I.4. The French Economy

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Contrepoints, January 16

Les multinationales emploient 42% des salariés français

Après les députés qui ont voulu taxer les bénéfices des grandes entreprises étrangères et doubler la taxe sur les géants du numérique, voilà que le Gouvernement cherche désespérément à imposer davantage les bénéfices des grandes entreprises pour boucler son budget. Pourquoi tant de haine envers les multinationales ?

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Cet acharnement contre des entreprises qui investissent et créent des emplois dans notre pays ne laisse pas d’interroger. Comme l’a montré l’Insee dans deux notes, les entreprises multinationales sont de grandes pourvoyeuses d’emplois. Les accabler d’impôts et de taxes ne peut qu’être néfaste.

Les entreprises étrangères : des investissements salvateurs

La première note révèle que 2,3 millions de personnes travaillent dans des entreprises sous contrôle étranger, soit 13% des salariés. Un chiffre considérable puisque ces entreprises ne sont que 19.000, soit 0,5% des sociétés du pays. Leur part dans les salaires versés en France est encore plus importante – 17,6% – ce qui signifie qu’elles offrent des emplois qualifiés et bien payés. Elles produisent 17% de la valeur ajoutée (soit 219 milliards d’euros) et réalisent 21,1% du chiffre d’affaires des entreprises établies en France.

Les entreprises originaires de trois pays regroupent à elles seules près de la moitié (48%) des emplois. Les entreprises américaines sont les premières employeuses avec 523 400 salariés, suivies des allemandes (333 500) et des suisses (263 400). Les entreprises de cinq autres pays – Pays-Bas, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg et Japon – emploient plus de 750.000 salariés. Au total, ces huit pays fournissent plus de 81% des emplois des entreprises d’origine étrangère.

Plus d’un tiers des salariés des entreprises sous contrôle étranger travaillent dans l’industrie, ce qui représente presque 21% des emplois industriels en France. Dans certains secteurs, comme la métallurgie, la fabrication de machines, l’industrie du papier et du carton et l’industrie automobile, c’est même plus de la moitié des emplois qui dépendent d’entreprises étrangères. Ce qui reste de notre industrie – qui ne compte plus que pour 10,6% du PIB – est donc fortement tributaire des investissements étrangers.

Par conséquent, au lieu de les surtaxer, de les mettre à l’amende pour n’avoir pas respecté une réglementation spécifiquement adoptée pour leur nuire, nous ferions mieux de choyer ces entreprises en baissant les impôts et taxes et en supprimant des normes inutiles. Mesures qui seraient aussi bénéfiques aux multinationales françaises.

Les multinationales françaises sont de moins en moins françaises

Comme le montre la seconde note de l’Insee, les firmes multinationales françaises réalisent la moitié de leur chiffre d’affaires consolidé à l’étranger et y emploient 56% de leurs salariés (7 millions de personnes) dans plus de 55.000 filiales. Et encore, ce ne sont là que des moyennes.

Les multinationales – c’est-à-dire des entreprises ayant au moins une implantation dans un pays étranger – ne sont pas toutes de grande taille : environ 10.000 sont des PME (petites et moyennes entreprises) qui n’ont qu’une seule filiale à l’étranger où elles emploient moins de 200.000 personnes pour réaliser 35 milliards d’euros (Md€) de chiffre d’affaires (CA). Un peu plus de 2 000 sont des ETI (entreprises de taille intermédiaire) qui emploient près de 1,5 million de salariés à l’étranger.

ETI et PME réalisent la plus grosse part de leur chiffre d’affaires en France, à l’inverse des 200 grandes firmes multinationales dont l’essentiel de l’activité se fait désormais à l’étranger –75% pour les entreprises du CAC 40 et même 92% pour LVMH.

Vouloir à tout prix, comme le ministre de l’Économie et des Finances, surtaxer les bénéfices de ces sociétés, c’est les pousser davantage hors de nos frontières alors même que la France compte de plus en plus comme quantité négligeable dans leur activité.

L’Union européenne reste la première zone d’implantation des firmes multinationales françaises, avec 34% des effectifs à l’étranger, soit 2,4 millions de salariés. Mais les États-Unis (775.000 salariés) et l’Inde (572.000) sont les deux premiers pays en termes d’effectifs. Le Brésil (pays du Mercosur) est quatrième avec 449.000 salariés, la Chine septième (346.000) et le Mexique dixième (207.000).

Plus de la moitié du chiffre d’affaires consolidé total réalisé à l’international par les firmes multinationales françaises se fait dans six pays : États-Unis (341 Md€), Allemagne (139 Md€), Royaume-Uni (128 Md€), Italie (99 Md€), Chine (96 Md€) et Espagne (88 Md€).

Une économie internationalisée

En France, les multinationales, qu’elles soient françaises ou d’origine étrangère, emploient 42% des salariés. C’est dire si notre économie est pleinement insérée dans la mondialisation. Cela signifie aussi qu’elle est fragile car d’une part, un nombre non négligeable d’emplois (13%) dépendent de centres de décision situés à l’étranger et d’autre part, les multinationales françaises (29% des emplois situés en France), notamment les grandes, sont de moins en moins dépendantes de leurs activités localisées dans notre pays.

Comment, dans ces conditions, ministres et députés peuvent-ils proposer d’augmenter les impôts et les taxes ? Nous l’avons rappelé il y a peu, les prélèvements obligatoires sur les sociétés, nets des aides reçues, ont atteint 20,4% de leur valeur ajoutée en 2024. En Allemagne, ils sont de 11,8%. N’y aura-t-il pas un moment où les entreprises allemandes auront envie de rapatrier outre-Rhin les 333.000 emplois qu’elles ont en France ?

Il est possible d’inciter les multinationales françaises à créer de nouveau des emplois en France et attirer davantage d’entreprises étrangères sur notre sol. Non pas en les arrosant d’aides, mais au contraire, comme le défend l’IREF, rejointe sur ce sujet par Edouard Philippe et le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI), en les supprimant et en baissant simultanément les impôts et les taxes. Et en s’efforçant aussi de vraiment simplifier et alléger la réglementation.

https://contrepoints.org/les-multinationales-emploient-42-des-salaries-francais/


Le Figaro, January 15       

«Revenir aux 40 heures et supprimer une semaine de vacances» : les propositions chocs de Bernard de La Villardière

VIDÉO – Le journaliste, reporter et producteur était l’invité exceptionnel du «Buzz TV» délocalisé, à l’occasion des 200 ans du Figaro, au Grand Palais.

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(…) Damien Canivez et Sarah Lecoeuvre ont reçu sur le plateau, installé sous la Coupole du bâtiment, le journaliste, grand reporter et producteur Bernard de La Villardière.

L’homme de 67 ans entretient d’ailleurs une relation particulière avec Le Figaro«C’est le journal de mon enfance. Mes parents étaient abonnés mais vivaient souvent à l’étranger donc nous le recevions deux ou trois jours plus tard. Ce qui était un peu frustrant», se souvient-il. Aujourd’hui encore, c’est une lecture dont il ne se passe pas, sur papier ou en digital lors de ses nombreux voyages.

Que ce soit en sillonnant le monde pour observer sur le terrain les grands bouleversements du monde ou en animant le magazine «Enquête exclusive» sur M6, Bernard de La Villardière est un visage du paysage audiovisuel français prégnant. Son indignation face au boycott de l’Eurovision effectué par plusieurs pays après la participation d’Israël, son documentaire en cours de préparation sur la guerre civile iranienne…Ses prises de position, particulièrement marquées, ne se comptent d’ailleurs plus. «J’avais le goût du terrain et je voulais raconter la complexité du monde. […] Mon bonheur absolu, c’est quand je pars avec des idées reçues et que je reviens avec une idée neuve ou un peu différente parce que j’ai été confronté à la réalité du terrain, à ce que vivent les gens», reconnaît le journaliste.

Une carrière en politique ne l’intéresserait actuellement plus, même s’il n’aurait pas fermé la porte à ce destin il y a une dizaine d’années. En revanche, il aurait plus d’une mesure en tête s’il était élu à la tête du pays. «Quand je reviens de mes voyages en France, je vois l’actualité un peu tristounette. Les gens se plaignent de trop travailler, les gens se plaignent de tout finalement. Sur le débat du temps de travail des 35 heures, – je l’ai déjà dit et ça a secoué un peu sur les réseaux sociaux – si j’étais président de la République, j’imposerais le retour à la semaine de 40 heures et suppression d’une semaine de congés payés par an», réclame Bernard de La Villardière.

Et bien que cette mesure puisse ne pas être très populaire auprès d’une certaine catégorie de la population, l’invité du «Buzz TV» apporte une réponse claire. «On nous explique que nous sommes en économie de guerre, que d’ici deux ou trois ans, d’après le chef des armées, on risque d’être en conflit avec la Russie. On a du mal à financer nos hôpitaux ou la sécurité sociale, travaillons plus !»

https://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/actu-tele/revenir-aux-40-heures-et-supprimer-une-semaine-de-vacances-les-propositions-chocs-de-bernard-de-la-villardiere-20260114


Atlantico, January 14     

Élevage de poulets : l’autre crash agricole français

Face à la montée en puissance de concurrents européens comme la Pologne, la filière avicole française recule. Loin d’être une fatalité économique, ce décrochage résulte d’un empilement de normes, de blocages administratifs et d’un manque d’investissement industriel.

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Loin d’être une fatalité économique, ce décrochage résulte d’un empilement de normes, de blocages administratifs et d’un manque d’investissement industriel.

Atlantico : La France subit-elle une délocalisation de sa production avicole et comment pourrait-elle théoriquement y répondre ?

Patrick Hautefeuille : Oui, la France subit une délocalisation progressive de sa production avicole au profit de pays comme la Pologne, dont la stratégie repose sur le volume, l’export et une forte capacité d’investissement industriel.

Cette situation n’est pas le fruit d’une fatalité économique mais de choix politiques et réglementaires cumulés.

Les principaux facteurs qui ont conduit à cette situation sont : un empilement de surtranspositions nationales sur le socle réglementaire européen, des procédures administratives longues et instables, dissuasives pour l’investissement, un sous-investissement industriel dans les abattoirs et les outils de transformation, une hyper-concentration territoriale de l’élevage, faute de diffusion vers de nouveaux bassins.

Pour y répondre, la France ne peut pas s’aligner sur une logique de compétition par les coûts. En revanche, elle peut théoriquement agir sur quatre leviers :

– réduire les surtranspositions qui n’apportent pas de bénéfice sanitaire ou environnemental mesurable ;

– sécuriser et raccourcir les procédures pour les projets conformes ;

– redonner de la visibilité aux investisseurs par une stabilité réglementaire de long terme ;

– aligner politique commerciale, commande publique et exigences nationales.

La souveraineté alimentaire ne consiste pas à tout produire, mais à conserver une capacité productive stratégique compatible avec nos standards.

Peut-on concilier des ambitions élevées en matière de normes avec compétitivité et souveraineté alimentaire ?

Oui, mais uniquement à certaines conditions.

Le cadre européen montre que ce n’est pas le niveau de normes en lui-même qui pose problème, mais la façon dont elles sont appliquées. Les études de l’ITAVI et de FranceAgriMer indiquent que le surcoût direct des normes est limité, de l’ordre de 5 à 10 %. Cela signifie que la difficulté majeure n’est pas le coût immédiat par kilo.

Le véritable impact des surtranspositions est structurel : elles ralentissent ou bloquent les projets d’investissement, empêchent la modernisation des outils et freinent la montée en gamme. Sans capacité d’investissement, la compétitivité ne peut être restaurée, et la souveraineté alimentaire recule mécaniquement.

Il est donc possible de concilier normes élevées et compétitivité à condition de distinguer clairement le socle européen des exigences nationales supplémentaires, financer ou compenser ces exigences supplémentaires, garantir des règles stables et lisibles dans le temps, éviter que la norme devienne un outil de blocage administratif.

Cette tension observée sur le poulet existe-t-elle dans d’autres filières, et est-il trop tard pour agir ?

Cette tension dépasse largement la filière avicole. Elle se retrouve dans :

la filière porcine, confrontée à la concurrence espagnole ;

le lait, avec des difficultés de maintien de la transformation et de valeur ajoutée ;

les fruits et légumes, très exposés à la concurrence européenne et extra-européenne ;

la viande bovine, marquée par la baisse du cheptel et le vieillissement des exploitants.

Dans chaque cas, on observe la même combinaison : exigences élevées, empilement réglementaire, ouverture commerciale et affaiblissement progressif de la production nationale.

Il n’est pas trop tard pour agir, mais le temps est un facteur critique. La reconstruction d’un outil de production compétitif et conforme aux attentes sociétales nécessite dix à quinze ans. Chaque année sans investissement accentue le décrochage et rend le rattrapage plus difficile.

Le débat sur les normes est souvent mal formulé. La question n’est pas de réduire les exigences sanitaires, environnementales ou de bien-être animal. Elle est de savoir si l’on souhaite continuer à surtransposer sans pilotage, au risque de vider progressivement le pays de sa capacité productive.

Les normes doivent être un levier de progrès et de transformation. Lorsqu’elles deviennent, par leur accumulation et leur lourdeur administrative, un frein à l’investissement, elles affaiblissent la souveraineté alimentaire au lieu de la renforcer.

https://atlantico.fr/article/decryptage/elevage-poulets-autre-crash-agricole-francais-agriculteurs-eleveurs-normes-mercosur-exploitation-mercosur-Patrick-Hautefeuille


L’Express, January 14      

“Entre 25 et 30 millions de Français ont un revenu qui dépend de l’Etat” : le calcul choc d’un universitaire

Interview. Selon Jérôme Baray, si on considère les flux d’argent public et non les statuts, la plupart des Français sont “fonctionnaires sans le savoir”. Il s’en explique.

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Depuis le 1er janvier, faute de budget voté, le dispositif d’aides à la rénovation énergétique “MaPrimeRénov'” est suspendu. L’Etat ferme un de ses guichets et c’est tout un secteur d’activité qui tousse. De nombreux professionnels du bâtiment voient leur chiffre d’affaires divisé par deux! Ce fait d’actualité illustre les travaux de Jérôme Baray, vice-président du conseil d’administration de l’Université du Mans. En France, presque tout le monde est fonctionnaire sans le savoir” : Le titre de sa récente contribution au site “The Conversation” a été remarqué. Professeur des universités en sciences de gestion, Jérôme Baray a mené toute une carrière d’entrepreneur avant d’intégrer le monde académique. Il a pu constater à quel point “l’Etat structure les marchés en France”. En analysant les flux d’argent public et non en se limitant aux statuts, il en est arrivé à la conclusion qu’une part très importante des revenus considérés comme privés dépend en réalité de décisions publiques. Aucun secteur n’y échappe, selon lui. Même la “Start Up nation n’existerait pas sans l’Etat”. Parmi les conséquences de cette imbrication du public et du privé, il pointe la corruption.

L’Express : “En France, presque tout le monde est fonctionnaire sans le savoir” : tel est le titre de votre article paru dans “The Conversation”. Quel en est la genèse?

Jérôme Baray :Cet article est né de mon expérience personnelle, mais aussi de mes travaux de recherche en sciences de gestion. Ingénieur, docteur et professeur des universités, je suis vice-président de l’Université du Mans. Mes recherches portent sur les relations entre action publique, organisations et marchés. Avant de rejoindre l’université, j’ai travaillé dans le secteur privé et j’ai également créé des sociétés.

Ce va-et-vient entre sphère privée et sphère publique m’a conduit à un constat : en France, la frontière est souvent moins nette qu’on ne le croit. On retrouve cette imbrication jusque dans des organisations publiques comme l’université : juridiquement, c’est un établissement public, dont une partie des personnels relève du statut de fonctionnaire, tandis qu’une autre est recrutée en CDD ou CDI comme agent contractuel. Pour ces personnels, la logique de gestion peut, dans la pratique, s’apparenter à celle du privé.

J’ai voulu mesurer l’ampleur de cette porosité entre sphère publique et sphère privée à l’échelle du pays, en quittant la seule question des statuts pour regarder les flux : autrement dit, à quel point des revenus réputés “privés” dépendent en réalité de mécanismes publics, dans un pays où l’État occupe une place structurellement prépondérante.

Entre 25 et 30 millions de Français ont un revenu qui dépendrait directement de l’État, selon vous. Comment êtes-vous parvenu à ce résultat?

Il est de coutume, dans notre pays, d’opposer les fonctionnaires, censés vivre de l’impôt, et les salariés du privé, qui relèveraient de l’économie de marché. Ces derniers représentaient, selon les chiffres de l’INSEE, 30,9 millions d’actifs en 2023, contre 5,8 millions d’agents de la fonction publique, soit près d’un emploi sur cinq. Mais nous raisonnons alors en termes de statuts. Pour ma part, je me suis concentré sur les flux d’argent public. Cela change la perspective : une part très importante des revenus considérés comme privés dépend en réalité de décisions publiques.

Quelles sont-elles?

Marchés publics, aides agricoles, crédits d’impôt, garanties accordées au secteur financier, contrats financés par l’État ou par les collectivités, subventions culturelles, remboursements d’assurance maladie… Cette analyse ne prétend pas à l’exhaustivité, mais elle montre que presque tous les secteurs économiques en France, à des degrés divers, s’appuient sur des mécanismes publics.

Aux agents du service public, il convient donc d’ajouter les professions libérales de santé, les salariés du monde associatif, certains secteurs du bâtiment et des travaux publics (BTP), les agriculteurs financés par la Politique agricole commune (PAC), les secteurs régulés comme l’énergie ou encore les services financiers adossés à la dette publique. L’ensemble représente plusieurs dizaines de millions de personnes dont les revenus dépendent, directement ou indirectement, de financements publics.

Aucune activité ne relèverait, dans notre pays, de ce que vous appelez un “marché privé pur”?

En France, l’État structure les marchés de manière particulièrement marquée. Un bon indicateur de cette imbrication entre décisions publiques et activités privées est le poids de la commande publique. Autrement dit, l’ensemble des contrats payés par l’État, les mairies, les départements, les hôpitaux, ou encore les entreprises publiques comme la SNCF ou la RATP. À eux seuls, les marchés publics pèsent environ 80 milliards d’euros par an, et les concessions, comme celles des autoroutes, près de 120 milliards. L’ensemble représente environ 8 % du PIB.

8 %, est-ce si important? Votre étude ne mentionne aucune comparaison internationale…

Les comparaisons internationales existent, mais elles doivent être maniées avec prudence car elles reposent sur des périmètres statistiques différents. Le chiffre d’environ 8 % du PIB correspond, en France, au périmètre strict des marchés publics et des concessions au sens du droit national. Les données de l’OCDE utilisent en revanche une définition beaucoup plus large de la commande publique, qui inclut notamment les achats des hôpitaux, des administrations décentralisées et de nombreux organismes parapublics.

À ce périmètre, la commande publique représente en moyenne 12,7 % du PIB dans les pays de l’OCDE, 14,8 % dans l’Union européenne, et 16,2 % en France en 2023. Cette centralité passe aussi dans notre pays par la régulation des prix, les garanties et la sécurisation des revenus, rendant rares les secteurs réellement indépendants des décisions publiques.

En dehors de la fonction publique et des retraités, qui sont les Français les plus dépendants de l’État?

Je prendrais deux exemples. Les agriculteurs se font entendre en ce moment. En moyenne, environ 55 % de leur revenu dépendent de dispositifs publics, avec de fortes variations selon les filières et les années. Sans ces aides, une part importante des exploitations ne dégagerait pas de revenu viable.

Les professionnels de santé ensuite. Ils sont prestataires d’une mission de service public, dans la mesure où ils assurent une activité reconnue d’intérêt général, financée et régulée par l’État. Les médecins, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes ou pharmaciens tirent une part très importante de leurs revenus de l’assurance maladie obligatoire. Les tarifs sont fixés ou négociés au niveau national et les revalorisations dépendent de décisions gouvernementales.

Certaines rémunérations supplémentaires sont liées à des objectifs de santé publique. Par exemple, le dispositif de rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) valorise la prévention, le suivi des pathologies chroniques ou la vaccination.

“La Start-up nation n’existe pas sans l’État”, écrivez-vous…

Il y a un décalage entre la perception, en France, du monde des start-up, souvent présentées comme un modèle d’indépendance, et la réalité de leur relation à l’État. Même ces jeunes entreprises technologiques bénéficient de nombreux dispositifs publics, comme le crédit d’impôt recherche. De son côté, Bpifrance intervient de différentes manières : garanties de prêts, cofinancements, avances remboursables.

Les programmes comme France 2030 complètent cet ensemble. Ces soutiens publics jouent un rôle stabilisateur non négligeable, en particulier dans les phases de lancement et de croissance.

Sans ces différents types d’intervention étatique, qu’en serait-il pour notre économie?

Dans de nombreux métiers, les revenus dépendent de tarifs publics, de mécanismes de remboursement, de subventions, de régulations ou encore de commandes publiques. Sans ces interventions de l’État, de nombreuses activités péricliteraient, faute d’un marché suffisant.

Nous sommes ainsi entrés dans une économie artificielle, au sens où les prix, les volumes et les revenus sont largement produits par des dispositifs publics plutôt que par des mécanismes de marché. Depuis plusieurs décennies, les Français ont une perception atténuée du coût réel des services dont ils bénéficient. Le niveau d’endettement public rappelle toutefois que le réel économique finit toujours par s’imposer.

Le dispositif “MaPrimeRénov'”, qui vient d’être suspendu, alors qu’il représentait près de la moitié du chiffre d’affaires de nombreux artisans et de petites entreprises, ne reflète-t-il pas votre propos?

Les petites entreprises, qui constituent le coeur de l’activité économique, sont souvent les premières victimes de cette dépendance aux dispositifs publics. J’ai moi-même créé des entreprises et j’ai très vite constaté que l’on oriente l’entrepreneur vers un système de prêts et d’aides fléchées, assortis de nombreuses contraintes. En France, l’entrepreneur est rapidement intégré dans un rouage technocratique : il consacre une part importante de son temps à répondre à des dispositifs administratifs et finit par structurer son activité autour de ces aides.

On vous rétorquera que même un grand pays libéral comme les Etats-Unis finance depuis longtemps ses pôles de compétitivité, sa recherche et son innovation.

Mon analyse ne vise pas à opposer des modèles idéologiques, mais à établir un constat factuel. Elle cherche à faire prendre conscience aux décideurs publics comme aux citoyens du décalage qui existe parfois entre la représentation que nous avons de notre économie et son fonctionnement réel.

Le débat économique gagnerait à reposer sur un diagnostic partagé. De ce point de vue, il est clair que la France est très éloignée d’un modèle libéral au sens strict. Elle n’est pas non plus un pays socialiste, dans la mesure où une part importante de l’argent public sert à soutenir, sécuriser ou compléter des activités privées. Nous sommes face à un système hybride, dont les effets économiques et budgétaires méritent d’être analysés sans caricature.

Quelles sont les conséquences sous-évaluées de ce flou artistique entre le public et le privé?

Cette imbrication du public et du privé est propice à la corruption. De nombreux marchés publics sont faussés, les appels d’offres biaisés. Selon l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2024 établi par Transparency International, la France a perdu cinq places dans le classement mondial. Elle figure à la vingt-cinquième place, dix rangs derrière l’Allemagne.

Ces mécanismes peuvent également concerner des établissements publics comme les universités, lorsqu’ils sont soumis à des injonctions institutionnelles qui conduisent à retenir tel ou tel prestataire alors qu’il pratique des prix plus élevés que ses concurrents.

On observe des situations comparables dans les mairies, notamment en matière d’achats de mobilier ou d’équipements. Les acteurs économiques ont alors tendance à considérer que tout est faussé, ce qui alimente la défiance et freine l’initiative. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas la pauvreté qui engendre la corruption, mais bien l’inverse.

https://www.lexpress.fr/economie/entre-25-et-30-millions-de-francais-ont-un-revenu-qui-depend-de-letat-le-calcul-choc-dun-L72X55UULBGDVCM4WTNIQACX3U/


Contrepoints/IREF, January 13

Mercosur : la concurrence déloyale des agriculteurs européens

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Les agriculteurs français continuent de se mobiliser contre le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Marché commun du Sud (Mercado Común del Sur), couramment appelé Mercosur, qui doit être signé samedi 17 janvier 2026 au Paraguay… après 26 ans de négociations.

Les paysans français, et principalement les éleveurs bovins, s’opposent à ce texte parce qu’il les mettrait à la merci de la « concurrence déloyale » des producteurs sud-américains. IREF-Contrepoints a dénoncé, à de multiples reprises ces derniers mois, cette argumentation non fondée. D’abord parce que si l’élevage bovin est en crise, cela n’a rien à voir avec le Mercosur mais plutôt avec la règlementation et la fiscalité tentaculaires et tatillonnes. Ensuite parce que les volumes de viande qui sont censés envahir l’Europe ne représentent qu’à peine 1,5% de la consommation européenne. Enfin parce que la notion même de « concurrence déloyale » n’a ici aucun fondement : ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas le même niveau de normes et de charges que nous que les producteurs d’Amérique latine doivent être accusés de tous les maux.

En réalité, si « concurrence déloyale » il y a, elle est dans l’autre sens. Ce sont les agriculteurs français, et plus largement européens, qui faussent la concurrence avec les aides dont ils bénéficient.

La Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm) a développé un observatoire mondial pour suivre, analyser, et comparer le soutien octroyé par les gouvernements à l’agriculture et à l’alimentation. Cet observatoire publie plusieurs indicateurs. Celui appelé « Soutien total à l’agriculture et à l’alimentation » nous semble le plus pertinent à prendre en considération. Il prend en compte d’une part les dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation (transferts budgétaires aux producteurs, transferts aux consommateurs, services collectifs pour le développement du secteur agricole comme les infrastructures, la formation, la recherche, etc.), et d’autre part les soutiens des prix du marché (droits de douane, taxes, subventions, etc.).

Les données ne sont malheureusement pas disponibles pour tous les pays du Mercosur. Elles le sont cependant pour les principaux pays. Nous découvrons ainsi que le soutien total à l’agriculture et à l’alimentation (STAA) représentait, en 2022 (dernières données disponibles), 4,13% de la valeur de la production agricole au Brésil. Le ratio était de 6,33% pour le Chili, de 5,02% pour la Colombie, et de -12,68% pour l’Argentine. Alors qu’en Europe, il était de 19,66%.

Argentine mise à part – qui, bien avant Milei, ne subventionnait pas son agriculture – il s’avère que les pays sud-américains pour lesquels nous disposons de données soutiennent cinq fois moins leur agriculture que les Européens. Ce sont bien donc ces derniers qui font une concurrence déloyale aux producteurs du Mercosur.

https://contrepoints.org/mercosur-la-concurrence-deloyale-des-agriculteurs-europeens/


Atlantico, January 12     

Le modèle français n’a pas besoin d’une relance de la consommation

Le modèle français a besoin d’une relance de l’offre. La reprise du débat budgétaire a ravivé, une fois encore, les appels à une relance de la consommation. Or la France n’a pas besoin de consommer davantage : elle a besoin de produire plus et mieux.

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La classe politique qui refuse de l’admettre prend le risque de suicider le système économique.

L’illusion de la « fièvre acheteuse » Tout se passe comme si les Français n’avaient qu’un seul objectif : consommer toujours plus.

En conséquence, les responsables politiques s’acharnent à vouloir stimuler la demande. Les lobbies de la grande distribution s’en félicitent, les plateformes chinoises s’en réjouissent… mais ce sont pratiquement les seuls bénéficiaires réels de cette stratégie.

La classe politique, toutes tendances confondues, est convaincue que le remède miracle passerait par un soutien massif au pouvoir d’achat.

Les uns réclament des hausses de prestations sociales qu’ils sont incapables de financer. Les autres prônent une augmentation de la fiscalité sur les plus riches et sur les entreprises, présentée comme la solution universelle.

Hormis quelques figures comme Gabriel Zucman ou Thomas Piketty, la grande majorité des économistes et des sociologues peinent à défendre l’idée selon laquelle surtaxer les entreprises les plus performantes permettrait de sortir durablement de la crise. Ils restent d’ailleurs largement isolés.

Certes, les sondages rappellent que l’inflation et le pouvoir d’achat figurent parmi les principales préoccupations des Français.

Certes, près de six millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ou peinent à boucler leurs fins de mois. Leur grogne et leur colere est donc totalement legitime.

Mais personne n’est dupe : répondre à ces difficultés par une relance aveugle de la consommation est une réponse émotionnelle, et tres politique , pas une stratégie économique.

1er point : le modèle français n’a pas besoin d’une relance massive de la consommation. pour trois raisons :

Première raison : l’argent existe déjà

La France ne manque pas de liquidités. La masse d’épargne disponible est historiquement élevée.

Entre les comptes d’épargne et l’assurance-vie, plus de 6 000 milliards d’euros sont aujourd’hui immobilisés, principalement par précaution depuis la crise du Covid.

Si les Français avaient réellement le besoin ou l’envie de consommer davantage — acheter un véhicule neuf, investir dans l’équipement du logement, consommer des services — ils en ont les moyens.

Deuxième raison : la consommation tient déjà le système

La consommation est aujourd’hui le seul moteur de la croissance qui fonctionne encore.Les deux autres piliers — l’investissement et les exportations — sont, eux, à l’arrêt ou fortement dégradés.

Stimuler encore la demande ne ferait que masquer l’affaiblissement structurel de l’appareil productif.

Troisième raison : un risque inflationniste et budgétaire

Injecter massivement des liquidités dans l’économie aurait deux conséquences possibles :

soit ces flux seraient immédiatement réorientés vers l’épargne ;soit ils alimenteraient un regain d’inflation.

Dans les deux cas, l’effet serait négatif : dégradation de la balance commerciale, aggravation du déficit public et perte de compétitivité.

Les derniers défenseurs d’un keynésianisme mécanique gagneraient à changer de logiciel. La relance de la consommation ne répond à aucune urgence économique réelle et produirait aujourd’hui plus d’effets toxiques que vertueux.

Le schéma keynésien est intellectuellement cohérent : plus de consommation entraîne plus de commandes, donc plus de production.

Mais il ne fonctionne que si l’appareil productif est prêt, compétitif, innovant et capable de monter rapidement en cadence. Ce n’est pas le cas de la France actuelle.

2e point : L’urgence absolue : relancer une véritable politique de l’offre

Le modèle français a besoin, de toute urgence, d’une relance par l’offre.

La vraie question est de savoir si l’appareil productif en a aujourd’hui les moyens financiers, techniques et réglementaires. La réponse est clairement non.

L’économie peut redémarrer si certaines conditions sont réunies :

moins d’impôts et de charges sur la production ;plus de liberté d’installation, d’innovation et de concurrence ;moins de contraintes normatives, administratives et fiscales.

La mécanique de l’offre, conceptualisée notamment par Joseph Schumpeter, est simple et rationnelle : alléger les contraintes pesant sur l’entreprise, sécuriser le financement de l’innovation et améliorer la visibilité à long terme permet aux chefs d’entreprise d’investir, de moderniser leur outil productif et de créer de l’emploi.

C’est ainsi que se crée une croissance durable, fondée sur la productivité et la valeur ajoutée, et non sur la dépense publiqueou sociale.

3e point : La clé de voûte : la confiance

Aucune stratégie de relance par l’offre ne peut fonctionner sans un ingrédient fondamental : la confiance.

C’est parce que le consommateur a confiance qu’il accepte de désépargner.C’est parce que l’entrepreneur a confiance qu’il investit et embauche.

La confiance relève avant tout de la politique, au sens noble du terme :

la capacité à offrir une vision lisible, crédible et stable de l’avenir économique.

Or la France est en train de se fragiliser parce que plus personne n’a confiance en personne, et surtout plus confiance dans ceux qui pilotent le système.

Des pilotes sérieux existent encore, mais ils sont inaudibles ou marginalisés.

Sans cap clair, sans vision de long terme et sans courage politique, le pays s’enfonce dans une forme d’autodestruction économique silencieuse.

https://atlantico.fr/article/decryptage/le-modele-francais-na-pas-besoin-dune-relance-de-la-consommation-jean-marc-sylvestre


Le Figaro, January 11       

«Un pays qui ne se nourrit plus lui-même» : comment la France agricole est tombée de son piédestal

DÉCRYPTAGE – La balance commerciale de l’Hexagone dans l’agroalimentaire sera probablement déficitaire cette année. Une dégradation due à des facteurs conjoncturels, mais qui illustre aussi la baisse de la compétitivité de la ferme France.

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Le scénario, encore inenvisageable il y a quelques années, se fait de plus en plus probable. Les chiffres définitifs ne seront connus que dans quelques semaines, mais la ferme France pourrait bien avoir effectué, l’an dernier, l’un des pires exercices de son histoire. Fleuron historique de l’économie française et pilier des excédents commerciaux (avec l’armement, les parfums et cosmétiques et la pharmacie), les produits agricoles et agroalimentaires seront probablement en déficit commercial en 2025, une première depuis 1978. Un coup de tonnerre.

Certes, l’excédent avait déjà été divisé par deux entre 2022 et 2024, passant de 10,2 à 4,9 milliards d’euros ; mais en 2025, le solde entre les importations et les exportations des denrées et produits agroalimentaires devrait être tout juste à l’équilibre, voire dans le rouge, s’accordent à dire les pouvoirs publics et les principales filières françaises. Sur 12 mois à fin octobre, il n’atteignait plus que 715 millions d’euros, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, accusant une baisse annuelle de 87 %.

Cette situation s’explique par une conjonction de facteurs défavorables l’an dernier qui a frappé les trois piliers de l’excédent commercial agricole français que sont les céréales, les vins et spiritueux, et les produits laitiers. Victimes d’une très mauvaise récolte en 2024, et donc faute de volumes de qualité, les céréaliers ont manqué leur campagne de commercialisation en 2025. Les tensions géopolitiques avec l’Algérie, leur premier marché au grand export, ont aussi fortement pesé sur les expéditions, en baisse de 16 % fin juillet sur un an, selon les chambres d’agriculture. Cette chute contribue à plus de 20 % de la dégradation de la balance, selon les douanes.

Freins géopolitiques

Du côté des vins et spiritueux (14,3 milliards d’euros d’excédents en 2024), la fermeture partielle du marché chinois aux eaux-de-vie de vins européennes, et dans une moindre mesure la hausse des droits de douane imposée par Donald Trump, ont pesé sur le solde commercial. Et ce même si l’effet réel de ces barrières douanières se fera surtout sentir dans les prochains mois. La baisse structurelle de la consommation d’alcool dans les marchés matures pèse aussi. Les produits laitiers sont enfin concernés par la hausse des droits de douane aux États-Unis, même si ce débouché est moins stratégique pour eux. Ils contribuent pour un quart (24 %) de la chute des exports en 2025.

Une grande partie de ces difficultés sont donc conjoncturelles. Mais le décrochage de la compétitivité de la filière agroalimentaire française est ancré plus profondément. « Un solde commercial agricole dans le rouge, cela signifie un pays qui ne se nourrit plus lui-même. Ce n’est pas un accident mais la conséquence d’une perte de compétitivité structurelle », estime Dominique Chargé, le président du syndicat des coopératives agricoles. La dégradation n’est pas nouvelle. Déjà depuis 2015, la France est en déficit avec ses voisins européens, sur le plan alimentaire. La signature des traités commerciaux comme celui avec le Mercosur est vue comme une des principales causes de l’affaiblissement de la ferme France. Mais le déclin est bien multifactoriel. Il est à chercher sur le plan climatique d’abord, avec des rendements agricoles de plus en plus aléatoires sous le coup des événements extrêmes (sécheresse, inondations, gels tardifs…).

Lourdeurs administratives

La superposition des normes, qui sont en France à la fois plus nombreuses et plus dures que dans les autres pays européens et les pays tiers, affaiblit la compétitivité de la ferme France. De l’interdiction anticipée des néonicotinoïdes en 2018, en passant par les restrictions d’utilisation de certains produits (glyphosate…), les agriculteurs français peuvent se targuer d’être parmi les mieux-disants au monde d’un point de vue environnemental. Mais ces différences de règles, couplées à une lourdeur administrative (en Europe comme en France), renchérissent leurs coûts, pèsent sur les rendements, et par ricochet, affaiblissent leurs revenus. Voire précipitent les exploitations françaises au bord du gouffre, laissant ainsi la place aux productions étrangères.

Dernier exemple en date : l’interdiction de l’acétamipride en 2018, un insecticide pourtant autorisé partout dans l’Union européenne (UE) jusqu’en 2033. Aux côtés d’autres impasses techniques et sanitaires, ce bannissement a laissé des filières françaises (noisettes, pommes…) sans solution pour lutter contre les parasites. Prévue par la loi Duplomb, la possibilité de sa ré-autorisation provisoire dans l’Hexagone cette année a suscité une levée de boucliers chez une partie des Français. Ainsi que la censure cet été de la mesure par le Conseil constitutionnel.

L’écueil de la montée en gamme

Autre écueil : la montée en gamme de la ferme France lancée dans la foulée des États généraux de l’alimentation de 2017. Pensée pour vendre plus cher nos produits à l’étranger, cette stratégie s’est heurtée de plein fouet à la crise inflationniste de 2022-2023, consécutive à la guerre en Ukraine. Les consommateurs déclarent vouloir acheter toujours de plus de produits « made in France » ; mais soucieux de leur pouvoir d’achat, en rayon, ils privilégient aujourd’hui encore les prix bas, quitte à préférer les imports. Ayant délaissé une partie des productions standards au profit des labels (bio, Label rouge…), des filières ont vu leurs clients se tourner vers des productions moins chères, souvent importées. C’est le cas des fruits (importés désormais à 70 %), des légumes (30 %) ou de la volaille (50 %). Une occasion en or manquée, alors que la consommation de poulets et d’œufs s’envole. Désormais, la moitié des poulets consommés en France sont importés, contre 25 % au début des années 2000. Et malgré une production de 15 milliards d’unités d’œufs par an, la France peine désormais à répondre seule à la demande des particuliers et des industriels.

Les difficultés à construire de nouveaux bâtiments d’élevage dans les régions, sous le coup des oppositions locales, pénalisent aussi les filières désireuses d’augmenter leur production en France. Sur ce point, les récentes évolutions de la loi d’orientation agricole et de la loi Duplomb pourraient lever enfin quelques freins pour redonner de l’élan aux campagnes françaises. Une urgence absolue, au moment où près de la moitié des fermes de France doivent encore trouver un repreneur dans les dix ans.

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/un-pays-qui-ne-se-nourrit-plus-lui-meme-comment-la-france-agricole-est-tombee-de-son-piedestal-20260109


Les Echos, January 10     

Le ras-le-bol des industriels de l’aéronautique française contre les prélèvements fiscaux record

Selon le représentant des industriels français, Olivier Andriès, l’industrie aéronautique française est la plus taxée d’Europe, à raison de 12,5 milliards d’euros de prélèvements fiscaux par an. Une menace pour la compétitivité des entreprises tricolores.

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L’exercice tient du rituel. A chaque début année, d’éminents représentants de l’association des industries françaises aéronautiques et spatiales (le Gifas), formulent des voeux pour la nouvelle année, en promettant de la croissance et des embauches, pour peu que le gouvernement n’alourdisse pas leur fardeau fiscal. Et chaque année, le secteur continue néanmoins de croître, tandis que les prélèvements de l’Etat continuent d’augmenter.

Le nouveau président du Gifas, Olivier Andriès, n’a pas dérogé à la règle, ce jeudi. Tout en soulignant « l’exceptionnelle résilience » de l’aéronautique française, dont l’activité a encore progressé « de 10 % à 15 % », l’an dernier, et qui a recruté « entre 25.000 à 30.000 personnes », le directeur général de Safran a, une fois encore, mis en garde contre les menaces pesant sur sa compétitivité. Un coup de gueule qui n’est pas sans rappeler celui du patron d’Airbus en janvier 2025.

Un « concours Lépine »

« Nos parlementaires ont perdu la boussole, a-t-il estimé. C’est, tous les jours, un concours Lépine pour taxer plus et travailler moins. Ce n’est pas comme ça que nous allons nous en sortir. Pour créer de la richesse, Il faut encourager l’investissement et non pas le décourager ».

Selon le président du Gifas, l’industrie aéronautique française, qui est le premier contributeur à la balance commerciale hexagonale, avec un excédent de 30 milliards d’euros en 2024, est déjà celle qui supporte les prélèvements fiscaux les plus importants en Europe. « L’Etat et les collectivités locales prélèvent 12,5 milliards d’euros par an sur le secteur, pour un milliard d’euros d’aides publiques, souligne-t-il. C’est un beau taux de rentabilité. »

Or, plusieurs amendements débattus au Parlement dans le cadre du projet de loi de finances 2026 tendent à réduire les aides, tout en augmentant encore les prélèvements, à travers différentes mesures comme le maintien de la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, la taxation des « super dividendes » et des rachats d’actions, ou la remise en cause de la baisse des impôts de production.

A elle seule, la hausse de l’impôt sur les sociétés, décidée en 2025, représenterait un surcoût de 800 millions d’euros par an pour l’aéronautique française. Mais deux autres menaces plus spécifiques au secteur se profilent pour 2026. La première est la tentative des précédents gouvernements de réduire les aides versées à la recherche aéronautique, fixées à 300 millions par an. Début 2025, les grands patrons français de l’aéronautique étaient déjà montés au créneau collectivement pour défendre cette enveloppe.

« Nous avons un grand rendez-vous vers 2030, quand Airbus et Boeing lanceront les successeurs des A320 et du B737, a expliqué Olivier Andriès. La filière française doit s’y préparer en investissant massivement sur les cinq prochaines années. Le président de la République s’est engagé, à deux reprises, à accompagner les efforts de la filière. La moindre des choses, c’est que ces engagements soient tenus », a-t-il souligné.

Le second « sujet de préoccupation » est la volonté de restreindre les conditions d’application du crédit d’impôt recherche (CIR), qui permet aux entreprises de déduire de leurs impôts une partie de leurs dépenses de recherche et développement, à hauteur de 30 % des dépenses jusqu’à 100 millions d’euros et de 5 % au-delà de ce seuil.

« C’est le crédit impôt recherche qui nous permet d’avoir une activité de R&D compétitive en France, assure le patron de Safran. Si on démantèle cet outil, on compromet le maintien des bureaux d’études en France et des chaînes industrielles. »

Une part croissante de l’activité hors de France

Ce risque de voir partir à l’étranger une partie de l’activité aéronautique est déjà bien réel. Entre les demandes de « retour industriel » de certains gros clients dans leurs pays d’origine et la nécessité de réduire les coûts pour satisfaire les exigences des grands donneurs d’ordre, de nombreuses entreprises françaises ont déjà dû transférer à l’étranger une part de leur production, notamment vers des pays à bas coûts, comme le Maroc ou le Mexique.

C’est le cas de Safran, dont 40 % des effectifs sont aujourd’hui situés hors de France, contre 20 % au début des années 2000, avant la fusion entre Snecma et Sagem. Et ce n’est pas fini. Parmi les principaux investissements annoncés l’an dernier par Safran figurent ainsi l’ouverture d’un nouveau centre de maintenance de moteurs d’avions et l’annonce d’une chaîne d’assemblage de moteurs LEAP à Casablanca.

Officiellement, il ne s’agit que de « dérisquer » l’assemblage des moteurs LEAP (ceux des Airbus A320 et des Boeing 737), sans rien enlever à la chaîne d’assemblage française de Villaroche. Il ne s’agit donc pas de délocalisation. Mais dans les faits, c’est une partie de la croissance qui partira au Maroc. Un pays où Safran est déjà bien présent et où les compétences ne manquent pas, mais où le salaire minimum est de 317 euros par mois, l’électricité 30 % moins chère qu’en France, où l’on peut construire une usine en quelques mois, et où les entreprises étrangères bénéficient d’une exonération totale d’impôt pendant cinq ans.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/le-ras-le-bol-des-industriels-de-laeronautique-francaise-contre-les-prelevements-fiscaux-record-2208591?utm_social_post_id=646753513&utm_medium=Reseaux+sociaux+&utm_campaign=CM_News_Twitter&Reseaux+sociaux+=CM_News_Twitter&utm_social_handle_id=92564226


Le Point, January 8         

Accord Mercosur : la France face au miroir de son déclin agricole

ANALYSE. L’accord UE-Mercosur révèle les gagnants et les perdants de l’agriculture européenne. La France, coincée entre deux modèles, décroche. Ce n’est pas inéluctable.

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fracturent l’agriculture européenne. Alors que l’UE affiche globalement une santé exportatrice solide – avec environ 235 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires hors UE en 2024 pour un excédent de 40 à 60 milliards selon le périmètre – les quatre grandes puissances agricoles que sont la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas (un cas un peu particulier) et la Pologne n’abordent pas cet accord dans la même posture. Leurs profils commerciaux, leurs spécialisations et leurs vulnérabilités dessinent une géographie contrastée des gagnants et des perdants potentiels.

Premier paradoxe : la France, longtemps excédentaire et référence européenne en matière agricole, se trouve aujourd’hui en position défensive. Ses exportations agroalimentaires au sein de l’UE atteignent environ 35 à 40 milliards d’euros, mais ses importations en provenance de ses partenaires européens culminent à 40-45 milliards, créant un déficit structurel de 5 à 10 milliards. C’est donc en Europe que la France recule. Si elle maintient encore un excédent de 5 à 10 milliards avec le reste du monde (25-30 milliards d’exportations pour 15-20 milliards d’importations), cette position s’effrite néanmoins rapidement.

Les volumes d’exportations de produits agricoles français ont chuté de 20 % sur la décennie 2015-2024, tandis que les produits transformés reculaient de 7 %. Dans ce contexte déjà fragile, l’accord Mercosur apparaît pour une partie du monde agricole comme le coup de trop. L’élevage français est déjà sous la pression face à la concurrence espagnole et polonaise sur le marché européen. En fait, le quota ouvert aux Sud-Américains est faible (moins de 2 % de la consommation européenne) mais il arrive dans un contexte politique éruptif où presque toutes les familles politiques françaises jouent la carte du catastrophisme, y compris les partis centristes.

Un modèle du passé

Or, les contreparties positives existent dans l’accord avec le Mercosur : meilleur accès aux marchés sud-américains pour les vins (la France exporte pour environ 8-10 milliards d’euros de vins et spiritueux), les fromages AOP et les semences. Question : ce gain marginal saura-t-il compenser la déstabilisation potentielle de l’élevage, notamment dans les régions herbagères du Massif central et de l’Ouest ? L’érosion de la compétitivité française en matière agricole tient à un piège historique : la France a perfectionné un modèle agricole qui était gagnant dans les années 1970-1990 mais qui ne correspond plus aux réalités du marché européen et mondial actuel.

L’Hexagone a construit sa puissance agricole sur la production de volumes massifs, encouragée par la PAC originelle : céréales en grande culture, élevage bovin extensif dans les zones herbagères, standardisation des productions. Ce modèle fonctionnait quand les prix garantis récompensaient la quantité et quand les marchés européens absorbaient tout. Mais aujourd’hui, la compétition se joue sur deux terrains où la France est mal positionnée : soit le très bas coût (Pologne, Espagne, pays tiers), soit le très haut de gamme (Italie).

Deuxième raison : la France supporte des charges de production élevées – coût du travail, normes sociales et environnementales, foncier – qui la placent au-dessus de l’Espagne ou de la Pologne. Mais contrairement à l’Italie ou aux Pays-Bas, elle n’a pas su transformer ce surcoût en avantage qualitatif reconnu et valorisé sur le marché. L’Italie a réussi à faire de ses contraintes un atout marketing (« Made in Italy », terroirs, AOP), captant ainsi des marges qui compensent largement ses coûts. La France, elle, se retrouve coincée au milieu : trop chère pour concurrencer sur le volume, pas assez premium pour échapper à la guerre des prix.

Des filières mal organisées et une spécialisation devenue vulnérabilité

L’Espagne a construit de véritables chaînes de valeur verticalement intégrées dans le porc, les fruits et légumes, avec une logistique redoutable vers l’Europe du Nord. La Pologne a industrialisé sa volaille et son porc avec une efficacité remarquable. La France, fragmentée entre multiples opérateurs – coopératives parfois en concurrence, et industries de transformation sous-capitalisées – peine à rivaliser en efficacité opérationnelle.

Si bien que les exportations italiennes ont progressé de 80-90 % en dix ans contre 40 % pour la France. Cette différence s’explique largement par le mix de produits : l’Italie exporte massivement des produits transformés à haute valeur (vins haut de gamme, fromages AOP, charcuteries premium, pâtes). La France exporte encore beaucoup de produits bruts ou faiblement transformés, qui sont justement les segments où la concurrence est la plus féroce.

L’élevage bovin extensif français – les régions herbagères du Massif central et de l’Ouest déjà mentionnées – symbolise ce décalage. C’était une force quand l’Europe manquait de viande et payait des prix élevés. C’est devenu une faiblesse structurelle face à des compétiteurs sud-américains aux coûts imbattables, mais surtout face à l’élevage intensif polonais. Et contrairement au parmigiano ou au jambon de Parme, le bœuf français n’a pas réussi à créer une image premium suffisamment forte pour justifier un différentiel de prix massif.

Derrière ces chiffres se cache peut-être le facteur le plus déterminant : une incapacité collective à pivoter stratégiquement. L’Italie a fait le choix des AOP et du premium dès les années 1990-2000. L’Espagne a investi massivement dans la modernisation logistique et les serres. La France, elle, a continué à défendre le modèle existant via les subventions PAC plutôt que de forcer une transformation structurelle des filières.

Le choix cornélien de Macron

Le résultat, c’est cette bascule historique : pour la première fois depuis cinquante ans, la France pourrait passer en déficit agroalimentaire global dès 2025. Ce n’est pas un accident conjoncturel, c’est l’aboutissement d’un décrochage structurel face à des voisins qui ont mieux anticipé les nouvelles règles du jeu. Dans ce paysage, Emmanuel Macron a donc, dans un premier temps, tenté de réunir une minorité de blocage en fédérant toutes les grandes nations agricoles : la Pologne a suivi, comme l’Irlande, l’Autriche, la Hongrie. L’Italie a rejoint le mouvement, profité du travail technique des diplomates français mais Giorgia Meloni poursuivait d’autres buts, notamment la garantie des aides directes aux agriculteurs dans le prochain budget européen de long terme.

Dès lors que la Commission s’est engagée à rectifier son budget, l’Italie a basculé dans le camp des pays qui vont valider l’autorisation de signature du Mercosur à la fin de la semaine. Sans l’Italie, pas de minorité de blocage. La France a obtenu des garanties : clause de sauvegarde renforcée pour éviter une baisse des prix sur les produits sensibles, élimination des résidus de pesticides, renforcement des contrôles y compris dans les pays d’origine, mesures sur le prix des engrais, allègement des contrôles environnementaux en Europe… Pour obtenir le feu vert de la France, Ursula von der Leyen a dû, à plusieurs reprises, arbitrer contre sa propre DG Commerce ou la DG Environnement.

Pour obtenir toujours plus, le chef de l’État a inlassablement répété depuis des mois que le « compte n’y est pas ». Nous sommes désormais à trois jours de l’approbation ou non de la signature, ce vendredi 9 janvier, le président de la République va devoir trancher : se rangera-t-il dans le camp des pro-Mercosur puisque, de toute façon, il n’y a plus de minorité de blocage ? Il pourrait alors se prévaloir des garanties obtenues. Ou bien cédera-t-il à la tentation du « non » – même s’il est stérile – uniquement pour se ranger du côté des milieux agricoles français, qui seront, de toute façon, furieux ? On dira alors que la France ne pèse rien et il se sera battu, pendant un an, pour des garanties sans en récolter le bénéfice politique. Un peu étrange, quand même.

Beaucoup à apprendre de l’Italie

Dernière option : se réfugier dans l’abstention, un « ni ni » qui n’aurait pas grand sens. Comment la France pourrait-elle ne pas avoir d’avis sur un accord aussi important ? On dira qu’il y a des « abstentions constructives » mais, dans ce cas, autant voter « oui » puisque cela revient au même…

Au-delà de ces considérations du moment, le grand chantier de la rénovation de l’agriculture française est devant nous. C’est en France et nulle part ailleurs que la compétitivité de notre agriculture sera restaurée. Le modèle italien n’est pas hors d’atteinte : France et Italie partagent le même capital de terroirs, de savoir-faire et d’image gastronomique. La différence n’est pas dans les dotations initiales mais dans les choix stratégiques. Ce qui a réussi à Parme ou à la Toscane pourrait fonctionner en Auvergne ou dans le Sud-Ouest – à condition d’en faire une priorité industrielle et non un discours de salon.

https://www.lepoint.fr/monde/accord-mercosur-la-france-face-au-miroir-de-son-declin-agricole-ERRB2QGY6JF7POUT3H6LTT3QQE/


Atlantico, January 8     

Bon diagnostic mais angles morts : le plan (PAS) choc de Bruno Retailleau pour l’économie française

En voulant faire du travail le levier central du pouvoir d’achat et de la compétitivité, Les Républicains posent un diagnostic largement partagé. Mais entre cohérence intellectuelle, angles morts structurels et absence de chiffrage, leurs propositions suscitent autant d’adhésion que de réserves.

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Mais entre cohérence intellectuelle, angles morts structurels et absence de chiffrage, leurs propositions suscitent autant d’adhésion que de réserves.

Atlantico : Les Républicains viennent de présenter leur nouvelle ébauche de programme “choc” pour revitaliser l’économie française et le pouvoir d’achat des actifs. Dans quelle mesure faut-il penser que le constat posé par la droite est le bon ? Quelle lecture économique faut-il faire, selon vous de l’intention qui gouverne à ces propositions ?

Julien Pillot : Le constat posé par Les Républicains est le suivant : le travail ne permet pas suffisamment de s’enrichir en France, autrement dit le travail ne paie pas assez. On observe, dans leurs propositions, une forme de retour à l’idée du « travailler plus pour gagner plus ». C’est un constat que l’on peut, dans une certaine mesure, partager. Il est clair que, ces dernières années, on a vu progresser une nouvelle catégorie socio-professionnelle que l’on pourrait qualifier de « travailleurs pauvres ». Des personnes qui restent dans une situation de fragilité très forte alors même qu’elles travaillent. C’est une situation qui ne peut pas être considérée comme acceptable, ni même digne, pour la septième puissance économique mondiale. Que derrière un parti de droite républicaine se dessine l’idée que cette situation constitue une inefficience — une inefficience liée à un système qui serait arrivé à bout de souffle et qu’il conviendrait donc de corriger —, cela a, en soi, quelque chose d’assez logique. On peut dire que cela tombe plutôt sous le sens. En revanche, au-delà du constat, se pose la question des propositions d’action telles qu’elles sont formulées aujourd’hui par Les Républicains. Sont-elles réellement opérantes ? Sont-elles réellement efficientes ? Et là, à mon sens, le regard doit être plus nuancé.

François Facchini : Le constat de la droite LR est dans la ligne de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Il rejoint le diagnostic de François Bayrou en avril 2025. Le premier ministre de l’époque affirmait que la France ne travaillait pas assez et donc ne produisait pas assez. C’est juste. Focaliser l’attention sur le travail est une bonne chose si le discours ne porte pas seulement sur l’effort, sur le labeur, mais s’il porte aussi un discours moral. Il y a une moralité du travail. Cette moralité du travail est celle de l’économie de marché, car sur un marché la loi de Say s’applique : chacun ne consomme qu’en proportion de son revenu, de sa contribution à la valeur de sa production. Cette moralité, lorsqu’elle s’applique aux finances publiques, tend à s’assurer que si quelqu’un reçoit quelque chose (un revenu public ou un bien public), il a en contrepartie donné quelque chose. Cette moralité est aussi une condition du don. Car donner suppose que l’on ait quelque chose à donner. Il est juste, dans ces conditions, de donner à des fondations caritatives. Mais pour être généreux, il faut avoir produit. La production est nécessairement antérieure à la distribution et à la consommation. Cela signifie qu’il faut au moins autant sanctifier ceux qui travaillent que ceux qui donnent.

Les chiffres sont incontestables. C’est bien de le dire et de ne pas s’illusionner sur la situation relative de la France. Est-ce que dénoncer le rôle particulièrement destructeur des 35 H est une bonne chose ? La réponse est oui. « L’idée selon laquelle la réduction de la durée du travail crée des emplois n’a aucune validité empirique ». Il est bien temps d’abolir les 35 heures[1]. Comme la thèse keynésienne de la dépense gratuite via l’effet multiplicateur dénoncé par Robert Barro, la thèse aussi keynésienne d’un excès d’offre fait fi de son impact sur les coûts et la compétitivité des entreprises, mais aussi sur les finances publiques, car le passage au 35 H dans le secteur public a été à l’origine de nombreuses créations de postes de contractuels et explique en partie la dynamique de la masse salariale dans le secteur public. Ni les dépenses publiques magiques ni l’argent magique n’existent et le livre de l’économiste Jean-Marc Daniel l’a parfaitement expliqué. Enfin écarter l’idée que désormais les dépenses publiques ne sont pas la solution pour desserrer la contrainte des revenus des français est juste.

Le constat de la droite est juste. Il pointe de nombreuses dérives du modèle français qui progressivement d’un régime d’assurance où chacun paie pour être protégé nous ont fait passer à un régime d’assistance où les transferts n’exigent plus aucune contrepartie. Est-ce qu’il suffit de travailler plus pour produire plus ? La réponse est non, il y a des étudiants qui travaillent beaucoup plus que d’autres et qui n’ont pas de meilleurs résultats. La qualité du travail compte tout autant que la quantité. Cette qualité dépend principalement du mécanisme qui affecte les talents individuels. Si les élites françaises s’expatrient ou si elles choisissent des secteurs protégés ou la haute fonction publique, on pourra toujours augmenter la durée du travail. Un homme qui est payé pour un service que personne n’attend peut travailler 50 heures par semaine, cela ne créera pas de valeurs.

Le progrès économique ne se résume pas à produire plus, il s’agit de quantité, mais de valeur, de qualité de la coordination entre les projets de production et les projets de consommation.

Au-delà de la seule intention, que faut-il dire de la qualité des solutions économiques envisagées par Les Républicains ? Faut-il penser, par exemple, que ce programme est de nature à replacer la France sur les bons rails, d’un point de vue économique ou faut-il au contraire s’inquiéter de certaines failles et autres potentiels angles morts (lesquels) ?

Julien Pillot : Il y a beaucoup de propositions dans ce premier jet. Ce n’est pas encore un programme totalement structuré, mais un ensemble de mesures. On peut néanmoins leur reconnaître une chose : elles sont globalement cohérentes entre elles. Elles s’inscrivent dans une logique d’ensemble qui vise à revaloriser le travail et à améliorer la compétitivité, notamment celle des entreprises exportatrices, qui souffrent d’un coût du travail parmi les plus élevés au monde. De ce point de vue-là, on peut considérer qu’il y a une certaine cohérence intellectuelle et stratégique, et que ce n’est pas dénué d’intérêt. Cela étant dit, lorsque l’on entre dans le détail de l’inventaire des mesures, certaines apparaissent discutables.

Prenons par exemple ce qui est sans doute la mesure phare : le déplafonnement des heures supplémentaires. L’idée est clairement de « sortir des 35 heures par le haut », pour reprendre les termes employés. C’est une piste qu’on peut envisager, mais elle n’est pas exempte de zones d’ombre. Concrètement, cette mesure va surtout favoriser les insiders, c’est-à-dire les personnes qui sont déjà en emploi. Elle peut inciter les dirigeants d’entreprise à demander à ceux qui travaillent déjà de travailler davantage. Ces heures supplémentaires coûteront moins cher à l’employeur et rapporteront davantage au salarié.

A priori, on est donc sur une logique gagnant-gagnant. Mais, dans le même temps, cela peut désinciter à la création de nouveaux emplois. Or, les emplois dits « juniors », qui constituent traditionnellement un vivier d’entrées sur le marché du travail, sont aujourd’hui — et le seront encore davantage dans les prochaines années — fortement challengés par l’intelligence artificielle. Si l’amélioration de la compétitivité des entreprises et du pouvoir d’achat des salariés déjà en poste se fait au prix d’une hausse du chômage ou d’une moindre création d’emplois, notamment pour les jeunes et les profils peu expérimentés, il n’est absolument pas garanti que le compromis soit positif pour l’économie française dans son ensemble.

C’est d’ailleurs un reproche plus général que l’on peut adresser à l’ensemble de ces propositions : l’absence quasi totale de chiffrage. Il aurait été nécessaire de s’appuyer sur des modèles macroéconomiques solides permettant de simuler les gains — en compétitivité, en pouvoir d’achat pour les insiders — mais aussi les effets indésirables potentiels sur les outsiders du marché du travail. Cette myopie est d’autant plus problématique que les autres propositions phares des Républicains portent sur la lutte contre l’assistanat, à travers plusieurs leviers, notamment le plafonnement des aides et la transformation du RSA. Demander aux bénéficiaires des aides sociales, et en particulier des minima sociaux, de justifier d’au moins 15 heures d’activité pour percevoir leurs prestations peut sembler pertinent sur le papier.

Mais si l’économie n’est pas capable de créer les « mini-jobs » nécessaires pour absorber ces personnes souvent peu qualifiées, le risque est surtout de produire davantage de misère sociale. Or, la misère sociale a un coût — quoi qu’on en pense, quoi qu’on en dise, et quoi qu’en pensent Les Républicains. C’est là encore une forme de myopie. Certaines mesures méritent d’être discutées sinon complètement revues. Le projet concernant la CSU constitue à mon sens une très bonne idée, dans la théorie. En pratique, je pense qu’elle sera contrariée dans sa mise en œuvre. A l’inverse, il ne me semble pas pertinent de s’attaquer aux ruptures conventionnelles et le proposer de la sorte traduit une réelle méconnaissance de la réalité du monde du travail.

Enfin, il y a ce que j’appelle l’éléphant dans la pièce, et qui constitue, selon moi, la critique la plus sévère que l’on puisse formuler à l’encontre de ce projet : l’absence totale de réflexion sur la réforme de l’État. Cela concerne les agences de l’État, les collectivités territoriales, mais aussi et surtout la question des retraites, qui pèse extrêmement lourd dans notre endettement annuel et structurel. Cet éléphant dans la pièce, qui permettrait pourtant de dégager de véritables marges de manœuvre budgétaires à long terme, n’est tout simplement pas abordé. Cette absence, comprenons-le bien, n’a rien de neutre. Elle traduit une volonté politique très politicienne : ne surtout pas prendre le risque de s’aliéner certains électorats. Les bénéficiaires des aides sociales ne constituent pas un électorat traditionnellement acquis aux Républicains, donc le risque est limité. En revanche, les retraités, on n’y touche pas. Les bénéficiaires directs ou indirects des services publics, on n’y touche pas non plus. Les baronnies locales, pas davantage. Tout cela forme un ensemble de sujets majeurs qui ne sont pas adressés, et c’est, à mon sens, assez coupable de la part des Républicains.

François Facchini : Il faut ici rester prudent, car il ne s’agit que des premières mesures d’un programme qui s’annonce beaucoup plus vaste et beaucoup plus précis sur de nombreux domaines. Comme cela a été dit lors de la conférence de presse, la droite a engagé une refondation doctrinale qui doit la conduire à se donner une nouvelle image sur les questions sociales, économiques et environnementales. La quantité de travail ne peut pas, comme je l’ai expliqué, être le seul levier de croissance. L’origine du décrochage français est en grande partie due à la mauvaise gestion de ses finances publiques, des dépenses publiques aux effets d’inactivité élevés et un effort fiscal trop élevé en particulier sur les revenus et le capital. Il faut attendre le volet fiscal proprement dit pour se prononcer.

Cinq propositions sont énoncées : travailler plus et gagner plus grâce au seuil « zéro cotisation », encourager la reprise d’activité avec le revenu d’incitation à l’activité (RIA), libérer le travail des seniors qui ont tous leurs trimestres et réduire l’assistance grâce au Compte social unique (CSU) et réformer l’assurance chômage pour accélérer le retour à l’emploi. Elles devraient être à l’origine d’environ 30 milliards d’euros d’économies, ce qui est une bonne chose si on garde à l’esprit que le principal problème de la France est le volume de ses dépenses publiques improductives. À chaque fois, il s’agit bien de replacer le travail au cœur des débats via une philosophie du workfare et non du Welfare (État providence). L’idée d’un revenu d’incitation à l’activité (RIA) correspond bien à cette idée. Il a été conçu avec le Think Tank AIRE. Il remplace le RSA, l’ASS et la Prime d’activité et remplace ces trois transferts par un RIA Socle de 300 euros mensuels pour chaque adulte, un RIA Insertion de 250 euros mensuels pour chaque bénéficiaire actif (en formation, recherche d’emploi ou en activité de plus de 15 heures par semaine) avec une déduction de 30 % sur le revenu fiscal de référence du mois précédent. De manière similaire, tout ce qui limite l’assistanat limite les effets d’inactivité de la dépense publique et soutient la production.

Mais pour ne pas se perdre dans les détails techniques, il ne faut jamais oublier aussi que ce qui justifie la générosité du système français, c’est aussi la dynamique de l’emploi. La causalité est circulaire. À l’origine d’un emploi salarié, il y a un entrepreneur, un entrepreneur qui a créé son emploi. Personne n’exigera des allocations chômage généreuses s’il peut retrouver un emploi rapidement. À l’origine des taux de chômage anormalement élevés de la France depuis des décennies, il y a un SMIC élevé qui crée la smicardisation, il y a un droit du travail complexe et qui ne cesse d’augmenter, il y a des règles sanitaires et sociales pour les entreprises aux coûts de mise en conformité excessifs, il y a évidemment le financement de la Sécurité sociale. Ne faudrait-il pas alors, avant de réaménager de manière certes originale et audacieuse le modèle social français, le mettre à plat et se demander si les objectifs des mesures sociales dont l’on cherche à réduire les coûts et les effets négatifs sont justifiés ? Prenons un exemple. Plafonner à 70 % du SMIC Le total de toutes les aides sociales accessibles est une chose, mais s’interroger sur la légitimité d’un salaire minimum en est une autre, autrement plus juste et susceptible de « renverser la table ». De nombreux pays n’ont d’ailleurs pas de salaire minimum : Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Islande, Autriche, Suisse, Italie[2].

La direction est bonne, réduire les désincitations au travail et s’assurer que chacun gagne plus à travailler qu’à toucher des aides.

Mais si on devait trouver des angles morts, on pourrait dire que globalement les propositions du parti sont précises, mais qu’elles ne posent pas un diagnostic clair sur pourquoi les jeunes entrent difficilement sur le marché du travail, pourquoi le taux d’activité des séniors est faible relativement aux pays et pourquoi le taux de chômage des actifs est plus élevé que dans de nombreux pays depuis des décennies. Les propositions sont justes, mais elles ont le tort de ne pas être liées aux désintérêts des jeunes pour l’entrepreneuriat, à la question de la générosité du système de retraite français qui fait que les séniors n’auront pas nécessairement envie de travailler et enfin à l’empilement de réglementations du contrat de travail qui font des patrons la partie forte au contrat et du salarié la partie faible et qui présentent ainsi la relation de travail comme une relation asymétrique, voire d’exploitation.

Faut-il que la droite républicaine, qu’elle a, une fois de plus, oublié ses racines libérales ? Diriez-vous au contraire qu’elle a su se réapproprier cet héritage ?

Julien Pillot : Peut-on qualifier ces propositions de libérales ? Oui, mais d’un libéralisme très compatible avec l’ADN gaulliste du parti. C’est un libéralisme à la française. On est un peu plus pro-business que la moyenne, on met en place quelques mesures en faveur de la compétitivité, on défend une certaine vision de la méritocratie — ceux qui travaillent seraient utiles à la société, ceux qui ne travaillent pas beaucoup moins —, mais on reste fondamentalement très étatiste, même si l’on s’en défend.

Il ne s’agit ni d’ultralibéralisme, ni d’un désengagement massif de l’État de l’économie. On parle plutôt d’une économie légèrement moins administrée, mais qui demeure très fortement encadrée. En réalité, Les Républicains restent profondément ancrés dans une tradition gaullienne dont ils ont du mal à se défaire, tout simplement parce qu’ils n’y ont pas vraiment intérêt. On peut certes citer un David Lisnard, qui tient parfois un discours plus libéral sur le plan économique, mais la majorité des figures du parti — Retailleau, Wauquiez et bien d’autres — n’ont absolument pas envie d’une grande révolution économique.

Enfin, dernière remarque : pour un programme qui se veut « choc », je trouve les mesures plus démesurées qu’ambitieuses.

Et surtout, pour un programme censé promouvoir la compétitivité, une question centrale reste sans réponse : où est la réindustrialisation ? Où sont les investissements ciblés dans les secteurs d’avenir, la recherche, la technologie ? Où sont les investissements destinés à assurer notre souveraineté économique, alimentaire, et en matière de ressources ? C’est une lacune majeure. La compétitivité ne se décrète pas. Réduire le coût du travail est important, certes, mais ce n’est absolument pas suffisant pour être compétitif à l’échelle internationale, surtout dans un contexte de déclassement technologique sur certains secteurs clés.

Si l’on se focalise uniquement sur la compétitivité par les prix, on oublie la compétitivité hors prix : la qualité, l’innovation, les choix stratégiques de long terme. Sur quoi investit-on pour redevenir, ou devenir, incontournables dans certains domaines ? Quelle politique industrielle adopte-t-on ? À quel moment accepte-t-on une dose de protectionnisme ? Quels partenaires choisit-on, et pourquoi ?

En résumé : où va-t-on, comment y va-t-on, et avec qui ? Ce sont des questions fondamentales sur lesquelles Les Républicains vont devoir travailler sérieusement, et rapidement. Ils n’ont pas beaucoup de temps devant eux.

François Facchini : À l’origine de cette posture, il y a le « refus de prendre une posture idéologique », alors que la politique est par nature idéologique, au sens original et non marxiste du terme qui consiste à penser que l’idée que l’on ne partage est une fausse croyance. Alors est-ce qu’en l’état la droite républicaine renoue avec ses racines libérales ? Historiquement le rapport de la droite française au libéralisme est ambigu. On connaît la théorie des trois droites, seules les orléanistes sont proches du libéralisme. L’éthique du travail n’est pas nécessairement un marqueur libéral, les libéraux ne veulent pas mettre les Français au travail, ils ne veulent pas que la France produise plus pour financer le modèle social français. Ils veulent que les Français aient le choix de travailler s’ils s’y épanouissent et de ne pas travailler s’ils en ont les moyens et ne demandent à personne de financer leur oisiveté.

Pour conclure pour l’instant, l’attitude pragmatique semble plus proche d’un Tony Blair que d’une Margaret Thatcher.

[1] Kessler, D. (2012). Il est temps d’abolir les 35 heures. Commentaire, Numéro 140(4), 1172-1174. https://doi-org.iepnomade-2.grenet.fr/10.3917/comm.140.1172.

[2] Kozák, M., and G., Picot 2025. The politics of the minimum wage: Explaining introduction and levels, British Journal of Industrial Relations, 63 (1), 1-215

https://atlantico.fr/article/decryptage/bon-diagnostic-mais-angles-morts-le-plan-pas-choc-de-bruno-retailleau-pour-leconomie-francaise


Contrepoints / IREF, January 8           

La France, c’est 30 millions de fonctionnaires !

En France, selon les statistiques officielles, on compte 5,8 millions d’agents publics sur  30,9 millions d’actifs. Jérôme Baray, professeur en sciences de gestion à l’université du Mans, prétend que « presque tout le monde est fonctionnaire sans le savoir » et estime qu’entre « 25 et 30 millions de personnes ont un revenu qui dépend directement de l’État ».

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Comment arrive-t-il à ce chiffre incroyable ? Tout simplement en ajoutant aux agents publics stricto sensu, « les salariés du monde associatif, les professions libérales de santé, certains salariés du bâtiment et des travaux publics (BTP), les agriculteurs financés par la Politique agricole commune (PAC), les secteurs régulés comme l’énergie ou encore les services financiers adossés à la dette publique ».

Pour Baray, l’idée qu’il existe d’un secteur privé autonome, évoluant hors de l’État, ne résiste pas longtemps à l’analyse. « Dans de nombreux métiers, les revenus dépendent de tarifs publics, de mécanismes de remboursement, de subventions, de régulations ou encore de commandes publiques. »

Sont ainsi agglomérés dans un vaste secteur public, tous ceux qui dépendent des marchés publics (80 Md€ par an) et les concessionnaires (120 Md€ par an pour les seules autoroutes) ; les professionnels de santé dont les tarifs, les remboursements, l’implantation… sont décidés par l’État ; nombre d’acteurs de justice, à l’instar des notaires dont les tarifs sont fixés par arrêté ministériel et dont l’installation est encadrée par l’État ; les startups et autres entreprises qui bénéficient du crédit d’impôt recherche, des garanties de prêts, co-financements ou avances remboursables de Bpifrance ; les exploitations agricoles dont les subventions représentaient en moyenne 38% de leur excédent brut d’exploitation ; le secteur de la culture dont les 740.000 emplois existent grâce aux financements publics et au système de l’intermittence ; la presse dont les aides publiques représentent 21,4% du chiffre d’affaires ; etc.

Jérôme Baray est catégorique, « Si on regarde uniquement les actifs et qu’on additionne tous les métiers qui dépendent peu ou beaucoup de décisions publiques […], entre 25 et 30 millions de personnes ont un revenu qui dépend directement de l’État, d’une façon ou d’une autre. »

Nous pouvons bien sûr, discuter des chiffres de Jérôme Baray, par exemple en notant qu’ils ne prennent pas suffisamment en compte les emplois tournés vers l’expatriation ou certaines professions réllement indépendantes. Mais ses calculs montrent bien, comme l’écrivait Frédéric Bastiat, que « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

Désétatiser la société française est, plus que jamais, une urgence !

https://contrepoints.org/la-france-cest-30-millions-de-fonctionnaires/


Le Figaro, January 7         

Budget : la pression fiscale, principale menace pour les entreprises françaises en 2026

DÉCRYPTAGE – Alors que la croissance résiste aux aléas internationaux et politiques et que l’économie pourrait même profiter d’un gain de productivité, cet avantage risque d’être annulé par la surtaxation des entreprises dans le budget 2026.

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Les grandes entreprises paieront. Telle est, en substance, la philosophie du budget 2026 dans sa « version Assemblée nationale ». La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises a en effet été reconduite par le gouvernement dans sa copie initiale. Après un rendement de 8 milliards d’euros visé en 2025 par le cabinet de François Bayrou, celui affiché par Sébastien Lecornu est de 6 milliards. La cible a été grossie de 2 milliards en cours de route par un amendement de l’exécutif afin de « concentrer l’effort sur les plus grandes entreprises et d’alléger la charge qui repose sur les entreprises de taille intermédiaire ». Il s’agissait surtout de compenser le rétablissement de l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu par les députés, qui faisait perdre à l’État près de 2 milliards d’euros de recettes.

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La droite sénatoriale a eu beau supprimer le surplus d’IS de sa copie adoptée le 15 décembre dernier, la mesure devrait faire son retour à l’Assemblée nationale à la suite de l’échec de la commission mixte paritaire. Philippe Juvin, rapporteur général de la commission des finances au Palais Bourbon, plaide pour son rétablissement dans sa version initiale, soit 4 milliards. Ce qui, associé à quelques autres mesures fiscales et à un coup de rabot supplémentaire sur les dépenses, participerait à ramener la cible de déficit à 5 % du PIB, contre 5,3 % au sortir des débats à la Chambre haute. Le député LR a cependant rappelé sur Sud Radio ce mardi que « le moins d’impôt sur les sociétés sera le bienvenu : la solution n’est pas d’augmenter les impôts, c’est la solution de facilité, il faut baisser les dépenses. »

La France, lanterne rouge de la compétitivité fiscale

Une vision loin de faire l’unanimité. Les entreprises françaises ne vivent « pas dans un enfer fiscal », avait relativisé Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, face à des patrons en novembre dernier. Cependant, comme le met en évidence Fipeco, site de référence sur les finances publiques, « les impôts sur la production des entreprises, l’impôt sur leurs bénéfices et les cotisations des employeurs contribuent au total pour 3,5 points, soit pour 80 %, à l’écart de 4,4 points entre le taux de prélèvements obligatoires français et le taux moyen de la zone euro en 2024 ». À cause de la surtaxe de 8 milliards imposée aux grandes entreprises en 2025, la France a dégringolé au bas de l’indice de compétitivité fiscale tenu par la Tax Foundation, un think-tank basé à Washington. Le pays « affiche le taux d’imposition sur les grandes sociétés le plus élevé de l’OCDE, à 36,13 %, incluant plusieurs surtaxes et impôts de production distorsifs », justifient les auteurs du rapport publié en octobre. Si ce n’est l’enfer, au moins cela ressemble-t-il au purgatoire.

Une fois de plus, donc, l’effort budgétaire de la France est mené au détriment de son moteur économique. Ce qui revient, pour un cavalier, à surcharger sa monture tout en espérant voyager loin. Car le recours systématique à la fiscalité des entreprises s’accompagne d’effets pervers. « Augmenter les prélèvements sur les entreprises conduit soit à une baisse des investissements, soit à une hausse des prix payés par les consommateurs, rappelle Fabien Bossy, chef économiste France au sein de la banque d’investissement de la Société générale. Les prélèvements sur les entreprises restent une rustine, ce que rappelle leur caractère temporaire. » Sans compter que les grandes entreprises ont un effet d’entraînement sur les plus petites : moins de commandes passées auprès de ces dernières, négociations plus âpres sur les prix… Une réaction en chaîne malvenue, dans un contexte de faillites en hausse« On se trompe de diagnostic en ciblant les entreprises. Celles-ci vont survivre, mais in fine ce sont les consommateurs ou les employés qui vont souffrir », tranche Fabien Bossy. Prenant en compte cette donne fiscale dans leurs calculs, 56 % des dirigeants font désormais du développement international une priorité stratégique, contre 36 % en 2025, selon le baromètre 2026 d’Eurogroup Consulting.

Dans le contexte actuel, investir n’est plus un choix conjoncturel mais une condition de survie pour les entreprises, confrontées à une concurrence internationale toujours plus intense

Une note de Rexecode

Pourtant, la France conserve quelques maigres atouts. Pendant que les parlementaires s’écharpent sur les hausses d’impôts, la croissance résiste. La progression du PIB est estimée à 0,9 % en 2025, 1 % en 2026 et 2027 par la Banque de France. Malgré l’instabilité politique (une dissolution et quatre premiers ministres en moins d’un an et demi), le retour de la pression fiscale et l’incertitude internationale, « il y a à ce stade une certaine autonomisation de la vie économique par rapport à la vie politique », observe le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans un entretien au Figaro . Car les patrons n’ont pas le luxe de l’attentisme. « Dans le contexte actuel, investir n’est plus un choix conjoncturel mais une condition de survie pour les entreprises, confrontées à une concurrence internationale toujours plus intense », analyse une note de Rexecode, constatant qu’« à ce stade, l’incertitude économique et politique semble exercer un impact limité sur l’activité. »

Pour le think-tank libéral, « le risque majeur se situe davantage à l’horizon budgétaire, avec la perspective, dès 2026, de mesures potentiellement défavorables, en particulier des hausses de prélèvements susceptibles de peser sur la compétitivité des entreprises françaises ». Et alors que le pays vit temporairement sous le régime d’une loi spéciale en attendant l’adoption d’un véritable budget, la note va jusqu’à considérer qu’« une incertitude prolongée pourrait s’avérer moins coûteuse pour l’économie qu’une succession de relèvements fiscaux affaiblissant durablement l’appareil productif. »

De la croissance plutôt que des impôts

Favoriser la croissance pour générer des recettes et, enfin, stabiliser la dette, tel est le credo de Philippe Aghion, Prix Nobel de l’économie 2025. « Il faut produire pour pouvoir redistribuer », rappelait l’économiste français, qui se présente comme un « social-démocrate », face à Gabriel Zucman, partisan de la taxation des grands patrimoines – outil de travail compris. Or il se trouve que la France est actuellement concernée par un léger « choc de compétitivité » qui lui est favorable, pointe la note de Rexecode. Celui-ci résulte d’une inflation plus faible et d’une progression salariale plus contenue que chez nos voisins de la zone euro. « Il ne faut cependant pas se faire d’illusions. Ce gain de compétitivité-prix ne produira des effets tangibles et durables que s’il n’est pas neutralisé par des hausses de fiscalité, qui viendraient renchérir le coût de production en France et annuler l’avantage récemment acquis », met en garde le think-tank. La France veut-elle se tirer une balle de plus dans le pied ?

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/budget-la-pression-fiscale-principale-menace-pour-les-entreprises-francaises-en-2026-20260106


Le Point, January 6    

« Si c’était à refaire, je ne remonterais pas une société en France »

INTERVIEW. Alix Petit, fondatrice d’Heimstone, explique pourquoi elle ferme sa marque de mode après 19 ans. Entre pouvoir d’achat en berne et système français « usant », elle dénonce un modèle à bout de souffle.

Read without Pay Wall:

https://www.lepoint.fr/economie/entrepreneuriat-en-france-le-temoignage-sans-filtre-dalix-petit-apres-la-fermeture-dheimstone-FHO225Q7GBBDROSGYQV24KCGQY/


Le Point, December 23         

Accords de libre-échange : l’embarrassante agriculture française

CHRONIQUE CHAMPÊTRE. Viande contre voitures, droits de douane contre dumping économique, le bras de fer intraeuropéen pourrait s’intensifier entre secteurs d’activité.

Link Without Pay Wall:

https://www.lepoint.fr/debats/accords-de-libre-echange-lembarrassante-agriculture-francaise-ZQ6CPKQJNVH23CMIAEWUBOTCCI/


Le Figaro, December 22        

Anne de Guigné : « Vous ne le savez pas, mais les économistes penchent à droite ! »

CHRONIQUE – Une étude, qui s’est penchée sur le profil de 300.000 étudiants américains révèle le biais conservateur des jeunes gens ayant opté pour des cursus d’économie. La France semble résister vaillamment à la tendance.

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Jeune homme, Philippe Aghion militait au Parti communiste, a-t-il raconté lors de la réception en l’honneur de son Nobel au Collège de France. Il avait envie de « changer le monde », et comme il avait étudié les mathématiques, « cela l’a mené vers l’économie ». D’excellentes études qui lui ont permis de réajuster peu à peu ses convictions politiques, jusqu’à conseiller Emmanuel Macron en 2017. À croire une étude de deux étudiants israéliens, intitulée Changer les mentalités : comment les disciplines universitaires façonnent les attitudes politiques (1), l’itinéraire du célèbre chercheur serait tout à fait habituel. Étudier l’économie ou le commerce aurait tendance à droitiser les jeunes gens. A contrario, les autres sciences sociales et les matières littéraires feraient pencher leur cœur vers la gauche.

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« Ces effets s’étendent aux comportements : les sciences humaines et sociales accroissent l’activisme, tandis que l’économie et le commerce accentuent l’importance accordée à la réussite financière », écrivent Yoav Goldstein et Matan Kolerman, les auteurs de l’étude. Les doctorants en économie ont travaillé sur les données de 300.000 étudiants américains, répartis au sein de près de 500 universités. Dans le détail, selon les calculs des auteurs, en moyenne, entre leur entrée à l’université et l’obtention de leur diplôme, la proportion d’étudiants s’identifiant comme progressistes ou d’extrême gauche progresserait de sept points. Les élèves en économie et en commerce se distinguent dans ce flot par la stabilité de leurs opinions.

Les plus pauvres paieraient plus d’impôts que les riches ?

L’étude s’impose par son sérieux. Elle contrarie pourtant un net ressenti. En France, les économistes ne brillent pas par leurs positions conservatrices. Certes le Nobel de cette année a récompensé un spécialiste de la croissance et non pas de l’impôt, mais difficile pour autant de transformer Philippe Aghion, social-démocrate convaincu, en figure de la droite. De même les travaux de Jean Tirole, autre Nobel, le classent en France dans le camp des libéraux car il défend l’économie de marché, même si ce sont ses travaux sur la régulation publique qui l’ont fait connaître. Impossible surtout de minorer l’influence de Thomas Piketty, qui s’était engagé en 2017 pour Benoît Hamon, dans le paysage hexagonal. Ses recherches sur les inégalités ont si bien façonné les esprits français contemporains que l’idée absurde que les plus modestes contribueraient davantage, en proportion de leurs revenus, au financement de la sphère publique que les plus riches s’est imposée ces derniers mois comme une évidence dans le débat public. Une prouesse assez admirable pour un pays dont 57 % des habitants sont bénéficiaires nets de la redistribution.

Mais la star incontestable des débats parlementaires cette année reste Gabriel Zucman. Le jeune économiste, concepteur de la taxe éponyme sur le patrimoine des plus fortunés, a défendu avec talent sa proposition tout au long de l’automne. Si bien même qu’il a déplacé non seulement le débat fiscal, jusqu’ici cristallisé autour de l’ISF, mais aussi les frontières politiques. La droite démarrant désormais à toute personne défavorable à cette taxe, dont les effets délétères pour l’attractivité du pays sont pourtant démontrés. Officiellement, l’économiste n’est encarté dans aucun parti. Il ne fait toutefois pas mystère de ses convictions, avançant ainsi dans un livre coécrit en 2019 avec Emmanuel Saez, Le Triomphe de l’injustice : « Nous allons expliquer pourquoi des gouvernements démocratiques peuvent raisonnablement choisir d’appliquer aux riches des taux supérieurs à ceux qui maximisent les recettes fiscales – c’est-à-dire pourquoi détruire une partie de l’assiette fiscale peut être dans l’intérêt de la collectivité. » Difficile de trouver plus beau credo socialiste.

Aucun intérêt pour la dette

On le voit, si un vent de conservatisme souffle dans le pays, ce ne sont pas les économistes qui sont à la manœuvre. Au fond rien de bien étonnant, l’université tend à gauche en France. Aucune raison que les économistes fassent exception. Cette sensibilité n’est toutefois pas sans conséquence. Durant des décennies, le sujet de la dette n’a suscité aucun intérêt chez les chercheurs français, quand le thème passionnait les Allemands. Cette indifférence généralisée explique en partie l’État des finances publiques hexagonales. Le soutien académique aux politiques d’emplois aidés a encore joué sur la stratégie française de traiter le chômage par un déversement de subventions. Option qui a participé à maintenir loin de l’économie marchande tout un pan de la population.

(1) Yoav Goldstein et Matan Kolerman, Changing Minds : How Academic Fields Shape Political Attitudes  (Mars, 2025).

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/anne-de-guigne-vous-ne-le-savez-pas-mais-les-economistes-penchent-a-droite-20251222


Le Figaro, December 22        

Jean-Pierre Robin : «L’ouvrier français n’a plus les moyens d’acquérir la voiture qu’il ne sait plus fabriquer»

CHRONIQUE – L’année 2025 devrait avoir enregistré une nouvelle chute des immatriculations d’environ 5% dans le neuf par rapport à 2024.

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Trop, c’est trop. Neuf Français sur dix jugent que les voitures neuves sont devenues bien trop chères à l’achat. C’est ce qui ressort du baromètre 2026 de l’observatoire Cetelem, qui a interrogé 15.774 automobilistes en Europe, dont 3 144 en France. Et ce n’est pas un « ressenti», comme on le croit trop souvent en matière d’inflation. Consommateurs, constructeurs et statisticiens, tout le monde en convient : le prix moyen d’un véhicule neuf a grimpé de 24 % entre 2020 et 2024, passant de 28.107 à 34.872 euros, a calculé l’Institut Mobilités en transition (IMT), un centre d’études indépendant.

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Depuis la pandémie de Covid qui avait provoqué des fermetures d’usine en 2020, les hausses de coûts se sont télescopées plus que de raison. Pénurie mondiale de puces électroniques dont la filière auto est gourmande, envolée des matières premières avec la guerre en Ukraine, montée en gamme des modèles entraînant l’élargissement des marges des constructeurs, électrification des véhicules deux fois plus chers que le thermique, durcissement des normes antipollution et de sécurité, etc. Une véritable tendance de fond : « Sur les vingt dernières années, le prix moyen des véhicules neufs a augmenté deux fois plus vite que l’inflation (générale)», estime Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem.

Conséquence automatique, l’année 2025 devrait avoir enregistré une nouvelle chute des immatriculations d’environ 5% dans le neuf par rapport au millésime 2024 où les ventes étaient tombées à 1,755 million, bien loin de leur niveau d’avant-Covid (2,174 millions en 2019). Alors que 39,7 millions de véhicules de tourisme sont en circulation dans le pays, la « bagnole » serait-elle en passe de figurer au rang des produits de luxe ? Pire, un privilège des « boomeurs », encore eux : l’âge moyen des acheteurs d’un véhicule neuf est aujourd’hui de 55 ans, contre 44 ans dans les années 1990, selon le cabinet C-Way.

«Un petit pays automobile»

« La France est devenue un petit pays automobile. Elle a perdu un quart de son marché par rapport à l’avant-Covid, 1 million de véhicules en production et 40.000 emplois. Et 70.000 sont menacés dans les dix années à venir», s’alarmait le mois dernier, lors de la Journée de la filière automobile, Luc Chatel, président de la Plate-forme automobile (PFA). Cette dernière représente les 3 500 entreprises de la branche professionnelle (constructeurs, équipementiers et sous-traitants, exclusivement). «Le poids de la filière automobile française : 329.000 salariés et 1,1% du PIB », résume l’Insee (Insee Première, no 2083, décembre 2025). C’est à peine 31,2 milliards de valeur ajoutée, trois à quatre fois moins que les activités du tourisme en France, note l’Insee.

Le déclin est vertigineux, à en croire l’Organisation internationale des constructeurs automobiles (OICA) chargée des statistiques. La filière française assemblait sur son territoire national 3,348 millions de véhicules en l’an 2000. Ce n’était plus que 2,174 millions en 2019, et, nouveau décrochage après la pandémie de Covid, 1,358 million de voitures sont sorties des chaînes d’assemblage de l’Hexagone en 2024 (modèles Citroën, DS, Opel, Peugeot, Renault, Toyota). Contrairement aux marques allemandes, qui ont externalisé leurs productions de composants en Europe de l’Est, « les constructeurs français ont délocalisé des pans entiers de la production, en particulier l’assemblage, dans des pays proches, comme la Slovénie, la Turquie ou le Maroc », souligne l’économiste Vincent Vicard, auteur de Faut-il réindustrialiser la France ? (Éditions PUF).

Politique de gribouille

Le rétrécissement de l’appareil productif et la chute des immatriculations sont entrés en résonance, comme si l’ouvrier n’avait plus les moyens de s’offrir les voitures qu’il n’est plus lui-même capable de produire. « Les ouvriers doivent pouvoir acquérir la voiture qu’ils fabriquent», avait décrété en 1908 Henry Ford. Ainsi le constructeur américain avait-il doublé à 5 dollars le salaire quotidien de ses employés pour les fidéliser et les solvabiliser. Et, simultanément, il lançait la Ford T, son modèle iconique vendu 800 dollars, alors que les voitures les moins chères du moment étaient tarifées à 2000 dollars. En jouant sur les économies d’échelle, la rationalisation du travail à la chaîne et les débouchés de masse, Ford s’était fait l’apôtre de la société de consommation, du « capitalisme welfare » (de bien-être), a-t-on pu dire.

Ces véhicules low cost font le bonheur des Français eux-mêmes, et, en 2025, la Dacia Sandero produite en Roumanie et au Maroc caracole en tête des voitures les plus vendues en France

Avec la mondialisation des années 1990 et l’intégration des pays à bas salaire dans les chaînes internationales de production, c’est un tout autre paradigme qui s’est instauré. En 1999, Renault avait racheté la firme roumaine Dacia dans le but de conquérir les marchés émergents. Mais, une vingtaine d’années plus tard, ces véhicules low cost font le bonheur des Français eux-mêmes, et, en 2025, la Dacia Sandero produite en Roumanie et au Maroc caracole en tête des voitures les plus vendues en France.

Les 800 millions de petits colis de Shein qui ont inondé le marché français en 2024 ne sont que la partie émergée du low cost, devenu la bouée de secours du pouvoir d’achat des Français. Le phénomène n’est certes pas nouveau, et la Banque de France a calculé qu’entre 1994 et 2014 chaque ménage a pu économiser 1000 euros par an sur sa consommation grâce aux importations bon marché.

Longtemps on s’est payé de mots sur ces échanges asymétriques. « Il faut bien que l’on achète leurs tee-shirts, si l’on veut vendre nos Airbus aux Chinois », expliquait dans les années 2000 Pascal Lamy en tant que commissaire européen du Commerce. Le temps où «les esclaves chinois vendent du low cost à des chômeurs européens » est en partie révolu. Visant un public nettement plus argenté que celui de Shein, BYD, premier constructeur chinois et leader mondial de véhicules électriques, propose une gamme de voitures et de prix allant de 29.000 à 70.000 euros. Lors de son voyage d’État à Pékin, début décembre, Emmanuel Macron a plaidé pour davantage d’investissements et de transferts de technologie chinois en France. L’esclave est devenu un maître et la stratégie française de favoriser les importations low cost s’avère une politique de Gribouille.

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/jean-pierre-robin-l-ouvrier-francais-n-a-plus-les-moyens-d-acquerir-la-voiture-qu-il-ne-sait-plus-fabriquer-20251221


Le Figaro, December 22        

Tout juste rachetée par un fonds américain, Grand Frais prévoit d’embaucher plus de 3000 salariés

L’enseigne devrait embaucher plus de 3000 personnes, qui viendront notamment travailler dans une vingtaine de nouveaux magasins, notamment en centre-ville.

Link Without Pay Wall:

https://www.lefigaro.fr/conso/tout-juste-rachetee-par-un-fonds-americain-grand-frais-prevoit-d-embaucher-plus-de-3000-salaries-20251222


L’Express, December 20       

La leçon d’économie du patron d’Euronext : “Certains voient la France comme un paradis communiste”

Economie. Stéphane Boujnah, le patron d’Euronext, milite pour que la France s’inspire des mesures prises par d’autres pays européens lorsque leurs comptes publics avaient viré au rouge.

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Il dévore un livre d’histoire par semaine. Son seul hobby, confie-t-il. En ce mois de décembre agité par des discussions budgétaires sans fin, Stéphane Boujnah s’est plongé dans la somme de l’historienne Georgette Elgey sur la IVe République. En dépit de ses imperfections, on doit à ce régime “la reconstruction de l’après-guerre, l’indépendance de l’Indochine, le projet européen, le programme nucléaire… Au pouvoir, les anciens résistants avaient une vision de long terme et une préférence pour le futur”, salue-t-il.

Cruel parallèle, 80 ans plus tard, avec la classe politique actuelle et ces “débats surprenants à l’Assemblée nationale où sont adoptés des amendements étranges, souvent contraires à la Constitution, car plus personne ne se sent tenu par leur exécution improbable”, fustige cet ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, époque Jospin, encore effaré par les nouveaux droits accordés par le PLFSS voté quelques jours plus tôt.

Pas question de se laisser gagner par le “mutisme résigné” qu’il déplore dans le microcosme des grands patrons français. Bien au contraire. “Quand on a l’honneur d’être en vie, on s’exprime”, se justifie-t-il citant Clemenceau, et se posant en “observateur européen”. Directeur général d’Euronext depuis une décennie, cet ancien avocat d’affaires a construit brique après brique le leader des marchés actions du Vieux Continent. Cette plateforme boursière rayonne aujourd’hui de Paris à Athènes en passant par Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin, Oslo, Milan. “De cette entreprise fragile, nous avons fait un champion européen”. Les chiffres en témoignent : quadruplés depuis 2015, les revenus du groupe approchent 1,7 milliard d’euros. Les volumes d’échange dépassent largement ceux de Londres. Et avec une capitalisation boursière multipliée par dix en dix ans, Euronext a pu intégrer en septembre dernier le CAC40.

La France, ce “paradis communiste” qui s’ignore

Discours de vérité et langage fleuri, ce patron dont le coeur penche toujours à gauche s’évertue depuis des mois à éveiller les consciences sur le naufrage budgétaire tricolore. “Il faut expliquer à ceux qui croient que la France s’est engagée dans une dérive ultralibérale qu’avec des dépenses publiques équivalentes à 58 % du PIB, nous redistribuons plus que tous nos voisins européens, et que certains dans le vaste monde nous qualifient désormais de ‘paradis communiste'”, assène-t-il. Stéphane Boujnah diffuse régulièrement auprès d’un cercle de leaders d’opinion, responsables politiques, hauts fonctionnaires et autres banquiers les courbes des taux d’intérêt auquel notre pays et ses voisins européens s’endettent. Quand la France se regarde, elle se désole. Quand elle se compare… elle se désole encore plus.

Depuis peu, nos obligations à 10 ans sont les plus chères de la zone euro. Autrement dit, les investisseurs exigent d’être mieux rémunérés quand ils prêtent de l’argent à l’Hexagone, désormais jugé plus risqué que l’Italie, le Portugal ou encore la Grèce. Le symbole non seulement de la perte de crédibilité de Paris, accélérée par la fragmentation politique née de la dissolution de juin 2024, mais aussi de la renaissance de ces pays phénix qui, en une décennie, ont restauré leurs finances publiques et leur capital confiance auprès des marchés. Au point de se retrouver en meilleure posture que la deuxième puissance économique européenne, en termes de déficit public notamment.

La leçon des PIIGS

Dans une note d’une quinzaine de pages diffusée à son public habituel d’initiés, le patron d’Euronext a entrepris de revenir sur l’histoire de ceux que l’on appelait les PIIGS : Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne. Un acronyme à l’accent méprisant pour qualifier ces Etats étranglés par la dette dans la foulée de la crise financière de 2008, “sous l’effet combiné de la récession, qui fait chuter les recettes publiques, et du coût massif des crises bancaires”. L’engrenage est connu : les déficits se creusent, la dette publique explose, les taux d’intérêt s’envolent, emportant ces Etats dans un cercle vicieux.

Stéphane Boujnah a documenté leur retour en grâce. Long, douloureux, mais riche d’enseignements. Sous la pression, pour les uns, de la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le FMI – ladite “Troïka”- et, pour les autres, des marchés financiers, chacun de ces pays a administré dans l’urgence des potions assez similaires, et dures à avaler pour toute une génération. “Le ministre de l’économie portugais Manuel Castro Almeida m’a confié récemment : “La raison pour laquelle notre pays est en excédent budgétaire pour la troisième année consécutive est que plus personne ici ne veut vivre ce que nous avons vécu avec la Troïka”, raconte Stéphane Boujnah. Lisbonne, dont le solde budgétaire est attendu à 0,3 % en 2025, est sorti de l’ornière en coupant dans ses dépenses de santé et d’éducation, en augmentant la durée hebdomadaire de travail dans la fonction publique sans compensation, en gelant les pensions de retraite et en relevant l’âge légal de départ. Ce dernier point est commun à tous ces Etats repentis, où la vie active s’arrête désormais à 65, 66 ou 67 ans. Le choix de la raison – “Quand on travaille plus longtemps, on paie moins de pensions et on collecte plus de cotisations”, rappelle le patron d’Euronext -, bien loin des calculs politiques qui ont conduit le gouvernement Lecornu à accepter de “suspendre” la réforme Borne dans le but de s’assurer les faveurs de l’aile gauche de l’Assemblée.

Addiction à la dépense

D’aucuns prédisaient le chaos sur les marchés en cas de remise en cause de cette loi de 2023 qui devait conduire progressivement les Français à travailler jusqu’à 64 ans. Même les experts les plus avertis sont parfois pris en défaut. Après avoir alerté sur le caractère crucial des retraites aux yeux de nos créanciers, Stéphane Boujnah est tombé des nues : la flambée du spread – l’écart de taux entre la France et l’Allemagne – n’a pas eu lieu. “Il semble que les investisseurs aient valorisé une forme de stabilité permise par l’adoption probable d’un budget, même avec toutes les anomalies que celui-ci comporte”, résume-t-il en première analyse. Avant d’en livrer une autre, plus iconoclaste. “Les prêteurs ont un rapport avec la France de même nature que celui d’un dealer avec son client. Comme ils ne craignent pas un risque de solvabilité ou de liquidité, ils nous fournissent la ‘pilule du bonheur’ qui nous permet de continuer à dépenser, mais elle est de plus en plus chère, à 3,6 % aujourd’hui et sans doute beaucoup plus demain. Notre problème n’est pas que ces investisseurs, un jour, ne nous prêtent plus. C’est que la charge de la dette augmente inexorablement de façon spectaculaire et que nous marchons en souriant vers l’asphyxie budgétaire. Notre problème n’est pas la méfiance des prêteurs, c’est l’addiction à la dépense des emprunteurs.”

La Cour des comptes a fait le calcul : la France, qui s’acquittait de moins de 45 milliards d’euros en 2024, devra payer quasiment le double en 2027 et 106 milliards en 2029. Pendant que le débat parlementaire s’enlise, le radeau France poursuit sa dérive. Au troisième trimestre, la dette publique a encore augmenté de 66 milliards d’euros, pour s’établir à 3 482 milliards, soit 117 % du PIB. D’ici 2026, la situation se dégradera encore, à l’inverse de la tendance attendue en Grèce, au Portugal, en Espagne. Même l’Italie devrait mieux contenir la hausse de son ratio d’endettement.

Pour sortir de cette addiction, il n’existe que deux options, martèle Stéphane Boujnah : le redressement choisi ou l’austérité subie, comme les PIIGS dans les années 2010. Un dilemme qui revêt, dans le cas français, une dimension supplémentaire : “Quand la Grèce, l’Irlande ou le Portugal étaient en difficulté, ils avaient un problème avec l’Europe. Quand il s’agit de la France, c’est l’Europe qui a un problème avec nous. Nos voisins nous regardent avec beaucoup de circonspection et d’inquiétude.” Et attendent que nous fassions les bons choix.

https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/la-lecon-deconomie-du-patron-deuronext-certains-voient-la-france-comme-un-paradis-communiste-KB2INGMYZNDYTL4AMKLR5MZKNQ/


Atlantico, December 20

Mercosur : mais pourquoi la France est-elle incapable de comprendre que l’Amérique du Sud est le principal continent à pouvoir être un vrai allié économique ?

Alors que la France continue d’hésiter sur l’accord UE -Mercosur, le risque d’un décrochage stratégique avec l’Amérique du Sud s’accentue. Dans un monde structuré par des blocs dominés par les États-Unis et la Chine, le sous-continent latino-américain apparaît pourtant comme l’un des derniers partenaires économiques et géopolitiques naturels de l’Europe.

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Atlantico : Pourquoi l’Amérique du Sud est-elle aujourd’hui un partenaire stratégique essentiel pour la France ?

Alexandre Lohmann : Parce que nous sommes dans une situation d’isolement croissant. La France et l’Europe ont perdu beaucoup d’influence économique en Afrique, et se retrouvent prises en étau entre deux pôles dominants : les États-Unis et la Chine. Dans ce contexte, l’Amérique du Sud reste l’un des rares grands ensembles avec lesquels nous avons une proximité culturelle, politique et historique, et où nous pouvons encore peser.

Cet isolement est-il déjà visible économiquement ?

Oui, très clairement. On le voit dans les flux de capitaux, dans le commerce international et dans les investissements. Pendant que l’Europe hésite, d’autres avancent. Les entreprises chinoises, par exemple, sont de plus en plus présentes en Amérique latine, notamment dans l’automobile, les infrastructures ou les ressources stratégiques. Si on ne s’engage pas davantage, on laisse tout simplement le terrain aux autres.

Le Brésil joue-t-il un rôle central dans cet équilibre géopolitique ?

Absolument. Le Brésil est la première puissance économique d’Amérique du Sud et un acteur stratégique majeur. Il dispose de ressources clés, notamment en terres rares et en minéraux stratégiques, qui sont au cœur des tensions entre la Chine et les États-Unis. Avoir une relation étroite avec le Brésil, c’est aussi sécuriser des approvisionnements et diversifier nos dépendances.

Quel message envoie la France en bloquant ou en retardant le rapprochement avec le Mercosur ?

Côté sud-américain, et notamment brésilien, il y a une vraie exaspération. Les reports successifs sont très mal perçus. Le Brésil a fait beaucoup de concessions et a accepté de déplacer des échéances importantes pour faciliter un accord. Revenir en arrière ou repousser encore, c’est donner le sentiment que l’Europe, et en particulier la France, n’est pas un partenaire fiable.

Quel est le risque si l’Europe continue d’hésiter ?

Le risque, c’est de perdre définitivement la main. Si l’Europe tarde trop, les pays sud-américains renforceront encore davantage leurs partenariats avec la Chine et les États-Unis. Une fois ces relations structurées, il sera beaucoup plus difficile de revenir. Le timing est donc absolument crucial.

D’un point de vue libéral et stratégique, pourquoi serait-ce une erreur de ne pas avancer maintenant ?

Parce que refuser de s’ouvrir et de se rapprocher économiquement dans un monde de blocs, c’est accepter le déclassement. L’Europe ne peut pas se permettre de rester spectatrice alors que les grandes puissances redessinent les chaînes de valeur mondiales. L’Amérique du Sud est probablement l’espace le plus cohérent pour construire une alliance économique et stratégique. Ne pas le faire aujourd’hui serait une faute géopolitique à moyen et long terme.

Pourquoi l’Amérique du Sud serait-elle aujourd’hui notre meilleur allié économique et géopolitique ?

Parce que la France et l’Europe sont de plus en plus isolées sur la scène internationale. On a perdu beaucoup d’influence économique en Afrique, et on se retrouve pris entre deux grands blocs, les États-Unis et la Chine. Dans ce contexte, l’Amérique du Sud reste l’un des rares ensembles avec lesquels nous avons une proximité culturelle, politique et historique, et où l’Europe peut encore jouer un rôle.

Cet isolement est-il déjà visible dans les faits ?

On le voit très clairement dans les flux de capitaux, dans le commerce international et dans les investissements. Pendant que l’Europe hésite, d’autres avancent. La Chine, notamment, est en train de s’installer très fortement en Amérique latine, dans l’automobile, les infrastructures, et les ressources stratégiques.

Concrètement, comment se manifeste cette présence chinoise

On la voit très directement. Par exemple, dans l’automobile. Des marques comme BYD arrivent sur le marché brésilien, entrent dans les classements de ventes et deviennent visibles partout, y compris dans les flottes de VTC. Ce mouvement est déjà en cours. La question, c’est de savoir si l’Europe accepte de laisser le marché latino-américain à la Chine, ou si elle décide enfin d’y prendre part de manière stratégique.

Le Brésil occupe-t-il une place particulière dans cette recomposition géopolitique ?

Oui, le Brésil est un acteur central. C’est la principale puissance économique d’Amérique du Sud. Il dispose de ressources stratégiques importantes, notamment en terres rares et en minéraux critiques, qui sont au cœur des tensions entre la Chine et les États-Unis. Avoir une relation étroite avec le Brésil, c’est aussi une façon de diversifier nos approvisionnements et de réduire certaines dépendances.

Qu’en est-il de la relation entre la France et Lula ?

Avant, il y avait une vraie “bromance” entre Macron et Lula, mais elle est terminée. Le Brésil a beaucoup fait de concessions pour l’accord, décalant même des réunions importantes. Et malgré tout, la France temporise. Lula et son gouvernement ont clairement fait savoir qu’ils ne feront plus autant de concessions à l’avenir. Cette hésitation française est donc très mal perçue et compromet le climat de confiance nécessaire pour un partenariat stratégique.

Quel message la France envoie-t-elle en bloquant ou en retardant le rapprochement avec l’Amérique du Sud ?

Côté brésilien et sud-américain, il y a une vraie exaspération. Les reports successifs donnent l’image d’un partenaire peu fiable et affaiblissent la crédibilité de l’Europe dans la région.

Peut-on se permettre d’attendre encore ?

Non, parce qu’il y a aussi un risque institutionnel européen. Si la France continue de temporiser, dans un an, au niveau du Conseil européen ou des instances européennes, ce ne sera plus seulement la France qui posera problème. Il y aura Chypre. Chypre, ce n’est pas très grave en soi. Mais après, il peut y avoir l’Irlande. Et l’Irlande, elle, n’a pas du tout envie de signer cet accord.Plus on attend, plus on augmente le risque de voir d’autres pays bloquer le processus. À ce moment-là, ce ne sera plus une hésitation française, ce sera un blocage structurel européen. Et là, l’accord est mort.

Quel serait le risque stratégique si l’Europe renonce ou tarde trop ?

Le risque, c’est de perdre définitivement la main en Amérique latine. Si l’Europe ne s’engage pas maintenant, les pays sud-américains renforceront encore davantage leurs liens avec la Chine et les États-Unis. Une fois ces partenariats structurés, il sera beaucoup plus difficile de revenir.

Refuser de se rapprocher économiquement dans un monde structuré par des blocs, c’est accepter le déclassement. L’Europe ne peut pas se permettre de rester spectatrice pendant que les grandes puissances redessinent les chaînes de valeur mondiales. L’Amérique du Sud est probablement l’espace le plus cohérent pour construire une alliance économique et stratégique. Ne pas saisir cette opportunité aujourd’hui serait une faute stratégique à moyen et long terme.

https://atlantico.fr/article/decryptage/mercosur-mais-pourquoi-france-est-elle-incapable-comprendre-amerique-du-sud-principal-continent-pouvoir-etre-vrai-allie-economique-accords-negociations-economie-europe-Macron-Trump-Alexandre-Lohmann


Atlantico, December 20

Crise agricole : entre ravis de la crèche réglementaires et anti-systèmes radicaux, qui est encore capable de dresser le VRAI tableau des responsables du malheur des agriculteurs français ?

La crise agricole française donne lieu à une inflation de discours souvent plus révélateurs de ceux qui les portent que de la réalité du terrain. Technocrates, écologistes, responsables politiques, agriculteurs eux-mêmes et consommateurs se disputent le récit d’un malaise profond, chacun désignant ses coupables, ses priorités et ses solutions. Mais à force de récits idéologiques, moraux ou émotionnels, le diagnostic se brouille : l’Europe est tour à tour présentée comme bouc émissaire ou comme refuge, la réglementation comme protection ou comme carcan, l’écologie comme nécessité ou comme dogme, tandis que les réalités économiques, sociales et concurrentielles du métier d’agriculteur restent souvent hors champ. Plutôt que d’arbitrer trop vite entre ces narrations rivales, il s’agit de les mettre à plat, de comprendre comment elles se sont construites, pourquoi elles séduisent, et surtout en quoi chacune échoue à saisir la complexité du malheur agricole français.

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Comment le discours technocratique et réglementaire porté par les élites françaises et européennes analyse-t-il la crise agricole, et dans quelle mesure son échec tient-il moins au cadre européen lui-même qu’à la surtransposition française et à l’incapacité à intégrer les contraintes économiques, concurrentielles et productives des exploitations — comme le montrent les performances supérieures d’autres pays soumis aux mêmes règles ?

Jean-Luc Demarty : Il faut plutôt parler d’un déclin continu et structurel de l’agriculture française depuis une quinzaine d’années. La plupart du temps ce déclin se passe à bas bruit. Désormais son ampleur est telle que des évènements exogènes suffisent à déclencher des éruptions de plus en plus fréquentes : l’entrée en vigueur du Green Deal et l’excès des normes et de la bureaucratie française pour les manifestations de l’hiver 2024 et les perspectives de la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur pour l’explosion actuelle.

Les clauses de ce déclin sont exclusivement franco-françaises dans un désastre auto-infligé. De ce point de vue les chiffres sont parlants. Entre 2010 et 2024 le revenu agricole réel par actif non salarié, inflation déduite (Indicateur B d’EUROSTAT) n’a cru que de 15% en France pour une moyenne de 77% dans l’UE, 170% en Italie, 86% en Pologne, 79% en Espagne et 49% en Allemagne. Sur la même période la balance commerciale agroalimentaire de la France a été à peu près stable jusqu’en 2022 avant de commencer à s’effondrer en 2023. En réalité l’effondrement a commencé dès le début de la période avec la perte progressive d’un solde de 8/9 milliards€ à l’intérieur de l’UE y devenant fortement déficitaire à partir de 2015 et d’un gain équivalent sur les pays tiers qui a longtemps occulté cette évolution. Avec la flambée du prix du café et du cacao, la très mauvaise récolte de céréales de 2024 et la chute de leur prix en 2025, les effets du protectionnisme américain et des rétorsions chinoises, ce secret apparaît au grand jour avec une balance agroalimentaire totale négative pour la première fois depuis 1978, malgré des excédents encore importants sur les pays tiers. Sur la même période l’excédent agroalimentaire de l’UE est passé de 10 à 70 milliards€. Injure suprême, l’Italie qui a toujours eu un déficit agroalimentaire important aura un excédent de 3 milliards€ en 2025.

Ces chiffres démontrent mieux qu’un long discours les causes exclusivement nationales de ce déclin et le rôle positif des accords de libre-échange qui se sont développés à partir de 2009. Sans entrer dans les détails, les causes sont connues : normes excessives au-delà des normes européennes, bureaucratie tentaculaire, impossibilité de construire de nouveaux bâtiments d’élevage, fiscalité excessive, priorité à des exploitations de trop petite taille, coût du travail.

Ce désastre des 15 dernières années est nouveau. De 1993 à 2010 au moment où je quitte la Direction Générale de l’Agriculture, après 3 grandes réformes de la PAC, l’agriculture française allait bien : un commerce extérieur agroalimentaire avec un excédent stable d’une dizaine de milliards€ harmonieusement réparti entre l’UE et les pays tiers, et un revenu agricole en hausse de 65% contre 38% pour la moyenne européenne.

La priorité donnée aux normes environnementales et sanitaires s’appuie-t-elle encore sur une rationalité scientifique et économique, ou s’est-elle transformée en une logique idéologique et moraliste déconnectée des réalités de production, au point de rendre le principe de précaution maximaliste incompatible avec une agriculture compétitive et pérenne ?

La prise en compte des normes environnementales dans la PAC date de la réforme Fischler de 2003 qui conditionne le bénéfice des aides directes au respect des principales législations environnementales. A l’époque ces normes étaient raisonnables et équilibrées. Le dérapage commence en France avec le Grenelle de l’environnement de Sarkozy suivi par l’agroécologie de Hollande/Le Foll poursuivie par Macron et un peu avec la PAC de 2013 qui va déjà trop loin dans le verdissement.

Le vrai dérapage de la PAC intervient avec « Farm to fork » et le Green Deal de 2021 qui auraient conduit à une baisse de la production agricole européenne de 15% si les mesures les plus nocives n’avaient pas été éliminées en avril 2024 après les grandes manifestations agricoles. L’erreur fondamentale vient de la conception de l’UE donnant l’exemple au monde entier dans la lutte contre le changement climatique avec le net zéro en 2050 et seulement 6% des émissions de gaz à effet de serre. Faire entrer l’agriculture européenne dans cette approche est suicidaire pour la sécurité d’approvisionnement de l’UE sans aucun effet sur le climat. A chaque fois la France en rajoutait une couche supplémentaire. Bien entendu cela ne préjuge pas de la nécessité d’aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique. La réforme de la PAC proposée en juillet dernier propose une approche beaucoup plus flexible, mais dangereuse. En effet elle prévoit une renationalisation des mesures avec seulement des objectifs généraux, ce qui conduira à des distorsions de concurrence massives très défavorables à l’agriculture française compte tenu de la propension de la France aux excès de régulation.

S’agissant du principe de précaution, son existence au niveau européen est surtout limitée à justifier certaines mesures dans le cadre de l’OMC. C’est très différent de la constitutionnalisation du principe de précaution en France qui peut conduire à tous les excès.

Pourquoi le discours souverainiste et anti-système, désignant l’UE et le libre-échange comme responsables centraux de la crise agricole, rencontre-t-il un tel écho, et en quoi constitue-t-il un récit simplificateur qui évacue les choix structurels français (charges, temps de travail, contrôles administratifs, modèle social), sans expliquer les succès agricoles observés ailleurs en Europe ?

La pratique du déni de réalité est devenue une constante française. Lorsque j’ai commencé à me pencher il y deux ans sur la situation de l’agriculture française que j’avais un peu perdu de vue depuis 2010, je m’attendais à de mauvais résultats, mais pas à ce point. En particulier personne n’avait mis en évidence l’écrasante responsabilité de la politique nationale. De ce point de vue l’opposition à l’accord Mercosur est le bouc émissaire idéal pour cacher les véritables causes des problèmes de l’agriculture française. Tant que le bon diagnostic n’est pas posé, il n’y a aucune chance de trouver les solutions, malgré les efforts méritoires d’Annie Genevard, la première ministre de l’agriculture depuis Bruno Le Maire à essayer de restaurer la compétitivité de l’agriculture française.

Désormais les dérives de la PAC depuis le Green Deal deviennent également une source de préoccupation. De politique économique dont les réformes de 1992, 2003 et 2009 ont été des succès, elle se transforme progressivement en politique sociale et environnementale, en plus largement renationalisée. C’est la rupture du contrat politique de 1962 entre de Gaulle et Adenauer.

Pourquoi la France peine-t-elle à reconnaître que le modèle agricole productif, extensif et fortement subventionné hérité des Trente Glorieuses n’est plus soutenable dans un monde ouvert, concurrentiel et technologiquement transformé, et en quoi ce déni freine-t-il l’adaptation nécessaire du secteur ?

Le modèle des trente glorieuses est la transformation d’une agriculture très en retard en une agriculture moderne et productive, mais sur des exploitations qui restent de petite taille. La crispation sur ce modèle en utilisant l’alibi de l’environnement et du changement climatique précipiterait le déclin de l’agriculture française. L’avenir est à des exploitations familiales compétitives, à la pointe de la technologie respectant des règles environnementales raisonnables. Avec une bonne politique agricole l’agriculture française garde des atouts, des chefs d’exploitation très bien formés, des surfaces importantes, des conditions naturelles favorables et un foncier moins couteux qu’ailleurs grâce au statut du fermage. Il ne faut pas avoir peur d’un passage de 400.000 à 200.000 exploitations. C’est même à mon avis souhaitable

Comment le discours compassionnel et moral des consommateurs français, très favorable aux agriculteurs en paroles, contribue-t-il paradoxalement à la crise par l’incohérence entre exigences éthiques (local, qualité, environnement, bien-être animal) et comportements réels de consommation, et peut-on durablement exiger une agriculture vertueuse sans en accepter le coût économique ?

Le principe de base doit demeurer de produire ce que demande le marché. Les produits locaux, les produits bio demeureront nécessairement des marchés de niche aux prix élevés. Le coût de production du bio est supérieur de 30 à 60% à celui du conventionnel. Il demande davantage de surfaces. Il faut viser la bonne qualité standard. Contrairement à ce que certains racontent l’alimentation n’a jamais été aussi sûre. Rappelons que dans les années 1950 et 1960, il y avait 4.000 décès par an par intoxication alimentaire.                                   

https://atlantico.fr/article/decryptage/crise-agricole-entre-ravis-de-la-creche-reglementaire-et-anti-systemes-radicaux-qui-est-encore-capable-de-dresser-le-vrai-tableau-des-responsables-du-malheur-des-agriculteurs-francais-jean-luc-demarty


Contrepoints, December 17     

Agriculture française : un retard qui se creuse par rapport aux autres pays européens

Le 20 décembre 2025, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, entend signer l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Mais la France, aux côtés de l’Italie, continue de faire barrage. Pourtant, la trajectoire divergente de l’agriculture française par rapport à l’Union européenne devrait nous alarmer : alors que le secteur progresse globalement en Europe, la France continue de décrocher.

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Le 20 décembre 2025, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, entend signer l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Mais la France, aux côtés de l’Italie, continue de faire barrage. Pourtant, la trajectoire divergente de l’agriculture française par rapport à l’Union européenne devrait nous alarmer : alors que le secteur progresse globalement en Europe, la France continue de décrocher.

Selon Eurostat, entre 2009 et 2024, le revenu réel agricole par unité de travail (mesure de la productivité) a augmenté de 93,6 % au sein de l’Union européenne, soit une hausse moyenne de 4,5 % par an. En 2024, 19 pays européens ont enregistré une progression de leur productivité agricole. Cette amélioration s’est produite malgré une baisse de 32,3 % du volume de travail agricole. L’UE a ainsi produit près de 258 millions de tonnes de céréales, 162 millions de tonnes de lait et 21 millions de tonnes de viande porcine, tout en enregistrant un excédent commercial agroalimentaire de 36 milliards d’euros, avec 226 milliards d’exportations contre 190 milliards d’importations. Par ailleurs, l’agriculture représente 1,2 % du PIB européen, en hausse de 0,1 point depuis 2009.

Dans ce contexte européen plutôt positif, la France se distingue par un net ralentissement. En 2024, son revenu agricole par unité de travail a chuté de 19,1 %, la plus forte baisse parmi les pays européens. Sur la période 2009-2024, sa progression moyenne annuelle n’atteint que 2 %, contre 4,5 % pour l’ensemble de l’UE, et plus de 5,5 % pour des pays comme la Pologne, la Hongrie, le Danemark, la Lettonie, la Bulgarie ou la Slovaquie. La France perd également du terrain dans la valeur ajoutée agricole européenne : sa part a reculé de 4,1 points de pourcentage entre 2009 et 2024, la plus forte baisse du continent, suivie par l’Italie (-1,9 point). Et comme le soulignait récemment Contrepoints, l’excédent commercial agroalimentaire français s’effondre : sur les huit premiers mois de 2025, il a chuté de près de 93 % par rapport à la même période l’année précédente.

Ce décrochage ne tient ni à un manque de potentiel, ni à une marginalisation de la France car le pays reste le premier d’Europe en surface agricole (27,4 millions d’hectares, soit 17,4 % de la surface agricole européenne) et, malgré sa chute récente, représente encore 13,6 % de la valeur ajoutée agricole de l’UE. Mais il met en lumière un secteur freiné par une réglementation lourde, qui limite la capacité à améliorer sa productivité face à des concurrents internationaux aux règles plus souples.

C’est dans ce contexte que l’accord UE-Mercosur prend tout son sens. Souvent réduit à un échange « viandes contre voitures », il offrirait en réalité des débouchés significatifs pour les exportations agricoles européennes, y compris françaises. Des quotas et clauses de sauvegarde stricts ont été négociés pour encadrer les importations sud-américaines, notamment sur la viande bovine, la volaille, le sucre, l’éthanol industriel et le riz. En bloquant cet accord, la France isolerait son agriculture et risquerait, par effet ricochet, de l’appauvrir encore davantage.

https://contrepoints.org/agriculture-francaise-un-retard-qui-se-creuse-par-rapport-aux-autres-pays-europeens/


Contrepoints, December 16     

Un syndicaliste peut-il déclarer n’importe quoi ?

Des déclarations récentes de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, amènent à s’interroger sur la notion de syndicat.

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L’Iref se fait souvent l’écho de la situation paradoxale du syndicalisme en France. D’un côté, les grèves alimentent presque quotidiennement l’actualité ; les dirigeants des syndicats captent la lumière médiatique ; les hommes politiques de tous bords n’ont que les mots de « partenaires sociaux » à la bouche ; et, même s’il a eu tendance à se réduire ces dernières années, le pouvoir de nuisance des syndicats demeure. D’un autre côté, les salariés se syndicalisent de moins en moins, jusqu’à, peu ou prou, ne plus rien représenter dans le secteur privé.

Sophie Binet est-elle une syndicaliste ?

La question pourra surprendre : la secrétaire générale de la CGT est évidemment une syndicaliste, comment peut-on en douter ? Pourtant, il est  légitime de s’interroger après ses déclarations du 2 décembre sur France Inter. Pour bien les comprendre, il faut revenir presque un an en arrière (Le Monde, 2 décembre 2025).

Le 31 janvier sur RTL, Sophie Binet avait, selon son habitude, dit pis que pendre des chefs d’entreprise et plus précisément des patrons de grandes entreprises, en stigmatisant des « rats qui quittent le navire ». Leur objectif unique ? « L’appât du gain ». Ces déclarations ont fait l’objet d’une plainte de la part d’une association de chefs d’entreprise. Entre nous, nous ne voyons pas très bien comment cette plainte pourrait aboutir puisque la cégétiste n’a nullement dit que les patrons étaient des rats (traduction pour Mme Hidalgo : des surmulots), elle a simplement employé une expression populaire. Le but des plaignants était sans doute autre : marquer le coup en signifiant que les patrons ne toléreront plus les dénigrements, les insultes et autres menaces. Toujours entre nous, l’expression n’était peut-être pas déplacée en elle-même, car si les rats quittent le navire, c’est parce qu’il est en train de couler…

Il n’en demeure pas moins que Sophie Binet a fait part de sa mise en examen pour injure publique et c’est à cette occasion qu’elle a déclaré sur France Inter :

« En disant cela, je n’ai fait que mon travail de syndicaliste, à savoir dénoncer les délocalisations et dénoncer les inégalités de répartition des richesses et le fait que les milliardaires payent toujours moins d’impôts et ne se sentent plus responsables de l’emploi en France. » Elle a ajouté : « Nous avons beaucoup de multinationales qui n’en ont rien à faire de l’emploi en France comme LVMH. C’est un handicap pour l’économie française. »

Sophie Binet, syndicaliste ou communiste ?

La presse de gauche s’est insurgée contre la mise en examen de la secrétaire générale de la CGT (L’Humanité, 2 décembre 2025 ; Libération, 2 décembre 2025). Au-delà des analyses rapides, il faut reprendre presque mot pour mot les propos de Sophie Binet. A-t-elle comme elle le prétend « fait son travail de syndicaliste » ? On conçoit que le dirigeant d’un syndicat de salariés ne voie pas d’un bon œil les délocalisations. Mais de quel droit devrait-il s’étouffer devant « les inégalités de répartition des richesses » ? De quel droit devrait-il dénoncer « le fait que les milliardaires payent toujours moins d’impôts » ?

La question est en fait plus large : un syndicaliste en général et un dirigeant de syndicat de salariés en particulier ont-ils, fût-ce pour la galerie, le droit de déclarer n’importe quoi ? Car – tout lecteur de l’Iref le sait – il est controuvé de prétendre que « les milliardaires payent toujours moins d’impôts », de même qu’il est inepte d’alléguer que les « multinationales » sont finalement un handicap pour notre économie.

On ne peut juger des propos qui ont été tenus que si l’on définit ce qu’est un syndicaliste. Mme Binet est sûrement une syndicaliste au sens français du terme. Dans ce cas, tout syndicaliste, par définition mû par l’« intérêt général », doit affronter le régime capitaliste par lequel de très méchants patrons oppriment les gentils ouvriers, encadrés pour le… « bien de l’humanité » par les représentants du personnel et les centrales syndicales. Et conséquemment, il doit être totalement libre de ses propos, comme de ses actes, car la « lutte des classes » est sans merci. En revanche, Mme Binet n’est sûrement pas une syndicaliste au sens que lui donnent les pays civilisés, à savoir des fournisseurs de services pour leurs adhérents.

La vraie fonction du syndicalisme

En effet, un syndicaliste, c’est une personne qui défend des intérêts professionnels communs. « Les syndicats professionnels, dispose l’article L 2131-1 du code du travail, ont exclusivement pour objet l’étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels, des personnes mentionnées dans leurs statuts ». Certes, et c’est toute l’ambiguïté française, la différence entre un syndicat et un parti politique est parfois délicate. Néanmoins, il est établi en jurisprudence que l’objet d’un syndicat ne doit pas être exclusivement politique. La CGT est-elle encore un syndicat lorsque, avec d’autres organisations syndicales, elle soutient officiellement la « flottille internationale en route vers Gaza » ? Ou lorsque sa secrétaire générale, communiste revendiquée, traîne dans la boue tel ou tel grand patron ? Ou bien encore lorsqu’elle éreinte notre fleuron du luxe qu’est LVMH ?

L’Iref l’a dit et répété : il faut mettre fin au financement étatique des syndicats, qui touchent de plus en plus de fonds publics à mesure qu’ils perdent des adhérents. Ils ne doivent plus être des organisations de grévistes professionnels. S’ils ont de moins en moins de succès auprès des fonctionnaires et plus aucun auprès des salariés du secteur privé, c’est parce qu’ils sont considérés, et à juste titre, comme des officines politiques déconnectées des réalités.

Pour le dire autrement, les syndicats devraient être des organisations de la société civile, et non pas des organismes parapublics appartenant en réalité à la sphère de l’État.

https://contrepoints.org/un-syndicaliste-peut-il-declarer-nimporte-quoi/