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Le Monde, January 13    

Quand les chatbots et l’IA entrent en psychiatrie, les risques de la thérapie en libre-service

Des dizaines de millions de personnes utilisent les chatbots de type ChatGPT pour partager leur mal-être et la communauté scientifique alerte sur les risques encourus par les personnes fragiles. L’IA générative bouleverse les consultations psychiatriques, attise la convoitise des Gafam et devient une piste crédible pour analyser les maladies.

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Tout s’est accéléré ces derniers mois. Des jeunes (et moins jeunes) du monde entier se sont emparés de ChatGPT et d’autres robots conversationnels pour leur confier leur mal-être. La justice est saisie sur plusieurs continents car ils auraient causé des états délirants ou, pire, servi d’assistant dans des suicides.Dernières annonces en date : mercredi 7 janvier, la création par Open AI de ChatGPT Health. Selon l’entreprise, les usagers, en connectant leurs dossiers de santé, pourront à partir de fin janvier avoir des réponses « plus personnalisées » du robot sans que ce soit « ni un diagnostic ni un traitement ».Lundi 12 janvier, la société Anthropic a, elle, dévoilé son propre programme, Claude for Healthcare.

La profession médicale est bousculée par le recours à ces chatbots, que les utilisateurs soient patients de services psychiatriques ou non. Les Gafam (Google, Amazon, Facebook – devenu Meta –, Apple, Microsoft) affichent, eux, leur volonté d’être des acteurs majeurs de la santé mentale numérique à l’aide de leurs modèles surpuissants d’intelligence artificielle (IA) générative. Leur trésor ? La masse inédited’informations personnelles dites « multimodales » – voix, langage, mais aussi vitesse de frappe sur le clavier ou même rapidité de déplacement… –qu’ils captentà travers nos téléphones portables ou nos montres connectées.

Des recherches menées sur des patients en psychiatrie montrent que des technologies telles que le phénotypage numérique (données enregistrées passivement vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur une personne pour suivre son comportement ou son état d’esprit), la réalité virtuelle et désormais l’IA générative sont crédibles pour aider les psychiatres dans leur pratique, notamment en indiquant des risques de rechute, problème majeur dans ce domaine. Ainsi, en France, un dispositif médical utilisant la voix et une IA générative pour suivre des patients souffrant de schizophrénie, de dépression ou de bipolarité est annoncé par la société française Callyope pour 2026.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle de ses vœux ces innovations pour endiguer la croissance des problèmes de santé mentale, qui incluent les troubles mentaux, les handicaps psychosociaux ou des états mentaux entraînant une forte souffrance. « Pour les problèmes de santé mentale courante, telles la dépression et l’anxiété, des outils numériques d’auto-assistance peuvent être généralisés de manière efficace et abordable »,note l’OMS dans une communication d’octobre 2025. Car, dans cette époque chaotique, plus de 1 milliard de personnes présentent des troubles mentaux, selon l’agence, et, dans environ sept cas sur dix, ces problèmes surviennent avant l’âge de 25 ans, selon The Lancet.

« La dépression est un fardeau dans tous les pays, mais encore plus dans ceux à faibles et moyens revenus », précise le psychiatre et chercheur en épidémiologie Etienne Duranté, qui réalise à l’Hôtel-Dieu une thèse sur les psychothérapies numériques. Le suicide est devenu, selon The Lancet, la cause principale de décès des 10 à 29 ans en Europe de l’Ouest et la troisième cause chez les jeunes dans le monde. En France, un tiers des 11-24 ans présentent des signes de détresse psychologique « moyens à sévères », selon des résultats préliminaires de l’étude longitudinale Mentalo menée par l’Inserm, publiés en octobre 2025.

La psychiatrie, « qui a été la discipline la plus sollicitée pour des consultations en ligne pendant la pandémie de Covid-19 »,n’a plus les moyens de cette réponse synchrone (un médecin en ligne), explique un article dans World Psychiatry (juin 2025) dont le principal auteur, le psychiatre John Torous, exerce à la Harvard Medical School.

D’où l’émergence planétaire de nouvelles offres numériques dite « de santé mentale asynchrone » pour accompagner des personnes en faiblesse ou en stress. Il s’agit tout autant d’applications pour renforcer la prévention de la souffrance mentale que d’outils « pour permettre une pratique clinique augmentée, approche hybride où un médecin sera aidé par la technologie »,observe le psychiatre Raphaël Gaillard, qui dirige le pôle hospitalo-universitaire de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.

Alors que le défi est de déterminer le bon dosage entre accompagnement humain et assistance numérique, des applications reconnues comme dispositifs médicaux sont expérimentées par exemple en Allemagne ou aux Etats-Unis. La France, elle, est à la traîne. « La Sécurité sociale ne rembourse pour l’instant aucun dispositif médical numérique en psychiatrie,regrette le professeur Ludovic Samalin, qui copilote depuis Clermont-Ferrand le « grand défi numérique en santé mentale », un programme public doté d’environ 15 millions d’euros. Nous sommes un pays prudent, mais qui a aussi tendance à commencer par critiquer les nouvelles idées. »

Comme dans tout moment d’accélération technologique, ces usages ou projets soulèvent des préoccupations éthiques et juridiques majeures. Sur les quelque 10 000 applications développées dans le monde sans IA générative et dites « de bien-être », évitant ainsi la régulation sur les dispositifs médicaux, seules 3 % ont fait l’objet de publications scientifiques. Quatre questions pour y voir plus clair.

Pourquoi des scientifiques alertent-ils sur l’usage des robots conversationnels généralistes ?

En novembre 2022, Sam Altman, PDG d’OpenAI, a choisi de rendre gratuit l’accès à ChatGPT. Alors que les grandes plateformes qui possédaient un chatbot d’IA générative s’étaient mises d’accord pour temporiser la sortie mondiale d’un tel outil, jugé immature, cette décision a eu l’effetque laissait présager le film d’anticipation Her (2013), dans lequel un célibataire devient affectivement dépendant d’une IA.

Des dizaines de millions de personnes, les jeunes en tête, utilisent désormais ces chatbots pour avoir de la compagnie ou être soutenues. Des cas très préoccupants ont été signalés : suicides, violences et apparitions de pensées délirantes. Interrogé en novembre 2025 dans une communication de Nature sur ses plus grandes inquiétudes concernant l’IA, Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind (racheté par Google), désormais directeur du développement des produits d’IA grand public de Microsoft, pointe du doigt ce risque accru de délires lors d’interactions émotionnelles avec les chatbots.

La communauté scientifique, côté médecine ou technologies, multiplie les alertes. « C’est un nouveau problème de santé publique », ont affirmé neuf neuroscientifiques et informaticiens, dont certains chez des Gafam, dans une communication du 28 juillet 2025. Les chatbots présentent des biais technologiques, ont-ils souligné, disent ce que l’on veut entendre (sycophancy ou complaisance) et s’adaptent à la demande. Les personnes les plus fragiles, insistent ces chercheurs, peuvent développer une forte dépendance et voir leurs repères s’altérer, d’autant plus si elles sont socialement isolées. Les signataires appellent à « une action coordonnée des professionnels de la santé, des concepteurs d’IA et des autorités de régulation ».

Présentée à Madrid, le 22 octobre 2025, lors de la conférence sur l’intelligence artificielle, l’éthique et la société (AAAI/ACM), une étude de l’université Brown (Rhode Island) a détaillé comment ces chatbots « violent systématiquement les normes éthiques établies par l’American Psychological Association »,même lorsqu’ils sont incités à utiliser des techniques de psychothérapie fondées sur des preuves. Ils fournissent, par exemple, des réponses trompeuses qui renforcent les croyances négatives des utilisateurs sur eux-mêmes et à l’égard des autres.

Quant aux améliorations annoncées pour que les chatbots soient plus prudents dans leur propos, celles-ci ne sont pas suffisantes, selon une analyse du laboratoire de santé mentale de l’université Stanford (Californie) pour l’ONG Common Sense Media, publiée le 20 novembre 2025. ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic), Gemini (Google Alphabet) et Meta AI (Meta) « ne parviennent toujours pas à reconnaître et à répondre de manière appropriée aux troubles de santé mentale des jeunes »,notent les chercheurs, citant notamment l’anxiété, la dépression, le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou les troubles alimentaires.

Du côté institutionnel, trois Etats américains (Illinois, Utah, Nevada) ont décidé, mi-2025, de restreindre l’usage des chatbots, interdisant notamment aux thérapeutes de conseiller à un patientde se confier à une IA générative. L’American Psychological Association a émis, le 13 novembre, un avertissement intitulé « L’intelligence artificielle et les applications de bien-être ne peuvent à elles seules résoudre la crise de la santé mentale ».

A ce jour, cependant, aucun organisme international ne surveille systématiquement les effets de l’IA sur la santé mentale, comme le fait l’OMS sur les risques sanitaires. Celle-ci a néanmoins donné, dans une note de mars 2025, des recommandations aux gouvernements et aux industriels sur l’usage des modèles de traitement du langage (LLM) médicaux telles que le devoir de preuve, la nécessité de transparence sur les données et l’évaluation du risque psychologique…

Comment les chatbots perturbent-ils les pratiques des psychiatres ?

« Il nous arrive à l’hôpital le même tremblement de terre qu’à l’avènement d’Internet,estime Pierre-Alexis Geoffroy, professeur en psychiatrie à l’hôpital Bichat, à Paris. La quasi-totalité de mes jeunes patients, de 18 à 40 ans, ont utilisé ChatGPT ou un autre chatbot avant de venir me voir, qu’ils souffrent de dépression, d’insomnie, de troubles bipolaires, de schizophrénie ou d’anxiété. » Ils se renseignaient déjà en ligne, poursuit le spécialiste, « mais désormais leur “savoir”, construit en autonomie à coups d’itération avec le chatbot, devient difficile à bousculer en consultation. Ces robots conversationnels peuvent enfermer les patients dans une pensée ».

Un praticien qui préfère garder l’anonymat pour préserver celui de ses patients détaille deux cas récents : « Une personne, qui avait un trouble autistique, a été convaincue par ChatGPT qu’elle était un génie incompris en sciences et dépose depuis dossier sur dossier à des institutions pour obtenir des financements. Il y a deux ans, j’aurais diagnostiqué un délire chronique paranoïaque. En fait, ce patient vit sa relation avec le chatbot comme si celui-ci était un authentique individu. »

Ce professionnel poursuit : « Une autre personne que je suis présente un fort trouble somatoforme [préoccupations excessives au sujet de symptômes physiques], elle aime jouer avec son antidépresseur, ajoutant ou retirant une ou deux gouttes chaque jour, relate-t-il. ChatGPT lui a affirmé que cette habitude expliquait tous les symptômes fonctionnels qu’elle ressentait. J’ai contredit en consultation le chatbot, précisant que ces petits changements de dose ne pouvaient provoquer de tels effets. Mon patient m’a alors rétorqué que je ne devais pas bien saisir comment fonctionnait le cerveau ! »

Pour mieux comprendre sa maladie, un jeune patient de Stéphane Mouchabac a soumis son dossier médical à son chatbot. « “Voilà ce que ChatGPT répond à mes questions, qu’en pensez-vous docteur ?”, m’a-t-il dit en début de consultation, se souvient le psychiatre de l’hôpital Saint-Antoine. J’ai pu confirmer ou infirmer certaines réponses, mais j’ai le sentiment qu’on n’est plus seulement deux, le psychiatre et le patient, dans mon bureau. »

La survenance de ces cas « entraîne pour l’instant des discussions informelles entre médecins sans vraiment de réflexion organisée », note Philippe Domenech, professeur en psychiatrie à l’hôpital Saint-Anne. Ce spécialiste des troubles obsessionnels compulsifs, particulièrement ouvert aux technologies, reconnaît cependant que « tout va très vite et que ce n’est pas simple de saisir l’ampleur de ce qui est en train de se passer ».

Depuis la Harvard Medical School, le professeur John Torous dit ne pas être surpris de ces exemples. « En France, en Amérique ou en Afrique du Sud, ces usages perturbent la profession, le phénomène est mondial », affirme cet expert, principal auteur de plusieurs méta-analyses de référence sur la psychiatrie numérique. « Cette perturbation n’est pas encore une disruption totale, car les outils numériquesutilisés par les personnes [applications, robots conversationnels] ne gèrent encore pas bien les soins psychiatriques médicaux. » Mais, lorsque ceux-ci deviendront meilleurs et plus sûrs, ajoute-t-il, « cela changera notre façon de pratiquer. Nous devrons alors réfléchir à la manière de les intégrer ».

Pourquoi les Gafam veulent peser sur le secteur de la santé mentale ?

Depuis des décennies, la psychiatrie moderne est à la recherche de « biomarqueurs », des indicateurs objectifs tels qu’une prise de sang ou une image cérébrale qui aideraient un psychiatre à confirmer qu’une personne souffre de dépression, de schizophrénie ou de bipolarité. Mais, malgré les progrès des connaissances et les quelque 1 600 publications scientifiques sur ce sujet chaque année,« aucun biomarqueur n’est utilisé pour le diagnostic, qui reste clinique à ce jour », a déploré le psychiatre Pierre-Alexis Geoffroy lors du dernier sommet de l’encéphale à Paris, en janvier 2025.

Ce praticien a même ajouté que sa profession connaissait « une crise de la validité et de la fiabilité physiologique de [ses] diagnostics ». Cette situation est notamment liée à la complexité des cas à traiter : les symptômes des pathologies sont hétérogènes et varient dans le temps, l’histoire d’un patient et son environnement doivent être pris en compte.

D’où l’espoir suscité par les données personnelles multimodales rendues accessibles par les outils numériques. Des heures d’insomnie au degré de stress mesuré par l’activité électrodermale de la peau qui transpire,ces informations peuvent être captées passivement vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des objets connectés (bracelets, smartphones) ou récoltées sur des applications sous forme de questionnaires.

« Les nouvelles méthodes d’intelligence artificielle vont nous permettre d’approcher ces nouveaux biomarqueurs avec une compréhension plus large »,pronostique Pierre-Alexis Geoffroy. Raphaël Gaillard ajoute que « le diagnostic psychiatrique, souvent perçu comme subjectif, repose sur l’analyse d’une multitude de petits indices faite par un médecin expérimenté ». L’IA, poursuit-il, « va peut-être permettre de reproduire ce processus de manière algorithmique et externe, en ramassant des données qui sont autant de signaux faibles qu’on n’arrive pas à agréger ».

Ce défi, et le marché économique croissant qui l’accompagne, intéresse depuis des années les Gafam. En 2020, Amazon avait publié avec l’université de Sydney (Australie) les résultats d’une recherche sur des personnes anxieuses ou déprimées qui s’auto-évaluent avec le robot Alexa. Cette même année, X The Moonshot Factory, le laboratoire d’innovations radicales de Google Alphabet, mettait fin à un projet de trois ans, Amber, qui ambitionnait de « réduire radicalement l’anxiété et la dépression chez les jeunes », selon un document confidentiel dont Le Monde a pris connaissance. Ce programme, élaboré notamment avec les universités Stanford et de San Diego (Californie), voulait analyser avec une IA de type apprentissage machine trois types de données : des ondes cérébrales, des informations captées par des objets connectés et des réponses à des questionnaires par l’intermédiaire du smartphone. Contactée, l’entreprise américaine a confirmé l’existence d’Amber et a précisé que le projet avait mis en open source, à sa clôture, « ses conceptions matérielles et ses logiciels [tout en] permettant l’utilisation gratuite des brevets et des applications de l’équipe ».

Cinq années plus tard, grâce au développement fulgurant de l’IA générative, les Gafam apportent de nouvelles propositions technologiques. Dans un article de JAMA Psychiatry du 19 novembre 2025, des chercheurs de Google DeepMind mettent en avant la « psychométrie générative » pour évaluer la santé mentale. Cette approche « exploite l’IA générative pour synthétiser des données multimodales », afin de « créer des données structurées à partir d’expériences humaines subjectives », précise Joëlle Barral, directrice de la recherche de Google DeepMind, dans un post sur LinkedIn. Microsoft, sous la plume de son directeur de la stratégie technologique, Thomas Klein, a publié, le 21 novembre, le livre L’IA au service de la santé, dont un chapitre est consacré à la santé mentale. « Tout comme l’imagerie médicale ou les antibiotiques, les outils informatiques ont révolutionné la pratique médicale, les LLM et l’IA pourraient bien constituer le prochain saut quantique en santé »,explique le dirigeant.

L’incursion dans le secteur de la santé mentale de ces géants, dont les capitalisations boursières dépassent le produit intérieur brut de certains Etats, est commentée avec prudence par le monde psychiatrique. « Je n’ai rien dans l’absolu contre eux, mais ces acteurs sont dans le business et les données, nous, on est dans le soin,constate Stéphane Mouchabac. L’innovation numérique en psychiatrie doit obéir exactement aux mêmes règles éthiques et réglementaires que la médecine en général. »

Le professeur Raphaël Gaillard rappelle le point cardinal du secret médical en médecine. « Où vont numériquement les informations concernant les personnes ? Où sont-elles stockées ? Comment leur sécurité est-elle garantie ? »,s’interroge-t-il. Le Français Guillaume Dumas, professeur de psychiatrie computationnelle à l’université de Montréal (Canada), ajoute : « En vertu du Patriot Act, les données hébergées aux Etats-Unis ne sont, selon moi, pas en sécurité car elles peuvent être saisiespar un gouvernement pour des raisons politiques. »

Depuis Harvard, John Torous apporte d’autres réserves. « Je ne suis pas contre le fait que ces plateformes nous aident un jour à améliorer la situation mondiale en matière de santé mentale. Mais, sans investissement direct et sans construction de modèles spécifiques à la psychiatrie, les résultats ne seront pas là.Ramasser énormément de données permet peut-être d’obtenir une conversation thérapeutique, mais cela ne constitue pas une réelle thérapie. »

Peut-on faire confiance aux nouveaux robots conversationnels spécialisés en santé mentale ?

Le 25 novembre 2025, au colloque parisien Adopt AI, la société allemande HelloBetter a officiellement lancé Ello, chatbot spécialisé en santé mentale. « Comme on se brosse les dents chaque jour, Ello est conçu pour gérer le stress quotidiennement. Tout un chacun peut avoir besoin un jour de parler à quelqu’un », a relevé devant une salle comble Hannes Klöpper, PDG de l’entreprise.

Cette société est aussi à l’origine d’une application proposant des programmes de thérapie cognitivo-comportementale remboursés par la sécurité sociale allemande et utilisée « par 20 % des psychiatres », notamment pour des cas de burn-out, d’après M. Klöpper. HelloBetter met en avant sa culture académique en affirmant avoir réalisé trente essais contrôlés randomisés (comparaison avec des utilisateurs d’un placebo) de son application, conçue à partir des travaux du professeur de psychologie David Daniel Ebert (université technique de Munich).

Ce nouveau chatbot a été nourri des « interactions de HelloBetter avec ses 140 000 patients »,précise son PDG. Surtout, des psychologues entrent en relation avec l’utilisateur, par chat ou par téléphone, en cas de signal de détresse détecté. Pour certifier l’efficacité d’Ello sur le sommeil, l’anxiété et la dépression, « un essai contrôlé randomisé est prévu au premier trimestre de 2026 »,précise le dirigeant.

Ello va cependant devoir prouver scientifiquement sa crédibilité. Un premier revers vient en effet de toucher la société américaine Slingshot AI, qui a levé 93 millions de dollars (80 millions d’euros) à l’été 2025 pour lancer Ash, son chatbot spécialisé. Un journaliste britannique de The Verge a révélé le 10 décembre qu’Ash n’arrivait pas, en cas d’urgence, à lui donner le bon numéro de la ligne d’assistance au suicide : il donnait le numéro américain et non le numéro anglais, lieu de résidence de l’utilisateur. « Si une entreprise ne peut même pas faire apparaître le bon numéro d’urgence, cela vous indique que l’outil n’est pas prêt pour les soins cliniques », remarque le psychiatre John Torous. Ce dernier a été auditionné, le 18 novembre, à la Chambre des représentants des Etats-Unis dans le cadre d’une enquête sur les risques des chatbots. Le même mois, le comité consultatif sur la santé numérique de la Food and Drug Administration, l’agence américaine chargée de la surveillance des produits alimentaires et des médicaments, s’est penché sur la difficulté de prouver leur efficacité.

Un seul projet de chatbot thérapeutique, Therabot, non commercialisé et développé par des chercheurs du Dartmouth College (New Hampshire), a pour l’instant réalisé des essais contrôlés randomisés. Mais, déplore John Torous, le groupe témoin était une « liste d’attente » (soit les personnes utilisent Therabot, soit elles ne font rien). Ces essais, dit-il, « nous montrent que des gens présentant des problèmes de santé mentale peuvent utiliser un chatbot, ce que nous savions déjà. Nous voulons une étude comparant un chatbot thérapeutique à un chatbot de simple conversation afin d’isoler l’effet réel de la thérapie ». Pour cet expert de la psychiatrie numérique, « il est inquiétant que personne n’ait encore produit une étude de haute qualité avec un véritable groupe de contrôle actif ».

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/01/12/sante-mentale-quand-les-chatbots-et-l-ia-entrent-en-psychiatrie-les-risques-de-la-therapie-en-libre-service_6661523_1650684.html


L’Express, January 13          

Antonio Damasio, neuroscientifique : “La conscience ne se trouve pas dans le cerveau seul, elle est aussi dans le corps”

Idées. Dans son nouveau livre intitulé “L’intelligence naturelle et l’éveil de la conscience”, le chercheur, l’un des plus influents au monde dans son domaine, s’attaque à une énigme qui hante les penseurs depuis des siècles.

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Comment expliquer que notre espèce, Sapiens, soit la seule sur Terre à disposer d’une conscience? Quels sont les mécanismes qui, dans le secret de nos cellules, sont à l’oeuvre pour former ce qui fait de nous des humains : nos pensées, nos sentiments, notre imagination? Depuis trois décennies, le neuroscientifique portugais Antonio Damasio, l’un des plus influents et des plus originaux dans son domaine, tente de percer les mystères de l’organe le plus complexe de l’Homme : notre cerveau. Et de déconstruire l’idée cartésienne originelle de la séparation du corps et de l’esprit.

Dans son dernier livre intitulé L’intelligence naturelle et l’éveil de la conscience (Odile Jacob), le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale, âgé de 81 ans, va encore plus loin. Il soutient non seulement que la conscience est indissociable du corps, mais aussi que, contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas la conscience elle-même qui nous fait ressentir, mais bien l’inverse : pour être conscient, il faut d’abord ressentir. La réponse à l’éternel mystère de la conscience, affirme l’auteur de L’Erreur de Descartes, ne réside pas dans le cortex cérébral – comme on le pensait auparavant – mais bien dans des structures plus anciennes. Cette distinction nous aide également à comprendre ce qui manque à l’intelligence artificielle pour être consciente d’elle-même. Pour l’instant, du moins…

L’Express : Vous écrivez dans votre nouvel ouvrage que la conscience fait partie intégrante du corps humain. Mieux, vous renversez un paradigme : pour être conscient, il faut d’abord être capable de ressentir. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion? Descartes avait donc faux en affirmant : “Je pense donc je suis”?

Antonio Damasio : Lorsque Descartes écrit que “penser” engendre une connaissance de l’être, il inclut tout un spectre de phénomènes mentaux dans la notion de “penser”. Les sentiments font partie intégrante de ce spectre de phénomènes mentaux et, par conséquent, il n’y a ici aucune contradiction. Descartes avait raison et moi aussi! Pas d’erreur de Descartes sur ce sujet.

Notre système nerveux nous permet de nous connecter à notre corps. Notre conscience n’est pas une entité éthérée qui flotte dans l’air; elle est produite par notre système nerveux au sein même de notre corps. Et une grande partie de l’essence de la conscience réside, en réalité, dans la perception que nous avons de notre propre corps en action. Ce livre s’inscrit dans la continuité de plusieurs décennies de recherche. Certains éléments ont déjà été abordés dans des ouvrages précédents, mais il approfondit les idées présentées dans ces derniers, car il explique précisément le mécanisme par lequel la conscience peut être acquise. Ce mécanisme est lié aux sensations homéostatiques et au type de structure nerveuse nécessaire à leur transmission.

La réponse au mystère de notre conscience ne se trouverait donc pas dans notre cerveau, mais dans des structures plus anciennes. Pouvez-vous développer?

La solution au mystère de la conscience, telle qu’elle est présentée dans mon nouveau livre, dépend effectivement du cerveau tel qu’il fonctionne en coopération avec le corps correspondant. Et c’est fondamental! Les structures cérébrales essentielles à la conscience sont en effet, premièrement, des structures plus anciennes dans le panorama de l’évolution et, deuxièmement, situées dans le tronc cérébral plutôt que dans les cortex cérébraux plus modernes. La conscience est, d’un point de vue évolutif, très ancienne et est apparue avant que la nature n’invente les cortex cérébraux.

L’homéostasie dont je parlais tout à l’heure nous permet de comprendre que certaines règles doivent être respectées pour que la vie se poursuive. Parmi les sensations homéostatiques, on retrouve la faim, la soif, la douleur, le bien-être et le malaise. Toutes ces sensations sont des systèmes d’alerte; elles nous avertissent de nos besoins, comme boire de l’eau ou faire une pause en cas de douleur. Elles nous indiquent ce qui est nécessaire à la vie. Ainsi, on pourrait concevoir la conscience comme le résultat d’une série d’alertes, de sentinelles qui nous avertissent d’un problème ou, au contraire, que tout va bien et que, par conséquent, nous pouvons explorer le monde.

Il existe, dites-vous, des cas assez éloquents en clinique, montrant que les patients qui vivent coupés de leurs émotions prennent systématiquement les mauvaises décisions. Expliquez-nous cela.

Ce que vous affirmez est en effet exact : retirer les affects du processus de prise de décision conduit à des décisions moins avantageuses.

A quel moment de son évolution, selon vos travaux, Sapiens a-t-il acquis une conscience? Est-ce l’émergence de cette conscience qui lui a permis de se distinguer des animaux à cette époque, et cela explique-t-il que notre espèce ait finalement réussi à conquérir la planète et à se hisser au sommet de la chaîne alimentaire?

La réponse à toutes vos questions est un oui catégorique. La conscience a été essentielle pour permettre le développement de la pensée et de la créativité qui ont permis à Homo Sapiens de conquérir et de dominer la Terre. Mais notez que la plupart des animaux sont également conscients, comme nous, bien qu’ils soient moins intelligents et créatifs que l’unique Sapiens. C’est pourquoi ils n’ont pas conquis la Terre et se sont contentés de l’occuper!

Dans votre livre, vous abordez la question des plantes et des arbres, ainsi que des animaux. Peut-on dire qu’un animal sauvage, notre chat ou chien, ou encore un magnifique arbre dans notre jardin a une conscience? Cela aurait des implications extraordinaires, notamment s’ils ont conscience qu’on leur fait du mal, ou qu’ils sont exploités d’une manière ou d’une autre…

Comme je le disais, la plupart des animaux sont conscients, et cela a d’importantes implications morales pour les humains. Lorsque nous faisons souffrir les animaux, en particulier les vertébrés, nous sommes responsables de leur souffrance. Cette souffrance ressemble probablement à la nôtre, dans des circonstances comparables, et nous sommes donc coupables. Nous devrions éviter de provoquer la souffrance de toute créature consciente, animale ou humaine.

Pour ce qui est des bactéries ou des microbes, ils n’ont ni conscience ni sentiments. Et savez-vous pourquoi? Elles n’ont pas de système nerveux. On pourrait dire que la conscience n’existe que chez les organismes suffisamment complexes pour posséder un système nerveux, ce qui leur permet d’éprouver des sentiments et d’être conscients. Les arbres et les plantes sont très complexes, ils sont vivants, mais ils ne sont pas des entités conscientes et ne peuvent donc pas ressentir la souffrance. Mais cela ne nous donne pas pour autant le droit de les maltraiter.

Dans votre livre, vous parlez d'”intelligence naturelle”. Est-ce en opposition avec ce que l’on nomme “l’intelligence artificielle”?

En effet, le fait de se référer à l’intelligence naturelle vise à la distinguer de l’intelligence artificielle et à nous rappeler l’assaut incessant de l’IA sur les sociétés humaines. Vous savez, il est important de rappeler que l’IA a été créée par l’intelligence humaine. Nous avons inventé l’intelligence artificielle, pas l’inverse!

La conscience nous permet d’être des individus complets. Nous ne pouvons l’être sans cette conscience de qui nous sommes et de ce que nous sommes. La conscience permet à notre esprit d’appartenir à un corps particulier. Je suis conscient en ce moment même car je sais que mon esprit est dans mon corps, et non dans le vôtre. L’union de l’esprit et du corps est essentielle. C’est elle qui nous confère l’individualité possible uniquement lorsque nous sommes conscients

Aujourd’hui, certains programmes dopés à l’IA parviennent à résoudre des problèmes insolubles pour l’intelligence humaine. Aux échecs, par exemple, les humains ne peuvent plus se mesurer aux ordinateurs tant ceux-ci sont supérieurs. Est-ce un pas vers l’acquisition d’une conscience?

C’est un enjeu central de la recherche actuelle. Les systèmes d’intelligence artificielle deviendront-ils un jour conscients? Auparavant, j’avais une opinion très radicale : non. Mon argument était le suivant : nous créons des organismes dotés d’intelligence artificielle, mais ils ne sont pas vivants et n’ont pas de vie sociale. Ils ne vivent pas, et de plus, les systèmes informatiques complexes n’entretiennent pas de relations sociales entre eux. Ce sont tous des organismes individuels, non vivants. Par conséquent, la probabilité qu’ils développent une conscience est très faible.

Mais, d’un autre côté, il est possible, compte tenu de l’immense ingéniosité humaine, d’imiter certaines conditions. C’est pourquoi je suis plus prudent aujourd’hui.

Peut-on cependant nommer cela une “conscience”?

La science et la technologie doteront éventuellement les dispositifs artificiels de quelque chose que l’on pourrait appeler, “formellement”, une “conscience artificielle”. Mais cela ne ressemblera pas à la conscience que nous trouvons en nous-mêmes et, en général, dans le monde animal. Cela tient au fait que la conscience artificielle ne sera pas fondée sur des sentiments homéostatiques, qui sont des phénomènes liés à la vie.

La conscience est liée aux sensations de bien-être, de douleur, d’inconfort. C’est pourquoi il est très difficile d’imaginer qu’une créature faite de pièces métalliques, dépourvue de toute vulnérabilité, puisse être consciente. Nous avons un niveau de complexité bien différent, et nous possédons cette chose merveilleuse : notre façon de vivre en société avec les autres, notre capacité à percevoir que d’autres peuvent souffrir et être vulnérables comme nous, et c’est ainsi que nous créons une communauté… Nous interagissons constamment avec autrui. Et c’est ce qui crée les sociétés. Nous savons que ces sociétés ne sont pas parfaites; il suffit de regarder autour de nous. Pourtant, ce lien social existe bel et bien.

Si vous aviez une boule de cristal, à quoi différencierait-on, selon vous, une IA d’un humain en 2100? La conscience serait-elle la métrique?

La différence résidera d’abord dans l’absence de vie des dispositifs artificiels, aussi intelligents puissent-ils devenir, et, ensuite, dans l’absence d’interactions coopératives entre un corps vivant et un système nerveux. Il s’agit d’une différence profonde et elle le restera. Je ne crois pas qu’elle puisse être surmontée.

Quelles seront les prochaines découvertes majeures sur notre conscience à l’avenir, selon vous? Et auront-elles des implications sur notre santé par exemple?

Une question très intéressante. L’impact de la recherche sur la conscience sur la santé sera considérable une fois que nous serons capables de réduire les actions destructrices (appelons cela “dégâts”) que la souffrance produit dans nos corps. Pour cela, nous devons systématiser les expériences (le “vécu”) du quotidien de manière à créer des souvenirs pratiquement utiles, capables de nous aider à améliorer nos comportements.

https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/antonio-damasio-neuroscientifique-lorigine-de-notre-conscience-est-plus-ancienne-que-notre-cortex-HATG2JEIDJCUDIQDDMU77KEQMI/


Le Point, January 11         

L’IA au secours des problèmes mathématiques irrésolus

De l’ère des mathématiciens artificiels aux effets des écrans sur l’enfant en passant par les capteurs pour oiseaux migrateurs…

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C’est un véritable coup de tonnerre dans le monde académique : Ken Ono, figure mondiale de la théorie des nombres et professeur titulaire à l’université de Virginie, quitte le monde universitaire pour la Silicon Valley.

L’invité vedette du prochain Paris Saclay Summit, un événement organisé par Le Point les 18 et 19 février, devient « mathématicien fondateur » chez Axiom Math, une start-up cofondée par une de ses anciennes élèves, Carina Hong, 24 ans.

Après avoir levé 64 millions de dollars, l’entreprise poursuit un objectif ambitieux : créer le premier mathématicien artificiel, capable de tenir des raisonnements complexes et de résoudre des « problèmes ouverts » – c’est-à-dire ceux auxquels les humains n’ont pas encore trouvé de solution.

Un pari ambitieux

Axiom Math entend chambouler l’univers des start-up technologiques en s’éloignant de l’activité des grands modèles de langage classiques, comme GPT-4, encore relativement médiocres dans le domaine de la logique ou de calcul. L’entreprise entend se concentrer sur le raisonnement pur, la preuve mathématique et la vérification autonome, loin des intelligences artificielles dites « bavardes ».

Carina Hong croit dur comme fer au succès. D’origine chinoise, cette mathématicienne prodige n’a pas hésité à abandonner son doctorat à Stanford pour fonder sa propre entreprise. Elle y attire déjà des talents de Google DeepMind et de Meta, entre autres.

La preuve par l’IA

Ce virage est symbolique pour Ken Ono, l’une de ces recrues de choix, naguère sceptique face à l’intelligence artificielle et qui y voit désormais l’avenir de sa discipline. « Je n’ai absolument pas dit adieu aux mathématiques, je vais au contraire aller encore plus loin, explique-t-il au Point. L’IA introduit de nouveaux outils qui façonnent la manière dont la vérité mathématique est découverte et validée. J’ai rejoint Axiom Math pour guider cette transformation, afin qu’elle serve les mathématiciens avec une rigueur accrue. » Romain Gonzalez

Migration millimétrée

Une étude de l’université de Lund révèle l’extraordinaire précision migratoire des pies-grièches écorcheurs. Grâce à des enregistreurs miniaturisés de 1 gramme, les chercheurs, qui ont pu suivre leurs déplacements en continu, ont découvert un programme migratoire génétique d’une rare sophistication.

Les oiseaux parcourent plus de 11 000 kilomètres, avec seulement 6 % de variation entre les individus, exécutant un « plan de vol » inné qui les mène de la Scandinavie à l’Afrique australe. Des résultats qui éclairent de façon nouvelle l’influence des programmes génétiques sur le comportement animal. Héloïse Pons

Écrans précoces, retards durables

Une étude de l’Agence pour la science, la technologie et la recherche, installée à Singapour, menée sur 168 enfants pendant plus de dix ans, a établi un lien entre une forte exposition aux écrans avant l’âge de 2 ans et des effets durables sur leur développement.

Les enfants concernés présentent vers 8 ans et demi une prise de décision plus lente et davantage de symptômes d’anxiété à l’adolescence. Les résultats soulignent également que la lecture partagée entre parents et enfants peut atténuer en partie ces effets. H. P.

IA : la riposte française face à la montée en puissance chinoise

Certes, la Chine prévoit de déployer des robots humanoïdes – comme Iron de XPeng ou les modèles Ubtech – dans ses usines et a déployé des essaims de drones au-dessus de grandes villes comme Chongqing pour illuminer le Nouvel An 2026.

Mais, dans ce vacarme technologique, un robot français avance en silence : Aru, né à Toulouse chez Nio Robotics, est un quadrupède hybride qui roule, marche et se métamorphose pour inspecter les usines, les sites énergétiques ou d’autres infrastructures sensibles comme les centrales nucléaires. Bref, une riposte française bien sentie à la robotique chinoise, en pleine explosion. 

Guillaume Grallet

https://www.lepoint.fr/sciences-nature/la-preuve-par-lia-la-nouvelle-frontiere-des-mathematiques-A4LDUIGCLFD7XJMN7U7SL3FP4U/


Le Figaro, January 11        

Dry January : l’industrie viticole en guerre contre la «vague d’hygiénisme» et la «dérive militante» qui s’empare de la France

À l’heure de la déconsommation d’alcool symbolisée par le Dry January, le vin, élément constitutif de la culture française, affronte des vents contraires comme rarement auparavant.

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La scène, d’une infinie banalité en apparence, se tient dans la cour majestueuse des Hospices de Beaune, en Bourgogne. Le chef étoilé et médiatique Mory Sacko est venu y tourner un épisode de son émission «Cuisine ouverte», diffusée sur France 3, laquelle s’achève traditionnellement par une dégustation. Cette fois, il est question d’œufs en meurette, un grand classique de la cuisine bourguignonne. Si le contenu de l’assiette est donc raccord avec le décor des tuiles vernissées de l’ancien hôpital, les verres à pied posés à table ne contiennent ni pommard ni meursault, mais une simple eau minérale. Un détail que n’a pas manqué de relever Gérard Bertrand, le pape des vignerons languedociens, quelques jours après la diffusion : «Le service public transforme le vin en eau !», a-t-il écrit sur ses réseaux sociaux, fustigeant un «niveau d’hygiénisme et de prévenance» qui «en dit long sur la main mise des lobbys anti vin et plus généralement anti alcool dans notre cher pays». Le vigneron prêche naturellement pour sa paroisse, mais ce cri du cœur est révélateur de la tension constatée par nos soins dans la profession, qui dit subir des attaques en règle et un niveau de dénigrement comme rarement auparavant.

«La vague d’hygiénisme est non seulement palpable, mais elle est mondiale», abonde Jacques-Olivier Pesme, économiste et géographe, à la tête de la Wine Origins Alliance, une organisation basée aux États-Unis regroupant les 40 principales régions viticoles dans le monde. Un exemple concret de cette mondialisation du «wine bashing» : le Canada étudiait, fin 2025, la possibilité de rendre obligatoire une mention d’avertissement sur les bouteilles d’alcool. Ce qui ne constitue d’ailleurs pas un coup d’essai, puisqu’un projet pilote avait déjà été orchestré à l’échelle régionale, avec l’avertissement suivant, dupliqué en anglais et en français sur un fond jaune et rouge criard : «L’alcool peut causer le cancer, y compris le cancer du sein et du côlon». Un essai mené durant un mois, en 2017, avant d’être abandonné. Et qui était intervenu – hasard du calendrier – conjointement à la légalisation du cannabis récréatif dans le pays. «J’avais prévenu dès 2017 que le cannabis pouvait constituer un concurrent du vin. En France, on me riait au nez, alors que le tabou du joint qui remplace le verre de vin est une réalité», décrypte Jacques-Olivier Pesme. En 2017, il était de toute façon déjà trop tard. En France, la consommation d’alcool s’est effondrée à hauteur de 60% depuis les années 1960 et à l’inverse, la consommation de drogue – dans une temporalité plus récente – a explosé. En guise d’exemple, le volume d’ecstasy consommé entre 2010 et 2023 a augmenté de 480% et les amphétamines de 600%, selon des chiffres communiqués en décembre dernier par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

En Europe, le parlement de Strasbourg a lui aussi étudié la question d’afficher un message de prévention sur les bouteilles d’alcool. La mention «le vin nuit à votre santé» avait été évoquée en 2022, avant un abandon du projet… Sauf en Irlande, qui va devenir, en 2026, le premier pays européen à imposer une telle mesure. En France, elle est demandée de longue date par Addictions France. La principale association française de lutte contre les addictions, cofondée par Pasteur en 1872 et qui coûterait 120 millions d’euros par an à l’État selon le site Vitisphère, plaide pour un renforcement global de la lutte contre les dangers de l’alcool symbolisée par la loi Évin de 1991. «Ça commence à faire beaucoup», souffle Samuel Montgermont, président de l’association Vin et Société, qui représente les 440.000 acteurs de la filière viticole (production et négoce). Remonté, il se défend vigoureusement de promouvoir les abus et assure que le monde du vin «a toujours été un acteur majeur de la promotion de la consommation responsable». Avant d’ajouter : «Nous saluons le travail des associations en matière de prévention des risques et l’accompagnement de terrain des personnes dépendantes. Nous déplorons en revanche qu’une structure financée par l’argent public s’autorise à sortir de son rôle pour stigmatiser une filière agricole et culturelle».

L’une des dernières campagnes d’Addictions France est effectivement sans équivoque, qualifiant le vin de «cocktail chimique». Dans un post Instagram, l’association délivre une batterie de messages préventifs, renforcés à coups de visuels colorés, où l’on peut notamment lire que «certains vins peuvent contenir plus de substances nocives que certains sodas ou snacks ultratransformés». Ou encore qu’un verre de vin «peut contenir deux fois plus de calories qu’un Coca-Cola». Et enfin que les sulfites du vin ont «de vrais effets potentiels sur le système nerveux»«Addictions France sort largement de son périmètre. Il s’agit d’une dérive militante ! Sans compter qu’ils parlent de sujets qu’ils ne maîtrisent pas, comme les sulfites», se révolte Samuel Montgermont, estimant que le vin est pris pour cible alors que l’addiction au tabac et aux stupéfiants comme le cannabis sont plus régulièrement passés sous silence par l’association.

Nous avons en effet constaté, à l’heure de rédiger ces lignes, que sur les 20 derniers posts publiés sur Instagram par Addictions France, 9 concernent l’alcool et le vin, alors que seules 4 publications sont consacrées à la lutte anti-tabac ou anti-cannabis. Le reste s’attarde sur d’autres typologies d’addictions : paris en ligne, pornographie… «De toute façon, ils ont raté leur mission, car en 20 ans, la consommation de vin a fortement baissé, alors que dans le même temps, les addictions sont toujours aussi présentes. Par ailleurs, les chiffres de mortalité liés à l’alcool sont hautement contestables car ils reposent sur des données datant du début des années 2000. Sauf qu’en 25 ans, la consommation d’alcool a dévissé de 30%. Cherchez l’erreur ! Addictions France a été créée pour s’occuper des gens malades, pas des personnes qui consomment de manière modérée», tient à compléter Samuel Montgermont, évoquant sur un ton grave la crise qui secoue le secteur et les suicides de vignerons qui s’accumulent. Le dernier en date remonte seulement à début 2026, il y a quelques jours. Et quand il ne s’agit pas de suicide, il est question de campagnes d’arrachage de vigne, certes subventionnées, mais toujours douloureuses pour les viticulteurs, rongés par la culpabilité de voir des entreprises souvent familiales s’effondrer sous leurs yeux. Des dizaines de milliers d’hectares ont été concernés ces dernières années, surtout en Gironde et dans le Languedoc, touchés de plein fouet par cette surproduction. Ce n’est, a priori, que le début.

Un soutien encore vif à l’Assemblée

«Le terme de cocktail chimique correspond au vocabulaire des réseaux sociaux», se défend Bernard Basset, président d’Addictions France, qui explique n’avoir rien contre le vin en particulier, même s’il confie que la filière de la bière a particulièrement bien «compris le basculement dans la consommation»«Le monde du vin, lui, communique sur la tradition, mais ne comprend pas les changements de consommation», ajoute-t-il, réclamant plus de «transparence» malgré l’imposition récente d’afficher sur les étiquettes la liste des ingrédients via un QR Code. Addictions France assure, à travers ses communications, que le danger existe dès la première goutte de vin avalée. «C’est complètement stupide», réagit Michel de Lorgeril, médecin et chercheur au CNRS, auteur de Poison ou élixir de longue vie : la vérité sur le vin. Et de s’expliquer : «Il n’y a aucun chiffre qui montre cela. Mais je comprends ce raisonnement : sur 100 Français, il y en aura toujours un ou deux qui auront des tendances addictives et c’est pour eux que l’alcool est potentiellement dangereux».

Cette croisade lancée à l’encontre du vin par Addictions France pourrait se voir cantonnée aux réseaux sociaux, mais il se trouve qu’elle a fait son chemin jusqu’à l’Assemblée nationale. Un rapport parlementaire récent a recommandé l’interdiction de la vente d’alcool à la buvette par «mesure d’exemplarité», selon son auteur, le député Emmanuel Duplessy (groupe écologiste). À la chambre basse toujours, la députée écologiste Sandrine Rousseau a tout récemment porté en commission le projet d’une taxation de 3% sur le montant des dépenses liées à la publicité pour les boissons alcoolisées, alors que la loi Évin régule déjà de manière très stricte les campagnes publicitaires des alcooliers. Cet amendement, élaboré en lien avec Addictions France dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (PLFSS), a finalement été rejeté par une majorité de parlementaires à l’Assemblée. Dans une mesure plus contenue que par le passé, le Palais Bourbon compte malgré tout, encore, quelques soutiens effectifs en son sein. Le groupe d’études transpartisan baptisé «Vigne, vin et œnologie» n’a même jamais compté autant de membres (130), preuve s’il en fallait du caractère urgent de la situation dans laquelle est englué le vin. Alors que le Dry January bat son plein, Vin et Société a décidé de lancer le premier «French January», une façon de promouvoir la modération et la liberté de choix vis-à-vis de sa consommation d’alcool. Mais aussi de soutenir une filière en pleine tempête, dont on s’emploie méthodiquement à maintenir la tête au fond du sac.

https://avis-vin.lefigaro.fr/economie-du-vin/vague-d-hygienisme-et-derive-militante-comment-le-vin-est-passe-de-fierte-francaise-a-bouc-emissaire-de-la-lutte-contre-l-alcoolisme-20260110


Frankfurter Allgemeine Zeitung, January 11     

Abschied vom Smartphone: Wettlauf um die nächste Gerätegeneration

Open AI schmiedet mit Ex-Apple-Designer Jony Ive Pläne für einen KI-Stift  ohne Display. Auch Google, Meta, Apple und Amazon arbeiten an sprach- und KI-basierten Hardwarekonzepten jenseits des Smartphones.

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Der ChatGPT-Entwickler Open AI wagt erstmals den Schritt in den Hardware-Markt. Gemeinsam mit Apples früherer Design-Ikone Jony Ive arbeitet Open AI an einem KI-Gerät, das ohne klassischen Bildschirm auskommt. Gerüchte über einen Prototyp kursierten bereits länger, aber nun verdichten sich die Hinweise auf eine neue Geräteklasse, die Nutzer von ständigen Touchscreens befreien und KI nahtlos in den Alltag integrieren soll. Besonderes Aufsehen erregt die Idee eines stiftförmigen „AI Pen“.

Gerüchte verdichten sich, dass Open AI an seinem ersten eigenen Hardware-Gerät arbeitet – einem KI-gestützten Digitalstift mit dem Codenamen „Gumdrop“. Der Assistent in Stiftform soll über Mikrofon und Kamera verfügenSpracheingaben verstehen und handgeschriebene Notizen in digitalen Text umwandeln, der direkt an ChatGPT gesendet wird. Laut informierten Kreisen läuft ein Teil der KI-Programme direkt auf dem Gerät, während rechenintensive Aufgaben in die Cloud ausgelagert werden.

Produktionspartner soll dem Vernehmen nach Foxconn sein. Ursprünglich war offenbar der chinesische Auftragsfertiger Luxshare vorgesehen, doch OpenAI will das Gerät nicht in China herstellen lassen. Stattdessen sei eine Fertigung in Vietnam oder den USA geplant.

Offiziell bestätigt ist diese Form zwar nicht, doch Jony Ive hat durchblicken lassen, dass ihn eine Reduktion der Bildschirmzeit antreibt. Ein minimalistisches KI-Gadget, das in die Tasche passt, könnte diese Vision erfüllen. Tatsächlich verrieten Gerichtsunterlagen aus einem Markenrechtsstreit erste Details: Demnach wird das erste Open-AI-Gerät weder ein Wearable sein noch einen Bildschirm haben.

Sam Altman, Open-AI-Chef und Ive-Partner bei dem Projekt, sprach intern von einem „Third Device“ neben Smartphone und Laptop. Ende 2025 berichteten Altman und Ive von einem Prototyp, mit dem man nun „ins Schwarze getroffen“ habe. Konkretes zum Design bleibt jedoch geheim. Parallel dazu arbeitet Open AI an einer ganzen Produktfamilie von KI-Geräten. Diskutiert werden laut The Information etwa intelligente Brillen oder ein smarter, bildschirmloser Lautsprecher.

Tatsächlich deutet vieles darauf hin, dass Open AIs erstes Gadget konsequent auf Sprache und Audio setzt. Nach Informationen des Tech-Portals The Information hat Open AI in den vergangenen Monaten interne Teams neu aufgestellt, um die Entwicklung von Sprach-KI voranzutreiben. Zwar beherrscht ChatGPT bereits Sprachwiedergabe, doch die zugrunde liegenden Voice-Modelle galten als langsam und ungenau. Ein verbessertes Sprachmodell mit natürlicherer Betonung und schnellerer Reaktion soll deshalb schon Anfang 2026 erscheinen.

Google will zurück ins Brillen-Spiel

Nicht nur Open AI glaubt an sprachgesteuerte Hardware jenseits des Smartphones. Auch Tech-Gigant Google setzt wieder auf diese Idee und wagt nach dem Scheitern von Google Glass ein Comeback mit Datenbrillen. Im Dezember 2025 kündigte Google zwei Kategorien von KI-Brillen für 2026 an. Eine Variante soll über eingebaute Displays verfügen, die andere bewusst ohne sichtbare Bildschirme auskommen und stattdessen vor allem Audio nutzen. Partner wie Samsung, Warby Parker oder Gentle Monster arbeiten bereits an entsprechenden Modellen. Damit kehrt Google zu einer Vision zurück, bei der digitale Assistenten allgegenwärtig sind, ohne dass man ständig aufs Handy schauen muss.

Die neuen Brillen werden von Googles KI-System Gemini angetrieben, das auf Sprachsteuerung und kontextuelle Intelligenz setzt. Wie die „Los Angeles Times“ berichtet, fungiert dabei das Smartphone als Rechenzentrum: Die Brille selbst ist schlank gehalten und leitet Sprachbefehle ans Handy weiter, wo Geminis KI etwa auf Zuruf ein Lied abspielt oder gesehene Objekte erkennt. Im Unterschied zur ersten Google Glass legt Google nun Wert auf Alltagstauglichkeit. Die Kooperation mit Brillenmarken soll für ansprechendes Design sorgen, um die Akzeptanz zu erhöhen. Beobachter sehen Googles Vorstoß auch als Reaktion auf Meta, dessen smarte Sonnenbrillen bereits am Markt sind.

Meta setzt auf KI-Brillen mit Stimme und Gesten

Während Google noch plant, hat Meta bereits Erfahrungen mit sprachgesteuerten Wearables gesammelt. CEO Mark Zuckerberg forciert seit 2023 eine Reihe von Smart Glasses, die mit dem hauseigenen Meta-AI-Assistenten ausgestattet sind. Zusammen mit Ray-Ban und Oakley hat Meta mehrere Modelle herausgebracht: von sonnenbrillenartigen Geräten mit Kamera und Lautsprecher bis hin zu neuartigen Brillen mit eingebautem Mikrodisplay. Die ersten Ray-Ban-Modelle mit Kamera und Lautsprecher erhielten durchaus positive Resonanz und erreichten solide Verkaufszahlen.

Die „Ray-Ban Meta Display“ wurden im September 2025 für 799 Dollar auf den Markt gebracht. Sie besitzen einen Minibildschirm im Brillenglas und projizieren Benachrichtigungen oder Navi-Pfeile ins Sichtfeld, während – ganz im Sinne einer multimodalen Interaktion – die Bedienung über Sprache oder sogar über einen speziellen Neural-Band-Armbandcontroller erfolgt.

Offenbar ist die Nachfrage größer als das Angebot, denn Meta setzt die Einführung seiner Ray-Ban-Display-Smartglasses in Großbritannien, Frankreich, Italien und Kanada aus. Das Unternehmen begründete die Entscheidung am Montag auf der CES 2026 mit „beispielloser Nachfrage und begrenztem Lagerbestand“. Einen neuen Termin für die ursprünglich für Anfang 2026 geplante internationale Expansion nannte Meta nicht. „Wir konzentrieren uns weiter darauf, Bestellungen in den USA zu erfüllen, während wir unseren Ansatz für die internationale Verfügbarkeit neu bewerten“, schrieb Meta in einem Blogbeitrag.

Seit dem Verkaufsstart der Display-Brillen ist der Kauf schwierig. Die Brillen sind nicht online erhältlich und werden nur in einer begrenzten Zahl von Geschäften in den USA angeboten, darunter ausgewählte Filialen von Ray-Ban, Sunglass Hut, LensCrafters und Best Buy. Der Kauf ist nur nach vorheriger Terminbuchung für eine Vorführung möglich, die über Metas Website organisiert wird. Bereits vor dem Marktstart hatte Meta von einer starken Nachfrage nach Vorführterminen berichtet, viele Standorte waren für mehrere Wochen ausgebucht.

Die 799 Dollar teuren Ray-Ban-Display-Brillen sind Metas erstes Modell mit integriertem Head-up-Display. Zusätzlich verfügen sie über eine Kamera, Stereo-Lautsprecher, sechs Mikrofone, WLAN nach dem Standard WiFi 6 sowie ein Neural-Band zur Fingererkennung. Die Ray-Ban-Display-Brillen bieten deutlich mehr Funktionen als bisherige Ray-Ban- oder Oakley-Modelle, sofern man sich mit dem auffälligen Design anfreunden kann.

Metas Strategie ist deutlich: Das Unternehmen will Sprache als natürliche Schnittstelle in alltagstaugliche Hardware überführen. Die Ray-Ban-Brillen erlauben es etwa, per Sprachbefehl Fotos zu machen oder sich Nachrichten vorlesen zu lassen, ohne das Smartphone hervorzuholen. Der eingebaute KI-Assistent Meta AI kann darüber hinaus mittels Kameras die Umgebung interpretieren und Fragen dazu beantworten. So entsteht ein Zusammenspiel aus Computer Vision und Sprach-KI direkt am Körper des Nutzers.

Apples zögerliche KI-Offensive

Der iPhone-Konzern Apple verfolgt das Thema Sprachinterface mit mehr Zurückhaltung, steht aber nun unter Zugzwang. Während Siri seit mehr als einem Jahrzehnt auf iPhones und dem HomePod aktiv ist, gilt Apples Assistent vielen als überholt. 2025 warteten Beobachter vergeblich auf ein großes Siri-Update. Hinter den Kulissen arbeitet Apple zwar an eigenen KI-Modellen für Sprachfunktionen und hat die Leistung der Neural Engine in iPhones erhöht, doch im direkten KI-Wettlauf mit Open AI oder Google hinkt Apple spürbar hinterher. Die Mixed-Reality-Brille Vision Pro bleibt offenbar hinter den Erwartungen zurück, weshalb die Produktion nun gedrosselt wurde.

Auch die allgegenwärtigen AirPods und die Apple Watch machen Spracheingabe zum selbstverständlichen Feature, wenn auch bisher meist für einfache Kommandos. Brancheninsider erwarten, dass Apple etwa 2026 eine eigene AR-Brille vorstellen könnte, die sich nahtlos ins Ökosystem einfügt. Ein solches Gerät würde vermutlich stark auf Siri angewiesen sein, um ohne voluminöse Eingabegeräte auszukommen. Dafür muss Siri jedoch deutlich sprachgewandter und kontextfähiger werden. Apple betont immer wieder, man wolle KI-Features „ruhig“ und „ethisch“ entwickeln, statt unausgereifte Funktionen herauszubringen.

Amazon rüstet Alexa zum KI-Butler auf

Kaum ein Unternehmen hat so viel Erfahrung mit sprachgesteuerten Geräten wie Amazon. Der Onlinehändler brachte mit Alexa schon 2014 einen Voice-Assistenten in Millionen Haushalte und läutete damit den Boom smarter Lautsprecher ein. Nach einigen Dürrejahren und Sparmaßnahmen in der Alexa-Sparte schlägt Amazon nun ein neues Kapitel auf: Alexa soll dank generativer KI zum allwissenden, proaktiven Butler avancieren. Im Februar 2025 stellte Amazon „Alexa+“ vor, eine grundlegend verbesserte Version des Sprachdienstes.

Alexa+ versteht nicht nur freiere Formulierungen, sondern kann auch komplexe Aufgaben selbständig ausführen. So bucht die Assistentin auf Wunsch ein Restaurant, bestellt ein Taxi und informiert den Babysitter – alles innerhalb eines einzigen Gesprächs. Möglich macht dies die Einbindung großer Sprachmodelle, unter anderem von Open-AI-Konkurrent Anthropic, in Alexas Infrastruktur.

Wettlauf um das nächste Interface

Sprachassistenten galten lange als nette Spielerei, doch 2025 hat die Tech-Branche ihnen neues Leben eingehaucht. Dank Fortschritten bei generativen KI-Modellen wird die Vision greifbar, mit Computern in normaler Sprache zu interagieren, ohne auf Bildschirme zu starren. Ob Open AI mit einem KI-Stift ohne Display, Google mit alltagstauglichen KI-Brillen, Meta mit sprachgesteuerten Wearables oder Amazon mit einem überall präsenten Alexa-Butler – alle großen Player loten die Post-Smartphone-Ära aus, in der Sprache die zentrale Schnittstelle bildet.

Die Entwicklung steckt allerdings noch in den Anfängen. Verbraucher reagieren bislang verhalten auf viele KI-Neuheiten. Der AI Pin von Humane ist nach anfänglichem Hype sehr schnell gefloppt, und das Unternehmen wurde von HP aufgekauft. In Tests und Nutzererfahrungen zeigte sich der AI Pin technisch unausgereift: Lange Antwortzeiten, unzuverlässige Aufgabenerfüllung, schwache Kameraleistung und Überhitzungsprobleme wurden häufig kritisiert. Viele Rezensionen beschrieben den Assistenten als langsamer und weniger zuverlässig als etablierte Smartphone-Assistenten. Zudem begleiten Datenschutzbedenken die allgegenwärtigen Mikrofone und Kameras dieser neuen Geräteklasse. Zudem müssen die Sprachmodelle beweisen, dass sie verlässlich und nuanciert genug für den Alltag sind.

Doch der Wettlauf hat begonnen. Die Konzerne sehen enorme Chancen: Wer das nächste große Interface etabliert, könnte die Smartphone-Ära ablösen und sich neue Machtpositionen sichern.

https://www.faz.net/pro/digitalwirtschaft/kuenstliche-intelligenz/open-ai-google-meta-wer-baut-das-geraet-nach-dem-smartphone-accg-200410439.html


Le Monde, January 10    

« Le discours qui réduit les causes du cancer aux comportements individuels prend une place croissante »

En occultant ou en minorant les déterminismes environnementaux, industriels et sociaux de la maladie, les tenants du « cancer backlash » légitiment la régression des politiques de santé publique, alertent Marc Billaud, chercheur en cancérologie, et Pierre Sujobert, professeur d’hématologie, dans une tribune au « Monde ».

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Voici venu le « cancer backlash » [retour de bâton sur le cancer]. Une offensive idéologique qui réduit les causes du cancer aux seuls comportements individuels. Le tabagisme et la consommation d’alcool sont évidemment des facteurs de risque majeurs qui doivent faire l’objet de politiques de prévention ambitieuses, mais, une fois cette priorité reconnue, a-t-on pour autant tout dit ? Certainement pas. Pourtant, ce discours occupe une place croissante dans le débat public. Cette rhétorique est aujourd’hui relayée par des hebdomadaires généralistes, des blogs pseudo-démystificateurs, des réseaux sociaux, des revues se réclamant du rationalisme. Elle est aussi portée par certains acteurs du champ de la cancérologie.

Elle occulte les déterminismes environnementaux, industriels et sociaux du cancer au profit d’une lecture centrée sur les habitudes de vie, la génétique ou le hasard. La mise en évidence du rôle des conditions matérielles d’existence, environnementales comme professionnelles, relèverait ainsi d’une surinterprétation alimentée par une prétendue « hystérie médiatique ». Le cancer backlash a pris de l’ampleur avec l’accumulation des preuves scientifiques sur les causes environnementales du cancer. Il s’est intensifié en réaction à l’engagement des scientifiques, des médecins et d’associations contre l’arrêt du plan Ecophyto, à l’adoption par les parlementaires de la loi sur l’interdiction progressive des substances polyfluoroalkylées (PFAS) et à la mobilisation de plus de 2 millions de citoyens contre la loi Duplomb.

La question du cancer est ainsi devenue un enjeu politique, au-delà de sa dimension sanitaire, ce que le discours du cancer backlash cherche précisément à neutraliser en rabattant la responsabilité sur les individus. Cette vision structure le discours politique, qui présente les cancers dits « évitables » comme relevant avant tout de « comportements vertueux », pour reprendre les mots du président de la République. La prévention se résume ainsi à une moralisation des conduites individuelles.

Les tenants de cet argumentaire exploitent les contraintes épistémiques de l’épidémiologie environnementale. Celle-ci doit analyser des expositions multiples, difficiles à quantifier à l’échelle individuelle, mais susceptibles de produire une morbidité importante à l’échelle de la population. Elle doit aussi tenir compte de longs délais de latence, d’effets cumulatifs tout au long de l’existence et de l’absence de dose seuil clairement définissable pour de nombreux cancérogènes. Cela ouvre la voie à un argument bien rodé : tant qu’un lien causal irréfutable n’est pas établi, ou que le niveau de risque n’atteint pas celui du tabac, restreindre les expositions est jugé irrationnel.

Faux-semblants

Sous ces faux-semblants de doute méthodologique, l’exigence de preuve absolue devient un instrument de déni des expositions environnementales et de disqualification de toute action de politique publique. Or, le Centre international de recherche sur le cancer a classé la pollution atmosphérique comme un cancérogène certain, et les programmes de biosurveillance de Santé publique France révèlent une exposition généralisée de la population à de nombreuses molécules cancérogènes. Ces données ne couvrent qu’une fraction des composés chimiques mis sur le marché, laissant entrevoir l’ampleur de la contamination des corps, des sols, de l’eau et de l’air, qui frappe d’abord les populations les plus vulnérables.

L’exposition professionnelle aux substances cancérogènes n’est ni marginale ni répartie au hasard :parmi les 2,73 millions de salariés concernés, plus de la moitié sont des ouvriers. Chaque année, en France, on estime qu’entre 16 000 et 34 000 cancers sont liés à des expositions professionnelles, un chiffre très probablement sous-estimé, dont à peine 1 800 sont reconnus en maladies professionnelles. Les protagonistes du cancer backlash concèdent volontiers le rôle cancérogène de l’amiante, désormais incontestable, mais gardent le silence sur l’ensemble des autres expositions professionnelles, pourtant massives et bien documentées.

Silence aussi sur les fortes inégalités face à la maladie. Sur les six années d’écart d’espérance de vie entre cadres et ouvriers, près de 40 % de la surmortalité masculine et 30 % de la surmortalité féminine sont imputables au cancer. A localisation et stade équivalents, les personnes issues des milieux modestes meurent du cancer plus souvent et plus rapidement.

Le cancer backlash se pare d’un vernis scientifique, mettant en scène de prétendues controverses. Derrière cette façade se déploie une vision réactionnaire qui légitime la régression des politiques de santé publique, en France comme en Europe. Elle banalise l’exposition à des substances toxiques pourtant reconnues comme cancérogènes : pesticides, PFAS, chlorure de vinyle monomère, oxyde d’éthylène, cadmium, édulcorants de synthèse ou aliments ultratransformés.

Ce discours discrédite les scientifiques alertant sur les risques environnementaux, qualifie leurs interventions de militantes, relègue toute mise en cause des responsabilités industrielles au rang de propagande et assimile l’invocation du principe de précaution à une forme de cancérologie punitive. Nommer ce cancer backlash, c’est dénoncer une stratégie qui voudrait faire croire qu’un bénéfice économique peut justifier un risque sanitaire, que tout serait choisi et rien subi.

Si la science est attaquée ouvertement outre-Atlantique, elle l’est plus insidieusement en France, notamment lorsque les connaissances scientifiques se traduisent en politiques de prévention susceptibles de menacer des intérêts économiques. Les mêmes logiques productivistes qui dérèglent le climat et dégradent la biodiversité fabriquent aussi une partie des cancers. Le nier, c’est choisir l’inaction au détriment de la santé publique.

Marc Billaud est directeur de recherche émérite au CNRS et dépend du Centre de recherche en cancérologie de Lyon. Il a effectué toute sa carrière de chercheur dans le domaine de la cancérologie.
Pierre Sujobert est professeur d’hématologie à l’université Claude-Bernard Lyon-I et aux Hospices civils de Lyon. Ses recherches portent sur les mécanismes de la cancérogenèse des leucémies et lymphomes, et sur le développement de nouvelles thérapeutiques.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/10/le-discours-qui-reduit-les-causes-du-cancer-aux-comportements-individuels-prend-une-place-croissante_6661239_3232.html


Le Point, January 9        

De l’aspirateur qui vole aux briques Lego qui parlent… Ce qu’on a vu de plus fou en avant-première du CES

Le grand salon de l’électronique, qui se déroule en ce début d’année 2026 à Las Vegas, ne semble pas pâtir de l’environnement géopolitique particulièrement tendu.

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Au CES 2026, Las Vegas continue d’attirer les curieux et les passionnés : 4 000 exposants, 300 000 visiteurs et une déferlante de robots humanoïdes. Les constructeurs chinois trustent les stands les plus fous, comme Mova avec son aspirateur volant ou Roborock qui, lui aussi, a mis au point un modèle doté d’un bras robotisé qui ramasse vos chaussettes. Du côté coréen, LG impressionne avec Cloid, un humanoïde qui promet de repasser vos chemises ou de débarrasser la table tout en discutant.

Mais jusqu’à quel point ce robot n’est-il pas uniquement téléopéré à distance ? La question essentielle est dans l’autonomie de ces humanoïdes, à la fois au niveau énergétique, mais aussi au niveau de la répartie. Et, de tous ceux avec qui j’ai pu échanger sur le salon, le plus impressionnant est un modèle du chinois AgiBot. « Ce constructeur m’impressionne car ils ne veulent pas uniquement mettre au point un outil de démonstration, mais aller à terme vers l’industrialisation », confirme Vincent Ducrey, cocréateur et analyste au Hub Institute.

De nombreuses entreprises françaises comme Withings, mais aussi Dassault Systèmes, Valeo, OpMobility ou encore Michelin, ont fait le déplacement. Mais la Chine s’est imposée comme le pays le plus présent en dehors des États-Unis. Parmi ce festival d’innovations, voici quelques gadgets surprenants qui ont marqué le début de cette édition.

La sucette qui susurre à l’oreille

Oubliez les écouteurs : au CES 2026, la musique passe… par un bonbon. Le Chinois Lollipop Star a dévoilé une sucette qui diffuse des morceaux directement dans votre tête grâce à la conduction osseuse, cette technique qui fait vibrer les os de la mâchoire plutôt que vos tympans. Résultat : en léchant ou en croquant la sucette, vous entendez de la musique – les rappeurs américains Ice Spice ou Armani White par exemple – sans qu’aucun son ne s’échappe vers l’extérieur. On peut s’interroger sur leur intérêt réel, mais ces écouteurs invisibles font leur petit effet ! Surtout, cette friandise high-tech illustre une tendance du salon : transformer des objets du quotidien en expériences sensorielles augmentées.

L’assistant IA holographique qui veut vous connaître

L’intelligence artificielle s’invite partout,et si les robots humanoïdes ont encore des progrès à faire en matière d’énergie, certains compagnons virtuels sont déjà bien là. Basée à Singapour, Razer pousse le concept à l’extrême avec Project AVA, un petit cylindre de bureau qui projette un hologramme 3D de 5,5 pouces (environ 14 cm) affichant des avatars animés comme Kira (une « waifu » en robe verte et chaussettes hautes) ou Zane, qui ressemble davantage à un collègue musclé tatoué. Ce gadget suit vos yeux, lit sur vos lèvres, surveille votre écran via une caméra HD et s’alimente à l’IA Grok de xAI (ex-Twitter) pour organiser votre agenda, donner des conseils personnels – comme ne pas oublier les enfants à l’école – ou vous apaiser si vous stressez.

Certes, il ne s’agit que d’un prototype. Mais cette surveillance quasi constante fait froid dans le dos et pourrait créer des liens affectifs chez l’utilisateur. Sur ce registre, l’entreprise tokyoïte Ludens AI impressionne aussi avec des peluches collègues qui clignent des yeux de manière attachante pour réduire le stress.

On notera également la présence remarquée de LePre avec son « AI Companion », un assistant virtuel façon capable d’imiter le ton de la voix de votre choix. Là aussi, l’appareil s’appuie sur une caméra (voir photo ci-dessus) pour observer vos sourires, vos coups de colères, vos doutes pour adapter son comportement en conséquences. Bref, un champion de l’empathie, qui, dans certains cas pose des problèmes de vie privée : jusqu’à quel point suis-je capable de me confier à une intelligence artificielle

L’aspirateur qui… vole

Originaire de Suzhou, dans la province du Jiangsu, la marque Mova a profité du CES 2026 pour pousser très loin l’idée de l’aspirateur autonome multi-étages avec un module drone qui sert de plate-forme volante à un robot aspirateur classique. Concrètement, le robot se « gare » sur ce socle aérien, qui le transporte d’un étage à l’autre avant de le déposer pour qu’il reprenne son ménage au sol, comme si la maison disposait d’un mini-héliport pour aspirateur.

Cela se rapproche de ce que Mova explorait déjà sur la mobilité verticale, notamment le modèle Zeus 60 qui montait les escaliers en se hissant marche par marche grâce à un système de type « mini-élévateur » intégré dans le châssis. Ici, l’ambition est de supprimer l’étape manuelle (attraper le robot sous le bras pour l’emmener à l’étage), en misant sur ce support volant qui sert aussi de station de recharge.

En parallèle, le secteur des robots aspirateurs gagne clairement en autonomie et en capacité d’interaction avec l’environnement. On a déjà vu chez Roborock comme chez Mova un modèle doté d’un véritable bras robotisé capable de reconnaître de petits objets – chaussettes, chaussures légères, serviettes – pour les saisir, les déplacer sur une zone propre, nettoyer la place, puis les ranger à l’endroit configuré dans l’appli.

Des briques Lego qui réagissent

Avec la nouvelle plateforme Lego Smart Play, dévoilée à Las Vegas, la marque danoise introduit des briques dotées de capteurs de lumière et de distance, capables de déclencher des sons, des effets lumineux et des interactions quand on les combine. Certaines pièces sont équipées de tags et de minifigurines « spéciales » qui servent de déclencheurs pour des scénarios de jeu.

Le système permet par exemple de créer des batailles spatiales interactives grâce à un partenariat avec Star Wars, où les vaisseaux réagissent physiquement à ce qui se passe dans le jeu narratif. L’enjeu dépasse le simple jouet connecté : Lego cherche à fusionner jeu physique et univers numérique, dans une logique d’« apprentissage par le jeu ». Astucieux, mais les parents, qui voyaient dans ces briques un moment où les enfants arrivaient à se déconnecter de l’électronique et des notifications, risquent d’être un peu déçus.

Le tableau qui peint ce que vous avez en tête

La start-up américaine Fraimic a présenté son Smart E Ink Canvas, un cadre mural connecté qui affiche des œuvres créées par une IA, simplement à partir d’une description vocale. On lui parle par exemple d’un « coucher de soleil façon impressionniste sur les toits de Paris » et, quelques secondes plus tard, l’image apparaît sur une grande dalle en couleur, sans reflets. Ce cadre existe en deux formats, jusqu’à 24 × 36 pouces. Vendu entre 399 et 999 dollars selon la taille, il transforme le mur du salon en galerie d’art génératif, où l’on change de décor aussi facilement que de playlist. À l’avenir, on pourrait même voir des téléviseurs que l’on clipse ou déclipse sur les murs.

La balance qui voit à travers votre corps

Imaginez une balance qui lit votre santé comme un scanner médical avancé : c’est le Withings Body Scan 2, dévoilé au CES 2026 par la start-up Withings, basée en région parisienne. Vous montez simplement pieds nus dessus, saisissez la poignée rétractable, et en environ 90 secondes, elle analyse précisément votre graisse corporelle, vos muscles, votre hydratation, l’efficacité de votre cœur, un risque potentiel d’hypertension, et détecte même une fibrillation auriculaire grâce à ses multiples électrodes.​

L’écran couleur incurvé de la poignée vous révèle tous ces résultats en direct, clairs et immédiats. Une intelligence artificielle suit ensuite vos progrès au fil des jours, pour vous prodiguer des conseils personnalisés, comme ajuster votre alimentation ou votre activité afin de booster votre longévité.​ Certes, dans ce secteur ultra-compétitif de la santé connectée, Withings doit notamment croiser le fer avec le japonais Omron, l’américain Garmin ou le chinois Huawei. Mais cette innovation française peut, si elle est accompagnée d’un suivi médical, aider à prévenir certaines maladies cardiovasculaires.

https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/de-laspirateur-qui-vole-aux-briques-lego-qui-parlent-ce-quon-a-vu-de-plus-fou-en-avant-premiere-du-VCB2BANFPFBXTDLO3DUOVASJ2Q/


Neue Zürcher Zeitung, January 8      

Der Grosse Frost: Der Winter 1709 war der kälteste seit Menschengedenken – und eine Initialzündung für die Wissenschaft

Der Extremwinter des Jahres 1709 hielt Europa über Wochen fest im Griff und forderte unzählige Opfer. Doch die grosse Kälte gab auch den Anstoss für die moderne Klimatologie: Wind und Wetter wurden zu mess- und interpretierbaren Naturphänomenen.

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In der Nacht des 5. Januar 1709 senkte sich eine nie da gewesene Kälte über Europa. Schon in den Wochen zuvor hatten die Menschen zwischen Skandinavien und Portugal mit ungewöhnlich tiefen Temperaturen gekämpft. Doch ab dieser Nacht zeigten die noch kruden Thermometer nie zuvor gemessene Tiefstwerte. Der gesamte Kontinent war wie eingefroren, nur wenige Tage nach Mitteleuropa fielen auch Rom und Lissabon in Schockstarre.

Der Grosse Frost, wie er später genannt wurde, war keine kurze Eskapade der Natur; er hielt den Kontinent über Wochen fest im Griff. In Berlin beobachteten der Berliner Astronom Gottfried Kirch und seine Frau Maria Margaretha das Geschehen mit ihren «Wettergläsern», einfachen, mit Weinbrand gefüllten Thermometern. Da es allgemein anerkannte Temperaturskalen, wie die des deutschen Physikers Daniel Gabriel Fahrenheit oder jene seines schwedischen Kollegen Anders Celsius, noch nicht gab, arbeiteten die Kirchs mit ihrer eigenen, 60 Grad umfassenden Skala. Auf ihr gefror Wasser bei 20 Grad, 40 Grad standen für einen warmen Sommertag.

Am 10. Januar notierten die Kirchs in ihren Tagebüchern Temperaturen, die vermutlich Celsius-Werten von minus 30 Grad entsprachen; die Höchsttemperatur an jenem Tag lag gemäss späteren Rekonstruktionen bei minus 19 Grad.

Binnen kurzem waren auch grosse Gewässer zugefroren, der Rhein ebenso wie Seine und Themse. Immerhin: In London konnte wieder einmal ein Thames Frost Fair stattfinden, einer der beliebten Frostjahrmärkte auf dem zugefrorenen Fluss.

Selbst der Sonnenkönig musste bibbern

Es blieb wahrscheinlich das einzige Vergnügliche inmitten einer Wetterkatastrophe, die unzähligen Menschen den Tod brachte. Reisende erfroren auf den Landstrassen, auf der Suche nach Nahrung streiften Wölfe durch die Dörfer. Vor allem auf dem Land starben ganze Familien im Schlaf. Ihre Häuser waren meist kaum isoliert und schlecht beheizbar. Und ärmere Bevölkerungsschichten konnten sich Heizmaterial ohnehin kaum leisten. Doch selbst an der Tafel des Sonnenkönigs Ludwig XIV. gefror laut Zeitzeugen das Wasser in den Trinkkrügen.

Der Winter von 1709 brachte Lebensmittelknappheit und Hungersnöte, soziale Unruhen und Epidemien mit sich. In Frankreich allein schätzen Historiker die Zahl derjenigen, die direkt oder indirekt durch den strengen Winter und seine Folgen zu Tode kamen, auf mehr als eine halbe Million. Selbst die Wohlhabenden konnten sich mit ihren Vorräten an Lebensmitteln und Getränken nicht in Sicherheit wiegen. Gemüse und Fleisch wurden durch das Einfrieren unbrauchbar. Auch alkoholische Getränke wurden zu Eis, Weinfässer barsten.

Der kalte Winter von 1709 in Europa war ein extremes Ereignis innerhalb einer Phase der europäischen Klimageschichte, die heute als Kleine Eiszeit bekannt ist. Sie währte etwa vom 15. Jahrhundert bis in die Mitte des 19. Jahrhunderts – bezeichnenderweise fand der bis heute letzte Thames Frost Fair im Jahr 1814 statt.

Die Kleine Eiszeit dauerte 400 Jahre

In der Kunst führte die lange Periode kühlen Klimas mit oft sehr harschen Wintern zu einem Boom der Wintermalerei. Vor allem in den Werken niederländischer Maler wie Hendrick Avercamp und Pieter Bruegel dem Älteren werden die frostigen Lebensumstände dieser Epoche deutlich. Zur Ikone des Jahrtausendwinters wurde indes das Gemälde «Le Lagon gelé en 1709» von Gabriele Bella: Es zeigt die zugefrorene Lagune Venedigs mitsamt darauf herumschlitterndem Volk.

Eine unglückliche Verkettung von Umständen

Klimaforscher sehen verschiedene Ursachen für die Kleine Eiszeit. Eine Rolle spielte vermutlich das nach dem englischen Astronomen Edward Maunder benannte Maunder-Minimum. Der Fachbegriff bezeichnet eine stark verringerte Aktivität der Sonne in den Jahren zwischen 1645 und 1715. Einen Beitrag könnten aber auch ein länger andauerndes Schwächeln der Meeresströmungen im Atlantik oder vermehrte Vulkanaktivitäten geleistet haben.

Für einzelne besonders kalte Winter sind aber meist natürliche Schwankungen des Wetters verantwortlich. Und die hängen in Mitteleuropa stark von der Nordatlantischen Oszillation ab, also der Schwankung der Luftdruckverhältnisse über dem Nordatlantik zwischen dem Islandtief im Norden und dem Azorenhoch im Süden. In Jahren mit geringem Druckunterschied zwischen diesen beiden Gebieten schwächen sich die vorherrschenden Westwinde ab und lassen Kaltluft aus dem Osten nach Mitteleuropa strömen. Was auch immer die Auslöser des kälteren Wetters waren – im Winter 1709 müssen sie sich auf dramatische Weise addiert haben.

Von all den möglichen Stellrädern des Wetters wussten die Menschen des frühen 18. Jahrhunderts noch sehr wenig. Viele sahen ganz andere Mächte am Werk. Wie bei früheren Heimsuchungen wurde von den Kanzeln der Zorn Gottes gegenüber der Sündhaftigkeit der Menschen als Ursache der Katastrophe beschworen.

Das Wetter wurde zu einem Objekt der Naturwissenschaft

Doch diese Erklärung reichte vielen Menschen nicht mehr. Der Winter von 1709 fiel in das beginnende Zeitalter der Aufklärung, in dem man begann, systematisch Theorien aufzustellen und anhand empirischer Befunde zu prüfen. Zahlreiche gebildete Menschen begannen, sich als Naturforscher zu betätigen. Sie dokumentierten das Wettergeschehen und korrespondierten über Grenzen hinweg mit Gleichgesinnten. Ihr Ziel: Wetterphänomene besser zu verstehen – und sie eines Tages vielleicht sogar vorhersagen zu können.

In Upminster, unweit Londons, führte der Geistliche und Naturforscher William Derham seit 1697 Wetterbeobachtungen durch und brachte seine Messungen zu Papier. Noch 1709 erschien seine «History of the Great Frost» als Buch. In Paris nahm der Botaniker Louis Morin dreimal täglich Messungen der Luftfeuchtigkeit und der Temperatur vor – auch während «Le Grand Hiver».

Den in Bologna wirkenden Anatomen Giovanni Battista Morgagni regte der Grosse Frost zu seinen Überlegungen zu einem langsameren Blutfluss im menschlichen Körper unter extremer Kälte an; er veröffentlichte eine der ersten medizinischen Beschreibungen der Hypothermie, der Unterkühlung des menschlichen Körpers. Der amerikanische Klimahistoriker Jin-Woo Choi sieht im Extremwinter von 1709 deshalb einen Glücksfall für die Wissenschaft.

Doch so optimistisch wie Choi kann man den Horrorwinter von 1709 wohl nur mit ein paar Jahrhunderten Abstand sehen. Für die frierenden Menschen des frühen 18. Jahrhunderts war er aber auch jenseits der Wissenschaft ein Augenöffner: Die grosse Kälte hatte Europa an die Grenzen der Belastbarkeit gebracht. In der Folge nahmen Bevölkerungen ihre Regierenden verstärkt in die Verantwortung, Vorkehrungen gegen solche Extremereignisse zu treffen, etwa durch das Anlegen von Lebensmittelvorräten. Auch das gehört zum Erbe des Winters von 1709.

https://www.nzz.ch/wissenschaft/der-grosse-frost-von-1709-wie-eine-katastrophe-die-wissenschaft-praegte-ld.1916703


Atlantico, January 6   

Taxis autonomes : Chinois et Américains s’attaquent à l’Europe par la face Londres

Mises en service dès cette année dans la capitale britannique, les premières flottes de robotaxis finiront fatalement par traverser la Manche. Pour les taxis traditionnels, il y a de l’attente en station dans l’air.

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Pour les taxis traditionnels, il y a de l’attente en station dans l’air.

C’est officiel, les premiers taxis entièrement autonomes circuleront dans les rues de Londres dès cette année, le Chinois Baidu et l’Américain Waymo, une filiale de Google, venant d’être autorisés à y concurrencer les black cabs traditionnels.

Choisie comme porte d’entrée européenne de ces opérateurs en raison d’un cadre réglementaire particulièrement souple (depuis le UK Automated Vehicles Act de 2024, constructeurs et exploitants peuvent être légalement reconnus responsables d’un éventuel accident au même titre qu’un conducteur humain), la capitale britannique devrait également leur servir de vitrine pour la conquête du Vieux-Continent.

C’est qu’un véhicule électrique capable de rouler H24 sept jours sur sept, d’optimiser ses trajets, de faire s’effondrer ses charges d’exploitation et d’améliorer la sécurité finira fatalement par imposer sa logique, a fortiori dans des métropoles où l’on met tout en œuvre pour réduire pollution, congestion et place de la voiture individuelle…

Mais de Paris à Madrid et de Rome à Berlin, c’est la dimension sociale, bien plus que la la fiabilité de la technologie ou ses implications juridiques, qui devrait animer le débat, compte tenu des tensions déjà générées par l’arrivée des Uber et autres Bolt chez les taxis titulaires de licences.

On s’en doute, les véhicules autonomes rallumeront la mèche et l’on imagine les batailles à venir sur les questions de quotas, d’accès aux voies réservées, de zones de prise en charge, de fiscalité ou même de tarification.

Chez nos voisins du dessus, curieusement, cette nouvelle forme de concurrence ne semble pas inquiéter la profession outre-mesure, la principale fédération de black cabs LTDA tablant sur la « méfiance des usagers » et l’incapacité des « robotaxis à maîtriser la complexité de la géographie londonienne ». Les chauffeurs de VTC qui, eux, semblent avoir entendu parler du GPS, seraient en revanche moins dans le déni mais ne seraient pas davantage mobilisés à ce stade…

Pour autant, pour toutes nos traditions de révoltes corporatistes, ici comme à Londres, le scénario est écrit d’avance : indignation d’abord, expérimentation ensuite, généralisation enfin. Les taxis autonomes ne demanderont pas la permission de se répandre en Europe : il leur suffira de s’y rendre indispensables.

https://atlantico.fr/article/rdv/taxis-autonomes-chinois-et-americains-sattaquent-a-leurope-par-la-face-londres-hugues-serraf


Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review, January 7      

Geschichte des Neutrinos: Das närrische Geisterteilchen

Wolfgang Pauli postulierte 1930 die Existenz eines völlig unbekannten Teilchens – erst 26 Jahre später gelang der Nachweis des Neutrinos. Heute liefert es vielleicht einen Schlüssel zum Verständnis des Universums.

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Unter den bekannten Elementarteilchen ist das Neu­trino vielleicht das seltsamste. Es hat keine elek­trische Ladung und nur eine winzige Masse. Zudem wechselwirkt es nur äußerst schwach mit Materie. So spüren wir gar nichts von den etwa 70 Mil­liarden von der Sonne kommenden Neu­trinos, die jede Sekunde durch jeden Qua­dratzentimeter unseres Körpers hin­durch­rasen. Dies hat aber den Vorteil, dass das Neutrino uns wertvolle Infor­mationen aus kosmischen Entfernungen übermittelt, die es ohne nennenswerte Ab­lenkung überwinden kann.

Christian Spiering erzählt in seinem spannend und verständlich geschriebenen, aber dennoch wissenschaftlich exakten Werk die ereignisreiche Geschichte dieses Teilchens. Als international erfolgreicher Wissenschaftler auf dem Gebiet der Neutrinoastronomie und insbeson­dere durch seine wichtige Rolle beim IceCube-Experiment am Südpol zum Nachweis kosmischer Neutrinos ist er geradezu prädestiniert dafür.

Der Autor verknüpft seine Schilderung mit sieben Lebensläufen, die eng mit der Erforschung des Neutrinos verbunden sind. Am Anfang stehen Lise Meitner und Wolfgang Pauli, eine Experimentatorin und ein Theoretiker, deren Arbeiten vor etwa hundert Jahren wegweisend gewesen sind. Lise Meitner, aus Wien stammend und in Berlin mit Otto Hahn forschend, widmete sich der Beta-Strahlung. Das sind Elektronen, die als radioaktive Strahlung etwa von Uran emittiert werden. Das gemessene Spektrum (die Energieverteilung der Elektronen) stellte die Forscher allerdings vor Probleme: Es schien, als ob der Satz von der Erhaltung der Energie, einer der Grundpfeiler der Physik, verletzt wäre. Aber konnte das wirklich der Fall sein?

Hier betritt Wolfgang Pauli die Bühne, der ebenfalls aus Wien stammte und an der ETH Zürich forschte. Pauli ist einer der Pioniere der Quantentheorie und sollte für sein in den Zwanzigerjahren auf­gestelltes Ausschließungsprinzip später den Nobelpreis erhalten. Im Jahr 1930 for­mulierte er seine Neutrinohypothese – er postulierte die Existenz eines bis dahin unbeobachteten Teilchens, dessen Funktion darin besteht, den Energiesatz beim Beta-Spektrum zu retten. Seine Hypo­these teilte Pauli in einem inzwischen legendären offenen Brief der „Gruppe der Radioaktiven“ mit, Physiker, die sich auf einer Tagung in Tübingen trafen. Pauli schloss seinen Brief mit den Worten: „Leider kann ich nicht persönlich in Tübingen erscheinen, da ich infolge eines in der Nacht vom 6. zum 7. Dezember in Zürich stattfindenden Balles hier unabkömmlich bin.“

Wolfgang Paulis „kleines Neutron“

Heutzutage werden hypothetische neue Teilchen ohne Scheu postuliert. Zu Paulis Zeit war das anders. Man kannte nur drei Teilchen: Proton, Elektron und Photon. Es erforderte einigen Wagemut, diesen drei ein neues, noch unbekanntes Teilchen hinzuzufügen. Wegen der fehlenden elektrischen Ladung nannte Pauli sein Teilchen „Neutron“. Das heute unter diesem Namen bekannte Teilchen, das zusammen mit den Protonen die Atomkerne aufbaut, wurde erst 1932 empirisch entdeckt; aus diesem Grund wurde Paulis Teilchen, das wesentlich leichter als das Neutron sein sollte, einem Vorschlag des italienischen Physikers Enrico Fermi folgend in Neutrino, „kleines Neutron“, umbenannt.

Paulis Wagemut hatte vielleicht auch private Gründe, wie er viel später in ei­nem Brief an Max Delbrück über das Neutrino beschrieb: „Die Geschichte dieses närrischen Kindes meiner Lebenskrise (1930/31) – das sich auch weiter recht närrisch aufgeführt hat – beginnt ja mit jenen heftigen Diskussionen zwischen ihr [Lise Meitner] und Ellis [ein englischer Physiker] über das kontinuierliche Beta-Spektrum, die gleich mein Interesse geweckt haben.“ Pauli hatte in Berlin nicht nur Lise Meitner aufgesucht, sondern sich auch mit seiner späteren Frau getroffen, von der er sich aber bereits 1930 wieder scheiden ließ, eine Woche vor dem erwähnten Brief.

Verwandlungen auf dem Weg zwischen Sonne und Erde

Das Neutrino hatte sich in der Tat weiter recht närrisch aufgeführt. Sein Nachweis gestaltete sich äußerst schwierig und gelang erst, nachdem in den Fünfzi­gerjahren Kernreaktoren zur Verfügung standen, die eine ausreichend starke Neu­trinoquelle darstellen. Seine Entdeckung erfolgte 1956 durch die US-amerikanischen Physiker Fred Reines und Clyde Cowan.

Wie sich später herausstellte, gibt es nicht nur eine, sondern drei Arten von Neutrinos. Das von Pauli postulierte und zuerst entdeckte Neutrino ist quasi ein Partner des Elektrons und heißt deshalb Elektronneutrino. Die beiden anderen Neu­trinoarten gesellen sich zu schwereren Versionen des Elektrons, dem Myon und dem Tauon, und heißen deshalb My- und Tauneutrino; sie wurden 1962 beziehungsweise 2000 entdeckt. Dass es keine weiteren Arten geben kann, weiß man insbesondere aus der Physik des frühen Universums, da ansonsten die Bildung der leichten Atomkerne in den ersten drei Minuten nach dem Urknall nicht in Einklang mit astronomischen Beobachtungen stünde.

Die meisten extraterrestrischen Neu­trinos, die man beobachten kann, stammen von der Sonne. Dabei bestand jahrzehntelang das Problem, dass man auf der Erde viel weniger Neutrinos beobachtete als erwartet. Eine Lösung fand dieses Problem erst, nachdem man festgestellt hatte, dass Neutrinos nicht wie zunächst erwartet masselos sind, sondern eine, wenn auch winzige Masse besitzen. Ein Effekt der Quantentheorie erlaubt so­genannte Neutrino-Oszillationen, die pe­riodische Umwandlung der Neutrino­arten ineinander: Die in der Sonne erzeugten Elektronneutrinos kommen also nicht alle als solche an – einige haben sich unterwegs in My- und Tauneutrinos verwandelt, die in den entsprechenden Ex­pe­rimenten nicht registriert werden können.

Neutrinos aus Supernovae

Den wichtigsten Forschern am Sonnenneutrinopro­blem, den US-amerikanischen Physikern Raymond Davis und John Bahcall sowie dem japanischen Physiker Masatoshi Koshiba, sind zwei Kapitel gewidmet. Koshiba hat mit dem japanischen Detektor Kamiokande einen weiteren wichtigen Beitrag zur Neutrinoastronomie geleistet. So konnten dort 1987 elf Neu­trinos nachgewiesen werden, die aus der in jenem Jahr beobachteten Supernova in der Großen Magellanschen Wolke stammen – die ersten Neutrinos von außerhalb des Sonnensystems. Supernovae können aus kollabierenden Sternen entstehen, wobei 99 % der Energie von Neutrinos abtransportiert werden.

Da bei solchen Explosionen auch die für unsere Existenz wichtigen schweren Atomkerne ausgestoßen werden, gehören die Neutrinos quasi zu unseren Geburtshelfern. Viel später konnten beim IceCube-Experiment am Südpol unter Beteiligung Spierings weitere Neutrinos von jenseits unseres Sonnensystems registriert werden – im Jahr 2017 gelang gar die Zuordnung eines beobachteten Neutrinos zu einer bekannten Quelle, einer etwa vier Milliarden Lichtjahre entfernten Galaxie.

Mit viel Herzblut schildert der Autor in einem eigenen Kapitel die Lebensgeschichte der vielleicht schillerndsten Figur bei der Erforschung des Neutrinos. Es handelt sich um den Italiener Bruno Pontecorvo, der „dreimal keinen Nobelpreis“ erhalten hat, obwohl er als Erster viele Entwicklungen angestoßen hat. Vielleicht lag es daran, dass Pontecorvo als überzeugter Kommunist 1950 bei Nacht und Nebel in die Sowjetunion überge­siedelt ist, wo wesentliche Arbeiten am Forschungsinstitut in Dubna, dem östlichen Gegenstück zum Forschungszen­trum Cern in Genf, entstehen sollten.

Trotz dieser Fortschritte sind beileibe nicht alle Rätsel um die Neutrinos gelöst. Sie spielen vermutlich eine wichtige Rolle bei der noch ausstehenden Vereinheitlichung aller Wechselwirkungen. Paulis närrisches Kind wird wohl auch in Zukunft für Überraschungen gut sein.

Christian Spiering: „Das seltsamste Teilchen der Welt“. Auf der Jagd nach dem Neutrino. Hanser Verlag, München 2025. 336 S., geb., 28,– €.

https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/sachbuch/geschichte-des-neutrinos-das-geisterteilchen-110813814.html


L’Express, December 31      

Michel Devoret, prix Nobel de physique : “Dans le quantique, nous en sommes encore à l’étape des tubes à vide”

Tech. Le chercheur en physique quantique était à Paris pour plusieurs conférences. L’occasion de revenir sur ses travaux.

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C’est une fin d’année chargée pour Michel Devoret. Décoré en octobre 2025 du Prix Nobel de physique, le septuagénaire était le 10 décembre à Stockholm pour la cérémonie officielle, présidée par le roi de Suède Carl XVI Gustaf en personne. Un moment que le chercheur en physique quantique décrit comme “un conte de fées à l’échelle macroscopique” depuis Paris, où il avait rendez-vous quelques jours après la cérémonie pour une série de conférences.

La reconnaissance vient tardivement pour le chercheur, récompensé avec John Clarke et John Martinis. Leurs expériences ont été réalisées dans les années 1980. Quarante ans plus tard, leurs travaux sont à la base des ordinateurs quantiques produits aujourd’hui, qui pourraient être demain à l’origine d’une véritable révolution quantique.

Des travaux précurseurs

Ce sont leurs recherches qui ont, pour la première fois, “montré qu’un objet massif pouvait aussi obéir à la mécanique quantique”, rembobine-t-il aujourd’hui. Si en mécanique classique, un objet partant d’un point A à un point B aura une trajectoire unique, en mécanique quantique, l’objet suit plusieurs trajectoires à la fois. Cette particularité n’était observée qu’à une échelle microscopique, jusqu’aux travaux de Michel Devoret, qui a réussi à montrer qu’un courant électrique pouvait évoluer en prenant plusieurs trajectoires à la fois dans un circuit électrique. Une échelle macroscopique, bien plus importante que celle du monde quantique.

Plus qu’une question de taille, c’est surtout ce que ces circuits obéissant à la mécanique quantique permettent de faire qui est intéressant pour la recherche. “La conséquence pratique de notre découverte, c’est que nous pouvons réaliser des atomes artificiels constitués de circuits électriques”, explique calmement Michel Devoret. Des circuits électriques qui vont, comme les atomes, “présenter des niveaux d’énergie”, et donc permettre de réaliser un bit quantique, ou qubit, soit la base de l’informatique quantique. Les processeurs Willow, dévoilés l’année dernière par Google, sont ainsi directement basés sur cette découverte.

Ces travaux auraient pu rester une recherche purement fondamentale, sans application directe. Mais la découverte du potentiel de l’informatique quantique au milieu des années 1990 a tout changé. “Pendant longtemps, les physiciens se demandaient si un ordinateur quantique arriverait à fonctionner aussi bien qu’un ordinateur classique”. De nombreux chercheurs craignaient que le principe d’incertitude, sur lequel est basé le quantique, ne fasse dérailler les machines. Finalement, c’est tout l’inverse qui s’est passé : les ordinateurs quantiques s’avèrent supérieurs sur certaines tâches, notamment pour les calculs complexes. “Tout cela a transformé la façon dont notre sujet a touché le monde industriel”, concède Michel Devoret.

Lorsqu’il réalise ces expériences pour la première fois, dans les années 1980, Michel Devoret se trouve alors aux États-Unis, en contrat postdoctoral à l’université Berkeley, après avoir soutenu une thèse en France. Tout au long de sa carrière, le chercheur alternera entre les deux destinations. De retour en région parisienne après son contrat en Californie, il rejoint le CEA, où il restera pendant 24 ans, avant de traverser à nouveau l’Atlantique en 2002, pour devenir professeur de physique au sein de l’université Yale. Il y restera jusqu’en 2024, lorsqu’il rejoindra Google en tant que directeur scientifique du Quantum AI Lab de la firme.

Les années passent mais l’intérêt des atomes artificiels mis au point par leurs expériences ne se dément pas. “Les propriétés des atomes naturels sont fixées par les constantes fondamentales de la nature. Nous sommes forcés de vivre avec ces propriétés, nous ne pouvons pas les changer. Les atomes artificiels, eux, obéissent aux lois de l’ingénierie électronique”, explique-t-il dans un sourire. Il est donc possible de changer les propriétés de ces atomes afin de les adapter à une fonction particulière. Une sorte de “jeu de Lego électronique”, comme le résume le Nobélisé, qui permet de réaliser certaines configurations quantiques qu’on ne pourrait pas voir dans la nature. “C’est ce qui nous a permis de réaliser un certain nombre d’expériences, notamment sur la correction d’erreur quantique”.

Dans le monde complexe du quantique, la correction d’erreur est l’un des problèmes qui a le plus résisté aux chercheurs. Les systèmes quantiques étant basés sur le principe d’incertitude et de superposition, il est impossible de stocker des informations sur une longue durée. Elles finissent par se perdre, un phénomène connu sous le nom de décohérence. “Nous sommes désormais capables de corriger cette perte, et de prolonger le temps de vie de la cohérence artificiellement”. Un bond en avant phénoménal pour le secteur, qui permet de faire baisser le taux d’erreur.

Le futur de la recherche

Aujourd’hui, il n’y a ainsi “aucun principe fondamental de la nature qui se met en travers de l’aboutissement d’un ordinateur quantique”, assure Michel Devoret. Il existe tout de même des divergences dans la recherche, et notamment différentes “écoles”, chacune avec ses méthodes et ses propres architectures : atomes froids, qubit du chat, ordinateur quantique à ions piégés… Mais aucune ne prend pour l’instant le dessus. “Sur le plan technique, il reste toujours un certain nombre de choses à comprendre et à améliorer”, reconnaît Michel Devoret. Même la méthode choisie par les équipes de Google Quantum AI, celle des qubits supraconducteurs, fait face à des problèmes”, confesse-t-il. Mais l’existence de toutes ces chapelles ne constitue pas selon lui un frein. “Cette compétition est aussi une complémentarité. Ces différentes voies en parallèle ne cherchent pas à se détruire les unes des autres, elles apprennent les unes des autres”.

Des “allers-retours” avec l’IA

Heureusement, une nouvelle technologie aide au développement du quantique : l’intelligence artificielle. Si les deux ne fonctionnent pas suivant les mêmes principes, leurs applications peuvent être complémentaires. “Les ordinateurs quantiques ont des gros problèmes de calibration, car ils sont très délicats”, illustre Michel Devoret. Les systèmes sont particulièrement sensibles, et les moindres perturbations peuvent interférer avec leurs résultats. Pour éviter ces désagréments, les ordinateurs doivent être contrôlés en permanence, et “l’intelligence artificielle offre des possibilités vraiment très intéressantes pour effectuer cette calibration.” Dans l’autre sens, AlphaFold, l’algorithme d’intelligence artificielle développé par Google pour prédire le repliement des protéines, s’appuie sur une masse de données constituée pendant des décennies, et que les ordinateurs quantiques permettent d’enrichir.

Il faudra attendre des années avant de voir des ordinateurs quantiques véritablement puissants arriver. Pour réaliser les calculs les plus complexes, Michel Devoret estime qu’il faudrait des ordinateurs ayant une puissance d’au minimum un million de qubits. Pour l’instant, les puces Willow de Google n’embarquent que… 105 qubits. Mais cet horizon se rapproche. Et d’autres avancées suivront. “Au début, les ordinateurs fonctionnaient avec des milliers de tubes à vide qui prenaient des pièces entières, et maintenant, il y a des milliards de transistors sur une puce”, pointe Michel Devoret. “Dans le quantique, nous en sommes encore à l’étape des tubes à vide. C’est le tout début d’une nouvelle technologie.”

https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/michel-devoret-prix-nobel-de-physique-dans-le-quantique-nous-en-sommes-encore-a-letape-des-tubes-a-5RYW34KFDNA47CIKT6M4OZ7AKY/


Le Figaro, December 29        

« Le laser, une arme cruciale de la guerre pour demain vers laquelle l’Europe ferait bien de se tourner »

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’Israël va déployer, à la fin de l’année, un système laser à haute énergie, Bernard Lavarini, concepteur de la première arme laser française, estime que la recherche dans le domaine stratégique est à un tournant, avec l’arrivée de ces nouvelles armes dans les conflits armés.

Bernard Lavarini, est le concepteur de la première arme laser française. Il a été l’un des experts pour les questions de défense auprès du premier ministre de 1997 à 2002.

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Aujourd’hui, le développement de l’arme laser est en phase finale. Il en est ainsi en Israël avec le Iron beam. Aux États-Unis, l’US Army, avant la production en masse, teste son endurance dans les conditions opérationnelles du champ de bataille. En Chine, le défilé impressionnant du 3 septembre 2025 montra des véhicules dotés d’arme laser. Enfin, en Ukraine, des armes anglaises, françaises (Cilas), russes sont testées contre les drones, certaines contre les roquettes Katyousha et autres obus. À 1$/tir laser comparé aux 100 000 $/missile, on comprend qu’une rupture stratégique s’annonce dans la défense aérienne.

Mais le laser est aussi crucial dans la grammaire de la dissuasion nucléaire. Pourquoi les Américains s’acharnent à vouloir acquérir une force stratégique destinée à contrer les missiles balistiques, hypersoniques ou de croisières, porteurs d’armes nucléaires, où le laser jouerait un rôle décisif ? Selon le général Guetlein de l’US Space Operations, cela représente un effort équivalent au projet Manhattan. Cette force est justifiée pour rééquilibrer la dissuasion des États-Unis face à la Chine qui s’arme au galop, et devrait même lui donner un avantage stratégique. En effet, le bouclier engendrerait une dissuasion par empêchement cumulable avec la dissuasion par représailles opérées par le glaive nucléaire. Ainsi dotés, les États-Unis pourraient être en situation de pouvoir prendre une initiative stratégique de détruire, par une attaque surprise, la quasi-totalité des missiles ICBM (Intercontinental ballistic missile) chinois enfouis dans les silos de Yumen, Hami, Yulin, les bases de Neixang des bombardiers H-6N et d’Yalong des sous-marins, avec leur antiforce dotée des nouveaux missiles balistiques sol-sol intercontinental LGM-35 Sentinel. Ils devraient atteindre leur cible en Chine avec un écart circulaire probable inférieur à 90 mètres, sans passer au-dessus de la Russie.

Connaissant l’efficacité du bouclier américain, la Chine pourrait alors hésiter à tirer en représailles vers les États-Unis ses missiles embarqués dans les sous-marins Jin, car elle sait qu’ils disposeraient encore, en plus du bouclier, de tous les missiles SLBM (Submarine Launched Ballistic Missile) embarqués dans les 9 sous-marins Ohio de la flotte du Pacifique, capables de neutraliser cette fois 500 millions de Chinois avec leurs 360 mégatonnes équivalentes de TNT (soit près de 20 fois les capacités de destruction de la Seconde Guerre mondiale). La Chine qui s’est donnée comme objectif de redevenir, en 2049, la première puissance mondiale, pourrait alors être soumise à un chantage nucléaire de la part des États-Unis comme je l’écris dans mon livre L’Occident sur le Qui-vive ! (L’Harmattan 2025).

Aux États-Unis, les recherches se sont accrues pour réaliser un bouclier antimissile doté de 3 couches d’intercepteurs pour atteindre une efficacité globale de plus de 99% face à une attaque de missiles.

Bernard Lavarini

Dans cette perspective, aux États-Unis, les recherches se sont accrues pour réaliser un nouveau bouclier antimissile doté de 3 couches d’intercepteurs qui, avec une efficacité de neutralisation de 80% par couche, permettrait d’atteindre une efficacité globale de plus de 99% face à une attaque de missiles qui surviendrait à partir des arsenaux actuels. Pour que le bouclier atteigne cette efficacité, il ne s’agit plus de vouloir neutraliser l’ogive manœuvrante, furtive, au milieu de leurres, au-dessus des États-Unis, mais d’attaquer, d’abord, depuis l’espace, les missiles porteurs des ogives au cours de leur phase ascendante, au-dessus du territoire ennemi. En abattant le missile, il en résulterait l’annihilation de toutes ses ogives. Durant la phase ascendante, le missile, lent, plus gros que les ogives, émet une forte signature thermique ce qui le rend plus facile à détecter par les radars UEWR (Upgraded Early Warnings Radars) et les nouveaux satellites SBIRS (Space-based Infrared System) capables à la fois de balayer de vastes étendues et se focaliser sur une zone particulière afin de donner l’alerte en une fraction de seconde. Puis, la constellation de satellites HBTSS (Hypersonic and Ballistic Tracking Space Sensor) en orbite basse se chargerait de la poursuite des missiles. C’est alors que les 24 forteresses laser dit à solide de la première couche, positionnées sur 4 orbites polaires, engageraient le feu laser dans la gamme de puissance mégawattique jusqu’à 4000 km.

Cette implantation permettrait d’avoir une capacité de destruction redondante, la même cible étant vue par deux forteresses à la fois. Le transfert de l’énergie de destruction s’effectuerait à 300 000 km/s, à grande cadence de tirs, durant quelques secondes par cible, de quoi neutraliser une salve de missiles SLBM en 160 secondes. De la seconde couche pourraient intervenir des « Brilliant Pebbles » (cailloux futés) ou autres Titans parmi le millier satellisé qui exploitent l’énergie cinétique. Ils fonceraient sur le bus qui embarque les ogives mirvées, voire les ogives elles-mêmes qui auraient survécu aux attaques laser pour finalement les détruire en les impactant. Et cela, avant que les missiles antimissiles de la troisième couche, déjà opérationnels au sol ou sur bateau, tels les GMD (Ground-Based Midcourse Defense), THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), Patriot PAC-3 et les AEGIS interviennent en dernier recours.

Voilà le défi que se sont lancé les Américains. Certes, c’est un Everest technologique à escalader, mais cette fois son ascension est plus probable que l’IDS de Reagan. Quant au Golden Dome de Trump, s’il s’en tient à une adaptation au territoire américain du concept de bouclier israélien, son efficacité n’empêchera pas un déluge nucléaire d’un millier d’ogives de s’abattre sur les États-Unis. Il faudra attendre la disponibilité des armes spatiales, vers 2035, pour rendre crédible la dissuasion par empêchement. Alors, la dissuasion par représailles de l’autre sera fortement compromise, ce qui engendrera à nouveau une course aux armements pour ceux qui en auront encore les moyens.

Quant à l’Europe et à la France en particulier, dans le domaine des armes laser stratégiques, elles sont, aujourd’hui, à la traîne ! Ce constat est d’autant plus amer que la France, à l’initiative du général de Gaulle, avec qui j’ai eu l’honneur d’échanger, en 1967, sur la physique du laser, avait engagé les premières recherches sur l’arme, qu’ensuite les différentes présidences de la République soutinrent durant plus de 15 ans. L’Élysée voulait connaître le niveau de vulnérabilité de nos forces nucléaires face à une défense soviétique dotée d’armes laser dont les recherches avaient débuté en 1962. Le savoir acquis nous avait permis de parler d’égal à égal avec les Américains. Sous la conduite de la délégation générale de l’Armement, dans le cadre du projet ARMEL, les chercheurs des Laboratoires de Marcoussis que je dirigeais, avaient réalisé, en 1979, le premier prototype d’arme laser de haute énergie, le LEDA 6, unique en Europe de l’Ouest, d’une puissance qui approchait les 500 kW. Durant 3 ans, avec ce prototype, nous avons effectué des tirs laser à distance sur de nombreuses cibles tel une aile de Mirage IV voire le corps de rentrée du missile balistique M4, pour déterminer leur vulnérabilité. Mais en 1985, la France renonça à poursuivre ces travaux sur l’arme laser stratégique. Aujourd’hui, engager un tel programme de recherches sur un bouclier équipé de ces armes stratégiques ne peut s’envisager que dans un cadre européen, car il est inaccessible pour les finances de la France.

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/le-laser-une-arme-cruciale-de-la-guerre-pour-demain-vers-laquelle-l-europe-ferait-bien-de-se-tourner-20251226


L’Express, December 28       

Cancer, Alzheimer, presbytie… Les dix bonnes nouvelles scientifiques de 2025

Sciences. Des victoires contre des maladies auto-immunes aux premiers traitements personnalisés par CRISPR en passant par les progrès de la médecine régénérative : 2025 a été une année riche pour la santé humaine.

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Guerres en Ukraine ou à Gaza, dérives anti-sciences du gouvernement américain, crise politique en France, progrès parfois effrayants de l’IA… Cette année, l’actualité n’a pas toujours été source d’optimisme. Pourtant, 2025 a aussi apporté de nombreuses bonnes nouvelles, et notamment du côté de la science et des progrès médicaux.

Au programme : des thérapies cellulaires qui entraînent des rémissions en quelques mois de la maladie du lupus, des progrès spectaculaires dans le traitement du VIH qui permettent d’empêcher l’infection, de nouveaux traitements pour atténuer les symptômes de la ménopause ou encore des tests sanguins pour détecter les manifestations précoces d’Alzheimer. C’est la promesse d’une meilleure santé pour des millions, voire des milliards de patients. Autant de raisons de se réjouir pour les années à venir, et commencer l’année 2026 d’un bon pied.

CAR-T : quand les cellules tueuses de cancer guérissent aussi les maladies auto-immunes

Tout a commencé il y a quelques années en Allemagne avec une patiente de 20 ans atteinte d’un lupus sévère – une maladie chronique auto-immune – résistant à tous les traitements. L’espoir semblait perdu, mais trois mois après avoir reçu une injection d’un traitement à base de cellules CAR-T, elle était en rémission complète. Depuis, de nombreuses études publiées dans des revues scientifiques confirment ce que ce premier cas laissait entrevoir : ces thérapies sont particulièrement efficaces contre les maladies auto-immunes. Et pour cause : les cellules CAR-T, des cellules immunitaires génétiquement modifiées pour détruire les cellules cancéreuses, sont efficaces pour éliminer les lymphocytes B pathologiques, ces globules blancs devenus fous qui attaquent l’organisme et qui provoquent des maladies auto-immunes.

Chez les patients atteints de lupus, la petite dizaine de personnes traitées a été mise en rémission, avec un recul dépassant trois ans pour les premiers cas. Dans la sclérodermie systémique, une maladie qui durcit progressivement la peau et les organes internes, les améliorations sont également spectaculaires. En quelques semaines, des patients qui vivaient avec leur maladie depuis des années ont vu leurs symptômes disparaître.

L’impact est potentiellement énorme, puisque des dizaines de milliers de patients souffrent de ces maladies (lupus, sclérose en plaques, etc.) rien qu’en France. “Bien qu’il faille en attendre confirmation et observer les effets à long terme, ces résultats suscitent aujourd’hui beaucoup d’espoir”, estime Alain Fischer, professeur émérite au Collège de France et cofondateur de l’Institut des maladies génétiques (Imagine).

Lenacapavir : deux injections par an pour se protéger du VIH

En 2024, l’essai Purpose 1, qui testait un nouveau traitement contre le VIH, a fait grand bruit dans la communauté scientifique. Sur 2 134 femmes à haut risque d’infection suivies en Afrique du Sud et en Ouganda, celles qui ont reçu deux injections sous-cutanées de lenacapavir en un an n’ont enregistré aucune infection au VIH. Une efficacité de 100 %. Du jamais-vu en prophylaxie pré-exposition (PrEP). Et pour les populations qui peinent à prendre un traitement quotidien, c’est une révolution.

Sans surprise, ce nouveau traitement a été approuvé en juin par la FDA, l’agence américaine de contrôle des médicaments, puis par l’Union Européenne en août. En attendant, les essais Purpose 2, 3, 4 et 5 (ce dernier se déroule notamment en France) ont été lancés. Gilead, le fabricant, a annoncé des accords de licence volontaire permettant aux pays à revenu faible et intermédiaire de produire des génériques à prix réduit. Objectif : moins de 40 dollars par personne et par an, contre environ 40 000 dollars aux États-Unis. L’espoir est immense : une meilleure prévention pourrait grandement contribuer à endiguer cette maladie, qui touche 40 millions de personnes dans le monde.

Cellules iPS : la médecine régénérative tient enfin ses promesses

Dix-huit ans après la découverte révolutionnaire du Pr Shinya Yamanaka, récompensée par un prix Nobel en 2012, les cellules souches pluripotentes induites (iPS) franchissent enfin le cap clinique. Obtenues en reprogrammant des cellules de peau pour qu’elles retrouvent les propriétés des cellules souches embryonnaires, les iPS promettaient de régénérer n’importe quel tissu sans risque de rejet. Le potentiel était immense, tout comme les risques et les difficultés associés. Mais en 2025, des avancées majeures ont montré que ce plafond de verre peut être brisé.

Il y a d’abord le cas d’un patient diabétique chinois qui, un an après la transplantation de cellules pancréatiques produites à partir d’iPS, vit sans insuline et avec une glycémie normalisée. Ensuite, deux essais cliniques dans la maladie de Parkinson ont montré que des patients ayant reçu des injections de neurones producteurs de dopamine dérivés d’iPS directement dans la région cérébrale touchée ont vu leurs symptômes s’améliorer – tremblements réduits, autonomie motrice retrouvée – avec un recul de 18 à 24 mois. Si ces résultats préliminaires se confirment, la médecine régénérative pourrait transformer le traitement de dizaines de pathologies incurables.

Les vaccins : une arme inattendue contre Alzheimer

La découverte a sidéré les chercheurs. En épluchant les biobanques galloises et australiennes, Pascal Geldsetzer, épidémiologiste à l’université Stanford, a repéré un signal étrange : les personnes vaccinées contre le zona après leur retraite développaient 20 % moins de cas d’Alzheimer. Un chiffre “bien trop grand pour être le fruit du hasard”, selon le chercheur, dont les travaux ont été publiés en avril dans Nature et Jama. Ses résultats ont confirmé des travaux antérieurs qui suggéraient également que la vaccination contre le zona réduirait le risque de démences.

Depuis, le scénario explicatif se précise. Les virus qui franchissent la barrière encéphalique, comme la varicelle et l’herpès, favoriseraient une surproduction de peptides amyloïdes par le cerveau, créant ainsi des “plaques” amyloïdes, qui provoqueraient certaines démences. Si toutes les pièces du puzzle doivent encore être réunies, l’espoir est néanmoins immense. Une politique vigoureuse de vaccination des personnes âgées contre le zona pourrait ainsi devenir une stratégie de prévention d’Alzheimer, alors que 290 000 nouveaux cas sont déclarés chaque année en France.

Tests sanguins Alzheimer : les prises de sang pour un diagnostic précoce arrivent

Cette année, l’autre bonne nouvelle concernant Alzheimer vient de l’amélioration du diagnostic. Jusqu’à présent, cela nécessitait soit un scanner TEP coûteux, soit une ponction lombaire invasive. Des procédures réservées à des centres spécialisés. Résultat : des millions de malades non diagnostiqués, ou diagnostiqués trop tard.

Deux tests sanguins approuvés en 2025 devraient changer la donne. Le Lumipulse (Fujirebio), autorisé par la FDA en mai, détecte la signature biologique de la maladie avec une précision de 90 à 97 %. L’Elecsys pTau181 (Roche), approuvé en octobre, peut être déployé via les automates déjà présents dans les laboratoires hospitaliers et jusqu’en médecine générale.

L’enjeu est crucial : les nouveaux médicaments anti-Alzheimer ne fonctionnent qu’aux stades précoces. Chaque mois perdu réduit leur efficacité. Les tests sanguins permettent un dépistage massif, à grande échelle et à faible coût. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) évalue actuellement ces tests. Leur remboursement pourrait intervenir courant 2026.

Ménopause : un traitement alternatif sans hormones

Trois quarts des femmes ménopausées souffrent de bouffées de chaleur. Pour beaucoup, ces symptômes sont handicapants : sueurs nocturnes, insomnies, fatigue chronique, baisse de la concentration. Jusqu’ici, seul le traitement hormonal substitutif (THS) était vraiment efficace. Mais toutes les femmes ne peuvent pas le prendre, notamment celles ayant des antécédents de cancer du sein.

Cela pourrait évoluer grâce à l’elinzanetant (Lynkuet), un médicament non hormonal qui cible les récepteurs des neurokinines NK1 et NK3 impliqués dans la régulation de la température corporelle. Les essais cliniques ont montré qu’il réduit de 73 % la fréquence des bouffées de chaleur et améliore significativement la qualité de vie et le sommeil. Le médicament a été approuvé par la FDA en octobre, puis en novembre par l’agence européenne des médicaments (EMA). Il est déjà commercialisé au Royaume-Uni, au Canada, en Australie et en Suisse. Une avancée majeure pour les femmes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas prendre d’hormones.

CRISPR, des thérapies génétiques sur mesure

CRISPR-Cas9, les fameux “ciseaux génétiques”, ont déjà révolutionné le traitement de maladies comme la drépanocytose. En 2025, une nouvelle étape a été franchie : pour la première fois, des médecins ont conçu une thérapie génique taillée sur mesure pour un seul patient, un nouveau-né atteint d’une maladie métabolique ultra-rare. Ce petit garçon, pris en charge au Children’s Hospital of Philadelphia, souffrait d’une mutation unique empêchant la production d’une enzyme clé, provoquant une accumulation toxique d’ammoniaque dans le sang, souvent fatale dans les premiers mois de vie ou nécessitant une greffe de foie.?

Les chercheurs ont identifié l’erreur génétique, puis développé en quelques mois un traitement CRISPR personnalisé, encapsulé dans des nanoparticules lipidiques capables de délivrer l’outil d’édition directement au foie, pour corriger le gène défectueux dans les cellules hépatiques. Administrée avant son premier anniversaire, cette thérapie a normalisé ses taux d’ammoniaque et amélioré spectaculairement son état clinique, au point que les médecins espèrent une guérison durable. Au-delà de ce cas, plusieurs centres hospitaliers lancent désormais leurs propres programmes de CRISPR “ultra-personnalisés”, laissant entrevoir un avenir où des milliers de maladies rares pourraient être traitées une par une.

Les algorithmes entrent dans les hôpitaux

En avril, une étude publiée dans Nature a marqué un tournant : AMIE, une intelligence artificielle développée par Google DeepMind, a été opposée à 20 médecins généralistes sur 159 cas cliniques complexes, dans une étude randomisée en double aveugle. Évaluée par des spécialistes, l’IA a fait mieux que les médecins sur la majorité des 32 critères, incluant la précision diagnostique, la pertinence des examens prescrits et même l’empathie perçue.

Et en juillet, Nature Medicine publiait les résultats de “Grape”, un modèle développé par l’hôpital du cancer de Zhejiang et Alibaba. Entraîné sur près de 100 000 scanners de 20 centres médicaux, l’algorithme détecte les cancers gastriques précoces avec une sensibilité d’environ 85 %, supérieure à celle des radiologues. Si cette révolution promet une amélioration des soins, il faudra néanmoins continuer à l’encadrer strictement, notamment pour garantir la protection des données des patients.

Un nouveau type d’antidouleur non opioïde

Les douleurs aiguës et chroniques touchent des millions de personnes chaque année dans le monde. Face à la crise des opioïdes qui a fait des centaines de milliers de morts aux Etats-Unis, les médecins cherchent désespérément des alternatives. Journavx (suzetrigine), approuvé par la FDA en janvier, est le premier analgésique d’une nouvelle classe pharmacologique depuis deux décennies. Le mécanisme d’action est novateur : le suzetrigine bloque sélectivement les canaux NaV1.8, présents uniquement dans les neurones périphériques responsables de la transmission de la douleur. Résultat : il soulage la douleur sans affecter le système nerveux central. Pas d’euphorie, pas d’addiction, pas de dépression respiratoire.

Dans les essais cliniques, Journavx s’est montré efficace sur les douleurs aiguës post-opératoires et les douleurs liées à la neuropathie diabétique. Un effet comparable aux opioïdes légers, mais sans leurs dangers. Reste maintenant au laboratoire, Vertex Pharmaceuticals, à démontrer que son médicament est également efficace sur les douleurs chroniques. En attendant, cette première avancée pourrait bien ouvrir la porte à d’autres traitements antidouleurs qui n’entraînent pas de dépendance. Ce qui constituerait une révolution.

Presbytie : des gouttes qui rendent la vue de près

Lire le menu au restaurant. Consulter son téléphone. Enfiler une aiguille. À partir de 45 ans, ces gestes quotidiens peuvent devenir un défi. Il y a aujourd’hui environ 1,8 à 2 milliards de personnes atteintes de presbytie dans le monde. Jusqu’ici, les seules solutions étaient les lunettes et lentilles progressives ou la chirurgie. Vizz, approuvé par la FDA en juillet, propose une alternative médicamenteuse. Ces gouttes ophtalmiques à base d’aceclidine contractent la pupille et augmentent la profondeur de champ : une dose dans chaque oeil le matin procure une vision de près améliorée pendant environ 8 à 10 heures. Si l’effet n’est pas miraculeux, la plupart des patients gagnent une à deux lignes sur l’échelle de lecture, suffisant pour lire sans lunettes dans une grande partie des situations quotidiennes.

Les effets secondaires sont généralement bénins : irritation au site d’instillation (20 %), vision assombrie (16 %), maux de tête (13 %). Le traitement ne convient cependant pas à tout le monde, notamment aux personnes ayant certaines pathologies oculaires. Mais d’autres laboratoires développent des approches similaires qui ouvrent une nouvelle voie dans ce marché colossal de 1,8 milliard de personnes sur Terre.

https://www.lexpress.fr/sciences-sante/cancer-alzheimer-presbytie-les-dix-bonnes-nouvelles-scientifiques-de-2025-LKN3PXPS4RH43M2HKPUU4I2VH4/