VI.2. Universities & Research

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Ipesup : la prépa “secrète” et incontournable pour intégrer l’INSP (ex-ENA)

Campus. La prépa privée Ipesup affirme obtenir 93 % de réussite au concours très prisé de l’ex-ENA. Un score qui interroge à l’heure où l’INSP dit tout mettre en œuvre pour garantir l’égalité des chances entre ses candidats.

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Thomas*, 24 ans, a appris l’existence de la prépa Ipesup un peu tard. “En 2025, j’avais décidé de m’inscrire à la préparation aux concours administratifs dispensée par Sciences Po afin de tenter celui de l’INSP. Au cours de l’année, j’ai découvert incidemment que plusieurs de mes camarades étaient inscrits dans cet organisme privé en parallèle. En général, ce n’est pas quelque chose qu’on aime mettre en avant”, raconte l’étudiant. Résultat : après avoir échoué de peu à l’entrée de l’Institut national du service public (ex-ENA), le candidat malheureux retentera sa chance en 2026 en troquant la prépa Science Po… contre celle d’Ipesup. “Je qualifierais cette dernière de “boîte à examens blancs”. Le fait qu’ils en proposent un grand nombre et que tout peut se faire à distance garantit un entraînement intensif. Un avantage indéniable”, poursuit le jeune homme, pour qui cette stratégie de faire appel à un groupe privé pour augmenter ses chances de réussite est “un secret de moins en moins bien gardé”.

93 % de réussite au concours

Sur son site Internet, Ipesup – qui n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de L’Express – se félicite d’ailleurs des excellents résultats de sa Prép’INSP : ses étudiants représenteraient 25 des 27 candidats admis au concours externe de l’ex-ENA en 2024. Soit 93 % des lauréats. “Mieux vaut se méfier des statistiques affichées par les prépas en général car celles-ci ont tendance à gonfler leurs chiffres, nuance cet ancien membre du jury de l’INSP. Certains candidats ont pu suivre cette prépa privée après avoir bénéficié d’une formation publique, ou bien y être inscrits en parallèle”. Le haut fonctionnaire reconnaît néanmoins : “L’efficacité d’Ipesup reste malgré tout indéniable”.

L’Institut privé de préparation aux études supérieures, fondé en 1974 près de la cathédrale Notre-Dame, à Paris, s’est développé au fil des années. Attirant, entre autres, de nombreux candidats aux concours de Science Po, des grandes écoles de journalisme, de commerce ou d’ingénieurs… Mais aussi ceux qui rêvent de rejoindre l’école des hauts fonctionnaires via la voie externe. Sur le papier, il suffit d’avoir un Bac+3 pour s’inscrire aux épreuves de l’INSP. “10 % des admis au concours externe n’ont pas suivi de prépa, ce qui prouve que ce n’est pas un passage obligé”, explique Philippe Liger-Belair, directeur des formations à l’INSP. Certains centres de préparation sont conventionnés par l’Institut. Celui de Sciences Po, qui forme le plus grand nombre de candidats, revendique 70 % des admis à l’INSP en 2024 pour la voie générale. Vient ensuite celui de Paris 1 et de l’Ecole Normale Supérieure dont le taux d’admis serait d’environ 40 %. Un total de plus de 100 % qui peut s’expliquer par les méthodes de calcul des uns et des autres, chacun ayant tendance à retenir une conception large de ses étudiants.

Toutes ces prépas publiques affirment ignorer si certains de leurs élèves doublonnent leur formation avec celle d’Ipesup. “Sachant que nos étudiants ont cours du lundi au vendredi, de 8 heures à 20 heures, et que le samedi est le jour des examens blancs, cela me semble compliqué”, explique Anne Levade, codirectrice de la prépa Concours de la haute fonction publique de Paris 1-ENS. Farzad Khodabandehlou, responsable de celle de la rue Saint-Guillaume, ne nie pas que cette stratégie visant à “diversifier les approches en faisant appel à plusieurs prépas” existe. Encore faut-il y mettre le prix. Celle de Sciences Po s’élève de 0 à 1 500 euros pour les étudiants déjà inscrits en master, en fonction des revenus du foyer de rattachement. Pour les autres, les tarifs s’échelonnent de 0 à 14 000 euros. Là où Ipesup propose des formules allant de 2 700 à 3 950 euros.

La question du coût et de l’accessibilité

Antoine*, 24 ans, a expérimenté les deux. “La prépa Science Po nous permet de bénéficier d’un enseignement solide et de “ficher” tous nos cours. Tandis que l’avantage d’Ipesup c’est vraiment la pratique et le grand nombre d’examens blancs proposés, explique-t-il, avant de filer la métaphore : “Disons que la première s’apparente à la Sécurité sociale, tandis que la deuxième fait office de bonne complémentaire santé.” L’un de ses camarades, même s’il a décidé de “mettre toutes les chances de son côté” en passant aussi par Ipesup, ne cache pas son embarras face à ce “système de privatisation de la réussite”. Longtemps pointée du doigt pour son manque de brassage social, l’ENA, devenue l’INSP, a multiplié les réformes ces quatre dernières années : en modifiant notamment les épreuves du concours ou en supprimant le classement de sortie. Cette dernière mesure a récemment été remise en cause par la promotion sortante qui crie au “népotisme” et à “l’arbitraire” dans le processus de recrutement aux plus hautes fonctions de l’Etat.

La question du coût et de l’accessibilité des prépas n’est que rarement abordée. Sauf lorsqu’il s’agit de mettre en avant les “prépas talents”. Destinées aux étudiants aux revenus modestes, celles-ci ont été créées en 2021 pour “lutter contre l’autocensure” et “diversifier la haute fonction publique”. “Depuis 2022, treize de nos lauréats admis à l’INSP via le concours externe sont ainsi passés par notre prépa talent”, se félicite Farzad Khodabandehlou. Mais pour Antoine c’est un peu “l’arbre qui cache la forêt”. “Le système avantage d’un côté les jeunes défavorisés, de l’autre les enfants de hauts fonctionnaires qui ont les codes et les bons contacts. Tandis que ceux issus de la classe moyenne n’ont d’autres choix que de multiplier les prépas parfois onéreuses pour espérer décrocher le concours”, dénonce-t-il.

Le fait que des prépas privées se lancent sur ce marché n’est pas condamnable en soi estime, de son côté, notre ancien membre du jury. “Le problème est plutôt la faillite du public. Depuis l’ère Richard Descoings (NDLR : directeur de 1996 à 2012), Sciences Po ressemble de plus en plus à une mini Harvard ou HEC qui a tendance à davantage viser les filières du privé que l’accès à la fonction publique”, regrette-t-il.

Depuis la récente réforme des épreuves du concours d’entrée à l’INSP, mise en oeuvre en 2024, mieux vaut être par ailleurs à jour sur les nouveaux attendus. Exit les traditionnelles dissertations à la méthode bien rodée. Celles-ci ont été reléguées au profit de “notes opérationnelles” à l’écrit ou encore de “mises en situation collectives” à l’oral. Tandis que Sciences Po affirme avoir augmenté, cette année, le nombre d’examens blancs proposés aux étudiants, l’enjeu est, selon Farzad Khodabandehlou de “s’assurer qu’il y ait assez de correcteurs qualifiés capables de rendre les copies au bout de trois semaines maximum afin que les étudiants aient le temps de progresser”.

La compétition fait rage entre les prépas qui se disputent les meilleurs enseignants et correcteurs. “Celle de Sciences Po ne manque pas de noms prestigieux. De son côté, Ipesup peut se targuer d’attirer pas mal de jeunes énarques ou étudiants de l’INSP peut-être plus au fait de ce que l’on attend des candidats”, croit savoir ce haut fonctionnaire qui connaît bien les deux institutions. A noter qu’au début des années 2000, la prép’ENA d’Ipesup comme celle de Sciences Po avaient comme professeur un inspecteur des finances. Un certain… Emmanuel Macron.

*Le prénom a été modifié


Guest Essay : If You Can’t Teach Plato in a Philosophy Class, What Can You Teach?

Mr. Lukianoff is the president and chief executive of the Foundation for Individual Rights and Expression.

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Martin Peterson, a Texas A&M University philosophy professor, was presented last week with a choice straight out of a dystopian novel. To bring his class in line with a prohibition on course materials that “advocate race or gender ideology,” he could either censor the part of his course that included readings from Plato or he could teach a different class.

The case illustrates the extent to which campus censorship has run amok in Texas: If some of Plato’s texts can’t be taught in a college philosophy course, what, exactly, can be taught?

A bill passed last spring by the Texas Legislature undercut faculty control on public university campuses and clamped down on what can be taught, the First Amendment be damned. Last fall, the Texas A&M University system separately introduced policy changes aimed at purging woke curriculums. Under these measures, administrators have conducted a sweeping review of course materials, aiming to root out officially disapproved ideas about race and gender that professors may impart to their students.

Dr. Peterson submitted the materials for his course on contemporary moral issues to a university administrator as part of one such review — which he accurately described as “mandatory censorship.”

This is a philosophy class that explores how classical ethical concepts apply to contemporary social problems. It includes discussions on the ethics of war, the death penalty and abortion. And to the apparent alarm of university leadership, it includes discussions related to race and gender.

Dr. Peterson was told he could “mitigate” his course content to “remove the modules on race ideology and gender ideology, and the Plato readings that may include these.” Those readings included a portion of Plato’s “Symposium,” a classic of Western philosophy. In one of its most famous passages, Plato offers a haunting, beautiful idea: that we are incomplete creatures, wandering the world in search of our other halves, and that love can make us whole — even, in a sense, bring us closer to the divine.

To cut that material from a class because it might set off alarms about “gender ideology” would only further politicize the classroom. It is importing today’s culture war into the ancient agora — turning the modern academy into a parody of its ancient namesake, a place where discussion is replaced by prior restraint.

Texas A&M seems to have concluded that the safest way to handle the ideas contained in a classic text is to bury them. This is no way to run an institution of higher education.

University administrators and state lawmakers are saying, in effect, that academic freedom won’t protect you if you teach ideas they don’t like. Never mind that decades ago, the Supreme Court described classrooms as the very embodiment of the “marketplace of ideas”: “Our nation is deeply committed to safeguarding academic freedom, which is of transcendent value to all of us, and not merely to the teachers concerned. That freedom is therefore a special concern of the First Amendment, which does not tolerate laws that cast a pall of orthodoxy over the classroom.”

Texas A&M leadership seems to want, instead, to ensure that faculty members push the state’s preferred orthodoxy. It’s part of a broader effort in Texas and beyond to limit academic freedom.

In late 2024 The Chronicle of Higher Education reported that administrators at the University of North Texas College of Education had made over 200 changes to graduate and undergraduate courses, including to the syllabuses, course names and descriptions. Last fall, the larger University of North Texas system began a review of faculty syllabuses, and the University of Houston system said it was conducting a similar review.

Within the Texas Tech University system, which has more than 60,000 students, a Dec. 1 memo warned faculty members not to “promote or otherwise inculcate” certain specific viewpoints about race and sex in the classroom. These include concepts like “One race or sex is inherently superior to another”; “An individual, by virtue of race or sex, is inherently racist, sexist or oppressive”; and “Meritocracy or a strong work ethic are racist, sexist or constructs of oppression.” The point isn’t that these concepts should just be accepted or go unchallenged; it’s that challenging them through a robust give-and-take is what universities are for.

The language in the memo echoes a law in Florida known as the Stop WOKE Act, which my organization, the Foundation for Individual Rights and Expression, has been litigating against since 2022. A federal judge described Florida’s law restricting instruction in college classrooms as “positively dystopian,” recognizing that the First Amendment protects classroom instruction. Unfettered, Texas is following Florida’s unconstitutional example.

Texas’s authoritarianism does not end at the classroom door, either. Last September, my organization sued to stop a brazenly unconstitutional Texas law banning all “expressive activities” on campus between 10 p.m. and 8 a.m. — a measure clearly aimed at campus protest. The law doesn’t even try to hide its targeting of “speech or expressive conduct protected by the First Amendment.”

In 2023, the president of West Texas A&M University, Walter Wendler, canceled a drag show on campus, claiming that the show would be demeaning and offensive to women. He admitted that even though “the law of the land appears to require” that he allow the “artistic expression” to go forward, he was still shutting it down. (My organization is suing to allow the drag show to proceed.)

First Amendment advocates often warn about a slippery slope. Once censorship starts at the margins, core freedoms are next. In Texas, university administrators and state commissars are skipping the slope and going straight for the trap door.


Entre le monde politique et les universités françaises, une défiance qui monte

Suspectées de véhiculer des travaux idéologiques, les universités ont le sentiment de servir désormais de boucs émissaires à une partie des responsables politiques, à droite ou à l’extrême droite.

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C’est une mise en scène qui a stupéfié de nombreux universitaires. Le 26 novembre 2025, avec ses collègues Laurent Jacobelli (Moselle) et Philippe Ballard (Oise), le député du Rassemblement national de l’Yonne Julien Odoul s’est invité à l’université Sorbonne-Paris-Nord, à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis). Une visite retransmise en direct sur les réseaux sociaux, filmée par les médias d’extrême droite Frontières et Boulevard Voltaire.Le but : « vérifier » l’emprise du « prosélytisme religieux » sur le campus, en décomptant les jeunes femmes portant le voile islamique.

Deuxième étape de cette offensive politique,Julien Odoul a déposé une proposition de loi juste avant Noël, le 23 décembre 2025, dont l’article unique prévoit d’interdire le port de tout signe religieux ostentatoire à l’université. Lors de la présentation du texte à la presse, il a expliqué avoir découvert « une université en rupture totale et en violation totale avec la laïcité et avec les usages républicains ». « Une étudiante voilée, c’est de l’entrisme islamiste », considère-t-il, au motif que le voile serait « un marqueur instrumentalisé par des mouvances antirépublicaines ». « Une chose est claire,a renchéri Laurent Jacobelli. La direction de l’université tourne la tête, voire encourage des comportements qui ne nous paraissent pas conformes à l’esprit républicain, à l’esprit laïque. »

« Image déformée »

Abasourdie, la direction de Sorbonne-Paris-Nord a répondu dans un communiqué pour dénoncer une telle atteinte à sa réputation. « Ces mises en scène construisent une image déformée, éloignée des réalités de nos campus,écrit-elle. S’attaquer à l’université, c’est fragiliser ce qui fonde notre avenir commun : le savoir, l’émancipation par l’éducation et la jeunesse. »

« Une partie de nos étudiants sont issus de l’immigration et viennent de quartiers populaires, expose Olivier Koch, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à Sorbonne-Paris-Nord. Du point de vue de l’égalité des chances, ils ne sont pas sur la même ligne de départ que les autres. Attaquer la réputation de l’université qui les diplôme contribue à saper les conditions de leur réussite. »

L’institution universitaire est aujourd’hui au cœur de l’arène politique, et nombreux sont ceux, dans ses rangs, qui s’en inquiètent, alors qu’approchent à grands pas les élections municipales de mars et la présidentielle de 2027. Les débats ne concernent pas son rôle dans la formation et l’intégration professionnelle de 2 millions d’étudiants, ni les conditions d’exercice des enseignants, ni l’investissement à fournir pour maintenir une recherche de rang international. L’institution est plutôt mise au pilori, régulièrement décrite comme un bastion de gauche aux dérives idéologiques inquiétantes, par des personnalités membres du gouvernement et des responsables politiques de droite ou d’extrême droite.

L’ancien ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer avait ouvert une brèche dès octobre 2020, en dénonçant les « ravages à l’université » del’« islamo-gauchisme ». Un combat politique mené alors au nom de la laïcité, en pointant une partie de la gauche, jugée complaisante avec les tenants de l’islam radical, au nom de la convergence des luttes ou par clientélisme.

Le patron de l’éducation nationale avait été rejoint en février 2021 par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal, qui souhaitait confier au CNRS une enquête portant sur « l’ensemble des courants de recherche » dans les universités en lien avec l’« islamo-gauchisme » en vue de « distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». Dans la ligne de mire, les sciences sociales, présentées comme gangrenées par le « wokisme ». En particulier les recherches conduites sur la colonisation, l’intersectionnalité et le genre.

Coupes budgétaires

Cette enquête annoncée par Frédérique Vidal, qui avait suscité une levée de boucliers, n’a jamais vu le jour. Mais des stigmates demeurent : un verrou a sauté, avec des personnalités politiques qui peuvent s’en prendre frontalement aux chercheurs et aux savoirs critiques.

Ces dernières années, les interventions se sont multipliées. En décembre 2021, le conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, présidé par Laurent Wauquiez (Les Républicains, LR), avait coupé ses financements à l’Institut d’études politiques de Grenoble, pointant une « dérive idéologique et communautariste ». Enlisé dans une affaire d’affichage sauvage – non résolue par la police – à l’encontre de deux enseignants qui refusaient l’emploi du mot « islamophobie » dans l’intitulé d’une conférence sur les discriminations, l’établissement avait fini par mettre à pied l’un d’eux, pour diffamation.

En mai 2025, l’université Lyon-II avait aussi essuyé une sanction financière, le conseil régional voulant « braquer les projecteurs sur sa dérive islamo-gauchiste » après l’intrusion d’un groupe de personnes encagoulées lors d’un cours de Fabrice Balanche, spécialiste de l’Irak et de la Syrie, qui avait été traité de « raciste » et de « sioniste ».

En novembre 2024, le conseil régional d’Ile-de-France, présidé par Valérie Pécresse, avait conditionné ses aides financières à la signature par les universités d’une « charte républicaine ». L’élue LR affichait ainsi son soutien au premier ministre Gabriel Attal, qui avait tenté de reprendre en main la gestion de Sciences Po en faisant irruption en plein conseil d’administration, en mars 2024. Il avait affirmé que « le poisson pourrit par la tête » et dénoncé une « dérive liée à une minorité agissante et dangereuse », après une mobilisation propalestinienne intervenue la veille dans un amphithéâtre.

Enfin, en novembre 2025, le ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a formulé le souhait de voir annuler un colloque consacré à la Palestine au Collège de France, expliquant être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci ».

Ces décisions « ne se fondent sur aucune évaluation préalable de la qualité de l’enseignement ou de la recherche au sein de ces établissements – des raisons qui seraient légitimes pour justifier une prise de position de la part des politiques »,observe la sociologue Christine Musselin, directrice de recherche émérite au CNRS.

« En arriver à considérer que les savoirs produits par des universitaires sont d’abord partisans, c’est vouloir faire perdre toute autorité scientifique aux chercheurs », analyse M. Koch. « Sont montés en puissance des membres de la classe politique qui considèrent que l’université est devenue une faiblesse pour le pays »,résume Olivier Oudar, vice-président de Sorbonne-Paris-Nord, qui redoute « des années compliquées pour les universités, où les attaques devraient être nombreuses ».

Au fond politique se mêle aussi, parfois, la critique de la science et des intellectuels. « Il y a un soupçon qui concerne la science de manière générale, et qui est peut-être encore plus fort à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, relève Mme Musselin. En France, il porte uniquement sur les universités, pas sur les grandes écoles. »

Beaucoup d’universitaires redoutent une évolution à l’américaine, alors que le président Donald Trump et le camp conservateur ont multiplié ces derniers mois les attaques contre des institutions universitaires accusées de propager l’idéologie « woke » – en faisant pression sur leurs budgets et en voulant leur imposer un « pacte académique ».

Si tous les universitairesfrançais ne partagent pas les mêmes positions, notamment sur la question du conflit israélo-palestinien, ils sont en revanche unanimes pour alerter sur ces pratiques, car, dans leurs rangs,ce « climat régressif » inquiète. « J’ai l’impression de revoir les années 1930 ou les lendemains de l’échec des révolutions de 1848, où les universités et les intellectuels ont servi de boucs émissaires commodes aux pouvoirs conservateurs un temps déstabilisés », souligne l’historien Christophe Charle, professeur émérite à Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Disparition des liens

L’époque de la Libération et de l’après-guerre est loin, où le politique avait noué alliance avec les sciences pour mener les grandes réformes qui allaient moderniser la France. « Il y avait un lien entre les ministères et des laboratoires d’économie, de sociologie, mais aussi avec l’Insee, pour avoir une véritable expertise sur les grandes réformes qui étaient lancées, relate M. Charle. Les gens circulaient entre les deux univers, politique et académique. On connaissait mieux la société qui était l’objet de ces réformes. » Le contraste est, selon lui, saisissant avec la période actuelle : « Il n’y a jamais eu autant d’articles universitaires qu’aujourd’hui, mais ils ne circulent absolument pas au niveau politique. » Au-delà des attaques, c’est la disparition des liens entre les deux mondes qui inquiète.

Le 9 décembre 2025, lors du vote du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias (Hauts-de-Seine) a appelé les parlementaires à « se ressaisir ». « Condorcet estimait que les sciences éclairent le législateur et dirigent ses lois vers l’intérêt général. Pourquoi ces idées qui ont conduit si longtemps notre nation sont-elles aujourd’hui contestées ? Devons-nous nous résigner au déclin de la science française et au retour des ténèbres de la raison ? », a-t-il lancé à la tribune. Auprès du Monde, celui qui est aussi chargé de recherche au CNRS s’alarme d’une « trumpisation des esprits qui place les universitaires comme les ennemis de l’intérieur, la cinquième colonne ».

Le trouble est partagé par l’historien Jakob Vogel, qui anime à Sciences Po un séminaire sur le monde universitaire en contextes politiques illibéraux. « Il y a quelques années encore, les sources d’inquiétude des chercheurs européens résidaient principalement dans le degré de pilotage politique de la recherche et dans la place des financements privés, souligne-t-il. Les attaques plus frontales se trouvaient ailleurs, dans les pays réputés autoritaires”. »

Désormais,au sein même des démocraties, les pressions politiques se multiplient et le débat se polarise, « mettant à l’épreuve les principes et pratiques qui sont au fondement du champ académique ». Pour M. Vogel, il revient aux universitaires d’être en capacité de « supporter ces incursions sans plier, et de préserver les valeurs de la liberté académique. La communauté universitaire doit rester ferme ».


Les Émirats arabes unis réduisent les bourses d’études au Royaume-Uni, par crainte des Frères musulmans

Selon une source du Financial Times, les Émiratis “ne veulent pas que leurs enfants se radicalisent sur les campus” ; les dirigeants favorables au commerce voient dans l’islam politique une menace absolue

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Les Émirats arabes unis ont revu à la baisse les aides allouées aux ressortissants émiratis pour étudier au Royaume-Uni, officiellement de crainte qu’ils ne s’y radicalisent sous l’influence des Frères musulmans, expliquent les médias britanniques.

Ce pays autocratique plutôt libéral et favorable aux affaires s’est attiré des personnes et des capitaux venus du monde entier, faisant de cet État du Golfe riche en pétrole une véritable puissance économique.

Or, les autorités émiraties voient dans des groupes comme celui des Frères musulmans, favorables à une société régie par les principes religieux islamiques, une menace existentielle, et tentent d’obtenir des pays occidentaux qu’ils classent les Frères musulmans comme étant une organisation terroriste.

Le mois dernier, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré que la question faisait l’objet d’un « examen approfondi ».

Kibboutz Beeri au coeur des ruinesKeep Watching

Citant des personnes proches du sujet, le Financial Times a rapporté jeudi que les Émirats arabes unis avaient, en juin dernier, exclu de fameuses universités britanniques de la liste des établissements pour lesquels les étudiants émiratis pouvaient bénéficier de bourses publiques.

Cette liste comprendrait toujours des universités américaines, australiennes ou encore israéliennes, en vertu de l’accord de normalisation dit des Accords d’Abraham, négocié en 2020 par les États-Unis.

Lorsque les autorités britanniques ont interrogé leurs homologues émiraties au sujet de cette exclusion, ces dernières leur ont expliqué qu’il ne s’agissait aucunement d’un oubli, a expliqué au Financial Times une personne proche du dossier.

« [Les Émirats arabes unis] ne veulent pas que leurs enfants se radicalisent sur les campus », a déclaré cette personne, avant d’ajouter que les autorités britanniques avaient réagi en insistant sur l’importance de la liberté académique.

Selon cette même source, avant même la publication de cette liste, en juin dernier, les Émirats arabes unis refusaient déjà des bourses à ses étudiants désireux d’étudier au Royaume-Uni, sauf dans le cas des étudiants qui avaient déjà commencé les cours.

Selon des membres des autorités britanniques cités par le média, il n’est pas certain que toutes les universités britanniques aient été exclues de la liste, des militaires émiratis obtenant encore des bourses pour étudier en Grande-Bretagne, sans compter que les familles émiraties les plus fortunées continuaient d’envoyer leurs enfants étudier en Grande-Bretagne en assumant elles-mêmes les frais.

« Dans le Golfe, certains de nos meilleurs alliés musulmans pensent que l’endoctrinement islamiste dans certaines parties de l’Occident est trop dangereux », a écrit le vice-président américain JD Vance sur X.

Cela fait maintenant des années que les Émirats arabes unis remettent en question la capacité de la Grande-Bretagne et d’autres pays à interdire les Frères musulmans, et ces douze derniers mois, ils ont accueilli Nigel Farage et Tommy Robinson, des hommes d’extrême droite britanniques qui accusent les musulmans de vouloir prendre le contrôle en Grande-Bretagne.

Selon le Financial Times, la décision des Émirats de revoir à la baisse les bourses d’études pour le Royaume-Uni est par ailleurs liée à d’autres raisons, à commencer par des désaccords concernant l’offre de rachat du journal britannique Daily Telegraph en novembre 2023, des soupçons de corruption envers le Manchester City, l’équipe anglaise de football de Premier League détenue par les Émirats arabes unis, et le soutien présumé des Émirats arabes unis aux Forces de soutien rapide (FSR), qui ont commis des atrocités lors de la guerre civile contre l’armée soudanaise sous influence des Frères musulmans.


A l’heure de l’IA, la révolte anti-diplômes des géants de la tech

Tech. Les formations courtes et intensives supplantent progressivement les cursus universitaires dans certains secteurs. Un phénomène encouragé jusqu’à la Maison-Blanche, relève notre chroniqueur.

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Avec l’irruption de l’intelligence artificielle, la question de l’utilité des études supérieures et des diplômes qui les sanctionnent revient sur le devant de la scène. Alex Karp, le dirigeant de l’entreprise américaine spécialisée dans l’analyse de données Palantir, a tranché. Son Meritocracy Fellowship est un programme de quatre mois destiné à des bacheliers américains. Vingt-deux jeunes ont été retenus pour la première cohorte, payés environ 5 400 dollars par mois, certains ayant renoncé à des admissions dans des établissements de l’Ivy League. Les meilleurs se voient proposer à la sortie un poste à plein temps.

Les justifications de Karp sont frontalement idéologiques : les admissions dans les universités américaines reposent, selon lui, sur des critères “viciés” et celles-ci se seraient “détournées de leur voie” en récompensant la conformité plutôt que l’originalité. Le slogan résume le projet : “Evitez les dettes. Évitez l’endoctrinement. Obtenez le diplôme Palantir”. On peut y voir un paradoxe amusant : ce discours anti-diplômes est porté par un natif de New York, qui parle allemand et français, lui-même bardé de diplômes (doctorat de droit et de sciences sociales). Karp ne nie pas la valeur de sa propre formation mais considère que le système actuel ne produit plus les profils dont il a besoin.

L’influence de Peter Thiel

L’initiative de Palantir s’inscrit dans une filiation très claire avec la Thiel Fellowship. Peter Thiel, cofondateur et président du conseil d’administration de Palantir, a lancé dès 2010, via sa fondation, un programme qui offre 200 000 dollars sur deux ans à des jeunes de moins de 23 ans pour qu’ils quittent l’université et se consacrent à un projet entrepreneurial, scientifique ou associatif. La fac devient une référence parmi d’autres, souvent plus coûteuse et moins prédictive de la performance que quelques mois de travail sur le terrain.

Au-delà du coup marketing, le dispositif de Palantir coche toutes les cases du basculement vers le recrutement sur les compétences que l’on observe plus largement. Un rapport de l’organisme de formation en ligne Western Governors University, relayé par, indique que 78 % des employeurs américains déclarent désormais que l’expérience professionnelle compte davantage ou autant que le diplôme dans leurs décisions d’embauche. Ils sont également 86 % à reconnaître les certifications non diplômantes comme des indicateurs pertinents pour juger un candidat. La presse britannique note que, dans certains secteurs de la tech, seule la moitié des travailleurs a encore un diplôme. Une autre étude, signée par le Burning Glass Institute et la Harvard Business School, montre qu’entre 2014 à 2023, le nombre annuel de postes pour lesquels les employeurs américains ont supprimé l’exigence de diplôme a été multiplié par quatre, même si tous n’ont pas été pourvus avec des recrues sans diplômes.

La mode des “bootcamps”

La formation initiale s’adapte. Au début des années 2010, Course Report ne recensait qu’une trentaine de programmes courts et intensifs appelés “bootcamps” dans le monde. En 2025, son annuaire en compte plus de 600. L’un de ces acteurs, Career Karma, estime que la filière des “bootcamps” dédiés à la programmation informatique a produit environ 69 000 diplômés aux Etats-Unis en 2024 et un chiffre d’affaires de plus de 800 millions de dollars. Ce format se développe désormais dans le marketing, le management ou encore la finance. La Maison-Blanche a emboîté le pas et un objectif explicite d’un million de nouveaux apprentis par an. Elle demande à ses agences de réorienter les financements fédéraux en ce sens. Le Département du Travail vient d’amorcer ce virage avec près de 84 millions de dollars de subventions aux Etats fédérés pour étendre l’apprentissage dans la technologie, l’intelligence artificielle, la supply chain ou la construction.

L’école la plus en vogue dans les milieux tech, Alpha School, pousse la même logique fondée sur les compétences. Avec seulement deux heures d’apprentissage académique via des applications, le reste de la journée est consacré au développement de 24 aptitudes personnelles : leadership, esprit d’entreprise, prise de parole, compréhension du jargon financier, etc. Cela passe par des jeux de rôle : assurer une keynote façon TEDx, bâtir un business plan et lever 10 000 dollars de financement, gérer un bien Airbnb, ou encore, tenir un food truck. Une bonne façon de s’aguerrir face à la déferlante de l’intelligence artificielle.


L’Université de Saint-Gall, ce temple suisse où se forge l’élite économique germanique

Campus. Au cœur des Alpes suisses et à quelques kilomètres du lac de Constance se cache une des plus prestigieuses universités spécialisées en management et finance. Reportage.

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On ne grimpe pas par hasard sur la colline du Rosenberg. Seuls quelques touristes égarés à Saint-Gall, cette ville de 80 000 habitants à l’extrême nord-est de la Suisse, se chauffent les mollets pour gravir le raidillon et découvrir la vue sur les toits pointus de la cité moyenâgeuse. Les passants qui sillonnent le dédale des rues étroites connaissent, eux, les codes du quartier. Derrière de hautes haies taillées au cordeau, on devine d’immenses villas, folies architecturales de la fin du XIXe. A l’écart des regards, l’Institute auf dem Rosenberg, l’un des pensionnats les plus prisés au monde, éduque descendants de têtes couronnées et rejetons de milliardaires. Opulence furtive, secrets garantis. Rigueur calviniste assumée. C’est là que niche l’université de Saint-Gall, le graal de l’élite économique germanique. Ici, pas de campus bouillonnant comme à Harvard ou HEC. Saint-Gall est une université de poche de 10 000 étudiants.

Tout autour, les pics dentelés des Churfirsten et au creux de la vallée, les eaux transparentes de la Linth. ” Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ici qu’étudier. Quand j’y suis arrivée à 17 ans, j’ai rencontré des gens qui pensaient vite et qui voulaient avancer encore plus vite” raconte Nicole Büttner-Thiel, l’une des figures phares de l’intelligence artificielle en Allemagne à la tête de Merantix Momentum, également secrétaire général du FDP, le parti libéral allemand.

C’est en 1898 que les riches industriels de la ville, spécialisés dans la dentelle, décident de financer la création d’une université pour former leurs enfants et surtout les dirigeants des usines. Il faut maîtriser la gestion, la comptabilité, former les futurs cadres à exporter leur précieuse marchandise dans le monde entier. Cent vingt-huit ans plus tard, l’établissement n’a pas renié son ADN. Il est toujours spécialisé en finance, en marketing, en management ou encore en droit. Surtout, il occupe les premières places dans les classements mondiaux. Ainsi, depuis plus d’une dizaine d’années, le Master SIM “Strategy and International Management” arrive en tête du palmarès des masters en management, réalisé par le Financial Times . “C’est l’université phare en économie du monde germanique, même si tous les cours sont en anglais”, se félicite Paul Achleitner, ancien président du conseil de la Deutsche Bank et président de la fondation de l’Université. On ne compte plus les PDG de géants industriels ou financiers passés dans le moule de Saint-Gall. Thomas Buberl, le directeur de l’assureur Axa, Philipp Navratil, celui de Nestlé, Raynald Aeschlimann, le patron d’Omega, Marc Bitzer de Whirlpool… Quelques héritiers aussi comme le prince Hans-Adam II du Liechtenstein.

Si Saint-Gall est unique en son genre, c’est d’abord par le lieu. Les étudiants peaufinent leur “business plan” ou décodent les mystères des cryptodevises au milieu des bronzes de Giacometti et des peintures de Soulages. Une “université-musée” qui abrite l’une des plus belles collections d’art contemporain au monde. “Le beau et l’art appellent la concentration, l’introspection, le respect. Ces oeuvres acquises au fil des années représentent le patrimoine de l’université, elles ne seront jamais cédées”, assure la professeure Yvette Sanchez, gardienne zélée de la collection.

Un modèle unique, donc, pour une université qui reste publique, propriété du Canton. Le budget qui approche les 310 millions d’euros est alimenté à 53 % par des fonds publics. Le reste est assuré par des financements privés alors que les frais d’inscription atteignent 4 000 euros par semestre, bien loin des sommes mirobolantes exigées par les universités anglo-saxonnes. Pas de sélection à l’entrée en Bachelor mais un examen à la fin de la première année qui laisse sur le carreau près de 30 % des élèves. Quant aux étudiants étrangers, le canton impose un quota de 25 % maximum sur l’ensemble des promotions mais, pour les masters les plus réputés, les effectifs sont très majoritairement internationaux.

La marque Saint-Gall? “Sa proximité étroite avec le monde de l’entreprise. En cela, c’est une université qui colle au modèle suisse, très axée sur la pratique”, analyse Thomas Buberl, le patron d’Axa. Ici, les professeurs venus de toute la planète sont avant tout des “entrepreneurs” qui ont la liberté de lever des fonds pour créer leur institut de recherche. A eux de gérer leur budget, de recruter leurs assistants, de lancer les programmes de recherche… Si l’institut est rentable, ils bénéficient d’un bonus de 25 % sur leur rémunération. “C’est un modèle unique au monde. La seule exigence : assurer une totale indépendance de la recherche produite”, affirme Manuel Ammann, le président de Saint-Gall. Ainsi, l’université compte plus d’une trentaine d’instituts, développés grâce aux fonds de géants de la banque, de la pharmacie, de l’assurance, ou encore de l’automobile. Volkswagen, Zurich Assurance, Bosch, UBS ou encore SAP et Nestlé. L’avantage : ouvrir les portes de ces entreprises aux étudiants qui peuvent y faire leur stage mais également accéder à des bases de données qui leur sont propres et qui permettent de tester en grandeur réelle certains projets. “Nous offrons beaucoup de liberté et d’autonomie, ce qui est très attractif pour des chercheurs”, abonde Karolin Frankenberger, la directrice des programmes MBA.

Le résultat? Des start-up qui sont “incubées” et biberonnées au sein même de l’université. “Sur les dix dernières années, nous avons fait naître 843 pépites, ce qui est beaucoup pour une université qui n’est pas scientifique. En comparaison, à l’école polytechnique de Lausanne, on en dénombre un peu plus de 1 000 et seulement 116 à l’université de Munich, qui est pourtant cinq fois plus grande que nous”, se félicite Manuel Ammann.

Une sorte de Davos bis

Innover, prendre des risques, être seul aux manettes, c’est cela aussi l’enseignement de Saint-Gall. Les étudiants y sont fortement incités et se prennent au jeu en organisant eux-mêmes de A à Z deux événements majeurs. Le premier : le Start Summit, un grand barnum dédié aux start-up innovantes. “Deux jours de conférences et de rencontres qui rassemblent près de 7 000 participants, créateurs d’entreprises, patrons de fonds d’investissement et représentants des géants américains ou européens de la tech”, raconte Dietmar Grichnik, le vice-président de l’université chargé de l’innovation et de la stratégie start-up. “C’est un événement aussi important que le Web Summit qui réunit chaque année tout l’écosystème de la tech européenne à Dublin”, confirme Nicole Büttner-Thiel.

Point d’orgue, l’élection de l’entrepreneur de l’année qui célèbre la réussite d’un “bébé” Saint-Gall. Parmi les derniers élus, Lea Miggiano, fondatrice de Carvolution, une start-up qui a révolutionné le système de location de voiture : en une poignée d’années, la jeune femme a créé la plus importante flotte de voitures particulières en Suisse et lorgne déjà sur l’immense marché allemand. Le fondateur de Planted, Pascal Bieri, a aussi été distingué. Son entreprise, spécialisée dans les substituts végétaux à la viande, est devenue numéro un du secteur en Europe.

L’autre grand moment de l’année entièrement géré par les étudiants : le “Saint-Gallen Symposium”, sorte de Davos bis pendant deux jours au coeur de l’université. Là, ils voient les choses en grand. Trente élèves sont choisis par leurs pairs pour monter le projet en mode commando. Pour cela, ils interrompent leurs études pendant une année – trois d’entre eux sont rémunérés par l’université – et posent leur valise dans une immense villa proche du campus. Charge à eux de trouver les sponsors, les intervenants, et s’occuper de toute la logistique. Peter Thiel, le fondateur de Palantir, Justin Trudeau, l’ancien Premier ministre canadien, Friedrich Merz, le chancelier allemand, Christine Lagarde, la présidente de la BCE, et bon nombre de PDG des plus grandes boîtes allemandes et suisses sont ainsi venus plancher à Saint-Gall ces dernières années. “Tous ces moments servent aussi à resserrer les liens de la communauté”, assure Joo-Ran un jeune étudiant de 21 ans.

“Le réseau des alumni est certes moins étendu que celui d’une grande université américaine, mais il est extrêmement solide”, abonde Thomas Buberl. 42 000 inscrits, 350 événements organisés chaque année, près de 200 clubs “Saint-Gall” dans toutes les grandes capitales de la planète. Une communauté aux poches profondes. Elle a ainsi entièrement financé un bâtiment flambant neuf, sorte de soucoupe volante en verre, au coeur de l’université. Un chantier à 70 millions d’euros, baptisé “The Square” et qui fait office de maison des étudiants : conférences, spectacles, réseautage, salles de travail… Un ancien metteur en scène de théâtre fait vivre le lieu. La touche Saint-Gall.


Niall Ferguson: The Treason of the Intellectuals

Anyone who has a naive belief in the power of higher education to instill morality has not studied the history of German universities in the Third Reich.

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In 1927 the French philosopher Julien Benda published La trahison des clercs—“The Treason of the Intellectuals”—which condemned the descent of European intellectuals into extreme nationalism and racism. By that point, although Benito Mussolini had been in power in Italy for five years, Adolf Hitler was still six years away from power in Germany and 13 years away from victory over France. But already Benda could see the pernicious role that many European academics were playing in politics. 

Those who were meant to pursue the life of the mind, he wrote, had ushered in “the age of the intellectual organization of political hatreds.” And those hatreds were already moving from the realm of the ideas into the realm of violence—with results that would be catastrophic for all of Europe.

A century later, American academia has gone in the opposite political direction—leftward instead of rightward—but has ended up in much the same place. The question is whether we—unlike the Germans—can do something about it.

For nearly ten years, rather like Benda, I have marveled at the treason of my fellow intellectuals. I have also witnessed the willingness of trustees, donors, and alumni to tolerate the politicization of American universities by an illiberal coalition of “woke” progressives, adherents of “critical race theory,” and apologists for Islamist extremism. 

Throughout that period, friends assured me that I was exaggerating. Who could possibly object to more diversity, equity, and inclusion on campus? In any case, weren’t American universities always left-leaning? Were my concerns perhaps just another sign that I was the kind of conservative who had no real future in the academy?

Such arguments fell apart after October 7, as the response of “radical” students and professors to the Hamas atrocities against Israel revealed the realities of contemporary campus life. That hostility to Israeli policy in Gaza regularly slides into antisemitism is now impossible to deny. 

I cannot stop thinking of the son of a Jewish friend of mine, who is a graduate student at one of the Ivy League colleges. Just this week, he went to the desk assigned to him to find, carefully placed under his computer keyboard, a note with the words “ZIONIST KIKE!!!” in red and green letters.

Just as disturbing as such incidents—and there are too many to recount—has been the dismally confused responses of university leaders. 

Testifying before the House Committee on Education and the Workforce last week, Harvard President Claudine Gay, MIT President Sally Kornbluth, and University of Pennsylvania President Elizabeth Magill showed that they had been well-briefed by the lawyers their universities retain for such occasions.

They gave technically correct explanations of how First Amendment rules apply on their campuses—if they did apply. Yes, context matters. If all students did was chant “From the river to the sea,” that speech is protected, so long as there was no threat of violence or “discriminatory harassment.” 

But the reason Claudine Gay’s carefully phrased answers on Tuesday infuriated her critics is not that they were technically incorrect, but that they were so clearly at odds with her record—specifically her record as dean of the Faculty of Arts and Sciences in the years 2018–2022, when Harvard was sliding to the very bottom of the rankings for free speech at colleges. 

The killing of George Floyd happened when Gay was dean. Six days after Floyd’s death, she published a statement on the subject that suggests she felt personally threatened by events in distant Minneapolis. Floyd’s death, she wrote, illustrated “the brutality of racist violence in this country” and gave her an “acute sense of vulnerability.” She was “reminded, again, how even our [i.e., black Americans’] most mundane activities, like running. . . can carry inordinate risk. At a moment when all I want to do is gather my teenage son into my arms, I am painfully aware of how little shelter that provides.” In nothing that Gay said last Tuesday did she seem aware that Jewish students might have felt the same way after October 7.

In a memorandum to faculty on August 20, 2020, she wrote: “The calls for racial justice heard on our streets also echo on our campus, as we reckon with our individual and institutional shortcomings and with our Faculty’s shared responsibility to bring truth to bear on the pernicious effects of structural inequality.” Gay continued: “This moment offers a profound opportunity for institutional change that should not and cannot be squandered. . . . I write today to share my personal commitment to this transformational project and the first steps the FAS will take to advance this important agenda in the coming year.”

As the great German sociologist Max Weber rightly argued in his 1917 essay on “Science as a Vocation,” political activism should not be permissible in a lecture hall “because the prophet and the demagogue do not belong on the academic platform.” This was also the argument of the University of Chicago’s 1967 Kalven Report that universities must “maintain an independence from political fashions, passions, and pressures.”

This separation between scholarship and politics has been entirely disregarded at the major American universities in recent years. Instead, our most elite schools have embraced the kind of “institutional change” that Gay has championed. Look where it has led us.

It might be thought extraordinary that the most prestigious universities in the world should have been infected so rapidly with a politics imbued with antisemitism. Yet exactly the same thing has happened before.

A hundred years ago, in the 1920s, by far the best universities in the world were in Germany. By comparison with Heidelberg and Tübingen, Harvard and Yale were gentlemen’s clubs, where students paid more attention to football than to physics. More than a quarter of all the Nobel prizes awarded in the sciences between 1901 and 1940 were awarded to Germans; only 11 percent went to Americans. Albert Einstein reached the pinnacle of his profession not in 1933, when he moved to Princeton, but from 1914 to 1917, when he was appointed professor at the University of Berlin, director of the Kaiser Wilhelm Institute for Physics, and as a member of the Prussian Academy of Sciences. Even the finest scientists produced by Cambridge felt obliged to do a tour of duty in Germany.  

Yet the German professoriat had a fatal weakness. For reasons that may be traced back to the foundation of the Bismarckian Reich or perhaps even further into Prussian history, academically educated Germans were unusually ready to prostrate themselves before a charismatic leader, in the belief that only such a leader could preserve the purity of the German nationalist project. 

Today’s progressives engage in racism in the name of diversity. The nationalist academics of interwar Germany were at least overt about their desire for homogeneity and exclusion. 

Marianne Weber recalled how, in the wake of the 1918 Revolution, her husband Max had explained his theory of democracy to the former supreme military commander, General Erich Ludendorff

Weber: Do you think that I regard the Schweinerei that we now have as democracy?

Ludendorff: What is your idea of a democracy, then?

Weber: In a democracy, the people choose a leader whom they trust. Then the chosen man says, “Now shut your mouths and obey me.” The people and the parties are no longer free to interfere in the leader’s business.

Ludendorff: I should like such a “democracy.”

Weber: Later, the people can sit in judgment. If the leader has made mistakes—to the gallows with him!

Rudy Koshar’s study of the university town of Marburg in Hesse illustrates the way this culture led German academia toward the Nazis. The mainly Protestant student fraternities already excluded Jews from membership before World War I. In March 1920, in the turbulent aftermath of the revolution that had overthrown the imperial regime and established the Weimar Republic, a student paramilitary group was involved in a murderous attack on Communist workers. In the national elections held four years later, the Völkisch-Sozialer Bloc—of which the early Nazi Party (the NSDAP) was a key part—won 17.7 percent of the Marburg vote.

Lawyers and doctors, all credentialed with university degrees, were substantially overrepresented within the NSDAP, as were university students (then a far narrower section of society than today). To middle-aged lawyers, Hitler was the heir to Bismarck. For their sons, he was the Wagnerian hero Rienzi, the demagogue who unites the people of Rome. 

Even a man who considered himself a liberal, as Max Weber surely did, was susceptible to the allure of charismatic leadership when the fledgling democracy seemed so weak. Three years after Weber’s death in 1920, Germany was plunged into disastrous hyperinflation. For many German academics, Hitler’s appointment as chancellor in January 1933 was a moment of national salvation.

“Right down to the last, deepest fiber in myself, I belong to the Führer and his wonderful movement,” wrote the Nazi lawyer Hans Frank in his diary after a concert he had attended with Hitler on February 10, 1937. “We are in truth God’s tool for the annihilation of the bad forces of the earth. We fight in God’s name against Jews and their Bolshevism. God protect us!” Such thoughts helped him and many other lawyers to come to terms with the systematic illegality that characterized the regime from the very outset.

German academics acted as Hitler’s think tank, putting policy flesh on the bones of his racist ideology. As early as 1920, the jurist Karl Binding and the psychiatrist Alfred Hoche published their Permission for the Destruction of Life Unworthy of Life, which sought to extrapolate from the annual cost of maintaining one “idiot” “the massive capital. . . being subtracted from the national product for entirely unproductive purposes.”

There is a clear line of continuity from this kind of analysis to the document found at the Schloss Hartheim asylum in 1945, which calculated that by 1951 the economic benefit of killing 70,273 mental patients—assuming an average daily outlay of 3.50 Reichsmarks and a life expectancy of ten years—would be 885,439,800 Reichsmarks. Many historians were little better, churning out tendentious historical justifications for German territorial claims in Eastern Europe that implied massive population displacement, if not genocide.

A critical factor in the decline and fall of the German universities was precisely that so many senior academics were Jews. For some, Hitler’s antisemitism was therefore—not unlike woke intersectionality in our own time—a career opportunity.  

For German academics of Jewish heritage, particularly those who had married gentiles and converted to Christianity, it was disorienting. 

The case of Victor Klemperer, a convert to Christianity married to a gentile, is illustrative. A veteran of World War I, Klemperer was appointed Professor of Romance Languages and Literature at Dresden University of Technology in 1920. “I am nothing but a German or German European,” Klemperer wrote in his diary, one of the most illuminating testaments of the German Jewish nightmare. Throughout the 1930s, he maintained that it was the Nazis who were “un-German.” “I. . . feel shame for Germany,” he wrote after Hitler had come to power. “I have truly always felt German.”  

Yet the atmosphere at German universities grew steadily more toxic even for the most assimilated of Jews.

In April 1933, under the Law for the Restoration of the Professional Civil Service, all Jewish civil servants, including judges, were removed from office, followed a month later by university lecturers. Klemperer recorded his agonized reaction in his diary:

March 10, 1933. . . . It is astounding how easily everything collapses. . . wild prohibitions and acts of violence. And with it, on streets and radio, never-ending propaganda. On Saturday. . . I heard a part of Hitler’s speech in Königsberg [the East Prussian university at which Immanuel Kant had spent his life]. . . I understood only a few words. But the tone! The unctuous bawling, truly bawling. . . . How long will I retain my professorship? 

Klemperer managed to hang on to his chair for another two years. On May 2, 1935, however, the blow fell: 

On Tuesday morning, without any previous notification—two sheets delivered by post. “On the basis of para 6 of the Law for the Restoration of the Professional Civil Service I have. . . recommended your dismissal.”. . . At first, I felt alternately dumb and slightly romantic; now there is only bitterness and wretchedness. 

Five months later, to add insult to injury, he was barred from the university library reading room “as a non-Aryan.” What followed was a kind of relentless whittling away of his rights as a citizen. 

The Nazis’ antisemitism led, of course, to one of the greatest brain drains in history. Over 200 of the country’s 800 Jewish professors departed, of whom twenty were Nobel laureates. Albert Einstein had already left in 1933 in disgust at Nazi attacks on his “Jewish physics.” The exodus quickened after the pogrom known as the Night of Broken Glass in November 1938. The principal beneficiaries of the Jewish brain drain were, of course, the universities of the United States.

Yet for Klemperer, emigration—least of all to Palestine, then a British “mandate” but also the location of the “national home for the Jewish people” promised by the British government in 1917—was out of the question. It would have been an admission that the Nazis were right: that he was in fact a Jew, not a German. As he put it: “If specifically Jewish states are now to be set up. . . that would be letting the Nazis throw us back thousands of years. . . . The solution to the Jewish question can be found only in deliverance from those who have invented it.”

It was this kind of reasoning that persuaded him and many other Jews to remain in Germany until it was no longer possible to get out. Some chose suicide—for example, the Marburg linguist Hermann Jacobsohn, who threw himself under a train. In the end, Klemperer avoided deportation to the death camps only because of the Royal Air Force bombing raid on Dresden in February 1945, which allowed him to shed his yellow star and lie low until the German surrender. 

He remained in Dresden after the occupation of eastern Germany. It was not long before he began to notice resemblances between the language of the new Soviet-backed German Democratic Republic and the Third Reich. Like Hannah Arendt and George Orwell, Klemperer understood that the totalitarianism of the right and the totalitarianism of the left had fundamentally similar characteristics. In particular, they loved to impose Newspeak on those they subjugated.

Non-Jewish German academia did not just follow Hitler down the path to hell. It led the way. A few examples will suffice. 

SS Oberführer Konrad Meyer, a professor of agronomy at the University of Berlin, was one of the experts who helped devise Heinrich Himmler’s “General Plan East” (Generalplan Ost) which, in the expectation of victory over the Soviet Union, was supposed to extend German settlement as far as Archangel in the north and Astrakhan in the south. Meyer’s version proposed establishing three vast “marcher settlements” with around five million German settlers. The fate of the peoples currently living there would be either annihilation or ethnic cleansing.

In 1940 a graduate student named Victor Scholz submitted a PhD thesis at the University of Breslau with the title “On the Possibilities of Recycling Gold from the Mouths of the Dead.” He had carried out his research under the supervision of Professor Herman Euler, dean of the Breslau Medical Faculty. 

At Auschwitz, SS Gruppenführer Carl Clauberg, a professor of gynecology at Königsberg, sought to find the most efficient way to sterilize women. Among the techniques he experimented with was the injection, without anesthesia, of caustic substances into the uteruses of prisoners. 

Anyone who has a naive belief in the power of higher education to instill ethical values has not studied the history of German universities in the Third Reich. A university degree, far from inoculating Germans against Nazism, made them more likely to embrace it. The fall from grace of the German universities was personified by the readiness of Martin Heidegger, the greatest German philosopher of his generation, to jump on the Nazi bandwagon, a swastika pin in his lapel. He was a member of the Nazi Party from 1933 until 1945.

Later, after it was all over, the historian Friedrich Meinecke tried to explain “the German catastrophe” by arguing that excessive technical specialization had caused some educated Germans (not him, needless to say) to lose sight of the humanistic values of Goethe and Schiller. As a result, they had been unable to resist Hitler’s “mass Machiavellianism.” 

The novelist Thomas Mann—who, unlike Meinecke, chose exile over complicity—was unusual in being able to recognize even at the time that, in “Brother Hitler,” the German educated elite possessed a monstrous younger sibling, whose role was to articulate and authorize their darkest aspirations. 

The lesson of German history for American academia should by now be clear. In Germany, to use the legalistic language of 2023, “speech crossed into conduct.” The “final solution of the Jewish question” began as speech—to be precise, it began as lectures and monographs and scholarly articles. It began in the songs of student fraternities. With extraordinary speed after 1933, however, it crossed into conduct: first, systematic pseudo-legal discrimination and ultimately, a program of technocratic genocide.

The Holocaust remains an exceptional historical crime—distinct from other acts of organized lethal violence directed against other minorities—precisely because it was perpetrated by a highly sophisticated nation-state that had within its borders the world’s finest universities. That is why American universities cannot regard antisemitism as just another expression of “hate,” no different from, say, Islamophobia—a neologism that should not be mentioned in the same breath. That is why Claudine Gay’s double standards—with their implication that African Americans are somehow more deserving of protection than Jews—are so indefensible. 

That is why rational minds recoil from her argument that antisemitism on the Harvard campus is tolerable so long as genocide is not being perpetrated.

Well, the backlash against our contemporary treason of the intellectuals has finally arrived. 

Donors such as the chief executive of Apollo, Marc Rowan (a Penn graduate), Pershing Square founder Bill Ackman (Harvard), and Stone Ridge founder Ross Stevens (Penn) have each made clear that their support will no longer be forthcoming for institutions run in this fashion.

On Saturday, Penn president Liz Magill stepped down, along with the chair of the Penn board of trustees, Scott Bok. Perhaps others will follow. 

Yet it will take a lot more than a few high-profile resignations to reform the culture of America’s elite universities. It is much too entrenched in multiple departments, all dominated by a tenured faculty, to say nothing of the armies of DEI and Title IX officers who seem, at some colleges, now to outnumber the undergraduates.

In La trahison des clercs, Julien Benda accused the intellectuals of his time of dabbling in “the racial passions, class passions, and national passions. . . owing to which men rise up against other men.” Today’s academic leaders would never recognize themselves as the heirs of those Benda condemned, insisting that they are on the left, whereas Benda’s targets were on the right. And yet, as Victor Klemperer came to understand after 1945, totalitarianism comes in two flavors, though the ingredients are the same.

Only if the once-great American universities can reestablish—throughout their fabric—the separation of Wissenschaft from Politik can they be sure of avoiding the fate of Marburg and Königsberg.

Niall Ferguson is a trustee of the University of Austin, as well as Milbank Family Senior Fellow at the Hoover Institution, Stanford. He is the author of, among many works, The War of the World: History’s Age of Hatred (Penguin).


Harvard’s New Campus Orthodoxy Is Even More Stifling Than the Old

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This past spring, under intense pressure from the Trump administration, Harvard University pulled the plug on diversity, equity and inclusion. The administrator who had overseen D.E.I. operations announced that the university was now focused instead on helping students more freely express their views. The Office of Equity, Diversity, Inclusion and Belonging would henceforth be the Office of Community and Campus Life, dedicated to “fostering connections across difference” and “creating spaces for dialogue.”

It was the realization of a longtime conservative dream. The right had seethed about the sensitivity trainings, safe spaces, speech policing and inclusion statements of the D.E.I. industry, and nowhere more so than at elite academic institutions. Getting Harvard to concede was a huge victory. Conservatives could at last usher in a golden age of academic freedom.

That’s not how it’s playing out. Under federal pressure, Harvard and other universities around the country now police academic inquiry according to murkier standards of fairness. The goal, it seems, is to avoid offending anyone, anywhere, across an ever-expanding matrix of identities and standpoints. Rather than dismantling the excesses of the woke era, the new Trump-friendly programs and policies simply repurposed them to serve a different ideological agenda. The result is a new orthodoxy even more stifling than the last.

Before I was allowed to register for classes this semester, I had to complete a newly designed training video and corresponding online test about Harvard’s nondiscrimination and sexual harassment policies. The video informed me that Harvard uses the definition of antisemitism “endorsed by the International Holocaust Remembrance Alliance” and that the university “considers the examples that accompany the I.H.R.A. definition to the extent that those examples might be useful in determining discriminatory intent.” Some of those examples are preposterously broad, including political arguments about Israel that apply what the group considers to be “double standards.” The Foundation for Individual Rights and Expression, a free-speech advocacy group, has warned that the definition is “vague and overbroad” and that it pressures “schools to police speech.” Double standards? FIRE points out that it’s unclear what constitutes an acceptable single standard.

In a climate of uncertainty and anxiety, students tiptoe around the issue, afraid of saying the wrong thing. Faculty do, too.

The day after President Trump’s inauguration, Harvard Medical School canceled an optional guest lecture for “Essentials of the Profession,” a required course for all first-year medical and dental students. The lecture was to be delivered by Barry S. Levy, a Tufts scholar who studies the health effects of war. A subsequent panel featuring Gazan patients receiving treatment for their wartime injuries in Boston was also scrapped. Administrators who had approved both events now said they were inappropriate for a topic that “continues to inflame passions.” The statement continued, “It is our aim to ensure that H.M.S. provides a constructive, nonpolarized educational environment for students of all backgrounds and beliefs.” But if the bar for acceptable speech is that it’s not polarizing, then speech has no guaranteed place on campus.

Mandatory sensitivity trainings and the policing of academic inquiry to protect feelings are hardly the only tools of the “peak woke” era being repurposed in the new political climate. Last year, Harvard’s largest academic division scrapped the requirement that prospective hires write diversity statements, which conservatives had widely criticized as ideological litmus tests designed to favor liberals. Yet Mr. Trump actually demanded that the university undergo an audit of “viewpoint diversity” among faculty and hire additional professors as needed to fill in any gaps — which is to say, give preference to applicants who have the right (in this case, conservative) politics. Wasn’t that the thing universities were supposed to stop doing?

Ryan D. Enos, a professor of government at Harvard, told me these changes are “essentially institutionalizing cancel culture,” and that “students’ willingness to talk about things and to make their voices heard about things is actually more repressed than, in many ways, it’s ever been.”

Steven Levitsky, a Harvard political scientist and co-author of the book “How Democracies Die,” said it all amounts to “a tragic and very effective use of the previous decade’s standards around what we call ‘safe spaces’ and ‘wokeness.’”

Harvard is in good company. In February, Northwestern University announced that, to comply with a new executive order, students would be required to complete a sensitivity training module titled “Building a Community of Respect and Breaking Down Bias.”

One slide of the training displays four quotations from “anti-Israel activists” alongside four from David Duke, the former leader of the Ku Klux Klan. One quotation, attributed to an activist, reads: “I condemn the conflation of Zionism, a political identity, and Judaism, a religious identity. The state of Israel has attempted to conflate both in order to garner support for its apartheid policies.” One of Mr. Duke’s quotes, meanwhile, denounces what he labels “Jewish group behavior.”

The narrator concludes: “To most Jewish people, they feel the same, because they are the same.”

One may reasonably disagree with the activist’s statement, but equating it with Mr. Duke’s neo-Nazism is a staggering breach of reasoned judgment. And the idea that speech should be judged by how it feels to protected groups, rather than by its truth or falsehood, is exactly the standard the right spent a decade railing against.

Mandatory sensitivity training is precisely the sort of exercise that anti-D.E.I. laws in many red states specifically banat public universities. Maybe anticipating such conflicts, Ohio’s anti-D.E.I. bill, which took effect this year, includes an apparent loophole permitting mandatory D.E.I. training as long as it is required to comply with unspecified “state and federal laws or regulations.” Texas’ anti-D.E.I. statute, Senate Bill 17, includes a similar carve-out. So not all D.E.I. is off-limits — just the kind that’s out of political favor.

As the Trump administration’s Compact for Academic Excellence explains, “Academic freedom is not absolute.” Universities, it says, can and should prevent “threatening” speech. Conservatives once mocked this logic as coddling snowflakes, equating hurt feelings with physical danger. It served as pretext for firings and cancellations over minor transgressions. Conservatives were once fond of repeating that “speech is not violence.” They were right. But now that they hold the reins, many no longer seem so sure.

A student at Texas A&M recently filmed herself objecting to her instructor’s lecture on gender identity, saying that she was “not entirely sure this is legal to be teaching” because it violated Mr. Trump’s executive order asserting the existence of only two genders. A Republican state legislator amplified the video, and in short order the lecturer was fired. After snippets of a speech that a tenured Texas State University professor gave at a socialist conference circulated online, the university fired him — skipping over the protocol for reviewing charges against tenured faculty — on the charge of inciting violence. Perhaps seeking to stay ahead of the new conservative cancel culture, some universities have moved swiftly to police syllabuses and disinvite lecturers, all while enforcing ever-stricter bans on unauthorized dissent.

A movement that once vowed to rescue higher education from ideological excesses is now perfecting and entrenching them. You don’t have to take my word for it. On a podcast released on Sept. 15, shortly after the murder of Charlie Kirk, Attorney General Pam Bondi appeared to claim the existence of a “hate speech” exception to the First Amendment. She quickly walked back her comments, but in early October, during a White House “Roundtable on Antifa,” Mr. Trump explained his administration’s approach more pithily: “We took the freedom of speech away.”

Alex Bronzini-Vender is a sophomore at Harvard University.


HEC, Essec, EM Lyon… Quand l’écologie radicale infiltre les écoles de commerce

ENQUÊTE – Une récente étude d’un think-tank explique comment des grandes écoles ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales.

Full text:   

La France est-elle en train de former une génération de cadres qui considéreront comme un devoir moral de freiner, de contester ou de saboter les stratégies de croissance de leurs propres entreprises ? C’est ce que laisse entendre le Centre d’études et de recherches universitaires (Ceru), qui, dans une étude publiée début décembre, affirme que les grandes écoles de commerce françaises sont devenues des « foyers du radicalisme écologique  ».

Dans cette note, le think-tank, marqué à droite, explique comment HEC, l’Essec, l’ESCP, l’EM Lyon ou encore Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales que sont la gestion, la finance ou le marketing. « Ce basculement traduit une recomposition profonde. Le prestige académique traditionnel est supplanté par la conformité idéologique », alerte l’étude, qui, sans remettre en question l’urgence climatique, décrit « un tournant résolument écologique, jusqu’à repenser tous les programmes sous cet angle ».

Les écoles de commerce, dont l’objet est fondamentalement l’enseignement sur la production de richesses, font la publicité de la décroissance !

Morgane Daury-Fauveau, présidente du Ceru

En une dizaine d’années, les « business schools » ont bien changé. Dans ces temples de la formation au monde des affaires, l’étudiant se prête désormais aux incontournables ateliers Fresque du climat, mais aussi au Sulitest, un test du développement durable imaginé en 2014. Dans les enseignements, l’écologie et la « sustainability » ont pris une place « démesurée », « une centaine d’heures par an, soit le tiers des enseignements », affirme l’auteur de cette note, Morgane Daury-Fauveau, présidente du Ceru et professeur de droit privé à Amiens. Elle a passé au crible les maquettes de l’offre de formation. Outre la profusion, elle pointe une idéologie à l’œuvre, avec l’enseignement d’« une écologie radicale, notoirement anticapitaliste ». « La mission première de l’enseignant est de développer l’esprit critique, pas de le paralyser. Les écoles de commerce, dont l’objet est fondamentalement l’enseignement sur la production de richesses, font la publicité de la décroissance ! », s’effare-t-elle.

Ces questions environnementales font aussi partie d’un ensemble plus vaste, où il est question de diversité sociale, d’égalité femmes-hommes, d’inclusion, de lutte contre les violences sexistes, voire de « décolonialisme » . Car l’espèce humaine n’a-t-elle pas « colonisé » la terre ? Sur leurs plaquettes de présentation, les écoles se targuent de former des décideurs « éclairés », qui contribueront à un monde « plus durable », « plus juste », « plus inclusif », « plus prospère », et se félicitent d’avoir décroché le label DD & RS (« développement durable et responsabilité sociétale »).

Pour les étudiants, ces questions s’imposent comme une entrée en matière incontournable, dès la première année. À l’EM Lyon, c’est une introduction aux enjeux climatiques sur dix semaines ; à l’Edhec, un cours sur les « limites planétaires et modèles économiques durables » ; à HEC, un séminaire « raison d’être et soutenabilité économique » organisé à Chamonix, suivi du « parcours engagement ». François Gemenne, professeur à l’école de Jouy-en-Josas et principal auteur du sixième rapport du Giec, y appelle à une « réinvention du capitalisme » et à une « transformation radicale des modes de production, de consommation et de distribution des richesses ». Dans ce nouveau paysage, certains chercheurs deviennent incontournables. Économiste dont les recherches portent sur la décroissance et la postcroissance, Timothée Parrique est ainsi venu présenter son livre Ralentir ou périr à HEC, à la rentrée 2022. Il est aussi intervenu à l’Essec, à l’EM Lyon et à Sciences Po.

« Anthropocène » et « capitalocène »

« Les écoles ne disposent pas d’enseignants dans le domaine de l’écologie ; elles ont donc forcément recours à des militants », assure Morgane Daury-Fauveau. « Historiquement, les sciences de gestion, directement liées à la réalité de l’entreprise, ont été épargnées par les idéologies, contrairement aux sciences économiques », observe pour sa part Michel Albouy, professeur émérite de finance à l’université Grenoble-Alpes et à Grenoble École de management. Il note par ailleurs que les écoles de commerce, contrairement aux universités, peuvent recruter des sociologues pour enseigner la « théorie des organisations ». « Et la sociologie va à gauche comme la rivière à l’océan », lâche-t-il, estimant que « les écoles de commerce adoptent un modèle à la Sciences Po ».

L’agrégé en sciences de gestion est particulièrement frappé de l’arrivée, dans les programmes, du concept d’« anthropocène », ou « ère de l’être humain ». Derrière, l’idée que l’homme a si profondément pollué et modifié l’environnement qu’il a créé de nouvelles conditions de vie terrestre. Bien que l’anthropocène ne soit pas scientifiquement validé comme un temps géologique – qui succéderait à l’holocène, cette période interglaciaire entamée il y a 11 700 ans -, les chercheurs en sciences humaines et sociales l’utilisent abondamment. « Et si l’anthropocène n’était qu’une croyance portée par des chercheurs militants pour dénoncer un système capitaliste qui détruit la planète ?, interroge Michel Albouy. Certains parlent de “capitalocène”. Il est symptomatique que cette critique ne concerne pas le système productiviste des économies socialistes (ex-URSS ou Chine), qui ont pourtant largement contribué à la pollution de la terre ! »

Particulièrement zélée en la matière, l’EM Lyon a créé un poste de doyen associé à la pédagogie en anthropocène en 2023. Professeur de stratégie à l’école, Guillaume Carton, dans une tribune publiée en 2024 sur le site de la Conférence des grandes écoles (CGE), estime qu’il faut « repenser les différentes disciplines de l’enseignement supérieur à l’aune des nouvelles contraintes imposées par l’urgence climatique », notamment les sciences de gestion, qui devraient être revues « au sein d’un autre paradigme que celui de l’économie néoclassique ».

Diktat des classements internationaux et nationaux

La présidente du Ceru évoque « une lame de fond », de la première année de formation aux spécialisations qui se multiplient, à travers des masters déclinés autour de la « sustainability ». Il faut dire que les écoles de commerce, dont le modèle économique repose sur des frais de scolarité très élevés, ont été contraintes d’intégrer les règles nouvelles dictées par les classements internationaux et nationaux. Lesquels font la pluie et le beau temps sur le juteux marché de la formation supérieure. Autrefois centrés sur des critères classiques (sélection à l’entrée, publications de recherche, insertion professionnelle, ouverture internationale), les « rankings » du Financial Times ou du QS, de L’Étudiant ou de Challenges font la part belle à la proportion de cours consacrés à l’écologie et à la contribution aux objectifs de développement durable de l’ONU.

« Ce n’est pas le choix qu’a fait Le Figaro étudiant, explique Sophie de Tarlé, rédactrice en chef du journal, qui produit chaque année un classement des écoles de commerce, le premier en termes de référencement sur Google. Nous ne remettons pas en cause l’urgence climatique, mais la promesse faite à nos lecteurs est celle d’un classement d’excellence. Quand un étudiant paye une école 70 000 euros, il veut savoir s’il va trouver un bon job, avec des opportunités à l’international. » Elle constate par ailleurs qu’à ce jour, les critères dans le domaine environnemental mélangent « l’écologie et les questions d’ordre social, comme l’égalité femmes-hommes ou la diversité. Deux choses bien différentes ! »

Pendant que nos écoles forment des cadres culpabilisés par la croissance, nos concurrents internationaux continuent de produire des managers déterminés à conquérir des marchés et à innover

Olivier Vial, directeur du Ceru

Pour se mettre au diapason des classements, la labellisation DD & RS est arrivée il y a dix ans, conjointement imaginée par des grandes écoles, des universités, les ministères de l’Écologie et de l’Enseignement supérieur et l’association militante Reses (Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire). En 2021, la Business School de Nantes, Audencia, a précisé la feuille de route, en s’associant au Shift Project, le think-tank de Jean-Marc Jancovici, pour élaborer le « ClimatSup Business », un projet visant à intégrer les enjeux écologiques dans « les cours obligatoires enseignant les fondamentaux de la gestion ». Il s’est aujourd’hui diffusé dans de nombreuses écoles. À cela s’est ajouté le rapport du paléoclimatologue français Jean Jouzel, remis en 2022 au ministère de l’Enseignement supérieur. Un texte fondateur, qui assoit la nécessaire formation de tous les étudiants aux « enjeux de la transition écologique et du développement durable ». Quelque 80 universités et écoles sont labellisées. Et d’abord les établissements du haut du panier.

« Bifurqueurs » et « déserteurs »

Sollicitée par Le Figaro, la Conférence des grandes écoles « ne souhaite pas commenter » les conclusions du Ceru, mais tient à rappeler « la plus grande exigence en matière de pédagogie » et l’objectif de « garantir aux étudiants des formations d’excellence, en phase avec les enjeux actuels et futurs de notre société ». Qu’en pensent justement les étudiants ? Bientôt diplômé de Skema, Éric*, 23 ans, déplore « des cours complètement déconnectés de la réalité, farfelus même »« C’est la quantité de cours obligatoires tournés vers l’écologie, surtout, qui m’a frappé, détaille-t-il. Sur sept matières, on en avait au moins quatre ! Certains enseignants avaient une vision très idéologique. L’anthropocène a été abordé plusieurs fois, la décroissance aussi. On a signalé à nos profs qu’il y avait énormément de redites, certains étaient d’accord avec nous, mais ça n’a rien changé. Au moins, ça nous faisait moins de notions à réviser… »

Emma*, qui termine l’Iéseg, commence elle aussi à « saturer ». Elle qui avait choisi cette école postbac, séduite par son engagement en matière de développement durable, se dit aujourd’hui « presque dégoûtée »« On a commencé par la Fresque du climat, se souvient l’étudiante. Pour moi, c’était vraiment puéril. Ensuite, on a eu pas mal de cours un peu “bullshit”. On n’a pas besoin des profs pour savoir qu’il faut éteindre la lumière ou réduire sa consommation de plastique ! Et le discours est souvent alarmiste, du genre “tout repose sur vous, les acteurs du changement pour une société meilleure”. Le fait de l’associer à tous les cours, c’en est devenu étouffant. »

À Sciences Po, Hugo* a fait partie de la promotion qui, en 2023, a étrenné le « grand cours » obligatoire de « culture écologique », qui a pris place aux côtés de l’économie, de l’histoire, des méthodes quantitatives et de la sociologie. « Ce n’est pas l’écologie qui me dérange, mais l’idéologie. C’est du bourrage de crâne que l’on retrouve sur toute la scolarité », lâche-t-il. À la rentrée 2026, l’école de la rue Saint-Guillaume inaugurera sa Paris Climate School, qui proposera le master « Ecological transition, risks and governance ».

Les écoles de commerce pourraient-elles emboîter le pas de Sciences Po sur le terrain des luttes ? Dans l’année qui a suivi les attaques terroristes du Hamas d’octobre 2023 contre Israël, les drapeaux palestiniens ont flotté rue Saint-Guillaume, sur fond de mobilisations. Ils n’ont pas été aperçus sur les campus des écoles de commerce. « Ces étudiants ne sont pas politisés et ils ne le deviendront pas, parie Michel Albouy. Ou peu. Car ils sont pragmatiques : ayant généralement emprunté pour financer leur scolarité, ils vont préférer, pour rembourser, aller travailler dans la finance ou dans des cabinets de conseil… » Pour autant, les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs se frottent, depuis 2022, au phénomène des « bifurqueurs », qui, de l’Agro à HEC, remettent en question la voie royale tracée pour eux vers le monde de l’entreprise. Après Ruptures, un film sur la quête de sens des jeunes diplômés de grandes écoles sorti en 2021, Arthur Gosset, ingénieur diplômé de Centrale Nantes, a signé en octobre Éclaireurs, un nouveau documentaire. Diplômée de Polytechnique en 2019, Jeanne Mermet a publié en septembre le livre Désertons.

« Pendant que nos écoles forment des cadres culpabilisés par la croissance, nos concurrents internationaux continuent de produire des managers déterminés à conquérir des marchés et à innover, conclut Olivier Vial, directeur du Ceru. Ce décalage stratégique se paiera en déclassement économique, en perte d’influence et en appauvrissement collectif. » Le tout étant, paradoxe suprême, « financé en partie par la taxe d’apprentissage que versent les entreprises à ces mêmes écoles qui forment leurs futurs contestataires, pointe-t-il. La définition même de l’autosabotage institutionnalisé. »

  • Les prénoms ont été changés

What Happened When My Yale Students Gave Up Their Phones for Four Weeks

BY Ms. Kinder, a writer and an instructor at Yale Summer Session.

Full text:   

Since 2014, I’ve led a study-abroad writing course for Yale University in Auvillar, a village in the southwest of France. For many of those years, I’ve experimented with requiring these students to go completely offline for our month together. No texting, no Googling, no posting photos of duck confit on Instagram. Most of my students last summer were born around 2004. They had cellphones in their hands as early as the second grade; by middle school, Instagram and Snapchat dominated their social lives, and TikTok and ChatGPT have defined their college years. You might think enforcing a technology ban gets harder with each passing year.

In fact, it’s gotten easier. In 2017, the first year I instituted an internet sabbatical, my students flinched at four weeks without the web. Even after I collected their SIM cards, many students wanted to hold on to their phones, claiming they were essential for photos or music or time keeping. But by 2025, any resistance had faded away. My students hungered for an absolute disconnect. Last summer, all seven of them — without wringing their hands — turned in their phones.

What I witnessed in the four weeks that followed has convinced me that we owe it to today’s college students to create internet-free spaces, programs, dorms and maybe even entire campuses for students committed to learning with far fewer distractions. There’s constant talk these days about how higher education needs reimagining in light of artificial intelligence, but we’re mistaken if we think A.I. is solely responsible for our broken system. I get the sense from my students that A.I. feels like the sour icing on an already bitter cake. Adults need to step up and set parameters so that it’s not on these kids to self-regulate.

My student Devin described his usual writing process to me: “Every 10 words, I’d be on my phone.” Another student, Gaby, who’d had a smartphone since elementary school, was even more tethered: “I was always trying to finish work as quickly as possible so I could get back to my phone.” Their generation has a word for such compulsive phone use: rotting. My students knew they were rotting, but knowing didn’t help them stop.

Not even Will, the self-proclaimed Luddite of my class, had found a way to exist in college unassaulted by distractions. Sometimes, he’d go to a cafe and purposely notget the Wi-Fi password. But even then, simply knowing that someone might text his phone and interrupt his flow kept him from ever sinking fully into a story or idea.

When I was in college more than 20 years ago, I could walk into the library and vanish into the making of an essay for hours. I think back on those times — of real struggle and hard-won satisfaction — and I’m livid for these kids. Not only have we failed to shield them from notoriously addictive technologies; we’ve digitized every corner of academic life. Papers are due via online portals, and campus events are announced on Instagram. It’s nearly impossible to navigate college without minute-by-minute connectivity.

In France we did just that. Yes, my students wrote on computers, but they were without Wi-Fi. If anyone was desperate to research something for an essay draft, they’d make appointments to (briefly) use the laptop of my program assistant — in and out. Once they finished their daily writing assignments, they printed them and at 6 p.m. on the dot, I showed up to gather the pile. On weekend trips, I handed out paper maps and set them loose in Bordeaux. They took to the streets like flaneurs of old.

At the end of such a day in France, my students weren’t pining for two hours on Instagram. If I’d handed them all devices at 6 every night, I’d have witnessed a lot of rotting. Here’s what happened instead: Ping-Pong, knitting, charades, climbing hay bales, letter writing, stargazing, sitting through two-hour dinners with nary a device on the table. Between bursts of writing, my students actually rested.Like the kids that they still are, they played.

After four weeks of these new rhythms, my students were raving to me about the effects: Will was sleeping more deeply than ever before, Gaby was reading quickly again, Devin had shocked himself not only by his output (15 essays in four weeks) but also by how long (a full six hours) he could just sit in a room — alone — and write.

In the time that I’ve taught this course, I’d never seen a bigger difference between the writing in Week 1 and the writing in Week 4. Over and over, with audible surprise in their voices, all seven students expressed what parents and educators thrill to hear: I have it in me.

Before everyone flew home this summer, I pulled my students aside, one by one, to scheme about how an internet sabbatical might work back on campus. Dare we dream? If disconnecting had such profound effects on them — everything from deeper sleep to quicker reading, wilder creativity to greater confidence — mustn’t we?

No one was more ready to dream than Devin. He’d found it so potent to draft his essays without a wireless internet connection that he took it a curious step further, lowering the brightness on his laptop screen until it was totally black, typing without seeing his words on the screen, as though the glow alone might spoil his new flow. He told me that his best writing came out of in-class writing prompts, when I forced my students to write, by hand, during seminars. The farther this young man got from technology, the more he seemed to grasp and demonstrate his creative powers.

Going offline could be the cornerstone of an entire college program. Why not create a tract for kids who yearn to disconnect, who just need structure and community around doing so?

This isn’t as pie in the sky as it might sound. Niall Ferguson, a historian and a trustee of the University of Austin, has argued that we need to reimagine higher education such that students spend seven hours a day in what he calls “the cloister,” an analog space without internet. In the cloister, students would read print books, discuss them, write essays, work through problem sets and take exams orally or on paper. Time in the cloister is counterbalanced with time in what he calls “the starship”— when students are back online “for the use of A.I.” If my students prove that the cloister works, they also prove that his vision isn’t ambitious enough.

Students today need a cloister that doesn’t collapse at the end of the day. I imagine students in an offline tract signing a contract in which they commit to abstaining from smartphones for some time. I can imagine flip phones (distinctive ones, to build identity and camaraderie) issued to them, along with laptops wiped of everything but word-processing powers (or, at a minimum, blocked from social media sites). Finally, I imagine an old-school computer lab where students get a limited number of hours of internet access per week — in and out.

Plenty of colleges today have spaces specifically for identity groups (at Mount Holyoke, the Mosaic living-learning community for students who identify as people of color) and even certain lifestyle preferences (at Brown University, a substance-free house). It’s time to accommodate students who have the will to disconnect, so that they can pull off — in community — what’s virtually impossible alone.

There are so many versions of what we did in France that would liberate students from distractions and put them in touch with their raw intellectual powers. This needn’t be a cloister-or-bust proposition. The more varieties we generate (phoneless weekend trips, two-month modules that require a disconnect, blackout study weeks), the more inclusive we stand to be of students of all kinds and in all situations, whether they are liberal arts or STEM majors or are holding down jobs and taking care of family members.

What’s paramount is that we don’t underestimate the current appetite for full immersions in the offline world. These days, my students seem to find disconnecting as exotic as France itself — a foreign place they long to know, explore and re-encounter themselves throughas we so often do in travel.

What my students made clear, however, was how essential collective buy-in was to our internet sabbatical — the fact that the seven of them had been all in. Will joked that a student going offline alone would need “an iron heart shield to protect against FOMO.”

When parents realize what a saboteur A.I. is for learning, they’re more likely to back an ambitious overhaul. I know such parents; I send emails to them every Sunday during my course. A few always reply to my assurances that their kids are alive and thriving: What an experience, they say. How lucky those kids are to be offline. Everyone — not just the young but also parents who’ve struggled to raise children in a world ruled by phones — is ready for sweeping change.

I’m no longer certain that the content of my course is where my greatest impact as a teacher lies. With the current generation, at least, what we as educators keep out is as important as what we put in. In creating containers, we give members of this technology-crushed generation a fair chance to be with their own thoughts, until they’ve made something of them and felt the oldfangled dopamine hit that comes with assembling meaning. I don’t know what we owe our students if not that.