapolis street.
With his amnesty policy, Mr. Sánchez seemed to offer not just a better heart but a better economic model. Last fall, The Financial Times editorialized that his Spain was “Europe’s standout economy” and just before Christmas, Le Monde called it “the economic locomotive of Europe.” Its growth rate of nearly 3 percent had outstripped those of both France and Germany.
But Mr. Sánchez’s economic model, which is inextricable from his approach to migration, is overrated and in many ways harmful. Spain’s economy has for years been heavily based on tourism, relying on an influx of unskilled workers to staff its hotels and restaurants. This generates cash, but has done little to advance Spain into the ranks of Europe’s more advanced economies. Mr. Sánchez did not invent this model, but he has made it his own. That has not won him as much gratitude in Spain as elite opinion would lead you to believe.
Mr. Sánchez introduced his amnesty by decree — an indication that he did not believe he could win a majority for it in the legislature. And on Sunday, in regionwide elections held in Aragon, he faced his first electoral test since declaring the amnesty: His party lost a fifth of its seats in the regional chamber, falling from 23 to 18, while an anti-immigration party, Vox, increased its seats from 7 to 14. On the heels of regional elections in Extremadura in December, it was the second straight contest in which Mr. Sánchez’s party recorded a dismal result and Vox doubled its seats.
Not only does Mr. Sánchez’s vision of migration appear democratically unworkable, it may also be stoking a populist reaction of the sort that has arisen in France and Germany and taken power in the United States.
Mr. Sánchez and others have justified Spain’s migration policy as a response to the country’s demographic crisis. By that metric it has succeeded with a vengeance. A generation ago, Spain had under 40 million people, and since then has had one of the lowest fertility rates in the world. Because of immigration it is nonetheless Europe’s fastest growing major country, projected to exceed 50 million people by the end of this year, with almost 10 million of them born outside of the country.
Generally, commentators present the migration as an economic boon. In the wake of Mr. Sánchez’s announcement of the amnesty policy, El País ran a supportive editorial entitled “More Jobs Than Ever,” noting that there were 22.4 million people in the workplace. But that is to measure the sizeof the economy, not the quality of it. If, in a country that has added 25 percent to its population, as Spain has, we measure not gross domestic product but gross domestic product per capita, the results are less impressive. Incomes have grown in this century, but at roughly the rate of the European Union as a whole, and well below the rate of the United States.
There’s also something odd about the way the economy is performing under the circumstances. While immigration in Spain has supposedly been made necessary by a labor shortage, the unemployment rate in the country remains stubbornly in double digits, and is still at 10 percent — the highest rate in the European Union. That suggests that Spain has a labor surplus. In Spain, as in the United States, defenders of mass immigration often end up arguing that the new arrivals are doing jobs that natives won’t do, leaving the natives feeling that their character has been impugned and making the subject of immigration a sore one all around.
The more so since it is hard for many Spaniards to see where their country’s vaunted economic growth is going. Barcelona natives complain of a “tourist-industrial complex” that draws wealth out of their city, sending it into the coffers of real-estate developers and off to migrants’ homelands in the form of remittances.
Nor is it clear that migration helps balance welfare-state budgets, as immigrant advocates have long claimed. Since the publication of a landmark 2015 study of the Danish welfare state led by the economist Marianne Frank Hansen, our understanding of this issue has grown more fine-grained and more pessimistic: When low-earning migrants move out of their prime working years, short-term benefits can turn to lingering liabilities.
Since many of the people covered in the Sánchez amnesty are Spanish speakers from Latin America, they don’t pose certain cultural challenges that Arabic or Turkish speakers from the Muslim world do. But the amnesty may cover a population that is larger and less Hispanophone than Mr. Sánchez assumes. His government has spoken of 500,000 eligible undocumented migrants, but Funcas, an independent economic think tank, estimates that the group could be as large as 840,000. El Mundo, a conservative newspaper, reported huge lines in front of Algerian and Pakistani consulates after Mr. Sánchez announced the amnesty.
Mr. Sánchez is a gifted political tactician with an almost superhuman ability to bargain his way out of impossible-looking positions. That may explain why he has stepped back from a domestic political battle in which he is faring poorly, setting himself up instead as the antithesis of Mr. Trump, who is as ubiquitous in the Spanish media as he is elsewhere in Europe. Mr. Sánchez has rejected, point-blank, Mr. Trump’s call for European nations to increase their military spending to 5 percent of G.D.P. He has even drawn Elon Musk into an online feud by leading a European movement to bar young teens from using social media.
This strategy is risky. Spaniards are not likely to rally behind Mr. Trump. But neither are they likely to allow their distaste for him to outweigh more pressing realities. The combination of plummeting birthrates in Europe and surging population growth nearby, especially in Africa, has led Spain’s neighbors and the European Union itself to arm themselves against wholesale demographic change. Though Mr. Sánchez’s amnesty applies only to migrants who are already in the country, a Spain that boldly signals it is an exception to the continent’s tightening immigration policy could bring increased migration flows on itself.
There is nothing more vain than predicting a politician’s legacy. Widely celebrated though Angela Merkel’s decision to welcome migrants was in 2015, its main consequence has been not a more inclusive Germany, but the rise of the populist party Alternative for Germany. There are indications that Mr. Sánchez, contrary to those who see him as a countervailing force to the rising populism of the West, could take Spain down the same route that Ms. Merkel’s country has been traveling for the past decade.
https://www.nytimes.com/2026/02/12/opinion/spain-amnesty-immigration.html
THE MLIDDLE EAST
The Jerusalem Post
France demands Francesca Albanese resign after antisemitic remarks at Al Jazeera Forum – report
Her comments, Barrot said, “target not the Israeli government, whose policies can be criticized, but Israel as a people and as a nation, which is absolutely unacceptable.”
France is demanding the resignation of UN Special Rapporteur Francesca Albanese following her “outrageous and reprehensible remarks” made during the Saturday Al Jazeera Forum, according to a Wednesday report from French newspaper Le Monde.
According to Le Monde, French Foreign Minister Jean-Noël Barrot condemned Albanese’s remarks during a Sunday parliament meeting.
Her comments, Barrot said, “target not the Israeli government, whose policies can be criticized, but Israel as a people and as a nation, which is absolutely unacceptable.”
Le Monde also quoted Barrot as saying that Albanese’s words “add to a long list of scandalous positions, justifying October 7, the worst antisemitic massacre in our history since the Holocaust, mentioning the Jewish lobby or comparing Israel to the Third Reich.”
Barrot’s condemnation comes a day after over 20 French parliament members signed a letter demanding Albanese be stripped of “all UN mandates with immediate effect,” Le Monde reported.
UN’s Albanese says humanity has ‘common enemy’ in Israel at forum
Albanese, appearing at the same conference as Hamas leader Khaled Mashaal and Iranian Foreign Minister Abbas Araghchi, spoke during the panel “The Palestinian Cause in a World Moving Toward Multipolarity.”
During the panel, she condemned countries for maintaining relationships and arms trade with the Jewish state and alleged global inaction during the two-year Israel-Hamas War.
“The fact that most of the media in the Western world has been amplifying … the genocidal narrative is a challenge. But at the same time, here also lies the opportunity,” she said. “Because if international law has been stabbed in the heart, it is also true that never before has the global community seen the challenges that we all face.”
She stressed that humanity “now has a common enemy … And the respect for fundamental freedoms is the last peaceful avenue, the last peaceful toolbox that we have to gain our freedom.”
Danielle Greyman-Kennard contributed to this report.
https://www.jpost.com/international/article-886364
PAPAL GEOPOLITICS
L’Express, Book Review
“Le plus grand défi de Trump ? Le pape Léon XIV…” : la géopolitique du Vatican dévoilée par deux experts
Idées. Auteurs du “Dernier Conclave”, Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué révèlent les rapports de force au sein de l’Eglise catholique et analysent les premiers mois du premier pape américain de l’Histoire.
Couple à la ville, ils sont parmi les vaticanistes les mieux informés de Rome. Irlandais, Gerard O’Connell écrit pour la revue jésuite America Magazine. Argentine, Elisabetta Piqué est la correspondante du quotidien La Nacion . Ensemble, ils publient Le Dernier Conclave(Arpa), récit ultra-documenté qui dévoile les coulisses de la mort du pape François (dont ils étaient très proches) et celles de l’élection de Léon XIV, premier pape américain de l’Histoire. Ils y fournissent les chiffres de votes de l’un des moments les plus secrets du monde et révèlent que le cardinal français Jean-Marc Aveline a fini en troisième position.
Pour L’Express, Elisabetta Piqué et Gerard O’Connell analysent les bouleversements géopolitiques à l’oeuvre au sein de l’Eglise catholique, évoquent la surreprésentation médiatique de la frange traditionaliste, soulignent la continuité entre François et Léon XIV, ce dernier étant selon eux la principale épine morale dans le pied d’une administration Trump où les catholiques convertis J.D. Vance et Marco Rubio occupent des postes importants. Le duo décrypte aussi les liens complexes entre le Vatican et la Russie de Vladimir Poutine comme la Chine de Xi Jinping.
L’Express : Plus 70 % des catholiques dans le monde vivent aujourd’hui dans ce qu’on nomme le “Sud global”. Pourtant, sur 133 électeurs lors du dernier conclave, 52 étaient encore européens…
Elisabetta Piqué et Gerard O’Connell :Depuis Pie XII en 1939, les papes ont internationalisé le collège des cardinaux. Mais personne n’a procédé une telle ouverture que le pape François. À sa mort, il y avait 252 cardinaux issus de 96 pays. Parmi les électeurs, qui sont les cardinaux âgés de moins de 80 ans, vous aviez lors du dernier conclave 133 cardinaux provenant de 70 pays. C’était le conclave le plus international de l’histoire de l’Eglise catholique. Beaucoup d’entre eux ne se connaissaient d’ailleurs pas. La langue principale était l’anglais, suivie de l’espagnol et du français. L’italien était loin derrière. Les cardinaux ont dû porter des badges nominatifs. C’était tellement international qu’ils ne se comprenaient pas entre eux. Après le premier jour, ils ont dû faire appel à des interprètes. Quand François a été élu, la moitié du conclave venait encore d’Europe. Ce n’était plus le cas cette fois.
Le cardinal italien Pietro Parolin, numéro deux sous le pape François, était le grand favori de la presse pour lui succéder. Que s’est-il passé?
Tout d’abord, sur les 133 électeurs, 92 d’entre eux avaient été responsables d’un diocèse. Parolin n’a lui travaillé que deux ans dans une paroisse, il était vu comme un diplomate, non pas un pasteur, ce qui était le premier critère pour les électeurs. Ensuite, il n’était pas considéré comme un secrétaire d’Etat fort. Troisièmement, il était perçu comme l’architecte de l’accord entre le Vatican et la Chine au sujet de la nomination des évêques. Beaucoup de cardinaux en Amérique, en Asie ou en Europe de l’Est y étaient opposés.
Certes, Parolin est italien, ce qui a longtemps été un avantage. Mais après des papes polonais, allemand et argentin, ce n’est plus un critère aussi important. Le pape François a réduit le nombre d’Italiens dans le collège des cardinaux de 28 en 2013 à 18 à sa mort. Parmi eux, certains étaient en poste en Mongolie ou en Syrie. Il a donc vraiment réduit le pouvoir des Italiens, augmentant le nombre d’Asiatiques, d’Africains et de Latino-américains. Il a constaté le déplacement de la population catholique de l’Europe et de l’Occident en général vers le “Sud global”. Et il en avait tenu compte pour le collège des cardinaux.
Robert Francis Prevost, devenu Léon XIV, est le premier pape américain. Comment s’est-il imposé?
Il était le moins américain des Américains. Prevost n’a jamais fait partie de la Conférence épiscopale des Etats-Unis. Il a été missionnaire très jeune au Pérou. C’est le pape François qui l’a remarqué et qui l’a fait non seulement évêque, mais aussi administrateur apostolique dans des endroits où il y avait des problèmes, avec des pouvoirs très conservateurs comme l’Opus Dei ou la Sodalité de vie chrétienne. Il ne voulait pas venir à Rome, mais François le lui a demandé, le plaçant à la tête de l’un des ministères les plus importants, le Dicastère pour les évêques, puis le créant cardinal. Un pape ne peut pas désigner son successeur. Mais en février 2025, alors que François était déjà en très mauvaise santé, juste avant d’entrer à l’hôpital, il l’a élevé à l’ordre de cardinal-évêque, le plus haut. C’est le groupe d’élite, avec seulement 12 cardinaux-évêques. Pour ces initiés, c’était un signal.
Par ailleurs, François ne voulait pas de Parolin comme successeur. Il a prolongé Giovanni Battista Re, alors pourtant âgé de 91 ans, comme doyen du collège des cardinaux, en sachant que Parolin devait prendre sa place. François avait bien vu lors du conclave de 2005 que Joseph Ratzinger, en tant que doyen, avait profité de cette position très visible afin de se faire élire pape sous le nom de Benoît XVI. Juste avant sa mort, lors que François n’a pas pu présider les cérémonies avant Pâques, il a demandé aux cardinaux à la retraite de s’en occuper plutôt que Parolin.
L’élection de Léon XIV s’est déroulée en pleine polarisation au sein du Vatican entre les conservateurs et les réformistes. Quel est aujourd’hui le rapport de force entre ces deux courants? Vous soulignez que si les opposants au pape François comme l’Américain Raymond Burke, l’Allemand Gerhard Müller ou le Guinéen Robert Sarah ont été très médiatiques, ils restent minoritaires…
En ayant fait les calculs, nous avons toujours dit que l’opposition au pape François était très bruyante, qu’elle disposait de beaucoup d’argent, en particulier en Amérique du Nord, et qu’elle avait des mégaphones, mais qu’elle ne disposait pas du nombre suffisant au sein du collège des cardinaux. Lors de la dernière élection, le cardinal hongrois Peter Erdö, chef de file de l’opposition conservatrice, n’a pas pu obtenir plus de 30 voix, loin des 89 nécessaires pour l’emporter. Il a fait le plein de ces voix au premier tour, passant devant Prevost et Parolin. Mais cela n’avait rien de surprenant : ses partisans étaient bien organisés, mais en nombre limité. Ensuite, Erdö s’est complètement écroulé.
Avant le conclave, cette mouvance avait publié une brochure intitulée “Cardinal report” sur quarante candidats, qui présentait leur position sur des sujets comme le mariage gay, les femmes diacres, la contraception ou d’autres thèmes importants aux yeux des conservateurs. Mais ils n’avaient rien sur Prevost, parce que ce dernier ne parlait pas beaucoup. Ils ne savaient donc pas ses positions. Les conservateurs ne s’attendaient pas à un pape américain, chose considérée comme impossible. Or Prevost a été à la tête d’un ordre religieux, les Augustins, et il avait visité cinquante pays avant de devenir pape, y compris la Chine et l’Inde. Aucun pape dans l’Histoire n’a autant voyagé avant d’être élu.
Après près d’un an de recul, où se situe donc Léon XIV?
Il n’est bien sûr pas une photocopie de François. Chaque pape a sa propre personnalité. Comme Benoît XVI, Léon XIV a dû succéder à une figure très charismatique. Jean-Paul II et François étaient des géants de la communication. Léon XIV est plus timide, moins extraverti. Quand il est apparu le premier jour avec sa mosette, les conservateurs se sont d’ailleurs dit qu’il ressemblait à Benoît XVI et espéraient qu’il ouvre une voie plus traditionaliste.
Mais si vous regardez ses propos depuis son élection, Léon XIV déclare toujours son amour pour son prédécesseur. Surtout, il a poursuivi sa ligne, celle d’une Eglise ouverte, une Eglise qui implique tout le monde, une Eglise qui ne vous juge pas, qui n’est pas là pour vous condamner. Il s’est positionné de manière évidente contre Donald Trump, le critiquant sur sa politique migratoire comme sur sa politique étrangère, condamnant ses interventions sur le Groenland. Dans la forme, il est donc très différent de François, mais sur le fond, il suit la même voie.
Est-il un progressiste?
Il a été élu pendant le Jubilé 2025 lancé par François, avec beaucoup d’événements programmés. Maintenant que ce Jubilé s’est achevé, Léon XIV peut davantage montrer ses propres cartes. Il est donc trop tôt pour se prononcer. Mais dès sa première apparition au balcon, le 8 mai, son premier mot a été “paix”. Il est totalement sur la ligne de François là-dessus. Deuxièmement, il a dit qu’il veut une Eglise synodale où l’on travaille ensemble, ce qui est le dernier héritage de François. Et puis il a clairement exprimé sa préoccupation pour les pauvres, comme son prédécesseur.
Comme vous l’avez souligné, il est très critique à l’égard de la politique de Donald Trump. Quelle est la relation entre ce pape américain et une administration qui compte des figures catholiques importantes, avec les convertis J.D. Vance et Marco Rubio?
Il représente un grand défi pour eux. Avec le pape François, ils pouvaient dire que ce pape sud-américain ne comprenait pas les Etats-Unis. Mais ce n’est plus possible avec Léon XIV, qui maîtrise bien sûr l’anglais, mais aussi l’argot américain. Son message touche donc les Américains d’une manière bien plus forte qu’aucun pape avant lui.
Depuis son élection, Léon XIV a critiqué les expulsions des immigrés, le manque de respect de la dignité humaine et la réduction de l’aide aux pays pauvres. Sur le plan géopolitique, son discours aux ambassadeurs en janvier était très puissant, affirmant clairement que le multilatéralisme est la voie à suivre, alors que tous les évêques américains ne sont pas sur cette ligne. Léon XIV représente peut-être le plus grand défi pour Trump en termes d’autorité morale, et pas seulement parmi les catholiques.
Une autre différence avec François, c’est que Léon XIV, avant de devenir pape, était déjà actif sur les réseaux sociaux. Il y avait défié J.D. Vance lorsque celui-ci a tenté d’utiliser le catholicisme pour justifier les expulsions d’immigrés. Vance assurait qu’on aime certes Dieu et son prochain, mais avant tout ceux qui sont proches de vous. Prevost a tweeté un article critiquant l’interprétation de saint Augustin par Vance.
Il faut aussi noter que depuis qu’il est pape, il s’est entretenu avec Poutine, Netanyahou, Erdogan et de nombreuses personnalités mondiales, mais nous n’avons aucune preuve d’un échange avec Donald Trump. Le président américain appelle la moitié du monde, mais pourquoi ne décroche-t-il pas son téléphone pour joindre Léon XIV?
La France n’a plus eu de pape depuis le XIIIe siècle et la fin des papes à Avignon. Vous révélez que Jean-Marc Aveline était bien placé…
C’était un candidat très solide. Il rappelait Jean XXIII à beaucoup de personnes. Le pape François s’était aussi rendu à Marseille. Mais sa limite a été la maîtrise de l’italien. Le cardinal Aveline est capable de lire les prières en italien et lors des réunions pré-conclave, il a fait un petit discours en italien, mais il l’a lu. Il est arrivé troisième dans les votes. Il y a, je pense, une très bonne connexion entre Léon XIV et lui. Jean-Marc Aveline sera donc un acteur important dans ce pontificat.
L’Eglise catholique connaît sa plus forte croissance en Afrique, mais il n’y avait que 17 électeurs de ce continent au dernier conclave. Le prochain pape pourrait-il être africain?
En 2005, après l’élection de Benoît XVI, un cardinal africain nous avait confié que dans les vingt-cinq prochaines années, il y aurait plusieurs papes d’Amérique latine, mais qu’il faudrait attendre cent ans avant qu’un pape vienne d’Afrique. Selon lui, l’Eglise africaine est encore trop jeune, même si elle s’avère très dynamique. Mais Léon XIV connaît bien l’Afrique, car les Augustins y ont de nombreuses maisons. Lors de son prochain voyage, il se rendra en Algérie, puis probablement au Cameroun, en Guinée équatoriale et en Angola. Il a nommé deux Africains à des postes importants au Vatican. Il va donner plus de visibilité à l’Afrique et à l’Asie au cours de son pontificat.
Pourquoi la Chine est-elle un sujet si complexe pour le Vatican?
Il y a environ 12 millions de catholiques en Chine. Un jésuite chinois nous a confié que la Chine avait toujours craint deux choses : la guerre et la religion. Sous Xi Jinping, il y a eu une répression religieuse. Une famille catholique ne peut plus emmener ses enfants à l’église le dimanche. Mais Pékin reconnaît aussi que le Vatican est une puissance morale dans le monde. C’est pourquoi, sous François, l’Eglise a ouvert un dialogue avec la Chine. Il y a eu l’accord sur la nomination des évêques : les candidats sont sélectionnés selon les règles chinoises, mais c’est le pape qui a le dernier mot.
C’est donc un processus lent. Jusqu’à présent, le plus haut niveau de rencontre entre un responsable chinois et le Vatican a eu lieu avec les ministres des Affaires étrangères. On espère maintenant que la prochaine rencontre se fera au niveau du Premier ministre et du secrétaire d’Etat. Les catholiques chinois rêvent que Léon XIV puisse se rendre en Chine. Il y était déjà allé avant de devenir pape. Ce serait une première historique. Paul VI s’était rendu à Hong Kong en 1970, mais c’était bien sûr avant la rétrocession.
Tous les évêques de Chine sont désormais unis au pape, mais ils ne peuvent pas se déplacer librement pour lui rendre visite. Le Vatican et la Chine n’ont toujours pas de relations diplomatiques. Le Vatican aimerait ouvrir un bureau à Pékin, et avoir un ambassadeur en Chine. 184 pays sur les 193 que compte l’Organisation des Nations unies ont actuellement des relations diplomatiques avec le Vatican. L’autre grand Etat qui n’en a pas, c’est l’Arabie saoudite.
Et quelles sont les relations avec la Russie de Poutine?
Le Vatican a des évêques en Russie. Le pape François s’est entretenu avec le patriarche de Moscou Kirill en 2015 à La Havane, l’interpellant sur son soutien au conflit en Ukraine. Cela reste un sujet de friction. Par ailleurs, François était proche de Bartholomée Ier, primat de l’Eglise orthodoxe de Constantinople, qui fait toujours figure de numéro un dans la hiérarchie de l’Eglise orthodoxe. Evidemment, Kirill et les Russes n’apprécient pas cette proximité, soulignant qu’eux ont un nombre de fidèles bien plus important. Enfin, Léon XIV a déjà rencontré Volodymyr Zelensky trois fois depuis son élection. Le Vatican estime qu’une paix juste est nécessaire en Ukraine, dans le respect de la souveraineté territoriale. Ce qui, du point de vue de Moscou, est considéré comme une position pro-ukrainienne.
Léon XIV, quand il s’est rendu à Nicée pour célébrer l’anniversaire du premier concile oecuménique, a fait savoir qu’en 2033, pour les 2 000 ans de la résurrection de Jésus, il souhaite que tous les dirigeants chrétiens se réunissent. C’est donc un objectif pour le Vatican et le pape.
Dernière question : Léon XIV, passionné de tennis, a-t-il le temps de jouer?
Il se rend chaque mardi à Castel Gandolfo, à l’extérieur de Rome, où il peut jouer au tennis ou nager. Au Palais apostolique, la résidence officielle des papes, il bénéficiera aussi d’une salle de sport. C’est un pape qui se soucie de son physique comme de sa santé mentale. Il adore voyager sur de longues distances et faire de l’exercice.
Le Dernier Conclave, par Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué, traduit par Nada Chedid. Arpa, 328 p., 19,90 €.
GERMANY’S FAR RIGHT AFD
L’Express
“Nous avons créé un monstre” : en Allemagne, l’inquiétante dérive brune de l’AfD
Enquête. L’extrême droite allemande poursuit sa radicalisation avec un programme ethno-nationaliste. Les électeurs suivent le mouvement. L’AfD est désormais en mesure de ravir deux régions à l’Est, avec 40 % d’intentions de vote, avant d’envisager une conquête de la chancellerie à Berlin.
Un parti nostalgique du IIIe Reich? Avec 40 % d’intentions de vote? Ce n’est pas une fiction, mais une réalité en Saxe-Anhalt où les électeurs s’apprêtent à confier les clés du pouvoir à l’AfD (Alternatif für Deutschland) aux régionales le 6 septembre. La publication du “programme de gouvernement” en Saxe-Anhalt, vendredi 23 janvier, a officialisé le projet de refonte d’un État par l’AfD selon une vision ethno-nationaliste, autoritaire et climato-sceptique d’un parti surveillé par L’Office de protection de la Constitution (Verfassungsschutz).
Création d’une police de la “remigration” sur le modèle de l’ICE américain, suppression du droit d’asile, retour du droit du sang, création de “milices de quartier”, suppression des subventions aux Eglises catholique et protestante, résiliation du service public de l’audiovisuel, lutte contre le “lobby transgenre”, définition de la famille “normale” entre homme et femme, abandon des programmes de lutte contre le racisme à l’école et des “études postcoloniales”, retour du gaz russe, du nucléaire, du charbon, du moteur thermique et démontage des éoliennes… En deux mots : “penser allemand” dans une région qui fut le “centre géographique du Reich”. Les politologues n’hésitent plus à tracer des parallèles avec la montée du nazisme dans les années 1930. “Sous la République de Weimar (1919-1933), nous n’avons pas suffisamment pris conscience du danger que représentait le NSDAP [parti de Hitler]. Le danger, c’est que nous répétions les mêmes erreurs”, prévient Hendrik Cremer, expert de l’extrême droite à l’Institut allemand des droits de l’homme (DIMR) et auteur d’un ouvrage sur les dangers que représente l’AfD pour la démocratie (Plus longtemps nous restons silencieux, plus nous aurons besoin de courage, 2025, non traduit).
“Je ressens un certain fatalisme face à la situation. Les gens sont comme des lapins devant les phares”, ajoute Hans Vorländer, politologue à l’université de Dresde, face à l’absence de réactions dans la classe politique et la société civile après la publication de ce programme résolument identitaire. Cette radicalisation de l’AfD a été progressive depuis 2015. Alors que le parti était sur le point de disparaître, deux ans après sa création, la “crise des réfugiés” a, pour ainsi dire, sauvé une AfD mort-née, grâce à une opposition radicale à la politique de l’accueil d’Angela Merkel et la récupération de mouvements, tel le parti islamophobe Pegida. “Un cadeau du ciel”, confiait à l’époque le transfuge du parti conservateur (CDU) et idéologue de l’AfD, Alexander Gauland, jugé aujourd’hui trop “mou” par ses pairs.
Sur les 18 fondateurs, la plupart des professeurs d’universités eurosceptiques, il n’en reste plus un seul aujourd’hui. Vampirisé par le fasciste Björn Höcke (une qualification autorisée par la justice), l’AfD est devenue l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux d’Europe. “Nous avons créé un monstre”, confiait l’un des figures du mouvement d’origine, Hans-Olaf Henkel, ancien président de la Fédération des industriels allemands (BDI). Depuis, le parti n’a cessé de se radicaliser. “L’AfD défend, dans la lignée des nazis, le concept d’une communauté ethnique homogène. Si ce parti arrivait au pouvoir, il abolirait les droits de l’Homme et l’État de droit. Personne ne serait plus en sécurité dans ce pays”, insiste Hendrik Cremer. “Les médias ne parlent pas assez du potentiel de violence qu’ils représentent. Ils n’évoquent pas non plus les buts de l’AfD, leur idéologie et le fait qu’ils veulent abolir la démocratie”, ajoute-t-il.
“Il attend le grand soir pour sortir du bois”
Tandis que la direction de l’AfD s’efforce de dédiaboliser le mouvement, l’ancien professeur d’histoire Björn Höcke tire les ficelles en coulisses. Le président de la fédération de Thuringe, un homme surveillé par les services de renseignement pour ses accointances néonazies, est le vrai président à l’AfD. Et il agit dans l’ombre. “Il attend le grand soir pour sortir du bois”, assure Hans Vorländer. Plus rien ne se décide sans lui. La moindre critique à son encontre peut conduire à une procédure d’exclusion. Le porte-parole de l’AfD au Bundestag pour les questions de défense, Rüdiger Lucassen, l’a appris à ses dépens. L’ancien soldat de la Bundeswehr a été menacé début décembre d’une procédure disciplinaire pour avoir refusé de suivre Björn Höcke sur son “non” au service militaire obligatoire.
Épuration ethnique
Björn Höcke lutte pour “l’homogénéisation ethnique” de l’Europe, déplore la “stratégie de reproduction des Africains”, considère la Russie comme un “allié naturel de l’Allemagne” et utilise dans ses meetings le slogan de l’organisation paramilitaire nazie Sturmabteilung (SA) : Alles für Deutschland (Tout pour l’Allemagne). Condamné par la justice, il se pose en victime d’une justice “instrumentalisée” par le “système”. Mais plus personne ne peut ignorer aujourd’hui en Allemagne les vrais desseins de l’extrême droite, démasquée en 2024 par l’enquête du site Correctiv. A la Conférence de Potsdam, qui s’est tenue le 25 novembre 2023 à quelques kilomètres de la villa de Wannsee où avait été planifiée la “solution finale” en 1942, plusieurs cadres de l’AfD étaient réunis aux côtés de néonazis pour étudier un plan d’épuration ethnique en Allemagne dont 20 % de la population est issue de l’immigration. L’invité de marque était l’identitaire autrichien Martin Sellner, venu présenter son “Etat modèle” capable de déporter deux millions de “citoyens allemands non assimilés” en Afrique du Nord.
“En raison de mes origines étrangères – mes parents ne sont pas nés en Allemagne -, l’AfD ne me reconnaît pas comme une citoyenne allemande à part entière”, explique Irene Mihalic, première secrétaire générale du groupe écologiste à l’assemblée fédérale (Bundestag), qui souhaite une interdiction du parti par le tribunal constitutionnel. “L’AfD est dominée aujourd’hui par un courant ethno-nationaliste qui exclut les Allemands issus de l’immigration”, confirme Fabian Virchow, chercheur sur l’extrême droite à l’Université des sciences appliquées de Düsseldorf.
Malgré un soulèvement sans précédent de la société civile, l’AfD n’a eu aucun scrupule à aligner un candidat aux élections européennes qui relative les crimes nazis. Maximilian Krah, catholique et père de huit enfants, juge que les SS n’étaient “pas tous des criminels”. Cette déclaration avait conduit la direction du RN à couper les ponts avec les homologues allemands.
Mais plus l’AfD se radicalise, plus elle progresse dans les urnes. En 10 ans, l’AfD est devenue une force politique incontournable, première force dans l’est du pays et premier groupe d’opposition au Bundestag. L’AfD n’est plus un “phénomène” est-allemand, mais un mouvement enraciné sur l’ensemble du territoire. La ministre-présidente du Mecklembourg a mis ses homologues de l’Ouest en garde sur ce succès de l’extrême droite qui n’est pas seulement liée aux frustrations de la Réunification.
“L’AfD représente désormais un risque pour notre pays”
“Les problèmes de l’Est se répercutent avec un certain décalage à l’Ouest. Avec les conséquences politiques qui l’accompagnent”, a prévenu la sociale-démocrate Manuela Schwesig qui remet son mandat en jeu cette année contre une AfD à 40 % dans les sondages, soit deux fois plus que son propre parti (SPD). L’AfD est également aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt, où elle est en mesure de gouverner en 2026 à la majorité absolue en termes de sièges. Toute la radicalité du mouvement a pu se mesurer lors du congrès fondateur, le 29 novembre 2025, d’une nouvelle structure pour les jeunesses de l’AfD, considérée comme une “menace pour la Constitution” par les services du renseignement. En rebaptisant l’organisation Generation Deutschland et en l’intégrant au parti, une dissolution est désormais plus compliquée.
Le nom a changé, pas l’idéologie. Björn Höcke a salué l’élection de Jean-Pascal Hohm à la tête de Generation Deutschland, qui défend, comme lui, la thèse du “Grand remplacement”. “Ceux qui remplacent le peuple par des naturalisations ne changent pas l’Allemagne. Ils la détruisent. C’est donc un devoir de résister”, a déclaré ce jeune homme de 28 ans qui a commencé sa carrière politique dans les milieux d’extrême droite du Brandenburg. “Les membres du bureau de Generation Deutschland entretiennent des relations avec de multiples courants d’extrême droite, dont des néonazis. Ils se connaissent, se serrent la main, se voient, ils manifestent côte à côte”, assure Fabian Virchow. A la tribune du Congrès, Kevin Dorow, originaire du Schleswig-Holstein, a repris l’expression du chef de la jeunesse hitlérienne, le Reichsjugendführer Baldur von Schirach : ” Jugend wird durch Jugend geführt” (“La jeunesse doit être dirigée par la jeunesse”), consciemment et sous les applaudissements.
La coprésidente de l’AfD, Alice Weidel, a fini par épouser – malgré son homosexualité déclarée – les causes de l’aile radicale en faisant acte d’allégeance au courant ethno-nationaliste. Elle a défendu l’utilisation du ” Alles für Deutschland” en acceptant un slogan de campagne très explicite : ” Alice für Deutschland“. En 2017, elle s’était prononcée en faveur de l’exclusion de Björn Höcke après le “discours de Dresde”, au cours duquel il avait appelé à un “virage à 180 degrés de la politique mémorielle” et critiqué le mémorial de la Shoah à Berlin. “Les radicaux ont pris le contrôle”, constate Jörg Meuthen, le dernier des présidents “libéraux” de l’AfD qui a jeté l’éponge en janvier 2022 sous la pression de la meute radicale.
Aux élections législatives de février 2025, l’AfD a doublé le nombre de ses députés au Bundestag, devenant la première force d’opposition. “L’AfD représente désormais un risque pour notre pays”, insiste la député Irene Mihalic, en décrivant une ambiance irrespirable à l’assemblée fédérale. “Les recherches menées par des journalistes ont révélé que plus de 100 collaborateurs parlementaires avaient des liens avec des cercles néonazis et des associations étudiantes nationalistes (Burschenschaften). L’AfD n’en fait plus mystère. Notre sentiment d’insécurité a encore augmenté d’un cran. Quelles sont les personnes qui pénètrent dans le bâtiment à l’invitation de l’AfD? Le soir, on préfère fermer ses bureaux à clé quand on travaille tard”, raconte-t-elle.
“Dangereux de couper le cordon sanitaire”
La procédure d’interdiction, dont l’Allemagne débat depuis des années, risque de durer. “Il faut d’abord rassembler toutes les preuves détenues par les autorités fédérales et régionales chargées de la protection de la Constitution”, explique Irene Mihalic, qui regrette l’aveuglement des conservateurs, peu enclins à suivre le “front commun” contre l’AfD. “La plupart des membres de la CDU n’ont pas compris qu’ils sont devenus leur cible principale”, s’alarme-t-elle. Certains membres de la CDU sont bien conscients que l’AfD veut “détruire la CDU” et que la digue cède entre les deux camps. “Ces gens et leur façon de penser constituent le plus grand danger pour la démocratie. Il ne peut y avoir qu’une seule réponse : s’y opposer”, insiste Herbert Reul, ministre conservateur (CDU) de l’Intérieur en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. “Si mon parti estime qu’il faut changer d’avis, alors je m’en irais”, a-t-il prévenu.
Herbert Reul a senti que le “cordon sanitaire” (Brandmauer) ne tient plus qu’à un fil. Le chancelier utilise lui-même, depuis son retour en politique en septembre 2021, un narratif proche de l’AfD sur l’immigration ou sur le climat qui rapproche déjà les deux camps sur le terrain des idées. En acceptant début janvier les voix de l’extrême droite pour une motion visant à durcir la politique migratoire, Friedrich Merz a brisé sa promesse de “ne jamais coopérer avec l’AfD”. “Je ne regarde ni à gauche ni à droite. Je regarde devant moi”, s’était-il justifié pour expliquer un soi-disant “coup de poker électoral” pour les législatives du 24 février. “C’est l’AfD qui en a profité”, rappelle Fabian Virchow.
“Au regard de l’histoire allemande, il serait dangereux de couper le cordon sanitaire”, estime Hans Vorländer. “La digue tient encore, mais jusqu’à quand?”, s’interroge-t-il. Malgré les inquiétudes des entreprises et des hôpitaux, soucieux de recruter des personnels dans le monde entier pour faire face à la pénurie de main-d’oeuvre, les conservateurs sont persuadés qu’ils récupéreront une partie de l’électorat en durcissant leur discours sur la politique migratoire. Un défi que la CDU aura du mal à surmonter. Lors de son retour en politique, Friedrich Merz avait promis de diviser par deux le nombre d’électeurs d’extrême droite. Ils sont deux fois plus nombreux aujourd’hui.
THE FUTURE OF NUCLEAR ENERGY IN FRANCE
L’Express
Le nucléaire fait son retour par la grande porte, par Eric Chol
L’édito d’Eric Chol. Très attendu, le texte sur la programmation pluriannuelle d’énergie (PPE) voit enfin le jour. Sans éteindre les batailles politiques, il redonne enfin la priorité à l’énergie nucléaire. Un texte indispensable mais loin de clarifier totalement les choix énergétiques du pays.
Etes-vous plutôt éoliennes (A), panneaux solaires (B), ou nucléaire (C)? En cas de réponse A : êtes-vous pales terrestres ou turbines marines? En cas de réponse B : songez-vous au photovoltaïque pour remplacer un élevage bovin? Une vigne arrachée? Ou couvrir un parking? En cas de réponse C : êtes-vous favorable à l’allongement de la durée de vie des anciens réacteurs? Ou à la construction des EPR2?
On pourrait continuer longtemps cette liste, tant l’identité énergétique de la France des prochaines décennies reste à définir. Avec un impact majeur sur la décarbonation de l’électricité, le pouvoir d’achat ou l’indépendance énergétique. Un document, attendu depuis deux ans et demi, devrait nous aider à y voir plus clair : la programmation pluriannuelle d’énergie (PPE). En clair, la boussole pour nos choix énergétiques, dont la nouvelle édition va permettre, sous forme de décret, d’enterrer définitivement celle de 2018, qui a failli mettre au tapis notre filière nucléaire en prévoyant la fermeture de 14 réacteurs. Fort heureusement, seule la centrale de Fessenheim a baissé le rideau : depuis, l’exécutif a redécouvert les atouts de l’atome tricolore, à l’heure où la France veut s’émanciper des énergies fossiles.
La nouvelle PPE inscrit dans le marbre ce tournant nucléaire, en explicitant pour la première fois le choix par l’Etat de construire six réacteurs de nouvelle génération (EPR2) et en demandant à EDF de travailler sur une liste complémentaire de huit autres. Vive la PPE, vive le nucléaire!
Mais comme le macronisme ne s’est pas totalement évaporé, il subsiste, entre les lignes, un petit air du fameux “en même temps”. Le nucléaire ET les renouvelables… Pourquoi pas, les deux étant compatibles. A condition de savoir les combiner et opter pour le soleil ou le vent. Hélios ou Eole? Ces derniers mois, l’énergie solaire a prospéré à grande vitesse, tant elle séduit – chez les agriculteurs notamment. Résultat, le solaire finit, dans la journée, par effacer le nucléaire. La nuit – ou l’hiver- au contraire, le solaire pointe aux abonnés absents. Ce qui nécessite une gymnastique des raccordements et des sources d’énergie qui coûte cher aux finances publiques et désorganise les réseaux : en 2025, note le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE), la France est passée à deux reprises à côté du “black-out”.
La nouvelle PPE va-t-elle mettre un peu d’ordre dans ce grand bazar? Si le choix du nucléaire peut y contribuer, il reste des points à éclaircir, en termes de planification : ces dernières années, la France a largement sous-estimé la baisse de la consommation d’électricité (-7 % depuis 2019). Un recul lié à l’effort de sobriété, assure-t-on côté gouvernement. A moins qu’il ne s’agisse des effets de la désindustrialisation… La réalité, c’est que le débat énergétique fait rage et divise la classe politique. Au point que pour faire passer cette PPE, le gouvernement a préféré la voie réglementaire. Le choix de la prudence. Mais le sujet, loin d’être clos, va ressurgir dans la campagne présidentielle. Avec encore beaucoup de questions à trancher.
WHERE IS MODERN ISLAM
Le Figaro, Book Review
Eugénie Bastié : « Pourquoi l’islam des Lumières est une chimère »
CHRONIQUE – Dans L’islam contre la modernité, Ferghane Azihari dresse un réquisitoire contre l’islam en tant que religion et civilisation. Colonisation, repentance, relativisme, ce Voltaire du XXIe siècle pulvérise tous les dogmes du politiquement correct.
« Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? » C’était la réponse qu’avait lancée, agacé, Lionel Jospin à une journaliste au lendemain de l’affaire du voile de Creil. Cette nonchalance fataliste quant au contenu culturel de notre nation n’est pas celle de Ferghane Azihari. Le jeune essayiste libéral, publie L’Islam contre la modernité, un pamphlet documenté qui affirme crânement l’incompatibilité de l’islam avec les mœurs et les institutions issues de la modernité occidentale.
« N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas ? », se demandait Voltaire. Ferghane Azihari ne manque pas de zèle et affiche envers l’islam la même verve et la même insolence que les philosophes des Lumières ou les positivistes du XIXe siècle déployaient envers la religion. Et de citer Condorcet : « La religion de Mahomet (…) semble condamner à un esclavage éternel, à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la terre où elle a étendu son empire. » L’auteur évite les distinctions sémantiques oiseuses et ne fait aucune différence entre l’islam et l’islamisme : Mahomet, qui prônait le djihad guerrier et se voulait à la fois chef militaire et religieux, n’était-il pas le premier des islamistes ?
« Les hommes ont des droits, pas les idées qu’ils professent », dit l’auteur, qui s’attaque avec courage au fond du problème. Il s’étend sur les anomalies statistiques qui caractérisent l’aire culturelle musulmane : seulement 3 % des 1,9 milliard de musulmans vivent dans des régimes plus libéraux que la moyenne mondiale ; excepté l’Ouganda, la totalité des pays où l’homosexualité est passible de mort sont musulmans ; parmi les 20 pays les plus touchés par le mariage forcé des filles mineures, la moitié sont musulmans ; 1 % seulement des Prix Nobel sont musulmans. Ce sont d’ailleurs dans les pays non musulmans que les musulmans ont le plus de droits et de libertés, sans que cela n’indispose les combattants de l’« islamophobie ». « Corruption, superstition, fanatisme, guerres, mépris des savoirs profanes, de la différence et de la moitié du genre humain (…), il n’est pas étonnant que les sociétés qui ingurgitent ce cocktail toxique restent en marge de la civilisation », ose écrire Ferghane Azihari.
Zéro politiquement correct
Il est rafraîchissant de lire un livre où l’on ne trouve pas une ligne, pas une phrase, pas un mot qui cède au politiquement correct. À ceux qui attribuent les désastres des pays musulmans au colonialisme européen, Ferghane Azihari rappelle que l’islam n’a pas attendu les colons occidentaux pour se montrer violent et ravageur. La religion de Mahomet n’a pas poussé dans le désert, mais elle est née et a grandi « avec une cuillère d’argent à la bouche » dans le plus vieux carrefour des civilisations constitué des provinces les plus opulentes et cultivées du monde grec, romain, juif et chrétien. Claude Lévi-Strauss lui-même déplorait que, dans l’islam, « son souci de fonder une tradition s’accompagne d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures ». Les hiéroglyphes égyptiens durent attendre l’arrivée du Français Champollion au XIXe siècle pour être déchiffrés, tandis que le premier glossaire latin-arabe datait du XIIe siècle et était à l’initiative des Européens. De même, il rappelle que l’esclavage a été aboli en terre d’islam sous la pression des Occidentaux. Un bienfait de la colonisation que les repentants occidentaux ne mentionnent jamais.
L’islamisation de nos sociétés est le plus grand défi auquel elles sont confrontées
Ferghane Azihari
Ferghane Azihari est un libéral et un vrai progressiste. Il dénonce l’hypocrisie de la gauche contemporaine, qui passe son temps à flageller l’Occident tout en voulant livrer les sociétés musulmanes au statu quo, par paternalisme et culte exotique du « bon sauvage », tel Flaubert qui s’effrayait de la modernisation de la Turquie : « Un de ces jours, elles (les femmes turques) vont se mettre à lire des romans. » « La fiction que toutes les civilisations ne se valent pas est une croyance de luxe », écrit Azihari. Un luxe que ne peuvent pas se permettre ceux qui prennent tous les risques pour rejoindre une terre occidentale, comme la grand-mère de l’auteur, comorienne, morte en mer pour tenter de fuir l’archipel islamique afin de rejoindre Mayotte.
Apostasie de masse
Le Polonais Leszek Kołakowski expliquait que ce qui fait la supériorité de la civilisation occidentale, c’est de douter de sa propre supériorité. C’est le doute qu’elle entretient sur elle-même qui fait la grandeur de l’Europe, car elle est la civilisation qui apprend de ses erreurs, s’ouvre avec curiosité à l’extérieur, contrairement à l’islam qui avance depuis 1 400 ans sans retour critique sur lui-même. Mais ce doute, quand il se mue en nihilisme, devient une faiblesse.
Quand on voit l’état des pays musulmans, on peut légitimement se demander ce que deviendra la France, dans un horizon proche, avec une forte minorité musulmane (20 % en 2050, selon certaines projections). « L’islamisation de nos sociétés est le plus grand défi auquel elles sont confrontées », écrit Ferghane Azihari. Quand, dans le quartier de Saint-Denis où reposent les rois de France, des femmes archéologues en débardeur se font harceler pour tenue impudique par des habitants, on peut ne pas communier avec le démographe François Héran dans la foi selon laquelle « notre horizon ne sera pas le grand remplacement, mais le grand renouvellement ». « Avant que la société puisse être libre, il faut qu’elle soit », écrivait Raymond Aron.
Si l’islam a un passé et un présent peu encourageants, faut-il pour autant hypothéquer l’avenir de cette religion amenée à prendre de plus en plus de place dans nos sociétés ? La Grande Mosquée de Paris vient de publier un guide du musulman en démocratie qui proclame la compatibilité totale des principes de l’islam et de ceux de la République française. Ferghane Azihari se montre plus que dubitatif sur la possibilité d’un islam des Lumières (qu’il compare à un « stalinisme à visage humain ») et très critique des prétendus « réformateurs » qui exonèrent l’islam de toute responsabilité, se contentant d’accuser une « mauvaise interprétation » de leur religion. Tant que l’islam n’aura pas opéré un retour critique sur ses fondements mêmes, il ne faudra pas espérer une pacification des rapports entre islam et Occident.
Le constat est implacable. Ferghane Azihari n’a pas de solutions à apporter, si ce n’est une « apostasie de masse » qui ressemble à un vœu pieux. Il sous-estime le fait que de nombreux musulmans sécularisés se détachent de leur propre religion et s’acclimatent de facto aux codes européens. Cet athée convaincu se montre sceptique sur la capacité du christianisme à endiguer l’islam. S’il ne renvoie pas les religions dos à dos comme le font les tenants de la « tenaille identitaire » et affirme préférer de loin vivre dans un pays de culture chrétienne plutôt que dans un pays islamisé, il prétend que seul le ciel vide pourra ébranler significativement les fidèles de Mahomet. Reste à savoir si le vieux rêve de Jules Ferry, « organiser l’humanité sans Dieu ni rois », est plus réaliste que la prophétie de Chateaubriand : « Chassez le christianisme, et vous aurez l’islam. »
UNIVERSITY RANKINGS
The New York Times
Guest Essay: Don’t Trust the Rankings That Put China’s Universities on Top
By Ariel Procaccia, professor of computer science at Harvard.
Harvard, where I teach computer science, used to consistently lead the Leiden Ranking, which rates the research output of universities around the world. Recently, though, Harvard fell to a dismal third, while eight of the top 10 universities came from China. Harvard remains at the top of two other rankings, the Nature Index and the University Ranking by Academic Performance, but the upper tiers of those rankings are also increasingly crowded with Chinese universities. (Notably, one ranking that still looks favorably on American universities is Chinese.)
It’s tempting to conclude, as one observer recently told The Times, that there’s “a big shift coming, a bit of a new world order in global dominance of higher education and research.”
I disagree. It’s true that Chinese universities have made remarkable strides, and some of them host superb centers of research and education. However, they aren’t nearly as dominant as those rankings suggest. To borrow a phrase from Mao Zedong, many Chinese universities are paper tigers: They churn out papers at a ferocious pace, but the quality of these publications is too often in question. American universities will remain the front-runners in the race that truly matters — attracting the most brilliant minds — unless our government continues to withdraw the support needed to produce world-leading research.
The gap between the rankings and reality can be explained by Goodhart’s law, which says that when a measure becomes a target, it ceases to be a good measure. It’s like trying to cure a fever by icing the thermometer: You’ve cooled the instrument, but the patient is still burning up. China has made success in global university rankings a national policy goal, in the process creating incentives that prioritize the appearance of excellence over the health of the research environment.
For a long time, it was common for Chinese universities to award cash payments for publications as a way to boost the share of papers their researchers placed in international journals; the more prestigious the journal, the higher the payout. According to one analysis, publishing a single paper in Nature or Science fetched more than $43,000 on average in 2016, with one university doling out a $165,000 bonus. Obviously, scholars in America and elsewhere also have incentives to publish, especially as they work to gain tenure. But even modest cash rewards can invite rushed, shoddy or outright fraudulent research, which is why this practice is frowned upon here.
In 2020, the Chinese government issued new guidance that banned monetary rewards for publications and sought to promote quality over quantity. However, the excessive pressure to publish is still present, as are its consequences for academic integrity. A Chinese researcher quoted in a 2024 study argued that an “inhumane” — harsh and unrealistic — demand for research productivity essentially made academic misconduct a necessity. This climate paved the way for paper mills — large-scale operations that sell authorship of fabricated or plagiarized papers — with some so brazen that they hawk their services by reportedly handing out business cards in the hallways of Chinese hospitals.
Retractions are another indicator of systemic issues with research integrity. One assessment found that the rate of published papers later withdrawn for fraud or major flaws is over seven times as high in China as in the United States and that China’s retraction rate is three times the global average.
The problem isn’t just how universities react to rankings; it’s how the rankings themselves are built. It’s possible to achieve almost any desired outcome depending on the criteria. A global university ranking from Times Higher Education employs over a dozen criteria; interestingly, this British organization has arrived at the same conclusion every year for the past decade: Oxford reigns supreme.
A more substantive way to evaluate universities is to ask, “Who’s hiring whose Ph.D. graduates as professors?” After all, appointing a faculty member is a long-term investment, one that amounts to a vote of confidence in the research program that trained that scholar. Going by this measure, American academia still has a considerable edge over China.
Take, for example, my field. The Institute for Interdisciplinary Information Sciences at Tsinghua University is arguably China’s most elite computer science program. By my count, at least 26 out of 33 professors there received their Ph.D.s from American universities. At another prestigious program, Peking University’s Center on Frontiers of Computing Studies, at least eight of about 14 professors hold American Ph.D.s. By contrast, it’s rare to come across a professor in a top-tier computer science program in the United States with a Ph.D. from a Chinese university.
None of this is to say that America’s academic strength can’t be challenged — or undercut. Recent actions taken by the federal government have begun to weaken our longstanding advantage in recruiting the world’s best and brightest. Changes to immigration policy quite likely contributed to a 19 percent drop in international students arriving in the United States at the start of the fall semester last year. The current restriction on travel from Iran is especially damaging, as the country is a consistent source of extraordinary talent in science and engineering. An array of cuts to universities’ federal funding has also taken a toll. Harvard, in particular, exemplifies that even the most formidable ivory tower can’t withstand a protracted siege: In the past year, the university has largely frozen faculty hiring and has slashed admissions to science Ph.D. programs.
Ultimately, the greatest threat to the global standing of American universities comes from Washington, not Beijing. What’s at stake is not the position of our universities in some hollow ranking, but the enduring excellence of institutions that have long driven innovation and prosperity in this country.
https://www.nytimes.com/2026/02/11/opinion/america-china-universities-rankings.html
MOVIES
The Economist (Pay Wall)
Gimme moors/ Sex, sex and more sex: Emerald Fennell’s “Wuthering Heights”
An outlandish take on Emily Brontë’s novel highlights the adaptation conundrum
https://www.economist.com/culture/2026/02/11/sex-sex-and-more-sex-emerald-fennells-wuthering-heights
February 11, 2026 (16 articles)
THE WEST IN TROUBLE
The Economist (Pay Wall)
The Telegram/ Are liberal values a luxury the West cannot afford?
Yes, China has impressive high-speed trains. That is no reason for the West to adopt iron-fisted rule
CHINA & HONG KONG
The New York Times
Bret Stephens: Dissidents Are Silenced, and the West Moves On
I once sat with Jimmy Lai on a remote Hong Kong beach as he told me the story of his life.
How his mother had been taken to a labor camp after the Communist Party came to power in mainland China. How a taste of chocolate given to him by a passenger from Hong Kong had inspired him to stow away on a boat to the British colony. How he had worked his way up from the floor of a glove factory and how he had started Giordano, the casual clothes maker, the name inspired by a napkin from a New York pizza shop. How the 1989 Tiananmen Square massacre galvanized his political activism. How he had started the pro-democracy newspaper The Apple Daily with the slogan “An Apple a Day Keeps the Liars Away.”
“I believe in the media by delivering information, you’re actually delivering freedom,” Jimmy told The Times in 2020. It’s as precise a defense of an independent press as I’ve ever seen.
From the beach we went for lunch and talked about politics, political philosophy and religious liberty. That was in 2009, a few years after Jimmy had won a showdown with the Hong Kong government over a proposed security law that would have gutted Hong Kong’s freedoms — freedoms that were supposedly guaranteed for 50 years after Britain returned the territory to China in 1997 under the promise of “one country, two systems.”
But it was clear then that Beijing had no intention of keeping its word, and it became clearer after Xi Jinping came to power and accelerated the regime’s assault on Hong Kong’s rights. That culminated in mass protests in 2019 against a heavy-handed extradition law, a violent police crackdown, Jimmy’s arrest the next year and the closing of The Apple Daily the year after that.
On Monday, Jimmy, who has already spent five years in solitary confinement, was sentenced to a 20-year term, a de facto life sentence for an unwell man of 78. Six former Apple Daily senior staff members also received lengthy prison terms. The most generous interpretation of the decision is that Xi intends to use him as a bargaining chip in trade negotiations when he next meets President Trump in Beijing in April. Less generously, that it is simply the reality of a China that has reverted to type under its Maoist leader.
But there’s another side to this story, equally dismaying, which is the abandonment of dissidents as a public cause in the West.
Fifty or 40 years ago, the free world cared profoundly about names like Solzhenitsyn, Sakharov and Sharansky in the Soviet Union, or Biermann, Havel and Walesa in the captive states of Central Europe. As late as 2007, George W. Bush attended a conference of dissidents in Prague, underscoring their importance to an American foreign policy that paid more than mere lip service to the cause of free societies.
That changed after 2008 when realpolitik — never absent from U.S. foreign policy — roared back. People associated Bush’s “freedom agenda” with the Iraq war, seeing the former either as a cynical cover for an immoral war or as an expensive American delusion that we could plant democracy in barren soils. In 2009, Hillary Clinton went to Beijing as secretary of state and declared that China’s human-rights issues “can’t interfere with the global economic crisis, the global climate change crisis and the security crises.”
In other words, there was more important business to transact.
Under Trump, U.S. policy became that much more transactional and immoral. The president justifies his chumminess with Vladimir Putin by claiming a moral equivalence between Russia and America — “What do you think? Our country’s so innocent?” as he told Bill O’Reilly of Fox News in 2017. And for all of Trump’s talk about running Venezuela, the regime continues to imprison its political opponents while the administration treats the country as an oil play.
What this crass worldliness misses is that human-rights issues typified by cases like Jimmy’s aren’t distractions from more important business. They are the business.
Our confrontation with China today (like our confrontation with Russia, or with the Soviet Union in the Cold War) is not over terms of trade or maritime and territorial disputes. It is about the place of personal liberty in the political order. Every other issue is downstream from that. Respecters of liberty will find ways to work out their differences peacefully. Non-respecters won’t. Any agreement the West signs with Xi or Putin will ultimately be violated the moment it becomes inconvenient to them.
Ditto for Trump — as our trade partners and treaty allies have all found out over the last year.
Marco Rubio issued a brief statement on Monday asking China to grant Jimmy a “humanitarian parole.” It won’t do. What Jimmy needs isn’t the mercy of a totalitarian state. It’s a global campaign on his behalf by decent people who understand that in dissidents like him rests the case for human freedom, its nobility and necessity, against remorseless foes. They understand, too, that those dissidents are also the free world’s most effective weapon, because nothing is more dangerous to a dictatorship than the marriage of courage and conscience in the hearts of its own people.
One day, hopefully, we’ll have an administration that gets this.
https://www.nytimes.com/2026/02/10/opinion/jimmy-lai-hong-kong-freedom.html
RUSSIA
The Economist (Pay Wall)
Move fast and break things/ Russia’s sabotage campaign is becoming bolder
Hacks against Polish energy plants suggest the FSB is involved
https://www.economist.com/europe/2026/02/09/russias-sabotage-campaign-is-becoming-bolder
FRANCE’S DEBT CRISIS
L’Express
Luc de Barochez : Comment Emmanuel Macron compte sur l’Europe pour soulager les maux de la France
Europe. Face à la disette budgétaire et à la désindustrialisation, le président veut convaincre ses partenaires de s’endetter en commun et d’acheter européen.
Longtemps la France a compté sur l’Europe, avec succès, pour subventionner son agriculture. Le modèle a beau avoir trouvé ses limites ces dernières années, on ne change pas une idée qui gagne: Emmanuel Macron compte désormais sur nos voisins pour soulager deux problèmes majeurs de la France, l’endettement excessif des finances publiques et la désindustrialisation du pays.
Guère découragé par son affaiblissement politique à domicile qui mine sa crédibilité à l’international, le président de la République expose ses idées dans une interview accordée lundi 9 février à plusieurs journaux européens. Il plaide d’une part pour un accroissement massif de l’endettement commun de l’Union européenne, et d’autre part pour la généralisation du principe de préférence européenne, selon le slogan “Buy European”.
La première proposition permettrait de financer des investissements que la disette budgétaire française rend hors d’atteinte; la seconde vise à lutter contre les délocalisations industrielles en favorisant l’achat de produits à fort contenu européen. Cela concernerait notamment les commandes publiques, qui forment un levier puissant : leur total dans les 27 Etats membres de l’UE s’élève à quelque 2 000 milliards d’euros par an.
Sur la création d’eurobonds, c’est-à-dire des titres d’emprunts émis par l’Union européenne, Emmanuel Macron invoque l’autorité de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, qui recommandait dans son rapport publié en 2024 de financer chaque année par l’emprunt commun quelque 800 milliards d’euros d’investissements publics et privés. Mais lui augmente la facture de 50 % et évoque le chiffre de 1 200 milliards d’euros! Sa justification : l’accroissement des besoins dans la défense et la sécurité.
Des idées contestées, mais qui progressent
Le plaidoyer du président de la République a été calibré pour influencer les discussions que les 27 chefs d’Etat et de gouvernement doivent avoir jeudi 12 février, lors d’un séminaire de réflexion qui doit les réunir dans un château de la province belge du Limbourg. Ils doivent débattre des moyens de restaurer la compétitivité de l’économie européenne face au dynamisme des deux autres mastodontes mondiaux, les Etats-Unis et la Chine.
Pour cela, les chantiers les plus évidents – évoqués par Mario Draghi comme par Enrico Letta, auteur d’un autre rapport en 2024 sur le marché intérieur – portent sur la simplification administrative, sur la levée des barrières nationales à la fluidité des échanges de biens et services dans l’UE, sur la création d’un marché unifié des capitaux et sur l’élaboration d’un code européen du droit des affaires.
Présentées par Emmanuel Macron comme complémentaires, les idées françaises visant à favoriser la préférence européenne et à développer l’endettement commun sont beaucoup plus contestées. Elles progressent néanmoins, à la faveur des chocs que l’Union européenne a encaissés ces dernières années. Le Brexit, l’épidémie de Covid, la guerre en Ukraine, le mercantilisme chinois et enfin la politique douanière agressive de Donald Trump ont contraint les partisans de la rigueur financière et de l’ouverture maximale des frontières à céder du terrain. L’Allemagne par exemple semble s’ouvrir au principe de la préférence européenne, à condition qu’il soit circonscrit à quelques rares domaines stratégiques bien délimités.
Emmanuel Macron, il le rappelle dans son interview, plaide depuis neuf ans pour une souveraineté européenne renforcée dans tous les domaines. Mais sa capacité de convaincre ses partenaires serait plus forte si la France avait mené, sous sa présidence, les réformes structurelles indispensables pour maîtriser ses finances publiques et libéraliser son économie.
Emmanuel Macron le reconnaît benoîtement : “Nous n’avons jamais eu des réformes comme celles qui se sont tenues dans les années 2010 au Portugal, en Espagne, en Italie ou en Grèce, et dont les dividendes arrivent à plein aujourd’hui”. Lui aurait bien besoin de tels dividendes pour donner du poids à ses propos. Mais au bout de neuf ans de pouvoir, avec de surcroît des marges de manœuvre en politique intérieure réduites à néant, il est un peu tard pour s’en rendre compte.
EUROPEAN POLITICS
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Neue EU-Führung: Den Ton geben jetzt Merz und Meloni an
Präsident Macron ist geschwächt. Die deutsch-französische Achse in Brüssel gibt es nicht mehr. In Giorgia Meloni hat Kanzler Merz eine neue Partnerin gefunden.
Sind Deutschland und Italien, Friedrich Merz und Giorgia Meloni, das neue europäische Paar? Diese Frage wird in Brüssel nun öfter gestellt und debattiert. Niemandem ist entgangen, dass es zwischen Deutschland und Frankreich nicht besonders gut läuft, und kaum jemand erwartet, dass sich das vor der nächsten französischen Präsidentenwahl grundlegend ändert. Bei wichtigen Themen standen beide Länder zuletzt auf unterschiedlichen Seiten, während sich Berlin und Rom zusammentaten.
Zum Beispiel beim Mercosur-Abkommen. In Brüssel haben viele EU-Beamte und nationale Diplomaten mit Kopfschütteln verfolgt, wie Präsident Emmanuel Macron den Freihandelsvertrag auch noch nach etlichen Nachbesserungen für europäische Landwirte ablehnte. Das sei nicht mehr der Macron, der 2017 in seiner Sorbonne-Rede die Europäische Union zu mehr Autonomie und Souveränität aufrief, lautet eine oft zu hörende Analyse.
Keine „Zombie“-Initiativen mehr
Statt zu führen, habe sich der französische Präsident innenpolitisch so weit eingemauert, dass er dem Populismus von links wie rechts nichts mehr entgegensetzen könne. Und so versuchte Bundeskanzler Merz eben, die italienische Regierungschefin auf seine Seite zu ziehen – was mithilfe weiterer Finanzzusagen der EU-Kommission auch gelang. Am Ende stand eine qualifizierte Mehrheit gegen Frankreich in einem zentralen Dossier, was es so schon lange nicht mehr gab.
Ein anderes Beispiel aus jüngster Zeit betrifft die Einstufung der iranischen Revolutionsgarde als Terrororganisation. Deutschland hatte seit Ende 2022 darauf gedrungen, doch standen die anderen drei großen Staaten der EU auf der anderen Seite. Nachdem das Regime in Teheran die Januar-Proteste mit ungekannter Brutalität niederschlug, setzte Außenminister Johann Wadephul alles daran, seinen italienischen Kollegen Antonio Tajani von einem Positionswechsel zu überzeugen. Als er das schaffte, bewegte sich auch Spanien – und schließlich wollte selbst Frankreich nicht mehr allein stehen.
Am Donnerstag dieser Woche treffen sich die Staats- und Regierungschefs zu einer Klausurtagung zum Thema Wettbewerbsfähigkeit. In früheren Zeiten hätten Berlin und Paris die Agenda eines solchen Treffens strukturiert. Diesmal gibt es aber kein deutsch-französisches Papier zur Vorbereitung, sondern ein deutsch-italienisches mit kraftvollen Sätzen.
Kaum noch verlässliche Absprachen möglich
Die beiden Länder stufen sich darin als „die beiden wichtigsten Industrienationen Europas“ ein und erheben weitreichende Forderungen, was den Bürokratieabbau, die Einschränkung der EU-Gesetzgebung und die Vertiefung des Binnenmarktes angeht. Das Papier atmet an keiner Stelle den merkantilistischen Geist, der in Paris weht. Stattdessen wird die Kommission aufgefordert, „Zombie-Initiativen“ zurückzuziehen: vor langer Zeit präsentierte Regulierungsvorschläge, die nicht mehr in die Zeit passten.
Vorbereitet haben Merz und Meloni ihre Initiative bei gemeinsamen Regierungskonsultationen im Januar in Rom, die von Teilnehmern als sehr konstruktiv beschrieben werden. Bei der Gelegenheit trafen beide Seiten ein Abkommen über die verstärkte Zusammenarbeit in der Sicherheits- und Verteidigungspolitik. Das reicht von regelmäßigen Treffen über eine engere militärische Zusammenarbeit bis hin zu einer langen Liste von Rüstungsprojekten. Womöglich steigt Berlin sogar in das britisch-italienisch-japanische Programm für ein Kampfflugzeug der sechsten Generation ein, nachdem jahrelange Verhandlungen zwischen Airbus und Dassault gescheitert sind.
Macrons jüngste Vorschläge stoßen dagegen auf wenig Gegenliebe. Der französische Präsident hatte vorgeschlagen, europäische Produkte in „strategischen Sektoren“ gezielt zu bevorzugen, und gedeckt von Eurobonds gemeinsam in die Verteidigung, „grüne Technologien“, Künstliche Intelligenz und Quantencomputer zu investieren. „Protektionismus kann nicht Europas Wohlstandsmodell sein“, hieß es dazu aus Berlin.
In Brüssel wird all das aufmerksam registriert. Mit Frankreich könne man kaum noch verlässliche Absprachen treffen, heißt es, weil Macron die Mehrheit in der Nationalversammlung fehle – und damit der politische Spielraum. Ratspräsident António Costa will dennoch die Verhandlungen über den nächsten mehrjährigen Finanzrahmen ab 2028 bis Jahresende abschließen. Offiziell wird das damit begründet, dass das Geld sonst erst verzögert fließen könne.
Es geht nicht um ein Paar, sondern um eine Koalition
Inoffiziell macht aber niemand einen Hehl daraus, dass es vor allem darum geht, die Verhandlungen vor der französischen Präsidentenwahl im Frühjahr 2027 über die Bühne zu bringen – um das Budget gegen einen möglichen Nachfolger Macrons vom Rassemblement National abzuschirmen. Erwartet wird, dass Berlin und Rom auch da enger zusammenarbeiten als bisher.
Merz und Meloni scheinen gut miteinander klarzukommen, wie zu hören ist. Sie können auf einem Fundament aufbauen, das zwei Parteifreunde aus der Union gelegt haben. Der EVP-Fraktions- und -Parteichef Manfred Weber und EU-Kommissionspräsidentin Ursula von der Leyen hatten Meloni und ihren Fratelli d’Italia früh eine Brücke in die proeuropäische Mehrheit gebaut – gegen den erbitterten Widerstand von links. Nach der Europawahl wurde Melonis Vertrauter Raffaele Fitto zu einem der Vizepräsidenten an der Spitze der Kommission aufgewertet. Meloni widerstand ihrerseits allen Lockrufen von Viktor Orbán und Marine Le Pen, sich deren rechtspopulistischer Fraktion im Europäischen Parlament anzuschließen.
Gleichwohl warnen Kenner vor einem zu engen Blick auf die Verhältnisse. Es gehe nicht darum, ein Paar durch ein anderes zu ersetzen. Vielmehr müsse man eine neue Koalition von Handlungswilligen und -fähigen innerhalb der EU schmieden. Dazu sind Deutschland und Italien fähig, weil sie nach Norden und Süden integrieren können, die sogenannten frugalen Staaten, die Verfechter einer strengen Haushaltsdisziplin, ebenso wie die Empfänger von Kohäsionsmitteln. Dass Meloni und Merz zugleich um ein passables Verhältnis zu Donald Trump bemüht sind, steht dazu nicht im Widerspruch. Beide müssen bei allen EU-Entscheidungen den Wohlstand ihrer Länder im Blick haben.
EUROPEAN DEFENSE
L’Express
“Non, le Scaf n’est pas mort” : Emmanuel Macron s’accroche, et il est bien le seul
Secret-défense. Le président français est bien le dernier à croire en l’avenir du système de combat aérien du futur et de son équivalent terrestre, le MGCS – le char du futur, deux programmes franco-allemands.
Et s’il n’en reste qu’un, ce sera… Emmanuel Macron. Le président de la République est bien le dernier à croire en l’avenir du Scaf (système de combat aérien du futur) et de son équivalent terrestre, le MGCS – le char du futur, deux programmes franco-allemands. Dans un entretien avec plusieurs journaux européens, le chef de l’État assure que “non, le Scaf n’est pas mort” et ajoute que “c’est un bon projet. Les choses doivent avancer”.
Au moment où l’Allemagne semble prête à se retirer du Scaf pour rejoindre un autre programme international (GCAP – Royaume-Uni, Italie, Japon), Emmanuel Macron brandit la menace de rétorsion vis-à-vis de Berlin : “si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun.” Au voeu pieux sur l’avenir du Scaf, le président de la République ajoute donc le sabre de bois à propos du char. Qui peut croire à cette menace, alors que le char commun MGCS (Main Ground Combat System) est encore plus moribond que l’avion… Des deux côtés du Rhin, industriels, politiques et états-majors comptent les (quinze) mois qui restent avant qu’Emmanuel Macron ne quitte l’Élysée, pour délivrer le permis d’inhumer la coopération franco-allemande sur la défense.
Le président de la République s’accroche à ses espoirs de 2017. A peine installé à l’Élysée, l’Européen convaincu qu’il est misait sur l’alliance avec l’Allemagne. Un conseil des ministres franco-allemand se tient ainsi le 13 juillet 2017, avec Angela Merkel. Des grands programmes de coopération sont annoncés : le Scaf et le MGCS donc, mais aussi un futur système d’artillerie (CIFS), un avion de patrouille maritime (Maws), une nouvelle version (Mk3) de l’hélicoptère de combat Tigre…
Neuf ans plus tard, le bilan est maigrissime. Berlin a abandonné le Tigre – ce qui entraînera la fermeture de l’Ecole franco-allemande d’hélicoptères au Luc (Var). Pour l’avion de patrouille maritime, l’Allemagne a choisi l’avion américain Boeing P-8A Poseidon. Quant au futur canon CIFS (Common Indirect Fire System), il est aux abonnés absents…
L’Allemagne n’a pas besoin de la France
Le Scaf est en soins palliatifs. Les deux grands industriels concernés – Dassault pour la France et Airbus pour l’Allemagne et l’Espagne – ne parviennent pas à s’accorder. Emmanuel Macron les accuse de faire de la “dyssynergie” et refuse de les cautionner. Chez Dassault, qui entend garder le leadership au nom de sa compétence en matière d’avions de combat, et où la collaboration avec l’Allemagne n’a pas historiquement bonne presse, on n’aspire qu’à sortir du Scaf. L’avionneur français veut se concentrer sur l’augmentation des cadences de production du Rafale pour répondre à la demande et développer la nouvelle version de l’avion, le standard F5.
Quant au char du futur, le MGCS, il n’intéresse plus les Allemands. Forte du succès commercial du Leopard 2 – environ 3600 exemplaires produits pour plus de 20 pays – l’Allemagne n’a pas besoin de la France. Les deux industriels allemands RheinMetall et KNDS Deutschland développent actuellement un Leopard 3. Sans les Français, pourtant parties prenantes de KNDS (avec Nexter). Et lorsque la Bundeswehr a besoin d’un blindé médian, elle ne se tourne pas non plus vers la France, mais vers le Finlandais Patria…
Il ne reste pas grand-chose de la coopération franco-allemande dans la défense. Elle a pourtant connu ses heures de gloire au siècle dernier, avec les missiles Hot, Milan, Roland, les avions AlphaJet, Atlantic et Transall ou l’hélicoptère Tigre. Aujourd’hui, alors que l’Allemagne injecte des dizaines de milliards dans sa défense, il ne reste que le drone EuroMale – un échec technique, quelques vagues perspectives sur un système d’alerte avancée (Jewel) ou de capacités de frappes sol-sol à longue portée. Et un président français qui s’accroche à son ambition initiale qui ressemble de plus en plus à une peau de chagrin.
The Times of Israel
L’Allemagne veut « sa » bombe A
Le débat sur une bombe atomique allemande ne surgit pas d’une dérive idéologique ni d’un accès de fièvre militariste. Il est le produit d’un effondrement cumulatif : celui de l’Union européenne comme acteur stratégique cohérent, du multilatéralisme onusien comme garantie de sécurité, et du tandem franco-allemand comme moteur politique du continent.
Face au vide stratégique européen…
Fracture franco-allemande, faillite de l’ONU et retour du nucléaire
Le débat sur une bombe atomique allemande ne surgit pas d’une dérive idéologique ni d’un accès de fièvre militariste. Il est le produit d’un effondrement cumulatif : celui de l’Union européenne comme acteur stratégique cohérent, du multilatéralisme onusien comme garantie de sécurité, et du tandem franco-allemand comme moteur politique du continent.
Ce qui revient aujourd’hui à Berlin, ce n’est pas le goût de la puissance.
C’est la peur rationnelle du vide.
Une Union européenne désarmée politiquement
L’Union européenne traverse une crise plus grave qu’une simple paralysie décisionnelle. Elle souffre d’un défaut de souveraineté stratégique. Malgré son poids économique, elle demeure incapable de garantir la sécurité existentielle de ses États centraux.
La guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, la pression américaine sur le commerce et la sécurité, puis l’épisode du Groenland ont agi comme autant de révélateurs : l’UE produit des normes, pas de la dissuasion. Elle parle de puissance, mais ne dispose pas de l’instrument ultime qui la fonde.
Dans ce contexte, la promesse d’une « autonomie stratégique européenne » apparaît de plus en plus comme une formule sans garantie.
La fracture du tandem franco-allemand
Au cœur de cette impuissance européenne se trouve une réalité désormais assumée : le moteur franco-allemand est grippé.
Pendant des décennies, un compromis implicite a tenu :
- la France assumait la dissuasion nucléaire et la grammaire militaire ;
- l’Allemagne fournissait la puissance économique et la stabilité politique.
Ce compromis a cessé de fonctionner.
Paris considère sa dissuasion comme strictement nationale, non mutualisable, non co-décidable. Berlin refuse, à juste titre du point de vue de sa souveraineté, de dépendre d’une arme dont la décision ultime lui échappe totalement.
Résultat :
- Pas de dissuasion européenne crédible,
- pas de garantie explicite pour l’Allemagne,
- pas de sortie collective par le haut.
Cette fracture n’est pas conjoncturelle. Elle est structurelle.
Quand l’Europe ne protège plus, l’État revient
C’est dans ce contexte que le chancelier Friedrich Merz appelle l’Allemagne et l’UE à « parler le langage de la politique de puissance ». Derrière l’appel européen se cache une évidence nationale : si l’Europe échoue à protéger, l’Allemagne devra décider seule.
Le débat nucléaire allemand n’est donc pas une rupture avec l’histoire d’après-guerre.
Il en est la conséquence logique, une fois que toutes les architectures de substitution ont cessé de fonctionner.
La dissuasion française : crédible, mais non protectrice pour Berlin
La dissuasion nucléaire française est réelle, opérationnelle et respectée. Mais elle reste française. Les ambiguïtés entretenues sur sa « dimension européenne » ne changent rien au fond :
- la décision ultime est nationale ;
- aucune automaticité n’est garantie ;
- aucun cadre juridique n’engage Paris à protéger ses partenaires.
Pour l’Allemagne, cela signifie une chose simple : la bombe française rassure politiquement, mais ne sécurise pas stratégiquement.
À long terme, cette asymétrie devient insoutenable pour un État qui finance et structure l’Union sans disposer de l’assurance ultime.
La faillite opérationnelle de l’ONU
Le second pilier qui s’effondre est celui du multilatéralisme incarné par l’ONU.
Le Conseil de sécurité est paralysé par le veto. Les agressions majeures ne sont ni empêchées ni sanctionnées efficacement. Le droit international subsiste, mais sans capacité de contrainte.
Pour l’Allemagne, qui avait fait du droit et de l’ONU un substitut à la puissance, le choc est doctrinal : le droit sans dissuasion ne protège plus.
La coalition des volontaires pour l’Ukraine : l’ONU mise de côté
La coalition des volontaires en soutien à l’Ukraine marque un tournant silencieux mais décisif. Faute de mandat onusien – rendu impossible par le veto russe – les États occidentaux ont choisi d’agir hors ONU, au nom de la nécessité stratégique.
Ce choix crée un précédent majeur
- La légitimité de l’action prime désormais sur la légalité procédurale lorsque celle-ci est bloquée par l’agresseur.
- L’ONU n’est pas reniée. Elle est court-circuitée.
Et une institution que l’on peut contourner sans coût politique cesse d’être structurante.
Trump et l’ONU rendue optionnelle
Ce que fait Donald Trump ne crée pas cette dynamique, mais l’officialise. En multipliant les coalitions ad hoc et les accords transactionnels, il démontre qu’on peut se passer de l’ONU sans sanction.
Trump ne tue pas l’ONU.
Il la rend optionnelle.
Dans le système international, ce qui devient optionnel devient marginal.
Pourquoi l’Allemagne ne peut plus attendre
Pris ensemble, les constats sont implacables :
- la garantie américaine est politiquement incertaine ;
- la dissuasion française est souveraine, pas européenne ;
- l’ONU est paralysée ;
- l’UE est stratégiquement fracturée.
Dans ce vide, la question n’est plus morale ni historique. Elle est existentielle.
Un État central, sans dissuasion nucléaire, sans droit de veto, sans garantie automatique, devient dépendant de cercles de décision où il n’est jamais certain d’être inclus.
Conclusion – Le retour du réel
La tentation nucléaire allemande n’est pas un retour du passé.
C’est le retour du réel.
Quand les garanties collectives s’effondrent, quand les alliances deviennent conditionnelles, quand le droit ne dissuade plus, alors l’État revient à la seule question qui compte : qui décide, en dernier ressort, de notre survie ?
Tant que cette décision restera extérieure à Berlin, le débat nucléaire allemand ne reculera pas. Il s’enracinera. Il se normalisera.
Et il finira par devenir, non plus un tabou, mais une option stratégique parmi d’autres.
Ce n’est pas l’Allemagne qui a changé. C’est le monde qui a cessé de la protéger.
A propos de l’auteur
Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles, depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine.
https://frblogs.timesofisrael.com/lallemagne-veut-sa-bombe-a/
DEMOGRAPHY
Le Figaro
Eugénie Bastié : «La chute de la natalité est avant tout une chute du couple»
CHRONIQUE – Refus d’engendrer, peur de l’engagement, guerre des sexes, dans Hommes, femmes : sortir des idées toxiques, le jeune psychologue Maxence Carsana analyse le malaise de la génération Z, élevée dans le cocon de l’abondance.
La France semble être engagée sur un toboggan démographique. Pour la première fois de l’ère industrielle hors période de guerre, la natalité ne compense plus la mortalité dans notre pays. Et le hiatus serait sans doute encore pire si on ne prenait pas en compte le poids de l’immigration. Chacun y va de son explication : les uns pointent les facteurs économiques, la difficulté à se loger pour les jeunes générations, la disparition de l’universalité des allocations familiales.
Les autres relient ce déclin à celui de la pratique religieuse et des formes de vie communautaires. Certains relèvent aussi la généralisation des smartphones et des réseaux sociaux, apparue au tournant des années 2010. Le jeune et brillant psychologue Maxence Carsana avance, dans un excellent essai, une cause plus globale et plus profonde : et si c’était l’excès de liberté qui poussait l’humanité au suicide démographique ? Comme si l’abondance de choix, permise à la fois par la révolution technologique (tous les possibles à portée de clic) et la levée de tous les interdits moraux, conduisait à une forme de « stérilisation mentale », une overdose qui nous paralyse et nous empêche de choisir. « La plante ne décide pas de croître. » « Notre grand-mère aurait-elle choisi notre grand-père si elle avait eu accès à Instagram et Tinder ? » se demande le jeune homme.
Une génération en perte de repère face à l’abondance
La chute de la natalité est avant tout une chute du couple, et plus précisément du mariage, devenu non plus le commencement d’une vie à deux mais son aboutissement éventuel. « Nous ne choisissons plus une personne autour de laquelle arranger nos choix de vie, nous faisons d’abord des choix de vie et sélectionnons sur CV un individu qui cocherait les attendus requis », analyse l’auteur.
Le jeune homme, qui se distingue par une maturité stupéfiante pour son âge, brosse un portrait de sa génération, la fameuse génération Z, la première à avoir grandi presque intégralement sous écrans, et dans un cocon éducatif fait d’une surprotection infantile et d’une absence de cadres et d’autorité. Résultat : c’est une génération anxieuse, peu sûre d’elle, qui éprouve des troubles de la santé mentale et une difficulté sans précédent à s’engager, car « s’engager, c’est à la fois prendre un risque et renoncer ».
Cette crise de la capacité à socialiser excède selon le psychologue la seule question des écrans : l’éclatement du modèle familial (ces jeunes sont les enfants du divorce de masse, comment leur reprocher leur peur de l’engagement ?), le relativisme moral, la confusion entre les générations (pourquoi grandiraient-ils puisqu’ils ont été élevés par des adultes qui refusent d’en être ?) sont des facteurs clés. « En démolissant la suprématie de l’arbitraire, de la coutume et des institutions sociales héritées afin de mettre l’homme en position de décider de son propre destin, nous avons engendré un mal-être d’un genre nouveau. »
Être libre mais malheureux
Maxence Carsana explore avec finesse la façon dont ce malaise se traduit différemment selon les sexes. Malaise masculin et malaise féminin poussent ces jeunes, souvent déçus par une quête épuisante de l’amour en l’absence de cadres et de repères, à faire sécession de l’autre sexe : les hommes en se tournant vers un masculinisme qui caricature la virilité en une quête de puissance, les femmes en se tournant vers un féminisme qui fait le deuil de l’amour au profit d’une émancipation jamais achevée.
Être libres mais malheureuses, tel semble le destin de cette génération et de celles qui suivent si rien ne change. Mais l’histoire de l’humanité paraît être faite de balanciers, et sans doute la culture permissive laissera bientôt place à une demande de cadres et de normes qui s’exprime déjà. Encore faudra-t-il les assumer. Maxence Carsana, qui pense illusoire le retour au modèle traditionnel des sexes, plaide pour une politique qui rehausse le prestige du mariage et de la maternité, avec une forte incitation à avoir le premier enfant, ce qui est décisif.
Il faut combattre l’illusion ancrée dans la jeunesse qu’on « a le temps » et qu’il faut « profiter de la vie avant de se poser » en éduquant à la fenêtre de fertilité. Mariez-vous et ayez des enfants jeunes ! Tel devrait être le message qu’une société saine devrait faire passer à sa jeunesse. Nous en sommes loin, mais nous y viendrons, par la force des choses.
ECONOMICS
The European Conservative
Europe Needs Capitalism
With most of the continent’s economies trapped between stagnation and decline, it is time to revive the forces that once made the West the greatest prosperity machine in history.
Europe is grappling with shifting international political priorities, with challenges to long-held notions of alliances and rising tensions between increasingly conflicting policy priorities. Demands for more money for national defense clash with the entrenched generosity of the welfare state.
As these tensions continue to rise, it becomes impossible for Europe’s political leaders to stay in denial regarding the continent’s deeply rooted economic stagnation. With an economy that is barely even going to grow by 1.5% per year for the rest of the decade, the conflicts between fiscal priorities will only grow stronger and more disruptive for Europe’s system of government.
When an economy expands at such tepid rates as 1.5% or less, it is in a state of industrial poverty. The standard of living cannot increase until the growth of economic resources is at double that rate; children grow up to a life no better than what their parents enjoyed—and that parity comes at a heavier struggle for the growing generation.
This is not sustainable. Unless it breaks free from its economic stagnation, Europe will not survive as a first-world economy for much longer.
Fortunately, Europe is not without solutions; its own history has a remedy to offer. That remedy turns a stagnant economy into an engine of opportunity, growth, and rising standard of living.
We collect those forces under one umbrella: capitalism.
Yes, Europe needs to return to its capitalist roots. It needs to revive the old spirits of seizing opportunities, of groundbreaking entrepreneurship, of venture investments and the pursuit of profits. Those who work harder, take more risks, pursue bolder ideas, and make more money should be hailed as heroes; they should be admired and respected for their courage and the value they create.
Today, Europe is far from a capitalist revival. Far too many European governments tax, spend, and monopolize nearly half of the economy. The other half, the private sector, is burdened by regulations, harnessed by taxes, confined, subdued, and humbled. The public attitude to business activity is not helping: most of Europe sneers at the pursuit of profits—and, by consequence, the creation of jobs and economic value—for being almost anti-civilizational.
As a testament to just how far Europe has gone off the proven path to prosperity, there is a wave of anti-rich tax policy proposals making their way across Europe. A year ago, Germany’s Die Linke, the far-left party in the Bundestag, proposed the use of tax policy to make sure there would not be any rich in the country:
The party proposes a sliding scale, 1% for fortunes in excess of €1 million ($1.03 million), 5% for those higher than €50 million, and 12% for those higher than €1 billion. Next, the party calls for a one-off fee for the richest 0.7% of citizens, starting at 10% for those with more than €2 million, and rising as high as 30% for larger sums. The party also aims for a higher inheritance tax for larger estates, and higher rates of income tax for top earners. This would include a 60% income tax on salaries above €250,000 and 75% for those over €1 million. Finally, capital gains taxes should no longer be a flat 25% fee, but rather should operate on a sliding scale like income tax depending on the extent of the gains on assets.
In August, the leftist SPD—which co-governs Germany with the nominally conservative CDU—generally concurred with Die Linke by expressing sympathy for the idea of more hate-the-rich taxes.
A couple of weeks later, Chancellor Merz, who leads his CDU’s coalition with the SPD, explained that no such tax was on the table. Nevertheless, the two coalition partners continue to disagree on this tax item; the fight to protect Germany from even more confiscatory taxation is far from over.
France has its own problems with the disastrous Zucman tax. Despite not being part of the recently forced-through budget, it is unlikely to disappear from the political agenda. In fact, the Zucman tax has morphed into a global hate-the-rich campaign. We hear echoes of it even in America, where the mayor of New York is trying his best to punish his own wealthy supporters with a Zucman-style hate-the-rich tax.
The Swedish Left also wants to be part of this prosperity-plummeting tax movement. Gearing up for the general election in September, the far-left Vänsterpartiet has proposed a tax on Swedish billionaires; given that SEK100 is equal to less than €10, by international comparison, this is probably the most aggressive hate-the-rich tax currently on the table in Europe.
If there is a new leftist government in Sweden after September, there is a good chance that taxes will go up on wealthier Swedes. The social democrats, the largest party on the left, proposed a new levy on ‘the rich’ already in 2023. At that time, the idea was to use the extra revenue to reinvigorate the ailing Swedish military, but that purpose is already dated and dusty. In January, the social democrats announced that they want their version of the billionaire tax to also pay for a national plan for improving elder care.
For the time being, the wave of hate-the-rich tax proposals is meeting with enough parliamentary resistance to protect Europe’s fragile economy from the disastrous consequences of further punishing job creators. However, as Europe sinks deeper into its self-made economic stagnation, that resistance will wear down—unless right-of-center political leaders have a better vision to offer.
That vision must, for all intents and purposes, be a plan to revive European capitalism. It may sound like a radical idea, and given today’s political climate, it certainly is. However, that does not mean it is pointless—quite the contrary. There is only one path forward for Europe: capitalism coupled with a strong foundation of traditional European values.
Sven R Larson, Ph.D., has worked as a staff economist for think tanks and as an advisor to political campaigns. He is the author of several academic papers and books. His writings concentrate on the welfare state, how it causes economic stagnation, and the reforms needed to reduce the negative impact of big government.
https://europeanconservative.com/articles/analysis/europe-needs-capitalism/
Neue Zürcher Zeitung
«Wer nicht dem Mainstream entspricht, wird exkommuniziert»: Alfred N. Schindler und Thomas Jordan über die Schwäche der Wirtschaftswissenschaften
Der Patron des Liftbauers Schindler gibt das Präsidium des Instituts für Schweizer Wirtschaftspolitik (IWP) in Luzern ab, der Ex-Notenbankpräsident Thomas Jordan soll das Amt übernehmen. Im Gespräch erklären der Unternehmer und der Ökonom, warum sie sich für die Schweiz einsetzen.
Schon 1976 warnte der FDP-Finanzminister Georges-André Chevallaz vor der Schieflage der Bundesfinanzen. Er forderte im Vorwort des Parlamentarierkalenders, der im Bundeshaus verteilt wurde, «entscheidende Reformen». Die Vereinigung für Finanzpolitik (VFP) hatte die vor Grafiken nur so strotzende Publikation erstellt. Im Hintergrund daran beteiligt waren Madeleine Schindler und ihr Ehemann Alfred N. Schindler.
Die Sorge über die finanz- und fiskalpolitische Entwicklung in der Schweiz, aber auch über die schleichende Verschlechterung der Rahmenbedingungen für Unternehmer wie ihn hat Schindler nie losgelassen. Der Patron des gleichnamigen Liftbauers aus Ebikon, Luzern, hat sich über die Jahrzehnte immer an der wirtschaftspolitischen Diskussion im Land beteiligt, sich dabei aber stets im Hintergrund gehalten.
Bis er 2020 der Universität Luzern auch finanziell dabei half, das Institut für Schweizer Wirtschaftspolitik (IWP) um den Ökonomen Christoph Schaltegger herum zu gründen. Nach sechs Jahren gibt Schindler das Präsidium des Stiftungsrates ab. Wenn alles wie geplant läuft, wird ihm der Mann folgen, der zwölf Jahre lang als Präsident der Schweizerischen Nationalbank über die Geld- und Währungspolitik des Landes wachte: Thomas Jordan.
Im Gespräch erklären der Unternehmer und der Ökonom, wie sie die Position der Schweiz in der Welt sehen, was im Land schiefläuft und warum im wirtschaftspolitischen Diskurs klare Worte so wertvoll sind wie nie.
Herr Schindler, Sie sind der erste Stiftungsratspräsident des Instituts für Schweizer Wirtschaftspolitik (IWP) an der Universität Luzern. Nun geben Sie dieses Amt Ende 2026 nach sechs Jahren ab. Weshalb?
Alfred N. Schindler: Das IWP hat sich sehr erfreulich entwickelt. In der kurzen Zeit seit der Gründung hat es sich eine grosse Glaubwürdigkeit erarbeitet. Die Qualität der Forschung wird breit anerkannt. Dass ich das Mandat nun abgebe, hat mit meinem Alter und meiner Gesundheit zu tun.
Dass sich Unternehmer am wirtschaftspolitischen Diskurs beteiligen, ist in letzter Zeit seltener geworden. Warum haben Sie sich für dieses Engagement entschieden?
Schindler: Mir liegt die direkte Demokratie der Schweiz am Herzen – sie ist das Fundament für den Erfolg unseres Landes. Ich beobachte jedoch einige Entwicklungen, die unser Erfolgsmodell schwächen. Dazu gehört eine zunehmende Passivität der Stimmbürger, die Beteiligung bei den Abstimmungen nimmt ab. Hinzu kommt die Gefahr der Desinformation, namentlich in den Echokammern der sozialen Netzwerke. Gleichzeitig wird die Welt immer komplexer – die weltweit verfügbaren Informationen verdoppeln sich alle vier Jahre. Deshalb hat sich das IWP den Auftrag gegeben, wissenschaftliche Fakten in einer verständlichen Sprache zu vermitteln.
Ihr Engagement hat auch Kritik provoziert: Es hiess, Sie als Milliardär müssten sich aus der Wirtschaftspolitik heraushalten. Hat Sie dieser Vorwurf getroffen?
Schindler: Nein, denn ich setze mich seit langem für die Wissenschaft ein und war insbesondere auch beim Aufbau der Universität Luzern im Jahr 2000 engagiert. Das IWP ist zudem parteipolitisch völlig unabhängig. Wir haben es geschafft, namhafte Persönlichkeiten nach Luzern zu holen, was sich auch am hochkarätigen Beirat zeigt. Das IWP trägt heute wesentlich zur Reputation der Universität Luzern bei und stärkt zugleich die internationale Wahrnehmung Luzerns und der gesamten Zentralschweiz.
Herr Jordan, Sie waren zwölf Jahre lang bis im Herbst 2024 Präsident der Schweizerischen Nationalbank. Nun treten Sie in den Stiftungsrat des IWP ein. Was hat Sie bewogen, dieses Mandat anzunehmen?
Thomas Jordan: Die Anfrage, beim IWP mitzuwirken, bedeutet für mich eine grosse Ehre. Der Leistungsausweis des Instituts beeindruckt mich – insbesondere seine hochwertige Forschung, die als Grundlage für wirtschaftspolitische Entscheidungen dient. Damit füllt das IWP eine wichtige Lücke. Denn die meisten Universitäten äussern sich immer seltener zu solchen Themen. Ich habe daher aus grosser Überzeugung zugesagt.
Können Sie näher ausführen, welche Lücke das IWP mit seiner Forschung ausfüllt?
Jordan: Nehmen wir die Fiskalpolitik, die für die wirtschaftliche Entwicklung enorm wichtig ist. Ich habe wiederholt festgestellt, dass in der öffentlichen Debatte Grundlagen oder Zusammenhänge falsch oder unvollständig dargestellt werden. Hier kann das IWP mit seinen Analysen zu einem besseren Verständnis beitragen. Es geht um die Frage, welche Rahmenbedingungen unser Land braucht, damit wir unseren Wohlstand auch künftig sichern können. Gerade jetzt, da sich der globale Wettbewerb verschärft, ist dieses Wissen enorm wertvoll.
Sind Sie der Meinung, dass andere Universitäten diesen Bereich vernachlässigen?
Jordan: Es gibt in der Tat immer weniger Professoren, die sich zur aktuellen Wirtschaftspolitik äussern. Das war vor dreissig oder vierzig Jahren noch anders. Offensichtlich ist es für Wissenschafter wenig attraktiv, sich hier zu exponieren. Man verzichtet lieber auf eine Position und riskiert somit nicht, sich der öffentlichen Kritik auszusetzen. Die Wissenschaft verlagert sich mehr und mehr auf rein theoretische Bereiche. Dadurch fehlt es an Forschern, die sich mit praktischen Fragen auseinandersetzen. Ich bedaure diese Entwicklung. Umso wichtiger finde ich es, dass sich das IWP diesem Trend widersetzt.
Schindler: Die Wissenschafter und Professoren stehen stark unter Druck, sich den vorherrschenden Meinungen zu beugen. Wer nicht dem Mainstream entspricht und eine andere Position vertritt, wird exkommuniziert – dies kann sehr schnell geschehen. Genau aus diesem Grund legen wir beim IWP Wert auf die komplette Unabhängigkeit der Forschung. Der Stiftungsrat vergibt keinerlei Aufträge. Ebenso betreiben wir kein Campaigning. Andernfalls hätte ich mich nicht engagiert. Das Institut kann nur glaubwürdig sein, wenn es zu hundert Prozent unabhängig ist.
Herr Jordan, werden Sie sich als Stiftungsrat des IWP an aktuellen Debatten beteiligen? Als ehemaliger Nationalbankpräsident wären Sie dazu prädestiniert.
Jordan: Der Stiftungsrat agiert im Hintergrund. Unsere Aufgabe ist es, die Finanzierung und die unabhängige Weiterentwicklung zu sichern. Zudem erreicht die operative Führung des IWP unter Professor Christoph Schaltegger schon jetzt eine breite Resonanz.
Sie haben seit letztem Herbst ebenfalls ein Mandat als Distinguished Fellow bei der Denkfabrik Avenir Suisse. Besteht hier ein Interessenkonflikt?
Jordan: Diese Mandate sind mit beiden Seiten abgesprochen. Ich übe bei Avenir Suisse keine operative Funktion aus, sondern beteilige mich an einzelnen Projekten. Beide Institute bilden eine gute Ergänzung, denn sie tragen dazu bei, bessere Rahmenbedingungen für die Schweiz zu schaffen.
Das IWP ist seit etwas über fünf Jahren operativ tätig. Wo sehen Sie Potenzial für weiteres Wachstum?
Jordan: Stillstand ist immer problematisch. Unser Institut muss sich stetig weiterentwickeln und relevant bleiben. Nur so können wir auch künftig Spitzenkräfte zu uns holen. Gegenwärtig stehen hinter dem IWP rund fünfzig Donatoren. Diese Basis sollten wir weiter ausbauen. In der Schweiz wird zwar viel Geld an die Hochschulen gestiftet, allerdings zum grössten Teil bei den Naturwissenschaften und der Medizin. Ich bin daher Alfred Schindler und den anderen Donatoren für ihr Engagement dankbar. Die Qualität der Wirtschaftspolitik ist ein entscheidender Faktor für die Zukunft unseres Landes. Davon hängt es ab, ob die Schweiz weiterhin ein hohes Einkommen erzielt, um nicht zuletzt wiederum genügend Geld in die Bildung oder in die Forschung investieren zu können.
Sie haben das Stichwort geliefert: Stillstand ist problematisch. Wie beurteilen Sie den Zustand der Schweiz? Wird es uns auch künftig gelingen, den Wohlstand zu vergrössern?
Schindler: Die Schweiz hat eine unglaublich erfolgreiche Zeit erlebt. Was ich allerdings beobachte, ist ein Gewöhnungseffekt: Der Wohlstand erscheint uns selbstverständlich. Dies ist jedoch ein Trugschluss, denn wir müssen uns unsere Wettbewerbsfähigkeit stets aufs Neue erarbeiten. Das gilt ebenso für die Mitspracherechte, von denen wir in der direkten Demokratie profitieren. Trotzdem geht die Stimmbeteiligung immer weiter zurück. Offenbar erhält das Stimmrecht nicht mehr die gleiche Wertschätzung. Hinzu kommt die zunehmende politische Fragmentierung in der Schweiz. Dies verhindert nötige Reformen, weil es nicht mehr gelingt, Kompromisse zu schliessen.
Sind die Schweizerinnen und Schweizer zu selbstgefällig geworden? Fehlt uns das Verständnis dafür, wie wichtig wirtschaftliches Wachstum ist?
Schindler: Eine gewisse Selbstgefälligkeit spielt sicherlich mit. Mehr noch aber beobachte ich eine wachsende Ratlosigkeit. Das hat auch damit zu tun, dass unsere Welt immer komplexer wird. Hier spielt die erwähnte Fragmentierung eine wichtige Rolle. Das fördert die Entstehung von Verteilungskämpfen zwischen den verschiedenen Interessengruppen. Die Folge ist eine zunehmende Anspruchshaltung dem Staat gegenüber. Wohin diese Entwicklung führt, können wir zum Beispiel an den explodierenden Staatsschulden in Frankreich sehen.
Jordan: Ich denke, dass wir uns in der Schweiz zu wenig fragen, aus welchen Gründen bei uns die Löhne im Vergleich zum Ausland so hoch sind und warum der Staat so vorbildlich funktioniert. Diese guten Rahmenbedingungen werden als selbstverständlich vorausgesetzt. Doch leider ist dem nicht so. Die aktuellen geopolitischen Ereignisse rufen uns in Erinnerung, dass wir viele Dinge auf der Welt nicht ändern können. Umso mehr sollten wir uns auf jene Faktoren fokussieren, die wir tatsächlich beeinflussen können. Dazu gehört insbesondere ein attraktives Umfeld für unsere Wirtschaft. Das beginnt schon mit einer positiven Grundeinstellung den Unternehmern gegenüber.
Erhalten Unternehmer hierzulande zu wenig Wertschätzung?
Jordan: Es wäre sicherlich zu begrüssen, wenn diese Anerkennung wieder zunähme. Unser Land ist auf erfolgreiche Unternehmen angewiesen, insbesondere auch Startups. Wenn ich mit jungen Leuten spreche, so versuche ich ihnen die Bedeutung leistungsfähiger Firmen jeweils so zu erklären: Je vielfältiger die Unternehmenswelt ist, desto grössere Wahlmöglichkeiten haben die Arbeitnehmer, speziell die jungen Berufstätigen. Eine starke Wirtschaft macht auch die einzelnen Individuen stark. Und je breiter sie auswählen können, desto leichter finden die Menschen einen Beruf, der auf ihre persönlichen Talente zugeschnitten ist. Wenn möglichst viele Leute sich produktiv einbringen können, so bringt das ebenso die Wirtschaft voran.
Herr Schindler, wir erleben derzeit disruptive Veränderungen in der Welt: etwa den Aufstieg von China oder die Handelszölle der USA. Sie als erfahrener Unternehmer sind Disruptionen gewohnt. Wie beurteilen Sie die derzeitige Lage?
Schindler: Die heutige Welt wirkt unsicher. Doch als Unternehmer habe ich gelernt, dass man Ungewissheiten aushalten muss. Bei einem Tennisspieler wie Roger Federer sieht man sofort, ob er den Ball gut getroffen hat oder nicht. Doch wenn wir im Unternehmen einen Entscheid fällen, so werden wir das Ergebnis erst in acht oder gar zehn Jahren beobachten können. Es ist daher zu früh, um die Folgen der heutigen Veränderungen einzuschätzen. Schauen Sie, als ich bei Schindler die Führung übernahm, befand sich die Globalisierung erst in ihren Anfängen. Viele haben damals gezweifelt, dass sie sich durchsetzen würde. Eingetreten ist das Gegenteil, der Welthandel ist explodiert. Deshalb bin ich heute vorsichtig, wenn es heisst, die Ära der Globalisierung sei vorbei.
In China waren Sie ein echter Pionier: Schindler war im Jahr 1980 das erste westliche Unternehmen überhaupt, das ein Joint Venture im Land gründete.
Schindler: Wir dachten damals, wir würden etwas aufbauen, von dem die Enkel dereinst profitieren könnten. Viele warnten mich zudem, ein solches Engagement sei zu riskant. Stattdessen ist China unglaublich gewachsen. Niemand konnte sich einen solchen Boom nur annähernd vorstellen. Deshalb sagte ich vorhin: Um mit der Ungewissheit in der heutigen Zeit umgehen zu können, braucht es vor allem Resilienz.
Sie kennen China hervorragend. Wie beurteilen Sie den Formstand der Wirtschaft?
Schindler: Das Land steckt in einer schwierigen Lage. Die bisherige Industriepolitik war enorm erfolgreich, ist jetzt allerdings an eine Grenze gestossen. Der Immobilienmarkt ist vor fünf Jahren eingebrochen und hat sich bis heute nicht erholt. Ebenso hat das Land mit enormen Summen seine Industrien gefördert, beispielsweise die Autoindustrie. Das Problem besteht darin, dass die Wirtschaft einseitig auf Investitionen ausgerichtet ist. Doch bei einer zu hohen Investitionsquote kann das System kollabieren. Japan
musste dies Ende der 1980er Jahre erleben. Deshalb muss China seine Wirtschaft so umbauen, dass sie wieder in ein neues Gleichgewicht kommt. Das wird einige Zeit dauern. Aber die Chinesen sind unglaublich fleissig, und sie sind sehr stark in der Forschung.
Herr Jordan, als Präsident der Nationalbank haben Sie ebenfalls gelernt, mit Unsicherheit und Krisen umzugehen. Wie sehen Sie den geopolitischen Umbruch?
Jordan: Es gehört zum menschlichen Wesen, dass man die aktuelle Unsicherheit rasch als besonders gravierend einstuft. Doch allein in den Jahren seit der grossen Finanzkrise von 2008 haben wir eine unglaubliche Serie an Erschütterungen erlebt. Zum Beispiel die Euro-Krise, als die Währungsunion beinahe zerbrochen wäre, oder die Covid-Pandemie, als die Wirtschaft zeitweise fast stillgestanden ist. Das Wesen der Krisen ändert sich dabei immer wieder – und ebenso die Art, wie Staaten und Unternehmen darauf reagieren müssen. Daher ist die Resilienz so wichtig.
Wie ist die Schweiz gerüstet, wenn auf der Welt mit den USA und China zwei neue Machtblöcke entstehen? Manche Experten sprechen bereits von einem neuen Kalten Krieg.
Jordan: Für die Schweiz als kleine offene Volkswirtschaft ist das eine ungünstige Entwicklung. Eine starke Allianz zwischen den USA und Europa ist auch in unserem Interesse. Diese ist nun brüchiger geworden. Allerdings mussten die schweizerischen Unternehmen schon bisher gegen Protektionismus in fast allen Absatzmärkten ankämpfen. Diese versteckten Handelshemmnisse werden jetzt deutlicher sichtbar. Für die Schweiz ist es entscheidend, dass sie flexibel bleiben kann, um sich an Veränderungen anzupassen. Dazu braucht es in erster Linie fiskalische und monetäre Stabilität, also eine tiefe Verschuldung sowie eine geringe Inflation. Ein Land mit hohen Schulden und hoher Inflation dagegen verliert die Fähigkeit, in einer Krise flexibel zu reagieren.
Wie beurteilen Sie das als Unternehmer, dass die Staaten immer höhere Schulden anhäufen?
Schindler: Es gibt einen Kipppunkt, die sogenannte Fiskaldominanz. Diese ist dann erreicht, wenn der Staat seine Schulden kaum noch bedienen kann und die Zentralbank zwingen muss, die Zinsen künstlich tief zu halten. Aus meiner Sicht präsentiert sich die Lage in Frankreich inzwischen bedrohlicher als in Italien. Letztlich gibt es bei den Schulden nur zwei Auswege: Der Staat geht bankrott, oder aber es kommt zu Hyperinflation.
Bei den Schulden steht die Schweiz gut da. Wo sehen Sie bei uns Handlungsbedarf, und wie kann sich das IWP einbringen?
Jordan: In unserer komplexen Welt gibt es zwangsläufig viele Regulierungen. Wichtig ist jedoch, dass man stets eine korrekte Güterabwägung vornimmt. Jede Regulierung muss effizient und zielgerichtet sein. Sonst wirkt sie kontraproduktiv und kreiert unnötige Kosten. Auch hier geht es um gute Rahmenbedingungen.
Herr Schindler, welchen Aspekt möchten Sie hervorheben, um die Schweiz voranzubringen?
Schindler: Ich möchte die Diskussion zur Ungleichheit erwähnen. Manche Exponenten behaupten, die Schweiz entwickle sich zu einer finanziellen Aristokratie. Solche Aussagen widersprechen den Fakten – und sie sind gefährlich. Denn jedes Land braucht erfolg-reiche Leute; das geht weit über das Reichsein hinaus. Es bedeutet, dass sich der Erfolg lohnen soll. Mir scheint es wichtig, dass wir den jungen Menschen diesen Zusammenhang erklären können. Wir müssen ihnen aufzeigen, dass ihnen viele Türen offenstehen, wenn sie sich bemühen und an ihre Möglichkeiten glauben. Nur so werden wir auch in Zukunft genügend Startups hervorbringen, welche später zu Konzernen heranwachsen und den Wohlstand unseres Landes sichern. Dazu brauchen wir ebenso ein ausreichendes Vertrauen in die Zukunft.
Zur Person
Schindler mit Sitz in Ebikon zählt zu den weltgrössten Herstellern von Aufzügen und Fahrtreppen. Zwei Milliarden Menschen lassen sich jeden Tag damit befördern. Der Konzern beschäftigt 69 000 Mitarbeitende. Alfred N. Schindler, geboren 1949, hat den globalen Aufstieg des Unternehmens über Jahrzehnte geprägt. Er war CEO von 1985 bis 2011 sowie Präsident des Verwaltungsrats von 1995 bis 2017. Nach wie vor ist er Mitglied des Verwaltungsrats. Die Familien Schindler und Bonnard halten knapp 70 Prozent der Stimmrechte am börsenkotierten Konzern.
Der 1963 geborene Thomas Jordan gehört zu den prägenden Führungspersönlichkeiten der Schweizerischen Nationalbank (SNB) in der jüngeren Vergangenheit. Der promovierte Ökonom trat 1997 in die SNB ein und wurde zehn Jahre später in das Direktorium berufen. Von 2012 bis 2024 war er Präsident des SNB-Direktoriums. (sal.)
NATION & IMMIGRATION
The European Conservative
Europe: The New Nations of Immigrants?
In many European countries with ancient histories, large segments of the population are recent arrivals who did not participate in nation-building and lack a stake in its continuation.
hen non-Americans think about the United States and immigration, they are inevitably reminded of the title of John F. Kennedy’s 1958 book A Nation of Immigrants. Indeed, the history of America is closely intertwined with migration, which has fundamentally and repeatedly reshaped the demographic and political make-up of the country. Equally intertwined is the debate over migration, which continues to dominate public discussion in the United States—as evidenced by President Trump’s re-election on the cornerstone issue of illegal immigration.
Europe, on the other hand, is often thought of as a collection of homogeneous nation-states. Despite the obvious increase of immigrants, European immigration levels are rarely compared to the transformative nature of America’s, which would turn European countries into ‘nations of immigrants.’ Even when talking to those deeply opposed to immigration, the comparison between European and American immigration is often considered an exaggeration.
The numbers, however, tell a different story. According to research conducted by the Center for Immigration Studies, by the closing month of the Biden administration in January 2025, there were approximately 53.3 million foreign-born individuals residing in the United States. This was a historical record not only in absolute terms but also in percentage as well: America’s foreign population had never before reached 15.8%, not even during the great wave of immigration in the late 19th and early 20th centuries, when the influx peaked at 14.8%. In fact, largely as a response to this wave, when the United States radically reduced immigration in 1924, this figure fell below 5% by the time the country reopened its borders at the end of the 1960s.
Compare this with similar data from Europe. As of January 1, 2024, the EU had a foreign-born population of 44.7 million people, accounting for 9.9% of the total population, not including EU citizens living in other member states. Furthermore, by 2024 seven EU member states had foreign populations close to or exceeding the US’s historic levels: Malta (23.6%), Luxembourg (18.1%), Cyprus (17.6%), Ireland (16%), Estonia (15.9%), Sweden (15.3%) and Spain (14.9%) have all reached unprecedented levels of foreign-born population. Additionally, a further eight member states (Austria, Belgium, France, the Netherlands, Croatia, Latvia, Germany, Portugal, and Slovenia) have a non-EU foreign population of over 10%.
The dramatic nature of these percentages is matched only by the speed with which these transformations took place. Sweden, for example, was an ethnically homogeneous society up to the mid-20th century. By 2024, however, less than two-thirds of the population were ethnic Swedes. Today, one in five Swedish residents was born abroad, and of these 2.1 million people, 1.6 million came from non-EU countries—198,000 from Syria, 147,000 from Iraq, 85,000 from Iran, 69,000 from Somalia, and 66,000 from Afghanistan. From 2010 to 2013 alone, Sweden’s immigrant population increased by a startling 800,000.
Portugal is a similar case study. Despite its lengthy colonial history, the proportion of immigrants in Portugal was around or below 1% until the 1990s, and even by the early 2000s, immigrants accounted for only 2.5% of the population. However, over the course of just two decades, Portugal’s foreign population skyrocketed to 662,000 by 2020. Even more astonishing, due to a relaxed immigration policy, this number more than doubled to 1.5 million by 2024, exceeding 15% of the population. Interestingly, while Portugal does host a large number of immigrants from former Portuguese colonies (Brazil, Angola, Cape Verde), there has also been an explosion of Indian, Bangladeshi, and Ukrainian citizens in the country.
Putting all of Europe’s immigration data together, it is clear that comparing Europe’s immigration with the fundamentally altering waves of American immigration is no exaggeration. For some, such as those who desire a ‘United States of Europe,’ these statistics are welcome news. But Europe must not forget that it is fundamentally different from America. Europe is the home of nations whose fixed historical, cultural, religious, linguistic, and political traditions go back hundreds or even thousands of years. These nations have storied histories, often written in blood and war, and now large proportions of their population are recent arrivals who took no part in their host country’s nation-building and have no stake in its continuation. For many immigrants, their new country’s history is some other people’s story in which they do not wish to become involved. Instead, they prefer to keep their home country’s story or build an isolated and closed-off community in Europe. Despite what many might hope, these developments, as rapid and expansive as they are, do not point towards unity but to discord and perpetual generation of future problems.
Viktor Marsai, PhD is the executive director of MCC’s Migration Research Institute and associate professor at the Ludovika University of Public Service.
https://europeanconservative.com/articles/commentary/europe-the-new-nations-of-immigrants/
FREE SPEECH
Atlantico
L’UE renforce son contrôle sur WhatsApp, soulevant de nouvelles inquiétudes quant à la liberté d’expression
Un reclassement technique aux conséquences considérables place WhatsApp sous le régime des règles numériques les plus strictes de l’UE.
La décision de la Commission européenne, le 26 janvier, de qualifier WhatsApp de très grande plateforme en ligne marque une nouvelle étape dans le renforcement du contrôle de Bruxelles sur le numérique.
En invoquant la loi sur les services numériques (DSA), la Commission a placé l’un des outils de communication les plus utilisés en Europe sous une surveillance accrue. Cette mesure relance une question ancienne et toujours en suspens : jusqu’où la réglementation numérique peut-elle aller avant de porter atteinte à la liberté d’expression ?
Le déclencheur est un seuil technique. La fonctionnalité « Chaînes » de WhatsApp compte désormais plus de 45 millions d’utilisateurs mensuels dans l’UE, ce qui place la plateforme dans la catégorie de risque la plus élevée de la DSA. Cette désignation s’accompagne de nouvelles obligations importantes, notamment des évaluations de risques détaillées, des rapports de transparence et un contrôle renforcé des contenus. Meta dispose de quatre mois, jusqu’à mi-mai 2026, pour se conformer à ces nouvelles exigences.
Les responsables de la Commission s’efforcent de minimiser l’impact de cette décision. Ils insistent sur le fait que les messages privés restent protégés. Seules les « chaînes », décrites comme des outils de diffusion unidirectionnelle, sont concernées par les nouvelles règles. La vice-présidente de la Commission, Henna Virkkunen, a insisté sur cette distinction.
Pourtant, l’expérience montre que de telles frontières sont rarement respectées. Une fois que les autorités de régulation ont établi un cadre juridique solide, la surveillance tend à s’étendre discrètement au fil du temps, sans grand débat public et avec une visibilité encore plus réduite.
La véritable portée de cette décision réside dans la définition que la DSA donne des « risques systémiques ». Ce terme va bien au-delà des contenus illégaux. Il englobe également des préoccupations formulées de manière vague, telles que les menaces à la démocratie, à l’intégrité des élections ou aux droits fondamentaux. Aux termes de la loi, les plateformes sont tenues d’identifier et de neutraliser ces risques sous la supervision directe de la Commission.
De fait, cela transforme les entreprises privées en gardiennes du débat public. On leur demande de contrôler la parole selon des critères politiques qu’elles n’ont pas définis, tout en opérant selon des procédures qui restent largement opaques. Pour les critiques, c’est là que la liberté d’expression commence à apparaître dangereusement conditionnelle.
La désignation de WhatsApp s’inscrit également dans un schéma bien connu. Les propositions directes de « contrôle des conversations » ont été maintes fois bloquées par l’opposition du public et des parlementaires. Au lieu d’abandonner l’idée, Bruxelles l’a poursuivie par d’autres moyens. Lorsqu’une voie est bloquée, une autre s’ouvre discrètement. Il en résulte un renforcement constant du contrôle, sans mandat démocratique clair.
Tout cela survient à un moment délicat. La confiance du public envers les institutions européennes est déjà mise à rude épreuve. Pourtant, alors que la Commission se présente comme la gardienne de la liberté d’expression, elle continue de promouvoir des cadres juridiques qui encouragent la surveillance, l’autocensure et la restriction du champ des discours acceptables.
Les avertissements des juristes, des organisations de défense des libertés civiles et des citoyens ordinaires n’ont guère freiné cette dynamique. Pour des millions de personnes qui dépendent de plateformes comme WhatsApp pour communiquer et s’informer en dehors des médias traditionnels, l’inquiétude n’est plus abstraite. Elle est de plus en plus personnelle.
La version originale de cet article a été publiée sur The European Conservative
WOKE & GENDER
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Pronoun Wars in Public Schools
A religious teacher loses a legal appeal, but is the Supreme Court next?
THE ENERGY OF THE FUTURE
L’Express
Le nucléaire fait son retour par la grande porte, par Eric Chol
L’édito d’Eric Chol. Très attendu, le texte sur la programmation pluriannuelle d’énergie (PPE) voit enfin le jour. Sans éteindre les batailles politiques, il redonne enfin la priorité à l’énergie nucléaire. Un texte indispensable mais loin de clarifier totalement les choix énergétiques du pays.
Etes-vous plutôt éoliennes (A), panneaux solaires (B), ou nucléaire (C)? En cas de réponse A : êtes-vous pales terrestres ou turbines marines? En cas de réponse B : songez-vous au photovoltaïque pour remplacer un élevage bovin? Une vigne arrachée? Ou couvrir un parking? En cas de réponse C : êtes-vous favorable à l’allongement de la durée de vie des anciens réacteurs? Ou à la construction des EPR2?
On pourrait continuer longtemps cette liste, tant l’identité énergétique de la France des prochaines décennies reste à définir. Avec un impact majeur sur la décarbonation de l’électricité, le pouvoir d’achat ou l’indépendance énergétique. Un document, attendu depuis deux ans et demi, devrait nous aider à y voir plus clair : la programmation pluriannuelle d’énergie (PPE). En clair, la boussole pour nos choix énergétiques, dont la nouvelle édition va permettre, sous forme de décret, d’enterrer définitivement celle de 2018, qui a failli mettre au tapis notre filière nucléaire en prévoyant la fermeture de 14 réacteurs. Fort heureusement, seule la centrale de Fessenheim a baissé le rideau : depuis, l’exécutif a redécouvert les atouts de l’atome tricolore, à l’heure où la France veut s’émanciper des énergies fossiles.
La nouvelle PPE inscrit dans le marbre ce tournant nucléaire, en explicitant pour la première fois le choix par l’Etat de construire six réacteurs de nouvelle génération (EPR2) et en demandant à EDF de travailler sur une liste complémentaire de huit autres. Vive la PPE, vive le nucléaire!
Mais comme le macronisme ne s’est pas totalement évaporé, il subsiste, entre les lignes, un petit air du fameux “en même temps”. Le nucléaire ET les renouvelables… Pourquoi pas, les deux étant compatibles. A condition de savoir les combiner et opter pour le soleil ou le vent. Hélios ou Eole? Ces derniers mois, l’énergie solaire a prospéré à grande vitesse, tant elle séduit – chez les agriculteurs notamment. Résultat, le solaire finit, dans la journée, par effacer le nucléaire. La nuit – ou l’hiver- au contraire, le solaire pointe aux abonnés absents. Ce qui nécessite une gymnastique des raccordements et des sources d’énergie qui coûte cher aux finances publiques et désorganise les réseaux : en 2025, note le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE), la France est passée à deux reprises à côté du “black-out”.
La nouvelle PPE va-t-elle mettre un peu d’ordre dans ce grand bazar? Si le choix du nucléaire peut y contribuer, il reste des points à éclaircir, en termes de planification : ces dernières années, la France a largement sous-estimé la baisse de la consommation d’électricité (-7 % depuis 2019). Un recul lié à l’effort de sobriété, assure-t-on côté gouvernement. A moins qu’il ne s’agisse des effets de la désindustrialisation… La réalité, c’est que le débat énergétique fait rage et divise la classe politique. Au point que pour faire passer cette PPE, le gouvernement a préféré la voie réglementaire. Le choix de la prudence. Mais le sujet, loin d’être clos, va ressurgir dans la campagne présidentielle. Avec encore beaucoup de questions à trancher.
HISTORY
Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review
„Sichelschnitt“-Plan: Die Legende von Hitlers Generalen
Der „Sichelschnitt“-Plan war ein genialer Einfall. Der Historiker Roman Töppel zeigt, wie die Idee entstanden ist.
Am Freitag, dem 10. Mai 1940, überfiel die deutsche Wehrmacht die Niederlande, Belgien und Luxemburg. 2,8 Millionen deutsche Soldaten waren zur Westoffensive angetreten, die das Ziel hatte, Frankreich zu besiegen und Großbritannien zum Frieden zu zwingen. Der Schwerpunkt der deutschen Operationen lag dabei nicht im Norden der Front, sondern im Süden. Die Alliierten hatten eine Wiederholung des Schlieffen-Plans aus dem Ersten Weltkrieg erwartet: einen starken Stoß durch Frankreichs nördliche Nachbarn, um dann nach Süden in Richtung Paris einzudrehen. Der deutsche Plan sah jedoch anders aus: Starke Panzerverbände sollten durch die südlichen Ardennen und Luxemburg hindurchstoßen, dann nach Nordwesten wenden und schnellstmöglich die Kanalküste an der Mündung der Somme erreichen. Ziel war es, die gegnerischen Kräfte im Norden abzuschneiden und zu vernichten.
Urheber dieses später „Sichelschnitt“ genannten Plans war Erich von Manstein. So wurde es zumindest nach dem Krieg von der Generalität – auch von Manstein selbst – immer wieder kolportiert und größtenteils akzeptiert. Dass dies jedoch nicht vollständig der Wahrheit entspricht, zeigt nun der Historiker Roman Töppel in seiner Edition von Mansteins Kriegstagebüchern und Briefen. Töppel nutzt dabei die gleiche Herangehensweise wie die kommentierte Edition von Hitlers „Mein Kampf“ aus dem Jahr 2016, an der er auch mitarbeitete. Gestützt auf andere umfangreiche Primärquellen ergänzt er das Bild, das sich aus den Überlieferungen Mansteins ergibt.
Töppel kann damit zeigen, dass Manstein zwar tatsächlich die Idee des Stoßes durch die Ardennen entwickelte, gleichzeitig aber noch ein anderer wichtiger Akteur diese Idee hatte, dem die früheren Generale nach dem Krieg solche taktischen Ideen vollkommen absprachen: Adolf Hitler. Der habe schon Tage bevor Manstein erstmals Stellung zur Angriffsplanung nahm, dem Generalstabschef Franz Halder gegenüber die Idee vorgebracht, durch die Ardennen vorzugehen, schreibt Töppel. Ausführlich zeichnet er die Planung für den „Fall Gelb“ nach.
Manstein war bis Ende Februar 1940 Generalstabschef der Heeresgruppe A, die für den südlichen Frontbereich vorgesehen war. Er erkannte die Schwäche der Planung im Oberkommando des Heeres (OKH) und drang in mehreren Denkschriften immer wieder darauf, den Angriffsschwerpunkt zu seiner Heeresgruppe zu verlegen. Im OKH war man jedoch anderer Ansicht und versuchte mit allen Mitteln, auch Hitler von dieser Idee abzubringen. Besonders Halder tat sich dabei hervor, der Manstein sogar belog, ihm sagte, das OKH sei ja ganz auf seiner Seite, aber Hitler lehne den Ardennen-Vorstoß ab.
Erst Anfang Februar 1940 gelangte eines von Mansteins Memoranden zu Hitler. Der fühlte sich in seinen Annahmen bestärkt und befahl, die Offensive nach seinen Vorstellungen durchzuführen. „Das Verdienst Mansteins lag darin, Hitler durch seine Denkschrift dazu ermutigt zu haben, den ,Sichelschnitt‘-Plan gegen den Widerstand seiner gesamten militärischen Berater zu befehlen.“ Dieser sei, auch auf Betreiben Halders, in wesentlichen Punkten von Mansteins Vorstellungen abgewichen und habe nur Erfolg gehabt, weil den Alliierten ebenfalls massive Fehler unterliefen, schreibt Töppel.
Wie kam es nun zu der Überlieferung, Manstein sei der Vater des Gedankens gewesen? Dieser selbst ging davon aus, da er es nicht besser wusste. Er, der im März 1940 ein Armeekorps übernommen und nichts mehr mit der Planung zu tun hatte, war auch nach dem Krieg noch überzeugt, die Planung beruhe auf seinen Ideen. Halder wiederum versuchte nach dem Krieg, Hitler als militärischen Dilettanten darzustellen, um das OKH reinzuwaschen und von eigenen Unzulänglichkeiten abzulenken. Die Erfolge in der ersten Phase des Krieges hätten demnach die Generale errungen. Erst als Hitler sich immer weiter in die militärische Planung einmischte, sei es bergab gegangen.
Ein ähnliches Vorgehen ist im Fall des Haltebefehls von Dünkirchen zu beobachten. Die Generale schoben diesen nach dem Krieg dem „Führer“ zu, der damit dafür verantwortlich gewesen sei, dass die britischen Streitkräfte über den Kanal entkommen konnten. Hitler habe die vorstoßenden Panzer zwar tatsächlich anhalten wollen, schreibt Töppel, doch sei die Initiative von Generaloberst Gerd von Rundstedt ausgegangen, dem Befehlshaber der Heeresgruppe A. Der habe sich Sorgen um eine Flankenbedrohung gemacht und wollte deshalb die Panzer warten lassen, bis Infanteriekräfte aufgeschlossen hatten.
Aus den Tagebüchern und dem Briefwechsel Mansteins mit seiner Frau – 590 Briefe und Postkarten lagen Töppel für den Zeitraum von 1939 bis 1941 vor – tritt aber nicht nur der hochbegabte Soldat zutage, sondern auch der Mensch Erich von Manstein. Einerseits fällt das ständige Lamentieren über sein Schicksal ins Auge. Manstein wurde 1936 Stellvertreter des Generalstabs des Heeres, und viele Beobachter – und nicht zuletzt auch Manstein selbst – sahen ihn als dessen Nachfolger. 1938 wurde er jedoch versetzt und Halder übernahm diese Stelle. Immer wieder kommt in den Briefen zum Ausdruck, dass Manstein seine Talente nicht entsprechend gewürdigt sah. Auch, dass er nach dem Polen-Feldzug nicht mit dem Ritterkreuz ausgezeichnet wurde, nagte an Manstein. Wirklich frei gefühlt zu haben schien er sich nur während des Frankreich-Feldzugs. Aus den Tagebucheinträgen geht hervor, wie sehr er das Leben als Befehlshaber eines Armee-Korps genoss.
Mansteins Beiträge zeugen auch von einer gewissen politischen Naivität. Wenn er sich über den Krieg äußerte, wiederholte er die Propaganda. So sei Deutschland der Krieg – besonders von England – aufgezwungen worden, schrieb er. Außerdem sah er im Krieg lediglich eine Auseinandersetzung um ein Regierungssystem. Töppel merkt dazu an, dass Manstein die weltanschaulichen Ziele der Nationalsozialisten gar nicht „in ihrer ganzen Dimension und Gefährlichkeit“ erfasst habe.
Roman Töppel hat mit „Manstein – Kriegstagebücher und Briefe 1939–1941“ ein wichtiges Buch – gut 550 Seiten, nebst Karten und einem umfassenden Anmerkungs- und Quellenapparat – zur Geschichte des Westfeldzugs im Zweiten Weltkriegs vorgelegt. Man darf gespannt sein auf die angekündigten zwei weiteren Bände, die sich mit Mansteins Wirken in der Operation „Barbarossa“ befassen werden.
Roman Töppel: Manstein. Kriegstagebücher und Briefe 1939 – 1941.
Brill Schöningh Verlag, Paderborn 2025. 672 S., 49,90 €.
CULTURE
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Say a Prayer for the Paperback
The mass-market novel was integral to the development of liberal democracy. It’s basically dead.
Mr. Green is a Journal contributor and a fellow of the Royal Historical Society.
February 10, 2026 (12 articles)
LA CHUTE DES EMPIRE
Contrepoints, Book Review
« La tragédie migratoire et la chute des empires. Saint Augustin et nous », par Chantal Delsol
La similitude entre la chute de l’empire romain et le déclin actuel de l’Occident est bien connue. Lasse d’entendre un monde désabusé, de constater une dénatalité volontaire, de voir troquer notre culture civilisée contre celle du bon sauvage, Chantal Delsol réagit de façon originale et osée. Elle n’invente rien, alimente simplement sa réflexion par une profonde culture historique qu’elle partage dans un style nuancé et objectif à l’égard de l’humanité. Avec maints exemples à l’appui, de l’Antiquité à nos jours, elle aboutit à une certaine lucidité face aux problèmes anxiogènes qui prennent racine dans le choc des cultures. Et quand les élites se trouvent en bas de l’échelle des valeurs morales, les malheurs qui en découlent ne sont plus le résultat de la colère des dieux mais le résultat des faiblesses et des vices humains. Et c’est là que la philosophe recourt à Augustin d’Hippone, théologien du Vème siècle, étonnamment moderne, qui refuse toutes prophéties millénaristes et réfute la perfection de toutes cités terrestres. On sait combien Chantal Delsol s’est toujours opposée aux régimes totalitaires d’où émane aujourd’hui encore une odeur apocalyptique.
« Alors comment pouvoir aimer ce monde ? », que saint Augustin qualifie d’immonde, mais pas damné, ce qui implique une rédemption possible et laisse la porte ouverte à toute bonne volonté et espérance. Mais, conformément à la pensée de l’évêque d’Hippone, Chantal Delsol ne s’éloigne pas de la réalité d’aujourd’hui. Consciente de cette forte immigration qui envahit l’Europe et la divise, elle affiche en toute franchise ses convictions de citoyenne éprise de liberté et de fermeté intellectuelle, seul moyen selon elle d’accueillir l’étranger avec l’ intelligence du cœur et de l’esprit.
EUROPE IN TROUBLE
The Economist (Pay Wall)
An interview with France’s president : Emmanuel Macron declares a European state of emergency
He urges the EU to move fast or be swept aside
https://www.economist.com/europe/2026/02/10/emmanuel-macron-declares-a-european-state-of-emergency
Le Figaro
Nicolas Baverez : « L’Allemagne et l’Italie, moteurs de la nouvelle Europe »
CHRONIQUE – Réunis à Rome le 23 janvier, Friedrich Merz et Giorgia Meloni se sont engagés dans une transformation de l’Union européenne autour de cinq axes. Ensemble, ils dessinent les contours d’une nouvelle Europe sans la France.
Le 23 janvier, dans le somptueux décor baroque de la Villa Doria Pamphilj, considérée comme le « Versailles romain », Friedrich Merz et Giorgia Meloni ont non seulement noué un partenariat stratégique entre l’Allemagne et l’Italie portant sur la compétitivité et l’innovation, l’énergie, la défense, la sécurité et la lutte contre l’immigration illégale, mais aussi scellé un pacte pour fonder une nouvelle Europe dont les deux pays sont le moteur.
Les deux dirigeants partagent la conviction que l’Union doit effectuer un aggiornamento radical autour de la compétitivité, de la souveraineté et de la sécurité, sauf à devenir la proie des prédateurs. Donald Trump, avec la menace de recourir à la force armée pour annexer le Groenland venant après la guerre commerciale totale qui s’est conclue par un accord léonin au détriment de l’Union, a dessillé les dirigeants européens, dynamitant l’Occident et vidant de sa portée l’Alliance atlantique.
Friedrich Merz et Giorgia Meloni s’accordent sur le constat d’une Europe affaiblie, isolée et désarmée face à l’Amérique, qui mise sur son « effacement civilisationnel » pour la vassaliser, à la Russie, qui vise la reconstitution de l’empire soviétique par une violence débridée, à la Chine, qui l’installe dans une dépendance économique mortifère, aux géants du Sud, qui poursuivent leur revanche sur le passé colonial. Ils mesurent les handicaps que constituent l’effondrement de sa démographie, l’atonie de sa croissance, le décrochage de l’industrie et de l’innovation, l’incapacité à assurer la sécurité de sa population et de son territoire – et ce d’autant que l’Allemagne et l’Italie sont lourdement touchées.
Mais ils sont également décidés à jouer pleinement les atouts européens : des talents et des cerveaux ; des universités réputées ; une épargne abondante (35 500 milliards d’euros) ; des infrastructures performantes ; des entreprises et des réseaux commerciaux de dimension planétaire ; un grand marché de 450 millions de consommateurs adossé à des institutions responsables, un État de droit fiable, un système financier solide et une monnaie stable.
Les moyens de leurs ambitions
Les deux dirigeants se sont engagés dans une transformation de l’Union à laquelle ils comptent rallier une large majorité des États membres. Et ce autour de cinq axes. La reconstruction d’une base productive compétitive donnant la priorité à l’industrie, ce qui implique la remise en question du « Green Deal » et une déréglementation massive, mais aussi l’achèvement du grand marché. Forts du dynamisme de leurs exportations, la multiplication des accords de libre-échange avec l’Inde, le Mercosur, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud ou l’Afrique. Le renforcement de la sécurité du continent et la lutte contre l’immigration illégale, tempérée par la poursuite d’une immigration de travail rendue indispensable par le déclin démographique – la population de l’Allemagne a diminué de 100 000 personnes et celle de l’Italie de 35 000 personnes en 2025.
L’accélération du réarmement autour de deux piliers : le découplage prudent et progressif avec les États-Unis avec l’espoir de préserver l’Alliance atlantique ; l’émergence d’une Union de la défense entre les grands pays européens. Le renforcement de l’Union par son évolution vers un « fédéralisme pragmatique », cohérent avec la structure et la culture décentralisée des deux pays, esquissé par Mario Draghi dans son discours de Louvain et destiné à réconcilier soft et hard power par une intégration renforcée dans les domaines de l’énergie, de la technologie, des infrastructures, de la défense et de la politique étrangère.
Les Jeux olympiques d’hiver de Milan et Cortina servent de vitrine au sursaut de l’Italie, qui conjugue la stabilité politique, une position de quatrième exportateur mondial, un déficit public ramené à 3 % du PIB et une dette stabilisée de 137 % du PIB
L’Allemagne et l’Italie disposent des moyens de leurs ambitions. Elles adhèrent sans réserve au projet de nouvelle Europe et à la feuille de route dressés par Mario Draghi. Depuis le Brexit et la chute de la France, l’Allemagne a pris le contrôle des institutions clés de l’Union. Au sein du Parlement, le rapprochement avec l’Italie se traduit par un basculement de la majorité autour d’une union des droites qui a permis des avancées majeures avec la révision drastique des directives CSRD, portant sur l’information non financière, et CS3D, portant sur le devoir de vigilance, l’autorisation des plantes issues de l’ingénierie biologique ou encore la levée de l’interdiction du moteur thermique à partir de 2035.
Surtout, l’Allemagne et l’Italie incarnent dans le monde l’espoir de renouveau d’une Europe qui s’affirmerait, face à l’Amérique illibérale, comme le refuge de la liberté et du pluralisme politiques, de l’État de droit, d’un capitalisme stable et régulé, d’une société apaisée et solidaire. Le regain d’intérêt des investisseurs qui se détournent des États-Unis se concentre sur l’Allemagne, son plan de relance de 6 % du PIB et son réarmement effectif avec 83 milliards d’euros de commandes d’équipements en 2026. Les Jeux olympiques d’hiver de Milan et Cortina servent de vitrine au sursaut de l’Italie, qui conjugue la stabilité politique, une position de quatrième exportateur mondial, un déficit public ramené à 3 % du PIB et une dette stabilisée de 137 % du PIB, un système bancaire solide et dynamique.
Europe du XXIe siècle
Cette nouvelle Europe se construit en dehors de la France, isolée et marginalisée. Le couple franco-allemand, mythe entretenu uniquement par Paris, est vidé de tout sens et de toute portée. Berlin et Paris divergent sur tout, de l’énergie aux traités commerciaux – Mercosur en tête – en passant par la sécurité, l’immigration, le réarmement, avec l’échec annoncé des programmes de chars et d’avions du futur, de fusées et de satellites, la relation avec les États-Unis de Trump, la Chine de Xi, la Russie de Poutine et l’opportunité de renouer le dialogue avec elle à propos de l’Ukraine.
Pour la première fois depuis les années 1950, l’Europe se pense et se construit en dehors de la France, ce qui ne peut que creuser le fossé entre les Français et l’Union. Et ce de manière très paradoxale. Les principes fixés par le général de Gaulle – souveraineté et indépendance nationales adossées à la dissuasion nucléaire, projet d’une Europe politique au sein des blocs – n’ont en effet jamais été plus pertinents et actuels qu’à l’âge des empires du XXIe siècle. Mais ils sont ruinés par la perte de légitimité et de crédibilité d’Emmanuel Macron, qui a multiplié erreurs et revirements sur les grands dossiers diplomatiques, et surtout par la disparition des moyens de puissance de la France du fait de son effondrement démographique, économique, financier, institutionnel, intellectuel et moral. Pendant que Friedrich Merz et Giorgia Meloni modernisent l’Allemagne et l’Italie tout en façonnant le renouveau de l’Europe, le président français incarne l’impuissance et l’immobilisme.
L’ironie de l’histoire veut que la nouvelle Europe du XXIe siècle, dont le projet politique ne peut être que la défense de la liberté face aux empires, est imaginée et portée par les nations qui inventèrent le fascisme et le nazisme puis qui formèrent l’Axe qui fit basculer l’Europe dans l’autoritarisme, provoqua la Seconde Guerre mondiale et mit en œuvre la Shoah. L’impérialisme suicidaire de Vladimir Poutine et la révolution illibérale de Donald Trump accouchent ainsi d’une Europe dominée par une Allemagne décomplexée et émancipée du poids des tragédies qu’elle engendra, associée à une Italie qui fonde sa renaissance sur le post-fascisme.
Marc Bloch, dans L’Étrange Défaite, souligne que « d’un bout à l’autre de la guerre, le métronome des états-majors ne cessa de battre avec plusieurs mesures de retard ». Aujourd’hui, ce n’est pas seulement le métronome de l’état-major mais celui de la France tout entière qui a cessé de battre, alors que l’histoire s’emballe et qu’une nouvelle Europe émerge sans elle.
THE WORLD ECONOMY
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Big Money in Today’s Economy Is Going to Capital, Not Labor
Soaring profits and stocks funnel more of GDP toward companies, their top employees and shareholders. AI will intensify this trend.
https://www.wsj.com/economy/jobs/capital-labor-wealth-economy-2fcf6c2f?mod=hp_lead_pos3
CORRUPTION IN FRANCE
L’Express
Hausse de la corruption : pourquoi il faut se méfier des cadeaux empoisonnés, par Gérald Bronner
Idées. La corruption se répand en France, preuve d’un pays peu à peu empoisonné par le crime organisé. Un phénomène inquiétant qui exploite notre nature humaine…
Un rapport de la Cour des comptes l’a souligné récemment : on observe une progression générale des faits de corruption recensés en France. Ce constat n’est pas démenti par les données communiquées par l’IGPN (Inspection générale de la police nationale), qui indiquent que les affaires de corruption impliquant des policiers ont augmenté de 70 % entre 2020 et 2024. Tout cela est inquiétant car révèle la réalité d’une France peu à peu empoisonnée par le crime organisé.
Les choses prennent un tour plus surprenant encore lorsqu’on découvre que les dealers proposent désormais de rendre, en quelque sorte, des “services” dans les quartiers où ils sévissent. Ainsi, les fêtes de fin d’année ont été l’occasion de mises en scène sur les réseaux sociaux où de petits caïds montrent leur grand coeur en offrant des cadeaux. Les mêmes organisent de fêtes de quartier ou des distributions de fournitures scolaires… Bref, le crime prétend peu à peu prendre une place laissée trop souvent vacante par l’État ou les associations qui ne peuvent pas tout.
Problème de la réciprocité
Le thème de la mafia comme substitut du pouvoir légitime est un classique du genre mais, jusqu’à récemment, la France avait été épargnée. Il se trouve qu’il n’y a rien d’anodin à accepter un cadeau : c’est là le début même de la corruption. En effet, même si vous ne promettez rien en retour, il demeure le problème épineux de la réciprocité. De quelle manière un don nous lie-t-il à autrui? En droit, rien n’impose à celui qui reçoit d’endosser une quelconque dette envers son bienfaiteur; pourtant, dans la pratique, l’échange ne met-il pas en place un réseau d’obligations tacites?
C’est à cette question que répond Robert Cialdini, psychologue à l’Université de Columbia. Dans l’élaboration de son ouvrage, désormais classique, Influence et manipulation, il convoque non seulement les acquis de la psychologie sociale mais observe, durant plusieurs années, les méthodes concrètes de vendeurs automobiles, de centres d’appels commerciaux ou encore de militants associatifs. Sa conclusion est qu’un cadeau accepté entraîne une forme de réciprocité implicite bien plus contraignante que nous ne l’imaginons ordinairement.
Condition de survie pour certaines espèces
Le monde du marketing s’est largement emparé de ce mécanisme. Qui accepte une dégustation dans une grande surface – jus de fruit, biscuit salé ou autre friandise – sait bien le risque qu’il prend de se sentir obligé à un achat qu’il n’aurait pas fait dans d’autres circonstances. Les échantillons gratuits, les marques de courtoisie, les compliments adressés par un inconnu sollicitant un don, voire un simple verre offert au comptoir, instaurent un jeu d’influences discrètes mais puissantes, capables de nous faire consentir à ce que nous aurions refusé peu auparavant.
Pourquoi est-ce si profondément enraciné dans les relations sociales? Plusieurs penseurs en ont souligné la portée quasi universelle. C’est le cas du sociologue américain Alvin Gouldner qui tenait malgré tout à rappeler l’existence de réciprocités inégalitaires. La psychologie évolutionniste, quant à elle, a proposé une lecture stimulante – bien que conjecturale – de ce phénomène. Ainsi, le psychologue social Roy Baumeister voyait dans la réciprocité une condition de survie pour certaines espèces. Dans son ouvrage The Cultural Animal: Human Nature, Meaning, and Social Life, il rappelle que l’aléa de la chasse peut conduire un individu à abattre une proie trop “volumineuse” pour être consommée seule; le partage devient alors un investissement, fondé sur l’espoir d’un secours futur lorsque viendra la disette. Selon cette perspective, les groupes incapables d’une telle solidarité auraient été progressivement éliminés par la sélection naturelle. La réciprocité apparaîtrait ainsi comme une assurance collective face à l’irrégularité des ressources.
On comprend dès lors combien ce principe s’inscrit au coeur même de notre nature, renforcé par de multiples normes sociales. On comprend aussi pourquoi les institutions qui oeuvrent pour l’intérêt général : la gouvernance politique, la police ou les magistrats doivent se prémunir avec vigilance contre ce pouvoir d’influence. Car le poison du crime organisé est aussi celui d’une réciprocité vénéneuse.
THE ARAB WORLD
Le Point
En Tunisie, la dictature dévore ses enfants
LETTRE DU MAGHREB. Après avoir mis l’opposition en prison, le régime du président Saïed s’attaque à ses propres fidèles. Le député Saidani a été placé sous mandat de dépôts pour des propos critiques.
Avec ses chemises col Mao surplombées d’une écharpe aux couleurs de la Palestine, le député Ahmed Saidani incarnait à l’extrême le pouvoir mis en place par Kaïs Saïed depuis le coup d’État du 25 juillet 2021 : raide, intraitable avec « les traîtres » (c’est-à-dire toute forme d’opposition), un ADN intellectuel entre panarabisme, gauche maoïste et idolâtrie païenne du président qu’il qualifiait – sans second degré – de « nouvel Hannibal », le comparant aux figures historiques les plus héroïques de l’Antiquité.
Élu député au sein du parti la Ligue nationale souveraine, pro-putsch, l’homme était connu pour ses propos violents à l’égard des figures de l’opposition, estimant que leur place était « dans les prisons ou les cimetières à côté de Leur créateur ».
Il a ainsi accompagné l’édification de la nouvelle dictature, qui a mis à sac toutes les institutions nées de la démocratie : Constitution, Parlement, instances indépendantes, sans parler des condamnations des élites politiques à des peines de prison pouvant aller jusqu’à soixante-six ans. L’itinéraire sans faille d’un zélote du régime. Puis, le 4 février, patatras. Arrestation, garde à vue, mandat de dépôt, la chute.
Le « président des égouts »
Quel crime a donc commis le député Saidani ? Il a mis en cause l’absence de résultats de l’action de Saïed et du gouvernement. Le pays a vécu coup sur coup deux événements qui ont ébranlé la croyance envers un régime arqué sur un homme s’étant emparé de tous les pouvoirs afin, disait-il, de parvenir à des résultats. L’opposition et une partie de la société civile ayant été emmurées vivantes dans des prisons, les journalistes étant muselés, voire mis dans les geôles, les critiques ne pouvaient venir que du camp dictatorial.
Quatre ans après le coup d’État, le bilan économique et social est désastreux. À Gabès, dans le bassin minier, un dossier qui empoisonne la région depuis des décennies a explosé à la figure du pouvoir : le complexe chimique transformant le phosphate a rejeté dans l’atmosphère des produits qui ont rendu malade les enfants d’une école voisine. L’incident s’est reproduit, mettant l’État face à son inaction. On a démissionné un lampiste, tenu des propos martiaux, lancé des gaz lacrymogènes sur des milliers de manifestants qui réclamaient une mise aux normes de l’usine située aux portes de la ville.
Le second événement fut celui des inondations qui ont tué cinq Tunisiens, noyé plusieurs parties du pays. Quatre ans après le coup d’État, la population a constaté que rien n’avait changé, que les canalisations n’étaient pas entretenues ou rénovées, bref que Kaïs Saïed n’avait engendré aucun progrès.
Le député Saidani a alors qualifié de « président des égouts » celui qu’il adulait comme un forcené. À ce titre, il sera jugé pour « diffamation » envers le président de la République. Plusieurs années de prison l’attendent. On pourra dire que Saidani et ses amis hurlent au loup après avoir fait partie de la meute et qu’il lui sera difficile de se plaindre. Cette arrestation au sein du camp au pouvoir marque un affaiblissement supplémentaire de la dictature.
Le terminus des dictateurs
Le fait que Carthage, le palais présidentiel, soit contrainte de museler ses propres soutiens est la conséquence d’un triple échec : idéologique, moral et social. Le mythe du dictateur éclairé est un costume trop large pour les frères épaules de Kaïs Saïed.
Moralement, il aura failli en faisant usage de la force pour embastiller tous ses opposants au prétexte qu’ils étaient corrompus et qu’avec lui, sans entraves, il rétablirait la situation économique. Idéologiquement, il aura consacré l’un de ses rares voyages officiels au régime iranien, lui trouvant des qualités insoupçonnables. Alors que son pays est économiquement arrimé à l’Europe, il se sera acharné à le visser à un Sud global qui relève plus de la théorie que d’une réalité efficiente. Second échec.
Le troisième, qui pourrait entraîner sa déchéance, est social. Rien de ce qui a été promis, annoncé, justifiant la violence d’État pour y parvenir, n’a été atteint. C’est ce que le député Saidani a dit. Et son maître lui a réservé le même avenir que pour l’opposition : le cachot.
https://www.lepoint.fr/monde/tunisie-la-dictature-devore-ses-enfants-XKEWLJOKKZG6XMYTOK44UY5N2Q/
LIBERALISM AND LIBERTARIANS
Contrepoints, Book Review
Le philosophe Marcel Gauchet ne comprend rien au libéralisme
Le philosophe du politique confond libéralisme et « néolibéralisme ». Il confirme ainsi que non seulement il est antilibéral, mais surtout qu’il ne saisit pas ce qu’est le libéralisme.
A l’occasion de la publication de son dernier ouvrage, Comment pensent les démocraties – un titre que l’on pourra trouver de prime abord surprenant –, Marcel Gauchet a eu les honneurs du Figaro avec un encart en page une, puis un entretien sur une pleine page. Nous ne discuterons pas ici de ses thèses, mais uniquement de sa conception du libéralisme.
Le « néolibéralisme », un nouveau libéralisme vraiment ?
Marcel Gauchet nous livre sa définition du « nouveau libéralisme » actuel qu’il nomme « néolibéralisme ». Selon lui, il y aurait eu une « révolution de 1975 », consécutive au premier choc pétrolier, qui aurait transformé nos sociétés. Un double mouvement : la « mondialisation par en haut », à savoir la « relativisation des cadres politiques par le marché global » ; et l’« individualisation par en bas », à savoir « la montée des droits personnels aux dépens de toutes les appartenances collectives ».
Nous avouons avoir du mal à constater une quelconque « révolution » à cette période. La « mondialisation » existe depuis bien longtemps, de même que la reconnaissance des droits de l’homme. Encore s’agit-il de savoir de quels « droits » parle l’auteur : les « vrais », ceux qui appartiennent à tout homme en tant que tel, ou les « faux », ceux qui sont inventés par les socialistes et qui dépendent des financements de l’Etat ? On ne voit pas plus en quoi « l’individualisation » serait entièrement contradictoire avec « toutes les appartenances collectives ». Là encore, Marcel Gauchet confond deux choses très différentes : si le libéralisme est la sortie du tribalisme – Yves Guyot parlait d’« atavisme social » –, il ne consacre pas pour autant la fin des « appartenances collectives », mais celle des appartenances collectives forcées. Pour paraphraser Ayn Rand, le « je » n’exclut pas le « nous », mais un « nous » choisi, pas subi.
Marcel Gauchet poursuit en alléguant que le « néolibéralisme » serait porté par ce double mouvement mondialisation/individualisation, si bien qu’il prêterait à une double interprétation : celle des « libertaires », qui « ne voient que la dérégulation (déréglementation plutôt !) et le marché » ; et celle des « fanas de la libre entreprise », « assez indifférents au sort des salariés ». Nous ne savons pas trop ce que veut dire « libertaires » ici, mais nous supposons que l’auteur ne partage pas le même point de vue que Raymond Aron sur l’opposition libéral/libertaire dans le contexte de l’après 1968. Mais les termes relatifs aux « fanas de la libre entreprise » sont tout à la fois déplacés et déconnectés de la réalité. Ils traduisent un vieux fond crypto-marxiste qui ressort avec son cortège de lutte des classes et d’exploitation des ouvriers.
Ce qu’est le « néolibéralisme »
Marcel Gauchet n’invente évidemment pas le terme de « néolibéralisme ». Soulignons en liminaire que la plupart des penseurs libéraux récusent ce concept, ce qui est parfaitement légitime au regard de sa généalogie. Le néolibéralisme est un double mouvement de la fin des années 1920 et des années 1930, en Allemagne, puis en France, qui va se cristalliser lors du célèbre « colloque Lippmann » de 1938. Il désignait alors, dans un contexte très troublé – et son sens strict n’a jamais changé – une nouvelle mouture de « troisième voie », aussi éloignée que possible du libéralisme classique, accusé (à tort) d’avoir provoqué la crise de 1929, et du socialisme. Les penseurs autrichiens s’y sont plus (Ludwig von Mises) ou moins (Friedrich Hayek) rapidement opposés pour la simple et bonne raison que le « néolibéralisme » n’a jamais été que le faux nez, plus ou moins long suivant ses nuances, de l’interventionnisme.
Il s’agit donc d’un concept à manier avec beaucoup de prudence et malheureusement, Marcel Gauchet contribue par ses propos à troubler les choses. Lorsqu’il parle de « néolibéralisme », il vise en fait non pas le libéralisme, mais l’interventionnisme contemporain à la française, coupablement confondu avec le libéralisme. La fin de son entretien le confirme, comme on va le constater.
Libéralisme et populisme
Marcel Gauchet prétend ensuite que le populisme serait « une réaction aux dégâts désormais bien répertoriés [par qui ?] de la mondialisation et de l’individualisation ». Nous avouons notre stupéfaction à la lecture de ces mots. Dans une pendule récente (22 janvier 2026), Nicolas Lecaussin a une nouvelle fois rappelé les remarquables progrès opérés en termes de lutte contre la pauvreté et la grande pauvreté de par le monde. En parlant de « dégâts », Marcel Gauchet nous donne immédiatement après un exemple : « Inutile de s’étendre sur les conséquences de la désindustrialisation ». Eh bien, si, il lui aurait fallu s’étendre sur le sujet ! Etrangement, ce sont les pays les plus libres, les moins fiscalisés, les moins soumis au harcèlement textuel qui sont les plus riches. Surprenant tout de même que notre philosophe détourne par exemple les yeux d’un pays pourtant limitrophe, la Suisse : y aurait-il une « désindustrialisation » marquée dans ce pays si libre et prospère ? Par surcroît, depuis de longues années déjà, l’industrie a été surpassée dans tous les pays civilisés par les services, si bien qu’il est là encore surprenant de s’appesantir sur la « désindustrialisation », même si le sujet est très à la mode…
Marcel Gauchet prétend encore que « le néolibéralisme est aveugle à ce qui le rend possible », à savoir la récusation de l’État-nation, plus précisément celle de l’État et de la souveraineté populaire. Pourtant, le libéralisme ne récuse ni l’État, ni la démocratie. En revanche, il les enserre aussi strictement que possible. Il ne correspond ni à un anarchisme, ni à un antidémocratisme : il promeut l’État de droit et la démocratie libérale.
Marcel Gauchet conclut en jouant les aruspices, on le suppose avec un grand sourire mais fort peu d’originalité au demeurant : « Le règne néolibéral arrive manifestement à son crépuscule. Quelque chose comme un grand retour du politique se dessine partout ». Rassurons notre philosophe : le politique ne fera pas son retour en France, non seulement parce qu’il n’est jamais parti, mais encore parce qu’il n’a jamais été aussi pesant, dans ce pays recordman de la dépense publique !
https://contrepoints.org/le-philosophe-marcel-gauchet-ne-comprend-rien-au-liberalisme/
The New York Times
Guest Essay : Libertarians: We Told You So
By Katherine Mangu-Ward, editor in chief of Reason.
Libertarians can be annoying, with our constant bellyaching about privacy and taxes, our obsession with the First Amendment and our fearmongering about jackbooted thugs.
But in light of how the past year has unfolded, consider cutting your friendly neighborhood libertarian some slack. After all, we did try to warn you.
On immigration, speech and trade, Americans are living in a libertarian’s nightmare. Masked federal officials are swarming areas far from the border, shooting American citizens and whisking away children in the name of immigration enforcement. Armed National Guardsmen walk the streets of several cities under the banner of vague emergency mandates to maintain law and order. Legal visa holders are being deported for expressing their opinions on Gaza and Charlie Kirk. Tariffs on China have been set at 10, 20, 54, 145 and 30 percent in just the last few months. The ownership of TikTok, Intel and U.S. Steel have all become matters in which the president has taken a personal interest — and threatened dire consequences if his wishes are not taken into account.
These stories represent a terrifying pattern and an undeniable vindication of the long-held libertarian view that the steady growth in the size of the federal government and executive power would lead to precisely this kind of runaway authoritarianism.
Libertarians have argued that the only way to prevent such abuses is to reduce the power of the federal government itself — abolishing unaccountable federal agencies, scaling back the administrative state, cutting spending — and to restore the balance of powers by reining in the executive. This path has generally been treated as hopelessly naïve at best, and morally suspect at worst.
Each of the major parties has pulled away from the libertarian elements of their coalitions (small-government, free-market types for the Republicans and civil libertarians for the Democrats), preferring instead the instant gratification of grasping power and wielding it as aggressively as possible for the period they hold it. Libertarian voices have gradually gone quiet in the halls of the capital — bullied into silence, primaried out or resigning in despair.
Yet it has never been more obvious that the grab-and-grow approach to power is a destructive and self-defeating way to conduct politics.
To see why, consider how we got here.
The Department of Homeland Security arose with very little opposition in the wake of Sept. 11, a massive new agency charged with counterterrorism that quickly absorbed a variety of functions, often decoupled from traditional oversight. The libertarians and others concerned with civil liberties (there weren’t many) who objected were accused of indulging in paranoia or siding with the terrorists.
As the years went on, Homeland Security — and especially Immigration and Customs Enforcement, within it — got comfortable operating under a series of exceptions to the Constitution, particularly concerning the Fourth Amendment and its protection against unreasonable searches and seizures. Such exceptions then became the norm for huge swaths of the country. The agency operated with little transparency, entered homes without judicial warrants and detained suspected illegal immigrants without normal due process.
So it can be no surprise that ICE officers are roaming the streets of American cities today with an unclear mandate, overpowered military-style gear and a dire misunderstanding of the constitutional limits on their behavior. An ICE officer was recently caught telling a protester who tried to film him: “If you raise your voice, I erase your voice.”
In recent days, Republican politicians have largely supported these gradual incursions on the liberties of citizens. That wasn’t always the case. For a long spell, starting in the 1950s, conservatives like Barry Goldwater and Ronald Reagan championed fusionism, which yoked the defense of personal liberty to social conservatism. The federal government continued to grow in these years, but Frank Meyer, an early editor at National Review, made the case that protecting freedom was a precondition for virtue (and vice versa) and gave the right at least a vocabulary of restraint.
That relationship crumbled when many conservatives embraced a politics of emergency. “The Flight 93 Election” essay in 2016 by Michael Anton (an early MAGA intellectual and a former member of both Trump administrations) captured a new ethic: Procedure is for peacetime, and we are at war. Restraint began to look like unilateral disarmament, and libertarians’ insistence on it became inconvenient.
Trump 2.0 has made the libertarian case more obvious, even as libertarians have been consigned to the fringes. But it would be a mistake to treat President Trump as the origin of the ultra-powerful presidency. He is merely picking up the weapons that previous administrations left lying around and waltzing through the loopholes they opened.
Consider Mr. Trump’s record on free speech. For years, he has been threatening to give libel laws more bite and pull licenses from unsympathetic broadcasters. The late-September 2025 blackout of “Jimmy Kimmel Live!” under pressure from a Federal Communications Commission chairman was a case study in how bureaucracies breed power. You did not have to like Mr. Kimmel’s jokes to see the worrying precedent of the possibility of state action as putting pressure on broadcasters.
Mr. Trump has a record of threatening media and platforms under various statutory and emergency authorities. He recently mused that when “97 percent” of media coverage is negative, it ceases to be “free speech.” Last week, Mr. Trump threatened to sue Trevor Noah for a joke at the Grammys while vaguely suggesting networks don’t deserve access to the airwaves — and so the cycle continues.
But the project of growing executive power has been bipartisan. On speech, officials in the Biden administration leaned on social-media platforms to take down what they deemed Covid and election misinformation without explicit action from the F.C.C. The Supreme Court disposed of a case, Murthy v. Missouri, challenging this “jawboning,” as it is called, leaving the possibility of backdoor censorship wide open.
The executive’s discretionary economic powers — subsidies, stakes in corporations and tariffs — have proved irresistible, too. The administration has spent billions of dollars to take ownership stakes in private companies like Intel and U.S. Steel.
And Mr. Trump’s tariffs — leveled and removed at will and without the participation of Congress, where the Constitution places the primary power — have disrupted and destabilized the global economy and undermined America’s role in it.
While libertarians were hardly alone in championing free trade, what we have been hollering for years is that tariffs are and can only ever be taxes on Americans. To treat them as leverage, war by other means or simply a sign of the president’s displeasure is to fundamentally misuse and misunderstand the nature of a tariff.
Mr. Trump has repeatedly declared his tariffs a success, despite evidence that they are largely paid for by American consumers and businesses rather than foreign producers. A recent study found that roughly 96 percent of the tariff burden falls on U.S. importers and buyers and only about 4 percent is absorbed abroad.
Mr. Trump’s tariffs depend on a legally dubious claim that trade deficits and ordinary commerce constitute a national emergency, allowing him to bypass Congress under the International Emergency Economic Powers Act. (Jimmy Carter once invoked it to freeze Iranian assets.) Mr. Trump’s tariffs are not an aberration so much as the latest example of how emergency powers, once normalized, become a standing invitation to rule by fiat.
One thing immigration, speech and trade have in common is that in recent American history, the power to control each of them has settled into the hands of the executive. There are many reasons for this: grasping presidents, cowardly congressmen afraid to do their jobs and a belief that norms rather than law or structures would be adequate to constrain that branch.
The Supreme Court is reviewing the limits of the president’s control over tariffs and executive agencies. In the agencies case, Trump v. Slaughter, the justices are now considering whether to cut back or upend Humphrey’s Executor, the 1935 precedent insulating “independent” agency heads from at-will removal by the president. If the court collapses that wall — in part under a resurgent theory of the unitary executive — even more of the executive branch will sit directly in the president’s hands. The libertarian prescription, now and always, is to scale back the size and scope of the federal government. Devolve power to states and individuals. Cut spending. And rebalance power away from the executive branch.
One might think that, say, Elon Musk’s so-called Department of Government Efficiency is exactly the sort of thing libertarians would applaud. But if the changes are at the instigation of an overpowered executive and are easily reversible, they do not actually achieve a sustainably smaller, stable government.
New reporting shows that DOGE didn’t save much money. No amount of firings (even if they withstand court challenges) will solve the problem of federal overreach if all the commissions, agencies and laws remain in place.
Is there a coalition for true restraint? Glimpses exist on both sides: A few conservatives still talk about narrow delegations of authority and clawing back tariff and emergency powers. Some progressives remain allergic to authoritarianism on speech, and many more are energized by the showdown in Minneapolis.
Senator Rand Paul, Republican of Kentucky, leads the bunch in standing up to the overpowered executive, along with occasional support from Representative Thomas Massie, also of Kentucky. Among Democrats, Representative Ro Khanna of California and Senators Cory Booker of New Jersey and Ron Wyden of Oregon show glimmers of libertarian instinct from time to time. But the pickings are slim.
The good news is that Americans are increasingly waking up to the dark reality of our overbearing federal government. A Gallup survey released in October 2025 found that a record-high 62 percent say the federal government has “too much power,” up from 51 percent a year ago and the highest since the question was first asked in 2002. For the first time in nearly 20 years, Democrats are more likely than Republicans to say government is too powerful.
Similarly, Americans of all stripes have turned dramatically against Mr. Trump’s ICE enforcement actions. There could be — a libertarian can still dream — a grass-roots movement to shrink government that doesn’t end up co-opted by one of the major parties, as the Tea Party was.
Examples of the rollback of federal spending and authority are quite rare, but they do exist. The post-World War II era, for example, was an astonishing lesson in the government giving up power and shrinking in size once an emergency passed.
But this glimmer of hope is faint. Far more salient are the ways in which America may yet diverge further from the libertarian path. One as yet not fully explored avenue is the power to make war. While Mr. Trump’s interference in Venezuela (and Iran, and Greenland) is already the stuff of isolationist nightmares, the president has not yet fully exploited the limits of his war powers.
Here again, for decades, Congress has abdicated its role as the body that can declare war (while lavishly financing the capacity), preferring to grant sweeping emergency powers to the president and then leave them in place indefinitely. Instead of a winner takes all approach to power, it’s time to consider working toward a system where there is much less power for the winner to take. No one wished events would prove libertarians wrong more than libertarians themselves. There’s nothing more annoying than an “I told you so.” But if more Americans are now ready to limit power before it is abused again, they are welcome to join us.
Katherine Mangu-Ward is editor in chief of Reason.
https://www.nytimes.com/2026/02/09/opinion/libertarians-trump-limit-power.html
DEMOCRACY IN AFRICA
The New York Times
Guest Essay : Bangladesh Has Exposed Democracy’s Deeper Problem
Zahid Hussain is a former lead economist on Bangladesh for the World Bank. Tom Felix Joehnk is a political economist and a former Bangladesh correspondent for The Economist.
A year and a half ago, Bangladesh looked like it was on track to defy the global pattern of democratic reversal.
Mass protests led by an economically frustrated younger generation toppled the entrenched autocracy of Sheikh Hasina on Aug. 5, 2024, ending more than a decade of shrinking political space and rule by intimidation. The moment offered hope not only in Bangladesh but beyond — evidence that in an age when democracy is under pressure, citizens can still dislodge authoritarian regimes and bring about renewal.
A national vote on Thursday will be the first electoral test of Bangladesh’s political transition, but high hopes for a democratic reset have dimmed.
Instead of a period of healing, Ms. Hasina’s ouster has been followed by persistent violence, bureaucratic and industrial strikes, disruptive protests and political uncertainty. The experience has revealed a harsh truth with wide implications, from the developing world to President Trump’s America: Democratic renewal is elusive when the state institutions that democracy relies on have been hollowed out.
Bangladesh has become a case study of this.
From the early 1990s, politics in the country revolved around the fierce rivalry between Ms. Hasina, leader of the Awami League, and Khaleda Zia of the Bangladesh Nationalist Party. Despite only modest ideological and policy differences, the two women and their parties fought bitterly in elections for years.
Power was nevertheless transferred in a largely peaceful manner thanks to nonpartisan caretaker administrations that stepped in temporarily to run elections and manage handovers of government. That system was abolished in 2011 under the increasingly autocratic Ms. Hasina, ushering in a period of electoral irregularities and illegitimate polls. Cronyism and kleptocracy deepened, and her government used the courts, the police and other state bodies to intimidate opponents.
Millions of Bangladeshis had hoped the 2024 uprising would lead to a restoration of stability and accountability. One source of early optimism was the appointment of Muhammad Yunus, who was awarded the Nobel Peace Prize in 2006 for pioneering microfinance, to lead an interim government.
But Mr. Yunus has struggled to restore calm and discipline in a deeply politicized and fractured state. His administration has lacked a clear mandate and broad support from key political players, and he has been unable to assert effective control over state institutions like the police and the criminal justice system. Such institutions were further degraded after Ms. Hasina’s government fell and senior officials quit, fearing reprisals for past abuses. The rising cost of living, weak wage growth and other economic pressures have burdened many households since the revolution.
The credibility of Thursday’s vote has already been called into question by political violence, accusations of vote-buying and other irregularities, as well as a ban on the Awami League from taking part in the election.
The front-runner is the B.N.P., now led by Tarique Rahman, the son of Ms. Zia, who died in December. But there has not been a genuinely competitive general election since 2008, and the electoral outlook is difficult to read. A new generation of Bangladeshis is voting — 43 percent of the electorate is between 18 and 37 — and surveys indicate they are energized more by practical concerns such as law and order, jobs, education, health care and impartial governance than by the well-worn party rivalries of the past.
Islamist forces are another wild card. Long kept at the margins of politics in Bangladesh, which is a Muslim-majority nation, they have capitalized on the current political and institutional vacuum to become more assertive, raising questions about the commitment to secularism, one of the nation’s founding principles. A recent survey indicated that 37 percent of first-time voters planned to vote for candidates from Jamaat-e-Islami, Bangladesh’s largest religious political party. The party espouses a relatively moderate version of Islam and has gained support through organizational discipline and as an alternative to the discredited political duopoly. But other fringe Islamist groups have since 2024 called for enforcement of female modesty rules, imposing the death penalty for blasphemy and even the establishment of an Islamic caliphate.
Bangladesh is trying to rebuild its democratic institutions.
In November, the Supreme Court ruled that the previous caretaker government system would be restored for future elections, although not in time for this week’s polls. And Thursday’s ballot will include a referendum on a new national charter that would formally commit the state to enshrining fair elections, judicial independence and limits on executive power.
Translating such ambitions into reality will be difficult. The B.N.P. opposes some of the charter’s core provisions, including limits on the power of the prime minister and greater independence for oversight bodies. Several other parties have also raised objections. If the referendum is approved, implementing the charter will require legislation, constitutional amendments and a level of sustained political cooperation that looks unlikely now.
The stakes are high for Bangladesh.
In the past, rapid economic growth and trade cushioned the ill effects of Bangladesh’s political dysfunction. The economy weakened after the uprising, and although there have been signs of stabilization, new leaders will face a far less forgiving global environment marked by rising global protectionism, fragmented supply chains and climate stress.
Strains have also appeared with India, Bangladesh’s most important regional relationship. Ms. Hasina fled there after her ouster, angering Bangladesh’s interim leaders and protesters who want her to face justice at home, and India has accused Dhaka of failing to curb violence against Bangladesh’s Hindu minority. The tensions have already spilled into visa suspensions and trade disruptions.
The lessons of Bangladesh’s uprising reach far beyond its borders. From the Arab Spring of the 2010s to more recent upheavals in Sri Lanka, Nepal, South America and elsewhere, popular mobilization reopened political space, but the gains were lost or remain fragile in the absence of impartial state institutions capable of shepherding democratic transitions.
Even in the United States, the Trump administration’s actions threaten to steadily erode the pillars of American democracy by dragging courts, legal authorities and government agencies into partisan conflict and questioning election results.
Tyrants can be overthrown. Repairing the damage they cause may be democracy’s more enduring challenge.
https://www.nytimes.com/2026/02/10/opinion/bangladesh-election-revolution-democracy.html
EDUCATION
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Bildung soll gegen Extremismus helfen, heisst es. Doch stimmt das auch?
Werden wir durch gute Bildung zu besseren, moralischeren Menschen? Nicht nur die Geschichte lässt daran zweifeln, sondern auch die Gegenwart.
Bildung gilt als volkserzieherisches Allheilmittel gegen die unheilige Dreieinigkeit von Antisemitismus, Rassismus und Fremdenfeindlichkeit. Sie mache immun gegen Vorurteile, Extremismen, Irrationalismen und andere Plagen im Fühlen, Denken und Handeln des Menschen. Doch stimmt das auch?
Bildung ist ein hohes Gut, Menschlichkeit ein noch höheres. Beides zusammen ist möglich und teilweise auch wirklich, doch nicht selbstverständlich und schon gar nicht historisch-politisch-empirisch erwartbar. Bildung schützt vor Dummheit nicht – oder vor Heuchelei, Mitläufertum, Mord und Totschlag.
Dennoch, es ist eine Lust, sich zu bilden, zu lernen, Fenster zur grossen, weiten Welt zu öffnen, Mief aus dem eigenen Hirn freizusetzen und durch Bildungsfrischluft nachzufüllen und vor allem aufs grosse Ganze zu schauen, Zusammenhänge zu erkennen, statt vom Klein-Klein des Schrebergartenzauns im eigenen Kopf begrenzt zu bleiben.
Ausbildung ist nicht gleich Bildung
Fachspezialisten sind in ihrem Fach gewiss herausragend, doch gemäss dem klassischen Bildungsideal – erst recht gemäss dem Jargon der 1968er Studentenrevolte als «Fachidioten» – unfähig, das grosse Ganze auch nur versuchsweise sehen zu wollen.
Ohne Bildung, verstanden als bestmögliche (Fach-)Ausbildung mit entsprechendem Abschluss, ist in unserem Zeitalter der Hochspezialisierung wirtschaftlicher und sozialer Aufstieg so gut wie ausgeschlossen. Arm oder reich, lebenszufrieden oder -unzufrieden? Darüber entscheidet der Ausbildungsgrad, nicht der Bildungsgrad, wobei die beste Fachausbildung mit dem besten Abschluss rein gar nichts über Ethik und Menschlichkeit des so erfolgreich Ausgebildeten besagt. Somit ist die Ausbildungsfrage, missverstanden als Bildungsfrage, eine Klassenfrage.
Die Gleichsetzung «gute (Aus-)Bildung = mehr Menschlichkeit» gilt seit knapp 150 Jahren geradezu axiomatisch. Dass gut Ausgebildete, die sich meistens selbst als «Intellektuelle» bezeichnen, diesen Trugschluss gerne hegen und pflegen, überrascht nicht, denn das Wort «Intellektuelle» stammt aus dem Lateinischen «interlegere», deutsch: verstehen, durchschauen. Der selbsterhobene Anspruch ist also hoch, ja elitär im Sinne von Oberklasse – und Klasse ist gemäss dem Philosophen Hanno Sauer «die dominante, fundamentale Form sozialer Ungleichheit».
Eine Frage der Klasse
Der Selbstanspruch lautet etwa so: Ich erkenne nicht nur mich selbst (Selbsterkenntnis), sondern auch dich, alle und alles (Welterkenntnis). So viele Universalgenies wie Intellektuelle hat es allerdings nie gegeben und wird es nie geben. Der Kaiser ist nackt, der «Intellektuelle» ein besser oder gut Ausgebildeter, aber kein Intellektueller. Nüchtern betrachtet kann dieser Begriff nur auf und nicht einmal von Universalgenies angewandt werden. Als Selbstbezeichnung ist er faktisch vermessen, ja grössenwahnsinnig. Politisch ist er taktisches Instrument. Es soll den Gegner in Ehrfurcht versetzen und in die argumentative Defensive drängen.
Diese selbstgewählte Benennung macht den gut Ausgebildeten seit je automatisch zum Mitglied einer gesellschaftlichen Kategorie bzw. «Klasse», genauer: einer Wissens- und Moral-Oberklasse.
Um gesellschaftliche und politische Durchschlags- und damit Steuerungskraft zu erlangen, musste diese Klasse zuerst um allgemeine Anerkennung ringen. Dieser durch und durch mühsame und zu Beginn bewundernswerte Prozess begann, wie der historische Soziologe Dietz Bering in seinem Monumentalwerk «Die Epoche der Intellektuellen, 1898–2001» darlegt, im Jahre 1898.
Die Epoche begann positiv. Bering nennt den Kampf gegen das am französischen Juden und Offizier Alfred Dreyfus verübte, rein antisemitisch motivierte Unrecht: «erste Stunde der Intellektuellen». «J’accuse!» lautete die Überschrift des legendären offenen Briefes, den der Schriftsteller Émile Zola an Staatspräsident Félix Faure gerichtet hatte. Die intellektuellen Verteidiger von Dreyfus vertraten im Kampf gegen Antisemitismus Wahres, Gerechtes und Moralisches.
Lauter gut gebildete Übeltäter
Das kann man über viele der heutigen politischen Aktivisten in Wissenschaft, Kunst und Kultur, die sich Intellektuelle nennen, eher nicht sagen. Sie schneiden Coupons ab von den echten Intellektuellen der ersten Stunde. Dazu Hannah Arendt: Intellektuelle fänden für alles eine Rechtfertigung, also auch für ihren Opportunismus. Wobei auch Hannah Arendt gut Ausgebildete fälschlich mit Intellektuellen gleichsetzte.
Schon vor 1898 und freilich auch danach gab es bestens Ausgebildete, die sich nicht Intellektuelle nannten und bar jeder Menschlichkeit und Moral handelten. Man denke an den hoch(aus)gebildeten Theologen und Reformator Calvin, der Unmenschlichkeit mit Pseudogöttlichkeit über- und zugleich das Bildungsniveau seiner Gefolgsleute erhöhte. Erwähnt sei der Jurist und gnadenlose französische Revolutionär Robespierre der Jahre 1793/94. Erinnert sei an gebildete Millionenmörder wie Lenin, Stalin, Mao, Pol Pot und Trotzki. Joseph Goebbels war im herkömmlichen Sinne durchaus gebildet und Himmler Sohn des Schuldirektors, Altphilologen sowie Germanisten an einem Münchner Elitegymnasium. Humanitas? Bezogen auf sie alle und viele andere gut Ausgebildete: Recht, Gerechtigkeit, Moral, Menschlichkeit? Fehlanzeige.
Kunst, Kultur und Wissenschaft wurden im deutschen Kaiserreich massiv gefördert – wo sie funktional gebraucht wurden und sofern es dem spiessigen Hof gefiel. Oppositionelle und Intellektuelle blieben Outsider. Wie in Frankreich seit 1898 konnten sie sich als heftig vom «Mainstream» attackierte Minderheit zu Recht als Verfolgte fühlen und darstellen.
Hochschullehrer wurden Überläufer
In der Weimarer Republik wurden diese Outsider zu Insidern. Daher Peter Gays grossartiger Buchtitel «Weimar Culture: The Outsider as Insider» (1968), deutsch: «Die Republik der Aussenseiter». Insider, die aber, siehe 1932/33, die Mehrheit nicht auf ihre Seite ziehen konnten. Für Herrn und Frau Jedermann waren sie, wie zu Kaisers Zeiten, «verbildet, zersetzend, krank, wurzellos, grossstädtisch» – was Hitler den Weg ebnete.
Die formal höchstgebildeten und als solche amtlich bestätigten Deutschen, die Professoren, sahen das nicht viel anders, wenngleich ihr Vokabular wattierter war. Jedenfalls hinderte ihre vortreffliche Ausbildung die Mehrheit der deutschen Hochschullehrer nicht, die erste und wichtigste Klasse der «Märzgefallenen», sprich: der zum «Führer» sprintenden Überläufer zu werden.
Der Untergang der Weimarer Aussenseiterrepublik und der sie rational sowie emotional, doch letztlich tragisch unwirksam stützenden Intellektuellen verlieh dieser Klasse nach 1945 einen doppelten weltlichen Heiligenschein. Doppelt, weil ihre Gegner zähneknirschend einräumen mussten: Wenigstens die Nazis betreffend hatten die recht. Und weil die im doppelten Sinne Klasse für sich, sich selbst auf die Schulter klopfend, sagen konnte: Seht ihr, wir wussten’s. Folgt uns wenigstens jetzt.
Intellektuelle bejubeln Diktatoren
Das aber geschah wiederum nicht, wodurch sie die systemkritischen Intellektuellen zur Märtyrerklasse stilisierten, die sich gegen das staatliche «Establishment» auflehnte. Die etablierte Politik lieferte reichlich Munition und fungierte dabei als nützlicher Idiot dieser Intellektuellen. Kanzler Ludwig Erhard nannte 1965 den «Stellvertreter»-Schriftsteller Rolf Hochhuth einen «Pinscher». Besseres für das eigene Image konnte der Verfolgten-Klasse nicht passieren.
Läppisch war der Pinscher-Spruch im Vergleich mit dem weltpolitischen Gewicht des Vietnamkrieges als Menetekel und moralischer Niedergang der System-Supermacht USA. Millionen schlossen sich seit 1964 den intellektuellen Wortführern an, die sich gegen den Krieg stellten. Sie fühlten sich, im Sinne Hanno Sauers, als Klasse. Und sie hatten recht – bis zum April 1975, dem schmählichen Abzug der USA aus Vietnam. Und dann? Dann wurde das wiedervereinte Vietnam, ähnlich der von Intellektuellen hoch verehrten Mao-Volksrepublik China, eine sich kommunistisch nennende turbokapitalistische Diktatur.
Man fand ab Juli 1979 Ersatz: Nicaragua unter den sozialistischen Sandinistas. Und wieder: Diktatur statt Demokratie. Nicht anders Simbabwe nach dem zu Recht auch von den Intellektuellen und noch mehr den Einheimischen ersehnten Ende der Herrschaft der weissen Rassisten. Ende 2023 zog Daniel Cohn-Bendit, seit Mai 1968 einer der intellektuellen Avantgardisten, selbstkritisch Bilanz: «Alle Befreiungsbewegungen, für die wir uns eingesetzt hatten, wurden Diktaturen.»
Gespaltene Moral
Im «antiimperialistischen und antikolonialistischen Kampf» entstanden seit Israels Sieg im Sechs-Tage-Krieg vom Juni 1967 gleichzeitig zwei Teilklassen in der Klasse der Vietnamkriegs-Gegner. Erstens die Klasse der Gewalt billigenden, doch selbst keine Gewalt anwendenden intellektuellen Sympathisanten des vermeintlich antikolonialistischen Palästinenser-Kampfes gegen Israel sowie dessen jüdische und nichtjüdische Anhänger. Nicht erst seit 2023 (Gaza-Krieg) gehören Antiisraelismus und Antisemitismus zum Glaubensbekenntnis der «Intellektuellen»-Klasse.
Recht besehen ist es eine Klasse weltweiter Mitläufer mit gespaltener Moral. Man empört sich millionenfach über Israels vermeintlichen Völkermord in Gaza und schweigt über Irans Führung, die, so geschehen am 8. und 9. Januar 2026, an einem Tag etwa 30 000 der eigenen Bürger niederkartätschen liess.
Daneben entstand die kleinere Klasse des internationalen Terrorismus, der eng mit palästinensischen Terroristen kooperierte und mit ihnen trainierte. Zu dieser Klasse gehörten vor allem die deutsche RAF, die französische Action directe, die italienischen Roten Brigaden oder die Japanische Rote Armee. Angeführt wurden allesamt von gut Ausgebildeten, die sich durchaus als «Intellektuelle» verstanden.
Seit 1898 ist nicht nur viel Wasser durch die Seine geflossen. Die Moral der «Intellektuellen»-Klasse ist nach Jahrzehnten verflossen. Sie besteht allein im Anspruch, sie ist das durch die eigene Tat selbst widerlegte Wort.
Betroffen stellen wir fest: Bildung beglückt. Sie ist funktional individuell und kollektiv unabdingbar – aber sie macht uns Menschen nicht moralischer. «Der Vorhang zu und» . . . diese Frage geklärt. Oder doch nicht?
Michael Wolffsohn ist Historiker und Publizist. Jüngst publizierte er das Buch «Feindliche Nähe. Von Juden, Christen und Muslimen». Sein neues Werk, «Genie und Gewissen. Herbert von Karajan zwischen Musik und Nationalsozialismus», erscheint nächste Woche (beide im Herder-Verlag).
THE CRISIS OF JOURNALISM
The Wall Street Journal, Editorial (Pay Wall)
The Biggest Threat to Journalism? Journalists
Don’t blame rapacious owners for the loss of public trust. Blame biased, incompetent reporting.
THE WEST AND MASS MURDERERS
The Wall Street Journal (Guest Essay) (Pay Wall)
Hamas’s Boasting Indicts the West
Unlike Hitler and Stalin, today’s mass murderers can expect our elites to cheer their atrocities.
Mr. Morson is a professor of Slavic literature at Northwestern University. Mr. Schapiro is a Northwestern emeritus professor of economics and president emeritus.
https://www.wsj.com/opinion/hamass-boasting-indicts-the-west-196b2b92?mod=opinion_lead_pos5
February 9, 2026 (13 articles)
GEOPOLITICS
L’Express
“Aujourd’hui, l’Europe ne peut pas se défendre seule” : le constat inquiétant d’un ex-haut gradé britannique
Secret-défense. Ancien maréchal de l’air de la Royal Air Force, Edward Stringer a été auditionné cette semaine devant la commission défense de la Chambre des communes britannique. Auprès de L’Express, il insiste sur la nécessité pour les Européens de sortir de la dépendance militaire américaine.
L’article avait provoqué un petit scandale dans les cénacles feutrés britanniques. En septembre 2024, Edward Stringer, Senior Fellow à Policy Exchange, publie avec l’historien Philip O’Brien dans Foreign Affairs un papier au titre quasi-prophétique : “Se préparer à un Otan post-Etats-Unis”. Un mois avant la réelection de Donald Trump à la Maison-Blanche, les deux hommes pressaient leurs compatriotes de se préparer à l’éloignement de leur allié. De quoi choquer les Britanniques, historiquement très liés à Washington sur le plan militaire.
Stringer n’est pas un inconnu dans l’écosystème militaire britannique. Ancien directeur des opérations du ministère britannique de la Défense, il a été chargé de superviser l’ensemble du spectre militaire – de la dissuasion nucléaire aux opérations extérieures. Il a ensuite dirigé le développement doctrinal des forces armées britanniques. Auditionné mardi 3 février devant la commission défense de la Chambre des communes britannique, Stringer a une nouvelle fois alerté sur les faiblesses militaires de l’Europe.
Pour L’Express, il rappelle que le Vieux Continent est confronté à deux périls majeurs. A l’Est, le soutien de Pékin à Moscou dans son agression contre l’Ukraine. “La Chine a discrètement mis en place des filières d’approvisionnement vers les usines de drones en Russie. (…) Selon des sources ouvertes, 60 % de l’effort de guerre russe est financé secrètement par la Chine… Ce qui indique un soutien massif de sa part”, a-t-il indiqué mardi. A l’Ouest, la nouvelle administration américaine, et son désintérêt pour l’Europe. Face à une économie chinoise de plus en plus puissante, Washington a choisi de se concentrer sur ce que les Etats-Unis considèrent comme un danger à venir, au détriment des Européens. Pour affronter cette montée des périls, l’Europe doit urgemment s’occuper de sa propre défense, insiste-t-il. Mais ses divisions internes minent pour l’instant l’avancée de tout projet d’ampleur.
L’Express : Devant la commission défense du Parlement britannique, vous avez évoqué le fait que la Chine soutient désormais financièrement plus de la moitié de l’effort de guerre russe. Comment expliquez-vous cet alignement?
Edward Stringer: Nous sommes face à deux puissances non-alignées idéologiquement, mais ayant un intérêt commun : voir s’effondrer la configuration du monde telle que nous la connaissons depuis 1945. Mettre fin à ce que, nous autres Occidentaux, considérons comme l’ordre international fondé sur des règles. Un monde régi par les accords de Bretton-Woods et les institutions internationales : l’Otan, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale. C’est une alliance puissante, dont l’ampleur nous avait échappé jusqu’ici.
Comment expliquer cet aveuglement?
Nous avons tendance à analyser les alliances selon l’idéologie. Avec la rupture sino-soviétique de la fin des années 1950, nous avons constaté que les deux pays n’étaient pas idéologiquement liés. Cette divergence a été accentuée par leur évolution politique. La société post-communiste en Russie est devenue une kleptocratie. A Pékin, le Parti communiste chinois garde le contrôle, dans ce qui est devenu une économie capitaliste autoritaire. Tous deux ont un intérêt direct, avec l’Iran, la Corée du Nord ou le Venezuela, à voir les institutions occidentales s’effondrer. Ce bloc est très puissant car on n’y trouve pas de schismes pour des raisons idéologiques. Il y a simplement de bonnes raisons géoéconomiques – comme le transfert d’hydrocarbures – pour lesquelles ces capitales coopèrent.
Mais on ne se trouve pas seulement dans une configuration où l’Occident fait face à un seul bloc. A cette alliance s’ajoute ce que l’on appelait auparavant les “puissances non-alignées”. Elles sont désormais très heureuses de pouvoir jouer contre l’Occident. Elles peuvent désormais se tourner vers l’Est et trouver un soutien financier sans avoir à recevoir de leçons sur les droits de l’homme. Ajoutez à cela un nouvel acteur : une administration américaine ayant fini par se détacher des normes et des principes de ce que nous considérons être la politique américaine civilisée.
Considérez-vous l’arrivée de Donald Trump comme une rupture profonde dans la politique étrangère américaine?
Pas forcément. Il ne faut pas se leurrer : Trump n’est pas un cas isolé. Depuis Eisenhower – et notamment John F. Kennedy, dans les années 1950 et 1960 -, tous les présidents américains ont prévenu les Européens. Ils leur ont répété d’être prudents, qu’ils ne pourraient pas garantir la sécurité du continent s’ils ne se protégeaient pas eux-mêmes. Les Européens, de leur côté, ont joyeusement adhéré au monde post-1945 sans jamais vraiment analyser les chiffres. Ils ont simplement présumé que l’ordre international fondé sur des règles, le bloc occidental, et les milliards de leurs économies combinées à celles de Washington resteraient toujours dominants.
Pendant ce temps, Washington a sorti sa calculette. Les Etats-Unis ont examiné la taille de l’économie chinoise et la puissance qu’elle pourrait engendrer. Ils ont conclu qu’il fallait se concentrer sur ce danger. Ils ont aussi compris qu’ils ne pourraient pas le faire si une partie de leur puissance et de leurs efforts militaires restaient consacrés à la protection de 600 millions d’Européens de l’Ouest. Ces pays qui, bien que très riches, ne déboursent que la moitié de ce que les Etats-Unis paient pour leur propre défense. Voilà les réalités très dérangeantes de notre époque.
Que peut répondre l’Europe face à cette situation?
Nous avons un gros problème. L’Ouest a beaucoup de difficultés à se coordonner. L’exemple le plus frappant est celui de l’Otan. Washington a toujours été heureux de voir l’Alliance atlantique dépendre des Etats-Unis, car cela lui donnait un levier sur l’Europe. Après 1945, quand la hantise collective était de voir naître un nouveau conflit mondial né d’une guerre intra-européenne, le fait d’avoir l’influence des Etats-Unis sur le collectif était plutôt perçu de manière positive. Ils étaient un peu l’entraîneur de l’équipe Otan.
Ce sont eux qui élaborent des doctrines militaires pour l’Alliance. Ils sont le pays autour duquel les autres alliés construisent leurs armées pour coller à leur stratégie. Les Français sont fiers de leurs Rafales et les Britanniques de leurs sous-marins. Sur le papier, ces équipements sont formidables. Quand vous l’enlevez, les Européens ont en théorie suffisamment de matériel militaire pour faire fonctionner l’Otan. Mais rien ne fonctionne sans la colle qui les maintient ensemble.
Nous n’avons donc pas besoin des Américains?
S’il n’est que question de nombre, nous avons les frégates, les avions, les chars nécessaires pour affronter et vaincre la Russie. Mais seulement numériquement. En réalité, les Européens ne sont qu’un amas de muscles sans colonne vertébrale, sans système nerveux et sans cerveau central pour les coordonner. Pensez-vous vraiment que les Français vont laisser l’Allemagne prendre la direction de l’Otan car elle devient le pays le plus dépensier en matière de défense? Le Royaume-Uni le voudra-t-il? Les pays Baltes estimeront peut-être légitime de prendre la tête de l’Alliance, car ils seront en première ligne en cas de conflit avec la Russie. Regardez tout ce qu’il reste à faire : s’entendre sur les équipements, sur les formats d’armées, sur la doctrine, sur la base industrielle de défense. Tout cela, à 27 pays, voire davantage. Nous sommes tous d’accord pour dire que la défense européenne est capitale. Mais j’attends de voir cette discussion se dérouler… et, je parie, s’arrêter net. A tous les coups, un pays de l’Union européenne ne sera pas d’accord sur une disposition relative à la pêche en haute mer et bloquera les négociations sur les autres sujets!
Ensuite, il y a la question de l’industrie de la défense. Nous disons que nous devons produire. Mais aucun pays ne veut abandonner ses propres entreprises. Cela va poser un problème de standardisation des équipements. Aux Etats-Unis, il y a 33 types de frégates différentes. Chez les Européens, on en compte 179. Ce système est inefficace. Il est aussi trop cher. L’Europe pourrait dépenser autant d’argent que les Etats-Unis si elle doublait ses budgets, mais elle n’acquerrait que la moitié du matériel, car ce qu’elle achète est beaucoup plus cher. Elle a aussi une chaîne d’approvisionnement, des pièces de rechange et des munitions différentes. Nous avons 179 chaînes logistiques. Là où, comme pendant une guerre, l’Europe devrait simplifier et s’adapter, elle se spécialise et se complexifie.
Pensez-vous que les Européens ont aujourd’hui conscience de l’urgence?
En décembre, j’étais à la conférence de Berlin réunissant Volodymyr Zelensky, les Européens, les émissaires de Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, et les Russes. Les Américains venaient de dévoiler le plan en 28 points pour la paix en Ukraine. Pendant la conférence, les Allemands étaient profondément choqués parce qu’Américains et Russes parlaient de manière amicale d’un plan qui affecterait profondément l’architecture de sécurité de l’Europe entière. Tout cela, sans les Européens. Je pense que cet épisode a été un vrai électrochoc pour tout le monde sur le continent, surtout pour les Allemands.
En septembre 2024, vous aviez évoqué la question d’un risque de rupture avec les Etats-Unis en cas d’arrivée au pouvoir de Donald Trump dans un article coécrit avec Philip O’Brien, historien à l’université de Saint-Andrews, et publié dans Foreign Affairs. Quelles avaient été les réactions à l’époque?
Après la publication de cet article, des personnes très haut placées m’ont téléphoné et envoyé des courriers très agressifs. Elles me demandaient ce que l’on cherchait à faire en écrivant cela. Comme si nous avions un agenda caché. Mais j’avais déjà entendu la thèse de cet article. Lorsque des Américains proches de Trump s’étaient rendus à Londres pour une série de séminaires, ou pour des conférences publiques. Après ces événements, réunis dans des salons privés où l’on pouvait avoir des conversations un peu plus ouvertes, ils n’hésitaient pas à être très directs sur les objectifs de l’équipe Trump. Ils étaient très clairs sur ce que les responsables de l’Heritage Foundation – le think tank à l’origine de son programme – voulaient faire : ce pivot vers la Chine, ce désintérêt pour l’Europe. En face, les Britanniques avec qui ils discutaient les regardaient, incrédules : “Mais enfin, mon cher, vous n’y pensez pas? L’Otan, c’est avant tout la solidarité et la cohésion!”. Et ils refusaient de croire ce que l’on venait clairement de leur expliquer.
Mon coauteur Philip O’Brien, a eu des expériences similaires. Des personnes haut placées, là encore, qui l’appelaient pour lui demander ce qui lui prenait. Mais on n’éloigne pas ses problèmes en les ignorant. Aujourd’hui, on peut se réjouir que des réflexions commencent à émerger, comme la coopération franco-britannique sur la question nucléaire. La Pologne est aussi en train de devenir l’une des puissances militaires européennes, ce qui est très bienvenu.
Un éloignement militaire durable entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni est-il réellement possible pour Londres, compte tenu sa proximité avec Washington?
J’ai été très intimement impliqué dans ce débat car j’étais l’officier des forces britanniques dirigeant la campagne libyenne. J’ai travaillé en étroite collaboration avec mon homologue français. Je me souviens d’être allé à Paris avant de partir pour la Libye à cette époque, pour voir comment nous pourrions intégrer les Français au sein du groupe des Five Eyes. La vision de Paris était que la France était tellement impliquée dans les opérations qu’elle devait de facto les intégrer. Mais je leur ai rappelé que cela induisait de tout partager avec l’alliance. C’est la contrepartie. Cela revient à révéler aux autres partenaires ce que vous êtes ou non capables de faire. Pour Paris, c’était renoncer à une forme d’indépendance opérationnelle et de souveraineté.
Pensez-vous qu’un tel rapprochement avec les Britanniques soit un jour possible?
Il y a un écueil : partager avec Londres, c’est aussi partager avec les autres membres des Five Eyes. Les Etats-Unis bien sûr, mais aussi le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Cela va devoir changer vite, parce que Washington collecte la majeure partie de la donnée qui nourrit les services de renseignement de cette alliance. Une partie de l’Europe ne peut pas continuer à s’appuyer ainsi sur de la donnée américaine. Elle ne peut pas non plus seulement se reposer sur le renseignement français, qui ne parviendra pas à compenser seul celui de Washington. Il faudrait donc construire un outil européen, capable, à terme, de se substituer aux capacités des Etats-Unis en matière de satellites, de renseignements électromagnétiques, d’imagerie spatiale. Le Vieux Continent va devoir trouver comment exercer sa souveraineté et créer une infrastructure européenne de renseignement qui soutienne notre effort militaire. Pour cela, il faudra que le Royaume-Uni et la France revoient leurs positions respectives.
Que pensez-vous de la position de Mark Rutte, qui a déclaré en substance ces derniers jours que l’Europe ne peut pas envisager sa propre défense sans l’Amérique?
Tout dépend de la fenêtre de temps depuis laquelle on parle. Mark Rutte constate que l’Europe d’aujourd’hui est une mosaïque. Tout ce qui joint ces carreaux ensemble dans une puissance militaire cohérente est Washington. Comme je l’ai déjà dit, la colle vient des Etats-Unis. L’Europe pourrait-elle la remplacer? Absolument! Mais elle doit se ressaisir. Nous devons interroger ce que dit Rutte. Dit-il que nous ne pouvons pas le faire? Que nous ne pouvons pas le faire maintenant? Ou que nous en avons la capacité mais que nous n’utilisons pas nos moyens correctement? Sans les Etats-Unis, la structure s’effondre presque immédiatement.
Mark Rutte a raison. Si nous étions réellement sérieux à propos de notre défense, si nous transformions notre pouvoir économique en un pouvoir militaire, nous sommes absolument de taille face à la Russie. Mais nous n’en sommes pas là aujourd’hui. L’Europe ne va pas aussi vite qu’elle le devrait. Les responsables politiques et militaires de l’Europe de l’Ouest sont encore figés dans les vieilles configurations du siècle dernier. Nous devons abandonner cette attitude si nous voulons aller plus vite dans la construction de notre défense.
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Deutsche Führung: Warum nicht deutsche Soldaten in die Ukraine?
Von David Preisendanz, CDU-Bundestagsabgeordneter
Verantwortung übernehmen, wenn andere zögern: Deutschland ist Europas zentrale Führungsmacht. In der Ukraine können wir nicht an der Seitenlinie verharren.
Wer dieser Tage immer noch routinemäßig die Unverbrüchlichkeit des transatlantischen Bündnisses beschwört, muss mittlerweile auch das Gegenteil wenigstens in Betracht ziehen. In den vergangenen Wochen hat sich nicht nur der Ton zwischen Europa und den USA verändert, sondern möglicherweise auch der Charakter der Beziehung selbst. Der amerikanische Präsident hat offen mit militärischer Gewalt gedroht – gegen einen NATO-Partner. Er hat eine militärische Annexion Grönlands öffentlich in Aussicht gestellt. Und er hat Europa mit wirtschaftlichem Druck in Form von Zöllen gedroht, sollte es sich seinen expansionistischen Forderungen nicht fügen. Das sind keine rhetorischen Ausrutscher. Es ist politische Erpressung – nicht gegen Gegner, sondern gegen Verbündete. Wer dem amerikanischen Präsidenten und seiner MAGA-Bewegung zuhört, der muss erkennen, dass diese die Welt in „wir“ und „die“ einteilen. Und mit „die“ meinen sie zunehmend auch Europa – und die NATO.
Natürlich bleibt es richtig, dass Deutschland um sein transatlantisches Verhältnis und die NATO kämpft und diese nicht leichtfertig infrage stellt. Doch erfolgreiche Diplomatie darf nicht mit nüchterner Analyse verwechselt werden. Und diese Analyse muss für Deutschland ein Weckruf sein.
Helmut Schmidt beschrieb Deutschland zutreffend als Mittelmacht. Doch innerhalb der EU sind wir ein Schwergewicht, mit einer Wirtschaftsleistung, die der von rund 20 Mitgliedstaaten entspricht. Diese Größe verpflichtet uns, die deutsche Rolle in der europäischen Sicherheitsarchitektur zu überdenken. So spielt unsere Wirtschaftskraft mittlerweile nicht mehr nur eine Rolle für unseren Wohlstand, sondern auch für die europäische Sicherheit – wie die Abwehr von Trumps jüngsten Zollandrohungen in Sachen Grönland zeigt. Auch insofern wächst also der Druck, unsere Wettbewerbsfähigkeit endlich wieder energisch zu stärken.
Deutschland darf in der Ukraine nicht an der Seite stehen
Daneben müssen wir aber auch militärisch endlich die Verantwortung übernehmen, die unserer wirtschaftlichen Größe entspricht.
Deutschland sollte innerhalb der Europäischen Union wenigstens den Anspruch entwickeln, das zu sein, was die USA über Jahrzehnte für uns waren – ein Garant von Sicherheit und strategischer Handlungsfähigkeit. Nicht als europäischer Hegemon, sondern als verlässlicher Anker. Als Land, das Verantwortung übernimmt, wenn andere zögern, und das über die Fähigkeiten verfügt, Sicherheit bereitzustellen, wenn andere an ihre Grenzen stoßen. Die drittgrößte Volkswirtschaft der Welt kann diese Rolle übernehmen. Es ist eine Frage politischer Weichenstellungen.
Deswegen ist es auch richtig, das Ziel zu formulieren, die Bundeswehr zur größten konventionellen Armee Europas auszubauen. Und wenn über multinationale Truppen zur Absicherung eines möglichen Friedens in der Ukraine diskutiert wird, müssen wir in der Debatte künftig die Perspektive wechseln: Es kann nicht sein, dass das wirtschaftlich stärkste und bevölkerungsreichste Land Europas dann an der Seitenlinie steht. Frieden in der Ukraine betrifft auch unsere Sicherheit – warum sollten nur Großbritannien und Frankreich Truppen in der Ukraine stationieren?
Ein nuklearer Schutzschirm für Europa
Und schließlich muss eine Debatte über den Schutz Europas unweigerlich auch zu einer Überprüfung unseres atomaren Schutzschirms führen. Natürlich bleibt die nukleare Teilhabe in der NATO für Deutschland essenziell. Gleichzeitig müssen wir aber erkennen: Europäische Sicherheit verlangt heute deutlich mehr europäische Eigenverantwortung. Frankreich hat bereits Gesprächsbereitschaft signalisiert, seinen atomaren Schutzschirm auszuweiten. Diese Offenheit sollten wir jetzt aufgreifen.
Das Bild der „USA Europas“ wird für Deutschland auch auf Sicht nicht bedeuten, selbst Atomwaffen zu besitzen. Der 2+4-Vertrag und der Atomwaffensperrvertrag schließen das aus. Das kann aber nicht mehr das Ende sein: Deutschland muss eine aktive Rolle bei der Ausgestaltung eines europäischen nuklearen Schutzes übernehmen. Wir sollten die Kraft sein, die maßgeblich mit darüber entscheidet, wie Europas atomarer Schutzschirm aussieht.
Für unseren Einfluss werden wir vor allen Dingen einen substanziellen finanziellen Beitrag zur französischen nuklearen Abschreckung leisten müssen – für eine Modernisierung und für die notwendige taktische Erweiterung der nuklearen Abschreckung. Zugleich braucht es auch eine europäische Einbindung: Ein europäischer Sicherheitsrat mit Frankreich, Deutschland und weiteren Partnern wie zum Beispiel den Balten und den Polen – im besten Fall auch Großbritannien – könnte gemeinsame Bedrohungsszenarien definieren und Konsultationsmechanismen verankern. Die letzte Entscheidungsgewalt bliebe wohl bei den Nuklearmächten. Aber wie wir in den vergangenen Jahrzehnten ja gelernt haben: Ein Schutzschirm hängt nicht nur vom Eigentum ab, sondern von geteilter Verantwortung. Und vor allen Dingen: Glaubwürdigkeit.
Deutschland als zentrale Führungsmacht Europas – wir haben diese Rolle nicht gesucht. Im besten Fall stärken wir damit Europa und die NATO. Im schlechtesten Fall ist sie unvermeidlich.
FREE MARKETS
Politico
Macron sells a vision of ‘Made in Europe’ that Merz and Meloni aren’t buying
It looks like Paris will face off against Berlin and Rome at an upcoming EU leaders’ summit.
PARIS — When Emmanuel Macron rocks up to a meeting of European leaders this Thursday, he’ll come pushing a very French vision for Europe’s economic future.
But he shouldn’t expect help from Germany and Italy, two countries that have become increasingly aligned in their visions for the bloc. Both are skeptical of the French president’s big plans and are rallying support for a different agenda with a greater emphasis on free trade and commerce.
Macron’s ambition is to turn the meeting of European Union leaders in the Belgian countryside “into a real moment,” said a person close to the French president who, like others quoted in this piece, was granted anonymity to discuss sensitive preparations.
His plan — shared with European Commission President Ursula von der Leyen and Council President Antonio Costa during talks at the Elysée Palace last week — envisions a Europe with higher public investment, reduced dependence on trade partners, diversification, stronger support for domestic industry through “Buy European” rules in public procurement, and less red tape.
German Chancellor Friederich Merz and Italian Prime Minister Giorgia Meloni are unlikely to get on board, though. They have made clear in recent weeks that they favor an approach that would seek to jumpstart European industry — but with a less protectionist flavor to avoid alienating potential trading and investment partners.
“We must make our economy competitive again,” Merz told German lawmakers in late January, lamenting that Europe has been falling further behind the U.S. and China for more than a decade now. “We must now reverse this trend.”
Estonia, Finland, Latvia, Lithuania, the Netherlands and Sweden are even more explicitly opposed to France’s “Made in Europe” plans. They warned in a joint position paper shared ahead of the leaders’ retreat that the push for European preference risks “pushing investments away from the EU.”
It will be tough for Macron to get Europe’s new power couple on board in the face of such opposition, especially considering the French president is seen in Brussels as a lame duck who will be out the door in little more than a year.
“You are as strong in Brussels as you are at home,” said one EU diplomat. “If I were Macron, I’d be concerned by the increased cooperation between Merz and Meloni.”
New equilibrium
Macron’s latest motivation to shake things up stems from the transatlantic row over U.S. President Donald Trump’s threats to seize Greenland.
While tensions with Washington have subsided, Paris believes Brussels must not drop its guard and should fully embrace “European independence,” as a person in the French president’s entourage put it.
“Clashes like the one on Greenland will happen again, maybe on something else. We’re going to have some turbulence,” said another French official.
But even when it comes to handling the mercurial Trump, Macron’s position seems to diverge from the new Italian-German partnership.
Meloni and Merz have taken a more cautious approach, whereas the French president — who long called Trump a friend — now publicly embraces a more confrontational posture.
“Both Merz and Meloni are less willing than Macron to anger President Trump,” said Alberto Rizzi, a policy fellow at the European Council on Foreign Relations. “Rome and Berlin are more exposed in terms of public procurement, especially in military equipment, compared to Paris.”
Italian officials close to Meloni have made no secret of late that Meloni is more interested in strengthening ties with Germany than with France.
Germany last month co-signed a document with Italy outlining their priorities for the summit — the kind of paper that France and Germany used to draft together — backing a softer stance on European preference that only applies it to “crucial and core strategic sectors.”
Berlin further outlined its priorities in another position paper circulated ahead of the retreat, obtained by POLITICO, which focuses on slashing regulation and making it easier for companies to offer services across borders to deepen the single market. It makes no mention of the Made in Europe measures backed by France.
“When it comes to France’s vision of EU strategic autonomy, countries such as Italy and Germany — Europe’s leading industrial and trade powers — must of course be careful not to undermine themselves and, in doing so, undermine the EU’s economic strength as a whole,” a second EU diplomat said.
That difference of view has come under the spotlight once again as the Commission struggles to finalize its Industrial Accelerator Act, a landmark measure being shepherded by Industry Commissioner Stéphane Sejourné, a close ally of Macron. The act has already been delayed twice amid disagreement over its Made in Europe provisions.
Meloni, Merz and Belgian Prime Minister Bart De Wever — but not Macron — are organizing a pre-summit meeting that same day with over a dozen like-minded countries to discuss priorities. Macron was invited but had not yet accepted the invitation as of Friday, according to a national official familiar with planning for the get-together.
Asked on Fridaywhether Macron would attend, the French president’s office didn’t immediately reply.
CLIMATE AND JUSTICE
The Wall Street Journal, Editorial Board (Pay Wall)
A Failed Climate Coup in the Courts
The Federal Judicial Center tried to pass off one-sided propaganda as ‘settled science.’
THE MIDDLE EAST
The Wall Street Journal, Guest Essay by Mr. Seradjeh, professor of physics at Indiana University. (Pay Wall)
I Was Born in the Shah’s Prison. Now I Support His Son (Pay Wall)
Reza Pahlavi was 18 when he left Iran and is the only opposition leader with no ties to the Islamic regime.
Mr. Seradjeh is a professor of physics at Indiana University.
The Jerusalem Post
The essence of Palestinian identity clashes with Israel’s existence
Palestinian identity as it exists today cannot produce peace and only leads to more conflict with Israel.
The writer, a resident of Shlomi on the Lebanese border, is a historian and educator.
It seems that the idea of two states for two peoples and, at its core, the establishment of a Palestinian state in the territories of Judea and Samaria and the Gaza Strip, which enjoyed considerable support among the Jewish public in Israel and in the Diaspora during the 1990s, has declined greatly since the events of October 2000 and has been finally buried following the barbaric attack on the western Negev on October 7, 2023.
However, in the world, this fundamentally wrong idea is still very popular.
Moreover, in our country, too, the opposition to the idea of a Palestinian state is more intuitive than systematically conceptual, and stems from the deep feeling – which is a function of ongoing and cumulative empirical experience from the 1990s onward – that such a state will not lead to peace and tranquility, but to terror and war. And although this is true, it is appropriate to consider the issue also on the conceptual level, to understand why a Palestinian state can only be a tool for terror and war and is not consistent with the basic existential need of the State of Israel and the Jewish people.
The key here is the foundations and characteristics of Palestinian identity.
In the past, there was a debate about whether it is possible to speak of the Palestinians in terms of a “people.”
However, there is no dispute that Palestinianism is an identity. But it is necessary to ask, What kind of identity is it? Is it a national identity? Is it an ideological one?
Nationalism is a concept that organizes human life according to the division of humanity into ethnic-national groups.
What characterizes a national group? It is a matter of several characteristics. The main one is an ethos of a common family origin somewhere at the dawn of history. From this ethos is derived the idea of brotherhood – a special affinity, responsibility, and obligation to the members of the group (a nation).
This ethos is accompanied by a common and unique language; a territory where the nation was formed and which is considered a historical homeland; a unique culture (which sometimes also includes a unique affinity for a particular religion); a unique history; and unique symbolism (which can be considered part of a unique culture).
Most often, members of the nation seek to realize their self-definition through a sovereign space – i.e., a state.
What is the difference between positive and negative nationalism?
Positive nationalism is a positive concept. It stands for – for the people, the unique culture of the people, the language of the people, an affinity with the historical homeland, and so on.
Negative nationalism, on the other hand, is negative. It is against – against others, their language, their culture, and so on; against various characteristics of the others’ collective-national existence. Hence, negative nationalism does not stand on its own merits but is essentially antagonistic.
Ideological identity is an identity whose organizing axis is a political, economic, social, or cultural ideology. Certainly, the identity of every person is multidimensional. The question, however, is what is the central organizing axis? For a person whose central organizing identity axis is the national identity, belonging to the people and its derivatives are the top priority, whereas for a person whose organizing identity axis is ideological, the specific ideology becomes primary, and through this prism, he also examines the real and desired reality.
This is the place to ask whether Palestinian identity is a national identity. Let’s check:
● An ethos of common family origin at the dawn of history – This ethos is not unique to the Arabs of Judea, Samaria and Gaza specifically, but to the entire Arab region.
● Unique language – There is no Palestinian language, nor is there a uniform Palestinian dialect, but, rather, dialects of the Arabic language common to the entire region.
● Historical homeland – Until the late 1920s, Palestine was never perceived as a separate territorial unit with any special connection to any Arab subgroup. Even today, the symbols of the Palestinian organizations all feature Palestine within the borders of the British Mandate, which are the borders of the colonial division of the Middle East following World War I.
● Unique culture – The culture of the local Arabs is not fundamentally different nor unique in relation to the other Arab groups in the Middle East. There are certainly local nuances, but these belong to specific places or spaces and not to Palestine as a territorial unit.
● Unique history – There has been a unique history in the last hundred years, and it is entirely focused on resistance to the realization of the Zionist enterprise, and the existence of the State of Israel, usually through wars and terrorism.
It seems that Palestinian identity does not meet the characteristics of positive nationalism.
Negative national expressions
A glance at the core documents of the Palestinian movements, alongside their ongoing propaganda, will reveal that they are full of negative nationalist expressions of the denial of the existence of the Jewish people, denial of the historical connection of the Jews to Palestine, and denial of the realization of the right to self-determination for the Jewish people through a sovereign Jewish state in Palestine.
These are aimed at achieving an ideological goal – the nullification of the achievements of the Zionist enterprise and the cessation of the existence of the State of Israel.
This is a radical concept that is the foundation of Arab resistance to Zionism, and it is what makes the idea of a Palestinian state clearly unfeasible, since such a state would devote all its resources to achieving the purpose of its existence – namely, Israel’s destruction.
It is possible that, through a complex process, Palestinianism will undergo a metamorphosis and transform from a negative ideological identity into something else.
It is also possible that the Arabs will choose instead an Arab national identity that has long historical baggage and cultural depth and, most importantly, does not entail anything that requires confrontation with the Jewish people, the Zionist enterprise, and the State of Israel.
The Abraham Accords, as well as courageous figures acting in the Arab region for Arab-Jewish cooperation and friendship, may serve as excellent proof of the feasibility of this.
The writer, a resident of Shlomi on the Lebanese border, is a historian and educator.
https://www.jpost.com/opinion/article-885637
POLITICAL THINKING
Le Point, Book Review
Arnaud Miranda : « Les néoréactionnaires assument leur impérialisme »
ENTRETIEN. Dans « Les Lumières sombres » (Gallimard), le chercheur en science politique analyse la montée en puissance du courant idéologique porté par Curtis Yarvin et Peter Thiel et son influence sur la politique américaine.
« Monarque-PDG », « accélérationnisme », « Cathédrale »… Ces concepts, si souvent invoqués depuis la réélection de Donald Trump mais que nous peinerions à définir, relèvent tous du même courant idéologique : la « néoréaction ». Une étrange synthèse entre libertarianisme et pensée réactionnaire, marquée par la détestation de la démocratie, et qui inspirerait aujourd’hui le trumpisme.
Arnaud Miranda, jeune docteur en science politique, consacre un ouvrage* à ces idées nées sur Internet à la fin des années 2000, et qui commencent, selon lui, à essaimer en Europe et en Amérique du Sud. Entretien.
Le Point : On connaissait les réactionnaires, voici qu’émergent les néoréactionnaires. Qu’est-ce que la néoréaction ?
Arnaud Miranda : C’est une pensée qui, parce qu’elle est réactionnaire, considère que l’ordre social doit être organisé à partir d’une hiérarchie naturelle, déteste la démocratie et se distingue par son pessimisme anthropologique. Son originalité tient selon moi à deux aspects.
D’abord, beaucoup de ses théoriciens, comme Curtis Yarvin et Peter Thiel, sont d’anciens libertariens, tenants de la primauté absolue des droits et des libertés individuels, de l’économie de marché et de la réduction de l’État à un rôle minimal ou nul. Dès 2007, Curtis conçoit un dépassement de ce libertarianisme : plutôt que de faire sécession avec la démocratie, il préconise d’organiser un coup d’État pour mettre en place un État efficace, dirigé comme une entreprise par un monarque-PDG.
Et le deuxième aspect ?
La fascination pour la technologie. Les plus modérés des néoréactionnaires, comme Curtis Yarvin, veulent la développer pour la mettre au service de la souveraineté politique ; les plus radicaux, tel le philosophe anglais Nick Land, recherchent l’accélération sans limites du technocapitalisme. C’est aussi le cas de Peter Thiel, dont l’éthique individualiste des premières années s’est transformée en un accélérationnisme néoréactionnaire.
Ces penseurs semblent davantage croire en la technologie qu’en l’être l’humain. Comment l’expliquez-vous ?
Curtis Yarvin voit en elle un moyen de bâtir un ordre sécuritaire puissant, limitant le conflit au sein de la société – à défaut de l’éradiquer, car il est à ses yeux inévitable. Selon Nick Land, l’homme est condamné pour ainsi dire à la péremption : son destin est de se confondre avec la machine. Land, qui écrit de la science-fiction, est animé par une sorte de pulsion scopique, une curiosité d’ordre esthétique. Il a envie de voir de quoi le futur sera fait. Derrière ce désir d’accélération se cache le fantasme d’un monde post-politique qui verrait l’émergence d’une humanité nouvelle.
Comment les idées néoréactionnaires se sont-elles propagées aux États-Unis ?
La culture libertarienne, dont procède la néoréaction, y est très développée. D’un point de vue politique, l’échec du néoconservatisme américain a fait office de catalyseur pour le tournant réactionnaire d’un certain nombre de courants de droite. Les interventions en Afghanistan et en Irak ont été perçues comme une trahison de l’idéal porté par les républicains.
Mais là où l’alt-right [abréviation d’ « alternative right », courant idéologique réactionnaire, NDLR] prône l’isolationnisme pour reconstruire une Amérique blanche et chrétienne, les néoréactionnaires, eux, préfèrent assumer leur impérialisme que de chercher à justifier moralement ces opérations. D’un point de vue matériel, l’explosion du capitalisme numérique a créé des espaces propices à la formation de constellations en ligne, comme celle du courant néoréactionnaire.
Comment s’est-il imposé sur Internet ?
Il s’est développé en marge des canaux classiques, et dans un style qui fait qu’on ne l’a pas pris au sérieux. Son ambition intellectuelle est réelle, notamment dans le cas de Curtis Yarvin, mais il se présente de manière bouffonne, avec une ironie abondante. Les auteurs font un usage intensif des références de la pop culture. Dans l’un de ses premiers textes, Yarvin emprunte un de ses plus concepts les plus fructueux à Matrix : la red pill, qui, dans le film, détruit les illusions de Néo, désigne la confrontation avec une vérité désagréable vous arrachant aux croyances collectives du groupe et à l’idéologie dominante.
Selon vous, la néoréaction a aussi réussi à construire un contre-récit efficace…
Elle s’est présentée, dans les années 2010, comme une contre-culture face à l’hégémonie de ce que Curtis Yarvin appelle la « Cathédrale », c’est-à-dire les médias et l’université, qui seraient porteurs d’une idéologie unique. Je pense qu’il est important de comprendre que la droite a remporté la bataille culturelle sur Internet. En France, s’il n’y a pas vraiment d’équivalent à la néoréaction, les années 2010 ont aussi été marquées par la domination de figures d’extrême droite sur Internet, que l’on pense à Alain Soral ou à l’influenceur Papacito, dont les idées ont ensuite infusé dans la société.
En quoi ce courant inspire-t-il le trumpisme ?
Selon la plupart des observateurs, Trump se désintéresse de l’idéologie, et c’est ce qui fait tenir sa coalition, chaque courant d’idées espérant l’influencer dans son sens. Il n’a vraisemblablement pas lu Yarvin.
Mais autour de lui, les liens, passés principalement par la médiation de Peter Thiel, sont plus évidents. J. D. Vance l’a cité comme une référence. Il est un ami de Michael Anton, ancien directeur de la planification politique. Enfin, c’est au sein de la jeune garde républicaine que Yarvin dit avoir le plus de relais. Politisée sur Internet, elle est plus poreuse à ses idées. Les néoréactionnaires ont ainsi réussi à constituer un réseau ciblé au sein des élites américaines.
Cette influence de la néoréaction n’est-elle pas surestimée ?
D’abord, ce n’est pas le seul courant idéologique au sein du trumpisme. Ensuite, il faudra étudier les modalités précises de circulation de ces idées. Mais des projets de Trump portent sa marque : le DOGE, ou la transformation de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient ». Ce qui a vraiment changé depuis le premier mandat de Trump, c’est la grammaire idéologique, la manière dont les décisions sont justifiées. Qu’il s’agisse des décrets, de l’intervention au Venezuela ou des menaces d’annexion du Groenland, se manifeste un impérialisme nu, brutal, qui correspond à ce que Curtis Yarvin préconisait dès 2008, au moment de la crise du néoconservatisme, quand il estimait que les États-Unis n’avaient pas été assez impérialistes – voire colonialistes – en Irak. Si Yarvin n’a évidemment pas dicté la politique étrangère américaine, il permet d’en comprendre le langage.
Les idées néoréactionnaires « essaiment en Europe et en Amérique du Sud », écrivez-vous. En quoi ?
L’exemple le plus évident est celui de Javier Milei en Argentine, qui reprend plusieurs de ces idées. En Europe, ce mouvement était jusque-là demeuré extrêmement marginal en raison de la barrière de la langue et une certaine résistance à la culture libertarienne. Mais aujourd’hui, certaines d’entre elles ont déjà pénétré. Je pense à la campagne d’opinion « C’est Nicolas qui paie » sur les réseaux sociaux, largement relayée par l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo. Ces idées dépassent le conservatisme traditionnel à la française et diffèrent de l’approche nationale-populiste du Rassemblement national (RN).
Quel est le principal obstacle à ces idées en France ?
Le RN, qui poursuit une stratégie de normalisation, n’a pour l’instant pas fait de mue équivalente au passage de Trump I à Trump II. L’extrême droite est dominée depuis les années 1970 par des courants antimodernes et critiques du capitalisme : la pénétration des thèses néoréactionnaires supposerait une profonde restructuration du paysage idéologique de la droite française.
La vogue de la néoréaction est-elle appelée à durer ?
Ce n’est pas une simple passade. Ses idées ont précédé Trump et lui survivront sans aucun doute. Leur succès repose non seulement sur la critique de la démocratie, mais sur le refus plus général du politique comme champ autonome. La néoréaction considère que celle-ci est condamnée par l’accélération technocapitaliste.
Elle place les démocraties libérales dans une position de faiblesse : elles défendent un idéal, celui des Lumières et des droits de l’homme, qui apparaît conservateur, voire dépassé, par rapport au trumpisme. Nous nous battons pour résister à une marche du monde qu’on nous présente comme inéluctable : le passage du fantasme d’un ordre mondial organisé par le droit à un face-à-face entre les empires. Et nous n’avons pour le moment pas développé de véritable contre-récit. Soit nous acceptons le récit néoréactionnaire, et nous nous résignons à devenir une puissance mineure, soit nous devons développer un nouvel imaginaire politique.
*Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, d’Arnaud Miranda (Gallimard, 176 p., 18 â¬).
SOCIETY
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Psychiatrist to the ‘Underclass’
Anthony Daniels is a firsthand observer of the ‘squalor produced by the welfare state’ and by the ‘widespread abdication of personal responsibility.’
Mr. Varadarajan, a Journal contributor, is a fellow at the American Enterprise Institute and at New York University Law School’s Classical Liberal Institute.
THE INTERNET AND SOCIAL MEDIA
The New York Times, VIDEO: The Ezra Klein Show
We Didn’t Ask for This Internet
https://www.nytimes.com/2026/02/06/opinion/ezra-klein-podcast-doctorow-
February 6
GEOPOLITICS
L’Express, Interview
“En Russie, il est désormais plus rentable de mourir que de vivre” : l’analyse choc de Vladislav Inozemtsev
Vladimir Poutine recycle dans l’armée tous les “indésirables”, explique l’économiste dans une note pour l’Ifri, dont L’Express a eu la primeur. Un business de la mort devenu le principal moteur de la croissance.
C’est un sinistre business model, dont l’ingénieur en chef s’appelle Vladimir Poutine : dans la Russie d’aujourd’hui, mourir est plus rentable que vivre. “Dans une région russe au niveau de vie moyen, une personne qui s’engage dans l’armée, combat pendant un an et est tuée au front – avec toutes les preuves administratives requises – fait gagner à sa famille une somme qu’elle n’aurait jamais pu accumuler en quinze ou vingt ans de travail”, décrit l’économiste russe Vladislav Inozemtsev dans une note passionnante pour l’Institut français des relations internationales (Ifri), dont L’Express a eu le primeur.
“Au royaume de Poutine, la mort devient ainsi le moyen le plus rentable, sur le plan économique, de tirer profit de sa propre vie”, écrit-il dans cette étude qui sera publiée le 9 février. Inozemtsev appelle cela “l’économie de la mort”, devenue le principal moteur de l’économie grâce à la relance de la consommation permise par cet afflux d’argent. Poutine y voit un autre avantage, et non des moindres : il recycle au front tous les “indésirables” de la société. Le président russe le sait : il n’a aucun intérêt à arrêter cette guerre. “Pour Poutine, la fin de la guerre serait le début des ennuis”, avance Inozemtsev.
L’Express : Vous décrivez l’évolution de l’armée russe en une “armée de mercenaires”. Pourquoi ce modèle a-t-il été privilégié?
Vladislav Inozemtsev : Il faut remonter aux années 1990 pour comprendre l’émergence de ce modèle. Après la chute de l’URSS, la “thérapie de choc” destinée à réformer l’économie a paupérisé la population et creusé les inégalités. A l’époque, la solde des militaires, conscrits et contractuels, était dérisoire et l’opposition à la conscription montait. Le service militaire, quasi universel sous l’ère soviétique, a peu à peu été déserté par les classes privilégiées. L’armée russe était devenue une armée de pauvres… jusqu’à la fin des années 1990. En 1999, Vladimir Poutine a tiré les leçons du fiasco de sa première guerre en Tchétchénie (1994-1996) : pour sa seconde offensive dans la république rebelle, il a ordonné d’augmenter la solde des contractuels. Cette dernière atteindra jusqu’à 28 000 roubles mensuels, soit 18 fois le salaire moyen, attirant de nouvelles recrues essentiellement motivées par l’appât du gain. Une approche similaire prévaudra en Syrie.
Deux autres éléments concourent à l’acceptation progressive de ce modèle par la société russe. D’une part, le culte de la violence qui se diffuse dans les années 1990. Durant cette décennie de pauvreté et d’anarchie, la culture criminelle est devenue une norme, glorifiée jusque dans la pop culture. Dans les films et les livres russes, les figures du bandit et du tueur étaient omniprésentes et valorisées, au point que la vie, elle, a perdu toute valeur. Au même moment, l’Etat s’est lui-même transformé en une sorte de gang mafieux.
D’autre part, des sociétés militaires privées contrôlées par des dirigeants russes ont émergé et pris une importance majeure dans les années 2010 : le Slavonic Corps, actif en Syrie, et Wagner dans l’opération du Donbass en 2014. Ces deux exemples ont servi de prototypes à une future armée de mercenaires à grande échelle.
Pourquoi la guerre en Ukraine marque-t-elle un tournant?
Lorsqu’il lance son “opération militaire spéciale” le 24 février 2022, Poutine l’imagine comme un “Blitzkrieg”. Il n’envisage pas de payer davantage les soldats appelés au front. Mais les premiers mois du conflit se soldent en carnage. Il devient alors évident que la Russie a besoin de plus de soldats. Quand le Kremlin annonce la mobilisation partielle en septembre, c’est un tollé dans la société russe. C’est à ce moment-là que Poutine déclare pour la première fois que les personnes mobilisées recevront 190 000 roubles (soit 3 200 euros à ce moment-là) par mois.
Puis, il annonce que cette somme sera aussi versée à ceux qui signeront volontairement un contrat. Petit à petit, Poutine a formé ce que j’appelle une armée de mercenaires, c’est-à-dire des volontaires dont la rémunération est bien supérieure au salaire moyen, et se double de nombreuses primes – à la signature du contrat, en cas de mort ou de blessure. Des primes proposées par l’Etat central, bientôt rejoint par les gouverneurs locaux qui ont commencé à promettre aux soldats potentiels des salaires de plus en plus élevés. Jusqu’à 4 millions de roubles juste pour signer le contrat, soit environ cinq salaires annuels dans le pays.
À la fin de 2023, ce système était bien établi : si vous voulez partir à la guerre, vous signez votre contrat et recevrez immédiatement en moyenne trois millions de roubles. Ensuite, une solde de 200 000 à 240 000 roubles par mois, et si vous êtes tué, votre famille recevra diverses indemnités. Au total, cela constitue une somme moyenne de 16 à 17 millions de roubles [près de 190 000 euros actuels]. Dans la plupart des régions russes, un homme de 30-35 ans, s’il occupe un emploi moyen, ne gagnera jamais une pareille somme avant la retraite. Il est désormais plus rentable de mourir que de vivre et de travailler en Russie. C’est ce que j’appelle “l’économie de la mort”.
Et cette “économie de la mort” est le principal moteur de la croissance russe, dites-vous. Pourquoi?
Je sais que c’est difficile à dire et à écrire, car les gens ne veulent pas entendre cela, mais voilà mon raisonnement : les premiers concernés par cette économie de la mort sont des gens absolument inutiles pour l’économie de marché. De nombreuses statistiques nous informent sur le profil des soldats. L’âge moyen des nouveaux contractuels est proche de 50 ans. Certains sont malades (fin 2023, le nombre de cas de VIH dans l’armée avait été multiplié par 20 par rapport aux chiffres d’avant-guerre), ils soudoient les services médicaux pour obtenir un faux certificat. Une part importante est au chômage ou occupe des emplois très peu rémunérés sans aucune qualification. Seuls 7 à 8 % d’entre eux ont fait des études supérieures. Beaucoup sont en faillite ou des criminels condamnés. Bref, l’armée est devenue une sorte de “poubelle” dans laquelle Poutine jette les parias de la société.
Ce processus touche les couches les plus défavorisées de la société et je dirais donc qu’il profite à l’économie car il élimine les indésirables. En échange de ces vies, Poutine injecte beaucoup d’argent dans l’économie et de nombreux indicateurs suggèrent que dans les régions pauvres, cela a eu un fort impact. Par exemple, on a constaté dans ces régions une augmentation considérable des dépôts bancaires et des transactions immobilières. Plusieurs enquêtes se sont intéressées à l’usage de l’argent touché par les veuves et les familles des soldats décédés. Elles placent cet argent dans des banques, l’utilisent pour acheter des logements modestes mais de qualité, financent les études de leurs enfants à l’université, etc.
Vous écrivez que “la routinisation de la guerre renforce Poutine”. Vraiment?
C’est la raison d’être de ce business de la mort : on incite les volontaires à signer un contrat en leur vendant un “jackpot” (salaires + primes), ce qui permet à Poutine d’éviter la mobilisation et tout soulèvement social que cette dernière pourrait engendrer. La guerre n’est pas très populaire parmi les Russes, et s’il s’avérait qu’un jour n’importe qui pouvait être envoyé au front sans consentement, cela constituerait une réelle menace pour le régime.
Ce modèle a-t-il des limites?
Cela se discute, car Poutine dispose de suffisamment d’argent. Le montant dépensé pour les soldes et les primes (des militaires et de leurs familles) s’élevait à 3,5-3,8 milliards de roubles en 2025 (environ 2% du PIB), soit un tiers des dépenses militaires. Or, il est assez facile d’emprunter cet argent sur le marché intérieur ou d’augmenter légèrement les impôts pour le couvrir. Et je ne vois pas de pénurie de personnes pouvant être enrôlées.
De plus, si le gouvernement accroît les avantages, le nombre de personnes souhaitant s’engager dans l’armée pourrait encore augmenter. Bref, c’est une situation dictée par le marché. Un marché d’esclaves. Le vrai problème se posera lorsque la guerre prendra fin. Pour Poutine, la fin du conflit serait le début des ennuis.
Comment ces vétérans pourront-ils réintégrer la vie civile?
Le retour des soldats à la vie civile s’est rarement déroulé sans problème – qu’il s’agisse des vétérans soviétiques de la guerre d’Afghanistan ou des Américains du retour du Vietnam. Dans la Russie d’aujourd’hui, il y a un défi supplémentaire : cette armée de mercenaires payés beaucoup plus cher que le salaire moyen. Aucun soldat ne pourra trouver un emploi lui rapportant ne serait-ce que la moitié de sa solde. Et qui sait comment ces “revenants” se comporteront. Ce sont des personnes cruelles, traumatisées par la guerre. Face à ce défi colossal, une des options du pouvoir serait de prolonger les contrats des anciens combattants et de stationner l’armée dans des colonies militaires pendant au moins quelques années. À mon avis, ce serait le seul moyen pour le Kremlin de les “réintégrer”.
Il y a déjà eu des tentatives de faire de certains d’entre eux une nouvelle élite dans les régions…
C’est un non-sens. En réalité, c’est impossible car on ne peut pas transformer des parias absolus, sans instruction et sans qualification en une main-d’oeuvre précieuse. L’une des fonctions de cette “économie de la mort” est justement de se débarrasser ces gens. Vous pouvez les échanger contre de l’argent, en faire de la chair à canon et dédouaner les veuves et les enfants, mais vous ne pouvez pas les changer eux-mêmes. Et la guerre les rendra encore plus mauvais.
Quels effets aura la “militarisation” des esprits sur la société, d’après vous?
A mon sens, le grand risque est que la figure du soldat mercenaire devienne un modèle au sein de la société, dans un remake de la criminalisation des années 1990. A l’époque, faire partie d’un gang, être recruteur, sans parler de tueur, était une activité très lucrative et une position sociale très respectée. Si vous regardez les cimetières les plus chers des grandes villes russes, vous verrez d’immenses parcelles couvertes par les tombes de ces gangsters des années 1990; ce sont les plus luxueuses. Après son arrivée au pouvoir, Poutine a déclaré que cette culture criminelle devait être abolie. Cela n’a jamais été le cas. Mais la normalisation de la vie dans les années 2000 et 2010 a largement contribué à l’érosion de cette mentalité. L’homme d’affaires, le petit entrepreneur ou le fonctionnaire sont devenus beaucoup plus respectés qu’un gangster, mais il a fallu environ 20 ans pour changer l’état d’esprit des gens et une nouvelle génération a vu le jour, ce qui a modifié les comportements sociaux.
L’après-guerre en Ukraine représentera un défi similaire, et il faudra beaucoup de temps et d’efforts pour changer la donne. Depuis quatre ans, le Kremlin établit volontairement des parallèles avec la Seconde Guerre mondiale, dite en Russie “Grande Guerre patriotique” et la guerre en Ukraine. Les soldats sont glorifiés, au point que perdre la vie est une sorte de comportement social acceptable et encouragé. D’ores et déjà, cela influence beaucoup la culture populaire.
Comment?
De nombreux films sont tournés sur la guerre et sur ces héros. De nouveaux monuments et musées consacrés à la guerre en Ukraine ouvrent dans les villes de province. A l’école, la mémoire des soldats tombés au combat est exaltée. Certains anciens combattants sont envoyés délivrer leur témoignage sur les bancs des écoles pour enseigner aux enfants l’amour de la patrie. Cela fait donc partie intégrante de la propagande d’État.
The Wall Street Journal (Pay Wall)
A Wargame Shows Just How Vulnerable Europe Is to a Russian Attack
With America disengaging, Russia might be ready for new war much sooner than previously estimated
Le Figaro, Book Review
Hubert Védrine : «L’époque d’un Occident qui impose sa morale est révolue»
ENTRETIEN – Dans son nouvel ouvrage, Après l’Occident ?, coécrit avec l’anthropologue Maurice Godelier, l’ancien ministre estime que les pays occidentaux, dans ce nouveau «désordre mondial», doivent renoncer au prosélytisme qui les caractérise depuis toujours et qui ne fonctionne guère plus.
LE FIGARO. – Pourquoi avoir écrit cet ouvrage ?
Hubert VÉDRINE. – Il y a trois ans, Maurice Godelier, après Lévi-Strauss notre grand anthropologue, a pris contact avec moi. Nos parcours sont très différents, me dit-il, mais j’arrive à la même conclusion : l’Occident ne peut plus imposer ses « valeurs ». Le point de départ de notre conversation n’était donc pas la situation actuelle : mais quel est l’avenir de l’Occident, qui a toujours été intrinsèquement prosélyte ?
Vous présentez, au début de votre ouvrage, l’Occident comme une « évidence géopolitique »depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : cette évidence s’est-elle envolée ?
C’est ce qu’on va voir, cela va dépendre des États-Unis, et plus encore de nous, les Européens. Il faut distinguer plusieurs époques dans « l’Occident ». D’abord les origines, c’est-à-dire l’Empire romain « d’Occident », devenu par la suite la chrétienté médiévale, elle-même profondément transformée quelques siècles plus tard par la sécularisation de ses valeurs par les Lumières. Vient ensuite l’époque coloniale, durant laquelle l’Europe, qui pense avoir « un devoir de civilisation », même s’il y a d’autres motivations, colonise les trois quarts du monde. Il faut avoir ces antécédents en tête pour comprendre le prosélytisme, l’esprit missionnaire ou d’ingérence qui sont encore bien vivants dans une partie des élites françaises et européennes.
« L’Occident géopolitique » lui, est fondé contre Hitler par Roosevelt et Churchill, avec la charte de l’Atlantique de 1941, puis consolidé contre Staline par Truman avec le traité de l’Atlantique Nord et l’Alliance de 1949. Cela a duré jusqu’à… Biden. Quand l’URSS a disparu en 1991, les Européens ont vraiment cru à la « communauté internationale », à l’universalisme de leurs valeurs, et à tout le reste. Les Américains, eux, pensaient avoir gagné : l’hyperpuissance. Et notre thèse est de dire que nous arrivons peut-être à la fin de ce fameux Occident géopolitique. D’ailleurs, pour décrire la relation entre l’Europe et les États-Unis, j’utilise depuis longtemps déjà l’image de « cousins issus de germain », une relation qui se distancie, avant les chocs actuels.
Le rapport de force était quand même là, implicite. Mais avec Trump, c’est devenu explicite, et sans masque. Maurice Godelier et moi estimons qu’il s’agit d’un changement d’époque, pas seulement d’un tournant. Nous nous retrouvons alliés (?) avec une Amérique brutale, expansionniste, mercantiliste, unilatéraliste, celle du XIXe. C’est très difficile à admettre pour les Européens, qui ont vraiment cru, eux, à un monde post-historique et post-tragique, un monde qu’aujourd’hui Trump ignore, balaye, tourne en dérision, et combat. Nous parlons d’un véritable schisme.
Revenons aux origines. L’Occident et la chrétienté se sont façonnés l’un et l’autre, expliquez-vous. Pourquoi cette ascendance chrétienne et millénaire vous intéresse-t-elle ?
Parce que c’est une clé ! Certes, dans la chrétienté médiévale, il n’y a pas encore l’idée moderne d’universel, mais quand même catholicus, du grec katholikos, qui signifie « général, universel ». Je ne veux pas faire de la pédanterie théologique mais il me semble qu’à l’origine du christianisme, et donc de nous, il y a cette mission « Allez évangéliser toutes les nations ». Pour moi, il y a un lien entre ce message-là et ses descendants : « allez démocratiser », « allez droit-de-l’hommiser » (voire ces dernières années dans certaines visions radicales « allez wokiser »). Le militant européen d’ONG, même s’il ne le sait pas, s’inscrit dans cette histoire. D’où la place dans nos entretiens de la question des relations de l’Occident avec les « autres ». L’autre élément chrétien qui, il me semble, a survécu, est la propension à la repentance. Je suis pour la vérité sur l’Histoire, laquelle regorge d’horreurs, mais la repentance mémorielle instrumentalisée uniquement dans quelques anciens pays dominateurs, qui ne le sont plus, ne règle rien sur le fond. Prétend-on que la responsabilité est transmissible ? Ainsi, le concept du péché originel, comme celui de la mission, circule comme une eau souterraine dans notre monde déchristianisé.
Les politiques étrangères des pays occidentaux sont confrontées en permanence à ce dilemme : est-ce qu’elles doivent défendre des intérêts, ou propager des valeurs ?
L’Europe a-t-elle été la seule à formuler des idées véritablement universelles, en cela qu’elles pouvaient s’appliquer à tous les hommes ?
Non, mais comme le dit très bien Maurice Godelier, ce sont les Européens qui l’ont conçu et formulé le plus clairement. Combiné à la révolution industrielle, cela a tout changé ! Nous vivons sur la base de ces valeurs. Mais vouloir les imposer aux autres, c’est autre chose ! Dans nos fameuses valeurs universelles, les autres (les peuples du « Sud global ») souhaitent la démocratie et les droits de l’homme, mais pas notre prosélytisme ! Or les politiques étrangères des pays occidentaux sont confrontées en permanence à ce dilemme : est-ce qu’elles doivent défendre des intérêts, ou propager des valeurs ? Sans doute les deux… En tout cas, il ne s’agit pas de savoir si c’est bien ou mal, heureux ou regrettable, mais de constater que cette époque prosélyte est révolue. Maurice Godelier et moi sommes d’accord sur ce point : ça ne fonctionne plus. Dès lors, que faisons-nous, nous, les Européens ?
« Nous sommes souvent un modèle à imiter et en même temps à rejeter », résume Maurice Godelier dans l’ouvrage en parlant des pays non-occidentaux. Comment expliquer ce paradoxe ?
La colonisation a entraîné partout, inévitablement, des réactions anticoloniales, des résistances, etc. Certains Européens interprètent comme un ralliement à nos « valeurs » que les peuples du « Sud global » veuillent vivre comme nous : démocratie, liberté, sécurité, niveau de vie, avenir pour les enfants, hôpitaux corrects, etc. Ce n’est pas faux, mais ils veulent le réaliser par eux-mêmes, et pas sous notre tutelle. Leurs aspirations ne nous confèrent aucune autorité sur eux. Il faut faire attention à cette confusion. Et d’ailleurs, est-ce qu’ils veulent transposer chez eux toutes les versions récentes de nos démocraties ? Non. Est-ce qu’ils veulent transposer l’État de droit tel qu’on le complexifie sans arrêt en Europe depuis dix, vingt, trente ans ? Non. Mais les bases, oui.
Quel est donc l’avenir de l’Occident ?
Plusieurs scénarios sont possibles. Le premier : beaucoup d’Européens pensant comme Trump et Vance que l’Europe est menacée par l’immigration incontrôlée et le wokisme, l’Occident tout entier, y compris l’Europe, est trumpisé durablement. Deuxièmement : au contraire, les Européens rejettent ce destin, réveillent et métamorphosent l’Europe et reprennent le flambeau. C’est un Occident à l’européenne. Dernier scénario : les États-Unis et l’Europe évoluent chacun de leur côté, de façon de plus en plus divergente. Il n’y a plus d’alliance ni donc d’Occident géopolitique. Bien sûr, il faudrait donner la priorité au scénario européen. Il faut alors résoudre deux problèmes. La défense d’abord. Si la protection américaine, obtenue par les Européens, et maintenue pendant plus de soixante-dix ans, n’est vraiment plus assurée, on ne la remplacera pas par des slogans mais en donnant un vrai contenu militaire à ce pilier européen, en créant un état-major (dirigé par qui ?), et en décidant qui aurait l’autorité légitime pour donner les ordres. Évidemment, pas la Commission.
D’autre part, tout l’entretien entre Maurice Godelier et moi tourne autour de l’idée que l’Occident issu de l’Europe est consubstantiellement missionnaire, le reste du monde ne l’accepte plus. D’où la réflexion que nous lançons : peut-on concevoir une Europe redressée, exemplaire, rayonnante, mais pas prosélyte ni interventionniste ?
II. MIDDLE EAST
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The Name ‘West Bank’ Erases the Truth
‘Judea’ and ‘Samaria’ are faithful to history, as U.S. lawmakers increasingly realize.
Mr. Israel is an adviser to the National Association of Christian Lawmakers.
https://www.wsj.com/opinion/the-name-west-bank-erases-the-truth-4ab0a62f
FREE SPEECH
The Wall Street Journal (Pay Wall)
The EU’s Secret Assault on Your Free Speech
A decision against X looks technical on the surface but is a road map for future censorship.
Ms. Jacobson is an assistant editorial features editor at the Journal.
EDUCATION
Neue Zürcher Zeitung
Warum Deutschland wieder mehr Exzellenz wagen muss
Eine Gesellschaft, die den Durchschnitt zum Massstab erhebt, schützt vermeintlich die Schwächeren. In Wahrheit entmutigt sie die Starken – und beraubt sich selbst der Zukunft.
Deutschland hat ein Problem mit Exzellenz. Nicht, dass es sie nicht hervorbringt. Es misstraut ihr. Und läuft damit Gefahr, den Durchschnitt zum Massstab zu erheben. Anspruch gilt schnell als Zumutung, Auswahl als Ungerechtigkeit, Differenz als verdächtig. Was gut gemeint ist, wird so oft zur Ausrede: dafür, Massstäbe zu senken, statt Wege zu öffnen.
Exzellenz ist kein Geniekult. Sie entsteht nicht aus Begabung allein und schon gar nicht aus Herkunft. Sie entsteht durch Arbeit, durch Wiederholung, durch Hartnäckigkeit, durch Training – und ja, auch durch Phasen der Überforderung. Durch Situationen, in denen man mehr verlangt, als im Moment bequem ist. Das ist anstrengend. Aber sowohl Muskeln als auch Gehirn wachsen an gut dosierter Überlastung.
Wer jede Zumutung vermeiden will, verhindert nicht Ungerechtigkeit, sondern Entwicklung. Entscheidend ist, ob Anspruch allein steht oder von Unterstützung getragen wird.
Dieses Misstrauen gegenüber dem Herausragenden zieht sich durch das Bildungssystem. Es zeigt sich früh in Schulen, die Vergleichbarkeit scheuen, weil diese Unterschiede sichtbar machen könnte. Zugleich muten sie leistungsstärkeren Schülerinnen und Schülern ganz selbstverständlich zu, ohne besondere Zuwendung auszukommen, um Abstände in der Klasse nicht weiter zu vergrössern.
Angst vor Unterschieden
Der Blick nach aussen ist ernüchternd. In zentralen Kompetenzbereichen bewegt sich Deutschland laut internationalen Vergleichsstudien schulisch eher im Mittelfeld als an der Spitze. Anspruch wird verwaltet, nicht gesteigert.
Zur Wahrheit gehört allerdings auch: Bildungspolitik ist politisch heikel. Sie ist für Schülerinnen und Schüler, Eltern und für die Zukunft einer Wissensgesellschaft zentral, aber nur selten ein Wahlkampfthema. Ein langjähriger früherer Kultusminister klagte im Gespräch, man gewinne mit Schulpolitik kaum Wahlen, könne sie aber zu leicht verlieren. Zu wichtig ist die Schule, zu viele sind ein wenig unzufrieden.
Ein Teil der Misere liegt genau darin. Wo Politik Konflikte scheut, setzt sie selten auf hohe Erwartungen. Bildungspolitik wird dann besonders anfällig für Milieuschutz, Konfliktvermeidung und den Abbau von Anspruch. Das gilt ausdrücklich auch für konservative Parteien, die hier deutlich an Kante verloren haben. Ordnungspolitischer Ehrgeiz ist vielerorts einer Vorsicht gewichen, die Ungleichheit vermeiden will, doch dabei Unterschiede einebnet und sich mit zu wenig zufriedengibt.
Die mathematischen Fähigkeiten nehmen seit 2012 ab
Dass Abiture aus Bayern, Baden-Württemberg oder Thüringen lange als besonders anspruchsvoll galten, war einmal ein Ausweis von Stolz. Heute wird er schnell zum Nachteil, wenn Studienplätze mit strikten Zugangsbeschränkungen vergeben werden.
Anstrengung war einmal ein Versprechen
Über eine kulturelle Verschiebung spricht man in Deutschland nur selten offen: Wo Ehrgeiz misstrauisch beäugt wird, sinkt der gemeinsame Horizont. Anspruch wird heute oft nicht als Einladung verstanden, sondern als Zumutung empfunden. Wer fordert, gerät unter Rechtfertigungsdruck; wer verzichtet, gilt als rücksichtsvoll. So entsteht eine stille Bequemlichkeit, die den Streit ebenso wie den Ehrgeiz vermeidet. Sie schützt vor Reibung und verlernt, warum Anstrengung einmal ein Versprechen war.
An Universitäten schliesslich werden Studiengänge immer feiner nach Interessen ausdifferenziert, während die Massstäbe undeutlicher werden. Wo das geschieht, verliert Leistung ihre Richtung. Vielfalt ist ein Wert. Beliebigkeit ist keiner. Universitäten müssen die Orte sein, an denen verhandelt wird, was die richtigen und wichtigen Fragen der Zeit sind. Orte, an denen Ausgezeichnetes entsteht.
Dabei ist die Frage nach Exzellenz längst mehr als eine pädagogische. Sie ist eine ökonomische Notwendigkeit. In vielen Berufen, in vielen Branchen lässt sich mit Durchschnittlichkeit kaum noch bestehen – so hart das klingt. Märkte, Technologien und Arbeitswelten werden nicht komplexer, weil wir es wollen, sondern weil sie es längst sind.
Wer Kindern und Jugendlichen heute signalisiert, es reiche aus mitzuhalten, meint es vielleicht gut. Aber das bereitet sie schlecht auf eine Realität vor, in der Begabung gefördert, Leistung vertieft und Spitzenleistungen ermöglicht werden müssen, wenn individueller Erfolg und gesellschaftlicher Wohlstand zusammengehen sollen. Ohne Leistungsträger in Forschung, Unternehmertum und Handwerk wäre auch für den Durchschnitt weniger möglich.
Exzellenz ist nötig – und möglich
Universitäten brauchen exzellente Forscherinnen und Forscher in allen Bereichen, nicht nur dort, wo Förderlogiken gerade freundlich sind oder politische Aufmerksamkeit winkt. Wissenschaft folgt nicht dem Zeitgeist, sondern der Relevanz. Und die zeigt sich oft erst spät. Manchmal nach Jahren, manchmal nach Jahrzehnten.
Diese Gedanken haben sich in dieser Woche in München verdichtet, in der Grossen Aula der Ludwig-Maximilians-Universität, bei einer Rede, die sich etwas getraut hat: Ambition zu formulieren, ohne sie zu entschuldigen. Matthias Tschöp, ihr neuer Präsident, sprach nicht über Rankings oder Förderinstrumente, sondern über Verantwortung. Über Exzellenz nicht als Prestigeprojekt, sondern als Verpflichtung. Nicht weniger fordern, um niemanden zu verlieren, sondern mehr Menschen befähigen, mehr zu leisten.
München ist kein Zufall. Mit der Ludwig-Maximilians-Universität und der Technischen Universität stehen hier zwei der dauerhaft erfolgreichsten Hochschulen Deutschlands. Beide haben ihren Exzellenzstatus über Jahre hinweg in einer sehr kompetitiven Umgebung erobert und verteidigt; nicht einmal, sondern wiederholt. Exzellenz ist also kein fernes Ideal. Sie existiert. Und sie zeigt, was möglich ist, wenn Ehrgeiz nicht unter Generalverdacht steht.
Deutschland nah am Durchschnitt – und mit sinkenden Punktzahlen
Exzellenz meint mehr als unmittelbare Verwertbarkeit. Es geht nicht nur um Physik, wie sie der Nobelpreisträger Ferenc Krausz an der Isar betreibt, der untersucht, wie fundamentale physikalische Prozesse überhaupt ablaufen, in Zeitdimensionen, die bislang unzugänglich waren. Ebenso wenig geht es nur um medizinische Forschung, wie sie Tschöp geprägt hat. Er erforscht, wie hormonelle Steuerungsmechanismen den menschlichen Stoffwechsel regulieren. Exzellenz betrifft alle Disziplinen, auch jene, deren gesellschaftlicher Ertrag sich nicht in Produktzyklen messen lässt. Gerade diese Form von Exzellenz braucht Freiheit, Zeit – und Vertrauen.
Massstäbe neu setzen
Wissenschaftsfreiheit ist kein Freibrief für Spielerei. Sie ist die Voraussetzung dafür, dass Forschende sich den wirklich wichtigen Fragen widmen können, auch dann, wenn ihr Nutzen nicht sofort feststeht. Wissenschaft muss ihren Weg selbst bestimmen, darf sich aber der Wirkung ihrer Erkenntnisse auch nicht entziehen.
Ähnliches gilt übrigens für die gymnasiale Bildung. Sie erschöpft sich nicht darin, unmittelbar Anwendbares zu vermitteln. Alte Sprachen, anspruchsvolle Mathematik, abstraktes Denken sind keine Relikte vergangener Bildungsideale. Sie sind das Fundament, auf dem spätere Spitzenleistungen überhaupt erst möglich werden. Wer höhere Bildung auf Alltagsnützlichkeit reduzieren will, verbaut Möglichkeiten.
Lange konnte Deutschland es sich leisten, diese Debatte zu vertagen. Das Land lebte von strukturellen Schonräumen – politisch, wirtschaftlich, geopolitisch. Die erlaubten es, Anspruch nicht immer zuzuspitzen. Mit ihrem Wegfall ist klarer geworden: Ohne Innovation, ohne Skalierung von Wissen und Technologie, ohne echte Spitzenleistung wird das hergebrachte Modell nicht tragen.
Exzellenz ist kein nostalgisches Ideal und kein Luxus für gute Zeiten. Sie ist die Voraussetzung dafür, dass eine Gesellschaft unter veränderten Bedingungen handlungsfähig bleibt. Wer sich mit dem Durchschnitt zufriedengibt, mag kurzfristig Konflikte vermeiden, langfristig verliert er Optionen.
Deutschland wird sich entscheiden müssen, ob es weiterhin so tut, als liesse sich Zukunft lediglich verwalten. Oder ob es den Mut findet, Massstäbe zu setzen: in Bildung, in Wissenschaft, in einer Wirtschaft, die ohne billige Sicherheiten auskommen muss.
Exzellenz ist unbequem. Darin liegt ihr Wert.
https://www.nzz.ch/der-andere-blick/warum-deutschland-wieder-mehr-exzellenz-wagen-muss-ld.1923655
SOCIAL MEDIA
The Economist, Book Review (Pay Wall)
Going viral : Want to know what’s wrong with you?
“Bad Influence” argues that separating medical fact from fiction is becoming harder online
Bad Influence. By Deborah Cohen. Oneworld; 384 pages; £18.99. To be published in America in May; $28.95
https://www.economist.com/culture/2026/02/05/want-to-know-whats-wrong-with-you
February 5
GEOPOLITICS
The Economist (Pay Wall)
Three scorpions : A new nuclear arms race beckons
America wants more nukes to deter Russia and China
https://www.economist.com/international/2026/02/03/a-new-nuclear-arms-race-beckons
The New York Times
Guest Essay : In Counting the Dead in Iran, a Picture of Ferocity
Mr. Anderson is the author of “King of Kings,” an account of the Iranian revolution.
It’s been a trying time for the Islamic Republic of Iran.
Over the past two years, its regional proxy allies have been severely weakened by the Israeli military. Add to that a 12-day bombing campaign against Iran conducted by the United States and Israel in June. The regime suffered a body blow last month when large-scale street protests over the nation’s economic collapse quickly transformed into calls for the government’s overthrow. For a moment, it appeared the protesters might be gaining the upper hand. Then came the state’s brutal crackdown.
Just how close did the regime feel it was to falling? With the nation still essentially cut off from the outside world, that would appear difficult to ascertain. But often, one reliable indication in such circumstances is to gauge the ferocity with which a regime responds to unrest. It may be a bit on the morbid side, but one way to measure that response is to ascertain how many people died.
Trying to determine the death toll is more than a measure of threat to a regime: It is also a vital step in providing a sense of justice for the victims and in holding the perpetrators accountable for their crimes.
The calculation is easier said than done, because exaggerated and underestimated body counts have been a feature of armed conflict since time immemorial. In conventional wars, combatants often minimize their own casualty figures while exaggerating those of their enemy to bolster morale and suggest victory is close. In internal insurrections like what we have witnessed in Iran, this formula tends to be reversed, with the state lowballing casualty numbers — no government wants to be seen as indiscriminately slaughtering its citizens — and dissidents raising them to provoke outrage. The current Iranian regime has the dubious distinction of having traveled both sides of the street.
In the 1978-79 revolution that toppled the shah and ushered in Iran’s Islamic government, the first great jolt of violence occurred in the northwestern city of Tabriz in February 1978. After security forces quelled the unrest, the shah’s government initially reported six people had been killed, while the opposition claimed hundreds.
Such vast divergences in body counts quickly became a feature of the Iranian revolution, with the opposition often claiming death tolls in protests that were five- or ten- — at times, even twentyfold — that of the state’s numbers. One common approach when people are confronted by such disparities is what is known as “the false dilemma,” in which they decide the true figure must lie somewhere in the vast middle.
In the Iranian revolution, this tendency worked in the opposition’s favor, leading many observers to believe the conflict was far bloodier, and the shah’s soldiers far more brutal, than was the case. In the revolution’s aftermath, a commission appointed by the Islamic government to determine the number of dead came up with the remarkably specific figure of 2,781. No matter. By then, Iran’s supreme leader, Ayatollah Khomeini, was routinely proclaiming that there were as many as 60,000 “shahids,” or martyrs.
Now, of course, the Iranian regime finds itself on the other side of this body-count battle.
The recent unrest began in response to the collapse of the Iranian rial and hyperinflation when shopkeepers in Tehran took to the streets on Dec. 28. In subsequent days, thousands — and then millions — of other Iranians joined the protests. Their complaints swiftly went beyond the economic to the political, with many demanding that the government dissolve. Initially, violence was minimal, with the number of those killed reported as in the dozens.
Then, on Jan. 8, everything changed. This was also the day the regime shut down the internet and essentially cut off Iran from the outside world. Over the next few days, strife spread on a scale that even the state ultimately had to acknowledge. By Jan. 21, and with order somewhat restored, the state said 3,117 had died, a toll that it claimed included several hundred members of the security forces.
That number stands in stark contrast to what is now being reported by most international media outlets and outside human rights groups. Often working from snatches of video and furtive telephone calls from sources inside Iran, their estimates of people killed during the protests now range from more than 6,800 by the Washington-based Human Rights Activists News Agency to as many as 30,000 reported in Time magazine, which cited two unidentified senior officials of Iran’s Health Ministry.
So, who’s right?
The regime’s history of turning to violence when threatened provides a hint. In the so-called Twitter revolution of 2009, when demonstrators took to the streets over what they insisted was a stolen presidential election, security forces killed several dozen. In the quashing of the Women, Life, Freedom movement that began in 2022, many place the body count in the neighborhood of 550. Even by the regime’s own figures, then, what took place this January is on a totally different order of magnitude.
Except the regime’s figures are also probably a fiction. In the city of Rasht, for example, the normally reliable Human Rights Activists News Agency has documented at least 392 deaths. If that many were killed in Rasht, with a population of some 766,000, what might it reveal about the numbers in Tehran, population 10 million and the epicenter of the protests? Civilians across the country have reported mass graves, morgues overflowing with body bags, relatives or neighbors disappearing without a trace.
On top of the dead, estimates of the wounded range as high as 300,000. That is far out of keeping with the usual one to three ratio of killed to wounded in combat situations, but it makes sense amid reports of security forces firing birdshot at protesters, taking aim at their eyes and heads. Doctors in Tehran have described demonstrators with severe eye injuries, many who were blinded, as well as security forces storming into hospitals to haul away those with telltale wounds from shotgun pellets.
But even this probably doesn’t help paint the full picture. A hallmark of most every past civil disturbance in Iran is that security forces operate with even greater impunity in the countryside. This is especially true in corners where ethnic minorities like Kurds and Baluchis predominate and where the regime’s Revolutionary Guards have periodically conducted bloody crackdowns. With just these two ethnic groups joined to the rural population, it means we have heard little about the fates of people in a broad swath of the country.
All of which suggests a terrible answer to the question of just how much the regime feared for its survival. Whatever the final number proves to be, it may have carried out one of the worst state-sanctioned massacres of unarmed civilians anywhere in nearly a half century in order to survive.
https://www.nytimes.com/2026/02/04/opinion/iran-protests-death-toll.html
The Wall Street Journal, Editorial Board (Pay Wall)
Vladimir Putin Isn’t Winning in Ukraine
The Russian death toll may be as high as 325,000 in four years.
THE WORLD ECONOMY
The New York Times
Round Table : Are We at the End of the Industrial Age?
David Leonhardt, an Opinion editorial director, hosted an online conversation with three economists about the effects that artificial intelligence is — or isn’t — already having on employment and about how big a transition society is facing.
David Leonhardt: Before we look toward the future, let’s talk about the present. I know there is debate among economists about whether A.I. has already led to a meaningful amount of job loss. What do you each think?
David Autor: The evidence is inconclusive. The most widely discussed findings document a slower pace of hiring of young workers in occupations that seem exposed to A.I., such as computer programming and customer support. But the hiring downturn starts in the spring of 2022, before the release of ChatGPT in November of 2022. The timing is a puzzle.
Something that did occur simultaneously with the downturn is a sharp rise in the Federal Reserve’s fund rates. This is a plausible explanation for the slowdown. Other recent economic turbulence — including tariffs — may also play a role. Indeed, hiring in these same A.I.-exposed occupations has been sensitive to business cycles and interest rates going back well before the current A.I. era. A.I. may play a role in the recent hiring trends, but it’s quite possible that it does not.
That said, there’s every reason to believe that advancing A.I. will fundamentally change hiring and skill requirements across much of the economy. In many cases, I think we’ll see fewer people doing this work, and those who do it will be more expert, solving the thorny problems that A.I. currently cannot solve on its own. From colleagues at tech firms, I understand that they’re still hiring sophisticated software developers, but they no longer need journeyman coders. We’ll eventually see that in the data, if we’re not seeing it already.
Natasha Sarin: Yes, despite all the vibes and anecdotes you hear about A.I. labor market displacement, there just isn’t evidence in the data that has happened in a meaningful way so far. Youth unemployment tends to be a leading indicator of economic downturns, even before A.I.
My colleagues at the Yale Budget Lab and Brookings have dug into this in a few different ways. We don’t find differences in employment in the last few years in the occupations most exposed to A.I. and those least exposed. The lines look the same.
That shouldn’t be too surprising. It’s been only three years since the mass introduction of this technology, and it takes firms — and all of us! — time to understand how to deploy it in ways that are going to be transformative.
I do think that firms are looking at a weakening economy and will try to shrink and reshape the work force with A.I. In terms of what that means for the labor market going forward, I am not in the doomsday camp. Historically, we’ve had lots of technological disruption, but disruptions also create new opportunities.
Anton Korinek: I agree that the employment data so far is ambiguous. But I want to offer a different lens: the investment data.
The leading A.I. labs aren’t making hundred-billion-dollar bets because they expect A.I. to have minor effects on the labor market. They are betting on achieving artificial general intelligence (A.G.I.), which could substitute for human labor across much of the economy. And the investment numbers are staggering. In the past year alone, Alphabet, Meta, Microsoft and Amazon have collectively spent more than $300 billion, primarily on A.I. infrastructure. This is more than triple what they spent just a few years ago.
As I think about the eventual employment effect, I’m struck that this huge spending isn’t creating many jobs even at the A.I. companies themselves. It is notable how few people work at these labs. OpenAI has roughly 4,000 employees and is valued around $500 billion. Anthropic has about 2,300 employees at a $350 billion valuation. Either way, that’s roughly seven or eight employees per billion dollars of market capitalization. Compare that to Walmart, which has 2,200 employees per billion dollars of value. The equivalent number at Ford is about 3,000.
So I think we may be asking the wrong question. The employment effects we are looking for may simply be lagging indicators of a transformation that’s already locked in by the capital being deployed. A.I. may ultimately be beneficial by revolutionizing scientific discovery, health care and human well-being. But we should be preparing now for the possibility of significant labor market disruption, rather than waiting for it to show up conclusively in the statistics.
Autor: Good provocation, Anton. Although I personally think we should ban the phrase “the leading A.I. labs,” followed by some homage to their collective wisdom. These guys are gamblers. They are not oracles.
Their bets might pay off. But why does it follow that this will end work for the rest of us? Their success could simply create tons of value elsewhere in the economy — more scientific discoveries, better health care, transportation, education, legal services, manufacturing, construction, etc.
Silicon Valley has never employed very many workers, but its rise over the last three decades has coincided with robust employment growth and historically low unemployment rates.
Or look to history. New technologies don’t merely replace labor in existing industries; new technologies create entirely new industries. Centuries ago, there were no automobiles, airplanes or telecommunications, and those industries all employ people.
Korinek: The bets are not limited to the labs but are supported by investors who have hundreds of billions of dollars in the game. Still, you are right that their success is not guaranteed. They are betting on relationships such as scaling laws, which predict that more computing power will lead to more powerful A.I. systems. So far, they have had a good track record, but we cannot be sure that these relationships will continue to hold. Incidentally, the same is true of empirical relationships in economics: In the past, new technologies have led to rising employment and wages, but we cannot be sure that this will be true in the future.
Sarin: I am not super swayed by the fact the labs are making big bets. If you work at these firms, haven’t you somewhat drunk the Kool-Aid?
Leonhardt: Natasha, you pointed out that technological disruption has never before caused humanity to run out of jobs, despite centuries of Luddite-like worries to the contrary. Can you sketch out a relatively optimistic scenario, in which A.I. is revolutionary but does not create mass unemployment?
Sarin: This time could be different, and this revolution could reduce the need for labor as a whole. Then maybe the world would shift to some version of the 15-hour workweek John Maynard Keynes famously predicted.
More likely, new jobs will come in, as they have in the past, and will offset jobs that are less necessary in a world where we all have laptops and don’t need typists. There will be winners and losers. The losers may include first-year law firm associates and graduate students in economics, who spent years honing skills that A.I.can effortlessly perform. I don’t want to minimize the possible disruption. How well we manage this transition will be the result of choices we make, and it will be important to retrain the work force.
But the gains will be real, too. People will have more access to legal services and other services that software can provide. There will also be new occupations to monitor and supervise A.I. work product. It is not a foregone conclusion — and it’s not even likely, in my mind — that productivity growth from A.I. will shrink employment overall. If history is any guide, technological progress, even from really revolutionary, life-changing, universally adopted technology, may change the way that we work, but not the fact that we work.
Autor: I agree that when we worry about the number of jobs, we are worrying about the wrong thing. We should be worried instead about the commodification of human expertise, since expertise is what gives labor its economic value. Without it, many workers may not be able to earn good wages
In the artisanal era, most goods were handmade by skilled artisans: wagon wheels by wheelwrights, clothing by tailors, shoes by cobblers, timepieces by clockmakers, firearms by blacksmiths. Artisans spent decades mastering their trades, and their expertise was revered. But the value of many forms of artisanal expertise was decimated during the Industrial Revolution of the 18th and 19th centuries, and many artisans themselves never recovered.
Even as innovations spurred a surge in productivity, it was five decades before working-class living standards began to rise. In its initial incarnation, the Industrial Revolution displaced expert work while leaving humans to perform the simple, grueling, inexpert work of feeding what the poet William Blake termed “dark satanic mills.”
Sarin: The Industrial Revolution seems a good analogy for this moment. One fact from Daron Acemoglu and Simon Johnson, the M.I.T. economists and recent Nobel laureates, that I find compelling: Real wages for weavers more than halved in the first two decades of the 1800s.
Leonhardt: My sense is that this is part of what you fear, Anton — that even if A.I. leads to big overall gains for economic output, it will hurt many more workers than it helps, at least in the medium term. Is that right? And what should we do to reduce that risk?
Korinek: Yes and no. If A.I. continues to advance only modestly, then the Industrial Revolution-scale disruption that Natasha and David are describing seems quite plausible: there will be a painful transition, but ultimately new jobs will emerge, as they always have. But I worry that we are thinking too small. If the quest for artificial general intelligence succeeds, we are not looking at another Industrial Revolution. For two centuries, labor has been the scarcest factor in our economy, leading to wages that have risen far above preindustrial levels. Human workers were the bottleneck, and being the bottleneck made us valuable. But if labor itself becomes optional for the economy, that would be very different.
When a machine can do a worker’s job, the worker’s wage eventually falls toward the machine’s cost. Yes, new jobs will emerge as they always do. But the machines will learn them faster and do them more cheaply. The reassuring historical patterns depended on humans being needed to run the economy. Remove that bottleneck, and we are facing something qualitatively different: a permanent shift in who, or what, captures the gains from economic growth.
The good news is that artificial general intelligence would generate enormous economic gains. The same forces that may diminish the value of labor would also dramatically increase total output. The challenge is ensuring that humans share in that abundance when our labor is no longer required to generate it. Historically, wages have been the primary mechanism for broadly distributing the benefits of economic growth. We may soon need new mechanisms that decouple income from labor: broad-based capital ownership, universal basic income or approaches we haven’t yet imagined. We need to start building those institutions now.
Sarin: It is less obvious to me than it is to Anton that we should be building new institutions now to deal with the possibility that we’re at the end of the Industrial Age. Maybe that will happen one day. But when? And which jobs are most at risk? And who is going to capture the gains? Surely they should help to finance any policy solution. It is perhaps boring to say but we have tools to help deal with labor market shocks, be they from A.I. or from anything else. We should strengthen them, for example by reforming our unemployment insurance system and providing more support for job search and worker retraining.
Autor: I agree that A.I. could ultimately undermine labor scarcity. If so, this would be a wrenching societal challenge that I’m not at all sure we’d manage successfully. We should begin to insure against this possibility. Two ideas that my M.I.T. colleague Neil Thompson and I sketch in a recent essay are “Universal Basic Capital” and “Wage Insurance”:
Universal basic capital would grant every person a meaningful ownership stake in productive assets at birth. Every baby could receive a stock-market portfolio. Unlike universal basic income, which requires continuous political support for redistribution, U.B.C. creates permanent stakeholders in the automated economy. It would potentially provide income through capital returns rather than ongoing transfers and hedge against the risk that A.I. will displace labor. Even if no such scenario comes to pass, it would broaden stock ownership, which would be a good thing.
We also may need policies to help workers who lose jobs soon. I favor wage insurance. Displaced workers often must accept significant wage cuts to find a new job. Wage insurance can help ease these tough transitions. It does this by subsidizing part of the wage gap — say, 50 percent of it — for a few years. By doing so, it persuades more people to stay in the work force rather than rely on government benefits. The Obama administration showed that this approach can work.
Sarin: I don’t think we are going to be great at predicting what new tools we need in the policy tool kit at a moment when there is so much uncertainty about how A.I. will change the labor market. So rather than fight yesterday’s war without anything like complete information, I’d advocate getting better at learning about what types of workers are being impacted by labor market changes in real time. We could do that, among other ways, by collecting better data about firms are using A.I. and then combining that with jobs data to help us spot labor market displacement as it occurs.
We should also get better at helping workers who’ve lost their jobs, for whatever reason. And we should right our fiscal ship and bring down the federal debt so we have the capacity to spend money in the future.
The A.I. transition may be hugely challenging no matter what, but we should put ourselves in the best position to manage it.
https://www.nytimes.com/2026/02/04/opinion/ai-jobs-employment-industry.html
L’Express
“L’Europe devra accepter un capitalisme plus dur” : le regard cash de David Thesmar et Augustin Landier
Entretien. Pour les deux économistes du MIT et de HEC, si l’Europe veut réellement devenir “souveraine” face aux Etats-Unis de Donald Trump, elle doit déjà rompre avec la démagogie et se tenir prête à en payer le prix.
C’est un voeu pieux énoncé par Emmanuel Macron dans son fameux discours de la Sorbonne prononcé en 2017 : l’Europe doit être “souveraine”. Depuis, la pandémie de Covid, la guerre en Ukraine et les menaces douanières comme géopolitiques de Donald Trump n’ont fait qu’accentuer la pression.
Pour Augustin Landier, professeur à HEC, et David Thesmar, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il est démagogique de faire croire aux Français et aux Européens qu’une telle indépendance militaire et technologique par rapport aux Etats-Unis ou à la Chine n’ait pas un coût. Les coauteurs du Prix de nos valeurs et de Dix idées qui coulent la France(Flammarion) constatent le déclin indéniable de l’Europe, mais avancent des pistes afin que le Vieux Continent ne se contente pas d’être sur le “siège passager” de l’innovation : place boursière unique dans l’UE, révolution culturelle en matière de capitalisme, renforcement des liens avec d’autres puissances moyennes comme l’Inde… Selon eux, toute souveraineté européenne ne pourra se faire sans vrai “discours de vérité” de la part des politiques. Entretien.
L’Express : A en croire les dirigeants européens, il est urgent de consolider la souveraineté économique du continent face à l’ouragan Trump. Mais de quoi parle-t-on?
Augustin Landier : Il n’existe pas vraiment, chez les économistes, de formulation établie du concept de souveraineté : le terme ne figure pas dans les manuels d’économie classiques, largement centrés sur les bienfaits des échanges internationaux. Les économistes qui s’y intéressent aujourd’hui reviennent souvent aux textes d’Albert Hirschman, cet économiste allemand naturalisé américain, qui, dès 1945, analysait le commerce international à travers le prisme des rapports d’influence et de domination entre Etats – ce que l’on a ensuite appelé la géoéconomie.
David Thesmar : Chez les économistes orthodoxes, il y a aujourd’hui un renversement de perspective sur les bienfaits du commerce international. Nos cours d’économie et le consensus de Washington ont célébré, pendant des décennies, les avantages comparatifs. Chaque pays se spécialise dans ce qu’il fait le mieux, et achète aux autres ce qu’il ne produit pas. L’interdépendance économique était le moteur de la prospérité. Les économistes s’intéressent maintenant au côté obscur de cette interdépendance. Un pays qui contrôle une ressource naturelle, ou un segment spécifique de la chaîne de valeur, va exploiter sa position pour poursuivre des objectifs extra-économiques. Certes, interférer avec les flux d’échanges (interdire les exports de puces électroniques par exemple) pour faire pression sur ses partenaires lui coûtera cher, mais lorsque les logiques souveraines dominent les questions économiques, c’est un prix que le pays en question sera prêt à payer. Dit autrement, le commerce international n’est source de prospérité que lorsque les grandes puissances se préoccupent principalement d’économie. Sinon, il peut devenir toxique.
A.L. Nos talons d’Achille en Europe sont l’énergie, la défense, et les services numériques. Le défi qui se pose à l’Europe, c’est de limiter sa vulnérabilité à des ruptures de liens économiques avec les différents blocs. Cela suppose de pouvoir produire par elle-même ou de disposer de fournisseurs alternatifs. Ce qui est subtil, c’est qu’il s’agit (comme pour la guerre) d’avoir une capacité de réaction, qui ne sera pas nécessairement utilisée, puisqu’elle désamorce le chantage. Trump va de fait rarement jusqu’au bout de ses pressions. En revanche, il demande à être payé pour renoncer, voilà sa technique, et ce qu’il peut exiger dépend de son pouvoir de nuisance.
Si l’on se fie à la théorie des jeux, l’Europe n’est pas si mal placée puisqu’elle peut faire jouer la concurrence entre les deux hégémons que sont la Chine et les Etats-Unis. Quitte, sur le plan manufacturier, à se rapprocher de l’Inde, ce qu’elle vient d’ailleurs de faire. En somme, multiplier les interdépendances pour ne plus dépendre d’un seul bloc.
D.T.La spécialisation économique est un piège pour les puissances moyennes, elle réduit leur souveraineté. Une solution, comme dit Augustin, consiste à jouer un hégémon contre un autre. Mais, si les choses tournent mal, il faut aussi pouvoir ne dépendre de personne – donc pouvoir tout produire ou presque : c’est cela, être souverain. Faut-il raisonner au niveau européen ou au niveau national? La question est moins évidente qu’il n’y paraît. Il est a priori plus efficace qu’on demande à l’économie européenne d’être diversifiée, plus qu’aux Etats membres de l’Union. Pas besoin d’un secteur de la tech, de la finance, de la défense par pays. Mais on voit bien qu’aux yeux des populations locales, cette voie n’a rien d’enthousiasmant. Pour un pays de l’UE, voir ses enfants les plus éduqués partir dans l’Etat membre qui concentre la tech, c’est un crève-coeur. Le pays qui possédera l’industrie de défense aura nécessairement un levier de négociation sur les autres. Celui qui produira la nourriture sera mis en concurrence avec les pays en voie de développement et dépendra des subventions, etc.
Le patriotisme économique au niveau de chaque Etat membre serait donc un obstacle à la souveraineté européenne?
A.L. La réindustrialisation nationale basée sur le patriotisme du consommateur est un vieux fantasme. En France, elle a été popularisée par Arnaud Montebourg, lors de son passage à Bercy, entre 2012 et 2014. Mais cette approche reste largement symbolique car le consommateur, en réalité, n’y adhère que modérément.
D.T. Le consommateur, peut-être, mais l’électeur y est visiblement sensible. Si les ministres se précipitent au chevet de chaque usine qui ferme, c’est bien qu’il y a une demande politique. C’est sans doute lié au fait qu’en France, on n’accepte pas, sur le plan culturel, les destructions d’emplois. Il y a plusieurs années, Philippe d’Iribarne l’avait bien décrit : les Français conçoivent l’emploi comme une relation féodale. L’employé accepte la sujétion en échange d’un engagement de la part de son patron. La rupture de la relation est vécue comme une trahison, de la part du patron ou du système.
Aux Etats-Unis où je vis, c’est l’exact inverse. Le marché de l’emploi est très dur. Amazon, par exemple, vient d’annoncer la suppression de 30 000 emplois! Les gens ont deux semaines pour faire leurs cartons. Et c’est comme ça, c’est accepté. Il n’y a aucune remise en question, au niveau de la société américaine, de cette flexibilité.
Comment l’Europe peut-elle financer sa quête de souveraineté alors que ses fonds d’investissement détiennent plus de 40 % d’actions américaines, contre 15 % seulement il y a quinze ans?
A.L. Le rendement et la dynamique sont du côté des Etats-Unis. C’est la loi de l’offre et de la demande : les entreprises européennes ont rétréci de manière relative, tandis que la valeur des entreprises américaines a fortement augmenté sur cette période. Ce n’est donc pas une fuite des capitaux, mais simplement le résultat d’un déclin relatif: nos entreprises sont devenues une plus petite fraction de l’indice boursier mondial. L’un des principes de base de l’économie financière, c’est de se diversifier. En tant qu’économiste, il m’est difficile de m’indigner du fait que les Européens n’investissent pas exclusivement en Europe et je me méfie de la tentation de “fléchage” par une autorité centrale vers des projets à dimension politique.
L’épargne est quand même la richesse restante de l’Europe. Si les gens ne peuvent plus en disposer librement, c’est une taxation cachée. On sent parfois poindre cette tentation du fléchage forcé dans les discours actuels sur l’Union des marchés de capitaux. Je suis pour rendre notre place financière attractive, pas pour y séquestrer les épargnants. De surcroît, le fait que les Européens soient de gros investisseurs en dollars dans les entreprises américaines nous donne aussi un pouvoir de négociation. Il faut s’interroger sur la manière de l’utiliser au mieux.
D.T.L’Union des marchés des capitaux n’est pas une mauvaise chose en soi. Il ne faut pas enfermer l’épargne en Europe, comme le dit Augustin, mais c’est une bonne idée d’unifier, par exemple, les marchés boursiers, au niveau européen. Avoir l’équivalent du New York Stock Exchange ou du Nasdaq pour l’Europe, sous la surveillance d’un seul régulateur (et non 27), rendrait l’Europe plus attractive. Politiquement, ça paraît très faisable : une grande entreprise française peut rester un champion national (si besoin est) tout en étant cotée à Luxembourg ou à Berlin.
Après, le vrai problème en Europe est que la richesse financière y est faible, relativement au PIB. La raison tient au financement du régime de retraite dans un grand nombre de pays, qui repose sur la répartition et non la capitalisation. Quand on regarde l’exemple américain, c’est le système de retraite qui crée une énorme masse de capital prête à s’investir dans les entreprises, et a permis le développement d’un secteur financier qui sait attirer les capitaux étrangers.
A.L. Cela dit, il n’y a pas vraiment de symptôme montrant que les entreprises européennes ont une carence de capital à cause d’une fuite de l’épargne. Si le financement était le vrai problème, chaque euro investi devrait rapporter beaucoup. Or ce n’est pas ce qu’on observe. Par exemple, le capital-risque n’a pas fortement décollé en Europe. Malgré des subventions, sa rentabilité reste moyenne, et les grands succès entrepreneuriaux sont rares. Autrement dit, le problème central n’est sans doute pas la pénurie de capitaux, mais le manque de projets entrepreneuriaux ambitieux.
D.T. Pourquoi un tel manque? On a beaucoup parlé du dividende de la paix, par lequel les pays européens ont profité de la Pax Americana pour financer leurs budgets sociaux. Mais l’attitude de l’Europe est la même dans le domaine technologique. L’Amérique, avec son capitalisme darwinien et ultra-compétitif, fait progresser la frontière technologique. L’Europe s’épargne ces violences sociales, mais parvient quand même à bénéficier de l’innovation américaine, modulo un peu de retard et le paiement de royalties. A la fin, nous avons tous du cloud Microsoft et les iPhone dernier cri sans connaître les convulsions un peu barbares du capitalisme américain. Le problème, c’est bien sûr que l’Europe est accro à la technologie américaine et Trump, à l’instar des administrations précédentes, l’a bien compris. Comme pour la Pax Americana, le suivisme technologique menace la souveraineté européenne.
Pourquoi l’Europe a-t-elle tant de mal à devenir souveraine sur le plan technologique face aux Américains ou aux Chinois?
D.T.Si l’Europe veut être souveraine dans le domaine de la technologie, cela aura un prix, et les politiques ont du mal à l’assumer. Comme je viens de le dire, l’Amérique excelle dans les technologies mais au prix d’un capitalisme socialement disruptif. La création destructrice des entreprises, des emplois, de technologies y est plus intense qu’en Europe. C’est pareil en Chine. L’Etat achète certes ses innovations à coups de subventions, mais il organise une concurrence féroce entre les entreprises du secteur privé. Les salariés de la tech chinoise ne parlent pas des 35 heures, mais des 9-9-6 : de 9 heures du matin à 9 heures du soir, 6 jours par semaine. Il sera difficile à l’Europe d’être souveraine sans accepter un capitalisme plus dur, au moins dans certains secteurs. C’est le discours de vérité qu’il faut tenir.
A.L. Oui, le rôle du politique n’est pas seulement de sonner l’alarme sur nos dépendances les plus dangereuses, mais surtout d’expliquer le prix à payer pour les réduire. Le danger est de faire croire qu’on peut augmenter le budget de la défense ou réduire notre dépendance énergétique sans un coût immédiat pour la collectivité. Si vous cachez cela, la réalité vous rattrape tôt ou tard, et votre parole est démonétisée. Cela a été le cas pour la transition écologique, dont on a prétendu qu’elle serait indolore, voire source de croissance. Or, tout le monde voit bien, avec la crise dans le secteur automobile par exemple, que ce n’est pas vrai. Les politiciens européens et français ne seront pas crédibles tant qu’ils passeront sous silence les coûts sociaux et budgétaires d’une souveraineté retrouvée.
D.T. Le problème, c’est bien sûr de se faire élire sur un tel programme. Il est douteux qu’un tel mandat puisse être donné à l’étage européen, qui n’a pas la légitimité démocratique nécessaire. Je crois davantage que l’impulsion viendra des Etats membres. Mais même là, il faudra une crise de la dette, avec une forte montée des taux, pour que les hommes politiques aient pour mandat de faire les arbitrages nécessaires. Or pour l’instant, c’est le calme plat sur les marchés obligataires.
NATION AND SOCIETY
The European Conservative
On Remigration and the Question of Belonging in Europe
Between civic nationalism and ethnonationalism lies a third idea: ethnocultural nationalism, which does not define belonging by contracts or blood alone.
As mass migration, demographic and cultural anxiety, and cultural fragmentation intensify across Europe, the idea of remigration—once a fringe idea—has moved into the mainstream of the European Right and is beginning to enter the wider political conversation. Besides the problems of integration, crime, and social cohesion, remigration forces Europe to confront a deeper and long-avoided question. Namely, what is a nation, and who can truly belong to that nation?This is an important question for Europe, as most European states—setting aside long-standing indigenous and borderland minorities—could until recently treat this question as largely theoretical. Europe has never had to confront this question at today’s demographic scale or civilisational pluralism.
The first of the two current answers emerging from the European Right is what can be described as civic nationalism (or liberal nationalism), which claims that a nation is primarily based on legal status, constitutional loyalty, and formal integration. The United States is the classic example of this. If one obeys the law, accepts the constitution, and integrates into society, one can become an American. The United States was founded on a consciously constructed civic identity, in which immigrants were expected to abandon their old national identities and adopt a new American one. This model functioned as long as immigration levels were controlled and newcomers genuinely assimilated, learning the language, accepting social norms, and displaying constitutional loyalty. This model was later adopted by many Western European states. Post-war Germany is a prime example: national belonging was redefined in civic terms, such that legal status, constitutional loyalty, and linguistic integration became the formal criteria for becoming German.
Alongside civic nationalism, a second and radically different answer is now emerging on the European Right—that is, ethnic nationalism, or ethnonationalism. Ethnonationalism, although itself a form of nationalism, represents the opposite pole to civic or liberal nationalism. Where civic nationalism emphasises integration, loyalty, and obedience to law as prerequisites of belonging, ethnonationalism treats such criteria as secondary or irrelevant and grounds national membership solely in biological lineage rooted in shared ancestry and blood. According to this view, outsiders can never truly become part of the nation, regardless of their behaviour, loyalty, or degree of cultural integration. In some historical forms, ethnic nationalism has taken on explicitly supremacist or racialist characteristics, as in twentieth-century fascist and National Socialist movements. In other variants, it rejects racial supremacy, yet still opposes intermarriage and permanent assimilation, seeking to preserve strict biological boundaries between peoples. Unsurprisingly, these two conceptions of nationalism coexist uneasily. Each accuses the other of betraying the true meaning of the nation. This conflict stems from their radically different answers to the same foundational question of what a nation is and who can belong to it. One is, in principle, open to outsiders despite being a form of nationalism; the other is entirely closed to them.
In reality, both forms of nationalism have their advantages and disadvantages. Civic nationalism, for its part, can be far less discriminatory and carries a universalist, equal-rights appeal when its own principles are consistently applied. Yet this model presupposes additional conditions: low and controlled immigration levels, a host population with high civilisational confidence, and strong social pressure toward assimilation. Under these conditions, newcomers are able and expected to abandon their previous national identities and adopt a new one. Under conditions such as those prevailing in much of today’s Europe, these same advantages are transformed into clear disadvantages, both for the host population and for migrants themselves, who increasingly become victims of a dysfunctional immigration regime. One such disadvantage is that, by rejecting ancestral and historically grounded continuity, civic nationalism creates a thin, procedural, and ultimately interchangeable identity. Under the doctrine of equal rights alone, individuals become functionally interchangeable regardless of the organic cultures from which they originally stem.
Moreover, due to its tendency toward universalism, civic nationalism has no coherent answer to why millions of people from radically different civilisations, often incompatible with the host culture or with one another, should be admitted into the same national community. Over time, this hollows out national identity and creates a self-perpetuating cycle of ever-expanding boundaries. It also produces demographic transformations that many host populations experience as destabilising, accelerating the slide from civic nationalism into multiculturalism and, ultimately, social fragmentation. Moreover, civic nationalism erases ethnic continuity and increasingly treats ancestry and historical peoplehood as something inherently suspicious or even dangerous. Civic nationalism therefore works only when a nation exercises controlled immigration, enforces strong assimilation practices, and possesses sufficient civilisational confidence to remain the dominant cultural reference point. These conditions are largely absent in today’s Europe after decades of liberal universalism.
Ethnic nationalism, by contrast, has its own merits, foremost among them its insistence on preserving ethnic continuity and the historical peoplehood of a nation. Unlike civic nationalism, ethnonationalism does not treat the nation as a legal contract but as a historical lineage community grounded in shared blood and ancestry. This framework fosters kinship bonds and generational continuity and provides a clear boundary between those who belong to the nation and those who do not. In doing so, it resists the dilution of identity by remaining immune to demographic substitution, mass immigration, and the purely legal redefinition of peoplehood. In addition, ethnonationalism preserves a strong sense of peoplehood, communal solidarity, collective destiny, and deep emotional attachment to these bonds. The disadvantages of ethnonationalism, however, are equally profound. By elevating genetics and biology above all else, it treats tangible civilisational factors—such as culture, language, and loyalty—as secondary or even irrelevant. As a result, it effectively closes the door to deep assimilation by individuals who live by the nation’s values, love the country, and raise their children as natives.
Historically, this is a false way of interpreting both the nation and the past. Across Europe and beyond, many nations absorbed outsiders in one form or another without major civilisational disruption. A well-known example is the Huguenots who fled to England and the German states in the seventeenth century to escape religious persecution under Louis XIV. A crucial distinction, however, is that these migrants were not unskilled mass arrivals but highly sought-after artisans and professionals, ranging from bankers and shipbuilders to goldsmiths, engineers, gunsmiths, and clockmakers, who integrated rapidly and made tangible contributions to their host societies. Another example is Greece, which welcomed King Otto’s Bavarian entourage in the nineteenth century and, over time, fully assimilated them into Greek society. These cases illustrate that nations have long expanded and renewed themselves not through blood alone, but through civilisational assimilation, loyalty, and incorporation into an existing people.
This aspect of ethnonationalism creates permanent second-class citizens and invites moral incoherence: individuals who genuinely wish to belong to the nation, but lack the requisite blood, are excluded in principle. It also ignores the historical reality, demonstrated above, that nations and civilisations have always grown, absorbed outsiders, and transformed over time, thereby freezing the nation into a purely biological artefact both culturally and humanistically. Moreover, ethnonationalism offers no coherent way of dealing with mixed ancestry or with historical border populations that have long intermarried with neighbouring peoples. It cannot specify how far back ancestry must be traced, or what degree of ‘purity’ would ever be sufficient. Finally, in its most rigid forms, ethnonationalism can slide into racialist or quasi-eugenic reasoning by actively discouraging intermarriage and treating outsiders as permanently alien. In doing so, it dehumanises those who might otherwise display loyalty, contribute economically and culturally, and fully adopt the civilisation and way of life of the host nation.
Between these two answers to what a nation is and how remigration should be approached, a third way suggests itself.
The ancient Greek historian Herodotus, in his Histories, outlined a conception of the ethnos that remains relevant today. An ethnos is not identical to the modern nation, even if the two are often conflated. The nation, in its contemporary sense, is a juridical category that arose with the nation-state: anyone who holds membership in a given state is formally part of the nation. By contrast, the ethnos is an ancient conception of a people that long predates the modern state. Herodotus defines an ethnos as a people who share:
Common blood,
common language,
common sanctuaries and sacrifices to the gods,
and similar customs and ways of life.
This amounts to an early and clear formulation of what might be called ethnocultural nationalism. In this view, a people is defined not by law alone, but by shared ancestry, language, religion, and a common way of life. Unlike civic nationalism, this conception does not rest on contracts, laws, or constitutions as the basis of belonging. And unlike pure ethnonationalism, it does not reduce peoplehood to blood alone. While shared ancestry matters, Herodotus’ definition expands belonging to include a common language, a shared religious life, and similar customs and ways of life. In this framework, the door to belonging remains open through deep assimilation: adopting the language, entering the religious and cultural life of the people, forming families within the nation, and demonstrating enduring loyalty to the ethnos. This framework also has clear implications for remigration policy: those who neither share in the nation’s civilisational life nor seek genuine assimilation into it cannot plausibly claim permanent membership in the people. Moreover, it establishes that assimilation proceeds toward the existing ethnos and its culture, not the other way around.
A similar viewpoint has also begun to surface among contemporary thinkers grappling with the question of remigration. Douglas Murray has recently articulated a similar position. While insisting that ethnicity matters and should not be dismissed, he argues that any serious remigration framework must leave, using his phrase, “a breathing hole in the ice” for outsiders who have genuinely adopted the language, culture, and ways of life of the host nation, and who display enduring loyalty to it, even if they do not share its traditional religion. This modern, independent convergence with what Herodotus articulated over 2,400 years ago points to the same underlying ethnocultural logic: ancestry matters, but so do deep civilisational assimilation and exclusive loyalty to the host nation. This suggests that ethnocultural belonging is not a modern ideological invention but an anthropological constant that has recurred across civilisations and historical eras.
The emergence of remigration in mainstream right-wing discourse reveals not a failure of simple policy, but a deeper civilisational and identity crisis in Europe. Civic nationalism, one of the options on the table, dissolves peoplehood into paperwork and universal abstractions that can, over time, dissolve a people and their identity altogether. The other option, ethnonationalism, freezes identity into biology and erects an extreme boundary that, while clear, is also deeply exclusionary for those who genuinely wish to belong to the nation. Herodotus’ definition of the ethnos offers a third way, what might be called ethnocultural nationalism, which understands a people as a historical organism composed of ancestry, language, religion, customs, and a shared way of life. Like ethnonationalism, it recognises that blood and historical continuity matter and should be preserved. But it refuses to reduce belonging to genetics alone, insisting that deep civilisational assimilation and exclusive loyalty to the nation can also open the door to belonging. If Europe is to remain herself without falling into either dissolution or extreme exclusivity, it is this form of ethnocultural nationalism she must recover—on a pan-European level—and remember that paperwork alone does not make a people, and blood alone is not enough to sustain one.
Alexandros Dolgov is a Web3 developer and author with a deep interest in European myth, traditionalism, and thought. His book, Beginning Solidity, introduces readers to smart contract development on Ethereum.
February 4
The Economist (Pay Wall)
Europe remains dangerously reliant on American arms
Defence spending is rising, but strategic autonomy is years away
https://www.economist.com/europe/2026/01/24/europe-remains-dangerously-reliant-on-american-arms
Le Figaro
Bruno Alomar: «Les Français sont-ils anti-européens ou l’Europe est-elle anti-française ?»
FIGAROVOX/TRIBUNE – Les Français aiment l’Europe mais se sentent souvent incompris et déçus par elle, estime l’Ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne. Ce sentiment est dû au fait que nos dirigeants alimentent le ressentiment des Européens à notre égard, regrette-t-il.
Ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne, Bruno Alomar a publié La Réforme ou l’insignifiance. Dix ans pour sauver l’Union européenne (Éditions de l’École de guerre, 2018).
Les sentiments des Français à l’égard de l’Union européenne sont mélangés. Lamartine, dans son Dictionnaire des Girondins rappelait cette évidence : les Français sont un vieux peuple qui ne veut pas changer…tout en sachant le changement inéluctable. En ce qui concerne l’Europe, cette ambivalence existe. Les Français sont attachés à l’Europe. Mais elle les déçoit. Et ils le montrent. En 1992, le Traité de Maastricht n’a été approuvé par référendum que de justesse. En 2005, à la stupeur des Européens, les Français ont rejeté le projet de Traité constitutionnel pourtant largement écrit par Valery Giscard d’Estaing. Les Néerlandais aussi, mais personne ne leur en tient rigueur…
L’essentiel est ailleurs. Car les Français, non sans quelques caprices ni esprit cocardier, oublient, sauf lors de crises comme celle du Mercosur, de se poser la question inverse : l’UE nous aime-t-elle et aime-t-elle la France ? Or la réponse, pour qui connaît l’UE, est plutôt « non ». Le sentiment anti-français domine dans l’UE. Pour plusieurs raisons.
La France indispose d’abord parce qu’elle est, c’est un trait caractéristique de notre pays, différente. Prenons le nucléaire civil. Tout a été dit de l’incapacité de l’UE à tenir compte de la spécificité de notre bouquet énergétique et à son opposition sourde au nucléaire. D’où vient ce rejet d’une solution française par lequel, soit dit en passant, l’UE se sera elle-même meurtrie ? Du fait qu’en matière énergétique la France a suivi sa propre voie. Or, l’UE est par nature un harmonisateur. Tout élément distinctif est un déviationnisme et doit être arasé. Ce n’est pas un hasard si le Royaume-Uni, pays spécial s’il en est dans ses us et coutumes, a quitté l’UE.
La France a payé cher au sein de l’UE son opposition à la Deuxième guerre d’Irak.
La France dérange ensuite parce qu’elle résiste, et, pire encore, a parfois raison sur des sujets fondamentaux. Prenons la relation avec l’Amérique. La France a payé cher au sein de l’UE son opposition à la Deuxième guerre d’Irak. Elle avait raison. Plus proche de nous, la guerre en Ukraine et l’attitude de l’Amérique l’ont prouvé : c’est la vision gaullienne de 1960 – pas son succédané que ses successeurs hostiles endossent toute honte bue – qui était juste. L’UE, qui se prétend géopolitique, aurait dû en tirer les conséquences et remettre la France au centre du jeu.
Or c’est le contraire qui est vrai. Pas un jour sans que la spécificité de notre système militaro industriel, pourtant le seul qui a réussi en Europe, ne soit attaquée. Un exemple ? La volonté de placer les exportations d’armements sous le contrôle de la Commission européenne, mortifère pour notre défense. Et persévérer dans le tout marché en matière de défense sous l’impulsion d’une Commission incapable de comprendre les questions régaliennes. Les dirigeants français prétendent s’y opposer, mais qui les écoute ?
La France, surtout, refuse le rang moyen l’UE lui destine secrètement et que les adorateurs d’un couple franco-allemand fantasmé ne veulent pas voir. C’est le point essentiel. La conservation par la France d’un siège permanent au Conseil de sécurité, sa détention de l’arme atomique, sont pour les Européens à l’UE une double incongruité. Incongruité car, ceci ne fait pas brèche dans nos esprits élevés au gaullisme, les Européens regardent la France comme battue en 1940. Définitivement. Toute prétention militaire ou diplomatique française est par nature illégitime. Ni nos diplomates ni nos militaires n’arrivent à le concevoir. Incongruité, plus fondamentalement, parce que l’UE est bien fondée sur l’idée de Paul-Henri Spaak : « Il n’y a que deux types d’États en Europe : les petits… et ceux qui ne savent pas encore qu’ils le sont.». Les fédéralistes européens en France voient l’UE comme un multiplicateur de puissance. L’idée même de puissance est irrémédiablement contraire à l’ADN de l’UE. L’UE, dans tous ses mécanismes, dilue les grands États au profit des petits. Là encore le Royaume-Uni a vu juste. Est-ce un drame ? Non si l’on maintient l’UE sous contrôle dans des tâches économiques clairement circonscrites pour lesquelles elle a une vraie plus-value.
Est-ce à dire, en définitive que les Français, tels Calimero, soient des victimes de la méchanceté européenne ? Bien sûr que non. Ils ont leur responsabilité, et beaucoup d’Européens pourraient les trouver ingrats. Le plus grave est ailleurs. Il est dans le fait que ce sont nos propres dirigeants qui alimentent le ressentiment des Européens à notre égard. Par leur arrogance qui exaspère à juste titre nos partenaires. Par la médiocrité de leurs résultats économiques qui constituent une épée de Damoclès sur la pérennité de l’euro. Par le fait que ces dirigeants rachètent en permanence à Bruxelles les indulgences d’une France impécunieuse en ne défendant pas nos intérêts. Surtout, et c’est le pire, parce que ces dirigeants, qui eux non plus n’aiment pas la France et craignent le peuple français, croient voir dans chaque crise, dans chaque reculade de la France le triomphe du plus fort de leurs arguments européens : « vous voyez-bien que nous sommes trop faibles et que nous avons besoin de l’Europe ».
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Europe’s $1 Trillion Race to Build Back Its Defense Industry
Facing Russian aggression and a split with the U.S., Europe is churning out the weapons it needs to arm itself independently. It has a way to go.
By Alistair MacDonald and Cristina Gallardo
February 3
Le Figaro
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance : « L’austérité vient, et elle pourrait durer dix ans »
TRIBUNE – Le budget 2026, adopté ce lundi, ne doit pas faire oublier que la France sera contrainte de procéder à un véritable redressement de ses finances publiques, semblable à ceux qu’ont connus les pays du sud de l’Europe.
Le retard pris dans le redressement de nos finances publiques est maintenant trop important pour éviter un moment de vérité. Une longue période d’efforts nous attend, et elle aura sa composante d’épreuves et d’opportunités. Les pays du sud de l’Europe savent ce que c’est, ils l’ont vécu. Mais au bout de sept à dix ans, ils se sont redressés. Ce sera bientôt au tour de la France de vivre ce long moment, probablement après la présidentielle. Les partis qui promettent encore d’y échapper ne pourront pas être pris au sérieux. Quel qu’il soit, et quel que soit son programme, le candidat élu devra faire atterrir le pays. Mieux vaudra avoir dit la vérité aux Français avant le scrutin, car la réaction populaire sera terrible si la nouvelle majorité improvise un tête-à-queue au bout de six mois. Et si l’on décide de ne pas voir la réalité en face, ce sera encore bien pire, plus profond, plus long encore, avec un risque de dislocation sociale.
Aujourd’hui, 10 % de nos dépenses sociales sont financées par la dette et ce chiffre croît chaque année ; 9 % des salaires du secteur privé sont payés par l’État (au travers des allègements de charges et de la prime d’activité), donc pour partie par la dette, et ce chiffre croît aussi ; 42 % des 57 millions de Français adultes bénéficient de revenus composés en majorité de transferts sociaux. En ajoutant les 6 millions de fonctionnaires et les 400 000 praticiens médicaux, c’est 53 % des Français de plus de 18 ans, et donc des électeurs, qui vivent majoritairement de la redistribution, une proportion qui va augmenter sans frein avec le vieillissement. Rétablir nos finances implique des coupes franches, des efforts sensibles sur les pensions et les dépenses de santé, un report de l’âge de départ, un accroissement du reste à charge dans l’assurance-maladie, une réduction du nombre de fonctionnaires, et des augmentations fatales des grands impôts horizontaux (CSG, TVA), sur les ménages et sur les retraités. Il ne faut pas croire que la croissance, ou le redressement de la productivité, ou encore un rebond de la natalité, nous épargneront les efforts. Ce sont des chimères, même à moyen terme.
Pas de recette miracle
D’ores et déjà, avec des déficits annuels de plus de 5 % du PIB et une relance permanente de la consommation, nous ne sommes pas même capables de croître de plus de 1 %. C’est la conséquence du vieillissement de la société française, de la faiblesse du taux d’emploi des jeunes et des seniors, et du déficit de compétitivité de notre économie à l’export. Il n’y aura pas de recette miracle, pas de trésor caché, ni chez les riches, ni chez les immigrés. Ni dans les entreprises ! La capitalisation boursière totale des 120 plus grandes entreprises françaises équivaut à seulement trois années de prestations sociales. Avec des années 2026 et 2027 en profond déséquilibre du fait de la crise politique, notre dette va grimper vers les 4 trillions. La part de notre budget consacrée au paiement des intérêts va donc augmenter vers 100 milliards d’euros par an, plus que le seul rendement de l’impôt sur le revenu. Elle nous empêche déjà de moderniser nos services publics, de réarmer, de décarboner.
L’austérité vient, et elle peut durer sept à dix ans, comme chez nos voisins du Sud, ou comme dans l’Allemagne des années 2000. Seuls les gains de productivité de l’IA, en fin de période, pourraient en atténuer la portée. Dix ans pendant lesquels il ne faudra plus demander l’impossible à l’État. Dix ans pendant lesquels il faudra accepter une pause sur la création de nouveaux droits sociaux et arrêter d’ajouter du progrès au progrès, à crédit. Dix ans pendant lesquels la société va devoir compter sur elle-même. Dix ans où l’on va travailler plus et accepter une faible croissance de notre niveau de vie. Dix ans, surtout, où les forces politiques vont devoir se mettre d’accord pour dépolitiser la question de la dette sociale, pour sauver l’État providence, notre miracle commun. Si nous franchissons cette étape, la France retrouvera son assise et pourra repartir de l’avant. Si nous ne la franchissons pas, nous décrocherons et l’Histoire nous roulera dessus. Nous serons humiliés, on nous parlera mal.
Deux sphères importantes : la famille et l’entreprise
Deux sphères vont jouer un rôle majeur dans ces années difficiles de notre histoire : la famille et l’entreprise. Les solidarités familiales ont été déterminantes, notamment par l’épargne, dans les décennies d’ajustement de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de la Suède, de l’Irlande. Il en sera de même en France. Le pire qui puisse nous arriver serait que les familles soient divisées par la polarisation politique, et ne soient pas solidaires. C’est dans les familles que le travail de la société française sur elle-même doit s’accomplir. C’est dans les familles que le dialogue doit se nouer sur ce que cela veut dire que de léguer à nos enfants une République économique et sociale équilibrée. Dans ces années où l’État aura été contraint de ne plus corriger toutes la souffrance sociale, l’entreprise sera l’autre pilier majeur. L’économie, et avec elle le travail, vont permettre à la société française de tenir dans le temps des grands efforts. Il faut tout faire pour qu’ils puissent délivrer leurs promesses de croissance du PIB aux alentours de 1 %. La BPI le vit chaque jour : ce sont les entrepreneurs qui nous sauveront, de l’artisan à l’industriel, de l’hôtelier au producteur de contenu. Un projet réussi, et ce sont des emplois et des recettes pour l’État. Ils nous porteront moralement, car ils resteront guidés par l’optimisme, le sens du progrès, le culot et la volonté. Ils sont notre lampe d’Aladin. Attaquer les entreprises, c’est vraiment poser son jeton sur la case ultime du jeu d’autodestruction de la France.
Reste l’Europe : nous allons devoir compter sur elle, comme les pays du Sud ont pu compter sur nous depuis quinze ans. Autant qu’eux, nous avons bercé Bruxelles d’illusions pendant vingt ans sur notre capacité à nous assagir. Il faudra que les partenaires de l’Eurogroupe oublient que nous n’avons jamais tenu nos promesses, et nous soutiennent, au premier rang desquels les Allemands, qui ont tant bénéficié d’un euro faible pour eux et trop fort pour nous. Les considérables excédents extérieurs qui leur ont permis de rembourser leur dette depuis quinze ans viennent de là, autant que de leur excellence manufacturière. Les budgets « bazooka » de réindustrialisation et de réarmement qu’ils ont votés récemment devraient donc profiter au moins à la marge à l’économie française, qui reste déficitaire de 17 milliards d’euros par an avec l’Allemagne. En somme, pour absorber les efforts qu’impose la décennie de redressement des finances publiques françaises, il faudra un jeu coopératif de l’Union européenne. C’est un jeu circulaire car nous ne pourrons le revendiquer que lorsque nos finances seront redevenues crédibles. Le brouillard se lève sur ce qui va nous arriver : une époque de difficultés et d’opportunités, dont la société française sortira transformée.
Neue Zürcher Zeitung
«Die Palästinenser» gibt es nicht mehr: Politisch ist die kollektive Einheit zerbrochen, für die Gesellschaft gibt es keine Perspektive
Auch wenn die internationale Diplomatie an der Formel «die Palästinenser» festhält: Die palästinensische Ordnung ist Geschichte, es droht noch mehr Chaos.
Von Richard C. Schneider
Der Zerfall der palästinensischen Ordnung ist kein plötzliches Ereignis, sondern das Resultat eines langfristigen politischen Auflösungsprozesses, der sich über Jahre hinweg vollzogen hat und inzwischen kaum noch zu kaschieren ist. Es ist ein Ende ohne formalen Zusammenbruch, ohne dramatische Kapitulation, aber mit immer deutlicheren Anzeichen struktureller Erschöpfung.
Unlängst reiste Mahmud Abbas nach Moskau, traf Vertreter einer Weltordnung, die selbst im Umbruch begriffen ist, und wurde weiterhin als Präsident empfangen. Doch die symbolische Anerkennung kontrastiert scharf mit der Realität vor Ort. Die Frage, wen Abbas tatsächlich noch repräsentiert und auf welcher Grundlage, bleibt unbeantwortet. Die internationale Diplomatie hält an der Formel «die Palästinenser» fest, weil sie ohne diese Chiffre sprachlos wäre. Politisch jedoch ist diese kollektive Einheit längst zerbrochen.
Selbstbedienungsladen für eine schmale Elite
Die palästinensische Politik befindet sich heute in einem Zustand multipler Zersplitterung. Geografisch ist sie getrennt zwischen Gaza, dem Westjordanland und einer zahlenmässig starken, politisch jedoch marginalisierten Diaspora. Institutionell ist sie aufgespalten in konkurrierende Machtzentren, Sicherheitsapparate und Verwaltungsstrukturen, die kaum noch koordiniert sind. Ideologisch existiert kein verbindendes Projekt mehr, das über eine Ablehnung Israels hinausgeht.
Die Palästinensische Autonomiebehörde (PA) im Westjordanland, einst als Instrument des Übergangs zu staatlicher Souveränität konzipiert, ist zu einem Dauerprovisorium geworden. Ihr Zweck hat sich verschoben: von politischer Emanzipation hin zur Aufrechterhaltung eines administrativen Minimums unter Bedingungen struktureller Abhängigkeit.
Diese Abhängigkeit ist zentral für das Verständnis der gegenwärtigen Sackgasse. Die PA funktioniert finanziell nur durch internationale Transfers, sicherheitspolitisch nur durch Koordination mit Israel und politisch nur durch die fortgesetzte Anerkennung externer Akteure. Gleichzeitig hat sie im Inneren einen Grossteil ihrer gesellschaftlichen Verankerung verloren. Wahlen werden aus Angst vor Machtverlust seit nun zwei Jahrzehnten ständig verschoben, politische Opposition wird unterdrückt, öffentliche Institutionen dienen zunehmend als Selbstbedienungsladen für eine schmale Elite. Die Folge ist ein tiefes Misstrauen, insbesondere unter jüngeren Palästinensern, für die die PA kein nationales Projekt mehr darstellt, sondern eine (korrupte) Verwaltungsstruktur ohne Vision.
Es droht noch mehr Chaos
Der Palästinenserpräsident Mahmud Abbas ist dabei nicht unbedingt alleinige Ursache, aber gewiss das Symptom dieser Entwicklung. Seine Person steht einerseits für Kontinuität, andererseits aber auch für politische Erstarrung. Sein fortgeschrittenes Alter und das Fehlen einer klar legitimierten Nachfolge verschärfen die Unsicherheit. Zwar soll sein Stellvertreter Hussein al-Sheikh ihn eines Tages beerben, doch in einem System, das stärker durch diverse Sicherheitsapparate, Patronagenetzwerke sowie externe Unterstützung und Rückendeckung geprägt ist als durch demokratische Verfahren, ist ein geordneter Machtübergang keineswegs garantiert. Es droht ein Szenario, in dem lokale Akteure, Milizen oder regionale Machthaber an Einfluss gewinnen könnten, während die zentrale Führung weiter an Bedeutung verlöre. Das aber würde das Chaos im Westjordanland weiter befördern.
Gaza bildet in diesem Kontext natürlich einen eigenen Krisenraum. Die Hamas ist militärisch geschwächt und politisch isoliert, doch sie ist nicht verschwunden. Ihre Herrschaft ist weiterhin autoritär, repressiv und international nicht akzeptiert, aber sie basiert auf realen Machtstrukturen, die nicht einfach durch externe Planung ersetzt werden können. Der inzwischen breite Konsens – auch unter arabischen Staaten –, dass die Hamas keine Zukunft als Regierungsmacht haben darf, ist bemerkenswert. Doch er bleibt ein negativer Konsens. Er definiert, was nicht sein soll, ohne zu klären, was stattdessen möglich ist. Militärische Zerschlagung allein erzeugt kein politisches Vakuum, sondern öffnet Möglichkeiten für informelle oder noch radikalere Akteure, wie schon jetzt zu sehen ist. Israel kooperiert ganz offen mit palästinensischen Clans in Gaza, die ihre Machtansprüche gegen die Hamas zu behaupten versuchen. Abgesehen davon ist sowieso noch völlig unklar, wer die Hamas entwaffnen soll. Und wie.
Verkalkuliert sich Israel?
In dieses Vakuum stossen Konzepte technokratischer Verwaltung, Übergangsregierung und international begleiteter Wiederaufbaustrukturen, initiiert von US-Präsident Donald Trump. Das Versprechen: Effizienz, Entpolitisierung und Stabilität. Doch genau diese Entpolitisierung ist ihr grundlegendes Problem. Politik lässt sich nicht dauerhaft durch Verwaltung ersetzen. Technokraten verfügen weder über eine eigene Machtbasis noch über gesellschaftliche Legitimität. Sie sind abhängig von Schutz und Finanzierung von aussen und werden von der lokalen Bevölkerung oft als fremdbestimmt wahrgenommen. Gaza als Protektorat unter amerikanischer Aufsicht.
Wenn solche Strukturen zudem bewusst an der PA vorbei organisiert werden, entsteht kein Übergang, sondern eine weitere Ebene institutioneller Konkurrenz. Und damit eine weitere Schwächung der Autonomiebehörde.
Für Israel stellt diese Gemengelage mittel- und langfristig eine gefährliche strategische Herausforderung dar, die kurzfristig durch eine Politik des Nichtentscheidens überdeckt wird. Solange es keinen kohärenten palästinensischen Akteur gibt, entfällt der Druck zu Verhandlungen über einen Palästinenserstaat. Der Status quo lässt sich, so die Überzeugung in Jerusalem, verwalten, kontrollieren und militärisch absichern. Doch diese Logik setzt voraus, dass zumindest minimale palästinensische Ordnungsstrukturen erhalten bleiben. Ein Kollaps der PA würde Israel nicht von Verantwortung entlasten, sondern sie ausweiten, politisch, sicherheitstechnisch und administrativ. Die Abwesenheit eines Ansprechpartners ist kein strategischer Vorteil, sondern ein gefährlicher Risikofaktor.
Niemand tut etwas für die Überwindung des Problems
Die Rolle der arabischen Staaten verstärkt diese Ambivalenz. Viele von ihnen haben sich innerlich längst von der palästinensischen Sache distanziert, ohne sie öffentlich aufzugeben. Sie lehnen die Hamas ab, misstrauen der PA, scheuen aber zugleich vor einer offenen Neugestaltung der palästinensischen Repräsentation zurück. Stabilität, nicht politische Erneuerung, ist ihr primäres Interesse. Das führt zu einer paradoxen Situation: Alle Akteure erkennen die Dysfunktionalität der bestehenden Ordnung, aber niemand investiert ernsthaft in ihre Überwindung.
Auch die palästinensische Diaspora, einst ein politischer Motor, spielt kaum noch eine gestaltende Rolle. Sie ist fragmentiert, sozial integriert in ihren jeweiligen Gastländern und politisch entkoppelt von den Entscheidungsprozessen vor Ort. Damit fehlt derzeit ein weiterer möglicher Katalysator für Erneuerung. Was bleibt, ist eine Gesellschaft ohne klare politische Perspektive, deren kollektive Identität zwar stark, deren institutionelle Artikulationsfähigkeit und damit politische Bedeutsamkeit jedoch schwach ist.
Entkopplung von Vision und Realität
Das eigentliche Ende der palästinensischen Ordnung zeigt sich daher weniger im Scheitern eines konkreten Staates als vielmehr im Verlust eines gemeinsamen politischen Narrativs, oder besser: einer seriösen Vision. Staatlichkeit wird simuliert, Verwaltung aufrechterhalten, Zukunft vor allem «von aussen» visualisiert, jüngst etwa in KI-generierten Bildern eines modernen Gaza mit einer überwältigenden Skyline à la Jared Kushner, während die grundlegenden Fragen von Rechten, Macht und Repräsentation unbeantwortet bleiben. Diese Entkopplung von Vision und Realität ist nicht nur hoffnungslos, sie ist vor allem: zynisch.
Wie es weitergehen könnte, ist völlig unklar. Denkbar sind Szenarien weiterer Fragmentierung, informeller Herrschaft und externer Kontrolle. Ebenso denkbar ist langfristig eine neue Form palästinensischer Politik, die sich nicht aus den bestehenden Eliten speist, sondern aus gesellschaftlichen Prozessen von unten. Doch dafür müssten Räume entstehen, in denen politische Organisation wieder möglich ist. Solange diese fehlen, bleibt die palästinensische Frage ungelöst. Nicht, weil es zu viele Antworten gäbe, sondern weil niemand mehr verbindlich fragt.
https://www.nzz.ch/feuilleton/das-ende-der-palaestinensischen-ordnung-ld.1922503
February 2
Le Figaro
Peter Boghossian : « Beaucoup d’Américains pensent que la France aura disparu d’ici la fin du siècle »
GRAND ENTRETIEN – Philosophe américain rationaliste connu pour ses critiques du wokisme, Peter Boghossian était récemment en France, notamment pour observer les effets de l’immigration islamique. Il livre le regard inquiet – parfois brutal – que portent de nombreux Américains sur l’avenir français.
LE FIGARO. – Pour commencer, pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes en France ?
PETER BOGHOSSIAN. – Je suis venu pour discuter et réfléchir avec des Français sur plusieurs sujets, notamment l’immigration et l’islam, qui me fascinent. Je souhaite entendre des points de vue variés : celui de musulmans, mais aussi celui de chercheurs, de membres de think-tanks et de décideurs. Je m’intéresse aussi, plus largement, à la relation parfois tendue entre les États-Unis et la France. Je suis également ici pour parler d’« épistémologie de rue » et de pensée critique, et rencontrer des enseignants ou des formateurs sur ces questions.
Qu’est-ce que l’épistémologie de rue ? Pouvez-vous la définir ?
C’est une méthode pour aider les gens à clarifier leurs idées. On pense à l’hygiène dentaire lorsqu’on se brosse les dents, mais on ne pense pas souvent à l’hygiène mentale : je propose aux gens de « faire le ménage » dans leurs croyances. C’est aussi un moyen de faciliter des conversations entre personnes en désaccord, sans chercher nécessairement à persuader. C’est pourquoi la question de l’islam est si intéressante.
Pourquoi ?
Parce que beaucoup de gens ne sont pas honnêtes sur la nature du problème. Et, sans honnêteté, on ne résout rien. Le sondeur François Kraus a publié une étude très détaillée de l’Ifop montrant une réislamisation des jeunes générations issues de l’immigration. Il a été menacé pour avoir simplement fait un constat. C’est très préoccupant. Il est difficile d’aborder certains sujets publiquement. Lors de la préparation d’entretiens avec des personnes censées travailler sur ces sujets (think-tanks, experts), plusieurs ont accepté une interview audio, mais ont refusé d’être filmées, par peur. Pour moi, c’est un signal très inquiétant. D’ailleurs, je saisis l’opportunité de cet entretien pour inviter toute personne qui voudrait s’entretenir avec moi sur ces thèmes dans mon émission pour éclairer le débat à me contacter.
Pourquoi le sujet de l’immigration vous intéresse-t-il ?
Je trouve le phénomène fascinant, parce que je me suis intéressé toute ma vie à la quête de la vérité et que, sur ce sujet, il me semble qu’il y a en Europe un refus de la vérité, notamment sur les implications démographiques et sociales.
Je suis frappé par certaines tendances, par exemple, les différences de religiosité déclarée et les dynamiques familiales. En 2021, 21,1 % des prénoms français étaient d’origine arabe ou musulmane. Quand on parle à des musulmans, beaucoup ont le sentiment qu’il n’y a pas de mobilité sociale, qu’ils sont discriminés. Seules 14 % des personnes de la religion majoritaire – le catholicisme – prennent leur religion très au sérieux, contre plus de 75 % des musulmans, des chiffres en augmentation. On parle souvent du nombre d’enfants, mais on oublie un facteur crucial : l’âge auquel on les a. Les musulmans fondent leur famille quatre à cinq ans plus tôt que les autres et ont davantage d’enfants. Je cherche à comprendre comment ce sujet est traité ici. Je viens de passer du temps en Hongrie et en Pologne : la situation et les choix politiques y sont très différents, notamment sur la démographie et l’immigration. Pas par hasard, mais par dessein.
Vous vous êtes aussi rendu dans un quartier populaire de Clichy-sous-Bois. Qu’y avez-vous vu ?
J’ai rencontré des personnes qui veulent être entendues. Beaucoup ont le sentiment d’avoir des opportunités très limitées, de subir des discriminations. Et j’y ai vu de la pauvreté.
Pensez-vous que le débat est plus libre aux États-Unis qu’en Europe ?
La comparaison a ses limites : il existe aussi des sujets difficiles à aborder aux États-Unis, notamment dans les médias traditionnels. Mais la question majeure est ailleurs. Les changements démographiques et la capacité – ou l’incapacité – de groupes différents à coexister constituent une menace existentielle. Avant de venir en France, j’étais à un dîner et, lorsque j’ai dit que je venais ici, plusieurs personnes m’ont répondu : « Pourquoi fais-tu ça ? Laisse tomber. N’y va pas. La France est perdue. »
Je pense que beaucoup d’Américains, du centre à la droite, ne croient pas que la France existera encore à la fin du siècle. Si une société ne veut pas se battre pour ce qu’elle estime important, alors elle mérite ce qui lui arrive. Comme je ne vis pas ici, ce n’est pas à moi de décider. Les Américains ont dicté leur mode de vie aux autres pendant suffisamment longtemps pour que je ne vous dise pas quoi faire. Ce n’est pas une prescription.
Selon vous, cela tient surtout à l’immigration islamique ?
À l’immigration en général, et au déni qui empêche d’en parler clairement. C’est particulièrement difficile quand on a des enfants, car cela renvoie à une angoisse d’avenir. Un pays ne peut pas résoudre un problème qu’il refuse de nommer.
On peut faire des exercices de pensée. Imaginons que tous les habitants de l’Ouganda s’installent en Belgique : la Belgique sera-t-elle identique dans cinquante ans ? Non. D’accord. Imaginons maintenant que tous les Suédois, à l’exception de Malmö, partent en Ouganda, et que les Ougandais deviennent minoritaires. À quoi cela ressemblerait-il dans cinquante ans ? Ce sont des questions légitimes. Plus de 1 % de la population française est composée d’immigrés illégaux. Cela représente environ 700 000 personnes. Vous n’avez aucune idée de qui sont ces gens. C’est complètement fou. C’est un suicide culturel. Le professeur d’université Gad Saad appelle cela de « l’empathie suicidaire ». Le déni est immense. C’est pour cela que beaucoup d’Américains pensent que vous êtes condamnés.
En France, on vous connaît aussi pour une expérience menée avec d’autres chercheurs : faire publier de faux articles dans des revues scientifiques, en imitant le vocabulaire et les obsessions du wokisme. Des articles absurdes ont ainsi été publiés, comme « La culture du viol chez les chiens », ou un plagiat de Mein Kampf dans lequel le mot « Juif » avait été remplacé par « Blanc ». Qu’avez-vous appris ?
L’objectif était de tester si des revues prestigieuses publieraient des textes idéologiquement conformes, mais intellectuellement faibles, voire absurdes ou moralement discutables. Nous avons montré que certaines disciplines validaient des récits et des positions idéologiques au détriment de standards scientifiques robustes. Depuis, beaucoup de gens ont perdu confiance dans leurs institutions, notamment après la période du Covid. Or une société fonctionne très mal lorsque la confiance institutionnelle s’effondre.
Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
Les gens peuvent en parler plus librement qu’avant : la fenêtre d’Overton (éventail des idées et des positions jugées socialement acceptables à un moment donné dans le débat public, NDLR) a évolué. Des thèmes autrefois intouchables sont désormais critiquables publiquement. Avant, si quelqu’un vous demandait ce qu’était une femme, vous étiez censé répondre : « Je ne sais vraiment pas, je ne suis pas biologiste. » C’est une citation célèbre d’une juge aujourd’hui à la Cour suprême, lors de son audition devant le Sénat. Il existe aussi une vidéo devenue célèbre d’un médecin à qui l’on demande si les hommes peuvent tomber « enceints ». C’est complètement absurde. Mais, aujourd’hui, vous pouvez critiquer cela. Avant, ce n’était pas possible. Cela dit, les personnes disposant d’un statut solide, de postes permanents restent très influentes. L’idéologie woke demeure bien installée dans certaines institutions culturelles et universitaires. Je crois toutefois qu’elle est en fin de cycle.
Vous avez écrit un manuel d’athéisme et vous êtes proche de Richard Dawkins. Avez-vous évolué sur ce sujet ? L’athéisme ne rend-il pas l’Occident plus vulnérable face à l’islam ?
C’est ce que l’on appelle l’hypothèse de substitution : l’idée que l’être humain est « câblé » pour croire et, que lorsqu’une croyance recule, une autre prend sa place. Comme dans Game of Thrones, lorsqu’une nouvelle religion apparaît parce que les gens ont cessé de croire à l’ancienne. La vraie question devient alors : en quoi les gens croient-ils ? Certains se tournent vers des idéologies qui fonctionnent comme des religions. Le wokisme est une forme de religion, l’islamisme en est une autre.
Serions-nous mieux lotis avec une forme bénigne de christianisme, des chrétiens « culturels » prônant l’humilité, la charité et la tempérance ? Probablement, oui. En revanche, je ne pense pas que la réponse à une intolérance radicale consiste à fabriquer une intolérance symétrique. Certains le pensent. Ils estiment que, en face des fanatiques, il faudrait cultiver un autre groupe de fanatiques – comme les « groypers » (antisémites et misogynes de droite extrême, NDLR) autour de figures telles que Nick Fuentes ou Tucker Carlson. Les démocraties doivent apprendre à contenir les menaces sans se transformer elles-mêmes en machines à fanatisme.
L’Europe est hantée par le déclin. Est-ce, selon vous, une différence majeure avec l’Amérique ?
Je dirais que l’Amérique est portée par un optimisme culturel, un individualisme, une projection vers l’avenir, l’idée d’une promesse. Toutes ces personnes issues de l’immigration dans vos pays, quelles sont leurs aspirations ? Quel est le meilleur avenir auquel elles peuvent raisonnablement aspirer ? Sans cette aspiration, on crée des générations qui se replient sur ce qu’elles connaissent – souvent la religion. Certaines recherches suggèrent d’ailleurs que les deuxième et troisième générations peuvent devenir plus religieuses que la première. Et je pense que ceux qui affirment qu’il n’y a aucun problème devraient aussi aller voir concrètement certains quartiers : si vous dites qu’il n’y a pas de problème, vous devriez être prêt à y vivre.
Nous, Français, sommes plutôt inquiets de la prédation de Donald Trump sur le Groenland. Comprenez-vous cette inquiétude ?
Je ne suis pas sûr d’être qualifié pour analyser finement les institutions politiques. Mais honnêtement, je pense que le Groenland est le moindre de vos problèmes. Cela ne devrait même pas figurer dans le top 10 000 de vos préoccupations. Vous avez un autre dirigeant dérangé qui assassine des centaines de milliers d’Ukrainiens. Vous souffrez d’un grave manque de compétitivité économique. Vous avez une immigration illégale massive. L’intelligence artificielle est essentiellement chinoise et américaine. Vous n’avez même pas vos propres réseaux sociaux. Nous avons aussi des déficits massifs, mais nous pouvons nous le permettre parce que nous disposons d’une monnaie dominante.
Certains jeunes de banlieue que vous avez interrogés affirment n’avoir pas de préférence marquée entre domination américaine et domination russe. Que cela vous inspire-t-il ?
L’une des questions que je pose aux gens partout dans le monde est la suivante : sous quelle domination préférez-vous vivre : américaine ou chinoise ? Où que j’aille, et j’ai voyagé presque partout, la réponse majoritaire est la domination américaine. Mais, lorsque j’ai posé cette question à de jeunes musulmans en France, ils n’avaient pas de préférence claire. J’en ai conclu que l’image des États-Unis s’était profondément dégradée en France. C’est très révélateur.
Vous évoquez aussi un autre sujet : le départ des Juifs d’Europe occidentale…
C’est une question simple et raisonnable : pourquoi des Juifs quittent-ils certains pays ou certaines villes ? Si l’on constatait que des Noirs fuient partout parce qu’ils sont discriminés, tout le monde y verrait un problème. Pourquoi cela ne serait-il pas le cas ici ? On peut voir cela comme un signal d’alerte, un « canari dans une mine de charbon ». Cela dit quelque chose de l’état d’une société, de ses tensions, de ses dénis. Pourquoi pensez-vous que les Juifs partent ? C’est une question parfaitement légitime. Et si quelqu’un se dit offensé par cette question, alors il fait partie du problème. Parce que tout le monde connaît la raison.
En France, une partie de la gauche a du mal à aborder ces questions, car elle considère les musulmans comme un groupe opprimé que l’on ne peut pas viser…
C’est ce qui s’est passé en Iran, n’est-ce pas ? La gauche a soutenu les islamistes. Et leur première mesure a été d’éliminer leurs alliés.
The Wall Street Journal (Pay Wall)
What Paris Pays to Keep Le Pen at Bay
The latest budget is a growth-killing gimmick to avoid an election.
