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Fermeté ou baisse des départs ? : voilà ce qui se cache vraiment derrière les chiffres de Frontex sur la diminution des flux migratoires vers l’Europe
Les chiffres publiés par Frontex témoignent d’une baisse importante des entrées irrégulières aux frontières de l’Union européenne. Faut-il y voir l’effet des politiques de contrôle, des coopérations avec les pays tiers ou des bouleversements géopolitiques récents ?
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Faut-il y voir l’effet des politiques de contrôle, des coopérations avec les pays tiers ou des bouleversements géopolitiques récents ?
Atlantico : L’agence européenne Frontex a publié le 15 janvier les chiffres des entrées irrégulières aux frontières de l’Union européenne. Quelles sont les principales évolutions sur les données de Frontex concernant l’évolution de l’immigration irrégulière vers l’UE sur les deux dernières années ? Constate-t-on un recul ?
Nicolas Pouvreau-Monti : Les chiffres qui viennent d’être partagés pour 2025 sont clairement à la baisse. Il y a eu environ 180.000 passages irréguliers de migrants détectés aux frontières extérieures de l’Union européenne. Il s’agit de passages détectés, ce qui signifie qu’il peut y en avoir d’autres qui n’ont pas été repérés par l’agence Frontex. Quoi qu’il en soit, la tendance est à la baisse. Le nombre de passages détectés a diminué d’un quart par rapport à l’an dernier. Plus largement, ces chiffres représentent environ la moitié de ceux observés en 2023. Il s’agit du nombre le plus bas enregistré depuis 2021.
Il s’agit donc d’une baisse globale, plus ou moins marquée selon les régions. Il est possible de constater une baisse particulièrement forte de 63 %, soit quasiment les deux tiers sur un an, sur la route dite ouest-africaine, qui passe notamment par la Mauritanie et par les Canaries.
La route des Balkans occidentaux a enregistré une diminution de 42 %, ce qui constitue une forte baisse.
Cette diminution concerne presque toutes les routes d’immigration en Europe, à l’exception de la route de la Méditerranée occidentale, c’est-à-dire celle qui passe par Gibraltar et par le sud de l’Espagne, qui enregistre une hausse de 14 %, à rebours de la tendance générale.
Dans quelle mesure le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’UE et les accords avec les pays tiers peuvent-ils expliquer cette baisse des arrivées irrégulières ?
Il y a différentes raisons qui permettent d’expliquer les diminutions enregistrées par Frontex. Il est effectivement possible qu’un certain nombre de coopérations renforcées avec les pays de départ portent leurs fruits. Un travail plus étroit est mené avec des pays comme la Mauritanie ou le Sénégal, qui sont fortement représentés sur la route ouest-africaine.
Concernant la route des Balkans occidentaux, il y a une forte corrélation avec les relations entretenues avec la Turquie. Il n’y a pas eu de tensions spécifiques avec la Turquie l’an dernier. Ce pays jouait un rôle de garde-frontière sur cette voie. Il existe donc une dimension géopolitique derrière la réalité des chiffres et de la diminution de l’immigration irrégulière.
Il faut aussi prendre en compte l’évolution de la situation dans certains pays. En Syrie, la chute du régime de Bachar el-Assad a eu tendance à faire baisser les départs, et notamment les demandes d’asile. Il s’agit donc principalement du résultat d’une géopolitique extérieure.
Pour l’instant, cette baisse est assez peu liée à des changements législatifs majeurs au sein de l’Union européenne, puisque les mesures du Pacte sur la migration et l’asile, notamment celles relatives au renforcement des frontières extérieures, sont loin d’avoir été mises en œuvre dans leur ensemble. Elles sont plutôt prévues pour cette année. Il s’agit donc avant tout d’un effet de causes exogènes.
Quel rôle la situation géopolitique à l’international, notamment la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie comme vous l’évoquiez, joue-t-elle dans la diminution des flux migratoires vers l’Europe ?
La situation géopolitique joue clairement un rôle. Il est possible d’observer une baisse globale du nombre de demandes d’asile de Syriens l’an dernier. Les Syriens étaient, depuis des années, très souvent la principale nationalité des demandeurs d’asile en Europe. Ce n’était pas le cas en France, où il s’agit plutôt des Afghans, et où le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 30 % l’an dernier. Selon les données de Frontex, il y a néanmoins eu une baisse du nombre de Syriens au niveau européen parmi les nouveaux demandeurs, même si la situation reste complexe. En ce qui concerne la demande d’asile, en comparant octobre 2024 à septembre 2025, il y a eu une division par quatre du nombre de Syriens en cours de procédure d’asile en Europe. Cette baisse est d’abord liée à la stabilisation de la situation en Syrie et à la chute du régime de Bachar el-Assad.
La baisse du nombre de demandes syriennes, et donc aussi du nombre de franchissements irréguliers de Syriens, a constitué l’une des principales forces à l’œuvre derrière la baisse globale observée, à la fois du nombre d’entrées irrégulières détectées aux frontières extérieures (–25 %) de l’UE et du nombre de nouvelles demandes d’asile enregistrées (–20 %). Cela faisait une décennie que les Syriens étaient la première nationalité parmi les demandeurs d’asile en Europe. Le changement de la situation en Syrie contribue donc à tirer l’ensemble des indicateurs liés à l’immigration en Europe vers le bas.
Y a-t-il d’autres facteurs qui peuvent expliquer le recul des chiffres, comme des conditions climatiques parfois moins favorables aux traversées ou l’évolution de la politique migratoire au Royaume-Uni qui a pu bouleverser les routes migratoires en Europe, ainsi que les demandes d’asile ?
Les conditions climatiques jouent évidemment un rôle, mais un rôle très ponctuel, d’un jour sur l’autre ou d’une semaine sur l’autre. Il existe des saisons plus propices aux traversées, mais elles sont globalement toujours les mêmes. À l’intérieur de ces saisons, si une semaine n’est pas favorable, la suivante peut l’être. Il n’y a donc pas d’impact structurel du climat, des conditions météorologiques, sur ces dynamiques.
En ce qui concerne les mesures prises par le voisin britannique, elles n’ont pas, pour l’instant, réellement porté leurs fruits. Une série de mesures a effectivement été annoncée par le gouvernement britannique, mais assez tard dans l’année. Cela concernait des restrictions de modalités d’accueil pour les demandeurs d’asile visant à rendre le pays moins attractif. Il n’en demeure pas moins que, malgré ces mesures, le nombre de traversées irrégulières dans la Manche a dépassé les 40.000 en 2025, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente
Les ressortissants du Moyen-Orient ou d’Afrique qui souhaitent se rendre en Grande-Bretagne ont donc continué à franchir les frontières extérieures de l’Union européenne pour atteindre Calais ou Dunkerque et tenter la traversée. Il n’y a pas d’effet britannique significatif sur cette dynamique du recul des chiffres communiqués par Frontex.
Pourquoi la baisse de l’immigration irrégulière n’est-elle pas uniforme selon les différentes routes migratoires (entre la Méditerranée centrale, orientale, les Balkans, l’Afrique de l’Ouest) ?
Il existe tout d’abord un effet lié à la coopération avec les zones et les pays de départ ou de transit. Cette coopération peut être plus ou moins forte, efficace ou avancée, selon les territoires. Il y a également un effet lié aux contextes géopolitiques. Certaines voies migratoires sont empruntées davantage par telles ou telles populations que par d’autres.
Mais il faut aussi prendre en compte l’effet des politiques propres aux États membres de l’Union européenne situés à l’arrivée des différentes routes migratoires. Dans un contexte de baisse globale des entrées irrégulières, le fait que le nombre de passages détectés par la route de l’ouest de la Méditerranée ait augmenté de 14 % ne peut être dissocié de la politique du gouvernement espagnol, qui demeure relativement ouverte en matière migratoire.
À l’inverse, d’autres pays situés au débouché de certaines routes envoient des signaux très différents. La route des Balkans occidentaux, par exemple, débouche notamment sur la Hongrie, qui constitue une frontière extérieure de l’Union européenne. La politique du gouvernement hongrois, marquée par la construction d’un mur le long de la frontière et par la mise en place de moyens législatifs, policiers et techniques très importants pour dissuader et empêcher les traversées, joue évidemment un rôle.
Cela conduit à privilégier des routes perçues comme moins verrouillées que celle des Balkans occidentaux, dans la mesure où cette dernière débouche sur un pays qui fait tout pour empêcher les passages, là où l’Espagne, du fait de son positionnement plus ouvert sur les questions migratoires, envoie des signaux différents.
Cette diminution des flux migratoires peut-elle être considérée comme durable, ou existe-t-il un risque de déplacement de la pression migratoire vers d’autres régions ou routes ?
La pression migratoire est, de toute façon, appelée à durer très longtemps, probablement des décennies en Europe. Les grandes raisons structurelles de cette pression, au-delà des éléments plus conjoncturels comme les guerres dans certains pays, vont demeurer.
Il existe deux raisons majeures à cela. D’une part, il y a un profond déséquilibre démographique entre l’Europe et ses voisins. Notre continent, le plus vieux du monde, se situe à proximité immédiate du continent le plus jeune, l’Afrique, qui devrait gagner un milliard d’habitants supplémentaires d’ici 2050. Il s’agit donc d’une population très jeune.
D’autre part, en miroir de cet écart démographique, il est possible d’observer un écart gigantesque de niveau de vie. Le PIB par habitant dans un pays comme le Mali est, par exemple, cinquante fois inférieur à celui de la France. Ces conditions structurelles font que la pression migratoire, en tant que telle, n’a aucune chance de se tarir d’elle-même dans les années à venir.
En revanche, les politiques publiques produisent des résultats, et on le constate dans le fait que les politiques mises en place par les États membres génèrent des effets différents. Le fait que les flux diminuent par les Balkans occidentaux mais augmentent par l’ouest de la Méditerranée montre que les États européens mènent des politiques différentes, qui produisent des résultats alternatifs.
Si, demain, au niveau européen, des mesures nouvelles et fortes étaient mises en place pour limiter les franchissements irréguliers (par exemple dans le cadre du Pacte sur la migration et l’asile, qui comporte une dimension de fermeté sur les frontières extérieures, ou à travers d’autres mesures comme l’externalisation du traitement de certaines demandes d’asile), ces politiques pourraient avoir un impact. Elles n’ont pas encore été mises en œuvre et n’expliquent donc pas la baisse observée l’an dernier. Elles ne feraient pas disparaître la pression migratoire, mais pourraient la repousser ou, en tout cas, en limiter fortement les effets de manière concrète et perceptible.
Quelles pourraient être les conséquences politiques potentielles des chiffres de Frontex sur l’immigration ? Le net recul de l’immigration irrégulière et de l’asile en Europe peut-il conduire certains pays et dirigeants à durcir, ou à poursuivre, des politiques de restriction migratoire ? Ces chiffres peuvent-ils inciter plusieurs États à opérer une bascule et à démontrer qu’une politique migratoire efficace est possible dans les faits ?
Oui, cela devrait notamment concerner la France. Au niveau européen, l’an dernier, une baisse globale de 20 % des demandes d’asile a été enregistrée, alors qu’il y a eu une hausse en France. Les chiffres définitifs du ministère de l’Intérieur seront connus d’ici une dizaine de jours, mais on s’oriente probablement vers environ 150.000 demandes d’asile l’an dernier, soit quasiment autant qu’en Allemagne.
Or, depuis 2015, l’Allemagne partait d’un niveau bien plus élevé que la France. Pourtant, depuis cette date, le nombre de demandes d’asile reçues par l’Allemagne a été divisé par deux, tandis qu’il a été multiplié par deux en France. Le fait que la France, à rebours du mouvement de diminution globale, voit son nombre de demandeurs d’asile augmenter constitue un signal préoccupant. Cela devrait inciter les gouvernements français à faire ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent, et ce que font un certain nombre de nos voisins : assumer une politique de moindre attractivité pour les demandeurs d’asile.
Cela passe notamment par une révision des modalités matérielles d’accueil des demandeurs d’asile et par une limitation des possibilités de regroupement familial pour les personnes qui obtiennent l’asile. Aujourd’hui, en France, le nombre de bénéficiaires du droit d’asile – sans parler des demandeurs – est proche de 700.000 personnes. Cela représente l’équivalent de la population de la troisième ville du pays, entre Marseille et Lyon. Une telle situation a évidemment des implications de toutes sortes. La France étant, au départ, plus généreuse que ses voisins sur certaines modalités d’accueil, elle devient mécaniquement de plus en plus attractive à mesure que ses voisins durcissent leurs politiques.
Le Figaro, January 14
«Ils ont 12 semaines de congés payés» : un député LR veut mettre fin au départ à l’étranger des allocataires du RSA
Observant que les bénéficiaires du revenu de solidarité active continuent de toucher leurs allocations même pendant un voyage à l’étranger de moins de trois mois, les Républicains entendent pousser cette mesure «d’équité sociale» dans l’hémicycle.
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«Cinq semaines de vacances pour les salariés contre douze semaines pour les allocataires du RSA». C’est ainsi que le député LR Antoine Vermorel-Marques a décidé d’attaquer le sujet des départs à l’étranger des bénéficiaires du RSA. «Saviez-vous que les bénéficiaires du RSA peuvent partir trois mois à l’étranger tout en touchant leur aide ? Et tout ceci est autorisé par l’État !», s’est-il indigné dans un message publié sur LinkedIn. Les bénéficiaires du RSA peuvent en effet quitter le territoire dans le cadre fixé par la législation actuelle, qui leur permet de séjourner jusqu’à trois mois hors de France sans perdre leur allocation. Les Républicains entendent bien y remédier.
Bas du formulaire
Dans les faits, il est difficile de dénombrer le nombre d’allocataires qui usent de leurs droits de voyager à l’étranger. Les conseillers départementaux contactés par Le Figaro estiment que ces situations sont «anecdotiques». Mais peu importe à Antoine Vermorel-Marques, qui y voit avant tout une question «d’équité sociale». Un terrain sur lequel le président du département de l’Indre se bat également. «Nous avons eu récemment le cas d’une personne qui, sur les réseaux sociaux, s’exhibe sur la plage, à l’étranger, des liasses de billets à la main… Ce qui n’est en-soi pas illégal – tant qu’elle n’y est pas plus de trois mois – mais qui pose question sur ses réelles motivations à se réinsérer sur le marché du travail».
Deux passeports, dissimulation…
D’autres retours de terrain posent la même question. «Pour nous, c’est devenu une habitude de convoquer des bénéficiaires à ce sujet», se désole un conseiller départemental de la Loire. «Lorsqu’on les appelle pour leur proposer un rendez-vous, ils répondent qu’ils sont à l’étranger. Quand on a un doute quant à la durée de ce séjour, on demande à voir le passeport», explique-t-il, avant d’illustrer l’impasse dans laquelle se jette trop souvent l’administration face aux contrevenants. «Le dernier cas que j’ai vu passer était parti cinq mois à l’étranger. Il nous a affirmé qu’il n’était parti que trois mois et que le douanier s’était trompé en appliquant les tampons sur son passeport. D’autres se font faire deux passeports – en déclarant s’être fait voler le premier», raconte-t-il, furieux.
Si, dans la majorité des cas, les bénéficiaires du RSA qui quittent le territoire restent dans les clous de la loi – 92 jours –, «beaucoup reviennent au 91e, après avoir passé près de trois mois dans leur famille en Tunisie, au Maroc, en Algérie, principalement», assure le conseiller départemental, qui ose rêver à une refonte du système. Le RSA est délivré sous condition de revenus et ne prend pas en compte le capital. Certains semblent même se construire le leur aux frais du contribuable. «J’ai vu le cas d’un patron de restaurant, qui a huit salariés : lui et sa femme sont au RSA, car ils ne se versent pas de salaire», et ce, quand bien même ce dernier ne bénéficie, en conséquence, d’aucune couverture sociale et ne cotise pas pour sa retraite. «Je crois que l’écart entre les revenus du RSA et les revenus issus du travail doit se creuser», estime de son côté le président du département de l’Indre.
Le tout, dans un contexte d’augmentation des dépenses sociales. En 2024, les allocations et les dépenses d’insertions liées au revenu de solidarité atteignent ainsi 11 milliards d’euros, soit plus de trois fois plus qu’en 2009. «L’augmentation quasi ininterrompue du nombre de bénéficiaires du RSA depuis sa création a rapidement fragilisé ce cadre institutionnel, mais également son volet financier. L’augmentation, couplée aux revalorisations des montants versés, explique que la dépense d’allocation a fortement augmenté», explique un rapport de la Cour des comptes publié en janvier 2022 sur le RSA.
Vers un système à l’australienne
En attendant de rouvrir la copie d’une réforme du RSA, la proposition de loi d’Antoine Vermorel-Marques devrait faire l’objet d’un amendement au projet de loi sur les fraudes sociales. Concrètement, la proposition consiste à rendre obligatoires les quinze heures d’activités hebdomadaires – auxquelles sont astreints les allocataires du RSA depuis le 1er janvier 2025 – sur le territoire national. «Elle permettra en outre au président du département de suspendre puis de supprimer l’allocation à ceux qui ne se trouvent pas dans une démarche sincère de réinsertion», expliquent les signataires de la proposition dans leur exposé des motifs.
Un tel système existe en Australie, où le «JobSeeker Payment» – équivalent local du RSA – est suspendu dès lors que le bénéficiaire quitte le territoire. «Si votre voyage est de courte durée, votre paiement cessera à votre départ, sauf si vous voyagez pour une raison approuvée», explique le site du gouvernement australien. Seules deux raisons peuvent justifier de toucher le «JobSeeker Payment» en cas de départ à l’étranger : l’urgence familiale (adoption, maladie d’un proche… dûment justifiée par une série de documents tamponnés) ou la participation à un exercice militaire des forces australiennes. Dans les deux cas, l’approbation de départ à l’étranger n’est valable que pour une durée limitée et le bénéficiaire est tenu d’informer les services sociaux de son départ.
Si les économies à l’échelle nationale d’une telle mesure seraient effectivement «anecdotiques» en comparaison des milliards qui manquent encore à la copie budgétaire de l’Hexagone, l’équation est différente à l’échelle locale. Pour un département exsangue financièrement, la moindre économie sur le volet social est accueillie à bras ouverts. «Une fois qu’on a fini de payer pour la protection sociale, il ne nous reste plus rien», explique le conseiller départemental de l’Indre, où les dépenses dites de solidarité représentent plus de 550 millions d’euros sur un budget annuel 2025 qui s’élevait à 950 millions d’euros. Soit plus de la moitié. Sur ces 550 millions d’euros, un cinquième était consacré au paiement des allocations du RSA.
Le Figaro, January 10
Aux racines de la violence et du communautarisme… Les extraits du livre d’Alexandre Devecchio sur sa jeunesse en Seine-Saint-Denis
EXTRAITS EXCLUSIFS – Dans Nous vivions côte à côte (Fayard), en mêlant récit personnel et essai sociologique, le rédacteur en chef des pages Esprits libres du Figaro Magazine propose une contre-histoire des banlieues et de leur désintégration vue par ceux qui l’ont subie.
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À Épinay, l’insécurité physique et culturelle
Lorsqu’ils achètent leur maison à Épinay-sur-Seine en juillet 1978, mes parents pensent avoir trouvé un havre de paix, un parfait cocon pour s’enraciner et élever leur famille. Si l’on commence à évoquer des problèmes d’insécurité, ces derniers demeurent marginaux. La ville est alors connue pour abriter les mythiques studios Éclair, où, des Tontons flingueurs à Astérix et Obélix. Mission Cléopâtre,en passant par Léon de Luc Besson, ont été tournés nombre de classiques du cinéma français et international depuis le début du siècle, pour ses berges de Seine fréquentées au XVIIIe siècle par Diderot et Jean-Jacques Rousseau, où l’on peut pique-niquer ou pêcher l’été. […]
À Épinay-sur-Seine, en 1968, la proportion de jeunes d’origine étrangère était de 12 %. En 1999, ils sont 56,5 % et, dès 2005, les jeunes d’origine maghrébine, subsaharienne ou turque deviennent majoritaires dans la commune. Les concentrations ethniques et culturelles favorisent la vie en vase clos, les tours et les barres se hérissent de paraboles, la violence explose, policiers, pompiers et médecins sont interdits de séjour dans certaines cités, les commerces non communautaires plient bagage, les enclaves islamistes apparaissent. Les milliards d’euros engloutis dans la politique de la ville sont impuissants à enrayer ce processus, car les flux migratoires demeurent constants.
Les immigrés qui quittent « les quartiers » sont immédiatement remplacés par de nouveaux venus qui viennent amplifier les maux que l’État prétend combattre. Orgemont devient la plaque tournante de la drogue du 93. Un abcès d’insécurité. […] Un de ces soirs d’hiver où la nuit tombe tôt, ma mère est suivie alors qu’elle rentre des courses avec son cabas rempli. Son agresseur la jette violemment au sol avant de lui arracher son portefeuille. Au commissariat, la plainte a été enregistrée mécaniquement par des policiers blasés, sachant pertinemment que le coupable ne serait jamais arrêté. Ce genre de cas, ils en voient tous les jours et, selon eux, ma mère peut encore s’estimer heureuse de s’en sortir seulement avec quelques égratignures.
Outre l’insécurité physique, le plus douloureux pour mes parents est de se voir dépossédés de leur mode de vie, de leur culture, de leurs valeurs. Un détail loin d’être anecdotique résume tout : le malaise et la stupéfaction de ma mère lorsqu’elle découvre l’ouverture d’un magasin de hijabs dans la galerie commerciale décrépite de son hypermarché, alors même que les commerces non communautaires ferment les uns après les autres et que trouver une boucherie non halal en ville relève désormais de la chasse au trésor. Certains se demanderont peut-être pourquoi tant d’émotion pour un bout de tissu ? Mais la banalisation d’un tel symbole de soumission, conjuguée à la disparition des commerces traditionnels, est un des symptômes de l’effacement d’un art de vivre au profit de mœurs étrangères et archaïques.
Une jeunesse au lycée Suger
De la civilisation occidentale, beaucoup de mes camarades du lycée Suger ne connaissaient que les fast-foods et les téléphones portables, une société de consommation sans idéal dans laquelle ils avaient du mal à s’insérer. À vrai dire, de leur pays d’origine, où ils ne se rendaient qu’une fois par an pour les vacances, ils ne connaissaient pas grand-chose non plus, si ce n’est une vague culture du « bled ». Les jeunes Français d’origine algérienne, par exemple, idéalisent une Algérie imaginaire, criant « One, two, three, viva l’Algérie », mais ignorent tout de la misère, de la corruption et de la dictature qui gangrènent ce pays.
Davantage encore qu’au poids de leur double culture, le malaise identitaire de nombreux jeunes de banlieue est donc lié à leur double inculture : ils sont littéralement tiraillés, non pas entre deux cultures, mais entre deux sous-cultures. Ils ne se sentent à leur place nulle part, « ni d’ici, ni de là-bas », comme dans la chanson de Renaud, Deuxième génération. Cette déculturation provoque une frustration qui peut se traduire en violence et en haine de la France, et qui peut aller jusqu’au basculement dans l’islamisme. L’islam radical offre, en effet, une réponse toute faite aux difficultés d’insertion de certains jeunes, en désignant la France, et plus largement la société occidentale, comme bouc émissaire.
Je suis convaincu que nombre de djihadistes qui se sont envolés vers la Syrie au tournant des années 2015 avaient le visage de certains de mes camarades de lycée
Alexandre Devecchio
L’islamisme est un refuge permettant aux jeunes de banlieue de surmonter leur dilemme identitaire en leur offrant une appartenance de substitution (ni « Arabe », ni Français, musulman), mais aussi des repères et des valeurs, un idéal plus attrayant que celui de la société de consommation, et enfin un grand récit dans lequel ils peuvent s’intégrer. Je suis convaincu que nombre de djihadistes qui se sont envolés vers la Syrie au tournant des années 2015 avaient le visage de certains de mes camarades de lycée. Non pas des « déséquilibrés », mais des individus désintégrés cherchant leur place dans une fuite en avant mortifère.
Étranger dans sa propre ville
Je garde en tête une image personnelle des « débordements » durant les matchs de l’Algérie lors de la Coupe du monde au Brésil en 2014. […] Les Fennecs venaient de réussir un exploit sportif historique, se qualifiant pour la première fois pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde après un match nul contre la Russie. Exploit qui allait servir de prétexte à une partie des enfants de l’immigration maghrébine pour exprimer leur rejet de la France. […] Cette nuit-là, alors que je rentrais tard du journal, peu après la victoire des Fennecs, le contraste était encore plus saisissant. Lorsque j’arrivai à la gare d’Épinay au milieu de la nuit, je découvris une ville aux couleurs de l’Algérie.
Les « supporters », brandissant le drapeau algérien, défilaient sur les trottoirs, parfois au milieu de la route, bloquant la circulation. Les « youyous », les klaxons et les pétards retentissaient pour célébrer la victoire. Une odeur de brûlé se répandait dans l’atmosphère : elle venait des voitures incendiées dans les cités alentour, si bien que la fête avait des allures d’émeute. Chez certains supporters, la joie était moins bon enfant que revancharde : il s’agissait pour eux de faire comprendre qu’ils étaient Algériens avant d’être Français.
Sur le chemin, je croisais ainsi un groupe de jeunes filles voilées et enveloppées du drapeau de l’Algérie. Elles me dévisagèrent avec un air méchant, puis me lancèrent de concert : « Vive l’Algérie ! Vive l’Algérie ! » L’une d’entre elles cracha sur le sol. Un crachat adressé à la France et aux Français ? Pourtant, cette jeune fille, qui avait sans doute la nationalité française, serait considérée comme une étrangère de « la France black, blanc, beur »… dans son pays d’origine. […] En parcourant les derniers mètres qui me séparaient de la maison, pas très fier d’avoir baissé les yeux, je pensais au slogan scandé par les militants du FN : « On est chez nous ! » Un slogan que je trouvais bas de plafond, mais qui exprimait de manière viscérale ce que je venais précisément de ressentir : le sentiment d’être étranger dans sa propre ville, dans son propre pays.
La prépa égalité des chances, théâtre des fractures françaises
La « prépa égalité des chances », née de la volonté du Bondy Blog et de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) d’ouvrir davantage les grandes écoles aux classes populaires, a représenté pour moi une opportunité inespérée. […]
Certes les journées de travail, rythmées par une succession d’examens blancs, étaient pleines et stressantes, mais, le soir venu, nous aimions nous retrouver dans le Vieux-Lille pour boire des coups. […]
Dans cette ambiance bon enfant affleuraient malgré tout les fractures qui allaient diviser la France d’après. Nous étions à un tournant et la « prépa égalité des chances » a représenté les derniers feux de la France d’avant, où le mélange pouvait encore être fraternel, mais aussi préfigurer la France archipélisée qui est aujourd’hui la nôtre. Au sein de la petite bande que nous formions, les clivages identitaires ou religieux n’existaient pas et nos appartenances respectives s’effaçaient derrière l’aventure commune que nous étions en train de vivre. Avec une petite minorité d’étudiantes militantes, les relations étaient néanmoins plus compliquées, pour ne pas dire houleuses. […] Dans ce registre, Nassira El Moaddem se montrait la plus virulente, tout particulièrement lorsqu’elle avait en face d’elle un « homme blanc ». Sa rhétorique mi-victimaire, mi-inquisitrice, apparaissait d’autant plus déplacée qu’elle bénéficiait à travers la « prépa égalité des chances » d’un programme d’accompagnement financé par la solidarité des Français.
Pourquoi une telle ingratitude ? Pourquoi cracher ainsi sur un pays qui lui offrait une chance d’ascension qu’elle n’aurait jamais eue dans son pays d’origine ? À l’époque, nous étions, Nassira et moi, déjà en désaccord sur tout, ou presque. Mais nous ne pouvions pas imaginer que, quinze ans plus tard, nous continuerions à nous opposer, cette fois par médias interposés, défendant chacun des visions du monde radicalement antagonistes. Ces quinze dernières années, Nassira est passée par I-Télé, France 2, Mediapart, ou encore la direction du Bondy Blog, et présente désormais l’émission « Arrêt sur images ».
Elle a connu une ascension fulgurante et est devenue une journaliste reconnue, ce qui n’a rien d’étonnant eu égard à son intelligence et sa forte personnalité. Mais elle s’est aussi imposée comme l’une des figures médiatiques du décolonialisme. […] Le 3 avril 2024, Nassira résumait le fond de sa pensée : « Pays de racistes dégénérés. Il n’y a pas d’autres mots. La honte », écrivait-elle sur son compte X, réagissant à l’interdiction par la Fédération française de football (FFF) du port de casques et de collants dans le foot amateur, afin de limiter les entorses à la laïcité. […]
Pourquoi Nassira, qui est née et a grandi en France, a connu une véritable ascension sociale, en est-elle venue à rejeter son propre pays ? Sa trajectoire montre que les facteurs sociaux, souvent avancés comme la principale cause de la sécession de la jeunesse issue de l’immigration, n’expliquent pas tout. Malgré sa réussite professionnelle et son intégration sociale, Nassira continue d’exprimer son ressentiment contre la France. Mon hypothèse est que son malaise est d’ordre culturel, voire existentiel. Bien qu’elle présente sa double appartenance comme une richesse, Nassira est tiraillée par un conflit de loyauté d’autant plus profond qu’elle est à la fois transfuge culturelle et transfuge de classe.
Comme beaucoup de jeunes d’origine maghrébine de sa génération, elle continue de vivre sous le regard de ses parents, de ses frères et sœurs, du quartier où elle a grandi. À ses yeux, assumer son identité française, c’est trahir les siens : sa mère qui porte le voile, son père ouvrier dans l’usine d’automobiles Matra et qui fut victime d’un plan social, les copains du quartier qui n’ont pas eu la chance de connaître la même ascension qu’elle, la communauté dont elle refuse de se désolidariser. Sa fidélité à son milieu social et culturel d’origine serait tout à son honneur si cela ne se traduisait pas par un discours de haine dirigé contre la France et les Français. Comme si accuser la France de tous les maux était pour elle un moyen de donner des gages, de se faire pardonner sa réussite et son intégration. Comme si Nassira exorcisait son dilemme identitaire par ses tweets ou ses articles vengeurs. D’autres, moins éduqués, ont basculé dans l’islamisme ou dans la violence les soirs d’émeutes. Évidemment, ce n’est pas comparable, mais leur ressentiment et les mécanismes ayant abouti à leur radicalisation sont de même nature.
« Où allons-nous ? »
Est-ce une scène de la vie parisienne ? Un nouveau chapitre des Illusions perdues de Balzac ? Cela y ressemble… Et j’en suis l’un des protagonistes. Je me souviens de la date exacte, le 21 novembre 2024, car ce jour-là, coïncidence tragique, je viens d’apprendre l’arrestation de mon ami Boualem Sansal. […] Dans un décor de cinéma. Le pavillon Ledoyen, situé dans les jardins des Champs-Élysées, […] la liste des invités ressemble à celle du Who’s Who et vient rappeler que Franz-Olivier Giesbert a eu mille vies en une. Il y a beaucoup de journalistes, car le pape des éditorialistes a dirigé de nombreuses rédactions, mais aussi des grands patrons, d’anciens ministres, des intellectuels, des écrivains et même… Patrick Bruel ! […] Lorsque FOG rend le micro, la neige tombe à gros flocons. Depuis la baie vitrée, nous contemplons Paris se revêtir d’un manteau blanc.
J’ai soudain l’impression d’être dans une boule à neige, mais une boule sur le point de se fissurer ou d’exploser. Comme dans la scène d’ouverture du chef-d’œuvre inépuisable d’Orson Wells, Citizen Kane , lorsque le magnat de la presse, Charles Foster Kane, s’effondre sur le sol, brisant dans sa chute un globe à neige, symbole de la perte de l’innocence et du bonheur. La bulle à l’intérieur de laquelle nous sommes protégés va-t-elle se fracasser elle aussi, emportant pour toujours notre insouciance ? Yves de Gaulle se penche à mon oreille pour m’interroger : « Où allons-nous ? » […]
Nous devons désormais briser la boule à neige rassurante et confortable dans laquelle nous sommes retranchés pour renouer avec les oubliés
Alexandre Devecchio
Derrière ce « où allons-nous ? », il faut entendre : « Le face-à-face va-t-il dégénérer en guerre civile ? Comment éviter le pire ? » […] De Gaulle n’était pas hostile à l’immigration, mais jugeait normal que, pour maîtriser son avenir, notre pays contrôle ses flux migratoires. Il était convaincu que la France éternelle était d’essence judéo-chrétienne et redoutait un phénomène de contre-colonisation qui, à ses yeux, risquait de déboucher sur un choc des civilisations. C’est la raison profonde qui l’a conduit à mettre fin à la guerre d’Algérie de manière brutale en abandonnant au passage pieds-noirs et harkis. […]
Ces dernières décennies, le peuple a été privé de sa capacité à décider de son destin sur les questions essentielles, à commencer par la question migratoire. Il a aussi été déchu symboliquement de son autorité en étant présenté et traité comme une masse d’ignorants dont il fallait se méfier : les « sans-dents », « ceux qui ne sont rien », les « Gaulois réfractaires ». Il a été fragilisé économiquement par une mondialisation dont les « anywhere » ont été les principaux bénéficiaires. Enfin, il a été prié de s’effacer culturellement pour céder la place aux nouveaux venus.
Cette déchéance populaire ne pouvait que conduire à la dislocation de notre société, qui plus est dans un contexte d’ouverture où nous étions amenés à accueillir toujours plus de populations étrangères. Car comment les classes populaires pouvaient-elles servir de modèle d’intégration alors qu’elles étaient, elles-mêmes, déclassées et abandonnées ? La leçon à en tirer est que nous devons désormais briser la boule à neige rassurante et confortable dans laquelle nous sommes retranchés pour renouer avec les oubliés. Faute de quoi, celle-ci sera de toute façon tôt ou tard fracturée par une irruption de violence qui viendra toucher aussi bien le peuple que les élites.
L’Express, January 9
“Les fantasmes sur l’immigration sont aussi nombreux à gauche qu’à droite” : la mise au point de l’économiste Alan Manning
Interview. Emplois, “grand remplacement”, Etat-providence, retraites… L’économiste britannique tacle un certain nombre d’idées reçues qui polluent le débat public sur l’immigration, et plaide pour une politique migratoire sélective, avec un contrôle de l’immigration peu qualifiée.
Full text:
Le “grand remplacement” est un mythe, les immigrés ne volent pas les emplois des natifs, l’immigration n’est pas une solution au vieillissement des sociétés européennes, et toute politique migratoire suppose de sélectionner parmi les candidats à la migration ceux que l’on accepte ou non sur le territoire. Voici, pêle-mêle, ce que montre Alan Manning dans son nouveau livre, Why Immigration Policy is Hard And How to Make it Better (Polity), qui vient de paraître en anglais.
Ancien président du Migration Advisory Committee – un organisme indépendant nommé par le gouvernement britannique et chargé de formuler des recommandations en matière de politique migratoire -, l’économiste revient pour L’Express sur les idées reçues qui polluent le débat public, aussi bien chez les partisans que chez les opposants à l’immigration. Loin des caricatures, Alan Manning défend une approche nuancée et factuelle d’un sujet qui déchaîne les passions. Entretien.
L’Express : Pourquoi écrire un livre sur un sujet aussi sensible que l’immigration?
Alan Manning : Parce que lorsque je suis devenu, un peu par hasard, président du Migration Advisory Committee en 2016, je me suis retrouvé au coeur de la fabrication des politiques migratoires. Ce poste m’obligeait à me positionner, à dire quelle politique publique était bonne ou mauvaise. J’ai été frappé par le niveau de polarisation du débat public, où chacun est obligé de choisir un camp, alors même que le sujet de l’immigration est tout sauf binaire. En me confrontant à la réalité de la fabrication des politiques migratoires, je me suis rendu compte à quel point cette opposition était stérile et contre-productive. Le livre est né de l’expérience de cette frustration.
Dans le livre, vous regrettez que les débats sur l’immigration soient dominés par un certain nombre de biais, de “cherry picking” ou d’argumentations par l’anecdote. Vous pouvez expliquer?
Exactement, car je me suis rendu compte que ceux qui étaient favorables à l’immigration se contentaient de citer un cas où un migrant a accompli de quelque chose de remarquable pour dire “l’immigration est toujours une bonne chose”, et à l’inverse, que ceux qui veulent prouver que l’immigration est mauvaise mobilisent des exemples de migrants ayant commis des actes terribles. Mais cela ne nous informe en rien sur l’immigration ou “les migrants” en général. En bref, ces arguments et ces généralisations ne sont pas recevables. Au contraire, si l’on veut avoir des discussions sérieuses sur l’immigration, nous n’avons d’autres choix que de nous reposer sur les données, et de s’intéresser aux moyennes. Quand on le fait, on constate que les migrants sont comme le reste de la population : ce sont des êtres humains, certains exceptionnels, d’autres beaucoup moins, la majorité étant ordinaire, avec des qualités et des défauts.
En France, la droite et l’extrême droite alertent sur les dangers d’une immigration non contrôlée. À l’Assemblée nationale, par exemple, un député du Rassemblement national parlait récemment de “submersion migratoire”. Que disent les chiffres à ce sujet?
Dans les pays à hauts revenus, les migrants représentent 15,7% de la population selon les données des Nations unies pour l’année 2024, un chiffre qui a doublé depuis 1990. En France, ce chiffre est de 13,8%, donc un peu en dessous de la moyenne. Mais ces chiffres reflètent surtout les flux passés de migration, ça ne dit rien d’une potentielle “submersion” ou “invasion” récente, comme le prétendent certains. En France et au Royaume-Uni, lorsque vous demandez aux gens quelle est, selon eux, la part d’immigrés vivant dans le pays, ils ont tendance à largement surestimer par rapport aux chiffres réels : la part perçue est deux fois supérieure au nombre réel.
On peut s’en désoler, mais ce qui compte dans les attitudes politiques des gens, c’est davantage la perception que la réalité factuelle. C’est pourquoi il est primordial de montrer qu’il existe déjà, en France et au Royaume-Uni, des règles qui cadrent et limitent l’immigration, et qu’elle n’est pas du tout “hors de contrôle”. Dans le futur, la proportion de migrants devrait augmenter lentement, c’est inévitable parce qu’il y aura toujours des gens qui voudront migrer. Mais cela n’a rien d’une submersion incontrôlable, cela va se faire à un rythme modéré et maîtrisable.
Ceux qui parlent de “grand remplacement” mettent en avant le fait que les flux de migrations vont continuer à croître dans les années suivantes. Là encore, quelle est la réalité?
Pour répondre à cette question, il faut d’abord essayer de comprendre pourquoi les gens migrent. La réponse est assez simple : compte tenu de l’inégalité qui existe entre les différents pays du monde, il n’y a rien d’étonnant à ce que des gens vivant dans des pays pauvres souhaitent s’installer dans des pays à hauts revenus comme la France ou le Royaume-Uni. Il y a toujours eu et il y aura certainement toujours un déséquilibre entre le nombre de candidats à la migration et le nombre de personnes que les pays d’accueil acceptent.
Ce qui est vrai, c’est que cela va impacter l’évolution de la composition de la population, avec potentiellement une augmentation de la part des migrants et des enfants de migrants. Mais contrairement à ce que disent les défenseurs de la notion de “grand remplacement”, cette évolution se fait à un rythme modéré, et la réalité est bien moins préoccupante que ce que certains le prétendent.
Vous expliquez qu’il y a beaucoup d’idées reçues, que ce soit chez les pros ou chez les anti-immigrations. Par exemple, pour les premiers, l’immigration serait absolument nécessaire pour maintenir en vie certains secteurs sous tensions comme la restauration, le BTP, l’aide à domicile…. Pour les seconds, les migrants “volent” les jobs des ” locaux “. Quelle est la réalité?
L’argument selon lequel nous aurions besoin de l’immigration pour répondre à la pénurie de main-d’oeuvre dans certains secteurs mérite d’être interrogée plus attentivement. Certains avancent l’hypothèse suivante : il n’y aurait pas assez de personnes capables d’exercer ces métiers, et la formation prenant du temps, le recours à l’immigration serait alors le seul moyen de pourvoir rapidement ces postes. Or, la réalité est que bien souvent, il existe suffisamment de personnes aptes à occuper ces emplois. Simplement, elles ne souhaitent pas les exercer, car elles trouvent les salaires et les conditions de travail trop peu attractifs par rapport à d’autres secteurs. Je pense que nous sommes parfois trop indulgents à l’égard des arguments avancés par certains lobbies pour justifier leur recours à la main-d’oeuvre “bon marché” immigrée, alors que leurs difficultés de recrutement sont dues à des conditions d’emplois trop peu attractives.
Tout ça pour vous dire que je ne crois pas que l’argument “nous avons besoin de l’immigration pour alimenter des secteurs sous tensions” soit valable, et je ne pense pas que ça soit une stratégie de politique publique pertinente. Surtout, si on offre à ces migrants, souvent peu qualifiés, une perspective d’installation durable en tant que résidents permanents ou citoyens, on leur ouvre aussi l’accès à l’ensemble des prestations sociales. Une immigration peu qualifiée est particulièrement avantageuse pour certains employeurs, car ils se voient offrir sur un plateau une main-d’oeuvre peu coûteuse. Mais pour l’économie dans son ensemble, sur le long terme, ce n’est pas forcément le cas.
Enfin, en ce qui concerne l’affirmation inverse selon laquelle les immigrés “voleraient” les emplois des “locaux”, c’est une idée que les économistes ont depuis longtemps démystifié. C’est ce qu’ils appellent le “sophisme de la quantité de travail”, qui postule l’existence d’un nombre fixe d’emplois dans l’économie. Or, ce n’est évidemment pas le cas, et toutes les données disponibles montrent clairement que lorsqu’on augmente la population d’un pays, l’emploi progresse globalement au même rythme.
De la même manière, certains pensent que l’immigration est une bonne chose pour l’économie, la croissance, l’innovation, tandis que d’autres estiment au contraire que l’immigration a un impact négatif sur l’économie du pays d’accueil, que les nouveaux arrivants profitent des largesses de l’État-providence…
En général, l’immigration s’accompagne d’une augmentation de la population : il y a donc croissance au sens global. Mais ça n’est pas un bon indicateur, car ce qu’il faut regarder pour savoir s’il existe un lien entre immigration et croissance, c’est l’évolution du niveau de vie des individus. Un indicateur intéressant à regarder peut-être l’évolution du PIB par habitant. Ce que l’on remarque, c’est que l’impact de l’immigration sur l’économie dépend largement de la nature des flux migratoires. Certaines formes d’immigration augmentent clairement la productivité et le PIB par habitant – le plus souvent des migrants qualifiés. À l’inverse, lorsque l’immigration concerne des travailleurs peu qualifiés, elle n’a pas d’impact sur le PIB par habitant, voire elle peut même le réduire.
Quant aux effets de l’immigration sur les finances publiques, une étude réalisée par l’OCDE en 2021, comparant l’impact fiscal de l’immigration dans 25 pays sur la période 2006-2018, arrive à la conclusion qu’en général, les migrants contribuent davantage qu’ils ne coûtent à l’État, et que l’effet budgétaire total de l’immigration est faible par rapport à la taille de l’économie des pays d’accueil, entre +1 % et -1 % du PIB. Là encore, les migrants qualifiés, bien rémunérés et fortement insérés sur le marché du travail, constituent un apport positif aux finances publiques, tandis que des migrants peu qualifiés, plus susceptibles d’être au chômage, auront un impact moins important ou négatif. En Australie, les migrants entrés avec un visa de travail, donc sélectionnés sur leurs diplômes, ont une contribution budgétaire nette positive. Au contraire, les migrants entrés par regroupement familial, donc qui n’ont pas été sélectionnés sur des critères économiques, ont une contribution budgétaire nette négative.
En France, le vieillissement de la société est devenu un enjeu central du débat public. Est-ce que l’immigration ne peut pas être une solution, comme l’affirment certains, pour résoudre le déséquilibre grandissant entre retraités et actifs qui met en péril notre modèle social?
Là encore, l’idée selon laquelle l’immigration pourrait répondre au vieillissement de la population et au problème des retraites est contestable. Quand des migrants arrivent dans un pays, ils sont généralement jeunes, ce qui permet de rajeunir légèrement la population à court terme. Mais ces gens vieillissent au même rythme que le reste de la population. Donc l’immigration peut certes retarder le vieillissement, mais elle n’offre pas une réponse structurelle de long terme au problème.
Un rapport de l’Onu sur la “migration de remplacement”, qui date du début des années 2000, montre qu’il faudrait des flux d’immigration irréalistes pour empêcher le vieillissement. Pour donner un ordre de grandeur, l’Europe aurait besoin de 1,4 milliard d’immigrants. On voit bien que ça n’est pas une option réaliste. Pour résoudre le problème du financement des retraites, il est bien plus efficace et rationnel d’augmenter l’âge de départ.
Pour ceux qui s’opposent à l’immigration, le problème est surtout culturel. Ils avancent que le multiculturalisme prôné par les élites de gauche serait un échec, et que les valeurs de certains immigrants – en général les immigrés musulmans – seraient incompatibles avec les valeurs d’une société sécularisée, progressiste, démocratique et libérale. Qu’en pensez-vous?
Je connais moins bien le cas français, mais au Royaume-Uni, il est évident que l’islamisme est une menace – comme peut l’être le nationalisme blanc, d’ailleurs. Si on regarde l’attitude à l’égard de l’homosexualité ou de l’égalité entre les sexes, les musulmans se révèlent effectivement plus conservateurs que le reste de la population. Dans le British Social Attitudes Survey, 75 % des musulmans disent qu’avoir des relations sexuelles entre deux adultes de même sexe est toujours mauvais, contre 12 % des non-musulmans. Mais les données montrent que l’islamisme touche bien une minorité de musulmans, et si vous vous attardez sur l’évolution de ces opinions dans le temps, on constate qu’elles deviennent de plus en plus libérales et progressistes, surtout chez les musulmans nés en Europe occidentale.
Je pense que les craintes selon lesquelles le “vivre-ensemble” serait impossible avec les populations musulmanes, en tout cas dans le contexte britannique, sont très largement exagérées. En France, la situation est un peu plus complexe à analyser du fait que les données sur l’origine ethnique et la religion ne sont pas recueillies de la même manière que dans le monde anglo-saxon.
En France, une récente étude menée par l’IFOP montre pourtant que dans les dernières années, les Français musulmans semblent de plus en plus conservateurs…
À nouveau, l’islamisme est une menace réelle face à laquelle on ne doit pas preuve d’aucune forme de complaisance. Mais j’alerte également sur l’alarmisme de ceux qui affirment qu’il existerait une incompatibilité fondamentale entre l’islam et l’Occident. Selon moi, cette attitude risque en réalité de renforcer l’islamisme, qui dit ni plus ni moins la même chose : l’islam serait inconciliable avec les démocraties libérales.
Les résultats du sondage que vous me citez là s’expliquent certainement par une tendance, chez les enfants de migrants, à adopter une identité d’opposition. Cet effet est à mon avis encore plus marqué chez les jeunes défavorisés sur le plan socio-économique. En France, au Royaume-Uni, et dans de nombreux autres pays européens, les données montrent que les enfants de migrants sont plus enclins à percevoir des discriminations que leurs parents. Cette dynamique identitaire va prendre des formes très différentes selon les contextes. Par exemple, chez les jeunes originaires des Antilles britanniques au Royaume-Uni dans les années 1970, c’était le rastafarisme. Chez les jeunes musulmans en France aujourd’hui, c’est à travers l’islamisme que cette identité d’opposition va se construire. Pour y répondre, il faut d’abord améliorer les conditions économiques et sociales pour que ces groupes aient le sentiment de bénéficier de la société dont ils se sentent aujourd’hui exclus.
Les formations politiques populistes, qui sont de plus en plus populaires auprès des électeurs, voire déjà au pouvoir dans certains pays, proposent une réduction massive de l’immigration. Est-ce désirable et faisable selon vous?
Non, une immigration zéro n’est pas souhaitable. Dans le livre, je propose d’ailleurs un ordre de grandeur ” idéal ” d’immigration, à titre indicatif, entre 0,33 % et 0,5 % de la population. En France, cela représenterait entre 220 000 et 330 000 personnes par an.
Mais de toute manière, arrêter totalement l’immigration ne fonctionnerait pas, déjà parce qu’on ne peut pas fermer totalement les frontières : aucun Etat démocratique ne peut surveiller chaque kilomètre de frontière. Pire, une politique d’immigration zéro a pour conséquences de doper cette immigration irrégulière, car ce seraient les seules possibilités pour migrer vers un pays comme la France. Donc je ne pense pas qu’il soit raisonnable de défendre l’idée d’une immigration zéro.
L’une des leçons de votre livre, c’est que les effets de l’immigration dépendent beaucoup du type d’immigration que les pays d’accueil choisissent d’accepter ou non. Est-ce que l’on doit comprendre que vous plaidez pour une immigration sélective, avec éventuellement une limitation de l’immigration peu qualifiée? Vous qui prenez soin, tout au long de votre ouvrage, de ne vous associer à aucun camp politique, ne pensez-vous pas que cela vous place plutôt du côté de la droite en matière d’immigration?
Je pense qu’il est impossible d’échapper à une certaine sélection dans les politiques migratoires. Par ailleurs, la plupart des pays facilitent l’immigration des personnes les plus qualifiées, comme le Canada ou l’Australie par exemple. Mais je ne pense pas que cela soit particulièrement “un truc de droite”. La preuve, de nombreux gouvernements sociaux-démocrates ont appliqué ce genre de politiques migratoires. Surtout, je trouve que la sélection fondée sur les compétences est beaucoup plus juste et humaine que celle fondée sur la nationalité, la religion, ou tout critère de ce type.
The European Conservative, January 8
Football: Africa Cup or French Cup?
France is the country that sends the most ‘nationals’ to the international African Cup of Nations competition.
Full text:
Every four years, the Africa Cup of Nations brings together African countries in a major international competition. This year, the cup is being hosted by Morocco. But the country sending the most players is not the one you might think.
In fact, France, even though it is not supposed to be involved or participate in this competition, is sending the most players onto the field. The website Foot Mercato has established that out of a total of 658 players, no fewer than 107 are French nationals. The second largest contingent, from Côte d’Ivoire, is far behind, with only 29 players. And in France, unsurprisingly, the department of Seine-Saint-Denis (known as ‘93’), which has the highest immigrant population in the country, appears to be a privileged breeding ground, with 14 players selected. The sports press praises “the major influence of the 93 in African and international football.”
Behind this politically correct pride lies a less glamorous reality. With each edition of the Africa Cup of Nations, France suffers dramatically from the fallout of rivalries between member countries, a consequence of the large communities of African descent living on its soil. The 2025 edition is no exception to the rule—even though it is being held in Morocco.
From December onwards, with the start of the Cup and the qualifying matches, cities have had to adapt and take drastic measures in terms of traffic and security, as in Marseille, where traffic had to be stopped around the Old Port for the Cup match involving Algeria.
The whole country is being called upon to contribute and is being asked to live to the rhythm of the tournament. For example, RN MEP Matthieu Valet reveals that the Vincennes administrative detention centre near Paris has taken out a subscription to Qatar‘s beIN Sports channel, at the taxpayer’s expense, so that the illegal migrants housed there can watch the matches in good conditions.
A series of violent incidents accompanied the staging and broadcasting of the matches, demonstrating a sense of impunity on the part of supporters who, although often French nationals, have their hearts set on the team of their country of origin. On the evening of December 28th, Algeria’s victory over Burkina Faso led to violence in several cities. In Lille, around a hundred individuals blocked traffic before firing mortars and smoke bombs. Not far away, in Roubaix, Algerian supporters targeted police officers with fireworks in the city centre. In Toulouse, a police station was also targeted by mortar fire, while around twenty individuals attempted to tear down the French flag from a local town hall. In Marseille, the tram network was shut down following damage caused by supporters.
On the evening of Tuesday, January 7th, the match between Algeria and the Democratic Republic of Congo was once again accompanied by clashes and unrest. In Lyon, traffic on the ring road was blocked because Algerian supporters were playing football on the road, as reported by a member of the National Rally party who was caught up in the blockages.
The French have no choice but to grit their teeth and endure, until January 18th, the deleterious effects of an international sporting competition in which they are now involved, as if their country had become, de facto, just another African country. This is one of the many effects of the ongoing population change that no one dares to mention publicly.
https://europeanconservative.com/articles/news/football-africa-cup-or-french-cup/
Atlantico, January 8
Au sein de l’Agence suédoise des migrations : la majorité du personnel est d’origine non suédoise
Une enquête journalistique rare lève le voile sur le fonctionnement interne de l’Office suédois des migrations, où la composition du personnel, les loyautés informelles et les pratiques quotidiennes soulèveraient de graves questions en matière de neutralité administrative, de gouvernance et de sécurité juridique.
Full text:
Une enquête publiée par Samnytt offre un regard inédit sur l’Agence suédoise des migrations, mettant en lumière des difficultés liées à la composition du personnel, à la culture interne et aux pratiques de travail. Des sources ayant travaillé au sein de l’agence pendant plusieurs décennies décrivent un environnement complexe, structuré par des groupes linguistiques, des affiliations claniques et des loyautés internes.
Actuellement, une majorité des quelque 6 000 employés de l’agence sont issus de milieux non suédois. Beaucoup ne possèdent pas la nationalité suédoise et les membres du personnel parlent fréquemment leur propre langue au sein de leur groupe. Selon une source, « ce qui influence le plus les choses, c’est que chacun parle sa propre langue, si bien qu’on ne comprend pas ce qui se dit entre les groupes et les collègues ». Cette situation, combinée à l’existence de réseaux claniques anciens, aurait introduit une mentalité clanique moyen-orientale dans le fonctionnement quotidien de l’institution.
La source explique que les loyautés de groupe influencent les décisions concernant les permis de séjour, les permis de travail et d’autres procédures administratives, parfois au bénéfice de proches ou de membres du même clan. Ces pratiques seraient devenues si banales qu’elles se dérouleraient désormais ouvertement, sans aucune crainte de sanctions internes. Par ailleurs, des slogans et des chants tels que « From the river to the sea » auraient été entendus dans la salle de pause de l’agence, reflétant des affiliations politiques ou culturelles de certains employés.
L’Agence des migrations est chargée de décisions essentielles concernant l’asile, la citoyenneté et le droit de résidence en Suède. Lors de la crise migratoire de 2015, des faiblesses structurelles sont apparues, qui continuent aujourd’hui d’affecter la gestion, les mécanismes de contrôle et la sécurité juridique.
Les difficultés rencontrées par la Suède ont attiré l’attention à l’international. Le Canada a récemment classé le pays dans la même catégorie de recommandations aux voyageurs que la Turquie et le Maroc, en invoquant la montée de la violence des gangs et des risques terroristes. Les autorités canadiennes ont averti les voyageurs de rester vigilants dans les zones résidentielles, les centres commerciaux et les espaces publics, reliant ces évolutions à l’augmentation de la criminalité associée aux pressions migratoires.
Cet article a été publié sur le site European Conservative
The European Conservative, January 7
“Où va ma France?”: The App the Left Wants To Ban
An app stirs controversy by graphically showing the devastating impact of immigration on the daily lives of French people.
Full text:
An online app that measures the deterioration of the social environment in France is causing controversy. Left-wing MPs want to ban it on the grounds that it uses statistical data to measure the ravages of immigration and the explosion in crime. Meanwhile, more and more citizens are using it.
“mafrance.app” and its related X account “Où va ma France?” is an app and website that collects social data from across France, classified by department and municipality, and provides indices measuring five key areas: insecurity, immigration, Islamisation, ‘de-Frenchification’ (défrancisation) and wokeism.
It includes general indices (“general change index”) as well as more targeted indices (“Islamisation index”).
Interactive maps allow users to select a location and see everything that is likely to negatively impact the daily lives of French citizens: the percentage of sexual violence or the intensity of drug trafficking in a given neighbourhood, but also, in the medium to long term, the construction of a mosque or the potential establishment of a migrant centre.
Apart from these obvious and easily identifiable criteria, all kinds of external indicators help measure the extent to which local structures are subject to a political and social model likely to encourage immigration, such as political subsidies paid to associations.
The ‘correlation’ tool can be used to generate graphs linking data that are not usually related, such as the number of Muslim first names given in a municipality cross-referenced with the increase in petty crime.
A press review relaying all news items related to immigration and crime completes the dashboard available on the site’s home page.
As a guarantee of reliability, the statistics collected and used by the site are those provided by public bodies. The figures on security are taken from the SSMSI, the Ministerial Statistical Service for Internal Security. For other topics, such as birth names or the rate of social housing in priority neighbourhoods, the site’s creators have used published government data or studies from the National Institute of Statistics and Economic Studies (INSEE).
Beyond the objectivity of the data, a factor of subjectivity comes into play in the development of the indices. The site’s creator explains to the news site Boulevard Voltaire: “The value of the coefficients is subjective, and I accept that. I don’t disclose them because they are not objective data.”
These imperfections have not prevented the site from being successful, revealing a map of France disfigured by immigration. Since its launch, the platform has enjoyed growing success. The Twitter account has 21,600 followers and has continued to grow since the media turned its attention to the app. A recent promotional post for the app has been viewed more than 900,000 times on X and has received more than 6,000 likes.
There are countless users: “those who are proud of their identity, those who regret that they can no longer let their children walk home from school alone, those who would like to leave their homes with the door open,” as Boulevard Voltaire sums it up. They are often ordinary citizens who want to find out about overall trends in their city or region, but also French people looking for a new home, or even, more unexpectedly, estate agents who want to give their clients the best possible advice on investments based on the potential decline in the value of their property. In such situations, the tool for comparing urban areas proves to be formidable, clearly revealing a wounded France and a preserved France—which is increasingly reduced in terms of surface area.
Ultimately, the creator—who for obvious reasons wishes to remain anonymous and works under a pseudonym—intends to constantly enrich his tool in order to offer a veritable ‘encyclopaedia’ of territories, listing mosques, but also fast-food restaurants and halal butchers, as signs of a colonisation that does not say its name.
The very possibility of such statistical exercises is obviously not to everyone’s liking. Linking crime and immigration in numerical terms is one of the taboos of the mainstream press and even of the vast majority of the French political class. Sabrina Sebaihi, a Green Party MP and vice-president of the France-Algeria friendship group in the National Assembly, is campaigning for its ban and has alerted Interior Minister Laurent Nuñez to the problematic existence of this site, which she accuses of taking France ‘back to the 1940s’ and the ethnic and religious profiling implemented by the Vichy regime.
The site’s creator defends himself against any accusations of stigmatisation: there are other sites such as trouvetamosque.fr that allow users to find Muslim places of worship, and they do not bother anyone, he argues.
What Sebaihi cannot forgive mafrance.app for is its daring attempt to give objective criteria to the feeling of dispossession that so many French people—and so many Europeans—experience deep within themselves. What’s more, the controversial website clearly demonstrates that the cultural change touted by state propaganda is not synonymous with greater well-being but rather with a profound deterioration in daily life. Everything is now more complicated, more risky, more dangerous in neighbourhoods where non-European immigration exceeds certain thresholds.
We can, of course, appreciate all the developments that this tool enables: it offers nothing less than a map of the secession, in the near future, of entire swathes of the territory. This is a fact that can no longer be ignored, and it is understandable that some people are concerned about it.
https://europeanconservative.com/articles/commentary/ou-va-ma-france-the-app-the-left-wants-to-ban/
Le Figaro, January 6
Chantal Delsol : « Comme à l’époque de la chute de Rome, l’Occident vit l’effondrement d’un vieil empire »
GRAND ENTRETIEN – Dans son nouveau livre, « La Tragédie migratoire et la chute des empires » (Odile Jacob), la philosophe établit une comparaison entre la situation actuelle de l’Europe et l’effondrement de l’Empire romain. Contre « l’effacement civilisationnel », elle invite à redécouvrir les leçons de saint Augustin pour notre temps.
Full text:
LE FIGARO. – Votre ouvrage se fonde sur une analogie entre l’époque augustinienne et la nôtre. Qu’est-ce qui les réunit ? En quoi sont-elles des périodes de rupture ?
CHANTAL DELSOL. – Ce sont deux moments de profonde rupture historique, des « époques » et non pas des « périodes », pour reprendre la distinction de Charles Péguy. C’est-à-dire des moments rares et périlleux, dans lesquels un paradigme ancien s’effondre pour ouvrir une béance dans laquelle on ne sait pas encore ce qui va s’introduire. Et dans les deux cas, il s’agit de l’effondrement d’un empire vieux de plusieurs siècles, d’abord colonial, puis culturel, profondément installé, et qui se défait à la manière d’une pyramide de cubes, déjà instable, renversée par une chiquenaude. L’effet est sidérant. À l’époque d’Augustin, au tournant du IVe et du Ve siècle, Rome, qui a eu l’habitude d’envahir le monde, est elle-même investie par des armées barbares qui envahissent les territoires de l’empire sans qu’on parvienne à les déloger – Augustin meurt dans sa ville assiégée par les Vandales. À notre époque, pour la première fois, l’ensemble des pays dits du « Sud global » (expression controversée) récusent ouvertement et ironiquement le modèle européen des droits de l’homme, de l’émancipation et de la démocratie, mettent en pièces notre droit international qui nous sert de religion depuis un demi-siècle, s’affairent à nous conquérir économiquement et par les migrations. En ces deux moments pourtant si lointains, les réactions des sujets de l’empire (les Romains, et nous les Occidentaux) se ressemblent, depuis l’indignation martiale jusqu’aux pleurs déchirants, en passant par la culpabilisation autrefois chrétienne, aujourd’hui post-chrétienne : « Nous l’avons mérité. »
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Pourquoi avoir choisi saint Augustin comme compagnon de voyage ?
Justement, c’est le personnage d’Augustin qui rend intéressante cette comparaison. Car il ne réagit pas comme les autres. On peut le voir comme un héros, d’autres diront que c’est un zèbre – un historien de la période dit qu’il est un hapax. Une personnalité originale et très attachante, un écrivain brillant à la fois théologien et poète qui prend distance avec les refrains de son temps, empêtrés dans le malheur. Il figure parmi les théologiens originels de la chrétienté – c’est le moment des premiers conciles et des premières hérésies. En même temps, il inaugure le genre très moderne de l’introspection avec les Confessions. Lui-même punique, c’est-à-dire aujourd’hui maghrébin, il est un pur produit de l’éducation latine, pour la langue et la culture – autrement dit, un fils très légitime de l’empire millénaire. Son existence est complexe. Une jeunesse libertine, une mère abusive (c’est du moins mon point de vue), une exigence spirituelle qui mange l’espace, et l’amour des lettres, toujours inentamé. En dépit de cette soif permanente de connaissances, d’amitiés, de profondeur, on le trouve paisible et sans amertume devant le destin de son époque – la défaite et le naufrage. Cette sérénité me semble enviable. Vivant dans une situation comparable, nous pourrions prendre note !
Les principes de l’Occident sont là pour toujours et ils ferment le temps : lorsqu’un écrivain américain a écrit (sottement) que la démocratie était le régime de la fin de l’histoire, il a été applaudi par nos élites intellectuelles presque unanimes.
L’Empire romain, l’Occident… Est-ce l’histoire de civilisations qui se croyaient éternelles et toutes-puissantes ?
La définition même d’un empire, c’est qu’il est sans limite – ni dans l’espace, ni dans le temps. Il veut le monde, dans toutes ses dimensions, et pense sa capture légitime, en raison de sa force et de la pureté, plus tard de l’universalité de ses principes. La conquête impériale se justifie ainsi en tout temps et partout. Rome « est » le monde, et le monde entier est par définition romain, ou le sera. Rome est éternelle – c’est écrit partout depuis Romulus, et l’on s’inquiète en permanence de la réalisation de cette prophétie. Les principes de l’Occident, chrétiens puis révolutionnaires, sont valables pour tous les humains, et doivent s’appliquer partout – d’où la conquête coloniale puis culturelle. Aussi l’Occident exporte-t-il partout ses émancipations, sa médecine et son capitalisme. Pas un coin de la terre où nous n’ayons déployé nos sermons, nos conseils et nos réprimandes. Par ailleurs, les principes de l’Occident sont là pour toujours et ils ferment le temps : lorsqu’un écrivain américain a écrit (sottement) que la démocratie était le régime de la fin de l’histoire, il a été applaudi par nos élites intellectuelles presque unanimes. Ce qui démontre à quel point nous avions intégré la mainmise de notre empire culturel sur le temps autant que sur l’espace : démesure ! car rien, dans ce monde, ne peut prétendre être le tout.
« L’empire-conquête devient l’empire-refuge. » En quoi consiste ce mouvement vers l’extérieur, puis vers l’intérieur ? Est-ce ce dernier qui met à mal l’avenir des empires ?
Dans les deux cas on observe ces deux étapes. L’empire est d’abord conquérant, il s’impose par les armes au plus loin qu’il peut : Rome, jusqu’aux confins connus de l’Asie et sinon jusqu’aux terres étranges au nord et au sud, où l’on imagine des créatures à moitié humaines ; et l’Occident, presque partout au monde, jusqu’à égratigner rudement la puissante Chine. Mais le plus intéressant est la seconde étape, le passage à l’empire-refuge : les populations des territoires auparavant conquis, se bousculent pour aller s’installer dans les centres de l’empire. Autrement dit, l’empire conquérant exerce une puissance douce (soft power) sur les peuples conquis. Selon la définition originaire de Joseph Nye, le soft power signifie l’attirance ou si l’on veut, le vote par les pieds (quand les Russes ou les Chinois parlent de leur soft power, c’est une imitation et une illusion : personne dans le monde ne souhaite aller vivre à Moscou ou à Pékin). Les populations des pays anciennement colonisés par l’Occident ont envie de s’établir à Londres ou à Paris, pour le confort et la liberté, pour les écoles et les hôpitaux. L’empire fait envie. C’est ainsi qu’il devient refuge. Il est pour ainsi dire victime de son succès : il attire, irrésistiblement. Quand l’empire-conquête est devenu un empire-refuge, dans les deux cas, c’est le signe de la fin. Il y a là une sorte de retournement qui devient une leçon morale : l’empire est mangé par ce qu’il a mangé. Les Romains et nous à leur suite ne manquons pas d’y voir une sorte de justice immanente, de punition historique.
Vous décrivez la situation migratoire de l’Empire romain au Ve siècle et le déclin qui a suivi, puis faites un parallèle avec l’actuelle « insécurité culturelle » en Occident. Pourquoi ? Que manque-t-il à l’Occident pour que cette cohabitation de diverses populations ne se résume pas à un « chaos de volontés contraires » ?
Dans l’un et l’autre cas c’est la masse des arrivants, de cultures différentes, qui suscite la difficulté de l’intégration. Les arrivants profitent du confort et de la richesse de la culture d’accueil, et en même temps, parce qu’ils sont nombreux et parce qu’ils ne veulent pas abandonner leur propre culture (ce qui est bien naturel), ils déconstruisent la culture d’accueil qu’ils ne savent pas entretenir. Dans plusieurs régions de l’Empire romain au siècle d’Augustin, les écoles fermaient les unes après les autres, et Augustin se plaignait de ne plus trouver les livres de Cicéron. À partir du IVe siècle, plusieurs peuples barbares ont obtenu dans l’empire un statut de fédérés qui leur permettait de vivre sous leurs propres lois, de même que nous voyons aujourd’hui apparaître des débuts de califats en Belgique ou au Royaume-Uni.
Vous parlez du débat intérieur qui habite saint Augustin concernant la « justice immanente », soit le lien entre l’action humaine et les sanctions divines. Que pensait le théologien ? Quelle nouvelle conception de l’histoire va en découler ?
Sur ce point comme sur bien d’autres, Augustin est déjà un penseur moderne. Il lutte contre une tendance constante de son temps, qui consiste à traduire les événements terrestres en signes divins. Il refuse d’interpréter la prise de Rome par Alaric en 410, par exemple, comme une punition de Dieu. S’il entame la rédaction de La Cité de Dieu à partir justement de cet événement, c’est dans le but de montrer la distinction des deux cités, celle temporelle et celle éternelle. La Cité de Dieu est une philosophie de l’histoire. L’histoire humaine y est tracée et analysée dans son ordre. Les humains sont libres et responsables, et, comme tels, ils se donnent un destin. Auteurs de leurs actes, ils en sont redevables. Regardant en face l’histoire de l’Empire romain, Augustin affirme que les chrétiens, qui défendent l’autonomie des personnes et des communautés, ne peuvent pas de ce fait légitimer la colonisation.
La perte du sens de l’existence et une sorte d’incapacité à en retrouver ou à en inventer un autre donnent forcément lieu à un désespoir, et le tragique de la vie se tourne vers des visions de la fin.
Chantal Delsol
Vous écrivez que l’Occident a perdu la « présence au monde », pour reprendre les mots d’Ernesto De Martino. Qu’est-ce à dire ? Pourquoi cela mène-t-il l’Occident à son suicide ?
Oui, j’ai voulu citer les analyses de ce grand auteur italien du XXe siècle, trop peu connu, qui à mon avis a compris mieux que personne le malaise contemporain.
Placé en tout temps et en toutes circonstances devant le tragique de son existence, l’être humain est celui qui cherche un sens et, pour cela, désigne des principes (je n’aime pas beaucoup le mot « valeur », qui a été détérioré) pour fonder et légitimer son existence. De Martino appelle cela la présence au monde. C’est comme un élan, une ardeur fondatrice qui produit un ordre valorisant, et avance ainsi à l’ombre d’une signification. Il se trouve qu’au XXe siècle, les Occidentaux ont perdu à la fois leur religion fondatrice et leurs utopies modernes (le rationalisme, le communisme). La Nausée de Sartre, la philosophie de l’absurde, le développement littéraire de l’incommunicabilité et de l’ennui, et les exemples sont légion au XXe siècle, sont le signe de la perte de la « présence au monde », d’une perte de présence au sens d’une chute de l’élan de valorisation : le monde apparaît anomique, informe, effondré. Et cependant, le tragique de la vie est toujours là ! Le polonais Jan Kott disait : « C’est la tragédie sous un ciel vide », autrement dit : en l’absence de significations.
Cette « perte de présence » est-elle liée à la chute de notre empire culturel ? Peut-être, au sens où la démesure suscite toujours finalement une terrible amertume, qui est à la fois culpabilité morale d’avoir franchi les limites, et sentiment conjoint de dégradation de soi.
Par là même, vous constatez qu’il existe aujourd’hui un courant très important qui attend la fin du monde, d’un point de vue climatique d’abord, comme les chrétiens de l’époque d’Augustin attendaient la parousie. Que voyez-vous dans cette attente de la catastrophe finale ?
La perte du sens de l’existence et une sorte d’incapacité à en retrouver ou à en inventer un autre donnent forcément lieu à un désespoir, et le tragique de la vie (qui, je le répète, est toujours là !) se tourne vers des visions de la fin. La multiplicité des catastrophes attendues depuis la Seconde Guerre mondiale, toutes différentes (la bombe, le monde trop plein, le réchauffement, le monde trop vide, etc.) montre bien que la catastrophe est dans la tête. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de périls à analyser et à affronter ; mais cela relativise l’idée de « fin du monde ». En ce moment même et depuis peu d’années, la chute désormais avérée de l’empire culturel occidental (ou la perte de notre influence sur le monde) donne lieu à des explosions de terreur apocalyptique aux deux extrémités de l’Occident – aux États-Unis et en Russie. Il est très intéressant d’observer la reconstitution du katechon à la fois chez Poutine et chez les défenseurs de Trump. Celui qui retient (katechon), qui empêche l’Antéchrist d’advenir, d’après saint Paul, réapparaît tout armé dans l’Occident occidental et oriental, signalant les terreurs apocalyptiques. La vieille Europe se contente d’armer des prophètes comme Greta Thunberg devant l’apocalypse climatique, qui elle-même prend des aspects divers selon les années, de la couche d’ozone au réchauffement puis à la disparition des espèces. Il faudrait plus de temps pour analyser ces terreurs diverses, qui toutes signent un désespoir commun. Naturellement l’apocalypse que les chrétiens de l’âge d’Augustin attendaient, était comme son nom l’indique une révélation, et ouvrait sur un autre monde. Les nôtres annoncent le destin qu’on peut donner au désespoir. Personnellement je ne crois pas à toutes ces prophéties menaçantes.
L’assemblage des deux cités, la terre des humains et celle de Dieu, fait dire à Augustin qu’il aime la « beauté » de la « maison » terrestre. En quoi ces propos sont-ils une invitation à aimer le beau et le bien, même quand la misère semble s’installer partout ?
Il ne s’agit pas seulement d’une invitation à aimer le beau et le bien, mais à aimer le monde humain tel qu’il est, avec ses terribles défaillances. Ici Augustin s’écarte volontairement de ses origines manichéennes : le monde humain est entièrement mélangé de bien et de mal, et on ne peut pas les séparer (ni parfois les distinguer) clairement ici-bas. C’est là l’une des clés de la sérénité d’Augustin devant les grands malheurs des temps : il aime le monde humain avec ses tares et ses violences. C’est pour cette raison que Hannah Arendt, ayant choisi de faire sa thèse sur Augustin, a tant insisté plus tard sur l’idée de l’amour du monde. Comme un enfant peut aimer son père ou sa mère alcoolique, qui fait et dit n’importe quoi ; comme nous pouvons aujourd’hui aimer la France désespérante, incapable de se gouverner et de se réformer – d’un amour profond et tourmenté.
Atlantico, January 6
La Crète devient un nouveau hotspot migratoire, l’UE n’ayant pas réussi à endiguer la route vers la Libye
La Crète subit une pression migratoire croissante, les passeurs redirigeant de plus en plus les traversées illégales vers les îles méridionales de la Grèce, ce qui met en évidence les limites du contrôle des frontières de l’UE et modifie les itinéraires de migration en Méditerranée.
Full text:
La Grèce, ce qui met en évidence les limites du contrôle des frontières de l’UE et modifie les itinéraires de migration en Méditerranée.
Les autorités grecques ont confirmé que plus de 1 000 migrants en situation irrégulière sont arrivés en Crète pour le seul mois de décembre, dont plus de 650 interceptés ou secourus ces deux derniers jours. Vendredi, les garde-côtes grecs, appuyés par l’agence européenne des frontières Frontex, ont secouru 545 migrants à bord d’un bateau de pêche surchargé repéré au large de Gavdos, l’île la plus méridionale de Grèce.
Les migrants ont été transférés en Crète, où les autorités locales sont déjà confrontées à des difficultés d’accueil. D’autres incidents ont eu lieu pendant la nuit. Une patrouille des garde-côtes a intercepté un canot pneumatique transportant 27 personnes à environ 45 milles nautiques au sud-est de Kales Limeni, tandis qu’une autre embarcation avec 35 migrants à bord a été découverte près de Psari Forada, dans la commune de Viannos. Tous ont été débarqués et devraient être placés dans des centres d’accueil pour migrants.
Selon les autorités, cette augmentation est le fruit d’un changement délibéré des réseaux de passeurs, qui profitent des conditions météorologiques hivernales plus clémentes et de la faible distance maritime entre l’est de la Libye et la Crète. De nombreuses embarcations partiraient de Tobrouk, à peine à 300 kilomètres de là. Bien que plus courte que la traversée vers l’Italie, elle reste mortelle. Il y a quelques semaines à peine, 14 migrants égyptiens se sont noyés et 13 autres ont disparu après le naufrage de leur embarcation pneumatique au sud-ouest de la Crète.
Les autorités grecques reconnaissent que, malgré une baisse globale de 18 % des entrées illégales en Grèce cette année (à 39 495 fin octobre), la pression s’est simplement déplacée géographiquement. La Crète et Gavdos sont devenues de nouveaux points chauds, les passeurs s’adaptant au renforcement des contrôles ailleurs.
La pression croissante sur la Crète risque d’alimenter le débat sur la stratégie migratoire de l’UE, les États en première ligne avertissant que les solutions européennes restent inefficaces tant que les routes migratoires illégales continuent de se déplacer au lieu de disparaître.
La version originale de cet article a été publiée sur The European Conservative
