IV.1. Climate & Climate policy

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The Economist, January 19  

Getting warmer faster : 2025 was the third hottest year on record

It should have been a relatively cool year; it was anything but

Brief Excerpt:               

What ought, in normal circumstances, to have been a relatively cool year turned out to be one of the hottest on record. This week the main climate- and weather-monitoring groups in Europe and America released their report cards for 2025. These are consistent with an acceleration in the pace of global warming.

The past 11 years are the warmest since records began, with the past three top of the leader-board. (…)

https://www.economist.com/science-and-technology/2026/01/14/2025-was-the-third-hottest-year-on-record


Atlantico, January 16       

Le chancelier Merz reconnaît enfin l’ampleur du désastre de la transition écologique allemande

Longtemps érigée en modèle de transition énergétique, l’Allemagne se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences lourdes de sa sortie du nucléaire.

Full text:   

Hausse spectaculaire des coûts, fragilisation du tissu industriel, dépendance accrue aux importations d’énergie et vulnérabilité stratégique : les choix opérés au nom de l’idéologie antinucléaire ont profondément déséquilibré le système énergétique allemand. Alors que Friedrich Merz reconnaît désormais une « grave erreur stratégique », la question n’est plus seulement celle du constat, mais des marges de manœuvre encore possibles pour corriger une trajectoire engagée depuis plus de vingt ans, dans un contexte de besoins électriques croissants et de tensions géopolitiques durables.

Atlantico – En quoi la décision de l’Allemagne d’abandonner le nucléaire a‑t‑elle fragilisé sa sécurité énergétique et augmenté sa dépendance aux importations d’énergie ?

Samuel Furfari : L’énergie est le sang de l’économie : sans énergie, tout s’écroule. Or, depuis vingt à vingt‑cinq ans, l’Allemagne a cru qu’elle pouvait se passer de sources pilotables et que seule l’éolienne — et marginalement le solaire, malgré un ensoleillement faible — était acceptable. Cette monoculture éolienne s’est combinée à une idéologie de décroissance portée par les écologistes allemands.

Ce choix a eu des conséquences majeures : l’économie allemande est aujourd’hui paralysée, et les petites et moyennes entreprises en subissent de plein fouet les effets. Les grandes entreprises, notamment chimiques comme BASF, peuvent délocaliser en Inde, en Chine ou au Vietnam, où les coûts sont plus faibles et la régulation moins contraignante. Pour les PME, les salariés et les sous‑traitants, c’est une catastrophe.

Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas le gaz russe qui a provoqué la crise : elle était déjà enclenchée. Le gaz russe n’est d’ailleurs presque pas utilisé pour produire de l’électricité en Allemagne. Il sert surtout de matière première à l’industrie chimique et au chauffage domestique. Le problème électrique allemand vient donc exclusivement de choix politiques erronés et idéologiques — ce que certains responsables commencent seulement à reconnaître.

Pourquoi la transition énergétique allemande est‑elle considérée comme l’une des plus coûteuses au monde, et quels choix politiques ont contribué à ce surcoût ?

Samuel Furfari : L’Allemagne a voulu remplacer des centrales amorties et économiques — notamment nucléaires — simplement parce qu’elle rejetait le nucléaire et les énergies fossiles. Elle les a remplacées par des sources beaucoup plus coûteuses comme l’éolien et le solaire. L’Energiewende est devenue l’une des transitions les plus chères au monde. Les estimations varient entre 1 200 milliards et 5 400 milliards d’euros d’ici 2035. Rien que d’ici 2030, il faudrait investir plus de 700 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, les réseaux et les systèmes de stockage.

Pendant ce temps, les prix de l’électricité pour les ménages ont augmenté de 145 % depuis 2000, et la dépendance au gaz est passée de 14% à 30%. Il n’y a pas de miracle en énergie : supprimer une énergie bon marché oblige à la remplacer par une énergie chère. L’éolien, en particulier, perturbe fortement le réseau électrique, ce qui augmente les coûts pour les consommateurs. La transition allemande repose donc sur un modèle structurellement plus onéreux.

À la lumière des propos de Friedrich Merz qualifiant l’abandon du nucléaire de “grave erreur stratégique”, quelles options réalistes l’Allemagne a‑t‑elle aujourd’hui pour corriger cette trajectoire énergétique ?

Samuel Furfari : En énergie, une erreur se paie sur des décennies. L’Allemagne a commis une erreur majeure en 2011 en décidant de sortir du nucléaire. Il a fallu attendre 2026 pour que Friedrich Merz l’admette publiquement, alors qu’il le savait déjà : mais le dire plus tôt lui aurait coûté politiquement.

La première mesure réaliste serait de stopper le démantèlement des centrales fermées en avril 2023 et d’en rétablir au moins deux ou trois. C’est encore faisable : certaines infrastructures, comme les tours de refroidissement, n’ont pas été détruites.

Deuxième impératif : dire la vérité. L’Allemagne aura besoin de beaucoup d’électricité, notamment avec les voitures électriques et l’essor de l’intelligence artificielle. Cette électricité ne peut pas venir de l’éolien. Il faut donc construire rapidement des centrales au gaz — ce que la Commission européenne s’apprête à autoriser, selon Merz. Il souligne d’ailleurs que l’hydrogène est un mirage, alors qu’on en parle encore beaucoup en France.

Troisième point : diversifier les approvisionnements en gaz. L’erreur allemande a été de dépendre du gaz russe pour l’industrie chimique, sans alternative. L’Allemagne corrige aujourd’hui cette erreur en multipliant les sources d’importation et en construisant des terminaux GNL en mer Baltique.

Enfin, un obstacle demeure : l’idéologie antinucléaire très présente à Bruxelles. Ursula von der Leyen n’est pas favorable au nucléaire, la vice‑présidente Teresa Ribera est ouvertement antinucléaire, le commissaire à l’Énergie Daniel Günther l’est également, tout comme le conseiller spécial Philippe Lamberts. Merz devrait, selon l’intervenant, porter ce débat à la Commission et l’inciter à reconnaître l’erreur comme lui‑même l’a fait.

https://atlantico.fr/article/decryptage/allemagne-le-desastre-de-la-transition-climatique-enfin-reconnu-par-merz-samuel-furfari


Atlantico, January 14     

Taxe carbone européenne : à peine entrée en vigueur le 1er janvier que Paris et Rome bataillent pour des dérogations

Le Mécanisme d’Ajustement Carbone Aux Frontières, entré en vigueur le 1er janvier 2026, au périmètre de l’UE suscite déjà de vives contestations au sein des pays de Membres notamment en France et en Italie.

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Atlantico : Le MACF serait-il, après de longues années de discussion, inadapté aux contextes politique et économique actuels ? Quelles en sont ses principaux défauts ?

Philippe Charlez et Nicolas Meilhan : Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) vise à soumettre à certaines matières premières importées (acier, aluminium, engrais azotés, ciment, hydrogène & électricité) une taxe équivalente à celle appliquée aux industriels européens. En revanche, le MACF ne taxe pas les produits manufacturés. Quand on regarde les imports/exports européens de quatre des principaux produits concernés (acier, aluminium, engrais et ciment), on peut se poser des questions quant à pertinence d’une telle mesure. Les marchés de ces matières premières sont aujourd’hui dominés de façon écrasante par la Chine qui produit plus de la moitié de l’acier et du ciment ainsi que les deux tiers de l’Aluminium. Si l’Europe n’est que légèrement importatrice d’acier, en revanche elle importe 60% de son aluminium. Dans les faits, le MACF ne favorisera que les cimentiers européens dont les exportations sont légèrement excédentaires. Un bénéfice dérisoire pour un risque majeur.

Le MACF va renchérir, pour les européens, le coût des matières premières importées et donc mécaniquement accroitre le prix des produits manufacturés européens (i.e. l’automobile) et ce sans aucune pénalité pour les produits manufacturés importés. S’appliquant aux engrais, il va aussi affecter les agriculteurs qui sont déjà vent debout contre la mesure : renchérissement du prix des engrais que les européens ne fabriquent pas signifie implicitement diminution de compétitivité des denrées agricoles françaises face à leurs concurrents extra européens. Si l’Europe voulait achever l’agriculture européenne, elle ne s’y prendrait pas autrement.

L’objectif affiché de la MACF est de doter l’UE d’un nouvel outil pour sa politique climatique. Pensez-vous de cet outil soit réellement pertinent et efficace, ou qu’il risque surtout de créer des complexités techniques tout en pénalisant les économies de certains pays ? Dans ce second cas pourquoi persister à la mettre en œuvre ?

Toute mesure politique devrait être planifiée autour d’objectifs tout en s’appuyant sur un agenda rationnel. Encore faut-il que ces objectifs s’inscrivent dans les règles strictes de la planification en analysant notamment leurs impacts économiques, environnementaux et sociétaux.

Or, les politiques ont donné à la planification une forme idéologique : les « agendas inversés ». Ces derniers consistent à proposer des objectifs souvent irréalistes voire incohérents, à réfléchir apostériori aux moyens techniques et financiers nécessaires pour atteindre ces objectifs et à souvent ignorer les impacts économiques et sociétaux.

Depuis dix ans, la transition énergétique mondiale s’est bâtie autour d’« agendas inversés ». Ainsi, l’Accord de Paris (limiter le réchauffement climatique à 1,5° à l’horizon 2100) ou l’Energiewende allemand (sortir du nucléaire et évoluer vers un mix électrique 100% renouvelables) reposent sur des déclarations politiques simplistes sans étude sérieuse d’impacts. Même constat pour les acronymes dont les Verts sont friands : ZFE, DPE ou autre ZAN !

Le MACF n’échappe pas à la règle. L’idée a émergé il y a plus de 20 ans quand l’Europe restait maître de ses productions de matières premières et que la Chine n’était qu’un pays émergent parmi les autres. Alors que le concept est devenu totalement obsolète, il est pourtant fièrement (et surtout stupidement !) avancé par l’UE comme une avancée majeure. Le problème est que les politiques…ne se trompent jamais ! Ils s’activeront donc au cours des prochains mois pour démontrer, contre toute logique, qu’il s’agissait d’une bonne mesure en faveur des industriels et des agriculteurs européens. On peut donc dans ce cas se demander pourquoi une semaine après son entrée en vigueur, le MACF est déjà sujet à des demandes de dérogation.

En tenant compte des enjeux climatiques et des impacts économiques, quelle alternative pourraient être envisagée pour parvenir à des résultats optimaux ?

La solution n’est pas de cibler quelques matières premières mais de taxer aux frontières européennes l’ensemble des produits en provenance des pays les plus polluants.

Comparée aux principaux émetteurs mondiaux, l’Europe tire son principal avantage comparatif en matière d’émissions de GES de la faible proportion de charbon utilisée dans sa production d’électricité. Nous proposons donc de substituer au MACF une « Taxe sur le Carbone Importé » (TCI) appliquée aux produits finis en provenance des sept pays dont la production d’électricité à base de charbon dépasse 200 TWh/an : Chine, Inde, Etats-Unis, Japon, Indonésie, Russie et Afrique du Sud.

La TCI serait calculée en considérant le pourcentage de la consommation électrique charbonnière dans le mix électrique de chacun des sept pays. Ainsi en Chine, 58% de l’électricité provient du charbon ; c’est 86% pour l’Afrique-du-Sud, 75% pour l’Inde mais seulement 15% pour les Etats-Unis. La TCI est alors calculée en appliquant ce pourcentage sur la valeur du bien importé quand il traverse la frontière de l’UE. Appliquée sur le contenu carbone importé, elle serait payée en douane directement par l’importateur français. En 2024, elle aurait généré en France 61 milliards d’euros de recettes publiques dont plus de la moitié est attribuable aux importations chinoises. Au périmètre de l’UE, la TCI aurait rapporté 450 milliards d’euros.

Grâce à son taux élevé et son assiette étroite, la TCI rapporterait donc aux finances publiques Françaises l’équivalent de 6 points de TVA supplémentaires. Comme elle s’applique sur la valeur importée, elle impacte faiblement les prix à la consommation. D’autant que pour maintenir leurs parts de marché, les importateurs/revendeurs devraient diminuer leurs marges commerciales souvent exagérées. Renchérissant de façon significative les prix de certains produits étrangers, elle encouragerait à davantage consommer les produits européens issus de la réindustrialisation. Enfin elle conduirait implicitement les pays pollueurs à déplacer leur électricité charbonnière vers des sources d’énergie moins polluantes.

L’application de la TCI induirait, de la part des sept pays concernés, des mesures de rétorsion à l’égard des biens et des services européens. Cependant, la France dont la balance commerciale est fortement négative est plutôt en position de force d’autant que ses exportations (luxe, spiritueux) sont difficilement remplaçables. En revanche, l’Allemagne a une balance commerciale largement positive et est en quasi équilibre import/export avec la Chine. Les principales sirènes négatives pourraient donc venir de Berlin plutôt que de Pékin.

https://atlantico.fr/article/decryptage/taxe-carbone-europeenne-entree-en-vigueur-1er-janvier-france-italie-bataillent-pour-des-derogations-philippe-charlez-nicolas-meilhan


Le Figaro, January 13       

Au Canada, la mue de Mark Carney, défenseur du «drill, baby, drill» de Donald Trump

L’ancien envoyé spécial des Nations unies pour le changement climatique, aujourd’hui premier ministre du Canada, acte une politique du tout énergies fossiles. Il vient de signer un accord pour un nouvel oléoduc.

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Mark Carney pourrait reprendre à son compte le slogan de Donald Trump « drill, baby, drill » (« fore, bébé, fore »). L’ancien envoyé spécial des Nations unies pour les changements climatiques et premier ministre Mark Carney aime le pétrole au point de vouloir faire du Canada « une superpuissance énergétique ». En signant un protocole d’entente avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, pour la réalisation d’un oléoduc des champs pétrolifères de cette province vers les ports de la Colombie-Britannique, le chef du gouvernement lance les bases d’une politique d’expansion des énergies fossiles. « Au cœur de l’accord se trouve la priorité d’avoir un pipeline vers l’Asie qui rendra le Canada plus fort, plus indépendant, plus résilient », a déclaré Mark Carney.

L’objectif d’Ottawa est de réduire sa dépendance commerciale avec les États-Unis, dont le président menace régulièrement d’annexer son voisin. Si Mark Carney accorde son feu vert à Edmonton, ce n’est pas sans conditions. Le pipeline devra être financé par le privé. Le gouvernement ne veut pas répéter l’erreur de l’oléoduc Trans Mountain, qui a coûté 34 milliards de dollars canadiens ($Can, 21 milliards d’euros) au contribuable, contre 5,4 milliards de $can (3,3 milliards d’euros) initialement prévus. « Le Canada est un très grand producteur d’énergie, le 5e plus important au monde. Il est le 4e pour le pétrole, 5e pour le gaz naturel et les énergies renouvelables, 6pour le nucléaire et 14e pour le charbon, selon des chiffres de la US Energy Information Administration (US EIA). Pour un pays de 41 millions d’habitants, c’est exceptionnel », précise Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions énergétiques, professeur à HEC Montreal. Un nouveau pipeline, on ne peut se baser que sur une comparaison avec Trans Mountain, ajouterait à l’instar de celui-ci près de 1 million de barils de pétrole par jour à la production d’or noir nationale.

De nombreux obstacles

Il reste cependant de nombreux obstacles à ce projet. Notamment le financement, un investissement colossal de plusieurs dizaines de milliards de dollars et dont la rentabilité est incertaine selon les experts. Aucune entreprise privée n’a fait part de son intérêt pour une initiative qui ne devrait pas voir le jour avant une décennie. Les cours du pétrole canadien restent également bas et l’offre de pétrole dépasse la demande. Il existe aussi une forte opposition au pipeline tant chez les habitants de la Colombie-Britannique que chez les Amérindiens, qui refusent que celui-ci traverse leurs terres, mais Danielle Smith a promis d’associer les autochtones et assure que le projet ira de l’avant. Au risque d’affrontements. En 2019, des snipers de la gendarmerie royale avaient été déployés contre les indiens Wet’suwet’en, opposés à la construction du gazoduc Coastal GazLink à travers les Rocheuses. En dépit de ces obstacles, la volonté politique, tant provinciale que fédérale, est là. Mark Carney a fait de l’investissement dans des grands projets une priorité nationale.

L’Alberta pourrait engager des fonds provinciaux tant Danielle Smith veut que cet oléoduc voit le jour. L’histoire montre une montée en puissance de la production pétrolière, qui est passée de 1,7 million de barils en 1990 à 5 millions aujourd’hui. Selon le think-tank The Pembina Institute, entre 2013 et 2023, la production d’or noir nationale a augmenté de 47 %. L’Association canadienne des entrepreneurs en énergie estime que 5 700 puits de pétroles seront forés cette année, soit 3 % de plus qu’en 2025. « La vision de Mark Carney est plus large (que la production pétrolière). Il a l’ambition de transformer d’autres ressources, comme les minéraux critiques servant aux technologies d’énergie renouvelables, pour accroître la présence du Canada sur les marchés mondiaux », estime le chercheur à l’Institut de l’énergie Trottier de Montréal, Simon Langlois-Bertrand.

La fin de la transition écologique

« Le Canada est un supermarché énergétique, appuie Pierre-Olivier Pineau. Les compagnies viennent y produire du pétrole, du gaz, de l’uranium et du charbon ou y consommer de l’électricité bon marché» Si pendant la décennie Trudeau, Ottawa avait mis en place des mesures de transition écologique, bien symboliques dans la pratique, le nouveau gouvernement enterre ces politiques climatiques. Les Canadiens, même s’ils s’en défendent, ont peu la fibre écologique. Environ 60 % de la population est favorable à la construction d’un nouvel oléoduc, selon un sondage de l’Institut Angus Reid. Il n’y a qu’un député vert à la Chambre des communes sur 343 parlementaires !

De fait, le pays est un gros émetteur. « Le Canada est le 7e plus gros consommateur d’énergie au monde, devant l’Allemagne (12e) et la France (13e)… malgré une population bien moindre. Il se consomme 329 GJ d’énergie par personne au Canada contre 130 en France », avance Pierre-Olivier Pineau. De 582 mégatonnes d’émissions d’équivalent CO2 en 1991, le pays est passé à 694 mégatonnes en 2024. Le Canada est, après l’Arabie saoudite, la nation qui émet le plus de gaz à effet de serre (GES) par habitant, selon des chiffres du gouvernement canadien. Avec un oléoduc, ces derniers augmenteront, tout comme les risques d’accident environnemental. « Éliminer la production de pétrole et de gaz canadiens à court terme serait un suicide économique et politique », conclut Simon Langlois-Bertrand. Mark Carney, que le monde présentait, il y a un an encore, comme le banquier vert le plus écolo du G7, s’est converti à la realpolitik.

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/au-canada-la-mue-de-mark-carney-defenseur-du-drill-baby-drill-de-donald-trump-20260112


Contrepoints / IREF, January 12

Le monde ne craint plus le changement climatique

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L’institut de sondage Ipsos mène depuis plus de dix ans, auprès de quelque 20 000 adultes dans une trentaine de pays,  des études mensuelles intitulées « Ce qui inquiète le monde »,  où il est question des grands enjeux internationaux. La dernière étude (décembre 2025) est riche d’enseignements. Le premier : c’est en Europe que les préoccupations des populations ont le plus changé par rapport aux années précédentes. Le nombre de personnes mentionnant la criminalité et la violence a fortement augmenté. Depuis décembre 2024, le niveau d’inquiétude a progressé de 11 points de pourcentage aux Pays-Bas, de 6 points en Allemagne et en Italie, de 5 points en France. Au Royaume-Uni, les craintes au sujet de l’immigration ont fait un bond de 10 points (alors que celles qui concernent le système de santé ont diminué de 7 points). Au total, 32 % des personnes interrogées estiment que la criminalité et la violence sont un souci majeur, il arrive même en tête dans cette trentaine de pays. Viennent ensuite les soins de santé pour environ 23%, et le contrôle de l’immigration pour 18%, à égalité avec les impôts.

Second grand enseignement, dont on peut dire qu’il marque un bouleversement : le changement climatique n’effraie plus autant. Seulement 13 % des sondés le classent parmi les principaux problèmes, il n’arrive qu’au 10e rang sur 18, son score le plus bas depuis juin 2021. Selon un autre sondage réalisé par Eurostat, seuls 9 % des Européens citent le climat dans la liste des principales préoccupations de l’UE. Ils étaient 35 % en 2019. La politique de la peur ne marche plus. Les gens ont d’autres soucis et il est temps de les écouter.

https://contrepoints.org/le-monde-ne-craint-plus-le-changement-climatique/


Neue Zürcher Zeitung, January 9      

Frau Rostalski, dürfen wir jetzt wieder hemmungslos herumfliegen? – «Ja, Sie dürfen, hemmungslos»

Hafermilch statt Kuhmilch, Wärmepumpe statt Ölheizung: All das beeinflusse unser Klima nicht, sagt die Professorin und Ethikerin Frauke Rostalski. Es verschlimmere die CO2-Bilanz sogar. Ein Gespräch über das, was wir wirklich tun sollten.

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Frau Rostalski, wann haben Sie sich das letzte Mal schuldig gefühlt wegen des Klimas?

Noch nie. Ich versuche zwar, nachhaltig zu leben. Ich reise eigentlich nie mit dem Flugzeug, und wir als Familie konsumieren wenig Fleisch. Aber ich finde, es besteht keine Pflicht zum Klimaschutz, deshalb fühle ich mich auch nicht schuldig.

Sie haben also kein schlechtes Gewissen? Sie verstecken Ihr Steak an der Supermarktkasse nicht unter dem Rucola-Salat?

Nein, aber ich kaufe auch nicht unbedingt Steaks. Und wenn doch, dann würde ich mich nicht schuldig fühlen – und ich schaue auch nicht böse auf den, der vor mir gerade ein Steak drauflegt. Ich kenne keine Klimascham.

Sie sagen, wir seien nicht zum Klimaschutz verpflichtet. Warum nicht?

Ob Sie nun Hafermilch statt Kuhmilch in Ihren Kaffee giessen, ob Sie sich eine Wärmepumpe einbauen lassen oder nicht – all das beeinflusst den globalen Klimawandel derzeit nicht messbar. Darum besteht weder rechtlich noch ethisch die Pflicht, den privaten CO2-Ausstoss zu reduzieren

Während die Mehrheit dort die Einhaltung starker moralischer Pflichten von jedem Einzelnen fordert, hält Rostalski dies für schädlich, vor allem für das gesellschaftliche Zusammenleben. In «Wer soll was tun? Warum wir nicht zum Klimaschutz verpflichtet sind und worin unsere Verantwortung eigentlich besteht» will die 40-Jährige klären, wer beim Klimaschutz tatsächlich die Verantwortung trägt: Einzelne, Staaten oder die internationale Politik? Das Buch erschien 2025 im Verlag C. H. Beck.

Das verstehe ich nicht: Ob ich zu Hause jedes Jahr 4000 Liter Erdöl verbrenne, anstatt mit einer Wärmepumpe zu heizen, macht doch sehr wohl etwas aus.

Der Gedanke, dass jeder einzelne Schritt zählt, sei er noch so klein, ist grundsätzlich ein guter Ansatz. Aber er ist nur dann sinnvoll, wenn sich diese Schritte in ein globales System einfügen. Ein solches System gibt es aber noch nicht. Deshalb bringt es auch nichts, wenn jeder Einzelne unkoordiniert loswurstelt.

Das klingt wie ein Freibrief. Nach dem Motto: Super, dann kann ich wieder ohne schlechtes Gewissen täglich Fleisch essen, eine Dreckschleuder fahren und übers Wochenende nach Rom fliegen für einen Teller Spaghetti.

Dieses Argument höre ich oft. Aber es unterliegt einem Denkfehler. Wir müssen uns grundsätzlich fragen, was uns das Recht gibt, unseren Mitmenschen zu sagen: «Du musst ein Lastenrad kaufen, du musst deine Heizung austauschen, du darfst keine Kuhmilch trinken» – wenn all das nachweislich nichts am globalen CO2-Ausstoss ändert. Wir haben derzeit keine ausreichenden Gründe, dem Einzelnen solche Pflichten aufzuerlegen. Deshalb muss sich auch niemand rechtfertigen, wenn er seine Freiheit so auslebt, wie er möchte.

Wenn jetzt jemand auf Sie zukommt und sagt: «Frau Rostalski, dann darf ich ja jetzt wieder hemmungslos herumfliegen» – antworten Sie dann: «Ja, klar»?

Ich würde sagen: «Ja, Sie dürfen fliegen, hemmungslos.» Die Frage ist allerdings, ob es andere Gründe gibt, die dagegensprechen. Zum Beispiel die Frage: Wie will ich leben? Was bedeutet mir Natur? Und was bedeutet es für ein gutes Leben, mit dieser Natur verbunden zu sein? Ständiges Fliegen oder exzessiver Konsum würden diesem Ideal widersprechen.

Das heisst, ich sollte weniger fliegen – aber nicht wegen des Klimas, sondern für ein besseres Lebensgefühl?

Ja, so könnte man das sagen. Oder schauen Sie sich den Fleischkonsum an: Es gibt gute Gründe, ihn zu reduzieren, zum Beispiel wegen des Tierwohls. Ich sehe also sehr wohl Pflichten, unseren Konsum nicht ins Extreme zu steigern.

Wenn ich dieses «bessere Lebensgefühl» aber nicht brauche, dann ist es auch egal, wenn ich hemmungslos fliege?

Es widerspräche natürlich meiner persönlichen Vorstellung eines guten Lebens, aber die ist ja bei jedem unterschiedlich. Deshalb, ja: Es kann durchaus Menschen geben, die überhaupt nichts dabei empfinden.

Wenn der Klimadruck Ihrer Meinung nach unbegründet ist, warum gibt es ihn dann doch – das schlechte Gewissen beim Vollgasgeben auf der Autobahn, die moralische Verurteilung des Nachbarn, der schon wieder in die Ferien fliegt?

Dieser gesellschaftliche Druck, den Sie beschreiben, hat mit Moral zu tun. Ämter, Universitäten, grosse Firmen: Niemand kommt mehr aus ohne ein Nachhaltigkeitsprogramm. Überall schreit man nach dem nachhaltigen Konsumenten.

Das ist doch nicht schlecht.

Das Problem ist: Es wird immer an den Einzelnen appelliert. Du darfst ein bestimmtes Lebensmittel nicht essen. Du darfst nicht so viel Auto fahren. Das macht natürlich etwas mit unseren Moralvorstellungen.

Was?

Ich unterscheide zwischen Gesinnungsethik und Verantwortungsethik. Ein Beispiel: Der Gesinnungsethiker sagt: «Ich trinke Hafermilch, weil ich etwas fürs Klima tun will. Das ist eine gute Absicht, also ist auch meine Handlung gut.» Der Verantwortungsethiker hingegen sagt: «Moment. Hilft es dem globalen Klima wirklich, dass du Hafermilch statt Kuhmilch trinkst?»

Sie sind also eine Verantwortungsethikerin und sagen: Solange es keine globale Strategie gibt, ist der Wille des Gesinnungsethikers zwar gut, aber sinnlos.

Ja, ich würde dem Gesinnungsethiker sagen: Das ist zwar schön, dass du dir diese Gedanken machst. Aber am Ende trägst du genauso wenig zum Klimaschutz bei wie der, der immer noch Kuhmilch trinkt.

In Ihrem Buch sprechen Sie von einem Moralspektakel, das hier vorgeführt werde. Was meinen Sie damit?

Der Begriff stammt vom Philosophen Philipp Hübl. Es geht um Folgendes: Menschen haben heute relativ wenig Möglichkeiten, sich voneinander abzusetzen. Kleider, Autos, Handys: Statussymbole sind heute einfacher zu erhalten als früher. So ist die Moral mehr und mehr zum Statussymbol geworden. Gerade im Bereich Klima lässt sich hier einiges herausholen.

Konkret?

Indem man sagt: «Ich lebe besonders nachhaltig. Ich bin der Mensch mit Hafer-Latte, Lastenrad und Solarzellen auf dem Dach.» Ich stehe also über dem, der weniger fürs Klima macht.

Es ist also etwas Elitäres.

Ja, denn viele dieser Nachhaltigkeitssymbole haben etwas mit einem grossen Portemonnaie zu tun. Eine Wärmepumpe, ein Elektroauto, das können sich nicht alle leisten. Das heisst: Es baut sich ein moralisches Gefälle auf, das eng mit Einkommen und Lebensort zusammenhängt.

Wo sehen Sie in Ihrem Alltag solche Moralspektakel-Aufführungen?

Ich arbeite ja an einer Universität – es vergeht hier kein Monat ohne Nachhaltigkeitsappelle. Und als ich dort mein Buch vorstellte, waren die Reaktionen nicht so prickelnd. (Lacht.)

Was ist passiert?

Ich bin beim Forum Nachhaltigkeit aufgetreten, einem hochschulweiten Austauschformat. Dort trifft man auf eine ganz spezielle Gruppe von Menschen, die sehr nachhaltig leben und ganz vorne mit dabei sind beim Moralspektakel. Ich hielt meinen Vortrag, und das Publikum reagierte – ja – mit einem wütenden Ausbruch.

Klimamoralisten sind das eine, aber es gibt ja auch viele Menschen, die es ernst meinen mit dem Klimaschutz. Die das aus eigener Überzeugung machen und nicht, um eine Moralshow aufzuführen.

Klar, es gibt viele, die aus anderen Motiven handeln: Menschen, die wirklich glauben, dass ihr individueller Beitrag das Klima rettet. Menschen, die sich ohnmächtig fühlen, aber wenigstens irgendetwas tun wollen. Oder Menschen, die heute schon einüben wollen, wie ein Leben aussehen könnte, wenn es irgendwann ein funktionierendes globales System gibt.

Insgesamt sprechen Sie von einer «grandiosen Überforderung des Konsumenten». Wo sehen Sie diese Überforderung?

Wir sollen ständig entscheiden, was klimamoralisch richtig ist. Politik und grosse Institutionen vermitteln seit Jahren: «Es kommt auf dich an. Wenn du dein Verhalten änderst, rettest du das Klima. Denn du bist als Konsument der schlafende Riese.»

Was ja auch stimmt: Boykotte stoppten das Versenken alter Bohrinseln, sie drängten Nestlé zu strengeren Regeln für Babynahrung und halfen, Eier aus Käfighaltung aus dem Supermarkt zu verbannen.

Beim Klimawandel ist die Lage anders: Es reicht nicht, wenn ein paar Millionen Deutsche oder Schweizer ihr Verhalten ändern. Dennoch wird genau das von jedem Einzelnen verlangt. Auch von jenen, die gar nicht imstande sind, zu handeln.

Wer zum Beispiel?

Eine Familie, die ihr Auto verkaufen sollte, um künftig nur noch mit dem öffentlichen Verkehr zu reisen. Auch wenn diese Familie auf dem Land wohnt und die Option, mit Zug oder Bus zu reisen, nur erschwert möglich ist.

Woran machen Sie das eigentlich fest, dass der Einzelne rein gar nichts zum globalen Klimaschutz beitragen kann?

Ich stütze mich auf Ergebnisse aus der Verhaltensökonomie und der Kooperationsforschung, die das Pariser Klimaabkommen von 2015 untersucht haben.

Ein Abkommen, das Sie als «dysfunktional und ineffektiv» bezeichnen, als «totgerittenen Gaul».

Das Problem an Paris ist: Die teilnehmenden Staaten haben zwar einen Vertrag abgeschlossen, sie haben festgehalten, wie wir den CO2-Ausstoss senken wollen. Aber es gibt keine Sanktionen, wenn sich ein Staat nicht daran hält. Das hat sogar negative Auswirkungen aufs Klima.

Wie meinen Sie das?

Wenn europäische Länder ambitioniert CO2 einsparen, denken andere Staaten: Super, dann müssen wir weniger tun. So kommt es, dass etwa CO2-intensive Produktionen in Länder abwandern mit weniger strengen Klimagesetzen.

Das heisst, die Emissionen finden trotzdem statt, einfach woanders.

Ja. Das ist aber noch nicht alles: Wenn Europa weniger fossile Brennstoffe einkauft, sinkt der Weltmarktpreis. Das führt dazu, dass Länder wie China, Indien oder Brasilien mehr Erdöl kaufen und mehr Erdöl verbrennen und insgesamt somit mehr CO2 ausstossen, als wir bei uns einsparen. Deshalb sage ich: Unser Klimaschutz verschlimmert sogar die globale CO2-Bilanz.

Gut, aber vor dem Pariser Abkommen lagen die Szenarien bei rund 3,5 bis 4 Grad Erderwärmung bis 2100. Derzeit liegen die Prognosen bei 2,5 bis knapp 3 Grad. Paris hat also doch etwas bewirkt.

Ja, aber es reicht nicht. Es ist zwar schön, wenn man kleine Verbesserungen im Promillebereich hat. Aber sie lösen das Problem nicht.

Führt diese Haltung nicht dazu, dass man resigniert und irgendwann sagt: «Das bringt ja eh nichts mehr»?

Das ist so. Aber als Wissenschafterin ist für mich der wichtigste Schritt immer Einsicht. Bei diesem Thema bedeutet das: Paris hat uns in eine Sackgasse geführt. Wir stehen immer noch da, wo wir vor Kyoto standen, dem ersten verbindlichen Uno-Klimaprotokoll von 1997. Das ist eine brutale Erkenntnis. Aber aus dieser Erkenntnis kann etwas Fruchtbares entstehen.

Was? Oder mit dem Titel Ihres Buches gefragt: Wer soll was tun?

In der Pflicht stehen die globalen politischen Akteure. Sie müssen ein System schaffen, das weltweit funktioniert.

Sie nennen dieses System einen Klimaklub der Willigen. Was bedeutet das?

Die Idee stammt von William Nordhaus, einem Wirtschaftsnobelpreisträger: Klimawillige Staaten sollen sich zu einem Klub zusammenschliessen – und sich auf einen gemeinsamen Mindestpreis für CO2 einigen. Wer nicht mitmacht, muss beim Handel mit diesen Staaten Zölle zahlen. Die Forschung zeigt, dass ein solcher Klub eine Sogwirkung entfalten kann. Wenn Europa und andere grosse Volkswirtschaften diesen Weg gehen würden, wäre der Druck auf weitere Staaten erheblich.

Aber Europa wirkt überfordert: Krieg, geopolitische Spannungen, innere Konflikte. Es scheint unrealistisch, dass wir ausgerechnet jetzt auf einen Klimaklub setzen.

Realistisch oder nicht – ich sehe dazu keine Alternative. Natürlich gibt es viele drängende Probleme, aber der Klimawandel betrifft unsere Lebensgrundlage. Es gibt kaum ein Anliegen, das schwerer wiegt.

Dennoch, die Zeit läuft uns davon. Warum also sollte nicht beides möglich sein: jetzt bereits klimafreundlicher zu handeln und parallel dazu den Klimaklub der Willigen aufzubauen?

Wir verlieren Zeit, ja. Aber wir verlieren sie wegen Instrumenten wie dem Pariser Abkommen. Sie täuschen uns, lenken uns ab, geben uns das Gefühl, etwas gegen den Klimawandel zu tun. Solche Projekte sind politisch bequem, man kann zeigen: Seht her, wir tun was. Doch dieses «Weiter wie bisher» bindet alle Kräfte, und der Klimaklub wird verschoben. Hinzu kommt, dass dieser Klub weh tun würde, er würde viel Geld kosten und viel diplomatisches Fingerspitzengefühl erfordern.

Wenn wir aber sagen: Lassen wir das mit dem individuellen Klimaschutz. Fehlt dann nicht gerade das, was am wichtigsten wäre – der Druck der Gesellschaft auf die Politik?

Der Druck ist ohnehin da. Wenn man Studien anschaut, zum Beispiel für Deutschland, dann steht das Thema für die meisten Bürger ganz weit oben. Sie sind sogar bereit, Einschnitte in Kauf zu nehmen. Diesen Konsumentendruck gibt es schon seit Jahrzehnten – und es tut sich nichts. Deshalb habe ich die Hoffnung verloren, dass diese Instrumente wirklich wirken, um unsere Ziele zu erreichen.

Was braucht es dann?

Ich befürchte, dass erst etwas Schlimmes passieren muss, bis sich wirklich etwas bewegt – auch wenn ich uns das nicht wünsche.

Was meinen Sie damit?

Zum Beispiel eine ganz verheerende Überschwemmung oder eine schlimme Dürre: Dann könnte sich etwas bewegen. Es wäre schön, wenn wir uns aus einer Situation der Ruhe und der Rationalität für das Richtige entscheiden würden, aber ich fürchte, dass das erst passiert, wenn die Angst dazukommt.

Der Druck entstehe also erst, wenn sich der Klimawandel in einer noch drastischeren Form als wie bis anhin zeige, sagen Sie. Bis dieser Tag X kommt: Was würden Sie Menschen raten, die bereits jetzt nachhaltiger sein wollen?

Ein nachhaltiges Leben zu führen, halte ich für klug. Einfach ohne moralischen Fingerzeig. Und was wir tatsächlich alle tun sollten: Bäume pflanzen. Entweder im Garten oder indem wir Geld in Aufforstungsprojekte investieren.

Bäume pflanzen?

Ja, Aufforstung ist eines der wenigen Dinge, von denen wir ziemlich sicher sagen können, dass sie dem Klima heute und in Zukunft nützen.

Professorin in der Minderheitsposition

Frauke Rostalski ist Professorin für Strafrecht und Rechtsphilosophie an der Universität zu Köln. Seit 2020 ist sie Mitglied des Deutschen Ethikrats – eines Gremiums, das Politik und Öffentlichkeit zu komplexen Themen berät, unter anderem zum Klimawandel. Ihr neuestes Buch ist eine Reaktion auf die Klimadebatte im Ethikrat.
https://www.nzz.ch/gesellschaft/frau-rostalski-duerfen-wir-jetzt-wieder-hemmungslos-herumfliegen-ja-sie-duerfen-hemmungslos-ld.1916671


Le Monde, January 7     

Fabrice Raffin, sociologue : « L’écologie contredit la fonction symbolique d’une partie des pratiques culturelles »

Dans le secteur culturel, la transition écologique fait entrer en collision deux récits incompatibles, souligne le sociologue, dans une tribune au « Monde » : celui de l’écologie, qui impose la limite, et celui des réjouissances culturelles, qui reposent encore sur l’abondance et l’exubérance.

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Depuis quelques années, le milieu culturel s’est lancé dans une transition écologique à marche forcée : chartes, labels verts, bilans carbone, résidences en « mobilité douce », scénographies allégées.

On peut saluer l’effort, mais il faut aussi regarder ce qui se joue derrière cette agitation. Car l’écologie, telle qu’elle est mise en scène aujourd’hui, fonctionne souvent comme un discours de fin du monde : un récit eschatologique où tout serait sur le point de basculer, et où chacun devrait apprendre à se restreindre avant qu’il ne soit trop tard. On demande alors au secteur culturel de s’y conformer, comme si cette mutation allait de soi. Elle ne va pas de soi du tout.

Les pratiques culturelles n’ont jamais été homogènes : certaines relèvent de l’intime, du lent, du presque silencieux. D’autres, au contraire, monumentales, grandioses, exubérantes, engagent des formes de réjouissances collectives où la profusion, l’abondance et le gaspillage constituent le cœur même de l’expérience, qu’il s’agisse d’un concert de 100 000 personnes, d’œuvres monumentales, de tournées mondiales.

Or ces effervescences collectives ne sont pas des détails. Elles activent un ressort anthropologique essentiel, existentiel : la dépense collective. On la retrouve dans le don ostentatoire, la dépense souveraine, l’exubérance ritualisée qui suspend brièvement l’ordre du quotidien. Dépenser, c’est montrer que la communauté tient encore debout. Dans ce sens, l’art lui-même fonctionne souvent comme une prodigalité culturelle : un espace où la nécessité perd momentanément ses droits.

Ces mécanismes sont bien présents dans les mondes culturel et artistique, où les publics attendent que « quelque chose déborde » : une intensité, une générosité, une opulence symbolique et réelle. Le public y est sensible, les élus aussi, les artistes tout autant : un imaginaire du plus que nécessaire où les célébrations somptuaires rassurent parce qu’elles donnent l’impression que, malgré les crises, il reste un surplus de vie. L’art et la fête, au sens large, relèvent encore de rituels performatifs de dépense, et de moments où une société affirme qu’elle n’est pas entièrement gouvernée par la rareté.

Un renoncement

C’est exactement là que l’écologie vient percuter le secteur : non seulement parce qu’elle impose de « faire moins », mais parce qu’elle contredit la fonction symbolique d’une partie des pratiques culturelles. Organiser une fête sobre, ou tenter d’encadrer les prodigalités artistiques dans un régime de décroissance, revient à demander à ces moments d’exubérance maîtrisée de renoncer à leur propre logique.

La transition écologique touche en réalité quelque chose de bien plus profond : la manière dont les sociétés utilisent la dépense, l’excès et l’opulence pour se rassurer, même brièvement. D’où la contradiction structurelle dans laquelle se débattent aujourd’hui les acteurs culturels : ils annoncent vouloir réduire les déplacements, mais dépendent de la circulation des artistes ; ils prônent la sobriété, mais l’économie de l’événementiel valorise la démesure ; ils parlent de relocalisation, tout en restant pris dans des infrastructures globalisées.

Ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est la structure même du secteur : une économie matérielle carbonée soutenant un imaginaire de profusion que l’art, comme les rituels de dépense, continue de nourrir.

J’ai défendu ailleurs que, tant que l’écologie n’est pas ressentie comme une urgence vécue, il est illusoire d’espérer un renoncement profond à des modes d’existence occidentaux dont le confort matériel ne relève pas seulement du bien-être, mais d’une idée plus existentielle d’émancipation.

Ces modes de vie se sont construits historiquement sur la possibilité de s’affranchir du vivant, de ses aléas, de ses contraintes, de ses dangers, pour conquérir une forme de liberté entendue comme sortie durable des besoins primaires et de la survie. Le bien-être n’y a jamais été seulement un état matériel ; il a été construit comme une condition existentielle de l’autonomie individuelle, étroitement liée à la consommation, à la mobilité et à la maîtrise de l’environnement.

Liberté conquise contre la nature

Cette logique d’émancipation n’a pas seulement structuré les pratiques quotidiennes : elle a profondément façonné notre manière d’habiter culturellement le monde. Les fêtes, réjouissances et débordements culturels, le tourisme de masse, en constituent des expressions condensées : une société s’y dit « vivante » lorsqu’elle peut dépasser la stricte nécessité, produire de l’inutile, et suspendre, même brièvement, la pesanteur des contraintes naturelles et sociales. L’art opère de manière analogue, en ouvrant des espaces symboliques et imaginaires où la limite semble temporairement neutralisée.

Tant que l’écologie ne parvient pas à s’imposer comme une expérience concrète de l’urgence – et non comme un horizon abstrait ou moral de fin du monde –, elle se heurte nécessairement à cet imaginaire puissant de la liberté conquise contre la nature, que la culture et l’art continuent d’activer.

Renoncer à la profusion ne revient donc pas seulement à modifier des comportements ; c’est toucher à une fonction sociale qui structure l’histoire occidentale et qui, aujourd’hui encore, sert de preuve tangible de liberté et de bien-être, dans la culture, dans l’art. C’est altérer une manière de se rassurer collectivement en s’imaginant affranchis de la nature, alors même que cette illusion – nourrie par la consommation, la mobilité, mais aussi par les exubérances culturelles – est précisément ce que l’écologie vient mettre en crise.

La difficulté actuelle du secteur culturel ne vient donc pas d’un manque de volonté, mais de la collision entre deux récits incompatibles : celui de l’écologie, qui impose la limite, et celui des réjouissances culturelles, qui reposent encore sur la démonstration d’une abondance possible. Tant que cette collision n’est pas pensée pour ce qu’elle est, l’injonction écologique restera un discours performatif qui s’ajoute au reste sans le transformer.

Fabrice Raffin est maître de conférences en sociologie à l’université de Picardie-Jules-Verne et chercheur au laboratoire Habiter le monde.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/07/fabrice-raffin-sociologue-l-ecologie-contredit-la-fonction-symbolique-d-une-partie-des-pratiques-culturelles_6660848_3232.html


L’Express, January 6    

Se chauffer sans charbon : en Pologne, le défi qui pourrait profiter à Veolia

Energie. La Pologne dispose d’un des réseaux de chaleur urbain les plus étendus d’Europe, mais il reste fortement alimenté par le charbon. Un relais de croissance pour le groupe français Veolia, qui entend moderniser les centrales du pays.

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L’année 2025 aura été prolifique pour la Pologne, qui a fait tomber plusieurs records. Des plus anecdotiques, comme la pêche du plus gros silure jamais enregistrée – un monstre de 2,92 mètres attrapé courant octobre par deux amateurs dans un lac du sud-est. Aux plus sérieux, à l’image des très bons résultats économiques du pays, parmi les meilleurs du continent. “Nous sommes devenus la vingtième économie du monde”, annonçait même en juillet le Premier ministre Donald Tusk.

Autre bonne nouvelle, cette fois sur le plan énergétique : en juin, les renouvelables ont fourni plus d’électricité (44,1 %) que le charbon (43,7 %). Une grande première pour une nation accro au lignite. Le signe d’une transition qui s’accélère, avec l’essor du solaire et de l’éolien. Mais cette avancée n’éclipse pas le long chemin qu’il reste à parcourir. Car la décarbonation ne se limite pas seulement à l’électricité. Un autre aspect tout aussi essentiel est souvent relégué au second plan : la chaleur. Sur ce point, “la Pologne est à la croisée des chemins, prévient dans un rapport le think tank Forum Energii, basé à Varsovie. La hausse des coûts du carburant, le vieillissement des infrastructures et la pression croissante pour réduire les émissions rendent le maintien du statu quo de plus en plus insoutenable”.

Pour se chauffer, le pays dispose d’un des réseaux de chaleur urbain les plus étendus d’Europe. Héritage de l’époque soviétique, les près de 23 000 kilomètres de tuyaux – soit trois fois plus qu’en France – desservent 40 % des ménages, les bâtiments publics, les écoles et les hôpitaux. “Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu une vraie politique d’Etat pour développer ce mode d’approvisionnement en chaleur”, confirme Clémence de Pommereau, partenaire associée au cabinet de conseil E-Cube. Or, ces réseaux demeurent biberonnés au charbon (61 %), que le pays importe en partie. Le gaz naturel arrive loin derrière (13 %). “Etant donné le contexte géopolitique, il est vital pour la Pologne de penser à la transition de ces usages vers des solutions qui apportent davantage de souveraineté”, poursuit la spécialiste des questions énergétiques. Une réflexion dans laquelle Veolia compte bien peser.

L’Europe de l’Est, un marché dynamique

Si l’entreprise est surtout connue en France pour sa gestion de l’eau et des déchets, elle est davantage considérée comme un acteur de l’énergie en Pologne. Non sans raison : le géant y est le plus grand opérateur de réseaux de chaleur. Il dessert environ trois millions d’habitants, dont plus de la moitié des résidents de Poznan. La cinquième ville du pays lui sert d’ailleurs de vitrine pour la décarbonation de ses activités en Europe centrale.

Fin novembre, Veolia y a inauguré une centrale de “cogénération”, que L’Express a visitée. Avec cette installation, qui lui a coûté 250 millions d’euros, l’entreprise compte se passer totalement du charbon pour le chauffage d’ici la fin de la décennie. “Ce projet, c’est 6 500 wagons de ce combustible en moins par an”, pointe Luiz Hanania, directeur du groupe dans le pays. Le gaz prendra le relais dans un premier temps, complété par de la biomasse et la récupération de la “chaleur fatale” de la fonderie Volkswagen et d’un data center voisins. Veolia se tournera ensuite vers la géothermie pour sevrer le système de tout élément fossile à horizon 2050.

“Au lieu de vendre ou fermer nos centrales à charbon, nous avons préféré les transformer”, explique Estelle Brachlianoff, la directrice générale de Veolia. Le groupe croit dur comme fer au potentiel des réseaux de chauffage urbain, identifiés comme un levier de croissance. Depuis 2018, il a déjà déboursé 700 millions d’euros, sur une enveloppe totale d’1,6 milliard, pour moderniser des centrales en Pologne, Allemagne, Hongrie et République tchèque. Ces fonds engagés visent aussi à consolider sa présence dans la région. “En Europe centrale et de l’Est, toutes les villes, même les plus petites, sont dotées de réseaux de chaleur, analyse Clémence de Pommereau. On s’attend à ce que ce marché y soit très dynamique au cours des prochaines années.”

Mais pour mener à bien sa transition, la Pologne doit encore relever de nombreux défis. Les réseaux modernisés et capables d’éliminer progressivement l’utilisation de charbon sont minoritaires. “Les investissements dans des technologies innovantes restent limités”, constate Forum Energii, qui pointe le besoin de financements stables et de long terme. “Il y a globalement peu de subventions publiques, malgré un cap réglementaire qui ne bouge pas”, admet Estelle Brachlianoff. Si le pays ne dispose pas d’équivalent du Fonds Chaleur français, divers systèmes de soutien s’en rapprochent. Auxquelles s’ajoutent plusieurs enveloppes financières européennes.

Chaque réseau de chaleur étant spécifique, les opérateurs doivent trouver le modèle économique adapté. A Poznan, Veolia a obtenu de la municipalité une augmentation de tarif et un contrat courant sur dix-sept ans. En plus de la chaleur, les turbines de la centrale de cogénération produiront également de l’électricité. Le groupe s’assurera ainsi un complément de revenu en la revendant sur le réseau national. “La chaleur, c’est le royaume des petits ruisseaux qui font les grandes rivières”, décrit la patronne française. Suffisant pour que la Pologne fasse tomber de nouveaux records en 2026?

https://www.lexpress.fr/environnement/se-chauffer-sans-charbon-en-pologne-le-defi-qui-pourrait-profiter-a-veolia-U54GMXWMTJCNLL34OH624JD2ZQ/