VII.5. Christianism & Religion

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Le Point, January 15         

En Turquie, l’effacement programmé des chrétiens

TRIBUNE. Membre de l’OTAN et candidat à l’UE, la Turquie poursuit l’élimination de la présence chrétienne millénaire. Derrière les condamnations officielles du terrorisme se cache une répression bureaucratique méthodique, explique l’historien Marc Knobel.

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De 20% de la population en 1900 à 0,3% aujourd’hui : la Turquie poursuit méthodiquement l’élimination de sa mémoire chrétienne. Derrière les condamnations officielles du terrorisme antichrétien se cache une répression bureaucratique ciblant pasteurs, missionnaires et convertis.

Selon un rapport de l’ONG Portes Ouvertes, publié mercredi 14 janvier 2026, plus de 388 millions de chrétiens sont exposés à de fortes persécutions et discriminations en raison de leur foi, soit 1 chrétien sur 7 dans le monde. Sur la période allant du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025, 4 849 chrétiens ont été tués en raison de leur foi, dont 3 490 au Nigeria.

L’Index mondial de persécution repose sur six indicateurs distincts, pondérés de manière égale et additionnés : la violence physique et matérielle, ainsi que les atteintes à la liberté de pensée et de conscience, à la vie familiale, à la vie sociale, à la vie civile et à la vie ecclésiale. Une équipe de recherche recueille les informations, les vérifie, les recoupe et les compile, avant d’établir progressivement le classement des 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés.

Dans cet index, la Turquie occupe la 41e place en 2026, ce qui reflète un niveau significatif de persécution religieuse à l’encontre des chrétiens. Ce cas mérite, me semble-t-il, une attention particulière, car il révèle un paradoxe troublant : membre de l’OTAN et candidat historique à l’Union européenne, la Turquie combine des condamnations officielles du terrorisme antichrétien avec une répression des communautés chrétiennes, illustrant la manière dont la persécution peut prendre des formes bureaucratiques dans un État se revendiquant moderne et laïque. C’est pour cette raison que je choisis précisément d’étudier ce cas.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut rappeler le contexte historique de cette disparition programmée. Cependant, l’analyse qui suit ne met pas en cause le peuple turc ni l’Islam en général. Elle porte exclusivement sur des choix politiques, des dispositifs administratifs et des pratiques de l’appareil d’État qui affectent concrètement la vie des communautés chrétiennes présentes en Turquie.

Un siècle de déclin démographique

La population chrétienne a connu un déclin dramatique, passant de 20% au début du XXe siècle à seulement 0,3% aujourd’hui, représentant environ 257 000 chrétiens. Ce déclin résulte d’un processus d’élimination étalé sur plus d’un siècle.

Il inclut d’abord les génocides ottomans de 1915-1923 visant les Arméniens, les Grecs pontiques et les Assyriens, reconnus par de nombreux États et historiens. S’y ajoute l’échange forcé de populations avec la Grèce en 1923, qui a déplacé 1,2 million de chrétiens orthodoxes. Le pogrom d’Istanbul des 6-7 septembre 1955 a détruit plus de 4 000 commerces et 73 églises appartenant aux minorités grecque, arménienne et juive, causant une quinzaine de morts et provoquant l’exode massif des dernières communautés chrétiennes. L’impôt discriminatoire Varlık Vergisi de 1942-1944, qui taxait les non-musulmans jusqu’à dix fois plus que les musulmans, a ruiné économiquement des milliers de Grecs, d’Arméniens et de Juifs.

Au total, environ deux millions de chrétiens ont été tués et 1,5 à 2 millions expulsés entre 1894 et 1924. Ce bilan est le produit d’une politique délibérée d’homogénéisation ethno-religieuse menée par trois gouvernements successifs.

Comment se présente la persécution en Turquie ?

Officiellement laïque, la Turquie prend depuis 2016 un virage mêlant nationalisme et islamisation. Un Turc non musulman peut être soupçonné de déloyauté, perception ancrée historiquement et confirmée par des sources académiques, des ONG internationales et des rapports sur les droits humains. La Constitution acte la séparation de l’État et de la religion, mais en pratique l’État promeut l’islam hanafite. La conversion au christianisme n’est pas criminalisée mais elle reste socialement inacceptable. Dans ce contexte, la persécution prend des formes à la fois visibles et insidieuses.

Que vivent les chrétiens ?

Les chrétiens expatriés, en particulier occidentaux, sont ciblés. Certains ne peuvent plus se rendre en Turquie en raison de codes d’interdiction d’entrée qui leur ont été attribués. Les chrétiens sont discriminés sur le marché de l’emploi, tant dans le secteur public que privé. Les églises se heurtent à de nombreuses complications administratives destinées à entraver leur fonctionnement.

Les chrétiens convertis de l’islam subissent des pressions particulièrement sévères de la part de leur famille et de la société. Ils sont contraints de vivre leur foi clandestinement sous peine d’être déshérités, expulsés de leur foyer familial, de perdre leur emploi, ou de faire face à des menaces et des violences.

Quels sont les derniers exemples de persécution observés ?

En avril 2007, trois chrétiens de l’église du Salut de Malatya – les convertis turcs Uğur Yüksel et Necati Aydın, ainsi que l’Allemand Tilman Geske – ont été torturés et assassinés à la maison d’édition biblique Zirve. Les cinq assaillants ont été condamnés à la prison à vie, mais ce massacre reste emblématique de la violence antichrétienne.

Les années récentes ont connu une multiplication des agressions : en 2022, un dirigeant d’église poignardé à Istanbul et des enfants de pasteur violentés à l’école à Şanlıurfa ; en 2023, deux hommes âgés hospitalisés après avoir été frappés à coups de bâtons et de pierres, un pasteur menacé de décapitation à Izmir, et le meurtre de Gevriye Akgüç, chrétien assyrien de 92 ans, dans la province de Mardin. Le 28 janvier 2024, deux assaillants de l’État islamique font irruption pendant la messe à l’église Santa Maria d’Istanbul et tuent un paroissien. Les autorités arrêtent les deux auteurs ainsi que 47 suspects. Tout au long de 2024, certaines églises subissent vandalisme, graffitis hostiles et restrictions administratives.

Depuis 2025, la persécution prend principalement la forme d’expulsions massives et de harcèlement bureaucratique, politique amorcée en 2020 ayant déjà chassé plus de 200 chrétiens étrangers du territoire (1).

Contradiction entre discours et pratiques

Suite à l’attaque de l’église Santa Maria le 28 janvier 2024, les plus hautes autorités de l’État ont multiplié les déclarations de solidarité. Le président Erdoğan a contacté personnellement le consul polonais et le prêtre Anton Bulai pour exprimer ses condoléances et promettre que tout serait mis en œuvre pour arrêter les coupables. Le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya a prononcé un discours ferme contre le terrorisme, affirmant le refus du gouvernement de tolérer toute tentative de déstabilisation du pays. Le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu a même nié l’existence de minorités religieuses, affirmant l’égalité de tous les citoyens. Les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation rapide de 47 suspects dans le cadre de l’enquête.

Répression administrative systématique

Pourtant, parallèlement à ces déclarations, l’État turc orchestre une campagne de répression bureaucratique ciblant spécifiquement les chrétiens étrangers. Le recours aux codes d’interdiction d’entrée N-82 et G-87 permet d’expulser pasteurs, missionnaires et responsables ecclésiaux en les désignant comme menaces sécuritaires, sans que cette qualification ne repose sur des éléments concrets.

De 2019 à 2024, pas moins de 132 protestants ont fait l’objet de telles mesures, et depuis 2020, plus de 200 travailleurs chrétiens accompagnés de leurs familles ont été chassés du territoire, soit environ 350 personnes au total.

La décision de la Cour constitutionnelle du 8 juin 2024 validant les restrictions imposées à neuf chrétiens étrangers, suivie de la divulgation publique de leurs identités, a déclenché une campagne médiatique les présentant comme des agents hostiles.

Quelles perspectives ?

La situation des chrétiens en Turquie illustre comment la persécution peut revêtir des formes sophistiquées dans un État moderne : violence sporadique, répression administrative et rhétorique officielle coexistent pour marginaliser durablement une minorité déjà numériquement décimée par un siècle d’élimination programmée.

Le paradoxe turc – condamnations publiques du terrorisme antichrétien d’un côté, expulsion massive de pasteurs et missionnaires de l’autre – révèle une stratégie calculée visant à effacer les dernières traces d’une présence chrétienne millénaire, tout en préservant une façade démocratique acceptable pour ses partenaires occidentaux. Ne devrions-nous pas, dès lors, interroger plus fermement notre propre silence et la faiblesse de nos condamnations ?

Marc Knobel est historien et chercheur associé à l’Institut Jonathas de Bruxelles.

(1) Synthèse établie à partir de : Open Doors, World Watch List 2025-2026 ; EU Reporter, « Turkey’s persecution of protestant Christians », 4 novembre 2024 ; persecution.org, incidents documentés 2022-2025.

https://www.lepoint.fr/debats/en-turquie-leffacement-programme-des-chretiens-ARDYX73M75B2ZDEB75PZ2X6ZVU/


Le Figaro, January 15       

Un chrétien sur sept est soumis à de fortes persécutions dans le monde

DÉCRYPTAGE – L’ONG protestante évangélique «Portes Ouvertes» publie son Index mondial annuel qui atteste de la croissance constante des violences antichrétiennes.

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C’est un interminable chemin de croix, chargé du poids de tristes records, année après année : en 2025, «plus de 388 millions de chrétiens» ont été exposés à de «fortes persécutions et discriminations en raison de leur foi», soit un chrétien sur sept dans le monde dont un sur cinq en Afrique et deux chrétiens sur cinq en Asie.

Quant aux sinistres records, le Nigeria détient la palme des «chrétiens tués», 3490 en 2025 (sur 4489 au total dans le monde), et celle des «chrétiens kidnappés» ou portés disparus, (2293 sur 3302 dans le monde). La Chine conserve une triste première place au classement des églises ciblées (1000 pour 3632 dans le monde). L’Inde, enfin, décroche le record des «chrétiens détenus», avec 2192 (pour 4712 sur toute la planète). Ces statistiques sont publiées par l’association protestante évangélique, «Portes Ouvertes» où, comme chaque année ou presque, la Corée du Nord se maintient en tête du classement des 15 pays «à persécution extrême».

Cette ONG livre depuis trois décennies son «Index Mondial de la Persécution des Chrétiens» avec trois tendances majeures cette année : il y a, tout d’abord, «augmentation et intensification de persécution des chrétiens» qui est constante. En bientôt dix ans, le nombre de ces chrétiens persécutés a pratiquement doublé, passant de 215 millions à 388 millions.

Musellement algérien

Seconde remarque, trois pays d’Afrique subsaharienne, région du monde qui est le «nouvel épicentre du djihadisme», obtiennent dans ce rapport 2026 «le score maximum en matière de violence» : le Soudan, le Nigeria et le Mali. Enfin, dernière observation, deux pays, se distinguent pour la puissance du «musellement et de l’isolement croissants des chrétiens persécutés», la Chine et l’Algérie.

Entre octobre 2011 et septembre 2025, 44.642 chrétiens ont perdu la vie au Nigeria

L’Algérie, souvent ciblée par cet index, semble cette fois avoir réussi à étouffer la surprenante dynamique de la communauté chrétienne évangélique. À ce jour, et selon ce rapport, il n’y a plus aucune église ouverte en Algérie, hormis les Églises catholiques qui rassemblent surtout des expatriés. Les 47 églises évangéliques qui avaient eu le droit d’ouvrir il y a deux décennies sont fermées désormais. C’est ainsi qu’en avril 2025 à Bejaïa, l’une des dernières églises protestantes a été fermée de force, «sans mandat», à la suite d’une «descente de police» selon la même source.

De même, un groupe Facebook qui rassemblait, selon Portes Ouvertes, «50 000 abonnés», a été rendu inaccessible par les autorités en décembre 2024. Dans ce pays, l’article 20 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, traitant de la liberté d’association, s’applique à tous les Algériens sauf aux chrétiens, déplore le rapport. Le gouvernement algérien craint, il est vrai, une expansion chrétienne par un phénomène incontrôlable de conversions de musulmans dont sont issus la majorité de ces chrétiens d’Algérie.

L’Iran connaît d’ailleurs un phénomène comparable de conversions, selon cet ONG, issues de musulmans chiites qui se voient étouffés de manière encore plus drastique. Les chrétiens, qui avaient fait part d’un «optimisme prudent» en Syrie lors de la chute de Bachar al-Assad, traversent aujourd’hui un climat «d’insécurité généralisée» avec une augmentation de la violence, des chrétiens tués et des églises ciblées, depuis la prise de pouvoir d’Ahmed al -Charaa. L’un des points forts, enfin, de cet index 2026, qui porte sur la période octobre 2024-septembre 2025 et pour lequel l’association collecte, vérifie des données collectées à partir d’un réseau de 4000 observateurs sur toute la planète, est une mise au point sur le Nigeria.

Charia dans 12 États du Nigeria

Ce pays a en effet toujours contesté le travail de Portes Ouvertes en arguant que les chrétiens n’étaient pas persécutés sur son sol, réussissant même à disqualifier cet Index dans certains médias français. L’association, très reconnue désormais, qui ne cache rien de son ADN protestant évangélique et qui présentait l’édition 2026 mardi, à la Fédération Protestante de France à Paris, maintient son constat : «Entre octobre 2011 et septembre 2025, 44.642 chrétiens ont perdu la vie au Nigeria», affirme-t-elle, en assurant que ces chiffres sont très prudents, voire «minorés». Quand la collecte de données ne parvient pas à une certitude absolue sur les faits ou sur la raison pour laquelle les personnes se voient persécutées ou tuées, ils ne sont pas pris en compte.

Certes, explique Portes Ouvertes, «le Nigeria est laïc par sa Constitution» et «la situation des chrétiens varie sensiblement selon les régions». Le Sud du pays, «ne connaît pas de persécutions et d’influentes églises s’y développent» mais le nord du Nigeria a vu «douze États adopter la charia» avec «des chrétiens qui y sont discriminés et attaqués par des groupes extrémistes comme Boko Haram, ISWAP (Etat islamique), Ansaru.»

Autre phénomène notable dans le nord central du pays, dénommé «middle Belt», « certains membres du groupe ethnique peul se sont radicalisés et leurs milices lourdement armées engagent des attaques à visée ethnico-religieuse». Ces agressions «touchent de plus en plus les membres de l’ethnie Haoussa (majoritairement musulmane) mais aussi les chrétiens, quelle que soit leur ethnie». La crise est donc complexe, reconnaît Portes Ouvertes, mais cette flambée de violence que le gouvernement ne parvient pas à endiguer, comporte des éléments indiscutables qui «attestent du caractère religieux» des motifs d’action agressive. «Certains groupes terroristes déclarent explicitement que les chrétiens sont des cibles», assure l’ONG.

Dans une vidéo d’octobre 2024, note Portes Ouvertes, «Boko Haram filmait des décapitations de chrétiens» avec ce commentaire : «Où que se trouvent les infidèles, nous viendrons les trouver nous-mêmes pour les exécuter». Des «victimes» témoignent que «leurs villages sont attaqués aux cris de : ’Allah Akbar’» ou encore «Nous allons détruire tous les chrétiens !»  Enfin des «survivants de kidnappings» racontent qu’on leur aurait dit : «si tu étais musulman, tu ne serais pas torturé ainsi.» Quant aux attaques, «elles ont souvent lieu le dimanche ou lors de fêtes chrétiennes, elles visent majoritairement les chrétiens, avec l’église et la propriété du responsable ecclésial qui sont systématiquement incendiées alors que sont épargnés les villages majoritairement musulmans alentour.»

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/un-chretien-sur-sept-est-soumis-a-de-fortes-persecutions-dans-le-monde-20260114

The European Conservative, January 14          

Pope Leo, an Icon of Fashion?

It seems a fashion magazine can be sensitive to the Papacy’s ‘pomp and circumstance.’

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Fun fact: Pope Leo was included by Vogue magazine among the 55 best-dressed people of 2025. Could wearing a chasuble and mozzetta become fashionable?

It is amusing to note that Leo XIV finds himself alongside Rihanna and Jennifer Lawrence in the ranking. Who would have thought it? 

But the most interesting thing about this is the motivation behind the leading international fashion magazine’s decision. The American magazine, founded in 1892, points out in its annual ranking that Leo XIV has broken “with the modest tastes of his predecessor,” Pope Francis, by preserving “the papal heritage of impeccably crafted liturgical vestments.”

As the “best outfit of 2025,” the magazine chose the total look selected for his first appearance as pope on 8 May in the central loggia of St. Peter’s Basilica: a red satin mozzetta and a wine-coloured stole, embroidered with gold and adorned with a pectoral cross held in place by a golden silk cord.

For the uninitiated—including myself until recently, I must admit, as pontifical attire is not one of my areas of expertise—the mozzetta is a cape that falls from the shoulders to the elbows and is worn as a sign of authority. The chasuble is the outer liturgical garment worn over the alb and stole, the colour of which changes according to the liturgical season. 

Pope Francis chose not to wear these garments after his election in 2013 as a gesture of “simplicity.” Ironically, this simplicity and desire for discretion have made him stand out even more. The most important thing was no longer the papal office but the personal choice of a certain Mr. Bergoglio. This time, the approach is different. Pope Leo has chosen to revive the great tradition, and outside observers, including non-believers, have not been mistaken, perhaps against their will: they sensed that something infinitely greater was at stake than the sartorial preferences of a certain Mr. Prevost. 

By honouring the pope in its list of winners, Vogue has made an unusual choice. Today, the outfits of ‘celebrities’ attract media attention when they shock or provoke, or when they spark debate. With or without fur? Ethical manufacturing or Chinese mass production? Plunging necklines and flowing dresses, a desire to ‘break the rules’—these are the criteria that tend to justify media attention. Nothing of the sort this time. And yet, this did not prevent Vogue’s commentator from being touched by grace and bowing down before what truly matters. The classic ceremony is beautiful, and beauty elevates and impresses. And paradoxically, it is when the classic ceremony is respected in all its pomp that it is most humble.  

A few days ago, photos of Pope Leo blessing the faithful were circulating on the web, linked to some great Baroque sculptures and paintings of former pontiffs in all their splendour. What strikes one when looking at these photos is the majesty of the gesture, when the timelessness of the office takes precedence over the man—whereas Francis’ choices sadly ended up boiling down to his individual person and him alone.

Some may think that this is all just a matter of rags. Precisely. It is because we have become accustomed to forgetting how useful these kinds of rags are that everything is going down the drain. Thank you to Pope Leo—and to Vogue—for reminding us.

https://europeanconservative.com/articles/commentary/pope-leo-an-icon-of-fashion/


Frankfurter Allgemeine Zeitung, January 13      

Freikirchen: Ist Jesus wieder cool?

Jung, christlich, hip? Traditionelle Kirchen verlieren Mitglieder, Freikirchen scheinen zu wachsen. Und das, obwohl sich deren Mitglieder oft der Kritik stellen müssen, Teil sektenartiger Strukturen zu sein. Aber die Lust, Religion neu zu leben, scheint stärker denn je – besonders in Großstädten.

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Die Musik dröhnt aus den Lautsprechern, bunte Lichter flackern durch den Saal, die Besucher singen lautstark mit, die Arme in die Luft gehoben. Es fließen Tränen. Was sich in der Halle 414 um 11 Uhr an einem Sonntag abspielt, mag wie ein Konzert aussehen, ist aber ein Gottesdienst oder, wie das ICF Frankfurt es selbst nennt: eine „Celebration“. Nach dem Auftritt der Liveband tritt Hauptpastor Björn Schäfer ins Rampenlicht. Die Predigt – oder die „Message“, wie sie im Slang des International Christian Fellowship (ICF) genannt wird – unterscheidet sich grundlegend von einer Kanzelansprache in einer traditionellen Kirche. Dafür fehlt in der Halle nicht nur die Kanzel. Es gibt auch keinen Altar. Stattdessen dominiert ein multimediales Set-up: Zwei Bildschirme und eine große Leinwand begleiten Schäfers Worte.

In seinen Predigten spricht er die Besucher per Du an, nutzt Jugendsprache und zahlreiche Anglizismen. Viele der regelmäßigen Besucher kennt er namentlich. Die Atmosphäre in der Halle wirkt sehr vertraut: Die meisten kommen früh in die Halle, viele bleiben auch nach dem Gottesdienst noch, um sich auszutauschen. Kaffee, Chai und andere Getränke gibt es kostenlos vor Ort. Neue Besucher werden offen empfangen. Dafür gibt es ein eigens eingerichtetes „Welcome Team“: Menschen, die Neuankömmlinge begrüßen und sie in die Gemeinschaft einführen. Insgesamt nehmen an den Gottesdiensten im ICF Frankfurt etwa 50 bis 80 Personen teil, bei besonderen Anlässen bis zu 100. Gleichzeitig wird der Gottesdienst live auf Youtube übertragen; für nichtdeutschsprachige Besucher gibt es eine simultane Übersetzung ins Englische.

Ein zentrales Element des Gemeindelebens sind die zahlreichen Kleingruppen, beim ICF heißen sie „small groups“. Es gibt Angebote für Frauen, Männer, Jugendliche, ebenso wie englischsprachige Gruppen für internationale Gäste. Die meisten regelmäßigen Gottesdienstbesucher nehmen zusätzlich an einer solchen Kleingruppe teil. Dort solle vertieft werden, was im großen Rahmen des Gottesdienstes beginnt: eine persönliche Beziehung zu Gott und zu Jesus. Inspiration ziehe das ICF aus den Anfängen des Christentums, sagt Schäfer, als sich Gläubige in Hauskreisen trafen, gemeinsam beteten, über ihren Glauben sprachen und Zeit mit Gleichgesinnten verbrachten.

Jesus zwischen Message und Worship finden

Schäfer ist hauptberuflich beim ICF angestellt, jedoch weder Theologe noch Pfarrer oder Priester im Sinne der etablierten Kirchen. Das ICF ist eine Freikirche und gehört keiner Konfession an. In Frankfurt gibt es mehrere Freikirchen mit jeweils eigener Ausrichtung. Das ICF zählt dabei zu den größeren Netzwerken: Es betreibt mehr als 70 Standorte, vor allem im deutschsprachigen Raum, darüber hinaus auch in anderen europäischen Ländern sowie in Kambodscha, Brasilien und Israel. Ursprünglich kommt das ICF aus Zürich, wo es in den Neunzigerjahren von Heinz Strupler gegründet wurde. Inspirieren ließ er sich dabei von den „Jesus-People“, einer christlichen Hippie-Bewegung aus den USA, in der er selbst aktiv war. Charakteristisch für das ICF ist eine neocharismatisch-evangelikale Ausrichtung. Neocharismatisch beschreibt dabei vor allem den Stil der Gottesdienste: Sie sind emotional, geprägt von Livemusik, gemeinsamem Singen und modernen Liedern, häufig auf Englisch. „Solche Eventgottesdienste sind typisch für neocharismatische Kirchen“, sagt Anna Kira Hippert. „Es ist ein bisschen wie ein Konzert, bei dem man selbst ziemlich mitgeht.“ „Worship“ nennt sich das.

Hippert ist Religionswissenschaftlerin am Centrum für Religionswissenschaftliche Studien (CERES) in Bochum, wo sie zu christlichen Freikirchen promoviert. Zugleich sei das ICF klar evangelikal geprägt, erklärt sie. Das bedeutet: Die Bibel steht im Zentrum. In den Gottesdiensten werden Bibelstellen vorgelesen, in den Kleingruppen gemeinsam Texte gelesen und ausgelegt. Die Teilnehmer werden zudem ermutigt, die Bibel auch eigenständig zu studieren. Viele sind in der Lage, längere Passagen aus dem Gedächtnis zu zitieren.

Für Außenstehende wirke diese Form der Religionsausübung zunächst befremdlich, sagt Hippert. Hinzu komme, dass viele Freikirchen nur wenig Kontakt zur evangelischen oder katholischen Kirche pflegten, wie Schäfer bestätigt. An den Gottesdiensten nähmen nur selten Menschen teil, die sich zugleich als Mitglieder einer der großen Kirchen verstünden. Das verstärke das Gefühl von Fremdheit. Hippert spricht in diesem Zusammenhang von „Nischenevangelikalismus“: einer Aufsplitterung des Christentums in zahlreiche Unterkirchen, die jeweils in bestimmten Milieus missionierten – häufig unter den Menschen, die vom traditionellen Christentum nicht erreicht werden.

„Im Rhein-Main-Gebiet gibt es auffällig viele Freikirchen“, sagt Hippert. Die meisten davon befänden sich in Frankfurt. Das ICF zähle zu den erfolgreichsten in der Region, daneben gebe es zahlreiche weitere Angebote wie die Move Church, VIVE, FCG, oder Ecclesia, um nur die größten zu nennen. Für die Popularität von Freikirchen gebe es unterschiedliche Gründe: Erstens sei Frankfurt sehr zentral gelegen. Zudem sei die Metropole ein Zuzugsort für viele junge, karriereorientierte Menschen, die am Puls der Zeit lebten, sagt Hippert. „In Frankfurt, wo alles ein bisschen schnelllebiger und hipper ist, hat das ICF eine große Zielgruppe gefunden, die sie ansprechen können.“

„Du übertreibst es doch mit Jesus“

Zu den regelmäßigen Besuchern der Gottesdienste gehört Marko Verkic. Er fällt auf: groß, sportlich und meist in den vorderen Reihen. Er trägt Kleidung, die ihn als gläubigen Christen erkennen lässt – Hoodies mit Bibelzitaten oder christlicher Symbolik. Sein Arm ist vollständig tätowiert, viele Motive greifen biblische Geschichten auf.

Auf dem Papier ist Verkic katholisch, seine Familie stammt aus Kroatien. „Dort ist man eben katholisch“, sagt er. Als Kind und Jugendlicher habe er regelmäßig Gottesdienste besucht, gläubig sei er immer gewesen. An der Kirche, wie er sie kannte, habe ihn jedoch immer etwas gestört. Er habe den Eindruck gehabt, viele Menschen gingen aus Pflichtgefühl in die Kirche, nicht aus Überzeugung oder aus Liebe zu Jesus. „Das ist beim ICF anders“, sagt Verkic. Besonders schätze er, dass dort „Jesus im Mittelpunkt“ stehe und die Gottesdienste so bibelzentriert seien.

Der Fünfunddreißigjährige arbeitet als Luxusimmobilienmakler und führt ein eigenes Unternehmen. „Primodeus“ hat er seine Firma genannt – „Gott zuerst“. Im Kontakt mit Kunden und auf Instagram geht er offen mit seinem Glauben um. In seinem Podcast „Allein aus Gnade“ spricht er gemeinsam mit seinem Anwaltskollegen Josip Kuvac wöchentlich über Arbeit, Gott, Jesus und sein Leben als Familienvater. Die Reaktionen auf seinen offenen Umgang mit dem Glauben seien überwiegend positiv, sagt Verkic. Manchmal stoße er aber auch auf Kritik – dann heiße es, er übertreibe es mit Jesus.

Dass das ICF mit seinen konzertartigen Gottesdiensten, den Hauskreisen, der starken Bibelzentriertheit, und dem eigenen, englischlastigen Slang anecken kann, weiß auch Schäfer. Bei Menschen, die damit nicht vertraut sind, könne das Unbehagen auslösen. „Uns wird als ICF-Bewegung immer wieder ein Sektencharakter vorgeworfen“, sagt er. „Natürlich macht uns das was aus, aber alle, die in unser ICF in Frankfurt kommen, wissen, dass wir eben nicht so sind.“

Die ICF-Bewegung geriet in Medien bereits mehrfach negativ in die Schlagzeilen – als homophob und konservativ. Auch der Zürcher Hauptpastor Leo Bigger fiel damit auf.

Im ICF Frankfurt reagieren Teilnehmer auf die Frage, ob Homosexualität für sie ein Problem darstelle, oft zurückhaltend. Einige antworten aber auch offen. „Wenn jemand so leben will, stört mich das nicht“, sagt eine Teilnehmerin. Schäfer selbst nennt Homosexualität Sünde. So stehe es in der Bibel. Er wolle aber nicht jemanden für seine sexuelle Orientierung verurteilen. „Wir sind alle Sünder“, sagt er. In Predigten wird Homosexualität nicht thematisiert.

Sind Freikirchen Sekten?

Die Religionswissenschaftlerin Kira Hippert plädiert für eine differenzierte Betrachtung. Freikirchen würden oft über einen Kamm geschoren, sagt sie, weil es ein vereinfachtes Bild von der christlichen Landschaft in Deutschland gebe: evangelische Kirche, katholische Kirche – und „die Freikirche“. Tatsächlich seien aber die meisten Freikirchen weder organisatorisch noch personell miteinander verbunden. Auch gebe es keine einheitliche Theologie oder feste Strukturen; Ausrichtung und Praxis können sich von Gemeinde zu Gemeinde deutlich unterscheiden. Nicht jede Freikirche sei evangelikal oder (neo-)charismatisch.

„Wenn man von Sekte spricht, meint man aus religionswissenschaftlicher Sicht eine stark abgeschlossene Gruppe mit einem exklusiven Wahrheitsanspruch und einer klaren Abgrenzung nach außen“, sagt Hippert. Evangelikale Freikirchen pauschal als sektenhaft zu bezeichnen, halte sie daher für zu kurz gegriffen. „Es gibt in manchen Freikirchen sicherlich problematische Sozialdynamiken“, sagt Hippert, „Etwa sozialen Druck, starke Gemeinschaftsnormen oder Leitungsstrukturen, die den Ausstieg erschweren können.“ Gefahren entstünden überall dort, wo Menschen aufeinandertreffen und Hierarchien existierten. Das sei kein ausschließlich religiöses Phänomen, und auch keines, das nur evangelikale Freikirchen betreffe. Problematisch werde es, wenn Machtstrukturen ausgenutzt würden, um anderen Menschen körperlich oder psychisch zu schaden oder wenn rechtsextremes oder demokratiefeindliches Gedankengut verbreitet werde. Das könne in Freikirchen passieren, sagt Hippert, aber auch in Gemeinden der etablierten Kirchen und in nichtreligiösen Gruppen.

Die Angst vor neocharismatischen Freikirchen wie dem ICF rührt laut Hippert auch von den Beobachtungen aus den USA. Dort dominieren Megachurches das Bild: Eventgottesdienste in riesigen Arenen, stark inszenierte Predigten. Diese Form von Christentum werde mit der MAGA-Bewegung assoziiert. Daraus entstehe die Befürchtung, dass Gottesdienste, die nur ansatzweise an amerikanische Megachurches erinnern, automatisch eine demokratiefeindliche und exklusivistische Ausrichtung hätten. „Sobald Menschen ‚evangelikal‘ oder ‚neocharismatisch‘ hören, gehen bei vielen deshalb die Alarmglocken im Kopf los“, sagt Hippert.

In Deutschland übernehmen Freikirchen zwar einzelne Elemente aus den USA – etwa den Eventcharakter der Gottesdienste oder die starke Präsenz in Social Media –, doch die Religionslandschaft sei in den Vereinigten Staaten grundlegend anders: „Dort gibt es viele konkurrierende Kirchen, keine Kirche hat ein Monopol oder wird durch Steuern finanziert. Das ist ein sehr junges Land, mit einer komplett anderen Religionslandschaft als Deutschland“, so Hippert. Hierzulande hätten die katholische und die evangelische Kirche nach wie vor Deutungshoheit und großen politischen Einfluss.

Freikirchen seien in Deutschland bislang eine Randerscheinung. Regional möge es so wirken, als gebe es einen Boom – etwa im Rhein-Main-Gebiet, wo viele Gemeinden vertreten sind und eine starke Onlinepräsenz pflegen. Doch die meisten Freikirchen führten keine festen Mitgliederlisten, sodass schwer zu sagen sei, wie viele Menschen wirklich regelmäßig teilnähmen, so Hippert. Beim ICF besuchen bis zu 100 Menschen die Gottesdienste, andere kleine Gemeinden haben vielleicht nur zehn Teilnehmer, sagt die Wissenschaftlerin. Von einem generellen Boom zu sprechen, hält die Expertin daher für übertrieben, besonders außerhalb urbaner Zentren.

Auf die Frage, ob Freikirchen das Christentum wieder „cool“ und gesellschaftsfähig machen könnten und eine Antwort auf die schwindenden Mitgliederzahlen der etablierten Kirchen seien, reagiert Hippert zurückhaltend: Die schwindende Zahl von Kirchenmitgliedern wirkt sich ihrer Einschätzung nach nicht automatisch auf steigende Mitgliederzahlen in den Freikirchen aus. Ein Besucher des ICF kommentiert die Frage nach dem „Coolness-Faktor“ mit einem Schulterzucken: „Für mich war Jesus schon immer cool.“

https://www.faz.net/aktuell/rhein-main/frankfurt/wie-freikirchen-jesus-wieder-cool-machen-wollen-accg-200372993.html


Le Point, January 12         

Dominique Bona : « Je suis agnostique mais heureuse d’avoir reçu une éducation chrétienne »

DIEU DANS LES YEUX. L’écrivaine et académicienne française se livre pour la première fois sur son rapport au catholicisme, la foi de son enfance.

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Dominique Bona publie régulièrement des biographies sur des femmes. Mais le sujet de son dernier livre est un homme. Certes, l’écrivaine, membre de l’Académie française (depuis 2013), a déjà consacré plusieurs ouvrages à des personnages masculins : Stefan Zweig, André Maurois, Paul Valéry, les « partisans » Joseph Kessel et Maurice Druon…

Mais celui-ci est particulier, puisque le héros en est Arthur Conte (1920-2013), journaliste, écrivain, député, ministre, président de l’ORTF. Un conteur infatigable à la voix rocailleuse qui reste dans les mémoires, et qui n’est autre que… son père.

Le Roi Arthur (Gallimard) est tout autant un témoignage intimiste qu’un récit d’apprentissage. Ce n’est, néanmoins, pas de ce père omniprésent dont nous sommes venus discuter. Mais d’un sujet dont Dominique Bona ne parle jamais : la spiritualité. Paris est recouverte de neige, la tempête Goretti menace, sous l’immuable coupole de l’Académie française, dans le petit salon « Maurice Genevois » au charme désuet, le temps suspend son vol…

Le Point : Votre père, qui était manifestement un esprit très curieux, passionné, éclectique, était-il intéressé par le spirituel ?

Dominique Bona : Mon père était sans doute intéressé par le spirituel, mais la question de Dieu ne venait jamais dans la conversation. Il n’était pas marqué par l’athéisme – le mot serait trop fort – mais certainement par un agnosticisme très républicain. La religion, pour lui, c’était plutôt la République. Les femmes de ma famille, ma mère, ma grand-mère, elles, étaient catholiques, très croyantes et très pratiquantes. J’ai bénéficié donc des deux regards. Mais tout cela n’était pas commenté, pas analysé. La foi faisait partie de la maison sans être un sujet de discussion.

Ma mère tenait beaucoup à ce que je reçoive les sacrements, et que je suive un enseignement catholique. J’ai donc été élevée dans des écoles religieuses. Mais je n’ai pas grandi dans une famille où les questions religieuses donnaient lieu à des débats. On n’en parlait pas. Mon père ne mettait jamais les pieds à l’église, sauf pour les enterrements de ses amis. Nous, les enfants, nous allions au catéchisme, à la messe du dimanche, mais c’était davantage par respect pour les traditions que pour l’observance de pratiques spirituelles vécues au jour le jour.

Êtes-vous toujours attachée à ces traditions, par une sorte de nostalgie de l’enfance ?

Je ne suis pas tellement imprégnée d’une nostalgie de l’enfance. Mais il me semble que j’ai été pétrie par ce climat. Je lui dois beaucoup de ce en quoi je crois. J’ai reçu de ma mère et de ma grand-mère le sentiment qu’il existe une vie après la vie, que Dieu nous regarde, qu’il y a des choses mauvaises et qu’elles doivent être punies. Et j’ai acquis de mon père une forme de liberté, d’indépendance, peut-être même de fatalisme, parce que justement il ne savait pas très bien ce qu’il y avait après la vie. Cela s’est prolongé jusqu’à la fin de leur existence. Ma mère a demandé à recevoir les derniers sacrements. Elle est morte en chrétienne. Mon père, lui, était absolument indifférent à la question. Mais il m’a quand même dit, juste avant de mourir : « Tu feras dire une messe, on ne sait jamais. »

Il y avait des signes religieux visibles chez vous ?

Oui. Un crucifix au-dessus du lit de ma grand-mère et un autre au-dessus du lit de mes parents dans le mas familial près de Perpignan, au milieu des vignes, sur la route de l’Espagne, où nous passions les vacances et où j’ai été en grande partie élevée. Mais la religion là-bas, c’était aussi, surtout, le soleil. Mon père cultivait une forme de paganisme, autour du culte du soleil, des contes, des légendes, de la magie… Il aimait tout cela. Et en même temps, il y avait le versant chrétien, qui était aussi très lié à la région, les Pyrénées-Orientales, une terre extrêmement riche en art religieux, notamment roman, avec le prieuré de Serrabone, l’abbaye de Saint-Michel de Cuxa…

Il y avait aussi la cathédrale de Perpignan et ce Dévot Christ très impressionnant, porté dans les rues pendant les cérémonies de Pâques, un peu comme à Séville pendant la Semaine sainte. Petite, j’ai eu ce spectacle sous les yeux. C’est peut-être pourquoi, pour moi, la religion a toujours été liée au mystère, et j’aime cette idée. Je ne peux pas dire si je suis croyante ou non, mais j’ai baigné dans ces rites et ces croyances catholiques transmis par ma mère. Avec ce petit rituel très important que constituait la prière du soir. Ma grand-mère venait dans la chambre des enfants et nous faisait réciter le « Notre Père » puis le « Je vous salue Marie ». Je n’aurais pas pu m’endormir sans les avoir dits.

Au fond, je ne crois pas en Dieu. Mais le dire me heurte. Je préfère écarter le sujet.

Vous continuez ?

Non, je ne récite plus mes prières. Mais, c’est assez étrange : bien que je ne sois pas du tout pratiquante, j’ai fait réciter les prières à mes enfants et à mes petits-enfants. Je pense que lorsqu’on vient d’une famille chrétienne, connaître le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie », c’est la clé. Ensuite, chacun fait ce qu’il veut. Mais, pour moi, réciter les prières est de l’ordre de l’incantation.

Et de la transmission…

Oui. Je ne transmets pas de foi, mais je transmets la connaissance de la religion chrétienne. Avec mes enfants, j’ai été vigilante à ce qu’ils suivent les années de catéchisme jusqu’au bout. Avec mes petits-enfants, ce n’est pas moi qui décide, mais j’ai veillé à leur expliquer les choses chrétiennes.

Et vous n’avez pas la foi ?

Non. J’évite ce sujet. C’est d’ailleurs la première fois que j’en parle. J’ai peur d’aller au bout de ma pensée, qui m’amènerait à un agnosticisme radical. Au fond, je ne crois pas en Dieu. Mais le dire me heurte. Je préfère écarter le sujet.

Quels souvenirs gardez-vous des institutions religieuses que vous avez fréquentées ?

J’en garde un très bon souvenir. Je précise que j’ai d’abord été dans une école communale à Perpignan, puis à Paris dans une école laïque, avenue de Suffren, et je suivais alors les cours de catéchisme à l’église Saint-Léon. Puis, j’ai intégré le cours Dupanloup, à Boulogne. C’était une institution tenue par les Dames de Saint-Maur, des religieuses du nord de la France. Elles avaient un aspect sévère, avec leur robe noire et leur cornette qui enserrait tout leur visage, cachant leur front et leur menton. Nous les appelions « madame », jamais « ma sœur ». Elles étaient très impressionnantes. Beaucoup étaient nos professeures, en Histoire, en allemand, en philosophie. C’était très religieux comme encadrement. Avec prière tous les matins, au réfectoire.

Que conservez-vous de cette éducation ?

C’était un établissement très performant. Les études passaient avant tout. Sur le plan religieux, j’ai reçu une véritable éducation chrétienne. On connaissait bien les Évangiles, on avait des cours de religion, dans une ouverture réelle : en terminale, les cours de catéchisme intégraient la connaissance des autres christianismes, du judaïsme, de l’islam, du bouddhisme. Je n’ai pas le souvenir de contraintes spécifiques ou d’un climat de répression particulier. Il y avait une discipline, mais c’était celle de l’époque.

Et vous avez été marquée par les valeurs que vous avez reçues ?

J’ai quand même été très marquée par la morale chrétienne, par ses valeurs de respect et d’amour du prochain. D’un côté, il y avait l’éducation paternelle, centrée sur le mérite, le travail, l’exigence. Et de l’autre, la philosophie du pardon. On m’a appris qu’avoir une bonne note, c’est bien, mais que faire preuve de bon cœur, c’est peut-être encore mieux. J’admire profondément les diplômes, mais je n’ai pas la religion du diplôme.

Ces valeurs chrétiennes vous semblent-elles en recul dans notre société ?

Malheureusement, oui. Je suis agnostique, je ne sais pas s’il y a quelque chose dans l’au-delà, je ne vais plus à l’église, mais je suis heureuse d’une certaine façon d’avoir reçu cette éducation. Elle m’a aidée à être moins égoïste. Il y a de très belles choses dans la religion chrétienne. On lui reproche de culpabiliser les individus, en particulier les femmes, sur le plan du péché, c’est sûr. Mais les valeurs des premiers temps du christianisme sont belles. C’est une des rares religions centrées sur l’amour, on ne le dit pas assez. Elle met en avant la générosité, le pardon. Le message premier du Christ est magnifique. J’essaie de garder ces valeurs-là, que l’on voit très peu à l’œuvre aujourd’hui.

Ces valeurs sont effacées aujourd’hui ?

Je le crains. Il y a beaucoup d’agressivité. Les réseaux sociaux sont remplis de haine, de mépris, de jugements intempestifs sur autrui. Après avoir reçu un tas d’enseignements sur l’universel, les gens se ferment sur eux-mêmes, se regardent, se photographient jusqu’à l’obsession. Nous vivons dans une civilisation narcissique, égotiste, assez terrifiante. On ne prend plus le temps de comprendre, d’écouter l’autre.

Vous avez consacré beaucoup de biographies à des figures féminines. Mais aucune qui ait une dimension spirituelle. Vous aimeriez raconter la vie d’un personnage mystique ?

Il y a beaucoup de pécheresses dans mes livres. Toutes les femmes sur lesquelles j’ai écrit sont peu versées dans le spirituel, il est vrai. À moins peut-être Berthe Morisot. Elle s’est très peu exprimée sur la religion, je serais même à la peine de dire si elle était croyante ou pas, mais, pour moi, elle fait preuve d’une élévation extraordinaire. C’est une femme qui était à l’écoute des autres, qui a su cultiver l’amitié et aimer les siens. Et l’art était pour elle un idéal, un moyen de s’élever au-dessus des médiocrités de la vie. C’est aussi cela, la dimension spirituelle d’une existence.

Marie-Madeleine est un modèle terrestre, une femme ordinaire, imparfaite, qui a accumulé les fautes, qui est loin d’être une sainte mais qui le devient. 

Si vous deviez choisir une figure religieuse pour une biographie, ce serait qui ?

J’ai toujours aimé Marie-Madeleine. Dans mes moments de désespoir, il m’arrive aussi d’avoir une pensée pour la Vierge Marie, mais si je devais choisir un personnage de saint ou de sainte, je choisirais Marie-Madeleine. Car c’est un modèle terrestre, une femme ordinaire, imparfaite, qui a accumulé les fautes, qui est loin d’être une sainte justement mais qui le devient. Elle rejoint la Nana de Zola, ou la Boule de Suif de Maupassant. Ces femmes-là ont le droit au pardon, elles seront sauvées. Je me reconnais dans ces figures, même si ce n’est pas ma destinée, parce que ce sont des femmes placées face aux pires difficultés de la vie, des femmes humiliées, méprisées et malgré tout elles ont un cœur et, à la fin, elles se conduisent très bien. Je me sens solidaire des Marie-Madeleine.

Considérez-vous que l’Église traite mal les femmes ?

Malheureusement, dans le christianisme, entre la Vierge et Marie-Madeleine, il n’y a pas beaucoup de modèles féminins. On se focalise soit sur la sainte inaccessible pour le commun des mortelles, soit sur la pécheresse.

Les servantes aussi ont été très mises en avant…

Les servantes de Dieu…

Pas seulement. Les mères aussi…

Oui, le rôle ancestral de la mère qui a fait sacrifice de toutes les vocations pour se consacrer, le mot est mystique, au foyer, à l’enfant. Chez moi, c’était une tradition hautement respectée. Toutes les femmes de ma famille ont été des mères, des grands-mères, voire des arrière-grands-mères, consacrées à la famille et aux enfants. La mère de famille reste pour moi une très belle vocation et un pilier de la société. Mais c’est un modèle que nous avons toutes voulu dépasser.

Vous émanciper de ce modèle, c’est ce qui vous a guidée ?

J’ai essayé. Au départ, c’était en partie inconscient. Je n’avais pas de projet en acier pour ma vie, qui s’est faite petit à petit. Mais d’instinct, ce modèle m’étouffait. Je ne voulais pas rester enfermée, dévolue uniquement au service des autres. J’avais besoin de m’exprimer. Mais je suis quand même devenue aussi une mère de famille et une grand-mère. J’ai essayé d’assumer les deux, et ce n’est pas facile, c’est le problème des femmes aujourd’hui.

Le christianisme considère que ce sont les femmes qui tiennent l’édifice…

Combien de fois ai-je entendu cette idée ! Chez les sœurs au cours Dupanloup, bien sûr. Mais aussi, surtout, de la bouche de mon père. Il exprimait une admiration sans limites pour les femmes qui faisaient le sacrifice de tout pour se consacrer aux autres.Moi, cela me révoltait, jeune fille. J’ai toujours trouvé injuste que les hommes ne prennent pas leur juste part dans le partage des tâches.

https://www.lepoint.fr/postillon/dominique-bona-je-suis-agnostique-mais-heureuse-davoir-recu-une-education-chretienne-VM4EEOJH5BD2ZGGZUR33Q4RSSI/


The Times of Israel, January 8            

Après le 7-Octobre, de nombreux Israéliens se tournent vers la spiritualité

Les données montrent que près de la moitié des Israéliens auraient réexaminé leur lien avec la religion, certains trouvant un nouveau sens aux croyances juives et d’autres s’en détournant

Full text:   

Mika Majzner et Elad Dubnov se marient pour la deuxième fois, à la synagogue du kibboutz Be’eri, dans le sud d’Israël, le 23 août 2024. (Autorisation)

Le 23 août 2024, Mika Majzner et Elad Dubnov se sont mariés à Beeri. Le  premier mariage à être célébré dans la synagogue du kibboutz depuis le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023 et qui avait ravagé la communauté et toute la région frontalière de Gaza.

Une cérémonie qui a eu une singularité : C’était le deuxième mariage du couple. Les deux tourtereaux s’étaient déjà dit « oui » près de deux ans auparavant dans une ferme, à proximité de Beeri – là où Mika était née et où elle avait grandi avant de partir vivre à Tal Shahar, dans le centre d’Israël. L’union avait alors été célébrée par un membre appartenant à l’organisation Harabanut Hahilonit, littéralement « le rabbinat laïc », organisation qui sert le public laïc en mettant en place des cérémonies juives — qui ne sont toutefois pas reconnues par l’État d’Israël.

« Notre mariage initial a eu lieu le 7 octobre 2022 et un an plus tard, nous nous sommes réveillés, le jour même de notre anniversaire, avec le monde qui s’effondrait sur nous », confie Majzner au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.

Elle ajoute que, même si elle est née dans un foyer laïc, elle a toujours ressenti une proximité avec Dieu et avec la religion – c’était déjà le cas avant le 7-Octobre, précise-t-elle. Mais elle s’opposait au Grand rabbinat – placé sous le contrôle des ultra-orthodoxes – qui, en Israël, est la seule institution officiellement autorisée à célébrer et à enregistrer les mariages juifs.

Après la tragédie, le couple a décidé de se marier à nouveau : « Je ne voulais pas que mon anniversaire de mariage reste à jamais associé au pire jour de ma vie », explique Majzner. Mais cette fois-ci, le couple a pris la décision de passer par le rabbinat, reflétant ainsi un éveil religieux survenu dans le sillage de l’horreur meurtrière et des dévastations du 7 octobre 2023.

Deux ans après le pogrom commis par le Hamas – les hommes armés avaient massacré plus de 1 200 personnes et ils avaient pris en otage 251 personnes au cours d’un assaut sanglant qui avait fait des milliers de blessés – les données laissent penser que le carnage et la guerre qui a suivi ont eu un impact sur la relation que de nombreux Israéliens entretiennent avec le judaïsme, avec Dieu et avec la spiritualité en général. Comme dans l’exemple de Majzner, ces événements ont souvent rapproché les Israéliens de la religion et de la spiritualité.

« Je pense que certains se sont éloignés de la religion suite à cette tragédie tandis que d’autres se sont rapprochés de la religion ou de Dieu », fait remarquer Majzner. « Personnellement, j’ai le sentiment que cela m’a rapprochée de Dieu ».

Selon les données qui ont été rendues publiques, le mois dernier, par le Bureau central des statistiques, environ 43 % des adultes juifs en Israël disent être laïques, tandis que 23 % se reconnaissent comme religieux – un terme qui, en Israël, est généralement synonyme d’orthodoxe. Un peu moins de la moitié des personnes appartenant au camp religieux déclarent être des haredim, ou ultra-orthodoxes.

22 % de la population juive totale se décrit comme traditionnelle mais pas très religieuse, tandis que 12 % des Juifs israéliens disent être traditionnels et religieux dans une certaine mesure.

Au début de l’année, le groupe de défense des droits religieux Hiddush, qui milite pour la séparation de la religion et de l’État, a interrogé un échantillon représentatif de 800 Juifs israéliens âgés de 18 ans et plus. Il a été demandé aux personnes interrogées si « le massacre du 7-Octobre et les combats qui ont suivi sur tous les fronts ont affecté leur croyance en Dieu ».

Un quart d’entre elles ont répondu que l’attaque et ses conséquences avaient renforcé leur foi – contre 7 % qui ont fait savoir que leur croyance avait été affaiblie. Dans le même temps, 55 % des sondés ont indiqué qu’il n’y avait eu aucun changement dans leurs convictions religieuses et 13 % ont reconnu n’avoir aucune opinion déterminée sur la question. La marge d’erreur de l’enquête d’opinion a été estimée à 3,5 %.

Une autre étude qui a été menée par des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem auprès d’environ 1 200 étudiants a révélé que dans les six mois qui ont suivi le 7-Octobre, un peu plus de la moitié des personnes interrogées (50,9 %) ont signalé un changement dans leur religiosité, dans leur spiritualité ou dans les deux.

Si la religiosité et la spiritualité se recoupent souvent, la première fait généralement référence à l’adhésion à des pratiques plus organisées et officielles, tandis que la seconde concerne des croyances plus personnelles et informelles, note Yaakov Greenwald, l’un des auteurs de l’étude.

Un tiers des personnes interrogées ont expliqué que leur religiosité avait été renforcée, contre 9 % qui ont confié avoir perdu en spiritualité. Interrogés séparément sur leur religiosité, environ 25% des sondés ont déclaré qu’ils avaient gagné en religiosité et près de 14 % ont déclaré avoir connu un recul dans leurs pratiques religieuses.

« La moitié des participants ont indiqué avoir changé d’une manière ou d’une autre ; cela représente beaucoup de monde », dit Yaakov Greenwald, l’un des auteurs de l’article. « Un autre résultat notable, c’est que le renforcement a été beaucoup plus fréquent que la diminution ».

L’étude, qui a été publiée le mois dernier dans l’International Journal for the Psychology of Religion, n’a pas utilisé d’échantillon représentatif : la moitié des participants se sont identifiés comme laïcs (50,9 %), suivis par les religieux (25,3 %), les traditionnels (16,9 %) et les ultra-orthodoxes (2,5 %).

Greenwald fait remarquer qu’il a été difficile de tirer des conclusions clairement établies de l’enquête dans la mesure où il n’y a pas d’études comparables, notamment dans d’autres parties du monde, et en l’absence de tout élément ressemblant à un échantillon de contrôle « en temps normal » en Israël.

« Je ne sais pas exactement ce qu’est une période normale dans ce pays, mais j’ai envie de dire que nous ne trouverions probablement pas de taux de changement aussi élevé en dehors du contexte spécifique de la guerre », dit-il.

L’étude a également révélé que plus la guerre avait eu un impact personnel sur les individus, plus ces derniers avaient été susceptibles de signaler un changement dans leurs croyances.

« Nous avons constaté une corrélation entre l’exposition directe des participants à la guerre et le degré d’intensification de leur lien à la religion ou à la spiritualité », précise Greenwald.

Les données qui ont été transmises au Times of Israel par l’organisation orthodoxe Tzohar – qui représente un courant modéré – révèlent également les signes potentiellement annonciateurs d’un renouveau spirituel dans le sillage du pogrom du 7-Octobre.

Selon des données datant de la fin du mois de septembre, Tzohar a organisé ou doit organiser 1 218 bnei-mitsvot cette année – il y en avait eu 999 en 2024 et 747 en 2023. Les rabbins du groupe ont célébré 4 021 mariages, contre 4 050 en 2024 et 3 372 en 2023. Un porte-parole a estimé que le nombre de mariages, pour l’année 2025, pourrait encore augmenter à mesure que de nouveaux couples effectueront des démarches auprès du groupe.

Pour Yom Kippour, le groupe a pris en charge 426 centres de prière cette année, contre 406 en 2024 et 359 en 2023.

« Quelque chose de très profond est en train de se produire au sein de notre société », commente le président de Tzohar, le rabbin David Stav, auprès du Times of Israel à l’occasion d’une discussion téléphonique. « Les gens sont en quête de sens ».

Stav évoque aussi plusieurs exemples anecdotiques, tirés d’une nouvelle série documentaire qui a été récemment diffusée par la chaîne israélienne Kan, « God will keep [us] » (Dieu nous protégera), ainsi que ses échanges avec un ami qui enseigne la Bible dans un lycée laïc, dont les élèves affichent un intérêt accru pour le sujet depuis le 7-Octobre.

Le rabbin souligne que Tzohar s’adresse principalement aux familles laïques en Israël.

« Par définition, nous ne nous adressons pas aux populations pratiquantes, ultra-orthodoxes ou orthodoxes, ni même aux personnes plus traditionnelles, qui ont généralement leurs propres rabbins et leurs propres communautés », déclare-t-il.

« Notre public est majoritairement laïc, ce qui signifie qu’il n’entretient aucun lien préalable avec la religion », ajoute-t-il.

Il fait remarquer que de nombreuses familles qui se rapprochent désormais de l’organisation pour célébrer la bar-mitsva de leurs fils n’allaient jamais à la synagogue dans le passé.

« Maintenant, elles veulent que leur fils lise la Torah », explique-t-il. « C’est quelque chose qui se produit à un rythme sans précédent ».

Un effet de groupe ?

Les données des études qui ont été menées par Hiddush et par l’Université hébraïque indiquent toutefois que la majorité des personnes qui ressentent un lien plus fort avec la religion ou avec la spiritualité étaient déjà croyantes auparavant.

« Nous constatons que les personnes qui se disent laïques restent laïques, et que celles qui étaient déjà religieuses le restent », indique Yifat Solel, directrice adjointe et conseillère juridique de Hiddush. « Peut-être que les personnes religieuses sont désormais davantage en quête de religion, mais nous n’avons rien constaté qui puisse démontrer que des personnes laïques sont devenues religieuses ».

Dans l’enquête qui a été réalisée par Hiddush, près de la moitié des personnes interrogées appartenant aux camps ultra-orthodoxes, religieux et traditionnels ont fait savoir que leur foi s’était renforcée, tandis que le pourcentage de ceux qui ont déclaré que leurs croyances s’étaient affaiblies a été inférieur à 10 %.

Parmi ceux qui se sont déclarés « traditionnels mais peu proches de la religion », un tiers a expliqué que sa foi avait été renforcée – peu ont par ailleurs estimé qu’elle avait diminué. Du côté des laïques, 11 % des sondés ont dit avoir dorénavant un niveau de religiosité plus élevé et 10 % ont déclaré le contraire.

L’enquête lancée par l’Université hébraïque a également enregistré un phénomène similaire, révélant que 12,4 % des Juifs israéliens laïcs ont dit que leur religiosité avait augmenté, tandis que 16,2 % ont fait état d’une diminution de cette dernière. Cependant, un sondé laïc sur quatre a estimé que sa spiritualité s’était renforcée, soit plus du double du nombre de ceux qui ont par ailleurs fait savoir qu’elle s’était dissipée.

Selon Greenwald, un « effet de groupe » serait probablement responsable du rapprochement d’un plus grand nombre de personnes vers la spiritualité.

« Lorsque les gens sont confrontés à la mort, l’une des choses qu’ils essaient de faire est d’intégrer quelque chose qui les dépasse », dit-il.

Si la spiritualité représente l’un des cadres qui permettent de se mettre en quête de ce type de connexion, une autre option peut être de s’efforcer d’être « un membre apprécié au sein d’une société ou au sein d’une culture », fait remarquer Greenwald.

« Les gens veulent devenir des membres appréciés au sein de leur groupe ; ils s’ancrent donc plus fortement dans ce qu’ils sont déjà », explique-t-il. « S’ils appartiennent à un groupe religieux, ils sont plus susceptibles de devenir plus religieux ; s’ils sont laïcs, ils sont plus enclins à devenir plus laïcs encore, à adopter des valeurs laïcs ou à devenir plus spirituels, ce qui est également important dans ce groupe ».

Stav, de Tzohar, perçoit également davantage, dans ces changements, une quête de spiritualité qu’une adhésion à des commandements religieux formels.

« Les gens ne deviendront pas pratiquants », analyse-t-il. « Ils recherchent une connexion avec Dieu et ils pensent que ce lien passera par la prière, par des comportements, et pas nécessairement par la religion au sens traditionnel du terme. Ils veulent être connectés à Dieu tout en conservant leur mode de vie habituel ».

Où était Dieu le 7-Octobre ?

Pour certains, avoir été témoin des horreurs qui se sont déroulées le 7-Octobre et au cours des deux années suivantes a provoqué une crise de foi.

« Depuis le 7-Octobre, je ne suis plus capable de prononcer des bénédictions », confie Daniela Fubini.

« Je me fige au nom de Dieu », dit-elle au Times of Israel, faisant référence au mot qui désigne Dieu en hébreu. Je le dis avec le cœur lourd parce que je ne crois plus au véritable effet de la bénédiction ».

Née en Italie où elle a aussi grandi, Daniela Fubini, 53 ans, s’est installée en Israël en 2007. Après avoir passé dix ans à Tel Aviv, elle est partie vivre dans la ville natale de son mari, à Kochav Michael, dans le sud d’Israël, où la famille réside actuellement. Elle a un fils qui est âgé de 4 ans.

« Je n’ai jamais été très religieuse, mais j’ai toujours été traditionaliste », dit-elle. « J’ai toujours considéré le côté religieux du judaïsme comme un système de règles à respecter, à partager avec la famille et les amis, et à transmettre à la nouvelle génération, comme un véritable cadeau ».

Fubini raconte que le 7-Octobre, « quelque chose s’est brisé » et elle a cessé de ressentir le lien direct entre les Juifs et Dieu, ce lien dont elle tirait auparavant une si grande fierté.

« Nous avons des amis qui ont été tués par les terroristes du Hamas, et il a fallu plusieurs jours pour récupérer leurs corps et pour les enterrer », se souvient-elle. « Et puis les horreurs du pogrom, les enfants brutalisés, les dépouilles brûlées… Je n’étais pas en vie pendant la Shoah, mais je ne suis pas parvenue à trouver une réponse à cette question : Où était donc Dieu, le 7-Octobre ? »

Elle ajoute qu’elle tente toujours de réciter des bénédictions ou de respecter d’autres commandements dans l’intérêt de son fils, pour ne pas le priver de cette expérience – mais que la coquille semble dorénavant « vide ».

Pendant des décennies après la Shoah, les Juifs et d’autres s’étaient débattus avec cette interrogation : « Où était Dieu » pendant le génocide ?… Une question qui, pour un grand nombre, conserve toute sa force en lien avec les horreurs du 7-Octobre. Beaucoup répondent par ailleurs : « Où était l’Homme ? »

En 1974, lors d’un sommet à New York qui était consacré à la problématique de l’idée même de Dieu après Auschwitz, un professeur avait rappelé qu’un jour, une synagogue avait organisé le procès de Dieu et qu’elle l’avait déclaré coupable.

Pourtant, lors du même sommet, l’écrivain Alfred Kazin avait interpellé le public en s’interrogeant : Comment les Juifs pouvaient-ils donc vivre sans foi ?

« D’une certaine manière, notre longue constance, cette constance étrange à travers les âges prouve que notre existence en tant que Juifs a un sens plus profond que ce que nous pourrions penser », avait-il déclaré, selon un article contemporain du New York Times. « Dieu est vivant ».

En fin de compte, Greenwald et Stav soulignent tous les deux qu’il faut attendre de voir l’évolution au fil du temps des changements que les Israéliens ont connus depuis le 7-Octobre.

« En général, les gens ont tendance à rester relativement stables tout au long de leur vie dans leur rapport à la religion », explique Greenwald. « Tout le monde grandit et tout le monde évolue, mais les études sur ce sujet montrent que la religiosité est une construction qui reste relativement stable ».

« Ces changements pourraient se consolider avec le temps, mais il est également possible que les gens reviennent à ce qu’ils étaient auparavant », ajoute-t-il.

Stav, qui considère les changements actuels comme une évolution positive, exprime sa crainte que les gens finissent par être déçus par leur nouvelle spiritualité.

« Quand quelqu’un prie Dieu pour la première fois, le suppliant d’exaucer sa demande, et que cela ne se produit pas, cela peut créer de la frustration », note le rabbin.

Fubini confie qu’elle a encore le faible espoir qu’après la fin de la guerre, elle pourra commencer à ressentir quelque chose de différent.

« Jusqu’à présent, je me suis sentie dans un état de suspension, comme si nous étions bloqués au 7-Octobre », dit-elle. « La fin de la guerre va enfin marquer un jour nouveau et peut-être que lentement, quelque chose en moi se réveillera. Mais en ce qui me concerne, il faudra tout reconstruire à partir de zéro ».

https://fr.timesofisrael.com/apres-le-7-octobre-de-nombreux-israeliens-se-tournent-vers-la-spiritualite/


The New York Times, January 8      

A Future for Confession

Full text:   

In “The Guilty Vicarage,” an essay on detective fiction, W.H. Auden argues that the most successful detective novels take place in an apparent Eden (the cozy village, the ivied college, the country house at Christmastime) that’s tainted by a hidden thread of evil, and “the job of the detective is to restore the state of grace.”

In “Wake Up Dead Man,” the latest installment in Rian Johnson’s series of “Knives Out” whodunit movies, Auden’s religious analysis is literalized: The setting is a rural Catholic parish, the key action revolves around the confessional, and the climax of the story sees the skeptical detective deferring to a youthful Catholic priest, who induces a confession that both resolves the mystery and — more important — delivers absolution to the repentant killer.

I watched the movie, coincidentally, just after taking my children and myself to confession, a few days before Advent gave way to Christmas. This is the sacrament’s most crowded time of year, when you need to arrive 10 minutes early if you want to be shriven before noon, and we experienced a novelty: After hearing our sins the priest offered no advice at all, just moved straight to the act of contrition, dispensing absolution and keeping the line moving. (Presumably, no one delayed him by confessing to a baroque locked-room murder plot.)

Wondering if this streamlined approach was an example of the “trad” turn among younger Catholic priests, I consulted “For I Have Sinned: The Rise and Fall of Catholic Confession in America,” a recent book by the Boston College historian James O’Toole. There I learned that priestly advice wasn’t just some innovation that came in with the touchy-feely 1970s. At the midcentury high tide of confessional practice in America, when the lines my family experienced at Christmas would have been part of a normal Catholic weekday, a “guide for newly ordained priests said the most important quality for a good confessor was ‘giving every penitent some words of advice.’” So our brisk confessor was perhaps less a throwback than an innovator, reducing the sacrament to its essentials, whether as an adaptation to a hectic age or as an austere counterpoint to its psychologizing spirit.

That the sacrament of confession might have any place in 21st-century religion is barely considered in O’Toole’s otherwise illuminating history, which traces how frequent confession became deeply embedded in Catholic life and then how the practice dissolved under myriad pressures — the aftereffects of the Second Vatican Council, the sexual revolution, the priest sex-abuse crisis, American culture’s therapeutic turn. His story is told as though the ending is settled: Confession is a “ghost sacrament,” practiced only by a “tiny minority of Catholics,” sufficiently anachronistic that the faith clearly awaits some entirely “new form” of self-scrutiny and repentance to make its moral vision stick.

This seems wrong to me. Yes, the particular role that frequent confession played in the intense pre-1960s Catholic culture is unlikely to return. But the sacrament itself is more resilient than ghostly, and “Wake Up Dead Man” is as good a window as any into why it’s likely to endure.

Johnson, a non-Catholic director, sets out to tell a story about religion using familiar post-1960s tropes — pitting an intolerant, puritanical form of Christianity, associated with the older generation (embodied by Josh Brolin’s ranting Monsignor Jefferson Wicks), against a gentler, more merciful form associated with youth (embodied by Josh O’Connor’s Father Jud Duplenticy). As in the prior outings of his great detective, Daniel Craig’s Benoit Blanc, Johnson is especially interested in satirizing MAGA conservatism and all its pomps and works, and his gallery of suspects doubles as a crude sketch of the sorts of people he imagines would be drawn to a crusading, anti-modern Christianity.

But the portrait of Father Jud, crucially, is not the secularized or therapeutic vision of Christian ministry that predominated in some liberal circles after Vatican II, and it’s certainly not a vision that suggests that the traditional priestly vocation is somehow obsolete. No: What Johnson, the strident political liberal, seems to want from his virtuous, non-MAGA Christian cleric is a sacramental and mystical vocation, carrying with it the special capacity to hear confessions and forgive sins, to bind and loose.

In my experience, this impulse is common among younger religious believers, Catholic or otherwise, who are alienated from Christianity’s Republican or Trumpian expressions: They may want a more liberal form of religion, but they don’t want a more secularized form, and they’re much more interested in the mystical and sacramental than their 1970s antecedents were. They may not have a rite like confession integrated into their lives in the routinized weekly or monthly pattern that once prevailed in American Catholicism, but they don’t regard such things as obsolete or unimportant, and they want sacramental possibilities to be there when they really need them.

And “there when you really need it” seems like the place where confession has settled in American Catholicism’s current complicated epoch. If you look at recent data from the Pew Research Center, for instance, it shows that 23 percent of Catholics go to confession at least once a year — which is extremely low compared with the Catholic world of 1962, but roughly comparable to the share of Catholics who currently attend Mass at least weekly (28 percent in the same survey).

So an annual confession — which is what the church formally requires — is still a pretty normal part of being a consistently practicing Catholic in the 2020s. Then, among those weekly-attending Catholics, about a quarter go to confession several times a year or more, while even among Catholics who attend less often, once or twice a month, only about 30 percent say they “never” go to confession. And while generational data is a bit fuzzy, there is some evidence that practicing Gen Z Catholics are more likely to go to confession than their elders.

Again, relative to confession rates 60 years ago, these patterns still look like a steep decline. But if your base line is our much more secularized and atomized and individualistic culture, confession remains one of the more commonplace and concrete forms of Catholic practice even now.

I am a case study in this new dispensation: The world of weekly confession that O’Toole describes is entirely alien to me, and my own confessional practice is usually Advent, Lent and moments of major guilt.

Is that something to build on? A stable equilibrium? A level place with more decline ahead? You’ll have to ask my kids in 30 years. But I tend to think that what the doubter and the seeker and the Hollywood director expect of Catholic priests still matters, and the artistic power of the moment when Father Jud whispers to a dying murderer, “I absolve you of your sins, in the name of the Father and the Son and the Holy Spirit,” is an indicator that the sacrament of penance still has a long life ahead.

https://www.nytimes.com/2026/01/07/opinion/confession-catholic-knives-out.html


Le Point, January 7         

Brigitte Bardot, une drôle de catholique

BB, dont les obsèques ont lieu ce mercredi, priait Marie, aimait saint François d’Assise et célébrait Noël. Ce qui ne l’empêchait pas de houspiller les papes qui ne comprenaient pas son combat pour les animaux.

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« Quand j’étais enfant, j’allais à l’église avec mes parents tous les dimanches, racontait-elle sur le site AleteiaJ’ai le souvenir d’un mystère qui sortait de cet endroit magnifique. Le prêtre célébrait dos à nous, en latin. C’est dommage que l’on ait modernisé cela. La célébration face aux fidèles donne l’impression d’une représentation théâtrale. Je me définirais comme traditionaliste… »

Avec le temps, elle ne pratiquait plus, mais priait sans cesse et ne manquait pas de célébrer chaque année Noël, « la plus sacrée des fêtes chrétiennes ». Même si elle disait mettre toute sa confiance en Jésus, Brigitte Bardot, dont les obsèques se déroulent ce mercredi à Saint-Tropez (Var), adorait surtout Marie, la mère du Christ, à l’image de son ami Alain Delon.

« Je lui parle sans détour, sans bla-bla, parfois même je ne prononce aucun mot : je lui parle avec le cœur, confiait-elle dans son livre Larmes de combatSi elle ne m’avait pas accompagnée de sa miséricorde au moment voulu, je serais morte depuis longtemps… »

« Je porte ma foi en moi et j’en suis fière »

Pour honorer celle qu’elle surnommait « ma petite Vierge », elle avait même construit une jolie chapelle sur ses terres tropéziennes, au bout d’un sentier de chèvres, où elle aimait la prier. Elle s’y rendait régulièrement, entourée de ses chiens et d’autres animaux, avant d’y accéder en voiture, en raison de ses problèmes de hanches.

« Je porte ma foi en moi et j’en suis fière, assurait-elle au média Aleteia. La foi est en moi, ni plus ni moins qu’avant. » Ses prières s’adressaient également au prêtre mystique Padre Pio, très vénéré en Italie, ainsi qu’à saint François d’Assise, l’ami de la nature et des animaux, une cause à laquelle elle a tout sacrifié. « Ce sont des êtres que je trouve particulièrement merveilleux, sensibles, généreux, bons. Comme on en voit plus… »

Celle fidèle catholique n’avait pas hésité à se rendre au Vatican pour rencontrer Jean-Paul II et le sensibiliser au combat pour la protection des animaux.

Mais là encore, les papes l’ont déçue, à l’image de François, qu’elle qualifiait même de « branquignol », lui reprochant son manque de miséricorde pour les animaux et son inaction envers les chrétiens d’Orient. Toujours animé par ce tempérament de feu…

Et qu’en était-il de la mort ? « C’est l’après-mort qui est affreuse, ce que le corps devient, c’est sale, écrivait-elle dans Larmes de combatJe ne sais si la vie après la mort existe. Je ne sais pas et n’en ai pas forcément l’espérance. Quel bordel peut encore nous attendre de l’autre côté ? Autant que l’on dorme. Pour toujours… »

https://www.lepoint.fr/people/brigitte-bardot-une-drole-de-catholique-MWPWR3NITFEGDD2GI7CN344QX4/


Le Point, January 6    

La fable du « judéo-christianisme »

TRIBUNE. Le philosophe Gérard Bensussan analyse l’« inanité » théologique de ce concept, sans nier sa persistance historique et politique.

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Le « judéo-christianisme » semble faire un retour en force dans la discussion publique. D’un côté de l’échiquier politique, il appelle à sceller une alliance, « un sursaut », dit Éric Zemmour, dont on voit sans mal qui elle cible – l’Islam. De l’autre côté, il est présenté comme l’épouvantail, la « référence hégémonique » selon la formule de Sophie Bessis, qui servirait en particulier à disqualifier l’ennemi sioniste. L’expression « judéo-christianisme » n’est pas tout à fait neuve.

Autour de 1968, bien avant et sans cesse depuis, il était courant de s’en prendre à la « morale judéo-chrétienne ». Les conflits d’appropriation sont cependant devenus beaucoup plus aigus avec la montée des courants conservateurs religieux aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Israël. Pour tenter de démêler les confusions portées par le soi-disant « judéo-christianisme », il faut distinguer des plans différents et des usages distincts de ce terme envahissant : l’approche théologique, le contentieux historique et la dimension civilisationnelle.

Disons-le d’emblée, entre le judaïsme et le christianisme, l’hétérogénéité est foncière. Non seulement leur commun monothéisme (on pourrait dire des choses semblables du rapport entre judaïsme et Islam) n’atténue pas le tranchant de cette différence, mais il accentue irréversiblement la coupure. La modalité de l’un se déploie dans des voies inconciliables : le « théocentrisme » d’une part, l’« anthropocentrisme » de l’autre, comme notait Y. Leibowitz, Abraham et le sacrifice/non-sacrifice pour Dieu, Jésus et le sacrifice/non-sacrifice pour l’Homme.

Entre les deux, nul trait d’union, sauf au prix d’un véritable simulacre. Ou plus exactement : dès lors qu’une conciliation s’opère, quelle qu’en soit la forme, on est d’avance dans le christianisme. Le judéo-christianisme est toujours un christianisme, comme l’indique à elle seule la formule où le déterminant précède le déterminé, sans le démettre de sa position de pleine centralité. Jamais le judaïsme ne s’autoreprésente comme un christo-judaïsme ! Le trait d’union du judéo-chrétien, dès lors qu’il est graphiquement posé, est d’ailleurs grec, forcément grec.

Il y a dans cette facilité de langage un tour de passe-passe

De Paul à Hegel, le christianisme s’est accompli comme dépassement du couple judéo-grec en son paradoxe extrême : « extremes meet » (« les extrêmes se rencontrent », en français), relevait Joyce à ce propos. Le christianisme fut l’organisateur du meeting. Un organisateur intéressé et original, plein de ressources et de détours. Le judéo-chrétien s’avère donc bien plutôt un judéo-grec. Il y a deux « religions » qui ne se laissent réconcilier que sous le (judéo-)christianisme, c’est-à-dire sous l’hégémonie du christianisme une fois débarrassé de son hypothèque marcionienne. Ceci est un premier point, décisif, dont il faut rétablir la force oubliée et la vérité enfouie sous les usages bien intentionnés ou complètement sots.

Ce rétablissement n’emporte pourtant pas par lui-même la cessation effective de ce qu’il atteste – c’est là que le problème commence au contraire. Une désoccultation théorico-théologique est une chose, un fait historico-mondial, une autre. L’expression de « judéo-christianisme », quand bien même on en a éprouvé l’inanité théologique, persiste. Car si nous soupçonnons qu’il y a dans cette facilité de langage un tour de passe-passe, nous y recourons le cas échéant pour décrire un état de fait, pour saisir de façon très vague et très universelle quelque chose comme une epistémè, ce que Levinas déterminait comme « la Bible plus les Grecs ».

En d’autres termes, il ne me paraît pas possible d’inférer l’inexistence historiale du « judéo-christianisme » de son inconsistance religieuse ou théologique ni de l’histoire tragique que le petit tiret qui associe les deux syntagmes efface sans vergogne, ou sans mémoire peut-être.

Les martyrs de Xanten en 1096, ou de la Saint-Valentin à Strasbourg en 1349 ; les innombrables victimes de la Croisade des pastoureaux ; les brûlés vifs sur les bûchers de l’Inquisition ; les expulsés d’Espagne sur ordre des rois très catholiques ; les convertis de force ; les malheureux parents du petit Edgardo Mortara ou la famille du capitaine Dreyfus à la lecture du journal La Croix pendant l’Affaire… et j’en passe, et des pires, se retourneraient dans leurs improbables tombes si l’on tâchait de les persuader du bien-fondé moral et politique de « valeurs judéo-chrétiennes » également partagées.

Des Pères de l’Église jusqu’à Vatican II, l’Église a continûment tenu les diasporas juives dans l’infériorisation, l’humiliation, l’opprobre – sans pouvoir ni vouloir les anéantir, sauf cas particuliers. Car leur errance, leur exil et leur infamie témoignaient pour la vérité du Christ et du christianisme, par retournement, par substitution, par captation, par relève de l’ancien dans le nouveau.

Il y a bien quelque chose qui s’apparente à une mondialisation du judaïsme

Que prévale à présent une tout autre relation entre les deux religions, faute d’ouverture mutuelle et de dialogue plus ou moins bien tempéré, n’autorise certainement pas l’invention rétrospective de la fable bienveillante du judéo-christianisme. En revanche, il y a bien, qu’on le veuille ou non, quelque chose qui s’apparente à une « mondialisation du judaïsme », laquelle représente le produit historique des deux autres monothéismes. « Grâce à ces religions nouvelles [le christianisme et l’islam], écrivait Maïmonide, le monde entier s’est rempli des paroles de la Loi et des commandements […]. »

Que ce processus ait charrié d’innombrables malentendus quant aux « racines juives » du christianisme, ou de l’islam, mérite d’être inlassablement rappelé. Mais la rectification d’une erreur doctrinale et l’anesthésie historique intéressée n’entament pas la factualité du processus qui s’y greffe.

Ce « fait judéo-chrétien » se discerne sans mal dans l’existence de l’Europe, sa vie, sa voie et sa vérité. Les débats qui eurent lieu il y a quelques années autour de la mention des racines chrétiennes de l’Europe dans le texte du Traité constitutionnel furent significatifs de la nature syncrétique du christianisme, ce que j’appelais le judéo-grec. À ceux qui firent état d’« autres » racines, les Grecs, Rome, les Juifs, les Lumières – bon nombre de défenseurs de la mention constitutionnelle firent observer qu’elles étaient toutes, de quelque façon, solubles dans le christianisme. Des accentuations modulées, plutôt juives ou plutôt grecques, parfois païennes, selon les circonstances ou les moments, ont fait du christianisme, sans « judéo- », le promoteur plus ou moins consentant de ce qu’on appellera plus tard la sécularisation.

Il n’y a pas de judéo-christianisme qui puisse se soutenir théologiquement

Mais, par-delà cette ouverture historique, une vérité demeure au plus intime du christianisme – que Kierkegaard, dans son incomparable probité, affirme : « On ne saurait assez mettre en évidence, assez répéter qu’il y a un rapport certes du christianisme au judaïsme, mais sans oublier que pour le chrétien cette référence au judaïsme est négative, c’est en le niant que le christianisme se fait reconnaître, il en est le refus qui scandalise sans pourtant couper les liens entre eux, justement parce qu’il faut ce refus, sinon le christianisme perd son élévation dialectique ».

Il n’y a pas de judéo-christianisme qui puisse se soutenir théologiquement, en raison même de cette évidente « élévation dialectique ». L’histoire terrible et atroce, mais mouvante, de la relation entre juifs et chrétiens en infirme même la réalité. Il y a cependant quelque chose qui s’enlève sur le fond de l’histoire du monde comme histoire chrétienne, mondialisée, sécularisée, que l’expression de « judéo-christianisme » voudrait nommer, trop mal sans doute.

*Derniers ouvrages parus : Des sadiques au cœur pur. Sur l’antisionisme contemporain (Hermann, 2025) et Vieillir (Kimé, 2025).

https://www.lepoint.fr/debats/la-fable-du-judeo-christianisme-NAKXY4A2TFFS3FKN2TX4SFQD34/


The Times of Israel, January 5    

Un érudit musulman veut faire revivre la « tradition judéo-islamique », à commencer par Moïse

Dans Islamic Moses, Mustafa Akyol explore la place centrale de Moïse dans le Coran pour souligner la proximité historique entre Juifs et musulmans et ainsi encourager le dialogue

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Souhaitant mieux comprendre l’islam, un ami chrétien a un jour demandé à Mustafa Akyol, écrivain, intellectuel et journaliste turc basé aux États-Unis, de lui recommander une traduction anglaise du Coran. Quelques semaines plus tard, après avoir lu The Quran: A New Translation de Muhammad Abdel-Haleem, il reprend sa conversation avec Akyol. Il partage quelques réflexions, relève certains passages qu’il trouve opaques ou troublants, mais une chose l’a frappé plus que tout :

« Je m’attendais à lire sur la vie de Mahomet, mais au lieu de cela, j’ai surtout lu sur la vie de Moïse. »

En effet, Moïse est mentionné 137 fois dans le Coran, tandis que Mahomet n’y apparaît que quatre fois. Et le deuxième personnage le plus cité dans le texte le plus sacré de l’islam n’est autre qu’un autre protagoniste de la Bible hébraïque : Pharaon, l’ennemi juré de Moïse.

Ce choix narratif n’a rien d’un hasard, comme le souligne Akyol dans son nouvel ouvrage, The Islamic Moses: How the Prophet Inspired Jews and Muslims to Flourish Together and Change the World (Le Moïse islamique : comment le prophète a inspiré Juifs et musulmans à s’épanouir ensemble et à changer le monde).

Moïse est mentionné 137 fois dans le Coran, tandis que Mahomet n’y apparaît que quatre fois

Les personnages et le récit bibliques étaient au cœur de la nouvelle foi que Mahomet développait et propageait en Arabie et au-delà, il y a environ 14 siècles.

Mahomet s’est largement inspiré du modèle de Moïse, et les similitudes entre leurs trajectoires sont frappantes. Tous deux apparaissent d’abord comme des leaders improbables : Moïse, souffrant d’un problème d’élocution, et Mahomet, étant analphabète.

Pourtant, ils mènent chacun avec succès des migrations, des campagnes militaires et des efforts de construction nationale, tout en établissant de nouveaux systèmes juridiques et religieux : la halakha juive et la charia islamique.

Dans son livre, Akyol explore ces parallèles théologiques et s’attarde également sur les interactions historiques entre Juifs et musulmans. L’auteur rappelle que, contrairement aux idées reçues, les relations entre Juifs et musulmans ont, pendant une grande partie de l’histoire, été plus pacifiques, productives et cohérentes que celles entre Juifs et chrétiens.

Certaines de ces interactions, comme la migration massive des Juifs ibériques exilés vers les terres musulmanes aux 15e et 16e siècles, sont bien connues. D’autres, en revanche, le sont moins, comme le fait que les Juifs aient célébré la première conquête musulmane de Jérusalem, qui a permis près de 1 400 ans de présence juive quasi ininterrompue dans la Ville sainte, après que les chrétiens leur en avaient longtemps interdit l’accès.

Akyol ne passe pas sous silence certaines périodes plus sombres des relations judéo-musulmanes, notamment les persécutions et conversions forcées sous le califat almohade. Il les considère toutefois comme des exceptions plutôt que comme la norme, et elles ne constituent pas le cœur de son ouvrage.

Chercheur principal au Cato Institute et auteur prolifique, Mustafa Akyol explore fréquemment le croisement entre l’islam, la modernité et les autres traditions religieuses. Parmi ses précédents ouvrages figurent Islam Without Extremes: A Muslim Case for Liberty (L’islam sans extrêmes : un plaidoyer musulman pour la liberté), Reopening Muslim Minds: A Return to Reason, Freedom, and Tolerance (Rouvrir les esprits musulmans : un retour à la raison, à la liberté et à la tolérance) et, dans une veine proche de son dernier livre, The Islamic Jesus: How the King of the Jews Became a Prophet of the Muslims (Le Jésus islamique : comment le roi des Juifs est devenu le prophète des musulmans).

Le Times of Israel s’est entretenu avec Akyol pour comprendre ce qui l’a poussé à s’intéresser à Moïse dans la tradition islamique, ce qui l’a le plus surpris dans ses recherches et comment il perçoit la pertinence de la tradition judéo-islamique dans le contexte contemporain de l’après-7 octobre.

Times of Israel : Qu’est-ce qui vous a incité à explorer ce sujet ?

Mustafa Akyol : Pendant des décennies, en tant que musulman croyant, j’ai étudié le Coran et la tradition islamique sous un angle de plus en plus interconfessionnel. Ce qui m’a frappé, ce sont les nombreuses similitudes entre l’islam et le judaïsme, du monothéisme strict aux lois alimentaires, en passant par la place centrale du droit religieux – la halakha et la charia.

Plus je creusais ces parallèles et les liens historiques entre Juifs et musulmans, plus je réalisais l’existence d’une « tradition judéo-islamique », comme l’a appelée le regretté Bernard Lewis. Cette histoire est connue de certains universitaires, mais largement méconnue du grand public. J’ai voulu la raconter dans un ouvrage accessible. C’est ainsi qu’est né The Islamic Moses (Le Moïse islamique).

Pourquoi pensez-vous que Moïse est beaucoup plus présent dans le Coran que Mahomet ?

La prédominance de Moïse dans le Coran est en effet fascinante. Son nom est mentionné 137 fois, alors que celui de Mahomet ne l’est que quatre fois. Il y a, selon moi, deux raisons principales à cela. Premièrement, le Coran ne parle pas beaucoup de Muhammad, parce qu’il s’adresse directement à Mahomet. Il lui raconte l’histoire des anciens prophètes pour le guider et le réconforter dans sa mission. Moïse est ainsi présenté comme un modèle dont l’expérience éclaire le parcours de Mahomet.

Deuxièmement, parmi ces anciens prophètes, Moïse est le plus important, car il a été le principal modèle de Mahomet. Comme Moïse, Mahomet a conduit ses croyants de la persécution à la liberté, à travers un exode – l’Hégire (hijra). Par la suite, tous deux ont instauré des lois divines pour leurs fidèles et les ont lancés dans des conquêtes : celle de Canaan pour Moïse et celle du Hedjaz pour Mahomet.

Patricia Crone, spécialiste occidentale de l’islam, souligne ces parallèles, et qualifie Moïse de « prophète paradigmatique » de Mahomet. C’est un avis auquel j’adhère, et j’estime que cela fait également du judaïsme la religion paradigmatique de l’islam. Cela signifie que Juifs et musulmans sont confrontés à des défis similaires à l’ère moderne : comment donner une interprétation humaniste aux passages belliqueux de leurs textes sacrés, comment vivre selon leur loi religieuse sans verser dans une théocratie oppressive, et peut-être même comment réformer cette loi dans une certaine mesure.

Pourquoi avez-vous choisi d’aborder à la fois les parallèles théologiques et les rencontres historiques entre Juifs et musulmans, plutôt que de vous concentrer sur un seul de ces aspects ? Selon vous, quels nouveaux éclairages votre livre apporte-t-il ?

J’ai choisi de traiter à la fois les parallèles théologiques et les rencontres historiques parce qu’ils sont intrinsèquement liés. Dès son émergence, l’islam reconnaît le judaïsme comme une forme légitime de monothéisme, ce qui permet aux Juifs de pratiquer leur foi sous autorité musulmane. Le statut de « dhimmi » [toléré, mais aussi soumis] octroyé aux Juifs ne leur conférait pas l’égalité avec les musulmans, loin du statut de citoyenneté que nous connaissons dans les démocraties modernes. Mais pour l’époque, c’était la meilleure situation possible pour les Juifs. C’est la raison pour laquelle les conquêtes musulmanes ont été bien accueillies et même soutenues par de nombreuses communautés juives, entraînant des vagues d’immigration vers les terres musulmanes.

Cette coexistence a également permis une « symbiose judéo-musulmane », comme l’a appelée le regretté historien juif Shelomo D. Goitein, reposant sur un apprentissage mutuel. Les musulmans ont puisé dans les « Israiliyyat« , ou sources juives, tandis que les Juifs ont intégré des éléments de théologie, de philosophie et même de soufisme musulman.

Mon livre rassemble ces thèmes, étudiés par des historiens et des théologiens, et les présente sous une forme accessible. Il met également en lumière des faits très peu connus, dont certains issus de la tradition ottomane, que je connais bien. Les lecteurs seront peut-être surpris d’apprendre, par exemple, que le dernier calife ottoman, expulsé de Turquie en 1924, a reçu les adieux les plus chaleureux d’un Juif ottoman. Cette anecdote, rapportée dans les mémoires du secrétaire du dernier calife, est largement ignorée, y compris en Turquie.

Vous êtes un écrivain, un érudit et un chercheur accompli. En travaillant sur ce livre, avez-vous découvert des épisodes historiques des relations judéo-musulmanes dont vous n’aviez jamais entendu parler ? Quelle a été la découverte la plus surprenante pour vous ?

Je vous remercie de votre gentillesse. J’ai en effet approfondi de nombreux sujets que je ne connaissais que superficiellement. J’ai notamment découvert qu’après sa conquête de Jérusalem en 638, le calife Umar a dû négocier avec les chrétiens pour permettre le retour des Juifs dans la Ville sainte. Pour certains Juifs de l’époque, cela fut perçu comme le signe d’une ère messianique, comme l’indique le texte « Les secrets de Rabbi Shimon bar Yohai ».

J’ai également appris qu’Abraham Maïmonide, fils du Rambam (Rabbin Moïse ben Maïmon), avait adopté des éléments du soufisme et avait même tenté d’introduire certaines pratiques islamiques dans le judaïsme, considérant qu’elles étaient à l’origine issues de la tradition juive.

Jack Miles, qui a eu la gentillesse d’écrire une préface pour mon livre, a noté que celui-ci « surprend encore et encore ». C’est exactement ce que j’ai ressenti en travaillant sur ces thèmes.

Quelle aurait été la réaction de Mahomet face aux massacres du 7 octobre et à la guerre régionale qui a suivi ?

Je reste généralement prudent lorsqu’il s’agit d’interpréter « ce qu’aurait fait Mahomet », car il est fréquent que les gens projettent leurs propres opinions sur lui – ou sur Jésus, dans le cas des chrétiens. Cependant, au vu de ses commandements sur l’éthique de la guerre, je peux affirmer qu’il aurait sans doute condamné toute violence délibérée contre des non-combattants. Son premier calife, Abu Bakr, a clairement énoncé : « Ne tuez ni femmes, ni enfants, ni personnes âgées ou infirmes ».

C’est sur cette base que j’ai condamné les attentats terroristes visant des civils israéliens, qu’il s’agisse du 7 octobre ou des attaques perpétrées durant au cours de ce que l’on appelle la Seconde Intifada. Il n’est pas étonnant que ceux qui justifient ces attaques se réfèrent à des concepts modernes, tels que le « colonialisme des implantations », qui n’a pas d’équivalent dans la loi islamique. Celle-ci distingue uniquement les résidents d’implantations des non-combattants en temps de guerre.

Bien entendu, ce principe s’applique dans les deux sens. J’ai également condamné toutes les violences aveugles visant des civils palestiniens, et j’ai été horrifié de voir certains chercher à les justifier. Certains le font avec des arguments politiques modernes – « ils ont voté pour le Hamas » –, d’autres avec des références religieuses – « ils sont Amalek ».

De nombreux analystes ont étudié les effets polarisants des médias de masse et, plus particulièrement, des réseaux sociaux sur la société contemporaine. Il est indéniable que ces plateformes ont alimenté l’extrémisme et la radicalisation, notamment autour du conflit au Moyen-Orient au cours de l’année écoulée. Cependant, la technologie peut aussi créer des ponts entre des personnes aux visions opposées, issues de cultures et de contextes différents.

D’un point de vue réaliste, pensez-vous que la technologie puisse réduire la polarisation et l’extrémisme, ou devons-nous nous attendre à ce que la situation continue de se détériorer ?

Je pense que les technologies de la communication ne sont que des outils qui amplifient les idées que nous choisissons de propager. Elles peuvent servir à diffuser des idées positives ou destructrices, mais ce sont les individus, et non la technologie elle-même, qui en déterminent l’usage. Une analogie utile est celle de l’invention de l’imprimerie il y a plusieurs siècles. Elle a facilité la diffusion du savoir, mais aussi celle d’ouvrages dangereux. On pouvait ainsi imprimer aussi bien des livres sur l’amour, la miséricorde et la tolérance que des écrits haineux comme Mein Kampf. Face à ces dérives, la solution n’a jamais été d’interdire les livres, mais plutôt de combattre les mauvaises idées par de meilleures. J’adopte la même approche face aux défis posés par Internet et les réseaux sociaux.

Malgré le respect que le Coran accorde au peuple juif, certains versets présentent les Juifs sous un jour moins flatteur. Des passages tristement célèbres les décrivent comme des « singes et des porcs » (5:64-65), par exemple, tandis que et d’autres, qui malgré le fait que les Juifs soient désignés comme les « Gens du Livre », semblent contenir une sorte d’autorisation divine de les tuer (33:26). Certains extrémistes musulmans se servent de ces textes pour justifier la haine et la violence, tandis que certains sceptiques juifs et non-musulmans y voient une preuve intrinsèque du caractère antisémite et violent de l’islam. Ont-ils tort ? Que diriez-vous à ces deux groupes ?

Merci d’avoir posé cette question, que j’aborde en détail dans mon livre. En résumé, je dirais que certains passages du Coran ont été instrumentalisés pour alimenter l’hostilité envers les Juifs, soit en les sortant de leur contexte, soit en en déformant le sens.

Par exemple, le passage sur les « singes et les porcs » que vous avez évoqué à juste titre (5:60) ne désigne pas les Juifs comme tels. Il dit seulement que certains juifs désobéissants dans un passé lointain ont été transformés miraculeusement par Dieu en ces créatures, ce qui ne dit rien sur le peuple juif en général. C’est ainsi que l’ont compris la plupart des exégètes musulmans classiques, comme je l’indique dans mon livre, mais cela a été transformé en un trope antisémite au 20e siècle.

Quant à « l’autorisation divine de les tuer », il s’agit d’une référence au siège de la tribu juive des Banu Qurayza à Médine en 627. Cet épisode est d’une violence troublante, que j’analyse en détail dans mon livre. En résumé, cette tribu n’a pas été attaquée en raison de son identité juive, mais pour avoir collaboré avec les forces ennemies qui assiégeaient Médine. De plus, les récits postérieurs – rédigés après le Coran – prétendent que des centaines d’hommes ont été exécutés, mais je mets en doute leur authenticité. Ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que rien dans le Coran ne justifie la violence contre les Juifs en raison de leur religion ou de leur identité. Il contient certes des passages polémiques, mais ceux-ci doivent être replacés dans le contexte politique de Médine à l’époque de Mahomet.

Comme vous le mentionnez dans votre livre, lorsque les musulmans ont conquis Jérusalem, ils ont permis aux Juifs d’y vivre, alors que les chrétiens leur en avaient interdit l’accès. Les Juifs ont même célébré leur arrivée et il semble clair qu’il y a un espace dans l’islam pour accepter que des Juifs vivent en Terre d’Israël. Qu’en est-il du sionisme moderne et de la souveraineté juive ? Est-ce plus problématique, ou y a-t-il aussi une place pour cela dans la pensée et la loi islamiques ?

Les musulmans n’ont jamais eu de problème avec la présence juive en Terre sainte. Ils ont même aidé les Juifs à revenir à Jérusalem à deux reprises : après leur expulsion par les Romains, puis après celle infligée par les Croisés. Certes, dans l’islam traditionnel, les Juifs n’étaient pas des citoyens à part entière, mais l’Empire ottoman, qui abritait le califat, a aboli le statut de dhimmi au milieu du 19e siècle, accordant l’égalité de citoyenneté aux non-musulmans, y compris aux Juifs. Il y avait même des députés juifs au Parlement ottoman.

Quant à la souveraineté juive : Je l’envisage du point de vue ottoman. Cet empire multi-ethnique s’est progressivement effondré, et ses peuples ont fondé plus d’une vingtaine d’États-nations modernes. Certains sont à majorité chrétienne, comme la Serbie, la Grèce ou la Bulgarie. En tant que musulman, ai-je un problème avec ces États ? Non, tant qu’ils respectent les droits de mes coreligionnaires et des autres minorités, ce qui n’a pas toujours été le cas dans certaines périodes sombres de leur histoire.

De même, je ne vois aucune objection islamique à la souveraineté juive en Israël, à condition qu’elle garantisse la liberté, la sécurité et l’égalité aux musulmans vivant sous son autorité. Mais je crains que cela n’ait pas été le cas depuis 1967. Des millions de Palestiniens vivent sous occupation, sans citoyenneté ni État propre. C’est pourquoi j’ai plaidé en faveur d’une solution à deux États – ou de toute autre issue sur laquelle Israéliens et Palestiniens pourraient s’accorder. Ainsi, les deux peuples de la Terre sainte, du fleuve à la mer, pourraient vivre ensemble, côte à côte, dans la même sécurité et la même liberté.

https://fr.timesofisrael.com/un-erudit-musulman-veut-faire-revivre-la-tradition-judeo-islamique-a-commencer-par-moise/


Neue Zürcher Zeitung, December 29    

Hilfe, mein Sohn glaubt an Jesus

Junge Männer werden im Westen konservativer und religiöser. Das dürfte nur der Anfang sein – am Horizont taucht eine neue Welt auf, deren Umrisse sich nur erahnen lassen.

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Bis vor kurzem sahen es viele als natürlichste Sache der Welt an, dass jede Generation weiter nach links rückt als ihre Vorgänger. Zumindest in den Industriestaaten schien sich die Zukunft politisch, kulturell und religiös nur in eine Richtung zu bewegen.

Diese Gewissheit wird nun zum ersten Mal seit längerer Zeit erschüttert. Jüngere Menschen driften im Westen spürbar nach rechts, wie immer mehr Umfragen zeigen. Sie begrüssen Ideen und vertreten Haltungen, die der Mainstream gemeinhin als rechts taxiert – oder gar als kuriose Überbleibsel einer erledigten Vergangenheit abtut.

Die Speerspitze der Entwicklung bilden die jungen Männer. Deutlich häufiger als ihre Geschlechtsgenossinnen und andere Alterskohorten scheinen sie angezogen von einem neuen Traditionalismus. Wofür junge Männer brennen, ist allerdings ein ziemlich verlässlicher Indikator für den bevorstehenden gesellschaftlichen Wandel.

Die Kirche als Mutterschreck

Besonders eindrücklich schlägt sich der Rechtsrutsch in einem Comeback der Religiosität nieder. Unter jungen Männern steigt die Zahl der Kirchgänger wieder an, gerade in den Vereinigten Staaten. Dabei profitieren in erster Linie christliche Konfessionen mit konservativer Ausrichtung.

Diese Bewegung hat etwas Erstaunliches. Auf den ersten Blick gäbe es unzählige andere Tätigkeitsfelder für unzufriedene Jünglinge – von denen viele weit bedrohlicher klingen als der Besuch der Sonntagsmesse oder der Bibelstunde am Mittwochabend.

Ein Grund ist, vereinfacht gesagt, dass ein Teenager seine Mutter kaum verlässlicher schockieren kann als durch das Bekenntnis zu einem konservativen Christentum. Vor einem halben Jahrhundert konnte die Jugend ihre Ablösung von der elterlichen Welt noch Slogans der Avantgarde markieren. Doch wenn heute ein westlicher Teenager sagt: «Mama, ich glaube, ich stehe auf Männer», erhält er wahrscheinlich eine Antwort wie: «Ich bin froh, dass du mir davon erzählst.»

Das Gleiche dürfte gelten, wenn er einen Joint hervorholt oder mitteilt, sich am Unterarm ein heidnisches Tattoo stechen zu lassen. Kurz: Wenig ist schwerer zu ertragen für das Ego eines Teenagers, als wenn er sich vom elterlichen Einfluss und von den damit verbundenen Vorstellungen freimachen will, auf den Kopf getätschelt zu werden.

Man stelle sich hingegen vor, was passiert, wenn derselbe Teenager mit einer Maga-Schirmmütze nach Hause kommt oder wenn er verkündet, dass er zu Jesus gefunden hat. In vielen westlichen Mittelklassefamilien dürfte das einen schönen Moment der elterlichen Hysterie hervorrufen. Linke Provokationen sind längst im Mainstream angekommen, neu lautet das Abonnement auf Transgression auf alles Konservative.

Befreiung vom Spiessertum – und zurück

Es gibt eine zweite Dimension des Rechtsrutsches, die in linearen Vorstellungen von «Fortschritt» meistens vergessengeht. Und zwar schwingt die öffentliche Moral seit langem zwischen Libertinismus und Biedermeier. Auf den Barock folgt der Klassizismus, die Aufklärung weicht (für einen Moment) dem Sturm und Drang, und dem zugeknöpften viktorianischen Zeitalter entwachsen die Freizügigkeiten des 20. Jahrhunderts.

Nun ist das 21. Jahrhundert angebrochen. Die gesellschaftliche Öffnung der letzten sechzig Jahre erfuhr bereits starke Einschränkungen durch neue Tabus. Menschen guten Willens, entsetzt über die schädlichen Folgen der viktorianischen Moral, setzten den Prozess in Gang, der zur sexuellen Revolution führte; Menschen ebenso guten Willens, entsetzt über die schädlichen Folgen dieser Revolution, setzen Prozesse in Gang, die das Pendel kräftig in die andere Richtung ausschlagen lassen.

Wenig davon dürfte zufällig sein. Moralische Rigidität und sittliche Laxheit, sowohl im sexuellen als auch in anderen Kontexten, haben beide ihre Pathologien; es gibt einen Mittelweg, der die Probleme beider vermeidet – aber da die Menschheit nun einmal so ist, wie sie ist, hält sie selten lange Mass und wenn, dann meistens nur in einer Übergangsphase zwischen den Extremen.

Wer nach moralischer Selbstbeschränkung sucht, dem haben konservative Kirchen viel zu bieten. Zum anderen gehören sie zu den wenigen Institutionen der modernen westlichen Welt, die sich konsequent gegen die liberalen moralischen Strömungen des letzten Jahrhunderts gestellt haben. Es ist nur logisch, dass sie an Attraktivität gewinnen.

Eine neue, aber auch andere Religiosität

Möglicherweise ist darüber hinaus ein weiterer Prozess am Werk, der in noch grösseren Zeiträumen arbeitet. Was wir derzeit beobachten, lässt sich mit Oswald Spengler als die Anfänge einer «zweiten Religiosität» verstehen.

Kulturen heben für Spengler jeweils unter dem Einfluss einer besonderen religiösen Vision an, die deren Kosmologie einfängt und prägt. Im Verlauf der Zeit weicht die mythologische Sprache einem Säkularisierungsprozess und dann einem Zeitalter der Vernunft. Die alte Weltsicht wird aus ihrem religiösen Kontext gelöst und findet Niederschlag in einer Vielzahl rationalistischer Ideologien.

Die Wegbereiter der Vernunft meinen, die abergläubische Vergangenheit hinter sich gelassen zu haben; ihre neuen Maximen erweisen sich jedoch als deutlich fragiler als der Glaube, den sie verdrängt haben. Denn sobald das Zeitalter der Vernunft Brüche zeigt, flüchten viele zurück in die traditionellen religiösen Formen ihrer Kultur. Dies ist die zweite Religiosität, die Rückkehr zur Religion, die für Spengler den Niedergang von Kulturen kennzeichnet. Was die westliche Welt betrifft, so erwartete Spengler, dass die zweite Religiosität kurz nach dem Jahr 2000 eintreten würde.

Oswald Spenglers heute durchwegs unmoderne Geschichtsphilosophie erfuhr im Verlauf des letzten Jahrhunderts viel Kritik. Wie weit er in seinem Unterfangen gekommen ist, Kulturen jenseits von möglichen Kausalitäten auf geteilte Muster ihrer Entwicklung abzuklopfen, bleibt strittig. Für ein abschliessendes Urteil ist es wahrscheinlich sogar zu früh. Fruchtbar scheinen seine Thesen indes allemal, heutzutage insbesondere jene zu einer zweiten Religiosität.

Sie markiert eine Art Nostalgie, den Wunsch zu einer Rückkehr zur Blütezeit der eigenen Kultur. In einem entscheidenden Sinne ist sie jedoch nichts dergleichen. Die Religiositäten der Anfänge entstehen aus der erschütternden Wirkung transzendenter Realitäten auf einzelne Propheten und Visionäre. Sie sind dementsprechend grob geschnitzt, von überwältigender Eindrücklichkeit und zugleich voller innerer Widersprüche, die dem späteren, logischeren Bewusstsein absurd erscheinen.

Im Gegensatz dazu ist die zweite Religiosität geordnet und vernünftig, sie trägt die Kennzeichen eines Glaubenssystems, das in erster Linie Bollwerk sein soll gegen inneres und äusseres Chaos. Während der ursprüngliche religiöse Impuls auf die Zukunft ausgerichtet ist, orientiert sich die zweite Religiosität an der Vergangenheit. Der Wind des Herbstes pfeift durch seine Tempel.

Junge Männer zieht es heute von einer kriselnden Welt in eine zweite Religiosität. Der wichtigste Grund dafür ist der allmähliche Verlust des Fortschrittsglaubens. Dieser steht nicht nur für fliegende Autos und Reisen im Weltraum. Vielmehr umfasst er das Vertrauen, dass sich die Geschichte in die Richtung bewegen muss, die wir für richtig halten. Selbst vom übertriebenen Hype um die generativen Sprachmodelle, der progressive Hoffnungen und die Aktienmärkte beflügelt, bleibt dabei vor allem latente Zukunftsangst.

Endpunkt: völlig offen

Das seltsame Gefühl der Stagnation ist in den heutigen industriellen westlichen Kulturen allgegenwärtig. Das Gefühl einer offenen, positiven Zukunft, einer Möglichkeit zur Veränderung, ist sogar progressiven Aktivisten abhandengekommen. Was sie anbieten, ähnelt eher einer ungewöhnlich düsteren Form des säkularen Calvinismus – in der die Erbsünden des Rassismus und Sexismus unerbittlich und ewiglich auf der Menschheit lasten. Aufgrund der Taten einiger weniger ihrer Vorfahren können diejenigen, die zufällig der falschen Rasse, dem falschen Geschlecht und so weiter angehören, nichts als endlose Demütigung und Reue erwarten, ohne Hoffnung auf eine Veränderung ihres sündigen Zustands. Es scheint kaum verwunderlich, dass sich immer mehr (junge) Menschen, die so stigmatisiert sind, von Ideologien dieser Art abwenden und nach einem anderen Umfeld suchen. Bei der nächstgelegenen konservativen Kirche können sie zumindest auf Erlösung hoffen.

Geschichtsbewusste Leser überrascht diese Entwicklung vielleicht nicht. Die Religion – nicht im Sinne einer Ideologie, sondern in ihrem tieferen und wahreren Sinne als Konfrontation des menschlichen Bewusstseins mit transzendenter Erfahrung – verkam im Westen immer mehr zum Randphänomen. Jetzt kehrt sie mit Macht zurück.

Mit Spengler kann man vermuten, dass das Aufkommen der zweiten Religiosität nur den Anfang einer neuen Hinwendung zum Religiösen darstellt – wobei es unmöglich ist, die Glaubensrichtungen der Zukunft zu benennen. So wie es für einen römischen Intellektuellen unmöglich gewesen wäre, das Christentum aus der turbulenten religiösen Unterwelt der römischen Kaiserzeit herauszugreifen und es als Zerstörer und Erben der antiken Welt zu identifizieren.

Was wir derzeit erleben, ist das Wiederaufleben traditioneller Religion in westlichen Gesellschaften. Im Zuge dieses Prozesses sind Veränderungen zum Guten wie zum Schlechten zu erwarten, und die Zukunft, in der so viele von uns den Rest ihres Lebens verbringen wollten, scheint sich zu verflüchtigen.

John Michael Greer, geboren auf Rhode Island, ist Blogger und Autor. – Dieser Beitrag erschien zuerst im britischen Online-Magazin «Unherd». – Aus dem Amerikanischen von mml.

https://www.nzz.ch/meinung/hilfe-mein-sohn-glaubt-an-jesus-ld.1917474


The European Conservative, December 28        

From Christian to Majority-Muslim: Lebanon’s Cautionary Tale for Europe

Christians were a majority until the 1980s; today they are roughly one-third, living under growing pressure from a Muslim majority.

Full text:   

Christians in Lebanon have declined from a demographic majority to a minority. 

Lebanon was majority-Christian starting from the first century (when Christianity was introduced by figures such as St. Peter and St. Paul) until the mid-20th century. Mount Lebanon, which remains the Christian heartland of the country, is frequently mentioned in the Bible.

Lebanon was conquered by the Arab Islamic Rashidun Caliphate in 636 AD following the defeat of the Christian Byzantine (Eastern Roman) Empire at the Battle of Yarmouk. The Ottoman Empire later occupied Mount Lebanon from its conquest in 1516 until the end of World War I in 1918. Lebanon gained independence from French rule in 1943.

Maronites are the largest Christian denomination in Lebanon, historically centered in Mount Lebanon. They are known for their unique Eastern Catholic Church (which remains in communion with Rome) and their usage of the Syriac language in liturgy, although they primarily speak Lebanese Arabic today. Maronites played a key role in founding modern Lebanon. Today, they maintain distinct cultural and religious traditions, tracing their roots to St. Maron in the fourth century.

The Greek Orthodox community is the second largest Christian group. Other historical Christian communities include Catholic (Chaldean, Greek, Latin, Armenian, and Syriac), Oriental Orthodox (Armenian Apostolic, Syriac, and Coptic), and the Assyrian Church of the East.

Until the 1980s, Christians still constituted a demographic majority in the country. Today, the once-thriving Christian community has plummeted to roughly one-third.  

The case of Lebanon represents a warning to Europe, which appears to be quickly Islamizing as a result of mass migration and declining European birth rates. 

Henry Zakaria, a Lebanese activist who advocates for a Christian nation in Mount Lebanon, told europeanconservative.com,

The main reasons for the declining Christian population in Lebanon are the [1975–1990] civil war, emigration, and the loss of sovereignty. Christians left after decades of instability, economic collapse, and occupation by Islamic forces. The current political system favors demographic imbalance and makes Christian life unsustainable. It can only be reversed by restoring autonomy and self-rule in Mount Lebanon.

The demographic shift toward a Muslim majority accelerated after the Arab war against us. Christian emigration rose sharply, while Shia and Sunni families expanded demographically and moved into areas that were once Christian. The change wasn’t natural growth; it was a replacement through invasion, occupation, ethnic cleansing, and political manipulation.

Zakaria also pointed out the effects of the Syrian and Palestinian invasions against Lebanon:

Palestinian terrorist groups invaded Lebanon after the 1948 war in Israel and again in the 1970s, turning their camps into terror zones. Syria invaded in 1976 under the pretext of peacekeeping and remained for 30 years. Both waves have destroyed Lebanon’s stability and its Christian identity.

Hezbollah grew in the 1980s with Iranian funding and Syrian protection. When Christian forces disarmed after the war, Hezbollah kept its weapons under the excuse of “resistance.” Over time, it captured the state, the army, and all key institutions. It is now the true ruler of the Republic of Lebanon, which has effectively become an extension of the Islamic Republic of Iran.

The Iranian-backed Hezbollah, founded in 1982, maintains a strong hold on Lebanon through its Shia supporters and the government, including parliament.  As journalist and writer Daniel Greenfield notes:

Christian politicians may officially hold high and, in some cases, reserved positions in the Lebanese government, but they are often little more than fronts and puppets for Islamic terror groups. 

The Shiite [Shia] Islamic takeover of Iran, the growth of Islamic terrorist groups in the region, and the spread of regional Shiite Jihadism out of Tehran has effectively turned Lebanon from a Christian country into an Islamic puppet regime.

Over the years, Christians in Lebanon have faced multiple attacks as the country has become increasingly controlled by Hezbollah, which exercises its power through violence and intimidation.  

According to the human rights organization Open Doors, the main fears of Christians in Lebanon reflect the demographic shrinking of Christian communities with an accompanying fear that it may become increasingly difficult to maintain long-standing levels of demographic presence and political influence. This fear is especially relevant in light of the growing strength of Shia communities and, in particular, Hezbollah’s influence. 

Christians in Lebanon face the most faith-related opposition in predominantly Islamic areas, such as Tripoli, the Bekaa Valley (particularly where Syrian refugee camps are located), South Beirut (such as the Shia suburb of El Dahye), Palestinian refugee camps (close to Tripoli and Beirut), and Hezbollah-controlled areas south and east of the Bekaa Valley.

As a result, Christian communities in traditionally Christian areas increasingly feel political pressure. In addition to Shia Hezbollah, there is also a Sunni community, many members of whom are radical, especially in areas where the Islamic State (ISIS) retains popularity. In the past, there have also been suicide attacks by Muslims against Christians. In June 2016, for instance, eight suicide bombers launched two waves of attacks on the Christian town of Al Qaa in northeastern Lebanon, killing at least five people.

In recent years, Christian communities and holy sites have been increasingly targeted through acts of aggression such as robbery, theft, and rape. These mainly occur in majority-Christian areas that border predominantly Sunni and Shia areas. The perpetrators are often Shia gangs or Syrians who live and work in Lebanon. There is also the alleged involvement of some Palestinians from nearby refugee camps. Christian women in these areas may be harassed by Muslim men because of their non-Islamic clothing. Islamic oppression mainly affects converts from Islam to Christianity, especially in predominantly Muslim areas. Christians from a Muslim background do not usually reveal their faith and often continue to adhere to Islamic dress codes. 

In addition, several churches and Christian properties in Lebanon have been damaged by Muslims. In January 2024, for instance, a group of Muslims burglarized and vandalized at least ten churches in Beirut and Mount Lebanon.

According to Open Doors, churches in Muslim areas often choose not to display religious symbols and iconography to avoid provoking hostility from the Muslim communities in which they are located. In 2021, clashes between Shia and Christian villages in southern Lebanon’s Hezbollah-controlled territory left six people injured. Christian religious symbols were attacked by Shia armed elements during the clashes. 

In recent years, various other Christian symbols or shrines in public spaces were damaged or destroyed by Muslims. In December 2019 and 2020, Christmas trees were burned in Dinniyeh, a Muslim town in northern Lebanon. Also in Tripoli, Christmas trees were burned in December 2019 and 2023. In November 2024, a nativity scene in Faraya was vandalized when the figure of the baby Jesus was removed and a handgun was placed nearby. 

It can be risky for churches and Christian organizations in Lebanon to speak out against discrimination and oppression, notes Open Doors. Criticism of certain groups, such as Hezbollah, can lead to threats, libel campaigns, or other serious consequences. 

Zakaria told europeanconservative.com:

Lebanon is effectively divided. Christians mainly live in Mount Lebanon and the north, while Muslims dominate the south and the Bekaa Valley. Day-to-day relations are mostly civil, but trust is weak, and coexistence is more geographic than social.

Most Christians view Hezbollah as an occupying force that has destroyed Lebanon’s sovereignty. A few political figures cooperate with it out of fear or personal interest, but among ordinary people there is deep resentment.

As a solution, Zakaria advocates for a Maronite state in Mount Lebanon:

Our vision is to restore Mount Lebanon as the homeland of the Maronites, the rest of the Christians, and the Druze, a sovereign state built on peace, cultural revival, and Western-Mediterranean alliances. What Lebanese Christians need is unity, a strong diaspora network, and the courage to rebuild a new model of governance.”

Journalist and writer Daniel Greenfield also notes:

The rising power of Islam means that the fates of the Christian and Jewish populations are intertwined in the Western world and in the Middle East. The story of Lebanon in the 19th century is a forcible reminder that Christian and Jewish rights anywhere in the Muslim world depend on the political and military fortitude of Western nations. Ideally, those nations might have the courage of their 19th-century counterparts to step in and make Lebanon, Christian.

But in the absence of such a willingness to directly intervene and remove a colonial Muslim settler population back to its original territories, a two-state solution could preserve a Christian Lebanon which is otherwise likely to disappear within a generation. Silence will make it so.

Is the majority-Muslim Lebanon the future awaiting Western Europe? The West should prevent this disastrous outcome by rearranging its immigration policies and, at the same time, support Lebanese Christians either by helping them establish a two-state solution in Lebanon or a federal system that will help preserve the Christian presence there. 

Uzay Bulut is a Turkey-born journalist formerly based in Ankara. She focuses on Turkey, political Islam, and the history of the Middle East, Europe, and Asia.

https://europeanconservative.com/articles/analysis/from-christian-to-majority-muslim-lebanons-cautionary-tale-for-europe/


The New York Times, December 25

Pope Leo Surprises St. Peter’s Crowd Before Christmas Eve Mass

Pope Leo XIV greeted the soggy faithful in St. Peter’s Square in both English and Italian and apologized that there wasn’t enough room in the basilica for them all.

Full text:   

Pope Leo XIV surprised the rain-soaked faithful in St. Peter’s Square on Wednesday night with an apology, delivered in both English and Italian, to those who were unable to get inside the basilica for the American-born pontiff’s first Christmas Eve Mass.

“Welcome!” he said in English, greeting the thousands who were packed into the square. “Basilica of St. Peter’s is very large, but unfortunately it is not large enough to receive all of you. I admire and respect and thank you for your courage and your wanting to be here this evening.”

Then, in Italian, he continued: “Despite the weather, we want to celebrate the Christmas feast together.”

“Merry Christmas to all of you!” he said, before adding, still in Italian, “Please follow the celebration on the screen.”

The celebration lasted almost two and a half hours and ended with a traditional homily from the Chicago native, who turned 70 in September.

In a nine-minute address, Leo retold the story of Jesus Christ’s birth and his significance to the world while indirectly addressing global crises.

In the most pointed section, Leo criticized the globalized economy and alluded to the world’s many military conflicts.

“While a distorted economy leads us to treat human beings as mere merchandise, “ he said, “God becomes like us, revealing the infinite dignity of every person.

“While humanity seeks to become God in order to dominate others, God chooses to become man in order to free us from every form of slavery.”

He also addressed the legacies of his two immediate predecessors, Pope Francis, who died in April, and Pope Benedict XVI, who led the Roman Catholic Church from 2005 until 2013.

Their papacies engendered controversy, with Benedict emphasizing church tradition and Francis attempting to liberalize its institutions and teachings.

Leo started with Benedict, whose words, he said, “remain a timely reminder that on Earth there is no room for God if there is no room for the human person, to refuse one is to refuse the other.

“Yet where there is room for the human person, there is room for God. Even a stable can become more sacred than a temple, and the womb of the Virgin Mary become the ark of a new covenant.”

Quoting from Benedict’s Christmas Mass in 2012, Leo added that Christians must care “for children, for the poor, for the stranger.”

Turning to Francis, Leo recalled the late pope’s Christmas homily from last year, when Francis said that the Nativity “rekindles in us the gift and task of bringing hope wherever hope has been lost because with him joy flourishes, with him life changes, with him hope does not disappoint.”

He used those words to also bring to mind the needs of the poor and hungry. “The need for care and warmth becomes divine, since the son of the Father shares in history with all his brothers and sisters,” Leo said. “The divine light radiating from this child helps us recognize humanity in every new life.

Leo ended on a hopeful note. “Let us therefor announce the joy of Christmas, which is a feast of faith, charity and hope.”

“With these virtues in our hearts,” he added, “unafraid of the night, we can go forth to meet the dawn of a new day.”

https://www.nytimes.com/2025/12/25/us/pope-leo-surprises-st-peters-crowd-before-christmas-eve-mass.html


Le Figaro, December 25        

Christophe Dickès : «N’en déplaise aux anticléricaux féroces, notre société est chrétienne jusqu’à l’os»

TRIBUNE – Tous les ans, la période de Noël charrie avec elle son lot de polémiques, regrette l’historien, qui convoque notre passé et notre héritage pour mettre en lumière l’imprégnation de la société française par le christianisme.

Christophe Dickès est historien et journaliste. Son dernier livre, « Pour l’Église. Ce que le monde lui doit » (Perrin), a reçu le 25e prix Combourg-Chateaubriand.

Full text:   

Chaque année, comme un vieux disque rayé, la polémique des crèches de Noël refait surface. Une minorité en appelle à leur retrait au nom de la laïcité. Dans le même esprit, au mois d’octobre dernier, le premier syndicat du primaire avait présenté au Conseil supérieur de l’éducation un amendement visant à laïciser le nom des congés scolaires. Une proposition qui ne fut pas retenue par le ministère de l’Éducation nationale…

Dans les faits, même si l’anticléricalisme effaçait les signes visibles du legs chrétien, il serait bien en peine d’effacer ce que notre société a de chrétien. En effet, les anticléricaux, comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, baignent littéralement dans le christianisme. Certes, la philosophe Chantal Delsol a acté la fin de la chrétienté, mais elle distingue par ailleurs la chrétienté du christianisme lui-même. Et le christianisme est constitutif de nos sociétés occidentales, ce qui les différencie d’ailleurs des sociétés musulmanes ou bouddhistes. Notre monde est chrétien parce que tout ce qui nous entoure trouve ses racines dans le silence des monastères, dans les textes des conciles mais plus encore dans les Évangiles. Qu’on en juge à travers trois exemples précis.

La montre que nous portons à notre poignet trouve ses origines dans un monastère anglais du Hertfordshire. En effet, nous devons au père abbé Richard de Wallingford, mathématicien et astronome, l’élaboration de la première horloge mécanique de l’histoire. Nous étions en 1330. Or, si les moines ont besoin d’une horloge, c’est bien pour mesurer le temps afin de l’organiser entre la prière, le travail et le repos. Même si les heures ont été inventées par les Mésopotamiens, le monde monastique est la première institution à organiser son temps en fonction d’un rythme horaire. Autrement dit, ce sont les moines qui sont à l’origine de nos agendas.

Au-delà de l’anecdote, si les moines prient, c’est bien parce qu’ils estiment que leur temps doit être compté et est compté. Pourquoi cela ? Parce que chaque chrétien doit assurer son salut en faisant mieux demain ce qu’il a mal accompli hier. Le chrétien, qui chemine en pèlerin sur terre, se doit de se corriger et donc de progresser. Le christianisme fait ainsi du temps une valeur. Alors que l’antiquité avait une conception cyclique du temps, le christianisme opère une révolution en lui attribuant une dimension linéaire et « progressiste ». Ainsi, quand un député LFI en appelle au « progrès » social, il est comme un vieux moine qui s’ignore.

La laïcité est le propre des sociétés chrétiennes, à la différence par exemple des sociétés musulmanes.

Le deuxième exemple est celui de la science. On parle, à juste titre, d’une science arabe, mais on n’évoque quasiment jamais la science chrétienne. Pourtant, elle existe bel et bien, en dépit de la condamnation de Galilée. N’est-ce pas Oppenheimer lui-même qui affirmait qu’il n’y avait pas de science moderne sans christianisme ? En effet, ce sont des hommes d’Église du XIIe et du XIIIe siècle qui sont à l’origine des sciences expérimentales (Robert Grosseteste et Roger Bacon). Des médiévaux qui ont fait du doute la condition de la recherche, et du savoir une libération. En cultivant le goût de l’ordre et de la clarté – ceci, bien avant Descartes -, ils ont aussi rappelé que la démonstration est supérieure à l’argument d’autorité. Chez ces hommes du Moyen Âge, la recherche de Dieu justifiait la science et la compréhension de la nature. Science et foi étaient intimement mêlées.

Dernier exemple, celui de l’État. En effet, pendant des décennies, les historiens ont opposé la naissance de l’État moderne à la conception universaliste de l’Église. Or, la recherche historique explique désormais que notre État centralisé, avec son administration et sa fiscalité, trouve ses racines dans les réformes pontificales des XIet XIIe siècles. Ce que l’on a appelé la réforme grégorienne, du nom du pape Grégoire VII. De son côté, l’historien du droit Jean Gaudemet a montré comment les communautés religieuses ont été de véritables « laboratoires » des techniques électorales modernes.

«Rendez à César ce qui est à César»

L’élection est pratiquée par les ordres religieux depuis des siècles sous toutes ses formes : vote par scrutin, par compromis ou par acclamation, à la majorité simple ou absolue. Tant et si bien qu’en 1789, quand des hommes d’Église ont participé aux états généraux, le vote n’avait rien d’une nouveauté puisqu’il était une pratique séculaire. Enfin, on le sait, la laïcité est le propre des sociétés chrétiennes, à la différence par exemple des sociétés musulmanes. Pourquoi cela ? Parce que, sur le fondement de la fameuse phrase du Christ « Rendez à César ce qui est à César », les hommes d’Église ont pensé et théorisé la distinction entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, l’État et l’Église. Le premier à le faire n’est autre que le pape Gélase (Ve siècle).

Et l’on pourrait ainsi multiplier les exemples : nos hôpitaux depuis Basile de Césarée (IVe siècle), les écoles cathédrales et monastiques ouvertes à tous, le consentement mutuel entre l’homme et la femme, la conscience individuelle dans notre droit, notre perception du travail (servile dans l’Antiquité), le droit des gens qui deviendra le droit international… Tout cela possède un fondement chrétien. Mieux que des racines, il s’agit d’une vitalité qui repose non pas sur une vision utilitariste mais sur une espérance et une foi. Ce que Benoît XVI appelait la recherche de Dieu. Tel est peut-être le secret de la longévité de l’Église : dans cette incroyable vitalité, en dépit des crises qui jalonnent sa longue histoire.

https://www.lefigaro.fr/vox/religion/christophe-dickes-n-en-deplaise-aux-anticlericaux-feroces-notre-societe-est-chretienne-jusqu-a-l-os-20251223


Neue Zürcher Zeitung, December 25    

Ein (Sinn-)Bild des christlichen Humanismus

«Die Heilige Nacht» des grossen italienischen Renaissance-Malers Antonio da Correggio erzählt von einem Himmel, der für alle offen ist – sogar für Esel. Eine weihnachtliche Betrachtung

Full text:   

Wie aus der Zeit gefallen sehen wir im Zentrum des Bildes Maria, die in inniger Umarmung das Christuskind umschlungen hält. Im Unterschied dazu sind alle umstehenden Personen und Engel durch eine gewisse Dynamik und Geschäftigkeit charakterisiert. Schon auf den ersten Blick definiert sich Antonio da Correggios Altartafel «Die Heilige Nacht» von 1530 durch innere Widersprüchlichkeit.

Das Bild, das am Ende des 18. Jahrhunderts in den Besitz des sächsischen Kurfürsten gelangte und sich heute in der Dresdner Gemäldegalerie befindet, vereint tiefe Nacht und blendendes Licht, Ruhe und Bewegung, Zuversicht und Erschrecken, um die Begegnung von Irdischem und Göttlichem zum Ausdruck zu bringen.

Der Maler nutzt eine warme Farbigkeit von Blau-, Braun- und Ockertönen, die einen harmonischen Farbraum bilden und zugleich die Lichterscheinung im Zentrum besonders hervorheben. Im Mittelgrund erkennen wir Josef. Er beugt sich weit zurück, um den an die Krippe strebenden Esel zurückzuhalten.

Als Betrachter befinden wir uns im Inneren des Stalls, dessen Dach ruinös erscheint und von einer starken Säule getragen wird. So schauen wir nicht nur auf die Anbetung, sondern auch in die Morgendämmerung hinaus – aber die Sonne bleibt unsichtbar. Es bedarf einer anderen Lichtquelle, um die Welt von der Dunkelheit zu befreien.

Mit Correggios Helldunkelmalerei geht eine besondere Form des Erzählens einher. Auf engstem Raum werden wir geblendet, während wir anderes nur schemenhaft erkennen können. Es ist, als müssten sich unsere Augen an die Dunkelheit gewöhnen. Man kann das Geschehen nicht auf einen Blick erfassen, erschliesst es sich doch nach und nach. Zugleich kehren unsere Augen immer wieder zum leuchtenden Christuskind zurück.

Um die ästhetische Grenze des Bildes zu betonen und viele Einzelheiten einfügen zu können, nutzt der Künstler einen stark ansteigenden Bildraum. Mehrere Tiere haben sich an der Krippe eingefunden. Vor dem kräftigen Mann links befindet sich ein Hund, der neugierig in Richtung des Christuskindes schnuppert. Im Korb der Hirtin sind sogar Küken zu entdecken, die auf die Auferstehung und den Sieg über den Tod verweisen. Oberhalb des Eselskopfs erkennen wir in einiger Entfernung einen ruhenden Ochsen und links davon zwei weitere Hirten.

Im Laufe der Betrachtung offenbart sich sodann der symbolische Gehalt des Bildes. Die aus waagerecht geschichtetem Holz bestehende Krippe erinnert an einen Altar und wird durch einen verkanteten Balken gestützt, der seinen Halt in den Steinen am vorderen Bildrand findet. Maria ist Symbol der Ecclesia – ein Sinnbild der katholischen Kirche. Sie umfasst, bewahrt und präsentiert den Christusknaben.

Und wenn sich die Krippe in ihrer rechteckigen Form als Altar entpuppt, wird die Windel zum Altartuch, womit sich schliesslich das vermeintliche Stroh als Weizen erweist, sind die Kornähren doch deutlich zu erkennen. Das Werk enthüllt seine eucharistische Dimension. Es verweist auf Menschwerdung und Opfertod Christi und auch darauf, dass der Himmel für die Menschheit von nun an geöffnet ist, was die kräftige Säule als Verbindung von Erde und Himmel deutlich macht.

Die Demut Christi

Immer wieder ist für die Tafel eine mystische Lichtsymbolik in Anspruch genommen worden, die sich auf zahlreiche Bibelstellen berufen kann. Doch Correggio bezieht sich auf den Hymnus «Veni, redemptor gentium» des Bischofs Ambrosius von Mailand, den Luther später mit dem Titel «Nun komm, der Heiden Heiland» ins Deutsche überträgt. Der Choral gehört zu den bekannten Adventsliedern. Er thematisiert die Erlösung der gesamten Menschheit, beginnt mit dem Hinweis auf die Heiden und inszeniert in der vorletzten Strophe die Ankunft des Messias: «Deine Krippe leuchtet nun, und die Nacht atmet ein neues Licht.»

Das Wunderbare und Heilige darzustellen, ist für die Kunst der Hochrenaissance eine vornehmliche Aufgabe. Aber wie versucht Correggio, dieser Herausforderung zu genügen? Zunächst einmal durch die Entscheidung für das Lukasevangelium. Während Christus bei Matthäus von Königen oder Weisen verehrt wird, sind es bei Lukas die einfachsten Menschen. Mit der Verkündigung an die Hirten durchbricht der Evangelist die soziale Hierarchie.

Auch der Maler betont die Demut Christi, wie sie uns in seiner menschlichen Gestalt, aber auch in der einfachen Sprache der Bibel und ihren Gleichnissen vor Augen gestellt wird. Das lateinische Wort für Demut, Humilitas, hängt wörtlich mit Humus, dem Erdboden, zusammen. Es meint das Geringe und Niedrige in sozialer wie ästhetischer Hinsicht.

Aber wird das Kind nicht zur Chiffre? Wir sehen es aus einiger Entfernung und in starker Verkürzung, sein Gesicht bleibt unerkannt. Correggio betont das Wunder, das im Staunen, auch in der Furcht der Hirten zum Ausdruck kommt. Denn während der kräftige Hirte des Vordergrunds aus Ehrerbietung die Kopfbedeckung lüftet und der jüngere hoffnungsvoll zu ihm aufblickt, führt die junge Frau erschrocken die Hand zum Gesicht. Symbolisch erinnern die drei Personen an die Lebensalter und machen deutlich, dass Christus die gesamte Menschheit erlöst.

Der Heiland aller Menschen

Mit der Reformation wird die katholische Kirche als Monopolistin des Heils infrage gestellt. Strittig ist von nun an, ob der Mensch zu seiner Aufnahme in den Himmel durch gute Werke beitragen kann oder der göttlichen Gnade bedarf, wie es Luther betont. Im Jahr 1524 erscheint Erasmus von Rotterdams Schrift «De immensa Dei misericordia». Darin nimmt der Humanist Erasmus von Rotterdam im Unterschied zum Reformator Luther eine Mittlerposition zwischen guten Werken und Gnade ein, um den Willen des Menschen zum Guten zu retten. Unermesslich ist Gottes Gnade für den Humanisten deshalb, weil sie alle Menschen einbezieht.

Correggio gibt uns in dieser Hinsicht einen verborgenen Hinweis, denn mit dem sonst störrischen Esel hat es eine besondere Bewandtnis. Traditionell befinden sich Ochs und Esel einträchtig an der Krippe. Für die Kirchenväter verkörpern die beiden Tiere, die in den Evangelien nicht erwähnt werden, Judentum und Heidentum. Sie verweisen auf den Propheten Jesaja, der dem Volk Israel einen Friedenskaiser vorhersagt, der von Ochs und Esel erkannt wird.

Hieronymus, einer der wichtigsten lateinischen Kirchenväter, betont ausdrücklich, dass die alttestamentlichen Verheissungen sich in Christus erfüllen und er der Heiland aller Menschen ist. Der Ochse als nach dem mosaischen Gesetz reines Tier verweist auf das Judentum, der unreine Esel dagegen auf die Heiden. Als deren Sinnbild erkennt der Esel in Correggios Tafel seinen Herrn.

Dass die «Heilige Nacht» keineswegs nur eine komplexe theologische Aussage enthält, sondern auch ein Virtuosenstück darstellt, macht die Verwendung der Motive aus der antiken Laokoongruppe deutlich. Während der Priester Laokoon in dem kräftigen Hirten seine Entsprechung findet, ist die Gestik der erschrockenen jungen Frau mit erhobener Hand dem rechten Sohn nachempfunden. Ihr leidender Gesichtsausdruck hat in der Laokoongruppe ihren Ursprung. Dies gilt auch für den jungen Hirten, dessen Gesicht und dessen Kopfhaltung dem linken Sohn des Laokoon ähneln.

Plinius der Ältere erachtet die Skulptur als das wohl schönste Werk der griechischen Kunst. 1506 wird sie im Beisein Michelangelos ausgegraben, der ebenso wie Tizian in zahlreichen Werken auf Motive des antiken Werks zurückgreift. Auch Correggio will an den besten Kunstwerken gemessen werden. Es liegt nahe, dass er Rom besucht hat, um das Original zu studieren, setzen seine Motivübernahmen doch ein intensives Studium voraus, das sich nicht allein durch grafische Reproduktionen erschliesst.

Aber die Bezugnahme auf die antike Skulptur ist noch in anderer Hinsicht von Bedeutung. Der Maler macht deutlich, dass Christus die gesamte Menschheit erlöst hat und auch jenen Teil, der schon vor seiner Geburt auf der Welt war. Aus dem antiken Bild des Schreckens wird im Laufe der Betrachtung etwas Anmutiges und freudig Überraschtes. Es ist, als sollte die heidnische durch die christliche Botschaft überformt werden. Von nun an ist der Himmel für alle Menschen offen.

https://www.nzz.ch/feuilleton/der-himmel-ist-fuer-alle-offen-auch-fuer-den-stoerrischen-esel-von-correggio-ld.1915404


Neue Zürcher Zeitung, December 25    

Der Hunger nach Gott wächst. Dabei entsteht ein neues deutsches Christentum

Während die grossen Kirchen sterben, gedeihen ehemals randständige Glaubensformen: Dazu zählen traditionalistische Katholiken, queere Protestanten, christliche Influencer und Freikirchler mit Pop-Musik. Ein Panorama in vier Teilen.

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Die Kirche in Deutschland stirbt. Stellten früher die Mitglieder der katholischen und der protestantischen Amtskirchen in der Bundesrepublik die Bevölkerungsmehrheit, sind sie heute erstmals in der Minderheit. Selbst Orte im Westen des Landes, die traditionell katholisch geprägt waren, verzeichnen eine hohe Zahl Austritte und Todesfälle, die kaum mehr durch Taufen und Wiedereintritte ausgeglichen werden können.

In dem einst gläubigen Land, der Heimat vieler katholischer Heiliger und des Reformators Martin Luther ist auch unter Kirchenmitgliedern der Anteil der regelmässigen Gottesdienstbesucher stark zurückgegangen. Gemäss Daten für das Jahr 2024 bewegt sich ihre Zahl in beiden Amtskirchen im einstelligen Prozentbereich. Zum Vergleich: Rund ein Viertel aller deutschen Muslime geht nach eigenen Angaben regelmässig in die Moschee. Es ist ein Bild, das aus christlicher Sicht ernüchternd wirken muss.

Allerdings erfasst die Statistik nur den Mitgliederschwund der grossen Kirchen. In ihrem Windschatten gewinnen Strömungen an Boden, die sich in der Bundesrepublik lange am Rande des christlich Vorstellbaren bewegt hatten – traditionalistische Piusbrüder oder freikirchliche Evangelikale etwa. Einige Ableger der Amtskirchen in links-progressiv geprägten urbanen Zentren sind weit davon entfernt, sich über grossen Schwund zu beklagen. Das liegt nicht zuletzt daran, dass sie die Bedürfnisse ihrer Klientel gekonnt bedienen.

Die NZZ sprach für diesen Text mit vier Geistlichen. Zwei gehören einer der Amtskirchen an, zwei andere rechnen sich alternativen Strömungen zu. Sie gewähren Einblick in ihren Glaubensalltag und sagen, was es aus ihrer Perspektive für eine Wiedergeburt des Christentums in Deutschland brauchte.

Eine Predigt wie eine Motivationsrede

Ein Sonntag im Advent am Rand von Berlin. Ein Mann deutet auf den Eingang zum Gewerbebau. Zwei Mädchen rennen über den Hof, Bibeln in der Hand. Der Veranstaltungssaal im zweiten Stock ist voll besetzt, die etwa zweihundert Besucher stehen vor ihren Stühlen, singen. Es sind hauptsächlich jüngere Menschen, sie tragen Skinny Jeans und schauen ab und zu auf ihre Telefone. Manche heben die Arme in die Höhe, wiegen ihre Körper ergriffen im Rhythmus der Musik. Ein Song geht in den nächsten über, und das Schauspiel scheint kein Ende zu nehmen. Der Raum ist in blaues Licht getaucht, die Sängerinnen auf der Bühne hauchen: «Jesus, du bist würdig. König aller Könige, Licht dieser Welt.»

Ein Mann, der sich als Jürgen vorstellt, betritt die Bühne, die Gemeinde setzt sich. Er trägt einen schwarzen Hoodie, beginnt seine Predigt wie eine Motivationsrede und spricht sein Publikum per «Du» an. Jürgen hält ein altes iPhone hoch. Genau wie das Telefon brauchten alle mal ein Update, sagt er – mit dem Update meint er Jesus. Danach erzählt er von seiner schwierigen Kindheit. «Aber Gott kann aus Mist was ganz Wertvolles machen», sagt er. «Du bist ein Work in Progress!»

Das ist eine «Message» bei einer «Celebration», gespielt wird «Worship»-Musik. Dieser Hang zum Anglizismus stamme aus der Gründungszeit seiner Gemeinde, erklärt der Pastor Stefan Hänsch später im Foyer bei einem Kaffee. Als er 2004 mit seiner Frau den deutschen Ableger der schweizerischen Freikirche International Christian Fellowship, kurz ICF, gründete, sei es ihnen noch darum gegangen, sich von den traditionellen Begrifflichkeiten der Landeskirchen abzugrenzen.

Hänsch stammt aus Ostdeutschland, konnte laut eigener Aussage wegen seines Glaubens zu DDR-Zeiten nicht studieren – und ging in die christliche Jugendarbeit. Die Strenge vieler Freikirchen habe ihn schliesslich zur ICF gebracht, sie hätten sich nach einem freien, zeitgemässen Ausdruck des Glaubens gesehnt.

Bibeltreu und christozentrisch

Inzwischen sieht Hänsch seine Gemeinde als etabliert an, Funktionsträger der Landeskirche ersuchten um seinen Rat. Denn seine Gemeinde wachse weiterhin, jährlich um etwa zehn Prozent, sagt er. Die Fluktuation sei jedoch hoch. Eine feste Mitgliedschaft gebe es nicht, die Kirche finanziere sich über Spenden. Dafür sei die Teilnahme der Anhänger am Gemeindeleben elementar. Hänsch erläutert, normalerweise sei es so, dass in Kirchen viele Zuschauer und wenige Mitarbeiter zu finden seien. «Wir drehen das Ganze um.»

Tatsächlich stehen überall Mitarbeiter, Dutzende Menschen sind jeden Sonntag damit beschäftigt, Kinder zu betreuen, Kaffee zu kochen, die Predigten zu schreiben und zu halten, Musik zu machen, die drei grossen Bildschirme auf der Bühne zu bespielen, Spenden zu sammeln. Ihre aufmerksamen Blicke scheinen überall zu sein.

Viele Interessierte kämen heutzutage einfach zu den Gottesdiensten, ohne jemanden in der Gemeinde zu kennen, erklärt der Pastor Hänsch. Unter ihnen seien sowohl areligiös Aufgewachsene als auch Christen aus sehr konservativen Gemeinden. Die meisten Neuankömmlinge brächten einen zunehmenden Hunger nach dem Wort der Bibel mit, sagt der Pastor, «nach geistlicher Substanz».

Evangelikalen Freikirchen sagt man nach, im Auftreten modern und im Inhalt reaktionär zu sein, Abweichler auszugrenzen. Für Hänsch scheint der Begriff evangelikal jedenfalls kein Schimpfwort zu sein, auch wenn er sich von Extremisten abgrenzt. Er würde seine Kirche als «bibeltreu und christozentrisch» bezeichnen, sagt er, «wir wollen keine eigene Theologie erfinden». Konfessionen scheinen für ihn sowieso eine Sache der Vergangenheit zu sein: «Die Frage ist nicht mehr: Wo kommst du her? Sondern: In welche Richtung gehst du?»

«Die Position absoluter Wahrheit»

Nicht nur die Evangelikalen gelten in Deutschland als Hardliner. Auch die katholischen Piusbrüder haben den Ruf, in Glaubensfragen besonders streng zu sein. Doch wie ein Fanatiker wirkt der Piusbruder Franz Schmidberger ganz und gar nicht. Über das Gesicht des Paters huscht ein Lächeln, als er sich zum Videotelefonat mit der NZZ dazuschaltet. Der 79-Jährige trägt Priesterkragen und Soutane, darüber eine schwarze Strickjacke.

Erst Mitte Dezember feierte Schmidberger das Jubiläum seiner Priesterweihe in Friedrichshafen am Bodensee, mehrere tausend Gläubige kamen zum Gottesdienst in einer gemieteten Veranstaltungshalle. Schon seit einem halben Jahrhundert gehört Schmidberger der Piusbruderschaft an – jener Priestergemeinschaft, die im katholischen Kirchenrecht als «irregulär» gilt, weil sie sich bis heute den Reformen des Zweiten Vatikanischen Konzils aus den sechziger Jahren verweigert.

Die Piusbruderschaft, benannt nach dem konservativen Papst Pius X., lehnt liberale Werte wie etwa die Religionsfreiheit ab. Und sie feiert die heilige Messe so, wie es vor dem Reformkonzil üblich war: Mit dem Rücken zur Gemeinde bringt der Priester das Messopfer dar. Liturgische Sprache ist ausschliesslich das Lateinische, nur die Predigten werden in der Volkssprache gehalten.

Der gewöhnliche Werktag beginnt für Schmidberger, der in Stuttgart in einer kleinen Gemeinschaft aus Priestern und Laienbrüdern lebt, um 6 Uhr 30 morgens mit einem stillen Gebet. «Gottesdienste, Gebete, Seelsorge, Verwaltung, Unterricht», all das gehöre zum Alltag des Priesters dazu, sagt er.

Als junger Mann habe er zunächst die Reformen des Zweiten Vatikanums akzeptiert, sagt Schmidberger. Doch in seinem Studium hätten ihn der «Primat des Glaubens», die «Position absoluter Wahrheit» fasziniert und letztlich zu den Piusbrüdern gebracht. Auch heute fänden immer mehr junge Menschen ihren Weg in die Bruderschaft.

Aura der Strenge, die junge Menschen anzieht

Schmidberger spricht am liebsten in apodiktischen Sätzen, wenn er seinen Glauben erklärt. Er sagt: «Das Ziel der Kirche ist Gott, nicht der Mensch.» Und: «Der Vatikan kann seiner Verfassung nach nicht demokratisch sein.» Müssten solche Aussagen nicht gerade jungen Menschen, die in Vielfalt und Liberalität aufwachsen, den Schweiss auf die Stirn treiben?

Keinesfalls, meint Schmidberger. Noch nie sei das Interesse junger Menschen an der Bruderschaft in Deutschland so gross gewesen wie jetzt, sagt er. Er muss es wissen, denn der Pater leitete jahrelang als Distriktsoberer die Piusbruderschaft in Deutschland. Die Bruderschaft habe allein in den vergangenen Jahren zwölf neue Kirchen eingeweiht, so berichtet er stolz. Und nirgends sonst in Stuttgart sei die Sonntagsmesse so voll wie bei den Piusbrüdern.

Nur die katholische Tradition stehe «im Einklang mit dem gesunden Denken», sagt er. Dabei bezieht er sich auf das Denken Thomas von Aquins, des für Katholiken zentralen Theologen der Scholastik im Hochmittelalter. Er sagt auch, junge Menschen erkennten den Wert des Überlieferten oft eher als ältere – weil sie «unverdorben» seien von all den Irrungen und Wirrungen des Zweiten Vatikanischen Konzils. In solchen Momenten strahlt er einen geradezu heiligen Ernst aus.

Womöglich macht eben diese Aura der Strenge, im Denken wie in der Liturgie und dem alltäglichen Leben, die Piusbruderschaft für junge Gläubige so anziehend. Schliesslich ist die Jugend für viele die Zeit der Ideale. Und ein wenig jugendlich wirkt auch Schmidberger, der stets betont, die Hand der Piusbrüder in Richtung Rom sei und bleibe ausgestreckt.

Obwohl er Traditionalist ist, blickt Schmidberger kaum auf die Vergangenheit zurück. Er spricht von einem «grossen Aufbau», einem Dienst an der Kirche, den die Piusbrüder seit ihrer Gründung leisteten. Aus seiner Sicht ist das erst der Anfang.

Ist das noch eine Kirche?

«Die erste Frage an uns lautet immer: ‹Ist das noch eine Kirche?› Die Antwort lautet ‹Ja›. Die zweite: ‹Feiert ihr noch Gottesdienst?› – ‹Ja, aber nicht klassisch.›» Die Pfarrerin Anja Siebert-Bright erzählt das ganz nüchtern. Sie sitzt in einem Co-Working-Space ihres Segensbüros bei der Genezarethkirche im Schillerkiez in Berlin-Neukölln.

Im Gegensatz zu den Evangelikalen und Piusbrüdern geht es progressiven Protestanten wie ihr nicht darum, ein traditionelles oder möglichst bibeltreues Glaubensideal zu verkörpern. Auch das Gebäude erinnert kaum mehr an eine traditionelle evangelische Kirche. Am Eingang des roten Backsteinbaus steht ein Bildschirm, auf dem sich eine Pride-Flagge abwechselt mit Ankündigungen, etwa «Community Yoga» oder «House of Prayer».

Innen zeigen nur ein kleines Kreuz und eine aufgeschlagene Bibel neben regenbogenfarbenen Adventskerzen an, dass das hier in der Tat eine Kirche sein könnte. Ein grosser runder Teppich liegt in der Mitte des Raumes, bunte Sitzkissen darauf. Tiefblaue Vorhänge trennen den Veranstaltungsbereich in der Mitte ab, in dem einst die Bänke standen. Die Kuppel ist von innen mit Kunst ausgestattet. Auf den Rängen oben sind Treppen zum Sitzen in Grüntönen montiert, dazu Pflanzen, hölzerne Möbel. Auf Schildern stehen Worte wie: «Breathe & Inspire.»

Die Genezarethkirche ist auch das Resultat einer sich wandelnden Stadt, wie Siebert-Bright erläutert. Die Nachbarschaft nahe dem ehemaligen Flughafen Tempelhof war früher arm und grau. Nach der Wiedervereinigung des vormals geteilten Berlin und der Flughafenschliessung im Jahr 2008 kam die Aufwertung des Kiezes, er wurde zu einem begehrten Wohn- und Ausgehviertel. Und die Kirche blieb leer. «Sie stand vor dem Aus», erzählt Siebert-Bright. Nachdem man 2019 nicht einmal mehr die nötigen Kandidaten für die Wahl des Kirchenrats zusammenbekommen hatte, wurde Siebert-Bright mit ihrer Kollegin Lioba Diez eingesetzt, um die Kirche als Ort zu retten – und radikal zu experimentieren.

Als eine Pfarrerin die Beziehung von vier Männern segnete

Sie widmeten die Kirche in Anlehnung an den ehemaligen Flughafen in «Startbahn» um, öffneten sie als Raum für Veranstaltungen von aussen. Und mit dem Projekt Spirit and Soul gehen sie dahin, «wo die Leute sowieso sind – in Yogastudios, Cafés, Ausstellungsräume. Und wir bringen das ein, was wir aus der christlichen Tradition kennen: Stille, Meditation, Herzensgebet», sagt die Pfarrerin. Den Menschen Raum für unterschiedliche Spielarten von Spiritualität geben, das ist das Konzept der Projekte um die Kirche.

Es fusst auf einem liberalen Verständnis von Theologie. «Wenn Gott Liebe ist, dann ist Sünde liebloses Verhalten. Also Egoismus, Gewalt, Gleichgültigkeit», sagt Siebert-Bright. Welche Blüten ein progressives Verständnis von Kirche treiben kann, zeigte die Debatte um ein sogenanntes Pop-up-Hochzeitsfestival, das im Sommer vor einer evangelischen Kirche in Berlin-Kreuzberg stattfand. Eine Jugendpfarrerin, die auch für Spirit and Soul arbeitete, hatte dabei vier Männer gesegnet, die als Quartett eine Liebesbeziehung miteinander führten. Der Vorgang ging später als vermeintliche Poly-Trauung durch die Medien, was in Deutschland jedoch verboten ist.

Die Kirche distanzierte sich. Auch die Pfarrerin Siebert-Bright findet, das gehe zu weit. Seelsorgerisch könne man auch mit Menschen in polyamoren Beziehungen arbeiten, aber man dürfe sie nicht öffentlich segnen. «Wir sind offen, aber nicht beliebig», betont sie. Das gelte auch für die Politik. Ihrem Verständnis nach gehört es zu einer offenen Kirche, sich gegen «Menschenfeindlichkeit» auszusprechen. Die AfD dürfe keine Veranstaltungen abhalten. Die Linkspartei jedoch auch nicht, schliesslich neige sie in Neukölln antisemitischen Positionen zu.

Der Erfolg scheint Siebert-Bright und ihren Mitstreitern recht zu geben. «Ich habe Menschen mit Tränen in den Augen vor mir stehen, die sagen: Ich hätte nie gedacht, dass ich noch mal freiwillig in einer Kirche stehe», sagt die Pfarrerin. Die Veranstaltungen seien regelmässig ausgebucht, öfter komme die Kirche an ihre Belastungsgrenze. Und aufgrund der Verwurzelung in der Nachbarschaft werde seit kurzem in einer nahe gelegenen Grundschule sogar wieder Religionsunterricht angeboten. «Das ist kein Zufall. Das ist, weil die Leute merken: Hier ist ein Ort, der sie ernst nimmt.»

Ein bisschen heile Welt im atheistischen Osten

So alternativ wie in Berlin-Neukölln geht es in Sachsen nicht zu. Im Gegenteil: Migranten und Linke gibt es kaum in dem ostdeutschen Bundesland, in dessen Landkreisen die Rechtsaussenpartei AfD die CDU oftmals als stärkste Kraft überholt hat. Auch die Kirchen haben hier nach vierzig Jahren kirchenfeindlicher DDR-Politik einen schweren Stand – nach aktuellen Schätzungen sind mehr als zwei Drittel aller Sachsen konfessionslos.

Was tun? Der lutherische Pfarrer Justus Geilhufe, ein Hüne mit stets ordentlichem Seitenscheitel und gewinnendem Lächeln, scheint darauf eine Antwort zu wissen. Er zückt das Smartphone, als er sich mit der NZZ im Berliner Stadtzentrum trifft, und nimmt ein kurzes Video auf. Kurze Zeit später erscheint es in seinem Profil auf der Plattform Instagram.

Geilhufe ist seit vier Jahren Pfarrer in der mittelsächsischen Kleinstadt Grossschirma. In dem 5000-Seelen-Ort nördlich der Stadt Freiberg mit ihrer berühmten Bergakademie lebt der gebürtige Dresdner mit seiner Frau und seinen zwei Kindern. Auf Instagram lässt Geilhufe Tausende Nutzer an seinem Gemeindealltag teilhaben. Mal tauft er Kinder, mal posiert er im schwarzen Talar mit der freiwilligen Feuerwehr des Orts. Es hat etwas von heiler Welt.

Doch so einfach sei es nicht, sagt er. Man müsse wissen, «wie man die Leute aus der Reserve lockt». Denn die ländlichen Ostdeutschen seien zwar sehr herzliche Menschen. «Aber sie haben ein gewisses Grundmisstrauen gegenüber jedem, der von ausserhalb kommt.»

Hoffnung auf christliche Renaissance

Schon Geilhufes Vater war Pfarrer – er trat sein Amt zu DDR-Zeiten an. Das Pfarramt sei schon damals nicht einfach gewesen, sagt Geilhufe. Zumal die vierzig Jahre Sozialismus die Ostdeutschen bis heute stark geprägt hätten: «Der Staat hat die Religion aus dem Leben der Menschen verbannt und liess sie völlig atheistisch aufwachsen. Wo früher in ihrem Leben Gott war, klafft heute eine metaphysische Lücke.»

Geilhufe setzt dieser Lücke Präsenz entgegen. Im Digitalen – den neumodischen Begriff des Influencers vermeidet er im Gespräch – möchte er so viele Menschen wie möglich erreichen. Und vor Ort schafft seine Gemeinde niedrigschwellige Alltagsangebote für Mitglieder und Interessierte.

Auch Gottesdienste für Mopedfahrer, Feuerwehrmänner oder Bergleute hat Geilhufe im Angebot. Tierfreunde treffen sich mit ihm zum «Pferdepilgern», Eltern und Kindern bietet er christliche Familienfreizeiten und Kinderbetreuung an: Während die Kinder gemeinsam spielen, lesen die Erwachsenen in der Bibel. So soll die Glaubensvermittlung auch dann gelingen, wenn der Alltag die Eltern schwer in Anspruch nimmt.

Im kirchlichen Spektrum rechnet sich Geilhufe keinem Extrem zu. Er habe grosses Verständnis für die internen Debatten, die die evangelische Kirche über soziale Anliegen und Minderheitenrechte führe, sagt er. Selbstverständlich dürfe sie die AfD kritisieren: «Das muss sie aus Sicht der christlichen Ethik sogar.»

Aber er warnt davor, dass sich die Amtskirche «zu weit von der Lebensrealität der Gläubigen» entferne. Was die Kirche von der Welt unterscheide, sei die «Heilsdimension», die sie den Gläubigen eröffne: «Dafür und für nichts anderes gehen die Menschen in die Kirche.» Geilhufe sagt, Ostdeutschland habe trotz dem Mitgliederschwund der evangelischen Kirche beste Voraussetzungen für eine christliche Renaissance. «Und wenn wir klug handeln, dann gelingt uns das auch.»

Zerfaserung des deutschen Christentums

Geilhufes Sorge, dass sich die Kirche zu sehr von der Lebenswirklichkeit der Gläubigen entferne, wirkt berechtigt. Denn Deutschlands Amtskirchen haben sich in den vergangenen Jahrzehnten tiefgreifend gewandelt: Ob beim alljährlichen Katholikentag oder beim evangelischen Kirchentag – politische Themen und weltliche Lebensfragen sind grossteils an die Stelle theologischer Grundsatzfragen getreten.

Hinzu kommen gesellschaftliche Veränderungen. Während in der Mehrheitsgesellschaft individuelle Sinnsuche zunehmend die gelebten gemeinschaftlich-religiösen Traditionen ersetzt, tritt der Islam in Deutschland immer selbstbewusster auf. Nicht nur wird die Gesellschaft säkularer, sie wird auch religiös und kulturell vielfältiger. Die christlichen Konfessionen, denen die meisten Deutschen in der Vergangenheit angehört hatten, stehen deshalb unter so hohem Druck wie noch nie.

Es ist nicht ausgeschlossen, dass das Christentum, ähnlich wie etwa im katholischen Frankreich oder in den vorwiegend protestantischen USA, abermals einen kräftigen Schub erhält. Auch in Deutschland wächst der Hunger nach Transzendenz. Nur wandelt sich die Art, wie er sich ausdrückt.

An die Stelle der Einheitlichkeit der Amtskirchen tritt ein Flickenteppich unterschiedlichster Kirchen und Strömungen, die nach möglichst hoher inhaltlicher Geschlossenheit streben. Das neue deutsche Christentum der Zukunft könnte deshalb katholisch-traditionalistisch sein, queer, evangelikal, lutherisch mit Influencer-Einschlag – oder alles zugleich.

https://www.nzz.ch/international/hunger-nach-gott-jenseits-der-deutschen-amtskirchen-entsteht-neues-christentum-ld.1914982


Le Figaro, December 25        

«Nos églises sont les plus mal entretenues d’Europe» : l’immense défi du sauvetage des édifices religieux de campagne

ENQUÊTE – Plus de 5000 églises sont en très mauvais état. La Fondation du patrimoine et la Fondation pour la sauvegarde de l’art français ont reçu mission de recueillir des dons pour les entretenir. Le temps de la grande pitié pour les églises de France est-il revenu ?

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«Comment ne pas mentionner le projet Florus Solatium, porté par l’abbé Boyer ? L’idée était simple : lever des fonds pour restaurer l’orgue de la cathédrale de Saint-Flour. Pour ce faire, il proposa d’affiner des jambons dans la tour nord de l’édifice », déclare ce 15 décembre Rachida Dati, lors de la remise des insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite à Hadrien Lacoste, conservateur et historien d’art et très favorable à l’initiative de l’abbé Boyer. Pourtant, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) lui avait ordonné d’arrêter le séchage des jambons accrochés aux poutres de la tour…

Le Florus solatium signifie « fleur de réconfort » et, puisqu’on est à Saint-Flour, dans le Cantal, « le réconfort de Saint-Flour ». Il a vite gagné les cœurs, et l’affaire a animé l’année 2025 dans tout le département, au point d’intéresser le correspondant du New York Times en France, qui s’en fit l’écho outre-Atlantique. C’est finalement le « niet » de la Drac qui a décuplé la notoriété de ce jambon, brimé par une administration tatillonne. « La Drac a laissé faire, tant que l’association Les Amis de la cathédrale trouvait les fonds pour restaurer l’orgue. Et quand nous avons réuni les 50 000 euros qu’ils n’avaient pas, ils se sont réfugiés derrière un principe de précaution en imaginant un risque d’incendie à cause de la graisse du jambon sur les solives… alors que les jambons étaient protégés par un voile », nous rappelle l’abbé au téléphone. « La Drac ne nous a même pas dit merci. Pour elle, nous sommes des ploucs. »

L’homme d’Église n’est pas un « gilet jaune » pour autant. Son aube blanche a un accent chantant, et il a été entendu cinq sur cinq par la ministre, qui lui a donné raison contre son administration. Certes, le problème n’est pas seulement celui de la France, et les idées originales fleurissent partout. Dans une paroisse britannique du Yorkshire, une association caritative de catcheurs professionnels organise chaque mois des « combats de lutte entrecoupés de séances de prière, de dévotion et d’échange », expliquait le quotidien britannique The Times en 2024. Le règne de la débrouille est officiellement ouvert. « Si l’État n’a pas l’argent, pourquoi ne nous laisse-t-il pas faire ? » se demande l’abbé. Car l’État lève l’impôt, et fort bien, puisqu’il bat les records de prélèvement. Mais le fruit de cet impôt est moins disponible quand il s’agit des églises. D’autres arbitrages, d’autres priorités…

«Nos vieilles églises en ont vu bien d’autres»

C’est pourquoi Emmanuel Macron en 2023 a créé la surprise, en annonçant l’ouverture d’une campagne de souscription pour sauver les petites églises dans les communes de moins de 2000 habitants. C’était l’aveu d’un échec. Tout ébahi par le succès de la souscription pour sauver Notre-Dame, il a donc annoncé un objectif de 200 millions d’euros. Mais son annonce péchait par optimisme. La Fondation du patrimoine mentionne sur son site la somme de 28 millions. Pourtant, les dons défiscalisés restent l’un des derniers moyens d’aider les églises.

« C’est la possibilité pour le contribuable de flécher l’utilisation de l’argent public », souligne le président de la Fondation pour le patrimoine Guillaume Poitrinal, qui regrette – tout comme Olivier de Rohan-Chabot à la tête de la Fondation pour la sauvegarde de l’art français – que la déduction soit réduite de 66 % à partir du 1er janvier. Le constat d’aujourd’hui n’était-il pas déjà celui de Maurice Barrès ? Dans La Grande Pitié des églises de France, il raconte la lutte menée sur les bancs de l’Assemblée nationale, et partout en France, pour obliger l’État à sauver des bâtiments en péril. À Barrès qui s’indigne que, « par la loi, plus personne à cette heure n’est plus chargé de protéger ni d’entretenir les édifices cultuels ! », un « aimable fonctionnaire » lui répond : « Tranquillisez-vous ! Les chasubles sont innombrables et les murailles solides. On s’arrangera toujours. Nos vieilles églises en ont vu bien d’autres. »

Quarante églises détruites

Ce n’était pas l’avis de Barrès, qui vitupérait contre la disparition programmée de deux mille ans de christianisme rural. « Que ne puis-je vous citer votre honorable collègue M. Beauquier, qui déclare qu’“un village sans église, ce sera peut-être une colonie agricole, une ferme modèle, ce ne sera plus un village de France” », écrit-il. Lors de ses promenades en Lorraine, il raconte : « J’ai trouvé dans la pauvre église de Gugney les débris d’un vitrail précieux du XVIe siècle, puis quatre colonnes Renaissance sculptées avec une divine fantaisie païenne en très mauvais état. (…) M. le curé n’est pas à même d’entretenir une église ; le budget municipal non plus. Pressons-nous de jouir des dernières heures de Gugney… »

Ce désespoir était fondé. La France, massivement catholique, ne pouvait pas laisser ses clochers partir en quenouille. Il fallait redonner à l’expression « Remettre l’église au milieu du village » son sens concret et vivant. « Dans les années 1920, le Conseil d’État a rangé les églises dans le patrimoine communal. Mais sans les obliger à un entretien régulier. Elles étaient seulement tenues de les mettre hors péril. Il est prévu qu’au cas où les travaux sont trop chers, la destruction peut être commandée », nous apprend Jean-Michel Leniaud, inspecteur général des monuments historiques. Ces destructions sont encore très rares.

« Seulement 40 églises sur 45 000 ont été détruites, la plupart construites après 1905, mais leur nombre augmente », nous dit maître Édouard de Lamaze, président de l’Observatoire du patrimoine religieux. Bien sûr, les églises classées monuments historiques, soit 15 % de l’ensemble, bénéficient du soutien de L’État. Mais les incendies de Notre-Dame de Paris et de la cathédrale de Nantes illustrent les limites de ce soutien. Notre-Dame de Paris était en mauvais état avant l’incendie. « Un grand chantier de rénovation avait été prévu pour un budget de… 60 millions d’euros. Finalement, il a atteint 845 millions et 200 millions supplémentaires devraient être levés », observe un proche du dossier.

Chez nos voisins, un concordat entre les religions et l’État oblige les citoyens qui se déclarent catholiques ou protestants à payer chaque année un impôt, pour entretenir les lieux de culte auxquels ils sont attachés. Et les communes sont tenues d’utiliser cet argent pour en assurer l’entretien.

Quand l’État racle les fonds de tiroir pour les cathédrales de Saint-Flour ou de Notre-Dame, les communes aussi. Car on trouve, derrière la première ligne admirable des églises classées, celles qui ne le sont pas et qui ne bénéficient d’aucune aide publique. C’est là, semble-t-il, que la comparaison avec d’autres pays européens ne joue pas en faveur de la France. « Chez nos voisins, un concordat entre les religions et l’État oblige les citoyens qui se déclarent catholiques ou protestants à payer chaque année un impôt, pour entretenir les lieux de culte auxquels ils sont attachés. Et les communes sont tenues d’utiliser cet argent pour en assurer l’entretien. Par comparaison, la loi de 1905 est un échec. Nous avons les églises les plus mal entretenues d’Europe », nous affirme Jean-Michel Leniaud. « Sous l’Ancien Régime, poursuit-il, l’entretien n’était pas parfait, loin de là, et après la parenthèse révolutionnaire, qui fut très mauvaise pour le patrimoine ecclésiastique, le concordat napoléonien avait rétabli un équilibre. C’est finalement entre 1804 et 1905 que les églises ont été les mieux entretenues. »

Il suggère d’ailleurs de comparer l’état des églises en Alsace et en Lorraine, toujours concordataires, avec le reste du territoire français. Pour corriger les faiblesses, Leniaud suggère de modifier encore une fois la loi de 1905, « afin que l’entretien des églises par les communes soit déclaré obligatoire et non facultatif ». Car on comprend le dilemme des élus. « Entre la réfection d’une charpente de la petite église désertée par les fidèles et la création d’un terrain de basket, d’un rond-point ou d’un dos-d’âne, le maire est souvent sous pression de ses administrés pour choisir l’aménagement le plus visible et le plus demandé », nous dit Olivier de Rohan-Chabot, président de La Sauvegarde de l’art français.

Des chantiers surdimensionnés

Selon l’Observatoire religieux du patrimoine culturel, les églises les plus menacées se trouvent souvent dans les gros bourgs de plus de 1000 habitants dont la population est plus mobile et indifférente. « Les petits villages gardent souvent un attachement collectif fort à l’église, où naissances, mariages et enterrements ont rythmé la vie des familles depuis des générations », relève son président Édouard de Lamaze. La tâche est compliquée par l’évaluation des travaux qu’il faut vraiment faire. Les maires sont rarement au courant et les devis présentés par les architectes des bâtiments de France (ABF) ou ceux des monuments historiques (ACMH) sont souvent « surdimensionnés », nous fait observer un conservateur, qui nous apprend que les architectes perçoivent une commission, dont le pourcentage est calculé sur le coût du chantier.

Sans supposer une malhonnêteté de leur part, les deux fondations suggèrent qu’il y a là un conflit d’intérêts délicat. Mais surtout, les fonctionnaires ne sont pas habitués à réfléchir en entrepreneur, ils ont tendance à définir un idéal de travaux à réaliser. « Quand une toiture est abîmée par endroits, pourquoi ne pas panacher les tuiles neuves avec les anciennes, au lieu de tout changer ? » demande Lionel Bonneval, directeur général de la Fondation pour la sauvegarde de l’art français, qui reconnaît un « vrai problème d’harmonisation du coût des chantiers en fonction des régions »« Notre rôle, ajoute-t-il, c’est aussi d’éviter les budgets surdimensionnés. » Le coût des échafaudages est un autre sujet. « Je passe mon temps à expliquer aux architectes que l’on pourrait utiliser des nacelles », nous dit Guillaume Poitrinal.

Visites, concerts, expositions, braderies…

L’objectif de l’obligation stricte d’entretien est louable, mais dans une France déchristianisée, il est peu probable que ses députés soient sensibles à cet appel. D’autres suggestions sont avancées. « L’idée circule de prélever une partie de la taxe de séjour des hôtels dans chaque région, et de la répartir en faveur des églises », avance Édouard de Lamaze. En attendant que se concrétise cette piste intéressante, l’Église de France est bien embarrassée par l’étendue des édifices dont elle est affectataire – autrement dit locataire exclusif et à titre gratuit. « La conférence des évêques estime que 15 000 édifices seraient suffisants étant donné le nombre de fidèles, ce qui correspond au nombre d’églises inscrites aux monuments historiques », observe Édouard de Lamaze.

Il faut partager les lieux avec les collectivités locales, accepter des projets d’associations. Il vaut mieux en faire évoluer l’utilisation, plutôt que de les vendre ou de les détruire.

Fondation du patrimoine

Alors, les lieux de culte qui ne sont ni classés ni inscrits pourraient-ils être cédés aux communes ? La question reste sans réponse. « Ce qui définit un lieu de culte, c’est la messe dominicale. Or, il n’y a plus qu’un seul curé par paroisse, et il y a en moyenne une soixantaine d’édifices religieux dans une paroisse. Souvent, il n’y a plus qu’une ou deux messes par an dans une vingtaine d’églises », observe-t-il. L’urgence, selon la Fondation pour la sauvegarde de l’art français, est d’ouvrir les églises aux écoles et aux habitants du voisinage. Pour y tenir conférences, concerts, expositions. Un avis partagé par la Fondation du patrimoine : « Il faut partager les lieux avec les collectivités locales, accepter des projets d’associations. Il vaut mieux en faire évoluer l’utilisation, plutôt que de les vendre ou de les détruire », expliquent ses représentants. Mais encore faut-il que l’évêque du diocèse soit d’accord, car c’est à lui de décider ce qui se passe dans une paroisse, et non à l’État ou à la commune. Autoriseront-ils des ventes de vêtements ou de livres, des concerts scolaires, des expositions d’art local ?

Encore quelques jours…

La Fondation pour le patrimoine et Orange ont eu l’idée de faciliter la visite des petites églises. « Avec“Sésame”, il vous suffit d’un QR code pour ouvrir la porte de l’église et des caméras surveillent à l’intérieur », nous explique Guillaume Poitrinal. Mais, parfois, ce sont les Drac ou les architectes des monuments historiques qui rechignent. Il s’agit de ne pas abîmer la belle porte du XVIIIe siècle… « La division des responsabilités entre Église, État et commune complique beaucoup les choses », admet Guillaume Poitrinal. « Les églises n’ont pas été construites par des crédits d’État, mais par la philanthropie et le dévouement. Nous essayons de retrouver un peu de cet état d’esprit. Nous rappelons que, dans les premiers temps, les chrétiens refusèrent de célébrer la messe dans des lieux fermés. Ils cherchaient des lieux ouverts et ils s’installaient sur les places des marchés. »

Les églises n’ont pas été construites par des crédits d’État, mais par la philanthropie et le dévouement.

Guillaume Poitrinal

La Fondation pour la sauvegarde de l’art français, plus discrète, et spécialisée dans le sauvetage des petites églises rurales, a lancé une campagne de dons en faveur de treize églises dans treize régions. Elles ont été choisies par 45 000 participants, qui ont voté depuis le site de la fondation. Elle sait combien le défi est difficile à relever. Malgré de nombreux articles dans la presse quotidienne régionale, les treize églises élues courent derrière les dons. Ainsi l’église d’Ansouis dans le Vaucluse se trouve dans l’un des « plus jolis villages de France », selon la presse étrangère. Elle veut rénover son retable, mais elle n’a réuni que 1440 euros sur les 20 000 attendus.

L’église et le village

Ou l’église Saint-Hilaire de Poitiers, à Mortemart dans la Haute-Vienne, dont le clocher a été foudroyé en 2022. Elle demande 20 000 euros également, et en a récolté 4830 euros. Enfin, la chapelle Notre-Dame de Quelven, à Guern dans le Morbihan, espère 50 000 euros pour reprendre des voûtes en grand désordre. À ce stade, le compteur annonce 8740 euros. Faut-il en conclure que la société européenne est devenue « païenne » et même « christianophobe », comme le redoutait Benoît XVI ?

L’individualisme et le consumérisme ne sont certes pas des points d’appui pour développer la piété et le retour des croyants dans les églises. Mais si des signes de réveil et de regain sont observés ici ou là, c’est aussi par l’entretien des vieilles pierres que se manifeste non pas une identité, mot galvaudé, mais une spiritualité. À la même époque que Barrès, Marcel Proust rêvait aux églises de Combray et de Guermantes. « Ces matières sont ductiles, si bien malaxées et effilées qu’elles deviennent entièrement spirituelles », en admirant cette « transmutation de la matière » qu’est l’église d’un village. Ce « quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville »« marqué par le surnaturel »« comme une vallée visitée des fées ». Entre l’église et le village, il y a une démarcation dont « le clocher affirme l’existence individuelle et responsable ». Parfois l’élévation du regard vers le ciel est sous les yeux des habitants.

Pendant mille ans, ils cherchèrent ce signe dans les campagnes. Espérons que les élections municipales de 2026 seront l’occasion d’en parler. Histoire de remettre l’église au milieu du village.

https://www.lefigaro.fr/culture/nos-eglises-sont-les-plus-mal-entretenues-d-europe-l-immense-defi-du-sauvetage-des-edifices-religieux-de-campagne-20251225


Neue Zürcher Zeitung, December 25    

Seit der Aufklärung gilt es als bewiesen, dass man Gott nicht beweisen kann. Aber so sicher ist das nicht

Man solle an Gott glauben, fand Immanuel Kant. Auch wenn man nicht sicher sein könne, ob es ihn gebe. Fünf Jahrhunderte vorher hatte Thomas von Aquin zu beweisen versucht, dass es Gott gibt. Seine Argumente sind noch heute bestechend.

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Bis heute ist das Bild vom «dunklen Mittelalter» in der Öffentlichkeit präsent. Wenn etwas ganz besonders unvernünftig oder unmenschlich erscheint, dann wird gerne vor einem Rückfall ins «finstere Mittelalter» gewarnt. Das Klischee ist auch in der Philosophie verbreitet: Licht ins Dunkel gebracht hätten erst die Renaissance und die Aufklärung. Davor habe blinder, kirchlich verordneter Dogmatismus geherrscht.

Selbst bei Denkern, die die blinden Flecken der Aufklärung erkannt haben, ist das Mittelalter nicht wohlgelitten. Georg Wilhelm Friedrich Hegel etwa gab in seinen Vorlesungen über die Geschichte der Philosophie an, beim Durchgang durch das Mittelalter «Siebenmeilenstiefel» anlegen zu wollen. Wer sich jedoch auch nur ein wenig mit der verfemten Epoche beschäftigt, wird schnell merken, dass das Mittelalter, das besser das christliche Jahrtausend heissen sollte, eine überaus helle Zeit war.

Man denke nur an die Gründung der ersten Universitäten, an die Wunderwerke der gotischen Architektur, die Einführung der Dreifelderwirtschaft, die immensen technischen Innovationen wie Wasser- und Windmühlen oder auch die moralischen und sozialen Fortschritte hinsichtlich der schrittweisen Ächtung der Sklaverei – im Detail alles nachzulesen in den Werken des amerikanischen Religionssoziologen Rodney Stark.

Philosophisch dürfte kaum ein anderer Denker die strahlende Helligkeit des Mittelalters so eindrucksvoll verkörpern wie der vor 800 Jahren geborene Thomas von Aquin. Dieser 1323 heiliggesprochene Adelsspross, der als junger Mann gegen den heftigen Widerstand seiner Familie dem Bettelorden der Dominikaner beitrat, schuf eine einzigartige Synthese aus griechischer Philosophie, vor allem dem Denken des Aristoteles, und katholischer Theologie.

Kants Dogma

Der Scharfsinn und die Tiefe seines Denkens zeigen sich gerade auch im Vergleich mit der Lichtgestalt der Aufklärung: Immanuel Kant. Was Kant bei Zeitgenossen den Namen des «Alleszertrümmerers» einbrachte, war insbesondere der Umstand, dass er die Gottesfrage aus dem Bereich der menschlichen Erkenntnis verbannt hatte. Zwar liess auch Kant Raum für den Glauben an Gott. Seine Existenz, fand er, sei aus Gründen, die mit der menschlichen Moral zusammenhingen, zu postulieren, aber erkennen oder im strengen Sinne beweisen lasse sich die Existenz Gottes nicht.

An deutschen Universitäten ist diese These im Lauf der Zeit sogar zu einer Art kantianischem Dogma geworden: Seit Kant wisse man ja, dass sich Gott nicht beweisen lasse. Die Beschäftigung mit Thomas von Aquin, mit dessen Werken Kant nicht vertraut war, wird einen aber eines Besseren belehren.

Verblüffend etwa ist folgender Umstand: Das zentrale Argument, das Kant gegen die Gottesbeweise anführt, findet sich bereits bei Thomas von Aquin. Kant nämlich wandte sich vor allem gegen den sogenannten ontologischen Gottesbeweis, der auf Anselm von Canterbury zurückgeht. Der ontologische Gottesbeweis versucht, die Existenz Gottes rein aus dem Begriff «Gott» herzuleiten. So wie der Begriff des Kreises logisch die Eigenschaft der Rundheit mit sich führt oder der Begriff des Junggesellen das Unverheiratetsein, so soll es im Begriff «Gott» selbst liegen, dass Gott auch existiert.

Dieses Argument will also a priori funktionieren, ganz ohne Rückgriff auf Erfahrung und Empirie. Kant argumentierte dagegen: Jegliche «Existenz», die man aus einem blossen Begriff ziehen könne, sei eben bloss gedachte Existenz. Die wirkliche Existenz einer Sache aber müsse nun mal durch Erfahrung, also letztlich durch die Sinne, verbürgt werden.

Die Zwecke der Natur

So weit aber war, ohne dass Kant das wusste, auch schon Thomas von Aquin. Dieser mahnte in seiner Kritik des ontologischen Beweises in Vorwegnahme Kants an, sorgsam zwischen der Sache (res) und dem Gehalt eines Begriffs dieser Sache (ratio nominis) zu unterscheiden. Kant war der Überzeugung, dass alle philosophischen Argumente für die Existenz Gottes letztlich vom ontologischen Beweis abhingen, weil sie alle die Existenz eines «notwendigen Wesens» demonstrieren wollten, worunter Kant aber eine logisch-begriffliche Notwendigkeit verstand, wie sie eben der ontologische Beweis im Blick hat. Scheiterte der ontologische Beweis, würden also auch alle anderen Gottesbeweise wie Dominosteine fallen.

Thomas von Aquin aber präsentiert in seinem bekanntesten Werk, der «Summe der Theologie», gleich fünf philosophische Argumente für die Existenz Gottes – die sogenannten fünf Wege –, die allesamt von der alltäglichen Erfahrung ausgehen und dabei gänzlich unabhängig sind vom inkriminierten ontologischen Beweisversuch des Anselm und seiner Nachfolger.

Die «fünf Wege» von Thomas von Aquin sind hochkondensierte Argumente, die dem Leser einiges an geistiger Arbeit abverlangen und die ohne Kenntnis der aristotelischen Logik und Metaphysik kaum zu verstehen sind. Wer sich jedoch die Mühe macht, wird erkennen, dass diese Argumente nicht nur der Kritik Kants, sondern auch den Einwänden heutiger Gottesbeweisverächter wie des Evolutionsbiologen Richard Dawkins standhalten.

Ein kleines Beispiel: Dawkins liest den fünften Weg, der sich um das Phänomen der Zweckmässigkeit der Natur dreht, im Sinne eines modernen «Intelligent Design»-Arguments: Alles Leben sei von einer inneren und äusseren Zweckmässigkeit erfüllt, die nur den Schluss auf eine absichtsvolle Gestaltung durch einen Schöpfer zulasse. Dieser Schluss aber, so Dawkins, sei durch Darwin als Fehlschluss entlarvt worden, denn auch die natürliche Selektion könne leisten, was man früher nur Gott zugetraut habe.

Erste Ursache

Das Argument von Thomas von Aquin aber ist ein ganz anderes. Ihm geht es ausdrücklich um die unbelebte Natur. Dass er auch in dieser eine Zweckmässigkeit am Werk sieht, mag zunächst erstaunen, leuchtet aber bei näherem Hinsehen ein: Alle natürlichen Prozesse haben nämlich ein bestimmtes «Woraufhin», ein Ziel oder einen Zweck: Man denke etwa an das Anziehungs- und Abstossungsverhalten eines Atoms, das ja nicht völlig regellos, sondern eben zielgerichtet abläuft. Damit aber ist nichts anderes gemeint, als dass die Natur von regelmässigen Verhaltens- und Reaktionsweisen geprägt ist.

Das gilt auch für evolutionäre Mechanismen. Die zufällige Mutation von Genen allein erklärt gar nichts. Einen erklärenden Wert erhält dieses Phänomen nur, insofern es in breitere erb- und populationsgenetische Gesetzmässigkeiten eingebettet wird. Dasselbe gilt auch für alle anderen natürlichen Phänomene.

Was erklärt die Zweck- oder Gesetzmässigkeit der Natur? Das ist die Frage bei Thomas von Aquin. Und bei der Antwort sucht er auch nicht nach einer Ursache, die am Anfang der Zeit liegt, sondern nach der im Hier und Jetzt wirkenden Letztursache, die es ermöglicht, dass etwa die atomaren Anziehungskräfte so wirken, wie sie es tun. Überhaupt blickt Thomas von Aquin, wenn er ausgehend von grundlegenden Phänomenen nach deren Ursache fragt, in aller Regel nicht in die Vergangenheit.

Wo sich Gott als erste Ursache für ihn zeigt, ist stets im Hier und Jetzt: Ursache und Wirkung können nämlich zugleich auftreten, so wie wenn eine Hand einen Stift bewegt. Die Bewegung der Hand ist die Ursache für die Bewegung des Stiftes, letztere die Wirkung; beides aber vollzieht sich zeitgleich.

Der französische Philosoph und Dominikanerpater Antonin-Gilbert Sertillanges hat diese thomanische Argumentationsrichtung treffend zusammengefasst: «Ich verstehe wohl, dass die seienden Dinge einander bewegen; dass die einen von den anderen angetrieben werden; dass, wenn der Matrose an Bord einen Anker trägt, das Schiff den Matrosen trägt, das Wasser das Schiff, die Erde das Wasser, die Sonne die Erde und ein unbekanntes Zentrum die Sonne. Aber danach? . . . Man kann in den Ursachen nicht ins Unendliche gehen.»

Zu den Gründen, die einen solchen Rückgang ins Unendliche unmöglich machen, gäbe es viel zu sagen. Skepsis ist also legitim und ohnehin eine gute Sache, zumindest wenn man sie nicht zum Selbstzweck macht, sondern als Vehikel nutzt, um einer Sache auf den Grund zu gehen. Gerade skeptischen Geistern ist so gesehen aber die vertiefte Auseinandersetzung mit Thomas von Aquin und der Gottesfrage zu empfehlen. Sich mit dem Verweis auf das «dunkle Mittelalter» oder «die Wissenschaft» darum zu drücken, wäre doch arg unaufgeklärt.

Sebastian Ostritsch lehrt Philosophie an der Universität Heidelberg. Soeben ist bei Matthes & Seitz sein Buch «Serpentinen. Die Gottesbeweise des Thomas von Aquin nach dem Zeitalter der Aufklärung» erschienen.

https://www.nzz.ch/feuilleton/seit-der-aufklaerung-gilt-es-als-bewiesen-dass-man-gott-nicht-beweisen-kann-aber-so-sicher-ist-das-nicht-ld.1917183


Le Point, December 25         

Éric-Emmanuel Schmitt : « Je vais à la messe régulièrement depuis mon voyage à Jérusalem »

LES ÉCRIVAINS ET LA FOI. Converti au catholicisme lors d’une « nuit de feu » dans le désert, le romancier nous fait entrer dans sa vie intérieure. Palpitant.

Link Without Pay Wall:

https://www.lepoint.fr/debats/eric-emmanuel-schmitt-la-spiritualite-est-une-activite-de-contrebande-qui-opere-comme-un-contre-pouvoir-02-11-2025-2602236_2.php


Süddeutsche Zeitung, Magazin, December 23   

Ich wünsche meinen Kindern, dass sie an Gott glauben

Unser Autor geht sonntags in den Gottesdienst, doch seine beiden Kinder weigern sich mitzukommen. Das ärgert ihn – lässt ihn aber auch darüber nachdenken, was genau er ihnen von seinem Glauben eigentlich weitergeben möchte.

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Drei Ausnahmen machen meine Kinder: zu Weihnachten, an Ostern und aus Mitleid. Und zwar mit mir, dem sentimentalen Katholiken aus Niederbayern, der Sonntagfrüh ins Kinderzimmer flötet: »Und wer geht heute mit mir in die Kirch’?«

Fast immer stapfe ich allein los und ärgere mich über den verwöhnten Nachwuchs. Und über mich, diesen Schwundkatholiken, der daran scheitert, den Kindern Gott nahezubringen. »Lasset die Kinder zu mir kommen«, sprach Jesus zu seinen Jüngern. Ja, gern – aber meine zwei schlafen sonntags lieber aus, hören Hörspiele, frühstücken, chillen.

Als sie noch auf meinen Arm passten, nahm ich sie mit, ohne zu fragen. Jetzt sind sie elf und 13. Ich vermisse, wie die Gesangbücher durchs Gestühl poltern, das ewige Geplapper und Gezappel und wie es jäh verstummte, wenn die Orgel anhob. Würde ich sie zum Kirchgang zwingen, würden sie sich vielleicht erst recht sträuben. Oder sie würden, Gott bewahre, anfangen zu frömmeln – also nicht froh, sondern ängstlich emporzu­blicken zu Gott, stets darauf bedacht, nicht den Unmut des Allmächtigen zu wecken. Nein, ich will, dass die Kinder freiwillig mitkommen, und zwar sofort.

Dabei war der Gottesdienst für mich als Kind oft eine Zumutung. Ich sehe mich eingezwickt in ungepolsterte, zerfurchte Kniebänke. Das Knien schmerzte. Das Stehen ließ die Beine kribbeln. Am schlimmsten aber war das Sitzen, weil uns kein Schmerz ablenkte von der Ödnis des Gottesdienstes sonntags um halb zehn. An Feiertagen sprach der Pfarrer die Liturgie nicht, sondern sang sie: Herr erbarme dich! Christus erbarme dich! Herr erbarme dich! Seine Silben durchmaßen die Unendlichkeit. Damals muss ich zum ersten Mal die Ewigkeit geschmeckt haben. Immerhin.

Jetzt, mehr als 40 Jahre später, bekreuzige ich mich wieder mit Weihwasser, beuge wie damals das Knie, setze mich ins Gestühl und frage mich: Wenn es wirklich so schrecklich war, was genau will ich dann an meine Kinder weitergeben?

Vielleicht wohnt ein pädagogischer Teufel in mir, der raunt: Quält euch, verdient euch den lieben Gott. Vielleicht sehne ich mich zurück in die Kindheit, als ich mit Brüdern und Eltern sonntags in die Kirche ging, geschniegelt und gestriegelt, so wie fast alle Familien damals in Mallersdorf. Es war ja schön, dieses Gefühl: Man tat das Richtige, Gottgewollte, fühlte sich aufgeräumt, aufgehoben, zugehörig. So war das, als in Bayern noch die Volkskirche existierte. Mir fehlt sie.

Was ich meinen Kindern wünsche: den Glauben an einen Gott, dem wir dafür danken, dass wir auf der Welt sind.

Aber da ist noch etwas. Damals habe ich den Gottesdienst, diese süße Pflicht, trotz aller Plage lieben gelernt. Er gewährt große Momente, schon als Kind. Am besten erkläre ich es anhand der Orgelmusik. Sie macht sich, wie der Weihrauch, im ganzen Menschen breit. In den Sohlen und im Steiß setzt sie ein und fährt die Wirbelsäule hoch. Im Herzen kommt der Klang zuerst an, und mit ihm und in ihm, ganz im Ernst und ohne Schmarrn: Gott. Die Orgel ist ja kein Selbstzweck oder Blendwerk, sondern hilft zu begreifen: Nicht nur als rationaler, sondern als ganzer Mensch bin ich gemeint. Als ich älter wurde, reichte der Zauber bis ins Hirn. Ich sinnierte über das, was ich da sang: »Lobe den Herren, der alles so herrlich regieret, / der dich auf Adelers Fittichen sicher geführet, / der dich erhält, wie es dir selber gefällt; / hast du nicht dieses verspüret?«

Von Zeilen und Noten wie diesen rührt das katholische Klischee vom frommen Budenzauber, vom heiligen Hokuspokus, dem barocken Lebensgefühl und der Sündenlust, versüßt vom Vorgeschmack auf Reue, Vergebung, Paradies. Brecht hat es spöttisch genau erfasst: »Oh, ich sage nicht, daß nur in Schenken / Höchste Seligkeit mich ganz durchriß / Einst war Sitzen schön in Kirchenbänken / Wo der Segen mich zum Himmel schmiß!« Ich glaube, dass es Kindern leichter fällt, diese körperliche Annäherung zu lernen, das intuitive Hinhören, Hinriechen, Hinspüren. Nicht jeder Mensch ist in gleichem Maße religiös musikalisch, aber jedem dürfte es als Kind leichter fallen, diese Musikalität in sich zu finden. Danke, liebe Eltern. Und Kinder, die Zeit drängt!

Was ich meinen Kindern wünsche: den Glauben an einen Gott, dem wir dafür danken, dass wir auf der Welt sind. Dass wir Schöpfung sind, Absicht. Dass jedes Wesen, dem wir je begegnet sind, ein Akt der Liebe ist. »Warum gibt es überhaupt etwas, und nicht nichts?«, hat Gottfried Wilhelm Leibniz einst gefragt. Ja mei, weil es Gott gefällt, deswegen. Und jetzt kommt’s: Was will er von uns? Im Johannes-Evangelium steht die Antwort: »Bleibt in meiner Liebe!« Ich wüsste zu gern, in welchem Ton dieser Satz gemeint ist. Ich höre ihn nicht donnernd-drohend. Eher wie ein zartes Bitten: Geht nicht fort von mir! Die Theologen verstehen unter Sünde ja schlicht eine Trennung von Gott. Ja, dann kommt halt wieder zurück, wenn ihr gesündigt habt, ich warte derweil. Wenn das stimmt, ließe sich »Gottesdienst« auch anders betonen, auf der zweiten Silbe: als Gottes Dienst, und zwar an uns. Wer sich auf das alles einlässt, geht staunender durchs Leben, behutsamer, nahbarer, leichtfüßiger.

Aber geben wir das an die Kinder weiter? Das habe ich abends beim Wein ein paar alte Freunde gefragt. Eigentlich redefreudiges Volk, doch als die Frage verklungen war, flackerte das Kerzenlicht am Tisch kein bisschen. Mir war, als hätte ich etwas Ungehöriges aufgeworfen.

Da war Marcus, der ehemalige Pfadfinder, dem Bachs Musik ein Tor zu Gott aufstößt, an den er nicht glaubt. Johannes, der in der oppositionellen Kirche der DDR einen Raum der Freiheit fand, später aber sein Studium der Theologie abbrach. Und Esther, die nicht an Gottes Allmacht glaubt, aber sonntags in die Kirche geht. Wir haben warme Erinnerungen an die Kirche unserer Kindheit, begleitet von Phantomschmerzen in der Herzgegend und einem schlechten Gewissen gegenüber unseren Kindern. Gelegentliche Tischgebete und abendländische Ein­schlaflieder lindern es kaum. Als wir unsere Rat­losigkeit zu Ende beschwiegen hatten, fasste Esther zusammen: »Wir erziehen unsere Kinder zu Heiden.«

Wenn dem wenigstens so wäre! Dann stünden die Kinder auf festem heidnischen Boden. Von dem aus könnten sie aufbrechen, um zu ihren eigenen Fragen und Schlüssen zu gelangen. Ich aber erziehe sie in religiösen Belangen kaum. Ich bin wie ein Klavierlehrer, der den Kindern die Noten erklärt und sie schimpft, wenn sie wieder nicht geübt haben – der ihnen aber auch nicht vorspielt.

Ich brauche die Kirche, um Gott nahe zu sein: ein Gebäude, darin Menschen.

Meine Freunde standen einst wie ich auf dem Grund christlichen Glaubens und ihrer Praxis, wir sind vertraut mit Formen und Inhalten, niemand ist traumatisiert durch kriminelles Kirchenpersonal – die paar jähzornigen Pfaffen, die zum Beispiel das Naschen als Verstoß gegen das siebte Gebot sub­sumierten, wiegen dafür nicht schwer genug. Überhaupt fände ich es billig, »die Kirche« für meine laue Glaubenspraxis in Haftung zu nehmen. Das wäre so tiefsinnig wie gesellschaftskritisch bemühte Come­dians, die »die Politik« anprangern. Ich will auch nicht faseln von spiritueller Verödung, abendländischem Traditionsabriss und metaphysischer Heimatlosigkeit (kombinieren Sie diese Worte beliebig miteinander: Sie passen immer). Natürlich machen mir Teile der Kirche das katholische Leben schwer mit Sexual­moral, Frauenfeindlichkeit, Missbrauch und der Art der Missbrauchsaufklärung. Aber nein, das ist kein Grund, von Gott zu lassen. Und ich brauche, um ihm nahe zu sein, nun einmal Kirche: ein Gebäude, darin Menschen. Liturgie und Lieder, Regeln und Riten: Mein Glaube ist nicht abstrakt.

Was also hindert uns daran, ihn weiterzugeben? Es fiel mir auf, als ich Wochen später wieder mit den Freunden telefonierte: Wir fühlen uns ein wenig ausgeschlossen, und zwar durch uns selbst. Der Grund ist, dass wir einige Kernsätze des Christentums nicht glauben. Was bitte hat sich Gott dabei gedacht, seinen Sohn Jesus unsere Sünden auf sich nehmen zu lassen, indem dieser bestialisch ermordet wird? Ist Jesus in engerem Sinne Gottes Kind wie wir Erdlinge? Aufgefahren in den Himmel? Meine Kirche sagt ganz klar: So ist es. Sie zieht damit eine Grenze zu mir, der das eher metaphorisch auffasst. Wir Freunde nehmen das Christentum zu ernst, um von ihm zu lassen, und zu ernst auch, um uns leichtfertig Christen zu nennen. Jetzt stecken wir im Spalt, und unsere Kinder mit uns. Ich glaube, wir haben einen christologischen Minderwertigkeitskomplex. Jeder meiner Freunde geht anders um mit dieser Not, von jedem kann ich lernen.

Als Johannes seine Zweifel einst seinem Theologie-Professor gestand, habe der sinngemäß geantwortet: Der Glaube sei ein breiter Fluss mit vielen Strömungen, er aber frage sich, ob Johannes vielleicht schon vom Ufer aus da­rauf schaue. Damals brach Johannes sein Studium ab, aus vielerlei Gründen. Er nahm es sich zu Herzen. Auf meine Frage, was er dem Professor heute, 25 Jahre später, sagen würde, meint Johannes: »Dieser Fluss kennt keinen Hauptstrom. Es gibt Auen und Pfützen. Trockengefallene Nebenarme, die manchmal überspült werden. Wasser gibt es und Bewegung.« Ich lerne, dass das gut genug sein kann für einen wie mich, dem es an Glaubensfestigkeit mangelt. Vielleicht ist mein Zweifeln kein Fehler im System, sondern meine Art zu glauben.

Marcus, der Bach-Liebhaber, hat seine Zweifel hinter sich: Er glaubt nicht an Gott. Sein Modus ist das Staunen. Er erinnert sich, wie aufgebracht er war, als eine fromme Bekannte ihm einmal unterstellte, er könne Bach gar nicht in seiner Tiefe ermessen, weil dessen Religiosität ihm fremd sei. Bach ja, Christentum nein – kratzt Marcus nur die Marmelade vom Brot des Lebens? »Ich fühlte mich damals abgewertet«, sagt Marcus. »Heute weiß ich, sie hatte unrecht. Es ist umgekehrt: Bachs Musik verschafft mir erst die Art von Gottesbezug, der ich zugänglich bin.« Der Unermesslichkeit hinterher­schauen, dafür liebt Marcus Bach. Später im Gespräch fällt ein Satz, der mir bleibt: »Wenn Staunen reichen würde, um es Glauben zu nennen, dann glaube ich.« Vielleicht ist ja Staunen schon eine Art Gottesdienst.

Und vielleicht würde uns insgesamt mehr Dürfen helfen: Nicht-sicher-sein-Dürfen, Staunen-Dürfen, Tasten-Dürfen. Weniger Richtig, weniger Falsch. Mehr Wundern als Wunder. Wer uns daran hindert, das sind wir selbst. Es hat uns aber auch niemand gezeigt, wie es geht, das Dürfen-Dürfen.

Ein unklares Verhältnis zu Gott ist immerhin ein lebendiges.

Aber halt! Geht hier nicht schon die Saat der Beliebigkeit auf, ist hier nicht der erste Schritt in die »Diktatur des Relativismus« getan, von der Papst Benedikt XVI. sprach, in der jeder sich herausklaubt, was ihm frommt? Dann schließt sich der Himmel, Gottes Wille schrumpft zu Moral, und Jesus, von dem in diesem Text bisher verdächtig wenig die Rede war, wird zum Sonntags­prediger. Von dort ist es nicht mehr weit zu Martin Walsers resignierend-schönem Wort: »Ich bin an den Sonntag gebunden / wie an eine Melodie / Ich habe keine andere gefunden / Ich glaube nichts / aber ich knie.«

Hier hilft mir Esther, die sagt: »Ich kann mich in die Liturgie so reingeben. Das ist fest in mir verankert. Ich möchte das gar nicht hinterfragen, sonst mache ich es vielleicht kaputt.« Esther scheint mir strenger mit ihrer Glaubenspraxis zu sein als Marcus und Johannes: Es tut ihr weh, wenn die Kinder sonntags nicht dabei sind. Sie empfindet es wie ich als ein Versagen. »Gott sollte nicht nur bei Bedarf angerufen werden. Der Glaube braucht Verlässlichkeit. Es muss ein religiöses Grund­summen da sein. Das ist auch unsere Aufgabe als Eltern.« Esthers Worte erinnern mich da­ran, dass ich es mir im Zweifeln und Staunen nicht gemütlich machen sollte, mich nicht allzu leicht aussöhnen sollte mit dem Gedanken, nun mal ein spirituelles Mangelwesen zu sein. Gott knallhart: »Ich weiß deine Werke, daß du weder kalt noch warm bist. Ach, daß du kalt oder warm wärest! Weil du aber lau bist und weder kalt noch warm, werde ich dich ausspeien aus meinem Munde.« So steht’s im Buch der Offenbarung. Auweh.

Johannes findet Halt im Zweifeln, Marcus im Staunen, Esther im Gebet. Wenn Gott wirklich so groß ist, wie alle sagen, dann sind das Wege zu ihm. Und ich? Ich lerne im Gespräch und Gebet, wie unsortiert mein Glaube ist. Ich habe ihn mir nicht ausgesucht, verstehe ihn nicht, finde ihn einfach vor. Er lässt mich nicht in Ruhe. Wie kann ich etwas so Unklares, Zartes, auch Zähes weiter­geben? Vielleicht ja: genau so. Ein unklares Verhältnis zu Gott ist immerhin ein lebendiges.

Mag sein, findet meine Frau. Das sei allerdings nicht besonders anwendungsbezogen formuliert. Lass uns doch einen Schritt nach dem anderen tun, sagt sie. Okay. Wir hielten also Familienrat. Sie schlug vor, einen Sonntag im Monat in eine neue Kirche und danach zum Brunchen zu gehen, zwecks Abwechslung. Steht schon im Kalender.

Mein Sohn, ein großer Bastler, baut jetzt in der Adventszeit Holzkrippen, die er im Inter­net verkaufen will – quasi Missionierung. Meine Tochter suchte sich eines Sonntags ihren eigenen Weg: Sie schälte sich um 7.30 Uhr aus dem Bett und fuhr mit den Pfadfindern ins Voralpenland, um ein trockengelegtes Moor wieder zu vernässen. Staudämme einreißen, nasse Füße bekommen, schwitzen, rackern, den ganzen Tag lang. Geht als Bewahrung der Schöpfung durch, finde ich. Und sie hat sich schon als Mitwirkende im Krippenspiel an Heiligabend gemeldet.

Aber was ist denn nun das Mindeste, das Wichtigste, das Entscheidende, was ich meine Kinder lehren muss? Ich setze mich in die Kirchenbank und frage den, der die Antwort kennt. Gott aber schweigt. Ich horche weiter, in mich. Ein Jesuswort fällt mir ein: »Wenn ihr nicht werdet wie die Kinder, so kommt ihr nicht ins Himmelreich.« Moment, denke ich, es sollte doch umgekehrt sein, der Erziehungsberechtigte bin immer noch ich. Was sollte ich von den Kindern lernen?

Meine Tochter sagt es mir, als wir beide zu Fuß unterwegs sind. Ich frage, wie sie sich Gott vorstelle. Sie sagt, es sei eigentlich ziemlich leicht. Er wohne im Himmel, aber auch überall. Er sei weder Mann noch Frau oder so, sondern einfach Gott. Er habe uns erschaffen, sei gut und wolle deshalb auch, dass wir das Richtige machen, aber meistens könnten wir es uns aussuchen. Ich denke: Viel mehr weiß ich auch nicht. Ich will noch ein paar gewichtige Ergänzungen vornehmen, aber sie ist mir schon voraus.

https://sz-magazin.sueddeutsche.de/familie/glauben-kirche-erziehung-95721?reduced=true


y is he?

He’s certainly willing to be playful (he’s a Wordle guy). He has a sense of humor. And he seems humble. I’ve spent a lot of time observing politicians and diplomats in different countries, and he doesn’t have that quality of, like, I’m the most important person in the room. He really comes across as someone who sees himself as here to observe.

https://www.nytimes.com/2025/12/01/world/pope-leo-lebanon-sri-lanka-iran.html