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No Press Review on Friday, April 24
April 23, 2026 (Click to get Today’s Summary)
INTERVIEW AND BOOK OF THE DAY: FRENCH CHAOS
L’Express, Book Review
“La France est au bord du précipice mais nos politiques sont ignares” : la charge de Jean Peyrelevade
Idées. L’ancien banquier et artisan du tournant de la rigueur sous Mitterrand fustige l’incompétence économique de la majorité de la classe politique, comme des syndicats, face au déclassement français et à des dépenses sociales incontrôlables.
La France du populisme au chaos, par Jean Peyrelevade. Odile Jacob, 238 p., 23,90 €.

Il estime qu’il n’avait “pas cogné assez fort” dans son précédent livre, Réformer la France,qui étrillait pourtant Emmanuel Macron, Bruno Le Maire, le Conseil d’orientation des retraites (COR) ou l’anticapitalisme primaire de nombreux responsables à gauche. Directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy de 1981 à 1983, où il a oeuvré au tournant de la rigueur, puis président de Suez, de la banque Stern ou du Crédit lyonnais, Jean Peyrelevade a l’âge (86 ans) et l’expérience qui vous donnent la liberté de ne plus mâcher vos mots. Son nouvel essai, La France du populisme au chaos(Odile Jacob), est une démonstration implacable sur l’état de notre pays, entre perte de compétitivité et dépenses sociales incontrôlables, tout comme sur “l’inculture économique” d’une large partie des responsables politiques, de tout bord.
Pour L’Express, Jean Peyrelevade explique les raisons de grande inquiétude. Il étrille les propositions à gauche comme droite, qualifie la taxe de Gabriel Zucman sur les utra-riches de “mythe total”, analyse le “péché origine” de la Sécurité sociale française, fustige la radicalisation des syndicats et critique le bilan de Lionel Jospin, disparu récemment. Pour lui, seule une réforme des retraites, ainsi qu’une augmentation de la CSG, de la TVA et de l’impôt sur le revenu des plus riches peut sortir le pays du marasme.
L’Express : La grande thèse de votre livre, c’est que nous sommes au bord du gouffre. Mais la France, le peuple comme les dirigeants, serait atteinte d’un déni de la réalité…
Jean Peyrelevade : Notre appareil productif est en déclin relatif par rapport à tous les pays occidentaux. Par habitant, nous sommes aujourd’hui le vingt-cinquième pays le plus riche du monde, alors que nous étions au treizième rang en 1980. En 2024, l’Allemagne a eu un PIB par habitant à 119% de celui de la France, contre 107% en 2000, les Pays-Bas à 138 contre 117, et nous sommes aujourd’hui légèrement en dessous de la moyenne européenne, alors que nous étions en 2000 à plus de 20% au-dessus. Donc en comparaison un point de PIB perdu par an! Comme nous ne produisons plus suffisamment pour satisfaire les besoins de la population, nous empruntons. Le deuxième grand problème est donc la situation des finances publiques, devenue insupportable. La dette s’élève aujourd’hui à 118% du PIB, avec un déficit annuel supérieur à 5% du PIB.
Vous soulignez à quel point les dépenses sociales occupent une part importante dans les déficits…
Nos dépenses publiques s’élèvent à 57% du PIB, soit huit points de plus que la moyenne de l’Union européenne. Première remarque, qui en dit long sur l’état de notre République, c’est que du fait de la complexité de la situation, il est très difficile de reconstituer les vrais chiffres. Il y a un budget de l’Etat et un budget de la Sécurité sociale. Mais l’Etat alimente par ses dépenses une large partie du budget de la Sécu. Ainsi la quasi-totalité du déficit budgétaire est due aux dépenses sociales qui devraient être équilibrées puisqu’il s’agit en principe de solidarité citoyenne. Nous distribuons des richesses fictives. Le premier poste de dépenses, ce sont les retraites, qui pèsent à hauteur de 55 milliards d’euros par an sur le déficit de nos finances publiques, chiffre qui va augmenter si on ne fait pas une vraie réforme. Rien que celles de la fonction publique pèsent lourdement, environ 45 milliards.
Ensuite, il y a les dépenses de santé, qui représentent 12% du PIB. En France, nous avons un reste à charge de l’ordre de 9%, ce qui est inférieur à la moyenne européenne de 5 ou 6 points. Anecdote, il y a trois mois j’ai fait une chute brutale. Je me suis retrouvé un dimanche soir aux urgences, avec une radio de la main et un scanner du cerveau. Quinze jours plus tard, j’ai reçu une note à payer de 19 euros, nullement représentative de la prestation fournie. A mon niveau de revenus, j’aurais trouvé parfaitement normal qu’on me demande 400 ou 500 euros.
Enfin, il y a les dépenses de solidarité. A chaque fois que l’État pense qu’il doit faire quelque chose en faveur d’une catégorie sociale donnée, il donne et puis il emprunte, à l’image de la prime Macron, exonérée de cotisations sociales et d’impôts. Or si les salariés ne sont pas assez payés en France, c’est d’abord parce que notre appareil productif est trop fiscalisé. Les prélèvements fiscaux et sociaux sur nos entreprises (13% du PIB) sont supérieurs de 6 points à la moyenne européenne.
Vous ne mâchez pas vos mots sur l’inculture économique du personnel politique. Marine Le Pen, Olivier Faure, Marine Tondelier ou Jean-Luc Mélenchon sont selon vous parfaitement “incompétents” sur le sujet…
L’économie devrait être une préoccupation centrale pour toute démocratie. Mais notre élite se montre souvent ignare en matière économique. Beaucoup de chefs de parti n’ont jamais vécu en entreprise. Peu ont à la fois une bonne compréhension de l’état de nos finances publiques, et encore moins du problème fondamental, à savoir la situation de notre appareil productif. A droite, certains s’y intéressent, mais pour l’instant ne disent rien de leurs plans. A gauche, il y a éventuellement deux hommes politiques qui comprennent peut-être la gravité du sujet, mais qui évitent soigneusement de mettre le problème sur la table : François Hollande et Bernard Cazeneuve.
Vous rendez hommage à François Bayrou pour avoir osé avancer publiquement l’ampleur du déficit du régime de retraites. Il l’a payé lourdement sur le plan politique…
J’avais participé à sa campagne en 2007. François Bayrou est parfaitement lucide sur l’état des finances publiques. Aucun autre de nos dirigeants politiques n’a osé avancer publiquement un tel diagnostic sur les retraites, encourageant le pays à sortir d’un véritable déni de réalité. En revanche, Bayrou est moins conscient de l’état de notre appareil productif. J’ai pourtant essayé de le sensibiliser à cela.
Le péché originel du système français remonte selon vous à 1945. Pourquoi?
Encore récemment, j’ai entendu Jean-Luc Mélenchon expliquer que le système de solidarité sociale français est magnifique et parfait, avec le principe du “chacun cotise selon ses moyens”. Mais, en est-il conscient ou pas, cela ne correspond en rien à la réalité. L’histoire remonte à la création de la Sécurité sociale à la fin de la guerre. A l’époque, le ministre du Travail, Ambroise Croizat, était membre du parti communiste, alors premier parti de France. La CGT comptait 5 millions d’adhérents. Ce nouveau régime a été construit selon le modèle bismarckien : l’Etat n’est pas impliqué dans le financement, et comme l’a dit publiquement Croizat, chacun “cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins”. En théorie, c’est un système magnifique. Mais en fait, dès le début, c’est l’appareil productif qui finance, l’essentiel des cotisations prélevées étant sous forme de cotisations patronales. Déconsidéré du fait de sa collaboration pendant la guerre avec le pouvoir pétainiste, le patronat n’a osé rien dire. En 1950, les dépenses de protection sociale représentaient 15% du PIB et étaient financées à 80% par les cotisations sociales (employeurs et salariés). En 1990, elles s’étaient envolées jusqu’à 25% du PIB, et étaient financées à 90% par les cotisations.
Les entreprises ont bien sûr fini par protester. Il n’y a eu que deux réponses politiques intelligentes, mais partielles : Michel Rocard, qui a inventé la CSG pour stopper l’augmentation des cotisations sociales, puis Édouard Balladur qui a reconnu la nécessité d’alléger le coût du travail. Mais les cotisations sociales s’élèvent encore aujourd’hui à 17% du PIB, et sont donc toujours supérieures au niveau initial de 1945. D’où la surtaxation de nos entreprises de 6 points de PIB par rapport à nos concurrents. Longtemps, nous avons pu bénéficier de l’extraordinaire expansion de l’économie française après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque où il fallait reconstruire et où l’on pouvait bénéficier d’un contexte mondial favorable. Il y a vingt ans, nous étions encore, on l’a vu, à un niveau similaire à celui de l’Allemagne en termes de PIB par habitant. Depuis, nous avons décroché.
Pour redresser les finances publiques, la gauche propose essentiellement de taxer les ultrariches. Vous éreintez pourtant les chiffres avancés par Gabriel Zucman…
Selon Gabriel Zucman, une taxe de 2% payée par les 1800 ultrariches possédant prétendument plus de 100 millions d’euros de patrimoine rapporterait 20 milliards d’euros. Or, il ne peut pas justifier ces chiffres, car aucune administration n’a une connaissance du patrimoine individuel des Français. La seule source de Zucman ou de Thomas Piketty, c’est sans doute la publication annuelle de Challengesnon pas sur les grandes fortunes, mais sur les familles les plus riches. Ce magazine estime que 160 familles possèdent ou contrôlent une ou des entreprises dont la valeur est supérieure à 1 milliard. Mais chacune de ces familles comporte en moyenne plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de foyers fiscaux, comme chez les Mulliez!
Par ailleurs, pour imposer les milliardaires sur leur patrimoine à un tel niveau, il faudrait changer la Constitution, en raison de l’égalité devant l’impôt et du plafonnement des prélèvements fiscaux à 70% du revenu disponible.
On est ainsi face à un mythe total. D’autant plus que les entrepreneurs séparent, comme cela leur est imposé juridiquement, personne physique (eux) et personne morale (leur entreprise), et donc leur revenu personnel du capital investi dans les entreprises qu’ils ont créées. Mais Thomas Pikettty ou Gabriel Zucman refusent pour les ultrariches cette distinction entre revenu et patrimoine, les deux devant être imposés sans distinction. Ce qui est aberrant.
Vous vous montrez aussi critique contre les solutions avancées à droite, entre le refus de tout nouvel impôt et la focalisation sur la réduction des dépenses de l’Etat. Pourquoi?
Il y a certes des choses à faire en matière de réduction des dépenses de l’État, mais ce n’est pas du tout à la hauteur des chiffres du déficit. Les dépenses de l’Etat régalien ne représentent que 15% du PIB, et celles des collectivités locales environ 11%. Les dépenses sociales s’élèvent, elles, à 32% du PIB. Les collectivités ne peuvent d’ailleurs pas être déficitaires en dépenses courantes. Pour l’Etat régalien aussi, les économies possibles seront limitées, loin des enjeux actuels. Il y a probablement trop d’administrations et pas assez de décentralisation. Mais nous sommes aussi en retard par rapport à d’autres pays en matière de recherche et d’éducation, et nous devons accroître fortement nos dépenses militaires. On peut ainsi faire des simplifications, ne serait-ce que pour donner aux fonctionnaires le sentiment qu’ils ne sont pas là uniquement pour le plaisir d’un ministre. Mais la première réforme incontournable, ce sont les retraites, qui représentent quand même plus de 400 milliards de dépenses par an. Or la gauche ne veut pas s’y attaquer, l’extrême droite non plus. La droite elle n’en parle pas beaucoup. Mais même si on mène une vraie réforme des retraites, cela permettrait seulement de réduire à terme les déficits à hauteur de 2% du PIB. Indispensable, mais encore insuffisant.
Que faut-il faire d’autre alors?
J’ai participé au tournant de la rigueur de 1982-1983 qui a été un succès, mais dans une situation moins difficile qu’aujourd’hui. Si on veut sortir du marasme actuel, relancer notre croissance, améliorer le niveau de vie des Français, il faut rapidement rééquilibrer le budget, en ramenant le déficit à 2% du PIB. Pour cela, il sera nécessaire d’utiliser la CSG, qui a été créée pour ça, et augmenter un peu la TVA, tout comme l’impôt sur le revenu des plus riches. Mais Bruno Retailleau, candidat des Républicains pour 2027, refuse vigoureusement toute hausse d’impôts. Croit-il sérieusement qu’il pourra trouver sur les années qui viennent 150 milliards d’économies et alléger les charges des entreprises, ses objectifs affichés, sans demander le moindre effort contributif aux citoyens?
Lionel Jospin est mort récemment. Vous ne l’épargnez pas dans votre livre, notamment au sujet des 35 heures, une décision selon vous calamiteuse…
D’abord, il ne faut pas oublier qu’en 1983, Pierre Mauroy a fait un discours extraordinaire sur la rigueur nécessaire, qui doit inspirer tout gouvernement. Mais Lionel Jospin, alors patron du parti socialiste, s’est empressé de faire savoir qu’il ne s’agissait que d’une parenthèse. C’était casser la plus forte tentative de sérieux économique de la gauche.
Ensuite, quand Jospin est arrivé au pouvoir en 1997, il a bénéficié d’une conjoncture exceptionnelle au niveau mondial. Mais cette prise de décision sur les 35 heures a été typiquement française, c’est-à-dire effectuée de manière pyramidale. C’est le sommet de l’Etat qui a dit à des millions d’entreprises de toutes tailles qu’elles allaient, du jour au lendemain, passer de 39 à 35 heures, sans aucune réduction de salaire. C’est-à-dire que le coût horaire de la main-d’oeuvre a augmenté brutalement de plus de 11%. Avec des patrons d’entreprises publiques, comme Louis Gallois, nous avions pourtant essayé d’avertir Jospin, lors d’un déjeuner chez lui, sur le besoin d’avoir des négociations. Qu’ont alors fait les entreprises? Au lieu d’investir en France, elles ont investi à l’étranger. Comme par hasard, c’est à partir du début des années 2000, et après la création de l’euro empêchant les dévaluations, que la désindustrialisation de la France s’est fortement accélérée et que le solde de notre balance commerciale est devenu structurellement négatif. Pendant ce temps, les Allemands renforçaient la lutte contre le chômage avec la loi Hartz et facilitaient l’accès au travail.
Pour compenser partiellement les pertes imposées aux entreprises de façon verticale, Lionel Jospin leur a accordé une diminution de leurs cotisations sociales. Bien entendu, la perte de recettes pour le système de protection sociale n’était pas compensée. Au nombre accru de défaillances d’entreprises s’est donc ajoutée une détérioration de fait des finances publiques.
Que vous a inspiré le psychodrame sur l’extension du travail pour le 1mai, alors qu’une majorité de Français y est favorable?
Maryse Léon de la CFDT a désormais le même discours que Sophie Binet de la CGT. Cela montre que le réformisme se porte mal en France. On parle de “démocratie sociale”, mais deux cheffes apparatchiks de structures pyramidales ont un pouvoir totalement exorbitant, alors même que la France est le pays de l’OCDE qui a le taux de syndicalisation le plus faible avec les Etats-Unis. Les syndicats représentent 8% des salariés, et ce chiffre diminue fortement chez les salariés jeunes. Plus vous vous rapprochez des entreprises de taille modérée, moins il y a de syndiqués. Avant de prendre ces positions, les syndicats ont-ils consulté les salariés concernés? Non. Et ils se présentent en défenseurs de la démocratie sociale!
Nous avons dans les entreprises des représentants du personnel élus, mais les syndicats, de plus en plus réduits, continuent à bénéficier d’un privilège incompréhensible dans l’organisation, les négociations et l’accès aux comités sociaux et économiques. Pourquoi ne pas donner plus de pouvoir aux représentants élus? Il faut mettre en oeuvre en France le type de gouvernance d’entreprise qui existe dans toute l’Europe du Nord, et qui permet au système productif de ces pays d’être beaucoup plus efficace que le nôtre. Hélas, nous en sommes restés au conflit entre capital et travail qui remonte à Karl Marx. Alors que l’entreprise est un bien d’intérêt commun.
Pourquoi êtes-vous à ce point pessimiste pour 2027?
Le Rassemblement national a de grandes chances de remporter l’élection présidentielle. S’en suivront une destruction de l’Etat de droit, et le renforcement d’un pouvoir déjà extraordinairement verticalisé. Ça, c’est la catastrophe politique, immédiate. Sur le plan économique aussi, faire croire qu’on peut se passer des étrangers est purement démagogique, et ne rapportera jamais les sommes promises. Sur un temps un peu plus long, on n’échappera pas à une crise financière. Les Français ignorent souvent que la moitié de notre dette publique est détenue par des étrangers. Si ceux-ci perçoivent les risques qui pèsent sur la dette française, il y aura une hausse encore plus forte des taux d’intérêt. Actuellement, la hausse en cours signifie déjà 7 à 8 milliards d’euros supplémentaires par an de dépenses publiques. A l’extrême droite comme chez Jean-Luc Mélenchon, on nous assure que la banque centrale va nous prêter de l’argent à taux zéro, ce qui est une illusion.
Les patrons ne sont pas trop conciliants au sujet du RN?
Ils sont en train de se laisser manipuler. C’est le fruit de l’habileté politique de Jordan Bardella, mais le programme du RN reste destructeur pour l’appareil productif : l’effondrement des finances publiques cassera notre économie. Bardella a notamment séduit les patrons de PME. A partir du moment où personne ne défend leurs intérêts, pourtant vitaux pour la France, il est difficile de pleinement leur en vouloir. Quand la gauche ne cesse de répéter qu’il faut taxer davantage les entreprises et réduire les aides, vous n’allez pas voter pour elle, qui ne cesse de vous cibler. Il faut pourtant oser dire qu’on va baisser les impôts sur les entreprises et les compenser par de la CSG, de la TVA ou l’impôt sur le revenu des plus riches. Il faut que les citoyens payent ce qu’ils doivent payer, de façon à réinstaller un vrai appareil productif.
Dans tous les cas, ce n’est pas le RN qui va redresser le pays et rétablir les finances publiques. Le parti est officiellement toujours pour un retour à une retraite à 60 ans, tout comme LFI. Mais Bardella est plus habile que Mélenchon.
IRAN WAR: PEACE TALKS AND PAKISTAN
The Wall Street Journal (Pay Wall)
Hatred of Israel Holds Pakistan Back
A country obsessed with the Jewish state is usually a country that is unable to get its own act together.
https://www.wsj.com/opinion/hatred-of-israel-holds-pakistan-back-5391facc?mod=hp_opin_pos_6
THE IRAN WAR AND THE STOCK MARKETS
The Wall Street Journal (Pay Wall)
No Peace Plan, No Problem: Why the Wartime Market Keeps Rising
Bad news stirs even greater interest among investors who see only prospects for the stock market to keep setting records
https://www.wsj.com/finance/stocks/iran-war-stock-market-588f5a22?mod=hp_lead_pos2
MIDDLE EAST: LEBANON
L’Express, Guest Essay
Guerre en Iran : mais que fait la France au Moyen-Orient ? Par Manuel Valls
Opinion. Par son inaction et des décisions hasardeuses, la France s’est retrouvée hors-jeu dans les conflits en Iran et au Liban.

Il y a des moments dans l’histoire où les cartes sont redistribuées si brutalement que les diplomaties qui n’ont pas su lire le changement peuvent se retrouver hors-jeu pour longtemps. Le 7 octobre 2023 est l’un de ceux-ci. Il est d’abord une rupture dans la conscience nationale israélienne, comparable au 11-Septembre américain. Les exigences de sécurité absolue qui ont suivi ce jour sont l’expression d’une société traumatisée qui a décidé de ne plus jamais parier sur la bonne volonté de ses voisins. En ignorant cela, la France s’est interdit d’être utile. Il a aussi déclenché une recomposition géopolitique bien plus large. L’Iran a vu sa stratégie des proxys se retourner contre lui. La carte du Moyen-Orient ne cesse de se redessiner sous nos yeux.
C’est sur le Liban que l’échec français atteint sa dimension la plus grave. La proximité affective de Paris avec Beyrouth a fini par aveugler notre diplomatie : le Hezbollah n’est pas un parti politique libanais qui aurait aussi une branche armée. C’est une organisation terroriste, classée comme telle par l’UE dans sa totalité depuis 2013, qui a pris en otage un État entier au service d’un agenda iranien. La France a cru possible de distinguer ses branches politique et militaire, semblant oublier que le Hezbollah avait du sang français sur les mains depuis l’attentat de 1983 à Beyrouth (58 morts) et que traiter avec lui ainsi relevait d’une forme de complicité passive avec l’ordre mortifère qu’il imposait au Liban.
Lorsque Israël a décidé de frapper méthodiquement les capacités militaires du Hezbollah qui s’était engagé en soutien au Hamas, Paris a adressé ses appels au cessez-le-feu immédiats et ses mises en garde non pas à l’organisation terroriste qui avait bombardé le nord d’Israël pendant des mois, déplaçant 80 000 civils, mais à Israël. Le résultat fut cinglant : quand il a fallu négocier le cessez-le-feu entre les deux parties à l’automne 2024, la France était absente des discussions. En ayant refusé d’identifier clairement l’ennemi, Paris s’était disqualifiée comme médiatrice. Aujourd’hui, Libanais et Israéliens discutent directement à Washington d’un accord de paix, sans la France encore spectatrice. Après l’attaque contre la Finul qui incombe sans doute au Hezbollah et la mort de l’un de nos militaires, il est encore temps de réagir.
En septembre 2025, la France a reconnu sans conditions l’État de Palestine qui ne contrôle ni son territoire, ni ses frontières, ni sa sécurité. Symbole creux plus que diplomatie efficace. Parallèlement, la rhétorique française contre Israël s’est durcie au point de fragiliser une relation bilatérale stratégique ancienne. Se brouiller avec l’État hébreu, seule démocratie dans la région, sans contrepartie, sans objectif clair, en mettant à mal des décennies de coopération militaire et de renseignement, c’est affaiblir le camp occidental alors qu’Israël est en première ligne contre l’islamisme.
La France s’est mis hors-jeu
Dans ce tableau déjà chaotique, ni les conséquences militaires sur les pays du Golfe, ni les effets sur la navigation du détroit d’Ormuz ne semblent avoir été anticipés par Trump et son avalanche de messages contradictoires. Mais l’intervention israélo-américaine contre l’Iran en février 2026 était néanmoins légitime et nécessaire. L’Iran finance, arme et dirige depuis quarante ans un réseau de proxys (Hamas, Hezbollah, Houthis, milices irakiennes) dont la vocation explicite est la destruction d’Israël et la déstabilisation du Moyen-Orient. Il soutient l’islamisme partout dans le monde.
Face à un acteur qui a développé un programme nucléaire en violation des traités et qui réprime sauvagement son peuple, les négociations, concessions et appels répétés à la désescalade n’ont produit qu’une chose : donner du temps à l’Iran pour enrichir davantage d’uranium et perfectionner ses missiles. Quand des États démocratiques frappent les capacités militaires d’un régime théocratique qui a déclaré vouloir les anéantir et a méthodiquement entretenu une instabilité que la communauté internationale refuse de regarder en face depuis des décennies, ce n’est pas une “escalade” qu’il faut condamner mais de la légitime défense. Et puis, il faut le reconnaître, les lignes bougent.
Une France qui aurait accompagné l’effort américano-israélien, même discrètement, aurait pu influer sur les conditions de la reconstruction, sur le sort de la population iranienne qui aspire à la liberté, sur l’architecture de sécurité régionale qui se redessine. Au lieu de cela, Paris s’est positionnée comme équidistante entre le pompier et l’incendiaire – et s’est retrouvée hors-jeu une fois de plus, au moment précis où l’histoire basculait.
Manuel Valls, ex-Premier ministre de François Hollande, ex-ministre des Outre-mer sous Emmanuel Macron
Le Point
Le vrai visage du Hezbollah
La mort de deux soldats français dans une embuscade au Sud-Liban rappelle une réalité que Paris feint d’ignorer : la France est l’ennemi de l’organisation terroriste.

Aux fondements du Hezbollah, autoproclamé « Parti de Dieu », se trouve une haine codifiée dès son manifeste de 1985. Ses ennemis sont Israël, les États-Unis et, avec une constance jamais démentie, la France. La tragédie du week-end dernier en est l’implacable rappel. Le 18 avril, le sergent-chef Florian Montorio a été tué dans le Sud-Liban, bastion de la milice chiite inféodée à Téhéran. Quatre jours plus tard, l’un de ses compagnons d’armes, le caporal-chef Anicet Girardin, blessé lors du même assaut, décédait en France au lendemain de son rapatriement.
Ils ne sont pas des « victimes collatérales ». Ils n’ont pas été pris entre deux feux, alors que l’armée israélienne mène une opération d’ampleur depuis l’offensive du Hezbollah en mars. Ils sont tombés dans une embuscade, révèle la ministre des Armées, Catherine Vautrin. Un drame qui, étrangement, suscite moins d’écho que les tirs de sommation israéliens contre les Casques bleus fin 2025.
Au ministère des Armées, on manie la périphrase, imputant la mort du soldat à un « groupe armé ». Au Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot réclame que « justice soit rendue ». Un voeu pieux dans un Liban incapable de punir les assassins du Premier ministre Rafic Hariri ou les responsables de l’explosion du port de Beyrouth. Quant à Jean-Luc Mélenchon, fidèle à sa ligne, il se contente d’un blâme générique : « Quel que soit le coupable […] il faut condamner ses auteurs. »
Pourtant, l’identité des tueurs ne fait guère de doute. Sur X, Emmanuel Macron a d’emblée pointé la responsabilité du Hezbollah. Une source élyséenne confirme au Point que l’implication de la milice pro-iranienne ne fait « aucun doute ». À l’état-major des armées, on souligne que le Sud-Liban est devenu une zone de désolation : « La seule population qui subsiste, ce sont des combattants. D’un côté, les Israéliens ; de l’autre, le Hezbollah. » On n’ose imaginer le séisme politique en France si la balle fatale avait été israélienne. Mais face au Hezbollah, la modération reste de mise.
Le Hezbollah a fait du meurtre de Français l’une de ses marques de fabrique.
Étrange complaisance française. Pour certains, la milice demeure le dernier levier d’une influence tricolore déclinante au Liban. Paris s’accroche à une fiction byzantine : la distinction entre une « aile militaire » terroriste et une « aile politique » fréquentable. Une subtilité de chancellerie que le mouvement lui-même récuse avec mépris. Hassan Nasrallah s’en gaussait dès 2013 : « Je suggère que nos nouveaux ministres appartiennent à l’aile militaire », ironisait le chef historique du mouvement. Nasrallah a été éliminé par une frappe israélienne en septembre 2024 , mais l’aveuglement européen lui survit. Notamment en France. L’Allemagne, elle, a choisi la clarté dès 2020 en interdisant toute activité du groupe sur son sol.
La mort de Florian Montorio et d’Anicet Girardin est un rappel sanglant : avant d’être un acteur politique, le Hezbollah est une organisation terroriste qui a fait du meurtre de Français l’une de ses marques de fabrique, de l’attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983 à celui de la rue de Rennes en 1986. Plus récemment, en Irak, un autre Français, l’adjudant-chef Arnaud Frion, a été tué par des miliciens chiites partageant le même parrain que le Hezbollah : la République islamique d’Iran. Sur le territoire français, des projets d’attentat ont été déjoués en mars dernier. Selon nos informations, les enquêteurs sont sur la piste d’un mystérieux groupe baptisé « Hayi », lié lui aussi à Téhéran.
Acculé dans le sud du Liban, exclu des pourparlers de paix menés par Washington entre Beyrouth et Jérusalem, le Hezbollah renoue aujourd’hui avec ses fondamentaux. Ses cibles n’ont pas varié et la France figure toujours sur la liste. « Nul ne pourra désarmer le Hezbollah » , plastronnait encore lundi l’un de ses dirigeants. Pour les partisans d’un Liban souverain et en paix avec ses voisins, l’heure est venue de distinguer clairement qui sont ses ennemis.
CHINA AND THE WORLD ECONOMY
The Economist (Pay Wall)
Defying expectations : Why China’s exports will keep on rising
Our new analysis shows how the country shrugged off the effects of Donald Trump’s tariffs
https://www.economist.com/china/2026/04/21/why-chinas-exports-will-keep-on-rising
AFRICA: CHAOS IN SUDAN
The Economist (Pay Wall)
RSF inc : How a Sudanese militia built a military and economic empire
Three years into Sudan’s civil war, the Rapid Support Forces has grown into a regional power
DISFUNCTIONAL E.U. POLITICS
Politico
How summits of EU leaders became dysfunctional
Is the European Council unfit for purpose? Plenty of those who have sat around the table believe the new world order demands changes to the EU.

When the EU was formed in the shadow of World War II, it was built for economic integration, not hard power — its security outsourced to the U.S., and its politics and institutions set up for consensus.
But the world that birthed the bloc is no more. And in Brussels and beyond, aggravation is growing at the speed and urgency — or lack thereof — with which its 27 leaders, collectively known as the European Council, confront challenges and make decisions, especially on security and foreign policy.
“Europe today is in permanent crisis mode and its decision-making architecture was simply not designed for it,” former Danish Prime Minister and NATO Secretary-General Anders Fogh Rasmussen told POLITICO. “You cannot wait for the Council to agree a statement while the world is burning.”
The EU has failed repeatedly in recent months to make unified calls on issues of seismic geopolitical importance — from unblocking a €90 billion tranche of funds for Ukraine, to imposing sanctions on Russia and violent West Bank settlers, to responding cohesively to the war in Iran. At the most recent EU leaders’ summit in March, leaders spent hours squabbling about the finer details of the bloc’s ETS carbon permit scheme even as Tehran struck Europe’s energy supplies in the Middle East.
“To say ETS is the biggest issue when big gas fields are burning is a bit weird,” an exasperated EU official, granted anonymity like others in this article to discuss the sensitive diplomacy they were involved in, told POLITICO.
A large share of the agendas of the October, December and March summits were dedicated to unfinished business from previous meetings, revisiting issues that were never resolved: from defense readiness to financing Kyiv and plans to fix the EU’s economy.
The idea that Europe is too slow to make decisions has almost become a cliché. Dutch Prime Minister Rob Jetten used his first trip to Brussels in the role last month to urge the EU to get a move on. “We cannot explain to our constituents that Europe is sometimes way too slow in reacting on great issues that affect us all,” he said.
At the World Economic Forum in Davos in January, French President Emmanuel Macron, sporting sunglasses, declared that the EU “sometimes is too slow, for sure, and needs to be reformed, for sure.”
And last week, European Commission President Ursula von der Leyen criticized the EU’s need for unanimity to take decisions on international affairs, saying it had created “systemic blockages” and calling for an end to the national veto, specifically on foreign policy.
Rasmussen argued the EU needed to move away from late-night talking shops and accelerate its ability to respond to security threats “with fast-moving structures that this era demands.”
Don’t blame Europe
Of course, the nature of the EU, its whole raison d’être even, is consensus-based decision-making among its member countries.
Under its ungainly structure, all 27 European leaders gather periodically to discuss the bloc’s priorities, set the political direction and, after hours of negotiating, wrangling and compromise, agree on collective statements. Much of what gets decided is pre-negotiated by national diplomats in formats such as Coreper, the committee of EU ambassadors.
“Could it be more efficient?” an EU official mused to POLITICO. “Probably. I do understand the criticism.”
“There are some issues that can be a little bit difficult to tackle at the European Council level,” the official added. “Where there is a huge focus right now is how to change those policy agreements into concrete action, because there is so much pressure on Europe right now.”
That said, the Council is “by far the best forum” to tackle the most pressing issues of the day, the official insisted.
A second EU official agreed. “It’s a democratic institution, it gathers all the heads of state, it is the right place to discuss these kinds of issues,” the official said, arguing there was no real alternative to the mandate and legitimacy of the Council.
It’s “not entirely fair to evaluate” the Council by its response to crises alone because it was set up to decide the EU’s “long-term” political goals, said Steven Van Hecke, professor in European Politics at KU Leuven Public Governance Institute. But it has been “acting like a supreme executive” when it needs to, including during the financial crisis and the Covid-19 pandemic.
The body certainly has its defenders, including former Belgian Prime Minister and United Nations Development Programme chief Alexander De Croo. “The European construction sometimes takes time to come to decisions,” he told POLITICO. “But I’ve been part of moments where they were very decisive.”
De Croo, who sat at the Council table from 2020 to 2025, also pointed to the EU’s response to the Covid-19 pandemic in 2020, which included a massive recovery fund and vaccine cooperation.
“The speed of decision of execution was actually quite high. And the effectiveness of the response from the European level was high,” he said. “So I don’t think it’s a structural issue.”
In a world rocked by decisions taken by U.S. President Donald Trump on foreign policy and tariffs, Europe’s more ponderous ways are also to its credit, he argued.
“For me, one of the main learnings of what is happening now is that … it’s sometimes not bad to consult with your partners and to think ahead of what is happening,” he said. “You can’t really blame European countries for being thoughtful and being prudent in what is the right response.”
Macron made a similar point in his Davos speech, saying Europe had proven “predictable” and “loyal” to its partners.
A new world
Yet even if the EU is predictable, the world increasingly is not.
In the last decade the international order has tilted sharply on its axis, old alliances have shattered and crises have multiplied. Europe’s old ways of taking decisions simply don’t cut it, Rasmussen said.
“When I attended the European Council between 2001 and 2009, the world was a fundamentally different place,” he said. “Russia was still a G8 partner. America was an unambiguous ally. We had our share of crises, but also the space to deliberate. That world no longer exists.”
Rasmussen called for the EU to “fundamentally reinvent its security frameworks.” Some of the ideas that have been floated, along with doing away with the veto for foreign policy matters, include creating a European Security Council, a high-level body with a mandate to make defense decisions for the continent, and reinforcing the powers of the European Commission.
“Of course, if you say, well, we need to reform the EU to make it faster, then the question is OK, but how?” said Gilles Pittoors, a political science lecturer at KU Leuven.
“You could, for example, introduce QMV (Qualified Majority Voting) in the European Council on these foreign policy issues. But that raises a hell of a democratic issue,” he said.
Creating new bodies would solve nothing, he argued. “I think the best way forward here, if you’re really serious about reforming the EU to make it more agile, to make it respond more quickly, is to basically strengthen the powers of the Commission.” Yet that too faces skepticism from member countries wary of giving the EU executive too much power, he acknowledged.
When leaders gather for a summit this week, there will be one notable absence: Hungarian Prime Minister Viktor Orbán, who after suffering a crushing defeat in an election this month said he would not attend. Without the chronic consensus-blocker in the room, one official said, the Council could overcome its divisions and reach compromises faster.
But time is of the essence. The meeting is once again set to be hijacked by war and geopolitics, with the U.S. blockading the Strait of Hormuz after Washington’s negotiations with Tehran fell through, and no end to the global energy shock in sight.
At least one headache should finally be alleviated: Ukraine is set to finally get its €90 billion loan from the EU, four months after the bloc’s leaders first agreed on it at a summit in December.
But the memory of the months-long impasse won’t fade quickly.
“I think that the recent experience with how we responded to Ukraine and the €90 billion loan is an example of how easily the EU gets stuck,” Pittoors said.
https://www.politico.eu/article/in-a-world-on-fire-is-europe-just-too-slow-to-make-decisions/
EUROPEAN DEFENSE: IS GERMANY “KRIEGSTÜCHTIG”?
The Economist (Pay Wall)
The kriegstüchtig question : Can the Germans fight?
In an interview with The Economist, Germany’s top general promises the Bundeswehr will be “war-ready”
https://www.economist.com/europe/2026/04/22/can-the-germans-fight
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Deutschlands Haltung zu Atomwaffen ist von Tabus geprägt, obwohl Deutsche entscheidend dazu beigetragen haben, dass Atombomben gebaut werden
Deutschland hat nie Atomwaffen gebaut. Aber es war an ihrer Verbreitung beteiligt. Der Politikwissenschafter Joachim Krause zeigt, wie sich die Deutschen aus dem nuklearen Zeitalter verabschiedet haben.

Nun sollen die Deutschen mitmachen. Emmanuel Macron hat sie eingeladen. Frankreichs Präsident möchte Deutschland zu einem «Schlüsselpartner» bei einer «fortgeschrittenen Abschreckung» machen: Offiziere der Bundeswehr sollen noch dieses Jahr an Übungen der französischen Atomstreitkräfte teilnehmen und strategische Einrichtungen besuchen. Im Gegenzug erwartet Paris von Berlin eine engere Zusammenarbeit bei Frühwarnung, Luftverteidigung und Langstrecken-Präzisionswaffen.
Zwar wurde bereits eine nukleare deutsch-französische Steuerungsgruppe eingesetzt. Über die Überschreitung der Schwelle zum Atomwaffeneinsatz soll aber weiterhin allein Frankreichs Präsident entscheiden, wenn auch unter Berücksichtigung der Interessen der Verbündeten. Eine nukleare Teilhabe nach amerikanischem Muster will die französische Regierung der deutschen nicht anbieten. Eine Sicherheitsgarantie «im strikten Wortsinn» soll es auch nicht geben.
Brauchen die Deutschen also eine eigene Bombe? Die Frage ist fast so alt wie die Bundesrepublik selbst. Sie kam bereits im Zuge der westdeutschen Wiederbewaffnung nach dem Zweiten Weltkrieg auf. Joachim Krause hat sich ihrer angenommen. Der «Geschichte von Angst, Ambivalenz und Verantwortung», wie er sie im Titel seines Buches nennt. Der ehemalige Direktor des Instituts für Sicherheitspolitik an der Universität Kiel macht dabei «zwei ziemlich dauerhafte Tabus» aus.
Konsens der Mächte
Das eine Tabu besteht in seinen Augen darin, dass es für viele Jahrzehnte einen weitgehenden internationalen Konsens darüber gegeben habe, dass die Deutschen keine Atomwaffen besitzen sollten. Das oft als Atomwaffensperrvertrag – offiziell: Nuklearer Nichtverbreitungsvertrag – bezeichnete Übereinkommen sei in den 1960er Jahren hauptsächlich geschaffen worden, um zu verhindern, dass die Deutschen in den Besitz von Kernwaffen kämen. Darin seien sich während des Ost-West-Konflikts beide Seiten einig gewesen, als «unvermeidliche Konsequenz der unsäglichen Verbrechen», die die Deutschen im Naziregime begangen hatten.
Heute ist dieses Tabu in der Wahrnehmung von Krause international kaum mehr von Bedeutung. Dafür hätten sich die Deutschen selbst ein nukleares Tabu auferlegt. Wer für die Wiederaufnahme der zivilen Nutzung von Atomenergie sei, sehe sich digitalen und analogen Shitstorms ausgesetzt. Weder in den Parteien noch in der Bundesregierung möge man über atomare Abschreckung reden.
Dahinter erkennt Krause die «traumatische Erfahrung» der 1970er und 1980er Jahre, als das Thema Atomwaffen Anlass zu populistischen Angstkampagnen gab. Die Bundesregierungen hätten sich schwergetan, Ruhe in die Diskussion zu bekommen. Gern werde in Deutschland über nukleare Abrüstung, Rüstungskontrolle und die Abschaffung von Kernwaffen räsoniert, als ob die Staaten, die tatsächlich Kernwaffen besitzen, auf einen solchen Rat gewartet hätten.
Reale Bedrohung
Demgegenüber stellt Krause fest: Kernwaffen sind seit 1945 eine Realität. Versuche, sie abzuschaffen, hat es immer wieder gegeben, aber sie sind ohne Erfolg geblieben. Was folgt daraus – nicht zuletzt für Deutschland? Zunächst hält Krause wohltuend eine nüchterne und realistische Auseinandersetzung mit der Atomwaffenfrage für unumgänglich.
Es geht ihm dabei nicht darum, für Deutschland Atomwaffen zu fordern. Und er möchte sein Buch auch nicht als Plädoyer dafür verstanden wissen, dass Deutschland der Welt demonstriere, wie vorteilhaft die Abrüstung sei. Das Erste hält er für keine realistische Option. Letzteres sei lange versucht worden und habe dazu geführt, dass man sich in Deutschland, mehr als fünfunddreissig Jahre nach der Wiedervereinigung, wieder einer atomaren Bedrohung ausgesetzt sehe, auf die man bis jetzt keine klare Antwort habe.
Krause bietet eine erhellende Darstellung der Paradoxien und Widersprüche in der atomaren Geschichte Deutschlands: Obwohl nie eine deutsche Regierung Kernwaffen besessen habe, waren es Deutsche – Otto Hahn und Lise Meitner –, die die Kernspaltung entdeckt haben. Und es waren deutsche und deutschsprachige Emigranten aus dem ehemaligen Habsburgerreich, die entscheidend dazu beitrugen, dass in den Vereinigten Staaten im Rahmen des sogenannten Manhattan-Projekts die ersten Atombomben entstanden.
Putins Drohung
In der Tat waren es auch deutsche Wissenschafter, die das sowjetische Atomwaffenprojekt nach dem Zweiten Weltkrieg massiv beschleunigten und dazu beitrugen, dass das nukleare Wettrüsten zwischen den USA und der Sowjetunion in Gang gesetzt wurde. Und es waren achtzig Millionen Deutsche, auch darauf weist Krause zu Recht hin, die unter diesem Wettrüsten gelitten hätten, denn das wahrscheinliche nukleare Schlachtfeld in den 1950er und 1960er Jahren sei das damals geteilte Deutschland gewesen.
Krause erinnert schliesslich auch an «vernünftige deutsche Staatsmänner», die mit Erfolg versucht hätten, aus dieser misslichen Lage herauszukommen. Aber daraufhin seien es wiederum Deutsche gewesen, die so lange gegen alles Atomare demonstriert hätten, bis die nukleare Bedrohung wieder zugenommen habe.
Auch dazu trugen wieder Deutsche bei, wie Krause bemerkt. Es war die Bundesregierung unter Helmut Schmidt, die 1975 mithalf, dass die Militärregierung Brasiliens ein Kernwaffenprogramm mit deutscher Technologie auflegen konnte. Nur der Sturz der Militärregierung einige Jahre später durchkreuzte die Pläne. Zudem waren deutsche Firmen am irakischen Kernwaffen- und Raketenprogramm unter Saddam Hussein beteiligt, wie Krause betont. Sie hätten den Pakistanern den Bau der ersten Uranbomben ermöglicht. Und über Pakistan seien deutsche Firmen auch mitverantwortlich für die Atomwaffenprogramme in Nordkorea und Iran.
Wie wird, wie soll diese facettenreiche Geschichte weitergehen? Angesichts von Wladimir Putins Drohung mit dem Einsatz von Kernwaffen und eines amerikanischen Präsidenten, bei dem nicht sicher sei, ob er seine Bündnisverpflichtungen genauso sieht wie die Deutschen, sei Deutschland heute, was die Abschreckung gegen Atomwaffen betreffe, in einer sehr schwierigen Situation, mahnt Krause. Dass man dieses Problem durch eigene Kernwaffen lösen könnte, hält er für naiv und unrealistisch. Doch zumindest mitmachen sollen die Deutschen ja nun – bei der «fortgeschrittenen Abschreckung» Frankreichs.
Joachim Krause: Die Deutschen und die Atombombe. Eine Geschichte von Angst, Ambivalenz und Verantwortung. Herder-Verlag, Freiburg im Breisgau 2026. 256 S., Fr. 32.90.
EUROPE: IMMIGRATION AND DEMOGRAPHY
L’Express
L’immigration peut-elle réchauffer l’hiver démographique européen ?
L’édito Érasme. En régularisant en masse les migrants, l’Espagne rame à contre-courant et irrite ses voisins. Mais elle pose une question clé pour l’avenir.

L’Union européenne, qui compte un peu plus de 450 millions d’habitants, entame son déclin démographique. La population combinée des 27 Etats membres va chuter à partir de 2029 au point qu’elle passera sous la barre des 400 millions à l’horizon 2100, soit un recul de près de 12 %, selon les dernières projections d’Eurostat. Après la menace militaire de la Russie, le rouleau compresseur commercial de la Chine, le divorce géopolitique de l’Amérique, voici venir le péril démographique, qui n’est pas un défi moindre que les autres pour le Vieux Continent.
Les cheveux blancs vont se multiplier. Le poids des plus de 80 ans va passer de 6 % à 16 % de la population totale de l’Union d’ici la fin du siècle, selon l’office statistique européen. Dans le même temps, le nombre de personnes en âge de travailler va fondre comme neige au soleil. Elles sont aujourd’hui 3 pour chaque habitant de plus de 65 ans. Elles ne seront plus que 1,5 en 2100. En conséquence, les finances publiques et les systèmes de retraite vont être soumis à des tensions inouïes. Les coûts de santé vont grimper en flèche. Des secteurs vont manquer de main-d’oeuvre. Il deviendra encore plus difficile de soutenir la croissance économique. Les enfants se feront de plus en plus rares.
Et il ne faut pas se bercer d’illusions sur les possibilités de renverser la tendance : toutes les politiques publiques tentées ces dernières années dans l’espoir de relancer les naissances, en Europe comme ailleurs, ont montré leur faible efficacité. La fécondité ne se décrète pas. Elle continue à chuter, inexorablement.
L’Espagne passera devant l’Italie
Reste l’immigration : si elle était stoppée, comme le réclament nombre de forces politiques à travers l’Europe, ce n’est pas 53 millions d’habitants que l’Union perdrait, mais près de 200 millions! Selon les calculs d’Eurostat, les rares pays de l’UE dont la population, à rebours de la tendance générale, devrait enregistrer une progression d’ici 2100, le devront à un solde migratoire net positif sur le long terme. Ce sera notamment le cas de l’Espagne qui passera devant l’Italie pour devenir, derrière l’Allemagne et la France, le troisième pays le plus peuplé de l’Union d’ici la fin du siècle.
Car en matière d’immigration, Madrid rame à contre-courant de ses partenaires. Le président du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, a lancé le 16 avril un processus de régularisation massive des étrangers présents clandestinement sur le territoire national. Les autorités prévoient officiellement de délivrer environ un demi-million de titres de séjour dans les mois qui viennent, bien que le centre d’analyse de la police nationale table, de son côté, sur le double.
Pour Sanchez, dont le gouvernement, faute de majorité au Parlement, a pris la décision par décret, l’intérêt de l’opération est triple. Primo, la régularisation contribue à alimenter la croissance économique espagnole qui surperforme le reste de la zone euro depuis la réforme du marché du travail, avec relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans, entreprise par ses prédécesseurs de droite. Secundo, la régularisation permet au président du gouvernement de peaufiner son image d’opposant en chef à Donald Trump sur la scène internationale, tout comme le sommet mondial de dirigeants de gauche qu’il a présidé samedi 18 avril à Barcelone. Tertio, elle fait passer au second plan, à l’approche des élections de 2027, ses ennuis politiques internes dus aux scandales de corruption qui éclaboussent ses proches, jusqu’à son épouse.
La décision de l’Espagne a suscité réprobation et inquiétude dans plusieurs pays européens qui craignent un appel d’air, au moment où ils s’efforcent de réduire les arrivées illégales. Il n’empêche, et même si Pedro Sanchez la pose de la pire des manières, la question mériterait, au regard des réalités démographiques qui viennent, d’être débattue avec sérieux. Mais c’est peut-être trop demander au moment où l’immigration est devenue, dans toute l’Europe, le sujet de controverse le plus toxique et le plus polarisant qui soit.
EUROPE AND ITS VALUES
Atlantico, Interview
Philippe d’Iribarne : La liberté de conscience fait-elle (encore) partie des valeurs de l’Europe ?
La récente décision de la CJUE invalidant une loi hongroise sur l’éducation des mineurs relance un débat de fond : l’Europe défend-elle encore la liberté de conscience ou impose-t-elle désormais une conception normative des droits et des valeurs ? Entre protection des individus et respect de la souveraineté des États, la frontière semble de plus en plus floue, au risque d’alimenter l’idée d’un pouvoir européen prescripteur, voire contraignant, face aux modèles de société divergents.

Atlantico : La CJUE invoque la “liberté” et la “dignité” pour invalider une loi votée par le Parlement hongrois sur l’éducation des mineurs. On semble passer d’une liberté classique (liberté de conscience, pluralisme) à une liberté individuelle que l’État est sommé de promouvoir activement. Assistons-nous à l’émergence d’une liberté européenne obligatoire qui ne tolère plus les visions conservatrices ou traditionnelles de la transmission ?
Philippe d’Iribarne : Il est frappant de voir que la Cour ne s’intéresse pas aux conséquences concrètes de la propagande en faveur des transitions de genre et des sexualités alternatives. Rien n’est dit, au premier chef, des mineurs, victimes de cette propagande, qui entreprennent des transitions de genre et qui, ensuite, le regrettent amèrement. Je pense, par exemple, à une étude de grande ampleur réalisée en Finlande sur le sujet. On est dans un registre de fondamentalisme moral, avec une sacralisation de « droits » considérés de manière théorique, en faisant abstraction des conditions de leur exercice. Rien n’est dit du rôle des lobbys qui promeuvent les transitions de genre, pour des raisons à la fois idéologiques et pécuniaires. Cela rappelle ce qu’a été longtemps, aux Etats-Unis, la sacralisation de la liberté formelle de contracter entre un employeur et un salarié, en faisant abstraction du déséquilibre des pouvoirs de négociation rendant cette « liberté » illusoire. Les visions « conservatrices » ont un aspect protecteur, face aux illusions que la Cour ne veut pas reconnaître. Les termes « discrimination » et « stigmatisation » qu’elle emploie constituent des mots magiques qui offrent un cadre de pensée permettant d’occulter la réalité.
Bruxelles impose sa vision des Droits de la personne. Mais n’est-ce pas le propre de la liberté que de permettre à des nations de choisir des modèles de société différents ? Que vous inspire le fait que la Hongrie se voit interdire d’avoir une vision conservatrice de l’éducation ?
Philippe d’Iribarne : Il y a effectivement une dimension totalitaire dans l’Union européenne, avec une emprise sur la vie des sociétés et des personnes qui, au nom de « valeurs », prétend régenter la totalité de l’existence. Il s’agit d’opposer à la morale traditionnelle une nouvelle morale, construite sur des règles simples à fort contenu idéologique. Il n’est pas question d’admettre que « le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ». Bien sûr, c’est le bien de l’humanité qui est mis en avant, comme cela l’a été pour le communisme, avec conséquences concrètes que l’on sait.
Qu’est-ce que cela nous dit de la conception européenne de la liberté ? Est-on en train de voir naître un droit européen qui ne protège plus l’individu contre le pouvoir, mais qui utilise le pouvoir pour rééduquer les sociétés récalcitrantes ?
Philippe d’Iribarne :Effectivement l’idée de rééduquer paraît centrale, comme dans tout totalitarisme. Théoriquement, il s’agit de protéger l’individu contre le pouvoir de l’Etat hongrois. Mais est en fait en jeu la concurrence entre le pouvoir de chaque Etat et celui de l’Union européenne. Celle-ci met en avant une vision idéologique de la société pour briser la volonté d’autonomie des Etats qui la composent.
La décision de la CJUE tombe une semaine après la défaite électorale de Viktor Orbán. Alors que le recours a été déposé par la Commission en décembre 2022 et que le dossier était juridiquement “mûr” depuis longtemps, ce verdict en avril 2026 interroge sur la stratégie de la Cour. Frappant un dirigeant déjà évincé après dix ans de dénonciations sans effet concret, la CJUE ne semble plus chercher à infléchir une politique, mais à opérer un solde de tout compte : sanctuariser juridiquement la défaite d’Orbán et contraindre son successeur à un nettoyage législatif immédiat. Est-ce le signe que la Cour n’est plus un arbitre neutre des libertés, mais un acteur politique qui attend que l’adversaire soit à terre pour graver dans le marbre juridique une victoire idéologique ?
Philippe d’Iribarne : Bien sûr, la Cour est un acteur politique, qui travaille à imposer une vision de la société et qui la défend sans doute de manière d’autant plus radicale que cette vision est de plus en plus rejetée au sein des peuples européens. On est dans un conflit majeur entre la souveraineté du peuple et la mise en tutelle de celui-ci par une sorte de théocratie laïque inspirée par la religion séculière des droits de l’homme. Cette théocratie est sur la défensive, comme l’a été l’Eglise catholique à l’époque du Syllabus, et se radicalise de la même façon en faisant ce qu’elle peut pour verrouiller ce qu’elle a obtenu.
FRENCH POLITICS AND PUBLIC DEBT
Le Point
Nuances : Déficit public : l’illusion d’une embellie
Si le déficit de l’État affiche une baisse en 2025, le rapport de la Cour des comptes publié ce mercredi montre une amélioration en trompe-l’œil.

Annonce d’un plan de six milliards d’euros d’économies . Puis de l’extension des aides aux gros rouleurs. La journée du mardi 21 avril était symptomatique de l’ambivalence du gouvernement sur le front des finances publiques. Au lendemain des annonces de l’exécutif pour faire face au coût de la guerre au Moyen-Orient, la publication par la Cour des comptes du rapport sur le budget de l’État (et non sur les finances publiques dans leur intégralité) en 2025, ce mercredi 22 avril, vient nous rappeler encore la fragilité de la situation française, et l’urgence de redresser la barre, même en cette année chahutée par la situation géopolitique et la flambée du prix du carburant.
Du côté des bonnes nouvelles, les Sages de la rue Cambon saluent la baisse du déficit de l’État à 124,2 milliards d’euros. Une amélioration de 31,7 milliards par rapport à 2024. Mais cette décrue est en trompe-l’oeil : elle provient avant tout d’une forte hausse des impôts (+ 14,4 milliards d’euros), supportés pour l’essentiel par les entreprises, les plus aisés et les consommateurs d’électricité .
Les dépenses ont certes été contenues (en recul de 2,2 milliards d’euros). Toutefois, ce coup de frein n’a pas été obtenu grâce à des réformes structurelles mais par une forte réduction des crédits -; 12,7 milliards ont ainsi été annulés en cours d’exercice.
« La réduction du déficit bénéficie de la fin de l’amortissement budgétaire de la dette Covid et de mesures de transfert de ressources affectées (1 % logement) » , ajoute Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour des comptes, qui remplaçait Amélie de Montchalin, la première présidente et ancienne ministre du Budget , qui avait évidemment décidé de se déporter sur ce sujet.
Une réduction insuffisante
« La réduction du déficit est donc fragile dans la mesure où elle repose pour moitié sur des hausses d’impôts importantes, et pour le reste sur les opérations non pérennes précitées, des transferts entre administrations publiques -; neutres en comptabilité nationale -; et des économies peu documentées et en partie non structurelles » , notent les magistrats.
Cette réduction du déficit n’a également pas été suffisante pour freiner la progression de la dette de l’État (2 737 milliards d’euros). Notamment à cause de l’envolée des taux (3,35 % en moyenne sur l’année), qui ont alourdi la charge de la dette (51,6 milliards d’euros). « On a jamais tant emprunté sur les marchés financiers », alerte Carine Camby. Pour rappel, pour l’ensemble des finances publiques, la dette dépasse 3 460 milliards d’euros, car il faut ajouter à celle de l’État les administrations de Sécurité sociale et les collectivités locales.
Et pour les années à venir ? La Cour n’est guère optimiste… Notamment car les dépenses de l’État sont devenues de plus en plus « rigides » : 79,6 % d’entre elles ne peuvent être remises en cause que par des réformes (dépenses de personnel, restes à payer sur ce qui a déjà été engagé, engagements pluriannuels comme les lois de programmation sectorielles, etc.).
Le rabot, l’arme préférée de nos gouvernants, ne suffira bientôt plus pour réduire le déficit… « Les marges de manoeuvre se réduisent d’années en années » , prévient Carine Camby. Pour faire face à notre situation budgétaire précaire, la Cour préconise notamment de poursuivre l’évaluation des dépenses fiscales pour supprimer les plus coûteuses et les moins efficaces. Celles-ci sont en effet toujours en augmentation. Les Sages recommandent également de mieux suivre le tendanciel des dépenses.
Parallèlement à la publication de ce rapport, le Haut conseil des finances publiques (HCFP), l’organisme de conseil budgétaire indépendant placé auprès de la Cour des comptes, dans un avis publié également aujourd’hui, souligne que nous avons tout juste respecté la trajectoire sur laquelle nous sommes engagés, en grande partie, encore une fois, grâce aux prélèvements obligatoires et à la sortie du bouclier tarifaire.
Des marges de manoeuvre réduites
Les dépenses restent dynamiques surtout à cause de la sphère sociale, de la charge de la dette et du budget de la Défense. Le déficit structurel de l’ensemble des finances publiques demeure élevé, à -; 4,9 % du produit intérieur brut, pour un déficit total de 5,1 %, et beaucoup plus élevé que la cible prévue dans la loi de programmation des finances publiques.
Dans un autre avis, le HCFP s’est penché sur l’avenir. Les prévisions macroéconomiques pour cette année (environ 0,9 % de croissance et un coût du conflit au Moyen-Orient de 4 milliards pour les finances publiques) lui semblent cohérentes avec le scénario d’une normalisation de la situation du prix du baril au second semestre. Mais l’objectif de 5 % de déficit risque d’être difficile à atteindre.
Le Haut Conseil estime que plusieurs conditions devront être réunies pour tenir la prévision, car les marges de manoeuvre n’existent pas : la mise en oeuvre effective de mesures d’économies à hauteur des 6 milliards d’euros annoncés sur les administrations centrales et de sécurité sociale (que le HCFP n’a pas pu expertiser, faute d’informations en temps et en heure) ; la confirmation d’un nouveau ralentissement des dépenses locales ; l’absence de mesures discrétionnaires non financées en réponse à la crise.
« Le choc inflationniste n’a pas créé de cagnotte budgétaire », souligne par ailleurs Carine Camby, et « le déficit reste beaucoup trop élevé pour permettre une stabilisation de la dette publique » . En clair, l’équation budgétaire française reste entière dans cette année préélectorale, laissant présager un nouveau psychodrame budgétaire à l’automne, et le retour à des comptes publics assainis reste encore un scénario abstrait…
https://www.lepoint.fr/economie/deficit-public-lillusion-dune-embellie-WCG36QTY2FD6NGDHMNCMVRVREU
FRENCH POLITICS: THE SOCIALISTS ARE TURNING LEFT
Le Point
« Un dégradé du NFP » : le PS d’Olivier Faure acte sa gauchisation
Le projet dévoilé mercredi par le PS entérine un net virage à gauche et marque un nouvel éloignement de sa tradition sociale-démocrate. Une ligne qui continue de diviser le parti.

« Olivier Faure ne travaille pas. » Combien de fois le Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) a-t-il entendu cette phrase, répétée en boucle par ses camarades ? Les reproches de paresse intellectuelle pleuvent ; on l’accuse en interne de privilégier la tactique au fond.
Avec la publication, ce mercredi, d’un projet de 144 pages contenant 600 propositions, Olivier Faure espère enfin faire taire ces critiques. Las, ses opposants étrillent déjà « une liste à la Prévert sans vision » et un « fourre-tout ». « C’est surréaliste de présenter un budget sans chiffrage ! » , fulmine un élu.
« Une démarche occupationnelle »
Chargée de la coordination du programme, l’eurodéputée Chloé Ridel défend « un texte charpenté » à « l’ambition radicale », « un récit politique autour de la liberté » à même de refonder le socialisme. « J’y vois une démarche occupationnelle pour montrer que le PS n’est pas à l’arrêt » , griffe l’ancien patron du PS Jean-Christophe Cambadélis . « C’est plus un dégradé du programme du NFP qu’une rupture avec ce dernier » .
Si le projet doit encore être amendé et soumis au vote des militants, il entérine le virage à gauche opéré par le parti depuis 2018, amputé de son aile sociale-démocrate favorable à la politique de l’offre et ralliée à l’économie de marché. « Le PS ne propose rien sur les retraites, rien de sérieux sur la question des déficits et des salaires. Ils donnent des signes pour empêcher Jean-Luc Mélenchon de dire qu’ils sont passés du côté de Macron » , soupire un anti-fauriste.
Au fil des pages, le concept de social-démocratie est mis à distance. « ll doit être dépassé », peut-on lire. Les enjeux liés au déficit , au coût de notre modèle social et à la compétitivité des entreprises sont éclipsés au profit d’une grille de lecture keynésienne : relance par l’investissement, taxe Zucman… On y décèle l’empreinte idéologique de Liêm Hoang-Ngoc, un défenseur de la première gauche passé par La France insoumise (LFI) avant de revenir au PS pour occuper le poste de secrétaire national à l’économie.
« Nos mesures fiscales apportent des recettes », assure Chloé Ridel, sans chiffrages précis. On trouve aussi la hausse du smic à 1 690 euros, des dépenses supplémentaires (« des chèques-soleil » pour favoriser les panneaux solaires, un revenu d’autonomie pour les jeunes dès 18 ans, les repas Crous à un euro…). « La mesure sur les repas étudiants est inutile ! Ce n’est pas une vision ! » déplore l’économiste Xavier Timbeau, auditionné par le PS lors de la phase de construction du projet. « Ça n’a aucun sens ! Avant, c’était à un euro pour les boursiers et 3,50 euros pour les autres. »
À rebours de la gauche scandinave
Les socialistes tournent le dos à la retraite à 60 ans, « objectif commun »visé par l e programme du NFP , qu’ils avaient signé. Hors micro, beaucoup jugeaient cette mesure « irréaliste ». Ils optent maintenant pour un retour aux 62 ans, une durée de cotisation de 43 annuités et un départ anticipé pour les métiers pénibles. Le système par répartition est donc préservé. « La démographie n’est pas un défi insurmontable pour sa pérennité » , peut-on lire dans le document. Pas un mot sur le fait qu’on comptera, d’ici 2070, 1,76 cotisants pour un retraité selon les prévisions du Conseil d’orientation des retraites, contre 4 pour 1 en 1960. Rien non plus sur le poids des retraites dans la dépense publique au détriment des investissements pour la recherche, l’éducation, la justice…
Quant aux questions de sécurité et d’immigration, le PS continue de s’inscrire à rebours de la gauche scandinave , partisane d’un durcissement des politiques. La copie du parti à la rose préfère insister sur la régularisation des travailleurs sans papiers. L’immigration illégale et l’exécution des OQTF ne sont pas évoquées.
Pourtant, une enquête BVA datée de 2023 soulignait que 80 % des Français sont favorables à une plus grande fermeté sur les OQTF et les immigrés délinquants, dont 69 % des sympathisants socialistes. « Il faut arrêter de fabriquer de faux irréguliers pour se donner les moyens d’exécuter les OQTF qui sont justifiées pour ceux qui font peser un danger sur la sécurité » , précise Chloé Ridel.
Son inspiration est moins nordique qu’hispanique ; elle cite ainsi Pedro Sánchez et sa politique de régularisation comme un modèle. Elle assume l’emploi récurrent du terme «» dans le programme. Une notion critiquée par plusieurs socialistes comme Laurence Rossignol et Jérôme Guedj au nom du droit au blasphème.
Le tout est noyé sous des reprises de promesses non tenues de François Hollande (limiter les écarts de salaires de 1 à 20 dans les entreprises, introduction d’un récépissé de contrôle d’identité), et des mesures parfois plus surprenantes : création d’un « véritable service public du beau et du calme dans chaque territoire » , « une semaine de classe verte » pour tous les enfants ou encore un appel à « sauver la nuit » de la « pollution lumineuse » aux contours encore nébuleux.
« Démarchandisation »
« La présidentielle ne va pas se jouer sur une liste de mesures », s’alarme un parlementaire. « À quoi va servir ce projet si on ne tranche pas la ligne stratégique ? Ce projet va s’inscrire dans quel cadre, dans quel périmètre ? » Pour l’instant, Olivier Faure refuse de trancher le mode de désignation du candidat socialiste et espère attirer les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en repositionnant son parti à gauche. « Celui qui cible le mieux l’électeur médian de la gauche, c’est Olivier Faure » , veut croire Liêm Hoang-Ngoc. « Si on s’en tient à la droite du PS et au centre gauche, on ne passe pas le second tour » .
D’autres estiment que le PS ne doit pas oublier le centre et regarder du côté des électeurs de gauche qui ont voté pour Emmanuel Macron, aujourd’hui déboussolés par sa droitisation. « Il y a un espace au centre gauche pour la présidentielle, mais qui peut l’incarner ? Au PS, ils se sont radicalisés, ils parlent de démarchandisation ! » observe un conseiller à l’Élysée.
« Le PS reste sensible aux manifestations de la gauche militante. Mais la gauche militante est avec Jean-Luc Mélenchon, ils n’auront jamais cet électorat. Ce qui est en jachère, ce sont les déçus du macronisme » , développe Jean-Christophe Cambadélis. Pas sûr que l’électorat de centre gauche soutienne un tel programme. De quoi faire les affaires de Raphaël Glucksmann.
FRENCH POLITICS AND IDEOLOGY
Atlantico
Quand « le camp du bien » installe un mal-être généralisé
Face à la montée des clivages idéologiques, une partie des Français exprime un ras-le-bol grandissant. Cette polarisation alimente un malaise croissant et détourne l’attention des enjeux économiques, sociaux et industriels majeurs.

Les Français se révoltent aujourd’hui contre des accusations permanentes, implicites, portées sur tous les sujets ; tout un chacun est, selon les cas, accusé d’être un facho, un raciste, un nazi, d’extrême-droite, dès qu’il a le malheur d’exprimer un avis non politiquement correct mais de bon sens.
L’idéologie partisane est devenue un tribunal de tout et pour tous. Non, « il n’y a pas de couleurs de peau »… mais plus de publicité sans figurants de toutes les couleurs. Ces accusations partisanes croissantes rendent les Français fous, des Français pourtant « normaux », plutôt tolérants, mais qui deviennent eux-mêmes haineux puisqu’ils sont visés à chaque instant dans leur vie quotidienne, dans leur façon de s’alimenter, de s’habiller, de consommer, de se déplacer trop ou mal, de manquer de bienveillance envers leurs enfants, de ce fait de plus en plus mal-élevés ou non élevés…
Tant et si bien que le « camp du bien » fait beaucoup de mal et fait évoluer vers des votes dits d’extrême droite ou d’extrême gauche qui elle n’a d’extrême que sa haine généralisée et son racisme. Les médias eux marquent clairement leur ligne éditoriale et la commercialise. Ils se permettent sans vergogne de classer ceux dont ils parlent, les chefs d’entreprise étant évidemment les premiers visés par le camp du bien fiscal, du bien salarial, du bien judiciaire, etc. Votre boucher est d’extrême droite s’il trouve qu’il y a de plus en plus d’immigrés dans le quartier et qu’ils ne veulent que de la viande halal ! Les malheureux immigrés eux-mêmes sont mis à toutes les sauces, sans distinction de leur statut : légal, illégal, clandestin, sous OQTF, travailleur, aimant la France ou bien d’autres islamistes dans l’âme… Peu importe « ils profitent de l’hôpital des Français » après « avoir mangé le pain, des français » : ils sont les premières victimes de nos errances !
Tout part à vau-l’eau.
Les choses s’enveniment à l’approche d’une élection politique fondamentale. Il faut recevoir les candidats, on est tranquille puisque LFI et l’extrême gauche ne se rendent à aucune invitation et les écologistes rarement. Le MEDEF se met donc légitimement à recevoir les candidats d’extrême droite, tardivement. On a accusé le Mouvement ETHIC d’être d’extrême droite car dès le début, dans un souci pédagogique, ils ont reçu tous les partis politiques sans exception : de Fabien Roussel à Emmanuel Grégoire (dernier en date), en passant par François Ruffin, mais effectivement Marine Le Pen et Jordan Bardella…
Comment garder une structure morale dont le terme lui-même a disparu : on est dans le camp du bien ou on ne l’est pas. Le dernier exemple en date illustre à sa façon une culture française, qui se doit d’être plutôt à gauche. Quoi que l’on pense du limogeage d’un grand dirigeant de l’édition, quelles qu’en soient les bonnes ou mauvaises raisons et l’aspect sympathique de la mobilisation des auteurs, cette querelle culturelle fait partie de notre ADN, et elle est comme le reste en train de virer à la récupération. On brandit le phénomène économique, car celui qui est visé dans sa réputation et son management est Vincent Bolloré, la bête noire préférée de la gauche. Qu’il ait eu tort ou non est une chose mais c’est maintenant le salaire du président de Grasset qui va faire les gorges chaudes. Le conflit germanopratin symbolise une gauche intellectuelle bien-pensante face à un despotisme patronal bien connu ! Tous les secteurs sont accusés d’une façon ou d’une autre.
Il faut arrêter de pousser les Français dans des camps irréconciliables où l’on étouffe la liberté de penser et de s’exprimer. On arrive à choisir sa chaîne de TV ou de radio selon son opinion de l’instant sur tel fait divers, et si l’on en vient à ne plus zapper on finit par penser comme la chaîne, dont l’objectivité est le cadet des soucis. Le journalisme y perd son crédit dans le monde entier, que ce soit aux États-Unis, en France, ou ailleurs.
Occupons-nous de ramener la force à son niveau d’excellence. Souveraineté industrielle, alimentaire, innovation, scolaire. Pourquoi tous ces domaines, qui faisaient l’exception française il y a quelques années, s’écroulent-ils ?
On dilue de fausses priorités dans une idéologie contre-productive. Une nouvelle forme contemporaine de lavage de cerveau qui doit nous inquiéter.
Par Sophie de Menthon
REFORMING HIGHER EDUCATION
The New York Times, Guest Essay
Yale Has Come Up With a Surefire Way to Make a Terrible Situation Worse
By Michael S. Roth, the president of Wesleyan University and the author of “The Student: A Short History” and “Safe Enough Spaces: A Pragmatist’s Approach to Inclusion, Free Speech and Political Correctness on College Campuses.”

Yale University’s report on how to restore public confidence in America’s colleges and universities is full of smart and sensible recommendations. That’s not surprising when one sees the smart and sensible faculty who wrote it, led by the scholars Beverly Gage and Julia Adams. Among the suggestions: Reinforce the academic core of the university; don’t allow classes to be dominated by open laptops or other devices; do more to ensure that people do not self-censor; respect the ideals of free speech and academic freedom; “be human.” Although the committee doesn’t go so far as to say that nepotism in admissions should be eliminated (it asks only that it be reduced), it does suggest that Yale try to make its educational offerings free for a larger percentage of the population. Who would disagree?
It’s the recommendation to shrink the mission of the university that caught my eye. The committee claims that in 2016, “departing from its traditional emphasis on the creation and dissemination of knowledge, Yale expanded its mission statement to include ‘improving the world today,’ educating ‘aspiring leaders worldwide,’ and fostering ‘an ethical, interdependent and diverse community.’”
That is incorrect. It is true that Yale shifted its mission statement a bit in 2016, but the underlying ideal of cultivating people who would, as the language now says, “lead and serve in every sphere of human activity” had long been among the university’s goals. In fact, that cultivation has long been among the goals of many universities in the United States, adopted as these institutions sought secular replacements for their founding denominational creeds. Leaders of colleges and universities thought they had a duty to defend the freedoms that allowed higher education to thrive. My own school’s founding documents, written in 1831, spoke of furthering the “good of the individual educated and the good of the world.” We still cite that today when we speak of our mission to produce graduates who will use their educations to make a positive difference.
This is what the Yale committee wants to trim. “These are all worthy goals. But they are not what makes a university a university,” its authors opine. “At a moment when higher education is being buffeted from all sides, it is imperative to understand what we are here for and what universities do best. That requires clarity, not diffusion, of purpose.”
Amid the Trump administration’s ongoing attack on higher education, the message is clear: Don’t worry, it says, we are staying in our narrow lane. That’s not a mission; it’s a defense strategy. And the retreat from public purpose will not enhance trust; it will further erode it. A lack of public engagement and an air of cloistered privilege are a big part of why so many people now view universities with suspicion. Retreating further behind the gates will make a bad situation much worse.
Not all American colleges are viewed with distrust — community colleges, for example, still enjoy high levels of confidence, as do regional public institutions. The problem is with the attention-grabbing elite institutions. As the Yale report notes, they are far from blameless.
These institutions too often seem to offer lessons in condescension. Their faculty and students can appear to be better at moral posturing than at listening effectively to those with whom they disagree. Their campus cultures can breed premature and intolerant consensus, causing people to censor themselves for fear of being called out as having the wrong ideals. The need for more intellectual diversity in higher education is clear, except to those who believe that their exclusive club possesses a purity that other members of our society haven’t yet attained.
Most Americans understand that these elite schools give many wealthy people more opportunities to become even wealthier. They understand that the most popular career choices for Ivy League graduates tend to be consulting and finance and tech. Trust in finance is even lower than it is in higher education. Why should people trust the sector’s feeder schools? And why should they trust their admissions policies, with their opaque pricing structures and their pride in exclusivity?
Yale is one of the very few, very wealthy institutions that can admit applicants regardless of their ability to pay. Starting this fall, the university will charge no tuition at all to students whose families fall outside the richest 10 percent of the population. That’s an impressive step, one I wish my own institution could take. But the whole competitive admissions system at Yale and most other highly selective institutions — including my own — still favors applicants whose families could afford to expose them to private high schools, private tutoring and expensive résumé-expanding extracurricular activities, and who weren’t obligated to balance their calculus homework with the demands of an after-school job. As the committee notes, Yale admits fewer than 5 percent of its applicants. Unspoken is that probably three-quarters of them are qualified to attend and even get A’s, the average grade at the university.
The Yale committee calls for relying more on objective admissions standards such as standardized tests. The problem there is that those tests are anything but objective; the more colleges rely on them, the more the uncredited work of expensive tutors or test prep classes can distort the profile of the incoming class.
Expanding opportunities for affordable, high-quality academic experiences can make things better. That’s why recruiting a diverse class of students, with talented young people from areas of the country often underrepresented on elite campuses, is so important. The Trump administration’s war on D.E.I. makes this dangerous work, and so we should celebrate programs that bring college-level classes to underserved communities, such as those sponsored by Bard College and by the National Education Opportunity Network.
This cautious committee does call on the university to do more public programming, opening its gates even further to the communities around it. It also joins the national chorus for more programs in “dialogue across difference,” and I think it should be applauded for advocating civics instruction for all undergraduates. But these are small steps.
One can well imagine why a university committee might want to avoid provoking the ire of the Trump administration, which has hit higher education with more than a billion dollars of fines and has threatened schools whose campuses don’t seem to line up with its priorities.
But the ideals the Trump administration has been punishing are prerequisites for higher education to flourish — independent thought, a commitment to truth even when it’s inconvenient and a focus on the creation of truly democratic citizens. Endangering these ideals endangers the whole operation. Yale and other elite universities should find the courage to say so.
ISLAMISM
Le Figaro, Book Review
Héloïse Heuls : « Sur internet, les islamistes ont réussi à rendre le djihad “cool” et à vulgariser son vocabulaire »
«Cyberdjihad», d’Héloïse Heuls, Cerf, 288 p., 21,90 €. Éditions du Cerf
ENTRETIEN – Fruit de dix années d’enquête sur le terrain, la docteur en sociologie publie Cyberdjihad, un livre fouillé dans lequel elle révèle comment les islamistes se sont déployés sur internet pour propager leur idéologie, jusqu’à créer une sorte de califat numérique « à la française ».
En 2022, Héloïse Heuls a soutenu à l’École normale supérieure (ENS) une thèse de doctorat sur l’utilisation des technologies numériques par les groupes armés djihadistes. Chercheuse associée au Cnam au sein de l’ESDR3C (équipe sécurité et défense), elle publie « Cyberdjihad. Le grand recrutement », préfacé par Gilles Kepel (Éditions du Cerf).

LE FIGARO. – En France, la toile djihadiste a longtemps eu un étendard : le site web Ansar al-Haqq. De quoi s’agit-il concrètement ? Quel a été son rôle dans la création d’un cyber-califat « à la française » ?
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HÉLOÏSE HEULS. – Ansar al-Haqq (les partisans de la vérité) est l’émanation la plus reconnue au niveau francophone. Il s’agissait d’un forum où se rassemblaient tous ceux qui partageaient la même vision. Dès le départ, on n’y parlait pas uniquement de combat armé. Le djihad y était présenté à la fois comme une propagande à relayer, mais aussi comme un véritable mode de vie. On y partageait les « bons plans » religieux, les moyens d’organiser des « hijras » temporaires, ces voyages dans des zones considérées comme pieuses pour se ressourcer intellectuellement, avant de rentrer en France pour travailler et financer le suivant. Le site permettait aussi de nouer des liens durables, de créer des alliances et même des mariages entre personnes issues de villes différentes, qui ne se croisaient autrefois que lors de séminaires physiques. Ansar al-Haqq a constitué la première grande vision émergente du djihad numérique « à la française ». Il a créé ce que l’on peut qualifier de fait social total : un espace où les individus restaient connectés, maintenaient le contact et pouvaient agir de concert.
À sa tête se trouvait une femme, française, qui avait mis en place un système de contrôle mutuel. Une hiérarchie claire s’était instaurée, renforcée par la surveillance des uns et des autres. On y traquait les espions et les journalistes – souvent mis dans le même sac –, on distinguait ceux qui étaient sincèrement dans l’idéologie de ceux qui n’étaient là que par curiosité. Dès le début, des pressions s’exerçaient sur les profils les plus indéterminés pour les faire adhérer pleinement à l’idéologie djihadiste. Cette adhésion se matérialise par le fait de donner des gages à la communauté : des prises de risque narratives, sur les réseaux sociaux par exemple, ou en faisant des rencontres physiques avec les membres de ladite communauté.
La djihadosphère crée une proximité fictive entre propagandiste, figures d’autorités et militants, dites-vous. In fine, certains djihadistes adhèrent à des idées radicales autant par idéologie que par volonté de trouver une communauté ?
Il faut analyser ce phénomène comme on analyserait n’importe quel cercle militant : au sommet, le grand chef ; en dessous, les affidés aux motivations très diverses. Parmi eux, certains sont profondément convaincus et reprochent souvent au chef de ne pas être assez violent. D’autres sont là pour des raisons essentiellement sociales : ils y trouvent un groupe d’amis et un sentiment d’appartenance.
Ce groupe d’amitié peut avoir une importance considérable dans la construction identitaire de certains individus. Pour le conserver, certains sont prêts à franchir le pas et à passer à l’action ou à commettre des infractions. C’est un aspect plus psychologique, mais qui joue un rôle essentiel dans la pérennité de ces structures.
En 2014, la création d’un bureau des médias de Raqqa, dirigé par des cadres irakiens et syriens, a marqué une étape décisive dans la diffusion du djihadisme en Occident. Y a-t-il eu une volonté de créer une sorte de service public du djihadisme ? Quelle a été son influence ?
Les organisations djihadistes ont toujours voulu maîtriser le cyberespace. Pourquoi ? Parce qu’elles évoluent en marge de la société et que, pour exister médiatiquement, elles doivent investir les zones marginales. Internet en est une par excellence. Elles s’y engouffrent pour propager leur message.
Avec le développement des réseaux sociaux, elles ont trouvé un moyen supplémentaire d’impacter les médias traditionnels. L’exemple le plus frappant reste Twitter, devenu X. Dès 2011, des groupes combattants créaient des comptes et suivaient systématiquement des journalistes de médias traditionnels ou des experts en djihadologie, dans un seul but : communiquer et se faire reprendre par ces personnes.
Au-delà de leurs actions sur le terrain, motivées par l’idéologie, ils cherchaient à toucher la société civile. La grande force de l’État islamique – qui s’est beaucoup inspiré d’al-Qaida, mais avec une structure étatique qu’al-Qaida n’a jamais eue – a été de créer une véritable organisation de communication, très hiérarchisée et contrôlée.
On a même vu une sorte de boîte de production au service du califat. Un émir validait chaque message, recrutait les « casques » (les communicateurs), fixait les lignes éditoriales. Cette machine a inspiré tous les satellites du mouvement.
Le numérique est souvent un bouc émissaire bien commode, car il permet de détourner le regard des causes réelles. Il est facile de dire : « De toute façon, c’est de la faute d’internet. »
Héloïse Heuls
Le résultat est aujourd’hui tangible : l’État islamique a réussi à vulgariser un vocabulaire entier du djihad. Des termes comme « kuffar », « taqiya » ou « kunya », inconnus du grand public il y a encore quinze ou vingt ans, sont désormais identifiés par la société civile française. Le califat n’a duré que quelques années, mais sa plus grande victoire est d’avoir imposé ses concepts et ses mots d’ordre dans le débat public.
Cela va si loin que le terme « taqiya » est aujourd’hui utilisé par les services d’enquête, et même repris dans certains tribunaux pour qualifier un comportement. Un mot issu du corpus djihadiste est ainsi entré dans le vocabulaire judiciaire et médiatique.
Vous évoquez une bascule, avec le passage des contenus classiques (vidéos de décapitation) à une « culture de terreur » plus moderne et ludique sur TikTok ou Instagram. Cette stratégie a-t-elle permis de toucher un public plus jeune ?
Cette façon de rendre cool le djihad existait à l’époque de l’État islamique. Mais elle a été peu analysée. Elle se matérialisait par des tentatives avec des détournements de photos, la diffusion de hashtags humoristiques avant des mises à mort, des vidéos où l’on remplace la tête des prisonniers par des figurines de mangas, etc.
Pour reprendre l’analogie avec les cercles militants, ce n’est pas parce qu’on n’a pas lu Le Capital de Marx qu’on est un mauvais marxiste. Dans un parti politique, il y a ceux qui pensent et il y a ceux qui agissent. Les premiers ne sont pas forcément des ayatollahs du texte. Le cyberdjihad a permis de créer une base militante, active, d’où naissent les djihadistes de demain les plus engagés, les plus virulents. Jean-François Ricard, qui a participé à la création du Parquet national antiterroriste en 2019, raconte dans le livre Antiterrorisme, qu’il signe avec Gilles Kepel, s’être retrouvé face à la « filière des Buttes-Chaumont », une filière djihadiste à Paris qui avait pour but d’organiser l’envoi de combattants en Irak au tout début des années 2000. Lors de cette rencontre, il s’est rendu compte que ses membres, comme les frères Kouachi, Boubakeur El Hakim ou Peter Cherif, ne connaissaient pas la doctrine, n’étaient pas les plus entraînés et s’habillaient comme n’importe quel jeune de leur époque. Or l’un d’eux a rejoint Aqpa, un autre a pensé les attaques du 13 Novembre et d’autres attaques en Europe, les troisièmes sont les auteurs de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo.
La « coolisation » du djihad a donc toujours été un terreau pour attirer cette base militante active. Il ne faut pas oublier que le djihadisme est aussi une affaire générationnelle. Aujourd’hui, il existe des influenceurs de mode, ou de cuisine, comme il existe des influenceurs djihadistes, avec leur business. Je prends l’exemple, dans ce livre, d’une femme qui vend des burqas pour les enfants et donne des (faux) conseils médicaux, avec une logique séparatiste. Elle réussit à en vivre et à fédérer une communauté. Elle ne tiendra jamais des propos directs et violents comme « Tuons les mécréants, tuons les kouffars », mais elle va chercher à formater ses followers pour les emmener progressivement vers cette idée.
Vous dénoncez l’idée reçue d’une radicalisation « instantanée ou purement algorithmique ». Quel est vraiment le rôle des algorithmes des grandes plateformes dans l’endoctrinement ?
Le numérique est souvent un bouc émissaire bien commode, car il permet de détourner le regard des causes réelles. Il est facile de dire : « De toute façon, c’est de la faute d’internet. » Or il faut aussi analyser en profondeur ce qui, dans le fond de notre société, pousse certains individus à se tourner vers ces offres de haine. On ne naît pas antisémite, pas plus qu’on ne naît djihadiste. Pourtant, des enfants de 14, 15 ou 16 ans, nés en France et à qui l’on a enseigné l’histoire de ce pays, basculent dans ces idéologies. Ce basculement ne s’explique pas sans un double sentiment : celui d’un abandon profond, suivi d’une colère qui est ensuite savamment travaillée par des acteurs de proximité. Il y a celui qui passe à l’acte et celui qui murmure à l’oreille de celui qui passe à l’acte. Nous nous attachons légitimement à entraver le premier. Mais c’est surtout le second qui devrait nous interroger. Car c’est lui qui prépare, qui nourrit et qui oriente la radicalisation.
À travers l’exemple des sœurs des Buttes-Chaumont, vous expliquez aussi que la toile a largement participé à l’essor d’un djihadisme au féminin. Comment l’EI a adapté son discours pour parler aux femmes ? Quel rôle ont-elles dans l’explosion du djihadisme dans les années 2010 ?
La femme est un militant comme les autres. La spécificité du djihadisme tient à la non-mixité qui le caractérise : les femmes ne peuvent pas tout faire aux côtés des hommes – se soigner avec eux, par exemple –, ce qui complique leur visibilité et leur rôle apparent. Pourtant, des femmes ont toujours été aux manettes. Deux figures emblématiques illustrent ce rôle central : Malika el-Aroud et Fatiha Mejjati. Malika el-Aroud, épouse successive de deux djihadistes – l’un impliqué dans l’assassinat d’Ahmed Chah Massoud, l’autre lié à Mohamed Merah –, était bien plus intelligente et déterminée que ses maris réunis. Elle créait des sites de propagande, organisait la collecte de fonds. Fatiha Mejjati, veuve du cofondateur du Groupe islamique combattant marocain, a su gérer avec son fils l’une des plus importantes madafa (maisons d’accueil) de Raqqa.
L’État islamique n’a pas créé le militantisme féminin : il l’a mis en images et il a rendu visible un phénomène qui existait en sous-main depuis des années.
Héloïse Heuls
Les femmes ont toujours été présentes dans les milieux djihadistes, parfois avec plus d’intelligence et de détermination que les hommes. Derrière chaque djihadiste, on trouve une mère, une sœur, une épouse. Les exemples abondent dans les audiences judiciaires. La force de l’État islamique a été de rendre visible ce rôle, plus que de l’inventer. Chez al-Qaida, les femmes étaient déjà actives en coulisses, même si la propagande les montrait peu. Dans la filière des Buttes-Chaumont, par exemple, les femmes se réunissaient déjà sur MSN Messenger pour discuter. Quand l’une envisageait de quitter le groupe, les autres la harcelaient, l’excluaient, brisaient sa personnalité pour la ramener à son statut de « femme de martyr ». La mère d’un djihadiste tenait sa communauté de filles d’une main de fer, presque comme une entremetteuse, en leur interdisant toute émancipation. Les femmes exercent ainsi un contrôle sur les hommes, les motivent avant le combat, leur rappellent leurs devoirs. Elles jouissent d’un « biais de genre » précieux : elles savent passer pour des personnes fragiles, ce qui leur permet d’échapper plus facilement aux soupçons. Même si la société et les services de l’État commencent à en prendre conscience, ce biais persiste. L’État islamique n’a pas créé le militantisme féminin : il l’a mis en images et il a rendu visible un phénomène qui existait en sous-main depuis des années.
Comment les djihadistes utilisent désormais l’intelligence artificielle pour leur propagande ?
L’une des forces du djihadisme, c’est d’avoir réussi à conserver les anciennes méthodes tout en en créant de nouvelles. On continue avec les outils traditionnels, mais on innove en permanence.
Un exemple récent l’illustre parfaitement. Le 12 février 2026, des groupes iraniens ont diffusé sur Telegram une vidéo générée par intelligence artificielle. On y voyait une image de Donald Trump lors de la tentative d’assassinat dont il avait réchappé en 2024, accompagnée d’un message en persan qui signifiait en substance : « La prochaine fois, on ne te ratera pas. » Cette vidéo, entièrement fabriquée par IA, a circulé massivement.
L’intelligence artificielle est un formidable outil pour créer des images et des contenus visuels. On le retrouve beaucoup chez les propagandistes de seconde zone – ceux qui reproduisent et adaptent des contenus existants. Dans mon livre, j’évoque ces « îlots » qui se sont formés sur internet. Lorsque l’État islamique est tombé, ses partisans ont massivement disséminé leur propagande, qui a ensuite été archivée dans de vastes bases de données. Ceux qui possèdent les liens peuvent ainsi récupérer ces archives et les transformer grâce à l’IA pour produire des contenus plus modernes. Il y a donc un usage de l’IA à des fins de marketing et de génération de textes. Toutefois, les grosses organisations et les penseurs qui portent un discours politique et religieux très cadré recourent moins facilement à ces nouveautés. Ils doivent rester cohérents avec le dogme. L’IA restera un outil utile pour la diffusion et la création de contenus, mais elle ne remplacera jamais la pensée de ces idéologues, souvent dotés d’une connaissance approfondie du dogme religieux et politique.
MOVIES AND ACTORS
The New York Times
To Play a Man With Tourette’s, He Swapped the Script for Real Life
Robert Aramayo immersed himself in John Davidson’s life to prepare for the movie “I Swear.” It earned Aramayo a BAFTA, but Davidson’s tics became the talking point.

When the 2026 BAFTA Award for best actor in a leading role was announced in February, the split screen displayed a starry lineup of nominees — Timothée Chalamet, Leonardo DiCaprio, Ethan Hawke, Michael B. Jordan, Jesse Plemons.
The winner, however, was not one of them but Robert Aramayo, a relatively unknown British actor in the upper-left corner. He’s Juilliard-trained, but his visible shock didn’t look like an act.
Aramayo won for his turn in the intimate, low-key biopic “I Swear,” in which he portrays John Davidson, a Scottish community activist with Tourette’s syndrome who has spent much of his adult life educating people about that neurodevelopmental disorder. Davidson was in the BAFTAs audience, and his uncontrollable Tourette’s outbursts were audible in the hall, including a racist slur he yelled when Jordan and Delroy Lindo were presenting an award.
The outbursts also went out on the BBC, and the fallout afterward — in which Black people, people with Tourette’s and others wrestled with Davidson’s words and how they were broadcast despite a two-hour delay — overshadowed the night’s results. At times, the ferocity of some reactions seemed to echo scenes in “I Swear,” where Davidson is chastised, and worse, for his verbal and physical tics.
The BBC recently acknowledged a breach of its editorial standards, and the dust is settling as “I Swear” prepares for a United States theatrical release on Friday. Now, we can focus on Aramayo’s surprise win — or wins, since he also picked up a BAFTA for rising star.
It all started with a gamble. The first time the film’s writer-director, Kirk Jones, saw Aramayo portray Davidson was when they began shooting “I Swear.”
Of course, the subject of a screen test had come up at the beginning of the casting process, but Aramayo had argued that, at that point, anything he did would be mere impersonation. “I was quite strong on not presenting something before it was the time to do it — because there was just so much I needed to learn,” he said in a recent interview at his apartment in Brooklyn. “John’s life is so complex — all of our lives are — so I wanted to take the time to just learn and gather information, and let that work on me.”
Jones wasn’t familiar with Aramayo’s two highest-profile roles — as Elrond on the series “The Lord of the Rings: The Rings of Power” and the young Ned Stark in “Game of Thrones” — but he did like the actor’s turn as a mysterious addict in the Netflix thriller “Behind Her Eyes.” It might be hindsight speaking, but he seems remarkably relaxed about his unusual move now. “I could have thought, well, he’s just trying to get out of auditioning,” Jones said, laughing, in a video interview. “But I didn’t feel that was the case.”
What could look like a flex on Aramayo’s part actually feels like a quiet confidence and boldness. You can see a similar pattern in how he ended up at Juilliard.
After getting involved in children’s theater — “I was that kid,” he said, “mimicking people and creating characters” — he decided to apply to acting school. Searching online for the best in the world, he applied to one that popped up near the top of the results: the prestigious Upper West Side school, though it is an ocean away and a world apart from his hometown of Hull, a largely working-class city in the Yorkshire region of northern England.
“There is a big cultural difference, I think, between the Brits and the Americans, and it was a big shock for me coming here,” Aramayo, now 33, said. “But it’s also a big difference between being from Yorkshire and coming to America. When I got here, a lot of people were like, ‘God, that’s such an interesting accent.’” He laughed. “They had no idea what Hull and Yorkshire are — and there is a joy in that.”
Aramayo flourished at Juilliard. “He was super-talented, but he was a real hard worker,” said one of his teachers there, Richard Feldman. “He worked on himself and on his instrument and being able to be flexible with his dialect, with his body, with his voice, with his imagination. There isn’t anywhere he wasn’t willing to go.”
In practical terms, this meant Canada, where Aramayo headed to work on the mini-series “Lewis and Clark” before he had even graduated. HBO ended up pulling the plug before completion, but the exotic, faraway lands of “Game of Thrones” and “The Rings of Power” beckoned.
Still, Aramayo appears grounded in practical and artistic ways. He still lives in New York, in a small five-story walk-up perched above a busy thoroughfare, and remains committed to getting to know the people he plays — in Davidson’s case, literally.
After persuading Jones to cast him in “I Swear” and before presenting his characterization to the cameras, Aramayo spent time with Davidson and in his town of Galashiels, Scotland. He met other people with Tourette’s, as well as their families. “The smallest thing could open the biggest door in terms of understanding a character,” Aramayo said. “Sometimes it can be accent or language, or whatever, anything with your body, with your medium.”
He so immersed himself in Davidson’s life and psyche that he could improvise his tics — which felt more honest than scripting them, since they are beyond Davidson’s control. (Through a spokeswoman, Davidson declined to be interviewed for this article.)
Jones singled out a moment when Aramayo came up with a particularly colorful verbal outburst that took his co-star Peter Mullan by surprise. “The next day we’re shooting another scene, and I told Rob, ‘I can guarantee you that that line from yesterday will be in the film,’” the director said. “And Rob could not remember saying it.”
Aramayo didn’t make a big deal of his technique, preferring to praise Jones’s flexibility and openness. “Kirk is a very collaborative director,” he said. “When it came to improvisation and stuff like that, we’d have the structure of the scene and Kirk would allow us to sort of dance around it.”
Aramayo appears very aware of his responsibilities: He wanted to do right by Davidson, by other people with Tourette’s, by Galashiels and, of course, by Jones, who trusted him.
“I really care about doing a good job and playing the character to the best of my ability,” Aramayo said. “That’s what I try and do with every character I play. I try my best, that’s what I do.”
https://www.nytimes.com/2026/04/20/movies/robert-aramayo-i-swear.html
HISTORY
Neue Zürcher Zeitung, Book Review
Wie ein Antifeminist aus Basel die Theorie des Matriarchats erfand
In der Steinzeit, als die Frauen das Sagen hatten, war die Welt noch gut und friedlich. Wirklich ? Für die Existenz eines Matriarchats gibt es keine Belege – obwohl manche heute sogar in DNA-Resten danach suchen.

Meist hört die Welt nicht auf die Wissenschaften, und wenn doch, dann im falschen Moment. Wie beim Matriarchat. Viele Leute glauben, dass die Frauen in der Urgeschichte das Sagen hatten – obschon sich fast alle Forscherinnen und Forscher der Prähistorischen Archäologie einig sind, dass es eine solche «Mütterregierung» nie gegeben hat. Erfunden worden aber ist das Matriarchat von Wissenschaftern. Der erste Matriarchatsforscher war ein Schweizer Rechtshistoriker. Er hiess Bachofen. Und war Antifeminist.
Das Matriarchat ist Wunschbild und angeblich verlorenes Paradies zugleich, das in immer neuen, meist von Frauen verfassten Büchern entworfen wird. Es dient als Alternative zur düsteren Gegenwart, als Ausweg in eine bessere Zukunft ohne männlichen Sexismus und ohne Klassenherrschaft, ohne Kapitalismus, Kriege und Naturzerstörung. Wie viel besser war es früher!
Die ersten Menschen sollen sich dadurch ausgezeichnet haben, dass sie nichtpatriarchal lebten: Die Frauen genossen eine herausgehobene Stellung, die Mütter schenkten den Nachkommen ihren Namen, und die Männer zogen zu den Frauen, nicht diese zu ihnen. Gewirtschaftet wurde nachhaltig. Und alle verehrten die Grosse Göttin und Muttergöttin. Noch war der strafende Vatergott nicht am Firmament erschienen und auch nicht der zürnende Familienvater auf der Türschwelle. Das Matriarchat kam an sein Ende, so die Vorstellung, als sich die zerstörerischen männlichen Prinzipien durchsetzten.
Dieses Geschichtsbild ist zu einfach. «Weder gibt es die eine Urgeschichte noch ein Matriarchat, das dem Patriarchat vorausgegangen wäre. Die Menschheit hat sich nicht in Stufen entwickelt, und sie ist vielfältig», sagt Katharina Rebay-Salisbury, Professorin für Urgeschichte des Menschen an der Universität Wien. «Die Community des Matriarchats malt sich die Vergangenheit so, wie sie sie gerne hätte. Aber wir dürfen uns nur auf das beziehen, was sich belegen lässt.» Auffallend ist, dass die Autorinnen, die über das Matriarchat schreiben, fast ausnahmslos nicht vom Fach sind. Sie sind Psychologinnen und Philosophinnen, Journalistinnen, Theologinnen oder auch Historikerinnen. Aber so gut wie nie Archäologinnen.
Ein Buch leistet Unerhörtes
Als matriarchale Epochen gelten den Matriarchatsverfechterinnen Paläolithikum und Neolithikum, also Altsteinzeit und Jungsteinzeit. Erstere begann vor knapp drei Millionen Jahren, letztere endete rund zweitausend Jahre vor Christus. Das ist eine ziemlich lange Zeit, in der ziemlich viel passierte. Wahrscheinlich. Denn für den allergrössten Teil dieser Zeit, bis ins vierte Jahrtausend vor Christus, gibt es keine schriftlichen Zeugnisse, sondern nur Siedlungsüberreste, Alltagsgegenstände, Schmuck, Tier- und Menschenknochen.
Von den Artefakten weiss man meist nicht, wozu sie hergestellt und wie sie benutzt wurden. Das heisst: Wer eine Aussage darüber macht, wie urgeschichtliche Gesellschaften organisiert waren, wie die Geschlechterverhältnisse aussahen, ob die Kategorie Geschlecht überhaupt relevant war, woran die Menschen glaubten, wie und ob sie Spiritualität gestalteten, die oder der bewegt sich auf dünnem Eis.
Wer den Begriff Matriarchat erfunden hat, ist unklar. Gebildet in Anlehnung an das viel ältere «Patriarchat», taucht er das erste Mal 1884 in einem Buchtitel auf: Der niederländische Rechtsethnologe George Alexander Wilken veröffentlicht sein Buch «Das Matriarchat (das Mutterrecht) bei den alten Arabern». Matriarchat heisst zwar wörtlich «Mütterherrschaft» und nicht «Mutterrecht», dieses verweist aber auf Johann Jakob Bachofens 1861 erschienene Studie «Das Mutterrecht. Eine Untersuchung über die Gynaikokratie der alten Welt nach ihrer religiösen und rechtlichen Natur».
Es ist dieses Buch, das am Anfang der Matriarchatsforschung steht. Es leistet für die Wissenschaft etwas Unerhörtes, indem es die Frauen ins Zentrum des Interesses rückt und ihnen die entscheidende geschichtliche Relevanz zuspricht. Dabei meint das «Recht» im Titel nicht kodifiziertes Recht im heutigen Sinn, sondern die legitime, akzeptierte Ordnung. Mit diesem Buch ruiniert Bachofen seinen akademischen Ruf.
Modell in drei Stufen
Der hochgelehrte und tiefreligiöse Basler Patrizier ist ein Gegner der Moderne, ihm sind Kapitalismus, Liberalismus und Demokratie ebenso ein Graus wie Industrialisierung und Verwissenschaftlichung. In seinem «Mutterrecht» entwirft er ein Gegenbild zur Gegenwart. Er schafft ein evolutionäres Geschichtsmodell, das auf der Abfolge verschiedener Entwicklungsstufen beruht, die allerdings nicht datierbar sind.
Sein Modell kennt drei Etappen: Zunächst lebt die Menschheit laut Bachofens Schema unter der Macht des «weiblich-stofflichen Prinzips». Weil Frauen gebären können und damit dem Leben nahe sind, erlangen sie im Kultischen die Dominanz über die physisch stärkeren Männer. In dieser urzeitlichen und vorrechtlichen Phase des «Hetärismus» herrschen Promiskuität und eine urtümliche Form von Demokratie und Kommunismus. Das Ganze ist ein Sündenpfuhl, die Väter von Kindern bleiben unbekannt.
Dann folgt die durch das Mutterrecht geprägte Phase der «Gynaikokratie», der Frauenherrschaft, erkämpft von den Amazonen. In den frühen Hochkulturen der Antike – im mythischen Griechenland wie in Teilen des Alten Orients – leben die Menschen gemäss Bachofens Modell in Städten, an der Macht sind die Frauen. Familie und Ehe entstehen. Weibliche Gottheiten dominieren, Demeter und Isis etwa.
Schliesslich übernehmen in der Antike die Männer das Regiment, das in der «römischen Paternität» und im Kaisertum den Gipfel erreicht. Vaterschaft, Patrilinearität und Monogamie setzen sich durch. Das Patriarchat ist ein Triumph des Geistes über die Materie. Das Gesetz und der Staat erblicken das Licht der Welt, begleitet von männlichen Göttern, von Zeus und Apollo.
Spekulation ist Programm
Bachofen konstruiert sein Modell, indem er eine Vielzahl unterschiedlicher Quellen deutet – nicht etwa rational-kritisch, sondern einfühlend und bestrebt, den «Sinn» einer Epoche freizulegen. Er studiert antike Autoren wie Herodot, Plutarch und Aischylos, also Texte von Philosophen, Historikern und Dramatikern, er interpretiert ägyptische und griechische Mythen und Kulte, aus denen er Schlüsse über die früheste Geschichte zieht, und als passionierter Museumsgänger setzt er sich auch mit archäologischen Funden auseinander: Grabreliefs, Vasen, Statuen und Münzen. In Bildern und symbolischen Motiven entdeckt er Hinweise auf die geschichtlichen Kulturstufen, bei seiner Arbeit ist ihm Spekulation Programm.
Für Bachofen ist die Gynaikokratie eine zweischneidige Sache. Das unterscheidet ihn von den Anhängerinnen der Matriarchatstheorie, die sich bis heute nur teilweise auf ihn, den Antifeministen, berufen. Für Bachofen haben Frauen in der Politik nichts verloren, sie gehören an den Herd. Und doch findet er in der femininen Urgeschichte, was ihm in der rationalistischen Gegenwart zu kurz kommt.
«Dasjenige Verhältnis, an welchem die Menschheit zuerst zur Gesittung emporwächst», schreibt er, «das der Entwicklung jeder Tugend, der Ausbildung jeder edlern Seite des Daseins zum Ausgangspunkt dient, ist der Zauber des Muttertums, der inmitten eines gewalterfüllten Lebens als das göttliche Prinzip der Liebe, der Einigung, des Friedens wirksam wird.» Das also hat die Gegenwart vom Matriarchat zu lernen.
Enormes Echo um 1900
Obschon sperrig geschrieben und wohl nur selten ganz gelesen, wird Bachofens «Mutterrecht» breit rezipiert. Lewis Henry Morgan, in den USA ein Mitbegründer der Ethnologie, findet bei den Irokesen, die er erforscht, ähnliche mutterrechtliche Verwandtschaftsformen wie im Buch von Bachofen. 1877 bestätigt der liberale Amerikaner den konservativen Basler in seinem Hauptwerk «Ancient Society, Or: Researches in the Lines of Human Progress From Savagery Through Barbarism to Civilisation».
Ein noch grösseres Echo erhält Bachofens Werk im aufkommenden Sozialismus. 1884 stützt sich der Kommunist Friedrich Engels in seinem Buch «Ursprung der Familie, des Privateigentums und des Staats» auf Morgan und auf Bachofen, um vorkapitalistische Produktionsweisen zu rekonstruieren. Die Vergangenheit weist den Weg in die bessere Zukunft.
Der weltabgewandte Bachofen hat den Nerv der Zeit getroffen. Um 1900 ist «Das Mutterrecht» eines der berühmtesten Bücher. Autoren wie Rainer Maria Rilke, Thomas Mann, Walter Benjamin und Sigmund Freud rezipieren Bachofen, aber auch bürgerliche Feministinnen, die das Frauenwahlrecht fordern, und antibürgerliche Lebensreformerinnen. Zur Popularität des Matriarchats tragen auch der Schweizer Psychiater C. G. Jung und seine vielen Schülerinnen bei. In Märchen, Sagen und Mythen sehen sie urmütterliche Archetypen aus der Urgeschichte am Werk.
Neue Statuetten tauchen auf
Ab den 1970er Jahren erfährt die These des Matriarchats mit der neuen Frauenbewegung international grossen Zuspruch, immer wieder mit einem ambivalenten Verweis auf Bachofen. Die Verfechterinnen des Konzepts wollen nicht mythologisch, sondern wissenschaftlich vorgehen. Sie stützen sich auf anthropologische Studien und Feldforschungen zu zeitgenössischen Ethnien in Indien, Afrika und Amerika sowie auf archäologische Objekte, die sie neu deuten oder die neu entdeckt wurden.
Bekanntheit erlangen besonders die Statuetten, die weibliche Wesen mit grossen Brüsten, deutlicher Vulva und rundem Bauch verkörpern. Männliche Wissenschafter, die vom Matriarchat nichts halten, taufen sie anzüglich «Venus», etwa die schon 1908 entdeckte «Venus von Willendorf», die rund 30000 Jahre alt ist.
Welche Funktion die Figürchen hatten, liegt im Dunkeln. Doch für die Vertreterinnen des Matriarchats besteht kein Zweifel, dass diese Frauen Fruchtbarkeit symbolisieren und auf die Muttergöttin oder Grosse Göttin verweisen.
Die Philosophin Heide Göttner-Abendroth, die behauptet, sie sei die «Begründerin der modernen Matriarchatsforschung» und habe diese «erstmals auf wissenschaftlichen Boden gestellt», entwirft in ihrem zwischen 1988 und 2000 publizierten Werk «Das Matriarchat» ein spekulatives Panorama urgeschichtlicher Frauenpräsenz. Damals sei die ganze Welt als göttlich wahrgenommen worden und der Kosmos als durchdrungen von weiblichen Kräften. Religiöse Dogmen habe es keine gegeben. Die Menschen hätten in einer egalitären, «regulierten Anarchie» gelebt.
Skepsis in der Archäologie
Die herausgehobene Stellung der Frauen leiten die Matriarchatstheoretikerinnen aus der weiblichen Biologie ab: Nur die Frauen können neues Leben hervorbringen. Ihre Gebärfähigkeit hat eine mythische, aber auch eine praktische Seite. Wie die Psychologin Carola Meier-Seethaler in ihrem 1988 publizierten Buch «Ursprünge und Befreiungen» schreibt, wussten die prähistorischen Menschen nicht, wie die Zeugung funktioniert. Da die Mütter ihre Babys nach der Geburt lange stillten und in dieser Zeit trotz Geschlechtsverkehr nicht schwanger wurden, sei man davon ausgegangen, die Frauen hätten das Leben aus sich selber heraus gezeugt, ohne Beihilfe der Männer. Umso grösser, so der Schluss der Autorinnen, war die Verehrung, die den Frauen zuteil wurde.
Nur eine Archäologin und ein Archäologe schliessen sich der Matriarchatstheorie an. Sie werden in den Matriarchatskreisen umso eifriger zitiert. Die litauische Prähistorikerin Marija Gimbutas entwirft um 1950 eine alternative «Archäomythologie». Demnach war das neolithische «Alteuropa» – damit bezeichnet sie frühgeschichtliche Kulturen in Mittel- und Südosteuropa – matriarchal geprägt. Verehrt worden sei die Grosse Göttin. Um dreitausend vor Christus hätten dann indogermanische Horden aus dem Osten, dem heutigen Russland, das Patriarchat importiert und die friedliche Mütterkultur beseitigt.
Und dann sorgt der englische Archäologe James Mellaart um 1960 mit Ausgrabungen in der jungsteinzeitlichen Siedlung Çatalhöyük in der Türkei für Furore. Die Menschen dort, folgert er aus Reliefs und Wandmalereien, hätten in mutterrechtlichen Verhältnissen gelebt und die dreigestaltige Grosse Göttin verehrt, welche die alte Frau, die Mutter und die Jungfrau in sich vereine.
In ihrem Fach stossen die beiden Wissenschafter auf Skepsis. Gimbutas’ Thesen gelten als unplausibel, von Mellaart ist inzwischen bekannt, dass er einige seiner Quellen selber hergestellt hat. Er malte riesige Vulven und Göttinnen mit voluminösen Hinterteilen, die er als seine Kopien von verschollenen Originalen ausgab.
Renaissance dank DNA
Um das Jahr 2000 scheint der Matriarchatsmythos seinen Höhepunkt überschritten zu haben. Das Interesse ebbt ab, ausser in der schrumpfenden Matriarchats-Community. Der Begriff des Matriarchats hat seine Novität verloren und einen angejahrten, auch etwas miefigen Beiklang erhalten.
Seit Bachofen und seinen Interpretationen sind zwar die archäologischen Frauenfiguren als Quellen dazugekommen, das Grundschema der Theorie ist aber seit bald hundertfünfzig Jahren das gleiche. Nur dass man nicht mehr von global-evolutionären Entwicklungsstufen ausgeht, sondern sich eher auf einzelne Räume konzentriert: Auf das lange dauernde und friedliche Matriarchat folgt irgendwann das imperiale Patriarchat, und zwar immer dort, wo sich gerade ein neuer Beleg anbietet. Bloss die letzte Stufe, die Rückkehr des Paradieses, will sich immer noch nicht einstellen.
Neuerdings jedoch erlebt der Matriarchatsmythos eine Renaissance, ohne dass noch vom Matriarchat die Rede wäre. Seine Verfechterinnen sprechen nun von Matrilinearität und Matrilokalität. Mit Ersterer meinen sie, dass Mütter ihren Namen und ihren Besitz an die Töchter weitergeben, Letztere bedeutet, dass die Männer zu den Frauen ziehen. Die Autorinnen stützen sich auf die naturwissenschaftlichen Methoden, die in der Archäologie Einzug gehalten haben, besonders auf DNA-Analysen.
Wie das Magazin Science kürzlich berichtete, analysierten Forscherinnen und Forscher im türkischen Çatalhöyük die DNA von Skeletten. Sie wiesen nach, dass viele nebeneinander Bestattete über die mütterliche Linie miteinander verwandt sind. Daraus schliessen sie auf Matrilokaliät. Doch das ist umstritten.
«Die Aussagekraft der DNA-Analysen ist begrenzt. Genetische Verwandtschaft ist ein Hinweis, aber noch lange kein Beweis für ein matrilineares Verwandtschaftssystem und für Matrilokalität», sagt Brigitte Röder, Professorin für Ur- und Frühgeschichtliche Archäologie an der Universität Basel. Die Befunde zeigten nur, dass ein Grossteil der unter dem gleichen Haus Bestatteten in der mütterlichen Linie miteinander verwandt gewesen seien. Dass die Männer zu den Frauen zogen und diese das Sagen hatten, gehe daraus nicht hervor: «Man kann nicht eins zu eins von genetischen Strukturen auf kulturelle schliessen.»
Das Bild wird komplexer
Mittels DNA-Analysen soll nun auch die umstrittene Marija Gimbutas rehabilitiert werden. Die schwedische Wissenschaftsjournalistin Karin Bojs etwa schreibt in ihrem Buch «Mütter Europas. Die letzten 43 000 Jahre», dass genetische Untersuchungen die These der Prähistorikerin bestätigten: Die Migration der mit Streitäxten bewehrten Horden aus den osteuropäischen Steppen habe sehr wohl stattgefunden. Die eindringenden Patriarchen hätten das Matriarchat zerstört.
Für die Archäologin Brigitte Röder ist diese Argumentation zweifelhaft. «Zunächst lagen zu wenige DNA-Analysen vor, als dass man daraus eine Masseneinwanderung hätte ableiten können. Jetzt kommen zwar mehr Analysen dazu, sie machen aber das Bild komplexer.» Von einer Migrationswelle könne keine Rede sein. «Einige Wissenschafter setzen genetische Muster mit ethnischen Gruppen gleich und weisen diesen sogar eine bestimmte Sprache zu, obwohl keinerlei Schriftquellen vorliegen», sagt Röder.
Das Problem bleibt seit Bachofen das gleiche: Weder kann man aus Einzelbefunden weltgeschichtliche Phasen und Stadien ableiten noch von genetischen Analysen auf matriarchatsähnliche Kulturen oder gar auf das Matriarchat schliessen. Wissenschafterinnen und Wissenschafter können lediglich versuchen, für eng umrissene Gemeinschaften das jeweilige Verhältnis der Geschlechter zu bestimmen. Aber was für die griechische Antike, für das Mittelalter oder für die Schweiz im 20. Jahrhundert möglich ist, wird für die schriftlose Urgeschichte schwierig bleiben, Venus und DNA hin oder her. Die Theorie des Matriarchats ficht das nicht an. Sie lebt weiter als Wunschtraum und gesellschaftspolitisches Gegenprojekt.
