III.9. Essays & Books

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Frankfurter Allgemeine Zeitung, January 19        

Legende des Go-Spiels: Chinas Umzingelungsspiel

Er war ein Symbol für Chinas Aufstieg zur Großmacht: Zum Tod des Go-Meisters Nie Weiping und seiner geopolitischen Bedeutung.

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Es waren ein paar Tage im November 1985, die dem Go-Spieler Nie Weiping einen festen Platz in der großen Erzählung des chinesischen Wiederaufstiegs ­sicherten. Damals besiegte er völlig überraschend im Finale eines chinesisch-japanischen Mannschaftswettkampfs hintereinander die drei besten japanischen Spieler – und markierte damit das Ende der jahrhundertelangen Vorherrschaft Japans in diesem ursprünglich vor 2500 Jahren in China entstandenen Spiel, die Rückkehr Chinas zu seiner früheren Überlegenheit auch auf diesem Gebiet.

Als Nie Weiping am vergangenen Mittwoch im Alter vor 73 Jahren in Peking starb, würdigten die chinesischen Medien diese Tage als einen epochalen Moment, und die Zeitschrift „Caixin“ erinnerte an einen Ausspruch von Marschall Chen Yi, dem Bürgerkriegsveteranen und späteren Vizepremier der Volksrepublik China: „Wenn die Nation aufsteigt, blüht auch das Go-Spiel. Wenn sich die Nation im Niedergang befindet, verkümmert auch das Go-Spiel.“

Der Oberbefehlshaber der Volksbefreiungsarmee war ein Go-Spieler

Dass diesem Spiel eine solche geopolitische Bedeutung beigemessen wird, erklärt sich aus seiner engen Verknüpfung mit der Kulturgeschichte des Landes. Weiqi, wie das „Umzingelungsspiel“ in der Umschrift der chinesischen Zeichen heißt, war in konfuzianischen Kreisen zwar zunächst nicht beliebt, wurde aber später in den Kanon der für einen kultivierten Menschen maßgeblichen „Vier Künste“ aufgenommen (neben der chinesischen Kalligraphie, der chinesischen Tuschemalerei und dem Spielen der Qin, der chinesischen Zither). Darüber hinaus galt es als Inbegriff strategischen Denkens, dessen Komplexität diejenige des Schachspiels um ein Vielfaches übersteigt: Auf einem am Anfang leeren, neunzehn mal neunzehn Kreuzungspunkte großen Brett versucht jeder der beiden Spieler mit den eigenen Steinen größere Gebiete einzukreisen als der Gegner. Chen Yi soll als Oberbefehls­haber der Volksbefreiungsarmee im Bürgerkrieg daher immer ein Go-Brett mit sich geführt haben.

Als der dreizehnjährige Nie Weiping ihn 1964 schlug, machte Chen ihm die patriotische Bedeutung der Sache klar: „Weiqi ist ein chinesisches Spiel, aber es ist von den Japanern entführt worden. China hat jetzt Nuklearwaffen, aber keinen Weiqi-Spieler der höchsten Rangstufe, also 9 Dan. Wenn du ein Meister wirst, wirst du Mao Tse-tung treffen.“ Das habe ihn damals sehr motiviert, schrieb Nie später in seiner Autobiographie.

Nie spielte wegen eines Herzfehlers mit Sauersstoffgerät

Doch erstmal kam die Kulturrevolution dazwischen, in der Go als „alte kulturelle Praxis“ verboten und Nie wie Millionen anderer Schüler aufs Land verschickt wurde. Erst nach 1973 konnte er seine Weiqi-Studien wieder aufnehmen, die ihm dann 1982 tatsächlich zum Erwerb des neunten Dan-Rangs verhalfen. Die Dramatik des historischen Wettkampfs mit Japan wurde 1985 noch dadurch erhöht, dass Nie wegen eines angeborenen Herzfehlers während der Partien zeitweise mit Sauerstoffflaschen versorgt werden musste, was ihn aber nicht davon abhielt, ansonsten tüchtig zu rauchen. Das strenge körperliche Fitness-Regiment, dem sich heutige Profispieler unterwerfen, war ihm noch unbekannt.

Nach der entscheidenden Partie, die sieben Stunden lang dauerte, feierten die Massen den Sieg auf dem Tiananmen-Platz, zumal da der Triumph mit der Weltmeisterschaft des chinesischen Frauen-Volleyballteams zusammenfiel. 1988 verlieh der Sportverband Nie den Titel eines Go-Weisen, „Qi Sheng“ (worauf sein Bridge-Partner Deng Xiaoping ihm gesagt haben soll, es sei nicht einfach, als Weiser zu leben, besser sei es, ein gewöhnlicher Mensch zu sein).

Wie es der Zufall will, war Nie auch noch ein Klassenkamerad von Xi Jinping. Die Hongkonger Zeitung „The Standard“ behauptet, von Xi sei in einem frühen Stadium seiner Karriere verlangt worden, Go zu lernen, um sein strategisches Denken zu schulen, und Nie habe ihm Unterricht gegeben. Nach seiner aktiven Profi-Zeit wurde Nie Weiping Namensgeber und Chef einer Go-Akademie und später wurde er ein scharfzüngiger Go-Kommentator im Fernsehen. Der Sieg über Japan führte zu einer allgemeinen Go-Begeisterung im Land, das Spiel wurde systematisch gefördert, und nachdem jahrelang Südkorea führend war, dominieren mittlerweile die Profispieler aus der Volksrepublik die Weltrangliste, auch wenn an deren Spitze seit 2019 der Südkoreaner Shin Jinseo steht. Seit 2016 müssen sich allerdings auch die besten Spieler aller Nationen der selbst­lernenden Künstlichen Intelligenz geschlagen geben. Was dies für die Geopolitik bedeutet, ist noch nicht ausgemacht.

https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/was-der-tod-des-go-meisters-nie-weiping-bedeutet-accg-110821659.html


Le Point, January 17          

Abnousse Shalmani : « Le jour approche où je pourrai danser avec mon cousin homosexuel au cœur de Téhéran »

Chassée d’Iran à l’âge de 8 ans, l’écrivain* et éditorialiste au « Point » retrouve l’espoir. Bouleversant.

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Ce matin, je me suis réveillée dans un drôle d’état. Mi-angoissée, mi-exaltée. Les tripes dans un drôle d’état. Et naturellement, comme ça, sans réfléchir, j’ai eu envie, besoin d’entendre l’hymne national iranien. Le vrai. « Ey Iran ». L’hymne d’avant les mollahs, d’avant la révolution islamique, d’avant 1979, d’avant la mollahrchie – d’ailleurs, j’ignore quel est l’hymne actuel. Je l’ai mis à fond et si je ne maîtrisais plus les paroles, tout est revenu d’un coup. Comme un vent printanier.

Et j’ai revu les cerisiers en fleur de Téhéran qui annoncent la nouvelle année, le Nowruz (« nouveau jour », jour de l’équinoxe de printemps), et j’ai senti le goût de la cerise, et je n’ai jamais autant maudit les mollahs, et je n’ai jamais autant cru à leur fin. Tic-tac, tic-tac, la mollahrchie est au bout de son temps. Tic-tac, tic-tac, la Perse compte les secondes qui la séparent de la rupture avec l’Iran. Tic-tac, tic-tac, abracadabra, plus de turbans !

Peut-être que ce n’est que de la pensée magique, peut-être que tous les exilés iraniens se sont réveillés comme moi et ont mis à fond « Ey Iran », qu’aussi fiévreux que moi ils ont chanté : « Ô Iran, ô terre des gemmes précieuses, / Ô ton sol est la fontaine des arts. / Que le mal soit loin de toi,/Que ton règne dure pour toujours. / Ô ennemi, si tu es de pierre, je suis de fer ; / Je sacrifierai ma vie pour ma noble patrie ! / À la poursuite de ton amour, / Je suis lié à toi pour toujours. / Pour ta cause, quand nos vies auront-elles une valeur ? / Que nos terres d’Iran soient éternelles. »

Qu’ils ont crié dans leur salon : « Mort au dictateur ! », « Ni Gaza, ni Hezbollah, je donne ma vie pour l’Iran ! », « Nous sommes tous les petits-enfants de Cyrus le Grand ! » Qu’ils ont ri, un peu fous, un peu gamins, puis qu’ils se sont précipités sur leur téléphone, sur les fils d’actualité, qu’ils ont passé des coups de fil pour demander : « On en est où ? Il se passe quoi ? On est bon ? Ça y est ? » Qu’ils ne savaient plus où ils habitaient et qu’ils ont entonné de nouveau, encore plus fort, « Ey Iran ».

Et pourquoi aujourd’hui davantage qu’hier ? Aujourd’hui plus qu’en 2022 et 2023 après l’assassinat de Mahsa Amini pour ce foutu voile mal porté et les manifestations monstres, qui ont suivi ? Aujourd’hui plus qu’en 2017 lorsque, pour la première fois, des manifestations éclatent à Mechhed, deuxième ville d’Iran, ville religieuse qui plus est, contre la hausse des prix et le chômage – déjà.

Les protestations se sont propagées à des dizaines de villes, dont Téhéran, Ispahan, Ahwaz, Qom – la ville sainte et universitaire, celle d’où sortent diplômés les mollahs de tout poil –, Recht et Zahedan, le tout accompagné de slogans révolutionnaires : « Mort au dictateur ! » – déjà –, « Nous ne voulons pas de République islamique ! » – déjà –, « Les gens sont pauvres, tandis que les mollahs vivent comme des dieux » – toujours.

C’est la première grande contestation de l’ère post-2009 ciblant explicitement la mollahrchie, et non plus seulement les élections contestées, la première manifestation depuis 1979 où cela ne se jouait pas entre réformateurs et conservateurs.

Ce premier mouvement de grève et de manifestation d’ampleur a touché toutes les catégories sociales : des agriculteurs, des retraités, des enseignants, des cheminots et des étudiants. Ce n’est pas rien : les grèves révélaient alors une capacité d’organisation autonome des travailleurs iraniens et ce, malgré l’interdiction des syndicats indépendants.

Elles préfigurent la puissance de la mobilisation sectorielle qui éclatera en 2025. En quelques heures, les manifestations touchent une centaine de villes dans tout le pays. Le régime impose un black-out d’Internet – le plus long jamais enregistré dans un grand pays. Outre les slogans déjà cités, c’est la première fois qu’on entend dans les rues d’Iran : « Ni Gaza, ni Hezbollah, je donne ma vie pour l’Iran ! »

Les raisons d’y croire

Est-ce parce qu’aujourd’hui cela part du Bazar de Téhéran ? Tout se fomente et tout se délie dans le ventre du Bazar. Le Bazar pro-mollah qui avait précipité la chute du chah, en 1979, le Bazar qui, en se retournant contre la mollahrchie, donne son plus beau sens à l’ironie historique.

Est-ce parce qu’aujourd’hui l’économie iranienne traverse la crise la plus profonde de son histoire moderne ? Les indicateurs économiques révèlent l’ampleur du désastre : inflation des prix alimentaires qui dépasse les 72 %, effondrement du rial, des millions d’Iraniens qui souffrent de la faim, une grande partie du territoire qui n’a accès que ponctuellement à l’eau et à l’électricité.

Est-ce parce qu’aujourd’hui le coup de grâce – l’arrestation spectaculaire de Nicolas Maduro – constitue un événement géopolitique majeur aux répercussions directes pour la mollahrchie ?

La chute de Maduro, c’est l’assèchement des caisses noires de la mollahrchie.

Abnousse Shalmani

La mollahrchie et le Venezuela entretiennent une alliance multidimensionnelle qui s’est intensifiée sous la présidence de Hugo Chavez et approfondie sous Maduro. Un accord d’une durée de vingt ans a été signé en juin 2022 couvrant l’énergie, le commerce et l’industrie pour un volume commercial de 3 milliards de dollars.

Ça, c’est la partie visible de l’iceberg, le gros morceau de la collaboration mollahrchie-Venezuela, c’est la présence profonde du Hezbollah au Venezuela non seulement pour blanchir de l’argent sale, mais aussi pour collaborer au narcotrafic avec le Cartel de los Soles lié aux généraux vénézuéliens pour financer les saloperies du Hezbollah et du Hamas au Moyen-Orient. La chute de Maduro, c’est l’assèchement des caisses noires de la mollahrchie.

Peut-être que c’est tout ça. Mais peut-être que c’est surtout parce que ça part des tripes. Des tripes d’exilés.

Abnousse Shalmani

Peut-être que c’est tout ça. Mais peut-être que c’est surtout parce que ça part des tripes. Des tripes d’exilés. Pensée magique encore. Un instinct d’exilé, si vous préférez. Parce que, après avoir ri, dansé et chanté « Ey Iran », et lancé les slogans contre les barbus et les corbeaux, nous avons tous pleuré. Parce que l’Iran ne nous sera jamais rendu. Parce que c’est fini pour nous, pour moi.

Parce que si je n’ai jamais douté de retourner sur la terre qui m’a vue naître, quand les mollahs n’y seront plus, je sais qu’après quarante ans de séparation je ne suis qu’une Française née à Téhéran.

« Ce que je sais »

Je sais que je reverrai la maison de mon enfance et que les nouveaux propriétaires compatissants me laisseront passer ma main sur la rambarde de l’escalier, m’éterniser devant la cheminée où je pouvais tenir debout, me réfugier au fond du jardin avec un carnet pour écrire, comme avant, comme dans l’enfance paradisiaque, des histoires que je racontais le soir à la famille réunie sur la terrasse qui domine le jardin de Téhéran où on buvait de la vodka au sirop de griotte.

Et je sais aussi que les mollahs ont mis un coup d’arrêt à mon enfance, qu’ils m’ont jetée dehors, qu’ils m’ont coupée de ma langue, de ma culture, des robes qui virevoltaient, des cheveux qui se déployaient, des chansons que chantaient Googoosh, Sima Bina et Fereydoun Farrokhzad et qu’il est devenu impossible après de les écouter sans pleurer.

Couper le cordon ombilical

Je sais que je ne pardonnerai jamais aux mollahs d’avoir brisé la Perse pour en faire une artificielle République islamique. Et peut-être parce que tout exilé sait tout ça, qu’il est relié aux mollahs par un cordon ombilical, qui charrie le départ pour une terre inconnue et adoptée, qui a nourri une autre naissance ailleurs. Peut-être qu’on sent quand ce cordon est rompu, parce qu’il nous libère d’un coup, parce que le retour − même illusoire, même ponctuel – devient un retour possible.

Je sens que je pourrai enfin poser ma main sur la tombe de mon grand-père adoré mort là-bas en 1996. Je sens que je pourrai marcher pieds nus sur le bord de la Caspienne, dont je suis originaire, je sais que je pourrai danser avec mon cousin homosexuel au cœur de Téhéran qui aura vite oublié les quarante-sept ans de tyrannie religieuse, et je sais qu’il n’aura plus jamais peur d’être arrêté et je sais qu’il criera : « Je suis gay, et je vous emmerde ! » Et qu’autour de nous l’Iran applaudira.

Je sais que je pourrai prendre le vol Téhéran – Tel-Aviv, comme avant, et que je croiserai de nouveau des Israéliens à Persépolis et que Persans et Israéliens fêteront les lumières ensemble comme toujours. Je sais qu’avec la chute de la mollahrchie l’islam chiite ne sera plus une religion d’État, je sais que le zoroastrisme jamais disparu, toujours pratiqué, par le Nouvel An, par la nuit du Destin, par la fête du Feu, depuis trois mille ans, je sais que le zoroastrisme et Le Livre des rois, de Ferdowsi, reprendront leur place dans le seul panthéon persan qui vaille et effaceront la poignée d’années de rien du tout d’islamisme.

Je sais que l’Iran va retrouver la Perse. Je le sens.

Abnousse Shalmani

Je sais que l’Iran va retrouver la Perse. Je le sens. Je le sens parce que Hafez, le poète qui lit l’avenir, ne ment jamais, lui, contrairement aux mollahs, et qu’il m’a parlé : « Le jour du départ, la nuit de la séparation de l’Aimé ont pris fin ! / J’en avais pris l’augure, l’étoile fut favorable, tout cela a pris fin ! / Toute cette coquetterie et ce prélassement où l’automne se complaisait, / Finalement dans les pas du vent printanier ont pris fin. / Au matin de l’espoir, qui s’était retiré sous le voile du mystère, / dis de sortir, car l’œuvre de la nuit sombre a pris fin ! »

*Dernier ouvrage paru : « Laïcité, j’écris ton nom » (L’Observatoire, 2024).

https://www.lepoint.fr/monde/le-jour-approche-ou-je-pourrai-danser-avec-mon-cousin-homosexuel-au-coeur-de-teheran-Z63KN7ZMAVFHVPKY632JEML2RE/


The Wall Street Journal, January 16           

Black America Needs a Moral Rejuvenation

Stop whining about racism, honor Martin Luther King’s legacy, and confront the enemy within.

Small Excerpt

Black America must declare a one-year moratorium on whining about racism. Not because racism has disappeared, and not to soothe the sensitivities of white America—but because grievance has become a shield protecting predators within our own communities. Accusations of racism are routinely weaponized to silence accountability, excuse corruption and reward moral cowardice.

Martin Luther King Jr. warned us against this temptation. In his final book, he wrote, “It is not a sign of weakness, but a sign of high maturity, to rise to the level of self-criticism.” If we truly honor his legacy, we must do what too many leaders refuse to do: confront the enemy within. (…)

Quick Summary:

The article argues that Black America should reclaim moral responsibility by confronting internal violence, corruption and leadership failures rather than defaulting to racial grievance. Invoking the legacy of Martin Luther King Jr., Robert L. Woodson Sr. contends that self-criticism, moral discipline and community accountability—not victimhood—are essential for renewal and genuine empowerment.

https://www.wsj.com/opinion/black-america-needs-a-moral-rejuvenation-1af5df01?mod=opinion_lead_pos7


Neue Zürcher Zeitung, January 16        

Die Rede vom «US-Imperialismus» ist plötzlich zurück. Das sagt mehr über Deutschland aus als über die USA

Seit Trumps Intervention in Venezuela sprechen deutsche Medien vom «amerikanischen Imperialismus». Das greift zu kurz.

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Wer die deutsche Berichterstattung seit der Gefangennahme des venezolanischen Diktators Nicolás Maduro durch die Vereinigten Staaten verfolgt hat, wird erstaunt feststellen: Die Rede vom US-Imperialismus ist mit voller Wucht zurück.

Plötzlich klingen «Spiegel», «Süddeutsche», «Handelsblatt» und «Zeit» wie die marxistische «Junge Welt». Diese als Zentralorgan der DDR-Jugendorganisation gegründete Zeitung tischte ihren wenigen Restlesern frohlockend eine neue Variation dessen auf, was sie seit je propagiert: Trumps Intervention in Caracas sei «Hyperimperialismus im Hyperantrieb» gewesen, was auch immer das heissen mag.

Üblicherweise wird Imperialismus als die historische Periode bis zum Ersten Weltkrieg verstanden, die sich dadurch auszeichnete, dass sich Grossmächte im Streben nach Vergrösserung ihrer Einflusszonen immer weitere Gebiete einverleibten. Im Ersten Weltkrieg trafen mehrere dieser Reiche aufeinander, was in einem katastrophalen, technisierten Massentöten und -sterben endete.

Deutsche Enttäuschungen

Für viele Linke ist die Idee eines amerikanischen Imperialismus jedoch bis heute der ordnende Vektor ihrer Weltsicht. Die USA sind dieser Vorstellung nach verantwortlich für die Unterjochung freier Völker. Nationen und Armeen, die sich gegen den amerikanisch angeführten Westen wenden, ersetzen diesen Linken ihr verlorenes revolutionäres Subjekt. So kommt es, dass sie sich aussenpolitisch zuverlässig auf der Seite von Unrechtsregimen wie dem in Venezuela oder dem in Iran wiederfinden. Dass die USA sich seit dem Zweiten Weltkrieg immer anderen Grossmächten und deren Streben entgegenstellten, im Kalten Krieg der Sowjetunion, seit dessen Ende China, wird dabei ebenso zuverlässig unterschlagen.

Ganz so weit gehen die eher linksliberal gesinnten Journalisten nicht, die den Begriff des US-Imperialismus gerade wieder in den Diskurs einführen. Sie geben auch nicht vor, er wäre das Ergebnis einer eingehenden Analyse. Vielmehr ist er eine gedankliche Abkürzung. Was die Rede vom US-Imperialismus derzeit in Deutschland tatsächlich meint, ist etwas furchtbar Banales: Sie soll ausdrücken, dass sich die Vereinigten Staaten unter Trump nun endgültig in eine Kraft verwandelt hätten, die ausschliesslich interessengeleitet agiere. Die «Zeit» beschreibt das so: «Wer stärker ist, setzt sich durch. Dieser neue America-First-Imperialismus verändert die Welt.»

Darin klingt Enttäuschung mit. Ganz so, als sei das Eingeständnis der Amerikaner, dass Stärke in einer Welt voll kleinerer und grösserer Einflussgebiete die Voraussetzung von Durchsetzungskraft sei, eine persönliche Beleidigung.

Dabei war das nie anders. Ob unter demokratischen oder republikanischen Präsidenten – die USA setzten vor Trump ihre Interessen durch, auch mit militärischen Mitteln. Es war Barack Obama, der den libyschen Diktator Muammar al-Ghadhafi entthronte, der Drohnenkriege mit vielen zivilen Opfern in Jemen und Pakistan führte.

Qualitativ durchaus verschieden von dieser interventionistischen Machtpolitik sind Trumps jüngste expansive Drohgebärden in Richtung Grönland. Um diese Situation zu fassen und zu kritisieren, bedarf es jedoch einer neuen, scharfen Sprache – nicht Zitaten eines manichäischen, überholten Vokabulars.

Zeit für Realismus

Am meisten scheinen sich die Deutschen jedoch am machiavellistischen Ton Trumps zu stören. Selbst wenn sie mühsam gelernt haben, dass der maximalistische Stil des US-Präsidenten Teil seiner Verhandlungsstrategie ist, gewöhnen werden sie sich daran nie. Sie wünschen sich eigentlich einen Charismatiker vom Format Obamas an der Spitze der USA, der in besänftigenden Tönen die weltweite Demokratie beschwört. Dass ein Obama dann doch ähnlich interventionistische Realpolitik betrieb wie Trump, blenden sie aus.

Die Enttäuschung mancher deutscher Amerika-Beobachter ist auch eine über das definitive Ende «wertegeleiteter» Aussenpolitik, zumindest in ihrer Reinform. Jedoch haben Werte in der derzeitigen amerikanischen Aussenpolitik noch immer ihren Platz, auch wenn sie an Interessen gekoppelt und mit ihnen vermischt sind.

Zumindest der deutsche Bundeskanzler Friedrich Merz scheint das verstanden zu haben. Als er kurz vor der Bundestagswahl in einer Grundsatzrede seine Vorhaben skizzierte, versprach er eine «strategische Aussenpolitik, die von nationalen Interessen geleitet wird». Das war ein überfälliger Kurswechsel. Und mutig war er auch – denkt man an Horst Köhler, der noch 2010 vom Amt des Bundespräsidenten zurückgetreten war. Er hatte damals die Selbstverständlichkeit ausgesprochen, dass es einen Zusammenhang zwischen Auslandseinsätzen der Bundeswehr und deutschem Eigeninteresse gibt.

Dass Deutschland sich eine romantische Vorstellung der globalen Sicherheitsarchitektur so lange leisten konnte, verdankte es ironischerweise den verachteten USA. Ihr militärischer Schutzschild über Europa schirmte die Bundesrepublik vor unbequemen sicherheitspolitischen Realitäten ab. Mit dem russischen Grossangriff auf die Ukraine 2022 zerbrachen diese Illusionen.

Diese Situation erfordert aussenpolitischen Realismus. Halb verstandene Begriffe aus der Mottenkiste des linken Antiimperialismus helfen dabei nicht weiter.

https://www.nzz.ch/der-andere-blick/die-rede-vom-us-imperialismus-zeigt-deutsche-aussenpolitische-verwirrung-ld.1919828


Politico, January 15       

The united West is dead

European leaders should heed their voters and ensure the bloc remains a pole within its own sphere of influence — not a bystander in someone else’s.

Mark Leonard is the director and co-founder of the European Council on Foreign Relations (ECFR) and author of “Surviving Chaos: Geopolitics when the Rules Fail” (Polity Press April 2026).

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The international liberal order is ending. In fact, it may already be dead. White House Deputy Chief of Staff Stephen Miller said as much last week as he gloated over the U.S. intervention in Venezuela and the capture of dictator Nicolás Maduro: “We live in a world … that is governed by strength, that is governed by force, that is governed by power … These are the iron laws of the world.”

But America’s 47th president is equally responsible for another death — that of the united West.

And while Europe’s leaders have fallen over themselves to sugarcoat U.S. President Donald Trump’s illegal military operation in Venezuela and ignore his brazen demands on Greenland, Europeans themselves have already realized Washington is more foe than friend.

This is one of the key findings of a poll conducted in November 2025 by my colleagues at the European Council on Foreign Relations and Oxford University’s Europe in a Changing World research project, based on interviews with 26,000 individuals in 21 countries. Only one in six respondents considered the U.S. to be an ally, while a sobering one in five viewed it as a rival or adversary. In Germany, France and Spain that number approaches 30 percent, and in Switzerland — which Trump singled out for higher tariffs — it’s as high as 39 percent.

This decline in support for the U.S. has been precipitous across the continent. But as power shifts around the globe, perceptions of Europe have also started to change.

With Trump pursuing an America First foreign policy, which often leaves Europe out in the cold, other countries are now viewing the EU as a sovereign geopolitical actor in its own right. This shift has been most dramatic in Russia, where voters have grown less hostile toward the U.S. Two years ago, 64 percent of Russians viewed the U.S. as an adversary, whereas today that number sits at 37 percent. Instead, they have turned their ire toward Europe, which 72 percent now consider either an advisory or a rival — up from 69 percent a year ago.

Meanwhile, Washington’s policy shift toward Russia has also meant a shift in its Ukraine policy. And as a result, Ukrainians, who once saw the U.S. as their greatest ally, are now looking to Europe for protection. They’re distinguishing between U.S. and European policy, and nearly two-thirds expect their country’s relations with the EU to get stronger, while only one-third say the same about the U.S.

Even beyond Europe, however, the single biggest long-term impact of Trump’s first year in office is how he has driven people away from the U.S. and closer to China, with Beijing’s influence expected to grow across the board. From South Africa and Brazil to Turkey, majorities expect their country’s relationship with China to deepen over the next five years. And in these countries, more respondents see Beijing as an ally than Washington.

More specifically, in South Africa and India — two countries that have found themselves in Trump’s crosshairs recently — the change from a year ago is remarkable. At the end of 2024, a whopping 84 percent of Indians considered Trump’s victory to be a good thing for their country; now only 53 percent do.

Of course, this poll was conducted before Trump’s intervention in Venezuela and before his remarks about taking over Greenland. But with even the closest of allies now worried about falling victim to a predatory U.S., these trends — of countries pulling away from the U.S. and toward China, and a Europe isolated from its transatlantic partner — are likely to accelerate.

All the while, confronted with Trumpian aggression but constrained by their own lack of agency, European leaders are stuck dealing with an Atlantic-sized chasm between their private reactions and what they allow themselves to say in public.

The good news from our poll is that despite the reticence of their leaders, Europeans are both aware of the state of the world and in favor of a lot of what needs to be done to improve the continent’s position. As we have seen, they harbor no illusions about the U.S. under Trump. They realize they’re living in an increasingly dangerous, multipolar world. And majorities support boosting defense spending, reintroducing mandatory conscription, and even entertaining the prospect of a European nuclear deterrent.

The rules-based order is giving way to a world of spheres of influence, where might makes right and the West is split from within. In such a world, you are either a pole with your own sphere of influence or a bystander in someone else’s. European leaders should heed their voters and ensure the continent belongs in the first category — not the second.

https://www.politico.eu/article/the-united-west-is-dead/


L’Express, January 15            

“En Iran, les cinq conditions d’une révolution sont réunies” : l’analyse décapante de Jack Goldstone

Idées. Selon le grand spécialiste des révolutions, pour la première fois depuis 1979, on retrouve en Iran toutes les conditions propices à un renversement du pouvoir en place. Même s’il ne tombe pas dans les prochains jours ou semaines, le “régime zombie” est condamné à moyen terme.

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Professeur à la George Mason University (Virginie), Jack A. Goldstone est l’un des grands spécialistes mondiaux des révolutions et des changements sociaux. Il a notamment signé le classique Revolutions : a very short introduction. Pour L’Express, le chercheur explique pourquoi le mouvement actuel en Iran répond aux conditions historiques qui permettent le succès d’une révolution, contrairement par exemple à la Corée du Nord. Selon lui, “le régime zombie” en place à Téhéran est condamné, à court ou moyen terme.

L’Express : Le régime iranien a fait face à des révoltes en 2022, 2018 ou 2009. Pourquoi serait-ce différent aujourd’hui?

Jack A. Goldstone : Par le passé, il s’agissait de manifestations sociales, avec des protestations contre des politiques particulières émanant de groupes particuliers : résistance urbaine en 2009; émeutes provinciales en 2018; mouvement poussé par des femmes, en particulier dans des provinces périphériques comme le Kurdistan en 2022. Là, cela a débuté par des manifestations pour protester contre la situation économique. Mais le mouvement a rapidement évolué vers des revendications réclamant la fin du régime. Plus que les épisodes précédents, il s’agit d’une vraie tentative de révolution.

Selon vous, historiquement, cinq conditions sont nécessaires pour qu’une révolution ait lieu. Quelles sont-elles?

Les révolutions ne sont pas fréquentes car il faut que plusieurs conditions soient réunies. Le gouvernement doit d’abord être affaibli, généralement par une crise financière, parfois par une défaite militaire. Les taux d’inflation en Iran, atteignant 70 % pour les denrées alimentaires, sont parmi les plus élevés au monde. L’année dernière, la monnaie iranienne a perdu plus de 80 % de sa valeur par rapport au dollar.

Ensuite, une partie importante des élites doit se retourner contre le régime. En Iran, les marchands du bazar, élément clé de l’économie locale, ont initié ce mouvement. Beaucoup d’élites professionnelles et de chefs d’entreprise s’y sont joints. Le leadership religieux est divisé entre des réformateurs plus modérés, qui ont soutenu les négociations avec les Etats-Unis, et des partisans de la ligne dure. Ces dernières années, ces derniers ont formé un cercle plus restreint autour de l’ayatollah Khamenei. Mir Hossein Moussavi, père fondateur et ancien Premier ministre de la République islamique, en est à sa quinzième année d’assignation à résidence. Tous les anciens présidents encore en vie ont été réduits au silence ou mis à l’écart.

Tout dépend aujourd’hui du leadership militaire et de l’appareil de sécurité. Jusqu’à présent, leur solidité a empêché l’effondrement de la République islamique. Aucun commandant supérieur n’a exprimé la moindre critique publique à l’égard de l’ayatollah Khamenei, malgré l’assassinat ciblé par Israël de près d’une vingtaine de personnalités de haut rang dans leurs rangs. Pour beaucoup de ces militaires, perdre le pouvoir signifierait perdre leur richesse et potentiellement leur vie. Ils seront donc probablement les derniers dirigeants à se retourner contre le pouvoir. Mais s’ils le faisaient, le régime ne survivrait pas.

Le troisième élément, c’est qu’il faut des protestations populaires généralisées. C’est le cas actuellement en Iran, avec une propagation de l’opposition à tous les groupes d’âge, à tous les groupes économiques, à toutes les régions du pays.

Le quatrième élément, c’est un récit de résistance convaincant. Les gens ont besoin d’une histoire à laquelle croire. Aujourd’hui, en Iran, le narratif dominant est que les mollahs ont épuisé leur capacité à gouverner le pays. Les gens voient qu’il s’agit un régime vieux, fatigué et inefficace, incapable de protéger le pays contre Israël et les Etats-Unis. Il ne peut pas garantir les moyens de subsistance économiques, et n’arrive même pas à assurer l’approvisionnement en eau à Téhéran. Le gouvernement est devenu une menace pour le bien-être des Iraniens, et il s’agit de s’en libérer. Ce récit n’était pas partagé massivement par le passé. Beaucoup de gens croyaient encore que le régime islamique était une défense contre l’impérialisme occidental, ou qu’il apportait un équilibre social.

Et la dernière condition?

Un environnement international favorable. Or le contexte à l’étranger est devenu dangereux pour le régime iranien. Ses “proxys”, le Hamas, le Hezbollah et même les Houthistes au Yémen, qui semblaient autrefois former un ensemble puissant d’alliés, ont perdu des batailles importantes. Désormais, ces groupes paraissent épuiser les ressources de l’Iran sans rien lui apporter en retour.

L’autre raison est que les Etats-Unis ont fermement soutenu les manifestants. Je ne pense pas que Trump mènera une frappe militaire. Israël pourrait vouloir le faire, ce qui serait une erreur. Mais le gouvernement iranien a déjà fait savoir à Trump qu’il est prêt à négocier. Les Etats-Unis pourraient donc pousser des dirigeants laïcs prêts à travailler avec l’armée, contre le départ de dirigeants religieux. En échange, il y aurait une levée des sanctions et la reprise des échanges commerciaux, l’élément essentiel dont l’Iran a besoin. Le pays doit se réintégrer dans la communauté internationale. Sa dépendance vis-à-vis de la Chine, qui n’achète son pétrole qu’à un prix très réduit, n’est pas utile.

Vous établissez un parallèle avec l’Union soviétique des années 1980 : le régime, très idéologique à sa fondation, a selon vous “perdu la plupart de ses convictions”…

Seul un petit pourcentage des membres au sein du pouvoir restent de véritables croyants; la majorité est motivée par la richesse et les privilèges. Le régime tirait sa force de son positionnement en tant que leader mondial de la résistance islamique à l’Occident. Ce prestige le rendait différent et plus puissant que la Syrie ou même l’Arabie saoudite. Mais la légitimité idéologique et morale du régime a été brisée. Il n’arrive même plus à assurer le bien-être de sa propre population.

Le leadership est essentiel dans une révolution. Reza Pahlavi est-il une figure suffisamment forte pour cela? D’autant qu’il est en exil…

La révolution aura besoin d’un leader pour rétablir l’ordre et reconstruire la société. Mais à ce stade de la confrontation avec le régime en place, il n’est pas nécessaire. Ce qu’il faut, c’est de l’inspiration et de la persévérance. Le prince héritier Pahlavi peut créer un symbole autour duquel les gens se rallient comme alternative. Son appel à la protestation a été bien plus efficace qu’on ne le pensait. Pour l’instant, il y a des gens dans la rue qui se regardent les uns les autres. Ils sont coupés d’Internet, mais savent qu’ils doivent se battre ensemble pour survivre. Tout dépend donc de leur persévérance, de leur capacité à rester dans les rues jusqu’à ce que le régime parte. Pour cela, il n’y a pas besoin d’un leadership national, mais de meneurs locaux. Par ailleurs, depuis le mouvement “Femme, vie, liberté” en 2022 s’est créé une communauté de résistance en ligne, sous divers hashtags. L’important, dans une révolution, est que les personnes savent qu’il y a beaucoup d’opposants au régime autour d’eux.

Avec Karim Sadjadpour, vous avez dansThe Atlantic utilisé l’expression “régime zombie”. Même s’il tient encore dans les semaines à venir, cela signifie-t-il qu’il est condamné?

Le régime s’accroche à son pouvoir car il peut intimider, arrêter ou tuer ses opposants. Il n’a jamais été mis à l’épreuve par des manifestations de cette ampleur. S’il arrive à les réprimer, comme nous l’avons vu ces quinze dernières années, la dynamique se poursuivra, à moins de réformes majeures. Même si la vague actuelle de manifestations est brièvement maîtrisée, ce ne serait qu’une pause temporaire. Khamenei n’est plus un leader jeune et vigoureux. Personne autour de lui n’a la légitimité ou le soutien dont il jouissait autrefois. Les chefs militaires doivent donc se demander combien de temps ils vont continuer à se battre pour ce régime moribond et en faillite, que le peuple ne respecte plus.

On a beaucoup parlé d’une alliance des Etats autoritaires opposés à l’ordre libéral. Mais la Chine et la Russie, soutiens du régime iranien, ne semblent pas prêtes à le protéger…

Soyons clairs : que veut la Russie de l’Iran? Des armes, mais pas de son pétrole. Poutine n’est donc pas disposé à aller loin pour défendre l’Iran, contrairement à la Syrie où il a besoin d’une base navale en Méditerranée. La Russie a déjà fort à faire avec l’Ukraine. A ses yeux, l’Iran n’est pas une priorité absolue. C’est un avantage intéressant de l’avoir de son côté, mais la Russie a surtout besoin de stabilité pour éviter des troubles de populations musulmanes à ses frontières. Il en va de même pour la Chine. Elle apprécie de pouvoir obtenir du pétrole à prix réduit de l’Iran, mais ce n’est pas son plus grand fournisseur. Pour Xi Jinping, l’objectif n’est donc pas de maintenir le régime actuel à tout prix, mais la stabilité et de pouvoir conserver son approvisionnement en pétrole.

Donald Trump ne va-t-il pas être tenté d’intervenir en Iran, en s’appropriant la chute du régime?

Trump comme l’Europe aimeraient voir un changement de régime, avec un nouveau pouvoir plus pro-occidental. Mais même si l’armée américaine arrive à tuer ou chasser l’ayatollah Khamenei, ou à bombarder le corps des Gardiens de la révolution islamique, il reste une armée importante et une milice énorme, les bassidjis. L’armée pourrait donc prendre le pouvoir en disant qu’elle doit défendre le pays contre une agression étrangère. Les militaires pourraient faire de l’ayatollah un martyr afin de renforcer leur propre position. Si un régime militaire anti-occidental en Iran serait sans doute moins dangereux sur le plan idéologique, il serait tout aussi néfaste sur le plan géopolitique, et bien sûr pour le peuple iranien. Je crains donc qu’une intervention d’Israël ou des Etats-Unis ne se retourne contre eux.

Nous sommes actuellement dans une situation où la majorité de la population iranienne souhaite un changement de régime. Il serait plus judicieux que les Etats-Unis proposent des mesures incitatives plutôt que coercitives, qu’ils prennent contact avec le président, le ministre des Affaires étrangères et le chef de l’armée iraniens pour leur dire : “Ecoutez, si vous parvenez à écarter le régime clérical et à instaurer un régime laïc, nous sommes prêts à discuter avec vous de la reprise des exportations de pétrole et de la levée des sanctions”. Ce serait une offre très tentante et probablement la meilleure perspective pour le régime.

Voyez-vous d’autres risques de révolutions dans le monde? On parle beaucoup de la génération Z, avec des populations très jeunes au Moyen-Orient et en Afrique qui pourraient être sources de tumulte politique…

On l’a déjà vu au Bangladesh, au Népal, à Madagascar, et maintenant en Iran. Les révolutions ne dépendent pas d’une grande transition modernisatrice ou d’une phase unique de l’histoire mondiale. Elles ont lieu partout où il y a des gouvernements faibles et corrompus, une élite en colère contre ses dirigeants et une population qui souhaite du changement. C’est d’autant plus probable lorsque l’urbanisation est rapide et que la population jeune est importante.

Nous avons eu beaucoup de jeunes en colère lors du Printemps arabe en 2010. Or il y aura une augmentation de la population âgée de 18 à 23 ans en Egypte, en Algérie, en Iran et dans d’autres pays. En Afrique, la population jeune est en expansion très rapide et de plus en plus urbanisée. On peut donc s’attendre à davantage de soulèvements et de révolutions de la génération Z tant que la qualité des gouvernements restera médiocre dans ces pays.

Est-il déjà trop tard pour renverser le régime totalitaire en Corée du Nord?

La population nord-coréenne est assez stable. Le taux de fécondité est à peu près égal au seuil de renouvellement des générations. Le pays a connu plusieurs crises économiques par le passé, mais le parti a réussi à fonctionner comme une organisation très efficace, en étant étroitement lié à l’armée. Kim Jong-un semble préparer sa soeur à prendre la relève. Il y a donc un plan de succession clair.

La Corée du Nord observe attentivement la Corée du Sud. Là-bas, le taux de fécondité est passé sous le seuil d’un enfant par femme. La Corée du Sud a toujours un avantage en termes de main-d’oeuvre, mais il est en train de disparaître. D’ici le milieu du siècle, la Corée du Nord aura un léger avantage pour ce qui est de la population en âge de servir dans l’armée. Le gouvernement nord-coréen s’accroche et se dit qu’il doit simplement survivre et attendre que cela passe. Il estime que le faible taux de mariage et la faible fécondité en Corée du Sud vont déstabiliser le pays de l’intérieur. Le régime nord-coréen risque donc d’être encore stable un certain temps.

Mais permettez-moi de conclure en rappelant que les révolutions sont par nature imprévisibles. La Corée du Nord pourrait nous réserver une surprise demain, et l’Iran pourrait conserver son régime actuel, même s’il est clair que ce dernier a perdu son énergie et son attrait. A l’inverse, en Corée du Nord, le régime semble toujours bénéficier de la loyauté et de l’enthousiasme de l’élite, avec une forte capacité à contrôler la population.

https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/en-iran-les-cinq-conditions-dune-revolution-sont-reunies-lanalyse-decapante-de-jack-goldstone-5UB7LQRRZVBFLIBY6HWF7WCSSQ/


Contrepoints/IREF, January 15

Mathieu Bock-Côté : Les Deux Occidents

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Le sociologue, essayiste et éditorialiste Mathieu Bock-Côté vient de faire paraître un nouveau livre, intitulé Les Deux Occidents (Paris, Presses de la Cité), dont on notera également le sous-titre provocant : « De la contre-révolution trumpiste à la dérive néosoviétique de l’Europe occidentale ».

C’est que, selon l’auteur, ce que l’on nomme ordinairement l’Occident se serait scindé en deux blocs aux valeurs et aux orientations idéologiques désormais irréconciliables : l’Amérique trumpiste et l’Europe progressiste. Autrefois marqué par l’antagonisme Ouest/Est durant la Guerre froide, le monde se trouve aujourd’hui en proie à un clivage inhérent au camp des démocraties libérales, avec d’un côté les États-Unis des conservateurs, réfractaires au wokisme et à l’idée d’une possible dissolution de l’ « identité américaine » dans un monde de plus en plus internationalisé, et, de l’autre, le camp des sociaux-démocrates à l’européenne, adeptes de la « troisième voie », favorables à l’économie de marché dès lors qu’elle est tempérée par une forte dose de redistribution et de de réglementation étatiques. Ce dernier camp, appelé par Mathieu Bock-Côté celui de l’ « extrême centre », se montrerait depuis plus de 20 ans insensible au « réveil des peuples », que l’auteur compare à de véritables rebelles refusant de se soumettre aux diktats de la caste dirigeante et omnipotente (p. 22), fût-elle démocratiquement élue.

On trouvera déjà dans l’ouvrage en question une analyse de ce que Mathieu Bock-Côté nomme le « moment trumpien ». Croyant pouvoir dérouler indéfiniment leur idéologie du « nouvel ordre mondial » née de la chute du Mur de Berlin en 1989 (que l’auteur définit – p. 37 – comme une combinaison de « mondialisme, humanitarisme, néolibéralisme, multiculturalisme, néoféminisme et politiquement correct »), les élites progressistes se seraient heurtées ces derniers temps à un obstacle imprévisible sur leur route en la personne de Donald Trump, lequel aurait pleinement saisi et su incarner l’existence d’un profond courant populaire de contestation de l’ensemble de la classe politique au pouvoir. S’il existe bien un certain consensus politique depuis une trentaine d’années chez une majorité de dirigeants à l’échelle planétaire, que l’on qualifiera de « sociaux-démocrates », on regrettera toutefois que Mathieu Bock-Côté ne saisisse pas mieux les bienfaits de la mondialisation libérale, pourtant largement avérés, mondialisation que l’on accuse souvent de faire disparaître l’ « identité des peuples ». « Rompre avec le Nouvel ordre mondial, écrit-il, voulait aussi dire rompre avec les structures mentales de la mondialisation et de l’idéologie du libre-échange qui avait réduit chaque société à une zone économique appelée à s’intégrer dans le grand marché planétaire, et devant aplanir ce qui dans sa culture ou son organisation sociale pouvait être un frein à cela. (…) La mondialisation faisait violence aux sociétés et broyait les peuples en fragilisant les classes moyennes, au nom d’une conception à bien des égards illusoire de la prospérité » (p. 59). Contrairement à ce qui est écrit ici, la mondialisation économique n’est nullement imposée d’en haut, par une quelconque caste d’élites technocratiques, vers la base, c’est-à-dire les peuples, qui en subiraient bon gré mal gré les délétères effets : comme nous l’enseigne la théorie économique classique, la mondialisation repose au contraire sur l’internationalisation des échanges, lesquels, par définition, ne peuvent qu’être mutuellement bénéfiques… sans quoi il n’y aurait tout simplement pas d’échange possible. La mondialisation n’est de ce point de vue qu’une transposition à l’échelon international du principe de l’échange libre. Et outre le fait – ce qui n’est pas rien ! – que la mondialisation a permis d’arracher des millions de gens de par le monde à la grande pauvreté, c’est cette même mondialisation, cible de toutes les attaques, allant de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui non pas sclérose les cultures, mais leur permet au contraire de s’enrichir et de se perpétuer au contact d’autres cultures avec lesquelles elles interagissent librement.

Outre cette méprise sur le sens et les effets de la mondialisation, on regrettera que Mathieu Bock-Côté aborde certaines questions dont il traite – l’État de droit, la démocratie, la bien-pensance idéologique commune à la gauche et à l’ « extrême centre »… – essentiellement sous l’angle des peuples, et non du point de vue des individus. Pour lui, comme pour une large part des penseurs conservateurs actuels – au sens européen du terme -, il existerait une entité qu’on appelle le peuple, qui serait davantage que la somme des individus qui sont censés le composer. Ne déclarait-il pas par exemple sur la chaîne CNews il y a quelques années : « L’État est l’expression d’un peuple, d’une nation » ? Ne fustigeait-il pas, sur le plateau du même média, le décalage entre la « politique spectacle » (expression certes appropriée) et le « peuple » ? On peut donc regretter que Mathieu Bock-Côté hypostasie le peuple comme il le fait : il faudrait plutôt rappeler qu’une nation se compose toujours d’individus, la plus petite minorité comme disait Ayn Rand, et qu’elle fonctionne ou devrait fonctionner à ce titre un peu comme un club : fruit de l’histoire, une nation est une entité organique qui n’est jamais complètement figée et qui rassemble des gens qui partagent un certain nombre de valeurs et de principes communs.

Le chapitre du livre qui intéressera probablement le plus un lecteur de sensibilité libérale est le chapitre 4, intitulé « La renaissance libertarienne et la révolution antibureaucratique ». L’auteur rappelle déjà l’ancienneté de la tradition libérale/libertarienne aux États-Unis, qui s’est trouvée réactualisée au moment de la contestation du New Deal de Franklin Roosevelt dans les années 1930, du fait que ce même New Deal s’était accompagné d’un élargissement sans précédent de la sphère étatique au détriment de la liberté de choix et d’action des individus. Quoique devenue populiste, la droite américaine actuelle serait aussi soi-disant réceptive au courant d’idées libertarien, auquel on a pu associer un Elon Musk. Or, il nous semble au contraire que la droite américaine a abandonné des penseurs comme Mises, autrement dit l’école autrichienne en économie (dont Carl Menger et Friedrich Hayek font aussi partie), pourtant autrefois largement constitutive de ses principes fondamentaux.

À propos justement des représentants de cette école, Mathieu Bock-Côté écrit : « Depuis sa renaissance, la philosophie libertarienne se présentait comme une doctrine ‘élitiste’, visant à réformer les sociétés occidentales par le haut, selon une logique conduisant, si on la laissait aller jusqu’au bout, à une abolition du politique et à un individualisme absolu. Au niveau international, le libertarianisme s’est constitué comme mouvement autour d’une stratégie de percolation, notamment avec la Société du Mont-Pèlerin, en 1947 : il fallait d’abord convaincre les élites de ses vertus, qui elles-mêmes convaincraient les médias, qui convaincraient le commun des mortels de changer de philosophie et de changer de vie » (p. 168-169). Face à cette tendance que Mathieu Bock-Coté juge donc « élitiste » du libertarianisme, il y a aurait un libertarianisme « enraciné », « fièrement populiste » : celui de Murray Rothbard – dont on rappellera tout de même qu’il fut un disciple de Mises ! « C’est ce libertarianisme à la Rothbard, écrit l’auteur, qui trouve une nouvelle jeunesse en Occident » (p. 171). Cette distinction entre deux libertarianismes, l’un « élitiste », l’autre « populiste », ne nous semble à vrai dire guère pertinente. Mieux vaudrait rappeler la distinction, la seule valable à notre sens, qu’avait établie Hayek entre libéralisme et constructivisme : les représentants de celui-ci prétendent toujours imposer un « projet de société », pur produit de l’ingénierie sociale, là où les défenseurs de celui-là entendent laisser aux individus l’initiative et les marges de manœuvre nécessaires à la conduite libre et responsable de leur existence. Il faut aussi rappeler qu’il y a, à côté de ce que Mathieu Bock-Côté et d’autres appellent l’extrême centre, c’est-à-dire en gros les sociaux-démocrates adeptes de la « troisième voie » entre capitalisme de marché libre et interventionnisme étatique, précisément les représentants de cette école autrichienne (dont Rothbard), hélas trop peu connus en France. Une école dont l’économiste Pascal Salin disait qu’il faudrait plutôt baptiser « école française », étant donné que ce sont des penseurs et économistes français (Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat notamment) qui, les premiers, ont défendu ces idées.

On lira donc avec profit le dernier livre de Mathieu Bock-Côté, qui, comme ses livres précédents, contient des analyses souvent fines, justes et lucides des ravages du politiquement correct woke et de l’idéologie bien-pensante à la mode, dans le style incisif qui est le sien. On saluera aussi le fait que son livre comporte tout un chapitre consacré au renouveau (réel ou supposé) de la pensée libertarienne outre-Atlantique et à la révolte antifiscale et antibureaucratique. Mais on déplorera une vision qui nous semble par trop « collectiviste » et insuffisamment individualiste des sujets traités (ainsi la prévalence régulière, au fil des pages, de la notion de « peuple » sur celle d’ « individu »).

https://contrepoints.org/mathieu-bock-cote-les-deux-occidents/


Le Point, January 14          

FOG – Iran : la faillite des intellectuels et la vengeance de l’Histoire

ÉDITO. La gazaouisation des esprits chagrins interdit toute protestation contre le régime sanguinaire des mollahs, ennemi juré d’Israël.

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Pourquoi la magnifique révolution de l’Iran contre sa mollarchie ne provoque-t-elle pas la même ferveur en France que celle de 1979 contre le shah, sous l’égide de l’ayatollah Khomeyni et de ses tristes mollahs ? Parce que l’actuelle insurrection n’est pas du bon côté de l’Histoire pour une grande partie de l’opinion occidentale.

Observez comme la répression sauvage du régime n’émeut pas plus les médias que l’intelligentsia de gauche. Ils font la fine bouche en se tortillant sur leur fessier, quand ils ne laissent pas entendre que le Mossad – ils sont partout !- et la CIA pareillement seraient derrière cette immense secousse populaire qui pourrait faire basculer l’Iran. Leur moue méprisante est indécente, en particulier au Royaume-Uni où des manifestants ont protesté devant la BBC gazaouisée contre la maigre place donnée à la révolution iranienne par le soi-disant service public de l’audiovisuel britannique. Honte à la BBC et aux autres !

Appelons un chat un chat : parce qu’elle faisait corps avec le Hamas et le Hezbollah, ses deux bras armés au Proche-Orient dans sa lutte incessante contre Israël, la République islamique d’Iran n’a cessé de bénéficier d’un préjugé favorable chez tous les « idiots utiles » de l’islamisme en Occident. Tels sont les effets de la gazaouisation des esprits, quand leurs obsessions tournent – inutile de se demander pourquoi –, autour de l’État juif. Si criminels et corrompus soient-ils, ses ennemis seront toujours sanctifiés et les « tweetos » fous de LFI ou de la gauche propalestinienne ont curieusement oublié de protester contre les sanglantes représailles des mollahs. Où es-tu passé, Aymeric Caron ?

Que le nom de Reza Pahlavi, le fils du dernier shah d’Iran, soit si souvent scandé par les manifestants iraniens, c’est une leçon de l’Histoire, sa vengeance aussi, car elle a un goût amer pour nos islamo-gauchistes et leur noria : les manifestants brandissant de plus en plus, par surcroît, le drapeau d’avant 1980, celui de la monarchie des Pahlavi avec son lion et son soleil, tout indique que le peuple iranien regrette aujourd’hui le régime du père qui, modernisant le pays à marche forcée, faisait contre lui l’unanimité des islamistes, des communistes prosoviétiques et de beaucoup de dirigeants occidentaux désinformés, comme le Français Giscard et en particulier l’Américain Carter, au-dessous de tout. Il fallait donc le renverser d’urgence.

Boussoles à l’envers, nos chers intellectuels célébraient en transes, il y a quarante-sept ans, ce « vieux saint » de Khomeyni, principal ennemi du shah, à l’instar du philosophe Michel Foucault, au septième ciel, sans entendre ce que marmonnait dans sa barbe cette boule noire de haine : « Nous exporterons notre révolution dans le monde entier. Jusqu’à ce qu’y résonne partout le même cri : “Il n’y a pas d’autres dieux qu’Allah” ». Qu’importe si la mollarchie tracassière et corrompue allait enfoncer le pays dans les ténèbres et le transformer en bagne à ciel ouvert, avec deux pendaisons – souvent publiques – par jour, pourvu qu’elle luttât sans répit contre l’Occident, sa démocratie, sa liberté d’expression et leur pointe avancée au Proche-Orient, l’État hébreu.

Il faut avoir une pierre à la place du cœur pour n’être pas ému aux larmes devant la première grande révolution du troisième millénaire, quelle qu’en soit l’issue. L’Iran ne méritait en aucune façon de sombrer dans cette mollarchie sanguinaire et bigote sinon idiote, alors qu’il est l’héritier d’une grande civilisation, l’empire perse inventé au VIe siècle avant notre ère par Cyrus le Grand, « le roi des rois » qui réalisa l’unité de l’Orient. Immense figure de l’Antiquité et conquérant magnanime, cet homme fait toujours l’objet d’un culte en Israël pour avoir libéré les Juifs déportés à Babylone. Et, aujourd’hui, ces lointains descendants qui veulent sortir du cauchemar islamiste, réenchantent leur poète national, le merveilleux Omar Khayyam, mathématicien, astronome, hédoniste et musulman, amoureux de l’amour et du vin, qui disait : « Ne laisse pas ta tristesse t’étreindre avant que la terre te prenne dans son sein. »

En attendant, tandis que l’Iran résiste aux mollahs, les islamistes prospèrent dans notre vieux monde : encore une preuve,les Émirats arabes unis viennent de restreindre l’accès de leurs étudiants aux universités britanniques qu’ils jugent gangrenées par les Frères musulmans !

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/edito-franz-olivier-giesbert-iran-la-faillite-des-intellectuels-et-la-vengeance-de-lhistoire-XGHLSMH6KVBIZN3KJXF7NKJD64/


Times of Israel, January 14          

Ce que l’Iran fuit, la France en rêve

Un paradoxe glaçant traverse notre époque : tandis qu’en Iran, des femmes bravent la torture et la mort pour se libérer du joug islamiste, en France, pays des Lumières et de la laïcité, 59% des jeunes musulmans de 15 à 24 ans estiment que la charia devrait primer sur les lois de la République. Cette réalité, révélée par un sondage IFOP de novembre 2025 auprès de 1 005 musulmans de France, devrait tous nous alarmer.

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Les chiffres sont accablants

  • 46% de l’ensemble des musulmans pensent que la loi islamique doit être appliquée dans les pays non musulmans, dont 15% qui souhaitent son application intégrale.
  • 38% approuvent tout ou partie des positions islamistes, soit deux fois plus qu’en 1998.
  • Un quart éprouve de la sympathie à l’égard des Frères musulmans.

Cette radicalisation s’accompagne d’une intensification spectaculaire des pratiques religieuses chez les jeunes :

  • 67% prient quotidiennement contre 26% en 1989 ;
  • 83% observent le jeûne du Ramadan dans son intégralité contre 51% en 1989.

L’IFOP constate que cette tendance s’inscrit dans une logique de « contre-société » portée par une jeunesse désireuse de marquer son identité musulmane face à une société française perçue comme hostile.

En septembre 2022, Mahsa Jina Amini, 22 ans, est torturée à mort par la « police des mœurs » iranienne pour avoir mal porté son voile. Son assassinat déclenche le mouvement « Femme, Vie, Liberté ».

Pour la première fois depuis quarante ans, des femmes iraniennes descendent dans la rue sans voile, défiant ouvertement le régime islamique. La répression est féroce :

  • 11 exécutions liées au mouvement,
  • des centaines de condamnations à mort,
  • 853 exécutions en 2023.

Mojahed Kourkouri, Mehran Bahramian, Reza Rasaei, autant de noms de martyrs torturés pour avoir réclamé la liberté.

Trois ans plus tard, le combat reprend avec une intensité dévastatrice

Fin décembre 2025, une nouvelle vague de protestations embrase l’Iran. Le bilan est terrifiant : 558 manifestants ont été tués et au moins 10 600 arrestations ont été recensées.

Le régime a coupé Internet dans tout le pays pour masquer l’ampleur du massacre. Les hôpitaux de Téhéran et de Chiraz sont submergés par les blessés par balle. Les femmes sont encore en première ligne, scandant « Mort au dictateur » et « Ma vie pour l’Iran ».

Le chanteur Mehdi Yarrahi a été condamné à 74 coups de fouet pour avoir chanté « Ton foulard ». Deux militantes kurdes, Pakhshan Azizi et Warisha Moradi, attendent leur exécution imminente.

Le contraste est saisissant : même certains pays du Golfe montrent plus de fermeté face à l’islamisme que les démocraties occidentales

Les Émirats arabes unis, craignant l’influence des Frères musulmans dans les universités britanniques, ont retiré les grandes universités du Royaume-Uni de leur liste de bourses d’État, entraînant une baisse de 27% des visas étudiants émiratis vers la Grande-Bretagne.

Un pays musulman fait preuve de plus de vigilance envers cette idéologie que le Royaume-Uni lui-même, où les campus laissent prospérer ces réseaux au nom d’une tolérance mal comprise.

Comment ne pas être saisi de vertige

D’un côté, des femmes iraniennes qui risquent leur vie pour échapper à la charia ; de l’autre, en France, une proportion croissante de jeunes musulmans qui placent cette même charia au-dessus des lois républicaines.

Les femmes iraniennes savent ce qu’est vraiment la charia : la torture de Mahsa Amini, l’exécution de manifestants, la « police des mœurs » qui arrête dans la rue. Elles le vivent et se battent pour s’en libérer, au péril de leur vie. Pendant ce temps, en France, dans une démocratie qui garantit toutes les libertés, une partie de la jeunesse musulmane aspire à un système qu’elle idéalise sans en mesurer les conséquences concrètes.

Quand 57% des jeunes musulmans placent la loi coranique au-dessus des lois françaises, ce n’est plus une simple question de liberté religieuse, c’est un rejet du pacte républicain.

Le multiculturalisme a tué notre mode de vie et notre société

Le courage des femmes iraniennes doit nous inspirer. Si des peuples entiers se soulèvent pour échapper à l’oppression islamiste, et si même des pays musulmans prennent des mesures drastiques pour se protéger de cette idéologie, comment pourrions-nous, dans une démocratie, tolérer la complaisance face aux mêmes idéologies totalitaires ?

La France ne peut plus se permettre de fermer les yeux

Il faut interdire tout relais de l’idéologie islamiste, fermer les mosquées radicales, expulser les imams étrangers qui prêchent la haine, dissoudre les associations des Frères musulmans, et mettre fin aux financements étrangers. Mais surtout, il faut défendre sans faiblir les principes républicains : la laïcité, l’égalité entre les sexes, la primauté de la loi sur toute norme religieuse.

  • Les femmes iraniennes nous montrent le chemin : elles refusent de se soumettre.
  • Les Émirats nous rappellent qu’on peut être un pays musulman et combattre fermement l’islamisme.

Nous devons, nous aussi, refuser la soumission.

L’histoire jugera notre génération

Soit nous aurons eu le courage de dire non à l’islamisme et de défendre nos valeurs, soit nous aurons laissé s’installer en France un système contre lequel d’autres peuples se battent au péril de leur vie. Le choix est clair. Le temps de l’action est venu.

A propos de l’auteur

Marianna Rocher est responsable de la 8ème circonscription des Français de l’étranger pour le Rassemblement National et candidate RN aux élections législatives. Professionnelle distinguée avec une expérience internationale approfondie sur trois continents, alliant expertise en économie, gestion de l’industrie du luxe et diplomatie culturelle. D’origine ashkénaze par lignée maternelle (Kapustiansky), avec un héritage politique notable à travers un arrière-grand-père qui fut un dirigeant politique important. Diplômée en économie avec un MBA de la prestigieuse École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), forte d’une carrière de 20 ans dans l’industrie du luxe et de la mode, incluant la propriété d’une unité de production française. Expérience auprès de l’UNESCO apportant une perspective unique sur la diplomatie culturelle et les relations internationales, ainsi qu’une expertise en transformation digitale dans le secteur des arts. Parcours d’expatriée en Afrique et en Russie, actuellement établie dans le nord de l’Italie depuis 2019. Maîtrise parfaite de plusieurs langues et cultures. Actuellement Présidente de l’UFE (Union des Français de l’Étranger) du nord de l’Italie et auteur de trois ouvrages publiés, active dans l’organisation communautaire et la diplomatie culturelle.

https://frblogs.timesofisrael.com/ce-que-liran-fuit-la-france-en-reve/


L’Express, January 14           

“Il maîtrise parfaitement les rouages internes” : au travail, la victoire du politique incompétent

Management. Il arrive à ses fins par flagornerie et passe plus de temps à peaufiner son plan de carrière qu’à travailler ses dossiers. Combien sommes-nous à être agacés de voir réussir ce collègue ultra-politique mais aussi ultra-compétent ?

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Est-ce un trait de caractère? Ce collègue discret et moyen, qu’on soutient pour qu’il atteigne ses objectifs et ne plombe pas les résultats du pôle, c’est aussi celui à qui l’on avance un repas quand il oublie sa carte, ou qu’on raccompagne chez lui après une soirée d’équipe. Mais on s’étouffe de jalousie en découvrant que ce même collègue en connaît plus sur la couleur préférée du N+2 que quiconque dans le service, qu’il a offert un vinyle à la N+1 lors d’un déjeuner et que depuis, il lui soumet des idées qu’on a soi-même proposées en réunion. Loin d’être le fruit du hasard, son ascension révèle une parfaite maîtrise des rouages internes. Animal politique au sens de l’entreprise, il possède une intelligence de terrain. Mais son incompétence, elle, demeure. “Ce n’est pas une question de personnalité”, tranche Jean-Edouard Grésy, auteur de Gérer les ingérables. L’art et la science de la négociation au service de relations durables (ESF sciences humaines, 2020). “C’est plutôt une approche systémique dans les entreprises avec le ‘principe de Peter'”, affirme l’anthropologue et fondateur associé du cabinet AlterNego.

“Une déférence pour les puissants”

Paradoxalement, au lieu de valoriser l’expertise ou la compétence, cette logique systémique, permet, selon Jean-Edouard Grésy, aux profils les plus politiques – ceux qui font preuve d’une loyauté (intéressée) sans faille envers leur supérieur – d’atteindre les sommets, sans faire de vagues ni de bruit. Pourtant, leurs lacunes sont flagrantes. Ainsi, dans leur ouvrage Le principe de Peter (J’ai lu, 1970), Laurence J. Peter et Raymond Hull ont théorisé la règle selon laquelle tout employé s’élève dans la hiérarchie jusqu’à atteindre son niveau d’incompétence. L’une des raisons est que les capacités requises pour occuper un poste n’ont rien à voir avec celles nécessaires pour le décrocher. C’est la victoire du politique incompétent. Sur ce modèle, le fondateur d’AlterNego décrit ces managers promus, d'”excellents experts mais qui ne sont pas intéressés par l’humain. Propulsés à des postes d’encadrement, ils ne communiquent que par mail”. Sans formation au management, leur approche peut être désastreuse pour les équipes.

Et que dire de celles qui doivent supporter les profils décrits par le professeur à Stanford Robert Sutton dans Objectif Zéro-Sale-Con (Vuibert, 2007)? Des parcours avec “une déférence pour les puissants et un mépris pour les faibles”. Parmi eux, on retrouve ceux qui trustent les postes de direction, “une endogamie élitaire de personnes qui ont fait les mêmes écoles et fréquentent les mêmes clubs”, précise Jean-Edouard Grésy. La trajectoire vers le sommet est balisée pour ceux qui appartiennent à ce sérail ou en possèdent les codes, même s’ils sont parfois loin d’avoir le niveau requis.

Justice organisationnelle

Finalement, pourquoi vit-on si mal le fait qu’un mauvais puisse monter tout en haut? “Dans le monde du travail, les inégalités sont très mal perçues. Quand on n’est pas jugé sur ses compétences mais sur sa capacité à se vendre, en obtenant le suffrage de ses pairs, il faut être à la hauteur”, analyse Jean-Edouard Grésy. Scanné par ses collègues, le promu est attendu au tournant sur le terrain de la compétence. Si le schéma dysfonctionne, c’est “la mise au jour des souffrances, des désengagements et des pertes de performance provoquées par l’incompétence”, complète Isabelle Barth (La Kakistocratie ou le pouvoir des pires , EMS, 2024). Il revient alors à l’entreprise de corriger ces inégalités totalement incomprises. Favoriser le débat plutôt que d’encourager des salariés muets et aux dociles.

La piste de la justice organisationnelle, théorisée par Jerald Greenberg (A Taxonomy of Organizational Justice Theories, Academy of Management Review, 1987) est fondamentale en psychologie sociale : il ne suffit pas qu’une décision soit objectivement juste, encore faut-il qu’elle soit perçue comme telle. Jerald Greenberg identifie trois types de justice : distributive (équité dans la répartition des récompenses), procédurale (cohérence des processus de décision) et interactionnelle (respect, écoute). Aux organisations qui déplorent le désengagement des salariés de promouvoir cette justice organisationnelle. En lui adjoignant la coresponsabilité, elle redonne du sens au travail et des raisons de s’investir.

https://www.lexpress.fr/economie/emploi/management/il-maitrise-parfaitement-les-rouages-internes-au-travail-la-victoire-du-politique-incompetent-YED67W55QBC7ZGRVQH4PXDUFBM/


Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review, January 13      

Politische Bücher: Eiserne Lady ohne Vermächtnis

Eine neue Biographie widmet sich der einzigartigen Karriere der früheren britischen Premierministerin – und fragt, was davon geblieben ist.

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Als Margaret Thatcher am 8. April 2013 starb, feierten Menschen in Großbritannien ihren Tod. In den ehemaligen Kohlerevieren, auch in London, stießen sie mit Sekt an und tanzten auf den Straßen. „Die Hexe ist tot“, hieß es. Und auch wenn das keine Massenbewegung war, so sind derartige Emotionen angesichts des Ablebens einer Politikerin, die zu diesem Zeitpunkt seit mehr als zwanzig Jahren nicht mehr an der Macht war, ungewöhnlich. Ungewöhnlich, aber nicht überraschend.

Wohl kaum eine Politikerin im Nachkriegseuropa hat derart polarisiert wie Margaret Thatcher. Für die einen hat sie den britischen Sozialstaat auf dem Gewissen und die Wirtschaft zugrunde gerichtet. Für die anderen hat sie Großbritannien vor dem Niedergang gerettet. Die einen verehren sie bis heute, die anderen hassen sie mit Inbrunst. Doch wer war sie? Ist es angemessen, sie als „Eiserne Lady“ zu bezeichnen, als Vorkämpferin des Neoliberalismus oder als Begründerin einer eigenen politischen Richtung – des Thatcherismus?

Diese Fragen stellt sich – pünktlich zu Thatchers hundertstem Geburtstag – der Historiker Franz-Josef Brüggemeier in seiner jüngst erschienenen Biographie „Margaret Thatcher. Die Eiserne Lady“. Brüggemeier beschreibt, wie die Tochter eines Einzelhändlers zur mächtigsten Politikerin des Königreiches wurde – in einer Zeit, in der Politik vor allem Männersache war – und wie einzigartig ihre Karriere war: Thatcher war die erste Frau, die die britischen Konservativen führte. Sie war die erste Premierministerin ihres Landes, gewann drei Wahlen und regierte fast zwölf Jahre lang. Brüggemeier skizziert Thatcher als eine zielstrebige und ehrgeizige Frau, die ihr großes Ziel erreichte und am Ende über sich selbst stürzte. Thatch­er lebte für die Politik, und als sie zurücktreten musste, war das für sie eine persönliche Katastrophe.

Wie es so weit kommen konnte, zeichnet Brüggemeier in zahlreichen Wegmarken ihrer Amtszeit nach. Er widmet sich der Liberalisierung der Finanzwirtschaft, dem Kampf gegen die Gewerkschaften, der im Bergarbeiterstreik gipfelte, den beginnenden Privatisierungen, dem Falklandkrieg, dem Kalten Krieg und dem Nordirlandkonflikt.

In Letzterem bewies Thatcher, dass sie – die Kompromisse ansonsten ablehnte, ja geradezu verachtete, was auch zu ihrem Ruf als „Eiserne Lady“ beitrug – über ihren Schatten springen konnte. Trotz ihrer lange kompromisslosen Haltung unterzeichnete sie das Anglo-Irish Agreement, das den Nordirlandkonflikt politisch befriedete. Brüggemeier zufolge zählt es zu ihren „wohl wichtigsten Leistungen“ in der Außenpolitik. „Jenseits aller Rhetorik handelte sie oft sehr pragmatisch und war zu Kompromissen und Verstößen gegen ihre Prinzipien bereit“, schreibt er.

Zugleich konstatiert Brüggemeier, dass Thatcher sich mit zunehmenden Erfolgen als „starrköpfig, kaum noch belehrbar und zunehmend isoliert“ erwies. Im Falle der „German Question“ isolierte sie sich damit nicht nur international, sondern auch in ihrem eigenen Kabinett und in der Bevölkerung, die die Wiedervereinigung mehrheitlich unterstützte. Die Entstehung eines gesamtdeutschen Staates konnte Thatcher trotzdem nicht aufhalten. Im Falklandkrieg dagegen zahlte sich ihre harte Haltung aus.

„Vor Ausbruch des Konflikts befand sich Großbritannien in einer überaus schlechten wirtschaftlichen Lage, ihre Zustimmungswerte lagen am Boden, und sie musste um ihr Amt bangen“, schreibt Brüggemeier. „Diese Probleme waren nach dem Krieg verdrängt.“ Thatch­er habe anschließend hohes Ansehen genossen und ihre Stellung in Kabinett, Parlament und Partei gefestigt. Allerdings habe der Sieg auch ihre pro­blematischen Verhaltensweisen verstärkt, schreibt Brüggemeier: „die Überzeugung, recht zu haben, eine geringe Bereitschaft, andere Argumente zu hören, und die Entschlossenheit, sich unbedingt durchzusetzen“. Es sollten die Probleme sein, die irgendwann zu ihrem Sturz führten.

Das Buch enthält keine neuen Erkenntnisse über Margaret Thatcher. Brüggemeier stützt sich auf eine Fülle vorhandener Literatur, auf die Bestände der Thatcher Foundation, die alle wichtigen Unterlagen zu ihrem Leben und Wirken besitzt, sowie auf Aussagen Thatch­ers, die allerdings überwiegend aus einer Zeit stammen, in der sie schon politisch aktiv war. „Selbstzeugnisse, die nicht durch Stilisierungen oder spätere Wahrnehmungen geprägt sind, liegen fast gar nicht vor“, schreibt Brüggemeier – und vielleicht ist das der Grund, warum der Privatmensch Thatcher blass bleibt. Emotionen sind lediglich erkennbar, als sie zurücktreten musste – in dieser Zeit brach Thatcher laut Brüggemeier häufig in Tränen aus – und als ihr Sohn während der Rallye Paris–Dakar vermisst wurde. „Bei diesem Ereignis wirkte die ‚Eiserne Lady‘ verletzlich, verhielt sich wie jede andere Mutter und gewann Sympathien. Doch dieses Verhalten zeigte sie nur selten“, schreibt Brüggemeier.

Seine Ausführungen sind spannend, auch weil er nebenbei ein Bild von Großbritannien in den Siebzigern und Achtzigern zeichnet – und man erkennen kann, wie viele Probleme von heute damals schon angelegt waren. Der National Health Service galt bereits als reformbedürftig. Die Skepsis gegenüber Festlandeuropa war schon in Thatcher selbst ausgesprochen ausgeprägt, und von der beginnenden Deindustrialisierung hat das Land sich noch immer nicht in Gänze erholt. Um ein paar zu nennen.

Und dennoch kommt Brüggemeier zu dem Schluss: „Thatcher war ein Phänomen der Achtzigerjahre.“ Sie habe – anders, als sie selbst es wahrscheinlich sehen würde – „kein Vermächtnis für Jahrhunderte, nicht einmal für Jahrzehnte“ hinterlassen. Einen Thatcherismus, der ein in sich geschlossenes Konzept oder Programm böte, habe es nicht gegeben. Thatcher tauge nicht als Ideengeberin oder Vorbild, dafür sei ihr Einfluss zu gering gewesen. Aber: Die „übermächtige Dämonin“, als die sie bis heute gezeichnet wird, sei sie eben auch nicht gewesen.

Franz-Josef Brüggemeier: „Margaret Thatcher“. Die Eiserne Lady. C. H. Beck Verlag, München 2025. 368 S., 32,– €.

https://www.faz.net/aktuell/politik/eiserne-lady-ohne-vermaechtnis-accg-110818019.html


Neue Zürcher Zeitung, January 13      

Das Völkerrecht ist zum Instrument geworden, um die USA und Israel zu schikanieren

Mit der Festsetzung des venezolanischen Machthabers Nicolás Maduro haben die Amerikaner gegen das Völkerrecht verstossen. Das Völkerrecht wird jedoch heute überall und systematisch verletzt. Meist interessiert das keinen.

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Nach der amerikanischen Militäraktion zur Festsetzung von Maduro wurde den USA von mehreren Staaten und der Uno ein präzedenzloser Bruch des Völkerrechts vorgeworfen. Mit der völkerrechtlichen Beurteilung mögen sie recht haben, doch mit der Präzedenzlosigkeit liegen sie falsch. Das Völkerrecht, ursprünglich als Grundlage einer regelbasierten internationalen Ordnung konzipiert, wird systematisch und täglich missachtet.

Staaten diskriminieren religiöse Minderheiten, beherbergen Terrororganisationen oder ignorieren wie im Sudan relativ offen ein Uno-Waffenembargo: Das sind alles eindeutige Brüche des Völkerrechts, die jedoch nur selten als solche benannt werden. Stattdessen wird das Völkerrecht als Instrument zur Disziplinierung westlicher Staaten, vor allem der USA und Israels, instrumentalisiert. Was die anderen machen, interessiert kaum.

Das Gewaltverbot wird umgangen

Einer der wichtigsten Grundsätze des Völkerrechts ist das Verbot von Gewalt gegenüber anderen Staaten. Seit dem Kalten Krieg wird zwischenstaatliche Gewalt häufig von paramilitärischen und terroristischen Gruppierungen ausgeübt. Verschiedene Resolutionen des Sicherheitsrates haben festgestellt, dass die Unterstützung und Beherbergung solcher Gruppen einen völkerrechtlichen Verstoss darstellt. Trotzdem tut sich die Uno seit je schwer mit der Verurteilung dieser verbreiteten Form von zwischenstaatlicher Gewalt. Viele Uno-Mitgliedstaaten sind selber Mittäter.

Auch Venezuela liess mehrere Terrororganisationen auf seinem Territorium gewähren. Von hier aus wurde die Ermordung des israelischen Botschafters in Mexiko geplant, wie letzten Herbst bekannt wurde. Ein gravierender Verstoss gegen das Völkerrecht, der jedoch kaum empörte Reaktionen in Kommentarspalten und Uno-Hallen provozierte.

Das Völkerrecht wird ignoriert, und niemanden stört es

Völkerrechtsverletzungen finden nicht nur zwischen Staaten, sondern auch innerhalb von Staaten statt. 1966 verabschiedete die Uno den Internationalen Pakt über bürgerliche und politische Rechte. Die meisten Uno-Staaten haben den völkerrechtlich bindenden Vertrag unterzeichnet und ratifiziert. Darin werden unter anderem die Religions- und die Gewissensfreiheit garantiert. Die Realität ist eine andere. Viele autoritäre Staaten und solche, die sich auf das islamische Recht beziehen, verbieten ihren Bürgern, ihre Religion frei zu wählen. Auch dieser Verstoss gegen das Völkerrecht bleibt in der Regel folgenlos.

Im Gegenteil dient das Völkerrecht vielfach als Schutzschild für autoritäre Staaten. Eine Interpretation des Völkerrechts, die staatliche Souveränität verabsolutiert, schadet aber nicht nur den Menschenrechten, sie ist auch politisch nicht durchsetzbar. Dies zeigt sich derzeit in Venezuela: Auf längere Frist wollten die USA keine Diktatur in nächster Nähe hinnehmen, die Amerika offen herausfordert und geopolitischen Antagonisten wie China und Iran eine Plattform bietet. Ein Rechtssystem, das sich nicht an der Realität orientiert, überlebt sich irgendwann selbst.

Ein Recht gegen den Westen

Man kann sich des Eindrucks nicht erwehren, dass Völkerrechtsverstösse nur höchst selektiv festgestellt werden. Doch Völkerrecht ist ein universelles Werkzeug und nur glaubhaft, wenn gleiche Massstäbe für alle gelten. Das ist heute nicht der Fall. Ein Recht aber, das nur für die einen gilt und von den anderen ignoriert werden kann, ist kein Recht, sondern Schikane.

Man kann mit guten Gründen argumentieren, dass den USA als westlicher Führungsmacht eine besondere Verantwortung zukomme. Tatsächlich wünscht man sich keine Welt, in der Staaten nach Gutdünken fremde Staatsoberhäupter auswechseln, so undemokratisch sie auch sein mögen.

Trotz allen Defiziten muss man anerkennen, dass das Völkerrecht eine zivilisatorische Leistung ist, die Staaten zu besserem Verhalten erziehen kann. De facto ist es aber vielfach keine Rechtsordnung, sondern eine moralische Norm, die weltweit nur eingeschränkt gilt und nur dort, wo Staaten ihr durch Konsens zustimmen, wie beispielsweise in Westeuropa. An diesem Konsens ändert auch die amerikanische Militäraktion in Venezuela nichts.

An vielen Orten existiert dieser Konsens sowieso nicht, und die regelbasierte Ordnung ist ein blosses Schauspiel. Der Übergriff von China auf Taiwan oder von Russland auf die Nato-Staaten wird nicht durch ein Regelwerk oder vorbildliches amerikanisches Verhalten verhindert, sondern durch politische und militärische Stärke.

https://www.nzz.ch/international/voelkerrecht-zaehlt-nur-wenn-mvoelkerrecht-zaehlt-nur-wenn-man-die-usa-oder-israel-kritisieren-kannan-die-usa-und-israel-kritisieren-kann-ld.1919255


Le Point, January 12         

Jonathan Haidt : pourquoi la démocratie s’est laissé piéger par l’émotion

Psychologue social de premier plan, Jonathan Haidt démonte les ressorts émotionnels qui transforment le débat démocratique en guerre morale permanente.

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Il est l’un des rares chercheurs à avoir déplacé le débat sans en rajouter sur la fièvre – ni sur les décibels. Depuis une quinzaine d’années, Jonathan Haidt ne cherche pas à arbitrer les indignations, mais à en démonter la fabrique, la mécanique, l’architecture. À comprendre non pas ce qui nous met en colère, mais pourquoi nous sommes si bons pour partir au quart de tour – et si mauvais pour ralentir, et a fortiori pour passer notre chemin.

Psychologue social américain, Haidt aura bâti sa notoriété sur une idée aussi simple que profondément antipathique à notre idéal rationaliste : l’esprit humain n’est pas une machine à vérité. Il juge d’abord et plaide ensuite. Sur la scène de crime de nos conflits d’opinion – et, dès lors, de politique –, l’intuition morale arrive toujours la première et le raisonnement ne la suit, bien après, que pour la défendre et arranger le monde à sa sauce. En d’autres termes, face au réel, nous opérons bien moins en scientifiques qu’en avocats d’une cause déjà entendue.

Tel est le cœur de The Righteous Mind, sorti en 2012 et enfin traduit cette année en français sous le titre La Supériorité morale. Pourquoi la politique et la religion nous divisent (Éditions Arpa, traduction Lilou Wimbée, sortie le 15 janvier 2026). Un essai majeur qui, aussi, nous explique pourquoi la « post-vérité » n’est ni une parenthèse honteuse ni une pathologie contemporaine, mais le régime cognitif ordinaire de notre espèce. Le cerveau humain n’a pas évolué pour connaître le réel, mais pour y survivre – quitte à le tordre, le simplifier, le moraliser.

On y retrouve la cartographie désormais canonique des fondations morales, la métaphore du cavalier et de l’éléphant, et cette formule qui dit presque tout : la morale lie autant qu’elle aveugle. Elle soude le groupe, amortit la dissonance, fabrique du sens là où le réel en manque – mais au prix d’une cécité structurelle. Car ce qui consolide le « nous » rend le « eux » non seulement opaque, mais suspect, illégitime et, dès lors, traitable en ennemi dans une guerre où il ne peut y avoir qu’un seul (camp) vainqueur.

C’est là que Haidt devient particulièrement précieux, car il ne se contente pas de décrire ce phénomène, il en mesure les conséquences politiques. Si religions et idéologies fracturent si violemment l’espace public, c’est qu’elles exploitent des circuits mentaux ancestraux qui nous poussent à voir des causes partout, des intentions dans les faits, des ennemis dans les désaccords. Et à l’heure où la démocratie ne cesse de ressembler, pour rester poli, à une foire d’empoigne entre réflexes moraux concurrents, la question n’est plus de savoir qui a raison, mais ce qu’il reste de commun quand chacun se vit comme le camp du Bien.

Jonathan Haidt ne sermonne pas, il creuse, ausculte notre époque avec l’outil qui lui fait le plus défaut : un scalpel cognitif. Et permet de répondre à cette angoisse devenue structurelle : comment préserver une société ouverte quand chacun vit enfermé dans son propre cerveau – son propre clan – justicier ? Et que devient une démocratie quand chacun vit dans sa propre bulle de filtre, convaincu que ses émotions sont des faits et ses certitudes des preuves ?

Le Point : Votre thèse centrale est celle du primat de l’intuition sur le raisonnement. À la lumière de l’actualité politique, diriez-vous que les démocraties libérales ne sont plus aujourd’hui le théâtre de désaccords argumentés, mais de réflexes émotionnels concurrents ?

Jonathan Haidt : Oui. Et cela tient en partie au moment où j’ai écrit La Supériorité morale, entre 2010 et 2011, soit une époque où les réseaux sociaux en étaient encore à leurs balbutiements. Ils n’avaient pas encore atteint le degré de viralité que nous connaissons aujourd’hui et, à l’époque, nous étions nombreux à croire, sincèrement, qu’Internet serait le meilleur allié de la démocratie.

Ce que les années 2010 nous ont appris, c’est que nous faisions méchamment fausse route. Les contenus sont devenus « super-viraux ». Les plateformes ont modifié leur architecture – Facebook, par exemple, avec ses fils de commentaires – de manière que tout le monde puisse interagir avec tout le monde, instantanément et sous le regard de tous. De la sorte, les échanges en ligne sont devenus plus rapides, plus vifs et beaucoup plus performatifs. Il ne s’agissait plus tant de convaincre que de s’affronter devant un public.

Certaines recherches confirment d’ailleurs ce que j’avançais déjà dans mon livre. Jay Van Bavel et ses collègues ont publié un article majeur montrant que, si l’on analyse le nombre de mots exprimant des émotions dans un tweet – en particulier des émotions morales, et plus encore des émotions morales négatives comme la haine, la colère ou l’indignation –, ces tweets se diffusent plus rapidement. Autrement dit, tout ce que je disais sur l’intuitionnisme et le rôle des émotions dans La Supériorité morale était déjà vrai à l’époque, et les évolutions technologiques n’ont fait que renforcer ce constat. Aujourd’hui, nous disposons de toujours moins de temps et de toujours moins d’espace pour raisonner – et l’expression publique des émotions occupe une place massivement plus centrale.

Aujourd’hui, nous disposons de toujours moins de temps et de toujours moins d’espace pour raisonner – et l’expression publique des émotions occupe une place massivement plus centrale.

Jonathan Haidt

En effet, de nombreuses démocraties semblent aujourd’hui prises dans une sorte d’escalade émotionnelle – polémiques, peur, indignation morale… Mais s’agit-il d’un phénomène nouveau ou voyons-nous simplement l’amplification de notre « supériorité morale » sous l’effet des technologies ?

Il y a toujours eu, dans l’histoire, des moments où les passions populaires ont éclaté avec un potentiel destructeur considérable. Si l’on se penche sur les grandes séquences historiques – la Révolution française, la Révolution russe, Mai 68 dans de nombreux pays, dont la France et les États-Unis –, on observe à l’évidence une montée en intensité des émotions. Ces périodes sont souvent liées à des mouvements de libération ou aux passions suscitées par le renversement de structures de pouvoir perçues comme oppressives. En ce sens, bien sûr que non, le phénomène n’est pas nouveau.

Mais ce qui me semble différent aujourd’hui, c’est son caractère pour ainsi dire permanent : une mobilisation massive de la colère publique qui ne retombe jamais. Elle ne s’apaise pas. Elle devient un bruit de fond constant. Dans ce contexte, il est extrêmement facile pour ce que l’on pourrait appeler des « entrepreneurs moraux » d’attiser en continu l’indignation autour de leurs causes particulières.

Peut-être faut-il aborder la question sous un angle légèrement différent. Yuval Noah Harari dit que la démocratie est une conversation, et je pense que, là-dessus, il a raison. Lorsque cette conversation se déroulait dans les journaux, à la télévision, dans des espaces encadrés par des rédacteurs en chef et des gardiens de l’information, l’émotion était toujours présente, mais elle ne pouvait pas s’emballer.

Lorsque la conversation s’est déplacée vers Twitter, Facebook, Instagram et d’autres plateformes, les algorithmes ont commencé à récompenser tout ce qui suscite des réactions. Or les contenus émotionnels en génèrent davantage. Oui, de nombreuses démocraties sont donc prises dans un cycle d’escalade émotionnelle et, tant que la technologie fonctionnera de cette manière, il sera difficile de trouver un moyen d’y mettre un terme.

Il est extrêmement facile pour ce que l’on pourrait appeler des « entrepreneurs moraux » d’attiser en continu l’indignation autour de leurs causes particulières.

Jonathan Haidt

Dans La Supériorité morale, vous insistez sur l’idée que les individus n’adoptent pas des positions morales en raisonnant, mais en ressentant. Qu’est-ce que cela implique pour les idéaux démocratiques que sont la délibération, le compromis ou la persuasion ?

En tant qu’intuitionniste, je pense que l’intuition vient en premier. Elle prépare le terrain. Elle dessine le paysage dans lequel le raisonnement peut ensuite s’inscrire. Cela ne signifie évidemment pas que les émotions doivent l’emporter. Un dirigeant qui se contente de susciter des émotions est un démagogue, et je ne défends en aucun cas la démagogie.

Mais, à l’inverse, nous constatons aussi que des dirigeants technocratiques extrêmement compétents peinent souvent à mobiliser le soutien du public s’ils ne savent pas communiquer. Un grand dirigeant politique parle à l’éléphant* : il s’adresse à l’intuition des gens. Il utilise des métaphores. Il fait preuve de compassion et mobilise d’autres émotions. C’est une étape essentielle, et elle doit venir en premier.

Ensuite, et c’est crucial, il faut apporter des preuves, des arguments, des raisons solides et de bonnes politiques. Aux États-Unis, Ronald Reagan et Bill Clinton ont excellé dans cet exercice. Ils étaient d’excellents communicants parce qu’ils savaient s’adresser à l’éléphant. Ils parvenaient à rallier les gens à leur cause. Or, dans une démocratie, il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées : il faut aussi être capable de rassembler le soutien nécessaire pour les mettre en œuvre.

Je voudrais ajouter ici une note plus personnelle. Ma motivation initiale pour écrire ce livre était en réalité d’aider les démocrates à cesser de perdre. En 2004, le Parti démocrate avait essuyé une deuxième défaite face à George W. Bush. Je n’aimais pas George W. Bush. À mes yeux, il n’avait pas été un très bon président. Et je ne pensais pas non plus que les démocrates auraient dû perdre face à lui.

De nombreuses démocraties sont donc prises dans un cycle d’escalade émotionnelle et, tant que la technologie fonctionnera de cette manière, il sera difficile de trouver un moyen d’y mettre un terme.

Jonathan Haidt

Au départ, j’ai eu comme envie de saisir les démocrates par le col pour leur dire : « Arrêtez ce que vous faites, vous ne parlez pas aux gens. Oui, vous avez de bonnes idées politiques, mais vous ne les communiquez pas de façon à leur donner le moindre écho. » C’est ce qui m’a conduit à m’intéresser à l’articulation entre intuition et raisonnement et à la manière dont les démocrates s’y prennent souvent très maladroitement, alors que les républicains sont en général bien plus efficaces.

Sauf que cela ne s’est pas arrêté là. En lisant davantage d’auteurs conservateurs – en particulier les meilleurs intellectuels conservateurs –, j’ai commencé à voir de bonnes idées auxquelles je n’avais jamais pensé. Ce qu’il faut, en réalité, c’est accepter d’écouter plusieurs points de vue.

Les émotions morales sont-elles tyranniques ?

Les émotions peuvent effectivement devenir tyranniques lorsqu’elles sont intenses, au sens où elles réorganisent nos systèmes perceptif, cognitif et physique afin de nous pousser à agir avec vigueur. La peur, par exemple, prépare le corps à fuir. Elle modifie ce à quoi nous prêtons attention – vous voyez des menaces partout – et elle altère aussi le raisonnement. Il devient difficile de raisonner de façon réellement rationnelle lorsque l’on est envahi par la peur.

La colère fonctionne de manière comparable. Elle vous prépare à affronter une injustice ou quelqu’un qui vous a trompé. Vous êtes prêt à vous battre, à vous disputer. Vous n’êtes plus ouvert aux arguments de l’autre camp – vous « connaissez » déjà leurs arguments. Les travaux sur les émotions montrent ainsi que, lorsqu’elles sont fortes, elles peuvent prendre le dessus sur nos facultés. Elles orientent à la fois la perception et la pensée. En ce sens, oui, on peut parler d’une forme de tyrannie à l’échelle de l’individu.

À l’échelle collective, la situation est plus complexe. Une autorité politique ou un mouvement social peut mobiliser les émotions de différentes manières. Prenons le mouvement des droits civiques aux États-Unis : il a largement fait appel aux émotions, mais avec une grande maîtrise. Martin Luther King et d’autres leaders étaient très clairs : pas de colère. Il faut agir avec amour, pas avec colère. Les émotions n’y étaient pas utilisées de manière tyrannique, mais de manière persuasive.

Les émotions ne sont donc pas, en elles-mêmes, tyranniques. En revanche, lorsque la colère devient l’émotion dominante d’un mouvement, celui-ci tend effectivement à devenir tyrannique. La colère peut être légitime – je ne dis pas qu’elle n’a jamais sa place. Mais lorsqu’elle prend le dessus, on assiste souvent à des atrocités, à des débordements et à des échecs. Les mouvements vont trop loin, détruisent trop, effraient les gens… et finissent par perdre l’assentiment qu’ils avaient réussi à acquérir dans la population.

Pour suivre cette logique, lorsque vous écrivez à propos de l’« esprit de la ruche » – cet état où l’individu va provisoirement se fondre dans un « nous » collectif, comme si le groupe fonctionnait comme un super-organisme – qu’il se déclenche pour faciliter autant l’altruisme et l’héroïsme que la guerre et le génocide, qu’est-ce qui détermine qu’il aille vers la solidarité ou la catastrophe ?

L’esprit de la ruche produit toujours de la solidarité. Toujours. La véritable question est donc : une solidarité au service de quoi ? Dans quel but est-elle mobilisée ?

Un dirigeant habile saura éveiller les passions tout en restant ouvert d’esprit et flexible quant aux moyens d’atteindre ses objectifs. Je pense, par exemple – même si la comparaison est peut-être un peu risquée –, que la Révolution américaine a été l’une des rares révolutions réussies qui n’ont pas débouché sur des massacres ni sur la tyrannie. À l’inverse, la Révolution française et la Révolution russe ont été beaucoup plus passionnelles et ont conduit à bien davantage d’atrocités et de violence.

En tant qu’Américain, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance que nos Pères fondateurs aient été, d’une certaine manière, d’excellents psychologues. Ils avaient une conscience aiguë des besoins, mais aussi des dangers, que représentent les émotions dans une démocratie. La démocratie est, par nature, instable. D’ailleurs, les Pères fondateurs ne voulaient pas d’une démocratie pure : ils voulaient une République, dans laquelle les législateurs sont élus démocratiquement, pour être ensuite partiellement isolés et protégés des passions populaires directes, car ils estimaient que les citoyens étaient trop enclins à l’émotion.

Mais lorsque des acteurs politiques sont persuadés que leur cause est moralement pure, avec quelle facilité les normes démocratiques – liberté d’expression, procédure régulière, pluralisme – deviennent-elles secondaires, voire superflues ?

Il est essentiel, lorsqu’on parle de démocratie libérale, de ne pas oublier le mot « libérale ». Il existe des démocraties non libérales où « le peuple décide » – et si le peuple veut nier des droits ou même tuer quelqu’un, il en a le pouvoir. La démocratie libérale, elle, inclut l’État de droit et des limites claires à ce que le pouvoir peut faire.

Le problème psychologique, c’est que lorsqu’un groupe est convaincu d’avoir raison et que l’autre camp est perçu comme foncièrement mauvais, il en vient facilement à penser que la fin justifie les moyens. Il se sent alors autorisé à enfreindre la loi, parce que « nous avons raison » et que « nous sauvons le pays ». C’est extrêmement dangereux.

Donald Trump a publié un message en février – qu’il pensait être une citation de Napoléon – affirmant : « Celui qui sauve son pays ne viole aucune loi. » C’est une déclaration stupéfiante dans un pays fondé sur l’État de droit. Elle revient à dire : je peux enfreindre n’importe quelle loi si c’est pour une bonne cause. C’est exactement ce que disent toujours les extrémistes. C’est ce en quoi ils croient. Et il est donc profondément inquiétant qu’un dirigeant estime qu’aucune loi ne s’applique à lui dès lors qu’il prétend « sauver le pays ».

Historiquement, il y a toujours eu des fondamentalistes, à droite comme à gauche. Un système politique sain veille à ce qu’ils ne disposent pas du pouvoir d’imposer à tous leur manière de vivre. Ils restent en marge. Mais les réseaux sociaux leur ont donné une influence nouvelle : ils ont élargi leur audience et renforcé leur capacité de mobilisation. Nous voyons donc aujourd’hui davantage de fondamentalistes, de gauche comme de droite, jouer un rôle actif dans nos sociétés.

La montée de l’extrême droite en France en est un exemple, et le phénomène s’observe partout en Europe comme aux États-Unis. Et, à gauche, nous assistons à l’essor de ce que l’on appelle souvent la gauche « woke ».

Je vous ai souvent lu ou entendu décrire l’évolution du débat politique au cours des quarante ou cinquante dernières années comme le passage de désaccords concrets – portant sur les politiques publiques et les intérêts, ce qui laissait la possibilité d’un terrain d’entente, de compromis… – à un affrontement autour des valeurs, qui s’assortit logiquement d’une délégitimation morale réciproque, où l’autre camp n’est plus seulement considéré comme dans l’erreur, mais comme mauvais, dangereux ou immoral. Comment cette transformation affecte-t-elle la démocratie libérale ?

Il est très clair que ce qui se passe à gauche et à droite évolue de manière parallèle dans l’ensemble des démocraties occidentales. Commençons par la droite. Le populisme de droite en Europe est étroitement lié au populisme de droite aux États-Unis. On voit des figures comme Donald Trump ou J.D. Vance se rendre en Europe pour soutenir des partis d’extrême droite. Mais je tiens à être très clair : rien de tout cela n’a quoi que ce soit de conservateur au sens de la tradition intellectuelle conservatrice. Il s’agit d’une forme de populisme de droite. C’est tribal. C’est « groupiste », pour reprendre le terme que j’emploie dans La Supériorité morale. Et c’est de plus en plus lié à l’ethnicité, ce qui est profondément regrettable.

En Europe, cela se cristallise principalement autour de l’immigration en provenance des pays musulmans et d’Afrique du Nord. Aux États-Unis, l’attention se porte davantage sur l’immigration latino-américaine. Et ce qui m’inquiète tout particulièrement, c’est l’apparition de termes que je n’avais jamais entendus auparavant, comme les « Américains de souche ». Je trouve cette expression terrible, car elle laisse entendre que les chrétiens blancs seraient les « vrais » Américains, contrairement à tous les autres.

Dans des pays comme la Suède ou l’Italie, où l’identité nationale a historiquement été plus étroitement associée à l’ethnicité, on peut au moins comprendre ce que quelqu’un veut dire lorsqu’il définit l’identité de cette manière, que l’on partage ou non ce point de vue. Mais l’Amérique, elle, a toujours été fondée sur une croyance, et non sur une race. Il est donc particulièrement inquiétant de suggérer que vous n’êtes pas « vraiment américain » si vous êtes venu d’ailleurs. C’est une rupture majeure avec notre projet national.

Mais, dans le même temps, si la droite n’est plus conservatrice, la gauche, elle, n’est plus libérale ni progressiste. La gauche à laquelle j’adhérais dans les années 1990 – lorsque j’admirais Bill Clinton, puis Barack Obama – était universaliste. Elle visait à étendre les droits à tous, à élargir la liberté afin que chacun puisse vivre comme il l’entendait.

Ce qui s’est produit à l’ère des réseaux sociaux, c’est un basculement vers l’identité et l’identitarisme. Et des recherches indiquent que ce mouvement est en grande partie porté par des Blancs diplômés de l’université, passés par quatre années d’enseignement supérieur et exerçant des professions intellectuelles, notamment dans l’économie de la connaissance. Leur morale est devenue profondément identitaire et, paradoxalement, elle est elle aussi centrée sur la « blanchité », mais sous la forme inversée : « Les Blancs sont mauvais. »

On l’a vu au moment de l’affaire George Floyd : la « blanchité » était traitée comme le mal absolu, comme quelque chose à combattre et à éradiquer. Là encore, il s’agit d’identitarisme – et, là encore, d’une forme de racisme.

Nous assistons donc à des évolutions profondément préoccupantes. Les démocraties libérales comme la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis comptent parmi les plus grandes sociétés jamais construites du point de vue de la promotion de l’épanouissement humain. Or nous les voyons aujourd’hui menacées, à la fois par la droite et par la gauche.

Vous soutenez depuis des années que, sans une véritable diversité des points de vue, la science elle-même se dégrade – non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan épistémique. Selon vous, l’hétérodoxie relève-t-elle d’un idéal moral, d’une nécessité scientifique, des deux, ou d’autre chose encore ?

Pour moi, ce n’est pas d’abord un idéal moral. C’est avant tout un principe de sociologie des sciences. On peut certes y voir une dimension morale dans un sens précis : les institutions ont des missions, voire des obligations fiduciaires. Les universités, en particulier, reçoivent d’importants financements publics et bénéficient d’un capital de confiance élevé. Elles ont, à ce titre, une obligation quasi fiduciaire envers la vérité. Leur rôle est d’enseigner et de produire des connaissances fiables.

Ce que j’ai vu émerger au cours des années 2010, c’est que les universités se sont attribué une troisième mission : la justice sociale. Et comme l’écrasante majorité des acteurs se situait à gauche, cette mission a été largement adoptée, sans que beaucoup osent dire : « Euh, les universités ne sont pas censées devenir des organisations militantes. Elles doivent faire de la recherche et enseigner. »

Dans une démocratie, il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées : il faut aussi être capable de rassembler le soutien nécessaire pour les mettre en œuvre.

Jonathan Haidt

Je l’ai d’abord observé en psychologie sociale, puis en psychologie tout court, ensuite dans les sciences sociales, puis dans les sciences humaines. Au départ, beaucoup disaient : « Cela ne touchera jamais les sciences dures. » Mais, vers 2017 ou 2018, le phénomène les a atteintes à leur tour – par exemple, autour de la question des différences entre les sexes. Même l’idée selon laquelle les hommes et les femmes auraient une base biologique distincte se trouvait contestée.

L’hétérodoxie n’est donc pas une fin en soi. Ce n’est pas un impératif moral. C’est un moyen en vue d’une fin. Dans toute institution épistémique – y compris les médias –, il est essentiel d’empêcher l’installation d’une orthodoxie. Chacun devrait pouvoir exprimer son désaccord sans craindre l’ostracisme.

L’arme principale utilisée dans ce processus n’a pas été la violence physique. Personne n’a réellement été tué. Il y a bien eu quelques suicides de personnes « annulées », mais le mécanisme central est celui de l’intimidation : la menace de la destruction sociale. Si vous n’êtes pas d’accord, vous serez socialement détruit. Vous deviendrez controversé, inemployable. C’est pour cela que tant de professeurs se sont tus. Même titularisé, si on ne vous licencie pas facilement, on peut vous rendre socialement mort. Vous pouvez devenir un paria.

C’est ce que j’ai observé dans le monde universitaire américain. Et il était très clair que la situation était comparable au Canada et au Royaume-Uni : il existe un modèle anglo-saxon du politiquement correct. D’après ce que j’ai pu entendre, le phénomène commence également à se manifester en France, en Allemagne et en Scandinavie – peut-être plus lentement et de manière moins intense.

Vous avez cofondé l’Heterodox Academy en 2015, une initiative visant à briser la « monoculture idéologique » des grandes universités américaines, penchant lourdement à gauche, en œuvrant pour une plus grande diversité d’opinions et une culture du désaccord constructif dans le monde académique. Au regard du climat actuel sur les campus, êtes-vous aujourd’hui plus optimiste ou plus pessimiste qu’il y a dix ans ?

Je suis à la fois plus optimiste – et plus inquiet – car la nature de la menace a changé. J’ai observé une sorte de loi dans les guerres culturelles : chaque action suscite une réaction opposée et souvent disproportionnée, comme une version culturelle des lois de Newton. Pendant une grande partie des années 2010, la gauche woke a intimidé tout le monde. Elle a imposé des politiques désastreuses. C’était la principale menace, et il n’y avait pratiquement aucune pression venue de la droite sur les campus, tout simplement parce qu’il n’y avait quasiment pas de droite sur les campus.

Mais depuis l’élection de Donald Trump, la dynamique s’est inversée. La menace d’annulation venant de la gauche a fortement reculé, et, de ce point de vue, c’est une évolution positive : il existe désormais une force de contrepoids.

En revanche, si l’intimidation émane désormais de la droite – et si la droite contrôle le gouvernement fédéral, les financements, l’armée, l’ICE (qui fonctionne de facto comme une force de police placée au service du président) –, alors la situation devient très inquiétante. Beaucoup d’entre nous, sur les campus, doivent désormais faire preuve de prudence. Si je dis quelque chose de trop critique, ou simplement de trop négatif à propos de Donald Trump, il existe un risque de représailles contre mon université – pas seulement contre moi, mais contre l’institution elle-même.

Donc oui, l’extrême gauche a été contenue. Mais nous avons désormais l’extrême droite.

Et l’extrême droite détient le pouvoir étatique.

Exactement. L’extrême droite dispose aujourd’hui de beaucoup plus de pouvoir que l’extrême gauche n’en a jamais eu.

Ce qu’il faut, en réalité, c’est accepter d’écouter plusieurs points de vue.

Jonathan Haidt

La Supériorité morale s’appuie sur un vaste corpus de recherches en psychologie sociale. Depuis sa publication, la crise de la reproductibilité – étudiée notamment par Brian Nosek, avec qui vous avez travaillé – a montré que de nombreuses conclusions classiques souffraient d’un manque de représentativité et d’une faible reproductibilité. Avec le recul, y a-t-il des affirmations, des exemples ou des passages que vous réviseriez, nuanceriez ou formuleriez aujourd’hui avec plus de prudence ?

Tout d’abord, je pense que si l’on comprend La Supériorité morale, on comprend aussi pourquoi la science n’est pas une communauté épistémique parfaite. Les scientifiques sont des êtres humains. Nous avons des biais – notamment le biais de confirmation. La qualité de la recherche dépend de la qualité de ce que j’appellerais la « disconfirmation institutionnalisée ». C’est une expression importante, et utile.

La crise de la reproductibilité a précisément mis en lumière le fait que nous ne pouvons pas nous autocontrôler. Nous ne pouvons pas simplement attendre de chaque chercheur qu’il surveille parfaitement sa propre pensée, son laboratoire ou ses motivations. Nous avons besoin de garde-fous plus solides.

Dans le livre, j’aborde aussi la question de la responsabilité, en particulier à travers les travaux de Philip Tetlock : lorsqu’on sait que l’on devra rendre des comptes, on devient un penseur plus rigoureux. Et aujourd’hui, grâce aux réformes impulsées par Brian Nosek et de nombreux collègues, cette responsabilité est bien plus forte. Les données sont désormais publiques. Quand j’étais jeune chercheur, elles ne l’étaient pas. Quelqu’un pouvait vous écrire pour les demander, mais elles n’étaient pas mises en ligne. Aujourd’hui, tout est accessible. Cela oblige tout le monde à être plus prudent. De ce point de vue, je pense que l’évolution globale a été positive.

Deuxièmement, oui, je m’appuie sur un grand nombre d’études dans mes livres. Je crois avoir cité quelques travaux sur le priming dans La Supériorité morale. Si je pouvais revenir en arrière, je les retirerais probablement. De fait, les effets d’ancrage semblent faire partie des résultats les moins robustes en termes de reproductibilité, et une grande partie de cette littérature apparaît aujourd’hui comme erronée.

En revanche, je reste convaincu que les affirmations fondamentales de La Supériorité morale – les trois principes* – demeurent valables. Cela a résisté à l’épreuve du temps.

L’Amérique a été fondée sur une croyance, et non sur une race. Il est donc particulièrement inquiétant de suggérer que vous n’êtes pas « vraiment américain » si vous êtes venu d’ailleurs. C’est une rupture majeure avec notre projet national.

Jonathan Haidt

Oui, je peux le confirmer. D’ailleurs, la partie du livre consacrée à la politique s’appuie notamment sur les conclusions de la génétique comportementale, selon lesquelles les orientations politiques sont liées à des différences psychologiques et de tempérament relativement stables et à forte composante génétique. À votre avis, cette idée est-elle mieux acceptée aujourd’hui qu’au moment de la publication de La Supériorité morale ou est-elle devenue encore plus controversée ?

Je ne pense pas que la science elle-même ait été remise en cause. Le principe fondamental – le fait que les jumeaux monozygotes tendent à se ressembler davantage que les jumeaux dizygotes – reste solide. Là-dessus, il n’y a guère de débat.

Bien sûr, scientifiquement, c’est très bien établi. Mais je voulais dire : est-ce devenu plus ou moins controversé dans l’espace public ?

C’est une bonne question. À l’extrême gauche, l’évolution, la biologie et la génétique font aujourd’hui l’objet de critiques plus virulentes, si bien qu’on observe effectivement une controverse accrue dans certains milieux.

Mais, pour la majorité des gens, je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé. Il me semble que nous avons collectivement intégré l’idée que les gènes jouent un rôle dans presque tout – dans la quasi-totalité des traits humains, ils interviennent d’une manière ou d’une autre. C’est désormais assez largement admis.

Votre travail s’inscrit largement dans un paradigme de recherche darwinien. Dans des pays comme la France – et je peux en témoigner personnellement –, il existe encore une forte résistance à la biologie comportementale. Craignez-vous que La Supériorité morale y soit en partie ignorée ou mal comprise en raison de cette résistance ?

Je ne sais pas, mais je peux peut-être répondre autrement. J’ai remarqué que, dans mon domaine – la psychologie sociale et la psychologie morale –, l’essentiel de la recherche est produit aux États-Unis, mais aussi beaucoup en Europe : en Allemagne, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Italie. En revanche, très peu de travaux viennent de France. Tout au long de ma carrière universitaire, j’ai toujours su que les physiciens français jouaient un rôle majeur – on entend beaucoup parler de la physique française –, mais je n’ai presque jamais entendu parler de découvertes françaises en sciences sociales.

Mon impression – et cela peut être délicat à formuler – est que la vie intellectuelle et universitaire française est longtemps restée très centrée sur la langue française, et relativement réticente à l’anglais comme langue scientifique internationale. Pendant une grande partie de ma carrière, mes livres n’ont pas été traduits en français et, jusqu’à une période récente, mon travail y était peu connu. Plus largement, la France semblait privilégier les productions francophones.

Mais j’ai le sentiment que cela est en train d’évoluer. Je perçois aujourd’hui davantage d’ouverture et un intérêt croissant, chez les lecteurs français, pour des perspectives internationales.

Geoffrey Miller, psychologue évolutionnaire, m’avait dit un jour : « Plus vous comprenez l’évolution, plus vous aurez de mal à vous situer sur l’échiquier politique et à vous reconnaître dans des étiquettes trop simples. Prendre Darwin au sérieux, c’est gagner la liberté de ne prendre aucune idéologie trop au sérieux. » N’est-ce pas là, aussi, finalement, l’un des messages de La Supériorité morale ?

Je ne suis pas certain de pouvoir évaluer la proposition dans son ensemble, mais je peux expliquer ce que la pensée évolutionnaire m’a apporté. L’ensemble de mon travail repose sur l’idée que Darwin et la pensée évolutionnaire ont quelque chose d’essentiel à nous apprendre sur la nature humaine, et que l’anthropologie, ainsi que la variation culturelle, a beaucoup à nous dire sur les institutions humaines et la manière dont les sociétés s’organisent. Il faut articuler les deux. C’est précisément ce que j’essaie de faire, en particulier dans La Supériorité morale.

Bien des idéologies prétendent vouloir transformer l’humanité, voire changer la nature humaine. La pensée évolutionnaire permet de comprendre pourquoi ces projets sont si souvent voués à l’échec. Pensez à la célèbre plaisanterie d’E. O. Wilson : interrogé sur ce qu’il pensait du communisme, il avait répondu : « Excellente idée, mais mauvaise espèce. »

La pensée darwinienne aide à rester ancré dans la réalité de la nature humaine – avec ses limites, mais aussi avec son immense potentiel. Et lorsqu’on raisonne ainsi, les idées radicales impressionnent beaucoup moins facilement.

Si vous deviez formuler une leçon contre-intuitive issue de la psychologie morale à destination des démocraties européennes d’aujourd’hui, quelle serait-elle ?

De fait, j’en ai une. Je pense que beaucoup de démocraties libérales ont perdu de vue la nécessité d’une matrice morale* cohérente et contraignante – c’est-à-dire une conception largement partagée de qui nous sommes, de ce qui est bien et de ce qui est mal. Et c’est, selon moi, une faiblesse particulièrement marquée à gauche.

J’ai d’ailleurs consacré dans La Supériorité un chapitre à ce que j’appelle « l’angle mort de la gauche », et j’aimerais y revenir ici. Aux États-Unis, la situation est devenue tragique : la gauche, en particulier, doit impérativement garder un œil sur ce que j’appelle le capital moral*. Cela signifie prendre au sérieux les questions d’immigration et d’assimilation. Une immigration accompagnée d’une véritable assimilation peut être une très bonne chose. Une immigration sans assimilation conduit généralement à une érosion du capital moral. Or l’immigration est l’un des sujets sur lesquels la gauche se voit aujourd’hui « crucifiée » dans l’ensemble du monde occidental.

Mon conseil serait donc le suivant : gardez un œil sur le capital moral et sur la matrice morale. Soutenez les politiques qui les renforcent – et ne cédez rien aux identitaires.

La Supériorité morale. Pourquoi la politique et la religion nous divisent, de Jonathan Haidt (Éditions Arpa, trad. Lilou Wimbée). Sortie le 15 janvier 2026.

https://www.lepoint.fr/debats/jonathan-haidt-emotions-superiorite-morale-et-crise-de-la-democratie-liberale-TG2ZSKHBURHURHJOVTM53F2UAQ/


Le Point, January 11         

Pascal Boyer : pourquoi la démocratie échoue là où commence la nature humaine

Dans un essai sans consolation, Pascal Boyer explore les limites cognitives de l’idéal démocratique. Pour lui, la polarisation, le populisme et les colères ne sont pas des accidents de parcours.

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Peut-être que la faiblesse majeure de la démocratie libérale n’est pas tant institutionnelle qu’anthropologique. Que son actuelle « crise » relève moins d’un déficit d’éducation, de civisme ou même de bonne volonté que d’une erreur plus fondamentale sur la nature de l’animal politique que nous sommes.

Telle est l’hypothèse – méthodiquement et factuellement étayée – que développe Pascal Boyer dans L’Impossible Démocratie. Comment nos instincts façonnent et déforment l’idéal politique (traduit de l’anglais par Abel Gerschenfeld, son ouvrage sortira chez Robert Laffont le 15 janvier 2026). Un essai qui prend la démocratie au sérieux précisément parce qu’il refuse de la sacraliser. Au lieu de raisonner en termes de valeurs abstraites ou de défaillances morales, Boyer part d’un constat autrement prosaïque : la vie politique est d’abord structurée par des mécanismes cognitifs hérités de l’évolution, largement inconscients, et souvent en porte-à-faux avec le récit que les démocraties libérales se racontent à elles-mêmes.

Franco-américain, chercheur au CNRS, membre de l’Académie américaine des arts et des sciences, titulaire de la chaire Henry Luce d’anthropologie cognitive à l’université Washington de St. Louis, Pascal Boyer est loin d’être un petit nouveau dans le paysage intellectuel. Au tournant du millénaire, avec Et l’homme créa les dieux (Robert Laffont), il avait déjà montré comment les croyances religieuses émergent non d’un besoin métaphysique particulier, mais du fonctionnement ordinaire de l’esprit humain. Vingt ans plus tard, avec La Fabrique de l’humanité (Robert Laffont), il visait à expliquer les sociétés humaines avec la même précision, la même exigence que le reste du vivant, en rompant avec l’un des plus vieux impensés des sciences humaines et sociales : leur obstination à faire comme si la biologie, et donc l’évolution, pouvaient être tenues à distance du social.

L’impossible démocratie procède de la même démarche : appliquer les outils des sciences cognitives et de la biologie comportementale à un domaine que l’on continue trop souvent de traiter comme s’il leur échappait : la vie politique.

À ce titre, la thèse du livre est aussi simple dans sa formulation que déstabilisante dans ses implications. Non, nous n’adhérons pas à des idées politiques parce qu’elles seraient plus cohérentes ou plus vraies que d’autres. Non, nous ne choisissons pas non plus nos dirigeants sur la base de leurs compétences. Et non, la polarisation n’est ni une dérive récente ni un accident de parcours que l’on pourrait corriger à coups de pédagogie civique. Nos opinions politiques fonctionnent d’abord comme des signaux d’appartenance, nos raisonnements comme des instruments de justification et de persuasion, nos fidélités partisanes comme des mécanismes coalitionnels hérités d’un passé évolutif bien antérieur à l’invention du suffrage universel.

Reste – et c’est sans doute là que réside son intérêt principal – que L’Impossible Démocratie ne propose ni manifeste ni programme. Boyer ne promet pas de « sauver » la démocratie, pas davantage de la réparer. Il en décrit les conditions de possibilité, les illusions constitutives et les limites structurelles, en refusant toute forme de consolation idéologique. Ce qui, par les temps qui courent, n’est pas loin d’être inestimable.

Vous affirmez que la politique est, pour une large part, une affaire de biologie. Pourquoi cette idée reste-t-elle si dérangeante, y compris dans les démocraties libérales contemporaines ?

Par biologie, j’entends non seulement les tissus et les cellules, mais aussi tout ce qui nous vient de notre évolution, et surtout notre psychologie, notre manière de créer et de maintenir des groupes, des communautés, des nations – notre nature humaine d’êtres politiques, qui résulte de centaines de milliers d’années de sélection naturelle.

Cela peut être dérangeant parce que cela nous montre à quel point nos choix et opinions sont gouvernés par des processus dont nous ne sommes pas vraiment conscients, ce qui jette le doute sur la connaissance et la maîtrise que nous avons sur notre propre esprit.

Vous insistez sur la distinction entre image manifeste et image scientifique de la politique. Pourquoi les sciences sociales résistent-elles autant à ce changement de perspective déjà opéré par la biologie ou la physique ?

L’image manifeste, apparente, ce sont les débats politiques, les programmes, les déclarations, les institutions. Une image scientifique, encore à construire, nous expliquerait pourquoi les êtres humains ont fondé des systèmes politiques si divers, qui sont pourtant fondés sur une psychologie commune.

C’est peut-être dans la nature humaine de vouloir tuer nos rivaux, mais c’est aussi à cause de notre nature évolutive (et non contre elle) que nous pouvons construire des systèmes judiciaires.

Pascal Boyer

L’un des obstacles à cette étude scientifique est que les sciences sociales sont victimes de leur pertinence : leurs résultats comptent. Si je vous dis que les humains sont naturellement portés à la coopération et au partage, mais aussi à la collaboration au sein d’un groupe pour gagner contre d’autres groupes, ces deux faits peuvent, chacun, sembler apporter du grain à moudre à des options idéologiques comme la redistribution ou le nationalisme.

C’est d’autant plus le cas si l’on parle des dispositions naturelles des êtres humains, du fait d’une erreur naturaliste trop répandue. Dire qu’un trait vient de notre évolution naturelle, pour beaucoup cela équivaut à dire que le trait ou le comportement sont inévitables ou même justifiés. Mais c’est là une erreur – c’est peut-être dans la nature humaine de vouloir tuer nos rivaux, mais c’est aussi du fait de notre nature évolutive (et non contre elle) que nous pouvons construire des systèmes judiciaires.

Vous expliquez que les idéologies totalitaires du XXᵉ siècle reposaient sur un déni de la nature humaine. En quoi ce déni persiste-t-il aujourd’hui sous des formes plus respectables ou plus progressistes ?

En effet, les communistes refusaient l’idée d’une nature humaine pour promouvoir la production d’un « homme nouveau ». Les nazis rejetaient l’idée de notre nature commune pour y substituer une nature ethnique. Il y a là un refus de notre nature biologique, commune à tous les être humains – et qui détermine l’enveloppe des choix possibles pour les sociétés humaines.

Mais les idéologies criminelles n’ont pas le monopole du rejet de la nature. Pendant longtemps, beaucoup de gens dans les sciences sociales étaient persuadés que notre évolution et notre psychologie ne pouvaient pas expliquer le comportement humain, qui relèverait de la « culture », un domaine spécial et entièrement autonome.

On n’en est plus là, heureusement, mais cette manière de penser a encore de l’effet sur le débat politique – il est bien rare que l’on mentionne notre héritage évolutif quand on discute de notre sens de la justice sociale, des rapports homme-femme, des causes de la criminalité ou de la meilleure manière de gérer les migrations.

C’est justement le but de ce livre que de montrer en quoi toutes ces questions sont éclairées par une meilleure connaissance de la psychologie humaine et de ses fondements dans l’évolution.

À ce titre, votre livre ne propose pas une nouvelle théorie politique, mais une « boîte à outils » issue de l’évolution. En quoi cette modestie affichée est-elle, paradoxalement, subversive dans le débat public actuel ?

Sinon subversive, au moins décalée, parce que dans la compétition idéologique qui tend à envahir le débat politique, on se doit de décrire la société comme affectée de problèmes dont les solutions sont toutes issues d’un principe général : l’appropriation de la production par l’État, le retour aux valeurs nationales, etc., censés éliminer la pauvreté, la criminalité, les épidémies et même l’inégalité entre les sexes.

Mais ce genre de principe général a peu de chances d’être pertinent. Nous n’avons pas un système politique unifié dans la tête, nous avons des motivations et des manières de penser qui sont spécifiques à divers domaines. Par exemple, la question de l’inégalité de revenus met en marche notre sens intuitif de la justice, qui n’est pas égalitaire, mais suit une logique schématiquement proportionnelle et méritocratique (ceux qui contribuent plus ont droit à davantage).

Ce que l’on sait de l’histoire et de la préhistoire humaine est que sa constante est le despotisme et de misère. Les temps de liberté et de prospérité sont des exceptions, qui sont donc sans doute fragiles.

Pascal Boyer

Dans un domaine différent, notre attitude vis-à-vis des aides sociales est pilotée par nos intuitions sur les causes de l’infortune : hasard ou négligence. Finalement, notre attitude en ce qui concerne l’immigration est largement influencée par un autre système, celui de la solidarité coalitionnelle, qui gère les relations entre groupes depuis la Préhistoire. Ces systèmes mentaux obéissent à des logiques spécialisées, non à un principe général.

Vous insistez sur la « scène cachée » de la politique : croyances implicites, intuitions morales, réflexes coalitionnels. Pourquoi avons-nous tant de mal à accepter que nos opinions politiques ne soient pas le produit d’un raisonnement conscient ?

La scène cachée, c’est ce qui se passe dans la tête des gens sans qu’ils le sachent – et c’est pourquoi, pour comprendre les attitudes politiques, il faut faire de la science plutôt que de l’introspection.

Par exemple, les expériences nous montrent que la plupart d’entre nous maintiennent avec force beaucoup d’opinions politiques, non pas sur la base de nos connaissances, mais parce qu’elles fonctionnent comme des signaux d’appartenance ou de distanciation face à des groupes ou des mouvements. Exprimer l’idée qu’il faut taxer les riches ou arrêter l’immigration a surtout pour fonction de faire savoir à quels groupes nous voulons être affiliés. C’est pour cela que dans les études expérimentales, les gens changent leur attitude vis-à-vis de propositions particulières, par exemple sur les aides sociales ou les impôts, quand elles sont présentées comme émanant d’un parti plutôt que d’un autre.

C’est là un des effets de notre psychologie des coalitions. C’est un impératif, pour une espèce sociale comme la nôtre, que d’obtenir le soutien des autres, donc de rendre visibles ceux que nous entendons soutenir, et dont nous espérons donc le soutien. Nous ne sommes généralement pas conscients de ces motivations – tout ce qui nous apparaît est que tel ou tel choix politique est certainement juste, efficace, indispensable, etc., étant donné la situation.

La démocratie délibérative repose sur l’idée de citoyens rationnels, informés et ouverts aux arguments adverses. Or vous montrez que notre psychologie politique fonctionne tout autrement. La démocratie repose-t-elle sur une illusion anthropologique ?

Je ne crois pas. Les citoyens, comme tous les êtres humains, sont effectivement rationnels… mais il faut comprendre de quelle manière. Les psychologues Hugo Mercier et Dan Sperber ont montré en quoi notre faculté de raisonnement a pour fonction essentielle de persuader plus que de comprendre, d’influencer les autres plus que de nous donner une vision exacte du monde.

Cela a toutes sortes de conséquences, mais en politique notamment, cette fonction de la raison explique pourquoi nos opinions, souvent motivées par une psychologie qui n’est pas consciente, sont ensuite justifiées par des arguments propres à recruter de nouveaux membres pour notre groupe ou coalition. On se déclare pour l’arrêt de l’immigration ou l’extension des aides sociales avant tout parce que cela nous identifie à une coalition particulière.

Pour comprendre les attitudes politiques, il faut faire de la science plutôt que de l’introspection.

Pascal Boyer

Mais au revers de cette fonction de signal social, le côté social du raisonnement sous-tend aussi l’efficacité de la délibération. Notre esprit est construit pour persuader mais aussi pour résister à la manipulation. C’est pourquoi il serait naïf de penser que les citoyens sont facilement happés par la propagande, les réseaux sociaux, etc. Nous avons toujours tendance à surestimer la crédulité des autres.

Selon vous, la polarisation politique n’est pas une pathologie récente mais une conséquence pour ainsi dire mécanique de notre psychologie coalitionnelle. Faut-il alors cesser de croire qu’on peut la « réparer » ? D’espérer pouvoir lutter ?

La psychologie des coalitions est en effet l’un des moteurs les plus puissants des attitudes politiques. On ne devrait pas penser qu’on peut l’ignorer ou la supprimer – il faut savoir l’utiliser pour le bien commun, et pour cela il faut la comprendre en termes d’évolution humaine.

Nous sommes l’espèce la plus coopérative dans la nature, ce qui se manifeste dans la capacité humaine à construire de l’action collective, dans laquelle les individus joignent leurs efforts pour un bien commun dont ils partagent les bénéfices. De ce fait, l’une de nos motivations les plus intenses est le besoin d’attirer et de conserver le soutien des autres, cela touche à notre intérêt vital.

Cela explique l’intensité émotionnelle de nos attachements politiques. De manière inconsciente, nous voyons un désaccord politique comme l’abandon de la coalition et la menace d’une désertion, beaucoup plus qu’une simple différence de jugements. C’est pourquoi les gens rompent des amitiés ou des liens familiaux pour des raisons de désaccord politique.

La psychologie coalitionnelle explique aussi certains traits des mouvements politiques, qui autrement resteraient mystérieux. Par exemple, pourquoi certains mouvements adoptent-ils des positions qui mènent à des défaites électorales inéluctables ? C’est par exemple le cas du Labour anglais, qui après l’époque de Tony Blair a défendu des positions d’extrême gauche dont l’électorat ne voulait pas. C’est le cas des partis d’extrême droite français et italien, qui eux aussi se sont longtemps cramponnés jusqu’au tournant du siècle à des positions (la nostalgie du colonialisme ou de la période fasciste) qui réduisaient leur électorat.

Plus récemment, certains des mouvements écologiques européens se sont obstinés à rejeter l’énergie nucléaire, alors que la population commençait à entrevoir que ces centrales permettaient de limiter la production de carbone. Pourquoi cette irrationalité apparente ?

Pour le comprendre, on doit examiner les motivations effectives des participants à ces mouvements. Beaucoup d’entre eux souhaitent bien sûr que leur groupe ou parti gagne plus de voix et donc d’influence. Mais pour un membre d’une coalition, il est tout aussi impératif de conserver sa propre influence à l’intérieur de la coalition elle-même. De ce fait, les leaders du mouvement sont souvent ceux qui ont le plus grand intérêt à maintenir des positions extrêmes qui permettent d’exclure les tièdes et de renforcer leur influence à l’intérieur du groupe. Gouverner le parti devient plus important que gouverner le pays – c’est là une conséquence inattendue de notre évolution comme êtres coalitionnels.

Vous expliquez que les citoyens pensent spontanément la nation comme un acteur doté d’intérêts propres. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les démocraties modernes ?

C’est un trait universel de notre psychologie politique, que de penser la communauté comme une personne. Dans les sociétés les plus simples, les gens disent que « notre tribu » ou « notre lignage » veut ceci, refuse cela, etc. C’est là un raccourci facilité par le fait que nous sommes tous des psychologues amateurs, expliquant le comportement des autres en décrivant leurs intentions, leurs croyances. Nous appliquons cette description à des communautés entières, ce qui évite d’avoir à se représenter l’énorme complexité des interactions entre des individus multiples.

Nous sommes l’espèce la plus coopérative dans la nature.

Pascal Boyer

Mais une fois appliquée à des gouvernements et des administrations, cette logique mène à des malentendus. Un état, avec son gouvernement et son administration, est la combinaison de milliers (ou plus) d’agents qui suivent les incitations qui leur sont présentées, sur la base d’informations fragmentaires. Ce n’est pas du tout un individu. Ainsi l’hypertrophie des bureaucraties est peu surprenante, si l’on prend en compte les incitations économiques des nombreux agents impliqués dans ce processus. Mais pour la plupart des citoyens, ce phénomène est vu comme émanant de la « volonté » des gouvernements.

À vous lire, le problème n’est pas tant que la démocratie échoue, mais que nous en attendons trop. Que faudrait-il désapprendre pour mieux la défendre ?

Peut-être faut-il nous défaire de la vision spontanée, intuitive de ce qu’on appelle la volonté générale, qu’il suffirait de rendre explicite par le vote. Or ce que nous montre la science politique depuis Condorcet jusqu’à Kenneth Arrow, c’est que même dans des situations très simples, comme un choix entre des politiques a, b et c, la combinaison des préférences individuelles peut mener à des paradoxes, par exemple à des options qui deviennent majoritaires alors qu’elles ne sont le premier choix de personne.

Étant donné ces difficultés, pourquoi maintenons-nous cette idée de la démocratie comme reflet de la volonté générale ? C’est là une autre conséquence de la communauté (tribu, ethnie, nation) vue comme un individu, un agent. Du fait de cette idée ancrée dans notre psychologie, il semble naturel de penser que cet individu a effectivement des préférences et des intentions, plutôt que de penser à la complexité de la combinaison de préférences multiples.

Pourquoi certaines figures politiques paraissent « fortes » même lorsqu’elles prennent de mauvaises décisions, tandis que d’autres semblent « faibles » alors qu’elles gouvernent efficacement ?

Nos études expérimentales et nos observations montrent que le choix des leaders n’engage pas une psychologie du leadership, mais deux psychologies distinctes. Dans les sociétés les plus petites, l’intelligence, la compétence et la capacité à résoudre les conflits sont en temps normal les qualités les plus prisées dans le choix des chefs. Mais une autre psychologie est activée lorsque le groupe est en conflit avec d’autres. Alors la préférence va aux individus les plus dominants et agressifs, les plus à même d’en imposer aux autres groupes, même si cela oblige les membres du groupe à tolérer les abus du leader. Cette double psychologie est aussi observée dans les sociétés modernes, que ce soit dans les armées, dans l’industrie ou dans la politique. On peut même constater ces préférences divergentes en demandant à des sujets expérimentaux de choisir le meilleur leader, parmi des visages d’inconnus, dont certains portent des marqueurs de dominance ou au contraire de coopération.

On ne peut donc pas s’étonner de l’émergence des « hommes forts ». Ce qu’on appelle populisme est avant tout la recherche de leaders dominants. Le populisme n’est pas une option politique particulière, car il apparaît sous des formes conservatrices (Viktor Orban), progressistes (Evo Morales) ou religieuses (Erdoġan). Ces leaders sont perçus par leurs partisans comme les défenseurs de leur coalition dans un jeu à somme nulle. C’est pourquoi l’argument libéral, selon lequel ces leaders ont des politiques souvent aberrantes, tombe généralement à plat. L’efficacité managériale et la force coalitionnelle ne sont pas gérées par le même système mental.

De manière inconsciente, nous voyons un désaccord politique comme l’abandon de la coalition et la menace d’une désertion, beaucoup plus qu’une simple différence de jugements. C’est pourquoi les gens rompent des amitiés ou des liens familiaux pour des raisons de désaccord politique.

Pascal Boyer

Dans les sociétés égalitaires traditionnelles, l’accumulation du pouvoir est activement empêchée. Nos démocraties modernes, en tant que systèmes complexes, ont-elles perdu ces anticorps anthropologiques contre les abus de pouvoir ?

Dans bien des sociétés « traditionnelles », les leaders qui abusent de leur autorité sont renvoyés et parfois éliminés… Cet anti-autoritarisme est sans doute une conséquence de notre évolution, pilotée par l’avantage reproductif. Pour mémoire : certains génotypes, qui ont pour résultat des comportements favorisant la reproduction, sont présents dans les générations suivantes. Mais c’est là un avantage strictement individuel. L’une des leçons contre-intuitives de l’évolution biologique, c’est que les gazelles ne sont pas (seulement) en conflit avec les lions, elles sont surtout en concurrence avec d’autres gazelles pour ne pas être mangées. Or, quiconque peut imposer sa volonté à d’autres individus peut aussi leur imposer des conduites qui nuisent à leur avantage reproductif. On peut donc comprendre la réaction humaine d’aversion à la perte d’autonomie, qui ouvre la porte à l’exploitation.

Et cela se retrouve aussi dans des sociétés modernes. Quand, juste avant la chute du régime communiste, les Allemands de l’Est manifestaient, certains d’entre eux avaient pour slogan « nous voulons vivre dans un pays normal », ce qui, entre autres choses, voulait dire sans ces restrictions constantes sur l’autonomie des individus. Ils n’avaient pas besoin de théorie politique pour justifier leur aversion pour le régime, car leur psychologie leur indiquait clairement ce qu’ils devaient rejeter.

Dans la complexité des programmes et des mesures politiques, les citoyens ne perçoivent les violations de leur autonomie que de manière fragmentaire et imprévisible. Mohamed Bouazizi s’est immolé en 2011 à Tunis par révolte contre le harcèlement subi de la part des autorités, qui l’empêchaient de pratiquer son commerce librement – ce qui a déclenché les premières vagues du Printemps arabe.

À partir de votre livre, peut-on expliquer pourquoi certaines réformes pourtant rationnelles déclenchent des colères massives, tandis que d’autres, plus coûteuses, passent sans heurts ? Parallèlement, existe-t-il, dans nos institutions actuelles, des mécanismes qui vont directement à l’encontre de notre psychologie politique – et qui, pour cette raison, sont voués à l’échec ?

Dans bien des cas, les politiciens « vendent » des programmes particuliers, et les citoyens les « achètent », sur la base des intentions qu’elles semblent refléter, plus que sur leurs effets. Pour prendre un exemple américain, la politique d’ « affirmative action », la préférence pour certains groupes ethniques, par exemple pour l’admission à l’université, est généralement défendue en mentionnant ses intentions généreuses – il s’agit de rectifier des injustices passées, d’aider les victimes de préjugés, etc., même quand des études statistiques montrent que ces politiques ont souvent des effets pervers, en favorisant les plus privilégiés dans des groupes visés. Et cet intérêt pour les intentions est très général dans la manière dont on discute les programmes politiques.

Pourquoi cette insistance à vouloir considérer les intentions des politiciens plus que les résultats de leurs programmes ? Cela peut paraître irrationnel, mais fait sens… en ce qui concerne nos intuitions archaïques sur la coopération. Nous sommes le produit de centaines de millénaires de coopération dans des économies primitives, dans lesquelles les intentions des participants étaient effectivement un bon critère pour prédire les effets de la coopération.

Pourquoi maintenons-nous cette idée de la démocratie comme reflet de la volonté générale ?

Pascal Boyer

Cela explique aussi pourquoi il serait difficile de « vendre » aux citoyens des politiques qui vont à l’encontre de cette manière de comprendre un programme en considérant les intentions apparentes. Par exemple, dans certains domaines de l’économie il est possible qu’un effet puisse être produit (faire baisser les prix) en prenant des mesures apparemment opposées en intention (laisser les prix monter). Ça n’est pas toujours le cas, bien entendu. Mais quand c’est le cas, il est presque impossible à un opérateur politique de défendre une mesure de ce genre, qui semble animée par des intentions hostiles à la population.

Vous réfutez l’idée selon laquelle une approche évolutionnaire conduirait au fatalisme politique. Où situez-vous la marge de manœuvre réelle des institutions face à nos instincts ?

Il n’y a pas de raison de croire au fatalisme biologique. L’évolution humaine donne aux individus de nombreux outils pour construire des institutions, dont l’éventail est très large, même dans les contraintes qu’impose notre psychologie. Les êtres humains ont évolué pour maximiser leur potentiel reproductif comme chasseurs et collecteurs. Mais l’évolution leur a aussi donné la capacité et la motivation d’accumuler des connaissances sur les plantes et les animaux, qui ont conduit à l’apparition progressive de la domestication. De même, les capacités de fabrication d’outils sont intégralement mobilisées dans l’apparition des premières industries.

Les sociétés modernes reposent sur des formes de coopération à grande échelle, très éloignées de notre passé évolutif. La démocratie est-elle un exploit fragile, constamment menacé par notre propre nature ?

Oui c’est un exploit fragile mais qui est dans nos possibilités – c’est pourquoi le titre du livre aurait pu être « la mission impossible mais réalisable de la démocratie ».

Dans le livre, j’insiste sur le fait que notre psychologie politique, illustrée dans les petites sociétés de chasseurs-collecteurs, est aussi la source de nos institutions politiques les plus complexes. Et qu’elle est aussi la source de nombreux obstacles à une démocratie réalisée, en favorisant par exemple les oppositions coalitionnelles, l’usage des opinions pour signaler son allégeance et la dominance des élites sur la populace. Tout cela ressort de la même « boîte à outils » – aux citoyens savoir utiliser les bons outils au moment approprié.

Si l’on enseignait vraiment la biologie de la politique à l’école, quel malentendu politique majeur pourrait-on éviter chez les futurs citoyens ?

Je ne crois pas prudent d’enseigner la science récente qui, étant scientifique, est appelée à être révisée. Il vaudrait mieux, si l’on veut fournir des outils pour comprendre la politique, familiariser les gens avec les faits les plus pertinents de l’histoire du monde.

Tout d’abord, ce que l’on sait de l’histoire et de la préhistoire humaine est que sa constante est le despotisme et la misère. Les temps de liberté et de prospérité sont des exceptions, qui sont donc sans doute fragiles.

On devrait peut-être aussi enseigner ceci : depuis quelques décennies, la misère absolue (où l’on doit survivre avec à peu près 3 euros pas jour), qui affectait plus des trois quarts de l’humanité, a reculé de façon spectaculaire et n’affecte plus qu’un sixième de notre espèce (ce qui est encore beaucoup trop, bien sûr). Comment cet extraordinaire enrichissement s’est-il produit ? Pour bien des raisons – mais en tout cas, pas du fait des « solutions » proposées par des politiciens. C’est là une démonstration spectaculaire de l’illusion politique. Un changement de cette importance n’a pas été voulu, et il est encore mal compris.

Ensuite, peut-être faudrait-il enseigner des outils de pensée très simples, comme l’idée que toutes les politiques ont des coûts. Or, comme je l’ai dit, les politiciens ont tout intérêt à déclarer que chaque problème a une solution, mais aussi que cette solution n’a pas de conséquences négatives. Mais une des premières leçons de l’économie, c’est la notion de contrepartie (ou « trade-off »). Si l’assurance-maladie est plus généreuse, cela aidera des malades, mais encouragera aussi le recours à l’hôpital dans des cas qui ne le mériteront pas. Le problème est de mesurer ces deux effets, pas d’ignorer l’un des deux.

Comprendre tout cela peut rendre les citoyens à la fois plus sceptiques vis-à-vis des idéologues, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais aussi plus optimistes en ce qui concerne la capacité des humains à construire des actions collectives, mutuellement bénéfiques.

Si vous deviez résumer votre livre en une mise en garde adressée aux élites politiques et intellectuelles contemporaines, quelle serait-elle ?

Je n’ai pas la prétention (ni en fait l’intention) de m’adresser aux élites. Le livre est destiné aux citoyens, consommateurs de politique, pour leur faire savoir qu’il existe une masse de recherches passionnantes sur le fonctionnement de l’esprit humain, qui peut nous faire mieux comprendre comment fonctionne la politique.

Dans le livre, je décris comment les élites assurent leur dominance, dans des sociétés très variées, en contrôlant le flot de l’information parmi la « populace », et surtout en empêchant chaque citoyen de savoir si sa propre attitude à l’égard du régime est partagée par d’autres. Les journaux de Victor Klemperer, qui documentent sa survie sous le nazisme, montrent comment l’oppression est confortée par cette incertitude. Klemperer perçoit que bien des gens voudraient être débarrassés du régime, mais il ne peut jamais en être sûr en ce qui concerne un individu particulier. Et le régime communiste qui a suivi allait s’employer à perpétuer cette incertitude.

Il semble que les élites dans les démocraties modernes, sans perdre de leur pouvoir, ont récemment perdu beaucoup de leur influence sur les esprits, et notamment ne peuvent plus vraiment contrôler ce que les citoyens savent des opinions des autres citoyens, ce qui était le cas quand ceux-ci étaient des consommateurs passifs d’information. C’est là une situation inédite, et sans doute un équilibre instable.

https://www.lepoint.fr/debats/polarisation-populisme-autoritarisme-lexplication-biologique-de-la-democratie-et-de-ses-echecs-2APRQYKLWFDEHHWRC7FSO4WOX4/


Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review & Interview, January 11     

Gespräch mit Leïla Slimani: „Den einen bin ich zu westlich, den anderen zu arabisch“

Die Schriftstellerin Leïla Slimani hat einen neuen Roman geschrieben, der in Marokko spielt und auch von der eigenen Kindheit erzählt. Ein Gespräch über Identität, den Gefängnisaufenthalt ihres Vaters – und über den Versuch, durch Schreiben Gerechtigkeit zu schaffen.

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Es ist Donnerstagabend in Paris. Die franko-marokkanische Schriftstellerin Leïla Slimani hastet mit Bücherstapeln unter beiden Armen in die Hotelbar, entschuldigt sich, die Sitzung bei ihrem Verleger habe länger gedauert als erwartet. Seit einiger Zeit ist Slimani, die 2017 den Prix Goncourt gewann, vom Präsidenten Macron zur Beauftragten der sogenannten „Francophonie“ ernannt wurde und zuletzt die Eröffnungsshow für die Olympischen Spiele in Paris mitgestaltete, auch Teil des Lesekomitees des berühmten Verlagshauses Gallimard. Sie habe Milan Kunderas Platz eingenommen, sagt sie stolz und spricht erst einmal über ihr neues Zuhause in Lissabon, bis wir zum eigentlichen Thema kommen: ihrem neuen Roman. „Trag das Feuer weiter“ ist der letzte Band ihrer vor knapp sechs Jahren begonnenen Trilogie, einer an die Geschichte ihrer eigenen Familie angelehnten Familiensaga, die das Schicksal von drei Generationen erzählt, von 1945 bis heute, zerrissen zwischen Frankreich und Marokko. Es geht um Kolonialherrschaft und Unabhängigkeit, Freiheitsdrang und den Wunsch nach Zugehörigkeit, Tradition und Modernisierung, große Träume und Ideale, die zu Asche werden.

In „Trag das Feuer weiter“, dem letzten Band Ihrer Familientrilogie, befinden wir uns im Marokko der Achtzigerjahre. Sie erzählen erstmals in dieser Reihe von einer Zeit, die Sie selbst miterlebt haben. Im Zentrum steht das Schicksal des Vaters, Mehdi Daoud, eines angesehenen Bankers, der in Ungnade fällt und des Betrugs bezichtigt wird. Ihrem Vater ist dasselbe widerfahren. Sie haben in Ihrem Essay „Der Duft der Blumen bei Nacht“ bereits darüber geschrieben. Wie war es, in Ihrem Familienepos noch einmal darauf zurückzukommen?

Es war schwieriger. In den „Blumen bei Nacht“ war es ich, Leïla, die über meinen Vater sprach. Hier hingegen spricht er durch mich hindurch. Er lebt durch mich, hat einen Körper, eine Vergangenheit. Ich habe bis dahin nie wirklich versucht, mir vorzustellen, wie es für meinen Vater war, den ganzen Tag allein zu Hause herumzusitzen und zu warten; habe nie versucht, mir vorzustellen, was er eigentlich machte, während wir in der Schule waren. Ich wusste, dass er ein bisschen angetrunken sein würde, wenn wir heimkamen, aber dachte nicht weiter darüber nach, weil es mich zu traurig machte. Ich schämte mich dafür, dass mein Vater arbeitslos war. Das ist das Unglaubliche an der Vorstellungskraft: Man kann Empathie entwickeln und die Distanz aufheben. Während des Schreibens hatte ich das Gefühl, seine Einsamkeit mit ihm zu teilen. Eine unendliche Einsamkeit. Insofern war es eine viel intimere Erfahrung, etwas fast Körperliches. Ich habe in meinem Körper nachempfunden, wie müde er war, wie erniedrigt, habe gespürt, wie sein Rücken schmerzte, wie er betrunken war, wie er im Gefängnis eine Zigarette nach der anderen rauchte, bis seine Lunge brannte. Es war eine sehr intensive Erfahrung.

Ihr Vater wurde zu Unrecht verur­teilt. Zehn Jahre nach seinem Tod wurde seine Unschuld öffentlich anerkannt. Und doch beschließen Sie diesen Band mit dem ernüchternden Satz: „Nur in Büchern existiert die Unschuld.“ Was meinen Sie damit?

Ich habe angefangen zu schreiben, weil mich ein starkes Ungerechtigkeitsgefühl plagte. In Bezug auf meinen Vater natürlich, aber auch in Bezug auf Marokko, das Land, in dem ich aufgewachsen bin und von dessen Ungerechtigkeit ich selbst profitiert habe. Ich habe mich immer gefragt, warum das so ist, warum manche alles haben und andere nichts. Ich habe mich dafür schuldig gefühlt. Als dann mein Vater ins Gefängnis kam, war ich natürlich von der Frage besessen, ob er schuldig oder unschuldig ist, nur wurde mir irgendwann klar, dass die Frage falsch gestellt ist. Die absolute Unschuld gibt es nicht, wenn überhaupt, dann nur in faschistischen Regimen. Wo Freiheit herrscht, macht man sich zwangsläufig irgendwie schuldig, sobald man lebt, erwachsen wird, Entscheidungen trifft. Es kommt vor, dass man sich kompromittiert, verrät, lügt, sich anpasst, so tut, als ob. Ich finde das keine traurige Feststellung, ich finde das schön: Wir sind nicht unschuldig, weil wir leben.

Leben Romanfiguren nicht auch?

Schon. Aber in einem Roman kann man so tief in einen Charakter eintauchen, dass man sagen kann, ja, das Leben hat ihn oder sie verändert, aber irgendwo unter all diesen Schichten, diesen Ablagerungen der Umstände, brennt noch dieses kleine Licht, diese absolute Unschuld. In Büchern kann man unschuldig sein, im Leben nicht.

In Ihrem neuen Roman geht es sehr viel um Bücher. Ihr Alter Ego Mia und deren Vater Mehdi kommunizieren fast ausschließlich über Bücher. Das ist sehr schön. War das in Ihrer Beziehung mit Ihrem Vater auch so?

Absolut. Mein Vater hat mir beigebracht, dass Bücher einen aus fast jeder Lebenslage retten können. Wenn ich traurig war, gab er mir einen Roman. Je größer die Trauer, desto dicker der Roman. Als ich zum ersten Mal Liebeskummer hatte, gab er mir „Belle du Seigneur“, „Die Schöne des Herrn“ von Albert Cohen (über tausend Seiten) und meinte: „Ich weiß zwar nicht genau, was dich plagt, aber wenn du damit durch bist, wird es sicher schon besser sein.“ Er hatte recht.

Trotzdem ist „Trag das Feuer weiter“ nicht nur ein Lobgesang auf die Kraft der Literatur. In einer Szene betrachtet Mia ihre Bibliothek und empfindet nur noch Ekel und Wut. Was ist da los?

Ich war diese etwas verniedlichenden Diskurse über die emanzipierende Kraft der Literatur ein bisschen leid. Natürlich hilft die Literatur uns dabei, uns zu emanzipieren, unseren Horizont zu erweitern, andere Leben und Empfindungen kennen und verstehen zu lernen. Sie kann aber auch eine Gefahr bergen. Wenn man fast seine gesamte Zeit mit Büchern verbringt, kann es passieren, dass man den Zugang zum sogenannten „echten Leben“ verliert, vergisst, was das ist, das wahre Leben, wie das geht. Ich habe das irgendwann so empfunden. Ich hatte das Gefühl, so viel Zeit mit Büchern verbracht zu haben, dass ich dabei vollkommen vergessen habe zu leben. Das hat mich sehr wütend gemacht, es schien mir auf einmal, meine Bücher hätten mich meines Lebens beraubt. Darüber wollte ich schreiben. Über die Frage, die sich jede Schriftstellerin irgendwann stellt: Leben oder Schreiben?

Muss es so kategorisch sein?

Nein, natürlich nicht, das ist natürlich auch eine Pose. Trotzdem, ganz falsch ist es auch nicht. Wenn man schreiben will, muss man sich dem Leben oft entziehen. Man muss sagen, nein, ich komme heute Abend nicht mit, nein, ich kann mich nicht um die Kinder kümmern, nein, ich fahre nicht mit in den Urlaub. Ich schreibe.

Mia ist auch Schriftstellerin. Sie hat Schwierigkeiten mit ihrem Gedächtnis, weiß nicht genau, ob sie sich erinnert oder erfindet. Geht es auch um ein Misstrauen gegenüber der Fiktion?

Ich glaube fest an die Fiktion. In dem Fall geht es Mia eher darum, dass sie sich davor fürchtet, den Unterschied nicht mehr zu erkennen. Nicht mehr zu wissen, was wirklich passiert ist und was sie sich ausgedacht hat. Mir geht das oft genau so, ich habe ein sehr schlechtes Gedächtnis. An sich ist das nicht schlimm, wir erfinden alle Geschichten und drehen uns manche Erinnerungen zurecht, nur ist die Frage immer, warum wir das tun. Wollen wir uns aus der Verantwortung ziehen oder einem Schmerz entgehen? Oder wollen wir etwas Schönes schaffen, einen Traum hochhalten? Das ist nicht das Gleiche.

Sie haben einmal gesagt, dass Liebe für Sie bedeutet, dem anderen seine persönlichen Fiktionen, seine Geschichten zu lassen.

Das stimmt. Ich finde, es gibt kaum etwas Schlimmeres als Leute, die einem sagen: Du meinst vielleicht, so oder so zu sein, aber in Wahrheit bist du so gar nicht, sondern so. Oder Menschen, die ihren Partner unterbrechen und sagen: So war das doch gar nicht, es war so und so. Ich finde das furchtbar. Nahezu brutal. Mir gefällt an der Familie von Mehdi und seiner Frau Aisha, dass sie die Fiktionen des anderen annehmen und sie mittragen. Mehdi ist jemand, der sich selbst erfindet und davon träumt, jemand anderes zu sein. Er sieht sich als all die, die er hätte sein können, aber nicht geworden ist. Aisha lässt ihm das. Für mich ist das ein großer Liebesbeweis, eine Sanftheit.

Ihre Trilogie ist an die Geschichte Ihrer eigenen Familie angelehnt. Ist es der Versuch, Ihren Vorfahren die Leben zu geben, die sie gerne gelebt hätten? Nährt sich das Feuer des Titels aus all den möglichen und erträumten Leben, die so nie stattgefunden haben?

Genau so ist es. Es ist das Feuer der Träumer. In meiner Trilogie geht es um die Vergangenheit, aber in Wahrheit vielleicht noch mehr um die Zukunft. Oder, besser gesagt, die vielen Zukünfte, die nie stattgefunden, die Träume, die sich nie verwirklicht haben. Ich glaube, dass nur Menschen, die träumen, die Welt verändern, zumindest haben mich nur solche Menschen geprägt: die glücklichen Idioten, die Idealisten, die Verrückten, die Leidenschaftlichen. Sie alle tragen das Feuer. Gerade in unserer Zeit, wo man sich über Idealisten lustig macht und sie als naiv abstempelt, ist es wichtiger denn je, zu sagen, dass nur jene etwas bewegen, die keine Angst haben, sich an ihrer Leidenschaft zu verbrennen. Jene, die wissen, dass sie und ihre Träume sterben werden, sich davon aber nicht entmutigen lassen. Weil das Leben eben so ist und darin auch seine Schönheit liegt.

Die Frage der Identität ist in allen drei Bänden zentral, stellt sich für die Generation von Mia und ihrer Schwester Ines aber konkreter, weil sie, so wie auch Sie und Ihre ­Schwestern, wirklich zwischen den Kulturen leben. Es geht um die ­Fragen: Wo komme ich her? Wo ­gehöre ich hin? Haben Sie durch die Trilogie eine Antwort gefunden?

Es gibt keine eindeutige. Dieser letzte Band war für mich sehr schmerzhaft. Da war die Trauer um meinen Vater, aber auch die um mein Land oder, besser gesagt, meine Länder. Ich habe mich von der Vorstellung verabschiedet, einen Ort zu finden, an dem ich mich zu Hause fühle, wirklich dazugehöre. Ich habe einsehen müssen, dass ich nie die Fran­zösin sein werde, die ich sein wollte, nie die Marokkanerin, die ich gerne wäre. Ich bin zwar Französin ebenso wie Marokkanerin, nur sind beide Identitäten sehr komplex und fragil. Es wird immer Leute geben, die mir sagen: Du bist keine richtige Marokkanerin. Du bist keine echte Französin. Du bist zu westlich. Du bist zu arabisch. Eine Zeit lang habe ich, so wie auch Mia im Roman, versucht, mich anzupassen, mich anzubiedern, habe gefleht, versprochen, ich werde mich ändern, wenn man mich nur annimmt, doch irgendwann habe ich mir gedacht: D’accord, wenn ihr mich nicht wollt, dann bleibe ich eben auf dieser Kante sitzen, in diesem Dazwischen. ­Wo­bei . . . Während ich Ihnen das so erzähle, ­merke ich, dass das so auch nicht stimmt . . .

Inwiefern?

Ich merke in letzter Zeit immer öfter, dass die Frage der Identität so emotional, so intim, so sensibel ist, dass ich darüber im Grunde keinen kohärenten Gedanken mehr formulieren kann. Sicher, ich kann Ihnen etliche Texte über das Von-hier oder Von-dort-Sein schreiben, Argumente liefern, die klug klingen, nur kommt das an diese kindliche Kränkung, diesen Schmerz, nicht mal ansatzweise heran. Wir versuchen, die Identitätsfrage zu konzeptualisieren, doch wenn wir ganz ehrlich sind, entzieht sie sich allen Worten.

Mia und Ines fehlen auch Worte. Sie wachsen, ebenso wie Sie und Ihre Schwestern, in Marokko auf, ­lernen aber wie viele Kinder der Oberschicht damals kein Arabisch. Weder in der Schule, wo die Sprache furchtbar stiefmütterlich behandelt wird, noch zu Hause. Wie erklären Sie sich, dass Ihr Vater nicht versucht hat, Ihnen seine Sprache zu ver­mitteln?

Um ehrlich zu sein: Je älter ich werde, desto verrückter erscheint es mir, dass unsere Eltern uns in einer Blase erzogen haben. Ohne Wurzeln, ohne Zugang zu unserem Land. Natürlich weiß ich, dass sie uns damit die Freiheit schenken wollten, nur haben sie uns damit auch eines Gefühls der Zugehörigkeit beraubt. Tatsächlich ist das ein klassisches Ergebnis der Kolonisation. Die Kolonisation hat die Verbindung zum Land, zur Sprache, zur Kultur vollkommen gebrochen. Sie hat einen gewissen Selbsthass produziert, viel Scham. Um etwas weiterzugeben, muss man schon ein bisschen stolz sein, gut finden, was man hat. Wenn man sich schämt, dann gibt man nichts weiter, dann schweigt man. Als ich klein war, war da eine ganze Generation von maghrebinischen Männern, die sich schämten, die unfähig waren, etwas weiterzugeben, zu erzählen. Von ihrem Land, Erinnerungen, ihrer Geschichte. Da ist ein riesiges Loch entstanden, wie eine Schlucht. Ich habe versucht, dieses Loch, dieses Schweigen, mit Wörtern zu füllen, um einen Übergang zu schaffen. Eine Brücke zu bauen.

Die Großmutter sagt im Buch: „Im Leben sind drei ­Dinge wichtig. Gut essen, gut trinken und sich gut rächen“. Haben Sie sich gut gerächt?

Absolut. Ich habe mich sehr gut gerächt. Nicht an den anderen, nicht im Sinne von Aggression. Die Rache, so wie Mathilde sie versteht, ist etwas Hedonistisches, ein Genuss. Es bedeutet, aus dem, was einem wehgetan hat, etwas Schönes zu machen, dem Fatalismus zu entkommen, das Ende umzuschreiben.

Mehdi sagt im Buch: „Wenn ich ein großer Schriftsteller wäre, könnte ich das Ende umschreiben.“ Ihr Vater wollte auch Schriftsteller ­werden. Haben Sie das Ende für ihn umgeschrieben?

Mehdi kommt aus dem Gefängnis und weiß, dass es vorbei ist, dass seine ­Geschichte geschrieben ist und er daran nichts mehr ändern kann. Für meinen Vater war das ähnlich. Nun habe ich die Geschichte an seiner Stelle neu ­erzählen können. Das ist das Schöne daran, Schriftstellerin zu sein: Ich habe das Gefühl, dass ich, egal was passiert, egal, was das Leben mir bringt, immer die Möglichkeit habe, das Ende umzuschreiben. Das ist sehr tröstlich, eine ­unglaubliche Freiheit.

Leïla Slimani: „Trag das Feuer weiter“. Roman. Aus dem Französischen von Amelie Thoma, Penguin Verlag, 448 Seiten, 25 Euro. Ab dem 14. Januar finden Sie in unserem ­Literatur-Newsletter (nl.faz.net/#literatur) weitere Texte und Hintergründe zu Leben und Werk von Leïla ­Slimani und die Einladung, im Rahmen des Buchclub-Projekts „Gemeinsam Lesen“ in Kooperation mit Thalia, den Roman „Trag das Feuer weiter“ mitzulesen und darüber zu diskutieren. Zum Abschluss wird es im März auf der Buchmesse in Leipzig eine Veranstaltung mit der Autorin geben.

https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/autoren/leila-slimani-im-gespraech-trag-das-feuer-weiter-accg-110816325.html


Neue Zürcher Zeitung, January 11      

Tal des Schweigens: das Wallis und seine eigenen Gesetze

Die Tragödie von Crans-Montana entwickelt sich zu einem der grössten Behördenskandale, den das Wallis jemals erlebte. Was hat das mit dem Kanton selbst zu tun?

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Hoch über den Köpfen kreist ein schwarzer Rabe. Tief darunter, auf dem Platz vor der Kirche von Crans-Montana, erdrückt der Neuschnee jeden Ton. Mehrere hundert Einheimische stehen zusammen, Schulter an Schulter, und verfolgen vor einem Grossbildschirm die Trauerzeremonie für die Toten ihres Dorfes. Sie stützen, umarmen sich. Es ist ein tiefgehender Zusammenhalt, den man in der Woche nach dem verheerenden Brand überall in Crans-Montana spürt.

Doch es gibt im Wallis in diesen Tagen auch eine andere Seite des Zusammenhalts. Sie hat weniger mit solidarischem Zusammenstehen zu tun – und mehr damit, die Reihen zu schliessen. Zu mauern.

Dabei hat die Welt Fragen. Fragen an das Wallis.

Doch das Wallis antwortet nicht. Es sagt nicht, wie es möglich war, dass 40 junge Menschen in einer Bar verbrannten. Warum die Gemeinde das Lokal sechs Jahre lang nicht kontrollierte. Und wieso der Kanton nichts davon bemerkte.

Und schon gar nicht beantwortet das Wallis eine Frage, die in der Restschweiz immer lauter wird: ob die Katastrophe etwas mit dem Wallis selbst zu tun hat. Mit der politischen Kultur des Kantons, in der Gesetze angeblich nicht viel zählen. Mit einer politischen Elite, in der jeder jeden kennt. Man reagiert im Wallis indigniert auf diese Fragen. Spricht von Klischees in Unterländer Köpfen. Währenddessen verärgert der Kanton Opferfamilien und das Ausland mit einer Strafuntersuchung, bei der laufend Fehler begangen werden.

Doch es gibt Walliser, die genau diese Fragen für berechtigt halten. Etwa die Historikerin Elisabeth Joris, die in Visp aufgewachsen ist. «Politische Kumpelschaften, fehlende Kritikfähigkeit, Behördenversäumnisse und eine gewisse Selbstzufriedenheit ziehen sich durch die Geschichte des Wallis», so die Historikerin. Es handle sich dabei nicht um ein Klischee.

In schneller Folge erzählt sie von Beispielen, die sie beobachtet und zum Teil selber erlebt hat. Denn Joris kämpfte in ihren Jugendjahren gegen bestehende gesellschaftliche Verhältnisse im Wallis. In den 1970er Jahren gründete sie unter anderem mit dem späteren SP-Schweiz-Präsidenten Peter Bodenmann die Gruppe Kritisches Oberwallis, die sich gegen bestehende Machtstrukturen wehrte. Sie kreierten eine Oppositionszeitung, die jahrzehntelang Skandale aufdeckte. «Jede Familie hatte im Wallis ihren Platz und ihre Verbindungen», sagt Joris, die inzwischen in Zürich lebt. Das halle bis heute nach.

Ein Muster des Wallis

Die Fragen zum Wallis gehen viel tiefer als die Debatte um den Brandschutz. Doch in diesen Tagen kann man viel über den Kanton lernen, wenn man Fragen über die Feuerpolizei stellt. Also hat die «NZZ am Sonntag» 120 Walliser Gemeinden um Zahlen gefragt, darüber, wie viele Brandschutzkontrollen sie in den letzten drei Jahren gesetzlich hätten durchführen müssen. Und wie viele sie tatsächlich durchgeführt haben.

Die allermeisten Gemeinden können oder wollen die Frage auch nach einigen Tagen nicht beantworten. Die grosse Mehrheit der Gemeindepräsidenten und Gemeindeschreiber reagiert auf mehrere E-Mails gar nicht. Andere sagen nur, man sei im Auftrag des Kantons daran, den Brandschutz zu überprüfen, und habe keine Zeit für die Anfrage. Lediglich einige wenige kleine Gemeinden antworten mit konkreten Zahlen.

Selbst wichtige Skiorte, die auf das Vertrauen ihrer Gäste angewiesen sind, wollen keine Auskunft geben. Die Gemeinde Val de Bagnes, in der Verbier liegt, ignoriert die Nachrichten. Der Gemeindepräsident von Saas-Fee, Stefan Zurbriggen, will auch auf Nachfrage keine Zahlen nennen. Er schreibt nur, der Brandschutz werde anhand der gesetzlichen Vorgaben umgesetzt. Dafür verabschiedet er sich in der E-Mail mit einem Werbespruch: «Mit sonnigen Grüssen aus Saas-Fee». Image um jeden Preis – ausser man muss sich den harten Fragen aus dem Rest der Schweiz stellen.

Doch irgendwann muss das Wallis diese Fragen beantworten. Der Kanton wurde in den letzten zehn Tagen längst von den Anfängen eines ungeheuren behördlichen Skandals erfasst. Mit seiner internationalen Dimension dürfte er wohl grösser werden als alles, was das Wallis bislang überstanden hat. Nur die politische Elite im Kanton scheint das noch nicht so recht begriffen zu haben. In den Auftritten der Behörden blitzt zwischen tiefer Trauer auch immer wieder eine Art Trotz durch, der zur Situation überhaupt nicht passt.

Etwa, als Nicolas Féraud, der Gemeindepräsident von Crans-Montana, an einer Pressekonferenz sagte, die Gemeinde sei in der Katastrophe «am meisten betroffen, vor allen anderen». Und einen italienischen Journalisten massregelte, an dieser Pressekonferenz werde nur Französisch gesprochen. Es waren denkwürdige Sätze, während 40 junge Menschen in Särgen lagen, unter ihnen sechs italienische Opfer – und Férauds Gemeinde nur Minuten zuvor zugegeben hatte, gesetzlich vorgeschriebene Kontrollen versäumt zu haben.

Die Walliser Historikerin Joris erkennt im Verhalten der Behörden seit der Katastrophe ein Muster. Es gebe im Wallis ungeschriebene Regeln: «Eine davon ist: Es wird keine Kritik geduldet, wenn sie von aussen kommt.» Die Kritik werde als pietätlos bezeichnet und damit abgewehrt. Joris sagt: «Sie wollen verhindern, über die eigentliche Sache reden zu müssen und über die Fehler, die gemacht wurden. Das ist ein uralter Mechanismus: Man sieht sich als Opfer, als Opfer der Einmischung.»

Niemand störte sich an den Gesetzesverstössen

Gerade die Debatte um den Brandschutz bestätigt ein weiteres Vorurteil über das Wallis. Dass Gesetze mehr als Anregung denn als zwingende Vorschriften angesehen werden. Viele Gemeinden haben seit Crans-Montana zugegeben, dass sie die Brandschutzkontrollen nicht gesetzeskonform durchführen, weil sie dafür zu wenige Ressourcen hätten.

Doch das Erschreckende daran ist nicht die Feuergefahr. Sondern dass die Gesetzesverstösse jahrelang niemanden gestört haben. Dass es die lokale politische Elite, die Dorfkönige in den Gemeinderäten waren, die sich schlicht nie darum gekümmert haben, obwohl es ihr Job gewesen wäre.

Auch andere Skandale zeigen, dass das angebliche Klischee zumindest eine Basis von Tatsachen hat. Auffällig viele dieser Geschichten haben mit Gemeindebehörden, Baubewilligungen und Kontrollen zu tun. Mit exakt jenen Bereichen, in denen Crans-Montana versagte.

Da ist etwa die Immobilienaffäre von Verbier. Über Jahre hinweg liessen dort Gemeindebehörden den Bau teurer Chalets rechtswidrig bewilligen. Um unter der erlaubten Wohnfläche zu bleiben, wurden in den Plänen Wohnräume zum Beispiel als Velogaragen getarnt. Von über 1200 Baudossiers der Gemeinde wurden bei einer nachträglichen Untersuchung fast 300 als nicht gesetzeskonform beurteilt.

Die Affäre mündete in einer spektakulären Anklage: Bald stehen zwei ehemalige Gemeindepräsidenten und weitere Amtsträger vor Gericht. Die Staatsanwältin schreibt in ihrer Anklageschrift, die rechtswidrigen Bewilligungen seien keine Nachlässigkeit gewesen. Sondern «integraler Bestandteil einer politisch-ökonomischen Strategie, die auf die Entwicklung eines hochpreisigen Tourismus und die Ansiedlung grosser Vermögen in der Gemeinde» abgezielt habe. Die Beschuldigten weisen die Vorwürfe zurück, es gilt die Unschuldsvermutung.

Dass die Auffälligkeiten oft in der Bauwirtschaft und im Tourismus auftreten, ist für Elisabeth Joris alles andere als ein Zufall. «Das materielle Interesse verbindet. Man will aus den wenigen heimischen Wirtschaftssektoren das Maximum herausholen», so die Historikerin. «Das Geschäft soll florieren. Deshalb lassen die Dorfkönige die Wirtschaftskönige machen und vertuschen.»

Wer sich Urteile von Walliser Gerichten anschaut, findet Fälle wie diesen aus dem Jahr 2022: Da behauptete ein Bauherr vor Gericht, der Gemeindepräsident habe ihm den Betonausbau seines Chalets in der Maiensässzone «mündlich» bewilligt. Das Kantonsgericht zwang ihn zum Rückbau.

Das ist nur ein einzelner, kleiner Fall. Mehr kurios als bösartig – wie so oft im Wallis. Doch die Liste der handfesten Walliser Skandale könnte man noch um einiges weiterführen.

Das Drama um die Gebäudeversicherung

Seit der Tragödie von Crans-Montana diskutiert die Schweiz über ein anderes Versäumnis: dass das Wallis einer der wenigen Kantone ist, in dem es keine obligatorische kantonale Gebäudeversicherung gibt. Die Gemeinden sind mit der Feuerpolizei offensichtlich überfordert. Hätten professionelle Kontrollen, wie sie eine kantonale Gebäudeversicherung durchführt, die Tragödie verhindert?

Eine Minderheit will im Wallis seit mehr als sechzig Jahren ein solches Obligatorium einführen. Alle zehn Jahre versuchen sie ihr Glück. Doch egal nach welcher Naturkatastrophe: Die Antwort war immer Nein. Ein haushohes Nein. Zuletzt lehnte das Parlament im Jahr 2016 das Ansinnen mit 91 zu 18 Stimmen ab.

Mit Wissen über die Katastrophe sind die Ratsprotokolle erschreckend. Die bürgerlichen Parteien sagen stets, die Versicherung sei zu teuer. Die zahlenmässig weit unterlegene Ratslinke wirft der Mehrheit wiederum seit Jahren Klientelpolitik vor. «Es ist mir vollkommen klar, dass bei so vielen Versicherungsvertretern im Saal das Eigeninteresse vor den rationalen Argumenten kommt», sagte etwa der SP-Grossrat Beat Jost in einer hitzigen Debatte im Jahr 2003.

Dreiundzwanzig Jahre später sind 40 junge Menschen tot. Über hundert Verletzte haben einen langen Leidensweg vor sich. Ihretwegen wurde im Wallis die Zeit der Trauer ausgerufen. Es ist eine ehrliche, tiefe Trauer. Jeder spürt sie, der sich in diesen Tagen im Wallis bewegt.

Aber man verhindert auch eine Diskussion über die politische Kultur. Die Walliser Politik hat momentan aufgehört, Politik zu machen. Die Parteien sprechen nicht über die Ursachen der Katastrophe. Stattdessen veröffentlichten alle Parteien des französischsprachigen Wallis eine gemeinsame Stellungnahme, in der sie sich darauf einigen, bis auf weiteres keine Kommentare zum Brand abzugeben.

Gastrovalais, der Verband der Walliser Hotels, Restaurants und Bars, hat seine Mitglieder angewiesen, sich nicht in Zusammenhang mit Crans-Montana zu äussern. Stattdessen sollen die Wirte lediglich darauf hinweisen, dass Sicherheit ein fester Bestandteil ihres Berufsalltags sei und geltende Vorschriften eingehalten würden. Doch solange die Barbesitzer nicht offen sprechen, kann man auch nicht wissen, ob die Gesetze eingehalten werden.

Die Walliserin Joris sagt, dass man die Tragödie nicht für Parteipolitik verwende, sei zwar positiv. Aber: «Die Frage ist: Wird das Zusammenstehen hier als Abwehr gegen kritische Fragen von aussen genutzt?» Sie spricht von Sozialkontrolle: «Nur allzu oft hat man im Wallis den Mund gehalten, aus Angst vor gesellschaftlicher Ächtung.»

Führende Walliser Politiker reagieren genervt bis wütend auf Fragen dazu, wie die politische Kultur ihres Kantons mit der Brandkatastrophe zusammenhängt. Sie lehnen nur schon ein Gespräch darüber ab. Zitieren lassen wollen sie sich nicht. Selbst viele kritische Geister sind dazu nicht bereit. «Ich würde mir damit politisch mein eigenes Grab schaufeln», sagt eine öffentlich exponierte Person.

Doch im Fall Crans-Montana kann das Schweigen nicht lange funktionieren. Vielleicht nicht einmal auf den Strassen des Dorfes. Dort sagt ein 28-jähriger Einheimischer, die Stimmen von aussen hätten recht, die politische Kultur habe zum Unglück beigetragen. «Jeder im Wallis weiss, dass man profitiert, wenn man die richtigen Leute kennt», sagt der Mann. Andere verwerfen wütend die Hände, wenn man sie danach fragt.

In jedem Fall wird der Druck immens sein. Die Aufarbeitung funktioniert längst nicht mehr nach dem, was Kritiker Walliser Gepflogenheiten nennen. Das Drama ist dafür viel zu international. Schon jetzt zeichnet sich ab, mit welcher öffentlichen Vehemenz gerade die ausländischen Opferfamilien für Aufklärung kämpfen werden. Sie verlangen die Bestrafung derer, die für den Tod ihrer Kinder verantwortlich sind. Vor allem, falls es sich um Behördenvertreter handelt.

Doch die Walliser Staatsanwaltschaft ermittelt derzeit nur gegen das Ehepaar, das die Bar betrieb. Nicht gegen Behördenmitglieder. Die Strafverfolger stehen seit dem 1. Januar unter enormem Druck. Seit sie das Betreiber-Ehepaar der Bar ursprünglich nicht in Untersuchungshaft genommen haben, wird ihr Wille zur kompromisslosen Untersuchung infrage gestellt.

Am Freitag verhaftete die Staatsanwaltschaft nach einer Einvernahme den Betreiber dann doch. Erklärungen für die Kehrtwende lieferte die Staatsanwaltschaft bisher nicht. Wie Recherchen zeigen, verbot sie stattdessen den Anwälten der Opfer, über die Aussagen der Barbetreiber zu sprechen. Täten sie es doch, würden sie strafrechtlich verfolgt. Das Informations-Blackout soll für ganze vier Wochen gelten. Dies soll die Untersuchung schützen. Doch dem Image des Wallis wird die Geheimhaltung nicht helfen.

https://www.nzz.ch/schweiz/tal-des-schweigens-das-wallis-und-seine-eigenen-gesetze-ld.1919551


Frankfurter Allgemeine Zeitung, January 11     

Osterhammel zu Trump: Das Weiche unterliegt

Joseph Nye, Professor in Harvard und Berater von Bill Clinton, prägte das politikwissenschaftliche Konzept der „soft power“. Der Historiker Jürgen Osterhammel blickt durch die Brille von Nyes Kategorien auf die zweite Präsidentschaft von Donald Trump.

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Am 6. Mai 2025 starb Joseph S. Nye im Alter von 88 Jahren. Ist mit dem Politikgelehrten der Harvard-Universität auch seine Vorstellung von „soft power“ verstorben? Dieser Eindruck liegt – zumindest mit Blick auf die Vereinigten Staaten – nahe nach dem ersten Jahr der erneuten Präsidentschaft von Donald Trump. Zumal auch Nye noch wahrgenommen haben soll, was nicht nur ihm unvorstellbar schien: dass einem amerikanischen Präsidenten die „freundliche Seite der Macht“ egal sein könnte – so bringt Jürgen Osterhammel im „Merkur“ („Bye, Bye Soft Power“, Heft 915, 2025) die jüngere Entwicklung im Weißen Haus auf den Punkt.

Ob Trump sich stattdessen von Machiavelli leiten lässt? Dem Fürsten riet der Florentiner, es sei besser für ihn, wenn er gefürchtet, als wenn er geliebt werde? Osterhammel erinnert daran, dass 1589 der Römer Giovanni Botero – „einer der klügsten Kritiker Machiavellis“ – geantwortet habe, der Staat müsse sich aber auch um seinen guten Ruf kümmern, um „la riputazione“. Kann Trump all das wirklich egal sein? Osterhammel gibt skeptisch zu bedenken, dass das Furchteinflößen seine eigene Geschichte habe, die eine Geschichte begrenzter Wirkung sei. Die wahnsinnigsten Cäsaren und die brutalsten Despoten seien selten die effektivsten Herrscher gewesen. Und im Zeitalter nu­klearer Hochrüstung sei es eine überlebenssichernde Regel, den Gegner nicht zu sehr zu erschrecken – er könne in eine Panikreaktion getrieben werden. Auch hier bleibt die eigene Reputation in den Augen von Osterhammel wichtig. Für ihn besteht sie in der begründeten Minimalvermutung der anderen, eine Supermacht sei nicht bereit, ihre Gewaltmittel bis zum Äußersten einzusetzen. Abschreckung funktioniere nicht ohne dieses Minimalvertrauen.

Eine Rating-Tabelle für Präsidenten

Osterhammel zitiert den letzten Satz der 2024 publizierten Memoiren von Nye: „Selbst wenn seine äußere Macht weiterhin dominant bleibt, kann ein Land seine innere Tugend und Attraktivität für andere verlieren.“ Das sei auf Trump gemünzt gewesen, schließt Osterhammel, der Nye attestiert, die erste Amtszeit vom heutigen Präsidenten genau studiert zu haben. Nye habe eine Art „rating system“ für amerikanische Präsidenten entwickelt, bei dem es vor allem um deren ethische Qualitäten und einige benachbarte kognitive Eigenschaften gegangen sei. Während Roosevelt, Truman, Eisenhower, Bush senior und Clinton den Test ordentlich bestanden hätten, habe Trump noch die magere Punktzahl des jüngeren Bush unterboten.

Gut schneidet Trump bei Nye allein beim Kriterium moralfreien Machthandwerks ab, wie Osterhammel feststellt. Verheerend falle die Bewertung dort aus, wo es um „moral vision“, Wahrhaftigkeit und ein Verständnis für die Auswirkung des eigenen Handelns auf andere („contextual intelligence“) gehe – Kriterien, mit denen Nye in seinem Spätwerk ein bloß instrumentelles Verständnis von sanfter Macht zu korrigieren versucht habe. Bereits 2020 sah Nye laut Osterhammel den damals amtierenden Präsidenten als „Vernichter von soft power“. Den Beginn der zweiten Präsidentschaft Trumps habe er nicht mehr schriftlich kommentiert.

Doch wird für Osterhammel durch eine „Nyesche Brille“ sichtbar, wie sich innerhalb weniger Monate der Machtmix in den Vereinigten Staaten verändert habe: Durch einen gefügigen Kongress von allen Begrenzungen der Staatsverschuldung befreit, habe Trump eine riesige Aufrüstungswelle gestartet. Diese Anhäufung neuer „hard power“ diene nicht länger dem Zweck, den sie seit den späten Vierzigerjahren des zwanzigsten Jahrhunderts gehabt habe: der Abschreckung und auch Einschüchterung der Sowjetunion und ihres russischen Nachfolgestaats. Der Feind sitze nicht länger im Kreml. Auch bestreite Trump als „guter Isolationist“, neue Kriege führen zu wollen, vielleicht mit Ausnahme kleiner imperialer Aktionen – wie bereits im Fall Irans oder jetzt auch im Fall Venezuelas. Die neue Rüstung der Vereinigten Staaten unter Trump sei ausschließlich gegen China gerichtet.

Mit weicher Macht beschäftigte sich Jürgen Osterhammel der Sache nach schon in seiner Kasseler Doktorarbeit: „Britischer Imperialismus im Fernen Osten. Strukturen der Durchdringung und einheimischer Widerstand auf dem chinesischen Markt 1932–1937“, als Buch veröffentlicht 1983.Imago

Parallel zerstört der amerikanische Präsident in der Wahrnehmung von Osterhammel mit ideologischen Begründungen, die jeder außenpolitischen Rationalität spotteten, bestehende Quellen von „soft power“. Nichts wiege dabei schwerer als die Einstellung fast aller Formen von Hilfe, gerade auch von medizinischer Unterstützung, für arme Länder. Die Vereinigten Staaten scherten sich nicht länger um ihr Ansehen im Globalen Süden, gegen den zugleich das „Hard-Power-Instrument“ des „Strafzolls“ willkürlich eingesetzt werde.

Hier erkennt Osterhammel auch einen Gegensatz zwischen Trump und dessen republikanischem Vorgänger Bush junior. Trump wolle die Demokratie nicht verbreiten. Er schütze sie noch nicht einmal dort, wo es sie schon gebe, da er Auslandssender schließe, Menschenrechtspolitik und Cyberabwehr einstelle und seinen Helfern gestatte, antidemokratische Kräfte in anderen Ländern zu stärken. Osterhammel bringt die Entwicklung auf eine Formel, der Nye melancholisch zugestimmt hätte: „Neben drohender Macht wird werbende Macht ersatzlos gestrichen.“

https://www.faz.net/aktuell/wissen/geist-soziales/das-weiche-unterliegt-accg-110814305.html


Atlantico, January 9     

Et si nous avions besoin d’une patrie… européenne ?

Ce n’est que par notre force collective que nous pourrons préserver nos particularités culturelles, protéger nos rues, notre vie nocturne et nos festivals du terrorisme et de la criminalité.

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Les europhiles accueillent souvent la conscience nationale avec incompréhension et dédain. À leurs yeux, il s’agit d’un obstacle rétrograde et irrationnel sur la voie d’un ordre européen éclairé et « inclusif ». Une Europe unie, affirment-ils, devrait avoir pour fondement le dépassement des idées nationales. Aussi noble soit-elle, cette approche est vouée à l’échec. L’histoire de l’Europe montre que ses structures sociopolitiques sont profondément imbriquées dans les identités nationales et que l’unification politique requiert un sentiment d’appartenance partagé.

Tandis que nombre de personnes à gauche sous-estiment le pouvoir de l’identité nationale, les partisans de l’Europe des patries vivent dans une ignorance béate de la nécessité géopolitique et économique de l’unification politique. À l’heure où les entreprises américaines exercent une influence mondiale supérieure à celle des États européens pris individuellement, et où la guerre moderne s’est étendue au-delà de la terre, des airs et de la mer pour inclure l’espace et le cyberespace, l’État-nation européen n’est plus compétitif. L’obstination de nombreux nationalistes à défendre un particularisme mesquin face aux conflits entre grandes puissances menace précisément les modes de vie et les traditions qu’ils cherchent à protéger.

Un repositionnement de l’idée européenne peut résoudre cette tension entre identité nationale et realpolitik. Dans leur forme actuelle, les discours pro-européens s’appuient principalement sur la froide rationalité de la macroéconomie et de la politique de sécurité, ainsi que sur les idéaux universalistes du multilatéralisme et des droits de l’homme. Ils manquent de la force émotionnelle nécessaire pour forger un continent mature, capable de défendre ses intérêts – avec des forces armées européennes communes, des institutions européennes démocratiques et une politique étrangère cohérente. Pour acquérir une puissance politique suffisante, l’idée européenne doit s’appuyer sur l’attachement national des Européens. Car l’identité européenne requise pour l’unification politique existe déjà : elle réside dans l’amour des Européens pour leurs communautés et traditions nationales.

Nos nations constituent un patrimoine commun, et notre relation unique avec elles nous unit et fait de nous des Européens. Nulle part ailleurs l’identité nationale ne se pratique de cette manière : concentrée sur un petit proto-continent, coexistant pacifiquement et ancrée dans une multitude de traditions nationales et d’histoires étatiques séculaires.

En Europe, la conscience nationale repose sur deux piliers fondamentaux. Le premier est l’attachement inconditionnel à un territoire spécifique, à une communauté culturellement et historiquement liée, et à une mémoire collective. Le second, auquel le premier est généralement (et fondamentalement) inextricablement lié, est le désir éclairé de vivre en citoyens libres dans une société démocratique. Sans le premier, un État est dépourvu de peuple ; sans le second, le despotisme menace.

Cette combinaison unique d’identité et de citoyenneté éclairée a permis les réalisations qui constituent encore aujourd’hui les fondements sociaux et politiques de l’Europe. La nation et sa profonde solidarité interne ont ouvert la voie au contrat social européen. La nature laïque du nationalisme et son pouvoir civique et religieux ont rendu possible la séparation de l’Église et de l’État. L’égalité et l’unité du peuple ont aboli les ordres et contribué à la consolidation de la démocratie.

Dans leurs histoires d’émancipation, chaque nation européenne a apporté une contribution indispensable à ce mode de vie européen. Fiers de ces moments nationaux, nous sommes également fiers de leur portée européenne. La Révolution française, par exemple, fait partie de la mythologie nationale française, dont l’influence sur d’autres moments révolutionnaires européens – de 1848 à 1989 – lui a conféré une dimension historique mondiale. On peut en dire autant de la grève des chantiers navals de Gdańsk ou des mouvements de résistance antinazis à travers le continent. La lutte ukrainienne contre l’agresseur russe s’inscrira elle aussi dans la mémoire collective européenne. Les moments historiques qui ont précédé les Lumières constituent également des jalons européens – il suffit de penser à la bataille de Tours en 732 ou aux sièges ottomans de Vienne.

Il en va de même pour la richesse des traditions nationales et régionales qui, ensemble, incarnent la mythologie païenne de l’Europe, son héritage romain et son empreinte chrétienne. Dans les pays alpins, nous célébrons la fête de Krampus ; en Pologne, on célèbre la figure de Turon ; En Grèce, on l’appelle Kallikantzaros ; en Finlande, Nuuttipukki. Chaque nation célèbre cette fête à une date différente, mais toujours en hiver, et toujours en évoquant l’esprit du péché et de la vertu. Ici aussi, Nation et Europe ne s’excluent pas mutuellement, mais se complètent.

Les défis politiques de notre époque offrent à l’idée européenne l’opportunité de se renforcer si elle s’appuie sur la valorisation des acquis européens partagés et sur la reconnaissance des spécificités nationales du continent. La peur de la perte est devenue la force politique dominante en Europe et, dans ses manifestations nationales, renvoie à des aspects d’une même structure sociale sous-jacente. Les Européens s’inquiètent de la dégradation de la sécurité publique, des normes culturelles, de la liberté d’expression et de la résilience de leurs démocraties. Plus important encore que le manque de tolérance tant décrié est le sentiment que la normalité familière et chèrement acquise de l’Europe se désagrège rapidement.

En tentant de rompre avec le nationalisme, nombre d’europhiles se sont érigés en acteurs du problème. Ils nient aux Européens leur droit d’aimer leur nation et cherchent à imposer une transcendance de cet attachement au profit d’une nouvelle identité européenne. Pire encore, certains promeuvent une forme d’hyper-individualisme libéral postmoderne, où l’épanouissement personnel devient l’ultime et unique expression légitime de l’identité. Lorsque des expressions comme « protection du mode de vie européen » suscitent l’indignation publique, ou que le terme « nationaliste » est utilisé comme une insulte à Bruxelles, on crée une distance artificielle et contre-productive entre l’idéal européen et l’identité de nombreux Européens.

Au contraire, une Europe unie devrait être envisagée comme un moyen de promouvoir et de protéger ses nations. C’est uniquement par notre force collective que nous pourrons préserver nos particularités culturelles, protéger nos rues, notre vie nocturne et nos festivals du terrorisme et de la criminalité, et renforcer notre communauté démocratique. Dans de nombreux endroits où la menace qui pèse sur le mode de vie européen est plus tangible, l’identité nationale est déjà indissociable de l’idéal européen. Pensons à l’Ukraine, à la Géorgie ou à la Moldavie : des pays où l’Europe est perçue comme un havre de paix pour la vie nationale, qui renforce les traditions nationales et les protège des forces destructrices.

La situation actuelle offre à l’idéal européen une occasion unique de se faire le protecteur d’une patrie commune – une Europe où les citoyens libres peuvent pratiquer leurs traditions et affirmer leur identité en toute sérénité. Ainsi, le lien séculaire entre nation et Europe pourrait devenir une réalité politique. La conscience nationale en Europe ne serait plus une menace pour l’unité européenne, mais son fondement. La lutte commune pour préserver notre patrie pourrait alors insuffler à l’idéal européen la force émotionnelle dont il a si urgemment besoin.

L’unification exigera des compromis. Or, le prix de l’inaction est plus élevé. La préservation des valeurs démocratiques libérales et de nos traditions requiert une patrie commune résiliente. Contrairement aux siècles passés, le monde n’attend plus le vieux continent.

La version originale de cet article a été publiée sur The European Conservative

https://atlantico.fr/article/decryptage/et-si-nous-avions-besoin-dune-patrie-europeenne


Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review, January 9     

„Europa muss seinen Abstieg würdig managen“

Nach 1990 dominierten die USA die Welt. Jetzt kehren wir zur geschichtlichen Normalität zurück, sagt der Politikwissenschaftler Daniel Marwecki: in eine multipolare Ordnung. Europa aber klammert sich an alte Illusionen.

Daniel Marwecki lehrt Internationale Beziehungen an der Universität Hongkong. Sein Buch „Die Welt nach dem Westen. Über die Neuordnung der Macht im 21. Jahrhundert“ ist beim Ch. Links Verlag erschienen (288 S., geb., 24,– €).

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Inzwischen wissen wir detailliert, wie es dem US-Militär gelungen ist, Präsident Maduro in Venezuela festzunehmen. Aber der Grund der Militärintervention ist weiterhin rätselhaft. Was hat Trump motiviert?

Zunächst fällt auf, dass die alten Begründungen weggefallen sind, mit denen noch G. W. Bush Amerikas Militäreinsätze legitimierte: Trump geht es weder um Demokratie noch um Freiheit. Das zeigt sich daran, dass das alte Regime in Venezuela weiterhin an der Macht ist. Auch die Aussage, der Drogenschmuggel solle mit der Mission unterbunden werden, wirkt vorgeschoben. Sicher geht es irgendwie um Öl, wovon die USA jedoch selbst genug fördern, anders als noch zu Bushs Zeiten. Ein greifbares Nationalinteresse ist also nicht leicht zu erkennen; Trump scheint vielmehr Gefallen daran zu haben, der Welt die – in der Tat beachtlichen – militärischen Fähigkeiten der USA vorzuführen und zu verdeutlichen, dass er auf Südamerika einen exklusiven Machtanspruch erhebt.

Aber wollte Trump die Amerikaner nicht aus den „ewigen Kriegen“ seiner Vorgänger heraushalten?

In Venezuela haben die USA eine beeindruckend präzise Spezialoperation durchgeführt, bei der kein amerikanischer Bürger sterben musste. Nur auf diese Weise kann Trump sein Wahlkampfversprechen einlösen, Amerika nicht wieder in Kriege auf der ganzen Welt zu verwickeln. In Iran ging er ähnlich vor: Eine einzige Attacke mit B-2-Bombern, die dem iranischen Atomprogramm den entscheidenden Schlag versetzen sollten. Auch hier stellte Trump die Kampfhandlungen schnell wieder ein. Andernfalls hätte er sofort mit Kritik aus seiner Wählerschaft rechnen müssen. Das gilt auch für Venezuela. Deswegen ist es unwahrscheinlich, dass US-Truppen das Land besetzen werden.

Handelt es sich bei den Militärschlägen überhaupt um etwas Neues, oder setzt Trump lediglich die bisherige amerikanische Außenpolitik fort – jetzt nur ohne dauerhafte Bodentruppen?

Wenn man den Blickwinkel des sogenannten Globalen Südens einnimmt, scheint tatsächlich Kontinuität zu herrschen. Amerika hat nicht nur im Nahen Osten, sondern auch in Südamerika immer wieder geheimdienstlich und militärisch eingegriffen. Unzählige Staatsstreiche, Wahlbeeinflussungen und Militärinterventionen gehen auf das Konto der US-Politik. Ende 1989 griffen die USA etwa Panama an, um den dortigen Machthaber Manuel Noriega festzunehmen – insgesamt ein ähnlicher Fall. Neu ist aber, dass Trump sich in das Gewand eines rohen Imperialismus hüllt, wie man ihn aus dem neunzehnten Jahrhundert kennt. Es geht ihm um nationale Macht ohne höheres Gut, und das sagt er auch in aller Deutlichkeit. In seinen Stellungnahmen verzichtet er sogar auf den Anschein der Rechtmäßigkeit. Noch wichtiger aber ist ein anderer Unterschied: Trump führt kein aufstrebendes Imperium an, sondern eines, dessen Dominanz schwindet.

Die Trump-Regierung behauptet das Gegenteil.

Aber auch sie kann sich der objektiven Logik nicht entziehen, dass sich das ökonomische Zentrum der Welt verlagert hat und weiter verlagern wird. Die Länder Asiens sind in einigen Bereichen längst technologisch führend; allen voran China beherrscht inzwischen einen Großteil der weltweiten Industrieproduktion. Womöglich werden viele Deutsche bald Elektroautos von BYD statt von Volkswagen fahren. Militärisch kann China mit den USA noch lange nicht mithalten; aber die Größe des Landes, sein Bevölkerungsreichtum, vor allem aber seine Wirtschaftskraft haben die Vorstellung eines westlich dominierten Planeten anachronistisch gemacht. Und es ist längst nicht nur China, das sich westlicher Vorherrschaft verweigert.

In der europäischen Öffentlichkeit gibt es viele, die für die Zeit nach Trump mit der Rückkehr zur transatlantischen Normalität rechnen. Ist das keine berechtigte Hoffnung?

Auch wenn sich die Beziehungen zwischen den USA und der EU eines Tages wieder bessern: Wir gehen schnellen Schrittes auf eine multipolare Weltordnung zu. Die unipolare Ordnung nach dem Kalten Krieg war eigentlich eine Anomalie. Der amerikanische Außenminister Marco Rubio hat nach seinem Amtsantritt in aller Klarheit gesagt, wie historisch einmalig die Tatsache ist, dass nach dem Kalten Krieg eine einzige Nation die Weltkugel dominieren konnte. Jetzt kehren wir zur geschichtlichen Normalität zurück und fangen wieder an, in einer Welt mit vielen verschiedenen Zentren und Allianzen zu leben. Die eigentliche Tragik ist, dass die MAGA-Bewegung diese Tatsache auf ihre Weise besser verinnerlicht hat als etwa die deutsche Außenpolitik.

In Ihrem Buch „Die Welt nach dem Westen“ beschreiben Sie diese neue Lage als Ergebnis einer historischen Dialektik: China wurde in der von den USA geschaffenen globalen Ordnung groß.

Wer über Chinas Aufstieg zur Weltmacht spricht, ist von Ängsten umgeben: Viele fürchten sich vor einer chinesischen Despotie, die nun die ehemaligen imperialen Herren, Europa und die USA, ihrem Regiment unterwirft. Bei aller Sorge vor der Macht Chinas: Zunächst ist dessen Aufstieg ein gigantischer Erfolg – für das Land, aber auch für die westliche Ordnung selbst. China ist nicht der erste, aber der größte nichtwestliche Staat, der sich mithilfe der Globalisierung zu einer Industrienation aufgeschwungen hat und dessen Bürger – zumindest in den Städten – mit den Standards westlicher Lebensführung mehr als mithalten können. Die europäische Zivilisation hat sich erfolgreich globalisiert und China ermöglicht, durch seinen geschickten Mix von Markt und Staat Milliarden Menschen aus der Armut zu heben. Was wäre das für eine traurige Welt, wenn keine nichtwestliche Nation es je schaffen würde, zu Europa aufzuschließen? Wir sollten auf mehr solcher Erfolgsgeschichten hoffen. Es gibt viel zu wenige davon.

Haben Sie keine Angst vor einer „Achse der Autokraten“, vor der die Friedenspreisträgerin Anne Applebaum warnt?

Man vergisst dabei, mit wie vielen Autokratien der Westen zusammengearbeitet hat, wenn es zu seinen Interessen passte. Richtig ist, dass China und Russland enger zusammengerückt sind. Doch suggestive Bilder wie das eines neuen Kalten Krieges oder einer neuen „Achse der Autokraten“, die ja sehr an Bushs „Achse des Bösen“ erinnert, führen leicht in die Irre. Das Bündnis zwischen China und Russland ist ein Zweckbündnis. Es beruht auf gemeinsamen Interessen, nicht auf einer gemeinsamen Ideologie, die beide dem Rest der Welt aufzwingen möchten. Seit 1990 leben wir in einer kapitalistisch durchdrungenen Welt, in der es zwar verschiedene Regierungsformen und einander bekämpfende Staaten gibt, aber keine konkurrierenden Großideologien mehr, die Anspruch auf Welteroberung erheben. Wir sollten verteidigungsfähig gegenüber Russland sein und uns gegenüber China weder naiv noch übermäßig furchtsam verhalten; aber China schickt keine Kriegsschiffe nach Caracas, um die dortige Autokratie zu retten, auch Iran ist es nicht zur Seite gesprungen.

Wenn nicht ängstlich, wie sollten die Europäer dann auf die Multipolarisierung der Weltordnung blicken?

Zweckoptimistisch und mit einem eigenen demokratischen Zukunftsangebot. Es hilft nichts, der alten Welt nostalgisch nachzutrauern. Trumps Außenpolitik ist chaotisch, mitunter gefährlich, gerade für die Ukraine. Aber in Trumps Wiederbelebung der Monroe-Doktrin steckt immerhin ein Stück Realismus: Das amerikanische Imperium verkleinert den Raum, in dem es bereit ist, für Ordnung zu sorgen – sei es auch nur die Ordnung amerikanischer Interessen –, und reduziert global gesehen seinen Anspruch auf Vorherrschaft. Die Häufigkeit, mit der in der neuen amerikanischen Sicherheitsstrategie von der „westlichen Hemisphäre“ gesprochen wird, belegt diese Entwicklung, die sich bis zu einem gewissen Punkt von Trump unabhängig vollzieht. Die Europäer dagegen klammern sich viel stärker an ihre alten Illusionen. Geboten wäre aber, sich der neuen Lage anzupassen.

In Ihrem Buch sprechen Sie von „würdevollem Abstiegsmanagement und Einpassung in eine ausgeglichenere Weltordnung“. Was soll das heißen?

Europa könnte seinen relativen Abstieg, der ja nur die Kehrseite des relativen Aufstiegs asiatischer Staaten ist, wahrscheinlich viel vernünftiger und menschenwürdiger bewältigen: Indem es den Traum westlicher Dominanz aufgibt und stattdessen eine regelbasierte Ordnung bis dorthin aufrichtet, wohin seine Kräfte reichen. Gemeinsam wären die Europäer stark genug, Russland abzuschrecken und friedensstiftend in eine Welt hineinzuwirken, die sich dezentriert und neue Bündnisse zulässt. Das wird nicht einfach. Aber die meisten Länder jenseits des Westens haben in dieser neuen Multipolarität längst Vorteile für sich erkannt und sind bemüht, unter den veränderten Bedingungen ihre Aufstiegschance zu ergreifen. Europa sollte sich der neuen Lage stellen; versuchen, technologisch mitzuhalten, und ansonsten mit gutem Beispiel vorangehen. Das bedeutet auch, sich erst mal darauf zu fokussieren, das eigene Angebot zu verbessern. In einer multipolaren Ordnung lässt sich der Lauf der Geschichte nicht mehr einseitig kontrollieren. Wo Zentrum und wo Peripherie ist, ist zu einer offenen Frage geworden.

https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/sachbuch/us-angriff-in-venezuela-europa-muss-seinen-abstieg-managen-accg-110815417.html?premium=0x813548b25db98804045ff6fbdca4bac42622782a764fff7d4d50dff66bb00235


Neue Zürcher Zeitung, January 9      

Der Horror von Crans-Montana zeigt, wie krank unsere Spassgesellschaft ist

Sie feierten und filmten, selbst als die Flammen schon von der Decke schlugen. Nicht nur die Opfer der Feuersbrunst, wir alle schieben die Verantwortung für unser Leben ab.

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Wir amüsieren uns zu Tode. Zu diesem Fazit gelangte im Jahr 1985 der amerikanische Soziologe Neil Postman. Wir verstanden den Satz bisher als Metapher dafür, wie Medien und Unterhaltungsindustrie unser Leben bestimmen. Seit dem Brand von Crans-Montana wissen wir: Er hat auch eine schreckliche, nämlich wörtliche Bedeutung.

Noch im Moment der höchsten Gefahr, als das Feuer bereits die Decke des Kellers erfasst hatte, tanzten die jungen Gäste ausgelassen. Es war wichtiger, die züngelnden Flammen mit dem Handy zu filmen, als sich in Sicherheit zu bringen.

Was am frühen Neujahrstag in der Bar «Le Constellation» seinen Lauf nahm, kann als Sinnbild für eine enthemmte Spassgesellschaft und die Krise der Eigenverantwortung gelten. Doch nicht die Jugendlichen sind schuld – und das gilt nicht nur, weil die Pietät eine solche Zuschreibung angesichts von 116 Verletzten und 40 Getöteten verbietet.

Reglementierung schafft ein trügerisches Gefühl von Sicherheit

Es amüsierte sich auch keine von Smartphones und Social Media verblödete Generation zu Tode, wie manche Ältere behaupten, um das Unerklärliche zu erklären. Die Jugendlichen übernehmen nur die Werte, die ihnen die Gesellschaft vorlebt. Diese Werte sind hedonistisch. Vergnügung und Konsum stehen an oberster Stelle.

Hier folgt keine antikapitalistische Suada, sondern nur eine Erinnerung: Die Wonnen der Unterhaltung und der Warenwelt sind kein Selbstzweck. Sie sind Mittel, um etwas Grösseres im Leben zu erreichen.

Eine Kultur, die hauptsächlich auf Ablenkung aus ist, wird nichts Neues erfinden, sie wird sich nicht weiterentwickeln. Denn das erfordert Arbeit. Konsum um seiner selbst willen schwächt eine Gesellschaft. Stockt der Nachschub an materiellen Gütern, entsteht eine Sinnkrise, weil der wichtigste Lebensinhalt entfällt.

Gibt es ein treffenderes Symbol des dekadenten Vergnügens als die mit Pyrotechnik garnierten Champagnerflaschen, welche die Kellnerinnen des «Constellation» blind für die Gefahren durch die Menge der Feiernden trugen? Statt ihrem Fluchtinstinkt zu folgen, zücken die Partygäste ihre Smartphones und lassen so wertvolle Zeit verstreichen. Doch dieses Verhalten ist längst akzeptierter Standard. Wir haben uns angewöhnt, die Verantwortung für unsere Sicherheit an öffentliche Stellen wie die Feuerpolizei zu delegieren. Die Sozialpolitik nimmt uns die Sorge um den Lebensunterhalt ab.

Im hinteren Teil der Kellerbar befand sich zeitweise eine weitere Bar mit Raucherbereich. Gemäss einer ehemaligen Mitarbeiterin der Bar «Le Constellation» gab es dort einen zweiten Ausgang, der im Modell nicht eingezeichnet ist. Unklar ist, ob er am Abend der Katastrophe als Fluchtweg genutzt werden konnte.

Auch unsere Gesundheit machen wir zur Sache des Staates. Er soll mit Verboten für Zucker und Fett richten, wozu seine Bürger offenkundig nicht mehr fähig sind: auf die eigene Ernährung zu achten. Es gibt kaum eine persönlichere Entscheidung als die, was man isst. Dennoch halten aktivistische Ministerien und Medien die Bevormundung auf dem Teller für völlig natürlich.

Die Kehrseite der Spassgesellschaft ist das Verschwinden der Selbstverantwortung und eine schleichende Entmündigung. Es sind nicht nur die Angehörigen der Generation Handy, die ein irrationales Vertrauen darin setzen, dass Feuerpolizei und Bauämter eine Kellerbar penibel inspizieren. Eine Gesellschaft, die sich vor allem amüsieren will, erwartet eine Rundumbetreuung.

Eine bis ins Detail reichende Reglementierung schafft ein trügerisches Gefühl von Sicherheit. In Extremlagen wie bei einem Grossbrand ist das evident. Wie selbstverantwortlich die Individuen in der Lage sind zu handeln, entscheidet letztlich über die Widerstandskraft einer Gesellschaft. Hier schneiden die USA noch immer am besten ab.

Es ist in Europa Mode geworden, Amerika als ein von Populismus und Polarisierung zerfressenes Land im Niedergang zu beschreiben. Dabei sind individuelle Freiheit und Verantwortung gross – und damit die Fähigkeit, mit Unbill aller Art fertigzuwerden. Am anderen Ende der Skala rangiert eine Diktatur wie China. Wie wenig es funktioniert, wenn der Staat bis in die Volksgesundheit jedes Detail kontrollieren will, zeigte sich in der Covid-Pandemie.

Irgendwo in der Mitte rangieren die kontinentaleuropäischen Länder. Deutschland ist besessen von der Idee der sozialen Gerechtigkeit. So planiert es möglichst viele Unterschiede, aber auch die Anreize für selbstbestimmtes Handeln.

Silvester gehört zu den Ausnahmesituationen, die eine Gesellschaft zur Kenntlichkeit entstellen. Die dunkle Seite der Spasskultur zeigt sich alljährlich in Berlin. Diesmal lautete die Bilanz am verkaterten Morgen danach: zusätzlich zu den einheimischen Polizisten 3000 weitere Beamte aus sieben Bundesländern, 2000 Einsätze und 50 abgefackelte Fahrzeuge. Gewalt gegen Feuerwehrleute und Sanitäter hat sich als multikulturelle Folklore in der Stadt fest etabliert.

Jeder Jahreswechsel bedeutet in Berlin einen Kontrollverlust. Die Randalierer haben begriffen, dass Fehlverhalten selten zu Konsequenzen führt. Die Spassgesellschaft entlastet das Individuum von seiner Verantwortung. Besonders wenn es sich um Migranten und damit um Rassismus-Opfer per se handelt. Man kann den Einsatzkräften ungestraft eine lange Nase drehen. Das Korsett von Vorschriften und der allgegenwärtige Vorwurf der Fremdenfeindlichkeit hemmen diese zuverlässig. Braucht man dann die Polizei, ist diese nicht zur Stelle.

Die Spassgesellschaft hat die Politiker, die sie verdient

Wer die Selbstbestimmung betont, degradiert den Staat nicht zum Nachtwächter. Im Gegenteil: In der normierten Welt, die für jeden Eventualfall eine Bestimmung bereithält, muss der Staat zwingend seinen Part des «contrat social» erfüllen.

Wenn die Verwaltung schon für alles und jeden Regeln aufstellt, muss sie deren Einhaltung überwachen. Die Gemeinde Crans-Montana hat inzwischen erhebliche Mängel bei der feuerpolizeilichen Kontrolle eingestanden. Die Schlamperei der Behörden hat unzählige Leben zerstört.

Kontrollverlust entsteht durch das Versagen Einzelner, vor allem aber durch die Überlastung des Staates mit so vielen Aufgaben, dass er keine mehr richtig versieht. Hier wirkt das Paradox des abnehmenden Grenznutzens. Eine Lockerung der feuerpolizeilichen Vorschriften, wie sie in der Schweiz geplant war, kann sogar mehr Sicherheit bringen. Wenigstens dann, wenn die verbleibenden Aufsichtspflichten auch wirklich erfüllt werden. Nach schärferen Vorschriften zu rufen, wie dies Politiker nach Katastrophen zu tun pflegen, ist oft der bequemste, aber auch dümmste Weg.

Jetzt ermittelt die Justiz. Weil nicht nur die Barbetreiber, sondern auch die Aufsichtsbehörden im Fokus stehen, sollte man einen ausserkantonalen Staatsanwalt bestellen. Schliesslich ist der Kanton Wallis, um es vorsichtig zu formulieren, für seine Beziehungsnetze bekannt.

So verwundert, dass das französische Wirtepaar trotz eventueller Fluchtgefahr nicht inhaftiert wurde. Bei den Wirten der «Walliserkanne» in Zermatt war man während der Pandemie nicht so zimperlich. Diese hatten zwar renitent gegen die Corona-Vorschriften verstossen. Im Gegensatz zum «Constellation» entstand jedoch in der Zermatter Beiz kein Schaden an Leib und Leben. Trotzdem sassen sie mehrere Tage in Haft. Sie hatten wohl die falschen Freunde.

Unabhängig von der strafrechtlichen Aufarbeitung ist die politische. Hier gilt nicht die Standardausrede aller Behörden, dass man erst die juristische Klärung abwarten müsse. Nicht nur die Schweiz erwartet Antworten – und das nicht irgendwann, sondern jetzt.

Weil sich unter den Toten und Verletzten Ausländer befinden, dürfte das liebste helvetische Trickli nicht so einfach funktionieren: so lange zu warten, bis eine gnädige Amnesie die Schuldfrage sanft überdeckt.

Wer zeigt gegenüber den Opfern und ihren Angehörigen Anstand? Wer übernimmt Verantwortung und tritt zurück? Der erste Kandidat wäre der unsäglich agierende Gemeindepräsident von Crans-Montana, Nicolas Féraud. Er beschönigt nicht nur das Behördenversagen, sondern stilisiert den Ferienort zum eigentlichen Leidtragenden des Brands.

Diese Fragen richten sich aber auch an die Kantonsregierung. Zum Wesen des politischen Rücktritts zählt, dass er keine individuelle Schuld voraussetzt. Er ist eine Geste der Sühne, damit die Gesellschaft ihren Frieden wiederfindet.

Doch die Spasskultur hat die Politiker, die sie verdient. Sie haben ebenfalls gelernt, Verantwortung abzuschieben. Ein Meister darin ist auch Berlins Bürgermeister Kai Wegner. Er lobte seine Stadtregierung überschwänglich, weil die Silvester-Randale diesmal nicht bis zum Bürgerkrieg in Neukölln eskaliert war. Auch so bringt man Verantwortung zum Verschwinden: indem man beide Augen fest zudrückt und die Wahrheit ignoriert.

https://www.nzz.ch/der-andere-blick/brandkatastrophe-in-der-schweiz-spassgesellschaft-und-staatsversagen-ld.1919322


Frankfurter Allgemeine Zeitung, January 9      

Französische Straßenregeln: : Schlafende Gendarmen

Die gebaute Straßenverkehrsordnung unserer Nachbarn: Tempo 30 müssen die Autofahrer zu spüren bekommen, sagen sich die französischen Bürgermeister, weil sie auf der Schule ihren Émile Durkheim gelesen haben.

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Völker unterscheiden sich im Grad ihrer Fügsamkeit gegenüber der Obrigkeit. Man darf getrost Klischees bemühen und feststellen, dass unseren französischen Nachbarn das „liberté ou la mort“ aus den Zeiten der Revolution so heilig ist wie ein Glas Bordeaux oder ein Baguette. Dabei sind sie als Bürger durchaus bereit zur Konformität, wäre da nicht eine Art Gegenwille, gerade das nicht zu tun, was der Staat von ihnen verlangt. Zum Beispiel im Straßenverkehr. Für die Einen gelten Verkehrsregeln stets, für andere noch nicht oder nicht ganz oder vielleicht. Das Nichtbefolgen von Vorschriften ist die Kehrseite ihrer Geltungskraft, die dadurch nicht etwa geschwächt, sondern erhöht wird. Schließlich muss der Uneinsichtige, der sich nicht an Regeln hält, mit Strafe rechnen. Frankreich setzt, was den Straßenverkehr angeht, statt auf Einsicht auf schwarze Pädagogik, auf präventive Sanktion. Zu diesem Zweck werden aus Vorschriften Dinge gemacht, sie werden zu Hindernissen, und diese wirken, ehe der Fuß am Gaspedal von der Versuchung zum Ungehorsam gekitzelt wird.

Regeln wie Dinge zu behandeln, auf diesen genialen Gedanken kam einst der französische Gelehrte Émile Durkheim. Seine Idee hat seit Langem den Rahmen erkenntnistheoretischer Debatten verlassen. Sie beflügelt die Phantasie der Bürgermeister, deren Autorität in Frankreich noch die des Staatspräsidenten übertrifft. Landauf, landab lassen sie auf den Straßen ihrer Gemeinden Tempo 30 in Beton gießen: „Ralentisseur“, Verlangsamer, genannt. Quer über die Straße gezogene steinerne Schwellen bilden das Dekor des französischen Straßennetzes. Alternativ, besonders in Gegenden, in denen Traktoren die Durchfahrt erleichtert werden soll, dienen abständig zueinander montierte quadratische Bremskissen aus Kunststoff demselben Zweck.

Zehn Zentimeter Höhe sind zulässig

Nun sind Geschwindigkeitskontrollen nicht nur üblich, sondern geradezu zwingend. Es gibt sie in allen Ländern der Welt. Straßen in Wohnvierteln werden mit Pollern und Blumenkübeln eingehegt, um zum Wohl der Fußgänger ein gedrosseltes Fahren anzumahnen. Die Art und Weise jedoch, in der unsere Nachbarn im städtischen Straßenverkehr der Vorschrift Nachdruck verleihen, ist ohne Beispiel. Wenigstens égalité soll gelten, damit die liberté nicht auf Kosten der fraternité geht. Ralentisseure verwandeln die Fahrt durch Städte und Dörfer in ein Abenteuer eigener Art. Zehn Zentimeter Höhe sind zulässig, wobei beflissene Bürgermeister es gern auf ein paar Zentimeter mehr ankommen lassen. Besonders zu Stoßzeiten wird das Fahren zu einem Hürdenlauf, schwungvoll bis schmerzhaft für die Insassen der Autos, ein Belastungstest für die Stoßdämpfer. Der Volksmund nennt die Erhöhung „schlafende Gendarmen“, eine Umschreibung, in welcher der leise Triumph über den Staat anklingt. Man hält sich an die Vorschrift, mokant, da von schlafenden Gendarmen nichts zu befürchten ist.

Phantasievoll ist auch ein anderes Bild, „dos d’âne“, „Eselsrücken“, eine schmunzelnde Referenz des agrarischen Frankreich an die Vorgeschichte der PS. Mit dem Fahrzeug auf einem solchen steinernen Eselsrücken zu landen oder ihn gar zu übersehen kann einen von den Sitzen reißen. Fahrten in der Dunkelheit haben ihren besonderen Reiz. Bei ringsum blendenden Scheinwerfern ist man nicht mit Lichthupen entgegenkommender oder nachfolgender Fahrzeuge konfrontiert. Es sind die Verlangsamer, die zum Tanz der Karosserien aufspielen. Doch Schwellen gibt es in Frankreich nicht nur in den Städten. Wer statt mit dem Auto mit dem Rad unterwegs ist, muss auf dem quivive sein. Enthusiasten der Loire-Schlösser etwa, die im Land des Cyclisme in extra angelegten Spuren die Fahrt auf dem Deich vorziehen, müssen aufpassen, sich nicht beim Blick auf den Flusslauf zu verlieren. Der Rucksack verrutscht, Seitentaschen müssen gerichtet werden, wenn geschieht, was nicht geschehen sollte. Von Wohnmobilfahrern wird berichtet, die, vom Scheppern im Innenraum aufgeschreckt, an den Rand gefahren sind.

Durch den Ritt auf der Schwelle zum Nachdenken gebracht, lüftet man ein weiteres Geheimnis um die Autokultur unserer Nachbarn. Frankreich huldigt mit dem Citroën DS einer Limousine, zu deren Ehren man Sonntagstouren unternimmt oder sich zu Oldtimertreffen versammelt. Warum? Dank ihrer legendären Hydraulik wäre die „Déesse“, die Göttin, ewiger automobiler Traum, jedem Hindernis gewachsen. Die Déesse hat der Himmel geschickt, sie fährt nicht, sie gleitet. Ihr aerodynamischer Zauber, dem vor Jahrzehnten der Philosoph Roland Barthes ein Denkmal gesetzt hat, transzendiert das Fahren zur reinen Utopie des Bei-sich-Seins: ein Eintauchen in einen „Strom, ohne nass zu werden“, wie David Riesman das Unterwegs-und-doch-zuhause des Autofahrens umschrieb. Die DS bleibt erhaben gegenüber Schwelle oder Kissen. Weder Regeln noch Dinge dringen während der Fahrt nach innen, ein sanftes Stupsen, wie ein à propos, Zeit für eine Pause, einen Schluck, den man hier „coup“ nennt.

https://www.faz.net/aktuell/wissen/geist-soziales/franzoesische-verkehrsregulierung-mit-barrieren-accg-110810872.html


Le Figaro, January 8         

Ferghane Azihari : «La dictature communiste du Venezuela est-elle conforme au droit international ?»

CHRONIQUE – L’intervention musclée des États-Unis à Caracas pose bien des questions. Et souligne que le monde demeure régi par des rapports de force plus «objectifs» que la morale.

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« Que sont les empires sans la justice, sinon de grandes réunions de brigands ? » interrogeait saint Augustin au Ve siècle de notre ère. Cette question résonne avec une acuité particulière aujourd’hui, alors que l’ex-dictateur du Venezuela, Nicolas Maduro, vient d’être appréhendé tel un vulgaire criminel par les forces américaines.

Les détracteurs de cette intervention n’ont pas tardé à s’indigner de ce qui constituerait une violation du droit international, désormais promis à une mort certaine. À en croire ces réactions, dont la sincérité prête à caution, le principe d’autodétermination et le respect de la souveraineté des nations auraient donc été, jusqu’à présent, respectés au Venezuela.

Et ce, quand bien même la dictature socialiste torturait ses opposants, refusait de reconnaître les résultats des élections, suspendait les libertés civiles et économiques au point de contraindre des millions de Vénézuéliens à prendre les chemins de l’exil et de plonger dans la pénurie une nation assise sur l’une des plus vastes réserves pétrolières de la planète et qui a perdu les trois quarts de son produit intérieur brut en l’espace de quelques années seulement.

La légitimité d’une intervention

D’aucuns voudraient faire croire que M. Maduro s’endormait chaque soir en méditant la Charte des Nations unies et sa « foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine ». Les clameurs indignées des partisans de Maduro en viennent à occulter la finalité du droit des gens, dont l’objectif consiste moins à protéger les tyrans qu’à préserver la paix. Ainsi que le suggérait le philosophe espagnol Francisco de Vitoria, précurseur du droit international, il demeure légitime d’intervenir contre « la tyrannie des chefs barbares eux-mêmes ou les lois tyranniques qui oppriment injustement des innocents ».

La condition anarchique inhérente à l’humanité condamne les normes internationales à n’être que le produit d’un rapport de force

Concédons néanmoins que l’intervention américaine pose bien des questions. L’utopie d’une humanité régie par le droit s’est invariablement heurtée à l’absence d’un gendarme au-dessus des nations pour en assurer l’application. La condition anarchique inhérente à l’humanité condamne les normes internationales à n’être que le produit d’un rapport de force. Le hasard de l’histoire a voulu que ce rapport de force soit favorable aux nations occidentales – précisément ces pays qui se sont illustrés par l’invention de la démocratie libérale et l’aspiration à une communauté humaine régie par la loi.

Si ces nations n’ont pas toujours été à la hauteur de leurs promesses, certifions toutefois que notre monde n’eût guère été plus civilisé si la suprématie industrielle était échue à d’autres nations moins attachées aux valeurs démocratiques. « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique », rappelait Pascal. Aux Européens d’en tirer les bonnes leçons.

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/ferghane-azihari-la-dictature-communiste-du-venezuela-est-elle-conforme-au-droit-international-20260107


Atlantico, January 8     

Ce déni de réalité qui met les femmes occidentales en danger

Présenté comme un plaidoyer pour la liberté et la sécurité des femmes, un rapport récent remet en cause le récit dominant des politiques féministes et progressistes en Occident. Il dénonce un déni de réalité face à la montée de l’insécurité, à la manipulation des données et à l’affaiblissement des valeurs libérales, affirmant que ce sont les femmes qui en paient le prix. Selon ses auteurs, seule une réaffirmation claire des principes moraux, de la liberté d’expression et de la sécurité peut préserver ce qui a longtemps fait de l’Occident un espace favorable aux femmes.

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Il dénonce un déni de réalité face à la montée de l’insécurité, à la manipulation des données et à l’affaiblissement des valeurs libérales, affirmant que ce sont les femmes qui en paient le prix. Selon ses auteurs, seule une réaffirmation claire des principes moraux, de la liberté d’expression et de la sécurité peut préserver ce qui a longtemps fait de l’Occident un espace favorable aux femmes.

Les médias et les institutions nous parlent sans cesse du succès des politiques féministes en Occident, des politiques qui, selon leurs défenseurs, ont rendu les femmes plus libres et plus autonomes que jamais. Est-ce vrai ? Le monde d’aujourd’hui est-il plus favorable aux femmes, comme le prétendent les féministes ? C’est la question à laquelle le rapport « Femmes et Occident — Liberté, tyrannie et véritables valeurs libérales », de Meaghan Mobbs, directrice du CASS, et de Mallory Jammullamudy, du Centre indépendant des femmes pour la sécurité américaine (CASS), une organisation dédiée aux questions de sécurité nationale et de politique étrangère, et plus particulièrement au rôle des femmes dans ces domaines, tente de répondre.

« Le sort des femmes a toujours été un indicateur de la force morale et de l’intégrité institutionnelle d’une civilisation », affirme le rapport. Partant de ce constat, le rapport analyse la situation des femmes en Occident, et ses conclusions sont loin d’être favorables au discours féministe. Les politiques progressistes ont engendré une « tolérance » de plus en plus tyrannique, où la liberté est étouffée par le politiquement correct, où les valeurs sont remplacées par un relativisme moral qui ouvre la voie à des idéologies destructrices pour l’Occident, et où la « tolérance » sert de prétexte à la censure de la liberté d’expression. Comme l’indique le rapport : « Lorsque la tolérance est déconnectée de la vérité et que l’inclusion prime sur l’intégrité, ce sont trop souvent les femmes qui en paient le prix.»

Se couper de la vérité ne peut mener qu’au mensonge, et c’est le modus operandi adopté par de nombreux gouvernements pour dissimuler, supprimer ou manipuler les données relatives à la criminalité et aux violences sexuelles perpétrées contre les femmes par des migrants, afin de décourager le débat public sur les risques démographiques et sécuritaires, voire de criminaliser, sous couvert d’incitation à la haine, tout discours remettant en cause la version officielle. L’un des exemples les plus frappants de manipulation dans le rapport concerne la publication des données annuelles du FBI sur la criminalité aux États-Unis. Selon l’administration Biden, ces données faisaient état d’une baisse estimée à 1,7 % des crimes violents en 2022. Or, un examen ultérieur a révélé une augmentation réelle de 4,5 % et a démontré que la publication initiale avait occulté 80 029 crimes violents, dont 1 699 meurtres et 7 780 viols.

Les données qui gênent le discours officiel sont dissimulées, voire purement et simplement occultées, ce qui, comme le souligne le rapport, contribue à une baisse généralisée de la confiance dans les médias et les institutions. C’est le cas au Royaume-Uni, où, en 2024, les étrangers avaient trois fois plus de risques d’être arrêtés pour des crimes sexuels que les citoyens britanniques, ou encore en Suède, où près des deux tiers des violeurs condamnés sont des migrants ou des personnes nées à l’étranger.

La réaction de ceux qui refusent d’accepter la réalité oscille entre « l’empathie suicidaire » – une déformation du libéralisme où la tolérance illimitée compromet les droits des femmes – et la culture de l’annulation, les crimes haineux ou le déni. « Lorsque des femmes disent ne pas se sentir en sécurité en rentrant chez elles alors que les statistiques officielles affirment que la criminalité est en baisse, lorsque des mères s’inquiètent pour leurs filles dans les vestiaires et sont accusées de sectarisme pour cela, lorsque des universitaires soulèvent des questions sur les droits des femmes et s’exposent à des représailles qui mettent fin à leur carrière – il ne s’agit pas d’anecdotes marginales. Ce sont les symptômes d’une société dans le déni. »

Le rapport classe également les pays selon la situation des femmes. En bas du classement – ​​les pays les plus dangereux pour les femmes – figurent l’Afghanistan, le Yémen, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud. Malgré des milliards d’aide étrangère, ces pays sont en proie à l’anarchie, au tribalisme et à un effondrement moral total. « L’aide ne saurait se substituer à la civilisation… L’aide humanitaire ne peut pallier l’absence de gouvernance légitime, de normes morales ou de responsabilité civique. En réalité, la dépendance chronique à l’égard de l’aide étrangère engendre souvent la corruption, la passivité et l’exploitation au marché noir. »

Au contraire, les pays nordiques occupent trois des cinq premières places du classement : le Danemark, la Suisse, la Suède, la Finlande et le Luxembourg. La Suède illustre toutefois bien le danger que représentent les politiques d’immigration laxistes. Considérée comme un modèle de tolérance et de progressisme, la Suède a opéré un virage à droite face à l’afflux massif de demandeurs d’asile, dont le nombre a doublé, passant de 81 301 demandes en 2014 à 163 000 en 2016. Les graves problèmes d’intégration et la criminalité ont mis en lumière les dangers de politiques naïves et idéalistes et ont profondément marqué la société suédoise, ce qui explique ce changement politique :

Pour la première fois en plus de 50 ans, la Suède enregistre une émigration nette depuis la mise en œuvre de réformes strictes visant à limiter l’immigration afin de lutter contre la hausse de la criminalité liée à l’ouverture des frontières. Le Danemark et la Suède pourront peut-être conserver leur place en tête du classement, mais cela a nécessité une évolution radicale des mentalités vis-à-vis de politiques généralement progressistes, telles que l’ouverture des frontières.

Et les États-Unis ? La première puissance occidentale se classe 37e sur 177. Comme en Europe, on observe une hausse des taux de criminalité violente et de l’insécurité, ainsi qu’une méfiance accrue envers les forces de l’ordre : « De nombreuses villes américaines ont mis en œuvre des politiques qui affaiblissent les forces de l’ordre, encouragent l’anarchie et abandonnent les victimes, notamment les femmes et les enfants.» À cela s’ajoutent les problèmes engendrés par l’instabilité du modèle familial ; selon le rapport, les données sont sans équivoque : l’éclatement de la famille a un impact négatif plus important sur les femmes. « Les femmes sont plus susceptibles de connaître la pauvreté, l’épuisement professionnel et la vulnérabilité sociale lorsque la cellule familiale se désagrège. Dans de nombreuses communautés à travers les États-Unis, la dégradation du mariage et la hausse du nombre de familles monoparentales ont créé des cycles d’instabilité et de difficultés intergénérationnelles. »

Un autre problème est l’impact du mouvement woke et des politiques identitaires, qui ont eu pour effet de rendre les Américaines plus vulnérables : « L’idéologie radicale du genre a érodé les frontières juridiques et culturelles qui protégeaient autrefois les femmes. De l’autorisation donnée aux hommes biologiques de participer aux compétitions sportives féminines et de se retrouver dans les prisons à l’abolition de la collecte de données fondée sur le sexe.»

Le changement de gouvernement, avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses décrets contre l’idéologie woke, ouvre une nouvelle ère aux États-Unis, qui se trouvent actuellement à la croisée des chemins ; leur richesse et leurs libertés sont tempérées par une insécurité croissante, la fragmentation des familles et une désorientation culturelle – des défis qui font écho aux luttes que connaît l’Europe face à l’immigration incontrôlée, la recrudescence de l’antisémitisme, les restrictions à la liberté d’expression et les dérives de l’inclusion radicale… Le véritable progrès pour les femmes réside dans la reconquête de la clarté morale qui caractérise les démocraties libérales : affirmer que toutes les cultures ou idéologies ne se valent pas dans leur respect de la dignité humaine, et que la sécurité des femmes est non négociable.

« La force soutient la liberté, et la liberté protège les femmes. » Pour protéger les femmes, l’Occident doit être libre et fort. Le rapport souligne les impératifs suivants pour bâtir un monde où les femmes ne sont pas de simples survivantes, mais les bâtisseuses de sociétés prospères : défendre sans relâche la liberté d’expression ; faire respecter les frontières et assurer une intégration intègre ; réaffirmer la clarté morale et la réalité biologique ; favoriser la solidarité transatlantique et le renouveau institutionnel ; et soutenir sans hésitation les droits des femmes et l’égalité.

Ce qui fait l’exception occidentale, ce n’est pas la perfection. C’est la liberté d’affronter l’imperfection. Si nous abandonnons cette liberté – si nous stigmatisons, réduisons au silence ou poursuivons en justice celles et ceux qui mettent en lumière les failles – alors nous aurons renié les principes mêmes qui ont fait de notre civilisation un phare pour les femmes du monde entier.

Comme le souligne le rapport, l’enjeu est de rester fidèles aux valeurs qui ont façonné notre identité. Sinon, nous cesserons d’être l’Occident. L’alternative est un monde bien plus sombre.

https://atlantico.fr/article/decryptage/ce-deni-realite-qui-met-femmes-occidentales-en-danger-insecurite-violences-Occident-France-Allemagne


The Times of Israel, January 8            

La France au bord du gouffre : retrouver nos valeurs pour sauver la nation

Il y a un peu plus d’un siècle, la France disputait à l’Angleterre la place de première puissance mondiale. Son rayonnement culturel, scientifique, militaire et économique faisait l’admiration du monde entier. Mais en 2025, l’image est bien différente : notre pays traverse une crise sociale, politique et financière. Cela pourrait n’être qu’une étape parmi tant d’autres dans notre histoire mouvementée si, à cette tempête, ne s’ajoutait pas une crise morale sans précédent. Et c’est là que réside le danger le plus grave.

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Car une crise économique se surmonte toujours : les cycles de prospérité et de récession font partie de la vie des nations. Une crise politique se résout, tôt ou tard, par des élections ou des réformes. Mais une crise morale est d’une autre nature. Elle attaque le cœur même d’un peuple, sa cohésion, sa confiance, son unité. Elle ronge les fondements invisibles qui font qu’une nation continue d’exister. L’histoire nous l’enseigne : Rome n’est pas morte à cause des invasions barbares, mais par l’apathie et la décadence des Romains eux-mêmes. C’est exactement ce qui menace aujourd’hui la France.

La flambée antisémite est un symptôme accablant de notre décadence

Depuis l’attaque barbare du Hamas le 7 octobre 2023, la France connaît une recrudescence inédite d’actes antisémites : 1 676 en 2023, près de 1 570 en 2024, soit quatre fois plus qu’en 2022.

Ces agressions, insultes et profanations ne sont pas des faits isolés mais le signe d’une haine qui s’installe et d’une faillite morale. Lorsqu’un pays n’est plus capable de protéger ses citoyens juifs, il n’est plus capable de protéger personne.

Pourtant, au lieu d’agir avec fermeté, nos dirigeants multiplient les ambiguïtés. Ils se montrent faibles face à l’Algérie qui insulte la France et refuse de reprendre ses criminels. Ils sont complaisants avec le Qatar, grand financeur des Frères musulmans, mais durs envers Israël, notre allié naturel.

Est-ce cela, gouverner ? L’État français, par ses silences, ses conventions fiscales et l’argent versé à travers certaines ONG, ne finit-il pas par être complice indirect du terrorisme qui nous menace ? Un rapport récent l’a démontré : les Frères musulmans déploient en France une stratégie d’entrisme financée par des États étrangers. Leur objectif ? Transformer lentement la société française par l’endoctrinement, la formation d’imams radicaux et la multiplication d’associations islamistes.

Pourquoi les gouvernements successifs n’ont-ils rien fait face à cette menace ?

Face à cette situation, la responsabilité de la classe politique est immense. L’extrême gauche, obsédée par sa haine de l’Occident, a noué une alliance idéologique avec les islamistes. Le Parti socialiste, ou ce qu’il en reste, a choisi la soumission, préférant exister dans l’ombre de LFI plutôt que défendre une ligne républicaine claire.

La macronie, de son côté, a érigé le « en même temps » en principe de gouvernement : une minute pour les victimes, une minute pour leurs bourreaux. Quant à la droite traditionnelle, elle multiplie les beaux discours mais peine à traduire ses convictions en actes concrets, même lorsqu’elle détient les ministères régaliens, comme actuellement l’Intérieur ou la Justice. Elle fait le jeu de la gauche.

Pendant que les élites hésitent, tergiversent ou pactisent, le peuple français, lui, voit la réalité et ne se trompe pas. C’est pourquoi il se tourne de plus en plus massivement vers le Rassemblement National (RN), le seul parti qui défend avec constance les principes républicains et patriotiques. Nous portons depuis toujours une ligne claire : interdire tout relais de l’idéologie islamiste, fermer les mosquées radicales, expulser les imams étrangers et dissoudre les associations complices.

Aujourd’hui, le RN est le seul mouvement politique à soutenir clairement les Juifs de France et les Juifs français ailleurs, dont la sécurité est indissociable de celle de la République, ainsi qu’Israël, démocratie assiégée qui continue de se battre courageusement face au fanatisme islamiste. Il affirme également le principe de priorité nationale, afin que les Français passent avant les étrangers dans l’accès au logement, aux aides sociales et à l’emploi, tout en rétablissant une véritable sécurité publique afin que chacun puisse circuler librement dans la rue, prendre le métro ou envoyer ses enfants à l’école sans crainte.

L’État français peine à protéger les Juifs, et la montée des actes antisémites révèle un problème structurel plutôt que ponctuel

Il est temps de mettre fin à la lâcheté face aux menaces islamistes et de garantir la sécurité de tous.

Pour nous, la sécurité des Français est la priorité absolue, où qu’ils se trouvent dans le monde. Ils doivent bénéficier de l’accès à l’éducation nationale et à tous les services dont jouissent les citoyens en France. Notre vision est claire : les Français de l’étranger, y compris ceux vivant en Israël, sont des Français à part entière et non des « Français à part ».

La France n’a pas vocation à disparaître dans l’apathie ou la soumission ; elle doit retrouver la force qui a fait sa grandeur et son influence dans le monde. Cela suppose de mettre un terme à la complaisance envers ceux qui menacent notre pays, de rétablir l’autorité de l’État et de défendre nos véritables alliés. La priorité doit être donnée à nos citoyens, et nos enfants, qu’ils soient juifs, chrétiens, musulmans ou sans religion, doivent pouvoir grandir dans la paix et la sécurité.

Voter n’est pas choisir un visage ou un charme passager, c’est soutenir un projet, des idées et une vision de la France ; choisir un parti contraire aux intérêts du pays, c’est affaiblir notre nation. Le rôle d’un élu est de tout mettre en œuvre pour appliquer ce projet et protéger au mieux ses électeurs. L’avenir de la France ne peut pas être abandonné à la légèreté ou à la naïveté : il est temps d’agir, car chaque bulletin de vote engage notre nation et trace le destin de notre patrie.

A propos de l’auteur

Professionnelle distinguée avec une expérience internationale approfondie sur trois continents, alliant expertise en économie, gestion de l’industrie du luxe et diplomatie culturelle. D’origine ashkénaze par lignée maternelle (Kapustiansky), avec un héritage politique notable à travers un arrière-grand-père qui fut un dirigeant politique important. Diplômée en économie avec un MBA de la prestigieuse École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), forte d’une carrière de 20 ans dans l’industrie du luxe et de la mode, incluant la propriété d’une unité de production française. Expérience auprès de l’UNESCO apportant une perspective unique sur la diplomatie culturelle et les relations internationales, ainsi qu’une expertise en transformation digitale dans le secteur des arts. Parcours d’expatriée en Afrique et en Russie, actuellement établie dans le nord de l’Italie depuis 2019. Maîtrise parfaite de plusieurs langues et cultures. Actuellement Présidente de l’UFE (Union des Français de l’Étranger) du nord de l’Italie et auteur de trois ouvrages publiés, active dans l’organisation communautaire et la diplomatie culturelle. Responsable de la 8ème circonscription des Français de l’étranger pour le Rassemblement National et candidate RN aux élections législatives.

https://frblogs.timesofisrael.com/la-france-au-bord-du-gouffre-retrouver-nos-valeurs-pour-sauver-la-nation/


The Times of Israel, January 7            

Pourquoi la France ne peut pas suivre le modèle Varsovie/Israël

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Spoliations, islam, souveraineté. Et ce qui arrive quand ces trajectoires dépassent l’Union européenne.

De Varsovie à Jérusalem, un même fil doctrinal se dessine :

  • primauté de la souveraineté,
  • refus des exceptions juridiques communautaires,
  • sécurité érigée en principe supérieur.

Ce modèle séduit une partie croissante de l’Europe centrale. Mais il demeure structurellement incompatible avec la France – non par manque de volonté politique, mais en raison d’une architecture juridique, historique et mentale différente. Cette divergence, désormais assumée, explique une fracture européenne qui tend à dépasser le cadre même de l’Union.

Varsovie : la dureté comme doctrine d’État

Après 1989, la Pologne a fait un choix clair : ne pas transformer la mémoire en dette juridique permanente. Concernant les spoliations juives liées à la Shoah, Varsovie adopte une position aussi contestée que cohérente : l’État polonais n’étant pas souverain durant l’occupation nazie, il refuse d’endosser une responsabilité patrimoniale globale.

Les restitutions existent, mais au cas par cas, selon le droit civil classique, sans loi-cadre ni réparation collective.

Ce refus n’est pas un angle mort : c’est un verrou assumé. La Pologne craint qu’une exception mémorielle n’ouvre un précédent juridique incontrôlable. Le droit doit rester individuel, fermé, non transmissible historiquement. L’égalité devant la loi prime sur la réparation symbolique.

La même logique irrigue la politique migratoire. L’islam n’est pas rejeté comme religion, mais comme vecteur potentiel de revendications collectives. Résultat :

  • immigration extra-européenne minimale,
  • contrôle sécuritaire strict,
  • refus du multiculturalisme juridique.

La frontière – physique et normative – est centrale.

Israël vu de Varsovie : un miroir stratégique

Dans les cercles politiques polonais, Israël n’est ni mythifié ni diabolisé. Il est observé comme un État qui décide. Israël assume la primauté de la sécurité, accepte le conflit juridique international et maintient une ligne claire : le politique tranche, le droit suit.

Surtout, Israël offre un paradoxe rassurant pour Varsovie : il porte la mémoire de la Shoah avec force sans exiger que les États européens reconfigurent leur droit interne au nom de réparations collectives. Mémoire forte, souveraineté respectée. Pour la Pologne, Israël n’est pas un cheval de Troie juridique ; c’est un État qui comprend la souveraineté des autres.

Sur l’islam, la comparaison est silencieuse mais décisive :

  • culte individuel garanti,
  • refus des droits politiques collectifs religieux,
  • subordination à l’impératif sécuritaire.

Varsovie y voit une méthode, non un contexte à imiter.

Pourquoi ce modèle attire l’Europe centrale

Ce modèle séduit la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, les États baltes. Tous partagent une même lecture : l’Europe occidentale gère les conséquences (contentieux, communautarisation, judiciarisation), l’Europe centrale veut éviter les causes. La doctrine commune est la suivante :

  • pas de dette historique transmissible ;
  • pas de droits collectifs fondés sur l’identité ;
  • pas de multiculturalisme juridique ;
  • frontières défendues, juridiquement et physiquement.

Dans ce cadre, le mur n’est pas qu’un symbole : il exprime le refus de l’interprétation permanente de la souveraineté.

La France : un État moral avant d’être stratégique

Ici se situe la rupture. La France se pense comme :

  • porteuse de valeurs universelles,
  • productrice de normes,
  • garante d’un État de droit qu’elle a contribué à bâtir.

Là où Varsovie et Israël raisonnent en termes de survie, Paris raisonne en termes de cohérence morale.

Conséquence directe : un État qui accepte d’être jugé par des normes supérieures ne peut pas ensuite refuser les juges. Or le modèle dur suppose précisément l’inverse.

Le verrou juridique français

La France a empilé les niveaux de normativité :

  • Constitution et bloc de constitutionnalité ;
  • Conseil constitutionnel et Conseil d’État ;
  • droit européen ;
  • jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

Dans ce système, le politique n’arbitre plus, il négocie avec le droit. Le modèle Varsovie/Israël exige un droit instrumental, subordonné à la décision politique. La France a fait le choix inverse : le droit est devenu un acteur.

Rompre avec cette architecture reviendrait à se dédire elle-même, puisqu’elle en est l’une des architectes.

La laïcité française : un faux cousinage

On croit souvent que la laïcité rapproche la France de la Pologne. C’est une erreur.

La laïcité française est émancipatrice et protectrice des minorités ; elle tend à produire des garanties juridiques dès qu’une visibilité religieuse apparaît.

À Varsovie (et à Tel-Aviv), l’État tolère les cultes mais refuse qu’ils deviennent producteurs de droits spécifiques. En France, au contraire, la logique est souvent : plus une minorité est visible, plus le droit doit l’encadrer et la protéger. Les philosophies sont opposées.

Spoliations : le précédent français

Après-guerre, la France a reconnu sa part de responsabilité, indemnisé, réparé. Ce choix a créé une jurisprudence mémorielle assumée. Dès lors, refuser d’autres logiques de réparation devient juridiquement et moralement difficile.

La Pologne, elle, a précisément refusé ce premier pas. C’est la bifurcation fondatrice.

Islam : le point de rupture final

Sur l’islam, l’incompatibilité est totale. Le modèle dur repose sur le refus des exceptions et la primauté sécuritaire. La France a constitutionnalisé les libertés, judiciarisé les conflits et accepté que le religieux devienne, indirectement, un sujet de droit.

Quand Varsovie dit « pas de précédent », la France répond, par son droit : « s’il existe ailleurs, il doit être intégré ». Les trajectoires sont irréconciliables.

La rupture française : molle, pas frontale

La France ne rompt jamais brutalement. Elle procède par érosion contrôlée – états d’urgence normalisés, lois sécuritaires validées, exception devenue règle – sans jamais l’assumer politiquement. Elle agit parfois comme les États durs, mais refuse de le dire.

La ligne de bascule serait atteinte le jour où l’exécutif considérerait que le juge empêche l’État d’assurer ses fonctions régaliennes. Ce serait un séisme institutionnel que la France redoute.

Quand les trajectoires dépassent l’Union européenne

L’Union européenne a longtemps joué le rôle d’amortisseur grâce à la primauté du droit, l’arbitrage juridictionnel et le compromis politique. Mais ce modèle suppose une acceptation commune de la hiérarchie des normes – condition désormais absente.

Pour certains États, le droit européen est devenu un outil de pression idéologique ; pour d’autres, un prolongement naturel de leur culture juridique. L’UE n’arbitre plus : elle prend parti.

Lorsque les trajectoires dépassent l’UE, on assiste à une dissociation fonctionnelle :

  • application sélective des décisions ;
  • primauté revendiquée du droit constitutionnel ;
  • invocation de la sécurité nationale ;
  • mise à distance de certaines normes migratoires.

L’Union subsiste formellement, mais son autorité se fragmente.

Mémoire, islam, sécurité : la fin du socle commun

Sur les spoliations, la mémoire cesse d’être un socle européen partagé pour redevenir un attribut souverain.

Sur l’islam et l’immigration, deux modèles coexistent sans convergence :

  • à l’Ouest, droits et contrôle a posteriori ;
  • au Centre-Est, prévention et contrôle a priori.

Conséquences : frontières internes de facto, régimes juridiques incompatibles, fragilisation silencieuse de Schengen. L’UE devient un archipel normatif.

La France face à l’Europe post-union

Si ces trajectoires se confirment, la France se retrouve dans une position paradoxale :

  • trop normative pour l’Europe centrale ;
  • pas assez souveraine pour assumer un État fort ;
  • prisonnière de ses propres contradictions.

Elle ne sort pas de l’UE ; l’UE sort progressivement de la France comme cadre opérant de résolution de ses tensions internes.

Conclusion : la fin du malentendu européen

  • La Pologne et ses alliés ont choisi la cohérence dure : souveraineté, sécurité, droit fermé.
  • Israël vit dans la nécessité vitale et assume le conflit normatif.
  • La France vit dans la contradiction gérée : État fort en pratique, État de droit en discours.

La France ne peut pas adopter le modèle Varsovie/Israël sans renier ce qu’elle croit être.

Si les trajectoires dépassent l’Union européenne, ce n’est pas un effondrement, mais une désillusion structurante :

  • la souveraineté redevient la norme,
  • le droit cesse d’être universel,
  • et l’Europe redevient plurielle, différenciée, conflictuelle.

La vraie question n’est plus de savoir si l’Union peut survivre telle qu’elle est, mais sous quelle forme elle accepte de ne plus être ce qu’elle prétendait incarner.

A propos de l’auteur

Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles, depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine.

https://frblogs.timesofisrael.com/pourquoi-la-france-ne-peut-pas-suivre-le-modele-varsovie-israel/?_gl=1*16cx8lv*_ga*MjAxNDk0Mjk4Ni4xNzY0NjA2NDQ4*_ga_RJR2XWQR34*czE3Njc3NzcwMjEkbzUyJGcxJHQxNzY3Nzc3MDQyJGozOSRsMCRoMA..


L’Express, January 6    

Venezuela : seul un coup de force pouvait ouvrir la voie à la démocratie, par Renée Fregosi

Tribune. Toutes les autres solutions s’avérant impossibles à mettre en œuvre, l’intervention américaine était l’ultime option pour espérer mettre fin à la dictature socialiste de Nicolas Maduro, estime la spécialiste des relations internationales.

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L’intervention des forces spéciales nord-américaines au Venezuela est sans doute la dernière chance de renverser la dictature qui affame et martyrise le pays depuis trois décennies. Il existe en effet quatre voies de sortie d’une dictature : ce qu’on a appelé la “transition à la démocratie” dans les années 1980-1990, c’est-à-dire une sortie pacifique négociée, comme ce que l’on a connu en Amérique latine et dans le bloc soviétique à cette époque; le coup d’Etat de la part de militaires favorables à la démocratie associés à l’opposition politique, comme ce qui s’était passé au Venezuela même lors de la chute du dictateur Carlos Pérez Jímenez en 1958; une lutte armée intérieure comme cela a pu se produire à Cuba en 1959 contre le régime de Fulgencio Batista, ou au Nicaragua en 1978 avec le FSLN contre Somoza junior; enfin, soit à la suite d’une guerre comme ce fut le cas contre les régimes fascistes et nazis, soit par une intervention militaire extérieure de plus ou moins grande ampleur.

Or il était manifeste que hélas, il n’y avait plus aucune possibilité de négocier une transition pacifique à la démocratie avec ce narcorégime, sans faire pression par la force. Un temps, on avait pu espérer que la dictature chaviste se fracture et qu’un accord entre les dissidents et l’opposition démocratique puisse déboucher sur un retour à l’ordre démocratique et à la prospérité dans ce pays qui fut par le passé un modèle de démocratie sociale redistributive. Mais, éduqué et inspiré par le régime cubain, Nicolas Maduro a régulièrement épuré les forces armées pour éviter toute tentative de coup d’Etat, tandis que l’opposition politique était persécutée, réprimée, emprisonnée, contrainte à la clandestinité comme la courageuse María Corina Machado ou à l’exil comme tant de leaders de la gauche démocratique.

Bien qu’à la suite de l’avènement d’Hugo Chavez en 1998, les élections n’aient plus jamais été libres au Venezuela, l’opposition unie était en effet parvenue pas à pas à obtenir plus du tiers des élus aux élections législatives de 2015. Mais le pouvoir chaviste n’avait pas voulu reconnaître la victoire des forces démocratiques et le régime de Nicolas Maduro s’était fait de plus en plus répressif. Et encore lors de la dernière élection présidentielle, en juillet 2024, tandis que tous les sondages donnaient le candidat de l’opposition, Edmundo González Urrutia largement vainqueur, c’est encore le président-dictateur Maduro qui fut déclaré élu.

L’opposition vénézuélienne est en effet foncièrement démocratique et la lutte armée est absolument exclue pour faire chuter la dictature. A différentes reprises, l’opposition unie a cherché les voies d’un compromis. Car déjà du vivant de Chavez, son mouvement avait connu des désaccords menant à l’éloignement ou à la rupture de la part de nombreux responsables du régime, civils et militaires, et sous les présidences de son successeur Maduro, l’hémorragie s’est poursuivie.

La corruption, l’implication grandissante dans le narcotrafic, et l’impéritie foncière du régime provocant une crise humanitaire gravissime dans le pays, ont dessillé les yeux des nombreux chavistes honnêtes. On estime ainsi à près d’un quart de la population (28,5 millions d’habitants environ) le nombre d’émigrés vénézuéliens qui ont fui le pays, poussés par les pénuries alimentaires, le manque de médicaments et de matériel médical de base, la crise énergétique et la répression. Mais, soutenu par les trois grandes dictatures que sont la Russie, la Chine et l’Iran, le régime chaviste poursuivait sa dévastation du pays.

Restait donc la seule solution de l’intervention extérieure, pour déclencher le changement de régime. Le couple Maduro étant écarté de la scène politique nationale, on peut s’attendre au délitement du groupe des prédateurs qui vont sans doute tenter de tirer leur épingle du jeu quitte à se trahir mutuellement. La mobilisation du peuple vénézuélien à l’intérieur et à l’extérieur étant le gage d’une victoire de la démocratie, on peut espérer que les militaires affaiblis et les paramilitaires chavistes des “Collectivos” ne jettent pas le pays dans une guerre civile meurtrière. D’autant que Donald Trump, favorable, affirme-t-il, à une transition pacifique, promet “une seconde vague si nécessaire” tout en estimant qu’elle ne sera pas nécessaire. Certes les Etats-Unis agissent dans leur propre intérêt, mais si cet intérêt converge avec celui du peuple vénézuélien, comment ne pas s’en réjouir?

NB: Cet article a d’abord été publié sur le site de La Nouvelle revue politique

Renée Fregosi est philosophe et politologue. Elle a publié en 2025 Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme (Editions Intervalles). Elle préside le Centre européen pour la coopération internationale et les échanges culturels (Ceciec) qui est un groupe de réflexion composé d’intellectuels et de militants associatifs européens et latino-américains.

https://www.lexpress.fr/monde/amerique/venezuela-seul-un-coup-de-force-pouvait-ouvrir-la-voie-a-la-democratie-par-renee-fregosi-XSTJTKWYQBBKRA5YV5ZWQSKP4I/


Le Figaro, January 6    

Elizabeth Burgos : «Les États-Unis n’ont pas envahi le Venezuela, ils sont intervenus contre une bande de mercenaires»

GRAND ENTRETIEN – Après l’enlèvement de Nicolás Maduro, l’historienne vénézuélienne* rappelle les exactions du gouvernement chaviste et la souffrance de son peuple. Elle confie son espoir de voir l’opposition démocratique portée par María Corina Machado arriver enfin au pouvoir.

*Historienne, anthropologue et écrivaine vénézuélienne, Elizabeth Burgos a été proche de Fidel Castro au début de la révolution cubaine. Elle a ensuite travaillé pour Salvador Allende au Chili. Depuis sa rupture avec le castrisme, elle n’a cessé d’alerter sur le caractère dictatorial du régime de Maduro. 

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LE FIGARO. – Quelle a été votre première réaction quand vous avez appris l’arrestation de Nicolás Maduro par l’armée américaine ?

Elizabeth BURGOS. – Cette arrestation met d’abord fin à une attente. Au vu de la mobilisation navale qu’avaient déclenchée les États-Unis, il était évident que quelque chose allait se passer. Il n’était pas possible que les Américains fassent un effort pareil sans qu’il n’y ait d’issue. J’étais certaine qu’ils ne feraient pas une opération militaire comme ils ont pu le faire en Irak par le passé. D’autant que Trump avait promis lors de sa campagne électorale qu’il ne déclencherait pas de guerres et n’enverrait pas de soldats américains se battre. À l’approche des élections de mi-mandat, il apparaissait difficile d’envisager une intervention militaire américaine d’occupation. Les États-Unis ont opté pour une méthode proche de celle employée par Israël contre le Hezbollah : une opération éclair, ciblée, sans perte du côté de celui qui intervient.

J’étais étonnée que les États-Unis capturent seulement Nicolás Maduro et sa femme. Car il y a plusieurs personnages au sommet de l’État vénézuélien : le pouvoir repose sur cinq ou six personnes. Mais les Américains ont décidé d’enlever uniquement Maduro, la tête visible du pouvoir. Cela a été permis par une trahison à l’intérieur du groupe qui tient le pouvoir au Venezuela. C’est une configuration assez médiévale : il y a plusieurs seigneurs de guerre, parmi lesquels Delcy Rodriguez, vice-présidente qui a été désignée par Trump pour exercer le pouvoir par intérim. Delcy Rodriguez était proche de Maduro, mais elle avait déjà été identifiée comme quelqu’un de plus ouvert avec qui on peut traiter. C’est probablement elle qui a trahi Maduro. Très vite, Marco Rubio et l’administration américaine ont compris qu’aucune personnalité de l’opposition n’avait le pouvoir de maîtriser les violences qui peuvent se déclencher au Venezuela. Car il ne s’agit pas seulement du pouvoir de Maduro et de son clan, mais des groupes paramilitaires dans tout le pays, par exemple les ELN de Colombie, les FARC qui dominent le territoire du Sud.

Il y a quand même huit millions de Vénézuéliens qui se baladent dans le monde car ils ont fui leur pays. Pour une raison ! La souffrance du peuple vénézuélien est énorme.

Les États-Unis ont créé une opération qui a une assise légale – le trafic de drogue qui tue les citoyens américains. Mais en réalité leur objectif est de récupérer une zone stratégique qu’ils ont abandonnée de manière un peu naïve pendant plus de 20 ans. Ils ont abandonné l’Amérique latine en se disant que ces pays n’avaient pas d’arme nucléaire et qu’ils ne pouvaient pas mettre en péril la sécurité américaine. Et finalement ces républiques bananières sont devenues un danger très important pour la sécurité américaine.

Entre la violation de la souveraineté territoriale du Venezuela et la chute d’un régime autoritaire et répressif, que fallait-il privilégier selon vous ? Quel est le sentiment de la population vénézuélienne ?

Si vous demandez à la population vénézuélienne et cubaine s’ils veulent une intervention américaine, 90% des gens vont être pour ! Mais parmi les observateurs, personne ne semble penser à cela : on pense au droit international, mais pas aux gens. Or il y a quand même huit millions de Vénézuéliens qui se baladent dans le monde car ils ont fui leur pays. Pour une raison ! La souffrance du peuple vénézuélien est énorme. Mais on fait comme si elle n’existait pas. Le régime de Chavez et Maduro s’est comporté comme le pouvoir castriste. Or le castrisme est une anomalie historique : c’est la seule idéologie au monde qui s’est consacré à détruire les pays en détruisant leur économie. Fidel Castro s’est approprié le Venezuela à l’époque de Chavez, et il a détruit l’industrie pétrolière. Alors que tout l’Occident a besoin de pétrole et que le Venezuela était l’un des pays les plus modernes de l’Amérique latine. C’est fou. Avant même de prendre le pouvoir à Cuba, en 1959, Fidel Castro était au Venezuela, car il avait compris que c’était le pays le plus fort, le pays qui avait le pétrole et qui pouvait aider son projet messianique d’être le leader du tiers-monde, comme on disait à l’époque.

Actuellement, on entame une phase de post-castrisme. L’Amérique latine est en train de « canceller » le castrisme. Ça a commencé en Argentine, puis a été suivi en Bolivie par la nouvelle administration qui a réussi à gagner les élections.

Aujourd’hui le Venezuela n’est même plus capable d’exploiter le pétrole correctement. Il y a régulièrement des incendies pétroliers parce qu’il n’y a pas de techniciens pour les éteindre. Il n’y a plus rien !

Vous pensez que cela peut arriver au Venezuela demain ?

C’est déjà arrivé au Venezuela le 28 juillet 2024 ! On a réussi à montrer que les élections avaient été truquées. Comme disait María Corina Machado, pendant longtemps on savait qu’il y avait de la fraude, mais on ne pouvait pas le prouver. En 2024, on a réussi. Tout le monde oublie que c’est ça la légalité ! Maduro ne représente pas le gouvernement légal : c’est un imposteur. Quand en France la gauche dit que les États-Unis ont envahi le pays, ce n’est pas vrai : ils sont intervenus contre une bande de mercenaires. Au Venezuela, par une sorte d’hybridation du totalitarisme communiste avec le totalitarisme néolibéral, la gauche est devenue rien moins qu’une bande de mercenaires.

Lors des élections de 2024, María Corina Machado, qui a reçu le prix Nobel de la paix cette année, avait été empêchée de concourir. Est-elle désormais la favorite pour devenir la prochaine présidente du Venezuela ?

Bien sûr. Lors des primaires en 2024, María Corina Machado avait obtenu 93% des voix. Le pouvoir a vite compris qu’elle représentait une menace et donc on lui a interdit de se présenter. Un dossier a été monté contre elle lui reprochant de n’avoir pas payé d’impôts sur son salaire de députée. Car c’est ainsi que fonctionne la « démocratie » dans ce genre de république totalitaire : on monte des dossiers et tout devient « légal ». On nomme des juges à la botte du pouvoir politique.

María Corina Machado empêchée, elle a passé ses voix à la dernière minute à Edmundo González Urrutia, un ancien ambassadeur inconnu. Et il a gagné les élections, alors que personne ne le connaissait. Il a été élu grâce à la campagne électorale que María Corina Machado a faite pour lui. Je trouve assez admirable cette lutte de l’opposition vénézuélienne depuis vingt-cinq ans qui refuse la violence et qui se bat pour les élections.

On entend parfois que María Corina Machado serait d’extrême droite. Rien n’est plus faux. C’est simplement une femme démocrate, libérale, qui veut faire revenir son pays à ce qu’il était avant. C’est-à-dire des écoles qui fonctionnent, une production de pétrole qu’on puisse industrialiser et vendre à tous les pays qui en ont besoin et veulent bien le payer. Maria Corina n’est pas de droite ni de gauche, c’est quelqu’un qui veut que sa maison marche bien. Elle a un côté traditionnel, elle est catholique, elle croit en Dieu. Et c’est ça qui a touché le peuple vénézuélien. La majorité des Vénézuéliens est attachée à la famille et à la religion. Maria Corina a dû se séparer de ses trois enfants parce qu’ils étaient en danger. Elle ne les a pas vus pendant plusieurs années. Et pendant la campagne électorale, je voyais des hommes pleurer, lui dire : « Mais tu feras revenir nos enfants au pays ». C’est ça leur objectif : faire revenir les enfants au pays. Car les Vénézuéliens aiment beaucoup leur pays.

Delcy Rodriguez, l’ancienne vice-présidente a été nommée présidente par intérim et est en contact avec l’administration américaine. Comment peut se passer cette phase de transition ? Cela peut-il se faire en douceur ou cela va-t-il forcément se faire de façon violente ?

Ils essaient à tout prix d’éviter la violence. Mais il y a quand même 14 000 hommes en armes du côté colombien. Il y a des bandes dans tout le pays, qui sont souvent en guerre entre elles pour le contrôle de la drogue. Sans oublier les FARC qui n’ont pas voulu faire partie du processus de paix.

Concrètement quel est l’état des forces en présence ? Est-ce que le nouveau pouvoir vénézuélien va réussir à tenir le pays ?

Dans la nouvelle configuration, les États-Unis vont se servir des gens qui veulent rester au pouvoir. C’est donnant-donnant : les États-Unis ont besoin de ces personnes – dont Delcy Rodriguez – qui sont des interlocuteurs de tous ces groupes armés, pour essayer de maîtriser la situation dans les trois mois à venir, comme l’a dit Marco Rubio. Mais en même temps, Trump l’a dit, s’ils ne se comportent pas comme il le souhaite, il y aura une nouvelle intervention américaine. Il ne fait guère de doute que la justice américaine a un dossier sur Delcy Rodriguez aussi fourni que celui de Maduro.

Trump a déjà parlé de l’implantation de compagnies pétrolières américaines au Venezuela. Faut-il craindre que le Venezuela passe entièrement sous la coupe américaine ?

Pas du tout. D’abord parce qu’on ne peut pas donner des biberons de pétrole aux enfants. Il faut vendre le pétrole. Le Venezuela ne peut pas utiliser tout le pétrole qu’il produit. Et aujourd’hui il n’est même plus capable de l’exploiter correctement. Il y a régulièrement des incendies pétroliers parce qu’il n’y a pas de techniciens pour les éteindre. Il n’y a plus rien !

Donc le Venezuela a besoin de toutes les compagnies pétrolières du monde – pas seulement américaines – pour remettre en marche son économie pétrolière. Ça va coûter des milliards. Les Français ont longtemps été sur place, et les relations avec la France étaient excellentes. À une certaine époque, il y avait beaucoup de banques françaises au Venezuela. C’est pour cela que Dominique de Villepin a été élevé au Venezuela : son père travaillait à Caracas.

Le Venezuela ne deviendra pas un protectorat, je n’y crois pas du tout.

Le nouveau gouvernement en place sait très bien que ce sont les Américains qui décident. Et ils vont essayer, ensemble, de tout faire pour éviter un cycle de violence qu’on ne puisse pas maîtriser. J’imagine qu’ils vont négocier avec les Cubains, car ce sont les professionnels cubains qui tiennent tout le système vénézuélien de sécurité et de contrôle de la population. Mais je crois que, s’ils réussissent à maîtriser les bandes paramilitaires, l’ingérence des États-Unis dans le gouvernement vénézuélien ne va pas durer. Le Venezuela ne deviendra pas un protectorat, je n’y crois pas du tout.

Des alliances avec la Russie et l’Iran, aux relations avec ses voisins en Amérique latine, comment la chute de Maduro va-t-elle changer la place du Venezuela dans le monde ?

À partir du moment où Chavez s’est allié à Cuba, le Venezuela est devenu une zone stratégique des différentes puissances qui sont unies par leur guerre contre la démocratie, contre l’Occident et contre les États-Unis qui représentent cet Occident. Il s’agit de la Russie, de la Chine et de l’Iran. Le Venezuela est devenu un point géostratégique idéal, car en plus c’est un pays riche, contrairement à Cuba qui ne produit rien. Il y a la mer des Caraïbes, l’Atlantique, et depuis l’alliance avec la Colombie présidée par Gustavo Petro, il y a une sortie vers le Pacifique.

La situation est très difficile à gérer actuellement car les Chinois ne veulent pas de guerre – car ça arrête l’économie – mais ils ont donné énormément de dollars à l’époque de Chavez. C’est pourquoi le peu de pétrole que le Venezuela produit est exporté en Chine pour payer la dette. Je pense que les Chinois pourront parfaitement négocier avec un gouvernement de María Corina Machado et Edmundo González. Le problème, c’est la Russie, car la Russie n’a pas du tout la même vision que la Chine. La vision de la Russie est militaire, l’Europe le sait bien maintenant. Et ils ont des assises militaires très fortes à Cuba et au Nicaragua. Et l’Iran est très implanté au Venezuela également.

Quelque part, la situation vénézuélienne est beaucoup plus complexe qu’au moment de la crise des missiles à Cuba. Car c’est devenu une espèce de tête de pont de tous ces pays qui veulent devenir des grandes puissances ou des empires. Le Venezuela est pris dans la multiplicité des dynamiques impériales.

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/elizabeth-burgos-les-etats-unis-n-ont-pas-envahi-le-venezuela-ils-sont-intervenus-contre-une-bande-de-mercenaires-20260105


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Notre époque adore la neutralité. On nous apprend à “ne pas prendre les choses personnellement”, à “ne pas faire de suppositions”, à “observer sans juger” comme le préconisent les fameux accords toltèques, bible du développement personnel. La “communication non violente”, elle, se voit transformée en une injonction à éviter toute tension, toute parole trop vive. Jugement et prise de position marquée ont été élevés au rang de menaces à conjurer. Cette injonction à la neutralité s’étend bien au-delà du développement personnel, et gagne aujourd’hui tous les espaces.

Dans les médias, l’injonction à la neutralité se donne des airs de vertu professionnelle. En 2025, une commission d’enquête a été lancée par l’Assemblée nationale pour interroger la neutralité de l’audiovisuel public. Quant aux entreprises, elles encouragent une communication neutre, notamment sur le genre ou l’origine, afin de ne stigmatiser personne. A l’école, on demande aux professeurs de ne rien transmettre qui puisse diviser. En Allemagne, la question de la “neutralité” dans la couverture du changement climatique – et l’usage de termes comme “crise” ou “urgence climatique”, jugés par certains trop engagés – a fait l’objet de réflexions et de débats dans les médias. Pourtant, méfions-nous de la neutralité, cette vertu dangereuse. Malgré ses bonnes intentions d’impartialité, c’est une illusion pouvant conduire à la violence.

Illusion d’abord car la neutralité n’existe pas. Au nom de la neutralité, les journalistes n’assument pas leurs opinions alors même que leurs choix d’invités ou de sujets trahissent nécessairement une orientation. Choisir un sujet, un titre, un ordre dans un journal, un angle d’analyse, c’est déjà juger. Se prétendre neutre, c’est simplement refuser d’assumer ce jugement. Au nom de la neutralité, les enseignants ne doivent pas “diviser” alors que la vérité elle-même divise! Corriger une erreur ou distinguer un fait d’une croyance revient inéluctablement à prendre position. Même la laïcité, souvent invoquée comme une pure neutralité, ne l’est pas. La laïcité est un choix politique, un engagement, celui de garantir à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, et de faire en sorte que ces opinions puissent toutes s’exprimer sans s’imposer. Elle ne neutralise pas les convictions, elle organise leur coexistence. Se prétendre neutre est donc un mythe.

La neutralité cajole ceux qui redoutent d’avoir tort et séduit ceux que la responsabilité du jugement terrorise. Elle crâne, se croit supérieure alors qu’elle fuit sous le poids de sa propre lâcheté, et installe les consciences pasteurisées dans un spa intellectuel où l’on se prélasse à l’abri de toute idée bien marquée. Son impartialité n’est que fuite et lâcheté maquillée.

Tolérance de surface

Pouvant conduire à la violence ensuite, car elle passe pour le sommet de la modération et de la tempérance contrairement au jugement que l’on pense brutal, définitif, blessant. Pourtant, à bien y regarder, le jugement peut être mesuré – et la neutralité redoutablement violente. Un professeur qui dit : “Cette théorie me semble fausse pour telle raison” exerce un jugement mesuré et argumenté. Un ami qui ose dire : “Je ne suis pas d’accord, et je t’explique pourquoi” respecte la relation autant que la vérité. Le jugement civilise le désaccord. Là où la neutralité se contente d’éviter le conflit, le jugement transforme l’affrontement en échange et la tension en pensée partagée. Face à un mensonge, dire : “je ne prends pas parti” revient à laisser gagner celui qui ment.

Lorsqu’un débat oppose une position argumentée à une contrevérité, traiter les deux comme équivalentes détruit la vérité. Devant l’injustice, la neutralité bascule dans la complicité passive. S’abstenir de juger peut donc conduire à cette ignominie morale qui refuse de prendre position, de distinguer le juste de l’injuste, le vrai du faux, le bien du mal. Derrière sa tolérance de surface et sa bonne conscience apparente, la neutralité cache bien souvent une indifférence coupable. Il y aura toujours plus de courage et de respect pour l’autre dans un jugement qu’il peut réfuter, que dans cette lâcheté feutrée et dangereuse qu’est la neutralité.

Julia de Funès est docteure en philosophie

https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/la-neutralite-cette-dangereuse-illusion-qui-ronge-notre-epoque-par-julia-de-funes-YP3W4KTPSFH2ZJEDZOQOTPPOFM/


nécessité d’accepter de « perdre ses enfants » lors d’une confrontation militaire a suscité l’émoi. Faut-il y voir une manifestation du « déni de la guerre » que vous diagnostiquez ?

Stéphane Audoin-Rouzeau : Évidemment. Ce déni de guerre en Europe (occidentale surtout) vient de loin, toute la construction européenne, après les deux guerres mondiales, s’est faite en s’adossant à lui. Et au cœur de ce déni, on trouve l’idée que la mort à la guerre de jeunes hommes, tenus de payer « l’impôt du sang » comme on disait au début du XXe siècle, n’était plus acceptable, n’était plus même envisageable.

Sauf si ces derniers étaient des volontaires de l’armée de métier, bien entendu… D’où la stupeur indignée qui a accueilli les propos du chef d’état-major des armées, non seulement à l’extrême gauche et à l’extrême droite, mais aussi parfois au centre. On est ici confronté à une réaction culturelle profonde.

La France a-t-elle évacué la violence militaire de son horizon ?

Nous n’avons pas évacué toute violence militaire de notre horizon : en Afghanistan, tout d’abord, l’armée française a renoué avec le combat, et cela s’est poursuivi au Sahel. Mais c’est une violence de guerre dissymétrique, déployée à une grande distance des frontières nationales, et exercée par une armée de métier en quelque sorte « enclavée « socialement. Cela est très différent d’une violence militaire qui se déploierait en Europe même…

Et sur ce plan, le déni persiste selon moi car, collectivement, nous continuons de penser comme inenvisageable une guerre au sein de l’espace européen, une guerre dans laquelle nos armes seraient engagées. Ce type de guerre reste en quelque sorte impensable au sens strict du terme, et donc impensé. « Gâtés à la paix » [formule de l’historien allemand Karl Schlögel, NDLR] depuis des décennies, nous nous révélons incapables de sortir de notre croyance – car il s’agit bien d’une croyance – d’une paix définitive.

Peut-on vraiment parler de déni dans la mesure où le territoire national n’est pas directement menacé ? Les réticences de l’opinion tiennent peut-être aussi au caractère « hybride » de la confrontation avec la Russie…

Je me demande si l’insistance permanente sur la « guerre hybride » – dont je ne nie pas l’existence, naturellement – n’est pas en fait un moyen d’esquiver toute réflexion sur l’éventualité de la « vraie guerre » : la guerre létale, meurtrière, avec ses souffrances de masse. Il est bien entendu que le territoire national n’est pas directement menacé comme l’est le territoire de la Finlande, des pays Baltes, de la Pologne, de la Moldavie…

Mais croit-on que si un des territoires en question se trouvait attaqué, nous ne le serions pas indirectement ? Nous croyons-nous un sanctuaire ? On a l’impression d’être dans les années 1930, lorsque certains espéraient détourner vers l’Est l’agressivité guerrière de l’Allemagne…

Il est possible qu’un service militaire volontaire contribue à accroître dans notre société le pourcentage de Français ayant une expérience du port de l’uniforme et des armes.

« Ce qu’il nous manque […], c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est » : ce reproche adressé par Fabien Mandon à la population française vous paraît-il fondé ?

Je ne suis pas sûr que ce reproche soit fondé, en effet. Car on ne peut juger de la réponse d’une société en temps de guerre à partir de ce qu’elle est en temps de paix. L’important ici étant le mot temps. Temps de guerre et temps de paix sont trop irréductiblement différents, les acteurs sociaux s’y comportent de manière également très différente, ressentent, raisonnent et agissent de manière trop différente.

Avant 1914, des inquiétudes très proches de celles exprimées par le général Mandon s’exprimaient en France et, largement, dans les milieux politiques et militaires. La « suite », à partir de la mobilisation du 1er août, les a entièrement démenties.

L’annonce d’un service militaire volontaire par Emmanuel Macron peut-elle contribuer à nous sortir de ce déni de la guerre ?

Il est possible que cela contribue en effet à accroître dans notre société le pourcentage de Français ayant une expérience du port de l’uniforme et des armes. Cette expérience concernait 30 % de la population totale avant la fin du service militaire « universel », contre 3 % aujourd’hui. Il me semble que tout ce qui augmentera ce pourcentage pourrait avoir une utilité sociale dans le sens d’une sortie du déni, sans parler ici de l’utilité militaire éventuelle, bien entendu.

La décision de mobiliser davantage la France, y compris via le sacrifice de ses « enfants », ne doit-elle pas être prise par les responsables politiques plutôt que par les autorités militaires ? Un consensus sur le sujet est probablement indispensable…

Je ne pense pas qu’un consensus politique – et donc sociétal – soit envisageable en quelque sorte « à froid », dans une société « à haut niveau de pacification » (Norbert Elias) comme la nôtre : c’est le basculement dans la vraie guerre qui, selon moi, pourra seul créer un tel consensus. Cela dit, dans une telle hypothèse, le politique aura alors un rôle moteur central : la décision d’entrer en guerre est fondamentalement une décision politique, le rôle d’entraînement du politique sera alors décisif.

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