I.1. Liberalism vs. Socialism

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Contrepoints, January 19

Le mythe de l’Etat providence ou comment les pays à faible imposition offrent les meilleurs systèmes de protection sociale au monde

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Deux chercheurs, Stefan Fölster et Nima Sanandaji, viennent de publier un rapport pour le think tank Institute of Economic Affairs qui contredit magistralement l’idéologie de la gauche sur l’imposition, les politiques sociales et le service public. Les auteurs, dont l’analyse a porté sur 23 pays développés, démontrent que ce sont les Etats à faible fiscalité (avec des prélèvements à moins de 35 % du PIB) qui réussissent le mieux. En tête du classement, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse : leurs résultats sont les meilleurs dans les secteurs de la santé, de l’emploi, de l’éducation ; en bas, le Portugal, l’Espagne, la Grèce. La France est mal classée, à la 18e place (voir le tableau plus bas). Cela confirme ce que nous n’arrêtons pas de dire : le marché est plus efficace que l’Etat interventionniste et peut très bien remplir ses missions. Dépenser beaucoup d’argent public n’améliore pas l’état d’un pays. Les chercheurs sont formels : « L’économie de marché, pensait-on, peut produire de la richesse matérielle, mais elle ne peut fournir aucun des autres biens auxquels nous accordons de la valeur, tels que la lutte contre la pauvreté, l’inclusion sociale, l’éducation, le logement abordable ou les soins de santé (sans parler des biens immatériels comme la justice ou la cohésion sociale). L’économie de marché peut produire de la richesse matérielle, mais tout le reste doit être fourni par l’État. Plus l’État est vaste et englobant, meilleurs seront les résultats sociaux, et si cela implique une forte pression fiscale, le prix à payer est largement justifié. Or, c’est faux. Ce sont souvent les modèles à faible imposition et à État minimal qui excellent en matière de performance sociale, et ce sont souvent les modèles à forte imposition et à État interventionniste qui rencontrent des difficultés. »

Ce rapport remet en cause les théories en faveur d’une forte imposition et de la redistribution, soutenues par Piketty et autres Zucman et reprises par les politiques. C’est un travail qui devrait être distribué à tous les décideurs politiques pour qu’on en finisse avec l’Etat providence.

https://contrepoints.org/le-mythe-de-letat-providence-ou-comment-les-pays-a-faible-imposition-offrent-les-meilleurs-systemes-de-protection-sociale-au-monde/


L’Express, January 17            

Mercosur : et si l’Europe sauvait la France de ses démons ? Par Philippe Goetzmann

Idées. Pour cet expert en agroalimentaire, l’accord UE-Mercosur est à la fois une opportunité économique majeure pour la France et le révélateur implacable de ses renoncements et de son décrochage productif.

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La position française sur le Mercosur, quasi unanimement défavorable parmi les partis politiques, est révélatrice d’un mal profond : négation des faits, absence de projection d’avenir, refus de la réalité du monde. Incapable de jouer ses atouts, le pays se complaît dans ses travers et se recroqueville sur ses “modèles” jamais copiés, son passé révolu, son étatisme anesthésiant. L’Europe fera-t-elle notre bonheur malgré nous? C’est bien possible.

En débat depuis 25 ans, l’accord sera donc signé ce 17 janvier, malgré l’opposition d’une France bien isolée dans cette affaire. Il n’est absolument pas l’abomination qu’on laisse entendre et il offre de belles perspectives. Il ouvre des débouchés pour nos productions alors que notre demande intérieure va se tarir par le déclin démographique. Sans croissance de nos exportations notre production entrera en décroissance.

Un outil d’autonomie stratégique

Il est aussi un outil d’autonomie stratégique, en diversifiant nos marchés d’exportation. En 2024, ce qui nous restait d’excédent commercial correspondait au solde des vins et spiritueux, et à notre excédent sur l’Amérique du Nord, donc des consommations non essentielles à la merci de Donald Trump. Le 23 décembre, le président Xi Jinping décidait d’appliquer des droits de douane de 20 à 40 % sur ses importations de produits laitiers (la Chine pèse 10 % de nos exportations en produits laitiers, jusqu’à 30 % sur la crème). Laisser l’Amérique du Sud à la Chine et aux Etats-Unis semble bien risqué!

Aujourd’hui, il serait irresponsable de rejeter une négociation si longue par la seule volonté d’une partie d’un secteur d’un seul pays. Nous craignons le Mercosur, mais c’est avec nos partenaires européens que la balance commerciale se dégrade vertigineusement depuis vingt ans. C’est-à-dire avec des économies soumises à la même Politique agricole commune (PAC), qui usent de la même monnaie, suivent les mêmes normes environnementales. Si nous avons tant perdu, c’est parce que nous, Français, avons saboté notre agriculture comme nous avons saboté notre industrie. Simplement, les champs ne se délocalisant pas, ils crient encore leur colère. Excès de fiscalité, coût du travail et surtranspositions ont ruiné notre compétitivité.

De plus, à force de nous auto-congratuler de nos ” modèles français “, nous avons oublié l’objectif de la production qui est de répondre aux besoins des clients. En agriculture, nous avons cru qu’il fallait produire comme toujours, avec des formes d’exploitations héritées de l’histoire pour des formes de consommation intangibles.

La volaille est caricaturale de nos errements : nous étions les leaders incontestés du poulet prêt-à-cuire. La demande de volaille a explosé sous forme de plats préparés, de salades et de sandwichs. Nous avons tardé à changer de modèle et nous avons limité le développement des bâtiments d’élevage pour y répondre. Aujourd’hui nous importons la moitié de nos volailles de Pologne, de Belgique, d’Ukraine.

La Pologne est d’ailleurs elle aussi rétive à l’accord. Il est très compréhensible que le loup polonais ne soit pas pressé d’avoir un concurrent brésilien dans la bergerie française. On a beaucoup parlé du contingent de boeuf prévu par l’accord, qui représente un steak par an et par Européen. En volaille, l’accord prévoit l’importation de 180 000 tonnes pour toute l’Europe alors qu’aujourd’hui la France seule importe 253 000 tonnes de Pologne et 207 000 tonnes de Belgique! Le débat a quitté tout cadre rationnel.

Révélateur de nos incuries

Le Mercosur est un potentiel majeur pour nos économies. Mais c’est aussi le révélateur de nos incuries. Nombre d’agriculteurs rejettent l’accord car ils ne croient plus en la capacité de l’Etat ni à faire respecter l’équité de concurrence, ni à peser à Bruxelles, ni à rétablir un cadre de jeu qui leur permette d’exprimer leurs remarquables compétences et le potentiel exceptionnel de nos terroirs. Face aux orages du monde, nous ne savons plus que réclamer des parapluies.

Le libre-échange a des vertus. En nous confrontant à la concurrence des productions et des consommations étrangères, elle fait progresser nos techniques, outils, “process”, produits. Nous avons besoin d’accords commerciaux pour sécuriser la relation commerciale, lui donner un cadre juridique et une pérennité. Chaque jour qui passe, la géopolitique le rappelle.

L’accord entraînerait, il est vrai, une concurrence importante de l’Amérique du Sud pour quelques filières fragilisées : la viande bovine, la volaille, le sucre notamment. La bonne réaction de la France serait de dire : cet accord est nécessaire. Par conséquent, mettons en oeuvre un plan d’attaque pour en réaliser le potentiel export et un plan de redressement de la compétitivité des filières les plus à risque.

Dans le fracas du monde, notre marché intérieur est l’Europe. Nous y perdons des parts de marché. Mercosur ou pas, les efforts de rétablissement de la production seront à faire et, s’ils sont faits, nous n’aurons plus à craindre ces accords de libre-échange.

Alors, souhaitons qu’en signant, l’Union Européenne sauve la France de ses démons.

*Philippe Goetzmann est expert en agroalimentaire et chercheur associé au think tank GenerationLibre.

https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/mercosur-et-si-leurope-sauvait-la-france-de-ses-demons-par-philippe-goetzmann-T4WKNKE6LZHXHCL36JKHHT4OSE/


Frankfurter Allgemeine Zeitung, January 17        

Die aktuelle soziale Marktwirtschaft ist der SPD nicht sozial genug

Die Sozialdemokraten setzen im Superwahljahr 2026 auf das Thema Gerechtigkeit. Links findet Fraktionsvize Armand Zorn das nicht. Er sagt: „Wir sind eine wirtschaftsfreundliche Partei.“

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Erst der „Deutschland-Korb“ mit günstigen Lebensmitteln, dann das Erbschaftssteuerkonzept, schließlich noch der Plan für die neue Elektroautoprämie: Derzeit vergeht kaum ein Tag, ohne dass die SPD mit einem wirtschaftspolitischen Vorstoß in Berlin für Schlagzeilen sorgt. Dass Wirtschaftsthemen 2026 ganz oben auf der politischen Agenda stehen sollten, wie Kanzler Friedrich Merz (CDU) in seinem Neujahrsbrief an die Regierungsfraktionen schrieb, sieht man offenbar auch bei den Sozialdemokraten so.

Was konkret jetzt zu tun ist, darüber gehen die Meinungen allerdings auseinander. Vor allem die Erbschaftssteuerpläne der SPD kommen in der Union nicht gut. Nachdem sie diese nicht verhindern konnte, grätschte die CDU-Seite am Freitag aber Umweltminister Carsten Schneider (SPD) dazwischen. Der musste seine Pressekonferenz zu den Elektroautoprämien kurzfristig absagen. Es gebe noch Abstimmungsbedarf, hieß es.

Gesucht: Auswege aus dem Umfragetief

Die zahlreichen Vorstöße der SPD kommen nicht überraschend. In diesem Jahr stehen fünf Landtagswahlen an. In bundesweiten Umfragen ist die Partei teils auf 13 Prozent abgesackt. In Sachsen-Anhalt muss sie bangen, ob sie es überhaupt noch einmal in den Landtag schafft. Die Bundestagsfraktion hat in ihrer Jahresauftaktklausur kürzlich die Marschroute festgelegt, wie die SPD aus dem Umfragetief herauskommen soll: „Eine neue und wirkliche soziale Marktwirtschaft“ will die Partei aufsetzen. Die aktuelle soziale Marktwirtschaft ist der SPD nicht sozial genug.

„Die Wirtschaft wird nicht dadurch wieder wettbewerbsfähig, indem wir die Sozialstandards drücken“, sagt der für Wirtschaft zuständige Fraktionsvize Armand Zorn im Gespräch der F.A.Z. „Nicht eine Verlängerung der Arbeitszeit um drei oder fünf Stunden macht uns langfristig erfolgreich, sondern mehr digitale Wertschöpfung.“ Ohne die beiden beim Namen zu nennen, stellt sich Zorn damit gegen Merz und CSU-Chef Markus Söder. Beide hatten in den vergangenen Tagen mehr Arbeitseinsatz gefordert.

Zorn gehört in seiner Partei den „Netzwerkern“ an, die sich zwischen der Parlamentarischen Linken und den konservativen Seeheimern positionieren. Bevor er die Politik zum Beruf machte, arbeitete er als Unternehmensberater bei PWC. Die Pläne seiner Fraktionskollegen zur Erbschaftsteuer, die sowohl in der Union als auch in der Wirtschaft auf viel Ablehnung stoßen, trägt Zorn ausdrücklich mit. „Ein guter Vorschlag“ sei das. „Wir haben in Deutschland eine sehr hohe Vermögenskonzentration. Alle Umfragen belegen, dass sich die Menschen eine Reform wünschen.“

„Auch 30 Millionen Freibetrag hätten nichts geändert“

Das Konzept sieht vor, Erben großer Betriebsvermögen nicht mehr wie bislang weitgehend von der Erbschaftsteuer zu verschonen. Für private Vermögen soll es nach den Plänen der SPD einen Freibetrag von einer Million Euro geben, für betriebliche fünf Millionen Euro. „85 Prozent der mittelständischen Unternehmen liegen unter der Grenze und würden keine Erbschaftsteuern zahlen“, sagt Zorn. Die Kritik der Familienunternehmer ficht ihn nicht an. „Die Schlagzeile für die Pressemitteilung war schon fertig, bevor unser Vorschlag kam“, meint er. „Wir hätten auch zehn, 20 oder 30 Millionen Euro Freibetrag für Unternehmen sagen können – es hätte nichts geändert.“

Aiko Wagner ist Politikwissenschaftler an der FU Berlin. Er analysiert die Lage so: „Die SPD konzentriert sich aktuell auf ihr Brot-und-Butter-Geschäft: soziale Gerechtigkeit. Sie knüpft damit an den Wahlkampf 2021 an, als Olaf Scholz mit dem Schlagwort ,Respekt‘ ja durchaus erfolgreich war.“ Wie Zorn verweist auch Wagner auf den Gini-Koeffizienten, demzufolge die Vermögensungleichheit in Deutschland größer ist als in anderen Ländern. „Ungleichheit wird nicht erarbeitet, sie wird vererbt“, sagt er. „Deshalb ist es inhaltlich nachvollziehbar, dass sich die SPD jetzt die Erbschaftsteuer vornimmt.“ Auch die gestiegenen Lebenshaltungskosten zum Thema zu machen, sei politisch klug. „Es sind nicht nur Menschen am unteren Ende der Einkommensskala, die die Inflation als Problem wahrnehmen. Das treibt die Hälfte der Gesellschaft um, bis zum Medianeinkommen.“

Die CDU driftet nach rechts, die SPD nach links

In der klassischen Wirtschaftspolitik könne die SPD dagegen nicht viel gewinnen, sagt Wagner weiter. „Wirtschaftskompetenz assoziieren viele Wähler eher mit der Union.“ Generell sei es so: „Wenn Parteien am Rand gewinnen, bewegen sich die Parteien der Mitte oft auch in diese Richtung. Die CDU in Richtung der AfD, die SPD in Richtung der Linken.“ Für die SPD liegt dort auch ein relevanter Teil ihres Wählerpotentials. „Die frustrierten Arbeiter, die zur AfD abgewandert sind, wird die SPD nicht mehr zurückgewinnen. Manche Linken-Wähler schon eher“, sagt Wagner.

Was dieser Tage in Berlin auffällt: Der Blick der Sozialdemokraten auf die aktuelle wirtschaftliche Lage fällt deutlich wohlwollender aus als der der Union. Das Fraktionspapier sieht Deutschland an der „Spitze der Weltwirtschaft“. Dass die Wirtschaftsleistung in Deutschland seit 2019 so gut wie gar nicht gewachsen ist, die der USA dagegen um zwölf Prozent und die Chinas sogar um 30 Prozent, kommt nicht vor. Als SPD-Fraktionschef Matthias Miersch kürzlich skizzierte, wie die Wirtschaft wieder wettbewerbsfähig werden soll, nannte er nicht niedrigere Steuern und Lohnnebenkosten, sondern Tariftreue und „stabile Löhne“. In der Union löste das Befremden aus.

„Die Unterstellung, dass die SPD sich nicht um die Wirtschaft kümmert, entspricht einfach nicht der Realität“, hält Armand Zorn dagegen. Jeder SPD-Abgeordnete wisse um die schwierige Lage, jeder habe ein Interesse, dass es mit der Wirtschaft bergauf gehe. „Wir sind eine wirtschaftsfreundliche Partei, und ich finde, unser Track-Record zeigt das auch“, sagt Zorn. „Ohne die SPD gäbe es das Sondervermögen mit 500 Milliarden Euro nicht. Der Investitionsbooster stand ursprünglich in unserem Wahlprogramm, als Made-in-Germany-Bonus.“

In puncto Arbeitszeiten ist Zorn bei der CDU

Aus seiner Sicht sollte sich die Wirtschaftspolitik jetzt vor allem darauf konzentrieren, dass Deutschland bei digitalen Geschäftsmodellen besser wird. Eine frühere Senkung der Körperschaftsteuer, wie die Union sie fordert, ist für ihn nicht prioritär, die Senkung der Stromsteuer für alle Verbraucher schon. Beim Thema Arbeitszeitgesetz kommt Zorn aber der Union entgegen: „Aus meiner Erfahrung als ehemaliger Unternehmensberater weiß ich, dass viele Arbeitnehmerinnen und Arbeitnehmer mehr Flexibilität zu schätzen wissen. Für gewisse Berufsgruppen macht es daher Sinn, die Arbeitszeit wöchentlich zu regeln.“

Was dem SPD-Fraktionsvize noch wichtig ist: „Es bringt nichts, alles schlechtzureden. Wir brauchen da eine bessere Balance.“ Im Ausland schaue man viel positiver auf Deutschland als im Inland. „Wir haben nach wie vor gute Standortbedingungen.“

https://www.faz.net/aktuell/wirtschaft/die-aktuelle-soziale-marktwirtschaft-ist-der-spd-nicht-sozial-genug-110820554.html?premium=0x34f2ccaebe310f2d64a0eeae3c7dba09e53235b333f06bbef9b6c6bbe2bdfa05


Contrepoints, January 16

Sébastien Martin : le protectionnisme est un jeu à somme négative

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« Les institutions européennes doivent passer d’une logique de gestion d’un marché intérieur à une véritable protection de celui-ci »C’est ce qu’a déclaré Sébastien Martin, le ministre de l’Industrie, dans un entretien au JDD. Il estime ainsi que le protectionnisme est nécessaire pour protéger les entreprises de la concurrence chinoise dans certains secteurs (acier, chimie, automobile…), sans pour autant « basculer dans un protectionnisme généralisé comme le fait Donald Trump ».

Voici pourtant une chose que le ministre ne dit pas : cela fait bien longtemps que l’UE a abandonné une logique de marché. Comme Iref-Contrepoints le rappelait dans un récent article, l’accumulation des réglementations à échelle nationale et intra européenne implique des coûts considérables pour les entreprises. C’est la raison pour laquelle certaines entreprises étrangères produisent à moindre coût : l’UE a cessé depuis longtemps d’être un espace de libre-échange.

Ce que le ministre ne dit pas non plus, c’est que le protectionnisme au nom de la lutte contre une prétendue concurrence « déloyale » (un adjectif opportun pour disqualifier des concurrents plus compétitifs), ou contre le « dumping », est un sophisme économique qui implique une hausse artificielle des coûts pour les consommateurs. Il y a en effet ce que l’on voit, et ce que l’on ne voit pas : ce que l’on voit, c’est la satisfaction, de quelques producteurs, de voir leurs produits vendus à un prix similaire à ceux de leurs concurrents étrangers ; ce que l’on ne voit pas, c’est que les consommateurs paieront plus cher qu’ils ne le devraient à cause des taxes, quotas ou subventions imposées par le gouvernement. Au final, le protectionnisme est un jeu à somme négative qui enrichit quelques-uns au détriment de tous les autres.

Sébastien Martin se défend de tout protectionnisme généralisé, comme s’il existait un protectionnisme vertueux. Il n’existe pourtant que des barrières plus ou moins visibles qui renchérissent les coûts et appauvrissent les consommateurs.

https://contrepoints.org/sebastien-martin-le-protectionnisme-est-un-jeu-a-somme-negative/


Le Point, January 15         

Libéraux malgré eux : ce que les Français attendent vraiment de l’État

Une étude documente les paradoxes français vis-vis du libéralisme, entre méfiance vis-à-vis de l’économie de marché et attachement à l’autonomie.

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Le succès de Javier Milei en Argentine a inspiré de nombreux politiques. David Lisnard, Éric Ciotti ou Sarah Knafo se sont emparés des slogans du président sud-américain, reprennent en chœur « Vive la liberté ! ». Reste à savoir si miser sur un libéralisme jusqu’au-boutiste en France serait une stratégie payante. La récente opposition de la classe politique, soutenue par une grande partie de l’opinion, à la signature du Mercosur indique le contraire. Et le sondage qui suit ajoute un clou dans le cercueil.

L’étude, réalisée par OpinionWay et mandaté par le think tank libéral Les Panthères roses, montre que les Français, en moyenne, ne semblent pas si prompts à pareille rupture. Nous serions loin d’un vent de liberté radical en France, mais plutôt proches de ce que Monique Canto-Sperber, philosophe, nommait dans Le Point en juin dernier « un libéralisme populaire » : un attachement aux droits individuels, à la sécurité économique garantie par des institutions et à l’État de droit. Un État présent mais contenu.

Libéraux mais « anti-marché »

À rebours donc des tentations libertariennes de certains candidats inspirés par la tronçonneuse de Javier Milei, les résultats montrent une méfiance profonde de la majorité des Français envers l’économie de marché. « Cette méfiance est culturelle, très ancrée dans les têtes. Croire qu’on puisse changer à court terme la vision des Français sur ce sujet me paraît illusoire. C’est le fruit d’une longue construction historique », estime l’économiste Guillaume Bazot, auteur d’une note d’analyse sur l’étude.

Pourtant, plus de la moitié des sondés se revendiquent eux-mêmes comme « libéraux »« Il y a un rejet clair du libéralisme économique. En revanche, on note une vraie adhésion au principe d’autonomie individuelle. C’est en ce sens qu’ils se disent libéraux. Beaucoup estiment justement que le marché n’est pas légitime, car il est vu comme une menace pour cette autonomie, notamment parce qu’il serait un facteur d’inégalités et de pauvreté. »

Alors, la France est-elle de gauche et anti-marché ? Pas si vite. Sur les sujets économiques, la majorité des Français ne semble pas très ouverte à une libéralisation de l’économie mais, sur les sujets sociétaux, une forme de conservatisme modéré se dessine. L’étude le résume ainsi : un compromis entre autonomie personnelle, conservatisme moral et quête de cohésion. Mais parler des « Français », sans distinction, est un peu grossier. Dans leur rapport au libéralisme, les sondés, selon leur sensibilité politique, affichent des réponses différentes.

« Les électeurs de gauche, farouchement opposés au néolibéralisme économique, se déclarent moins libéraux mais sont en fait les plus libéraux sur les mœurs. Et les électeurs plus à droite se déclarent libéraux car ils sont attachés à leur autonomie et à la défense des libertés fondamentales », note Guillaume Bazot, qui explique ce contraste par une raison simple : « Ils ne répondent pas à la même question. Tout le monde n’est pas d’accord sur ce qu’il entend par libéralisme. »

Un air de « en même temps »

Les sondés se rapprocheraient de ce que l’économiste appelle « un libéralisme républicain et social », qui « refuse à la fois le libéralisme économique classique, l’étatisme centralisé et le conservatisme autoritaire ». Pas vraiment la définition radicale du libéralisme – c’est-à-dire « laisser faire le marché et les mœurs ». Les Français semblent reprendre un vieux refrain que l’on connaît bien : culturellement, ils sont prudents et « en même temps » ouverts ; économiquement, ils souhaitent un État capable de protéger et « en même temps » ils refusent qu’il devienne intrusif ou planificateur… Jusqu’à se demander : les Français sont-ils macronistes, version 2017 ?

« Prises dans leur ensemble, les réponses livrent plusieurs paradoxes, en effet. D’où cette impression du “en même temps” ? Au fond, l’idée de Macron en 2017 était d’ailleurs bien celle d’essayer d’embrasser toutes ces contradictions. Sauf que cela a été un échec. » Sans doute qu’Emmanuel Macron, en se réclamant du libéralisme (sans avoir vraiment mené une telle politique), a dégoûté les Français de cette vision. Au regard du bilan de plus de sept ans de « en même temps », les résultats disent, selon Guillaume Bazot, autre chose : celui d’une « société de la défiance », selon la formule des économistes Pierre Cahuc et Yann Algan (La société de la défiance, Éditions Rue d’Ulm, 2007).

Le pays s’engagerait dans un cercle vicieux dont les coûts économiques et sociaux sont considérables. La défiance vis-à-vis du marché amène à une volonté d’intervention de l’État, mais l’intervention de l’État tend à créer un corporatisme, à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social. Ce qui, en retour, crée de la défiance.

« La majorité des sondés attend de l’État qu’il lutte contre la pauvreté et qu’il organise la solidarité. Pour eux, l’émancipation de l’individu est rendue possible par la protection collective. Or, les difficultés économiques que l’on traverse rendent difficile cette promesse et intensifient ce cercle vicieux. Par ailleurs, c’est inquiétant parce que je ne vois pas comment pourrait changer cette mentalité du jour au lendemain, puisque c’est solidement ancré dans la culture », craint Guillaume Bazot. Cette culture économique antilibérale n’est pas pour autant partagée par tout le monde, ou en tout cas pas avec la même intensité. Les plus jeunes et les plus diplômés se montrent en moyenne moins libéraux sur le plan économique.

Jeunes diplômés contre entrepreneurs

Et, au contraire, les moins diplômés ou les plus âgés apparaissent parfois plus disposés à accepter ces principes libéraux sur ce sujet, non par adhésion doctrinale mais par méfiance envers les organes institutionnels jugés complexes ou trop technocratiques. Une différence se dessine alors entre ceux qui passent des années à l’université, où les théories keynésiennes et interventionnistes ont la cote, et ceux qui, moins diplômés, travaillent et semblent plus méfiants vis-à-vis des régulations publiques dans l’économie.

Les artisans, les petits commerçants ou encore les entrepreneurs se forment, en quelque sorte, à l’économie par le réel et non dans des amphithéâtres. Fatalement, ils deviennent plus méfiants vis-à-vis de l’État interventionniste. Cette opposition entre ces deux catégories de la population était déjà bien analysée par Samuel Fitoussi dans son essai Pourquoi les intellectuels se trompent (L’Observatoire, 2025). Selon lui, pour l’artisan ou l’entrepreneur, le marché est un professeur brutal : chaque erreur de jugement se paie immédiatement. Cette exposition au risque impose une méfiance vis-à-vis de l’intervention étatique déconnectée du terrain.

À l’inverse, le jeune diplômé évolue dans un univers purement théorique où l’idée n’est jamais sanctionnée par les faits, mais par l’approbation de ses pairs. Puisqu’il ne subit jamais personnellement le coût des régulations qu’il appelle de ses vœux, sa rationalité devient purement sociale : il adopte la posture anti-marché car elle est la plus gratifiante intellectuellement et la plus valorisée dans son milieu.

Cette tentation antilibérale semble donner envie à beaucoup de se poser la question : « Mais finalement, la liberté pour quoi faire ? » – une formule de Lénine reprise, pour être contredite, par Bernanos. Ce à quoi l’auteur de La France contre les robots rappelait, comme une prière aux futures générations : « La pire menace pour la liberté n’est pas qu’on se la laisse prendre – car qui se l’est laissé prendre peut toujours la reconquérir –, c’est qu’on désapprenne à l’aimer, ou qu’on ne la comprenne plus. »

https://www.lepoint.fr/debats/liberaux-malgre-eux-ce-que-les-francais-attendent-vraiment-de-letat-NRNNW2243ZFQPOQ4GIX7JTEUXE/


Contrepoints/IREF, January 15

L’Argentine de Javier Milei : l’inflation au plus bas et une prévision de croissance économique à 5 % en 2026

Le redressement d’une économie argentine au bord de la banqueroute, lors de l’arrivée au pouvoir il y a deux dans du président libéral Javier Milei, se confirme avec éclat. Les prix ont augmenté de 31,5% sur l’ensemble de l’année 2025, le taux d’inflation plus bas en huit ans, a annoncé mardi l’Institut national de la statistique Indec. Lors de son élection, cette dérive des prix de 31 % était quasiment ce qui s’observait… sur un mois.

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« Le programme de stabilisation fondé sur l’excédent budgétaire, le strict contrôle de la quantité de monnaie et la recapitalisation de la Banque centrale continueront d’être les piliers pour poursuivre le processus de désinflation », a réagi le ministre de l’Economie, Luis Caputo, en voyant dans ce chiffre une « réussite extraordinaire ». Austérité budgétaire draconienne, avec une chute d’un tiers des dépenses publiques, dont jusque-là une grande partie nourrissait une corruption massive, notamment via des emplois fictifs surnommés « les gnocchis », ou en distribuant des aides sociales détournées par des intermédiaires mafieux, émission monétaire asséchée, subventions freinées à des secteurs comme les transports, l’énergie, ou l’eau, ont permis au gouvernement Milei de faire décélérer l’inflation à un rythme comptant très peu d’équivalents dans les temps modernes, et dégager en 2024 le premier excédent budgétaire en 14 ans.

Le revers de la médaille a été une récession en 2024 dont l’économie tarde à sortir durablement, la perte de plus 200.000 emplois, tandis que persiste le problème chronique de manque de réserves de change du pays.

Le chiffre d’inflation sur le seul mois de décembre, à 3 %, a toutefois été mauvais, et il s’agit du septième mois consécutif de progression du rythme de dérive des prix. En revanche, les perspectives de rebond de la croissance semblent solides sur l’année 2026, après une récession inévitable en 2024 après la baisse des dépenses publiques, aussi inutiles, voire néfastes fussent-elles. Le Fonds monétaire international s’attend à une croissance de 5 %. Le taux de pauvreté en Argentine a aussi nettement reculé après avoir flambée mi 2024, pour tomber à un plancher sans précédent depuis quinze ans…

https://contrepoints.org/largentine-de-javier-milei-linflation-au-plus-bas-et-une-prevision-de-croissance-economique-a-5-en-2026/


Contrepoints/IREF, January 15

Écochèque : Clément Beaune se moque des entreprises et des Français

Clément Beaune, haut-commissaire au Plan, a proposé un « écochèque » pour acheter du textile made in France « écoresponsable ». L’écochèque serait en effet financé par l’employeur, à hauteur de 250€ maximum chaque année par salarié.

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Décidément, les hauts fonctionnaires à la tête des comités Théodule sont toujours prompts à faire des propositions déconnectées de la réalité économique du pays. Rappelons que M. Beaune a été propulsé au gouvernement après avoir été battu dès le premier tour des élections législatives de 2024  signe de la « santé » de notre démocratie.

Cette proposition pittoresque est faite dans un contexte où le pays est écrasé par les prélèvements obligatoires (43,6 % du PIB) et par la dette publique (117 % du PIB), après des années de dépenses sans boussole par des étatistes de gauche, comme de droite. Faut-il réellement créer un énième outil de redistribution qui pèse sur les entreprises, et donc sur les salariés ?

Faire payer les entreprises pour orienter la garde-robe de leurs salariés est une double absurdité : on renchérit le coût du travail et on infantilise les consommateurs, sommés d’acheter « bien » plutôt que librement. Le vrai sujet est ailleurs : ce n’est pas qu’ils achètent trop chinois, mais que leur pouvoir d’achat est miné par un État tentaculaire qui prélève trop et dépense mal. Si M. Beaune veut se rendre utile, nous pouvons lui suggérer non pas de « faire » quelque chose, comme la création d’un chèque que l’État distribue et que l’on finance nous-mêmes, mais de « défaire » ce qui existe : moins de charges, moins de normes, plus de liberté. Tout le reste peut se résumer à du bricolage technocratique.

https://contrepoints.org/ecocheque-clement-beaune-se-moque-des-entreprises-et-des-francais/


Frankfurter Allgemeine Zeitung, Book Review, January 13      

Politische Bücher: Eiserne Lady ohne Vermächtnis

Eine neue Biographie widmet sich der einzigartigen Karriere der früheren britischen Premierministerin – und fragt, was davon geblieben ist.

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Als Margaret Thatcher am 8. April 2013 starb, feierten Menschen in Großbritannien ihren Tod. In den ehemaligen Kohlerevieren, auch in London, stießen sie mit Sekt an und tanzten auf den Straßen. „Die Hexe ist tot“, hieß es. Und auch wenn das keine Massenbewegung war, so sind derartige Emotionen angesichts des Ablebens einer Politikerin, die zu diesem Zeitpunkt seit mehr als zwanzig Jahren nicht mehr an der Macht war, ungewöhnlich. Ungewöhnlich, aber nicht überraschend.

Wohl kaum eine Politikerin im Nachkriegseuropa hat derart polarisiert wie Margaret Thatcher. Für die einen hat sie den britischen Sozialstaat auf dem Gewissen und die Wirtschaft zugrunde gerichtet. Für die anderen hat sie Großbritannien vor dem Niedergang gerettet. Die einen verehren sie bis heute, die anderen hassen sie mit Inbrunst. Doch wer war sie? Ist es angemessen, sie als „Eiserne Lady“ zu bezeichnen, als Vorkämpferin des Neoliberalismus oder als Begründerin einer eigenen politischen Richtung – des Thatcherismus?

Diese Fragen stellt sich – pünktlich zu Thatchers hundertstem Geburtstag – der Historiker Franz-Josef Brüggemeier in seiner jüngst erschienenen Biographie „Margaret Thatcher. Die Eiserne Lady“. Brüggemeier beschreibt, wie die Tochter eines Einzelhändlers zur mächtigsten Politikerin des Königreiches wurde – in einer Zeit, in der Politik vor allem Männersache war – und wie einzigartig ihre Karriere war: Thatcher war die erste Frau, die die britischen Konservativen führte. Sie war die erste Premierministerin ihres Landes, gewann drei Wahlen und regierte fast zwölf Jahre lang. Brüggemeier skizziert Thatcher als eine zielstrebige und ehrgeizige Frau, die ihr großes Ziel erreichte und am Ende über sich selbst stürzte. Thatch­er lebte für die Politik, und als sie zurücktreten musste, war das für sie eine persönliche Katastrophe.

Wie es so weit kommen konnte, zeichnet Brüggemeier in zahlreichen Wegmarken ihrer Amtszeit nach. Er widmet sich der Liberalisierung der Finanzwirtschaft, dem Kampf gegen die Gewerkschaften, der im Bergarbeiterstreik gipfelte, den beginnenden Privatisierungen, dem Falklandkrieg, dem Kalten Krieg und dem Nordirlandkonflikt.

In Letzterem bewies Thatcher, dass sie – die Kompromisse ansonsten ablehnte, ja geradezu verachtete, was auch zu ihrem Ruf als „Eiserne Lady“ beitrug – über ihren Schatten springen konnte. Trotz ihrer lange kompromisslosen Haltung unterzeichnete sie das Anglo-Irish Agreement, das den Nordirlandkonflikt politisch befriedete. Brüggemeier zufolge zählt es zu ihren „wohl wichtigsten Leistungen“ in der Außenpolitik. „Jenseits aller Rhetorik handelte sie oft sehr pragmatisch und war zu Kompromissen und Verstößen gegen ihre Prinzipien bereit“, schreibt er.

Zugleich konstatiert Brüggemeier, dass Thatcher sich mit zunehmenden Erfolgen als „starrköpfig, kaum noch belehrbar und zunehmend isoliert“ erwies. Im Falle der „German Question“ isolierte sie sich damit nicht nur international, sondern auch in ihrem eigenen Kabinett und in der Bevölkerung, die die Wiedervereinigung mehrheitlich unterstützte. Die Entstehung eines gesamtdeutschen Staates konnte Thatcher trotzdem nicht aufhalten. Im Falklandkrieg dagegen zahlte sich ihre harte Haltung aus.

„Vor Ausbruch des Konflikts befand sich Großbritannien in einer überaus schlechten wirtschaftlichen Lage, ihre Zustimmungswerte lagen am Boden, und sie musste um ihr Amt bangen“, schreibt Brüggemeier. „Diese Probleme waren nach dem Krieg verdrängt.“ Thatch­er habe anschließend hohes Ansehen genossen und ihre Stellung in Kabinett, Parlament und Partei gefestigt. Allerdings habe der Sieg auch ihre pro­blematischen Verhaltensweisen verstärkt, schreibt Brüggemeier: „die Überzeugung, recht zu haben, eine geringe Bereitschaft, andere Argumente zu hören, und die Entschlossenheit, sich unbedingt durchzusetzen“. Es sollten die Probleme sein, die irgendwann zu ihrem Sturz führten.

Das Buch enthält keine neuen Erkenntnisse über Margaret Thatcher. Brüggemeier stützt sich auf eine Fülle vorhandener Literatur, auf die Bestände der Thatcher Foundation, die alle wichtigen Unterlagen zu ihrem Leben und Wirken besitzt, sowie auf Aussagen Thatch­ers, die allerdings überwiegend aus einer Zeit stammen, in der sie schon politisch aktiv war. „Selbstzeugnisse, die nicht durch Stilisierungen oder spätere Wahrnehmungen geprägt sind, liegen fast gar nicht vor“, schreibt Brüggemeier – und vielleicht ist das der Grund, warum der Privatmensch Thatcher blass bleibt. Emotionen sind lediglich erkennbar, als sie zurücktreten musste – in dieser Zeit brach Thatcher laut Brüggemeier häufig in Tränen aus – und als ihr Sohn während der Rallye Paris–Dakar vermisst wurde. „Bei diesem Ereignis wirkte die ‚Eiserne Lady‘ verletzlich, verhielt sich wie jede andere Mutter und gewann Sympathien. Doch dieses Verhalten zeigte sie nur selten“, schreibt Brüggemeier.

Seine Ausführungen sind spannend, auch weil er nebenbei ein Bild von Großbritannien in den Siebzigern und Achtzigern zeichnet – und man erkennen kann, wie viele Probleme von heute damals schon angelegt waren. Der National Health Service galt bereits als reformbedürftig. Die Skepsis gegenüber Festlandeuropa war schon in Thatcher selbst ausgesprochen ausgeprägt, und von der beginnenden Deindustrialisierung hat das Land sich noch immer nicht in Gänze erholt. Um ein paar zu nennen.

Und dennoch kommt Brüggemeier zu dem Schluss: „Thatcher war ein Phänomen der Achtzigerjahre.“ Sie habe – anders, als sie selbst es wahrscheinlich sehen würde – „kein Vermächtnis für Jahrhunderte, nicht einmal für Jahrzehnte“ hinterlassen. Einen Thatcherismus, der ein in sich geschlossenes Konzept oder Programm böte, habe es nicht gegeben. Thatcher tauge nicht als Ideengeberin oder Vorbild, dafür sei ihr Einfluss zu gering gewesen. Aber: Die „übermächtige Dämonin“, als die sie bis heute gezeichnet wird, sei sie eben auch nicht gewesen.

Franz-Josef Brüggemeier: „Margaret Thatcher“. Die Eiserne Lady. C. H. Beck Verlag, München 2025. 368 S., 32,– €.

https://www.faz.net/aktuell/politik/eiserne-lady-ohne-vermaechtnis-accg-110818019.html


L’Express, January 12           

Au Venezuela, l’Hélicoïde de Caracas : du centre commercial au centre de torture

Récit. Sous l’autorité de Delcy Rodriguez, la nouvelle présidente, ce “shopping mall” est devenu le plus important centre de torture d’Amérique latine. Car on supplicie au Venezuela aujourd’hui comme on le faisait sous Pinochet et Videla, au Chili et en Argentine, dans les années 1970.

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Relégué dans l’oubli, l’architecte vénézuélien Jorge Romero Gutiérrez (1924-1997) doit se retourner dans sa tombe. Son grand oeuvre, l’Hélicoïde de Caracas, conçu dans les années cinquante pour devenir le plus grand centre commercial d’Amérique latine, est devenu, sous Nicolas Maduro, le plus ignoble et célèbre centre de torture du continent latino-américain. Il est spécialement dédié à la persécution des opposants politiques qui étaient encore au nombre de 806 au moment du Nouvel An.

Toutefois, après l’arrestation de l’ex-président et son transfert à New York à la suite du raid de l’armée américaine, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a commencé à en libérer quelques dizaines. Parmi eux : l’avocate, militante des droits humains et spécialiste des questions militaires Rocio San Miguel.

En forme de tour de Babel, l’Hélicoïde raconte la vertigineuse descente aux enfers d’un pays qui figurait parmi les dix les plus riches du monde dans les années 1950 à 1970, avant de sombrer dans la pauvreté extrême en raison du pillage de l’industrie pétrolière et de l’économie tout entière voulue par la klepto-dictature en place depuis un quart de siècle. D’une audace architecturale folle, l’immense bâtiment hélicoïdal conçu sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1948-1958) est ceinturé par une rampe automobile de spirale longue de 4 kilomètres qui dessert douze étages. Ce chef-d’oeuvre d’architecture brutaliste devait à l’origine abriter 130 boutiques, des bureaux, un centre de conférences, un hôtel cinq étoiles, un club privé, un cinéma multiplexe, une piscine, un gymnase, un terrain de bowling, des restaurants, une discothèque, sans oublier un héliport. Une exposition au MoMA de New York avait même été consacrée à ce projet futuriste, contemporain de la construction de Brasilia, au Brésil.

“C’était l’époque où les Colombiens, nos voisins, regardaient le Venezuela comme une Californie”, raconte Ben Ami Fihman, ancien directeur de journal et figure de Caracas qui a dû fuir son pays sous Hugo Chavez en 2007. Pour les architectes, le pays en plein boom pétrolier est alors un eldorado. “Les bâtisseurs tournent le dos à l’architecture coloniale pour célébrer le modernisme, poursuit Ben Ami Fishman. Partout, l’école vénézuélienne d’architecture bâtit en béton armé. Sortent de terre des autoroutes, des viaducs, des tunnels à travers les montagnes, des tours jumelles à Caracas, des hôtels de luxe (le Tamanaco), une splendide université classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et, bien sûr, l’Hélicoïde, censé devenir notre pyramide d’Égypte.” Au lieu de cela, l’édifice devient bientôt un “éléphant blanc”. Car d’inauguration, il n’y aura jamais…

Un an avant la fin du chantier, les travaux sont en effet interrompus en raison de problèmes financiers. Abandonné en 1961, utilisé comme hangar, puis comme camp de réfugiés où s’entassent pendant trois ans 10 000 déplacés après un glissement de terrain dans les environs de Caracas en 1979, l’Hélicoïde est ensuite récupéré par le ministère de l’Intérieur en 1985, qui y installe les services de renseignement. Sous Hugo Chavez et Nicolas Maduro, ceux-ci se transforment en véritable police politique sous le nom de Service bolivarien d’Intelligence, ou SEBIN. “Chargée de la persécution des civils considérés par le régime comme une menace, cette police secrète est placée directement sous la responsabilité de la vice-présidence, c’est-à-dire sous Delcy Rodriguez, qui vient de succéder à Nicolás Maduro et connaissait parfaitement l’existence et le fonctionnement de ces ténèbres”, explique l’avocat Alfredo Romero, à la tête de l’ONG Foro Penal, qui a défendu 19 000 détenus politiques depuis une décennie.

Malgré les apparences, la prison de l’Hélicoïde est assez petite. Elle n’occupe en réalité qu’une partie du rez-de-chaussée et du sous-sol où des pièces conçues pour abriter des bureaux servent de cellules collectives (une vingtaine de prisonniers dans des espaces de cinq mètres par trois), de chambre de torture ou de “mitard” pour l’isolement. Dans le reste du bâtiment se trouvent les locaux de la redoutable SEBIN, une école de formation de policiers, un stand de tir, une armurerie, des garages pour les blindés anti-émeutes et des espaces vacants. Le centre de détention lui-même n’abrite qu’une centaine de prisonniers, mais ce sont les plus importants aux yeux de la dictature. Il y a là des activistes, des journalistes, des dirigeants syndicaux, des leaders communaux, des élus, des collaborateurs de l’opposante Maria Corina Machado, etc. Tous ces prisonniers de conscience ont été victimes de traitements inhumains.

Alors que la torture a officiellement disparu d’Amérique latine depuis la fin des dictatures des généraux Jorge Rafael Videla en Argentine (1976-1982) et Augusto Pinochet au Chili (1973-1990), elle a été remise au goût du jour et encouragée par Hugo Chavez et Nicolas Maduro au Venezuela. “Toutes les méthodes employées en Argentine et au Chili ont cours dans notre pays, de la même manière ou en pire”, reprend l’avocat Alfredo Romero avant d’énumérer les différents supplices : tabassage avec coups de pied dans les côtes et de poings dans la figure; asphyxie à l’aide de sacs en plastique; “waterboarding” (tête plongée dans l’eau); arrachage des ongles à l’aide de pinces à épiler; arrachage des cheveux; viols sur les hommes et sur les femmes; simulation d’exécution; suspension à des potences par les poignets avec les talons décollés du sol pendant des heures ou des jours; électrochocs, y compris sur les testicules; découpage de la plante des pieds avec des lames de rasoir, simulation d’exécution, etc, selon l’avocat.

Le régime chaviste pratique la “torture blanche”

Ainsi, l’Hélicoïde de Caracas est l’équivalent des tristement célèbres Écoles mécaniques de la Marine (ESMA) de Buenos Aires et de la Villa Grimaldi de Santiago du Chili dans les années 1970-1980. Mais il n’est pas l’unique centre de torture vénézuélien. “On supplicie aussi au pénitencier El Rodeo, en banlieue de la capitale, à la prison militaire de Ramo Verde, également en banlieue, et dans divers lieux clandestins, surtout dans des villas privées [NDLR : comme c’était le cas, sous la junte argentine, par exemple à l’intérieur du terrible garage Olimpo de Buenos Aires]”, ajoute l’avocat de l’ONG Foro Penal. Encore faut-il ajouter à cette liste non exhaustive – car on torture dans toutes les prisons – la tristement célèbre “Tumba” (la tombe), un “goulag” de 17 cellules enterré à cinq mètres sous terre à la verticale de la place Venezuela, en centre-ville de la capitale : les détenus y sont “enterrés vivants” et exposés à la lumière blanche perpétuelle sans ventilation naturelle.

“Il existe toutefois une différence entre le Venezuela et l’Argentine ou le Chili, c’est que les tortionnaires vénézuéliens ont été formés par les Cubains, qui ont eux-mêmes été entraînés par la Stasi est-allemande et le KGB soviétique”, précise Elizabeth Burgos, historienne et experte du populisme latino-américain. “Ils pratiquent donc couramment la torture blanche, qui est plus scientifique et ne laisse pas de trace apparente. À l’instar de la ‘Tumba’, on place les prisonniers dans des cellules aux murs blancs avec la lumière allumée 24 heures sur 24. On les expose aussi au grand froid puis à des périodes de grande chaleur. Il s’agit de casser psychologiquement les individus et de les désorienter, comme cela se pratique toujours à la Villa Marista, le centre d’interrogatoire de La Havane. Cela provoque chez les victimes des hallucinations, de l’anxiété extrême, des dépressions, des attaques de panique et des suicides”, ajoute-t-elle.

“Certains gardiens étaient des Cubains, reconnaissables à leur accent”

Emprisonné pendant deux ans dans l’Hélicoïde de 2014 à 2016, le député Rosmit Mantilla, élu du parti d’opposition Voluntad Popular (centre gauche), a été épargné par les tabassages grâce à la médiatisation de son cas par Amnesty International, l’ONU, etc. Cependant, les tortures psychologiques auxquelles il a été soumis sont, selon lui, tout aussi “cruelles”. Il raconte : “La spécialité d’un des gardiens, un certain Richard Centeno surnommé ‘commissaire Pachuco’ et qui avait une bonne tête, consistait à me lire des passages de l’Apocalypse de la Bible d’un ton doucereux et d’interrompre la lecture pour me montrer des photos de mes proches, par exemple de ma soeur enceinte, et de m’annoncer qu’ils allaient la tuer à cause de moi et mes activités politiques. Comme je suis ouvertement homosexuel, mes gardiens me disaient aussi qu’ils allaient me violer avant de m’exécuter. Autre exemple : chaque matin, nous étions réveillés par des coups de marteaux frappés contre la porte métallique de nos cellules en nous annonçant que, si les ‘yankees’ attaquaient le régime, nous serions attaqués à notre tour, à titre de représailles.”

Aujourd’hui réfugié politique en France, Rosmit Mantilla se souvient aussi que chaque nouvel arrivant à l’Hélicoïde subit un traitement de choc pendant deux semaines. “En guise de bienvenue, chaque nouveau détenu était passé à tabac et placé à l’isolement dans une cellule allumée jour et nuit. Très vite, il perdait la notion du temps et ne savait plus s’il était une heure de l’après-midi ou du matin.” Les autres détenus, eux, entendent les insupportables cris de douleur du martyr, au point qu’ils décident parfois d’augmenter le volume de leur radio ou de leur télévision, s’ils en possèdent une.

La torture, une politique d’Etat systématique

Après quinze jours de traitements atroces, le nouveau venu, dans un état déplorable, rejoint les autres détenus dans une cellule collective. Là, les conditions sont à peine meilleures. Un exemple, cité par l’ex-député : une fois par jour, les prisonniers sont emmenés dans les douches et aux W.-C. pour se laver et se soulager. “Il n’y a pas assez de temps pour faire les deux, témoigne encore Rosmit Mantilla. Il faut choisir. Et si vous êtes en train de faire vos besoins au-delà du temps imparti, les gardiens vous interrompent à coups de barre de fer pendant que vous êtes assis sur les toilettes…”

Ancien journaliste, Rosmit Mantilla a profité de sa détention pour mener l’enquête auprès des détenus et des gardiens. Il est arrivé à la conclusion que la pratique de la torture correspond à une politique d’État systématique, répondant toujours à la même procédure et aux mêmes déroulés. Il a aussi découvert que nombre des bourreaux étaient analphabètes et que certains étaient des Cubains, facilement reconnaissables à leur accent caractéristique. Voilà à quoi a abouti un quart de siècle de “socialisme du XXIe siècle”, selon la formule chaviste, sous l’égide notamment de l’actuelle dirigeante par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez. À l’adresse de la gauche européenne que Rosmit Mantilla juge complaisante vis-à-vis de la dictature de Caracas (toujours en place), l’ex-prisonnier dit ceci : “Les Européens de gauche ont une vision romantisée de la soi-disant révolution bolivarienne. Eux ont appris le marxisme dans les amphis de la Sorbonne. Moi, j’ai appris ce qu’était une révolution derrière les murs de l’Hélicoïde…”

https://www.lexpress.fr/monde/amerique/au-venezuela-lhelicoide-de-caracas-du-centre-commercial-au-centre-de-torture-Z5VPTSQCTFD4TFJEDKC457V67Y/


Le Figaro, January 11        

«Une Argentine solide et stable» : Buenos Aires a remboursé les 20 milliards de dollars avancés par les États-Unis fin octobre

«Je suis heureux d’annoncer que, signe du renforcement de sa stabilité financière, l’Argentine a rendu, rapidement et totalement», les fonds avancés par les États-Unis, a assuré e secrétaire américain au Trésor Scott Bessent sur son compte X.

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Le gouvernement argentin a rendu les 20 milliards de dollars avancés fin octobre par Washington dans le cadre d’un accord d’échange de devises, ou «swap», qui devait permettre de «contribuer à la stabilité économique», a annoncé vendredi le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent.

«Je suis heureux d’annoncer que, signe du renforcement de sa stabilité financière, l’Argentine a rendu, rapidement et totalement», les fonds avancés par les États-Unis, a assuré Bessent sur son compte X, en précisant que l’opération n’avait «pas coûté d’argent» aux contribuables américains.

L’accord de «swap» avait été annoncé fin septembre

«Stabiliser un solide allié des États-Unis est essentiel pour faire passer les États-Unis en premier (America First, NDLR)», a ajouté le secrétaire au Trésor. «Une Argentine solide et stable qui aide à ancrer le continent dans la prospérité est clairement dans notre meilleur intérêt», a-t-il dit.

L’accord de «swap» avait été annoncé fin septembre par M. Bessent et faisait partie d’une série d’aides de l’administration Trump pour aider l’économie argentine et sa monnaie, le peso, en proie à des turbulences financières à l’approche d’élections de mi-mandat vues alors comme délicates pour le président ultralibéral Javier Milei, allié idéologique de Donald Trump en Amérique latine.

En plus du «swap», le Trésor américain avait aussi annoncé qu’il travaillait depuis des semaines avec des acteurs privés (banques privées et fonds souverains) à un autre dispositif de 20 milliards de dollars pour aider l’Argentine dans le remboursement de sa dette.

Un prêt de courte durée

Cette ambition a finalement été revue en baisse, avec un prêt de trois milliards de dollars finalement concrétisé début janvier, qui n’impliquait aucune banque américaine mais les établissements bancaires européens Santander, BBVA et Deutsche Bank. Ce prêt, de courte durée, a été adossé sur de la dette souveraine argentine, afin de renforcer les réserves de la banque centrale du pays.

Ce choix avait été entériné par le gouvernement argentin après sa victoire lors des élections législatives de mi-mandat, en octobre dernier, afin de prouver que «l’Argentine peut se débrouiller seule», avait expliqué début décembre le ministre de l’Économie, Luis Caputo.

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/une-argentine-solide-et-stable-buenos-aires-a-rembourse-les-20-milliards-de-dollars-avances-par-les-etats-unis-fin-octobre-20260110


Atlantico, January 10     

Milei sabords ! En Argentine, la farce économique se rapproche du succès

Ovni libertarien enchaînant les provocations, Javier Milei a objectivement sorti son pays de l’ornière et rembourse désormais ses dettes. Mais le chemin reste escarpé.

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Javier Milei passait pour un clown. Un histrion à tronçonneuse multipliant les outrances et promis à un départ rapide sous les lazzis, sinon le goudron et les plumes. Une anomalie démocratique autant qu’une parenthèse grotesque. Deux ans plus tard, l’anomalie présente toutefois un bilan que pas mal de chefs d’Etat réputés « sérieux » rêveraient de pouvoir afficher.

Lorsqu’il arrive au pouvoir fin 2023, l’Argentine est un champ de ruines monétaire : inflation annuelle proche des 200%, hausses mensuelles délirantes, un peso qui ne vaut plus un kopeck… Milei impose alors une thérapie de choc que le FMI lui-même qualifierait de brutale. Résultat : l’inflation retombe sous les 30% annuels, autour de 3% par mois —des niveaux qui provoqueraient des sueurs froides sous nos latitudes mais relèvent presque du miracle à Buenos Aires.

Le coût social est immédiat et réel. Début 2024, le taux de pauvreté dépasse les 50%, offrant un angle d’attaque rêvé à ses détracteurs. Mais à mesure que les prix se stabilisent, la décrue s’amorce en 2025 ; l’indicateur tournerait désormais autour de 30%. Dans l’Argentine contemporaine, c’est un basculement…

Sur le front des finances publiques, Milei fait exactement ce que ses prédécesseurs s’évertuaient à éviter : il paie. Les échéances de la dette sont honorées, les taux d’intérêt reculent, et le pays rembourse même par anticipation le prêt de 20 milliards de dollars consenti par Donald Trump. L’ex-panier percé retrouve une signature crédible. En dépit des Cassandre, les électeurs valident le cap : victoire nette aux législatives de 2025, avec environ 41% des voix pour La Libertad Avanza. Pas une majorité absolue, certes, mais au moins un mandat clair pour poursuivre le serrage de boulons.

Le contraste régional est d’ailleurs cruel. Tandis que l’Argentine revient de loin, le Venezuela de Nicolas Maduro —assis sur des réserves pétrolières colossales— a méthodiquement détruit son économie : effondrement du PIB, hyperinflation chronique, pauvreté endémique, exode historique… Deux pays riches en potentiel, deux visions du monde, deux trajectoires. D’un côté, un président excessif qui taille dans la dépense ; de l’autre, un régime qui coupe les ponts avec la réalité.

Rien n’est encore gagné. La société argentine est épuisée et « stabiliser », ça n’est pas encore « prospérer ». Bah, à tout prendre, Javier Milei peut au moins revendiquer une chose rare en Amérique latine : il n’a pas chavezisé son pays.

https://atlantico.fr/article/rdv/milei-sabords-en-argentine-la-farce-economique-se-rapproche-du-succes


Frankfurter Allgemeine Zeitung, January

„Wohlstand der Nationen“: Wie Adam Smith die Welt verändert hat

Vor 250 Jahren veröffentlichte der Moralphilosoph sein Buch über den „Wohlstand der Nationen“. Das Jahr 1776 prägte die Weltgeschichte aber noch auf andere Weise.

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Vermutlich war an diesem Tag niemandem bewusst, dass eine neue Epoche der Weltgeschichte begann. Am 8. März 1776 wurde das kleine Städtchen Tipton in den englischen Midlands „der wichtigste Ort der Welt“, wie die Lokalzeitung sehr viel später schrieb. Das örtliche Kohlebergwerk nahm an diesem Tag eine Apparatur in Betrieb, die in der Lage war, vergleichsweise große Wassermengen aus den Stollen zu pumpen. Damit kam die erste effiziente Dampfmaschine im modernen Sinn endlich zu ihrem praktischen Einsatz, entworfen von dem schottischen Erfinder James Watt.

Tags darauf erschien in London ein ähnlich revolutionäres Produkt, gleichfalls von einem Schotten verfasst: Der mit Watt befreundete Moralphilosoph Adam Smith veröffentlichte sein Hauptwerk „Der Wohlstand der Nationen“ im Verlag von William Strahan und Thomas Cadell. Es enthielt ziemlich neuartige Gedanken, wie sich das Leben und Wirtschaften der Menschen auch ohne feudale Abhängigkeiten organisieren ließe – und warum von einem freien Handel am Ende alle profitieren könnten. Das Buch über den „Wohlstand der Nationen“ habe „vielleicht mehr Einfluss auf das Denken und Handeln der Kulturvölker gehabt“, urteilte der Wiener Philosoph Friedrich Jodl schon am Ende des 19. Jahrhunderts, „als irgendein anderes Werk dieser an neuen und fruchtbaren Gedanken so reichen Zeit“.

Die beiden Verleger hatten beste Verbindungen und einen guten Riecher, jedenfalls brachten sie innerhalb weniger Wochen gleich zwei Jahrhundertwerke heraus. Das andere war am 17. Februar erschienen, es trug den ähnlich wuchtigen Titel „Verfall und Untergang des Römischen Imperiums“. Auch das Buch des englischen Historikers Edward Gibbon war ein Lob auf einen eng vernetzten Wirtschaftsraum, der aus einem Mangel an Pragmatismus zugrunde gegangen war: Gibbon sah im Aufstieg des intoleranten Christentums eine der Hauptursachen für das Ende der antiken Globalisierung und den daraus resultierenden Wohlstandsverlust.

Zusammenhang zwischen Unabhängigkeitserklärung und Smith?

Wenige Monate später folgte jenseits des Atlantiks in Philadelphia ein Ereignis, das im kollektiven Gedächtnis weit präsenter ist als die Großtaten der drei Schotten Watt, Smith und Gibbon: Die Delegierten der britischen Kolonien in Nordamerika verabschiedeten am 4. Juli im Pennsylvania State House einen Text, mit dem sie sich von der englischen Krone lossagten und universelle Freiheitsrechte propagierten. Das Dokument, hauptsächlich verfasst vom späteren Präsidenten Thomas Jefferson, stand am Anfang der modernen westlichen Demokratien.

Bislang wurden diese Schlüsselereignisse, in denen sich vor 250 Jahren welthistorische Tendenzen bündelten, meist unabhängig voneinander betrachtet. So sprach der frühere US-Notenbankpräsident Alan Greenspan in einer Rede von einem bloßen „Zufall“, dass die amerikanische Unabhängigkeitserklärung aus demselben Jahr stammt wie der „Wohlstand der Nationen“.

Mit Blick auf die exakte Jahreszahl mag das stimmen, trotzdem täuscht dieses Urteil über den realhistorischen wie geistesgeschichtlichen Zusammenhang der drei Ereignisse hinweg. „Als Jefferson in der Unabhängigkeitserklärung das Recht auf ‚Leben, Freiheit und das Streben nach Glück‘ beschwor, führten ihm unsichtbar die schottischen Aufklärer die Feder“, urteilt der österreichische Philosoph und Smith-Biograph Gerhard Streminger. Und Benjamin Franklin, der die Unabhängigkeitserklärung redigierte, war ein persönlicher Freund William Strahans, des Verlegers der beiden Schotten.

Ethik und Markt gehörte für Smith zusammen

Der Text der Kolonisten ruhte zu wesentlichen Teilen auf ähnlichen intellektuellen Fundamenten wie die Schriften der beiden schottischen Denker, und ihre epochemachende Wirkung entfalteten beide im Zusammenwirken mit den technischen Möglichkeiten, die sich aus der neuen Maschinenkraft ergaben. Und schließlich verschränkten sich politische und ökonomische Ideen, geistige und materielle Innovationen auf eine Art und Weise, die sich nur in der Gesamtbetrachtung erschließt – und die höchst aktuell erscheint in einer Zeit, in der Autoritarismus und Protektionismus auf dem Vormarsch sind.

Während der Loslösung der amerikanischen Kolonien spielten ökonomische Fragen eine weit größere Rolle als später oft wahrgenommen. Und Adam Smith war eben kein Professor für Ökonomie, die es als Fach noch gar nicht gab, sondern zunächst Lehrstuhlinhaber für Moralphilosophie. Die viel diskutierte Frage, wie sich seine Ideen über den freien Markt mit seinem Frühwerk über „Die Theorie der ethischen Gefühle“ vereinbaren lassen, stellt sich wohl gar nicht: Für Smith gehörte beides zusammen.

Am Anfang der amerikanischen Unabhängigkeit stand eine Geldfrage. „No taxation without representation“, keine Besteuerung ohne politische Repräsentation: So hatte es der Pfarrer der Old West Church in Boston gepredigt, und so argumentierten auch die Kolonisten, die wenig später in Indianerverkleidung eine größere Teeladung von Bord eines britischen Schiffs ins Hafenbecken warfen. Die rechtspopulistische Tea-Party-Bewegung, die letztlich den heutigen Präsidenten Donald Trump ins Amt brachte, leitete ihren Namen von diesem Ereignis ab.

Ein Aufstand für den freien Handel

Dabei handelte es sich bei der „taxation“, gegen die sich die Proteste im 18. Jahrhundert richteten, genau genommen gar nicht um Steuern, sondern um Zölle: Die Siedler sollten auf den Tee, den die East India Company aus Indien über England heranschaffte, einen – vergleichsweise moderaten – Aufschlag bezahlen. Insofern steht am Beginn der Vereinigten Staaten ein Aufstand für jenen freien Handel, den ihr Präsident heute bekämpft.

Nicht die Amerikaner, sondern die Engländer taten damals, was heute Donald Trump versucht: Sie wollten den Kolonisten die Kosten für deren eigene Verteidigung auferlegen. Schließlich hatte England in der Neuen Welt gerade Krieg gegen jene Franzosen und Native Americans geführt, die den Expansionsdrang der Siedler beschränkten, außerdem garantierte es die Sicherheit auch der nordamerikanischen Handelsschiffe auf den Weltmeeren. Für beides mussten die Kolonien, nachdem sie ihren Zoll-Beitrag verweigert hatten, dann selbst aufkommen.

Die enge Verbindung von ökonomischen Fragen und persönlichen Freiheitsrechten kennzeichnete auch das Denken des Schotten Adam Smith. „Nicht vom Wohlwollen des Metzgers, Brauers und Bäckers erwarten wir das, was wir zum Essen brauchen, sondern davon, dass sie ihre eigenen Interessen wahrnehmen“, lautet einer der bekanntesten Sätze aus seinem Hauptwerk.

Die Befreiung des Einzelnen aus feudalen Abhängigkeiten

Es geht hier also nicht nur darum, dass aus dem wirtschaftlichen Eigeninteresse der Akteure mehr kollektiver Wohlstand entsteht. Sondern eben auch um die Befreiung des Einzelnen aus feudalen Abhängigkeiten. Denn umgekehrt gilt das auch für den Bäcker und Metzger selbst: Indem er nicht etwa den Hof eines Fürsten beliefert, sondern Hunderte oder gar Tausende von Kunden, muss er sich nicht dem Willen eines Einzelnen unterwerfen, der Kunde ist gerade nicht sein König.

Eher ambivalent erscheinen dem Moralphilosophen dagegen die Folgen der von ihm propagierten Arbeitsteilung, sowohl zwischen den Individuen als auch zwischen den Nationen. Er rühmt die Vorzüge der Spezialisierung, die allen Beteiligten zugutekommen: Der Arbeiter in einer Stecknadelfabrik erzielt ein höheres Einkommen als der selbständige Schmied, der alle Arbeitsschritte mit ineffektiver Kleinarbeit selbst erledigt – und das, obwohl der Eigentümer der Fabrik daran mitverdient, faire Lohnverhandlungen und staatlichen Arbeiterschutz vorausgesetzt.

Zugleich warnte der Autor aber auch davor, dass die repetitive, „geistlose Tätigkeit“ in einem solchen System die Menschen „stumpfsinnig und einfältig“ mache, ein Gedanke, der von der marxschen „Entfremdung“ gar nicht so weit entfernt ist. Um gegenzusteuern, brauche es ein entsprechendes Angebot an öffentlicher Bildung – gewissermaßen ein Programm gegen den Populismus, aus moderner Sicht formuliert.

Smith nahm Ricardo vorweg

Ähnlich verhält es sich für den Schotten im internationalen Maßstab. Lange bevor David Ricardo seine Theorie der komparativen Kostenvorteile entwickelte, nahm er sie teilweise schon vorweg: Es sei zwar möglich, urteilte Smith, in schottischen Gewächshäusern Wein anzubauen, aber eben zu erheblich höheren Kosten als in südlicheren Gefilden (und in minderer Qualität, möchte man hinzufügen). Spezialisierung ist demzufolge angesagt, nötig ist dafür ein freier Handel, der durch Zölle so wenig wie möglich beeinträchtigt wird. Zugleich warnte Smith aber auch hier, dass Märkte nicht schlagartig, sondern nur schrittweise geöffnet werden dürften, damit nicht Populisten von der entstehenden Disruption profitieren.

Erstaunlicherweise formulierte Smith solche Bedenken in seinem Spätwerk über den „Wohlstand der Nationen“, das gemeinhin als Plädoyer für eine grenzenlose Marktfreiheit gilt, deutlicher als in seinem Frühwerk über die „Theorie der ethischen Gefühle“, das als der idealistischere Wurf angesehen wird. Der vermeintliche Widerspruch ist allerdings schnell aufgelöst: In jüngeren Jahren war der Autor davon überzeugt, dass die natürliche Empathie („sympathy“) des Menschen die Dinge schon regeln würde. In fortgeschrittenem Alter schien er sich da nicht mehr so sicher zu sein.

Von den Nützlichkeitserwägungen der älteren schottischen Aufklärer wie David Hume setzte er sich dabei aber deutlich ab: Gerade indem die Menschen nicht immer in einem rationalen Eigeninteresse handeln, fördern sie unter Umständen den allgemeinen Nutzen. Von der „unsichtbaren Hand“ sprach Smith, von den nicht intendierten Folgen des eigenen Handelns würde man heute reden. Dass Menschen oft völlig nutzlose Dinge schätzen, schafft beispielsweise Jobs und trägt zum Wohlstand der Gesellschaft bei, auch können Täuschungen und Illusionen den Fleiß der Menschen fördern. Das Ergebnis sind Verhältnisse, „die besser sind als die Absichten der Menschen“, wie Biograph Streminger formuliert.

Der Kirchenkritiker Smith

Die Überzeugung, dass die vielfältigen Interdependenzen eines global vernetzten Wirtschaftsraums das Wohlergehen der Menschheit fördern, teilte der Moralphilosoph Adam Smith mit dem Althistoriker Edward Gibbon, dessen Werk er bejubelte: „Nach allgemeiner Übereinstimmung aller Männer von Geschmack und Bildung, die ich kenne oder mit denen ich korrespondiere, steht er damit an der Spitze der gesamten literarischen Gemeinschaft, die derzeit in Europa existiert.“

Gemeint war damit allerdings ein Imperium wie das römische, das im Wesentlichen auf dezentralen Strukturen beruhte, und nicht ein Kolonialismus, der durch einseitige Ausbeutung die Entwicklungschancen aller schmälerte. Eine Institution wie die Römische Kirche, für Smith der „fürchterlichste Zusammenschluss gegen Freiheit, Vernunft und Glück der Menschen“, konnte nach Ansicht beider nur hinderlich sein. Dem Aberglauben galt es mit wissenschaftlichen Fakten entgegenzutreten, was nicht ausschloss, dass die schottischen Aufklärer an einen Gott im abstrakteren Sinn glaubten.

Erstaunlich weitsichtig blickte Adam Smith auf die entstehenden Vereinigten Staaten von Amerika, denn er voraussagte, sie würden „zu einem der größten und mächtigsten Länder werden, die es jemals auf Erden gegeben hat“. Er sah voraus, dass sich der Schwerpunkt der angelsächsischen Welt auf die andere Seite des Atlantiks verlagern werde, und seinen Landsleuten auf den Britischen Inseln empfahl er, sich dieser Entwicklung nicht mit schädlichen Handelsbarrieren entgegenzustellen.

All diese aufklärerischen Gedanken fanden ihren Eingang in die amerikanische Unabhängigkeitserklärung, die der Französischen Revolution um 13 Jahre vorausging, an deren Erklärung der Menschen- und Bürgerrechte Jefferson als Botschafter in Paris mitwirkte. Schon der erste Satz zeugte von einiger Chuzpe. „Wir halten diese Wahrheiten für offensichtlich, dass alle Menschen gleich geschaffen sind, dass sie von ihrem Schöpfer mit bestimmten unveräußerlichen Rechten ausgestattet sind, darunter Leben, Freiheit und das Streben nach Glück“: Im Kontext der Zeit war das nun gerade nicht offensichtlich, stachen doch auf den ersten Blick zunächst die Unterschiede zwischen den Menschen ins Auge.

Erfüllt haben sich all diese Hoffnungen bis heute nur zum Teil. Die Erfindung von James Watt befreite die Menschheit nicht von der Arbeit, und anders als von Adam Smith erwartet, führten internationale Kooperation und gegenseitige Abhängigkeit nicht zu einem ewigen Frieden. Umso mehr lohnt die Lektüre dieser klassischen Texte, die sich durchaus als Warnung vor aufkeimenden Populismen lesen lassen.

https://www.faz.net/aktuell/wirtschaft/wie-adam-smith-die-welt-veraendert-hat-110812649.html


Contrepoints / IREF, January 9

François Mitterrand : 30 ans après sa mort, l’héritage lourd d’un État hypertrophié

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Il y a trente ans, le 8 janvier 1996, disparaissait François Mitterrand, premier président socialiste de la 5ème République. Pour beaucoup de ses admirateurs et successeurs, comme François Hollande ou Jean-Luc Mélenchon, il reste associé à l’abolition de la peine de mort et à plusieurs projets présidentiels. Il faut respecter sa mémoire, mais il est impossible de faire l’impasse sur son passage à l’Elysée, dont les conséquences pèsent encore lourdement sur la prospérité de la France.

L’élection du 10 mai 1981 marque une rupture brutale. Entre 1950 et 1980, le niveau de vie des Français avait triplé, porté par le développement industriel et les réformes de marché. À son arrivée, Mitterrand, à contre-courant des libéralisations menées par Thatcher et Reagan, met en œuvre le Programme commun avec les communistes. Il nationalise de nombreuses banques et plusieurs grands groupes industriels, tout en élargissant considérablement le rôle de l’État. Ainsi, la dépense publique passe de 48 % du PIB en 1980 à 56,1 % en 1995, la dette publique de 20,7 % à 55,5 % du PIB (soit une augmentation de 175 %), et les prélèvements obligatoires de 39,9 % à 42,3 % du PIB.

Les conséquences économiques sont immédiates. Entre 1981 et 1984, le franc a connu une perte de valeur de 100 % face au dollar et de 50 % face au mark, obligeant Jacques Delors, alors ministre de l’Économie, de dévaluer le franc trois fois. Sous les deux septennats de Mitterrand, le taux de chômage est passé de 5,1 % en 1980 à 9,6 % en 1995. Le pouvoir d’achat réel moyen a également baissé, une première depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans l’éducation, les réformes égalitaristes affaiblissent durablement l’école, avec une hausse de la dépense intérieure d’éducation (DIE) de 6,6 % du PIB en 1980 à 7,8 % du PIB en 1995. Le rapport Legrand de 1983 impose l’égalitarisme au détriment de l’excellence, contribuant à produire des générations moins performantes sur le marché du travail.

La fiscalité est multipliée, avec notamment des taxes sur l’essence et le téléphone ou encore la création de l’IGF (Impôt sur les grandes fortunes, ancêtre de l’ISF). La fonction publique explose, avec une augmentation d’environ 14 % du nombre de fonctionnaires entre 1980 et 1995 (de 3,9 millions à 4,45 millions). L’État devient hypertrophié, comme le soulignait Jean-François Revel : « un régime de concupiscence, de dilapidation et de corruption ».

Sur le plan social, Mitterrand impose la retraite à 60 ans. Mais lui-même admet, à la télévision, que « Le danger (des retraites) n’est pas pour aujourd’hui il est pour après l’an 2000 […] Je pense que ce seront mes successeurs qui auront à s’en occuper ».

La France après Mitterrand reste largement endettée, avec un chômage structurel élevé, des dépenses publiques record, un système éducatif affaibli. À côté de cela, François Mitterrand fut un politicien-stratège, mais aussi un idéologue de l’étatisme, laissant une France moins libre, plus rigide, plus dépendante de l’État que lorsqu’il l’a trouvée.

https://contrepoints.org/francois-mitterrand-30-ans-apres-sa-mort-lheritage-lourd-dun-etat-hypertrophie/


Le Figaro, January 9         

Interdire des locations Airbnb en copropriété est-il anti-constitutionnel ?

La Cour de cassation saisit le Conseil constitutionnel car elle juge que la loi facilitant l’interdiction des locations meublées de courte durée dans les immeubles est trop restrictive pour la liberté d’entreprendre et le droit de propriété.

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Il y a 3 mois déjà, l’avocat spécialiste des locations de meublés touristiques, Me Xavier Demeuzoy évoquait sur le réseau social LinkedIn le fait que le Conseil constitutionnel pourrait se pencher prochainement sur Loi le Meur et l’interdiction des locations de courte durée en copropriété. C’est désormais certain après un arrêt de la Cour de cassation (Chambre civile 3, 18 décembre 2025, 25-40.030). Cette décision évoquée sur son blog par l’avocate spécialisée en droit immobilier Me Florence Iung fait suite à une ordonnance du tribunal judiciaire de Caen remontant au 24 septembre 2025 dans laquelle le juge se demande «si le législateur n’avait pas franchi la ligne rouge constitutionnelle».

À la base, il s’agit d’une SCI (société civile immobilière) copropriétaire d’un immeuble qui s’oppose à une nouvelle clause du règlement de copropriété stipulant que « La location en meublés de tourisme est interdite dans les locaux à usage d’habitation autres que ceux constituant une résidence principale ». Une décision rendue possible depuis la loi du 19 novembre 2024 par une décision majoritaire, y compris dans des lots privatifs, même si aucune interdiction ne figurait à l’origine. Et c’est pour ces dispositions que le plaignant estimait que le législateur était allé trop loin en autorisant des restrictions aussi fortes.

Respect de la proportionnalité

Comme le rappelle Me Iung, la Cour de cassation a identifié deux atteintes constitutionnelles possibles: l’une touchant à la liberté d’entreprendre et l’autre au droit de propriété. La question se pose d’autant plus nettement que la location touristique de courte durée est une pratique parfaitement légale et que son interdiction soudaine peut réduire sensiblement la valeur et l’utilité d’un bien. Il s’agira donc pour le Conseil constitutionnel de mesurer à quel point la loi respecte le principe de proportionnalité. « L’objectif poursuivi par le législateur — lutter contre la pénurie de logements et encadrer les changements d’usage — est légitime, écrit Me Iung. Mais la Cour de cassation souligne un point fondamental :
le dispositif fait peser une charge lourde et ciblée sur certains propriétaires, au profit de l’intérêt collectif, sans mécanisme d’indemnisation ni modulation.»

Cet examen rappelle que la lutte contre les locations de type Airbnb ne peut pas forcément justifier toutes les restrictions au droit de propriété. Comme le rappelle Me Demeuzoy: «1 million de copropriétaires en France dispose d’une résidence secondaire potentiellement éligible à ce nouveau dispositif». En cas d’inconstitutionnalité, toutes les clauses votées sur la base de cette loi pourraient être remises en cause. Une décision qui devra être suivie de près dans les copropriétés aussi bien par les adeptes de la location touristique que par ses détracteurs.

https://immobilier.lefigaro.fr/article/interdire-des-locations-airbnb-en-copropriete-est-il-anti-constitutionnel-20260109


L’Express, January 6    

Capture de Nicolas Maduro : “Le bilan de vingt-cinq ans de socialisme au Venezuela est calamiteux”

Idées. Pour l’essayiste libéral Rainer Zitelmann, l’action américaine au Venezuela peut être débattue. Mais alors que près de huit millions de personnes ont quitté le pays et que 70 % des restants vivent dans l’extrême pauvreté, c’est l’espoir d’un nouveau départ pour le pays.

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En Europe et aux États-Unis, un débat fait déjà rage pour savoir si les actions des États-Unis et la spectaculaire arrestation de Nicolas Maduro sont conformes au droit international – et bien sûr, cela peut être discuté. Les États-Unis affirment que Maduro n’est pas le président légitime du Venezuela. C’est vrai : il a massivement truqué les élections de juillet 2024. Peu après ces élections, j’ai rencontré Adriana Flores Márquez, une militante libertaire active dans la résistance au Venezuela et qui a travaillé en étroite collaboration avec Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix l’année. Maria s’est également enfuie, en Argentine, où je l’ai rencontrée. Elle m’a certifié que le candidat de l’opposition (Machado elle-même n’avait pas été autorisée à se présenter) avait obtenu environ 70 % des voix.

Les États-Unis affirment que Maduro est un trafiquant de drogue et l’ont donc arrêté. Cela aussi est connu depuis des années : le régime socialiste du Venezuela tire principalement ses revenus du trafic de drogue, alors que rien d’autre ne fonctionne plus dans ce pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde.

Une personne sur trois est partie

Pour beaucoup de Vénézuéliens aujourd’hui, le plus important est que le dictateur ne soit plus dans le pays. Ce matin, Daniel Di Martino, économiste au Manhattan Institute, a par exemple publié sur X : “TU L’AS FAIT. Donald Trump. MERCI. MERCI. MERCI.” Daniel vit aux États-Unis depuis plusieurs années; il a fui le Venezuela, comme beaucoup d’autres. Près de huit millions de personnes ont désormais quitté le Venezuela, soit une personne sur trois. À titre de comparaison, depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, environ six millions d’Ukrainiens ont fui; par rapport à la taille de la population, cela ne représente même pas la moitié de ceux qui ont fui le Venezuela. Parmi ceux qui sont restés au Venezuela, plus de 70 % vivent dans la pauvreté.

Tel est le bilan de vingt-cinq ans de socialisme au Venezuela. En 1970, c’était encore le pays le plus riche d’Amérique latine et l’un des 20 pays les plus riches du monde. Le PIB par habitant était même supérieur à celui de l’Espagne, de la Grèce ou d’Israël, et seulement 13 % inférieur à celui du Royaume-Uni.

Le déclin de ce pays d’Amérique du Sud a commencé au cours de cette décennie. L’une des raisons de ces problèmes était la forte dépendance au pétrole. D’autres causes sont venues s’y ajouter, notamment un marché du travail exceptionnellement surréglementé, qui a été encore plus restreint depuis 1974 par des réglementations toujours plus nombreuses. Dans pratiquement aucun autre pays d’Amérique latine – ni même dans le monde – le marché du travail n’a été couvert par un réseau de réglementations aussi dense.

Le soutien de Poutine

Beaucoup de Vénézuéliens espéraient que le charismatique socialiste Hugo Chávez, arrivé au pouvoir en 1999, résoudrait les problèmes du pays : corruption, pauvreté, déclin économique. Chávez n’était pas seulement une lueur d’espoir pour de nombreux pauvres au Venezuela, il a également suscité les aspirations utopiques de la gauche en Europe et en Amérique du Nord avec son slogan “socialisme du XXIe siècle”. Aujourd’hui, alors que la population vénézuélienne vit dans une pauvreté extrême, les socialistes répètent ce qu’ils disent après chaque expérience socialiste ratée : le Venezuela n’a jamais été un véritable pays socialiste.

Ceux qui sont par ailleurs si engagés en faveur des réfugiés sont restés indifférents à l’une des plus grandes vagues migratoires de ces dernières décennies. Comment les médias réagiraient-ils si les gens avaient fui l’Argentine de Javier Milei? Mais personne ne quitte pays, car contrairement au Venezuela, la pauvreté a diminué en Argentine et les droits civils sont pleinement respectés, ces mêmes droits que les socialistes ont abolis au Venezuela.

J’espère que la joie de Daniel et des autres ne sera pas déçue et que le peuple vénézuélien aura lui aussi la chance de prendre un nouveau départ. Mais cela n’est en aucun cas certain, car la clique socialiste criminelle au pouvoir a toujours eu de bons alliés, notamment Vladimir Poutine. Il est tout à fait grotesque que cet agresseur et criminel de guerre se plaigne aujourd’hui d’une violation du droit international par les États-Unis.

*Essayiste et historien, Rainer Zitelmann est notamment l’auteur du livreThe Power of Capitalism

https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/capture-de-nicolas-maduro-le-bilan-de-vingt-cinq-ans-de-socialisme-au-venezuela-est-calamiteux-JI7OSZ3FNBE3PMC66LPU24H7KY/


Atlantico, January 6   

La parole à Joseph Schumpeter : “Les moteurs du progrès sont les chefs d’entreprises”

“Les politiques qui ne comprennent pas que le moteur de la croissance c’est l’entrepreneur, sont des incompétents et des irresponsables”. Joseph Schumpeter ne mâcherait pas ses mots.

Full text:   

Dans cet entretien imaginaire mais imaginé à partir de son œuvre et des écrits de ceux qui l’ont bien connu, Joseph Schumpeter se retrouve au cœur de l’actualité. Depuis les années 2000, et la révolution technologique, le monde a été dominé par des logiques d’offre. Son enseignement devrait donc être essentiel. Il faut donc le lire et le relire.

Joseph Schumpeter est considéré aujourd’hui comme un des trois monstres sacrés de la réflexion économique du XXe siècle avec John Maynard Keynes et Karl Marx. Mais il est beaucoup moins connu et estimé.

Alors que Karl Marx a construit une théorie générale de l’évolution historique du capitalisme fondée sur la lutte des classes, Keynes et Schumpeter se sont affrontés en proposant des théories explicatives de l’évolution de l’économie de marché et des outils propres à redresser le système, mais qui étaient diamétralement opposés.

Keynes a impacté toute la deuxième partie du XXe siècle avec son analyse de la demande, il est encore inspirant pour une grande partie de la classe politique des démocraties sociales. Schumpeter lui a développé une analyse de la croissance fondée sur l’offre. les politiques l’ont beaucoup trop ignoré parce que l’offre donnait le vrai pouvoir aux chefs d’entreprise.

Chez le premier, le moteur du progrès, c’est le consommateur avec un État protecteur et régulateur. Chez le second, c’est l’entrepreneur qui tire le progrès par une offre et une innovation intéressante, avec un État principalement régalien.

Les politiques économiques qui en découlent sont très différentes. Les aspects fiscaux et sociaux, budgétaires et règlementaires qui en découlent aussi. Les outils keynésiens sont incitateurs. Les outils schumpetériens portent essentiellement sur l’écosystème de l’entrepreneur. Sa responsabilité et la liberté individuelle.

Ce débat, né au début du XXe siècle, continue de cliver la classe politique dans la mesure où les deux logiques sont applicables, au niveau de l’explication comme au niveau des moyens.

Ces politiques économiques sont évidemment compatibles avec les contraintes de la démocratie politique. Elles offrent donc des alternatives aux propositions plus radicales d ‘extrême gauche ou d’extrême droite. C’est pour cette raison qu‘elles sont importantes et qu’elles conduisent les chercheurs en économie et les politiques à se situer par rapport à ces deux logiques.

Jean-Marc Sylvestre : Joseph Schumpeter, vous êtes né en 1883 à Triesh, en Moravie dans l’empire austro-hongrois. Aujourd’hui, cette petite ville appartient à la République tchèque. Vous êtes né la même année que Keynes et coïncidence, l’année où Marx est mort. Il y a des hasards du calendrier lourds à porter, non ?

Joseph Schumpeter : Je crois qu’il n’y a pas de hasard, Keynes et moi sommes contemporains, à une époque qui était économiquement florissante avec la révolution industrielle, des perspectives, mais politiquement douloureuse avec deux guerres mondiales, une crise économique, en 1929, qui a fracassé beaucoup de structures, et nous avons tous les deux hérité des travaux de Marx. Mais voyez-vous, les analyses marxistes ont débouché sur la construction d’un système politique totalement nouveau mais abject. Nous savions déjà qu’il était invivable et Marx devait s’en douter. Cela dit, en disant cela, nous n’étions pas audibles. Les opinions publiques n’ont pas de mémoire.

La révolution française n’était pourtant pas si loin. La terreur a dû être enseignée pourtant. Vous avez rencontré Danton. Ça n’était pas le plus dangereux. Mais ce régime n’a pas servi de leçon.

Le système marxiste a dérivé sur une terreur pire que celle de la révolution française. Pour tout individu normalement constitué et formé par la culture européenne, c’était inimaginable parce qu‘équivalent à la barbarie nazie.

Keynes de son côté et moi du mien, nous avons proposé des politiques alternatives pour que l’économie de marché, qui est un outil essentiel de la liberté individuelle, soit préservée.

Donc il n’y a pas de hasard. Il y a des nécessités qui engendrent des solutions. Il se trouve que ces solutions sont différentes.

JMS : On vous connaît peu ou disons beaucoup moins bien que Keynes.

Schumpeter : J’avais sans doute une attachée de presse pas très bonne. A l’époque, Publicis n‘existait pas, ni Michel Calzaroni, ni Anne Méaux. Et personne ne m’a fait de cadeau. Faut dire que je n’avais pas les ambitions de Keynes, je n’aimais pas l’opéra, je n’étais pas attiré par les jeunes ballerines russes, je ne fréquentais pas les milieux gays. Je suis né dans une ville austro-hongroise à l’époque où Sissi était impératrice à Vienne. Mais à ma connaissance, l’actrice qui a interprète Sissi, Romy Schneider a vécu principalement à Paris. Ça devait être plus fun. Le cinéma a donné de cette région une image assez légère où on s’amusait beaucoup.

La réalité était différente. Le climat était rude et les gens austères. En bref, nous étions très allemands. Et Keynes ne s’est pas privé de le dire. Il ne nous aimait pas. Le buzz fonctionnait à cette époque. Il n’y avait pas Facebook, mais il y avait les dépêches, les journaux, les communications scientifiques et les réunions internationales.

JMS : Vous êtes né dans une famille de militaires, d’où votre rigidité, un peu triste ?

Schumpeter : Mais c’est complètement faux. C’est un journaliste qui a dit cela un jour et je crois que ça rendait service aux amis un peu turbulents de M. Keynes, mais peu importe.

Je suis né dans une famille d’industriels dans le textile mais mon père est mort alors que j’avais 4 ans. Il nous a laissé assez d’argent pour que je puisse faire des études correctes. J’ai donc fait mon droit à Vienne où j’ai d’ailleurs connu Max Weber, puis j’ai découvert l’économie. Max Weber a été très important pour moi, mais pas au point de me lier à ses doctrines. Il m’a appris à réfléchir.

Une fois diplômé, je suis parti à Londres où je me suis marié un peu vite, je le reconnais, avec Gladys Ricard Seaver. Vous ne le saviez pas ? on sortait assez peu c’est vrai.Ça ne vous dit rien ? Une riche héritière d‘origine écossaise qui passait son temps à s’amuser dans les palaces d’Europe. Elle ressemblait un peu à Paris Hilton. Elle s’était entichée de moi, « un intellectuel » disait-elle. Elle trouvait cela excitant. Vous imaginez que notre couple n’a pas tenu très longtemps.

Au bout de six mois, j’ai quitté l’Angleterre après cette aventure un peu mouvementée et je suis allé au Caire parce que j’y avais trouvé du travail comme avocat au Tribunal mixte international.

J’y suis resté un an, puis je suis revenu en Moravie pour un poste de professeur associé en économie à l’université et là, j’ai poursuivi mes recherches sur la création de valeur.

Vous voyez que ma vie, contrairement à celle de mon collègue Keynes, ne pouvait pas intéresser la presse people.

JMS : Mais vous avez été ministre des Finances de l’empire austro-hongrois ?

Schumpeter : Absolument, mais pas très longtemps, un moment d’égarement. J’ai cédé à l‘amicale pression de mes amis, juste après la première guerre mondiale, dans un gouvernement de coalition qui regroupait ce qui restait de militants démocrates. Il y avait des socio-démocrates, des sociaux chrétiens et des socialistes. Ce gouvernement n’était ni de droite, ni de gauche comme dit Emmanuel Macron. Et bien, je peux vous dire que le « ni de droite, ni de gauche », c’était intenable. J’ai démissionné en 1920 pour aller diriger une banque à Vienne mais là encore, ça s’est mal passé. De toute façon, l’industrie financière était en train de déraper. La grande crise approchait. Je savais qu’il allait se passer quelque chose. Ça craquait de toute part.

Et puisque vous m’obligez à raconter ma vie. C’est aussi à ce moment-là que j’ai divorcé de cette chère Gladys que j’ennuyais. Et qui ne me passionnait pas. En fait, c’est Keynes qu’elle aurait dû épouser. Keynes l’aurait amusée.

Il se trouve qu‘en 1925, j’ai pris un poste de professeur à l’université de Bonn, je me suis remarié mais ma vie privée a traversé une sorte de chaos. Un an plus tard, j’ai perdu ma mère, ma femme et ma fille. Il y a de quoi se flinguer.

Du coup, l’ambiance antisémite se durcissait en Allemagne, il fallait partir. J’ai postulé pour un poste de professeur à Harvard. On est en 1927. Harvard accepte ma candidature, je pars et je m’y suis marié pour la troisième fois avec une collègue économiste et cette fois-ci, c’était la bonne. Je suis resté aux USA jusqu‘à ma mort en 1950. Keynes, lui, est mort quatre ans avant moi. Ma femme est morte en 1953 juste après avoir réussi à faire éditer L’Histoire de l’analyse économique et l’essence de la monnaie. Elle a été formidable de terminer ces deux ouvrages sur lesquels je travaillais depuis dix ans.

JMS : Votre enseignement et vos recherches ont très vite débouché sur une théorie générale du fonctionnement du système capitaliste et particulièrement de la croissance. Le livre qui vous a valu une notoriété internationale, c’est Capitalisme, socialisme et démocratie. Tout Schumpeter est dans ce livre que vous sortez en 1942, 4 ans avant la théorie générale de Keynes.

Schumpeter : Ne me comparez pas toujours à Keynes. Les économistes qui m’ont impressionné sont ailleurs : Léon Walras, fondateur de l’école néo-classique, héritier de Ricardo mais dont les thèses vont bien au-delà du fonctionnement de la société libérale.

Il y a eu Max Weber que j’ai connu alors que j‘étais très jeune, et surtout Karl Marx dont la puissance d’analyse a été exceptionnelle même si mes analyses étaient très éloignées de celles de Marx. Le matérialisme historique expliqué par Marx est d’une importance considérable pour comprendre l’évolution des sociétés modernes. Là où je ne pouvais pas le suivre, c’était sur le fait qu’il considère que le moteur de l’évolution et du progrès passe par la lutte des classes.

JMS : Pour vous, le moteur de l’évolution et du progrès, c’est quoi ?

Schumpeter : C’est très simple. Le fondement, le moteur de la dynamique de l’économie, c’est l’innovation et le progrès technique. Toute l’histoire du capitalisme est une mutation permanente liée aux inventions techniques. La technologie évolue et transforme des pans entiers de l’activité économique.

Vous avez eu la révolution agricole qui a permis un accroissement des rendements, ça a commencé par la jachère, puis il y a eu la mécanisation et l’utilisation des engrais et semences. Vous avez eu l’invention de la machine à vapeur, puis la découverte de l‘électricité, puis plus tard vous allez considérer que le digital a entrainé une autre révolution. Ce sont bien des révolutions dans la mesure où, à chaque fois, le monde a changé complètement. Et tout le monde en profite.

Ces grandes révolutions donnent aussi naissance à de multiples innovations qui, elles aussi, changent la vie. Le chemin de fer, le moteur à explosion, les équipements collectifs, les routes, les autoroutes, la construction, l’aérien, la mécanisation. Dans tous les secteurs, on a assisté à des innovations permanentes qui sont à l’origine de la croissance et du progrès.

Contrairement à ce que pensent les adeptes de l’économie de la demande, les consommateurs ne peuvent pas acheter ce qu’ils ne connaissent pas. Ils achètent ce que le producteur leur offre, si ça leur plait et si ça correspond à un désir ou ça révèle un besoin.

JMS : Vous avez expliqué qu’il y avait des grappes d’innovations, c’est quoi ?

Schumpeter : Je viens de vous en donner quelques exemples. Le progrès technique est au cœur de l’économie et apparait en grappes ou essaims : après une innovation majeure, souvent une innovation de rupture due à un progrès technique, voire scientifique, par exemple : la vapeur, les circuits intégrés, l’internet… d’autres innovations sont portées par ces découvertes.

On constate alors des cycles industriels où, après une innovation majeure, l’économie entre dans une phase de croissance, est créatrice d’emplois. S’en suit une phase de dépression, où les innovations chassent les entreprises “dépassées” et provoquent une destruction d’emplois. Je crois que l’intelligence artificielle après l’Internet va provoquer ce type de bouleversement.

JMS : Vous avez parlé de destruction créatrice et là vous avez été attaqué.

Schumpeter : Absolument j’ai décrit ce qui se passe. Les transformations du textile et l’introduction de la machine à vapeur ont produit le développement des années 1798-1815 à la fin du XVIIIe siècle, début du XIXe ou alors le chemin de fer et la métallurgie pour l’expansion de la période 1848-1873. Mais on pourrait dire la même chose pour l’électricité.

En conséquence, la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. La « destruction créatrice » est donc la caractéristique du système capitaliste qui résulte du caractère discontinu des innovations.

JMS : Alors, il y a bien au centre de ce processus créatif, l’entrepreneur, le chef d’entreprise, c’est bien cela ?

Schumpeter : Sans l’entrepreneur, rien n’est possible. L’entrepreneur a une idée, il marie du capital et du travail pour créer de la valeur. L’entrepreneur incarne le pari de l’innovation, son dynamisme assure la réussite de celle-ci. L’entrepreneur, qu’il ne faut pas confondre avec le chef d’entreprise simple administrateur gestionnaire ou avec le rentier-capitaliste propriétaire des moyens de production, est pour moi un véritable aventurier qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus pour innover et entraîner les autres hommes à envisager autrement ce que la raison, la crainte ou l’habitude, leur dictent de faire. Il doit vaincre les résistances qui s’opposent à toute nouveauté, risquant de remettre en cause le conformisme ambiant.

Toute l’histoire économique a été faite par des entrepreneurs, Henri Ford pour l’automobile, Alfred Krupp pour la fabrication de l’acier, Thomas Edison pour l’électricité. J‘imagine qu’on parle désormais de Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon ou de Bill Gates qui appartiennent à la même catégorie. Ou même de Elon Musk, le fondateur de Tesla, une véritable rock star. Et ça n’est que justice.

JMS : Alors ce qui est intéressant, c’est que vous considérez que l’entrepreneur est mu par des facteurs très particuliers et certainement pas ceux expliqués par les libéraux ou par les marxistes.

Schumpeter : Je crois que l’entrepreneur est certes motivé par la réalisation de bénéfices mais ces bénéfices correspondent aux risques pris. En clair, l’entrepreneur crée de la valeur, tout comme le salarié, mais il est également motivé par un ensemble de mobiles irrationnels dont les principaux sont la volonté de puissance, le goût sportif de la victoire et de l’aventure, ou la joie simple de créer et de donner vie à des conceptions et des idées originales. Le profit est la sanction du risque.

Cette conception est contraire aux économistes classiques qui faisaient du profit la contrepartie des efforts productifs de l’entrepreneur.

Cette conception est également contraire à celle de Karl Marx, qui place l’origine du profit dans la confiscation de la plus-value, c’est-à-dire l’appropriation d’une partie du fruit du travail des salariés par le rentier-capitaliste. Chez Marx, le profit est le résultat d’un rapport de force entre les propriétaires de l’outil de travail et ceux qui travaillent. La fonction de producteur entretient la lutte des classes. C’est débile !

Le profit est d’autant plus important et immédiat que l’entrepreneur est capable d’éliminer en partie la concurrence, puisque l’innovation lui permet de détenir une position favorable dans sa branche, une sorte de monopole. Je pense que les monopoles nés de l’innovation sont nécessaires à la bonne marche du capitalisme. En situation de monopole, l’entrepreneur est libre de fixer un prix de vente. En situation de concurrence pure et parfaite, le rêve pour les classiques, l’entrepreneur ne peut plus augmenter ses prix, donc ses marges. Au contraire. Donc, il s’étiole.

JMS : Si je simplifie à la limite de la caricature, je dis qu’un régime de concurrence pure et parfaite est très favorable au consommateur, mais qu’à terme, le chef d’entreprise s’épuise et ne peut plus investir et innover puisque ses prix sont trop bas. Une analyse marxiste fondée sur la lutte des classes inhérente à la propriété des moyens de production est plus favorable au salarié. Une analyse fondée sur l’offre est plus bénéfique au chef d’entreprise.

Schumpeter : C’est très simplifié, parce que dans la logique d’une politique de l’offre, le chef d’entreprise ne peut pas vivre très longtemps sur son avance technologique. Il doit innover encore et toujours, donc le consommateur en profite.

JMS : Dans Capitalisme, socialisme et démocratie, vous rejoignez les conclusions de Marx sur l’inévitabilité de l’effondrement du capitalisme. Puisque vous expliquez que la logique d’offre entraine le développement de très grandes entreprises qui risquent de s’asphyxier entre elles. C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui : les grandes entreprises du digital, les Google, Apple ou Microsoft ont un tel pouvoir qu’elles vont submerger les Etats.

Schumpeter : On peut penser cela. Je reste néanmoins convaincu des bienfaits du capitalisme et je regrette cette fin inévitable. Si un médecin prévoit que son patient va mourir, ça ne veut pas dire qu’il le souhaite.

Je reconnais rejoindre la conclusion de Marx. En revanche, je rejette les conclusions de Keynes. Comme avec Marx, il est possible d’admirer Keynes tout en considérant néanmoins que sa vision sociale est fausse et que chacune de ses propositions est fallacieuse.

En revanche, je pense, comme Marx, que le succès du capitalisme conduit inévitablement à la concentration du capital, c’est-à-dire à la création de grandes entreprises, gérées par des chefs d’entreprises, administrateurs liés à des rentiers-capitalistes, véritables propriétaires des entreprises. Donc, c’est le commencement de la fin.

Cette concentration aboutit à l’avènement d’un sentiment d’hostilité générale contre le capitalisme. Ceci dit, je ne pense pas que ce soit une révolution dirigée par un hypothétique prolétariat ouvrier qui mettra fin au capitalisme.

L’hostilité envers le capitalisme ne peut s’exprimer et se traduire qu’avec l’appui d’une large frange de la classe des intellectuels.

Or, le capitalisme entraîne le développement de l’appareil éducatif, ce qui, tout à la fois concourt à la formation d’une opinion publique large et à une surproduction des intellectuels par rapport aux besoins des professions libérales. Du coup, les intellectuels déconsidérés et peu rémunérés ont tout intérêt à se liguer contre le capitalisme et à abreuver l’opinion publique de discours contre l’argent et l’esprit d’entreprise.

C’est un peu ce qui se passe en France. Ils catalysent et font précipiter l’hostilité générale contre le capitalisme.

JMS : Comment jugez-vous la situation en Europe et particulièrement en France ?

Schumpeter : Je la juge très simplement catastrophique. Hélas. Le capitalisme se sclérose de l’intérieur, pour des raisons sociales et politiques, au fur et à mesure que des majorités démocratiquement élues choisissent de mettre en place une économie administrée accompagnée d’un système d’État-providence et de restriction des entrepreneurs.

Le climat intellectuel et social nécessaire à l’esprit d’entreprise et à l’innovation décline et finit par être remplacé par une forme ou une autre de socialisme encore plus sclérosant. Les gouvernements ont alors notamment tendance, pour être populaires, à développer l’État fiscal et à transférer le revenu des producteurs vers les non-producteurs, décourageant l’épargne et l’investissement au profit de la consommation. M. Keynes doit être ravi, ses amis socio-démocrates aussi. D’autant que les consommateurs-électeurs sont plus nombreux que les chefs d’entreprise. Dans toutes décisions, les gouvernements démocratiquement élus ont alors tendance, pour garantir leur réélection, à privilégier le court terme au détriment du long terme. Privilégier leurs clients. Regardez en détail ce qui se passe en France depuis quinze ans.

JMS : Vous êtes pessimiste ?

Schumpeter. A mon âge, je n’ai plus grand chose à perdre. Je suis pessimiste oui, mais la crise rend intelligent. Donc je suis optimiste par obligation et rationalité. J‘espère par exemple qu’on va se rendre compte que la surfiscalité sur les entreprises et sur les salariés va tuer le système, j’espère qu’on va avoir le courage de supprimer le principe de précaution qui tue toute prise de risque et par conséquent tout progrès. Avec le principe de précaution, je peux vous dire que Christophe Colomb n’aurait jamais découvert l’Amérique. Christophe Colomb , vous l’avez rencontré aussi. J’ai lu l’entretien qu il vous a accordé. Quelle puissance d’analyse et quel innovateur. Avec le principe de précaution, on revient en arrière. Savez-vous que c’est Jacques Chirac qui a, un beau matin, eu cette idée calamiteuse de sortir le principe de précaution de sa poche. Tout cela pour acheter les voix des écologistes. Bravo. Jacques Chirac est corrézien : n’est-ce pas ? Il faut vraiment se méfier des corréziens quand ils deviennent président de la République.

Pour aller plus loin :

Ces entretiens ont été réalisés d’après les entretiens imaginaires de Jean-Marc Sylvestre publiés aux éditions Saint Simon.

A lire aussi :

 Capitalisme, socialisme et démocratie, Joseph Schumpeter, Payot

Le capitalisme peut-il survivre ? Joseph Schumpeter, Payot

Keynes ou l’économiste citoyen, Bernard Maris, Presse de Sciences Po

Une sorte de diable, les vies de John Maynard Keynes, Alain Minc, Grasset

https://atlantico.fr/article/decryptage/joseph-schumpeter-moteurs-progres-sont-chefs-entreprises-economie-capitalisme-marche-travail-keynes-karl-marx-innovation-technologies-Jean-Marc-Sylvestre


Le Point, December 31         

Pourquoi la modernité nourrit ceux qui rêvent de la détruire

De Marx à Thoreau en passant par Jean-Jacques Rousseau et Greta Thunberg, la critique de la modernité capitaliste prospère grâce aux excédents qu’elle génère. Une hypocrisie structurelle.

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Partout, les individus aiment se plaindre de leur existence. Mais seules les sociétés libres permettent, à profusion, la possibilité de le faire sans risque. De cette asymétrie découle un paradoxe : les sociétés libres deviennent les victimes de leur propre réussite, exposées à une autocritique incessante et sans équivalent dans les sociétés qui ne le sont pas. Nous sommes à l’ère des fossoyeurs des Lumières, animés par une haine de soi qui a tout de l’effet d’offre.

Mais il existe un sens plus littéral encore dans lequel la main de la modernité nourrit ceux qui la mordent. Lorsque le philosophe français Jean-Jacques Rousseau rédige son Discours sur les sciences et les arts, violente charge contre la quête du savoir, la science n’a pas encore apporté de bénéfices tangibles aux gens ordinaires. Certes, dès le XVIIᵉ siècle, des visionnaires comme Francis Bacon avaient prophétisé qu’une accumulation méthodique des connaissances allait finir par améliorer la condition humaine.

Mais, dans les faits, l’immense majorité vit encore dans une misère extrême : la mortalité infantile fait des ravages, les agriculteurs ne disposent que de leur force et de celle des bêtes de trait, et même le souverain le plus riche peut succomber à une infection bénigne – aujourd’hui soignée par des antibiotiques bon marché et prise en charge par l’assurance.

Reste qu’à partir du milieu – et plus encore à la fin – du XIXᵉ siècle, la modernité industrielle va commencer à nourrir les populations à un coût toujours plus faible. Cet excédent alimentaire ouvre, à son tour, de nouvelles perspectives à des intellectuels qui peuvent désormais faire carrière en le dénonçant – nous voilà, là encore, du côté d’un excès d’offre. Exemple parmi les plus précoces et les plus célèbres ? Karl Marx.

Tandis qu’il pourfend les méfaits du capitalisme dans des ouvrages fleuves, Marx vit des subsides de son riche ami Friedrich Engels, lequel tire ses revenus des filatures de coton que son père possède à Manchester. Autrement dit, Marx survit grâce aux profits mêmes du système qu’il prétend abattre. Comme le résume l’historien Niall Ferguson dans Civilisations : l’Occident et le reste du monde (sorti à l’origine en 2011) : « Aucun homme dans l’histoire n’aura mordu la main qui le nourrissait avec autant d’ardeur que Marx celle du roi Coton. »

Au moins Karl Marx reconnaissait-il aussi les réalisations du capitalisme bourgeois et, plus largement, de la modernité – il les considérait simplement comme une étape transitoire de l’histoire des sociétés humaines. Mais à mesure que la prospérité allait s’installer, et les individus s’y accoutumer, la mémoire de la misère dont leurs ancêtres s’étaient péniblement extraits allait par la même occasion s’estomper. D’où un travers proprement moderne : s’abandonner à des fantasmes romantiques sur les vertus d’une existence primitive et prémoderne, tout en se gardant bien de renoncer aux bénéfices matériels et au confort que la modernité procure.

La tentation romantique de la pauvreté sans risque

Le philosophe américain et amoureux de la nature Henry David Thoreau fut peut-être le premier à donner corps à cette hypocrisie. Dans son célèbre Walden, il met en scène l’existence retirée qu’il mène dans une modeste cabane au cœur de la nature, laissant croire à une autosuffisance quasi totale et à une rupture franche avec la civilisation.

En réalité, il lui suffisait d’une vingtaine de minutes de marche depuis sa cabane, près de l’étang de Walden, pour rejoindre sa maison à Concord – un trajet qu’il accomplissait régulièrement afin de dîner chez des amis et de savourer les gâteaux que sa mère préparait avec du sucre et de la farine issus de la production industrielle.

De fait, l’étang de Walden était tout sauf un lieu « sauvage ». L’été, le site grouillait de pique-niqueurs et de promeneurs ; l’hiver, il se couvrait de patineurs et de hockeyeurs. Henry David Thoreau y recevait fréquemment sa sœur et ses amis, et organisait même des banquets pouvant rassembler jusqu’à une trentaine de personnes, lesquelles lui apportaient des provisions en abondance. Cet intellectuel aisé, diplômé de Harvard, s’appuyait par ailleurs sur les presses industrielles et les réseaux de transport modernes pour diffuser, aux quatre coins du monde, ses sermons puritains contre la civilisation.

Qui comprend la pauvreté ?

Dans le classique britpop Common People de Pulp, une étudiante en art issue d’une riche famille grecque – qui pourrait être l’actuelle épouse de Yanis Varoufakis – demande au narrateur, venu de la classe ouvrière, ce que signifie vraiment vivre la vie des « gens ordinaires comme toi ».

Avec une ironie féroce, la chanson démonte comme un tourisme de la pauvreté. « Fais semblant de ne pas avoir d’argent », lâche d’emblée Jarvis Cocker, avant d’énumérer ce que cela implique : habiter une maison délabrée, compter chaque sou, craindre de ne pas boucler la fin du mois. Mais la jeune femme trouve manifestement tout cela divertissant et, au terme du récit, Cocker en vient à une conclusion amère : elle ne comprendra jamais.

Mais tu ne comprendras jamais,

Car quand tu es couchée dans ton lit la nuit,

À regarder les cafards grimper au mur,

Tu peux appeler ton père pour qu’il fasse cesser tout ça.

En d’autres termes, la misère peut être un décor exotique – à condition de savoir qu’une sortie de secours reste toujours à portée de main.

Peut-on réellement comprendre la pauvreté sans l’avoir connue ? Même le narrateur de cette chanson peinerait à saisir ce que recouvre la pauvreté absolue telle que la définit la Banque mondiale : l’état de dénuement extrême dans lequel vivait l’immense majorité de l’humanité avant 1800. Nous devrions tous nous réjouir de n’avoir jamais à en faire l’expérience.

Le problème est que cette ignorance constitue un terreau idéal pour les illusions romantiques. Des millions d’Occidentaux repus s’enthousiasment pour la « vie simple » des paysans médiévaux – pas de smartphones, des légumes bio du potager – ou pour l’existence nomade des chasseurs-cueilleurs – pas de possessions matérielles, une vie prétendument en harmonie avec la nature. Ceux qui célèbrent les vertus de l’agriculture préindustrielle, sans engrais ni tracteurs mécanisés, sont précisément ceux qui n’ont jamais eu à en dépendre pour survivre.

Le luxe moral de l’ascèse des autres

Il faut être un universitaire privilégié et « décroissant » du XXIᵉ siècle comme Jason Hickel pour imaginer que les paysans médiévaux vivant en autarcie étaient « plutôt heureux », bénéficiaient d’une « abondance de communs » et n’avaient jamais à travailler pour vivre.

Et il faut une militante climatique repue comme Greta Thunberg, vivant dans une maison bien chauffée saturée de produits fossiles – le ciment des murs, l’acier des poutres, l’aluminium des ordinateurs portables, les centaines de plastiques des appareils électroménagers et des vêtements, la nourriture des réfrigérateurs, la colle avec laquelle on se fixe aux tableaux – pour faire la leçon à la planète entière sur sa « dépendance » aux combustibles fossiles.

La modernité industrielle produit précisément les calories qui nous permettent de nous abandonner à ce genre de fantasmes antimodernes, comme l’a relevé l’économiste Noah Smith : « Le ventre plein de sucres industriels, ils s’abandonnent à de confortables rêveries d’un passé fantasmé : des mondes aux teintes pastel peuplés de bons sauvages, de paysans heureux et nonchalants, et des images sur papier glacé tout droit sorties des publicités des années 1950. »

Dans une société capitaliste, plus la production excédentaire est abondante, plus les intellectuels anticapitalistes disposent d’opportunités pour faire carrière dans ce genre de rêveries – avec l’assurance tranquille que des milliers de machines éprouvées par le marché pourvoiront à leurs besoins matériels, et qu’ils pourront écouler sans entrave leurs pamphlets anticapitalistes en librairie, en concurrence libre et loyale avec d’autres auteurs tout aussi anticapitalistes qu’eux.

L’invisibilité du progrès

Certaines bénédictions de la modernité sont si manifestes que même les plus grincheux finissent par les reconnaître, fût-ce du bout des lèvres. Dans Chiens de paille, paru à l’origine en 2003, même le pessimiste patenté John Gray concédait que les toilettes à chasse d’eau et les anesthésiques dentaires constituaient une « franche bénédiction » de la vie moderne.

Lorsque des universitaires antimodernes célèbrent les vertus des siècles passés depuis le confort et la chaleur de leurs amphithéâtres, le soupçon d’hypocrisie n’est jamais loin. Bien peu, en réalité, seraient disposés à monter dans une machine à remonter le temps pour échanger leur existence contemporaine contre celle d’un âge révolu.

Le progrès a ceci de particulier qu’il tend à effacer ses propres traces, comme je le soulignais dans mes Sept lois du pessimisme. Les vaccins sont devenus si efficaces que nous avons oublié la brutalité des maladies qu’ils ont presque fait disparaître. La nourriture est désormais si abondante et si bon marché que nous ne savons plus ce que signifie réellement mourir de faim. La paix et la prospérité se sont à ce point banalisées que nous en venons à oublier que, pendant l’essentiel de l’histoire humaine, la norme fut la misère – et la guerre.

Nous sommes tous un peu comme le petit poisson de David Foster Wallace, qui se demande : « L’eau ? Qu’est-ce que c’est ? Je n’en ai jamais entendu parler. » La machine infiniment complexe de la modernité industrielle ronronne en permanence à l’arrière-plan, silencieuse et docile, jusqu’au jour où quelque chose se dérègle – et qu’il faut appeler le plombier. C’est précisément cette invisibilité qui fait sa force.

Comme le note Deb Chachra, professeure d’ingénierie, dans How Infrastructure Works, on peut définir l’« infrastructure » de la manière la plus simple – et la plus juste – qui soit : tout ce à quoi nous ne pensons pas.

Il suffit d’une télécommande pour actionner des turbines titanesques, situées pour certaines à des dizaines de kilomètres de là, et faire instantanément affluer des électrons jusque dans nos salons. D’un geste tout aussi banal, nous convoquons une eau propre, chimiquement traitée, sans cesse surveillée par des autorités bienveillantes. En quelques clics de souris, nous mobilisons un colosse logistique planétaire, qui achemine nos babioles favorites à bord de porte-conteneurs géants. Et d’une pression du doigt, nos excréments s’évanouissent hors de notre champ de conscience, entraînés dans le dédale des égouts et des stations d’épuration, afin que nous n’ayons plus jamais à y penser.

Hans Rosling, l’un des saints patrons du mouvement pour le progrès, aimait illustrer son invisibilité par des anecdotes tout à fait saisissantes. Comme celle de sa visite dans un hôpital privé du Kerala, en Inde. Son groupe attendait près de l’ascenseur une étudiante en retard et, alors qu’ils s’apprêtaient à appuyer sur le bouton, la jeune femme allait surgir dans le couloir et avancer sa jambe pour empêcher les portes de se refermer. Mais celles-ci ne se rouvrirent pas : elles prirent tout simplement sa cheville en tenaille et l’ascenseur commença à monter. Heureusement, l’hôte indien actionna à temps le bouton d’urgence, les portes se rouvrirent et l’incident s’acheva sans plus de drame.

C’est alors que l’Indien se tourna vers Rosling, interloqué : « Je n’ai jamais vu ça. Comment pouvez-vous admettre des personnes aussi stupides dans une formation médicale ? » Sauf que la jeune femme n’était pas stupide, elle était simplement partie du principe que tous les ascenseurs étaient équipés d’un capteur de sécurité rouvrant automatiquement les portes lorsqu’un obstacle les bloque. Une supposition forgée par son habitude du progrès – et que, en de telles circonstances, j’aurais sans doute faite moi aussi.

Bénédictions invisibles

Même lorsque nous faisons l’effort conscient de nous rappeler les bénédictions invisibles de la modernité, nous continuons à les sous-estimer. Vous pouvez contempler pendant des heures les graphiques de Our World in Data montrant le recul spectaculaire de la pauvreté et des maladies, jusqu’à en avoir les yeux qui piquent : cela demeure un savoir abstrait, statistique, qui ne s’imprime jamais tout à fait dans l’expérience vécue. À un certain niveau, même les partisans les plus convaincus du progrès tendent à le minimiser, tant les horreurs auxquelles nous avons échappé excèdent pour ainsi dire l’imaginable.

C’est précisément pour cette raison que je suis un grand amateur du blog The Grim Old Days (« Non, ce n’était vraiment pas mieux avant »), publié par Human Progress. Elle nous fait visiter, épisode après épisode, une véritable maison hantée de l’histoire humaine – maladies, famines, violences, souffrances ordinaires – tout en nous permettant de le faire depuis le confort d’un canapé, une tasse de latte macchiato à la main, préparé avec des ingrédients venus des quatre coins du monde.

Je lis des ouvrages sur le progrès humain depuis des années, et pourtant je continue de découvrir de nouvelles manières dont le passé se révélait plus abominable encore que je ne l’avais imaginé. Ainsi, un article consacré aux « pires remèdes universels » évoque l’engouement des débuts de l’ère moderne pour les cadavres réduits en poudre, les vapeurs de mercure inhalées, ou la réutilisation de « pilules éternelles » repêchées dans les latrines puis transmises comme de véritables trésors familiaux. Ou bien tentez de supporter le récit des famines médiévales, au cours desquelles des affamés éventraient des morts – ou des agonisants – afin d’« en extraire les entrailles pour remplir leur propre estomac ».

Que pouvons-nous donc faire pour combattre notre ignorance et notre tendance à sous-estimer les progrès accomplis ? La guerre en Ukraine a brutalement rappelé aux Européens le privilège de vivre sans conflit, ainsi que l’immense réussite du projet européen, qui a rendu la guerre entre États-nations du continent pratiquement inimaginable. Reste qu’on ne saurait évidemment déclencher une guerre de temps à autre dans le seul but de rendre palpable la valeur de la paix.

Certaines émissions de télévision cherchent à recréer, de manière immersive, l’expérience concrète de la vie avec les technologies rudimentaires des époques passées. L’un des tout premiers exemples – souvent considéré comme un précurseur de la télé-réalité – est la série de la BBC Living in the Past (1978), qui reconstituait un village de l’âge du fer où des volontaires « vivaient pendant un an, munis uniquement des outils, des cultures et du bétail disponibles à l’époque ». Parmi les autres expériences du genre, on peut citer Tales from the Green Valley (2005), dans laquelle historiens et archéologues vivaient et travaillaient dans une ferme galloise du XVIIᵉ siècle en n’utilisant que des outils et des méthodes d’époque, ou encore La maison de 1900, dont le titre est explicite.

Dans son récent ouvrage The Techno-Humanist Manifesto, Jason Crawford propose que l’éducation à la « culture industrielle » intègre des activités pratiques inspirées du monde préindustriel, afin d’offrir aux enfants une expérience directe de ce qu’était la vie avant l’avènement des technologies modernes. Pour rendre la leçon plus marquante, Crawford suggère même une pointe d’auto-mortification : « Ils pourraient essayer de passer une journée entière en ne mangeant que des aliments qu’ils ont eux-mêmes cultivés, en ne portant que des vêtements qu’ils ont eux-mêmes cousus, ou en ne s’éclairant qu’à la lumière de bougies qu’ils ont eux-mêmes fabriquées. »

Et pourtant, aussi utiles soient-elles, ces expériences pédagogiques ne font qu’effleurer la réalité de ce qu’était la vie d’autrefois. Comme l’a souligné Michael Magoon, si les producteurs de télévision cherchaient réellement à reconstituer les conditions de vie historiques, les participants seraient en permanence sous-alimentés, infestés de poux ou de ténias, édentés, transis de froid l’hiver, voués à mourir lentement de faim lors des mauvaises récoltes, contraints de vivre dans une puanteur permanente et de voir disparaître la moitié de leurs enfants.

Rien d’approchant, même de très loin, ne serait diffusable à la télévision – pas même dans les années 1970. Il ne s’agit, au fond, que d’un tourisme de la pauvreté sans danger. Résultat : le téléspectateur moyen en ressort probablement convaincu que la vie d’alors « n’était finalement pas si terrible », avec sa prétendue simplicité et son supposé sens de la communauté.

De la gratitude

J’ai grandi dans la religion catholique, en Flandre, et bien que je sois athée depuis une trentaine d’années – sans nourrir, par ailleurs, une estime particulière pour la religion –, j’ai conservé de cette éducation une valeur morale essentielle : la gratitude pour les bienfaits de l’existence. Avant chaque repas, surtout lorsque ma grand-mère, très pieuse, était présente, nous nous tenions par la main pour remercier le Seigneur de la nourriture posée sur la table. Cet esprit de gratitude, je l’ai toujours chéri.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous semblent l’avoir perdu, engloutissant machinalement des produits frais et savoureux dont nos ancêtres n’auraient même pas osé rêver. Ma grand-mère catholique, elle, avait un sens aigu de cette gratitude : elle avait connu le rationnement pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le philosophe Daniel Dennett a signé un essai magnifique, intitulé Thank Goodness (Dieu merci), après s’être remis d’un double pontage coronarien. Il y exprimait sa gratitude profonde envers la médecine moderne, le dévouement des médecins et des infirmières, ainsi qu’envers l’assurance maladie et les systèmes de santé.

Si vous êtes athée et que l’idée de remercier un être surnaturel pour votre nourriture ne vous parle pas, pourquoi ne pas adresser votre reconnaissance à l’ingéniosité humaine – sous la forme d’une prière laïque ? Aux inventeurs des chaînes de montage, des engrais de synthèse, des moteurs diesel ou des porte-conteneurs. Remerciez la main invisible du marché plutôt qu’un créateur invisible.

Comme l’écrit Michael Magoon : « Mieux comprendre comment nos ancêtres ont bâti le progrès et su le maintenir peut éveiller un profond sentiment de gratitude. Ils ont peiné sans relâche, et nous vivons tous aujourd’hui des fruits de leurs efforts. »

Regardez une simple pile d’ananas au supermarché avec le regard de quelqu’un vivant il y a quelques siècles. Il n’y a pas si longtemps, l’ananas était en Europe une curiosité exotique, si coûteuse qu’on l’exhibait comme un objet de luxe plutôt que de le manger et, même, on le louait à l’heure. Un temps, il a même suscité une véritable fascination chez les architectes, au point que sa forme servait à décorer aussi bien des trophées sportifs que des cathédrales. Aujourd’hui, nous sommes devenus si blasés que nous achetons des ananas déjà découpés dans des salades de fruits, sans même y prêter attention.

Même en 1989, Boris Eltsine, alors en visite aux États-Unis avec une délégation soviétique, allait entrer dans un supermarché Randalls à Houston – et en ressortir bouleversé. L’abondance des rayons, la diversité des produits, leurs prix accessibles : tout le frappa de plein fouet. À Moscou, rien de tel n’existait ; la pénurie y était la norme, tout comme les interminables files d’attente pour se nourrir. Plus tard, dans son autobiographie, Eltsine reviendra sur cet épisode décisif, qu’il décrira comme un véritable choc existentiel.

« Quand j’ai vu ces rayons remplis de centaines, voire de milliers de boîtes de conserve, de cartons et de marchandises en tout genre, j’ai éprouvé pour la première fois un profond désespoir pour le peuple soviétique. Comment un pays aussi riche que le nôtre avait-il pu sombrer dans une telle pauvreté ? C’est terrible d’y penser. »

On peut supposer que ce choc s’est, avec le temps, émoussé – y compris pour Boris Eltsine, après la chute du Mur. Mais avec un minimum d’imagination, il nous est encore possible de regarder les étagères de nos supermarchés à travers ses yeux – et d’éprouver, durablement, une gratitude à la hauteur de ce que nous devons à la technologie moderne et au capitalisme.

*Maarten Boudry est philosophe des sciences et chercheur à l’université de Gand (Belgique). Vous pouvez le suivre sur X (ex-Twitter).

Cet article est originellement paru dans Quillette.

https://www.lepoint.fr/debats/pourquoi-la-modernite-nourrit-ceux-qui-revent-de-la-detruire-A35IIEB7XBH2TLFS356WAUXJPE/


The Wall Street Journal, December 31     

The Minimum Wage Makes the Affordability Crisis Worse

Higher labor costs push prices up, while fewer jobs and hours mean less money in workers’ pockets.

Excerpt:

Increasing the cost of hiring an employee is an odd way of addressing the supposed affordability crisis. Yet some of the same people complaining about consumer prices are also celebrating the minimum-wage hikes set to take effect on Jan. 1. (…)

“This is a bad way to deal with affordability concerns,” says American Enterprise Institute economist Michael Strain. “Businesses have to absorb higher labor costs in some way, and one way is by raising consumer prices. Another way is by reducing the number of people they employ. And things become a lot less affordable when you lose your paycheck.”

https://www.wsj.com/opinion/the-minimum-wage-makes-the-affordability-crisis-worse-6c92dad2?mod=opinion_lead_pos6


Frankfurter Allgemeine Zeitung, December 30     

500. Todestag: Jakob Fugger, früher Vorbote der Sozialen Marktwirtschaft?

Die einen stellen den Augsburger Kaufmann und Wohltäter auf einen Sockel, die anderen zeichnen das Bild eines machthungrigen Kapitalisten. Ein vorurteilsfreier Blick auf Jakob Fugger zum 500. Todestag.

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Vor 500 Jahren, am 30. Dezember 1525, starb in Augsburg Jakob Fugger der Reiche, einer der einflussreichsten Kaufleute der Geschichte. Er war die schillernde Figur in einem europaweiten Handelsimperium, das vor allem im Abbau und Handel von Silber und Kupfer Konkurrenten wie die Welser ausstach und sich durch Kredite den Habsburger Kaiser Karl V. gefügig machte. Die Bewertung dieses herausragenden Kaufmanns und Unternehmers ist bis heute viel diskutiert.

Die einen sehen in ihm den barmherzigen Wohltäter und das frühe Vorbild eines Sozialunternehmers. Verwiesen wird auf die Fuggerei, die bis heute bestehende Sozialsiedlung im Herzen von Augsburg. Bedürftige Katholiken aus der Region mit gutem Leumund können hier wohnen gegen einen Betrag von 88 Cent im Jahr und tägliches Gebet für den Stifter. Auch ist überliefert, dass Jakob Fugger ohne Eitelkeit auftrat und sich für seine Mitarbeiter und deren Familien einsetzte: etwa durch Wohnungen und Alterssicherung sowie die Grabpflege für deren Verstorbene, die Befreiung von Leibeigenen und wertschätzenden Umgang mit Vertrauten.

Legenden berichten, dass er seinen Einfluss nutzte, um Sträflingen die Freiheit zu erwirken und ihnen eine Karriere als Kaufmann zu ermöglichen. Macht und Erfolg setzte er – solchem bis heute überlieferten Ruf folgend – im Dienst der Allgemeinheit ein. Auch sei er moralisch verlässlich gewesen. Das Fugger-Wort zählte und ist bis heute Vorbild des ehrbaren Kaufmanns. Und dass er anstelle seiner zwei älteren Brüder die Leitung im Unternehmen übernahm, gilt als freiheitlicher Sieg des Leistungsprinzips gegen überkommenes Standesdenken.

Missachtung des kirchlichen Zinsverbots

Das alles hebt ihn auf den Sockel eines erfolgreichen wie sozialen Unternehmers, eines ehrlichen Wohltäters und rastlosen Streiters für das Gemeinwohl. Ein so positives Bild legt nahe, ihn in eine Hall of Fame der Vorboten Sozialer Marktwirtschaft aufzunehmen. Denn er verkörpert zentralste Eigenschaften des Unternehmertums, das sich Alfred Müller-Armack, Walter Eucken und andere Vordenker wünschten. Doch muss die glorifizierende Hypothese einer direkten Linie vom Augsburg des 16. Jahrhunderts zur Kölner oder Freiburger Schule des 20. Jahrhunderts kritisch hinterfragt werden.

So zeichnen andere von Jakob Fugger das Bild eines superreichen Kapitalisten, dem es um die Befriedigung egoistischer Machtgelüste gegangen sei. Angeführt wird, dass er sich über bestehendes Recht hinwegsetzte. So missachtete er das kirchliche Zinsverbot und legte illegal, aber gewinnbringend das Vermögen des Brixener Fürstbischofs und Kardinals Melchior von Meckau an.

Auch nutzte er seinen Einfluss beim Kaiser, um im Streit über Schürf-, Abbau- und Handelsrechte von Edelmetall in Tirol das Monopolverbot zu umgehen. Er kaufte und bezahlte den Kaiser und dessen Kriege und war im Ablasshandel der katholischen Kirche engagiert. Im Unternehmen solle er ein Top-down-Patriarchat errichtet haben. Und all die sozialen Praktiken seien nicht mehr als Greenwashing. Kurzum: Jakob Fugger sei ein machtbewusster Strippenzieher mit Heuschreckenmentalität.

Kein Sozialrevolutionär, sondern ein Mann irdischer Macht

Damit fiele er vom Sockel. Und das ist heute ein beliebter Sport, Persönlichkeiten der Geschichte durch negative Zerrbilder zu entzaubern, um an deren Stelle eigene Ideologien zu setzen. Was auch Immanuel Kant durch Vorwürfe von Rassismus und Frauenfeindlichkeit widerfuhr, würde so auch Jakob Fugger ins Dunkel stellen. Doch solch einseitige Klitterung verbaut die Möglichkeit, auch von streitbaren Persönlichkeiten zu lernen.

Eine dritte Perspektive räumt Vorurteile beiseite. Weder Glorifizierung noch ideologische Entzauberung werden der Persönlichkeit Jakob Fuggers des Reichen gerecht. Zu einem Lerneffekt seines Lebens für heute müssen positive wie kritische Seiten gemeinsam in die Lehr- und Geschichtsbücher. Fugger war kein Sozialrevolutionär, sondern ein Mann irdischer Macht und des Reichtums. Er war ein Kind seiner Zeit und kein Heiliger. Doch ist sein Leben und Handeln nicht ohne seine tiefe religiöse Überzeugung zu verstehen. Auf einer Tafel aus dem Jahr 1519 in der Fuggerei ist als Beweggrund für die Stiftungen Jakob Fuggers und seiner Brüder genannt: „ihr vom allerhöchsten und gütigen Gott empfangenes Vermögen diesem wieder zu erstatten.“

Einseitigkeiten erscheinen so in neuem Licht: Fuggers Ziel war die Unabhängigkeit von den Mächtigen und von irdischen Regeln. Reichtum und politischer Einfluss ermöglichten ihm diese Freiheit, seinem Gewissen zu folgen. So wollte er sein Leben gestalten in Verantwortung vor den Menschen, vor sich und letztlich vor Gott. Er wollte seine Talente so bestmöglich entfalten und ein Vorbild für andere sein. Er folgte unabhängig seinem Gewissen und erhoffte so die Gnade Gottes im jüngsten Gericht. Es ging ihm um sein Seelenheil.

Auch das mag man womöglich kritisieren. Doch mit Egoismus hat das nichts zu tun. Denn die Moral schließt Gott und Gemeinwohl ein. Solch seltene Tugend hatten zweifellos die Väter Sozialer Marktwirtschaft im Sinn. Die Fugger’schen Stiftungen wollen diese Seite des Erbes in die Zukunft tragen.

Elmar Nass lehrt Christliche Sozialwissen­schaften und gesellschaftlichen Dialog an der Kölner Hochschule für Katholische Theologie (KHKT). Der Text basiert auf einem Vortrag, den er am 2. Dezember auf einer Veranstaltung des Akademischen Forums der Diözese Augsburg gehalten hat.

https://www.faz.net/aktuell/wirtschaft/jakob-fugger-frueher-vorbote-der-sozialen-marktwirtschaft-accg-110810457.html


Contrepoints / IREF, December 29     

Le FMI nous glisse un message libéral sous le sapin

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Dans un article publié récemment par le Fonds Monétaire International, « Why Civilizations Flourish—and Fail » (Pourquoi les civilisations prospèrent — et échouent) un message clairement libéral se dessine : les civilisations prospèrent quand elles s’ouvrent, et déclinent quand elles se ferment.

Le texte est signé Johan Norberg, intellectuel libéral suédois, historien des idées, membre du Cato Institute et auteur reconnu sur le thème du progrès. Son propos s’appuie sur son livre « Peak Human : What we can learn from the rise and fall of golden ages », consacré à l’essor et au déclin des grands âges d’or de l’histoire.

Norberg part de Bagdad au IXe siècle. Une capitale conçue comme un cercle parfait, symbole d’ordre, au cœur d’un califat abbasside enrichi par le commerce. L’empire finançait un vaste mouvement de traduction pour absorber le savoir des cultures avec lesquelles l’empire commerçait. Message limpide : « le progrès émerge lorsque les gens expérimentent, empruntent et combinent des idées ». Le déclin, lui, arrive « lorsque la peur l’emporte sur la curiosité ».

Athènes, Rome, la Chine des Song, la Renaissance italienne, la République néerlandaise, l’anglosphère moderne, toutes ces civilisations avaient des défauts majeurs, dont l’esclavage et l’oppression (des femmes notamment). Norberg ne l’oublie pas dans sa démonstration. Mais il rappelle une évidence souvent oubliée. Selon ses propos « Ils ont tous favorisé des périodes d’innovation intense, excellant dans la créativité culturelle, la découverte scientifique, le progrès technologique et la croissance économique. », malgré une pauvreté certaine.

Leur secret n’était ni la géographie ni l’ethnie. Elles importaient. Elles adaptaient. Elles innovaient. « La grandeur émerge lorsque l’imitation mène à l’innovation. » Athènes apprend de l’Égypte et de la Mésopotamie. Rome absorbe technologies et talents. Les marchands italiens ramènent les chiffres arabes. Les Néerlandais attirent les artisans. Le commerce international, et donc le libre-échange, permettent l’innovation mais aussi le maintien de chaque civilisation.

Mais rien n’est automatique. Norberg cite l’économiste et Prix Nobel Joel Mokyr : chaque avancée majeure est « un acte de rébellion contre la sagesse conventionnelle et les intérêts particuliers ». Quand les élites reprennent le contrôle, tout se fige. Liberté d’expression étouffée. Pouvoir concentré. Économie administrée. De nombreuses civilisations connaissent leur déclin lorsque « à la suite de pandémies, de catastrophes naturelles ou de conflits militaires, les sociétés se sont détournées des échanges intellectuels, réprimant les penseurs excentriques et les minorités. Les gens ont commencé à se rallier derrière des hommes forts qui ont imposé des contrôles à leurs économies et abandonné l’ouverture internationale. ».

En conclusion, le FMI précise prudemment que « les opinions exprimées dans les articles et autres documents sont celles des auteurs ; ils ne reflètent pas nécessairement la politique du FMI ». Certes. Mais le texte a été publié sur le site. Difficile d’y voir autre chose qu’au FMI, l’idée d’un retour à un véritable libre-échange serait appréciée.

https://contrepoints.org/le-fmi-nous-glisse-un-message-liberal-sous-le-sapin/


Contrepoints / IREF, December 28     

Les penseurs du libéralisme – Milton Friedman : liberté, monétarisme et tyrannie du statu quo

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Milton Friedman (1912-2006) est professeur d’économie à l’université de Chicago à partir de 1948. Prix de la Banque de Suède pour la science économique en 1976, il devient l’année suivante chercheur à l’université de Stanford. C’est un libéral qui reste avant tout un économiste, particulièrement versé dans le domaine monétaire. S’il n’est pas un immense théoricien du libéralisme comme Hayek ou Mises, il n’en demeure pas moins l’un des auteurs libéraux les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle du fait de son aura, liée à ses remarquables talents de pédagogue, et de son inventivité, mise au service de différents hommes politiques, des années 1960 aux années 1980. Capitalisme et liberté de 1962, son ouvrage le plus connu, et La Tyrannie du statu quo de 1984 en témoignent. Le premier est avant tout un livre d’économie dont certaines des propositions seront reprises ou appliquées dans le monde entier, alors que le second entend faire le bilan des trente premiers mois de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis.

Une conception classique du libéralisme

C’est dans l’introduction à Capitalisme et liberté que Friedman donne sa conception du libéralisme. Une conception classique qu’il relie à deux termes : la liberté et l’individu, le premier étant « le but ultime de la société », le second « son ultime entité ». Friedman distingue ensuite l’intérieur et l’extérieur du pays autour de deux nouveaux mots : le laissez-faire, d’une part, et le libre-échange, autrement dit le laissez-passer, d’autre part. Le laissez-faire est le « moyen de réduire le rôle de l’Etat dans le domaine économique et par conséquent d’accroître celui de l’individu » ; le libre-échange est l’instrument qui permet de « créer entre les nations un lieu pacifique et démocratique ». Friedman ne s’en tient pas à cette conception économique. Sur le plan politique, le libéralisme développe le gouvernement représentatif et les institutions parlementaires, il réduit les pouvoirs arbitraires de l’État et il œuvre à la protection des libertés civiles des individus.

Les rapports entre liberté économique et liberté politique

Le titre de l’ouvrage résume bien son objet : ce que Friedman nomme le « capitalisme de concurrence », qu’il conçoit dans l’introduction comme « l’organisation de l’ensemble de l’activité économique et la condition nécessaire de la liberté politique ».

Le chapitre 1 est justement intitulé : « Liberté économique et liberté politique ». L’ordre des expressions n’a rien d’anodin : non seulement il existe un « rapport intime contre économie et politique », mais encore la liberté économique permet d’obtenir la liberté politique, c’est-à-dire -Friedman s’inscrit dans les pas de son ami Hayek qui, deux ans plus tôt, a écrit La Constitution de la liberté- l’absence de coercition. Pour quelle raison ? Parce que le capitalisme sépare le pouvoir économique du pouvoir politique et que, par voie de conséquence, il « permet à l’un de contrebalancer l’autre ». Dans sa préface de l’édition de 2002, Friedman infléchit quelque peu ses propos. Certes, il confirme le lien indissoluble entre capitalisme et liberté, mais il remplace la dichotomie liberté économique/liberté politique par la trichotomie liberté économique/liberté civile/liberté politique. Le sens des termes a toute son importance : il ne peut y avoir de libertés civile et politique qu’en conséquence de la liberté économique, mais l’inverse n’est pas vrai puisque celle-ci peut être entravée par celles-là.

Les fonctions de l’Etat

Friedman use d’une phrase surprenante dans l’introduction : « On ne peut fixer une fois pour toutes le rôle de l’Etat en termes de fonctions spécifiques ». D’ailleurs, le chapitre 2 est directement consacré à la question, sous le titre « Le rôle du pouvoir politique dans une société libre ». Friedman se sépare immédiatement des anarchistes. Pourquoi un gouvernement est-il nécessaire ? Parce que « la liberté absolue est impossible ». Il règle en une phrase le sort de l’anarchisme, qui ne serait réalisable que dans un monde d’hommes parfaits. L’organisation de l’activité économique grâce à l’échange volontaire suppose un Etat chargé de cinq missions : « maintien de la loi et de l’ordre pour prévenir la coercition exercée par un individu contre un autre » ; « exécution des contrats volontairement passés » ; « définition et signification des droits de propriété » ; « interprétation et mise en vigueur de ces droits » ; « existence d’un cadre monétaire ».

– Le monétarisme

Friedman traite dans le chapitre 3 de sa grande spécialité : le « contrôle de la monnaie ». En liminaire, il pose que « ce dont nous avons instamment besoin, c’est d’une réduction, et non pas d’une augmentation, de l’intervention gouvernementale ». Il écarte ensuite deux solutions : un étalon-or ; une banque centrale « indépendante » et dotée de « larges pouvoirs discrétionnaires ». En effet -et la formule se veut choc -, « la monnaie est une question trop sérieuse pour être confiée à des banquiers centraux ». Le problème tient à la question suivante : « Comment créer un système qui fournisse le cadre monétaire nécessaire, une économie de libre-entreprise, mais qui, en même temps, ne soit pas susceptible d’être utilisé comme source de pouvoir et, ainsi, ne puisse menacer la liberté économique et politique ? » Friedman développe la réponse qu’il avait donnée dans Un programme pour la stabilité monétaire de 1959 : « établir la règle en fonction du comportement de la masse monétaire », c’est-à-dire de « la somme des dépôts bancaires et du numéraire qui se trouve à l’extérieur des banques ». Cette règle devrait être une règle législative, qui enjoindrait « à l’autorité monétaire d’atteindre un taux spécifique de croissance de la masse monétaire », précisément un taux annuel de 3 à 5 %. Dans le chapitre premier de La Quantité optimale de monnaie et autres essais de 1969, Friedman parlera d’une croissance à taux constant de la masse monétaire à hauteur de 2 à 5 % par an. Cette proposition sera une constante dans la carrière de l’économiste puisque La Tyrannie du statu quo de 1984 entérine sa proposition, nettement préférable au rétablissement de l’étalon-or, d’une obligation faite à la Réserve fédérale « d’accroître annuellement et à un taux fixe le volume monétaire mis en circulation », si ce n’est qu’il se réfère alors à un amendement constitutionnel et non plus à une règle législative. Notons par ailleurs que Capitalisme et liberté plaide dans son chapitre 4 consacré aux « arrangements financiers et commerciaux internationaux » en faveur d’un système de taux de change flottants, ce qui est entraînerait « un libre-échange complet des biens et des services ».

Une boîte à outils libérale

Capitalisme et liberté démontre toute l’inventivité de Friedman pour fournir de véritables solutions libérales à divers problèmes pratiques. Le chapitre 6 traite du « rôle du pouvoir politique dans l’éducation ». Il y défend de manière célèbre les bons scolaires, dits vouchers. L’Etat ne se retire pas, mais son rôle est transformé : « Toute subvention devrait aller aux individus afin qu’ils la consacrent aux établissements de leur propre choix, pourvu seulement que l’enseignement donné dans ces établissements soit de type que l’on désire subventionner ». La Tyrannie du statu quo confirme la nécessité d’« introduire la concurrence » au sein d’un système éducatif sous la forme d’un « système de chèques-scolarité » donné aux parents, ce qui permettrait d’améliorer pour toutes les couches sociales la qualité de l’enseignement.

Sur la question fiscale, le chapitre 10 de Capitalisme et liberté consacré à « la distribution et la redistribution des revenus » se prononce en faveur de ce qui sera popularisé sous le nom de flat tax, c’est à dire un impôt proportionnel, en l’occurrence sur les revenus. Un impôt uniforme proportionnel, dont seraient exemptés les plus pauvres, permettrait tout à la fois de faire payer plus les titulaires des revenus les plus élevés, et d’éviter le risque d’un surcroît d’impôt sur une minorité voté par une majorité qui en serait dispensé. La Tyrannie du statu quo confirmera le souhait de Friedman d’un taux unique d’imposition et par conséquent son rejet de toute progressivité. Cet ouvrage ajoute, sur le plan des finances publiques, l’idée d’un amendement constitutionnel « exigeant du gouvernement fédéral qu’il présente un budget équilibré et limite ses dépenses », ce qu’on nommera une règle d’or. Dans le chapitre 12 sur « l’aide aux économiquement faibles », Capitalisme et liberté contient une proposition elle aussi bien connue de Friedman, celle d’un « impôt négatif sur le revenu », qualifié de secours afin d’assurer une revenu minimum à tous. Il est à noter que dans le chapitre précédent qui a pour sujet « la politique sociale », il rejette tout salaire minimum, qui n’aurait d’autre effet que d’accroître la pauvreté.

Briser la « tyrannie du statu quo »

La Tyrannie du statu quo n’est pas un ouvrage théorique. Son intérêt est autre : comment instaurer le libéralisme de manière pratique et ce, en examinant les trente premiers mois du premier mandat de Ronald Reagan, plus précisément « en matière de réduction de l’importance de l’Etat, du transfert des compétences du gouvernement fédéral aux gouvernements des Etats, et de ces deux premiers niveaux à celui du citoyen », ainsi qu’il l’expose dans le chapitre 1 consacré au « bilan de Reagan ». Friedman donne la recette pour bien entamer des réformes libérales et pour les mener à bien : avoir un programme clair avant d’être élu et -contrairement à l’erreur faite par le nouveau président- le mettre en application dès après son arrivée au pouvoir. Pour quelle raison ? Parce que, durant cette brève phase initiale, la « tyrannie du statu quo » ne se fait pas sentir. C’est le chapitre 3 qui explicite ce dont il s’agit. Friedman y décrit un « triangle de fer » constitué à ses trois sommets des bénéficiaires immédiats d’une loi, des commissions législatives et de leur personnel, enfin de la bureaucratie qui administre la loi. « Ces trois puissantes tyrannies y imposent le statut quo » ; elles empêchent tout frein à l’expansion de l’Etat et, plus encore, toute réduction de la charge de ce dernier. En bref, elles favorisent la croissance de l’Etat social et de l’interventionnisme. Selon la dernière ligne de l’ouvrage, celle qui clôt le chapitre 9 posant la question de savoir « comment briser la tyrannie du ‘triangle de fer’ », « il n’est aucune difficulté que les Etats-Unis ne sauraient résoudre avec moins de pouvoir central et moins d’intervention de l’État ». Une analyse susceptible de s’appliquer, mutatis mutandis, à tous les pays.

https://fr.irefeurope.org/les-penseurs-du-liberalisme-milton-friedman-liberte-monetarisme-et-tyrannie-du-statu-quo/


Atlantico, December 28

Vaincus par le réel : et voilà comment le néolibéralisme global s’est cassé les dents sur la réalité du monde pour la même raison que… le communisme

Longtemps présenté comme l’horizon indépassable des sociétés modernes, le néolibéralisme a été rattrapé par le réel. Non pas battu par une idéologie concurrente, mais mis en échec par ses propres impasses, entre universalisme abstrait, hubris morale et double discours politique.

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Non pas battu par une idéologie concurrente, mais mis en échec par ses propres impasses, entre universalisme abstrait, hubris morale et double discours politique.

Pourquoi le néolibéralisme, dans ses dimensions à la fois internes et internationales, a-t-il échoué ? Je pose cette question de manière bien plus approfondie que ne le permet un court essai, dans mon prochain ouvrage The Great Global Transformation: National Market Liberalism in a Multipolar World. Je la pose aussi pour des raisons personnelles : certains de mes meilleurs amis sont néolibéraux. Ce fut un projet générationnel porté par les baby-boomers occidentaux, puis adopté par d’autres, en Europe de l’Est, d’où je viens, ainsi que par des élites latino-américaines et africaines.

Lorsque je rencontre aujourd’hui ces amis vieillissants, toujours animés d’un zèle presque intact pour le néolibéralisme, ils me donnent l’impression d’être des évadés idéologiques d’un monde disparu depuis longtemps. Ils ne viennent ni de Vénus ni de Mars ; ils viennent du Titanic.

Lorsque je dis que le néolibéralisme a été vaincu, je ne veux pas dire qu’il l’a été intellectuellement, au sens où un projet alternatif clé en main attendrait en coulisses pour le remplacer. Non. À l’instar du communisme, le néolibéralisme a été vaincu par la réalité. Le monde réel a simplement refusé de se comporter comme les libéraux pensaient qu’il le devait.

Il faut d’abord reconnaître que ce projet présentait de nombreux aspects séduisants. Il était idéologiquement et générationnellement lié à la génération rebelle des années 1960, ce qui lui conférait une filiation non conformiste. Il a promu l’égalité raciale, de genre et sexuelle. Par son accent mis sur la mondialisation, il mérite aussi le crédit d’avoir contribué à la plus forte réduction de la pauvreté mondiale jamais observée et d’avoir aidé de nombreux pays à trouver la voie de la prospérité. Même le très décrié « consensus de Washington » – bien que certains de ses préceptes aient été poussés à l’extrême et que d’autres aient été ignorés – repose sur des bases fondamentalement solides et conserve de nombreux atouts.

Ne serait-ce que parce qu’il offre un raccourci simple et lisible en matière de politique économique : il ne faut pas plus d’une heure pour l’expliquer à la personne la plus ignorante en économie.

Revenons donc à la question initiale : pourquoi le néolibéralisme n’est-il pas resté l’idéologie dominante ? Je vois trois raisons principales : son universalisme, l’hubris de ses adeptes (qui accompagne toujours l’universalisme) et la duplicité de ses gouvernements.

Que le néolibéralisme soit universel ou cosmopolite ne demande, je crois, guère de démonstration. L’idéologie libérale traite, en principe, chaque individu et chaque nation de la même manière. C’est un atout : le libéralisme et le néolibéralisme peuvent, en théorie, s’adresser aux groupes les plus divers, indépendamment de l’histoire, de la langue ou de la religion. Mais cet universalisme constitue aussi son talon d’Achille. La prétention à s’appliquer à tous se heurte rapidement à la réalité de conditions locales souvent très différentes. Tenter de les plier aux principes néolibéraux échoue.

Les contextes locaux – en particulier dans les domaines sociaux, profondément façonnés par l’histoire et la religion – résistent aux croyances forgées dans des conditions géographiques et historiques radicalement différentes. Face au monde réel, le néolibéralisme recule. La réalité reprend ses droits.

Mais tous les universalistes – communistes compris – refusent d’accepter cette défaite. Ils le doivent, car toute défaite est la preuve d’un défaut d’universalité. C’est là qu’intervient l’hubris intellectuelle. L’échec est alors attribué aux défauts moraux de ceux qui n’ont pas adopté les valeurs néolibérales. Aux yeux de ses partisans, seule l’adhésion pleine et entière au néolibéralisme permet d’être considéré comme sain d’esprit et moralement juste. Tout nouveau contrat social qu’ils ont jugé valable, fût-ce une semaine auparavant, doit désormais s’imposer sans condition.

Cette mise en scène morale, combinée au succès économique dont beaucoup de néolibéraux ont bénéficié du fait de leur âge, de leur position géographique et de leur niveau d’éducation, a conféré au néolibéralisme des accents victoriens, voire calvinistes : s’enrichir devenait non seulement un signe de réussite matérielle, mais aussi une preuve de supériorité morale. Comme le disait Deng Xiaoping, « s’enrichir est glorieux ». Cette dimension morale impliquait une absence d’empathie envers ceux qui ne parvenaient pas à trouver leur place dans le nouvel ordre.

L’échec devenait une faute méritée. Fidèles à leur universalisme, les néolibéraux occidentaux des classes moyennes supérieures ne faisaient aucune distinction entre leurs concitoyens et les étrangers.

L’échec local n’était pas moins mérité que l’échec lointain. C’est ce qui a, plus que tout autre facteur, conduit à leur défaite politique : ils ont tout simplement ignoré que la politique est, avant tout, une affaire intérieure.

Cette hubris née du succès – portée à des sommets inédits après la chute du communisme – s’est trouvée renforcée par l’universalisme, une caractéristique partagée par toutes les idéologies et religions qui, par construction, refusent de reconnaître l’importance des conditions et pratiques locales. Le syncrétisme n’avait pas sa place dans le logiciel néolibéral.

Enfin, la duplicité. Le refus de respecter, notamment dans les relations internationales, l’« ordre mondial fondé sur des règles » que les gouvernements néolibéraux définissaient et proclamaient eux-mêmes, ainsi que leur tendance à appliquer ces règles de manière sélective – autrement dit, à poursuivre des politiques d’intérêt national à l’ancienne sans l’assumer – a nourri chez beaucoup le sentiment d’un double standard. Les gouvernements occidentaux ont refusé de le reconnaître et ont continué à réciter leurs mantras, même lorsque ceux-ci contredisaient frontalement leurs actes.

Sur la scène internationale, ils se sont enfermés dans une impasse, manipulant les mots, réinventant les concepts, fabriquant des réalités, dans le seul but de masquer la vérité. Une part de cette duplicité existait aussi sur le plan intérieur, lorsque l’on expliquait aux citoyens qu’ils n’avaient pas à se plaindre, puisque les données statistiques ne validaient pas leurs ressentis, lesquels devaient donc être ignorés.

Et maintenant ? J’aborde cette question dans The Great Global Transformation. Une chose, toutefois, fait consensus : les cinquante dernières années ont vu l’effondrement de deux idéologies universalistes, le communisme et le néolibéralisme. Toutes deux ont été vaincues par la réalité.

Les idéologies à venir ne seront pas universalistes : elles ne prétendront pas s’appliquer au monde entier. Elles seront particularistes, limitées dans leur portée géographique et politique, et orientées vers le maintien de l’hégémonie là où elles s’exercent, sans chercher à la transformer en principe universel. C’est pourquoi parler d’idéologies autoritaires globales n’a guère de sens. Ces idéologies sont locales, visant avant tout à préserver le pouvoir et le statu quo. Cela ne les rend pas étrangères à la tentation impérialiste, mais cette tentation ne peut jamais s’étendre à l’ensemble du monde, ni permettre aux différents autoritarismes de coopérer durablement.

En l’absence de principes universels, ils sont au contraire voués à s’affronter. La seule manière pour des régimes autoritaires d’éviter de se combattre est d’accepter un ensemble très restreint de principes, essentiellement la non-ingérence dans les affaires intérieures et l’absence d’agression, et de s’en tenir là.

La proclamation par Xi Jinping de cinq règles de ce type lors de la récente réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai s’inscrit sans doute dans ce calcul.

https://atlantico.fr/article/decryptage/vaincus-par-le-reel-et-voila-comment-le-neoliberalisme-global-sest-casse-les-dents-sur-la-realite-du-monde-pour-la-meme-raison-que-le-communisme


Contrepoints / IREF, December 28     

Libéral ou conservateur ? Pourquoi pas les deux ?

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« Libéral » et « conservateur », voilà bien deux mots qui n’ont pas bonne presse dans notre pays. Ils ont, dans la vie politique, intellectuelle et médiatique française, la particularité de servir à caricaturer, déconsidérer, voire insulter, l’adversaire. C’est d’autant plus étonnant que les termes ne sont guère utilisés par ceux que l’on entend ainsi vilipender. Depuis Alain Madelin et « Démocratie libérale » dissous en 2002, aucun parti ne se réclame ouvertement du libéralisme. Même David Lisnard, le plus ardent défenseur des idées libérales parmi les politiciens français, n’a pas osé utiliser le mot dans l’intitulé de son parti (« Nouvelle énergie ») ! Quant au conservatisme, il n’est pas plus présent sinon à travers un « Mouvement conservateur », avatar de « Sens commun », association née au sein de l’UMP pour s’opposer à la loi Taubira instaurant le mariage pour les personnes de même sexe.

Mais ce n’est pas parce que les offres politiques libérale et conservatrice sont quasiment inexistantes que les idées n’existent pas, y compris en France. Bien au contraire, elles peuvent se rattacher à une longue tradition philosophique que Jean-Philippe Delsol se fait fort de rappeler dans son nouvel ouvrage.

Libéral-conservateur, un oxymore ?

Pour l’encyclopédie en ligne Wikipédia, le « conservatisme s’oppose fortement au libéralisme à partir de ce qu’est ou doit être le droit ; les droits sont acquis et protégés par les institutions établies, et donc, ne sont pas innés ou attachés à l’individu ». Jean-Philippe Delsol ne dit pas le contraire quand il écrit que « beaucoup considèrent que libéral et conservateur forment un oxymore, le libéral s’appuyant sur la philosophie des Lumières et la Révolution que le conservateur réprouve ».

Il est vrai que l’on trouve aisément de quoi opposer l’un à l’autre, surtout quand on les caricature et que le conservatisme devient immobilisme, voire réaction, et le libéralisme licence, voire anarchie. Cependant, il n’est pas faux d’affirmer que « le libéral privilégie la responsabilité et l’autonomie individuelle » tandis que le conservateur s’appuie davantage sur les communautés. Le premier choisit la liberté quand le second opte pour l’autorité.

Le conservatisme, « peut-être d’abord un mode de vie » écrit l’auteur, est « réservé à l’égard du changement qui laisse craindre le désordre. Il croit à la vertu de l’existant […]. Il doute de l’homme et s’en remet volontiers au charisme d’un chef ». Le libéralisme, lui, est davantage « une attitude, le reflet d’une curiosité, un esprit d’aventure et d’ouverture ». Ainsi, les conservateurs ont-ils « souvent une vision organique de la société » et la comparent « à la famille pour justifier l’autorité de l’État ». Les libéraux, au contraire, « pensent que les individus sont globalement plus à même que l’État de savoir ce qui est bon pour eux ».

Si les conservateurs sont « généralement favorables à la liberté d’entreprendre et de commercer », ils sont aussi « prompts à mettre en place des mesures protectionnistes ». Ils n’hésitent pas à « en appeler aux pouvoirs publics pour réguler le marché, les échanges, les comportements des employeurs et des salariés ». Ils peuvent même se montrer constructivistes, alors que les libéraux « estiment que la société se construit dans l’action humaine imprévisible et le libre-échange des produits, des services et des idées ». Ils sont « convaincus que tout pouvoir a tendance à abuser du pouvoir et que la tyrannie guette toujours ».

Nous pourrions longtemps encore souligner ainsi les différences, voire les oppositions franches, qui existent entre conservateurs et libéraux.

« Le conservatisme et le libéralisme ont plus en commun qu’ils ne croient »

Mais ce n’est pas le propos de Jean-Philippe Delsol. Il pense, au contraire, que les deux termes peuvent être réunis pour n’en former qu’un seul car conservatisme et libéralisme « ont plus en commun qu’ils ne croient ». Le rapprochement des deux idées permet de marier ce qu’elles ont de meilleur : « Libéral pour avancer et conservateur pour retenir ce qui a réussi ».

Mais alors qu’est-ce qu’un libéral-conservateur ? C’est assurément quelqu’un dont la première règle éthique repose « sur le respect de toute humanité ». « Les libéraux-conservateurs, insiste Jean-Philippe Delsol, croient qu’il existe une nature humaine avec ses propres lois, une loi naturelle que chaque individu a vocation à découvrir par la raison et par l’expérience du bien et du mal ».

Dans les deux parties qui constituent le cœur de l’ouvrage, Jean-Philippe Delsol s’efforce de montrer, avec talent et efficacité, que libéralisme et conservatisme ont des valeurs communes – liberté, responsabilité, dignité, propriété, vertu du droit et des institutions, subsidiarité –, mais aussi des combats communs à mener pour supprimer la pauvreté des travailleurs, libérer l’école et rétablir une culture forte, assurer le respect la nature, à commencer par la nature humaine. Il montre, tant aux libéraux qu’aux conservateurs, qu’ils ont bien des motifs de se rapprocher car ils « partagent une éthique et une politique ».

Les sympathisants de l’IREF seront ravis de voir regroupés dans ce livre tant d’idées et de propositions qu’ils ont pu voir égrener au fil des jours dans « La Lettre des libertés ». Ils se réjouiront de l’appel de l’auteur à « réunir une grande famille politique autour de ces valeurs communes qui peuvent redonner la prospérité à nos sociétés ». Ils acquiesceront à l’idée que conservateurs et libéraux retrouvent « ensemble le chemin de la vraie politique, celle du gouvernement des hommes plutôt que l’administration des choses », celle qui réunit « sur des idées plutôt que sur des programmes chicaneurs et versatiles ».

Avouons un regret, celui qu’en regard du chapitre sur les mauvais génies des libéraux et des conservateurs – Hegel, Hobbes, Hume, Stuart Mill, Spencer, Rothbard, Hoppe…– ne figure pas son pendant pour les bons génies – Locke, Smith, Kant, Constant, Tocqueville, Hayek…. Bien sûr, ces derniers ont largement leur place dans les onze chapitres du livre. Mais, il nous semble qu’ils auraient mérités davantage de visibilité.

Mais ce n’est pas cela qui va nous empêcher de recommander la lecture de l’ouvrage. Elle est, en effet, revigorante dans le sens où elle permet de prendre conscience que, quel que soit son camp – conservatisme ou libéralisme –, il est, somme toute, aisé de faire un pas vers l’autre pour combattre le véritable adversaire commun : le socialisme et ses avatars (progressisme, marxisme, écologisme, wokisme, communisme, etc.).

https://fr.irefeurope.org/liberal-ou-conservateur-pourquoi-pas-les-deux-2/


Atlantico, December 22

« Le libéralisme : jalons pour une reconstruction »

Avec la parution, en mars dernier, de son « Libéralisme : jalons pour une reconstruction », Serge Schweitzer, clôt sa trilogie sur le libéralisme.

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Pour mémoire, le premier volume se concentrait sur les motifs de l’hostilité française à l’égard d’une « doctrine qui a pourtant apporté les Lumières et la victoire sur la rareté » tandis que le second entendait fournir la démonstration que le libéralisme est une doctrine complète, soit, selon l’auteur, un moyen et une fin, dont l’horizon est l’accomplissement de soi et la coopération entre les hommes.

C’est donc naturellement que ce troisième et dernier volume ambitionne de prouver que loin d’être une doctrine parmi d’autres, le libéralisme constitue l’unique chemin qui assure simultanément le progrès et la concorde, c’est-à-dire le confort matériel et la paix de l’esprit.

Bien que cela puisse surprendre, Serge Schweitzer débute ce travail, en partant de l’analyse économique. C’est pour lui l’occasion de s’appuyer sur les penseurs de l’école autrichienne afin de critiquer la pertinence de la macroéconomie – l’impossible passage de l’individuel au général –, et l’utilité de la théorie générale – qui oublie les processus dynamiques de toute activité économique – avant de clarifier des notions clés tels que le taux d’intérêt, le cycle économique ou la nature de la monnaie.

De prime abord, le lecteur peu familier des sciences économiques pourra être décontenancé et se demander pourquoi ces débats sont si importants pour établir la supériorité de la doctrine libérale sur les doctrines concurrentes. D’autant plus que, sur ce point, sans doute en raison de son propre cursus universitaire, Serge Schweitzer ne s’attarde par sur les motifs de son choix. Mais une fois cette première partie digérée, la réponse est claire : l’auteur veut mettre en évidence le fait que l’existence de différents courants en économie s’explique par des représentations différentes de l’individu et de sa place dans la société. Autrement dit, même une discipline qui se veut scientifique repose sur des aprioris philosophiques et seule une approche qui accorde la primauté à l’individu peut être cohérente avec une doctrine libérale.

Ainsi, ce long détour de plus d’un siècle, à travers les controverses économiques, s’avère nécessaire pour comprendre la suite du raisonnement. Ayant expliqué que l’économie autrichienne, authentiquement libérale, était mieux à même de saisir la complexité des phénomènes économiques et que là où ses recommandations ont été appliquées, il y a eu prospérité, Serge Schweitzer élargit l’analyse et applique la même méthode aux phénomènes sociaux.

Il analyse alors, tour à tour, la sociologie et le droit, pour expliquer comment une approche fondée sur le primat de l’individu permet, dans ces deux disciplines complémentaires à l’économie, de découvrir les bonnes institutions juridiques et sociales, c’est-à-dire celles qui favorisent la coopération et l’émancipation.

L’enjeu de cette seconde partie est donc de montrer comment ces trois piliers, lorsqu’ils ont pour fondement la raison, l’individu et une démarche scientifique, permettent d’élaborer une « science de la liberté », cohérente et globale qui pave le chemin de la prospérité et de l’harmonie.

Le grand mérite de ce livre, court et énergique, est de rappeler que l’analyse des doctrines politiques ne peut faire l’économie d’une étude de leur cohérence interne, des leurs postulats et de leurs impacts dans toutes les composantes de la vie humaine. Et rien que pour cela, il convient saluer le travail accompli dans cette trilogie.

Évidemment, en en s’assignant la triple tache de démontrer la cohérence du libéralisme, d’en redéfinir les bases pour l’élever au rang de science et d’en prouver la supériorité sur les autres doctrines politico-économiques, et tout cela en trois courts volumes, Serge Schweitzer est contraint de passer rapidement sur certains points qu’on pourrait juger pourtant essentiels.

Ainsi, lorsqu’il dessine une analyse libérale du rôle et des enjeux de l’intelligence artificielle, on ne peut que regretter l’absence de références à Nick Bostrom ou à nos philosophes spécialistes des techniques, notamment Michel Serres et Regis Debray.

De même, on aurait aimé que l’auteur fournisse une grille de lecture libérale de la crise morale qui frappe démocraties libérales, notamment pour comprendre ce qui distingue la position libérale de celles proposées plus hégéliennes de Marcel Gauchet ou Pierre-Henri Tavoillot.

Au fond, ces questions qui naissent à la lecture de cette trilogie révèlent sans doute une absence plus profonde : celle de l’idéologie, du récit collectif, du mythe fondateur des différentes doctrines. Si le libéralisme est véritablement supérieur à toutes les autres formes d’organisation, pourquoi rares sont ceux qui le voient et plus rares encore ceux qui l’acceptent ? En l’absence de réponse à cette question, on peut être convaincu de la cohérence du libéralisme, accepter sa méthodologie, tout en demeurant sceptique quant à sa désirabilité.

Sans doute aurait-il fallu ici reprendre les théories sociologiques des systèmes politiques, développées par Raymond Aron et l’analyse critique des fondements philosophiques des démocraties libérales, fournie par Isaiah Berlin. Deux grands absents qui ne demandent qu’à être relus et décortiqués par l’esprit aiguisé d’un auteur dont on ne peut qu’espérer un (…)

https://atlantico.fr/article/decryptage/recension-le-liberalisme-jalons-pour-une-reconstruction-pierre-bentata


Atlantico, December 22

Discriminations de genre ou différences des sexes ? Cette étude suisse montre à quel point hommes et femmes exercent des professions différentes par… CHOIX

L’une des conclusions les plus solides en psychologie est que les hommes et les femmes ont des intérêts professionnels quelque peu différents : en moyenne, les hommes sont plus intéressés par le travail avec des objets, tandis que les femmes sont plus intéressées par le travail avec des personnes.

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Antoine de Gabrielli : La seconde solution bien-sûr. Beaucoup d’éléments influent sur les choix professionnels : certains peuvent être privilégiés selon la nature sexuée des personnes – c’est ce que suggère l’étude suisse citée – mais peuvent aussi être influencés par les situations économiques ou culturelles. Par exemple, la part des femmes dans les études scientifiques est forte dans les pays du Maghreb, avec un record en Algérie où elles représentent presque 50% des diplômés en ingénierie. Ce n’est pas – évidemment – que la situation des femmes dans ces pays y est particulièrement égalitaire. Bien au contraire, c’est que les études scientifique sont, pour elles, une vraie voie d’émancipation au sein de pays à la culture très patriarcale. Décider que les hommes et les femmes doivent partout avoir des résultats identiques est purement idéologique : rien ne permet de prédire cette identité de choix. En revanche il faut se garder de l’idéologie inverse, qui consisterait à attribuer spontanément à une différence sexuée toutes les différences de choix professionnels entre hommes et femmes. La bonne question a se poser, dans chaque filière professionnelle, est « avons-nous fait tout ce qu’il fallait pour que hommes et femmes aient les mêmes chances d’y réussir ? ».

L’étude suisse montre que la nature même des métiers — orientés vers les objets ou vers les personnes — prédit fortement leur répartition hommes‑femmes. Que nous dit cela sur les limites des politiques actuelles de rééquilibrage, notamment dans les filières STEM ?

Qu’il faut veiller à l’égalité des chances, un point, c’est tout, mais le faire bien. Et certainement pas appliquer des quotas par type d’études ou de métiers. Les quotas sont par nature discriminatoires. J’attends d’ailleurs avec intérêt que des quotas soient proposés dans les métiers du droit, en particulier dans la magistrature, du soins aux enfants, en particulier en crèche, en médecine générale ou chez les orthophonistes, métiers dont chacun sait qu’ils sont très féminisés. Les prévalences sexuées ne sont pas critiquables en soi ! La célèbre étude de Gijsbert Stoet et David C. Geary, publiée en 2018, montre que, dans des pays très égalitaires, les différences de choix d’études ou de professions entre hommes et femmes peuvent non seulement persister mais même s’accentuer, notamment dans les domaines des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM). On pourrait résumer cette étude à « plus les pays sont égalitaires et plus les choix des hommes et des femmes sont sexués ».

Si les différences d’intérêts émergent tôt et de manière robuste, comment l’école, l’orientation et les institutions peuvent‑elles accompagner ces préférences sans les figer, et sans dévaloriser ni les métiers techniques ni les métiers du care ?

Là, il y a vraiment une vigilance à avoir, tant de la part des parents que des enseignants. Même si hommes et femmes – garçons et filles – choisissent de préférence des filières de formation, il importe ne pas penser à leur place leurs choix professionnels. Ce n’est pas si facile, tant nous avons souvent la conviction que certains métiers conviennent mieux à une femme ou à un hommes selon les cas. Ces convictions peuvent être fondées, mais elles doivent toujours être confrontées à la réalité des goût et talents de chaque individu. Le XXème siècle a montré que les femmes pouvaient assumer des métiers et responsabilités auparavant réservées aux hommes. Il est peut-être temps désormais de montrer que les métiers du care peuvent très bien convenir aux hommes. Encore faudrait-il qu’ils soient correctement rémunérés… mais ça c’est une autre histoire !

https://atlantico.fr/article/decryptage/discriminations-genre-differences-sexes-etude-suisse-hommes-femmes-professions-differentes-par-choix-antoine-de-gabrielli


Le Point, December 22         

Privatiser la SNCF, quelle bonne idée !

CHRONIQUE. Il est temps d’acter définitivement la fin d’un monopole et de profiter plus à fond des vertus de la concurrence.

Link Without Pay Wall:

https://www.lepoint.fr/debats/privatiser-la-sncf-quelle-bonne-idee-SKEIZBFQ3ZABVDJLE6OU6CP55I/


Neue Zürcher Zeitung, December 20    

Liberale Parteien haben ihre Ideale verraten. Sie haben mitgeholfen, die Freiheit auszuhöhlen

In vielen westlichen Ländern schnürt der Staat der Wirtschaft zunehmend die Luft ab. Die Folgen sind unübersehbar, und doch können liberale Parteien davon nicht profitieren. Daran sind sie selbst schuld.

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Wenn es stimmt, dass nichts so mächtig ist wie eine Idee, deren Zeit gekommen ist, dann müsste im Westen ein neues Zeitalter anbrechen: das Zeitalter des Liberalismus. Die Verwerfungen staatlicher Eingriffe sind überall sichtbar. Frankreich und Grossbritannien versinken unter Schuldenbergen, Deutschland türmt sie mit Leidenschaft auf. Immer mehr Staaten schotten sich gegen den freien Warenverkehr ab, sogar Amerika. Alternde Gesellschaften leisten sich einen Sozialstaat, als seien sie im Besitz eines Jungbrunnens.

Die Einsicht, dass es so nicht weitergehen kann, verbreitet sich in Windeseile. Wenn in Deutschland selbst der Arbeitgeberschreck Bärbel Bas von der SPD nun Reformen der Rente fordert, dann kann man sagen: Das Hauptanliegen der Liberalen ist im Mainstream angekommen. Alle wissen, dass der Staat die Wirtschaft entlasten muss. Er muss sich auf das Wesentliche besinnen, für Sicherheit sorgen, eine funktionierende Infrastruktur und freien Handel. Goldene Zeiten also für jede liberale Partei, zumindest in der Theorie.

Nur ist davon in der Praxis nichts zu sehen. Die deutsche FDP wird mittlerweile künstlich beatmet. Seit Monaten dümpelt sie in Umfragen bei etwa 3 Prozent dahin. Die Einschätzungen gehen auseinander, ob sie bereits klinisch tot ist oder noch einmal aus dem Koma erwacht. In der Schweiz holten die Liberalen bei den nationalen Wahlen 2023 das schlechteste Ergebnis ihrer Geschichte. Seither hat die FDP in Umfragen noch einmal an Zustimmung verloren. In Grossbritannien liegen die Liberaldemokraten im Moment bei 12 Prozent und damit nur leicht über den Ergebnissen früherer Jahre. Von der Krisenstimmung im Land profitieren andere, allen voran die Populisten. Warum ist das so?

Ein Grund ist die mittlerweile erschreckende Staatsgläubigkeit vieler Bürger. Gibt es ein Problem, soll es gefälligst die Regierung lösen. Dass es sogar den fähigsten Staat überfordert, Krisenmanager, Schiedsrichter und Sozialarbeiter in Personalunion zu spielen, gerät in Vergessenheit. Paradoxerweise ist der Glaube an die staatliche Allmacht gerade kein Zeichen für das Scheitern der liberalen Idee. Er zeigt vielmehr ihre überwältigende Macht: Denn der Liberalismus schafft ideale Voraussetzungen für eine blühende Staatsgläubigkeit.

Wo Wohlstand allgegenwärtig ist, wird Masshalten unbeliebt

In einer freiheitlichen Gesellschaft entfaltet sich die Wirtschaft zunächst unter verlässlichen Rahmenbedingungen. Gewinne und Steuereinnahmen steigen. Doch infolge des wachsenden Wohlstands gehen die Ansprüche immer mehr ins Uferlose. Politiker beginnen damit, umzuverteilen und in das Steuer der Wirtschaft einzugreifen. Zugleich geht das Wissen darüber verloren, wie gefährlich solche Eingriffe sind. So wird der Liberalismus zum Opfer seines eigenen Erfolges.

Am Ende kommt gar das Wissen abhanden, dass Geld erst verdient werden muss, bevor man es ausgeben kann.

Spuren dieser Geisteshaltung findet man überall. In der Schweiz stimmten die Bürger für eine zusätzliche monatliche Rente im Jahr, trotz enormen Kosten. In Deutschland lobten Journalisten die FDP nicht etwa dafür, dass sie in der vormaligen Regierung auf der Schuldenbremse beharrte, sie verschrien sie von morgens bis abends als Bremsklotz der Koalition. Wo Wohlstand zur Selbstverständlichkeit geworden ist, wird Masshalten unbeliebt. Schlechte Zeiten für Parteien, die auf Eigenverantwortung pochen.

Doch das allein kann die Schwäche der liberalen Parteien im Westen nicht erklären. Es muss noch eine andere Begründung dafür geben. Sie lautet: Liberale Politiker haben sich an der Freiheit versündigt. Sie haben im Namen eines pervertierten Freiheitsbegriffs die Rechte ihrer Bürger eingeschränkt. Das ist eine Todsünde für jede liberale Partei.

Man nehme nur die Liberaldemokraten in Grossbritannien. Noch bis vor kurzem gestatteten sie Männern, die sich als Frauen identifizieren, Parteipositionen für weibliche Mitglieder zu besetzen. Man weiss gar nicht, wo man anfangen soll. Schon dass man in einer liberalen Partei Positionen für Frauen reserviert, ist falsch, bei allem Verständnis für die Förderung weiblicher Nachwuchskräfte. Gleichstellung kann kein Anliegen für einen Liberalen sein, sosehr sie auch in Mode ist. Er muss gegen Diskriminierung kämpfen, ansonsten aber auf Gleichheit vor dem Gesetz beharren, selbst wenn dann mehr Männer als Frauen Karriere machen. Wer es anders hält, verwechselt eine liberale Haltung mit einem linken Anliegen.

Die liberale Furcht vor der Rache der Linken

Genauso falsch ist es, diese Frauenplätze Männern zuzugestehen, die ihren Geschlechtseintrag ändern lassen. Das lädt zu Missbrauch ein. Nicht einmal ein Urteilsspruch des Obersten Gerichts brachte die Liberaldemokraten zunächst von ihrem Irrweg ab, so sehr fürchtete man offenbar die Rache linker Parteimitglieder. Erst kürzlich änderte die Partei ihr Statut.

Ähnlich ist die Lage in Deutschland, wo man seit je das Talent hat, einen Irrweg besonders konsequent zu Ende zu gehen. Die FDP bewies das mit dem Selbstbestimmungsgesetz in der vormaligen Regierung auf eindrückliche Weise. Es gestattet Bürgern, ihren Geschlechtseintrag einmal im Jahr zu ändern. Indem die Liberalen dieses Gesetz mittrugen, erweiterten sie die Rechte einer verschwindend kleinen Minderheit auf Kosten der Mehrheit.

Für Männer mit geändertem Geschlechtseintrag ist es nun ein Leichtes, die Frauenumkleide eines Fitnessstudios zu betreten. Will der Betreiber einer solchen Person den Zutritt verwehren, trägt er allein das rechtliche Risiko. In der Regel wird er den Konflikt scheuen. So gefährdet das Gesetz die Schutzräume von Frauen.

Schlimmer noch: Es schränkt die Redefreiheit ein. Es ist Bürgern untersagt, das frühere Geschlecht eines Mitmenschen zu nennen. Selbst im offenkundigen Missbrauchsfall drohen Strafen. Man muss sich nur die kryptischen Berichte über den Rechtsextremen Sven Liebich durchlesen, der kürzlich seinen Geschlechtseintrag änderte und seine Haftstrafe in einem Frauengefängnis antreten wollte. Aus jeder Zeile spricht die Furcht, etwas Falsches zu schreiben. Dass ausgerechnet eine liberale Partei so etwas mitzuverantworten hat, werden Historiker einmal als Skurrilität in Geschichtsbüchern vermerken.

So sieht es aus, wenn man sich dem Zeitgeist anbiedert

Unvergessen ist, wie die grüne Familienministerin Lisa Paus behauptete, Transfrauen seien Frauen, neben ihr ein bedröppelter FDP-Justizminister Marco Buschmann. So sieht es aus, wenn man sich dem Zeitgeist anbiedert.

Nicht einmal in der liberalen Schweiz kann man die FDP vollständig von diesem Vorwurf ausnehmen. Ausgerechnet in der Pandemie, in der der Staat seinen Einfluss ausweitete, verteidigte die Partei die Freiheitsrechte des Einzelnen nur zaghaft.

Es geht hier nicht um Kleinigkeiten. Die meisten Wähler haben ein feines Gespür dafür, wenn Politiker ihre eigenen Ideale verraten. Heuchelei bleibt dem Souverän in der Regel nicht verborgen. Und nichts zerstört im politischen Geschäft so zuverlässig die eigene Glaubwürdigkeit.

Dass ausgerechnet Liberale in diese Falle gelaufen sind, hat einen Grund. Lange Jahre war der Zeitgeist so links, dass Liberale eine panische Angst entwickelten, als rechts wahrgenommen zu werden. Überall berufen sie sich zwanghaft auf die Mitte. In Deutschland will der neue Vorsitzende der FDP, Christian Dürr, seine Partei gar in die «radikale Mitte» führen, was immer das bedeuten soll.

Auch eine höhere Moral kann Freiheitsrechte bedrohen

Doch die Mitte ist kein attraktives Angebot für einen Liberalen. Sie ist zu einem faden Brei verkommen. Kein Wunder, dass sich mancher Debattenbeitrag aus der deutschen FDP eher liest wie ein Manifest der Grünen, durchsetzt mit ein paar liberalen Einsprengseln. Besonders geschadet hat der Partei ihr Schlingerkurs in der Asylkrise. Viel zu lange war sie peinlich genau darauf bedacht, ihre Weltoffenheit unter Beweis zu stellen und sich von der AfD abzugrenzen. Am Ende musste der Wähler glauben, die FDP heisse rechtlose Zustände gut.

Es ist, als hätten Parteimitglieder den Regler einer Schalttafel vor Augen, den man nach ganz links oder ganz rechts schieben kann. Der Liberale muss dann irgendwo in der Mitte stehen. Diese zwanghafte Abgrenzung von den politischen Polen hat sie vergessen lassen, was im klassischen Sinne liberal ist.

Sie sollten sich auf die Worte der früheren Generalsekretärin der FDP in Deutschland besinnen, Linda Teuteberg. «Zeitgeist ist per se weder gut noch schlecht», sagte sie einmal. Man müsse vielmehr kritisch fragen: «Was daran dient der Würde und Freiheit des Menschen, und was gefährdet sie?»

Auch eine höhere Moral kann universelle Freiheitsrechte bedrohen. Liberale Parteien haben das vergessen, weil sie vergessen haben, auf welchem Fundament sie stehen.

Nun, da das politische Pendel nach rechts ausschlägt, sollten sie ihre Fehler aus der Vergangenheit nicht wiederholen. Sie sollten auf ihren Positionen beharren, ganz gleich, wie andere sie wahrnehmen. Ein Liberaler wendet sich gegen Asylmissbrauch, verteidigt aber die Einwanderung von Fachkräften mit Arbeitsvertrag. Er kritisiert die Einschränkung der Meinungsfreiheit von links wie rechts. Er kämpft für einen handlungsfähigen Staat, pocht aber darauf, dass dieser sich auf seine Kernaufgaben besinnt. Entscheidend sind die Stützpfeiler, von denen aus er seine politischen Vorstellungen entwickelt.

Nur wenn liberale Parteien dieses Selbstbewusstsein ausstrahlen, werden sie eine Zukunft haben. Höchste Zeit, dass sie es wiederentdecken.

https://www.nzz.ch/meinung/niedergang-von-fdp-und-co-liberale-parteien-haben-ihre-ideale-verraten-ld.1915459


Le Point, December 17        

Pourquoi les économies libres peuvent mieux répondre à l’urgence climatique

CHRONIQUE. Les niveaux mondiaux d’émissions de CO₂ continuent d’augmenter. Et l’économie de marché continue à être pointée du doigt. Mais, loin d’être un fardeau, elle peut même être un atout puissant.

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En ces temps de crises multiples – budgétaires, démocratiques, géopolitiques –, il est essentiel de se pencher sur la crise environnementale et les politiques susceptibles d’y remédier. Malgré les efforts de la communauté internationale et notamment l’accord de Paris, les niveaux mondiaux de CO₂ pulvérisent les records. Cette situation est due à la combustion toujours croissante d’énergies fossiles, à la déforestation et à l’industrie, qui contribuent à l’effet de serre. L’écart entre les objectifs de la communauté internationale et la réalité est très grand. La conséquence devrait être une augmentation des coûts économiques du dérèglement, via des hausses de températures plus fortes.

Pour les tenants de la décroissance et de ses formes moins radicales, comme la théorie du développement durable, l’économie de marché (improprement appelée « capitalisme ») est à l’origine de ces maux environnementaux. C’est vite oublier l’écocide soviétique et faire fi que, dans de nombreux pays, cette soi-disant économie de marché est fortement dirigée… Ce qui rend largement fallacieux les liens systématiques entre liberté économique et dégradation de l’environnement.

Il ne s’agit pas, néanmoins, d’affirmer que le développement économique, effectivement plus rapide dans les économies libérales, n’a pas reposé sur la consommation de ressources et n’a pas provoqué des maux environnementaux. Il s’agit plutôt de pointer le fait que l’économie de libre marché dispose de qualités qui lui permettent de mieux réagir aux crises, y compris celles environnementales, que les régimes dirigistes et bien évidemment que les économies centralement planifiées.

Hausse du prix des énergies fossiles

L’économie de libre marché est un atout, et non une charge, pour faire face aux défis climatiques. Elle bénéficie de qualités incitatives liées aux droits de propriété et à la règle de responsabilité, des leviers inexistants dans les économies dirigées, fortement administrées. Elles sont dirigées par les consommateurs à travers la variation des prix.

Le verdissement de l’économie, dans un système libre, passe d’abord par la hausse du prix des énergies fossiles. Si, comme le croient de nombreux observateurs depuis le Club de Rome, nous nous dirigeons vers l’épuisement des énergies fossiles, cette tendance entraînera la hausse des prix, suscitant un fort intérêt pour les économies d’énergie et les énergies alternatives. En réduisant leur consommation d’énergie, les entreprises diminuent leurs coûts et leurs émissions et créent des opportunités de gains pour tous les entrepreneurs qui leur proposeraient des solutions pour réduire le coût de leur facture énergétique.

Ce verdissement passe aussi par la mise en œuvre de marchés du carbone, où un prix est fixé. Cela encourage les entreprises à innover pour éviter d’acheter des quotas supplémentaires lorsqu’elles dépassent les quantités qui leur ont été affectées. Cependant, le verdissement de la production est principalement la conséquence de l’évolution des goûts de consommateurs.

Prime aux marques qui ont verdi leur production

Lorsqu’un consommateur exige des biens verts (bas carbone, bas pesticide, bas produits chimiques, etc.) et qu’il est prêt à en payer le prix, il impose aux entrepreneurs, parce qu’il est souverain ; il est le seul à disposer du pouvoir de choisir comment il affecte ses revenus, de modifier ses techniques de production, d’organisation et les biens qu’ils mettent sur le marché. Un consommateur qui verdit sa consommation impose le verdissement de la production aux entrepreneurs.

La prise de conscience citoyenne en faveur de la cause climatique se traduit concrètement par une évolution des habitudes de la consommation. Les usagers privilégient de plus en plus les produits et les marques qui ont le plus verdi leur processus de production. Cette demande rend la recherche et développement dans l’innovation de technologies vertes plus rentables. Le libre marché engendre ainsi un cercle vertueux, car la concurrence réduit le prix des biens verts, rendant accessibles au plus grand nombre les technologies les plus carbonées, les consommations qui utilisent le moins de produits chimiques, etc.

Une étude récente, publiée dans la prestigieuse revue Journal of Environment Management, tend à valider cet ensemble d’arguments. Oui, les libertés économiques, qui sont avant toute une posture morale, éthique, peuvent aider à faire face aux défis environnementaux qui favorisent l’éco-anxiété d’une partie de la population. Ces chercheurs observent, entre autres, sur la base d’un échantillon de 119 pays et sur la période 2000-2021 que les pays libres émettent moins de carbone. Et, plus intéressant encore, dans le contexte du débat budgétaire actuel, les pays où les taux marginaux d’imposition et les dépenses publiques sont les plus faibles sont aussi les moins polluants. Cela redonne de l’espoir. Il reste maintenant à remettre la liberté au cœur des débats politiques.

François Facchini est professeur agrégé des universités, université Paris-1-Panthéon-Sorbonne (Centre d’économie de la Sorbonne).

https://www.lepoint.fr/economie/comment-la-liberte-economique-aide-a-repondre-au-defi-climatique-FL5KZO5OAVABBC2HWJFOUH46VE/


Les Echos, December 13           

Contre « l’excès des impôts » : retrouver Benjamin Constant

Benjamin Constant a toujours défendu, sans répit et sans concession, la liberté. Son plaidoyer contre « l’excès des impôts » éclaire nos débats actuels, rappelle « La main invisible » dans le billet libéral des « Echos ».

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La semaine dernière, nous sommes allés chercher dans le XIXe siècle anglais, en la personne de William Gladstone, une référence libérale qui demeure, à bien des égards, plus actuelle que jamais. Mais, dans ce XIXe siècle qui vit fleurir le libéralisme et qui paraît si loin de nous après que le XXe siècle dominé par le dirigisme et le socialisme en a effacé la mémoire, des libéraux français se sont imposés par la vigueur de leur pensée.

C’est le cas incontestable de Benjamin Constant qui est mort un 8 décembre, plus précisément celui de 1830. Bien qu’il ait été souvent moqué pour avoir eu des fidélités sentimentales et politiques changeantes malgré son nom, il s’est en réalité montré plus « constant » qu’on veut bien le croire. Il a en effet toujours défendu, sans répit et sans concession, la liberté. Cette défense en a fait un symbole du libéralisme, au point que certains spécialistes de l’histoire des idées politiques lui attribuent la paternité du mot. Son libéralisme était à la fois politique et économique car il avait compris que l’un ne saurait aller sans l’autre.

« Prions l’autorité de rester dans ses limites »

De son oeuvre immense restent un roman célèbre – « Adolphe » -, des écrits politiques et une masse de citations par lesquelles, en quelques mots, sa verve et son sens de la formule délivrent un message percutant.

Qu’il nous soit permis d’en retenir deux à faire découvrir à tous les sectateurs de l’étatisme, à tous les adeptes de l’interventionnisme social de l’Etat et du paternalisme d’Etat, ou encore à tous ceux qui clament que la justice sociale exige toujours plus de prélèvements.

Revenons d’abord sur une citation qui évoque tristement notre quotidien : « L’excès des impôts conduit à la subversion de la justice, à la détérioration de la morale, à la destruction de la liberté individuelle. »

La seconde la complète parfaitement : « Prions l’autorité de rester dans ses limites. Qu’elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d’être heureux. »

A méditer et à faire méditer… !

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/contre-lexces-des-impots-retrouver-benjamin-constant-2204427


Contrepoints, December 12     

M. Piketty, la propriété privée est un droit inviolable et sacré

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Selon Piketty, « Si l’Europe ne sort pas urgemment du régime de sacralisation de la propriété privée et de libre-échange absolu mis en place dans les 1990, on ne pourra jamais résoudre les défis géopolitiques, sociaux, industriels et climatiques du 21e siècle. » La sacralisation de la propriété est en fait un pilier de notre bloc de constitutionnalité, issu de son texte le plus ancien (et le plus fondamental), la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen d’août 1789 : – en son article 2, la propriété est citée juste après la liberté parmi les quatre « droits naturels et imprescriptibles » de l’être humain ; – et à l’article 17, où la propriété est cette fois qualifiée d’ « inviolable et sacrée », justement…

Pas grand-chose à voir avec cette référence arbitraire aux années 1990. Car le droit de propriété est en fait un fondement essentiel de toute société libre, indispensable à la capacité de résistance de chaque individu à l’oppression qui résulte nécessairement du collectivisme. Ceux à qui il est interdit de posséder ne serait-ce que pour vivre en autarcie de leur travail sont forcément les prisonniers du système qui leur concède de quoi subsister.

La DDHC elle-même ne vient pas de nulle part, mais résulte d’un long héritage philosophique. Rousseau, pourtant particulièrement sensible à la question des inégalités, écrit même ceci dans le Discours sur l’économie politique : « Il est certain que le droit de propriété est le plus sacré de tous les droits des citoyens, et plus important à certains égards que la liberté même ; soit parce qu’il tient de plus près à la conservation de la vie ; soit parce que les biens étant plus faciles à usurper et plus pénibles à défendre que la personne, on doit plus respecter ce qui peut se ravir plus aisément ; soit enfin parce que la propriété est le vrai fondement de la société civile, et le vrai garant des engagements des citoyens : car si les biens ne répondaient pas des personnes, rien ne serait si facile que d’éluder ses devoirs et de se moquer des lois. » Longue vie à la sacralisation de la propriété.

https://contrepoints.org/m-piketty-la-propriete-privee-est-un-droit-inviolable-et-sacre/


L’Express, December 11      

RN, le grand virage libéral ? Enquête sur un divorce économique

Politique. Certaines figures du Rassemblement national, en quête de crédibilité, courtisent les milieux patronaux. Ce qui a le don d’en agacer d’autres, campées sur une ligne populiste. Récit d’une tambouille politique explosive.

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Pour un parti qui se veut “de gouvernement”, à quoi tient une politique économique? Aux sueurs froides qui saisissent le vainqueur aux portes du pouvoir. Le 10 juin 2024, les flonflons de la fête résonnent encore dans les têtes des caciques du Rassemblement national. La veille, le parti à la flamme a remporté haut la main les élections européennes avec 31,37 % des voix, devançant de dix-sept points la liste soutenue par Emmanuel Macron. Un résultat historique. Mieux, à la surprise générale, le chef de l’État annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Une aubaine pour le RN, dont les cadres s’imaginent déjà entrer à Matignon. Pourtant, dans le premier cercle de Marine Le Pen et Jordan Bardella, souffle une petite brise glaciale. À bas bruit, certains s’interrogent. Le RN est-il assez crédible aux yeux des milieux patronaux et des marchés financiers?

“Psychologiquement, l’idée même de gouverner nous a plongés dans une panique intellectuelle qui a plombé toute la première semaine de campagne, explique aujourd’hui le député de la Somme, Jean-Philippe Tanguy. On ne savait plus quoi dire, et il faut le reconnaître, l’économie a pris cher…”. A l’en croire, le sujet des retraites se trouve au centre des inquiétudes et des débats.

Alors que depuis des mois, les marinistes appellent à l’abrogation de la réforme Borne de 2023 et à un retour à un âge légal de départ à 60 ans, une poignée de conseillers de la présidente du RN opèrent un virage sec. Au premier rang desquels Ambroise de Rancourt. Le diplômé de l’ENA et ancien militant de La France insoumise, qui deviendra quelques semaines plus tard directeur de la patronne des députés RN, est soudainement frappé, selon Jean-Philippe Tanguy, d’une bien étrange maladie : “l’énarquite”. Comprendre : la quête d’un semblant de sérieux à grande dose d’orthodoxie budgétaire. Le virus est contagieux puisque le 11 juin au matin, invité au micro de RTL, Jordan Bardella, aspirant Premier ministre, refuse de dire s’il compte abroger la réforme des retraites : “Nous avons un certain nombre d’économies à faire. Nous serons amenés à faire des choix en période de cohabitation”, balaie-t-il. La mesure, in fine, ne sera pas inscrite dans la plateforme programmatique du parti aux élections législatives. Ainsi vont les convictions au Rassemblement national. Ainsi va sa ligne : un jour socialiste, le lendemain, libérale.

Une fébrilité qui agite encore le parti. Depuis la dissolution, le RN cherche coûte que coûte à décrocher enfin son diplôme de bon gestionnaire. Il lui faut ratisser plus large que les classes populaires pour espérer gouverner. Gommer les aspérités les plus gauchisantes du programme pour afficher un visage favorable à la libre entreprise. Sans perdre le soutien de la base. Exercice d’équilibriste qu’une bourrasque peut faire chuter. Faut-il y voir une conversion réfléchie ou une simple répartition opportuniste des rôles entre la patronne, Marine Le Pen, qui ne se dit ni de droite, ni de gauche, mais souverainiste, et son dauphin, Jordan Bardella, qui a revêtu les habits du libéral-étatique, oubliant l’oxymore du costume? “On se moque d’entendre qu’il y a deux RN. Jordan réussit à élargir quand Marine tient le socle. Il faut viser l’union des sociologies des territoires, pas l’union des droites, qui est totalement ringarde”, rétorque Sébastien Chenu, le député RN du Nord. Dans cette quête de respectabilité, le soutien des chefs d’entreprise est une priorité. Pas gagné… Ils n’ont aucun logiciel économique. Ils sont juste clientélistes, comme tous les populistes”, tacle Sophie de Menthon, la présidente du mouvement patronal Ethic.

Depuis 2024, les portes s’ouvrent plus facilement

Longtemps, les représentants du secteur privé, surtout les plus en vue, et leurs organisations ont froncé le nez à l’évocation d’une rencontre avec les représentants du RN. Depuis 2024, les portes s’ouvrent plus facilement. Pragmatiques, les patrons, exaspérés par le blocage actuel, se disent qu’il faut désormais aller au contact, tenter de les convaincre, espérant secrètement un virage à la Giorgia Meloni en Italie.

Certains cénacles refusent toujours obstinément de s’entretenir avec les élus nationalistes, comme la très puissante Afep, l’association des multinationales françaises. Patricia Barbizet, sa présidente, s’y oppose mais des voix fortes au sein du conseil d’administration la poussent à céder. Le club Entreprises et Cités, présidé par Jean-Pierre Letartre, envisage de recevoir seule Marine Le Pen. Au printemps dernier, Pierre-André de Chalendar, le président de l’Institut de l’Entreprise, a invité ses adhérents à une discussion avec Jean-Philippe Tanguy. Le même Tanguy qui a récemment accosté Thierry Breton à la sortie d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale. Les deux hommes ont déjeuné ensemble et le député RN a questionné l’ancien commissaire européen et ministre de l’économie sur ses recettes pour réduire les déficits.

A la manoeuvre pour rapprocher le parti des milieux d’affaires, le financier François Durvye, un proche du milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin dont il gère le fonds d’investissement personnel. “Ces rencontres ont deux avantages. Le premier : nous éviter de dire trop de conneries. Le deuxième : changer l’image que le patronat a du RN” explique-t-il doctement. A l’entendre, des réunions auraient déjà eu lieu avec la moitié du CAC 40, le Medef – Patrick Martin affirme n’avoir vu qu’une seule fois Marine Le Pen et jamais Jordan Bardella en tête à tête – mais aussi bon nombre de fédérations professionnelles, dont l’influente UIMM. C’est après une rencontre avec le METI, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, que le RN aurait renoncé à taxer lourdement les holdings personnelles. Quant à l’U2P, le syndicat des petites entreprises, le jeune président du RN a juré d’embrasser tout son programme. “Depuis, on n’a plus de nouvelles, comme s’il était persuadé que notre vote lui était acquis. Faut qu’il fasse attention”, tonne Michel Picon, son président.

Des rendez-vous aussi avec des experts, parfois aux positions orthogonales à celles défendues par le parti, comme Jean-Pascal Beaufret, qui s’est entretenu deux fois depuis la rentrée avec Jordan Bardella. Ce spécialiste des retraites ne cesse de dénoncer l’opacité des comptes sociaux et presse tous les politiques qu’il croise de relever l’âge légal de départ.

“Le patronat fait la queue chez Bardella. Mais le patronat ne mesure pas le rapport de force entre les dirigeants politiques et les électeurs. Or, Jordan Bardella sera tenu par ses millions d’électeurs”, prédit Alain Minc. Tenu aussi par la ligne souverainiste du parti. Loin des salons parisiens, Jean-Philippe Tanguy se lâche : “Les patrons, ils sont prêts à accepter une surtaxe de l’impôt sur les sociétés si on ne rétablit pas leur épouvantail, l’ISF. C’est cette bourgeoisie-là qui a laissé mourir l’industrie. Les usines, c’est moins glamour que le country club”. Au passage, le Monsieur économie du RN en profite pour lancer quelques peaux de banane sur le chemin de ceux qui rêveraient de libéraliser un peu trop l’ADN du mouvement. “Ils ont perdu tous les arbitrages dans la bataille budgétaire de cette rentrée”, jubile le député de la Somme.

Résultat : certains de ceux qui espéraient “Meloniser” le parti ont déjà pris le large. Comme le financier Sébastien Laye, candidat du RN face à Gabriel Attal dans les Hauts-de-Seine lors des dernières législatives. S’il a publié en octobre un livre préfacé par Stérin, dans lequel il dénonce le manque de soutien populaire aux thèses libérales en France, il se tient désormais éloigné des bisbilles internes. L’homme est reparti surfer sur la bulle de l’intelligence artificielle à New York et se présente comme conseiller économique du parti républicain.

Comment réussir la synthèse? A l’ex-pianiste Ambroise de Rancourt de la mettre en musique. Depuis la présidentielle de 2022, l’énarque, anciennement en poste à la Direction générale de l’armement, s’est fait une place auprès de Marine Le Pen. Le 9 juillet 2024, c’est en compagnie de François Durvye et de Jordan Bardella qu’il dîne avec elle. Matignon leur est passé sous le nez. Pourtant, des centaines de cadres, hauts fonctionnaires et patrons ont proposé leur aide au parti à la flamme, leur raconte-t-il. Il s’épanche sur les tableaux Excel remplis de “profils très intéressants” et insiste sur la nécessité de ne pas les perdre dans la nature. Marine Le Pen tire sur sa cigarette électronique, marque une pause et glisse : “Alors, qu’est-ce que t’attends?” De Rancourt claque aussitôt la porte de la DGA et rejoint son cabinet, fait chauffer son téléphone, gère le flux d’appels entrants, “entre 3 et 5 par semaine”, et sélectionne 150 “experts” qu’il fait travailler par groupes de 5, sur 30 livrets thématiques. Industrie, environnement, sécurité, tech, agriculture… Seul le groupe “comptes publics” est composé de 10 spécialistes. Il faut bien cela pour peaufiner une trajectoire raisonnable de rétablissement des finances sur les dix prochaines années. À raison d’une visioconférence par semaine, chaque équipe mûrit ses propositions avant de les déposer sur un serveur sécurisé. Une totale étanchéité entre les cercles de travail protège les protagonistes. À date, au moins 25 d’entre eux auraient terminé leur composition : un livret de 10 pages, une page pour le constat, une autre pour les objectifs et 8 pages de propositions. Les derniers finiront “début janvier” et le tout sera présenté aux deux têtes du RN.

Oui, mais qui tranchera et portera ce programme économique? “Marine” ou “Jordan”? La date du procès en appel de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires – du 13 janvier au 12 février 2026 – est, évidemment, dans tous les esprits. Et, sans le dire ouvertement, de nombreux cadres du parti ont intégré qu’elle ne serait probablement pas candidate à la présidentielle. Dans son entourage proche, on constate qu’elle ne réagit même plus aux sondages qui l’ont d’emblée exclue de la liste des potentiels prétendants. La députée a même accueilli avec un relatif flegme ce fameux sondage Odoxa qui, pour la première fois en novembre, donne son dauphin gagnant dans tous les cas de figure. Il y a quelques mois, son cabinet avait pourtant fait des pieds et des mains pour qu’elle soit testée, avec Bardella, par l’Ifop. Rien de tel aujourd’hui.

Dès lors, le jeune président du RN, qui a gravi à une vitesse éclair tous les échelons, a de quoi être saisi de vertige. Les patrons qu’il rencontre se posent, et lui posent, la même question. A-t-il les épaules? Que pense-t-il vraiment? “On sait qui est Marine Le Pen, mais on ne sait pas qui est Bardella. Est-ce un hologramme ou autre chose?”, pique Alain Minc. “Vous ne trouvez pas qu’il est un peu frais?”, s’amuse un dirigeant avec lequel l’eurodéputé a récemment déjeuné. Surtout, quel refrain va-t-il entonner? A mélanger les partitions, il risque surtout de décevoir tout l’auditoire. Ne restera alors que le bruit dissonant de la cacophonie. Et les milliards d’un n’importe quoi économique.

https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/rn-le-grand-virage-liberal-enquete-sur-un-divorce-economique-R7IRJ3V57BCCPO4FFLSNJ6BM74/


Neue Zürcher Zeitung, December 11  

Liberale gründen in Deutschland das Javier-Milei-Institut. Wer steckt dahinter, und was haben sie vor?

Publizisten, Ökonomen und Ex-Politiker mit Verbindungen zum argentinischen Staatspräsidenten Javier Milei wollen die Reformdiskussion in Deutschland vorantreiben. Ihre Initiative stützt sich auf Konzepte im Geiste des klassischen Liberalismus.

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Deutschlands Wirtschaft steckt in der Krise. Die Produktion schrumpft, die Unternehmen fahren ihre Investitionen zurück, die Arbeitslosigkeit steigt. Doch die Reformen, die der Wirtschaft neues Leben einhauchen könnten, kommen nicht zustande. Auch und vor allem, weil den Politikern der Mut fehlt.

Ganz anders dagegen in Argentinien. Dort hat der 2023 ins Amt gewählte Präsident Javier Milei der darniederliegenden Wirtschaft mit einem radikalen Programm der Deregulierung und Entstaatlichung zu neuer Dynamik verholfen. Das Wachstum ist zurückgekehrt, das Defizit im Staatshaushalt ist verschwunden, die Inflation befindet sich auf dem Rückzug.

Kann Deutschland etwas von Argentinien lernen? Ja, sagt der Düsseldorfer Rechtsanwalt und Publizist Carlos A. Gebauer. Zusammen mit den Unternehmerinnen und ehemaligen Bundestagsabgeordneten Frauke Petry und Joana Cotar, dem Wirtschaftsprofessor und Milei-Biografen Philipp Bagus von der Universität Rey Juan Carlos in Madrid sowie dem Konjunkturchef des Kieler Instituts für Weltwirtschaft, Stefan Kooths, hat er deshalb das Javier-Milei-Institut für Deregulierung in Europa gegründet.

Als wissenschaftlicher Beirat dienen dem Institut Thorsten Polleit, Ökonomieprofessor und Gründer des Ludwig-von-Mises-Instituts Deutschland, sowie Olivier Kessler, Direktor am Schweizer Liberalen Institut.

Deregulierung als Freiheitsprojekt

Der argentinische Staatspräsident, der die wuchernde Bürokratie in seinem Land mit der sprichwörtlichen Kettensäge zurückgestutzt hat, gestattete Gebauer und seinen Mitstreitern die Benutzung seines Namens, arbeitet aber selbst nicht mit an dem Institut. Auch fliesst kein Geld aus Argentinien in das Institut, das für mehr Freiheit und weniger staatliche Eingriffe in Wirtschaft und Gesellschaft eintritt.

Im Milei-Institut finden Menschen zusammen, «die aus ihren jeweiligen Fachbereichen, mit ihren individuellen Kompetenzen und mit ihren intellektuellen Netzwerken einen Beitrag leisten möchten, den Wissens- und Erfahrungsaustausch zwischen Argentinien und Europa zu fördern», heisst es auf dessen Website. «Wir arbeiten mit einer europäischen Perspektive, um die Deregulierung als Freiheitsprojekt mit hoher Fachkompetenz voranzubringen», sagt Gebauer, der Vorsitzender des Instituts ist, gegenüber der NZZ.

Anders als es die Mileische Kettensäge suggeriere, gehe es den Gründern nicht darum, alle staatlichen Strukturen brutal niederzumähen, sondern behutsam zu prüfen, was wie abgebaut werden könne. «Wir wollen nicht den Baum aus dem Boden reissen, sondern ihn Stück für Stück zurechtschneiden, damit die Wirtschaft wieder atmen kann und neue Freiheitsspielräume für Bürger und Unternehmen entstehen», sagt Gebauer.

Man könne mit der Kettensäge nur dann etwas Gutes und Gedeihliches schaffen, wenn die Hände, die die Kettensäge bewegten, sehr sensibel seien für das, was zu tun sei. «Deregulierung heisst nicht Zerstörung, sondern kluger und konsequenter Rückbau», so der Düsseldorfer Anwalt.

Im Geiste der Österreichischen Schule der Nationalökonomie

Das Institut versteht sich als unparteiische und überparteiliche Denkfabrik in der Tradition der Österreichischen Schule der Nationalökonomie, die von dem Ökonomen Carl Menger im 19. Jahrhundert begründet wurde. Ihre bekanntesten Vertreter waren die Ökonomen Ludwig von Mises und der Wirtschaftsnobelpreisträger Friedrich August von Hayek. Auch Milei zählt sich zu den Anhängern und Vertretern dieser Denkschule, deren Idealbild ein Staat ist, der sich auf seine Kernfunktionen beschränkt und Bürgern und Unternehmern grösstmögliche Freiheiten lässt.

In Deutschland hat sich der Staat in den vergangenen Jahrzehnten immer stärker ausgebreitet. Das zeigt sich nicht nur im Verhältnis der Staatsausgaben zum Bruttoinlandprodukt, das auf die Marke von 50 Prozent zusteuert. Auch die Bürokratie in Form von Verordnungen und Gesetzen engt die Handlungsspielräume von Bürgern und Unternehmern immer stärker ein.

Die Bundesregierung habe das erkannt, sagt Gebauer mit Verweis auf die Äusserung von Wirtschaftsministerin Katherina Reiche. Diese hatte jüngst einen «Befreiungsschlag von Bürokratie, die uns in Europa am Wachstum hemmt», gefordert. Europa sei mittlerweile das «Silicon Valley der Bürokratie und nicht von technologischer Innovation», hatte Reiche gesagt. «Das müssen wir umkehren», so die Ministerin.

Privatinitiative ohne Sponsoren

Gebauer sieht das ähnlich. Ein grosser Teil der Bürokratie stamme aus Brüssel. Daher fokussiere sich das Milei-Institut in seiner Arbeit auf die europäische Ebene. «Wenn Ministerin Katherina Reiche sagt, wir brauchten einen radikalen Bürokratieabbau, dann besteht die Hoffnung, dass wir mit unseren Ideen auch in der Politik auf fruchtbaren Boden treffen», sagt Gebauer. Ein guter demokratischer Diskurs bestehe auch darin, anderen zuzuhören.

Das Institut will die öffentliche Diskussion mit Analysen und Publikationen im Geiste des klassischen Liberalismus anreichern. Dabei setzt es auf eine schlanke Organisation und verzichtet auf Mitgliedschaften und Mitgliedsbeiträge. «Wir sind eine reine Privatinitiative und haben keine Sponsoren», sagt Gebauer. «Wenn wir vernünftige Arbeit geleistet haben, dann mögen sich all jene melden, die mit uns kooperieren wollen», so der Anwalt und Publizist.

Einen ersten Aufschlag plant das Institut für Anfang Februar mit einer grossen Freiheitskonferenz, zu der es alle einladen will, die ein Interesse daran haben, aus der Überbürokratisierung von Gesellschaft und Wirtschaft herauszukommen. «Ich kann mir vorstellen, dass auch Milei an unserer Konferenz teilnimmt», sagt Gebauer. Dann könnte der Namensgeber der Neugründung sogleich persönlich vor Ort seinen Segen erteilen.

https://www.nzz.ch/international/liberale-gruenden-in-deutschland-das-javier-milei-institut-wer-steckt-dahinter-und-was-haben-sie-vor-ld.1915813


Le Figaro, December 6          

Bernard Arnault cible d’Élise Lucet : «Les riches méritent-ils toutes les chasses à l’homme médiatiques ?»

CHRONIQUE – L’émission «Cash Investigation» diffusée ce jeudi sur France 2 était consacrée à Bernard Arnault, patron de LVMH. À notre époque, le riche est la cible idéale, estime notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté qui propose une petite sociologie du socialisme à l’aune des sentiments qu’il mobilise.

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C’était donc au tour de Bernard Arnault d’être la cible d’Élise Lucet et de « Cash Investigation ». Il fallait le faire tomber, dévoiler le monstre caché derrière ses bonnes œuvres, le traquer, idéalement l’humilier, et sinon le présenter au monde comme une bête fuyante quand on la traque, et n’osant confronter la caméra inquisitrice, celle qui prétend dénuder le riche face à la foule lyncheuse, autorisée cette fois à détester, mieux, incitée à haïr. Et même si l’émission d’enquête n’y est pas parvenue, comme dirait l’autre, c’est l’intention qui compte. Et c’est cette intention qui questionne, car elle ne vise pas exclusivement le grand patron de LVMH.

Cible facile, cible de choix aussi : le riche n’est-il pas le grand méchant, et le riche associé au monde du luxe ne l’est-il pas encore plus ? Son empire ne repose-t-il pas sur la mise en valeur des caprices des puissants, ou de ceux qui veulent les singer, en s’achetant les belles marques censées consacrer l’introduction dans les milieux sociaux privilégiés, ou du moins, qui permettent à ceux qui se les offrent à s’offrir un peu de poussière d’étoile ? Il symbolise l’injustice absolue, la fortune accumulée, toujours suspecte, toujours volée aux autres, la fortune qui justifie la traque permanente, car nul ne doute que son histoire n’est jamais très propre. Il doit y avoir des cadavres dans ses placards, ou des traces de cadavres. Pour le riche, la suspicion suffit.

On pourrait répondre à cette misérable traque en faisant un plaidoyer pour Bernard Arnault. Il le mériterait, d’ailleurs. Nul besoin d’être un lecteur passionné d’Ayn Rand pour reconnaître en l’entrepreneur, le plus grand comme le plus petit, un aventurier des temps modernes, un créateur de petit royaume ou d’empire, à travers lequel s’exprime l’esprit de conquête qui depuis toujours fait progresser les sociétés. Vouloir à tout prix le faire déchoir, le traîner dans la boue, est une névrose propre à ce que j’ai appelé ailleurs le socialisme mental. Ayn Rand, pour la citer encore, voyait d’ailleurs venir un monde marqué par la grève des producteurs. À coups de règlements, de normes, d’enquête, de procès médiatiques, on peut en effet déprimer les hommes, les convaincre de fuir.

Un idéal à restaurer

Il ne serait pas insensé d’écrire une sociologie du socialisme à l’aune des sentiments qu’il mobilise. Ses théoriciens, hier comme aujourd’hui, veulent y voir une doctrine de la générosité et du partage, pour fonder un ordre humain plus juste, la justice étant apparemment l’autre nom de l’égalité. Il est normal de s’illusionner sur soi, c’est humain, trop humain. Mais il faudrait surtout y voir une doctrine de l’envie et de la rapine, pour fonder un ordre humain intégralement contrôlé, où rien ne dépasse, où rien ne brille, le désir de s’approprier le bien d’autrui et de ramener la propriété à sa part la plus minimale se faisant passer pour la justice. Le ressentiment, l’envie, la jalousie, la paresse aussi, trouvent dans le socialisme un maquillage philosophique.

Louis Pauwels disait : mieux vaut être inégalement riches qu’également pauvres. Le socialisme croit le contraire.

Mathieu Bock-Côté

L’histoire des idées ne devrait plus s’écrire comme une simple succession de doctrines désincarnées, comme si le monde était un séminaire à ciel ouvert où s’affrontent des théoriciens de bonne foi. Les idées sont souvent, même si elles ne sont jamais que ça, des affects intellectualisés, des passions rationalisées. L’égalitarisme est un fantasme de coupeurs de têtes. C’est aussi celui d’une humanité originelle, une humanité primordiale, antérieure à sa mise en forme, antérieure à son développement, antérieure aux conflits par lesquels elle se déploie aussi, une humanité idéalisée sous les traits du communisme primitif. Une humanité antérieure à sa chute dans le monde de la propriété, qui serait le seul véritable scandale sur cette terre, car ce qu’un homme prend pour lui est volé à tous les autres.

De cet âge d’or d’un monde sans classes, on fera un idéal à restaurer. Mais le socialisme se méfie de l’homme qui conspire pour améliorer son sort, ou pire encore, pour s’extraire du lot. De quel droit veut-il plus que les autres ? Ce qu’il prend en plus, il le prend en trop, et il faudra le lui reprendre. De là la fiscalité confiscatoire, pour éviter que ne se constituent des fortunes venant dérégler cette harmonie communautaire. De là le droit au squat. De là la haine des murs et des maisons. De là la haine de la famille, qui pousse à privilégier les siens. On rêve ainsi d’une humanité transparente à elle-même, où les moindres recoins intimes sont fouillés, pour s’assurer que personne ne cache quoi que ce soit. Le socialisme ne peut pas ne pas être policier.

Alors on y revient. On traque d’abord les super-riches. Puis les riches ordinaires. Puis les gens simplement prospères. Puis ceux qui rêvent de le devenir et qui travaillent pour cela. Louis Pauwels disait : mieux vaut être inégalement riches qu’également pauvres. Le socialisme croit le contraire.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/bernard-arnault-cible-d-elise-lucet-les-riches-meritent-ils-toutes-les-chasses-a-l-homme-mediatiques-20251205


Le Figaro, December 6       

David Lisnard face à la crise du logement : «Il est temps de briser cette spirale infernale !»

ENTRETIEN – Le patron LR des maires de France juge que les attaques d’un État trop centralisateur sur la propriété sont la première cause d’une crise sociale et humaine de grande ampleur.

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LE FIGARO. – Une femme de 66 ans est décédée à Piriac-sur-Mer après avoir passé six nuits avec son mari dans leur voiture, faute de logement…

Au-delà de l’émotion ressentie, malheureusement je n’ai pas été surpris. J’avais évoqué, récemment, la réalité de compatriotes y compris salariés qui vivent dans leur voiture. Nous sommes plusieurs à répéter depuis des années que cette crise du logement serait la plus grande crise sociale et humaine que nous aurions à affronter. Nous y sommes. Et cette crise, elle n’est pas terminée puisque les gouvernants persistent dans l’amplification des causes de cet effondrement.

Rien que sur le neuf, il faudrait 30% de logements en plus d’ici dix ans alors que nous souffrons de 30% en moins

David Lisnard

Cette crise du logement, qui est aussi une réalité européenne, est-elle une fatalité en France ?

Le sujet est très compliqué mais il n’y a jamais de fatalité. C’est une fatalité si l’on continue de refuser de regarder la réalité : les besoins de logement augmentent. Explosion des ménages, accélération des divorces… Toutes les études le disent. Rien que sur le neuf, il faudrait 30% de logements en plus d’ici dix ans alors que nous souffrons de 30% en moins. Il faut absolument sortir du diagnostic erroné des technocrates qui ont pensé que la stagnation démographique entraînerait moins de besoins. Dans une grande mesure, la crise du pouvoir d’achat est aussi la conséquence de la crise du logement, sachant que l’autre cause réside dans les prélèvements obligatoires excessifs. Le coût du logement, qui est une dépense contrainte, représente 32% des revenus du ménage, contre 16% il y a vingt ans.

À qui la faute ?

À l’incompétence.

Comment sortir de cette spirale ?

Pour en sortir, nos dirigeants doivent d’abord accepter le bon diagnostic. Il est temps de briser cette spirale infernale, amorcée il y a trente ans et accentuée depuis dix ans. Nous avons tari l’offre tout en pénalisant la capacité de la demande sur un besoin pourtant vital de l’être humain : un toit. Il faut absolument libérer le marché, lui permettre de redevenir la base de la production de logements pour les classes moyennes, puis permettre au logement social de vivre. Cette crise aiguë est aussi la conséquence des attaques répétées sur la propriété.

Pourquoi ?

Car la France ne compte que 54% de propriétaires contre la moyenne européenne à 70%. Pour augmenter le nombre de locataires ayant accès à des appartements, il faut que des propriétaires aient la possibilité de mettre leurs biens en locatif. Or, nous avons surtaxé le logement. Sans même parler des squatteurs qui ont souvent plus de droits que les propriétaires. En 2017, Emmanuel Macron avait parlé d’un choc de l’offre mais en réalité le choc s’est inversé. Nous sommes passés de 500.000 logements neufs à 300.000. C’est une catastrophe engendrée par plusieurs facteurs : raréfaction du foncier via la loi ZAN (Zéro artificialisation nette), complexification des procédures locatives, diagnostics de performances énergétiques empêchant 7 millions de logements d’être loués en résidences principales, impôt sur la fortune immobilière…

Par sa fiscalité et ses contraintes, le « en même temps » macroniste a tué l’offre de logements tout en étouffant la demande

David Lisnard

J’avais posé tout cela par écrit dès 2018. Emmanuel Macron considérait que l’immobilier n’était pas l’économie réelle alors que chacun sait que ce secteur est l’un des principaux moteurs de l’emploi et de la création de valeur, puisque 440.000 entreprises et de nombreux corps de métiers en dépendent. «Quand le bâtiment va, tout va»… Le vieil adage n’était pas si idiot. Par sa fiscalité et ses contraintes, le «en même temps» macroniste a tué l’offre de logements tout en étouffant la demande, avec des restrictions sur les crédits immobiliers depuis 2020, des prêts à taux zéro non abondés ou encore des restrictions sur les aides personnalisées au logement (APL) qui ont privé les bailleurs sociaux de capacité d’autofinancement.

Comment expliquez-vous la surdité de l’État aux alertes, notamment celles des maires de France ?

François Baroin, André Laignel, tous les vice-présidents de l’AMF et moi-même avions lancé l’alerte dès 2017 ! Mais notre pays a subi une recentralisation de la politique du logement, alors qu’une expérience conduite en Bretagne, beaucoup plus pertinente que les zonages de Bercy, a montré une augmentation des permis de construire quand cette politique est conduite par les collectivités locales. En réalité, l’État est centralisateur et croit avoir la science infuse. Mais ses attaques sur la propriété sont une réalité structurelle. On a tellement voulu protéger le locataire qu’on a fini par le fragiliser en montant les exigences des loueurs. Toutes les causes de la situation actuelle sont documentées : fiscalité, bureaucratie, autorisations préalables, code de l’urbanisme abscons, raréfaction des crédits…

Quid des effets pervers de la spéculation immobilière ?

Elle est la conséquence d’un excès de réglementation et n’est que le fruit de la rareté ! Nous l’avions d’ailleurs annoncée car par nature, ce qui est désiré devient rare et entraîne, mécaniquement, une augmentation des prix.

À la veille des municipales, quelles sont les marges de manœuvre des maires sur le sujet ?

Le logement est une politique nationale et l’hébergement d’urgence est strictement une compétence de l’État. Une décentralisation de ces compétences n’aurait de sens que si elle s’accompagnait de moyens. Sinon, l’État se défausserait simplement de ses responsabilités. La France est le pays disposant le plus d’aides au logement (40 milliards d’euros) en prélevant la plus forte fiscalité immobilière (90 milliards). Ce système centralisé est totalement inefficace. Il est donc urgent que l’action publique redevienne une politique de subsidiarité, concrète, pratique et simple pour aider les gens en difficulté auxquels l’État ne peut pas répondre.

Hélas, tout est inversé ! Quelque 75% de la population française sont éligibles aux logements sociaux et l’on n’a jamais produit aussi peu de logements neufs. C’est absurde. En tant que maire de Cannes, si je signe des logements pour résidences principales, je détériore mon ratio de logements sociaux et je paye davantage de pénalités. Donc, je n’ai intérêt qu’à signer du social, ce qui consiste à tuer le marché en amplifiant le goulot d’étranglement de manière particulièrement pernicieuse.

Vous président, quelles décisions concrètes prendriez-vous dès 2027 ?

J’allégerais la réglementation et je baisserais la fiscalité sur le revenu du locatif en résidence principale. Ensuite, je remettrais en cause les lois «SRU», «Alur», «Climat» et «Résilience» et je permettrais la relance de la construction en créant un bonus à la densification et un malus à l’étalement urbain. Je faciliterais aussi l’expulsion des squatteurs et je supprimerais le DPE. Je libérerais le foncier public, notamment celui de l’État. Et je simplifierais totalement le droit de l’urbanisme. Je réformerais enfin le logement social en permettant aux maires d’exclure les familles de délinquants avérés et récidivistes.

Vous risquez d’être accusé de défendre une vision très «libérale» du logement…

Je le prendrais comme un compliment mais c’est surtout une vision très réaliste, volontariste, pragmatique et sans idéologie.

Les 15 mois qui nous séparent de la présidentielle peuvent-ils être un temps utile pour relancer le logement ?

Il est toujours possible d’y croire mais cela me semble très compliqué dans le cadre actuel, parce qu’il faut tout revoir. C’est pour cela, entre autres, que je défends l’idée d’une présidentielle anticipée. Afin de pouvoir agir pour amorcer un nouveau cycle positif. Sans attendre.

https://www.lefigaro.fr/politique/david-lisnard-face-a-la-crise-du-logement-il-est-temps-de-briser-cette-spirale-infernale-20251205


BFM Business, December 6         

Sept ans après sa terrible crise de la dette, l’Argentine de Milei est de retour sur le marché de la dette

Buenos Aires n’avait pas émis d’emprunt obligataire depuis janvier 2018. Le gouvernement a salué “une avancée très importante”.

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Le président Javier Milei a annoncé ce vendredi le retour de l’Argentine sur le marché international de la dette après plus de sept ans d’absence, avec le lancement d’un emprunt obligataire libellé en dollars.

Cet emprunt à quatre ans sera assorti d’un taux d’intérêt de 6,5% et est le premier du genre depuis 2018, a précisé le ministre de l’Économie, Luis Caputo. L’Argentine négocie actuellement un prêt d’environ 7 milliards de dollars auprès des banques et doit faire face à des échéances de plus de 4 milliards de dollars en janvier.

“Nous revenons sur les marchés des capitaux”, s’est félicité le président ultralibéral Milei dans un message diffusé sur la chaîne X.

Une condition pour obtenir des prêts du FMI

“C’est une avancée très importante”, a souligné Luis Caputo lors d’une interview accordée à la chaîne A24, indiquant que cela contribuera à faciliter la constitution de réserves, une condition exigée par le Fonds monétaire international (FMI) pour l’octroi de prêts au pays.

En 2024, l’Argentine a enregistré un excédent primaire de 1,8% (hors charge de la dette) et vise 1,6% pour l’année en cours. La dette publique reste relativement élevée à 85% du PIB (comme en 2018) et reste fortement libellée en devises en devises étrangères (55%).

“Il a été difficile de constituer des réserves car, contrairement aux pays qui refinancent généralement leur dette, l’Argentine, n’ayant pas accès au crédit, a dû la rembourser”, a expliqué le ministre.

Selon un communiqué du ministère de l’Économie, le produit de l’adjudication servira à couvrir partiellement un remboursement de dette de l’Argentine le 9 janvier. Les nouveaux titres arriveront à échéance en novembre 2029.

Le dernier emprunt obligataire sur le marché international remonte à janvier 2018, a souligné Luis Caputo.

Cette année-là, elle n’arrivait plus à se financer normalement en émettant de la dette sur les marchés internationaux à cause d’une combinaison de facteurs économiques et politiques qui ont fait disparaître la confiance des investisseurs.

Plombé par des comptes publics à la dérive, les investisseurs internationaux avaient commencé à exiger des taux d’intérêt très élevés pour acheter la dette argentine, le peso argentin s’était effondré (de près de 50 % sur l’année). Cette dépréciation rendait la dette en dollars beaucoup plus lourde et effrayait les créanciers, qui craignaient un défaut futur. L’inflation dépassait déjà 40% et s’accélérait.

N’ayant plus accès au financement privé, le gouvernement Macri de l’époque a demandé un prêt record au FMI de 57 milliards de dollars. Ce recours a confirmé que le pays ne pouvait plus se financer sur les marchés traditionnels.

https://www.bfmtv.com/economie/international/sept-ans-apres-sa-terrible-crise-de-la-dette-l-argentine-de-milei-est-de-retour-sur-le-marche-de-la-dette_AD-202512050713.html?at_brand=BFMTV&at_compte=BFMTV&at_plateforme=twitter&at_campaign=Fan_pages&at_medium=Community_Management


Contrepoints, December 5

Port d’armes : un garagiste sous contrôle judiciaire après s’être défendu contre des cambrioleurs

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Dans la nuit du 1er au 2 décembre, le gérant d’un garage Renault à Romagnieu, dans l’Isère, a été victime d’une énième tentative de cambriolage. L’homme de 53 ans, qui s’est défendu avec un fusil de chasse, a été placé en garde à vue pour violence avec arme à feu, puis sous contrôle judiciaire. Sur les quatre voleurs, deux d’entre eux ont été blessés, dont un mineur de 15 ans. Outrés par la manière dont le concessionnaire a été traité, les habitants de la commune ont ouvert une cagnotte pour le soutenir avec plus de 9 000 € récoltés en quelques jours. « On vient le voler, et il n’aurait pas le droit de se défendre ? (…) Les voleurs, c’est des voleurs. S’ils se font tuer, ils se font tuer. C’est le risque du métier » fait remarquer à juste titre un client de l’entreprise.

La France est un pays particulièrement restrictif en matière d’armes à feu : le code pénal punit le fait de détenir une arme de catégorie A ou B de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Cette législation inique fragilise le principe de légitime défense et se retourne contre les honnêtes gens qui souhaitent protéger leurs biens ou leur intégrité physique. L’argument principal contre le port d’armes, à savoir la montée de la violence et la hausse du nombre de meurtres, ne résiste pas à l’analyse des faits. Comme nous l’écrivions dans un article publié dans Contrepointsil n’existe aucune corrélation entre le taux d’armes à feu par habitant et le taux d’homicides. Les États-Unis sont souvent cités comme contre-exemple, alors qu’il existe bien d’autres pays avec une législation plutôt permissive (mais tout de même contrôlée), comme la Finlande ou la Suisse, tout en ayant un faible taux annuel d’homicides par arme à feu.

L’argument libéral est imparable : le port d’armes à feu est avant tout une question de principe. Il s’agit d’un droit naturel de l’Homme qui précède le droit positif. En pratique, les criminels se fichent, par définition, de respecter la loi. Interdire aux citoyens de se défendre revient à les placer dans une situation de vulnérabilité devant de potentiels agresseurs mieux armés qu’eux, et qui le savent pertinemment.

https://contrepoints.org/port-darmes-un-garagiste-sous-controle-judiciaire-apres-setre-defendu-contre-des-cambrioleurs/


L’Express, 3 décembre           

“La France, ce pays où le terme ‘libéral’ passe pour une insulte” : le testament journalistique de Philippe Tesson

Extraits. Un ouvrage réunit les meilleurs articles, éditoriaux et entretiens du légendaire patron de “Combat” et du “Quotidien de Paris”, figure d’une droite ironique et non idéologisée. Morceaux choisis.

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Il fut condamné trente-deux fois pour offense au chef de l’État. Et excommunié pour avoir commandé à ses journalistes un banc d’essai sur les confessionnaux parisiens! “Je ne vois pas pourquoi on fait un numéro de 60 millions de consommateursavec des questionnaires sur les machines à laver, et pourquoi on ne le fait pas sur des problèmes moraux”, répondait Philippe Tesson (1928-2023) à ceux qui lui rappelaient ses quartiers d’indiscipline. Et de leur brandir sa devise : “Tout est grave, mais rien n’est important”.

Le prince rebelle du journalisme, rédacteur en chef de Combat, fondateur du Quotidien de Paris, directeur des Nouvelles littéraires, a écrit 20 000 articles, selon le décompte d’Olivier Frébourg, le plus “tessonien” des éditeurs, qui en publie les pièces de choix dans un beau livre aux éditions des Équateurs.

Son titre : Le quotidien de l’éternité . Ainsi s’intitule le journal que Philippe et sa femme Marie-Claude, avec qui il avait créé Le Quotidien du médecin et Le Quotidien de Paris , s’apprêtent à lancer au paradis. Une trouvaille poétique de leur fils, l’écrivain Sylvain Tesson.

Une Pléiade Tesson? Pas le genre du bonhomme, qui aura passé sa vie à fuir les corsets, l’esprit de sérieux et les enterrements de première classe. Airs d’éternel lutin, regard voltairien, ce franc-tireur se complaisait dans l’indéfini. “Je me fais une règle de l’indéfinition, disait-il. Je n’aime pas les classifications, je n’aime pas les schémas, je n’aime pas les catégories ni les catéchismes”.

Philippe Tesson composait des journaux foutraques et imprévisibles, tant la sensibilité de leurs rédacteurs constituait une mosaïque. Il en fut le chef d’orchestre et le metteur en scène. “Le Don Giovanni de la presse française”, selon l’expression d’Olivier Frébourg, qui n’oublie jamais l’homme de théâtre derrière l’homme de presse. A la fin de sa vie, Tesson acheta le théâtre de Poche à Montparnasse, dont sa fille Stéphanie assume la direction avec une ardente passion.

“Je n’ai jamais séparé de ma vie ce qu’il est convenu d’appeler la lecture politique et la lecture culturelle des choses”, expliquait-il. C’est ce qui rend sa chronique de Ve République si riche et si originale. Il aura davantage puisé chez Molière que chez René Rémond pour croquer le spectacle des puissants. Et ce style! Sautillant, allègre, mordant. Certains de ses éditoriaux, vieux de soixante-dix ans, ont l’air d’avoir été écrit aujourd’hui, à la fraîche. C’est un enchantement de les lire.

Le bréviaire d’un libéral authentique

Le quotidien de l’éternité se dévore comme le bréviaire d’un libéral authentique. Qui veut savoir comment pense, regarde, vit, écoute un libéral français (pléonasme), doit lire cet ouvrage. Méfiant vis-à-vis des idéologies, se soumettant à un doute méthodique et pensant toujours par lui-même, Tesson plaçait la responsabilité au sommet de tout. “La France peut se flatter d’un triste privilège, déplorait-il : elle est l’un des seuls pays démocratiques où le terme “libéral” passe pour une insulte. Il entre dans cette particularité une part de mystère qui n’en finit pas de désoler.”

Tesson n’était pas de gauche, car, confessera-t-il à la fin de sa vie à Franz-Olivier Giesbert, il préférait de loin l’individu à la société : “La société m’ennuie, je la trouve sotte”. Il débusquait aussi la bêtise à droite, “notamment sur la question des moeurs”. Sa droite à lui était ironique et alerte. Enjouée comme l’ouverture de La Pie voleuse de Rossini.

La droite la plus sonore aujourd’hui joue plutôt de la grosse caisse. Si elle a réussi à contester à la gauche son monopole sur le terrain des idées, elle y est parvenue en adoptant parfois ses manières religieuses : elle sermonne et pontifie, dicte le Bien et redresse les torts. Elle tend aussi à tout traduire en idéologies.

Dans son texte de présentation des articles culturels de Philippe Tesson réunis dans cet ouvrage, le journaliste et historien Jean-Christophe Buisson, qui fut son “patron” au Figaro Magazine, explique bien la spécificité du “Tessonisme” : Tesson admirait Tocqueville et Aron, mais il aimait la langue de Rousseau. Il pouvait étriller Pierre Bourdieu, Roland Barthes et Jean Genet, dont certaines prises de position politiques l’horripilaient. Mais “il cherchait en même temps à les sauver, écrit Buisson. Malgré eux. En arguant qu’ils s’étaient égarés en politique. On ne pouvait pas leur en tenir rigueur. Et l’on devait se souvenir quel sociologue brillant, quel sémiologue génial, quel poète merveilleux ils demeuraient. Tesson ou l’indulgence faite homme”.

Cette indulgence – qui n’exclut pas des convictions fortes – manque tant à nos débats actuels. Elle ne devrait pas être réservée aux confessionnaux.

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> Quelques extraits du Quotidien de l’éternité (Éditions des Équateurs) :

“De Gaulle donne des illusions à la France”

“Ce ne sont ni les guerres ni les clients que cherche à gagner le général de Gaulle, ce sont les audiences et c’est sur une autorité de type moral qu’il entend bâtir la puissance de la France. Sans doute la force des slogans et l’empire des idées ne sont-ils pas négligeables. Mais la hauteur des vues ne résiste jamais très longtemps à l’assaut des réalités” (Combat, 15/5/1965)

“Sous prétexte de descendre au peuple on est train d’avilir la démocratie. Il y a longtemps, il y a sept ans que le général de Gaulle donne des illusions à la France. Mais celle-ci, celle de l’élection du président de la République au suffrage universel, dans les conditions où elle est pratiquée, apparaît comme l’illusion suprême qui débouche sur les pires menaces qu’on puisse imaginer” (Combat, 20/11/1965)

“De Gaulle n’a pas été un grand politique. Il n’a jamais réussi que lorsqu’il s’est placé dans l’irrationnel. Alors, c’était éclatant. C’est pourquoi on s’est brisé à s’opposer à lui.” Combat, 11/11/1970.

Sacré Waleza!

“Non content d’avoir bafoué aux yeux de l’univers l’ordre et l’autorité imposés par Moscou à son pays, un obscur ouvrier polonais va porter témoignage de cette résistance au chef de l’Eglise la plus puissante du monde, et en rendre hommage au Dieu qu’elle vénère. Peut-on imaginer plus cruelle blessure pour les ennemis jurés de cette religion? On leur a fait pièce sur le temporel, et voilà maintenant qu’on s’offre le triomphe du spirituel!” (Le Quotidien de Paris , 13/1/1981)

Mitterrand, Zone d’ombre

“Les Français exigent des institutions précises, mais s’accommodent d’un pouvoir personnel. Il leur faut les lois de la République et les moeurs de la monarchie : c’est ce système hybride qui leur convient le mieux. Avec François Mitterrand, ils sont parfaitement servis : mieux qu’aucun autre, il respecte les formes, et plus qu’aucun autre il fait SA politique.” (Le Quotidien de Paris , 11/12/1981)

“Je hais la famille de pensée”

“Il n’y a pas une famille de pensée. Une famille de pensée, c’est la réunion d’un certain nombre de gens autour d’un critère idéologique. Ce n’était pas tellement mon goût. Je ne voulais pas faire ça, et je n’aime pas tellement ce principe, je m’y suis toujours opposé. Je hais la famille de pensée, pour paraphraser Gide. J’ai toujours évité qu’il y eût une espèce de monolithisme. J’aurais été incapable de réunir une famille de pensée sur une orientation politique ou idéologique donnée. Au contraire, je cultivais l’incertitude, la culture du doute. J’ai toujours beaucoup aimé cette hétérogénéité”. (“A voix nue”, France Culture , 27/3/2006)

L’opposition, conscience de la majorité

“Une société idéale serait celle où l’opposition serait la conscience de la majorité. Il importe donc que l’opposition ait le plus haut sentiment d’elle-même et de ce qu’on attend d’elle. Puisqu’elle est le gage de la liberté, elle doit être l’instrument de la mesure.” (France Culture , 27/3/2006)

Le mal français : l’énergie et l’autorité

“La France avachie, qui pense seulement à son confort, qui ne veut pas se battre, qui est faite pour se coucher, etc.”, cela est trop fort pour faire un peuple mélancolique, morose, fatigué… Le mal français ne va pas aussi loin. Il nous semble limité à deux carences : l’énergie et l’autorité. L’autorité des pouvoirs et l’énergie du peuple. Elles sont réductibles. Mais elles sont majeures, et c’est de cela dont nous souffrons aujourd’hui.” (Le Point , 14/9/2020)

Les nouveaux terrorismes intellectuels

“C’est le trait singulier et dominant du totalitarisme intellectuel d’aujourd’hui que de puiser ses sources dans la morale. Une immense vague de bien-pensance inonde l’Occident. Elle se répand comme se répand une religion, avec ses clercs, ses rites, ses codes, son catéchisme. A la communion des saints se substitue la communion des hommes. Le salut des hommes se résume au recouvrement de leurs droits. A cet effet, nous sommes invités à reproduire tous les modèles que notre culture catholique nous a enseignés. L’épreuve du repentir, poussée jusqu’à l’autoflagellation. Le devoir d’évangélisation : de nouveaux missionnaires exportant au nom de l’universalisme l’idéologie des droits de l’homme… en utilisant de bonne foi les moyens du colonialisme! L’inquisition enfin, qui réprime les crimes d’hérésie ou d’apostasie : nul n’est en droit de déroger à la nouvelle morale, d’opposer sa liberté au code universel. Cela s’appelle le totalitarisme”. (Le Figaro , 22/6/2000)

Tout est dit dans les tragédies grecques

“Si j’avais la responsabilité de l’Éducation nationale, je ferais apprendre tant de choses aux enfants par le canal du théâtre! Notamment l’Histoire. Le théâtre est un facteur d’éducation absolument considérable. Par la tolérance qu’il apprend aux êtres, par la curiosité qu’il satisfait, par la force des messages qu’il porte. Les plus beaux éditoriaux écrits sur le racisme, par exemple, sur tous les problèmes d’aujourd’hui sont dans les pièces de théâtre… Tout est dit dans les tragédies grecques. C’est d’une beauté féroce, magnifique. C’est visuel : il y a du sang, il y a du crime, ça a un mot : le spectacle!”. (Entretien privé avec Nicolas Capt, avocat à Genève, le 29/8/2019)

https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/la-france-ce-pays-ou-le-terme-liberal-passe-pour-une-insulte-le-testament-journalistique-de-philippe-4IL7CWMTXRFJXEGEVUCDSVGHHM/


Le Figaro, 3 décembre               

Jusqu’à 40% de baisse de prix : l’ouverture à la concurrence sur le TGV fait le bonheur des passagers

DÉCRYPTAGE – Ce qui s’est produit avec la libéralisation du transport aérien est en train d’être réédité sur le rail.

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Bien sûr, le marché du transport ferroviaire est moins ouvert que celui du transport aérien. Depuis plus de trente ans, des compagnies low cost comme Ryanair, Easyjet ou Volotea exploitent en France des lignes domestiques ou desservant l’Europe. Pour garder des parts de marché sur le Vieux continent, Air France KLM a développé sa propre low cost, Transavia, avec une branche à l’aéroport de Schiphol à Amsterdam et l’autre à l’aéroport d’Orly. Résultat, davantage d’offres de billets d’avion et une baisse des prix. Selon la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), certains tickets affichaient en 2021 des prix jusqu’à 10% inférieurs à ceux de 2019. Quand on remonte plus loin dans le temps, une étude montrait une diminution du prix en classe économique de 39% entre 1985 et 2010 sur un long courrier partant de France.

Bas du formulaire

Le transport ferroviaire qui vit les premiers temps de la concurrence, commence à voir apparaître de tels fruits. Actif sur le tronçon Paris-Lyon depuis quatre ans, l’opérateur ferroviaire italien, Trenitalia, s’est lancé mi-juin à l’assaut de Marseille. Il assure quatre allers-retours quotidiens de Paris à la cité phocéenne, en plus de la vingtaine assurée par les Ouigo et Inoui de la SNCF. Conséquence de cette hausse de l’offre, « les tarifs moyens sur la ligne TGV Paris-Marseille ont baissé de 27 % en glissement annuel depuis l’arrivée de Trenitalia », affirme Alexander Ernert, directeur général pour la France de Trainline, une plateforme de vente de billets.

Ainsi, la compagnie ferroviaire italienne propose des billets pour Paris-Marseille à des tarifs riquiqui (27 euros). Le consommateur, lui, est très méfiant sur ses annonces de chute des prix. Il a toujours l’impression de ne pas tomber sur ces fameux très bons prix qu’on lui a promis. En réalité, ces tarifs sont noyés dans la multitude de prix proposés au passager lorsqu’il cherche un billet.

Autre exemple des effets de l’arrivée d’un concurrent à la SNCF sur les rails : sous les coups de boutoir de Trenitalia, les prix des billets ont baissé de 43% entre 2019 et 2025 sur le tronçon Paris-Lyon. Et, dans le même temps, les réservations ont plus que quadruplé. En revanche, sur les lignes TGV où la SNCF reste en monopole, faute de concurrence, les prix des billets grimpent. Ils ont monté de 9% sur la ligne Paris-Bordeaux sur la même période.

Chute des prix en Espagne

Le mécanisme fonctionne de la même façon dans les pays limitrophes qui ont procédé à l’ouverture à la concurrence. En Espagne, trois opérateurs s’affrontent depuis quatre ans : le groupe ferroviaire historique, Renfe, avec notamment une marque low cost Avlo ; le Français Ouigo, la marque low cost de la SNCF ; et Iryo, une marque de Trenitalia. Partout ou presque, les prix fondent : – 20% sur le Madrid-Malaga, – 35% vers Valladolid, – 17% vers Gijon. Il y a une ligne seulement où le théorème ne s’applique pas : le Madrid-Barcelone qui est aussi le trajet plus emprunté. L’explication ? Les prix ont chuté de 58% entre 2019 et 2024. Mais, depuis quelques semaines, ils sont remontés à leur niveau antérieur. À cause de défaillances techniques, Renfe a retiré, pour le moment, son offre Avlo.

Au total, l’autorité espagnole de la concurrence (CNMC) estime que la fin du monopole a entraîné une baisse moyenne de 33 % des prix des billets de train à grande vitesse, soit une économie estimée à 431 millions d’euros pour les usagers.

Le mouvement est appelé à prendre de l’ampleur. Maintenant qu’ils en ont le droit, les opérateurs veulent étendre leur territoire. Ainsi, SNCF Voyageurs a programmé le lancement de son offre TGV en Italie en 2027. Elle veut relier Venise à Milan, Rome à Milan, Naples à Turin… En France, de nouveaux opérateurs de TGV comme Velvet, Le Train ou Kevin Speed devraient faire leur premier tour de roue en 2027-2028.

La SNCF à l’assaut de l’Italie

Il n’y a pas que les opérateurs ferroviaires à lorgner ce nouveau marché. Les plateformes de ventes de billets indépendantes (Trainline, BlaBlaCar, Omio, Kombo…) sont persuadées qu’il y a un coup à jouer avec cette profusion d’offres ferroviaires nouvelles. « Tant que la SNCF était en monopole, la question ne se posait pas, affirme Matthieu Marquenet, créateur de Kombo. Pour acheter un billet de TGV, il fallait aller sur SNCF Connect. Aujourd’hui, on peut sur Kombo acheter un billet Paris-Lyon de Trenitalia, un Lyon-Barcelone de Renfe ou un train de nuit Bruxellles-Paris chez European Sleepers.»

Cette tendance qui consiste à ne plus passer automatiquement par le site de l’opérateur historique pour réserver ses billets de train, devrait se développer. Restera aux plateformes de réservation à négocier une commission correcte. « Avec SNCF Voyageurs, elle est de 2,8% pour Inouï et de 0,9% pour Ouigo, ce qui est excessivement faible», estime Alexander Ernert.

https://www.lefigaro.fr/societes/jusqu-a-40-de-baisse-de-prix-l-ouverture-a-la-concurrence-sur-le-tgv-fait-le-bonheur-des-passagers-20251203


Le Monde, 3 décembre

Brandt : « C’est la première fois que l’Etat financerait une coopérative de salariés »

Une audience doit se tenir mercredi pour décider du sort de l’entreprise en redressement judiciaire. Parmi les offres de reprise, celle montée par des salariés pour créer une société coopérative ouvrière de production, à laquelle l’Etat pourrait participer. Une démarche inédite, constate Olivier Pinaud, journaliste au service Economie du « Monde ».

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Au début des années 1990, la publicité tournait en boucle à la télévision. On y voyait une famille incapable de se séparer de son lave-linge. « On l’a eu quand on l’a eu », sanglotait la mère, en caressant la joue de son fils adolescent. « Brandt, construit pour durer », finissait le spot. Trente-cinq ans plus tard, le fabricant d’électroménager, aussi propriétaire des marques Vedette, Sauter et De Dietrich, aimerait vraiment durer plus longtemps.

Mercredi 3 décembre, une audience doit se tenir devant le tribunal des activités économiques de Nanterre pour décider du sort de l’entreprise, en redressement judiciaire depuis le 1er octobre. Les juges examineront les offres de reprise potentielles du groupe centenaire, appartenant depuis 2014 à l’algérien Cevital.

Parmi elles, celle montée en urgence par des salariés pour créer une société coopérative ouvrière de production (SCOP). Soutenu par la région Centre-Val de Loire, la métropole d’Orléans et l’entrepreneur Cédric Meston – spécialisé dans la reprise de marques en difficulté, comme Tupperware –, ce projet de SCOP a convaincu l’Etat.

Ce dernier est prêt à mettre 5 millions d’euros, a affirmé, le 1er décembre, Sébastien Martin, le ministre délégué chargé de l’industrie. Selon lui, environ 300 emplois, sur les près de 700 que compte le groupe Brandt en France, pourraient ainsi être sauvés.

Repreneurs de long terme

Souvent prompt à jouer le rôle de pompier, pas toujours avec succès, c’est la première fois que l’Etat financerait une coopérative de salariés à ce niveau. Début novembre, la Confédération générale des SCOP s’était étonnée de l’absence de l’Etat, alors qu’une collecte avait permis de récolter 5 millions d’euros de promesses d’investissement pour le verrier Duralex, repris en SCOP en juillet 2024. En avril, les salariés du chimiste Vencorex auraient aimé avoir le soutien de l’Etat pour appuyer leur dossier de reprise en coopérative. A défaut, l’entreprise a été liquidée un mois plus tard.

Du fait de leur organisation juridique et de leur gouvernance (la majorité du capital doit être détenue par les salariés), les coopératives ouvrières ne rentrent pas dans les cases habituelles et ne bénéficient pas de tous les dispositifs de droit commun. Elles mériteraient pourtant de bénéficier de plus de soutien, au moment où l’industrie française a besoin de repreneurs de long terme. Créateur d’emplois (+ 4 % en 2024) et avec un taux de survie à cinq ans supérieur à la moyenne des entreprises (79 % contre 61 %, selon l’Insee), le modèle des SCOP a démontré qu’il était construit pour durer.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/02/brandt-c-est-la-premiere-fois-que-l-etat-financerait-une-cooperative-de-salaries_6655685_3234.html


Contrepoints, 2 décembre

David Lisnard : le libéralisme par la liberté communale

Le 107congrès des maires et des présidents d’intercommunalité de France s’est clos le 20 novembre, sur deux discours : celui de David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, qui a précédé celui du Premier ministre Sébastien Lecornu. Le contraste a été saisissant.

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Les annonces de Sébastien Lecornu n’auront bouleversé personne, entre un « méga-décret (sic) » pour simplifier ou supprimer des normes et… des dizaines de mesures réglementaires ou législatives à venir au premier trimestre 2026 (s’il est toujours en poste…) A sa décharge, son absence de majorité, même relative, à l’Assemblée nationale lui interdit d’énoncer des propositions trop clivantes mais, en tout état de cause, son profil revendiqué de « gaulliste social » ne lui donne guère les armes pour le faire.

Quoi qu’il en soit, les propos que David Lisnard a tenus juste avant lui, sur la théorie et la pratique des libertés locales, furent d’une autre trempe. Ils collaient parfaitement au thème du congrès : « Pour les communes, liberté ! ».

Le constat sévère mais juste d’une « fausse décentralisation »

David Lisnard est parti du constat que les solutions qui marchent le mieux sont apportées localement. Encore faut-il que les communes puissent agir. La France communale est la France qui, elle, fonctionne efficacement au quotidien, qui, elle, tient ses comptes, qui, elle, respecte une « règle d’or » avec des emprunts destinés uniquement aux investissements (même si, il faut le reconnaître, ils ne sont pas toujours utiles ou avisés…)

En contrepoint, l’État central étale son impuissance et il l’étend fâcheusement à l’échelon local. De là les multiples contraintes qui pèsent sur les communes, soumises à la bureaucratie, aux « machins », à la technocratie, à une haute administration trop souvent arrogante et déconnectée du réel.

Le président de l’Association des maires de France a dressé un portrait ravageur de ce qu’il a justement nommé la « fausse décentralisation », tout comme il a brocardé la litanie des prétendus « chocs de simplification » qui n’aboutissent qu’à une couche de complexité supplémentaire. Ce faisant, il a anticipé les annonces d’un Premier ministre prônant « en même temps » la simplification et un normativisme accru.

Des propositions ambitieuses pour une vraie décentralisation

David Lisnard a pris au mot Sébastien Lecornu, lui-même élu local il y a peu, qui avait annoncé dès ses premiers pas sa volonté d’ouvrir le « chantier » de la décentralisation. Il a présenté un projet déjà mûri de réformes radicales et non pas de réformettes : « C’est tout le système qu’il faut changer ». Les communes ne peuvent plus « rester dans une telle dépendance de l’État ». Pour ce faire, la réforme ne peut consister que dans la liberté et, par voie de conséquence, la responsabilité. « C’est la fin d’un cycle étatiste, centralisateur », a-t-il martelé.

C’est là où son discours de « praticien du quotidien », d’« urgentiste de la République », ainsi qu’il qualifie les maires, a tourné au discours du théoricien de la liberté communale.

Il a posé un certain nombre de « principes fondamentaux », trois précisément. D’abord, la nécessité de la libre administration des communes, à définir dans une loi organique. Ensuite, l’autonomie financière et fiscale. Enfin, la subsidiarité, que, une nouvelle fois, il a développé avec bonheur : « L’individu doit régler ses problèmes par lui-même avant de se retourner vers la puissance publique » ; « Dans l’organisation des pouvoirs publics, les décisions doivent être prises d’abord à l’échelon le plus proche du citoyen ». Autrement dit, il convient avant tout de départager la sphère de la société civile et celle de l’État ; et, au sein de la sphère de l’État, il convient de partir du niveau le plus proche de l’individu, à savoir la commune.

David Lisnard est revenu aux principes à la fin de son discours en explicitant le thème du congrès : « Pour les communes, liberté ! » Une liberté qui se décline en cinq points. Le premier est  la liberté de définir la manière d’appliquer les lois, avec non pas un simple « droit à la dérogation », mais un « pouvoir réglementaire local ». Le second, la liberté de mettre en œuvre les projets sans devoir demander des autorisations aux multiples agences et directions régionales ; ce qui renvoie à la suppression des « machins ». Le troisième, la liberté de construire. Le quatrième, lié aux précédents, la liberté de… se libérer des normes avec un « moratoire sur les contraintes nouvelles ». Enfin, la liberté de se procurer les moyens nécessaires de financement, et le plus rapidement possible. Ce dernier point pourrait passer pour une énième demande de financement national, mais ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. Le président de l’AMF est un homme conséquent : il veut que soit mis fin aux  prélèvements qui n’ont d’exceptionnels que le nom, à la captation de la fiscalité locale, aux transferts de charges, à la hausse des charges salariales décidées par l’État central.

David Lisnard a terminé son allocution en déclinant la liberté de manière libérale : « Vivent la liberté individuelle, la liberté politique, la liberté locale ! »

Le discours d’un présidentiable

David Lisnard n’a pas fait mystère de sa volonté de se présenter à la candidature de la candidature de la droite et du centre à la prochaine élection présidentielle. Il va de soi qu’il n’escompte pas que ses préconisations puissent s’appliquer à court terme, compte tenu du blocage des institutions. En revanche, il a posé des jalons pour une réforme libérale d’ampleur.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il n’est pas tombé dans le piège du réformateur (prétendument) libéral par le haut. Il a parfaitement compris qu’il fallait – nous le citons – « créer des îlots de responsabilité ». En ce sens, la défense de la liberté communale, avec la responsabilité qui lui est attachée, est un aiguillon pour une réforme libérale du pays tout entier à partir de la base. C’est en définitive l’application du principe de subsidiarité qui lui est cher et qui est cher au cœur de tout libéral.

Un plan ambitieux qui nécessiterait la révision de la loi, de la loi organique et de la Constitution. Car, s’il faut « changer le système », il faut aussi revenir sur la réforme de la décentralisation ratée de 2003 (merci Jacques Chirac !) Il faudrait tout particulièrement modifier les articles 72, 72-1 et 72-2 de notre Constitution, qu’il s’agisse de la subsidiarité mal conçue, des dérogations très encadrées au règlement ou à la loi, ou encore de la « péréquation » socialiste.

https://contrepoints.org/david-lisnard-le-liberalisme-par-la-liberte-communale/


Contrepoints, 1 décembre

Mercosur : l’Assemblée nationale tourne une nouvelle fois le dos aux opportunités pour la France

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Le 27 novembre 2025, La France insoumise (LFI), conduite par Mathilde Panot, a fait adopter à l’Assemblée nationale une proposition de résolution invitant le Gouvernement français à s’opposer à l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et le Mercosur. Sur 245 députés présents, 244 ont soutenu le texte, une élue ayant expliqué avoir « voté par erreur » le « non », ce qui rend l’adoption de la résolution totalement unanime. L’accord UE-Mercosur doit encore faire l’objet de négociations au niveau européen durant le mois de décembre.

La proposition de résolution rappelle que cet accord concernerait près de 800 millions de consommateurs à l’échelle mondiale, « couvrant entre 40 milliards d’euros et 45 milliards d’euros d’exportations et d’importations ». Grâce à ce dispositif, les entreprises européennes disposeraient d’un accès à de nouveaux marchés, en bénéficiant d’un approvisionnement facilité en matières premières ou denrées venues d’Amérique du Sud.

Pourtant, LFI, fidèle à ses réflexes socialo-étatistes, expose pourquoi un tel accord serait néfaste. « Pression significative sur les prix et les débouchés des exploitations françaises », menace d’« accroissement des surfaces destinées aux productions d’exploitation […] au détriment des forêts ainsi que des écosystèmes », ou encore la « difficulté à rivaliser avec de grandes exploitations sud‑américaines dont les coûts de production reflètent des cadres réglementaires sociaux, sanitaires et environnementaux bien moins contraignants que ceux en vigueur dans l’Union européenne ». Dans ce cas, pourquoi ne pas commencer par regarder directement chez nous et contester la lourdeur administrative qui accable nos agriculteurs (en particulier la PAC) plutôt que de vouloir maintenir ces derniers dans un carcan qui les étouffe ?

Les exportations agroalimentaires française ne représentent que 5 % du total des exportations de l’UE vers le Mercosur, soit 272 millions d’euros en 2024. À l’heure actuelle, il y a des tarifs Mercosur qui atteignent 55 % sur les produits agroalimentaires. Dans le cadre de l’accord UE-Mercosur, ces taxes seront fortement abaissées, jusqu’à zéro pour certaines. Plus généralement, plus de 4 600 entreprises françaises exportent vers le Mercosur, et 79 % d’entre elles sont des PME.

Le déficit de l’Union européenne vis‑à‑vis du Mercosur dans le secteur agroalimentaire est indéniable. Mais, si nous offrions d’abord davantage de liberté à nos talentueux agriculteurs, ils retrouveraient de l’espoir et leur productivité pourrait augmenter considérablement. Ils seraient alors capables non seulement de résister à l’afflux de produits sud-américains, mais aussi de tirer parti du libre-échange.

https://contrepoints.org/mercosur-lassemblee-nationale-tourne-une-nouvelle-fois-le-dos-aux-opportunites-pour-la-fance/